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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 17:41

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Sur les réseaux

Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook

 

 

 

Après un tour du monde, ce jeune homme de 27 ans s’est arrêté en Syrie. Il y vit depuis plusieurs mois et raconte ce qu’il voit sur Facebook.

 

 

Capture de la page Facebook de Pierre Le Corf (cliquer pour agrandir)

Capture de la page Facebook de Pierre Le Corf (cliquer pour agrandir) - Facebook
 

Dans la nuit de lundi à mardi, sur sa page Facebook, le jeune Pierre Le Corf (27 ans) a célébré l’entrée de l’armée de Bachar el-Assad à Alep-Est, dernier morceau de la ville tenu par les rebelles.

Alors que les journalistes et les témoins sur place décrivaient une nuit où « l’errance et la mort » avaient pris place, que des militaires pro-régime se livraient à des atrocités sur les populations civiles, lui postait une photo de « balles traçantes » dans le ciel. Avec ces mots :

« On célèbre. »

Sur sa page Facebook, suivie par plus de 20 000 personnes, il tentait aussi de décrédibiliser les informations parues dans la presse :

« A contrario de ce que disent certains médias désespérés de ne bientôt plus pouvoir vendre de chair humaine, la quasi-totalité des civils ont pu s’échapper ici et sont pris en charge par les grandes organisations humanitaires. »

 

 

un Français se livrant à de la propagande pour un régime criminel sera t il un jour traduit en justice ? @JJUrvoas

 

Imprégné par l’ouest

Pierre Le Corf, 27 ans, humanitaire, est-il pour autant un propagandiste du régime syrien, comme le suggère un article publié sur Medium ? Après lui avoir parlé, la réponse semble être : tout à fait, mais malgré lui.

Pierre Le Corf, courageux et émotif, raconte la vie des Syriens de l’ouest de la ville d’Alep – côté gouvernement – depuis le printemps dernier : les bombes, les mortiers, les chaudières à eau montées en roquettes lancées par les rebelles qui tombent sur la tête des civils.

A force, il a fini par s’imprégner complètement de la pensée loyaliste environnante. Et sans en avoir conscience, il est devenu l’animateur d’un petit média pro-régime – ses pages sur les réseaux sociaux. Hargneux et manichéen.

Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité.

Ce mercredi sur Skype, nous en avons longuement discuté.

 

« Je n’étais pas de droite »

Pierre Le Corf raconte être né dans une famille très modeste d’ostréiculteurs du Morbihan. Il a passé son enfance entre la maison de ses grands-parents à Quiberon et le parc à huîtres de ses parents à Locmariaquer. Il ne veut pas raconter ce qu’il s’y est passé, mais évoque des « traumatismes importants ». Il déguerpit jeune.

Scolairement, il part dans tous les sens. Ecole hôtelière à Quimper, études de droit à Vannes et à Lyon. Ecole de cinéma à Paris.

Socialement, il se cherche. Pendant sa période lyonnaise, il essaye de devenir quelqu’un d’autre, nous raconte-t-il. Il travaille au Leader Price de son quartier, mais évolue dans les milieux ultra-cathos et bourges de Lyon. Avec la tête qu’il a (une tête de Versaillais), « ça passe crème ».

Dans la boîte de nuit qu’il cofonde à l’époque, il se fait prendre en photo avec un magnum de champagne Nicolas Feuillatte sur l’épaule.

« Je n’étais pas de droite, mais j’essayais de l’être. Tout le monde s’imaginait des choses : on disait que mon père était le patron d’une grande banque. »

C’est au bal des débutantes de Lyon qu’il fait la connaissance de Benjamin Blanchard, figure d’extrême droite, cofondateur de SOS Chrétiens d’Orient. C’est l’homme qui lui a soufflé l’idée d’aller en Syrie et qui a « facilité ses démarches » pour entrer dans le pays. 

 

Mythe fondateur

Après sa « phase trou du cul » à Lyon, Pierre Le Corf devient « serial entrepreneur » à Paris. Il cofonde, entre autres, un incubateur d’entreprises et une boîte de prod. Il plante plusieurs start-up, ce qui fait de lui un bon conférencier d’écoles de commerce.

A cette époque, Pierre Le Corf raconte beaucoup son mythe fondateur : à 12 ans, il faisait déjà du porte-à-porte pour désencombrer les maisons de sa petite ville bretonne. Il revendait ensuite les objets au marché.

Mais début 2015, Pierre Le Corf, qui transforme en plaquette de communication tout ce qu’il touche et lui-même, dit qu’il a une révélation : « celle d’être devenu con ». Il a tout d’un coup la sensation de s’être trop éloigné des gens de son enfance, ces gens modestes,  « avec un petit savoir de vie ».

Il crée alors le projet Wearesuperheroes qui consiste à donner la parole à des « communautés marginalisées » – en postant sur Internet des photos et des témoignages bruts. La promesse :

« Nous voulons aider les communautés à développer leur confiance en elles à travers le storytelling. »

 

« Voilà, sur ce, je retourne au travail »

En mars 2015, il entame un tour du monde, à la rencontre de ses « héros du quotidien ». Etats-Unis, Afrique du Sud, Russie, Turquie, Inde, Japon. Cela donne des petits portraits, plus ou moins forts.

Cela relève du projet perso financé par un conseil régional, mais Pierre Le Corf veut lui donner une autre dimension. Il le façonne avec du storytelling (encore) pour que ça prenne l’apparence d’un destin.

Dans les interviews qu’il donne, il raconte à tour de bras les visites dans les décharges publiques avec son grand-père. Il y trouvait des objets, des cahiers et des cartes postales qui racontaient la vie d’inconnus. Sa curiosité pour les autres serait née de ces promenades.

Il raconte aussi qu’il a « tout vendu » avant de partir. Comment ça, « tout », puisqu’il venait d’une famille modeste ? Sans se démonter, il me répond :

« J’ai toujours eu peur de manquer donc j’ai toujours travaillé sept jours sur sept et accumulé des choses. J’ai vendu des montres, des petits bijoux, des livres anciens, des cadeaux. »

Capture d'écran de la page Facebook de Pierre Le Corf

Capture d’écran de la page Facebook de Pierre Le Corf

En février 2016, il est au Canada. Il publie sur Facebook une vidéo dans laquelle il explique pourquoi il ne s’intéresse pas plutôt aux populations « successful » de tous ces pays. Tout le monde est « successful » en un sens : c’est sa réponse. A la fin, ému par ses mots,

« voilà, sur ce, je retourne au travail. »

En mai, au site de France 24 qui fait un portrait de lui, il présente son projet comme « sa petite goutte d’eau ».

Ce mercredi matin, à propos de ce maniérisme et cette tendance au storytelling outrancier, Pierre Le Corf nous répond vraiment gentiment :

« Je suis lyrique, je suis comme ça. Je n’y peux rien. C’est ma façon de m’exprimer. Ce sont mes mots, ils sont honnêtes. »

Au téléphone, une de ses amies et anciennes collègues compare Pierre le Corf à Mère Teresa. Tout en s’excusant de ne pas trouver d’exemple mieux dimensionné.

 

Sauf « si tu insultes le président »

Au printemps 2016, un peu plus d’un an après son départ, Pierre Le Corf n’a pas envie de rentrer. Il accepte donc la proposition de Benjamin Blanchard de rejoindre SOS Chrétiens d’Orient à Damas. Il trouve le garçon « humain » et se moque de ses positions politiques.

C’est en passant par l’Église grecque-melkite catholique que l’association lui obtient un visa. Benjamin Blanchard :

« Il ne connaissait rien à la Syrie. Il est arrivé, avec un esprit très neutre, croyant ce qu’il y avait écrit dans la presse. Une fois dans le pays, il a mené sa vie. »

Pierre Le Corf se rend à Alep et se rapproche de l’organisation humanitaire chrétienne Les Maristes bleus. Depuis neuf mois, le jeune Breton vit donc à l’ouest de la ville, la partie tenue par le régime. Où sa présence est « tolérée ».

Il est obligé :

« J’ai jamais vu de mauvais traitement ici. La seule chose qui est mal vue, c’est si tu insultes le président. Si tu insultes le président, quelqu’un pourrait te poser des questions. »

Et tenu :

« Les gens du gouvernement qui m’entourent, mais que je ne connais pas personnellement ont toujours été très gentils avec moi. »

Mais ce n’est pas un problème parce qu’il pense sincèrement que le régime est respectueux et salvateur. Dans une vidéo, postée fin septembre sur Facebook, Pierre Le Corf est exalté :

« Beaucoup de gens m’envoient des messages pour m’encourager, mais aussi des messages des fois un petit peu compliqués... Des gens qui me disent “Oui, mais le régime tue son peuple”...

Je ne veux pas prendre de position politique ou militaire, mais soyons clair, moi je prie le jour et la nuit pour que les avions arrivent.

Vous pouvez regarder, ne serait-ce que cinq minutes par jour, la chaîne de télévision qui appartient à l’armée rebelle ici, plus personne ne voudrait jamais soutenir la guerre. La seule chose qu’on voit, ce sont les mortiers qu’ils nous envoient dessus. “Allah Akbar, boum”. »

 

« Ce prix, je le voyais tous les jours »

Ce mercredi, Pierre Le Corf tente d’expliquer sa position :

« Ce n’est pas parce que je dénonce les attaques terroristes que je soutiens le régime. Mais il y a une différence entre soutenir le gouvernement et l’attaquer. »

Ne pas l’attaquer, c’est omettre des choses. Prendre acte des massacres d’Alep-Est pratiqués par des mauvais éléments de l’armée (dit-il en gros), mais ne pas en parler sur sa page Facebook.

Et le justifier par sa petitesse, son peu d’amplitude, sa position géographique.

« Je ne parle pas de l’est, parce que je ne suis pas à l’est. »

Le justifier aussi par son empathie et son humanité (bien réelles) :

« Quand tu vois tout le temps des gamins avec leurs visages moitié arrachés, tu te ranges de leur côté. »

« Quand tu ramasses des morceaux de gens, on ne peut pas te reprocher de ne pas compter les chiffres. »

« Ce que je comprends, c’est que les gens de l’ouest étaient des dommages acceptables, le prix à payer pour soumettre le régime. Mais moi, ce prix, je le voyais tous les jours. »

 

« Je ne suis pas journaliste »

Depuis son café d’Alep, ce mercredi, Pierre Le Corf est un peu plus nuancé. Peut-être a-t-il lu l’avalanche de papiers relatant l’horreur de la nuit de lundi à mardi.

« Les bombardements et les exactions du gouvernement, pour aller plus vite dans la guerre, c’est aussi un crime. Autant que celui des terroristes qui nous tirent dessus.

Je n’ai ni d’affinités avec le gouvernement, ni avec les rebelles, qui ont chacun des positions radicalisées. »

Quand on lui parle de la responsabilité qu’il a, maintenant qu’il est un petit média, il s’embrouille.

« J’aime pas les étiquettes. Moi je vois ça sur un plan humain. »

Cinq minutes plus tard :

« Je ne suis pas un journaliste, parce que je vis ici. »

Je lui demande, m’excusant du point Godwin et du caractère bancal de la comparaison, s’il n’a pas l’impression de documenter Berlin (et la souffrance du peuple allemand) sous les bombardements alliés.

« Ce que je vois, je le dis et j’ai le droit de le dire. Mais les gens ne doivent pas se contenter de que je dis. Je peux être aveugle sur la situation globale. »

 

« Les gens vont moins mourir »

Pierre Le Corf a été blessé par l’article publié sur Medium (auquel il a répondu point par point, comme une lettre de rupture mal passée) et il est blessé quotidiennement par les messages agressifs qu’il reçoit sur Facebook, depuis plusieurs semaines.

Il a donc décidé, nous dit-il, de retourner à son projet de départ (relayer des témoignages bruts et désormais filmés pour qu’ils ne soient pas discutables) :

« Je vais arrêter de parler de la situation maintenant qu’il y a moins de raison d’avoir peur et d’être triste, parce que les gens vont moins mourir. »

Pierre Le Corf assure qu’il n’a pas publié, lundi soir, les scènes de liesse dans la rue par respect pour ce qu’il se passait à l’est. Il compte rester vivre en Syrie pour aider la ville à se reconstruire.

« Je suis doué pour comprendre les gens, les aider à croire en eux et apaiser leur douleur. »

Mais son goût pour la communication le portera probablement ailleurs.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 17:37

 

 

Info reçue par mail

 

 

Rassemblement le 17 décembre à Partir de 15h devant la préfecture sur feucheres

 
Alors que la situation à Alep se dégrade d'heure en heure, alors que nous savons que ce conflit en Syrie a fait plus de 300 000 morts et plus de 10 millions de déplacés et/ou réfugiés, alors qu'Alep est ravagée par la guerre, nous ne pouvons continuer à être témoins des massacres sans réagir. En France, dans de nombreuses villes, des citoyens ont commencé à s'organiser pour faire pression sur la communauté internationale et plus particulièrement sur notre pays qui a une responsabilité historique vis à vis de la Syrie.
Bien que notre démarche soit politique nous ne prenons pas position sur Bachar Al Assad ou sur les forces rebelles. Nous laissons les Syriens décider de ce qu'ils pensent être le mieux pour leur pays.
A Nîmes, il est URGENT de nous organiser, pour montrer à l'ensemble du monde que nous ne fermons pas les yeux sur ce qui se passe aujourd'hui en Syrie, que nous ne baissons pas les bras et que nous nous indignons face à ce conflit qui dure, mais aussi dans un mouvement plus large «CONTRE LA GUERRE », car il n'y a pas de guerre propre.
 
Bonjour à tous, Samedi 17 décembre à 15h (demain ) RDV, devant la préfecture à Feuchere. Rassemblement  en solidarité avec le peuple syrien notamment à Alep qui cri son désespoir et appel l'humanité à leur venir en aide. 
Nous savons tous, que nous sommes impuissants face à ces crimes mais on peut au moins faire une chose, descendre dans la rue pour interpeller notre gouvernement français et le mettre face à ses  responsabilités. Notre état est un état de droit alors profitons de ce statut et privilège que d'y vivre pour venir en  aide à notre petit niveau au peuple syrien qui subit un génocide à la vue du monde entier.
Le rassemblement d'hier aux arènes de Nimes à réunit plus de 100 personnes, nous comptons sur votre présence pour dire STOP au massacre à ALEP.  
Nous faisons appel à votre conscience et votre bon coeur. 
Les enfants d'Alep tués sont nos enfants et les enfants de l'humanité.
PARTAGER sans modération!!!
PS: vous pouvez faire vos propres pancartes et banderoles.
On vous attend nombreux!!!!
 
 
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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 16:39

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

zapnet

Nicole Ferroni et sa « petite lorgnette » sur la guerre en Syrie

 

 

Dans un émouvant billet, l’humoriste Nicole Ferroni raconte ce mercredi qu’elle s’informe sur la guerre en Syrie en suivant le fil Twitter d’Hadi Alabdallah (@HadiAlabdallah), qui se présente comme journaliste indépendant.

« Il y a deux mois, j’ai demandé à Google comment on écrivait “Alep” en arabe, ce qui m’a permis sur Twitter, cette plateforme où sont publiés de tout petits messages, de trouver des gens qui se présentent comme journalistes suivant le conflit sur place », explique-t-elle.

Hadi Alabdallah, qui tweete en arabe et en anglais, est devenu sa « petite lorgnette sur la guerre dans son pays ».

« C’est l’un des activistes de la cause syrienne, de la question syrienne, le plus présent sur les réseaux sociaux. [...] Il a manifesté au début et après il est devenu un journaliste citoyen. Il est aujourd’hui dans la région d’Alep et c’est une des sources d’information à mon avis les plus crédibles de la Syrie parce qu’il y a la souffrance humaine, il y a l’engagement et en même temps il est sur le terrain », a éclairé après la chronique le politologue franco-libanais Ziad Majed.

Au micro de France inter, Nicole Ferroni a traduit les mots d’Hadi. « Des familles entières enterrées sous les décombres, des corps de civils éparpillés dans les rues », rapportait-il mardi 13 décembre.

 

Voir l'image sur Twitter

Muhammad Nihad on his last moments in Bustan al-Qasr: Entire families buried under rubble, civilian bodies strewn about the streets

 

« Nous n’oublierons pas comment le monde a forcé le peuple d’Alep a choisir entre deux options : la mort collective ou l’exil massif. »

 

We'll never forget how world forced Aleppo's people to choose b/w 2 equally bad options: collective death or collective forced displacement!

 

 

Ce mercredi 14 décembre, il écrivait :

« Jusqu’à ce matin, le peuple d’Alep n’a pas dormi cette nuit en attendant l’évacuation promise des civils, rien de neuf, nous continuons à attendre. »

 

Aleppo's people haven't slept a wink tonight as they await promised evacuation of civilians and wounded. Nothing new...we continue to wait.

 

 

 

 

« La guerre, ce n’est pas si loin que ça »

 

Nicole Ferroni a comparé les mots d’Hadi à ce qu’elle a lu dans le Guide du Routard de son papa, vieux de dix ans, qui décrivait les chambres d’hôtel confortables d’un établissement à la terrasse jaune et ensoleillée, les pâtisseries et l’ambiance cosy d’un restaurant.

 

« Et quand j’ai lu ça, je me suis dit : c’est bizarre, Hadi n’en a jamais parlé.

En effet, si on compare les phrases de Hadi en 2016 à celles du moustachu du Routard en 2006, on sent que je tiens là quelque chose de très concret sur la guerre en Syrie.

A savoir que la guerre, ce n’est pas si loin que ça.

La guerre, ce n’est pas un truc de “loin, là-bas”.

La guerre, ça peut avoir des allures d’un “Ici et de maintenant” qu’on prend, qu’on fracasse.

C’est prendre un présent et le réduire en cendres. Remplacer le cosy par la terreur. Mettre un chaos qui ne laisse plus aucune place à la douceur pas même celle des pâtisseries car la guerre avale toutes les couleurs et met du noir à la place. »

 

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 18:25

 

 

Source : http://www.ledevoir.com

 

 

Lettre à un ami européen

13 décembre 2016 | Yvon Rivard - Écrivain

 

 

Des soldats du régime syrien discutent avec des résidents d'Alep, après avoir repris possession de cette zone aux dépens des forces rebelles.

Photo: Agence France-Presse / Stringer Des soldats du régime syrien discutent avec des résidents d'Alep, après avoir repris possession de cette zone aux dépens des forces rebelles.

 

Non, je ne suis pas plus heureux que toi, même si le Canada a été généreux avec les réfugiés syriens, et encore faudrait-il voir comment les bonnes intentions se sont traduites concrètement, notre gouvernement étant expert dans l’art de dire une chose et de faire le contraire, comme soutenir l’exploitation des sables bitumineux tout en signant l’accord de Paris, accueillir les réfugiés et vendre des armes à l’Arabie saoudite.

 

Je partage ta honte, car nous sommes ici, comme en Europe, dans un silence complice. « Il est des silences qui ont valeur de crime », dis-tu, voilà la vérité que ne veulent pas admettre nos belles démocraties, occupées à la défense territoriale de leur identité confondue avec leurs intérêts économiques. Tout le monde vire à droite pour ne pas voir l’autre moitié du monde qui n’est ni à gauche ni à droite, mais au centre de l’enfer.

 

Quand un pays, comme la France, refuse de recevoir un intellectuel comme Chomsky, on peut mesurer la faillite intellectuelle et morale de l’Occident qui par ailleurs se refait une vertu, à peu de frais, en combattant le terrorisme, ou en ergotant sans fin sur une laïcité qui protégerait la neutralité de l’État. Est-ce qu’il y aurait un lien entre cette idée même de neutralité et le silence criminel que tu dénonces ?

 

Voilà une question qu’on n’a pas le droit de poser puisque ce serait précisément cette absence de neutralité religieuse qui serait l’une des sources de tous les conflits au Moyen-Orient. Je pense qu’on se jette trop rapidement sur cette explication, que c’est une réponse courte dont s’accommode bien la volonté de ne pas s’en mêler et qui oublie qu’à Alep, comme tu me le rappelles, il y a quinze ans toutes les religions vivaient en bonne entente.

 

Conscience morale

 

Que s’est-il passé ? Beaucoup de choses que toutes les analyses n’en finissent pas, avec raison, d’énumérer : le pétrole, le retour de la guerre froide, les suites de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, etc. Le non-spécialiste que je suis essaie de comprendre, donne raison à tout le monde, mais relance chaque réponse qu’on lui fournit dans la question des enfants : « oui, mais pourquoi ? »

 

Oui, tout le monde a de bonnes raisons de bombarder ou non Alep, de franchir ou non la fameuse ligne rouge des armes chimiques, de distinguer ou non les civils et les militaires, les terroristes et les rebelles, d’ouvrir ou non ses frontières, etc., et chaque bonne raison se détourne des milliers de morts dont elle est complice sous prétexte qu’il ne faut pas aggraver la situation, que ce pourrait être pire, qu’un nouvel équilibre mondial est en train de s’établir, bref que la destruction de la Syrie, comme le génocide palestinien, est le prix à payer pour la paix dans le monde.

 

Tu te demandes comment il se fait qu’il n’y ait pas, partout dans le monde, des manifestations en masse, comme celles contre la guerre au Vietnam ou en Irak. Parce qu’il s’est passé quelque chose qui échappe à l’analyse géopolitique, quelque chose qui nous échappe d’autant plus que cela a lieu en nous-mêmes, et qui s’appelle l’effritement de la conscience morale dont la base est la valeur absolue de la personne humaine, quelle qu’elle soit.

 

Ban Ki-moon affirmait l’an dernier, au sujet de la Syrie, « qu’il s’agit de la crise humanitaire la plus grave de notre temps […], que le pays a perdu près de quatre décennies de développement humain ». Quand nous regardons des documentaires sur la Shoah, nous nous demandons comment cela a été possible, comment cela a pu naître dans un pays aussi développé, pourquoi les Alliés n’ont pas fait sauter le chemin de fer qui amenait les victimes à Auschwitz ?

 

Pourquoi ne nous demandons-nous pas la même chose maintenant, pourquoi ne voyons-nous pas que nous sommes les acteurs de l’histoire ? Parce que nous sommes neutres, c’est-à-dire plus ou moins morts moralement, incapables de nous élever au-dessus de nous-mêmes, croyant échapper à l’enfer, dans lequel se retrouvent tous ces malheureux encore enlisés dans les croyances religieuses, par notre capacité rationnelle à justifier la mort et toutes les autres injustices.

 

Silence criminel

 

Que faire ? Si la communauté internationale et chacun d’entre nous décidaient de mettre la question syrienne à notre agenda, au-dessus des élections à venir ou de l’équilibre budgétaire, ne serait-ce que quelques minutes par jour, peut-être trouverions-nous le moyen de rompre le silence criminel non seulement par des interventions, des manifestations et des dons, mais surtout par un regard solidaire sur tous ces autres que nous côtoyons et qui n’ont pas la chance d’être intelligents, riches et neutres comme nous.

 

Rien ne peut ici se comparer à l’enfer syrien, mais nous pouvons essayer de voir en nous et autour de nous les petites lâchetés qui y conduisent.

 

 

 

Source : http://www.ledevoir.com

 

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 16:31

 

 

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Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/rhone-alpes/video-maire-alep-ne-se-resigne-pas-victoire-bachar-el-assad-1142495.html

 

Video : le maire d'Alep ne se résigne pas à la victoire de Bachar-El-Assad

Alors qu'une phase décisive de la guerre se joue dans la deuxième ville de Syrie, le président du conseil de la ville d'Alep-Est répond aux questions de Paul Satis. La reconquête par les forces du Président Bachar-El-Assad de cette ville occupée par l'opposition constituerait un "tournant".      

  • Par Philippe Bette
  • Publié le , mis à jour le

 

 

Prise d'Alep

 

Le président du Conseil de la ville d'Alep-Est ne veut pas croire que les combats en cours dans sa ville dévastée par les bombardements vont amener les siens à renoncer à leur liberté. Il ne veut pas croire à la chute de sa ville, ni à une redddition de son peuple . "Un dictateur ne peut pas vaincre son peuple", c'est ce qu' explique Brita Hagi Hasan , le maire d'Alep au micro de Paul Satis...    

C'est une révolution de la liberté et de la dignité


Le président Bachar al-Assad veut à tout prix reconquérir Alep, deuxième ville de Syrie, pour porter un coup décisif aux rebelles mais aussi repositionner son régime sur la scène internationale, à l'heure d'un possible changement de cap de la diplomatie américaine. Depuis plusieurs mois, les offensives se succèdent pour reprendre les quartiers Est d'Alep aux mains de la rébellion depuis l'été 2012. La dernière en date, lancée mi-novembre, pourrait s'avérer déterminante, l'armée ayant réussi à capturer le plus grand de ces quartiers.

L'ancienne capitale économique et foyer industriel de Syrie se situe à un carrefour commercial stratégique, Pourprès de la frontière avec la Turquie.
Depuis 2012, Alep est divisée entre secteurs loyalistes dans l'ouest, où vivent 1,2 million d'habitants, et des quartiers tenus par les rebelles dans l'est, où
résident plus de 250.000 personnes.

Le maire d'Alep interpelle l'opinion publique internationale  : "Où sont les droits de l'homme ?"  

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:49

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

L’ONG Sherpa porte plainte contre Lafarge pour financement du terrorisme

 

 

 

Le cimentier est accusé d’avoir indirectement payé des taxes et des droits de passage à l’organisation Etat islamique.

 

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

 

 

Assemblage de la ligne de production de l'usine Lafarge de Jalabiya.

Couverture

L’ONG française Sherpa de défense des victimes de crimes économiques a déposé plainte, mardi 15 novembre au matin, auprès du doyen des juges d’instruction de Paris contre le cimentier franco-suisse LafargeHolcim pour « financement du terrorisme », « complicité de crimes contre l’humanité », « complicité de crimes de guerre », « mise en danger d’autrui » et d’autres infractions connexes. La plainte, nourrie par un volumineux dossier basé sur des documents de sources diverses et des témoignages d’anciens salariés de la filiale syrienne du groupe, Lafarge Cement Syria, vise des faits qui se sont produits en Syrie en 2013-2014. A cette époque, Lafarge, qui n’avait pas encore fusionné avec le suisse Holcim, avait une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie, située près de Manbij, Rakka et Kobané, en plein dans une zone où opérait notamment l’organisation Etat islamique (EI).

 

Lire aussi :   Le jeu dangereux de Lafarge en Syrie

 

Comme l’ont montré plusieurs enquêtes publiées par Le Monde, Lafarge a indirectement financé pendant cette période les djihadistes de l’EI – mais aussi avant eux ceux du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida –, qui avaient instauré un système de droit de passage pour les ouvriers travaillant à la cimenterie, ainsi que pour les marchands de ciment venant s’y approvisionner. Par ailleurs, la cimenterie de Lafarge, pour pouvoir continuer à opérer, s’est fournie en pétrole lourd et en pouzzolane (une roche utile dans la confection du ciment) auprès d’intermédiaires locaux qui achetaient directement à l’EI ou payaient des taxes au groupe djihadiste.

Pour l’avocat William Bourdon, fondateur de Sherpa, la question de la compétence des juridictions françaises ne se pose pas, bien que les faits se soient produits hors de France, de par la nature – terrorisme et crimes contre l’humanité – des faits visés ainsi que « dès lors que les personnes visées sont françaises ».

 

Faits « sans précédent »

La plainte – déposée conjointement avec le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme de Berlin – et les faits reprochés sont « sans précédent », selon Me Bourdon, qui souligne « la très grande gravité, mais aussi la complexité des faits, outre qu’ils se sont déroulés dans une zone de guerre ». Elle vise également « les conditions de travail exécrables » dans lesquels ont été amenés à évoluer les employés de Lafarge Syrie, dont certains ont fait l’objet de kidnappings.

Selon l’avocat, « il ne s’agit pas d’imputer à qui que ce soit la responsabilité de la guerre en Syrie et de l’irruption de Daech [acronyme arabe de l’EI] mais de demander que soient tirées les conséquences d’une politique cynique faite d’aveuglement et de surdité ». « Il nous apparaît impensable que les dirigeants de Lafarge puissent nous opposer leur ignorance des crimes commis par Daech pendant cette période », ajoute-t-il, insistant sur « l’obsession d’une entreprise de pérenniser une activité profitable au risque de devoir rendre compte de liaisons pour le moins dangereuses avec ceux qui sont perçus comme les pires ennemis de l’humanité ».

Interrogée par Le Monde, une porte-parole du groupe franco-suisse a mis en avant les engagements éthiques de Lafarge contenus dans son code de conduite des affaires, bien qu’il ne mentionne pas explicitement les questions de terrorisme.

 

Lire aussi :   Comment Lafarge a exposé ses employés aux rapts en Syrie

 

Une proposition de loi renforçant la responsabilité des maisons mères vis-à-vis de leurs filiales et fournisseurs est en discussion au Parlement français depuis deux ans. « L’issue reste incertaine car les résistances du lobby patronal sont fortes, souligne Me Bourdon. Il s’agissait pourtant d’une promesse de François Hollande. »

 

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:27

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

Marks and Spencer, Mango, Zara… des réfugiés syriens exploités dans des ateliers en Turquie

De jeunes syriens exploités en Turquie dans les ateliers des sous-traitants de grandes marques de prêt-à-porter comme Marks and Spencer, Asos, Mango ou Zara... un reporter de la chaîne BBC dénonce la situation dans un reportage diffusé ce mardi 25 octobre.
 

 

Marks and Spencer notamment mise en cause dans une enquête de la BCC qui accuse le groupe d'employer de jeunes réfugiés syriens, y compris des enfants, dans les ateliers de ses sous-traitants en Turquie - VINCENT WARTNER/20 MINUTE/SIPA

De la main d’œuvre à très bas coût. En Turquie, les sous-traitants de grandes marques de prêt-à-porter, Marks and Spencer, Asos, Mango, ou Zara, n’hésitent pas à exploiter la misère des plus vulnérables, et notamment des réfugiés syriens. Pour "à peine plus d’une livre sterling l’heure" (un peu plus d'un euro), une somme bien en dessous du salaire minimal turc, ceux-ci emploiraient en effet à tour de bras de jeunes malheureux, y compris des enfants, selon diffusée ce mardi 25 octobre, repérée

Travail douze heures par jour comme pour cet adolescent de 15 ans qui repasse les vêtements de Marks and Spencer, ou encore travail sans protection adéquate malgré la manipulation de produits chimiques chez Mango etc., les jeunes interrogés évoquent "des conditions terribles" raconte le journaliste de la BBC, Darragh MacIntyre. Et de poursuivre : "Ils savent qu’ils se font exploiter, mais qu’ils ne peuvent rien y faire". Ainsi "trouver des réfugiés (…) des enfants syriens, travaillant sur des vêtements de marques pour le marché britannique" était "relativement facile"confie le journaliste. "On m’avait dit que le travail des enfants était endémique en Turquie mais je n’imaginais pas à ce point", conclut-il.

 

Travail des enfants endémique en Turquie

Les marques concernées affirment quant à elles qu'elles n'étaient pas informées de la situation. Marks and Spencer et Asos assurent même désormais leur volonté de procéder à la régularisation de tous ces réfugiés syriens et de contribuer au financement de la scolarité des plus jeunes. Alors même, rappelle Le Monde, que les deux marques avaient refusé de se soumettre à une étude menée en début d’année par une ONG qui travaille sur la sensibilisation des entreprises aux questions de droits de l’homme. Etude qui aurait peut-être permis à ces deux entreprises de prendre conscience du problème plus tôt, comme ce fut le cas pour d'autres marques, à l'instar de H&M.

Depuis le début de la crise, plus de 2,5 millions de réfugiés syriens ont traversé la frontière turque. "L’écrasante majorité (90 %) vit hors des camps, pour moitié dans les grandes villes de l’ouest comme Istanbul, Izmir ou Ankara", ajoute Le Monde. Parmi ces réfugiés, entre 500.000 et 850.000 enfants, "contraints de travailler pour nourrir leur famille ou ne trouvant pas de place dans les écoles publiques turques saturées", ne seraient pas scolarisés. 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 15:15

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Tous les internets

Ils balisent sur Facebook la route des Syriens en fuite

 

 

 

Le groupe Facebook Karajat el-Meshantateen est fait par des Syriens, pour guider les migrants dans leur périlleux voyage vers l’Europe

 

Lien ici

 

 

 

Waseem Alsafadi, né à Damas, a quitté son pays en 2014. Avec ses proches, il est à l’origine du groupe Karajat el-Meshantateen. Il est le héros de ce nouveau numéro de « Tous les internets ».

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 17:09

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

Syrie - Ils ont filmé la guerre en douleur

 

«J’ai eu le sentiment d’exister», murmure Sana Yazigi. La Syrienne de 45 ans repose délicatement sa tasse pour dessiner de plus grands gestes qui font trembler les petits anneaux dorés qu’elle porte à ses oreilles. «On dansait, on chantait, on sautait. Ce jour-là, ma voix est sortie sans que je m’en rende compte, je n’avais plus peur.» En 2011, Sana est allée manifester «pour sentir le goût de la liberté». Comme des centaines, puis des milliers de Syriens. Assise à la terrasse d’un café du quartier de Hamra, à Beyrouth, où elle vit depuis juin 2012, elle raconte le besoin qu’a eu son peuple, dès les premiers jours, de filmer cette révolution naissante, après quarante ans d’humiliation.
Cinq ans plus tard, ce flot d’images a rendu le conflit peu lisible. D'abord des souvenirs, puis des instruments de contestation, ces vidéos sont aussi devenues des éléments de preuves ou des outils de propagande. Leur exploitation et leur préservation sont aujourd'hui des enjeux majeurs pour permettre ensuite au peuple syrien de construire la mémoire de sa révolution.

 

 

QUAND FILMER DEVIENT UN ACTE DE PROTESTATION

«Une culture protestataire s’invente et se renouvelle par le biais de la vidéo»

Dès février 2011, des rassemblements commencent à avoir lieu, mais c’est à partir du 15 mars 2011, à Damas, que la prise de parole explose réellement. Les Syriens descendent ensuite dans la rue et exigent «dignité» et «liberté». Si les premiers soulèvements populaires sont passés sous silence par les médias officiels, les manifestants sont plus nombreux chaque semaine à brandir leurs téléphones. «Les gens filment alors que d’autres filment déjà, c’est donc qu'ils ont besoin d’une trace, de leurs propres images de ce qui a lieu», analyse Ulrike Riboni, attachée temporaire d'enseignement et de recherche à l'université Paris-VIII. Khaled al-Essa, au fort accent de la province d’Idlib, est de ceux-là. Sa première vidéo, il l’a faite le 1er  avril 2011, à Kafranbel, dans le nord-ouest de la Syrie : «J’ai filmé, mais pas comme un journaliste. Je voulais juste garder un souvenir à montrer aux copains et à la famille.» Il a un sourire doux et timide, une présence presque en retrait dans cet hôtel de l’ouest d’Istanbul, en cette nuit de novembre 2015. Son ami et activiste Hadi al-Abdallah, 28 ans, de deux ans son aîné, donne une conférence le lendemain. Il est venu l’épauler.

 

«Le flou, la pixellisation, le mouvement»

En avril 2011, Khaled n’a pas encore de compte Facebook ni YouTube. Le régime n’a autorisé leur accès que deux mois plus tôt pour mieux contrôler les citoyens. Certains militants utilisent tout de même les réseaux sociaux pour organiser des manifestations chaque vendredi. On ne sait pas encore s'il faut réellement parler de révolution, et ces mouvements pacifiques sont critiqués par un grand nombre de Syriens. Mais le 8 avril, «vendredi de la fermeté», les manifestations gagnent la majorité des villes et villages du pays, à l’exception de Damas et d'Alep.

Les vidéos de ces vendredis se multiplient et se ressemblent. «Quand on a vu une de ces vidéos, on a l’impression de les avoir toutes vues car il y a une esthétique spécifique à l’image – dite d'amateur –, avec un certain nombre de motifs : le flou, la pixellisation, le mouvement. Pourtant, chacune d'elle est unique et peut raconter bien plus que ce qu'il paraît», explique Ulrike Riboni, qui est en train de terminer un travail de recherche sur les usages de la vidéo dans le processus révolutionnaire tunisien. «Ces vidéos documentent des manières d’être dans l’événement et de le donner à voir», complète sa collègue Cécile Boëx, politologue et spécialiste de l'image, maîtresse de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

 

Filmer devient également un acte de protestation. Le régime instaure des barrages et interdit les manifestations. Les Syriens se retrouvent alors chez un ami, chantent, se filment et diffusent leur prestation sur les réseaux sociaux, comme un pied de nez à Bachar al-Assad. «Une culture protestataire s’invente et se renouvelle par le biais de la vidéo», explique Cécile Boëx.

Les prises de vues s’orientent ensuite vers la production d’informations sur l’événement et les images sont de moins en moins spontanées. Au contraire, les actions protestataires sont mises en scène dans un but de sensibilisation. Chorégraphies, fresques humaines : l’euphorie révolutionnaire libère une énergie artistique jusque-là cachée. Chaque localité développe sa propre identité protestataire. Kafranbel, le village de Khaled, se fait connaître par ses banderoles satiriques et ses caricatures. «Les manifestants regardent ce qui se fait ailleurs, se réapproprient des répertoires et empruntent les codes», commente Cécile Boëx.

 

«ON S'EST MIS À FAIRE DU DIRECT»

Hama est dans toutes les mémoires. En février 1982, entre 15 000 et 30 000 Syriens ont été massacrés par Hafez al-Assad dans cette ville de l’ouest de la Syrie. A huis clos et sans images. Trente ans plus tard, les Syriens refusent qu’une telle chose se reproduise. Alors il faut tout montrer, tout dire, que le monde sache. Des groupes comme «Smart» aident à diffuser l’information des tansiqiyât, les comités de coordination qui organisent localement la contestation. Créé par Chamsy Sarkis, un Syrien dont les parents ont fui le régime de Hafez al-Assad en 1971, Smart achemine, dès avril 2011, du matériel vidéo et satellitaire. «Fin avril 2011, on en avait marre d’entendre les chaînes de télévision du monde entier dire qu’il fallait prendre des précautions avec l’authenticité des images venant de Syrie, alors on s’est mis à faire du direct en collaboration avec le réseau Shaam News», raconte le fondateur. Un bureau spécial est même créé à Homs. «On pensait que le régime n’oserait jamais tirer en direct à la télévision. On avait tort.»

A mesure que la répression s’intensifie, les images basculent dans l’horreur. Mais la révolution est trop jeune, mal organisée, les vidéos maladroites. Certains activistes mentent et gonflent le nombre de martyrs. D’autres sont donnés pour morts mais réapparaissent sur les écrans. Et si on entend les tirs, impossible de savoir d’où ils viennent. Bachar al-Assad en profite pour mettre en doute l’authenticité des vidéos et créer l’incertitude. Il parle de «terroristes», d'«infiltrés», de «complot médiatique».

 

«Une révolution journalistique»

L’armée a elle aussi recours à l'utilisation de vidéos. Les officiers du régime qui font défection se filment pour acter leur départ et, le 29 juillet 2011, une vidéo annonce le lancement de l’Armée syrienne libre (ASL) par le colonel Riad al-Assad peu après sa défection, créée à partir d'unités de soldats pour protéger les manifestants et sécuriser les périmètres des manifestations. Mais lors du mois de ramadan, à l’été 2011, les pertes humaines sont très lourdes dans les villes, à Hama et à Deir el-Zor en particulier. On parle de 2 000 morts en cinq mois et demi mais, en août, les comités locaux de coordination rejettent les appels aux armes de certains Syriens.

Le régime fait tout ce qu’il peut pour entraîner le pays dans l’affrontement communautaire. La révolution sombre finalement dans le conflit armé. On filme pour rendre hommage à un martyr, pour recruter ou pour témoigner des avancées militaires et de la barbarie de l’ennemi. «Chacun y allait de sa vidéo. Les milices salafistes, par exemple, balançaient un obus en criant “Allah akbar” et espéraient qu’un cheikh d’Arabie Saoudite ou du Qatar les finance, s’emporte Chamsy Sarkis. Au début, Smart s’était mis d’accord pour ne travailler que sur la révolution pacifique, et pas sur le militaire. En 2012, on est revenus là-dessus, on ne pouvait pas laisser les militaires être leurs propres médias.» En août 2013, Smart se transforme en agence de presse et devient Smart News Media.

 

 

Au fil des mois, les images deviennent aussi de plus en plus «professionnelles» pour répondre à la demande des médias traditionnels. «Les Syriens ont très vite compris qu’en se professionnalisant, les médias auraient plus d’impact. La révolution syrienne a surtout été une révolution journalistique. Les activistes disposaient auparavant des téléphones de piètre qualité, ils ont aujourd’hui du matériel et des équipements professionnels», explique Joe Galvin, chef du service Europe de Storyful, une agence de presse d’une vingtaine de personnes créée en 2011 et dont le siège est basé en Irlande. Des centres médiatiques se créent,comme l’AMC (Aleppo Media Centre) à Alep, à l'été 2012, lorsque l’Armée libre s’empare de la moitié de la ville. Zein al-Rifai le rejoint et obtient une caméra. «Des journalistes étrangers qui passaient par l’AMC nous ont appris à nous en servir et à faire des reportages. A partir de janvier 2014, j’ai commencé à collaborer avec l’AFP.» Blessé aux deux jambes, Zein est joint par Skype. Il est dans la ville turque de Gaziantep, près de la frontière syrienne, où il se fait soigner depuis août 2015 : «En attendant de revenir enfin en Syrie.»

Mais la division territoriale complique le travail des journalistes. Mezar Matar, du collectif Al-Sheria («la rue»), raconte sur Skype depuis la Turquie également que «les différents groupes [le régime, les Kurdes, Jabhat al-Nosra, Daech et certains groupes de l’Armée syrienne libre imposent toujours plus de règles et d’autorisations pour contrôler toute l’information». Dans les régions aux mains de l’Etat islamique, ceux qui osent parler sont assassinés. Le 30 octobre 2015, Ibrahim Abdel-Qader, âgé d’à peine 20 ans, et Farès Hamadi, du collectif Raqqa est massacré en silence, sont décapités à Urfa, en Turquie – ce groupe raconte la vie dans la capitale du califat autoproclamé de l’organisation Etat islamique et publie témoignages, photos et vidéos. Deux mois plus tard, un autre assassinat est attribué à l'organisation Etat islamique, celui du journaliste et activiste syrien Naji al-Jarf, tué d’une balle dans la tête en plein Gaziantep. Il venait d’obtenir un visa pour se rendre en France avec son épouse et leurs deux filles. En janvier 2016, Hadi al-Abdallah et son collègue Raed Farès ont été détenus une journée par le Front al-Nusra et leur matériel a été confisqué.

 

Vidéos et propagande «Les médias occidentaux ne parlent bien souvent que des vidéos de décapitations, mais elles ne sont pas la majorité de la production de l’EI, explique le spécialiste Romain Caillet. A grand recours de mises en scène, les vidéos portent la plupart du temps sur la vie quotidienne du califat à des fins de propagande et de recrutement, mais elles sont signalées et supprimées en quelques minutes sur les canaux comme YouTube.» L’EI a publié plus de 845 vidéos entre janvier 2014 et septembre 2015.

Lire aussi n
otre décryptage sur la propagande de l'Etat islamique.

 

 

Un besoin de témoigner

«On pensait jour et nuit au fait qu’il fallait qu’on fournisse des preuves»

Hadi, tiré à quatre épingles et une fine barbe taillée, pose délicatement ses mains sur chaque partie de son visage. «Pendant quarante ans, on n'a pu ni parler, ni voir, ni écouter. Alors on avait besoin que le monde nous entende crier.» Comme de nombreux autres Syriens, Khaled et Hadi disent être devenus journalistes «par hasard» car le régime interdit l’entrée dans le pays aux journalistes, les seules images qui nous parviennent sont celles des habitants eux-mêmes. Conscients de devoir prouver l’authenticité de leurs images aux médias internationaux, les militants inventent très tôt des dispositifs. Dès le 15 mars 2011, les auteurs des vidéos commentent en direct et insistent sur la date. Pas suffisant. Ils filment le journal du jour. Quand ils le peuvent, ils incluent également dans leur cadre un monument facilement identifiable, comme la tour de l’horloge à Alep. Ces éléments, Storyful ou l’AFP s’en servent comme points de repère. «On s’appuie ensuite sur des images d’archives ou des images satellites pour vérifier», précise Quentin Leboucher, coordinateur AFP TV pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Nicosie. Ces deux agences fournissent ensuite à leurs clients des fiches avec ce qui a pu être identifié ou non dans les vidéos.

 

«Sous les balles»

YouTube a quant à lui comblé un vide que la presse n’a pas su ou pu remplir, les médias s'étant lassés de ce conflit trop complexe. Et trop dangereux, il est devenu en quelque sorte «virtuel». Alors il a fallu développer des outils de vérification des vidéos. Le 14 juillet 2014, Eliot Higgins lance le site d’open source Bellingcat. Dans la fable Belling the Cat, des souris sont terrorisées par un chat. Elles veulent lui accrocher une cloche (bell) autour du cou pour être averties de sa présence mais ne savent pas comment faire. «Bellingcat donne des informations sur comment accrocher la cloche», s’amuse Higgins. «La première tâche est de confirmer s’il s’agit de la vidéo originale, puis de définir la géolocalisation exacte en regardant des images de la zone sur Street View [ou sur Google Maps ou Yandex Maps] et sur Panoramio. Nous utilisons aussi des outils comme EchoSec et Yomapic pour trouver des images géotaguées de la zone, ce qui peut apporter des sources supplémentaires à l’image au sol.» Plus d’une douzaine de personnes travaillent spécifiquement sur la Syrie au sein de Bellingcat. Et il y a six mois, le site a lancé un projet collaboratif ouvert à tous pour géolocaliser les vidéos des attaques russes sur le territoire syrien. Il a permis de prouver que, contrairement à ce qui était officiellement affirmé, les frappes de Moscou ciblaient les rebelles, et non l’Etat islamique.

«Prouver», le mot revient en boucle dans la bouche de Hadi : «Avec Trad al-Zhouri, mon binôme à ce moment-là, on pensait jour et nuit au fait qu’il fallait qu’on fournisse des preuves.» Il triture les bords du coussin qu’il tient sur ses genoux : «Des preuves que le régime tirait sur les gens. Des preuves que le Hezbollah [libanais] était engagé en Syrie bien avant que ce ne soit officiel. Des preuves que des milices irakiennes étaient entrées sur le territoire. Alors un jour, on a risqué notre vie. L’ASL se battait contre le Hezbollah. Il y avait des morts. Sous les balles, on est allés chercher un corps et on l’a ramené de notre côté pour le filmer et prouver la présence des Libanais du Hezbollah.» Dans la vidéo publiée deux semaines plus tard, Hadi montre le corps du combattant, sa plaque, puis l'affiche réalisée par le Hezbollah en l'honneur du martyr. Trad a payé de sa vie ces prises de risques. En février 2014, il reçoit un éclat d’obus dans la tête, à Yabroud, dans le Qalamoun. Hadi quitte ensuite cette région syrienne et rejoint celle d’Idlib, où il rencontre Khaled, à Kafranbel. Traumatisé, le premier refuse de se séparer du second. Khaled n’a pas le droit d’aller filmer sans lui. Pendant les combats, Hadi lui prend la main, «comme un enfant».

L'attaque de la Ghouta Le 21 août 2013, plus de 1 300 personnes meurent à la Ghouta, dans la banlieue de Damas. Les premières images semblent montrer une attaque chimique mais l’utilisation du gaz sarin ne sera confirmée qu’un an plus tard. Une vidéo peut-elle constituer la preuve d’une attaque chimique ? «Les gaz chimiques ne produisent pas de nuage vert ou jaune – c’est un mythe hollywoodien, explique Dan Kaszeta, spécialiste des attaques chimiques et collaborateur sur Bellingcat. Le gaz sarin, est inodore et incolore. Il laisse peu de traces et provoque une mort rapide. Ceux qui survivent présentent des symptômes internes : maux de tête, douleurs intestinales. Sans autopsie, impossible donc de tirer de conclusion.»

Lire aussi 
notre reportage sur l'utilisation du gaz sarin

A forte charge émotive, ces vidéos sont faites pour convaincre. Elles sont tournées sur le vif, les images vacillent et semblent «vraies». Or elles ne donnent en fait que peu d’informations sur l’événement en soi et ne représentent en rien la totalité de celui-ci. Qui a filmé ? Pourquoi ? Quand et pourquoi a-t-on décidé d’éteindre la caméra ?

 

«La désensibilisation de la violence extrême»

 

La question de la valeur informative de ces vidéos relayées par les médias est au cœur des reproches formulés par le collectif de cinéastes syriens Abounaddara. Dans une tribune publiée par Libération, ils expliquaient que «la guerre vue de l’intérieur offre à la télévision l’occasion d’assouvir la pulsion voyeuriste du spectateur en s’affranchissant de contraintes journalistiques, éthiques ou juridiques relatives au droit des personnes à leur image». Ils dénoncent une société syrienne dont la dignité et la visibilité ont été bafouées, et une banalisation par les médias de la violence obscène dans le but d’aguicher et d’apitoyer le spectateur. La violence est maintenant devenue la seule image qui nous parvient de Syrie. «YouTube a contribué à la normalisation et à la désensibilisation de la violence extrême. De nombreux Syriens partagent régulièrement des vidéos de torture, de brutalité ou de réfugiés qui se noient sur les réseaux sociaux. Des vidéos qui auraient choqué les adeptes de la Syrie il y a cinq ans sont désormais visionnées sans sourciller», constate Omar al-Ghazzi, maître de conférences en journalisme à l’université britannique de Sheffield.

«Surtout, les histoires ordinaires ont été oubliées.» Ali Atassi, dans son bureau de Gemayzeh, à Beyrouth, où il vit depuis quinze ans, garde un goût amer. Il a été l’un des fondateurs du projet Kayani WebTV, lancé fin 2011. Le but de l'initiative était de faire travailler ensemble artistes émergents et journalistes en Syrie. Les formations étaient dispensées sur Skype. Mais ça n’a pas fonctionné car le «côté spectacle de la violence a été encouragé par YouTube et les médias». Il leur en veut notamment d’avoir coupé les vidéos d’auteurs, comme ce fut le cas pour le court film intitulé Mortar («mortier»), réalisé par Abdallah al-Hakawati.

 

 

Mortar a été filmé à Alep en novembre 2012. Au sein d’une manifestation pacifique, une enfant chante la liberté. Elle a peut-être 8 ans. Puis vient l’obus. Les médias n’ont diffusé que les dernières secondes, celles du mortier qui tombe à quelques mètres de l’enfant. Les images des manifestations du début, le choix du montage, l’hommage que l’on peut lire à la fin, rendu à Mustafa Karman, un ami de l’auteur disparu ce jour-là, ont été supprimés. L’objet artistique dans sa totalité a ainsi été réduit à une simple image pour servir un discours journalistique. «Ils avaient enlevé le geste, ça n’avait plus de sens.»

La production massive de vidéos s’est pourtant montrée inefficace et n’a en rien modifié les rapports de force. Hadi pensait qu’il fallait «tout montrer et que le monde allait intervenir». «Mais non», insiste-t-il, dépité. Au contraire, ce flot d’images a complexifié la compréhension du conflit.

Lorenzo Trombetta vit à Beyrouth depuis une dizaine d’années. A la terrasse d’un café du centre-ville, ce journaliste italien de l’agence Ansa critique vigoureusement son propre traitement de la crise : «Les Syriens ont eu entre les mains un instrument très puissant et en même temps un monstre difficile à gérer. Il y avait tellement de vidéos dans les premiers mois du conflit que ma capacité à analyser les choses a été phagocytée.» La production de ces vidéos s’est avérée contre-productive : aujourd’hui, elles sont si nombreuses que plus personne ne les regarde.

 

 

Quelle utilisation de ces vidéos ?

«L’idée de mémoire collective n’est pas quelque chose d’évident en Syrie»

Et maintenant ? Que faire de toutes ces vidéos ? En 2011, le réseau Shaam News en comptait 700 000 sur sa chaîne YouTube. Plus encore l’année suivante. Il est impossible de savoir avec précision combien ont été mises en ligne ces cinq dernières années. Certaines ont été supprimées par leurs auteurs, d’autres par l’armée électronique de Bachar al-Assad, qui sévit depuis mai 2011. Facebook et YouTube procèdent également à la suspension de pages au contenu trop violent. Hadi s’insurge, huit des siennes ont été fermées par Facebook.

Parce que ces vidéos disparaissent, les hackers du collectif Telecomix ont décidé, dès 2011, de les télécharger pour les archiver et les rendre accessibles à tous. «Au fur et à mesure, nous avons amélioré l'outil, récupéré automatiquement des vidéos, mis en ligne le site broadcast.telecomix.org [qui n'est plus fonctionnel] en essayant d'indexer le contenu par jour et par localisation», explique par mail Okhin, l’un des membres de l’opération #OpSyria menée en Syrie pour contourner la censure. Telecomix aide également les internautes syriens en leur envoyant des guides de connexion traduits en arabe ou en court-circuitant une partie de l'Internet domestique pour les rediriger sur une page qui donne des conseils pratiques. Lassés par la durée de la crise, les hackers de Telecomix ont mis fin à leur opération : «Le site n'est plus maintenu depuis plus d'un an maintenant, essentiellement par manque d'espace disque et de temps. Comme nous préservions les URL d'origine, il devrait cependant être possible de récupérer une grande partie des données assez facilement pour reconstruire ce site si quelqu'un veut s'en donner la peine.»

 

Manque de moyens

Peut-on dire pour autant qu’Internet ou YouTube est une archive ? «Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un ensemble de documents, explique Ulrike Riboni, attachée temporaire d'enseignement et de recherche à l'université Paris-VIII. Le document, c’est l’objet brut, et l’archive, c’est ce qui a été hiérarchisé, annoté, classé, réemployé.» «Une vidéo n’est jamais qu’un document parmi beaucoup d’autres qu’il faut contextualiser», complète Barbie Zelizer, responsable de la revue Journalism : Theory, Practice and Criticism. Or de nombreuses vidéos syriennes sont anonymes, il est donc impossible de savoir quelles sont les personnes apparaissant à l’image, qui a filmé et qui a procédé à la mise en ligne.

Des initiatives individuelles essayent de recontextualiser ces vidéos avant de les archiver, comme le site internet la Mémoire créative de la révolution syrienne, fondé en mai 2013 par Sana Yazigi. Elle archive, avec une poignée d’autres, le contenu artistique de la révolution (vidéos, photos, peintures, dessins, graffitis…). Ils cherchent, trient et traduisent (en arabe, français et anglais) ces contenus. «Pour chaque événement – un état de siège, un bombardement par baril… –, on va chercher comment les Syriens et les Syriennes se sont exprimés dessus et on rassemble les documents.» A terme, Sana aimerait ouvrir complètement sa plateforme pour que tous les internautes puissent participer, mais elle manque de moyens.

Le manque de moyens, c’est l’éternel problème des différents projets d’archivage numérique. En 2013, Ulrike Riboni voulait monter un projet pour indexer et archiver les vidéos des mouvements protestataires dans le monde : «Il s'agissait d'un projet collaboratif avec une part de sélection et d'analyse manuelle, et une part d'archivage automatique assistée par ordinateur. On avait même pensé à un développement basé sur la reconnaissance d’images pour permettre une indexation visuelle et non textuelle.» Faute d’argent, son projet n’a jamais vu le jour. Chamsy Sarkis, fondateur de Smart, se bat actuellement pour les mêmes raisons. Smart News Media travaille depuis l’été 2015 à la création d’un lexique sémantique pour un moteur de recherche : «L’idée, c’est de travailler avec les synonymes. Si par exemple l’internaute cherche “Daech”, toutes les occurrences comme “Etat islamique” s’afficheront également car tous les journaux arabes n’utilisent pas tous les mêmes dénominations.» Plus spécifiquement, ce module ne concerne que la Syrie. «Si bien que si l’on cherche “régime”, le moteur va savoir qu’il s’agit du régime syrien.» Pour l’instant, la start-up a répertorié entre 8 000 et 9 000 mots-clés en arabe et croise plus de 600 références (pages Facebook, Twitter, sites internet). Chamsy Sarkis se donne deux ans pour développer son projet s'il ne trouve pas de financements supplémentaires d’ici là.

 

mémoire collective

Reste la question épineuse du droit. «Pour l’instant, on ne fait que copier une matière dans un but de préservation. On reproduit le contenu et son contexte (date de production, de reproduction, les liens trouvés) mais on ne peut pas réellement l'utiliser», explique Sana Yazigi. Storyful affirme demander l’autorisation des auteurs mais ne les paie pas. Le rédacteur en chef dit ne faire que «vérifier des histoires et les montrer au monde. Quand les "casques blancs" [les secours] font une vidéo, ils la font dans un but de communication publique, on ne fait que relayer».

 

 

«La mémoire collective a besoin d’expériences partagées intenses, explique Barbie Zelizer. Et la guerre est l’expérience la plus intense. C’est physique, c’est douloureux, c’est lié à l'émotion.» Reste à savoir quelle mémoire collective les Syriens garderont de cette révolution. Ceux de Damas n’auront pas la même que ceux d’Alep ou de Madaya, ville assiégée et affamée. «A la différence de l’histoire, la mémoire collective, elle, n’est jamais stable, jamais distante, et encore moins objective.» Elle est le fruit d’un souvenir, d’un passé subjectif qu’on ressasse. «Elle se transmet même à travers des personnes qui n’ont pas directement vécu les événements», complète Jill Edy, spécialiste des médias et de la politique à l’université d’Oklahoma. YouTube risque de changer notre rapport à cette mémoire. «La préservation des vidéos par YouTube va peut-être réduire le pouvoir social des autorités à créer une histoire qui leur convient. Pour autant, cela ne veut pas dire que la mémoire collective sera plus représentative pour “le peuple”. Elle est souvent influencée par la “fin de l’histoire”. Dans le contexte syrien, si le régime de Bachar al-Assad survit, l’histoire se souviendra de comment il a survécu. Si un nouveau gouvernement le remplace, c’est son arrivée au pouvoir qu’on gardera en mémoire.»

Pendant des décennies, le régime syrien s’est attaché à détruire ou à dissimuler les archives afin de réécrire sa propre histoire. «L’idée de mémoire collective n’est donc pas quelque chose d’évident en Syrie, explique Chamsy Sarkis. Elle est beaucoup plus développée en Occident parce qu’il y a eu un vrai travail dessus après la Seconde Guerre mondiale. En Syrie, à part les intellectuels et quelques activistes, peu de personnes se soucient de l’importance de la mémoire, or ce sont les ruraux et non les intellectuels qui constituent le cœur du milieu révolutionnaire.» Alors que la guerre bat son plein, la question peut aussi paraître prématurée. «On ne sent pas forcément la nécessité de construire une mémoire avant de commencer à oublier.» Mais au lendemain de la guerre, ces vidéos, si elles sont archivées et contextualisées, seront une des pièces essentielles pour permettre aux Syriens de s’approprier l’histoire de leur révolution.

Texte Fanny Arlandis (à Beyrouth)
Production Libé Six Plus

 

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Syrie
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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:02

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/poppie/blog/130216/une-indifference-qui-tue

 

 

Une indifférence qui tue

 
 
 
Régulièrement, nous recevons des informations sur les drames qui se jouent aux portes de l'Europe. Notre petit train train continue, avec des régressions, qui très justement nous préoccupent. Ce que vivent des milliers de personnes est au-delà du supportable. Nos dirigeants l'acceptent et l'organisent, à notre grande honte.

J'aimerais relayer ici un billet du GISTI (Groupe d'Information et de Soutien des Immigrés)

 

 

 

Migreurop

Alep écrasée sous les bombes, l’UE demande à la Turquie de lui garder ses frontières

 

Alors que les habitant.e.s de la région d’Alep sont contraints à l’exode sous un tapis de bombes, les chancelleries européennes ont pour principale préoccupation de les cantonner au plus loin de leurs frontières. Elles s’en remettent pour cela à la Turquie, pourtant partie prenante du champ de bataille géopolitique qu’est devenue la Syrie. Pendant que des dizaines de milliers de réfugié.e.s s’agglutinent aux frontières turques, Recep Erdogan négocie avec une Europe aux abois une reconnaissance comme « pays sûr » (ce qui permettrait à la Grèce et aux autres Etats membres s’y renvoyer des exilé.e.s ayant transité par la Turquie), des milliards d’aides financières et l’assentiment tacite à la répression sanglante qu’il mène contre son opposition politique, notamment kurde [1] .

Il y a quelques mois encore, devant le calvaire vécu par les réfugié.e.s syriens tentant de faire valoir leurs droits, l’Union européenne et les États-membres pratiquaient la politique des « larmes de crocodiles ». Mais à l’émotion mondiale suscitée par les photos d’Aylan Kurdi au mois de septembre dernier ont immédiatement succédé les négociations visant à empêcher les Syrien.ne.s d’approcher des frontières européennes. Depuis, des centaines d’enfants et d’adultes sont morts dans l’indifférence en mer Égée, dans un bras de mer livré aux passeurs dont les profits sont indexés sur les atteintes à la convention de Genève et à la libre-circulation des demandeurs d’asile. La seule boussole politique de l’UE est maintenant celle du cynisme absolu.

Afin de mesurer l’étendue des atteintes aux droits pratiqués au nom du contrôle frontières extérieures de l’Union européenne, il est nécessaire de rappeler les dispositions adoptées depuis quelques mois afin que la « route des Balkans » soit fermée le plus en amont possible aux réfugié.e.s syriens :

  • L’UE a fait pression sur la Turquie afin qu’elle boucle ses frontières terrestres avec la Syrie et introduise une exigence de visas pour les Syrien.ne.s arrivant par voie aérienne.
  • Les principaux gouvernements européens ont demandé à ce que les près de trois millions de réfugié.e.s syriens présents en Turquie se voient limiter leur liberté de circulation à l’intérieur du pays. L’UE a prôné et partiellement financé l’ouverture de camps de réfugié.e.s situés au sud de la Turquie, tout en acceptant que cette dernière favorise le cantonnement des réfugié.e.s en territoire syrien.
  • Les possibilités de passages terrestres de la Turquie vers la Bulgarie et la Grèce, depuis longtemps rendues extrêmement difficiles, se sont encore amenuisées sous l’effet de la multiplication des contrôles. Les Syrien.ne.s en route vers l’Europe sont donc renvoyé.e.s vers le cimetière de la mer Égée.
  • Les Syrien.ne.s ayant réussi à sortir de la nasse turque et à arriver en Grèce sont considérés comme la plaie de l’Europe. Afin de « sauver l’espace Schengen », il est envisagé de mettre la Grèce en quarantaine, à moins qu’elle ne se résolve à installer les camps d’enregistrement et d’accueil supposés permettre d’éviter que les exilés ne remontent plus au nord [2].
  • Le mécanisme de « relocalisation » de 160 000 personnes ayant manifestement besoin d’une protection internationale, adopté par l’UE en septembre 2015 au profit de l’Italie et de la Grèce pour « assurer un partage équitable des responsabilités entre les États membres » face à de grands nombres d’arrivées de migrants dans ces deux pays, ne s’est, cinq mois plus tard, traduit que par le transfert de moins de 500 demandeurs d’asile  [3] .
  • Aujourd’hui même l’OTAN vient renforcer la « guerre aux migrant.e.s » en mer Egée avec une mission de patrouille menée par trois navires militaires, supportés par des avions et dirigés par l’Allemagne [4] .

Rappelons que les dernières évolutions de cette politique de mise à distance des réfugié.e.s syriens se placent dans un contexte général où des millions d’entre eux arrivés en Turquie, en Jordanie ou au Liban n’obtiennent qu’au compte-gouttes les « visas asile » qui leur permettraient de rejoindre un pays comme la France, sont matériellement empêchés de voyager en avion (par des exigences de visas y compris « de transit ») et sont confrontés au sous-dimensionnement dramatique des programmes de réinstallation proposés sous l’égide du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

Dans ces conditions, les appels lancés ces jours derniers par les Nations Unies [5] et la Commission européenne à la Turquie sont proprement « surréalistes »  : cette dernière est maintenant sommée d’ouvrir ses frontières pour laisser entrer les exilé.e.s syriens. Cette mesure est bien sûr indispensable mais elle s’inscrit dans une logique de sous-traitance qui, de longue date, vise à faire peser sur des États tiers des responsabilités auxquelles l’UE est pourtant tenue par ses obligations internationales. Ces appels ne seront ainsi crédibles et protecteurs des droits des réfugié.e.s syriens que si les États membres se résolvent à leur ouvrir leurs propres frontières et à mettre en œuvre toutes les mesures qui leur permettraient de voyager sans mettre leur vie en péril.

12 février 2016



 

[1« EU-Turkey joint action plan : implementation report », 10 février 2016.

[2« La Commission adopte un rapport d’évaluation Schengen concernant la Grèce et propose des recommandations pour qu’il soit remédié aux manquements constatés dans la gestion des frontières extérieures », 2 février 2016.

[3Au 4 février, 279 d’Italie et 218 de Grèce : « Member States’ Support to Emergency Relocation Mechanism. »

[4« Migrant crisis : Nato deploys Aegean people-smuggling patrols », 11 février 2016.

[5« U.N. refugee agency urges Turkey to open borders to Syrians », 9 février 2016.


 

Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site
www.migreurop.org

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/poppie/blog/130216/une-indifference-qui-tue

 

 

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