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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 17:44

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

À Bure, l’Andra veut étouffer la lutte paysanne

2 mai 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)

 

 

 

Pour s’assurer la maîtrise de la zone de la « poubelle nucléaire » de Bure, l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs s’est constitué une immense réserve foncière. Si de nombreux paysans ont cédé aux conditions de l’Agence, ce n’est pas le cas de Jean-Pierre Simon, jugé ce mardi pour « complicité » avec les antinucléaires. La Confédération paysanne le soutient.

 

 

Mardi 2 mai, à 10h, Jean-Pierre Simon est sorti du tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, annonçant le report de son procès au 12 septembre. Ce qui n’empêche pas les mobilisations prévues dans la journée devant le palais de justice.

Jean-Pierre Simon comparaissait devant le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc (Meuse), pour « complicité du délit d’installation en réunion sur le terrain d’autrui sans autorisation en vue d’y habiter ». Son crime ? À l’été 2016, ce paysan a mis à disposition des opposants au projet de poubelle nucléaire de Bure son tracteur et sa bétaillère. Pour les gendarmes et pour l’Andra — l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs, partie civile dans le procès —, il aurait ainsi « favorisé l’occupation du bois Lejuc » par les manifestants, et « fait obstacle à une issue du site ».

Joint par Reporterre, Jean-Pierre Simon raconte une version de l’histoire sensiblement différente. Début juin 2016, les opposants ont organisé une manifestation pour protester contre le début des travaux de l’Andra dans le bois Lejuc. « Je suis venu avec mon tracteur pour porter le matériel pour le pique-nique, raconte-t-il. Quand on s’est rendu compte que l’Andra menait là-bas des travaux illégaux, l’occupation a été décidée. Je ne suis pas resté sur place, mais j’ai laissé mon tracteur, pour aider à la logistique : transporter les tentes par exemple. »

Lors de l’expulsion du bois, début juillet, Jean-Pierre s’est précipité pour récupérer son tracteur, mais il était trop tard : l’engin avait été saisi et emporté par les forces de l’ordre à la fourrière. À l’intérieur de la remorque, les enquêteurs trouveront des tentes, des vêtements, des sacs de couchage, quelques téléphones portables. « Je suis allé aux convocations, j’ai répondu aux questions de la gendarmerie, mais ils n’ont pas voulu me rendre mon tracteur, alors que c’est un outil de travail indispensable ! » Il a protesté auprès du procureur, mais ses lettres sont restées sans réponse, jusqu’à ce 3 février, où il a reçu une convocation au tribunal.

 

« Depuis le départ, l’Andra fait en sorte qu’il n’y ait pas de lutte paysanne à Bure » 

Pourquoi lui ? Pourquoi se focaliser sur cet agriculteur qui n’était pas présent lors de l’évacuation du bois, et qui n’a fait que prêter son tracteur aux manifestants ? La plupart des opposants au projet Cigéo agissent de manière collective ou anonyme, de manière à ne pas être identifiés par les forces de l’ordre. Au contraire, Jean-Pierre Simon est installé à Cirfontaines-en-Ornois, à quelques kilomètres de Bure, depuis plusieurs décennies, et il est bien connu dans le coin. « Je suis facilement identifiable, donc facilement attaquable, admet-il. Mais à travers moi, c’est le procès du bois Lejuc que l’Andra veut faire. » Il avance une autre piste de réponse : « Comme je suis à peu près le seul paysan à m’investir dans la lutte, c’est peut-être une manière de mettre la pression et de dire aux autres agriculteurs : ne bougez pas. » Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, syndicat qui soutient Jean-Pierre Simon, abonde dans ce sens : « L’Andra a fait de lui un grand criminel, ils ne l’ont pas loupé et ont frappé fort, comme s’ils avaient voulu scinder la lutte et décourager les habitants locaux de s’engager. Depuis le départ, l’Andra fait en sorte qu’il n’y ait pas de lutte paysanne à Bure. »

 

Le témoignage de Jean-Pierre Simon fait écho à une autre histoire : celle de l’appropriation progressive du foncier agricole et forestier par l’Andra, en Meuse et en Haute-Marne, et qui est dénoncée par la Confédération paysanne comme « un accaparement de terres ». Installé depuis 1982 sur l’exploitation familiale, le paysan produit aujourd’hui orge, colza, blé, tournesol. Il décrit une région agricole en difficulté, avec des sols difficiles à travailler.

Pourtant, l’arrivée de l’Andra sur le territoire, dans les années 1990, a donné une nouvelle valeur à ces terres délaissées. « À partir de 2007, ils ont commencé à acheter tout le foncier disponible. Ils se rendaient dans les villages, prospectaient pour savoir si des successions ou des reprises allaient avoir lieu. » Il se rappelle de son voisin, propriétaire de 100 ha, démarché par l’Agence. « Ils lui ont tout acheté, les terres, les bâtiments, le cheptel. » Le prix du foncier a flambé : l’hectare est passé de 2.500 à 5.000 € en quelques années. « L’Andra paye, quel que soit le prix, donc ça en motive plus d’un ! » estime l’agriculteur.

Malgré les propositions alléchantes, il a décidé de garder sa ferme, « pour rester maître de la situation et ne pas casser [son] outil de travail ». Il a cependant dû débourser plusieurs centaines de milliers d’euros afin de racheter la moitié de ces terres qui étaient en location et convoitées par l’Andra. « C’est pour ça que je suis libre de parler, explique-t-il. La plupart des paysans louent une partie de leurs surfaces, ou sont sur des parcelles que l’Andra leur met à disposition via des baux précaires. »

Les terres agricoles du plateau de Bure.
 

La carotte et le bâton. Pour « calmer le jeu et acheter le silence », comme le dit Jean-Pierre Simon, l’Andra dispose d’un patrimoine foncier important : 3.115 ha, d’après les chiffres fournis fin 2015 par l’Agence (2.270 ha en propriété directe et 845 ha mis en réserve par les Safer), alors que le projet Cigéo ne s’étendra, au maximum, que sur 650 ha. Cette réserve foncière permet à l’Andra de prévoir des compensations environnementales nécessaires lors de la réalisation du projet, mais aussi de « procéder à des échanges de parcelles » avec les agriculteurs. « C’est une sorte de jeu d’échecs qui permet à l’Andra de s’assurer la maîtrise de la zone d’implantation de Cigéo », décrit Jean-Pierre Simon. Cette stratégie, tout à fait légale, mène aussi à des redistributions de terres de la part de l’Andra, via des conventions d’occupation précaire et provisoire (Copp) : « Mais cette redistribution favorise en priorité ceux qui ont des casquettes : élus, syndicalistes, jeunes… tout ça pour tenir la population », note Jean-Pierre Simon...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 18:30

 

 

Source :  http://www.lefigaro.fr

 

 

«Fessenheim, caricature de l'impuissance politique»

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La centrale nucléaire de Fessenheim.

ANALYSE - La saga de la fermeture de la centrale nucléaire retrouve l'essence de son origine: les petits arrangements de 2011 entre François Hollande et les Verts, pour une alliance électorale dont Fessenheim était le gage.

Rocambolesque! La saga de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, qui a rythmé le quinquennat de François Hollande, vient de s'enrichir d'un épisode sans précédent. Incroyable mais vrai: nous avons assisté, depuis 48 heures, à un bras de fer au grand jour entre le conseil d'administration d'une entreprise publique à 85%, EDF, et le gouvernement. Plus improbable encore, ce dernier l'a perdu. Un camouflet comme on n'en avait jamais vu… et que la ministre de l'Écologie refuse d'ailleurs d'admettre.

«Nous avons assisté, depuis 48 heures, à un bras de fer au grand jour entre le conseil d'administration d'une entreprise publique à 85%, EDF, et le gouvernement. Ce dernier l'a perdu»

Après avoir salué ...

 

Cet article a été publié dans l'édition du Figaro du 80% reste à lire.

 

 

Source :  http://www.lefigaro.fr

 

 

 

 
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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 19:36

 

 

Source : https://www.franceinter.fr

 

 

Cuve de l'EPR de Flamanville : l'incroyable légèreté d'Areva et EDF

 

 

La forge du Creusot est dans le collimateur de l'industrie nucléaire pour avoir fabriqué des pièces douteuses. Des documents prouvent qu'EDF et Areva étaient alertées dès 2005.

Cuve de l'EPR de Flamanville

Enquête Secrets d'Info de Sylvain Tronchet.

 

Jamais l'industrie nucléaire française n'avait connu un tel scandale. Et cette affaire qui remet en cause toute la chaîne de contrôle d'une filière déjà ébranlée par la catastrophe de Fukushima. La forge du Creusot a fourni des pièces non conformes à la réglementation à plusieurs centrales. Parmi elles, la cuve de l'EPR de Flamanville qui attend toujours d'être validée par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pourtant, deux documents obtenus par France Inter, et plusieurs témoignages démontrent qu'EDF et Areva avaient été alertées dès 2005 des dysfonctionnements de cette usine. Malgré cela, les deux industriels ont continué à lui confier des fabrications sensibles.

La forge du Creusot est un morceau de l'histoire de la sidérurgie française. Installée depuis le XVIIIe siècle au cœur de la cité bourguignonne, elle a fabriqué des centaines de pièces qui ont équipé depuis les années 1960 les centrales nucléaires du monde entier. Mais elle a aussi connu une histoire récente mouvementée. Emportée dans la tourmente de la faillite de Creusot Loire en 1984, l'usine a failli disparaître plusieurs fois. En 2003, elle tombe dans l'escarcelle d'un homme d'affaires : Michel-Yves Bolloré. Le frère aîné de Vincent (qui a refusé de répondre à nos questions) n'est pas à proprement parler passionné par la sidérurgie, témoigne René Dumont, qui dirigeait la forge à l'époque :

L'objectif de Bolloré était financier, il n'était pas spécialement technique. Je n'ai pas pu lui faire parler de stratégie industrielle.

De nombreux cadres désertent alors la forge. Au Creusot, on voit arriver de nouveaux sous-traitants, qui ne connaissent pas toujours bien le métier. L'usine connaît alors de nombreux problèmes de fabrication : pièces rebutées, suivi de la qualité défaillant... Comme l'ont déjà révélé nos confrères de l'Obs (article abonnés), les bâtiments sont mal entretenus et la forge s'éloigne peu à peu des standards extrêmement élevés requis par le nucléaire. Or, Areva et EDF étaient informés de cette situation. En témoignent deux courriers de l'ASN à l'électricien, jamais publiés jusqu'à aujourd'hui. Le premier remonte au 16 décembre 2005, presqu'un an avant la fabrication des éléments de la cuve de l'EPR. Il pointe du doigt les problèmes de qualité que rencontre le site bourguignon.

Lettre de l'ASN à EDF

Lettre de l'ASN à EDF © DR

Le 16 mai 2006, l'Autorité insiste auprès d'EDF : "En 2005, les fabrications (...) du forgeron Creusot Forge ont été émaillées de nombreux incidents : nombre de rebuts importants, écarts constatés au cours des inspections (...)".

  • Lettres de l'ASN avertissant EDF des problèmes de Creusot Forge en 2005 et 2006 :

L'alerte est claire. Et suffisamment sérieuse pour que le patron de l'ASN de l'époque, André-Claude Lacoste se rende en personne au Creusot. Il nous a confirmé être revenu "effondré" par ce qu'il avait constaté : l'usine n'est pas au niveau. De retour à Paris, il prévient Areva :

Votre fournisseur a de gros problèmes, changez-en ou rachetez-le !

Areva rachète donc l'usine et son atelier de mécanique à Michel-Yves Bolloré pour la somme astronomique de 170 millions d'euros. Les deux sites lui avaient coûté environ 800 000€ trois ans plus tôt. Au moment du rachat, la décision est déjà prise : le Creusot forgera le fond et le couvercle de la cuve de l'EPR de Flamanville. Pourtant, "toutes les expertises qui sont intervenues après, concluent qu'à cet instant précis les usines du Creusot n'avaient pas la capacité nécessaire à la réalisation de ces pièces" s'étonne Jean-François Victor, un ancien proche de Bolloré dans cette affaire. EDF admet pourtant avoir identifié des problèmes de qualité sur le site creusotin à l'époque. Comme chez Areva, on affirme avoir pris en compte les avertissements de l'ASN. Pourtant, d'après nos informations, la vraie réforme des procédures qualité sur le site n'intervient qu'en 2012. Et il n'est pas sûr qu'elle ait changé la donne. Plusieurs témoins nous ont confirmé que la culture de la sûreté laissait à désirer à la forge, jusqu'à une période récente. Christian de Mezieres, technicien de maintenance, vieux de la vieille du nucléaire, y est arrivé il y a 5 ans : "Je n'ai pas retrouvé la culture que j'avais connue dans les autres entités Areva. Quand on faisait de la maintenance en milieu irradié, c'était clair et précis. Il y avait des contrôleurs pour chaque opération. Ici, non."

Jean-Luc Mercier, délégué CGT de la forge, estime même qu'Areva a contribué à la dégradation de l'assurance-qualité sur le site : "il y a quelques années, s'il le fallait, on arrêtait une machine pendant un jour ou deux, on vérifiait si les pièces étaient bonnes et on demandait les autorisations avant de poursuivre. Aujourd'hui, on essaie de faire tourner les machines 8h/8 et on ne se pose pas la question de savoir si on peut mettre en danger la qualité de nos pièces."

Les éléments de la cuve de l'EPR à peine sortis de la forge, l'ASN s'inquiète. Dès août 2006, elle écrit à Areva pour lui demander de démontrer que les deux pièces sont bien conformes à la réglementation. Pendant près de 7 ans, les échanges de courrier se succèdent, mais aucune analyse n'est pratiquée. Le 24 janvier 2014, la cuve, qui est arrivée sur le chantier de Flamanville, est posée dans le bâtiment réacteur. Neuf mois plus tard, le verdict tombe. Areva a enfin fait des tests. Ils sont négatifs : le fond et le couvercle présentent des anomalies. Dans le jargon des sidérurgistes, on appelle cela des "ségrégations carbone". "L'acier de la cuve doit normalement contenir 0,2% de carbone, explique Yves Marignac, expert du secteur nucléaire. Là, c'est une concentration de plutôt 0,3%, ça suffit pour modifier les propriétés mécaniques de l'acier et en particulier pour influencer la température à laquelle il devient moins souple et plus cassant." Ennuyeux, lorsque l'on sait que le scénario de rupture de la cuve n'existe pas dans le nucléaire. Il n'y a pas de plan B en cas d'accident de ce type. Thierry Charles de l'IRSN, qui a examiné le dossier confirme : "on a un matériau dont la composition n'est pas celle attendue, et dont on peut craindre la rupture lorsqu'il va être soumis aux conditions de pression et de température qu'il va subir dans le réacteur."

Areva a refait ses calculs : la cuve est bonne pour le service malgré ses défauts, affirme l'industriel. L'ASN décidera, en septembre prochain probablement, si elle valide cette démonstration. Mais dès qu'elle a appris l'existence de défauts sur la cuve, elle a demandé un audit complet de l'usine du Creusot. Areva traîne des pieds, fournit un premier rapport, "totalement creux" d'après un proche du dossier. L'ASN se fâche, exige une revue complète de l'usine. Areva s'exécute. En mai 2016, les conclusions tombent, invraisemblables : des pièces non conformes ont été livrées à l'industrie nucléaire et, dans certains cas, les dossiers de fabrication ont été falsifiés de façon à le dissimuler au client. A l'ASN, le directeur général adjoint, Julien Collet, se souvient de sa stupeur quand il a réalisé ce qui se passait au Creusot : "ces pratiques sont dans un écart tel avec ce qu'on attend d'un fournisseur de ce niveau, qu'on a presque du mal à y croire. On ne s'attendait pas à observer de telles déviances."

Parmi ces "déviances", la plus problématique concerne un générateur de vapeur, fabriqué en 2008, et installé sur le réacteur 2 de la centrale de Fessenheim en 2012. Lors de sa fabrication, la pièce est sortie trop courte de la forge. Il était impossible d'en couper les extrémités pour éliminer les impuretés qui s'accumulent à chaque bout, une phase essentielle dans cette industrie. La pièce aurait dû être rebutée. Mais il a été décidé de la livrer quand même à EDF (voir document ci-dessous) sans prévenir l'électricien de ce "défaut" potentiellement grave sur un équipement aussi sensible. Une enquête préliminaire est ouverte et plusieurs associations ont porté plainte contre EDF et Areva, notamment pour usage de faux et mise en danger délibérée de la vie d'autrui.

"Fiche Incident Qualité" de la centrale de Fessenheim

"Fiche Incident Qualité" de la centrale de Fessenheim © ASN

 

Comment le leader mondial du nucléaire a-t-il pu tolérer de telles méthodes sur l'un de ses sites ? Quand on lui pose la question, David Emond, directeur général d'Areva NP masque à peine son embarras : "Ces pratiques existaient depuis des décennies. Elles sont inacceptables d'un point de vue culture de la sûreté et de l'assurance de la qualité. Dans cette usine, on n'a pas eu cette culture sur toute la période."

Areva aurait donc été victime de "traditions locales", remontant à bien avant son rachat du site. L'argument fait hurler l'ancien directeur de la forge, René Dumont : "accuser les gens qui ont fait vivre cette forge pendant des décennies, qui ont fourni des tas de pièces dans le monde, d'avoir mis en place un système basé sur la magouille et la falsification, c'est de la calomnie. C'est surtout, je pense, le désir de camoufler ses propres manquements." De fait, lorsqu'on examine les falsifications les plus graves, celles qui auraient pu avoir un vrai impact du point de la sûreté nucléaire sont toutes relativement récentes et datent de l'époque Areva. Devant l'ampleur du désastre, l'entreprise est en train de reprendre tous les dossiers de fabrication de la forge depuis les débuts de l'industrie nucléaire. Un travail de titan : quatre millions de pages à examiner. Un audit mené sous la responsabilité... d'Areva. Cyrille Cormier, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace s'étrangle : "comment avoir confiance en Areva là-dessus ? On peut craindre que de cet audit ne ressorte finalement que peu de choses par rapport à la réalité des défauts de production de l'usine."

On peut effectivement en douter. En décembre dernier, une équipe d'inspecteurs internationaux a débarqué au Creusot. Nous nous sommes procuré le rapport de l’ONR, l’autorité de sûreté britannique (document ci-dessous). Il est dévastateur pour l’industriel français. L’expert nucléaire anglais Paul Dorfman avoue qu’il a « rarement vu l’ONR aussi sévère dans un rapport ». On y apprend notamment que les visiteurs étrangers ont repéré que les techniciens d'Areva continuaient à corriger leurs rapports avec du fluide correcteur blanc. Une pratique bannie dans le nucléaire, où l'on doit toujours avoir l'historique des modifications, que ni les auditeurs d'Areva, ni ceux d'EDF qui étaient passés avant, n'avaient noté. Surtout, les inspecteurs doutent que les mesures prises par Areva pour remettre l’usine dans le droit chemin seront suffisantes. Et ils suggèrent qu’EDF se tourne vers un autre fournisseur pour le projet de construction de deux EPR à Hinkley Point. Une perspective catastrophique pour la forge du Creusot. Lors d’une visite sur le site en mai dernier, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, estimait qu’il y aurait « plusieurs centaines de licenciements » sur place si l’usine n’obtenait pas le marché anglais.

  • Rapport d'inspection de Creusot Forge par l'Autorité de sûreté britannique :

Cette affaire pourrait donc être fatale pour une partie de la filière nucléaire française. Notamment parce qu'elle remet en cause un principe de la chaîne de contrôle : en France, c'est l'industriel qui déclare ses problèmes, l'autorité de sûreté compte sur son "honnêteté". A l'ASN, le directeur général adjoint Julien Collet, admet que le dossier Creusot Forge change la donne : "on a un opérateur qui n'est pas dans une logique d'identification et de traçabilité de ses écarts comme ça devrait être le cas, mais qui est dans une logique où on préfère cacher les anomalies, les mettre sous le tapis. Ça interroge vraiment la manière dont nos inspecteurs doivent mener leurs investigations. Il faut qu'on complète notre arsenal". L'autorité de sûreté n'a pas de vrais pouvoirs d'investigation, et surtout, pour Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien du CEA (Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives), elle manque de moyens : "l"ASN doit surveiller 58 réacteurs, les chantiers type EPR et ITER, les usines du combustible, de retraitement, d'enrichissement, toute la médecine basée sur les rayons... Et ils sont à peu près 400. A partir du moment où on s'est aperçu que tout ce système déclaratif n'était pas très fiable, ça veut dire qu'il faut des contrôles beaucoup plus forts. Pour ça, il faut des gens."

Reste cette question, toujours en suspens : pourquoi avoir confié la réalisation de la cuve de l'EPR à un site industriel aussi éloigné des standards habituels du nucléaire ? Cyrille Cormier de Greenpeace a son idée : "on a pris une décision sur la base d'une dissimulation d'informations, parce que si on savait, à l'époque, que Creusot-Forge ne serait pas en capacité de produire des pièces pour un EPR à Flamanville, peut-être que l'utilité de construire cet EPR aurait été questionnée à nouveau. On n'était pas en mesure d'avoir un industriel français capable de fournir des pièces, et peut-être que l'intérêt de l'EPR qui visait à avoir un produit français aurait été remis en cause." Des propos qui résonnent étrangement avec cette explication qu'EDF nous a livrée : "le gouvernement français et EDF partageaient en 2006 l’intérêt de garder la filière française opérationnelle en France. Avec le renouveau du nucléaire qui se profilait à ce moment-là, EDF a souhaité renforcer des moyens de production en France pour mieux maîtriser sa capacité de réalisation de projets industriels". Le patriotisme économique pouvait-il justifier une telle légèreté ?

►► Une enquête Secrets d'Info à écouter le samedi 1er avril à 13h20 sur France Inter.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 17:42

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

De Tchernobyl à Fukushima, le même mensonge officiel sur la radioactivité

 

11 mars 2017 / Yves Lenoir

 

 

 

Rien ne semble avoir changé de Tchernobyl à Fukushima : les instances scientifiques officielles minorent l’effet de la radioactivité dégagée par les catastrophes nucléaires.

 

Robotique, objets connectés, bio et nanotechnologies, chimie de synthèse... les nouvelles technologies déferlent sur nos vies, multipliant les objets marchands, les besoins en énergie et en matières premières, accélérant la destruction des milieux naturels, stimulant les guerres. Parce que l’innovation est le principal moteur de cette croissance qui dévore la planète, Reporterre publie une série de tribunes visant à démythifier le progrès et faire de la recherche scientifique un terrain de controverse et de luttes.

 

Yves Lenoir est président d’Enfants de Tchernobyl Belarus et auteur de La Comédie atomique, La Découverte, 2016.

Le traitement de la crise de Fukushima a tout d’un remake perfectionné de celui de la catastrophe de Tchernobyl. Bien à l’abri, au sein du complexe de pouvoir onusien, de toute contestation savante et/ou sociale , les institutions internationales qui se sont arrogées le monopole du discours sur les effets des rayonnements et sur les questions de radioprotection – UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation) et la CIPR (Commission internationale de protection radiologique), affiliée à l’OMS (Organiation mondiale de la santé) en 1955 – ont joué et jouent un rôle de premier plan dans le déni de la plupart des conséquences sanitaires de ces deux accidents majeurs.

En 2006, un rapport officiel sur Tchernobyl mentionnait que seulement 191 167 liquidateurs ukrainiens, sur les 352.939 dénombrés en 1996, étaient encore en vie [1]. Toujours en 2006, les académiciens Yablokov et Nesterenko publiaient une compilation de plus de 1.100 articles scientifiques sur les effets de la catastrophe [2]. On y apprenait que 45 ans est l’âge moyen de décès de nombre de liquidateurs. Un bilan de bataille atomique : le réacteur en feu avait craché autant de radioactivité [3] qu’une à cinq explosions atomiques… par heure… durant dix jours.

 

Alexei V. Yablokov a été de ceux qui ont fait comprendre l’effet à long terme de la catastrophe de Tchernobyl

Pourtant, en septembre 2005, le Chernobyl Forum, une instance créée au sein de l’ONU en 2002, et dirigée par des experts de l’UNSCEAR, de la CIPR et de l’AIEA, a décrété le « bilan définitif » de la catastrophe [4] : 50 morts en tout, liquidateurs et populations exposées. Un miracle ! L’atome pacifique déchaîné tue moins qu’une demi-journée de circulation routière en Russie… Miraculeux !

L’UNSCEAR a ensuite soumis à l’assemblée générale de l’ONU son rapport général, défense et illustration du rapport du Chernobyl Forum : adopté à l’unanimité ! Le miracle devient article de foi : tous les pays représentés à l’ONU l’ont reconnu. Pas de miracle sans croyants. Mais toute religion a aussi ses apostats, agnostiques et athées, qui ne méritent qu’anathèmes et renvois à la doctrine. Ainsi, en avril 2010, au fil d’une cinglante réfutation, le secrétaire scientifique du Chernobyl Forum, Mikhaïl Balonov, chantre de l’innocuité de l’atome pacifique, a opposé à Yablokov et Nesterenko « la Bible de la médecine des radiations » [5], à savoir la liste des références scientifiques et des rapports validés par l’UNSCEAR.

Précisons que courant 1986, Balonov avait fait venir un collègue avec sa femme enceinte travailler et habiter dans une région très contaminée de Russie, afin d’en rassurer la population [6] ; cet exploit avait ouvert à l’obscur chercheur de l’Institut d’hygiène des radiations de Leningrad – redevenue Saint-Pétersbourg en 1991 – la voie vers d’éminentes responsabilités à l’UNSCEAR, la CIPR et l’AIEA.

Fin 2011, ce même Balonov a été chargé de coordonner la rédaction du premier rapport de l’UNSCEAR sur l’exposition des populations aux radiations de Fukushima. En octobre, dans une lettre ouverte publiée en anglais et en japonais, il avait prophétisé : « Chers habitants de la préfecture de Fukushima […] On ne devrait s’attendre à aucune augmentation des maladies thyroïdiennes dans un avenir proche ou lointain. […] On peut prédire qu’un accroissement de la morbidité dans la population japonaise est peu probable [7]. » En mai 1986, juste après la catastrophe de Tchernobyl, l’OMS n’avait-elle pas déjà affirmé qu’« aucune mesure de protection de la population touchée par les retombées de Tchernobyl ne se justifie »[[Chernobyl Reactor accident, Rapport provisoire de l’Organisation mondiale de la santé, Copenhague, 6 mai 1986.] ? ...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 16:58

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Justice

Nucléaire : le cancer d’un ouvrier irradié de l’Île Longue enfin reconnu en maladie professionnelle

 

par

 

 

 

Louis Creachcadec était chaudronnier. Il a travaillé de 1974 à 2003 dans la base militaire de l’Île Longue, dans la rade de Brest, au contact des réacteurs de sous-marins nucléaires. Atteint d’un cancer de l’œsophage, il est décédé le 3 octobre 2010 à l’âge de 57 ans. Au terme d’un long combat judiciaire mené par la famille de la victime, le cancer de l’œsophage provoqué par les rayonnements ionisants vient d’être reconnu en maladie professionnelle. Le 1er mars, le Tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Brest a jugé « que le cancer de l’œsophage qui a entrainé le décès de M. Louis Creachcadec est en lien direct et essentiel avec une exposition professionnelle habituelle avec des rayonnements ionisants et avec d’autres agents cancérigènes et doit être pris en charge au titre de l’article L.461-1 de la Sécurité Sociale » [1].

Comme nous le relations dans ce reportage sur les ouvriers de l’Île Longue, victimes oubliées de la dissuasion nucléaire, plusieurs salariés frappés de cancers ou de leucémies tentent de faire reconnaître leurs maladies professionnelles. Mais le ministère de la Défense et l’ancienne Direction des chantiers navals déclinent toute responsabilité. C’est la veuve de Louis Creachcadec qui porte désormais le dossier de son mari, défendu par l’avocate Cécile Labrunie, avec le soutien de l’association Henri Pézerat, dont sont membres des irradiés des armes nucléaires.

La décision du tribunal a d’abord été précédée par un avis défavorable rendu par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) quant à l’existence d’un lien entre l’exposition professionnelle de Louis Creachcadec et le cancer qui l’a emporté. « Nous les accusons de développer une stratégie délibérée de dissimulation des effets sanitaires de la polyexposition aux substances cancérogènes », avait dénoncé Francis Talec, président de l’antenne brestoise de l’association Henri Pézerat [2].

Le Tribunal des affaires de sécurité sociale a appuyé sa décision sur une note de la chercheure Annie Thébaud-Mony, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) [3]. Elle y explique que le caractère direct entre l’exposition professionnelle et la pathologie a été établi non seulement par la littérature scientifique, mais également par la liste américaine des maladies professionnelles radio-induites, et surtout par la législation française dans la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

Le tribunal a ordonné l’exécution immédiate du jugement. La lutte de l’association Henri Pézerat aux côtés des travailleurs irradiés se poursuit pour l’amélioration de la reconnaissance en maladie professionnelle des cancers radio-induits, et surtout « pour que l’impunité des industriels et des employeurs qui exposent les salariés à des toxiques mortels soit enfin brisée ».

A lire également : Malformations, maladies, espérance de vie réduite : le calvaire des descendants de victimes d’essais nucléaires

 

 

Notes

[1Voir le communiqué de l’association Henri Pézerat

[2Lire cet article du Télégramme

[3Directrice de recherche honoraire à l’Inserm, au titre du Groupement d’Intérêt Scientifique sur les Cancers d’Origine Professionnelle (Giscop)

 

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 17:55

 

 

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Le projet de stockage de déchets radioactifs à Bure gelé par la justice

 

Le tribunal administratif a annulé la cession à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs d’une forêt sous laquelle doivent être enfouis des déchets nucléaires.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

Le centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Bure, dans la Meuse, en janvier 2016.

C’est un sérieux revers pour l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), maître d’ouvrage du projet de centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Bure, dans la Meuse. Mardi 28 février, le tribunal administratif de Nancy a annulé la délibération de la commune meusienne de Mandres-en-Barrois, qui avait permis à l’agence de devenir propriétaire d’une forêt de 220 hectares, le bois Lejuc, sous lequel doit être construit le centre d’enfouissement de résidus nucléaires. Dans l’immédiat, le projet est donc gelé.

 

Celui-ci consisterait à enterrer dans une couche d’argile, à 500 mètres sous terre, les 85 000 m3 de déchets à haute activité et à vie longue (des dizaines ou des centaines de milliers d’années) produits par le parc nucléaire français actuel.

L’affaire remonte au 2 juillet 2015. Ce jour-là, à 6 heures du matin, le conseil municipal du village de Mandres-en-Barrois (127 habitants) avait autorisé le maire, par un vote à bulletin secret, à conclure avec l’Andra une convention consistant à échanger le bois Lejuc contre une autre forêt. Plusieurs habitants de la commune ont attaqué cette décision, d’autant qu’en janvier 2013, lors d’un référendum local, ils avaient rejeté, par 50 voix contre 35, l’échange du bois Lejuc contre d’autres parcelles forestières.

Dans sa décision, le tribunal a retenu que l’article L. 2121-21 du Code général des collectivités territoriales autorise le vote à bulletin secret « à la condition que le tiers au moins des conseillers présents le demandent ». Or, poursuivent les juges, la commune n’a pas apporté la preuve que cette demande avait été faite.

 

Lire aussi :   Déchets nucléaires à Bure : les occupants du bois Lejuc ne seront pas expulsés dans l’immédiat

 

Vice de procédure régularisable

En vertu de quoi, le tribunal « annule la délibération du 2 juillet 2015 ». Pour autant, il précise que « le vice de procédure qu’il censure est régularisable ». En clair, la commune de Mandres-en-Barrois devra, « dans un délai de quatre mois », adopter une nouvelle délibération approuvant l’échange de forêts. Faute de quoi il faudrait « résilier la convention conclue avec l’Andra ».

Cette annulation « porte uniquement sur une question de forme », réagit l’Andra. Selon elle, le vote à bulletin secret « était une manière de garantir l’indépendance des votes, sachant que les opposants étaient présents dans la salle du conseil pour faire pression sur les élus ». Déclarant qu’elle « prend acte de cette décision et attend la suite des événements », l’agence souligne que « quelle que soit l’issue, cela ne signifie pas pour autant le blocage du projet, et encore moins son arrêt ».

Le réseau Sortir du nucléaire et plusieurs associations d’opposants estiment, au contraire, que « les travaux préparatoires à Cigéo sont compromis ». D’après eux, « l’Andra, dont la propriété [du bois Lejuc] est remise en question, n’a plus aucune légitimité pour y poursuivre des travaux ». De son côté, le Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) y voit « une illustration supplémentaire que l’Etat de droit est allègrement bafoué par l’Andra ».

 

Contestation sur le terrain

Le 22 janvier, l’agence avait déjà connu un déboire au tribunal administratif de Bar-le-Duc. Alors qu’elle demandait la reconnaissance du caractère illégal de l’occupation du bois Lejuc par des opposants au projet Cigéo, le tribunal a décidé de surseoir à statuer, l’audience étant renvoyée au 5 avril.

Ces difficultés judiciaires s’ajoutent à la contestation à laquelle l’Andra doit faire face sur le terrain. Elles risquent de compromettre le calendrier jusqu’ici prévu pour la construction du site de stockage, dont la demande d’autorisation de création doit être déposée en 2018, pour une mise en service en 2025.

Le dossier est revenu ces derniers jours dans le débat politique. Le projet de plate-forme présidentielle négocié entre Benoît Hamon (PS) et Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) prévoit « la fin du projet d’enfouissement profond de Bure ».

 

Lire aussi :   Site d’enfouissement de Bure : « On ne nous atomisera jamais »

 
 

 

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 22:47

 

 

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Veillée d’armes contre le stockage radioactif de Bure

 

Les opposants au centre d’enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse appellent à un rassemblement national samedi 18 février.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

Une manifestation d’opposants au centre d’enfouissement des déchets nucléaires, en 2014, à Bure, dans la Meuse.

Les rigueurs hivernales n’ont pas tempéré l’ardeur des opposants au projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), destiné à enfouir, près du village de Bure (Meuse), les déchets ultimes de l’industrie nucléaire française. Le bois Lejuc, une forêt de 220 hectares sous laquelle doit être creusé, à 500 mètres sous terre, ce cimetière atomique, est devenu le « bois à défendre », en écho à la zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

 

Depuis plusieurs mois, quelques dizaines de militants y ont élu domicile. Ils y ont construit des cabanes au milieu de la futaie et à la cime des arbres, où ils attendent de pied ferme les gendarmes qui, un jour ou l’autre, viendront les déloger. Samedi 18 février, ils comptent sur le renfort de plusieurs centaines de personnes, lors d’une manifestation nationale au mot d’ordre sans équivoque : « Qu’ils nous expulsent ou pas, on sera dans le bois ! »

 

Lire aussi :   Site d’enfouissement de Bure : « On ne nous atomisera jamais »

 

La mobilisation ne se cantonne plus au noyau dur des « anti-Cigéo » et aux associations régionales historiquement hostiles au projet. Le réseau Sortir du nucléaire appelle à rallier le rassemblement pour « refuser le passage en force » de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), chargée du stockage souterrain. De son côté, Europe Ecologie-Les Verts invite à y participer pour « mettre fin à ce projet démesuré » et le remplacer par « des solutions alternatives ».

 

Face-à-face tendus

De multiples collectifs, comme la Coordination des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ont eux aussi battu le rappel. Il s’agira, annonce un habitant de la « maison de la résistance » de Bure, d’une « journée festive », mais aussi, promet-il, d’une « démonstration de force ».

Les dernières semaines ont déjà été émaillées de face-à-face tendus entre les occupants du bois Lejuc et des agents de l’Andra, venus, avec des engins de chantier, enlever les chicanes et les barrières installées à l’orée de la forêt. Une jeune femme a été légèrement blessée au visage par des vigiles et, le 30 janvier, un employé de l’agence a été filmé alors qu’il vidait une bouteille d’essence au milieu d’opposants agrippés à une barricade.

 

Bataille judiciaire

Depuis, l’Andra a choisi d’éviter la confrontation directe, tout en déplorant des dégradations commises, le 14 février, devant son laboratoire de Saudron, tout près de Bure. Ses incursions dans la forêt avaient pour objet, explique-t-elle, de « reprendre les opérations de nettoyage et de remise en état du bois » dont elle est, souligne-t-elle, « propriétaire ». Mais la bataille se mène aussi sur le terrain judiciaire, avec plusieurs échéances importantes.

Le 22 février, d’abord, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc doit se prononcer sur l’expulsion d’un occupant « clandestin » du bois Lejuc, qui a volontairement donné son identité afin que puisse se tenir une procédure contradictoire. Une décision favorable à l’Andra pourrait préfigurer une évacuation générale par les forces de l’ordre.

Le 27 février, c’est la cour d’appel de Nancy qui rendra sa décision sur la contestation, par l’Andra, d’un jugement d’août 2016 qui établissait le caractère « illicite » de ses travaux de défrichement, faute d’autorisation préalable. Un arrêté préfectoral autorisant les travaux est en préparation, mais il n’a toujours pas été délivré.

Le 28 février pourrait marquer un tournant dans le conflit. Le tribunal de grande instance de Nancy doit trancher sur la légalité, contestée par des habitants, de la cession du bois Lejuc à l’Andra par la commune de Mandres-en-Barrois, en échange d’une autre parcelle forestière. La rapporteuse publique a conclu en faveur de l’annulation de cette cession, décidée au cours d’un vote précipité du conseil municipal à bulletins secrets.

 

Le calendrier en question

Si le tribunal suit ses conclusions, il faudra alors un nouvel accord entre la commune de Mandres-en-Barrois et l’Andra pour que celle-ci devienne effectivement propriétaire du terrain. Ce qui, en attendant une éventuelle régularisation, remettrait en question les procédures d’expulsion et, au-delà, la poursuite des travaux préparatoires au projet Cigéo.

 

Lire aussi :   Déchets radioactifs : à Bure, « on défait le mur ! »

 

Enfin, le 23 mars, la cour d’appel de Versailles doit rendre son délibéré sur le dossier du potentiel géothermique du sous-sol de Bure. Le réseau Sortir du nucléaire et cinq associations accusent l’Andra d’avoir sous-estimé l’importance de cette ressource qui, selon eux, interdit la création d’un site de stockage dans cette zone.

Cette double guérilla, au milieu des arbres et dans les prétoires, pourrait bien faire déraper le calendrier du projet d’enfouissement des déchets radioactifs. C’est la carte que jouent les opposants, décidés à inscrire leur mouvement dans la durée et à s’enraciner dans la région de Bure. Pour l’instant, l’Andra n’en maintient pas moins les échéances qu’elle s’est fixées, à savoir une demande d’autorisation de création du centre de stockage « au cours du deuxième semestre de 2018 », pour une mise en service en 2025.

 
 

 

 

 

 

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 15:12

 

 

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Energie

Nucléaire : comment s’assurer que les citoyens ne payeront pas une nouvelle fois pour les déchets radioactifs ?

 

par

 

 

EDF ne mettrait pas suffisamment d’argent de côté pour financer le démantèlement des centrales nucléaires vieillissantes et pour correctement gérer les déchets radioactifs qu’elles produiront. C’est ce que constate un rapport parlementaire, qui va dans le sens d’une étude commandée par Greenpeace publiée en novembre. En Allemagne, qui a décidé de ne plus recourir à l’atome d’ici 2022, un fonds géré par l’État et abondé par les exploitants des centrales a été créé, à l’issue de longs mois de négociations. Objectif : s’assurer que l’argent sera bel et bien là pour traiter les déchets et éviter que les citoyens ne paient cette impéritie.

 

Qui va payer, et combien, pour la gestion des déchets nucléaires ? Étrangement, la question se pose avec davantage d’acuité dans les pays qui ont décidé d’abandonner progressivement le nucléaire que dans ceux, comme la France, qui continuent pour l’instant à produire des déchets radioactifs pour plusieurs dizaines d’années.

 

Mi-décembre, le Parlement allemand a approuvé la création d’un fonds d’État pour financer le traitement de ces déchets nucléaires. Celui-ci sera géré par les autorités, mais abondé par les groupes énergétiques gestionnaires des centrales nucléaires du pays. Les dernières arrêteront leurs réacteurs en 2022. La loi votée avec le soutien des conservateurs, des sociaux-démocrates et des écologistes, obligent ces groupes – au nombre de quatre, trois Allemands et un Suédois – à verser 23,5 milliards d’euros à partir de juillet 2017. Les députés du Bundestag seront par ailleurs partie prenante de l’administration de ce fonds.

 

Sa mise en place marque une première pacification des relations entre les autorités allemandes et les groupes exploitants des centrales nucléaires du pays. La décision de sortir définitivement du nucléaire a été prise en mars 2011 par Angela Merkel, et entérinée par le Parlement. Depuis, les groupes privés exploitant les centrales ont déposé une série de plaintes en justice contre cette sortie anticipée de l’énergie atomique. Merkel leur avait auparavant promis d’allonger la durée de vie des centrales, avant de revenir sur sa position après Fukushima.

 

L’Allemagne s’assure que l’argent sera bel et bien là, pas la France

Le compromis adopté a finalement conduit à ce que les quatre groupes exploitants retirent 20 des 22 plaintes qu’ils ont déposées auprès de différentes juridictions. Il reste toujours deux actions judiciaires en cours : l’une contre un impôt sur le combustible nucléaire mis en place fin 2010 ; l’autre, du groupe énergétique suédois Vattenfall, qui n’a pas abandonné son action auprès du tribunal arbitral international de Washington [1], une juridiction privée censée régler les conflits commerciaux entre multinationales et États. Le groupe suédois réclame 4,7 milliards d’euros de dédommagement à l’État allemand pour avoir décidé de sortir du nucléaire dès 2022 [2].

 

Pourquoi obliger les exploitants des centrales à verser directement à un fonds géré par les autorités une partie des sommes provisionnées pour traiter les déchets nucléaires ? Cela permet à l’Allemagne de s’assurer qu’une fois tous les réacteurs arrêtés, l’argent sera bel et bien là. La Suisse et la Suède ont déjà mis en place de tels fonds [3]. Et en France ? « La loi exige que les exploitants nucléaires évaluent, de manière prudente, les charges de démantèlement de leurs installations et de gestion de leurs combustibles usés et déchets radioactifs », indique l’Autorité de sûreté nucléaire. Ainsi, le prix du kilowattheure d’électricité intègre normalement le coût de gestion des déchets et celui de déconstruction des centrales. EDF provisionne cet argent « sous le contrôle direct de l’État, qui analyse la situation des exploitants et peut prescrire les mesures nécessaires en cas de constat d’insuffisance ou d’inadéquation. Mais ce sont toujours « les exploitants nucléaires qui restent responsables du bon financement de leurs charges de long terme ». Problème : peut-on faire confiance à leurs évaluations ? Peut-on être sûr qu’ils provisionnent suffisamment d’argent pour éviter, qu’une fois de plus, les finances publiques soient sollicitées pour couvrir ces coûts ?

 

EDF accusée de ne pas mettre assez d’argent de côté

Une étude des comptes d’EDF réalisée par le cabinet d’analyses financières AlphaValue à la demande de Greenpeace, conclut en novembre que le groupe énergétique français « sous-provisionne drastiquement » les coûts de démantèlement des centrales et de traitement des déchets nucléaires [4]. En clair, EDF ne mettrait pas assez d’argent de côté pour gérer la fin des centrales et la gestion des déchets. Le cabinet a comparé les pratiques d’EDF à celles de ses voisins allemands et du français Engie. « Il en ressort qu’Engie, RWE ou Eon ont correctement provisionné leurs dépenses de déconstruction par rapport au coût moyen. En revanche, d’après ces calculs, les provisions passées pour sécuriser la charge de financement de la déconstruction des réacteurs français est loin d’être suffisante », écrit le cabinet d’audit. Selon lui, il faudrait ajouter dès cette année entre 33 et 52 milliards d’euros pour couvrir correctement le coût de la gestion des déchets. L’écart est donc énorme. Et les provisions réalisées par EDF potentiellement inférieures aux besoins.

 

« EDF conteste vigoureusement les prétendues analyses comptables et financières du cabinet AlphaValue réalisées à la demande de Greenpeace et relatives à la situation d’EDF. EDF rappelle que ses comptes sont audités et certifiés par ses commissaires aux comptes et que les coûts de démantèlement du parc nucléaire en exploitation d’EDF ont par ailleurs fait l’objet d’un audit du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, dont la synthèse, rendue publique le 15 janvier 2016, conforte les estimations d’EDF », a immédiatement réagi l’entreprise dans un communiqué.

 

Où est placé l’argent destiné à gérer les déchets radioactifs ?

Suite à cette étude, Greenpeace a déposé plainte contre EDF et son PDG auprès du parquet financier, pour délits boursiers. L’ONG les accuse de présenter un bilan inexact et de diffuser des informations trompeuses sur les comptes. « Le 16 décembre, nous avons appris que le parquet national financier avait ouvert une enquête préliminaire », précise aujourd’hui Greenpeace. Le 1er février, un rapport parlementaire sur la « faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires de base » pointait, lui aussi, qu’il était vraisemblable qu’EDF ne prévoit pas assez d’argent pour assurer le démantèlement des centrales. « Les hypothèses optimistes sur lesquelles EDF a bâti ses prévisions, de même qu’un certain nombre de dépenses lourdes négligées, conduisent à s’interroger sur la validité des prévisions, d’autant que dans le même temps, certaines charges semblent sous-évaluées », soulignent les deux auteurs du rapport, les députés Barbara Romagnan (PS) et Julien Aubert (LR).

Autre problème : EDF place les sommes provisionnés à cet effet dans des actifs, sur les marchés. L’entreprise les investit, à travers une société dédiée, EDF Invest, dans des infrastructures, de l’immobilier et même des fonds d’investissement… Ce qui pose la question de la sécurité de ces placements à l’aune des risques d’instabilité financière. En outre, les choix d’EDF pour faire fructifier ces sommes sont parfois surprenants. L’entreprise qui, rappelons-le, appartient à 85 % à l’État français, vient ainsi il y a quelques mois, d’acheter avec ces provisions destinées aux démantèlement et au traitement des déchets, une part dans l’aéroport de Nice, que l’État avait décidé de privatiser.

Rachel Knaebel

Photo de une : CC FlickR

 

Lire aussi :
 À Bure, habitants et paysans refusent que leur territoire devienne une « grande poubelle nucléaire »
 Comment le lobby nucléaire entrave toute transition énergétique

 

 

Notes

[1L’International Centre for Settlement of Investment Disputes, ICSID.

[2En décembre, la cour constitutionnelle allemande a reconnu à Vattenfall un droit à compensation pour les pertes engendrées par la sortie anticipée du nucléaire, mais a priori à une échelle bien moindre que le montant réclamé à Washington.

[3Voir ici et .

[4Voir l’étude ici.

 

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 15:45

 

 

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Nucléaire

Japon : pic de radiation et trou béant dans les entrailles de Fukushima

 

Par Arnaud Vaulerin, correspondant au Japon

 

 

 

Vue de la centrale de Fukushima, le 11 mars 2016.

Vue de la centrale de Fukushima, le 11 mars 2016. Photo AFP

La compagnie électrique Tepco dit avoir relevé des taux mortels de plus de 500 sieverts au niveau du réacteur 2 de la centrale nucléaire ravagée par le tsunami du 11 mars 2011.

 

Dans son grand chantier de démantèlement de la centrale de Fukushima-daiichi, Tepco vient de faire des découvertes qui risquent de compliquer sa mission. Jeudi, la compagnie électrique qui gère le site endommagé par le tsunami et l’accident du nucléaire de mars 2011, a dit avoir relevé des taux de radiations records : 530 sieverts par heure dans la partie basse de l’enceinte de confinement du réacteur 2, l’un des plus endommagés sur les six unités du site installé en bordure du Pacifique. Il est possible que ce taux astronomique soit dû au fait qu'une partie du combustible fondu ne soit pas immergé dans les eaux de refroidissement, comme l'avance Miyano Hiroshi, professeur émérite de l’université Hôsei, à la NHK

Même si, comme l’a précisé Tepco à la presse japonaise, il faut tenir compte d’une marge d’erreur de 30%, le chiffre constaté reste très au-delà du précédent record de 73 sieverts établi en 2012 sur ce même réacteur. Avec de tels niveaux de rayonnement, «inimaginables» selon des experts japonais cités par l’agence Kyodo, la mort est quasi instantanée pour l’être humain.

Selon les recommandations de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), les ouvriers du nucléaire en milieu radioactif ne doivent pas être exposés à des doses efficaces et supérieures à 20 millisieverts (mSv) par an, «moyennées sur des périodes définies de cinq ans», indique la CPIR, soit 100 mSv. On s’est rendu compte qu’au-delà de ce seuil, le risque de leucémie s’accroît significativement.

 

Un magma très radioactif

Depuis la fin décembre, Tokyo Electric company a percé une petite ouverture dans l’enceinte de confinement du réacteur 2. La compagnie cherche à déterminer quel est l’état du cœur des réacteurs, ce magma extrêmement radioactif constitué de débris et de barres de combustibles qui ont fondu dans les heures qui ont suivi le 11 mars 2011. Selon des calculs de l’Institut international de recherche sur le démantèlement nucléaire, ce corium représenterait une masse globale de 880 tonnes réparties entre les unités 1,2 et 3 de Fukushima. Tepco cherche également à localiser où se situe précisément ce magma.

Fin janvier, elle a donc envoyé une petite caméra fixée sur un bras télescopique de guidage qui doit parcourir une dizaine de mètres. Avant d’expédier un robot d’ici à la fin du mois, la compagnie électrique a ainsi réalisé une petite vidéo (visible ici) qui permet d’apercevoir une petite partie des entrailles de réacteur.

Dans le flot d’images filmées, Tepco a publié des clichés où l’on voit nettement qu’un piédestal en forme de plateforme grillagée est nettement enfoncé sur une surface carrée d’un mètre sur un mètre environ. Ce trou pourrait être causé par la chute de structures, de barres de combustibles fondus. Si cette hypothèse devait se confirmer, ce serait la première fois que Tepco localise le corium au sein de l’un de ses réacteurs.

En début de semaine, la compagnie avait déjà publié des images - difficiles à lire pour des novices - tendant à montrer l’existence de ce combustible fondu. On y voyait des sortes de pâtés noirs éparpillés sur une structure métallique grillagée dans la partie inférieure de l’enceinte de confinement. Cela pourrait indiquer que le carburant a fondu et s’est répandu sur le plancher de cette enceinte.

 

Robots en rade

Le robot que Tepco prévoit d’envoyer dans les prochains jours dans cette partie de l’unité 2 permettra peut-être d’en apprendre plus. Censé supporter des radiations de l’ordre de 1000 sieverts, l’engin pourra fonctionner environ deux heures si l’on se fie au niveau de 530 sieverts relevés ces derniers jours. Ces derniers mois, deux robots expédiés en mission au sein des réacteurs sont déjà tombés en panne à cause de trop fortes radiations.

Celles-ci risquent de faire ralentir les travaux de démantèlement. Tepco ambitionne de commencer à retirer les combustibles fondus à partir de 2021. Mais elle doit encore finaliser la méthode pour y parvenir. Selon une étude du ministère de l’Economie, du commerce et de l’industrie (Meti) publiée en décembre, le seul démantèlement des réacteurs devrait coûter au minimum 8 trillions de yens (autour de 65,9 milliards d’euros), soit quatre fois ce qui était initialement envisagé. Au final, la facture atteindrait les 177 milliards d’euros pour démanteler, indemniser les riverains et décontaminer l'environnement. Ce retrait des combustibles reste la plus risquée de toutes les opérations de ce grand nettoyage de Fukushima-daiichi, prévu pour durer au moins quarante ans. 

Arnaud Vaulerin correspondant au Japon

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 17:59

 

 

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Écologie

Comment le lobby nucléaire entrave toute transition énergétique

par

 

 

 

 

C’était l’un des engagements phares de François Hollande : amorcer la réduction de la dépendance au nucléaire dans le cadre d’une transition énergétique apte à répondre aux défis du dérèglement climatique. Cinq ans plus tard, les avancées paraissent bien maigres, du fait de l’opposition résolue des défenseurs de l’atome et de l’absence de vision politique du côté gouvernemental. Pourtant, les débats sur la sûreté des centrales et leur capacité à soutenir des pics de consommation montrent que ces questions se font de plus en plus pressantes. Voici pourquoi la France ne parvient pas à se doter d’une politique énergétique claire.

Ce devait être l’une des grandes réformes du quinquennat Hollande : la loi « relative à la transition énergétique et à la croissance verte ». Adoptée en juillet 2015, elle est censée infléchir profondément la politique énergétique de la France, en matière de transports, de gestion des déchets, de rénovation des logements et de production d’électricité, dans le but de réduire la contribution de notre pays aux dérèglements climatiques. Pour la première fois, elle remet en cause le dogme du « tout nucléaire ». La loi fixe de grands objectifs : baisser la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% d’ici 2025, contre 75% actuellement, et augmenter celle des énergies renouvelables à 32% contre 14% actuellement. De quoi commencer à rattraper partiellement le retard de la France dans ce domaine par rapport à ses voisins européens. En théorie.

« Aujourd’hui, nous avons tout le reste de la loi, mais sur la question du nucléaire, nous n’avons pas avancé d’un pouce en cinq ans », estime Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, une agence d’études sur les politiques énergétiques. L’exécutif devait préciser comment les grands objectifs affichés par la loi seraient effectivement atteints. Or, plus d’un an après son adoption et à quelques mois d’échéances électorales décisives, qui pourraient tout remettre en cause, on ne le sait toujours pas. Le processus de fermeture de Fessenheim vient certes de franchir une nouvelle étape ce 24 janvier 2017, avec l’approbation de l’indemnisation proposée par l’État par le conseil d’administration d’EDF. Pour la suite, aucun calendrier n’est fixé.

 

Comment on évite un débat

Tout commence en novembre 2012, avec l’organisation d’un « débat national sur la transition énergétique » associant milieux économiques, élus, associations environnementalistes, syndicats et simples citoyens, afin de donner une base constructive et si possible consensuelle à la future loi voulue par François Hollande. D’emblée, les entreprises les plus directement concernées – Areva et EDF – mettent tout en œuvre pour ne pas se retrouver débordées. Elles obtiennent une large représentation à tous les niveaux : dans le comité de pilotage, où siège notamment Anne Lauvergeon, alors patronne d’Areva, au conseil national du débat sur la transition énergétique, dans la liste des experts officiels, et dans les débats en région. Même parmi les représentants des organisations syndicales, de la CGT à la CFE-CGC, les employés d’EDF sont sur-représentés [1].

Parallèlement, les industriels ne se privent pas de court-circuiter le processus. Une pluie de notes inonde les bureaux du ministère de l’Environnement en provenance du Trésor, d’entreprises comme Areva ou de l’Association française des entreprises privées (Afep), qui représente les grandes entreprises hexagonales. L’ancienne ministre de l’Écologie Delphine Batho raconte également, dans le livre qu’elle publie après sa sortie du gouvernement en 2013 [2], comment Jean-Marc Ayrault et certains de ses collègues lui reprochent sans cesse de ne pas suffisamment « associer les entreprises »… Le Premier ministre d’alors finit par la convier à un dîner avec Christophe de Margerie (Total), Henri Proglio (EDF) et d’autres PDG pour qu’ils lui fassent directement la leçon. Selon nos informations, jusqu’au dernier moment, les coordinateurs du débat ont dû montrer patte blanche dans le bureau du patron d’EDF, qualifié par Delphine Batho de « ministre fantôme » de l’énergie.

 

« Le lobby, c’est l’État lui-même »

Toute la puissance d’influence du « lobby nucléaire » se met en branle. « La force du lobby nucléaire réside dans ses réseaux installés au cœur des différents pouvoirs, explique Yves Marignac. Certains les suivent pour des raisons d’intérêts matériels, comme les syndicats ou les nombreux élus qui profitent de la rente nucléaire, d’autres simplement parce qu’ils sont des croyants qui véhiculent les mythes du lobby : l’indépendance nationale, le nucléaire pas cher, l’exportation de notre savoir-faire... » Une autre spécificité du lobby nucléaire français est la conviction de porter un intérêt national supérieur, qui devrait primer sur tout, y compris la volonté des politiques et des citoyens.

Les lobbys les plus efficaces sont ceux qui peuvent compter sur un réseau des plus variés, à tous les niveaux de l’État. C’est le cas du nucléaire : il bénéficie d’élus locaux et de parlementaires acquis à sa cause [3]. Il compte de puissantes associations professionnelles, comme l’Union française de l’électricité, qui regroupe les grands acteurs du secteur, et des « think tanks » dévoués, telle la Société française de l’énergie nucléaire. Il étend son influence au cœur de l’État, grâce au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Le dogme nucléaire imprègne les futurs grands serviteurs de l’État via le prestigieux corps des Mines, dont on retrouve des représentants partout où se décide la politique énergétique de la France, depuis les grandes entreprises comme EDF et Areva, jusqu’aux cabinets ministériels en passant par le CEA, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) ou l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « Le lobby, c’est l’État lui-même », estime même l’ancienne ministre Corinne Lepage. Il compte même ses partisans « environnementalistes » avec l’association pro-nucléaire Sauvons le climat.

 

Tous ensemble, version patronale

Résultat de ces pressions et influences sur le projet de loi ? Les questions de fond, et les choix qu’elles impliquent, sont finalement peu traités. Allait-on privilégier les économies d’énergies ? Mettre aux normes les centrales nucléaires vieillissantes ou investir dans de nouvelles sources d’énergie ? Former et embaucher dans l’éolien ou transmettre la culture de sécurité aux futurs salariés du nucléaire ? Chacun de ces choix sont intimement liés, y compris dans leurs implications techniques comme la régulation du réseau électrique en fonction des modes de productions, qui sont soumis à des contraintes différentes.

La stratégie du lobby nucléaire va consister à dissocier ces sujets pourtant liés. Or, « on ne peut pas aborder le nucléaire séparément des renouvelables et de l’efficacité énergétique, parce que le poids du nucléaire en France nuit à l’essor de ces dernières », argumente Yves Marignac [4]. Ce qui n’empêche pas la ministre Ségolène Royal de répéter à qui veut l’entendre qu’il ne faut pas « opposer les énergies entre elles ». Ce qui signifie également ne pas choisir, avec toutes les incertitudes qui pèsent ensuite sur l’avenir.

 

« Les grands groupes ont visiblement conclu un deal à l’avance »

« À l’époque du Grenelle de l’environnement, le Medef n’était pas préparé. Il a un peu subi le débat, se souvient Anne Bringault, chargée de coordonner l’apport des ONG environnementales. Pour ce débat sur la transition énergétique, c’est tout le contraire. Les grands groupes ont visiblement conclu un deal à l’avance. Ils se sont mis d’accord pour défendre davantage de nucléaire, de gaz de schiste, et d’efficacité énergétique. Comme ça, tout ce beau monde patronal était content. » Le projet de loi concerne alors des intérêts économiques potentiellement contradictoires : les intérêts d’EDF ou Total ne sont pas forcément les mêmes que ceux du secteur de l’isolation des bâtiments ou des systèmes d’efficacité énergétique. Sur ces enjeux centraux, les grandes entreprises préservent cependant un front remarquablement uni. « On aurait pu s’attendre à ce que des entreprises comme Saint-Gobain ou Schneider Electric portent un discours un peu différent, regrette un participant au débat du côté des associations environnementales. Mais ils n’ont vraiment participé activement que dans les commissions thématiques. »

Pourquoi le Syndicat des énergies renouvelables (SER), représentant attitré des énergies dites alternatives (éolien, solaire...), n’a-t-il pas non plus cherché à faire contrepoids ? Au regard de son conseil d’administration, c’est peu étonnant : les représentants d’EDF, d’Engie, de Total ou de leurs filiales y sont majoritaires. Sur quinze sièges, les grands groupes en possèdent neuf [5]. Qu’y défendent-ils ? « Ils voient plutôt les renouvelables comme un complément au nucléaire dans le contexte d’une consommation d’électricité qui continuerait à augmenter. Ils ne portent pas l’ambition que les renouvelables deviennent majoritaires », analyse Yves Marignac. « Le SER défend une certaine conception des renouvelables, plutôt basée sur de grands projets », renchérit Anne Bringault.

 

4500 amendements à la loi

Le laborieux processus d’élaboration et d’adoption de la loi n’a probablement pas aidé à faire face à ces obstacles. Le projet voit défiler pas moins de quatre ministres de l’Environnement (Nicole Bricq, Delphine Batho, Philippe Martin puis Ségolène Royal). Début juillet 2013, Delphine Batho est débarquée de son ministère quelques jours avant la conclusion du débat national. Elle avait contesté les arbitrages budgétaires, défavorables, selon elle, à l’écologie. Au même moment, Pierre Gattaz, qui vient d’être élu à la tête du Medef, demande de transformer les « recommandations » issues du débat en simple « synthèse ». Le projet de loi se perd ensuite de longs mois dans les couloirs des ministères.

Lorsqu’il réapparaît, les associations environnementalistes le trouveront presque méconnaissable. À l’Assemblée, le travail en commission sur le projet de loi commence en septembre 2014, un an après la fin du débat national. La législation sera finalement adoptée en juillet 2015. Près de 4500 amendements vont être déposés, l’un des records du quinquennat ! Les discussions parlementaires se concentrent quasi-exclusivement sur l’article premier de la loi, qui définit les grands objectifs et la part entre nucléaire et énergies renouvelables. Tant pis pour les 214 autres articles de la loi… Les mêmes arguments sont repris en boucle par l’opposition et quelques députés de la majorité acquis à la cause de l’atome : la défense de la filière nucléaire française et son potentiel d’exportation, la sécurité énergétique de la nation, le prix de l’électricité, le besoin de partir de l’outil existant, la concession électoraliste faite aux écologistes…

 

Polémique sur le coût de la fermeture de Fessenheim

Le mythe très répandu en France – mais largement faux [6] – selon lequel la sortie du nucléaire en Allemagne aurait favorisé le charbon est invoqué à de nombreuses reprises à l’Assemblée. « Regardez l’Allemagne : à cause de sa sortie du nucléaire, elle augmente ses émissions de carbone » [7], prétend ainsi le député Julien Aubert (LR). Ce qui est faux : les émissions de CO2 allemandes ont alors baissé de 4 % entre 2013 et 2014. « L’énergie nucléaire assure notre indépendance énergétique, au moment où certains pays voient leur indépendance nationale menacée – c’est en particulier le cas de l’Allemagne, que les importations de gaz russe placent en situation de dépendance », critique le socialiste Christian Bataille, alors que l’uranium, indispensable pour le fonctionnement des centrales françaises, est lui aussi importé. L’approvisionnement de la France dépend en partie d’un régime très autoritaire comme le Kazakhstan ou d’une zone en proie à la menace terroriste, comme le Niger. Les arguments habituels du lobby nucléaire sont déroulés.

Un autre sujet est au centre des discussions : le coût de la fermeture de Fessenheim. Hervé Mariton (LR) et Marc Goua (PS) présentent opportunément un rapport parlementaire chiffrant ce coût à 5 ou 6 milliards d’euros. Comment ont-ils calculé ce montant, qui représente plus de la moitié du budget consacré à la construction du nouveau réacteur EPR à Flamanville ? Ayant principalement interrogé des experts d’EDF, d’Areva ou du CEA, les deux députés partent du présupposé qu’EDF pourrait continuer d’exploiter Fessenheim pour 20 années supplémentaires, ce qui l’amènerait à 60 ans d’activité alors que les centrales françaises ont été conçues pour durer 40 ans. Ils intègrent dans le coût de la fermeture le manque à gagner de sa fermeture que l’État, selon eux, devrait compenser. Parallèlement à cet « alarmant » rapport sur le coût de la fermeture de Fessenheim, un autre rapport est lui, tout aussi opportunément, enfoui sous le tapis : celui de l’Ademe montrant qu’il était possible, contrairement aux arguments des pro-nucléaires, d’atteindre une électricité 100% renouvelable en France à l’horizon 2050 [8].

 

Une loi adoptée mais pas appliquée ?

La bataille des amendements ne s’arrêtera pas là : le gouvernement et plusieurs députés ont ensuite tenté d’introduire discrètement des amendements en contradiction avec le projet de loi : pour favoriser le chauffage électrique, ce qui mobilise une partie de la capacité nucléaire et empêcherait sa réduction (lire notre enquête sur le sujet), ou sur l’enfouissement des déchets nucléaires. Coïncidence troublante : le rapporteur spécial de la loi, François Brottes (PS), qui a également déposé l’amendement en faveur du chauffage électrique, est nommé président du directoire de RTE, la filiale d’EDF en charge des réseaux de transmission électrique, à l’automne 2015.

À l’issue de cette bataille parlementaire, le texte de loi adoptée aurait sans doute pu être pire. Le « transitiomètre » mis en place par les ONG pour mesurer l’adéquation du texte par rapport aux engagements internationaux de la France passe ainsi de 20% à 34% après son passage devant le Parlement. Ce qui signifie que la loi permettra d’avancer un peu vers les engagements français mais ne permettra pas vraiment de les atteindre. Les opposants à la transition n’ont pourtant pas dit leur dernier mot. Car une fois votée, la loi doit encore être appliquée... Ce qui est loin d’être le cas à la découverte de la « programmation pluriannuelle de l’énergie », qui fixe la politique énergétique de la France.

Plusieurs fois repoussé et finalement publié le 27 octobre 2016, ce document indique une fourchette assez large de réduction de la capacité nucléaire d’ici 2023. Au minimum, deux réacteurs – a priori ceux de Fessenheim – pourraient fermer. Au maximum, le document envisage l’arrêt définitif d’une dizaine de réacteurs. Problème de calcul : pour réaliser l’objectif fixé par la loi – descendre la part du nucléaire à 50% du mix énergétique –, une vingtaine de réacteurs sur les 58 en activités devront fermer. Faut-il y voir encore la main du lobby nucléaire ? Greenpeace et le réseau Sortir du nucléaire ont en tout cas saisi le Conseil d’État, estimant que cette programmation pluriannuelle était en violation de la loi sur la transition énergétique.

 

Impuissance volontaire

« Dès 2012, la fermeture de Fessenheim a commencé à être préparée. Un délégué interministériel est nommé. Mais rien ne s’est passé », déplore Anne Bringault. Depuis la loi de 2006 sur la transparence et la sûreté nucléaire, le gouvernement n’a plus le pouvoir de fermer directement une centrale. Seules EDF, en tant que propriétaire, et l’Autorité de sûreté nucléaire, pour des raisons de sécurité, peuvent décider de l’arrêt de réacteurs. Et EDF a tout fait pour s’opposer à cette fermeture, en négociant pied à pied son indemnisation.

Comment expliquer cette faculté de résistance à un État actionnaire qui possède 84% de l’entreprise publique ? « Nous ne sommes pas en Corée du Nord », se justifie un haut fonctionnaire [9]. « Produire de l’énergie est la mission et l’objet social d’EDF. En tant qu’actionnaire, [le] devoir [de l’État] est de la faire tourner. » Sinon, ce serait de l’abus de bien social. Le statut de société anonyme d’EDF est ainsi utilisé comme protection contre toute intervention du politique. Lors de la récente décision du conseil d’administration d’EDF sur la fermeture de Fessenheim, les représentants de l’État n’ont pas pu voter… pour éviter un « conflit d’intérêts » ! « On a créé une espèce de monstre hybride, à la fois entreprise nationale et firme privée, dénonce Yves Marignac. EDF joue sans cesse sur les deux tableaux. »

 

Cinq années pour rien ?

Le blocage sur le nucléaire ne constitue pas la seule illustration des ratés gouvernementaux en matière de transition énergétique. La taxe carbone en fournit un autre exemple. Annoncé par François Hollande en avril 2016 et censé alors concerner toutes les sources d’énergies fossiles, le projet de taxe est restreint trois mois plus tard aux seules centrales au charbon – au nombre de quatre en France – sous la pression des opérateurs gaziers comme Engie. Elle est finalement totalement abandonnée à l’automne suite aux manifestations organisées par la CGT et à la grogne des élus locaux concernés. Le gouvernement semble découvrir in extremis qu’il y aurait un impact sur l’emploi. « Je ne comprends pas qu’un gouvernement puisse annoncer comme ça, sèchement, la fermeture des centrales charbon sans mesure d’accompagnement et sans proposer des solutions aux salariés », remarque Anne Bringault. À croire que la maladresse était volontaire…

L’éventuelle fermeture de réacteurs nucléaires sans perspectives claires pour les salariés qui y travaillent provoquera probablement la même réaction, à l’exemple de la grande hostilité du millier de salariés de la centrale alsacienne face au projet de fermeture et à l’incertitude qu’il fait planer sur le bassin d’emplois. À en croire plusieurs sources, c’est l’un des arguments avancés par les ministères pour justifier leur inaction. « Ils veulent bien risquer l’épreuve de force avec la CGT pour déréguler le droit du travail, mais pas pour enclencher la transition énergétique », s’exaspère un représentant d’ONG. Pourtant, entre salariés du nucléaire et direction d’EDF, il existe des dissensions. Le comité central d’entreprise d’EDF, à majorité CGT, juge extrêmement risqué le projet Hinkley Point en Grande-Bretagne – la construction de deux EPR dans laquelle EDF investirait 16 milliards d’euros ! La défense du nucléaire à tout prix par les salariés du secteur ne semble donc pas inébranlable. Encore faudrait-il ouvrir d’autres perspectives économiques et sociales, en esquissant un futur service public national de la transition énergétique.

Que penser au final de cette transition énergétique déclinée en loi ? François Hollande et ses ministres ont maintenu, malgré les pressions, les objectifs officiels de réduction de la part du nucléaire et de baisse de la consommation d’énergie. Imaginaient-ils que ces objectifs puissent véritablement être atteints sans transformer en profondeur l’ordre énergétique établi et les rapports de pouvoir en son sein ? C’est bien ce qu’il semble. En cela, la loi sur la transition énergétique rappelle d’autres réformes manquées du quinquennat Hollande, comme la loi bancaire ou celles portant sur l’agriculture. Les échéances électorales qui approchent risquent de remettre en cause les quelques avancées. Si cela se confirme, l’action obstructionniste du lobby nucléaire aura finalement payé.

Olivier Petitjean

Photo : CC Josephine Heather Chaplin

- Cet article fait partie d’une série sur le lobbying réalisée en collaboration avec la rédaction du mensuel Alternatives économiques dans le cadre d’un projet commun de développement du journalisme d’investigation économique et social, soutenu par la Fondation Charles Leopold Mayer.

 

 

 

Notes

[1Sur 16 représentants syndicaux au conseil national du débat sur la transition énergétique, au moins 7 sont des salariés ou ex salariés d’EDF : les deux représentants de la CFE-CGC, les deux représentants de la CFTC, au moins un représentant de FO sur quatre et deux représentants de la CGT sur quatre.

[2Insoumise, Grasset, 2014.

[3Voir la liste établie il y a quelques années par le réseau Sortir du nucléaire.

[4Voir le rapport publié à sujet par WISE-Paris en octobre 2015, dans le contexte de la préparation de la COP21.

[5Un pour Total, trois pour EDF ou ses filiales, deux pour Engie ou ses filiales, un pour Avril-Sofiprotéol, un pour Siemens, un pour GE (ex Alstom). Au niveau européen, les géants de l’énergie ont aussi pris le contrôle des lobbys de l’éolien et du solaire au moment de la discussion du « paquet énergie-climat » de l’Union, cf. notre article.

[6Voir en dernier lieu ici.

[7Source.

[8Lire à ce sujet l’article de Mediapart.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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