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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 18:12

 

 

Source : www.courrierinternational.com

 

 

Les anti-islam à Dresde, les anti-crétins à Berlin

Le mouvement des "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident" (Pegida) mobilise toujours des milliers de personnes à Dresde. Mais la riposte s'amplifie dans tout le pays.
Des manifestants anti-Pegida nettoient la place où se tenait auparavant un rassemblement des militants du mouvement populiste anti-immigration à Dresde, le 5 janvier 2015 - Photo Robert Michael/AFP  
Des manifestants anti-Pegida nettoient la place où se tenait auparavant un rassemblement des militants du mouvement populiste anti-immigration à Dresde, le 5 janvier 2015 - Photo Robert Michael/AFP

Ils étaient environ 18 000, selon la police, à manifester le 5 janvier à Dresde contre la "dénaturation" de leur pays par les étrangers – en particulier les musulmans. Mais face à eux, 4 000 personnes – un chiffre record, souligne Die Tageszeitung – sont aussi descendues dans la rue pour défendre une Allemagne ouverte au monde.

Mais, face aux quelques centaines d'islamophobes qui tentent de prendre pied dans le reste du pays, le nombre des anti-Pegida était largement supérieur : près de 10 000 personnes à Münster, 8 000 à Stuttgart, 5 000 à Berlin ou encore 4 000 à Hambourg à l'appel des "Européens tolérants contre la crétinisation de l'Occident" (Tegida).

A Cologne, où une coalition de plus de 40 organisations comprenant aussi partis de gauche et syndicats appelait à une contre-manifestation, le prévôt de la cathédrale a décidé lui aussi d'agir, avec le soutien des autorités religieuses : ne voulant "pas de lumière pour les racistes", l'édifice religieux est resté dans le noir, de même que les temples protestants de la ville.

Un mouvement qui est devenu "un creuset"

"Les deux grandes Eglises chrétiennes en Allemagne ont clairement pris position", se réjouit la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). La mairie de Berlin (gouvernée par une grande coalition SPD-CDU) a, elle aussi, montré son camp et éteint la porte de Brandebourg.

La condamnation du mouvement des Pegida par la chancelière Angela Merkel dans son allocution du Nouvel An ("Ne les suivez pas ! Car ils ont trop souvent des préjugés, de la froideur, voire de la haine au cœur !") n'est certainement pas étrangère à cette démonstration de force des anti-Pegida.

Néanmoins, souligne la FAZ, "les Eglises affrontent le même problème que les politiques : [personne] ne sait jusqu'ici comment répondre aux inquiétudes et aux récriminations des citoyens sans renforcer davantage les éléments radicaux des Pegida". Un mouvement qui est devenu "un creuset [où se mêlent] peur de l'étranger, malaise face à une politique d'immigration trop libérale, mais aussi xénophobie, mépris du politique et culte du chef".

 

 

Source : www.courrierinternational.com

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

Allemagne: manifestations contre le mouvement « anti-islamisation » Pegida

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

 

Près de 18 000 personnes se sont réunies, lundi 5 janvier, à l'occasion d'une manifestation « contre l'islamisation de l'Allemagne et de l'Occident », à Dresde, à l'appel du mouvement Pegida. Mais cette mobilisation record s'est cette fois heurtée à de nombreux contre-rassemblements dans plusieurs villes du pays.

Comme chaque semaine depuis début octobre, près de 18 000 personnes se sont réunies, lundi 5 janvier, à l'occasion d'une manifestation « contre l'islamisation de l'Allemagne et de l'Occident », à Dresde, dans l'est du pays, à l'appel d'un mouvement se faisant appeler les « Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident » (Pegida).

Défiant l'appel de la chancelière Angela Merkel à rejeter ces rassemblements, qu'elle a qualifiés de racistes, les manifestants ont de nouveau scandé « Wir sind das Volk ! » (« Nous sommes le peuple ! »), un slogan naguère entonné par les manifestants contre le régime de la RDA, peu avant la chute du Mur de Berlin.

Mais cette mobilisation record s'est cette fois heurtée à de nombreux contre-rassemblements dans plusieurs villes du pays. À Dresde, quelque 3 000 contre-manifestants s'étaient rassemblés notamment à l'initiative d'un collectif d'associations baptisé « Dresde pour tous ». À Rostock, autre ville d'ex-RDA, les opposants au mouvement se sont fait entendre en scandant en particulier « Willkommen im Abendland ! » (« Bienvenue en Occident ! »). À Cologne, « quelques milliers » d'individus ont fait face à « quelques centaines » de personnes dénonçant l'« islamisation ». Les ponts sur le Rhin, l'hôtel de ville et l'emblématique cathédrale avaient été éteints en signe de protestation contre Pegida. L'église catholique a expliqué qu'elle militait contre les discriminations, pour la liberté religieuse et ne voulait pas « offrir de beau décor » à ce mouvement. 

À Berlin, environ 300 militants anti-islamisation s'étaient réunis aux abords de l'hôtel de ville tandis que quelque 5 000 contre-manifestants, selon l'agence de presse allemande DPA, se sont dirigés vers la porte de Brandebourg, parmi lesquels le ministre fédéral de la justice, Heiko Maas. Il avait récemment qualifié les manifestations de Pegida de « honte pour l'Allemagne ». L'éclairage du bâtiment symbole de la capitale allemande avait, lui aussi, été coupé.

Dans les villes de Munster (nord-ouest), Stuttgart (sud) ou encore Hambourg (nord), les anti-Pegida s'étaient également mobilisés.

Le mouvement Pegida affirme refuser « l'islamisation » de la société allemande, s'opposer aux djihadistes ou aux étrangers qui refuseraient de s'intégrer. Dans son allocution du nouvel an, Angela Merkel a appelé ses compatriotes à ne pas participer à ses manifestations, estimant qu'elles étaient organisées par des gens au « cœur » rempli de « préjugés » et de « haine ».

Lire notre précédent article : Allemagne: les manifestations islamophobes prennent une ampleur inquiétante

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 17:59

 

Source : www.mediapart.fr

 

Lutte contre la corruption: «Les candidats devraient présenter un casier judiciaire vierge»

|  Par Mathilde Mathieu

 

 

 

Dans un entretien à Mediapart, François Badie, chef du Service central de prévention de la corruption (SCPC) auprès du ministère de la justice, préconise de nouvelles mesures pour lutter contre la corruption des élus. Il déplore la quasi-disparition du contrôle de légalité fait par les préfectures sur les collectivités locales.

Sur la corruption des élus, il connaît toutes les statistiques. Chef du Service central de prévention de la corruption (SCPC) auprès du ministère de la justice, François Badie sait que trois élus locaux sont poursuivis chaque semaine en France, qu’aucune peine de prison ferme n’a été prononcée pour « favoritisme » en 2012 (sur 34 condamnations), que 51 affaires de « détournements de fonds publics » ont été poursuivies par les procureurs en 2013 (contre 207 arrivées dans les tribunaux), etc. Bref, il sait que la France doit mieux faire.

Dans un entretien à Mediapart, ce magistrat (dont le statut contraint en partie la parole) livre ses préconisations pour mieux prévenir et sanctionner les atteintes à la probité chez les élus. Ce mercredi 7 janvier, François Hollande attend également les recommandations de Jean-Louis Nadal, le président de la Haute autorité pour la transparence (HAT), qui doit lui remettre un rapport sur « l’exemplarité » des responsables publics. Un an après les lois « post-Cahuzac », le chef de l’État prétend en effet franchir une nouvelle étape dans la moralisation de la vie publique. Comment faire ?

 

François Badie 
François Badie © DR

Vous recommandez de créer une infraction d’« enrichissement illicite » dans le code pénal, qui viserait les élus et les milliers de personnes publiques remplissant une déclaration de patrimoine. Pourquoi est-ce nécessaire ?

Il arrive que la justice ait des soupçons sur un élu parce qu'il mène un train de vie incompatible avec ce que sont a priori ses revenus (par exemple un député qui jouit d’une maison sous les tropiques valant plusieurs millions d’euros...). Il arrive que la distorsion entre ces revenus et le patrimoine accumulé apparaisse évidente. Mais il est souvent difficile pour le procureur de la République d’apporter la preuve de l’origine illicite du patrimoine.

Il s’agirait, avec cette nouvelle infraction, de renverser la charge de la preuve en matière de corruption : ce serait à l’élu de prouver l’origine licite des biens dont il dispose. Ce renversement de la charge de la preuve existe déjà dans le code pénal pour les trafiquants de drogue et les proxénètes, ça n’est pas nouveau. Pourquoi ne pas l’appliquer aux atteintes à la probité (favoritisme, prise illégale d’intérêt, trafic d’influence, etc.) ? Cette infraction pourrait être punie de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

Certains députés l’ont proposé en 2013 lors de l’examen des lois sur la transparence, sans succès. Le gouvernement s’y est opposé…

Ce principe existe en France pour d’autres formes de délinquance sans que cela heurte le principe de présomption d’innocence. Il existe à l’étranger, au Royaume-Uni, dans certains pays du continent africain… C’est un sujet dont on discute dans le cadre du groupe de travail anti-corruption du G20, auquel je participe pour la France. Ce délit « d’enrichissement illicite » compte parmi les prescriptions, certes facultatives, de la Convention des Nations unies contre la corruption (dite de Mérida), ratifiée par la France. Je crois que ce serait à la fois très efficace dans la répression et très dissuasif.

 

 
© SCPC (données extraites du casier judiciaire national)

Prévoir l’inéligibilité à vie pour les élus condamnés dans les affaires les plus graves, ne serait-ce pas la meilleure dissuasion possible ? Après les aveux de Jérôme Cahuzac, le président de la République l’avait d’ailleurs annoncée (« Les élus condamnés pénalement pour fraude fiscale ou pour corruption seront interdits de tout mandat public »), avant que les députés y renoncent…

Les parlementaires ont préféré porter de cinq à dix ans la peine maximale d’inéligibilité (une peine complémentaire et non automatique qui reste à l’appréciation des tribunaux). Alors sans doute faut-il aller plus loin pour restaurer la confiance des citoyens envers la classe politique. Mais l’inéligibilité à vie me semble un peu extrême, il ne faut pas non plus en arriver à la mort civile des individus. Nous proposons donc un autre dispositif, qui revient un peu au même : tous les candidats à une élection locale ou nationale devraient présenter un casier judiciaire vierge, au moins vierge de certains types d’infractions comme les atteintes à la probité – une affaire bénigne dans votre jeunesse ne doit évidemment pas vous priver de vous présenter. C’est parfaitement envisageable puisque les candidats à un concours de la fonction publique sont déjà tenus de présenter un casier vierge (l’extrait B2 pour être précis). Ce serait plus équitable.

En attendant, les tribunaux ne devraient-ils pas condamner plus souvent à des peines d'inéligibilité ? Les procureurs en requérir plus souvent ?

Il est certain que l’inéligibilité est une sanction beaucoup plus dissuasive pour l’homme politique, dont c’est toute la vie, qu’une peine d’amende ou même de prison avec sursis. Les tribunaux sont indépendants bien sûr, mais ils devraient, à mon avis, considérer la question de manière un peu plus systématique.

Ne faudrait-il pas, pour mieux sanctionner la corruption chez nos élus, instaurer surtout l’indépendance du parquet, c'est-à-dire des procureurs ? Aujourd'hui, les procureurs peuvent classer une affaire ou bien la confier à un juge d’instruction indépendant, élargir le périmètre de ses investigations ou le circonscrire, recommander telle ou telle peine au tribunal, alors même qu'ils sont soumis hiérarchiquement au ministre de la justice...

Affirmer que « le parquet est à la solde du pouvoir », c’est globalement faux et c'est un peu tarte à la crème. Il ne faut pas s’imaginer non plus que les procureurs détournent les yeux dès qu’un élu commet une infraction ! Mais tant que la suspicion demeure, il y a un problème. Cela dit, ce problème est globalement résolu depuis qu'une loi de 2013 a interdit au garde des Sceaux d'adresser des instructions aux procureurs dans des dossiers individuels. Et surtout, en matière de corruption, depuis que la possibilité a été donnée à des associations agréées de se constituer partie civile dans les dossiers. Elles sont au nombre de deux pour l'instant : Transparency international et Sherpa.

Ces associations peuvent désormais déclencher l'action publique : en cas d'inertie d'un procureur, elles peuvent passer outre en saisissant un juge d'instruction directement. Cette avancée adoptée en 2013, que l'on n’a pas saluée à sa juste valeur, contrebalance le soupçon d’inertie ou de mauvaise foi du parquet. Honnêtement, ça rend le débat sur l’indépendance des procureurs un peu théorique.

Je vous rappelle par ailleurs la création en 2013 du procureur national financier (qui se saisit des atteintes à la probité particulièrement complexes, ndlr), d'une chambre correctionnelle qui lui sera dédiée au tribunal de Paris pour accélérer le jugement de ses affaires, ou encore d’un office central anti-corruption doté de plus de 80 enquêteurs (policiers, gendarmes, etc.). Tout cela va dans le bon sens.

Vous pointez tout de même des insuffisances dans les lois de 2013, au moins vis-à-vis des lanceurs d'alerte ?

Dans les affaires de corruption, où la victime c'est la collectivité, c'est tout le monde, c'est-à-dire personne, où il n'existe aucune victime directe, il est capital que l'infraction puisse être détectée. Pour cela, il faut améliorer la protection des lanceurs d'alerte.

Or si la réforme de 2013 constitue une avancée, elle n’est pas aboutie. Elle a certes confirmé une certaine protection des lanceurs d’alerte du secteur privé contre les risques de licenciement, pour en faire un peu des salariés protégés (tels les délégués syndicaux). Elle a introduit une protection similaire dans le secteur public, où ça n'existait pas. Mais il faut encore améliorer les modalités de protection, car il y a mille manières de casser les pieds à un lanceur d'alerte « nuisible » : la placardisation, le harcèlement moral, etc.

La réforme n'est pas allée au bout. Par exemple, la loi prévoit que les lanceurs d'alerte qui ont signalé une infraction peuvent entrer en contact avec le SCPC. Mais elle ne dit pas ce que peut faire le SCPC pour les aider ! Il nous faudrait des pouvoirs de communication, c'est-à-dire qu'on puisse entrer en contact avec l'entreprise ou l'administration concernée, faire une petite enquête administrative, leur rappeler le droit, etc. Un rappel à la loi pourrait suffire dans certains cas pour éviter la maltraitance. Or pour l'instant, nous avons une mission mais pas les moyens de l’accomplir.

Dans votre dernier rapport, vous pointez particulièrement les risques de corruption au sein des collectivités locales. Vous recommandez de limiter encore le cumul des mandats, facteur de risques. Vous évoquez aussi les chambres régionales des comptes, ces juridictions financières chargées de contrôler la gestion des collectivités, qui ont vu leurs moyens réduits. Sept ont été supprimées sous le mandat de Nicolas Sarkozy. À quoi bon de nouvelles infractions dans le code pénal, si on crée un contexte aussi favorable à la corruption des élus ?

Le contrôle des chambres régionales des comptes fonctionne encore très bien. Quand elles examinent les budgets des collectivités, elles sont parmi les autorités qui font le plus de signalements aux procureurs de la République sur des atteintes à la probité (29 signalements en 2013 pour toute la France, ndlr). Le problème, c’est que ça vient tard, puisque c’est après l'exécution des budgets. Par ailleurs, les chambres régionales des comptes ne contrôlent évidemment pas toutes les collectivités tous les ans, donc des secteurs entiers restent à l'abri pendant des années. Et c’est vrai que leurs effectifs sont un peu diminués.

Vous regrettez aussi l'affaiblissement du contrôle exercé sur les actes des collectivités par les préfectures (en matière de marchés publics, d'urbanisme, etc.). Jadis très étendu, ce contrôle de légalité en amont est devenu une passoire. N'est-ce pas un facteur structurel de corruption, totalement ignoré par les politiques et les médias ?

C'est un vrai problème. Avec la décentralisation, les collectivités ont été dotées de plus en plus de compétences. Or dans le même temps, on constate que le contrôle de légalité effectué dans les préfectures s'est réduit comme peau de chagrin, à sa plus simple expression. Le contrôle a été « simplifié » (on a augmenté le champ des actes non soumis à transmission, par exemple pour les marchés publics, ndlr). On a supprimé des services et des fonctionnaires chargés de ce contrôle en amont (les effectifs ont diminué de 20 % en trois ans avec la révision générale des politiques publiques entreprise sous Nicolas Sarkozy, ndlr). Ce contrôle de légalité est maintenant de pure forme, et il concerne le plus souvent des irrégularités mineures. Il faut en refaire une priorité.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 18:26

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

EDITO - Ils sont fous, ils sont nuls, et ils continuent. Bonne année quand même !


Hervé Kempf (Reporterre)

lundi 5 janvier 2015

 

 

 


Si nous n’avions pas l’optimisme solidement chevillé à l’esprit, il faut bien avouer que ce début d’année 2015 nous remplirait d’inquiétude. Pas tant par les événements que par la manifeste incapacité des dirigeants à penser le monde de façon rationnelle.

Le gouvernement de MM. Hollande et Valls annonce ainsi à grands coups de trompe que l’année 2015 sera importante, qu’elle verra se dérouler à Paris la grande conférence sur le climat, la COP 21, qu’il va tout faire pour sa réussite, que "c’est une question de survie" (Ségolène Royal sur RTL le 4 janvier). La conclusion logique de ceci est qu’il faut chercher à réduire les émissions de gaz à de serre.

Mais dans le même temps, le président de la République annonce que "quand les recours seront épuisés, le projet [de Notre-Dame-des-Landes] sera lancé" (ce matin sur France Inter). Hier, le secrétaire d’Etat à la réforme territoriale Vallini affirmait dans Le Dauphiné libéré que « pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de tourisme ». Et récemment, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et grand ordonnateur de la conférence sur le climat de la COP 21, estimait que la création d’un méga-centre commercial dit Europa City, près de l’aéroport de Roissy était un "projet majeur" qui "structurera notre territoire et contribuera à sa vitalité économique" (Le Journal du Dimanche du 21 décembre 2014).

Aéroports, autoroutes, centres commerciaux, barrages, au nom de la sacro-sainte "croissance" : voici donc le programme que nous proposent les "dirigeants", obstinés à ne pas changer de cette voie qui nous jette déjà dans le mur, puisque le changement climatique, la misère, le chômage ne sont pas des perspectives pour demain mais la réalité d’aujourd’hui, de plus en plus perceptible, de plus en plus douloureuse.

Il va nous falloir, cette année, faire face à ce double discours permanent, qui va d’autant plus s’amplifier que la grande sérénade du "tous unis pour le climat" va s’enclencher : attendez-vous à subir une opération de "greenwashing" jamais vue, où les grandes entreprises et les politiciens de tout poil vont proclamer que les "solutions" sont de leur côté, sous le magnifique étendard de la "croissance verte".

Les Hollande, Valls, Vallini, Fabius, sont réputés "socialistes". Mais l’UMP et le Front national ne nous chantent pas une autre chanson : tous ressentent la même flamme pour les aéroports, barrages, TGV et centres commerciaux, sans omettre à l’occasion de jurer qu’il faut agir contre le changement climatique.

En fait, sur l’essentiel, PS, UMP et FN sont d’accord, et l’écologie est la seule force d’opposition véritable à l’organisation concertée de la destruction du monde au service du capitalisme.

Thomas Piketty en état d’hébétude intellectuelle

Plus ennuyeux peut-être encore est le fait que ceux qui devraient avoir quelques lumières sont dans le même état d’hébétude intellectuelle que les porte-flingues de l’oligarchie. Car les économistes critiques ne parviennent pas davantage à imaginer d’autres issues que la voie unique des dominants. Thomas Piketty refuse la Légion d’honneur. Fort bien. Mais comment justifie-t-il cette décision honorable ? En jugeant que les gouvernants "feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe." Misère ! Alors même que dans son livre Le capital au XXIe siècle, il expliquait fort pertinemment que "la croissance, en dehors de périodes exceptionnelles ou de phénomènes de rattrapage, a toujours été relativement faible, et que tout indique qu’elle sera sans doute plus faible encore à l’avenir" (p. 125)....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 17:29

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

 Fraude fiscale 3,42 Milliards, fraude sociale 694,77 Millions

 

 

05.01.2015 à 15h31 • Mis à jour le 05.01.2015 à 16h07 | Par Samuel Laurent

Près de 700 millions d'euros de fraude sociale en France (soit un cinquième de la fraude fiscale)

 

 

Fraudes en France

Les fraudes à la Sécurité sociale et à Pôle emploi représentent un montant de 694,77 millions d'euros en 2013, selon le bilan annuel de la Délégation nationale à la lutte contre la fraude. En hausse record par rapport à l'année précédente, elles représentent l'équivalent d'un cinquième de la fraude fiscale. L'organisme le plus touché est l'Assurance maladie, où la perte dépasse 174 millions d'euros.

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

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Source : www.atd-quartmonde.fr

« Les pauvres sont des fraudeurs » : vrai ou faux ?

 

Faux. Ils fraudent beaucoup moins que les autres.

Il ne s’agit pas de nier ni la fraude aux prestations sociales, ni la nécessité de lutter contre elle. Mais elle est très faible par rapport aux autres types de fraudes – notamment la fraude fiscale.

 

Montant des fraudes estimées

 

*Source internet consultée en avril 2014.
(1)Lutte contre la fraude, bilan 2011, Délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF)
(2)Rapport du syndicat national Solidaires Finances Publiques « Évasions et fraudes fiscales, contrôle fiscal », 2013

 

Montants des fraudes effectivement détectées

 

Montant de fraudes détectées

(1) : Conférence de presse de la CNAF du 17 septembre 2013

44 millions d’euros de fraude au RSA en 2012 pour 2,3 millions de foyers bénéficiaires (en décembre 2013), cela représente en moyenne 20 euros par foyer et par an. « La fraude des pauvres est une pauvre fraude », estime le Conseil d’État en février 2011(1).

Dernier point : en face des 698 millions de fraude estimée aux prestations familiales, alignons les montants estimés des non-recours à ces mêmes prestations : 5,3 milliards pour le RSA, 4,7 milliards pour les prestations familiales et le logement, 828 millions pour l’allocation personnalisée d’autonomie (APA)…, soit, au total, environ 11 milliards « économisés » chaque année par l’État parce que, pour différentes raisons, une partie des personnes qui ont droit à ces prestations ne les sollicitent pas(2) !

Au Royaume-uni, les non-recours s’élèvent à 22 milliards d’euros. Le taux de fraude aux prestations sociales s’élève à seulement de 0,9 % du budget (soit 2,3 milliards d’euros)(3), alors que 80 % des Britanniques pensent qu’un grand nombre de bénéficiaires fraudent. Il existe un numéro d’appel pour dénoncer les fraudeurs aux prestations sociales, qui reçoit plus de 250 000 appels par an. Mais la fraude n’est avérée que dans 3 % des cas(4)… et des dizaines de milliers de bénéficiaires honnêtes sont l’objet d’enquêtes coûteuses et inutiles. En Irlande, le montant des fraudes détectées s’est élevé en 2012 à seulement 0,1 % du budget de la protection sociale(5).

Commandez la série de 15 affiches sur les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté (prix 15 euros)

  • 1 Entretiens « Fraude et protection sociale » publiés dans la revue Droit social n°5, mai 2011
  • 2 Source : Odenore, op. cit.
  • 3 House of Commons Library paper SN/SG/2656, « Social security benefits and expenditure », 2013
  • 4 House of Commons written answers, Hansard, 2011, www.parliamentonline.co.uk/hansard/hocw/110307w0005.htm (consulté en avril 2014)
  • 5 « Living in Poverty – Facts or Fiction », Vincentian Partnership for Social Justice, été 2013


Fraude au RSA

44 millions en 2012 (CNAF)(1)

Fraude à la CMU-C et à l’Aide Médicale d’État

0,9 millions en 2011 (DNLF)

Fraude à l’assurance-maladie par les professionnels de santé

120 millions en 2010 (source DNLF)

Travail non-déclaré par les entreprises

260 millions en 2012 (DNLF)

Fraude douanière

366 millions en 2012 (DNLF)

Fraude fiscale

3,66 milliards en 2012 (DNLF)

Fraude estimée Total des prestations versées ou des montants collectés Par rapport au total des montants alloués ou collectés
Prestations familiales CNAF 698 millions(1)

64,4 milliards

1%
Sécurité sociale (famille, maladie, vieillesse)* 2 à 3 milliards 400 milliards

Moins de 1%

TVA

7 à 9,3 milliards (DNLF) 138 milliards*

5 à 7%

Travail au noir des entreprises (DNLF)

entre 15,5 et 18,7 milliards 250 milliards

6,2 à 7,5%

Impôt sur les sociétés

10 milliards* 42 milliards

24 %

Impôt sur le revenu

15 à 19 milliards(2) 50 milliards*

30 à 38 %

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 17:16

 

Source : www.marianne.net


 

Petite leçon d'austérité pour les nuls : le laboratoire grec

Lundi 5 Janvier 2015 à 05:00

 

David Nemtanu

 

Initiée en 2010, la cure d'austérité grecque aura 5 ans au mois de janvier 2015. En quasi défaut de paiement, la Grèce a été "sauvée", dit-on, par les institutions internationales et européennes. Pour un bilan désastreux.

 

C’était en janvier 2010. Il y a presque cinq ans, jour pour jour, la Grèce demandait une assistance technique au Fonds monétaire international (FMI), quelques mois après que Georges Papandréou, Premier ministre de l’époque, révèle les vrais chiffres du déficit hellène : 12,7 % du PIB, au lieu des jusqu’ici « officiels » 6 %.
 
Dès lors, un parfum d'austérité parcourait lentement, mais sûrement, les travées du pouvoir. En Septembre 2011, le vice-Premier ministre et ministre des Finances grec, Evangelos Venizélos, déclarait ainsi que les défaillances du pays « ne sont pas un problème d'intentions mais de capacité, d'habitudes, de structures (...). Heureusement que nous sommes sous contrôle, car cela nous permet d'avoir du "self-control", et nous sauve. »
 
Du « self control », la Grèce en avait effectivement besoin, puisque celle-ci a appliqué scrupuleusement les six plans formulés par la fameuse Troïka (FMI, Commission européenne, Banque centrale européenne), en échange des 240 milliards d’euros versés par cette dernière, en seulement quatre ans. Au menu : des réformes structurelles d'ampleur, dont notamment la suppression de 150 000 emplois dans le secteur de la fonction publique.
 
On pourrait sans aucun doute faire de l’idéologie, en soulignant que l’austérité est un passage obligé pour la Grèce, surtout que « ça a marché » en Allemagne. Regardons donc, tranquillement mais objectivement, les résultats de l’austérité appliquée en Grèce, cinq ans après les pare-feux de la Troïka. Ce qui permettra très vite de s’apercevoir que le sauvetage est plutôt digne du Titanic…
 
Premier détour par les chiffres du chômage : 7,5 % en 2009, contre 28 % en 2014, soit près de 2 grecs sur 3, et une augmentation de 373,5 %... D’autant que ce taux atteint 49,8 % chez les moins de 25 ans, en 2014 ! 
 
Les statistiques de la croissance ne sont pas rayonnantes, non plus... 3,5 % en 2007, suivie d’une récession abyssale de 22 % sur cinq ans, dont 7,1 points en 2011 et 7 points en 2012.  
 
Quand à la dette publique grecque, elle devrait culminer à 177 % du PIB en 2014, dont une augmentation de 17,9 points entre 2011 et 2012. On est bien loin des 76,9 % de l’Allemagne, et encore plus des 60 % exigés par le Traité de Maastricht…
 
Les salaires, pour leur part, avaient diminué de 22 % en seulement trois ans, passant de 751,39 euros en 2009 à 586,08 euros en 2012… auxquels s’ajoutaient - en plus - des versements de salaires incomplets ! Le Monde rappelait ainsi que le plan d’austérité mis en œuvre en 2011 aboutissait à verser seulement 60 % du salaire de 30 000 fonctionnaires, agrémenté d’une obligation pour ces derniers de trouver un nouveau boulot dans les douze mois, au risque de perdre définitivement leur emploi. 
 
Vous en voulez encore ? Près de 30 sociétés ont été privatisées … Pour ne citer qu’un exemple, 74 % du port du Pirée à Athènes a été cédé par l’Etat. Sans compter qu’environ 240 000 PME sur un total de 780 000 ont fermées depuis six ans.
 
Ne nous étonnons pas, dans ces conditions, que l'adversaire de la finance et leader de la coalition de gauche radicale, Alexis Tsipras, devienne le favori des élections législatives anticipées, le 25 janvier. Car le candidat à la présidence désigné par le gouvernement, Stavros Dimas, a subi un cuisant échec lors des élections des 17, 23 et le 29 décembre, entraînant une dissolution de l'Assemblée nationale. Il faut dire que le poulain du Premier ministre conservateur Samaras était un ancien commissaire européen... 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 17:09

 

 

Source : www.reporterre.net


 

Pour imposer le site de déchets nucléaires Cigéo, l’Andra aurait dissimulé une source géothermique

Émilie Massemin (Reporterre)

lundi 5 janvier 2015

 

 

 

L’Andra, dont la mission est d’informer le public, aurait caché l’existence d’une ressource en géothermie sous le site envisagé pour Cigéo, centre d’enfouissement de déchets nucléaires. Ce potentiel énergétique remet pourtant totalement en cause le site. L’Agence de gestion des déchets radioactifs est assignée ce lundi à 15 h au Tribunal de Nanterre par les associations d’opposants.


C’est l’aboutissement de plus de treize années de travail pour les opposants au projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Meuse/Haute-Marne. Ce lundi à 15 h, le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) examinera l’assignation en responsabilité pour faute déposée contre l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) par le réseau Sortir du nucléaire et les associations Burestop 55, Mirabel Lorraine nature environnement, Les habitants vigilants du canton de Gondrecourt-le-Château, le Cedra 52 et l’Asodedra.

Ces associations accusent l’Andra d’avoir délibérément dissimulé une ressource en géothermie dans le sous-sol de Bure, afin de ne pas compromettre l’installation de Cigéo sur le site.

Le début de l’affaire remonte à 2002. André Mourot (aujourd’hui décédé), ingénieur géophysicien et membre du Comité local d’information et de suivi (Clis) du laboratoire de Bure, découvre des inventaires du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) établissant l’existence d’une ressource géothermique sous le site du futur Cigéo.

Or, la règle fondamentale de sûreté n°III-2-f, adoptée le 10 juin 1991 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), est très claire : « Les sites retenus [pour le stockage définitif de déchets radioactifs en formation géologique profonde] ne devront pas présenter d’intérêt particulier du point de vue [de la géothermie et du stockage de chaleur]. » Le Guide de sûreté qui la remplace le 12 février 2008 reprend les mêmes termes.

Boîte de Pandore

Cela relève du bon sens : « On ne fait pas d’enfouissement dans un secteur où se trouve une ressource quelconque, parce que nos descendants, ayant oublié l’existence d’un tel dépotoir souterrain, risqueraient d’aller chercher cette ressource et de tomber sur la boîte de Pandore, explique Michel Marie, membre du Cedra 52 et du Clis. On imagine les conséquences. »

Ce risque est d’autant plus important que Cigéo a pour vocation de stocker des déchets radioactifs de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL). De l’iode 129 par exemple, hautement radioactif et dont la période d’activité est de seize millions d’années...

L’Andra ne pouvait ignorer l’existence de cette ressource, estime André Mourot dans une note présentée au Clis en décembre 2002. Et pour cause : c’est la même personne, l’hydrogéologue C. Maiaux du BRGM, qui a cosigné le document Les possibilités de réalisations géothermiques dans le département de la Meuse. Inventaire en 1981, et le rapport Antéa « Département de la Meuse, synthèse des données hydrogéologiques préliminaires » de 1994, lequel a servi à la réalisation du référentiel géologique de l’Andra et admet des caractéristiques du sous-sol compatibles avec une ressource en géothermie, d’après l’ingénieur.


- Présentation des recherches de l’ANDRA à l’espace information du laboratoire de Bure -

Aucune exploration sérieuse avant le choix du site

L’Andra, qui a connaissance de la règle fondamentale de sûreté, n’a pas non plus cherché une ressource géothermique dans les règles de l’art avant de fixer son choix sur Bure en 1994, souligne Michel Marie. « Il y a eu une dizaine de forages au total, calcule-t-il. Mais ils étaient peu profonds aux dires des géologues, 600 mètres de profondeur environ. Or, la géothermie se situe bien plus profondément. A l’époque, on disait qu’il fallait trois forages profonds, qui traversent toutes les couches géologiques sur 1.700 mètres pour découvrir la ressource. »

Alertées par André Mourot, les associations d’opposants au sein du Clis de Bure réclament un forage profond dès 2003. « Pendant trois ans et demi, l’Andra nous a affirmé, sans preuves, que l’eau ne serait pas assez chaude, que ceci, que cela, se souvient Antoine Godinot, docteur en géologie et membre du Clis. Nous avons découvert ensuite qu’ils attendaient, pour donner suite à notre demande, la loi de 2006. »

Cette loi relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, adoptée le 28 juin 2006, prévoit la création d’un centre de stockage géologique en profondeur sur un site ayant fait l’objet d’études au moyen d’un laboratoire souterrain, autrement dit le laboratoire de Meuse/Haute-Marne de l’Andra.

Des résultats sciemment sous-estimés

Un forage profond est finalement commandité par l’Andra, en 2008. Mais les résultats n’ont pas été clairement expliqués aux membres du Clis, dénonce Antoine Godinot. « Pour exploiter une ressource en géothermie, on extrait l’eau chaude des profondeurs de la roche grâce à un forage, explique le géologue. Quand on effectue un forage de recherche pour évaluer le potentiel en géothermie d’un sous-sol, il faut mesurer la transmissivité, c’est-à-dire la facilité avec laquelle l’eau circule dans la roche. Si ce paramètre est bon, cela veut dire qu’avec une bonne pompe, on pourra tirer 200 mètres cubes d’eau par heure. »

Ce que l’Andra n’a pas pris en considération. « Elle a glissé le chiffre de la transmissivité, 1,1.10-3 m²/seconde, ce qui est un bon résultat. Mais évidemment, personne n’a rien compris et c’est normal, parce que c’est un terme de spécialistes, poursuit Antoine Godinot. Puis ils ont dit qu’ils n’avaient pu obtenir qu’un débit de 5 m3/heure, alors qu’il en aurait fallu 150 pour que le sous-sol soit exploitable. Cela, c’est compréhensible pour tout le monde. »

En lisant le rapport de test des opérateurs ayant effectué le forage, Antoine Godinot découvre d’autres faiblesses : la boue artificielle utilisée pour le forage n’a pas été retirée avant les tests et de la roche argileuse est tombée de la paroi du forage au fond du trou, ce qui a pu gêner les mesures.

Les associations parviennent à introduire le doute au sein du Clis, pourtant favorable au projet Cigéo. Le comité fait appel à un expert suisse, Geowatt, pour une contre-expertise. Ses conclusions vont dans le sens des associations. « Compte tenu des données et informations disponibles, nous sommes d’avis que les ressources géothermiques au Trias dans la région de Bure peuvent aujourd’hui être exploitées de manière économique avec l’emploi de techniques et de matériel appropriés », peut-on lire dans son rapport.

De l’absence de ressource... à l’absence de ressource « exceptionnelle »

L’Andra a donc menti. Les associations lui adressent une lettre le 17 décembre 2012, dans laquelle elles réclament une indemnisation pour « sous-estimation du potentiel géothermique du site de Bure ». Dans sa réponse du 30 janvier 2013, l’Andra « réaffirme qu’il n’existe pas de ressource géothermique présentant un intérêt exceptionnel dans la zone qu’elle étudie pour l’implantation de Cigéo » - le lecteur relèvera le glissement sémantique de « pas de ressource » à « pas de ressource exceptionnelle ».

Elle reconnaît seulement avoir utilisé « un raccourci qui pouvait porter à confusion quant à la production que pourrait donner une utilisation industrielle locale » en présentant le débit plutôt que la transmissivité.

Cette réponse ne satisfait pas les associations, déterminées à poursuivre leur action en justice. Mais les règles fondamentales de sûreté de 1991 ne sont pas contraignantes, et pas davantage le Guide de sûreté de 2008 – les associations ne peuvent donc pas attaquer l’Andra sur le choix du site. D’autant moins que le projet n’est pas encore validé, puisque l’Andra n’a prévu de déposer sa demande d’autorisation de création qu’en 2017.


- "Bure Zone Libre". Maison de la résistance contre Cigéo. -

Il faut donc biaiser, et assigner l’Andra pour dissimulation d’informations. « C’est une question très simple qui a déjà été résolue par la jurisprudence antérieurement : quand vous divulguez une information, la première chose à faire est qu’elle soit correcte, explique Me Étienne Ambroselli, avocat des associations. Là, c’est pire : vous avez un établissement qui a obligation par sa mission statutaire fixée par le législateur, d’informer le public sur ces sujets extrêmement complexes. Nous sommes donc face à un manquement à une obligation statutaire d’information. » Le 3 mai 2013, les associations assignent donc l’Andra en responsabilité pour faute.

Des positions qui évoluent

L’avocat se veut optimiste quant au dénouement du procès. « Quand nous avons assigné cet établissement il y a plus d’un an, c’était une action inédite, assez difficile à faire comprendre. Mais les choses se sont beaucoup simplifiées depuis, analyse l’avocat. L’Andra a dû reconnaître sa faute, sous pression de ce recours et suite au rapport Geowatt. »

Autre signe positif de prise de conscience, le discours de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) évolue. « En 2009, l’IRSN affirmait l’absence de potentiel géothermique exploitable à l’aplomb de Cigéo. Aujourd’hui, elle reconnaît que ce potentiel existe et qu’il faudra faire des études spécifiques sur les risques de perforation en raison de ce potentiel. »

Dans sa fiche « Potentiel géothermique du site de Meuse/Haute-Marne », l’IRSN indique ainsi que « dans l’hypothèse de l’oubli de la présence du stockage, il ne peut être exclu que ce potentiel puisse conduire dans le futur à la réalisation de forages venant traverser l’installation. L’IRSN estime que ce type de situation doit faire l’objet d’une analyse spécifique, au titre de la démonstration de sûreté de Cigéo, afin d’apprécier notamment son incidence sur les capacités de confinement du stockage ».

François Besnus, directeur des déchets et de la géosphère à l’IRSN, explique à Reporterre que « la ressource en géothermie est exploitable. Mais actuellement, est-il intéressant de l’exploiter d’un point de vue économique ? Notre conclusion est que non ». Il souligne deux faiblesses de la ressource : le gradient de température, qui n’est pas meilleur qu’ailleurs, et la très forte salinité de l’eau, qui obligerait les exploitants à la réinjecter dans le sol, une technique coûteuse et compliquée. « Cette ressource ne présente pas de caractère exceptionnel », conclut-il.

« Pour autant, on ne peut pas gommer d’un trait le risque d’une intrusion dans le futur, avertit-il. Nous avons aujourd’hui une certaine vision du sous-sol, qui peut évoluer. La présence de géothermie est un risque, mais l’incertitude est encore plus grande pour des ressources encore plus profondes et peut-être encore insoupçonnées. » Dans cette perspective, l’Andra est obligée, géothermie ou non, d’étudier plusieurs scénarios d’intrusion, qu’elle devra présenter à l’IRSN avant de déposer sa demande d’autorisation de création. « Ces études devraient être effectuées dans un cadre pluraliste, où l’Andra et l’IRSN joueraient un rôle moteur mais où le BRGM, les universitaires, les associations et la société civile... auraient également leur mot à dire », souhaite François Besnus.

Des pressions

Mais la pression du gouvernement reste forte...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 16:52

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

Pour que les rébellions deviennent révolutions

Emmanuel Daniel (Reporterre)

lundi 5 janvier 2015

 

 

Les livres ouvertement révolutionnaires sont rares. À nos amis, la dernière livraison du Comité Invisible, en est assurément un. L’ouvrage revient avec enthousiasme sur les mouvements populaires qui ont secoué le monde ces dernières années tout en en pointant les insuffisances. Les auteurs proposent des pistes pour « s’extraire de l’impasse du présent » et violer la loi d’airain des révolutions manquées.



Ils les avaient annoncées, elles sont arrivées. « Elles », ce sont les insurrections. « Ils », ce sont les membres du Comité invisible qui écrivaient il y a sept ans L’insurrection qui vient.

Effectivement, du Caire à Rio, de Madrid à Athènes, d’Istambul à Kiev, les rues se sont embrasées, les populations se sont soulevées. « Occuper des places en plein cœur des villes, y planter des tentes, y dresser barricades, cantines ou baraques de fortune, et y tenir des assemblées relèvera bientôt du réflexe politique élémentaire, comme hier la grève », prédisent ces anonymes dans leur nouvelle livraison intitulée À nos amis.

La Commune comme façon d’être au monde

Avec jubilation, ils décrivent « la joie palpable qui débordait des places occupées », « la joie qui s’attache à toute commune ». Car pour eux, le mouvement des places marque un retour en force de l’idée de Commune qu’ils ne présentent pas seulement comme une manière de lutter ou une forme d’organisation politique mais comme « une façon d’être au monde » ou encore comme « la participation à une puissance collective à même de dissoudre le sentiment d’affronter le monde seul ».

Ils voient dans ces rassemblements bien plus qu’un moyen de dire sa colère : « La commune est l’organisation de la fécondité. Elle fait naître toujours plus que ce qu’elle revendique. C’est cela qui rend irréversible le bouleversement qui a touché les foules descendues sur toutes les places et les avenues d’Istanbul.

Des foules forcées pendant des semaines à régler par elles-mêmes les questions cruciales du ravitaillement, de la construction, du soin, de la sépulture ou de l’armement, n’apprennent pas seulement à s’organiser, elles apprennent ce que, pour une grande partie, on ignorait, à savoir : que nous pouvons nous organiser, et que cette puissance est fondamentalement joyeuse ».

Joyeuse et durable car « les insurrections se prolongent » dans les villes et les quartiers une fois les places désertées, sous la forme de « mises en commun et d’auto-organisation ».


- Place Tahrir, au Caire -

Vivre sans être gouverné

Ils égrainent les descriptions et exemples récents en les replaçant dans une perspective historique, rappelant ainsi que ce qui s’est joué ces dernières années est une réminiscence à la fois du désir et du potentiel humain à vivre sans être gouverné : « Des collectivisations en Aragon en 1936 aux occupations de places les dernières années, les témoignages du même ravissement sont une constante dans l’Histoire : la guerre de tous contre tous n’est pas ce qui vient quand l’Etat n’est pas là, mais ce qu’il organise savamment tant qu’il existe. »

Sauf que, « les insurrections sont venues, pas la révolution ». Les mouvements populaires semblent partout « s’étrangler au stade de l’émeute », constatent-ils. Ils présentent l’ouvrage comme une « entreprise d’élucidation » qui entend donner des pistes pour « s’extraire de l’impasse du présent » en trouvant un « langage à même de dire à la fois la condition qui nous est faîte et le possible qui la fissure ».

Plutôt que de chercher des excuses historiques ou scientifiques, ils s’attachent à mettre en lumière « les points d’appuis dont l’ennemi dispose en nous-mêmes et qui déterminent le caractère non fortuit, mais déterminé, de nos échecs ». Afin de dépasser la loi d’airain des révolutions manquées, le Comité invisible s’adresse à ses amis, à tous ceux qui sont prêts à « construire une force révolutionnaire ». Mais ils ne s’embarrassent pas de politesses. Leurs « amis » en prennent pour leur grade.

Violence ou pacifisme : un faux combat

Ils renvoient dos à dos les pacifistes pour qui « la mise au ban de la guerre n’exprime au fond qu’un refus infantile et stérile d’admettre l’existence de l’altérité » et les radicaux, partisans de la violence pour la violence, qui ont privatisé la révolution à des fins de « valorisation personnelle » et « semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent ».

Ils s’en prennent aussi à la démocratie directe qui « dans son formalisme est d’abord une affaire d’angoissés ». Pour eux les « fétichistes » des assemblées tentent de masquer derrière les procédures et l’obsession de la prise de décision leur absence de confiance en eux et en les autres.

Comme dans L’insurrection qui vient, les auteurs usent du ton péremptoire et donneur de leçons de ceux qui ont compris avant les autres, mieux que les autres. Tel qu’ils s’expriment, ils ne laissent que peu de place à la discussion. Ceux qui ne seraient pas d’accord avec eux sont au choix des imbéciles, des lâches ou des flippés. Mais cette arrogance est ici moins dérangeante que dans leur précédent ouvrage.

Car les leçons qu’ils délivrent, ils se les adressent en partie à eux-mêmes. Le procès fait aux radicaux peut être perçue comme une critique faite à L’insurrection qui vient. En effet, certains passages de cet ouvrage présentant la violence comme loisir ou exutoire, donc comme fin en soi, m’avaient laissé le sentiment de messages codés compréhensibles uniquement des inconditionnels de l’émeute.

Ici, l’appétence pour la castagne est moins présente. Les auteurs vont même jusqu’à ériger le tact en « vertu révolutionnaire » en se refusant à opposer dogmatiquement « les ‘radicaux’ aux ‘citoyens’, les ‘révoltés en actes’ à la population passive ». Leur implication dans le mouvement mondial des places, qui a réussi l’exploit de rassembler largement au-delà des cercles d’insurgés professionnels, n’est sûrement pas étranger à cette volonté affichée de « ménager les devenir-révolutionnaires ».

Un texte poétique et politique

Ce texte est à l’image des mondes qu’ils défendent, à savoir « sensible », poétique autant que politique. Les auteurs s’adressent moins à nos synapses qu’à nos tripes, moins à notre raison (ankylosée par des décennies de société du spectacle et de consommation) qu’à ce que nous ressentons au plus profond de nos êtres.

Cela ne les empêche pas de proposer une critique éclairante de l’ordre néo-libéral qui utilise « la gestion de crise comme technique de gouvernement ». Ils dressent un portrait de l’ennemi qui n’est plus incarné par le Pape ou le Président mais par des infrastructures et des réseaux. Un pouvoir diffus organisé « sur un plan horizontal, fragmenté » et non sur un « plan vertical et hiérarchique ».

Pour eux, le pouvoir est maintenant territorial, partout et d’abord en nous-mêmes, nous enfants de l’Internet qui par notre culte de la transparence rendons possible la société du contrôle et de la surveillance total.

Appel à ceux qui s’organisent

Mais plus qu’un habile exercice de style, ce livre est un appel, traduit en huit langues et diffusé sur quatre continents. Un appel non pas à prendre le pouvoir mais à tisser des réseaux denses de relations entre les personnes, à « se lier stratégiquement aux autres zones de dissidences » et à s’organiser pour « accroître notre puissance ».

Ils accordent autant d’importance « aux détails les plus quotidiens, les plus infimes de notre vie commune » qu’à la question technique. Bloquer, saboter, détruire les machines, les flux et les infrastructures mais aussi comprendre et maîtriser les techniques qui permettent au monde de tenir debout afin de ne plus dépendre de l’ordre néolibéral qui se pose comme seule alternative au chaos et à la misère : « Tant que la perspective d’un soulèvement populaire signifiera pénurie certaine de soins, de nourriture ou d’énergie, il n’y aura pas de mouvement de masse décidé. »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 


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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 16:36

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/que-vive-la-grec

 

Troïka basta! Rendons la démocratie à la Grèce!


« C'est au peuple grec, père de la démocratie mais aujourd'hui martyr de l'austérité, de décider souverainement de son avenir », estiment les signataires de cet appel de « citoyens et citoyennes d'Europe » qui exigent « des institutions financières internationales, des agences de notations comme des autorités européennes qu'elles cessent immédiatement leurs pressions indignes »



Union européenne, dirigeants européens, FMI, agences de notation : cessez votre chantage, votre ingérence dans la campagne électorale grecque ! Laissez le peuple décider !

Dans un contexte où les mauvais coups se multiplient en Grèce (corruption de députés, désinformation, restriction des libertés démocratiques…) pour empêcher la victoire possible du mouvement de gauche Syriza aux élections législatives prévues le 25 janvier, voilà que le FMI annonce la suspension de son « aide » et que le commissaire européen à l'économie, Pierre Moscovici, s'adresse directement aux électeurs grecs pour leur dire dans quel sens voter. Jean-Claude Juncker, président de la Commission  européenne, déclare quant à lui qu'il « n'aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir » à Athènes. En Allemagne, le ministre des Finances, Wolfgang Schaüble, réaffirme au passage qu'il n'y a « aucune alternative » aux réformes conduites en Grèce. Les agences de notation commencent à menacer de dégrader – est-il encore possible ! – la note de l'économie grecque. Dans la presse européenne, on s'emploie à diffuser la peur du changement afin de dissuader les peuples de l'Union de se tourner vers des formations politiques progressistes proposant le même type de rupture économique que Syriza.

Il est vrai qu'une victoire de Syriza en Grèce pourrait remettre en cause pour l'ensemble de l'Union européenne les politiques d'austérité imposées par la Troïka (banque européenne, commission européenne et FMI) aux peuples contre leur volonté : comme le montrent les manifestations massives au Portugal, en Espagne et plus récemment en Italie, ou la grève générale en Belgique, ne passe plus l'injonction de rembourser aux détenteurs de capitaux des dettes illégitimes au prix de la destruction d'un modèle social qui permettait d'atténuer les maux du capitalisme et de pointer qu'une autre logique est possible. Devant cette menace pour leurs intérêts – l'exemple islandais les inquiète encore – les serviteurs de la finance en Europe sont prêts à tous les chantages pour confisquer la démocratie en Grèce et ailleurs. Eux qui laissent museler les libertés dans la Hongrie de Victor Orban au nom du respect du suffrage universel trouvent cette fois légitime de s'ingérer dans la vie politique intérieure d'un État : la préservation des intérêts des banques et des multinationales leur est plus importante que la défense des libertés !

C'est au peuple grec, père de la démocratie mais aujourd'hui martyr de l'austérité, de décider souverainement de son avenir. Nous, citoyens et citoyennes d'Europe, exigeons des institutions financières internationales, des agences de notations comme des autorités européennes qu'elles cessent immédiatement leurs pressions indignes. Ce n'est pas aux institutions européennes actuelles et à la finance de dicter aux peuples ce qu'ils doivent voter ! L'austérité est un choix politique qu'ils doivent pouvoir rejeter démocratiquement ! Nous faisons chorus avec les dirigeants de Syriza pour dire que le problème de la Grèce est celui de toute l'Europe et que ce qui s'y joue pourrait sonner le début d'une nouvelle aventure européenne.

Nous, citoyens et citoyennes d'Europe disons au peuple grec : n'ayez pas peur, comptez sur nous, nous sommes à vos côtés. Notre Europe n'est pas la leur ; elle est la vôtre.



Christophe Aguiton, militant associatif et syndicaliste; Françoise Alamartine, EELV; Loïc Annoot, Les plumés de l'austérité 93; Paul Aries, rédactreur en chef mensuel les Z'indigné(e)s; Clémentine Autain, porte-parole d'Ensemble !

Benjamin Ball, Les désobeïsssants; Alain Bascoulergue, journaliste retraité; Francine Bavay, EELV; Julien Bayou, conseiller régional Idf EELV; Delphine Beauvois, auteure de livre jeunesse et féministe; Esther Benbassa, sénatrice EELV du Val-de-Marne; Fatima Benomar, les efFRONTé-e-s; Bruno Bessières, Association des communistes unitaires, Ensemble !, Front de gauche; Martine Billard, ancienne députée de Paris, PG; Thierry Bonus, militant syndical; Alima Boumediene Thiery, avocate; Michel Bourgain, maire de l'Île-Saint-Denis; Joseph Boussion, Nouvelle Donne; Jacques Boutault, maire EELV de Paris 2e; Judith Butler; 

Leïla Chaibi, PG; Laura Chatel (secrétaire fédérale des Jeunes Ecolos); Luc Chatel, journaliste et éditeur; Fethi Chouder, PG93; Eric Coquerel, coordinateur politique du PG, conseiller régional Ile de France; Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche; Mathieu Colloghan, peintre et dessinateur; Philippe Corcuff, politiste; Sergio Coronado, député EELV; Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'EELV; Simon Cottin-Marx, co-rédacteur en chef de la revue Mouvements et membre de Jeudi Noir; Alain Coulombel, conseiller régional EELV; Pierre Cours-Salies, professeur Paris 8, membre de la FASE (Ensemble!-Fdg);

Sonia Dayan-Herzbrun, Sociologue; Philippe Derudder, économiste; Véronique Dubarry, ajointe à la mairie l'Île-Saint-Denis, EELV93, Les plumés de l'austérité 93; Héloïse Duché, militante féministe; Frédéric Durand, président du groupe FdG à Plaine Commune;

Eric Fassin, sociologue, Université Paris-8; Michel Feher, philosophe; Fabrice Flipo, philosophe; Guillaume Floris, syndicaliste;

Bruno Gaccio, Nouvelle Donne; Gilles Garnier, Responsable Europe du PCF; Raquel Garrido, secrétaire nationale du PG; Elisabeth Gautier, Transform! Europe/Espaces Marx; Jean-Marie Gleize, écrivain; Jérome Gleize, conseiller de Paris EELV; Pierre-François Grond, Ensemble!-FdG;

Janette Habel, universitaire; Kaddour Hadadi, Hk et les saltimbanks; Magalie Houziaux, Vivre mieux ensemble à Aulnay (93), Les plumés de l'austérité;

Benjamin Joyeux, écologiste européen, Conseil Fédéral d'EELV; Wandrille Jumeaux, EELV;

Pierre Khalfa,  coprésident de la fondation Copernic; 

Pierre Larroutourou, coprésident de Nouvelle Donne; Sandra Laugier, philosophe; Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF, Président du Parti de la gauche européenne; Stéphane Lavignotte, pasteur, Christianisme social; Bénédicte Lefebvre, Fondation Copernic; Mathurin Levis, membre du Bureau National du Mouvement des Jeunes Socialistes; François Longérinas, militant PG écologiste et autogestionnaire; Isabelle Lorand, Chirurgienne, Pcf; Michael Löwy, sociologue, Directeur de Recherche Emérite, CNRS; Elise Lowy, EELV; 

Noël Mamère, député écologiste; Philippe Mangeot, Vacarme; Philippe Marlière, politologue; Myriam Martin, porte-parole Ensemble!-Fdg; Luis Martinez Andrade, Sociologue; Christiane Marty, féministe, Fondation Copernic; Ramon Martinez, Ensemble Aubervilliers, Caroline Mecary, Fondation Copernic; Jean-Luc Mélenchon, député européen; Roland Merieux, Ensemble; Corinne Morel Darleux, conseillère régionale Rhône Alpes (FdG-PG); Arno Munster, philosophe;

Albert Ogien, sociologue;

André Pacco, Ensemble Auxerre; Francis Parny, PCF, Vice-pdt du Conseil régional d'IDF; Sylvain Pattieu, maître de conférences en histoire et écrivain; Willy Pelletier, sociologue, Fondation Copernic; Jean-François Pellissier, conseiller régional IdF, porte-parole d'Ensemble!-FdG; 
Philippe Pignarre, éditeur; Claude Poliak, sociologue, PG;

Xavier Renou, Les désobeissants;

Anne Sabourin, Représentante du PCF au Parti de la gauche européenne; Christian Salmon, écrivain; Benoit Schneckenburger, philosophe; 
Danielle Simonnet, secrétaire nationale du PG, conseillère de Paris; Francis Sitel, politiste, ContreTemps; Philippe Sultan, Fondation Copernic;

François Taillandier, écrivain; Azzedine Taïbi, maire (PCF-FdG) de Stains (93); Jacques Testart, directeur de recherches honoraire de l'Inserm; Sylvain Thevoz, conseiller municipal, Genève; Marie-Pierre Thoubas, porte-parole Ensemble!-Fdg; Jean-Luc Touly, Conseiller régional Île-de-France et responsable eau de la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand; Catherine Tricot, rédactrice en chef de Regards;

Eleni Varikas, professeure Emérite Paris 8; Victor Vauquois, responsable relations extérieures des jeunes écologistes; Christian Vélot, scientifique; Christophe Ventura, Mémoire des luttes; Marie-Christine Vergiat, députée européenne FdG; Patrick Viveret, philosophe;

Louis Weber, Fondation Copernic; Francis Wurtz, PCF, député européen honoraire.

Signer: http://troikabasta.wesign.it/fr

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/que-vive-la-grec

 


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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 16:25

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Travailler autrement

Loin de l’agrobusiness, une coopérative favorise l’alimentation solidaire et l’économie locale

par Sophie Chapelle 5 janvier 2015

 

 

 

 

Structurer une filière de l’alimentation locale et biologique, depuis la transformation jusqu’à la distribution des aliments. C’est tout l’enjeu du Groupement régional alimentaire de proximité (Grap), une coopérative lyonnaise autour de laquelle gravitent des épiceries, des magasin de producteurs, des restaurants, des boulangers… Ensemble, ils mutualisent des moyens, s’entraident, se forment, le tout dans un état d’esprit d’économie solidaire. Et lancent de nouveaux projets avec la volonté que la consommation responsable change d’échelle. Reportage auprès de professionnels engagés.

Ici, pas de concurrence. Ni de célébration du self made man. On préfère la coopération et la solidarité : mutualiser un comptable, partager un logiciel informatique, se prêter un véhicule, plutôt que de se réjouir des difficultés d’autrui. Ici, c’est le « Grap ». Entendez « groupement régional alimentaire de proximité ». « Un groupement des gens qui entreprennent dans le secteur de l’alimentation biologique et locale en région Rhône-Alpes, dans un esprit social et solidaire », explique Kévin Guillermin, l’un de ses fondateurs. Le Grap est constitué en société coopérative d’intérêt collectif (Scic). « Plutôt que d’enchainer les heures, seul, on se met à plusieurs pour se sentir moins isolé, pour mutualiser les services, les moyens, se dégager du temps, et ne pas s’éparpiller. »


 

 

La coopérative regroupe déjà treize activités économiques – cinq épiceries bios, deux boulangers, deux restaurants, un magasin de producteurs, une structure de paniers bios, un agent commercial en vins naturels, une importatrice de produits méditerranéens. Leur point commun ? Un état d’esprit solidaire et coopératif, et une volonté de s’approvisionner en produits locaux et biologiques, via des filières courtes de préférence. Le groupement fédère toutes les activités du secteur de l’alimentation, à l’exception de la production agricole. Chacun paie une contribution en fonction de la richesse créée, pour accéder aux services proposés par le Grap. « Cela représente environ 15 % de la valeur ajoutée », précise Kévin Guillermin.

S’entraider et mutualiser, mais pas seulement

A quoi cette contribution sert-elle ? Les membres du Grap bénéficient de trois types de services. D’abord en gestion, en comptabilité ou en administration (contrats de travail, déclarations Urssaf, émission des fiches de paie...) ; ensuite une mutualisation des services informatiques (centralisation des commandes, bases de données...) ; enfin, un pôle se concentre sur l’accompagnement de l’activité (formations, stratégie, médiation). Depuis son lancement en janvier 2013, cette société coopérative d’intérêt collectif emploie quatre équivalent temps plein.

« Au delà des services que l’on propose, nous cherchons un effet vertueux, que les professionnels s’entraident », complète Kévin Guillermin. Prêt de véhicules entre adhérents, mutualisation de lieux de stockage... «  Il y a notamment un agent commercial en vin et bio. Les épiceries du groupement le consultent pour savoir comment élaborer leurs gammes de vin, illustre Kévin. Favoriser cette solidarité a du sens et les activités ont tout à y gagner. » Le périmètre de Grap est volontairement régional – 150 kilomètres autour de Lyon environ – afin de favoriser la synergie entre les différentes activités de la coopérative.

« Un supermarché en super mieux »

Marie qui gère le magasin Prairial, une épicerie coopérative bio installée à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, est régulièrement en contact avec les autres épiceries adhérentes. «  On se file les bonnes infos, on fait aussi un point toutes les six semaines pour améliorer les référencements de nos produits et le rapport qualité-prix, illustre-t-elle. Par exemple, nous commandons tous chez le même grossiste ce qui allège les coûts pour tout le monde. Et puis le fait d’aller le visiter ensemble nous donne plus de poids et de crédibilité. » Sans l’appui du Grap, il n’est pas sûr que le magasin bio, une ancienne coopérative de consommateurs créée il y a 40 ans, aurait pu se développer. « Même si nous sommes très motivés, ce n’est pas possible de tout apprendre du jour au lendemain. » L’accompagnement comptable ou juridique a été d’une grande aide. Avec ses associés, Marie a le projet de faire du magasin un lieu de vie et d’échanges, et pas seulement de consommation.

L’enjeu est aussi d’expérimenter de nouveaux projets. C’est le cas avec la super Halle de Oullins, une initiative à laquelle participe le Grap sur le plan financier, juridique et commercial. Ouvert depuis février 2014 dans le sud-est du Rhône, ce supermarché rassemble dans un même lieu un magasin de producteurs en vente directe, une épicerie de produits biologiques et un espace traiteur et restauration. « Comme un supermarché en super mieux ! », clame le slogan affiché

 

par la halle hors-norme.

Même sans expérience, c’est possible

« La super Halle, c’est un projet monté sur 18 mois au cours desquels tout est allé très vite, explique sa coordinatrice Johanne Ruyssen. Par ses compétences techniques, le Grap a mesuré les risques et réalisé un business plan. Il était là pour canaliser, réorienter, poser les bonnes questions... En bref, nous aider à lever le nez du guidon. » Avec la volonté, malgré le changement d’échelle, de préserver la qualité des aliments tout en donnant la possibilité aux producteurs de libérer du temps.

Se lancer dans un projet d’activité économique, « c’est une démarche solitaire, cela peut être anxiogène », prévient Kévin Guillermin. « Tout l’enjeu c’est de trouver des cadres qui fassent que l’entrepreneuriat soit possible et accessible. » Deux jeunes de 22 et 25 ans ont été accompagnés pour reprendre une épicerie en Haute-Loire. « Le commerce, ça ne s’improvise pas, souligne Patricia, co-gérante de l’épicerie Cœur d’Artichaud. La méthodologie proposée par le Grap rassure les nouveaux entrepreneurs. Cela permet de se connaitre aussi, de se dépasser parfois, de s’adapter, de changer aussi et puis d’avoir une meilleure estime de soi tout en participant à un changement de mentalités ». A la Halle de Oullins, deux gérantes ont été recrutées « sans avoir d’expérience dans le milieu ».

Un effet levier pour l’économie sociale

Autre défi : que chacun puisse continuer ensuite à se former. « Imaginez une personne motivée qui monte son épicerie et qui se retrouve à tenir une caisse. Quelles perspectives lui offrir ensuite en termes de mobilités professionnelles ? », pointe Kevin Guillermin. C’est la raison pour laquelle le Grap propose des formations en hygiène et sécurité alimentaire, en gestion financière et en œnologie.

D’autres formations pourraient suivre, à condition de surmonter certains obstacles, comme des frais de fonctionnement assez lourds au départ. Si son équipe parvient désormais à se rémunérer, l’objectif pour le groupement est d’être à l’équilibre d’ici fin 2016. Le GRAP perçoit notamment des financements publics pour développer le projet [1]. « Soutenir le Grap revient à aider plusieurs activités, c’est un projet levier, défend Kevin Guillermin. Nous voulons faire la démonstration de notre propre modèle avant d’envisager de l’essaimer dans d’autres secteurs. »

Texte et photo de une : @Sophie_Chapelle

- Plus d’infos : www.grap.coop, Prairial et la Super Halle

- Lire aussi notre article sur les coopératives d’activités et d’emplois

 

Notes

[1Initialement, une association, La jardinière, a été créée mi-2012 pour avoir un cadre juridique et mobiliser des financements en vue de faire l’étude de faisabilité de la création de GRAP.


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Source : www.bastamag.net

 

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 22:16

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Pourquoi le prix du pétrole est redevenu une arme géopolitique

|  Par Philippe Riès

 

 

Le prix du baril de pétrole brut a été divisé par deux en six mois. Le cours de l'or noir est un prix de marché. Mais un marché « orienté », pour ne pas dire « manipulé », quand les circonstances s'y prêtent. Un prix très politique donc, forgé par la dégradation accélérée des relations entre les États-Unis et la Russie. Il y a des gagnants et des perdants.

Quand il s’agit du prix de l’or noir, autrement dit le cours du baril de pétrole brut, le commentaire public dominant semble affecté d’un étrange strabisme. Que le prix s’envole vers de nouveaux sommets, et c’est haro sur les spéculateurs. Mais qu’il s’effondre, et ce sont les théories du complot qui sont appelées à la rescousse d’une toujours subtile causalité. Comme si les « spéculateurs » ne jouaient qu’à la hausse.

Donc, depuis le printemps dernier, le cours de l’or noir est en chute libre. De quelque 115 dollars le baril aux plus hauts de l’année qui vient de s’achever, à moins de 55 dollars aux plus bas pendant la trêve des confiseurs. Une division par deux. En six mois. Pour les consommateurs des pays importateurs, ce nouveau « contre-choc » pétrolier est l’équivalent d’une soudaine, inespérée et significative réduction d’impôt. « Si un prix moyen du baril se maintient à 65 dollars le baril sur les douze prochains mois, cela équivaudrait pour l’économie mondiale à une baisse d’impôt de 1 500 milliards de dollars », a calculé l’économiste et financier canadien Kenneth Courtis.

Excellent pour le portefeuille de l’automobiliste quand chaque passage à la pompe se traduit par une facture allégée. Le prix du litre de gasoil, le carburant préféré des Français, est même passé brièvement en décembre sous le seuil symbolique de l’euro dans certaines stations. Bon pour le moral et pour la « confiance », la clef jusqu’ici introuvable de la « sortie de crise ». Pas terrible sans doute pour le climat, mais si les pouvoirs en place prenaient le sujet au sérieux, cela se saurait.

La chute du prix du brut serait pour beaucoup dans l’accélération récente de la reprise économique aux États-Unis. Un remède semble-t-il plus efficace que les acrobaties monétaires de la Réserve fédérale des États-Unis. Sans doute moins dangereux, à terme. Et dont profite également « Joe Sixpack » et pas seulement les « 1 % » d'acteurs ou clients de Wall Street. Et pourtant, personne n’a songé à remercier les « spéculateurs » (on trouvera dans l’onglet Prolonger un lien vers une analyse intéressante du rôle de la spéculation).

Par contre, les amateurs de « complots » géostratégiques sont à la fête. La thèse la plus en vogue, et la plus crédible, est bien celle d’une manœuvre conjointe de l’Arabie Saoudite et des États-Unis (deux des trois premiers producteurs mondiaux d’huile, avec la Russie) visant à déstabiliser leurs ennemis respectifs (et parfois communs). Pour Kenneth Courtis, qui réfute le terme de complot, le moment clef aurait été la rencontre de six heures, à Djeddah, le 11 novembre dernier, entre le secrétaire d’État américain John Kerry et le roi Abdallah, non annoncée et confirmée seulement quelques jours plus tard.

« Après cette date, nos traders nous expliquent que toute tentative de renverser la tendance baissière s’est heurtée à la présence sur le marché de ce qu’ils appellent des “big hands”, explique-t-il. Autrement dit un acteur public suffisamment puissant pour opérer des « ventes soutenues et systématiques » de plusieurs centaines de milliers de barils, voire beaucoup plus, sur un marché déjà structurellement excédentaire et où le prix marginal fait référence.

L’accord de Djeddah s’est traduit par un changement d’attitude des monarchies du Golfe vis-à-vis des mouvements djihadistes qu’elles avaient financés et armés depuis le début de la guerre civile en Syrie. Et par une hausse de l’engagement américain, y compris sur le terrain avec des « conseillers » supplémentaires, contre le groupe de l’État islamique. Dans le collimateur de cette alliance américano-saoudienne renouvelée, avant tout les Russes et les Iraniens, principaux soutiens de Bashar al-Assad. Alliés objectifs face au terrorisme djihadiste au Moyen-Orient, les négociateurs américains et iraniens peinent cependant à trouver sur le programme nucléaire de la République islamique un accord qui aurait une chance de passer auprès de leurs conservateurs respectifs, le Congrès, désormais entièrement dominé par la droite républicaine, n’étant pas le moindre obstacle.

La Russie dans le collimateur de Washington

Mais amener Téhéran à résipiscence est sans doute désormais moins crucial que déstabiliser une Russie poutinienne dont le jeu géostratégique est devenu pour le pouvoir américain bien plus qu’une nuisance. « La Russie apparaît comme le principal obstacle à leurs menées politiques », observe Kenneth Courtis. L’opposition de Moscou à la stratégie, à vrai dire incohérente, de l’administration Obama en Syrie est désormais presque anecdotique. Coopération sans cesse renforcée avec la Chine, y compris dans le domaine de l’énergie, nouvelles ouvertures nucléaires en direction de l’Inde, complicité active avec l’Iran (notamment pour aider ce pays à contourner l’embargo pétrolier occidental), et enfin, situation de guerre plus vraiment « froide » en Ukraine : cela fait beaucoup vu de Washington où le retour de la confrontation avec le Kremlin semble avoir redonné audience à certaines voix néo-conservatrices au département d’État et même à la Maison-Blanche.

« Les Américains lucides savent que c’est bien davantage la baisse continue du prix du pétrole à partir de 1979 que la stratégie offensive de Ronald Reagan qui a mis à genoux une Union soviétique rendue incapable de se refinancer », rappelle Kenneth Courtis. La question est de savoir si l’approche « énergétique » peut donner les mêmes résultats avec la Russie poutinienne qu’avec l’URSS brejnévienne, et dans quels délais.

Calculée en rouble dévalué, la chute des prix du brut n’est pas aussi dramatique qu’en dollar réévalué. « Le baril en rouble vaut plus cher qu’il y a un an », relève Kenneth Courtis. D’autre part, poursuit-il, les sanctions des États-Unis et de leurs alliés européens ainsi que les mesures de représailles décidées par le Kremlin conduisent la machine économique russe à modifier ses sources d’approvisionnement. Auprès de pays qui, le « hasard » faisant bien les choses, ont aussi connu des dévaluations parfois même supérieures à celles de la Russie. « Les entreprises japonaises ne demandent qu’à se substituer à leurs concurrentes allemandes pour les biens d’équipement, explique-t-il. Le Brésil, la Turquie, et demain peut-être la Thaïlande, prennent des parts de marché agricoles aux Européens. »

Beaucoup plus nocives, les sanctions financières « furtives »,qui ont pratiquement coupé l’accès de la Russie, et spécialement de son système bancaire, aux marchés de capitaux internationaux. « En marge des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington, nous avons interrogé 36 des principaux groupes bancaires mondiaux. Plus aucun n’accepte de prêter aux Russes, confie Courtis. La peur du gendarme. » L’amende de près de 9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas par les autorités américaines a laissé des traces profondes.

Ce qui veut dire que les entreprises russes faisant face à des échéances de remboursement en dollar doivent se tourner vers l’État. La journée noire du 16 décembre 2014, qui a vu le rouble chuter de 50 à 80 pour un dollar, les banques russes avaient dû émettre pour 16 milliards d’obligations en dollars pour en prêter une douzaine au géant pétrolier public Rosneft, la Banque centrale du pays s’étant révélée être le seul acheteur. « Les Chinois sont prêts à aider la Russie mais ils ne peuvent se substituer aux marchés mondiaux de capitaux », explique Courtis.

À la fin 2013 (voir graphique), la dette extérieure russe dépassait les 600 milliards de dollars, soit plus que les réserves de la Banque centrale, estimées à quelque 400 milliards. La Russie peut-elle endurer une crise qui durerait encore deux ans, comme l’affirme Vladimir Poutine ? Une part majoritaire de la dette, celle des entreprises privées et étatiques non financières, est adossée à des actifs relativement liquides, qui vont du pétrole et du gaz aux diamants en passant par toute la gamme des métaux non ferreux. Des transactions récentes, par exemple concernant l’aluminium sur le London Metal Exchange, démontrent que les vendeurs russes peuvent obtenir des dollars, même s’il leur faut pour cela sacrifier leurs bénéfices.

 

La dette extérieure russe par catégories 
La dette extérieure russe par catégories © Starfort Holdings

La dette des banques d’État russes, à quelque 120 milliards, ne représentait que 20 % du total. « Ce n’est pas mortel », commente Kenneth Courtis. Pour le moment, la Banque centrale peut faire face. Elle vient d’annoncer la recapitalisation de VTB, la deuxième banque publique, pour 1,4 milliard d’euros. En face, il faut mettre en balance l’exposition des banques étrangères, c’est-à-dire pour l’essentiel européennes, à la Russie, estimée à 170 milliards de dollars.

Autrement dit, sur les plans économiques et financiers, ce sont clairement les Européens qui payent la facture et assument le risque de la confrontation entre Washington et Moscou. Jusqu’à quel point et pour combien de temps ?

L'équilibre structurel modifié du marché pétrolier mondial

C’est ici que le facteur temps doit être pris en compte dans l’équation. Autrement dit, la chute des cours du brut est-elle un accident de parcours ou au contraire un phénomène durable, imposé par des facteurs structurels que les différents acteurs ont plus ou moins bien anticipé pour en tirer avantage ?

Selon Anatole Kaletsky, le « kal » de Gavekal, « le prix du pétrole va rester déprimé au moins pour toute l’année 2015, jusqu’à ce que les Saoudiens soient convaincus d’avoir fait suffisamment mal à leurs concurrents géopolitiques et économiques pour regagner leur pouvoir de fixer les prix. La grande question est maintenant de savoir si un prix autour de 50 dollars le baril, soit encore 10 à 15 % inférieur au niveau actuel, sera le plancher de la fourchette pour les années à venir, comme ce fut le cas entre 2005 et 2014, ou si 50 dollars s’installe comme le plafond d’une nouvelle fourchette basse, qui prévalait de 1986 à 2004 ».

Un élément essentiel est la modification structurelle du marché provoquée par la « révolution de l’huile de schiste » venue des États-Unis. Non seulement, elle contribue à l’excédent durable de l’offre sur une demande mondiale déprimée mais à une redistribution des rôles. Il est vrai que les coûts de production dans les plaines du Dakota sont très supérieurs à ceux du désert de la péninsule arabique, mais les investissements sont relativement modestes par rapport à l’exploration/production traditionnelle et l’extraction elle-même, bien plus flexible.

« Dans l’avenir, explique Anatole Kaletsky, les producteurs d’équilibre (swing producers) qui assurent l’équilibre global entre l’offre et la demande de pétrole seront les producteurs américains de pétrole de schiste plutôt que les responsables saoudiens. S’il y a une rationalité économique derrière l’action récente des Saoudiens, c’est bien de garantir que les producteurs à bas coûts de l’OPEP puissent pomper à pleine capacité, les producteurs américains réduisant leur production quand les prix sont bas pour la doper quand ils remontent. C’est pourquoi, sur le marché pétrolier du futur, le coût de production marginal des producteurs américains d’huile de schiste fixera le plafond des prix globaux, pas le plancher. »

Or, ce coût de production, en moyenne de 60 dollars le baril, mais parfois à peine 30, devrait encore baisser dans l’avenir. L’industrie est engagée dans une course technologique à la réduction des « intrants » (eau, produits chimiques) nécessaires à la fracturation. La mise de fond pour chaque puits est relativement modeste (de 2 à 7 millions de dollars), la durée de vie brève mais le taux de récupération de l’huile très élevé (jusqu’à près de 100 %).

Les producteurs d’huile de schiste américains sont donc probablement moins vulnérables à des cours tournant autour de 50 dollars que les exploitants de gisements, certes géants, mais qui nécessitent des investissements colossaux (déjà 36 milliards investis pour Kashagan en mer Caspienne, et ce n’est pas fini) et des prouesses technologiques (offshore très profond au Brésil ou dans le golfe de Guinée). En dessous de 90 dollars le baril, ces gisements pourraient rejoindre ce que Anatole Kaletsky appelle des « actifs échoués », à l’image de ces immenses réserves mondiales de charbon qui ne seront jamais exploitées. L’équipe de Kenneth Courtis évalue les investissements menacés à quelque mille milliards de dollars. Et cela inclut l’Arctique, y compris en Russie, et les sables bitumineux au Canada.

Poutine peut attendre ? Peut-être. Mais moins longtemps que les États-Unis dont l’économie diversifiée va bénéficier globalement de la chute des cours du brut, le secteur de l’énergie, et plus encore de la seule exploration/production (E/P), y tenant une place somme toute modeste. L’E/P pèse 2,5 % du PIB américain, 0,2 % de l’emploi, 3 % de la capitalisation du S&P 500 et même seulement 11,8 % du secteur des obligations à haut risque (junk bonds) qui ont financé une bonne part de l’investissement dans l’huile de schiste. À l’inverse, la chute des cours du brut va transformer la stagnation russe en récession brutale en 2015.

À noter enfin que dans cette partie de poker planétaire, les Européens, une fois de plus, ne sont même pas conviés à la table de jeu. Si leurs consommateurs et leurs entreprises peuvent espérer bénéficier du contre-choc pétrolier (à condition que les retombées ne soient pas captées par les prélèvements fiscaux de leurs États banqueroutiers, en France notamment, au nom de « l’environnement »), leurs dirigeants politiques apparaissent comme des spectateurs contraints et résignés d’un « show » qui se joue pourtant à leur porte. Pour pouvoir peser sur un prix aussi « politique » que celui de l’or noir, encore faudrait-il avoir des politiques communes adéquates : étrangère, de défense, d’énergie. Plus ça change…

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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