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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 18:03

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

 

Turquie : ces nouveaux journalistes qui défient la loi du silence

 

 

La chaîne Medyascope traite sans concession tous les sujets sensibles occultés par les médias contrôlés par le pouvoir d'Erdogan.

 

ENQUÊTE - Alors que la répression du putsch raté du 15 juillet ne faiblit pas, une nouvelle génération de reporters met tout en oeuvre pour faire parler les «sans voix». Notre correspondante à Istanbul est allée à leur rencontre.

En Turquie, où la répression de l'après-putch avorté du 15 juillet étouffe chaque jour un peu plus les voix critiques, la presse indépendante est dans le collimateur du pouvoir. Accusés, pêle-mêle, de propagande terroriste, d'espionage, de tentative de coup d'Etat, 177 médias (journaux, radios et télévisions confondus) ont été fermés en quelques mois.

A ce jour, plus d'une centaine de journalistes sont derrière les barreaux. Mais à l'exil - une option choisie par certains -, de jeunes reporters opposent une envie farouche de continuer à exercer leur métier, de prendre des chemins de traverse pour éviter que la Turquie ne se transforme en trou noir de l'information.

Avec souvent pour seule arme la caméra de leur téléphone portable, ils improvisent des studios télévisés dans des cafés, des locaux associatifs, des tribunaux. Une seule devise, faire parler les «sans-voix»: enseignants limogés, intellectuels black-listés, épouses de dissidents arrêtés. Il en résulte des forums de discussion, filmés et diffusés en direct sur des cyberchaînes grâce, entre autres, à l'application Periscope. Une nouvelle génération de télévisions, sans filtre ni tabou qui défie la loi du silence…

Retrouvez notre enquête dès à présent sur Le Figaro Premium ou mardi 17 janvier dans les éditions du Figaro.

 

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

 

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 15:46

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

La romancière turque Asli Erdogan obtient une libération provisoire ce 29 décembre

 
 
 
Pour ses écrits défendant les minorités, notamment les Kurdes, Asli Erdogan risque l'enfermement à perpétuité. Son procès et celui de huit autres accusés s'ouvre ce jeudi à Istanbul malgré une forte mobilisation internationale. La première décision du tribunal a été de la remettre en liberté sous contrôle judiciaire le temps du procès.

 

Asli Erdogan ici en France, en 2006 - SIPA

[Edit 16h] Le tribunal a décidé d'accorder une remise en liberté provisoire, sous contrôle judiciaire, à Asli Erdogan ainsi qu'à sept des autres accusés jugés ce jeudi. La romancière est restée derrière les barreaux, en détention préventive, durant 132 jours jusqu'à cette décision, après la fausse annonce de sa libération conditionnelle fin-novembre. Elle doit sortir ce jeudi en fin de journée. Le journaliste Inan Kizilkaya va en revanche rester emprisonné le temps du procès. La prochaine audience a été programmée en janvier.
 

>> Cet article a été publié une première fois ce 29 décembre au matin.

Elle risque la prison à vie. Comme des milliers de Turcs depuis la tentative de putsch du 15 juillet contre le président Erdogan, la physicienne et romancière engagée pour la défense des minorités de son pays, Asli Erdogan, est la cible d'une chasse aux sorcières. Son procès, ainsi que celui de huit autres personnes, s'ouvre ce jeudi 29 décembre à Istanbul. Elle est accusée de soutenir la rébellion pro-kurde du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). C'est le chef d'accusation d'"appartenance à une organisation terroriste" qui peut lui valoir une peine d'emprisonnement à perpétuité. 

 

Mi-août, elle était arrêtée pour ses écrits dans un journal d'opposition pro-kurde, Özgür Gündem, tout comme une vingtaine de journalistes du média, fermé de force depuis. Avec elle sur le banc des accusés ce jeudi, des journalistes mais également Necmiye Alpay, linguiste et philosophe. 

Fausse libération

Fin novembre, et face à la forte mobilisation internationale, Asli Erdogan, 49 ans, avait brièvement été libérée par un tribunal turc. De la prison des femmes de Bakirköy, la romancière avait lancé un appel fier et déchirant à l'Europe :

 

"La situation est très grave, terrifiante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie s'étendra inévitablement sur toute l'Europe. Une Europe qui est focalisée sur la crise des réfugiés et ne semble pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Nous, auteurs, journalistes, Kurdes, alevis et, bien sûr, les femmes, payons le prix lourd de la crise de démocratie. L'Europe doit prendre ses responsabilités..."

Le cri d'Asli Erdogan a été relayé en France et en Europe par les écrivains, les journalistes, le Centre national du livre à Paris et plusieurs grandes associations littéraires. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont signé une pétition appelant à sa libération.

L'enfant du malheur turc

Cette brune aux yeux inquiets sous des boucles batailleuses vit une tragédie qu'elle a décrite dans l'un de ses ouvrages, le Bâtiment de pierre, traduit et publié par Actes Sud, son éditeur français. La prison était alors au cœur de son texte.

Car Asli est l'enfant du malheur turc toujours recommencé. Elle a vu son père, un militant syndicaliste, arrêté lors du coup d'Etat militaire de 1980. Elle est hantée par l'enfermement et les tortures du passé. Exactement comme Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006, décrivait, à la génération précédente, l'angoisse qui habitait les écrivains face à la démocratie impossible. Dans toute son œuvre, Asli reprend le fil du conte de bruit et de fureur craché par l'idiotie totalitaire : "J'écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine." Elle dit encore : "Je ne me sens chez moi qu'en écrivant."

Des dizaines de milliers de voix l'ont entendue mais les portes de la prison se sont à nouveau refermées sur elle fin novembre, le jour même, quelques heures à peine après l'annonce à la télévision turque de sa libération. Plus de libération conditionnelle pour la durée du procès à cause du chef d'accusation d'"appartenance à une organisation terroriste". C'est dans un état de santé inquiétant - la romancière souffre d'asthme et de diabète - que son incarcération s'est poursuivie jusqu'à l'ouverture de son procès, ce jeudi.

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 14:55

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Turquie : incarcéré pour son refus de servir le thé à Erdogan

 

 

Une nouvelle arrestation a eu lieu au journal d'opposition Cumhuriyet le 26 décembre : cette fois-ci, il s'agit du responsable de la cantine qui a passé la nuit en prison pour avoir hypothétiquement refusé de servir le thé au président Erdogan...
 
 

Depuis le coup d'Etat raté en juillet dernier, Recep Erdogan a lancé une chasse aux sorcières. - Burhan Ozbilici/AP/SIPA

Il est un symbole de plus de la purge menée par Erdogan pour mener son pays à la baguette. Le principal quotidien turc d'opposition, Cumhuriyet, a raconté lundi 26 décembre dans ses colonnes que le responsable de leur cantine avait été lui-aussi incarcéré pour "injure au chef de l'Etat". L'homme est accusé d'avoir insulté le président Erdogan en affirmant qu'il refuserait de lui servir le thé s'il se trouvait en face de lui, dans les locaux du journal.

 

Interrogé par la police, ce responsable de la cantine a nié les insultes et a reconnu les propos concernant le thé. Il avait été dénoncé par un policier présent en permanence au siège de Cumhuriyet.

Cet épisode en est un parmi d'autres sous l'ère Erdogan. Fin octobre, c'est le rédacteur en chef de ce quotidien laïque , quatre mois après le coup d'Etat militaire manqué contre le président. Douze autres membres du journal avaient été placés en détention. En mai, c'est son prédécesseur à la tête du journal, Can Dündar, qui avait été condamné par  contumace à cinq ans de prison ferme. 

Au-delà de la presse, les procès pour injures se multiplient. Près de ont été lancées en Turquie, visant aussi bien les artistes et journalistes que de simples particuliers. Ils risquent à chaque fois jusqu'à quatre ans de prison.

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 14:15

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Répression

En Turquie, purges et chasse aux sorcières ciblent les militants progressistes

 

par

 

 

 

La Turquie vit depuis cinq mois sous le régime de l’état d’urgence. Sous prétexte de débarrasser institutions et administrations des présumés complices de la tentative de putsch de juillet, le gouvernement Erdogan réprime toute opposition. Journaux et médias audiovisuels suspendus, journalistes et écrivains emprisonnés, députés arrêtés, associations de défense des droits humains fermées, syndicalistes limogés : la gauche turque subit de plein fouet cette immense « purge ». La société civile tente malgré tout de résister. « Un jour viendra le moment de rendre des comptes, et nous serons là », expliquent les opposants. Reportage à Istanbul et Ankara.

Sous la lumière blafarde des néons, deux avocates racontent leur voyage à Şirvan, une ville située au sud-est de la Turquie, à la frontière avec l’Irak et la Syrie. Elles s’y sont rendues suite à l’accident qui a coûté la vie à seize employés d’une mine de cuivre, le 17 novembre dernier. Nous sommes dans les locaux du barreau d’Istanbul, dans le quartier central de Galata. Les juristes militants de l’Association des avocats progressistes (ÇHD) y tiennent leur réunion hebdomadaire. Malgré la froideur des lieux, la discussion est animée. Les rires qui fusent réchauffent un peu l’atmosphère.

La scène pourrait sembler banale si l’association n’avait pas été contrainte, officiellement, de mettre la clé sous la porte quelques semaines auparavant. L’administration a exigé sa fermeture le 11 novembre. Le motif ? Elle est accusée d’être complice d’organisations terroristes, sans plus de précision, ce qui interdit toute défense... Depuis le 15 Juillet, et la tentative de putsch militaire contre le pouvoir en place, les décrets font force de loi. Avec la déclaration de l’état d’urgence, les décisions issues du Conseil des ministres peuvent s’affranchir de l’avis du Parlement, ouvrant la porte à l’arbitraire. Près de 375 associations ont ainsi été fermées administrativement.

 

« La Turquie vit l’une des périodes les plus répressives de son histoire »

Levent Dölek en sait quelque chose. Ce grand syndicaliste moustachu a fait les frais de ce nouvel arbitraire et de ses purges, à l’instar de 10 000 membres de son syndicat de l’enseignement public (Eğitim-Sen). Après avoir frappé l’armée et la justice, les purges ont largement affecté l’enseignement. Elles ont été lancées depuis le 15 juillet au prétexte de débarrasser l’appareil d’état et l’administration des complices présumés du coup d’État. Elles visent les membres – avérés ou présumés – du mouvement conservateur Gülen, accusé d’avoir fomenté le coup d’État... Mais le gouvernement d’Erdogan ratisse beaucoup plus large, et en profite pour censurer, fermer et réprimer tous azimuts, en particulier l’opposition de gauche.

Chargé de recherche au département d’économie de la prestigieuse université d’Istanbul, Levent Dölek s’est vu signifier son renvoi par une publication au journal officiel. Son nom figurait dans la longue liste des limogés. « La Turquie vit l’une des périodes les plus répressives de son histoire. Pourtant, on voit que la résistance ne faiblit pas. Notre force, c’est notre légitimité », assure-t-il. « Je reste optimiste. » Grâce au syndicat, qui compte plus de 100 000 adhérents, il bénéficie d’une aide juridique pour contester son licenciement abusif et d’un soutien financier, prévu pour aider les militants limogés.

 

Les manifestations, concerts et initiatives les plus variées se succèdent pour contester l’arbitraire et la répression politique, mais en ordre dispersé. Ainsi deux fois par semaine, la pianiste Ayşe Tütüncü et le joueur de saz – une sorte de luth – Tuncer Duman se produisent devant la prison de Bakırköy. Une « veille pour la liberté » en soutien aux deux écrivaines qui y sont enfermées depuis quatre mois, Aslı Erdoğan (49 ans) et Necmiye Alpay (70 ans). Collaboratrices du journal pro-kurde Özgür Gündem, qui a été fermé le 16 Août, elles sont elles aussi accusées de soutenir le mouvement armé kurde du PKK.

 

« Cela va compliquer nos activités, mais nous sommes toujours là »

Malgré une justice réduite à sa portion congrue, les organisations continuent, inlassablement, à recourir à toutes les procédures légales à leur disposition. « L’essentiel est d’archiver patiemment tous les faits que nous recueillons pour pouvoir les utiliser le moment venu », explique Hüseyin Boğatekin, avocat et membre de l’Association de défense des droits humains (IHD, affilié à la Fédération internationale des droits de l’Homme), basée à Istanbul. Le nombre de plaintes déposées auprès de l’association a explosé depuis juin 2015, suite aux élections législatives. Celles-ci avaient consacré la forte progression du Parti démocratique des peuples (HDP, près de 11 % des suffrages), issu de la gauche pro-kurde. Les militants de l’association vérifient méthodiquement les faits dénoncés et recensent les violations des droits humains et les atteintes aux libertés fondamentales. Leur rapport de 2016 paraîtra d’ici un mois. Il devrait être beaucoup plus épais que les précédents.

Comment rester mobilisé dans ce contexte difficile, et risqué ? Beaucoup de militants se projettent dans l’après Erdogan. Gökmen Yeşil, président de l’Association des avocats progressistes, récemment fermée, affiche son optimisme : « Qu’est-ce que nous avons perdu ? Du matériel, certes, des brochures et un cadre légal pour récolter les mensualités de nos membres, ce qui va compliquer nos activités. Mais nous sommes toujours là », sourit-il. « Nous nous réunissons et nous allons poursuivre nos activités en gardant bien sûr le même nom. Bref, On continue ! » Maintenir les activités coûte que coûte, même en recourant au système D, telle est la nouvelle tactique.

 

« La Justice a depuis longtemps cessé d’être indépendante »

Tous ne partagent pas cet optimisme. « Le coup d’état est utilisé comme prétexte pour éliminer toute opposition. L’arbitraire règne », s’inquiète le député et porte-parole du parti de gauche HDP Ayhan Bilgen. De son point de vue, le bilan est particulièrement lourd. Dix députés du mouvement sont derrière les barreaux, ainsi qu’une quarantaine de maires et des milliers de membres. Une centaine vient d’être encore arrêtée, au prétexte de l’attentat à la voiture piégée commis dans le quartier de Besiktas, à Istanbul (38 morts et 155 blessés). Le parti est également marginalisé médiatiquement.

 

Car la presse est désormais très largement acquise au pouvoir. Ou plutôt ce qu’il reste de la presse turque... Depuis fin juillet, près de 150 médias – journaux, chaînes de télévision, radios, revues, maisons d’édition, agences de presse... – ont été fermés. Et 148 journalistes seraient emprisonnés, selon l’organisation de défense des droits humains Human Right Watch. Dans ces conditions, difficile de faire campagne, comme le tente le HDP, pour la levée de l’état d’urgence. Celui-ci vient d’être reconduit jusqu’en janvier.

Le gouvernement en profite pour lancer un débat constitutionnel afin d’instaurer un régime présidentiel. Grâce au soutien du parti d’extrême droite nationaliste MHP (12 % des voix aux dernières législatives), ces négociations pourraient aboutir. « La séparation des pouvoirs n’existe plus. Avec le régime présidentiel, nous sommes sur le point d’entériner un régime autoritaire. Cela se résumera au règne d’un seul homme. » Dans ce contexte, la condamnation des violations ostentatoires des droits humains semble bien illusoire. « Toutes les voies juridiques sont bouchées. La Justice a depuis longtemps cessé d’être indépendante. »

« Un jour viendra le moment de rendre des comptes, et nous serons là »

L’éloignement progressif de la Turquie de l’Union Européenne ne présage rien de bon pour les mois à venir. Le froid diplomatique qui règne entre Ankara et Bruxelles pourrait avoir de graves répercussions sur les échanges commerciaux : la Turquie réalise la moitié de ses exportations vers les pays de l’UE. Dans les rangs de l’opposition, on en viendrait presque à souhaiter une crise économique tant le maintien du parti au pouvoir semble essentiellement tenir à la stabilité économique du pays. Une crise avait amené les conservateurs de l’AKP, le parti d’Erdogan, au pouvoir en 2002. C’est peut-être une autre crise économique qui les en délogera. L’instabilité politique de ces derniers mois a contribué à faire chuter la Livre turque face à l’euro et au dollar.

Le futur proche n’a donc rien de réjouissant pour la gauche et le mouvement social turcs. Nombreux sont celles et ceux qui prévoient un durcissement de la répression. Mais l’avocat Gökmen Yeşil tente de positiver malgré tout : « Notre leitmotiv c’est de poursuivre notre travail sans faire de concession. Un jour viendra le moment de rendre des comptes, et nous serons là. »

Selin Kaya (texte et photos)

En Photos :
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Couverture Manifestation devant la faculté d’Istanbul pour protester contre les licenciements massifs d’enseignants et l’état d’urgence, le 8 décembre 2016.
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Couverture Levent Dölek, enseignant et syndicaliste limogée de la faculté d’Istanbul, le 8 décembre 2016.
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Couverture La pianiste Ayşe Tütüncü, en concert de soutien aux écrivaines enfermées Aslı Erdoğan et Necmiye Alpay devant la prison de Bakırköy, le 6 décembre 2016.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 20:04

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Députés prokurdes arrêtés : la Turquie s'enfonce toujours plus dans l'autoritarisme

 
 
Dans la nuit de jeudi à ce vendredi, les deux chefs de file du HDP, le parti prokurde turc, également députés, ont été placés en garde à vue. Depuis le mois de juillet dernier, le président Recep Erdogan fait preuve de toujours plus d'autoritarisme.
 
 
 
Depuis le coup d'Etat raté en juillet dernier, Recep Erdogan a lancé une chasse aux sorcières. - Burhan Ozbilici/AP/SIPA
 

C'est un pays qui s'enfonce un peu plus dans l'arbitraire et l'autoritarisme. Dans la nuit de jeudi à ce vendredi 4 novembre, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, les deux co-présidents du HDP, le principal parti prokurde turc, également députés, ont été arrêtés à leur domicile par la police. Ils ont été placés en garde à vue dans le cadre d'une opération "antiterroriste". Le parquet de Diyarbakir, ville du sud-est agitée par des combats quotidiens entre les forces de sécurité et des membres du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), reproche aux deux responsables politiques leurs liens présumés avec le PKK, selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Juste avant d'être arrêté, Selahattin Demirtas écrivait sur son compte Twitter : "Les policiers sont devant ma porte, ils ont l'autorisation de m’arrêter par la force".

 

 

Neuf autres députés du HDP auraient été arrêtés. D'après les chaînes d'information NTV et CNN-Türk, d'autres parlementaires seraient également visés par un mandat d'arrêt. Le quartier général du HDP à Ankara a été perquisitionné, selon des images de la chaîne NTV. En mai dernier, le Parlement turc, sur ordre du gouvernement, avait fait voter la levée de l'immunité des députés menacés de poursuites judiciaires. Une mesure visant à préparer la répression du HDP. 

C'est un nouveau coup de force contre la démocratie, déjà mal en point depuis la tentative de coup d'Etat en juillet dernier et la mise en place de l'état d'urgence. Déjà, deux maires de Diyarbakir avaient été placés en détention, une ville à majorité kurde. Toujours dans le sud-est du pays, 28 mairies HDP sont passées sous tutelle administrative.

 

Une répression tout azimut

Recep Erdogan, le président de la Turquie, s'est donc lancé dans une véritable chasse aux sorcières. Depuis le 15 juillet, les autorités turques ont déjà arrêté plus de 35.000 personnes soupçonnées de sympathie pour Fethullah Gülen, ancien proche d'Erdogan passé dans l'opposition qui est suspecté par le "Sultan" d'avoir organisé le putsch depuis son exil aux Etats-Unis. 

Erdogan redoute que les Kurdes de Turquie ne revendiquent eux aussi leur autonomieMais la répression de s'arrête pas qu'aux gulenistes. Avec la création de fait, en Syrie, d'un territoire autonome kurde dans le nord du pays, grâce aux victoires répétées sur Daech des YPG, la branche armée du Parti kurde de l'union démocratique (PYD), Erdogan redoute plus que tout que les Kurdes de Turquie ne revendiquent eux aussi leur autonomie. Le président turc s'acharne donc sur cette minorité.

Un décret d'urgence a ainsi ordonné la fermeture de 10 journaux, deux agences de presse et trois magazines prokurdes. Le lundi 31 octobre, 16 mandats d'arrêt ont été lancés contre le quotidien d'opposition kémalistes Cumhuriyet. Murat Sabuncu, le rédacteur en chef, ainsi que le dessinateur Musa Kart, l'avocat du titre et plusieurs éditorialistes ont été arrêtés. Ils sont suspectés d'entretenir des liens avec le PKK. 

 

 

Le 17 août dernier, la romancière Asli Erdoğan était elle aussi emprisonnée pour son soutien à la minorité kurde. Dans une lettre écrite depuis sa geôle, et publiée par elle écrit :

"Me voilà aujourd’hui en prison pour avoir cru à des mots tels que vérité et paix"

Le temps où Recep Erdogan, dans une volonté de rapprochement avec l'Union européenne, prônait la démocratisation de la Turquie, est définitivement révolu. 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 17:19

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

La purge se poursuit en Turquie avec l'arrestation du rédacteur en chef d'un journal d’opposition

 
 
Murat Sabuncu, rédacteur en chef du quotidien turc laïc Cumhuriyet, a été arrêté ce lundi 31 octobre lors d’une descente de police, au lendemain de la suspension de 10.000 fonctionnaires. Quatre mois après le coup d’Etat militaire manqué contre le président Erdogan, la Turquie poursuit tranquillement sa purge.
 
Un policier turc devant le siège du journal Cumhuriyet dont le rédacteur en chef a été arrêté lundi 31 octobre 2016. - Emrah Gurel/AP/SIPA
 

100.000 personnes limogées, 37.000 arrêtées… Les chiffres de la purge en Turquie, engagée par le président islamo-conservateur Erdogan en réaction au coup d’Etat manqué de juillet fomenté par une partie de l'armée, donnent le vertige. La presse turque, elle, … Et, au lendemain de la suspension de 10.000 fonctionnaires accusés de liens avec le putsch raté, tôt ce lundi 31 octobre de Murat Sabuncu, rédacteur en chef du principal média d’opposition, ne présage rien de bon pour la liberté de la presse dans le pays. 

Ici, des images de l'arrestation tweetées par un journaliste du journal :

 

 

, l’homme à la tête du plus vieux journal du pays est visé par un mandat d’arrêt l’accusant d’avoir commis des crimes aux noms de la rébellion kurde, et du réseau de Fetullah Gülen, prédicateur musulman exilé aux Etats-Unis et désigné par Erdogan comme l’instigateur du putsch, le 15 juillet 2016. Douze autres personnes du journal ont également été placées en détention. Des perquisitions menées au domicile des journalistes ont abouti à la saisie de leurs ordinateurs personnels.

Une vidéo publiée ce matin sur le site de montre un des journalistes, âgé de 75 ans,  Aydin Engin, emmené de force par deux policiers en civil dans un hôpital pour examens médicaux… “Je travaille pour Cumhuriyet, n’est-ce pas suffisant ?” peut-on notamment l’entendre dire.

 

 

Can Dündar, finaliste du Prix Sakharov 2016, condamné en juin

Déjà, en mai 2016, son prédécesseur à la tête du journal, exilé depuis en Europe, Can Dündar, avait été condamné par contumace à 5 ans de prison ferme pour la publication de secrets d’Etat montrant l’implication de la Turquie aux côtés des rebelles islamistes combattant en Syrie. Selon ces documents, les services secrets turcs livraient par camions des armes aux groupes syriens affiliés à Al-Qaïda. Can Dündar figurait parmi les finalistes du Prix Sakharov 2016.   

Depuis juillet, toute personne suspectée d’être proche de Gülen, accusé d’avoir mis en place un “Etat parallèle” en Turquie infiltrant des pans entiers de la société, subit le courroux d’Ankara. Des centaines de médias ont été fermés et des dizaines de milliers de personnes arrêtées, limogés, condamnées, ou en passe de l’être. La rébellion menée par le Parti des travailleurs kurdes (PKK), interdit en Turquie et considéré comme groupe terroriste par l'Union européenne, est également réprimée dans le sang.

240 personnes sont mortes suite au coup d’Etat manqué de juillet. Mais depuis l’installation au pouvoir de l’AKP en 2002, le parti d’Erdogan, la presse turque n'a cessé de subir des pressions. Proportionnellement à son nombre d’habitants, la Turquie fait "honneur" à ...

 

Lire aussi :
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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:27

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

Marks and Spencer, Mango, Zara… des réfugiés syriens exploités dans des ateliers en Turquie

De jeunes syriens exploités en Turquie dans les ateliers des sous-traitants de grandes marques de prêt-à-porter comme Marks and Spencer, Asos, Mango ou Zara... un reporter de la chaîne BBC dénonce la situation dans un reportage diffusé ce mardi 25 octobre.
 

 

Marks and Spencer notamment mise en cause dans une enquête de la BCC qui accuse le groupe d'employer de jeunes réfugiés syriens, y compris des enfants, dans les ateliers de ses sous-traitants en Turquie - VINCENT WARTNER/20 MINUTE/SIPA

De la main d’œuvre à très bas coût. En Turquie, les sous-traitants de grandes marques de prêt-à-porter, Marks and Spencer, Asos, Mango, ou Zara, n’hésitent pas à exploiter la misère des plus vulnérables, et notamment des réfugiés syriens. Pour "à peine plus d’une livre sterling l’heure" (un peu plus d'un euro), une somme bien en dessous du salaire minimal turc, ceux-ci emploiraient en effet à tour de bras de jeunes malheureux, y compris des enfants, selon diffusée ce mardi 25 octobre, repérée

Travail douze heures par jour comme pour cet adolescent de 15 ans qui repasse les vêtements de Marks and Spencer, ou encore travail sans protection adéquate malgré la manipulation de produits chimiques chez Mango etc., les jeunes interrogés évoquent "des conditions terribles" raconte le journaliste de la BBC, Darragh MacIntyre. Et de poursuivre : "Ils savent qu’ils se font exploiter, mais qu’ils ne peuvent rien y faire". Ainsi "trouver des réfugiés (…) des enfants syriens, travaillant sur des vêtements de marques pour le marché britannique" était "relativement facile"confie le journaliste. "On m’avait dit que le travail des enfants était endémique en Turquie mais je n’imaginais pas à ce point", conclut-il.

 

Travail des enfants endémique en Turquie

Les marques concernées affirment quant à elles qu'elles n'étaient pas informées de la situation. Marks and Spencer et Asos assurent même désormais leur volonté de procéder à la régularisation de tous ces réfugiés syriens et de contribuer au financement de la scolarité des plus jeunes. Alors même, rappelle Le Monde, que les deux marques avaient refusé de se soumettre à une étude menée en début d’année par une ONG qui travaille sur la sensibilisation des entreprises aux questions de droits de l’homme. Etude qui aurait peut-être permis à ces deux entreprises de prendre conscience du problème plus tôt, comme ce fut le cas pour d'autres marques, à l'instar de H&M.

Depuis le début de la crise, plus de 2,5 millions de réfugiés syriens ont traversé la frontière turque. "L’écrasante majorité (90 %) vit hors des camps, pour moitié dans les grandes villes de l’ouest comme Istanbul, Izmir ou Ankara", ajoute Le Monde. Parmi ces réfugiés, entre 500.000 et 850.000 enfants, "contraints de travailler pour nourrir leur famille ou ne trouvant pas de place dans les écoles publiques turques saturées", ne seraient pas scolarisés. 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 20:46

 

Source : https://rsf.org/fr

 

 

 

16 juillet 2016

Coup d’État avorté : les journalistes turcs au bord du gouffre

 

 

Crédit : Reuters
 

 
Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les attaques perpétrées contre des médias et journalistes lors la tentative de coup d’État militaire en Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016.

Aux alentours de minuit, des soldats ont investi les locaux du groupe audiovisuel public TRT à Istanbul et Ankara, où ils ont contraint la présentatrice Tijen Karaş à lire leur communiqué, avant d'interrompre les programmes. Un autre groupe de militaires a ensuite investi les locaux stambouliotes du groupe de presse kémaliste Doğan, qui regroupe de grands médias tels que le quotidien Hürriyet et les chaînes CNN Türk et Kanal D. Après de vives altercations, les journalistes ont été forcés d'évacuer les locaux sous la menace des armes, et les émissions ont été interrompues. Même scénario au siège du fournisseur de télévision numérique et câblée Digiturk. La police a progressivement repris le contrôle de ces bâtiments et arrêté les militaires qui les occupaient, rendant les rédactions à leur travail.

 

Le photoreporter de Yeni Şafak, Mustafa Cambaz, a été abattu par des soldats, après avoir appelé à la mobilisation contre le putsch sur les réseaux sociaux. Alors qu’ils couvraient les événements, Selçuk Şamiloğlu, correspondant de Hürriyet à Istanbul, et Kenan Şener, reporter de CNN Türk à Ankara, ont été violemment agressés par des manifestants loyalistes, suspicieux vis-à-vis des médias kémalistes. Hospitalisé, le premier a rapporté à RSF qu'il avait failli être jeté par-dessus bord depuis un pont. Le Premier ministre Binali Yıldırım s'est excusé ce matin auprès de la presse pour ce type d'incidents, « engendrés par le stress et l'émotion » des manifestants.

 

Twitter, Facebook et YouTube ont été extrêmement ralentis durant une partie de la nuit, ce qui pourrait être lié à un pic de trafic. Le président Recep Tayyip Erdoğan et ses partisans, habituellement très critiques à l’égard des réseaux sociaux, les ont abondamment utilisés pour appeler à la résistance et reprendre la situation en main.

 

« Les grands médias d’information, comme le reste de la société turque, ont donné cette nuit la preuve de leur attachement aux principes démocratiques, note Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Il est temps que les autorités en prennent acte et cessent de traiter les voix critiques comme autant de traîtres et de terroristes. Le renforcement de la cohésion nationale passera par le respect des libertés fondamentales, dont la liberté de la presse. »


Les premiers bilans officiels de ce coup d’Etat avorté font état d’au moins 265 morts et 1440 blessés. La Turquie occupe la 151e place sur 180 dans le Classement mondial 2016 de la liberté de la presse.

 

 

Source : https://rsf.org/fr

 

 

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 16:55

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Prenez le temps d’écouter ce discours de campagne turc

 

 

 

 

Pour la seconde fois en cinq mois, les Turcs sont appelés ce dimanche à voter pour désigner un nouveau Parlement.

Dans un contexte politique et sécuritaire très tendu – notamment après l’attentat du 10 octobre dernier et la reprise en main des médias d’opposition par le président Erdogan –, ces élections marquent la volonté du Président très conservateur de récupérer la majorité absolue qu’il avait perdue en juin dernier.

Pour mesurer les enjeux de ce scrutin et la gravité de la situation – mais aussi parce qu’il a été sous-titré en français et qu’il est d’une grande dignité –, nous vous proposons de prendre dix minutes pour écouter le discours de Mustafa Sarisuluk, candidat du HDP.

Le HDP – Parti démocratique des peuples – est un parti politique issu de l’indépendantisme kurde et situé à gauche. Qualifié parfois de « Syriza turc », il défend l’autogestion, le bien-vivre entre les différents peuples turcs et s’inscrit dans la continuité des mouvements protestataires de 2013 autour du parc Gezi. En France, il est soutenu par Europe-écologie-Les Verts, le Parti de gauche et le Parti communiste.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 15:57

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Elections

Turquie : cette nouvelle gauche qui s’oppose au projet nationaliste et néolibéral du président Erdogan

par

 

 

Suite à l’élection législative du 1er novembre, le parti conservateur turc du président Recep Tayyip Erdogan (AKP) retrouve la majorité absolue. Malgré la répression et les violences politiques qui l’ont visé, le nouveau parti de gauche kurde, le Parti démocratique des peuples (HDP), demeure la troisième force politique du pays avec 59 députés. La raison de ce relatif succès : au-delà des Kurdes, le HDP tente de fédérer mouvements écologistes, féministes ou jeunes diplômés précaires. « Il doit désormais étendre son message à l’ensemble des secteurs de la société exclus par le projet nationaliste et néolibéral de l’AKP », explique Murad Akincilar, responsable de l’Institut de recherche politique et sociale de Diyarbakir.

La liesse éphémère suivie de la douleur. Puis la survie, malgré tout. Les trois courtes années d’existence politique du Parti démocratique des peuples (HDP) en Turquie ont déjà tout de la tragédie grecque. Né sur les braises encore chaudes de trois décennies d’un conflit entre l’État turc et sa minorité kurde qui a coûté la vie à 40 000 personnes, ce parti pro-kurde, ouvert à toutes les composantes progressistes turques, porte dans son sillage l’espoir de 10 millions de Kurdes victimes d’un état d’exception permanent. Quand il a obtenu 13% des suffrages aux élections législatives du 7 juin 2015, faisant barrage à la majorité absolue rêvée par l’AKP, le parti au pouvoir du président conservateur Recep Tayyip Erdogan, la joie a envahie la région kurde du sud-est de l’Anatolie. Depuis, les attentats meurtriers de Suruç le 20 juillet (31 morts), puis d’Ankara le 10 octobre (102 morts), ainsi que les centaines d’attaques perpétrés contre le HDP, ont transformé la victoire en effroi face à la violence politique déclenchée par le gouvernement turc.

Dimanche 1er novembre, l’AKP a finalement obtenu sa majorité absolue au Parlement turc, lors d’un nouveau scrutin où il a décroché 49,3% des voix. Le HDP reste dans la course, en passant pour la deuxième fois au-dessus du quorum éliminatoire des 10%. Il faudra désormais compter avec cette nouvelle force politique en Turquie. D’où vient elle et où va-t-elle ? Éléments de réponse avec Murad Akincilar, responsable de l’Institut de recherche politique et sociale de Diyarbakir (DISA), la capitale du Kurdistan turc.

 

Basta ! : Comment le HDP, né en 2012, a-t-il réussi si vite à devenir le principal obstacle au projet néolibéral et conservateur du parti AKP de Recep Tayyip Erdogan ?

Murad Akincilar : Pour comprendre cet essor, il faut remonter au début des années 1990. Dès cette époque, en pleine guerre au sud-est de l’Anatolie entre l’État turc et le Parti des travailleurs kurdes (PKK), il y avait la volonté de la part du mouvement kurde de faire appel à un électorat non-kurde. Mais le projet de créer un parti réunissant les couches les plus exclues de la société – du mouvement ouvrier au mouvement féministe – avec le peuple kurde n’avait alors pas abouti. L’État n’a pas permis à ce projet de naître. Les partis nés à cette période (le Parti de la démocratie puis le Parti de la démocratie du peuple) ont subi une répression parfois plus féroce que celle imposée aux groupes armés kurdes. Les Kurdes parlent d’ailleurs de « génocide politique ». C’était une forme d’extermination de leurs hommes politiques et des leaders de la société civile [1].

En parallèle, la gauche traditionnelle turque de l’époque était sceptique face au mouvement kurde, qu’elle accusait de détourner la lutte sociale. Ce qui était vrai au niveau pratique, de façon involontaire : chaque fois qu’une manifestation sociale était organisée, l’État pouvait facilement la réprimer sous prétexte que c’était une intrigue des séparatistes kurdes. Même les activités réalisées par des mouvements par ailleurs anti-kurdes étaient réprimées par ce biais ! Si la réalisation d’une alliance entre Kurdes et non-Kurdes était prématurée à l’époque, on retrouve dans les archives du mouvement kurde une volonté permanente de sortir le peuple kurde de l’isolement politique dans lequel il était confiné. Le résultat du HDP aux élections législatives de 2015, c’est l’aboutissement de deux décennies d’efforts sans relâche, souvent tragiques, pour créer une alliance entre le mouvement kurde et les autres mouvements opprimés et progressistes de Turquie.

 

Le soulèvement populaire contre la destruction du parc de Gezi, à Istanbul en juillet 2013 (lire ici), a-t-il été un moment-clé dans le rapprochement entre la jeunesse de l’ouest du pays et le peuple kurde ?

Avant même la révolte de la place Taksim, un grand mouvement de résistance ouvrière contre la privatisation des usines s’est déroulé en 2010 : des ouvriers de tout le pays avaient occupé les places publiques d’Ankara pendant plusieurs mois, avant de se faire déloger et réprimer par la force. Mais c’était la première fois que le modèle de développement néolibéral proposé par l’AKP était contesté dans la rue. Puis il y a eu le soulèvement populaire de Gezi. Devant les caméras du monde entier, le mouvement social a été réprimé avec violence par la police. À ce moment, les nouveaux ouvriers, c’est-à-dire les jeunes sur-diplômés et précaires, ont fait connaissance avec l’appareil répressif de l’État. Ça a été un déclic : si en 2013, sur la place la plus touristique du pays, la police a écrasé leurs revendications de la sorte, qu’a-t-elle pu faire subir au peuple kurde dans les régions les plus reculées pendant trois décennies ? Depuis ce jour, la jeunesse sceptique vis-à-vis de la politique institutionnelle a tourné les yeux vers les Kurdes.

 

Comment le HDP est parvenu à capter leurs revendications, parfois bien différentes de la cause kurde ?

Là encore, ça ne date pas d’hier. Dès la fin des années 2000, le PKK avait proposé un nouveau paradigme contre la mondialisation capitaliste. À la lumière de lectures comme Karatani, le philosophe japonais qui rapproche les critiques kantienne et marxiste du capitalisme, et de David Harvey, qui cherche à créer des fissures dans l’hégémonie capitaliste, il avait défini un nouveau projet de société basé sur la protection de la nature et l’émancipation de la femme. En 2009, le mouvement kurde a rencontré différents mouvements de gauche, LGBT, féministes et écologistes. Mais l’organisation souterraine cemaat, dirigé par le leader islamique Fethullah Gülen et proche à l’époque de l’AKP, a joué un rôle néfaste pour réprimer cette alliance de l’opposition. Toute tentative pour créer un parti unitaire d’opposition a été réprimée. Ces militants de divers horizons ont été arrêtés à tour de bras et jugés dans des « procès paniers », sous prétexte d’accusations grotesques. Jusqu’à aujourd’hui, le régime dominé par l’AKP opère la même criminalisation des mouvements d’opposition, en ayant recours à des théories du complot paranoïaques et des procès absurdes.

Seulement cette fois, il y a eu une réaction de l’électorat turc face à cette avalanche répressive. Et le mouvement kurde est à un niveau de maturité politique tel qu’il a su marier ces revendications avec les siennes. Les composantes du HDP sont aujourd’hui écologistes, féministes... Autant de mouvances qui n’ont pas toujours été en conformité avec le mouvement kurde. Au point que le HDP est critiqué par les Kurdes de ne pas assez défendre leurs propres revendications !

 

Quels sont les principaux défis qui attendent le HDP au lendemain des élections du 1er novembre ?

Le HDP est un nouveau né. Surtout, il émerge dans un contexte de conflit régional permanent. Cela explique d’ailleurs pourquoi l’AKP a péché par excès de confiance, persuadé que ce jeune parti ne dépasserait pas le quorum de 10% nécessaire pour obtenir des députés aux élections de juin 2015. Si le HDP a réalisé une victoire précoce et en-dehors des régions kurdes, il n’a pas encore consolidé sa base électorale. Ce dont il a besoin, c’est d’une période de normalisation, sans risquer le harcèlement policier, les arrestations arbitraires et le lynchage politique auxquels il a été exposé jusqu’à présent. En quatre mois, il a subi plus de 400 attaques, dont l’incendie de son siège à Ankara et un attentat meurtrier en plein meeting la veille de l’élection du 7 juin à Diyarbakir ! Il doit désormais s’atteler à mobiliser les masses populaires et d’étendre son message à l’ensemble des secteurs de la société exclus par le projet nationaliste et néolibéral de l’AKP.

Recueilli par Emmanuel Haddad depuis Diyarbakir

En photo : jeunes kurdes de Bismil, à 50km de Diyarbakir, à la veille de l’élection du 1er novembre où le HDP a récolté 10,7% des voix / © Emmanuel Haddad.

 

Lire aussi :
- De Kemal à Occupy Taksim, plongée dans l’histoire pour comprendre les raisons d’un soulèvement
- En Syrie, une expérience de démocratie directe, égalitaire et multiconfessionnelle tient tête à l’État islamique

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