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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 15:37

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

 

Premières mobilisations post Assemblée et anti-Macron

Kareen Janselme
Mardi, 20 Juin, 2017
Humanite.fr

 

 

 

Tous les intervenants ont conclu à la nécessité d’un mouvement plus ample, mais aussi plus unitaire. Photo : Zakaria Abdelkafi/AFP

Tous les intervenants ont conclu à la nécessité d’un mouvement plus ample, mais aussi plus unitaire. Photo : Zakaria Abdelkafi/AFP

35 manifestations ont eu lieu lundi en France, au lendemain des élections législatives, à l’appel du Front social, rassemblant des milliers de syndicalistes, militants associatifs et politiques contre les ordonnances prévues par Emmanuel Macron et la « destruction sociale » du pays.

« Ce soir est le premier épisode d’une occupation des lieux. C’est très important d’être là dès les premiers jours qui suivent les élections législatives. La situation de ce rassemblement est très symbolique : l’Assemblée nationale d’un côté, et l’Automobile club de l’autre où se rencontrent les oligarques qui décident et les lobbyistes qui font valoir leurs intérêts. » Comme la sociologue Monique Pinçon-Charlot, beaucoup ce lundi soir, lendemain de vote, n’estime pas légitime la majorité parlementaire obtenue par la République en marche à l’Assemblée avec un taux d’abstention record de 57 %. Et ils sont venus le crier place de la Concorde à Paris et dans trente-quatre autres villes (Nantes, Lyon, Strasbourg, Toulouse, Le Havre, Bordeaux, Lille…)

« Plus de 27 millions d’inscrits ne sont pas aller voter, rappelle Mickael Wamen l’ex-délégué CGT de Goodyear à Amiens, figure de proue de ce Front social appelant au rassemblement. Ils ne se reconnaissent pas dans une démocratie où les politiques ne respectent pas leurs engagements comme nous l’a montré François Hollande. Nous avons besoin de gagner dans la rue en créant un outil, une courroie de transmission pour se faire entendre. » Le Front social veut représenter cet outil en agrégeant pour l’instant des syndicats (Sud PTT, CGT info’com, Sud santé sociaux…) peu suivis par leurs confédérations, même si Solidaires à l’issue de son congrès en Bretagne la semaine dernière, appelait dans sa motion générale à manifester dès le 19 juin avec le front social, tout en poussant à de nouvelles initiatives « dans le cadre le plus unitaire possible », à l’image de l’intersyndicale opposée en 2016 à la loi Travail.

A la tribune, un camion sono en lieu et place de la grande roue qui accueille d’habitude les touristes place de la Concorde, les syndicalistes en lutte ou discriminés décryptent le projet délétère de la loi travail XXL en préparation que veut imposer par ordonnances Emmanuel Macron. Mais les revendications sont plus larges : l’intention annoncée d’inscrire l’Etat d’urgence dans le droit commun épouvantent les militants dont nombreux ont vu leurs actions revendicatives interdites sous couvert de ces lois abusives. Les interdictions préventives de manifester ont d’ailleurs été condamnées le 9 juin par le Conseil constitutionnel. Sur 683 personnes, 574 en avaient fait les frais pendant le mouvement contre la loi El Khomri. 

Prochain rendez-vous de mobilisation le 27 juin

La soeur de Lamine Dieng (mort par étouffement dans un fourgon de police en 2007) a également pris la parole contre les violences policières, Jean-Baptiste Eyraud de Droit au logement a blâmé la violence faite aux précaires, accompagné par des familles venues manifester devant l’ambassade de Grande-Bretagne suite à l’incendie d’un HLM tuant 79 Londoniens. L’immeuble avait subi des travaux pour camoufler la misère, ignorant la sécurité des habitants, qui ont favorisé la propagation de l’incendie. 

Tous les intervenants ont conclu à la nécessité d’un mouvement plus ample, mais aussi plus unitaire, sans fermer la portes aux associations et autres syndicats. Certains comme l’Union départementale CGT de Paris, non adhérent au mouvement, sont venus soutenir l’initiative demandant eux aussi à ouvrir le mouvement. Dans la foule, des drapeaux NPA, France insoumise et Ensemble ont flotté, en réponse au discours. Quelques militants antifascistes ont tenté de gagner l’Assemblée, bien gardée par des camions et voitures de police bloquant l’accès au pont. La fanfare invisible a entamé l’hymne à la liberté chilien El pueblo unido jamas sera vencido. Prochain rendez-vous de mobilisation contre la casse sociale et la loi travail le 27 juin, à quelques pas, place des Invalides, à l’appel cette fois-ci de l’union régionale CGT.

Journaliste, rubrique social

 

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

 

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Source : http://www.europe1.fr

 

 

Rassemblements anti-Macron au lendemain des élections législatives

 

 
 
 

Rassemblements anti-Macron au lendemain des élections législatives

Des rassemblements ont eu lieu dans plus d'une trentaine de villes, de Toulouse à Nantes en passant par Lyon, Paris et Strasbourg. 

 

Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées lundi soir non loin de l'Assemblée nationale, à l'appel du collectif "Front social", pour protester contre le "plan de destruction sociale massive" prévu selon eux par Emmanuel Macron. "Y en a assez de la loi des patrons, c'est nous qui travaillons, c'est nous qui décidons" ou "c'est pas les salariés, c'est pas les immigrés, c'est Emmanuel Macron qu'il faut virer", scandaient les manifestants sous une chaleur étouffante et au rythme d'une fanfare, place de la Concorde à Paris.

"Flic, violeurs, assassins", scandent des militants antifas. Ils sont jeunes (lycéens/étudiants), avec des foulards pour certn. pic.twitter.com/9HBsu4x2LD

Fin de manif, le groupe du vient de terminer son morceau, il annonce 20.000 personnes dans les 34 rassemblement en France. pic.twitter.com/s9ob6rX8NT

Des rassemblements dans une trentaine de villes. Des rassemblements étaient également organisés dans une trentaine d'autres villes, dont Toulouse où la police a recensé une centaine de manifestants, mais aussi Nantes (200), Rouen (200). A Lyon, ils étaient plus de 300 à scander "Macron démission". Derrière la banderole de tête sur laquelle était écrit : "Face aux ordonnances, défendons nos conquêtes sociales !", le cortège s'est ébranlé vers 18H30 dans le centre ville, certains manifestants portant à bout de bras des pancartes indiquant "Contre la loi Travail, la rue répond lutte sociale" ou encore "Auto-défense contre les ordonnances".

A Strasbourg aussi une centaine de personnes ont manifesté pour appeler à la "résistance". "On est tous les bons petits précaires à Macron", avait inscrit une manifestante sur sa pancarte. Un premier rassemblement du Front social avait déjà eu lieu à Paris le 22 avril, à la veille du premier tour de l'élection présidentielle, suivi d'un défilé le 8 mai, au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron.

 
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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 14:23

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit

 

 

Guerre sociale, mode d'emploi

 

 

 

 

Les ordonnances de Macron sont prêtes depuis longtemps. Seules subsistent quelques ruses à peaufiner, comme on a pu en avoir un aperçu avec la délicieuse fuite du projet du ministère du travail, dans laquelle on pouvait lire que le sort réservé au "compte pénibilité" dépendrait de la «solution d'atterrissage à inventer dans les jours ou semaines qui viennent».
 
 

Quand Macron a jugé nécessaire d’aller rencontrer les salariés de Whirpool en grève, il a demandé un « hygiaphone » pour leur parler. Ce n’est sans doute pas seulement son ignorance de l’objet idoine, le mégaphone. Cela a sans doute à voir avec ses déclarations sur les ouvrières illettrées des abattoirs Gad et avec un point de son programme pour les présidentielles où il prévoit de sanctionner les « incivilités » dont les « crachats » par des « amendes immédiates et dissuasives » alors que, en même temps, son programme prévoit la création d’un droit à l’erreur pour, je cite pour l’exemple pris, « un employeur qui oublie de déclarer à l’URSSAF la prime de Noël qu’il verse à ses salariés ».

 

Les buts et les moyens de la guerre

Macron est un évangéliste du marché qui nage, selon la formule de Marx, dans les eaux glacées du calcul égoïste. Il ne fait qu’appliquer le programme de toujours du capitalisme, l’accumulation du profit par quelques uns, et qu’on peut résumer quant aux buts par la formule T.G.V : Travailler plus (i.e faire travailler plus), Gagner moins (faire travailler pour le moins cher possible), Virer le plus vite et avec le minimum de frais.

Une nouveauté cependant : le programme présidentiel de Macron et ce qu’on peut déjà savoir des ordonnances à venir va plus loin qu’un nième rabotage de ce qu’il reste de droits sociaux. Il est question de leur suppression totale pour aller, numérisation aidant, vers une société que Macron a défini comme une société « sans statuts ». Un oxymore qui désigne précisément la situation des travailleurs ubérisés : pas de limitation à la durée de travail, pas de revenu minimal, pas de sécurité sociale et un licenciement sur simple déconnexion. Esclaves ou domestiques, la marche arrière nous conduit ici au début du XIXème siècle, où la violence sociale se déployait à l’ombre de la violence policière.

Autre nouveauté, et les fonctionnaires et contractuels qu’on a peu vus dans les manifestations contre la loi travail devraient rouvrir leurs yeux, les Fonctions publiques rentrent dans cette dissolution et seront, comme en Grèce, sans doute en première ligne de la démolition programmée.

Quant aux moyens de réalisation de ces objectifs permanents, ils n’ont pas varié : armer les employeurs et en même temps désarmer ceux qu’ils exploitent. Citons, outre la démolition bien avancée de la médecine du travail, de l’inspection du travail et des prud’hommes, l’affaiblissement constant des moyens et de l’indépendance des représentants du personnel qui va être aggravée dans les ordonnances à venir par la mise en pièce des CHSCT et la mise en place d’un référendum auprès des salariés pour contourner les syndicats qui en méritent encore le nom.

 

Revue de détail

Pour les buts, l’analyse des lois déjà passées 1, des projets patronaux aussi précis qu’anciens, des exigences du conseil d’administration des multinationales (Commission européenne), du programme présidentiel 2 et des fuites sur la préparation des ordonnances 3 permet de décrire précisément le TGV programmé.

La loi travail avait prévu la réécriture complète du Code du travail sur le principe révisionniste (au sens négation du droit du travail) suivant : plus de loi, l’accord d’entreprise fera la loi (un code du travail par entreprise) ; à défaut d’accord d’entreprise, la branche professionnelle fera la loi ; en l’absence de tout accord, il y aura un droit minimal par décret, et le projet d’ordonnance stipule que ce droit pourra être moins favorable que le droit actuel. La loi travail avait réécrit la partie durée du travail et prévoyait deux années pour le reste du Code. Un an après, Macron devance juste l’appel.

Il y aura sans doute une nouvelle tentative de supprimer, si possible, ou de contourner la durée légale du travail, dont il faut marteler qu’elle n’est que le seuil à partir duquel on calcule les heures supplémentaires qui doivent être payées plus cher. Les dissimuler et les payer moins cher (10% de majoration au lieu de 25%) comme le permet la loi travail ne leur suffit pas. Pour arriver à 0%, il est probable que sera réutilisée la ruse de la commission Badinter (un temps inscrite dans le projet de loi travail), reprise dans les déclarations de Fillon et de Macron au début des présidentielles : chaque entreprise dira s’il elle choisit une durée « normale » (néologisme de la commission Badinter) différente de 35 h (39, 40, 45 par exemple) et les heures supplémentaires éventuelles seront décomptées au-delà de cette durée « normale ».

Si on ajoute l’exonération prévue des cotisations sociales sur les heures supplémentaires, voilà qui rendra ces heures moins chères que des heures normales. Epuisement pour les uns, chômage pour les autres.

Il y aura également de nouvelles libertés pour les employeurs : horaires de travail, pauses, fractionnement du repos quotidien et hebdomadaire (sous couvert de « télétravail »), services publics extensibles (« Nous élargirons les horaires d’ouverture des services publics pour les adapter aux contraintes des usagers : certains services publics ouvriront le samedi et en soirée » ; « Nous ouvrirons les bibliothèques en soirée et le week-end »). Sans doute aussi verra-t-on revenir la question de l’allongement de la durée du travail pour les enfants : Macron, tout comme le PDG d’Air France était scandalisé que ce point trop symbolique ait été, devant la mobilisation, retiré de la loi travail.

Gagner moins. En commençant par l’apprentissage, car ce qui est prévu symbolise assez bien la société programmée. Macron a prévu de supprimer les contrats d’apprentissage en les fusionnant avec les contrats de professionnalisation, en supprimant au passage les limites d’âge. Apprenti tout au long de sa vie, c’est le retour au Moyen Age.

 

Pour les salaires et retraites, il faut distinguer les salaires nets des salaires bruts.

 

Salaires nets : pour le Smic, il pourra être question de revoir les indexations comme la commission Badinter en avait ouvert la possibilité. Pour les salaires minima des conventions collectives définis par les grilles de classification elles mêmes basées en partie sur la qualification (de même les grilles de la fonction publique) le programme présidentiel de Macron prévoit de les remplacer par des accords d’entreprise : « C’est seulement à défaut d’accord d’entreprise que la branche interviendra. Ainsi, les conditions de travail et les salaires notamment seront négociés au plus près du terrain ».

Sur ce point essentiel (qu’on pense à la Grèce ou les conventions collectives ont été supprimées et à l’Espagne où leur couverture se réduit à grande vitesse), le gouvernement avance masqué dans les parodies de concertation qui vont durer jusqu’à mi juillet. Pour les fonctionnaires, l’équivalent de cette évolution s’écrit ainsi : « Nous mettrons fin à l’évolution uniforme des rémunérations de toutes les fonctions publiques afin de mieux prendre en compte les spécificités de chacune »

Salaires bruts : i.e les cotisations sociales versés à la sécurité sociale, la partie vitale pour ceux qui n’ont pas ou plus de travail : privés d’emploi, malades, accidentés du travail, retraités. Ce dont on parle c’est 470 milliards d’euros. Macron prévoit de réduire la Sécurité sociale en miettes, le gâteau étant récupéré par les assurances privées, mutuelles et fonds de pension.

Aux dizaines de milliards d’exonérations de cotisations sociales actuelles, Macron prévoit notamment d’ajouter la suppression des cotisations salariales maladie et chômage, la pérennisation du CICE sous forme d’exonérations permanentes de 6 points, la suppression de toute cotisation sociale pour tous les salariés au Smic (1800 euros par an et par salarié, un cadeau fabuleux qui va contribuer à augmenter le nombre de personnes payées au Smic).

Pour les retraites, l’instauration prévue d’un seul régime (par points) est la garantie d’un avenir caractérisé par une baisse considérable des retraites, les fonctionnaires en premier, et un basculement inévitable vers la fin des retraites par répartition.

Qui va payer ce que les patrons ne paieront plus : essentiellement les salariés, retraités et fonctionnaires par l’augmentation prévue de la CSG et tout le monde par la baisse de la prise en charge des soins et des médicaments et la baisse des indemnités chômage...

 

*Suite de l'article sur blogs.mediapart.fr/richard-abauzit

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit

 

 

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 17:41

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/c-est-nabum/blog/140617/la-dissolution-du-peuple

 

 

La dissolution du peuple

 

 

L’entre-soi des nouveaux privilégiés.

 

En Marche à R'cule !

 

 

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Le grand coup de balai promis aura lieu. Je reste sans voix d’ailleurs tant je pensais que les positions des vieux barons arrogants demeureraient inébranlables. C’était sans compter sur la désespérance d’un peuple qui ne se sent plus concerné par la chose publique. Il faut bien reconnaître, à sa décharge, que les politicards professionnels, les grands partis mafieux avaient tout fait au préalable pour confisquer la démocratie à leur seul profit. Qu’ils soient à leur tour poussés vers la sortie à grands coups de pieds au C... n’est qu’un juste retour de bâton !

Mais en attendant, la représentation nationale va atteindre encore à la caricature. La nouvelle vague amplifiant plus encore le phénomène d’évincement du peuple réel des instances décisionnaires. À la place des vieilles badernes adipeuses et prétentieuses, nous allons avoir des jeunes loups aux dents acérées, des ambitieuses issues d’une classe sociale qui n’a jamais mis les mains dans le cambouis. La belle opération que voilà, les vieux, les retraités, les ouvriers, les paysans, les pauvres, les chômeurs n’auront plus la parole ni même le moindre porte-voix dans cet hémicycle qui va prendre des allures de sauterie à paillettes.

La moitié des électeurs ne s’est pas déplacée et il en ira plus mal encore lors du prochain tour. La Démocratie s’est vidée de sa signification par la faute même d’un système qui amplifie à la déraison une petite supériorité numérique. Rayer le peuple de la carte électorale pour se permettre des réformes qui vont toutes contre ses intérêts, anéantir les droits et les protections, c’est transformer le pays en une jungle libérale absolue.

Le risque est immense de la désespérance. La colère prendra le relais de l’indifférence et de la déception sourde. À ainsi mépriser puis effacer les souffrances et les difficultés, les nantis se sont assuré un triomphe facile, une ascension aisée, un couronnement sans résistance. Mais que faire d’une chambre qui n’est que la copie conforme des privilèges et des réussites ? Les autres doivent-ils être éliminés ? L'eugénisme est en marche et la ségrégation par la réussite une certitude. Malheur aux exclus de la galette !

Celui qui ne peut plus se faire entendre finit par hurler avant que de se mettre à mordre et pire encore. C’est la terrible réalité de la nature et le gentil banquier lisse et ses sbires ont bien tort de se réjouir d'une victoire éclatante trompeuse et factice. Les éclats justement seront pour bientôt, quand ceux qu’ils vont harceler sans cesse par des ordonnances honteuses, des mesures injustes, des décisions iniques finiront par avoir la rage.

Balayer les sortants pour mettre en place une cohorte qui ne fera qu’endosser les mêmes habits, prendre les mêmes travers, se fondre dans les déplorables habitudes passées n’a aucune utilité. Le peuple a renoncé à se faire entendre car il a compris qu’il n’est jamais représenté. Ce n’est pas en changeant les têtes d’affiche qu’il a la moindre chance d’être compris. Celles-là sont certes nouvelles mais tout autant éloignées de ses préoccupations et de sa réalité.

Ce système est entièrement à changer car il donne tous les pouvoirs à une caste qui ne représente qu’une infime partie de la société. C’est un accaparement scandaleux du pouvoir, un complot médiatique fomenté par des valets d’un libéralisme sans état d’âme, par des serviteurs de groupes de pression souterrains qui font ramasser la mise au profit d’un tiers état qui va retourner à sa situation d’avant 1789.

Le banquier lisse vient de réaliser un coup d’éclat sans précédent dans l’histoire qui n’est en réalité qu’un habile et insidieux coup d’état inodore et incolore. Pourtant déjà nous arrivent les remugles de ce qu’il va mettre en place. Les coupes honteuses dans nos droits, le racket fiscal pour les plus faibles, les avantages pour les plus riches. Nous changeons de régime, le pouvoir est aux mains d’un pion de la banque et de la finance internationale.

Le peuple s’abstient de tout commentaire tout autant que de participer à cette farce. Il sait qu’il va être harcelé, martyrisé, nié par la secte de l’argent roi. Une période noire s’ouvre à ceux qui n’ont pas l’heur d’être dans le rang des élus de la prospérité, des princes de la réussite, des champions de la jeunesse triomphante et privilégiée. Prosternons-nous devant sa majesté Emmanuel premier et sa nouvelle cour. Nous ne sommes rien qui vaille pour ces dignes représentants de l’iniquité.

Dépitement sien

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/c-est-nabum/blog/140617/la-dissolution-du-peuple

 

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 21:48

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

 

Tribune

Non au procès des militants de L214 !

Par Un collectif de chercheurs

 

 

 

 

Lors de la manifestation de l'association L214 qui dénonce le traitement des animaux dans les abattoirs français, à Paris, le 19 septembre 2016.

Lors de la manifestation de l'association L214 qui dénonce le traitement des animaux dans les abattoirs français, à Paris, le 19 septembre 2016. Photo Albert Facelly pour Libération

Deux militants de l'association L214, qui lutte contre la maltraitance animale et la consommation de viande, sont jugés ce lundi pour avoir pénétré dans un abattoir. Des chercheurs soutiennent leur travail légitime.

Dans la nuit du 12 au 13 décembre 2016, deux militants de l’association L214 sont interpellés par la gendarmerie à l’entrée de l’abattoir Guy Harang (à Houdan, Yvelines). Ils viennent récupérer la caméra placée dans l’établissement. Ce lundi, ils sont jugés au tribunal correctionnel de Versailles pour «violation de domicile» et «tentative d’atteinte à la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image».

 

Cet établissement n’est pas n’importe lequel : il est l’un des rares abattoirs à s’être équipé d’un système de vidéosurveillance. En réaction aux premières enquêtes réalisées par l’association L214, 13 caméras filmant l’intérieur et l’extérieur du bâtiment avaient été installées par la direction, qui se réserve l’accès aux images. Cet abattoir a en outre fait l’objet d’un contrôle par la direction départementale de la protection des populations (DDPP) des Yvelines en avril 2016, à l’issue duquel seuls «quelques gestes inappropriés» avaient été relevés, l’abattoir étant globalement évalué «B – non-conformité mineure». «La maîtrise de la protection animale est en grande partie satisfaisante malgré le constat de points de fragilité» constatés (1). Ces éléments peuvent donner à penser qu’il s’agit d’un établissement soucieux d’appliquer une réglementation qui proscrit les «souffrances inutiles» à l’acte de mise à mort.

 

Ce que la direction de l’abattoir ignorait, c’est que d’autres caméras – non placées par elle-même – ouvraient l’œil sur le traitement des cochons au cœur de l’enceinte. Contredisant le constat lénifiant de la DDPP et la mansuétude de la direction de l’abattoir, les mauvais traitements subis par les animaux étaient dévoilés au public dans l’émission de télévision Envoyé Spécial, le 17 février, soit deux mois après la garde à vue des militants. Des images bouleversantes révèlent l’entassement des animaux dans la bouverie, les coups de pied et les décharges à répétition à l’aide d’aiguillons électriques par les salariés pour faire avancer, vers la tuerie, des animaux qui regimbent. La peur, patente dans leur résistance, ne doit pas être omise dans la considération de la situation des animaux à l’abattoir.

 

Lorsque les militants ont été arrêtés, ils venaient récupérer la caméra qui aurait permis de montrer la réalité de la narcose par CO2, une méthode «d’étourdissement» qui porte mal son nom. En effet, loin de sombrer paisiblement dans l’inconscience, les cochons crient, se débattent dans la cuve de dioxyde de carbone pour échapper à l’asphyxie. Aucun journaliste n’a qualifié d’étourdissement le calvaire des cochons à l’abattoir d’Alès en octobre 2015 : les images, insupportables, forçaient à reconnaître l’extrême souffrance des animaux.

 

L’association L214 a porté plainte pour «mauvais traitements sur animaux» contre l’abattoir Guy Harang auprès du tribunal de grande instance de Versailles. Gageons que le jugement donnera raison à L214, comme cela a été le cas pour l’abattoir du Vigan (le plus petit abattoir public de France), où des peines inédites ont été prononcées à l’encontre de l’employé mais aussi à l’encontre de l’exploitant (prison avec sursis et amendes, interdiction d’exercer durant cinq ans dans un abattoir).

 

Il n’est que trop clair que sans le travail des militants, rien de ce qui se déroule dans les abattoirs n’aurait été mis au jour, alors que cette réalité nous concerne tous, mangeurs ou non mangeurs de chair animale. Cette action est légitime. Selon la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), les discussions relatives à la protection des animaux relèvent d’un «intérêt général légitime» (2) ; «les associations de protection des animaux jouent un rôle de chien de garde public semblable à celui de la presse» (3). Enfin, comme le proclame un troisième arrêt, la «collecte d’informations d’intérêt général aux fins de constituer un débat public» (4) fait partie de la mission des militants. C’est bien dans ce cadre que l’association L214 agit : dans l’intérêt général des animaux et des humains (consommateurs, citoyens et salariés), et ce, sans but lucratif. C’est à cette fin que, en quelques mois, de nombreuses images filmées dans plusieurs abattoirs de France (Le Vigan, Alès, Pézenas, Mauléon-Licharre, Limoges…) ont été diffusées grâce à l’aide de salariés indignés par le traitement des animaux. Ce sont ces images qui, incontestablement, nous ont permis de prendre conscience de ce qu’endurent ces animaux destinés à nous nourrir et d’ouvrir un débat de fond sur la place des animaux dans notre société.

 

Indispensables, ces enquêtes pallient une carence de l’Etat qui, à l’évidence, par le biais de ses services vétérinaires (DDPP), ferme les yeux sur des infractions majeures et répétées à la loi dans les abattoirs. Combien de preuves faudra-t-il encore pour que l’Etat se donne véritablement les moyens de faire appliquer une réglementation pourtant minimale : éviter les souffrances inutiles ? La condition des animaux dans ces lieux singuliers où ils sont rassemblés pour être tués doit être connue de tous pour que les choix soient éclairés. C’est pourquoi nous soutenons le travail légitime des deux militants de l’association L214 qui sont jugés ce lundi, saluons leur courage et reconnaissons leur rôle de lanceurs d’alerte.

 

Signataires : Eric Baratay, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon Jean Moulin. Renaud Barbaras, philosophe, professeur à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Donato Bergandi, philosophe, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle. Christian Berner, philosophe, professeur à l’université de Lille 3. Etienne Bimbenet, philosophe, professeur à l’université Bordeaux Montaigne. Céline Borello, historienne, professeur à l’université du Maine. Florence Burgat, philosophe, directeur de recherche, INRA/ Ecole Normale Supérieure. Anne-Blandine Caire, professeur de droit privé à l’université Clermont Auvergne. Belinda Cannone, maître de conférences en littérature comparée à l’université de Caen Basse-Normandie. Emilie Hache, philosophe, maître de conférences à l’université de Paris Nanterre. Maren Köpp, maître de conférences au Département d’Arts plastiques à l’université de Paris 8. Geoffroy de Lagasnerie, philosophe, Professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy. Catherine Larrère, philosophe, professeur émérite à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Philippe Léna, géographe, directeur de recherche émérite, IRD/MNHN. Véronique Le Ru, philosophe, professeure à l’université de Reims. Ninon Maillard, maître de conférences en Histoire du droit à l’université de Nantes. Christine Marcandier, maître de conférences en littérature classique à l’université Aix-Marseille. Fabien Marchadier, professeur de droit privé à l’université de Poitiers. Vincent Message, maître de conférences en littérature générale et comparée à l’université de Paris 8. Joël Minet, zoologiste, professeur au MNHN. Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS. Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue à l’EHESS. François Noudelmann, philosophe, Professeur à l’université de Paris 8. Sylvie Perceau, helléniste, maîtresse de conférences à l’université d’Amiens. Xavier Perrot, maître de conférences en Histoire du droit à l’université de Limoges. Dominique Pradelle, philosophe, professeur à l’université de Paris-Sorbonne. Joëlle Proust, philosophe, directeur de recherche, Institut Jean Nicod, Ecole Normale Supérieure. Pierre-Yves Quiviger, philosophe, professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis. Philippe Reigné, professeur de droit privé au Conservatoire national des arts et métiers. Pierre Serna, professeur d’histoire de la Révolution française à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Céline Spector, philosophe, professeur à l’université Paris-Sorbonne. Lorenzo Vinciguerra, philosophe, professeur à l’université de Picardie. Gabrièle Wersinger-Taylor, philosophe, professeure à l’université de Reims.

(1) https://www.l214.com/communiques/2017/02/17-enquete-abattoir-Houdan/imgs/78_GUY_HARANG_ABATTOIR.pdf

(2) Arrêt Bladet Tromso / Norvège du 20 mai 1999.

(3) Animal Defenders International / Royaume-Uni du 22 avril 2013.

(4) Guseva / Bulgarie du 17 février 2015.

 

Un collectif de chercheurs

 

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 21:15

 

 

Source : http://www.huffingtonpost.fr/gerard-filoche

 

 

LES BLOGS

Macron et sa majorité préparent la plus terrible attaque contre nos salaires de toute notre histoire

Ce n’est pas une politique "du centre" c’est une politique à la Margaret Thatcher qui menace.

 

13/06/2017 07:00 CEST | Actualisé il y a 16 heures

 

Gérard Filoche Membre du bureau national du Parti socialiste 

 

 

 

POOL New / Reuters
Macron et sa majorité préparent la plus terrible attaque contre nos salaires de toute notre histoire.

En plus des ordonnances pour la casse d'un siècle de droit du travail, Macron, confirmant sa majorité, prépare la plus terrible attaque contre nos salaires de toute l'histoire de notre pays.

 

 

Du jamais vu.

 

Il va supprimer le salaire brut.

 

Ce n'est pas une politique "du centre" c'est une politique à la Margaret Thatcher qui menace.

 

Les grands médias des 9 milliardaires font mine de nier ou déforment la réalité : comme si seul comptait le salaire net en bas de la feuille de paie.

 

 

Mais non, c'est le salaire brut qui compte!

 

Réexpliquons le à nos concitoyens car le pouvoir cherche à supprimer les feuilles de paie papier et à les "simplifier" pour ne pas qu'on voit la manœuvre.

 

 

Le salaire net c'est pour payer la force de travail.

 

Le salaire brut c'est pour payer la reproduction de la force de travail.

 

Le salaire net on vit avec au mois le mois

 

Le salaire brut on vit avec tout au long de la vie.

 

 

Le salaire net vous permet de consommer et de vivre quotidiennement.

 

Le salaire brut vous permet de faire face à tous les aléas de la vie, quand vous avez besoin de logement, quand vous êtes en charge de famille, quand vous êtes malades, quand vous avez un accident du travail ou une maladie professionnelle, quand vous êtes au chômage, et quand vous êtes en retraite.

 

Les cotisations ne sont pas des impôts, elles sont obligatoirement pré affectées à ce pourquoi elles sont collectées, elles ne vont pas aux caisses publiques, car les différentes caisses de Sécurité sociale sont de droit privé (et devraient être gérées par les cotisants, les représentants des salariés normalement élus comme cela l'était à l'origine de la "Sécu". Allez revoir le film "La sociale" de Gilles Perret).

 

Le salaire brut ce n'est pas une "charge" comme ils le disent, c'est un bonheur.

 

C'est une partie du salaire mutualisée et redistribuée à chacun selon ses besoins, c'est ce qu'il y a de plus beau dans notre pays.

 

Le salaire brut vous est redonné en "temps différé" quand vous êtes malades, en "temps indirect" pour le logement, mais aussi en "temps réel" quand vous êtes en retraite (car dans ce cas il va en direct, de ceux qui travaillent à ceux qui sont en retraite, la retraite par répartition n'est pas une épargne !).

 

C'est le capital, l'actionnaire, l'employeur qui paient votre protection sociale, le salaire brut, chaque mois, en même temps que votre salaire.

 

Macron a déjà supprimé les cotisations familiales, il a baissé les cotisations parfois jusqu'à 1,6 ou 1,9 fois le smic. Là, il supprime et remplace tout par l'impôt.

 

C'est nous, par nos impôts, qui paieront dorénavant à la place de notre patron. Un hold up de 470 milliards contre nous! Un cadeau géant de 470 milliards pour le Medef.

 

Pour tenter de masquer ça, ils vont augmenter de quelques euros votre salaire net mais baisser de centaines d'euros votre salaire brut.

 

Ils baissent le haut de la feuille de paie en faisant croire qu'ils augmentent le bas de celle-ci. C'est un coup de bonneteau.

 

Et c'est pourquoi Macron diffère le prélèvement de l'impôt à la source prévu fin janvier 2018, purement pour manipuler, cacher cette énorme arnaque.

 

Et voilà pourquoi, sur le fond, il faut résister aux effets des scrutins de mai et juin 2017, on le peut, on le doit car il s'agit pour "En marche", d'une majorité artificielle et très dangereuse:

 

1) Les abstentions du 11 juin ont une immense portée, la moitié du pays s'est détournée du résultat final. Même s'il obtient un groupe "godillot" déraisonnablement gonflé, Macron n'obtient que 31% de 50% des exprimés, ce président a été élu avec environ 14 à 16 % d'adhésion à sa personne, les autres voix il les a eues par défaut, à cause du mécanisme institutionnel en cascade anti-démocratique de la V° République. Et là, en dépit de toutes les apparences, c'est une perte sèche de plus de 30 % des voix en chiffre absolu. Ce record historique des abstentions signifie un pouvoir contesté et contestable. Quand on étudiera en détail on verra que la gauche est là mais qu'elle s'est massivement abstenue, parce que ses électeurs sont sur la défensive depuis le terrible désastre du 23 avril provoqué par l'échec tragique du quinquennat Hollande-Macron-Valls puis par la division Mélenchon-Hamon.

 

2) Le 18 juin, on peut et on doit sauver tout ce qui peut l'être des députés de gauche au deuxième tour. Si on veut additionner des voix pour ça, ce sont celles de toute la gauche, rose, rouge, verte, il faut faire tout ce qu'on peut pour un désistement systématique et réciproque FI, PCF, EELV. Sauver tout ce qu'on peut de ce camp-là c'est résister et reconstruire l'avenir avec une gauche authentique et unitaire.

 

Pour avoir un groupe parlementaire rose rouge vert indépendant capable de combattre Macron-Thatcher, j'appelle au désistement systématique et réciproque pour FI, EELV, PCF, et le PS anti Macron. J'appelle encore et toujours à l'unité à gauche décisive qui a fait si cruellement défaut. Mais que ce soit clair: pas une voix de gauche pour celles et ceux qui ont soutenu Macron où se sont réclamés de sa "majorité présidentielle".

 

 

Source : http://www.huffingtonpost.fr/gerard-filoche

 

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 21:22

 

 

Source : https://lundi.am/Situation

 

 

Situation - Par Frédéric Lordon

 

paru dans lundimatin#108, le 12 juin 2017
 
 
 

Logiquement, tout avance de concert. Au moment où Macron est élu, nous découvrons que La Poste enrichit sa gamme de services d’une offre « Veiller sur mes parents » à partir de 19.90€ par mois (plusieurs formules : 1, 2, 4, 6 passages par semaine). Le missionné, qu’on n’appellera sans doute plus « l’agent » (tellement impersonnel-bureaucratique – old), mais dont on verra si la Poste va jusqu’à l’appeler l’« ami de la famille », passe en voisin, boit le café, fait un petit sms pour tenir au courant les descendants, bref – dixit le prospectus lui-même – « maintient le lien social ». Résumons : Pour maintenir le lien social tout court, c’est 19.90€. Et pour un lien social béton (6 visites par semaines), c’est 139.90€. Tout de même. Mais enfin il y va du vivre ensemble.

 

En 1999, des lignards d’EDF en vacances et même en retraite avaient spontanément repris du service pour rétablir le courant après la tempête. Ils l’avaient fait parce qu’ils estimaient que, dans cette circonstance exceptionnelle, il se jouait quelque chose entre eux, le service public dont ils étaient ou avaient été les agents, et la société dans son ensemble, quelque chose qui n’était pas de l’ordre d’un lien contractuel-marchand et procédait de mobiles autres que pécuniaires. Maintenant que nous en sommes à l’étape de la forfaitisation du lien social, nous percevons combien cette réaction qui fut la leur a été une tragique erreur. Puisqu’il est décidé que tout, absolument tout, est monnayable, la prochaine fois que les lignes sont à terre, on espère bien que toute demande de reprise de service obtiendra pour réponse, au mieux la renégociation en position de force du tarif des prestations extraordinaires, et plutôt d’aller se carrer les pylônes.

 

Le contresens anthropologique du lien social tarifé semble ne pas apercevoir que, précisément, la transaction contractuelle-marchande n’est au principe d’aucun lien, entendons autre que le lien temporaire stipulé dans ses clauses, dont l’échéance est fixée par le paiement qui, dit très justement l’expression, permet de s’acquitter – c’est-à-dire de quitter. Après quoi les co-contractants redeviennent parfaitement étrangers l’un à l’autre. C’est pourtant ce modèle « relationnel » que la société néolibérale, La Poste en tête, se propose de généraliser à tous les rapports humains, désastre civilisationnel dont le désastre électoral de ce printemps n’est que l’épiphénomène. Mais aussi l’accélérateur. Avec peut-être toutes les vertus des accélérations à contresens : déchirer les voiles résiduels, clarifier la situation, rapprocher des points critiques. Si l’on peut placer un espoir raisonnable dans la présidence Macron, c’est celui que tout va devenir très, très, voyant. C’est-à-dire odieux comme jamais.

 

Car il ne faut pas s’y tromper, la France n’est nullement macronisée. Les effets de levier composés du vote utile font à l’aise un président avec une base d’adhésion réelle de 10% des inscrits. Quant aux législatives, le réflexe légitimiste se joint à la pulvérisation des candidatures d’opposition pour assurer de rafler la mise. Par l’effet de cette combinaison fatale, le 19e arrondissement de Paris, par exemple, qui a donné Mélenchon en tête au premier tour avec plus de 30% est ainsi bien parti pour se donner un député macronien – on aurait tort d’en tirer des conclusions définitives. Mais en réalité, au point où nous en sommes, tout ça n’a plus aucune importance. La vérité, c’est que « la France de Macron » n’est qu’une petite chose racornie, quoique persuadée de porter beau : c’est la classe nuisible.

 

La classe nuisible est l’une des composantes de la classe éduquée, dont la croissance en longue période est sans doute l’un des phénomènes sociaux les plus puissamment structurants. Pas loin de 30% de la population disposent d’un niveau d’étude Bac+2 ou davantage. Beaucoup en tirent la conclusion que, affranchis des autorités, aptes à « penser par eux-mêmes », leur avis compte, et mérite d’être entendu. Ils sont la fortune des réseaux sociaux et des rubriques « commentaires » de la presse en ligne. La chance de l’Europe et de la mondialisation également. Car la classe éduquée n’est pas avare en demi-habiles qui sont les plus susceptibles de se laisser transporter par les abstractions vides de « l’ouverture » (à désirer), du « repli » (à fuir), de « l’Europe de la paix », de « la dette qu’on ne peut pas laisser à nos enfants » ou du monde-mondialisé-dans-lequel-il-va-bien-falloir-peser-face-à-la-Russie-et-aux-Etats-Unis. La classe demi-habile, c’est Madame de Guermantes à la portée d’un L3 : « la Chine m’inquiète ».

 

La propension à la griserie par les idées générales, qui donnent à leur auteur le sentiment de s’être élevé à hauteur du monde, c’est-à-dire à hauteur de gouvernant, a pour effet, ou pour corrélat, un solide égoïsme. Car la demi-habileté ne va pas plus loin que les abstractions creuses, et ignore tout des conséquences réelles de ses ostentations abstraites. En réalité, elle ne veut pas les connaître. Que le gros de la société en soit dévasté, ça lui est indifférent. Les inégalités ou la précarité ne lui arrachent dans le meilleur des cas que des bonnes paroles de chaisière, en tout cas aucune réaction politique. L’essentiel réside dans les bénéfices de la hauteur de vue, et par suite d’ailleurs la possibilité de faire la leçon universaliste aux récalcitrants. En son fond elle est un moralisme – comme souvent bercé de satisfactions matérielles. Sans surprise, elle résiste à la barbarie en continuant de boire des bières en terrasse – ou, plus crânement encore, en brassant elle-même sa propre bière.

 

Demi-habile et parfaitement égoïste, donc : c’est la classe nuisible, le cœur battant du macronisme. Elle est le fer de lance de la « vie Macron » – ou du vivre ensemble La Poste. Partagée entre les déjà parvenus et ceux qui continuent de nourrir le fantasme, parfois contre l’évidence, qu’ils parviendront, elle est la classe du capital humain : enfin un capital qui puisse être le leur, et leur permettre d’en être  ! Ceux-là sont habités par le jeu, ils y adhèrent de toute leur âme, en ont épousé avec délice la langue dégénérée, faite signe d’appartenance, bref : ils en vivent la vie. Ils sont tellement homogènes en pensée que c’est presque une classe-parti, le parti du « moderne », du « réalisme », de la « French Tech », du « projet personnel » – et l’on dresserait très facilement la liste des lieux communs d’époque qui organisent leur contact avec le monde. Ils parlent comme un journal télévisé. Leurs bouches sont pleines de mots qui ne sont pas les leurs, mais qui les ont imbibés si longtemps qu’ils ont fini par devenir les leurs – et c’est encore pire.

 

Cependant, l’égoïsme forcené joint à l’intensité des investissements existentiels a pour propriété paradoxale de faire de la classe de « l’ouverture » une classe séparée et claquemurée, sociologiquement minoritaire en dépit des expressions politiques majoritaires que lui donnent les institutions électorales – qui disent là comme jamais la confiance qu’elles méritent. La seule chose qui soit réellement majoritaire, c’est son pouvoir social – mais comme on sait, à ce moment, il convient de parler non plus de majorité mais d’hégémonie. Sans surprise, la sous-sous-classe journalistique en est le joyau, et le porte-voix naturel. L’élection de Macron a été pour elle l’occasion d’un flash orgasmique sans précédent, ses grandes eaux. Au moment où nous parlons d’ailleurs, on n’a toujours pas fini d’écoper. En tout cas la classe nuisible est capable de faire du bruit comme quinze. Elle sait ne faire entendre qu’elle et réduire tout le reste – ouvriers, employés, des masses elles bien réelles – à l’inexistence. Au prix, évidemment, de la sourde accumulation de quelques « malentendus », voués un de ces quatre à faire résurgence un peu bruyamment.

 

Il pourrait y avoir là de quoi désespérer absolument si le « progrès intellectuel » de la population ne fabriquait plus que des possédés, et se faisait le parfait verrou de l’ordre social capitaliste. Mais la classe nuisible n’est qu’une fraction de la classe éduquée. C’est qu’en principe, on peut aussi se servir de capacités intellectuelles étendues pour autre chose. Bien sûr on ne pense pas dans le vide, mais déterminé par toutes sortes d’intérêts, y compris matériels, à penser. De ce point de vue les effets du néolibéralisme sont des plus ambivalents. S’il fabrique de l’assujetti heureux et de l’entrepreneur de lui-même, il produit également, et à tour de bras, du diplômé débouté de l’emploi, de l’intellectuel précaire, du startuper revenu de son esclavage. La plateforme OnVautMieuxQueCa, qui a beaucoup plus fait que les directions confédérales dans le lancement du mouvement du printemps 2016 – qui a même fait contre elles… –, cette plateforme, véritable anthologie en ligne de la violence patronale, dit assez où en est, expérience à l’appui, une large partie de la jeunesse diplômée dans son rapport au salariat. Et, sous une détermination exactement inverse, dans ses propensions à penser. On peut donc ne pas tomber dans l’exaltation « générationnelle » sans manquer non plus de voir qu’il se passe quelque chose dans ces tranches d’âge. Si d’ailleurs, plutôt que de revoir pour la dixième fois The social network et de se rêver en Zuckerberg français, toute une fraction de cette génération commence à se dire « ingouvernable », c’est sans doute parce qu’elle a un peu réfléchi à propos de ce que veut dire être gouverné, suffisamment même pour apercevoir qu’il n’y a va pas seulement de l’Etat mais de l’ensemble des manières de façonner les conduites, auxquelles les institutions formelles et informelles du capitalisme prennent toute leur part.

 

Sur ce versant-là de la classe éduquée, donc, ça ne macronise pas trop fort – sans compter d’ailleurs tous ceux à qui l’expérience prolongée a donné l’envie de changer de bord : les cadres écœurés de ce qu’on leur fait faire, les dégoûtés de la vie managériale, les maltraités, les mis au rebut, à qui la nécessité fait venir la vertu, mais pour de bon, qui ont décidé que « rebondir » était une affaire pour baballe exclusivement, ne veulent plus se battre pour revenir dans le jeu, et prennent maintenant la tangente. Or ce contingent de têtes raides ne cesse de croître, car voilà le paradoxe du macronisme : en même temps qu’il cristallise la classe nuisible, son effet de radicalisation, qui donne à l’époque une clarté inédite, ouvre d’intéressantes perspectives démographiques à la fraction rétive de la classe éduquée.

 

Cependant le privilège social de visibilité de la classe éduquée, toutes fractions confondues, n’ôte pas qu’on ne fait pas les grands nombres, spécialement dans la rue, sans la classe ouvrière mobilisée. En l’occurrence affranchie des directions confédérales, ou du moins décidée à ne plus les attendre. Mais ayant par suite à venir à bout seule de l’atomisation et de la peur. Pas le choix : il faut qu’elle s’organise – se -organise... Et puis s’organiser avec elle. Caisses de solidarité, points de rencontre : dans les cortèges, dans de nouveaux groupements où l’on pense l’action en commun, tout est bon. En tout cas, comme dans la jeunesse, il se passe quelque chose dans la classe ouvrière : de nombreux syndicalistes très combatifs, durcis au chaud de plans sociaux spécialement violents, virtuellement en rupture de centrale, font maintenant primer leurs solidarités de lutte sur leurs appartenances de boutique, laissent leurs étiquettes au vestiaire et ébauchent un front uni. Si quelque jonction de la jeunesse décidée à rompre le ban ne se fait pas avec eux, rien ne se fera. Mais la détestation de l’entreprise, promise par le macronisme à de gigantesques progrès, offre d’excellentes raisons d’espérer que ça se fera.

 

Il n’est pas certain que le macronisme triomphant réalise bien la victoire à la Pyrrhus qui lui est échue. C’est que jusqu’ici, l’indifférenciation patentée des partis de gouvernement censément de bords opposés parvenait encore vaille que vaille à s’abriter avec succès derrière l’illusion nominale des étiquettes de « l’alternance ». Evidemment, l’alternance n’alternait rien du tout, mais il restait suffisamment d’éditorialistes abrutis pour certifier que la « gauche » succédait à la « droite, ou l’inverse, et suffisamment de monde, à des degrés variés de cécité volontaire, pour y croire. Le problème du macronisme, c’est précisément… qu’il a réussi : sa disqualification des termes de l’alternance prive le système de son dernier degré de liberté, assurément factice mais encore doté de quelque efficacité résiduelle. Quand il aura bien mis en œuvre son programme, poussé tous les feux, par conséquent rendu folle de rage une fraction encore plus grande de la population, où trouvera-t-il son faux alternandum et vrai semblable, l’entité faussement opposée et parfaitement jumelle qui, dans le régime antérieur, avait pour double fonction de soulager momentanément la colère par un simulacre de changement tout en assurant la continuité, quoique sous une étiquette différente ?

 

Résumons-nous : bataille terminale au lieu du noyau dur – le rapport salarial, via le code du travail –, intégration ouverte de l’Etat et du capital, presse « en plateau », extase de la classe nuisible et radicalisation antagoniste des défecteurs, colère grondante des classes populaires promises à l’équarrissage, fin des possibilités théâtrales de l’alternance, disparition définitive de toute possibilité de régulation interne, de toute force de rappel institutionnalisée, de tout mécanisme de correction de trajectoire : à l’évidence il est en train de se former une situation. À quelque degré, ce gouvernement-du-barrage-contre-le-pire doit en avoir conscience puisqu’il approfondit le mouvement, déjà bien engagé, de proto-fascisation du régime : avec les ordonnances du code du travail, la normalisation de l’état d’urgence en droit ordinaire a été logiquement sa première préoccupation. Ultime moyen de contrôle de la situation, lui semble-t-il, mais qui contribue plutôt à l’enrichissement de la situation. Et confirme que la question de la police va se porter en tête d’agenda, comme il est d’usage dans tous les régimes où l’état d’illégitimité n’est plus remédiable et où ne reste que la force armée, la seule chose opposable à la seule opposition consistante : la rue. Car il est bien clair qu’il n’y a plus que la rue. Si « crise » désigne le moment résolutoire où les trajectoires bifurquent, nous y sommes. Quand tout est verrouillé et que la pression n’en finit pas de monter, il doit se passer quelque chose. Ce dont les forces instituées sont incapables, seul l’événement peut l’accomplir.

 

 

 

Source : https://lundi.am/Situation

 

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:20

 

 

Centrale Biomasse de Gardanne : la justice annule l'autorisation d'exploiter

 

 

Le tribunal administratif de Marseille a annulé l'autorisation d'exploitation de la centrale biomasse de Gardanne. En cause, l'absence de prise en compte des impacts indirects de son approvisionnement, et en particulier les défrichements fragmentés.

 

 

Energie  |    |  Philippe Collet

 

 

 

 

 

Centrale Biomasse de Gardanne : la justice annule l'autorisation d'exploiter

Site de stockage de la biomasse d'une capacité de 3.500 tonnes, soit un à deux jours de consommation

 

Jeudi 8 juin, le tribunal administratif de Marseille (Bouches-du-Rhône) a annulé l'autorisation d'exploitation de la centrale biomasse de Gardanne. Le tribunal estime que l'étude d'impact est insuffisante compte tenu de l'ampleur du projet. "L'étude d'impact n'est pas proportionnée à l'importance et à la nature du projet", expliquent les juges, après avoir rappelé que la centrale biomasse consommera "au moins 25%" des ressources forestières locales disponibles. L'exploitant aurait notamment dû analyser les effets environnementaux indirects de l'installation. L'évaluation de l'impact cumulé des défrichements nécessaires à l'approvisionnement de l'unité est l'un des principaux oublis de l'étude d'impact présenté par l'exploitant. Il s'agit là d'une insuffisance substantielle, estime le tribunal.

La centrale de Gardanne avait été retenue dans le cadre du quatrième appel à projets biomasse de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) pour convertir son unité 4 du charbon à la biomasse. Début 2016, l'unité de 150 mégawatts est quasiment prête à fonctionner. Après plus de deux ans de travaux, Uniper (anciennement E.On), espérait lancer la production au cours du second semestre 2016. A pleine puissance, elle devait consommer 850.000 tonnes de bois pour fournir 6% de la production d'électricité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. La moitié de l'alimentation de la centrale devait être constituée de bois issu de coupes forestières, l'autre moitié devait provenir de résidus d'élagage et de déchets de bois. L'autorisation d'exploiter avait été délivrée par le préfet des Bouches-du- Rhône le 29 novembre 2012. Elle faisait l'objet d'un recours déposé par les parcs naturels régionaux du Verdon et du Lubéron, deux communautés de communes des Alpes-de-Haute-Provence et plusieurs associations de défense de l'environnement qui estimaient notamment que l'étude d'impact et de l'évaluation Natura 2000 était insuffisante, car elles portent sur un périmètre de trois kilomètres autour de l'installation sans tenir compte des sites de prélèvement en bois forestier.

 

Défrichements fragmentés

Le tribunal rappelle que la réglementation impose que l'étude d'impact analyse "toutes les incidences prévisibles sur l'environnement qu'un projet (…) est susceptible d'avoir", y compris "les « effets indirects » de l'installation classée sur les sites et les paysages et sur les milieux naturels et les équilibres biologiques". Dans son étude d'impact, Uniper estime que la centrale consommera 25% du gisement disponible dans un rayon de 250 kilomètres. En février 2015, cette part est portée à 37% de la ressource forestière locale disponible à l'horizon 2024. "Contrairement aux allégations de la société pétitionnaire, le prélèvement en ressources forestières locales ne peut être regardé comme ayant un impact « très mesuré et non significatif sur le gisement disponible »", juge le tribunal. Pour preuve, expliquent les juges, Uniper devra, dans un premier temps, importer des plaquettes forestières depuis le continent américain et, dans un second temps, s'approvisionner en Bourgogne et dans les Pyrénées.

Le débat porte en particulier sur l'impact des défrichements. Uniper juge qu'elle n'est pas tenue d'évaluer ces impacts indirects, car elle n'exploite pas elle-même directement les activités de production et de fourniture de bois. Le tribunal admet, qu'il n'y a pas de lien fonctionnel entre l'exploitation forestière et la centrale. Par ailleurs, les défrichements font l'objet d'autorisations préfectorales spécifiques. Mais, il rappelle aussi que les défrichements portant sur une superficie totale, même fragmentée, égale ou supérieure à 25 hectares, sont soumis à étude d'impact. "L'absence de prise en considération de l'effet cumulatif de plusieurs projets ne doit pas avoir pour effet de les soustraire dans leur totalité à l'obligation d'évaluation alors que, pris ensemble, ils sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement", explique-t-il.

Début 2016, Uniper expliquait que l'unité devait se fournir dans un rayon de 250 km pour couvrir 85% de son approvisionnement local. Cet approvisionnement local représentait près de 385.000 de tonnes, soit 45% de l'ensemble des besoins de l'unité. Il était composé à 43% de bois d'origine forestière (165.000 tonnes) et à 57% de bois d'élagage (220.000 tonnes). Parmi le "bois d'élagage" figuraient des déchets verts, mais aussi 10.000 tonnes de déchets de classe A (bois non traité) et 7.500 tonnes de déchets de classe B (bois faiblement traité). Les 55% restant (approximativement 465.000 tonnes) devaient être importés.

 

Centrale biomasse de Gardanne : Uniper fait appel

Energie  |    |  Florence Roussel

 

 

Suite à l'annulation de l'autorisation d'exploiter sa centrale biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône) par le tribunal administratif, l'exploitant Uniper a annoncé avoir fait appel de la décision qu'il qualifie de "très pénalisante". Le TA de Marseille a estimé que l'étude d'impact était insuffisante compte tenu de l'ampleur du projet. "L'étude d'impact n'est pas proportionnée à l'importance et à la nature du projet", ont expliqué les juges, après avoir rappelé que la centrale biomasse consommera "au moins 25%" des ressources forestières locales disponibles.

L'énergéticien se défend : "S'agissant de l'étude d'impact, celle-ci a été réalisée conformément aux textes applicables et comporte bien une analyse de l'état initial et des effets indirects du projet sur le site et de son environnement". L'entreprise se dit "surprise" de la décision mais reste "[convaincue] du bien-fondé de ce projet, de sa contribution à la coopération franco-allemande dans le domaine de l'énergie et [espére] qu'il sera riche d'enseignements", selon Luc Poyer, président d'Uniper France. Uniper précise d'ailleurs que le préfet de la Région Provence Alpes Côte d'Azur a délivré vendredi 9 juin une autorisation provisoire d'exploiter l'unité biomasse.

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Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr

 

 

Gardanne :annulation de l'autorisation d'exploitation de la plus grande centrale biomasse de France

 

Par Marc Civallero

 

 

Le tribunal administratif de Marseille qui vient de prendre cette décision a estimé que l'exploitant, le groupe allemand Uniper, n'avait pas suffisamment évalué son impact sur les forêts du Sud-Est.

 

La centrale de Gardanne. / © Photo Maxppp

La centrale de Gardanne. / © Photo Maxppp

Le tribunal administratif de Marseille a annulé hier, mercredi 7 juin, l'autorisation d'exploitation de la plus grande centrale biomasse de France, à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône. Le tribunal administratif a estimé que son exploitant, le groupe allemand Uniper, n'avait pas suffisamment évalué son impact sur les forêts du Sud-Est.

Dans un communiqué le tribunal écrit : " le tribunal a prononcé l'annulation de l'autorisation d'exploiter compte tenu du caractère insuffisant de l'étude d'impact"...un tribunal qui a également relevé que "L'étude d'impact et l'évaluation Natura 2000 n'ont porté que sur un périmètre de trois kilomètres autour de l'installation, alors que la centrale prévoit de brûler du bois coupé dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres... L'impact des rotations de camions qui alimenteront la centrale et la pollution atmosphérique, particules fines, dioxines, CO2, ont également été insuffisamment pris en compte".

La centrale de Gardanne comporte deux unités, l'une au charbon et l'autre fonctionnant en brûlant du bois. L'ensemble n'est pas encore en service, mais a déjà tourné à plein régime pour des tests et a déjà injecté de l'électricité dans le réseau. D'une puissance de 150 mégawatts, la centrale biomasse de Gardanne représente un investissement de 250 millions d'euros et génère selon son exploitant 80 emplois directs. Elle doit fournir à terme 6% de la production d'électricité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en consommant 850.000 tonnes de bois par an, pour moitié des déchets, pour moitié du bois issu de coupes forestières.

La biomasse est une énergie renouvelable qui doit contribuer à la transition énergétique, mais le projet de Gardanne est critiqué par des associations écologistes pour son gigantisme. Délivrée en novembre 2012 par le préfet des Bouches-du-Rhône, l'autorisation d'exploitation était attaquée par les parcs naturels régionaux du Verdon et du Lubéron, des communes des Alpes-de-Haute-Provence et des associations, dont France Nature Environnement.

Le reportage de Ghislaine Milliet-Bouquet et Matthias Julian :

La centrale de Gardanne perd son autorisation d'exploitation
La centrale biomasse de Gardanne perd son autorisation d'exploitation. D'un côté les écologistes, satisfaits, rappellent qu'il ne faut pas opposer nature et emploi. De l'autre, syndicalistes et certains élus, estime qu'un pan de l'économie régionale est en péril.

 

 

Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr

 

 

 

 

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 17:03

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

Il faut arrêter d'utiliser l'état d'urgence contre des manifestants, tranche le Conseil constitutionnel

 

 

 

 

Le Conseil avait été saisi d'une QPC par un individu empêché de manifester.

 

Le Conseil constitutionnel a censuré ce vendredi 9 juin une disposition de l'état d'urgence utilisée l'an dernier notamment pour empêcher des centaines de personnes de manifester contre la loi Travail.

Des abus de l'état d'urgence. Le conseil constitutionnel a censuré ce vendredi 9 juin une des dispositions de ce régime censément d'exception, utilisée l'an dernier pour empêcher des centaines de personnes de manifester contre la loi Travail.
 

C'est l'article 5-3 du texte de 1955, prévoyant les mesures d'exception et les conditions d'exercice de l'état d'urgence, qui a été scruté par les Sages. Donnant pouvoir au préfet "d’interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics", il a été massivement invoqué pour empêcher des militants jugés "radicaux "de battre le pavé. Et ce, sans aucun rapport avec la menace terroriste. C'est sur cette base que l'individu qui a saisi le Conseil d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), a été empêché de "séjourner dans certaines rues et arrondissements de Paris" lors d'une grande manifestation contre la loi Travail, le 28 juin 2016.

Des atteintes aux libertés soulignées par un rapport d'Amnesty International publié fin mai. L'ONG souligne que l'administration, par le biais des préfets, s'est servie de ces mesures d'exception, au moment de la loi Travail mais aussi à l'automne 2015 lors des mobilisations liées à la COP21., "pour servir des objectifs plus larges, notamment pour maintenir l’ordre public". Selon ce rapport, "639 interdictions individuelles de manifester ont été ordonnées par les préfectures en France, sous l’argument de prévenir les violences lors des manifestations, alors que le plus souvent il n’existait que peu ou pas d’éléments démontrant que ces personnes auraient participé à des violences".

 

 

Considérant que la disposition est textuellement trop vague pour être interprétée à bon escient, les membres du Conseil constitutionnel ont donc donné raison aux détracteurs de l'état d'urgence qui dénoncent l'utilisation politique de ce texte. Ils pointent l'absence de "conciliation équilibrée entre, d’une part, l’objectif constitutionnel de sauvegarde de l’ordre public et, d’autre part, la liberté d’aller et de venir et le droit de mener une vie familiale normale".

Dans l'avant-projet de loi sur la lutte contre le terrorisme voulu par Macron, qui a fuité dans les médias cette semaine et qui permettrait de faire basculer les mesures de l'état d'urgence dans le droit commun, le cadre de cette disposition controversée a été précisé et se limitera à "la prévention des actes de terrorisme".

 

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 15:49

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

Billet

Madame Pénicaud, l’obligation d’informer n’est pas un délit

 

Par Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération

 

 

 

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, mardi à Paris.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, mardi à Paris. Photo Alain Jocard. AFP

 

En portant plainte au sujet du document que nous avons publié sur ses projets de réforme, la ministre du Travail a fait le choix du secret et de la répression judiciaire, au détriment de la transparence que les citoyens sont en droit d’attendre de leurs responsables.

 

La ministre du Travail travaille-t-elle du chapeau ? Mercredi, Libération publiait un document montrant que son ministère étudiait des options de réforme du code du travail plus radicales – ou plus libérales – que les projets publiquement agités. Fuite désagréable pour l’autorité, mais fuite utile au débat public : il est toujours intéressant pour le citoyen de savoir ce qu’on envisage en haut lieu, au-delà de la langue de bois officielle. Jamais nous n’avons écrit que ces mesures seraient forcément mises en œuvre. Nous avons seulement indiqué que si – et seulement si – ces projets étaient suivis d’effet, nous aurions affaire à un changement considérable dans la réglementation du travail en France.

Dans un premier temps, la ministre a minimisé la révélation en déclarant qu’elle ignorait le contenu de ces études, initiées par «un fonctionnaire», qui n’engageaient en rien le gouvernement. Pourtant, il était inscrit noir sur blanc sur le document que cette exploration juridique avait été demandée par son propre cabinet. A l’entendre, elle ignorait donc ce que faisaient ses plus proches collaborateurs. Deux jours plus tard, madame Pénicaud change d’avis : le document est suffisamment important pour entraîner une poursuite judiciaire. Elle vient donc d’annoncer qu’elle porterait plainte pour «vol de document et recel», ce qui vise à la fois notre journal (pour recel), et ses sources (pour vol). Nous nous en remettrons à la justice pour apprécier le degré de pertinence de cette plainte. Ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’un ou qu’une puissant(e) attaque Libération.

 

Les ministères tansformés en boîtes noires

Mais on peut d’emblée faire un commentaire. Madame Pénicaud est sans doute habituée aux us et coutumes du secteur privé, qui cherche à réprimer par tout moyen juridique ou moral ceux qui rendent publiques ses menées diverses et variées, y compris s’il s’agit d’un lanceur d’alerte. On comprend certes qu’un gouvernement souhaite étudier les différentes hypothèses qui s’offrent à lui sans encourir à l’avance la réprobation publique. Mais l’obligation d’informer qui incombe à la presse veut aussi que le citoyen soit mis au courant des projets qu’on agite, le cas échéant pour les combattre. Dans cet entre-deux, on doit choisir entre la transparence du débat public et le secret dont tout pouvoir cherche à s’entourer. La ministre a choisi. Elle exige le secret. Quitte, pour l’obtenir, à recourir immédiatement à l’arme ultime, la répression judiciaire. Si on la suit, les ministères français seront transformés en autant de boîtes noires, inaccessibles au commun des mortels, protégées par les juges et les policiers. Ainsi les détenteurs du pouvoir travailleront à l’abri de la dérangeante curiosité de l’opinion, comme le veut, dans le privé, l’establishment managérial. Par exemple chez Danone, où la ministre a longtemps officié. De toute évidence, madame Pénicaud confond Danone et la République.

Nous continuerons donc, quitte à encourir des sanctions, à rendre publiques les informations que nous mettrons au jour. Le nouveau gouvernement proclame qu’il veut rénover la vie politique. S’agit-il d’une rénovation ou d’une restauration ? La rénovation de la démocratie ou la restauration d’une République impérieuse où le pouvoir décide en secret et où l’on répond au citoyen trop curieux : «circulez, il n’y a rien à voir» ?

Laurent Joffrin directeur de la publication de Libération

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 15:36

 

 

Source : https://www.bastamag.net

 

 

Révolution agricole

Comment une coopérative laitière émancipe les agriculteurs de leur soumission aux multinationales et au marché

 

par

 

 

 

 

 

En Mayenne, le succès de la fromagerie coopérative d’Entrammes montre que produire du lait n’est pas forcément synonyme de misère et de soumission aux multinationales, que relocaliser la production alimentaire est possible. Réunissant une quarantaine de fermes laitières bio, cette coopérative produit autant de lait que l’usine des 1000 vaches dans la Somme, tout en créant cinq fois plus d’emplois. Motivées davantage par un projet de territoire que par la recherche de plus-value, ces fermes portent des valeurs sociales et écologiques à contre-courant du système industriel dominant, le tout sur la base d’un cahier des charges encore plus strict que celui de l’agriculture biologique. Une voie alternative, qui redonne du sens au travail quotidien des agriculteurs.

A quelques encablures de Laval, en Mayenne, dans l’ombre du numéro un mondial du lait Lactalis, une quarantaine de fermes laitières bio se sont regroupées au sein d’une fromagerie collective. Elles y inventent l’agro-alimentaire relocalisé de demain. Juste en face de la fromagerie, un grand bâtiment recouvert de tôles semble à l’abandon. C’est l’ancien lieu de fabrication du Port Salut, le fromage emblématique de l’abbaye d’Entrammes. Un fromage dont l’histoire reflète l’évolution du secteur agro-alimentaire depuis cinquante ans : en 1959, les moines de l’abbaye, qui fabriquaient artisanalement le Port-Salut depuis 150 ans, cèdent la marque à la Société anonyme des fermiers réunis (la SAFR). Dans les années 60, celle-ci agrandit le site de production, et se met à pasteuriser le lait. Elle assurera, à son maximum, la collecte de 1200 fermes dans la région !

En 2012, la marque est rachetée par la multinationale Bel, qui utilise l’image de marque du Port Salut pour fabriquer et vendre des fromages dans toute l’Europe, à partir de n’importe quel lait. La production est rapidement rapatriée à Sablé-sur-Sarthe, où le groupe possède l’essentiel de ses usines, coupant ainsi les derniers liens qui la rattachaient au territoire d’Entrammes. Au même moment, d’autres producteurs, les membres de la fromagerie bio du Maine, cherchent un lieu pour installer une coopérative. Ils sont accueillis à bras ouverts par les moines et les élus locaux. Le hasard faisant bien les choses, la fromagerie s’installe dans le prolongement de l’abbaye et de l’ancien site de fabrication. Comme pour montrer que l’évolution de l’alimentation peut prendre une toute autre voie que celle de l’agro-alimentaire ces cinquante dernières années.

 

Quarante fermes valent mieux qu’une usine à lait

Au début des années 90, souhaitant plus de pouvoir de négociation dans la vente de leur lait, ces huit fermes laitières bio se sont organisées pour collecter elles-mêmes leur lait et négocier directement avec les industriels. Certaines souhaitent aller plus loin et transformer leur propre lait. Les fermiers cherchent à garder un maximum d’autonomie face aux industriels et au marché laitier, qui laissent toujours plus d’éleveurs sur le carreau. Il leur faudra attendre le milieu des années 2000 et une petite frayeur économique, pour que le collectif soit mûr et passe à l’acte.

Plus d’une quarantaine de fermes sont aujourd’hui adhérentes, pour environ 9 millions de litres de lait collectés chaque année. Autant que l’usine des 1000 vaches, avec cinq fois plus d’emplois ! Aujourd’hui, 10 % du lait est transformé en fromages, le reste étant vendu à divers transformateurs. Les quelques 100 tonnes de fromages produites sont commercialisées le plus localement possible, dont 75 % dans un rayon de 100 km, à moins d’une heure de livraison. Là encore, on est loin du modèle économique des 1000 vaches, de Bel ou Lactalis. A terme, le but est de transformer l’ensemble du lait collecté, mais la coopérative a, pour cela, besoin d’agrandir ses capacités de production. « On commence à pousser un peu les murs depuis quelques mois !, explique Emmanuel, membre du bureau de la coopérative. C’est une vraie satisfaction d’en arriver là, mais il reste une étape importante à franchir avant d’arriver en vitesse de croisière. »

 

L’apprentissage par l’erreur

C’est qu’ils ont connu des déboires, avant de mettre un outil de production sur les rails. Au départ, ils ont voulu se démarquer en proposant un fromage à base de lait cru. Mais le premier hiver, quand la ration des vaches est devenue essentiellement composée d’ensilage (de l’herbe fermentée), les taux de « butyriques » du lait sont montés en flèche. Ces petites bactéries dégagent du gaz lors de l’affinage, qui donne un goût rance au fromage et peut provoquer l’éclatement des meules. Dans l’urgence, ils modifient le cahier des charges, désormais sans recours à l’ensilage – une petite révolution dans les fermes. Thibaut, installé au lancement de la fromagerie, se rappelle : « Aujourd’hui tout le monde est fier de l’avoir fait, et personne ne songerait à revenir en arrière. Mais à l’époque, ça n’a pas été aussi simple que ça ! »

Sur le plan commercial aussi, les fermiers ont tâtonné. Emmanuel témoigne : « Au début, on livrait les petites épiceries, les restaurants... On passait un temps fou à arpenter la campagne pour livrer quelques meules par-ci par-là ». Depuis, ils livrent les grossistes et demandent aux commerces de s’y approvisionner directement, ce qui est plus pratique pour tout le monde. « Nous sommes partis tous azimuts pour vendre notre fromage. Nous ne réalisions pas que chaque canal de vente a ses propres codes. Nous avons pris quelques gamelles, mais depuis nous peaufinons notre stratégie commerciale. Et ça paye. »

 

 

L’esprit coopératif plus puissant que la recherche de la plus-value

Mais la vrai clé du succès reste la forte implication des membres autour d’un projet de territoire porteur de sens. « Ça a été pour nous un ressort plus puissant que la recherche de la plus-value », confie Charles Laurent, le président de la coopérative. Il avoue aussi que le projet les a transformés profondément, humainement comme professionnellement. « Quand je travaille, je ne pense plus "produire du lait", je pense "fabriquer et vendre un fromage". Et ça n’a pas les mêmes implications au quotidien sur ma ferme ! Nous avons énormément appris au travers des problèmes que nous avons eu à gérer, des rencontres que nous avons faites. Les épreuves que nous avons traversé ont soudé le groupe. C’est une aventure humaine que nous vivons au quotidien », confie-t-il, ému du chemin parcouru.

L’implication des membres de la coopérative est incontestable. Lors de la dernière assemblée générale, l’intégralité des fermes participantes au projet étaient représentées. Chacun en est reparti remotivé, nourri de cette énergie collective qui rappelle pourquoi chacun s’investit si fortement. En prenant du recul, ils reconnaissent avoir été un peu « fous » de s’embarquer dans une telle aventure, qu’ils se sont un peu laissés emporter par leurs idéaux. Mais aucun ne le regrette, comme si cela avait apporté une vrai plus à leur quotidien, un sens à leur vie, une bonne raison de se lever tous les jours pour aller faire la traite.

 

Une démarche bien plus ambitieuse que le label AB

Depuis plus de vingt ans, ces fermiers écrivent une histoire opposée à celle que les multinationales de l’agroalimentaire imposent aux territoires ruraux, animés par des valeurs à contre-courant du système industriel. Alors que le monde agricole se plaint des normes et des contraintes, ils ont adopté un cahier des charges encore plus strict que la norme AB (agriculture biologique) : pas d’ensilage, moins d’antibiotiques... Colette raconte que la charpente de la fromagerie a été construite en bois naturel par des artisans locaux. Les eaux souillées (lavage, chauffage du lait, etc.) sont retraitées sur place grâce à une mini-station d’épuration 100 % écologique. Des haies bocagères ont été plantées tout autour du bâtiment pour produire du bois-énergie. Et la chaleur nécessaire pour faire monter le lait en température est produite à partir d’une chaudière à bois déchiqueté.

Les coopérateurs ont également le souci de ne pas concurrencer les autres producteurs fermiers du coin. Ils prennent en priorité les marchés où ils ne gênent personne (grossistes, grande distribution, Biocoops...). Ils sont par ailleurs membres fondateurs de la Coopérative d’installation en agriculture paysanne du département (CIAP 53), pour favoriser l’installation de nouveaux paysans sur le territoire. C’est tout un écosystème qu’ils contribuent à mettre en place. Plus ce dernier grandit, plus ils se mettent à l’abri des grandes tempêtes économiques des marchés européen et mondial, et plus ils se dotent des moyens au service d’un modèle respectueux de l’humain et de l’environnement.

 

« Bio Power »

Charles Laurent va plus loin. Il parle d’une bataille culturelle, que l’agriculture bio est en train de gagner. Pendant longtemps, les fermes alentours regardaient les agriculteurs « bio » de travers, persuadés qu’ils ne tiendraient pas le coup économiquement. Le mythe productiviste était tellement ancré dans les mentalités, que toute ferme avec des rendements fourragers et laitiers en dessous de la moyenne était, théoriquement, condamnée à disparaître. Aujourd’hui, les fermes bio traversent la crise laitière avec de bons revenus, alors que la filière conventionnelle continue de se fracasser sur le marché dérégulé.

Désormais, tout le monde réfléchit à deux fois avant de critiquer les producteurs bio. Ils sont même de plus en plus nombreux à passer le pas. Le nombre de conversions vers l’agriculture biologique a ainsi atteint un record en 2016. La fromagerie bio du Maine est le prolongement de cette révolution culturelle à l’œuvre dans les fermes, au niveau agro-alimentaire et territorial. Une étape supplémentaire vers la nécessaire relocalisation de l’agriculture et de l’alimentation.

Pierre-Alain Prévost

 

 

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Source : https://www.bastamag.net

 

 

 

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