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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 17:53

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Le PSG menace de bétonner trois cents hectares de terres historiques

10 mars 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)

 

 

 

Site d’une grande richesse géologique, le domaine de Grignon (Yvelines) est un lieu de recherche historique agronomique, poumon vert de bonnes terres. Mais l’Etat veut vendre le terrain, sans doute au club de football Paris-Saint-Germain. La résistance grandit contre ce nouveau gaspillage de terres.

- Thiverval-Grignon (Yvelines), reportage

Que vaut un château du XVIIe siècle face à la promesse d’un vestiaire pour stars du football ? Combien de fossiles du lutétien pour une place de parking où rivaliseront les grosses cylindrées ? À Thiverval-Grignon (Yvelines), la terre pourrait bientôt se changer en pelouses synthétiques, et les tubes à essai en crampons.

C’est sur ce site, en grande partie consacrée à l’enseignement agricole depuis la création de l’Institution royale agronomique en 1826, que le club de football Paris Saint-Germain (PSG) nourrirait son prochain rêve de grandeur : après avoir constitué l’une des meilleures équipes de football du monde, le Qatar, propriétaire du PSG depuis 2011, veut désormais investir dans un nouveau centre d’entraînement.

 

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Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, en 2013, au Qatar.

18 terrains de football, un stade de 5.000 places et le parking correspondant, des boutiques, peut-être même un hôtel et des restaurants… Après avoir vu son rival lyonnais inaugurer « OL Land », son nouveau stade, il y a quelques semaines, le PSG compte faire démonstration de sa toute-puissance dans le championnat français : une enveloppe de 300 millions d’euros serait consacrée à ce projet, selon les informations du journal Le Parisien en décembre dernier. Soit 15 fois plus que le centre d’entraînement lillois, le dernier-né en la matière.

 

« Il n’y a aucune information, je n’en peux plus ! »

À l’étroit dans son cocon de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), où l’agrandissement est rendu impossible par la présence d’un camp militaire, le PSG aurait donc jeté son dévolu sur Grignon. L’information reste, pour l’heure, au conditionnel, tant les parties prenantes se font discrètes sur le sujet. Si le club parisien n’a pas répondu à nos sollicitations, le ministère de l’Agriculture se contente de confirmer que « le PSG est intéressé et a consulté le dossier », et qu’aucun autre acquéreur ne s’est manifesté. L’entourage du ministre, joint par Reporterre, l’assure : « Il n’y a pour l’heure aucune offre ni aucun compromis de vente signé. » Le site de France Domaine, service de l’État chargé de la gestion de ses biens immobiliers, n’indique aucune « cession en cours » ni « cession à venir » dans les Yvelines, où se trouve le domaine de Grignon.

Contacté par Reporterre, le député de la circonscription, David Douillet (LR), souligne le silence des autorités sur le sujet : « Il n’y a aucune information, je n’en peux plus ! » Proche du maire de Poissy, Karl Olive, il soutient une solution dans cette ville située dans le nord du département. Mais, pour la commune de Thiverval-Grignon, le match est déjà plié : « Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que ce choix semble ne plus faire de doute , était-il écrit dans le journal municipal de décembre, reste à savoir quand l’annonce sera faite. »

 

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Le château du XVIIe siècle (arrière-plan) et ses dépendances.

Le maire, Rémi Lucet, qui se dote actuellement dun golf contesté, y prépare déjà ses administrés : « Acceptons-le sans crainte, sans nous fermer », exhorte-t-il dans son édito du même mois. « C’est un jeu à plusieurs bandes entre élus locaux, avec une grosse lutte d’influence pour récupérer le pactole du PSG », commente un élu d’une commune voisine.

Dans les rues de cette bourgade rurale d’un millier d’habitants située à l’ouest de la plaine de Versailles, on reste dans l’expectative. « Il faudrait pouvoir peser le pour et le contre, mais nous n’avons pas trop d’informations sur le sujet pour l’instant », explique Stéphane, qui habite la commune depuis 1995. Habituée du centre équestre que le domaine héberge, Audrey se dit inquiète : « Selon ce que j’ai pu en lire, je ne vois pas comment le site garderait son charme ouvert sur la nature. »

 

Le célèbre classement des universités dit de Shangaï

Une seule chose paraît acquise actuellement : le départ du site des centres de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et d’AgroParisTech. Des générations d’ingénieurs ont pourtant fait leurs études et mené des recherches à Grignon. « J’y ai passé de belles années en tant qu’ancien de l’Agro », dit le directeur de cabinet de Stéphane Le Foll. Mais aucune de ces institutions ne figure dans le célèbre classement des universités dit de Shangaï. C’est dans ce contexte qu’est né il y a une dizaine d’années le projet de cluster scientifique et technologique de Saclay, qui vise à regrouper jusqu’à 25 % de la recherche scientifique en une seule entité, à 20 kilomètres au sud de Paris.

Créée officiellement en décembre 2014, l’université Paris-Saclay « paraît offrir les meilleures chances de figurer rapidement au sommet de cette élite mondiale, notamment par la somme de ses performances en termes de publications scientifiques », argumente Jean-Claude Thoenig, directeur de recherche émérite. De cette motivation découle donc le déplacement des instituts agronomiques, validé par un vote en conseil d’administration d’AgroParisTech en mars 2015. « Le déménagement est prévu pour septembre 2020 », dit-on au cabinet de M. Le Foll. Mais le projet est fortement contesté.

« Le regroupement n’a aucun intérêt, cela a été maintes fois prouvé que ce n’était en aucun cas un facteur de meilleure collaboration », souligne François Demichelis, membre du Costif, une association mobilisée contre le projet de Saclay. Les institutions visées connaissent également une opposition en interne : « C’est une vision digne des années 1970. S’il peut y avoir, pour les hautes technologies, un intérêt à rapprocher les entreprises des laboratoires – au bénéfice de qui, d’ailleurs ? – ce n’est pas le cas pour nos sciences agronomiques », détaille Cyril Girardin, ingénieur syndiqué à la CGT de l’Inra-Grignon.

 

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Le château de Grignon.
 

De centaines d’hectares de terres agricoles qui existent à Grignon, l’espace disponible pour les expérimentations se réduirait à quatre hectares à Saclay : « Nous n’aurons pas du tout les mêmes conditions de travail », insiste Cyrille Barrier, assistant à l’animation du pôle pédagogique de l’AgroParisTech-Grignon. Le PSG n’est que le moindre des soucis. « Le cœur de la lutte, c’est le déménagement à Saclay », observe Therry Dolléans, membre du conseil politique d’EELV 78. « C’est comme si vous demandiez à un zadiste si Bouygues serait préférable à Vinci. On ne discute pas de la couleur du tarmac ou de la hauteur de la tour de contrôle », résume Cyril Girardin.

Car c’est ce déménagement qui justifie, dans les discours officiels, la vente du site de Grignon. « On en a besoin pour boucler le financement de l’ensemble du projet de déménagement à Saclay », explique le cabinet du ministre. 35 millions d’euros, c’est le prix fixé par une évaluation récente du site. « Un prix-plancher, il ne pourra pas être acheté en-dessous, se fait-on rassurant au ministère de l’Agriculture. Il s’agit de le céder dans des conditions correctes, nous ne sommes pas aux abois. Mais c’est un site difficile à vendre du fait de ses contraintes. »

 

« C’est un site agronomique très particulier qu’on ne retrouvera pas ailleurs »

Une manière de confirmer que le domaine risque fort de quitter le giron public. Le risque de privatisation cristallise les résistances : « En tant qu’élue en milieu rural, je suis très attachée à cette notion de patrimoine, surtout lorsqu’il est aussi riche. Si l’État est prêt à vendre Grignon, que gardera-t-il à la fin ? » interroge Sophie Sauteur, conseillère municipale dans la commune voisine de Beynes.

En jeu, 300 ha d’un parc où se mêlent bois, jardins et terres agricoles. La partie forestière abrite une zone humide classée Znieff (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique, floristique). Un arboretum daté de 1873 et des jardins anglais font la réputation horticole du lieu : « C’est un patrimoine botanique séculaire », dit Michel Chartier, qui travaille aujourd’hui avec l’association L’Arbre de fer à l’entretien de ces espaces. Ancien ingénieur en bioclimatologie à l’Inra, il a travaillé pendant 23 ans sur ce lieu « remarquable » : « C’est un site agronomique très particulier qu’on ne retrouvera pas ailleurs, et sûrement pas à Saclay, où la terre est beaucoup plus uniforme. »

 

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L’arboretum d’AgroParisTech à Thiverval-Grignon.

Ancien professeur à l’Agro, Jean Vincent précise de son côté la caractéristique du sol : « Une terre plutôt calcaire, à des endroits plus argileuse, à d’autres plutôt limoneuse. Son hétérogénéité fait toute sa richesse. » Et explique notamment qu’elle ait servi depuis si longtemps à tant d’expérimentations, sur les parcelles Dehérain, indique Olivier Rechauchère, ancien élève à l’Agro : « Ces essais patrimoniaux engagés à la fin du XIXe siècle visent à analyser et à comparer des processus lents de minéralisation de matières organiques sur le long terme. Vouloir transférer ailleurs cette base de données est un non-sens complet. On ne pourra pas la refaire aujourd’hui en six mois ! »

 

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La Ferme de Grignon, qui commercialise sa production agricole.

Plus d’une centaine d’hectares de ces terres sont par ailleurs dédiées à la production agricole de la Ferme de Grignon, située en face du domaine. Leur vente serait « un acte supplémentaire dans le mitage des terres agricoles en Ile-de-France », déplore Xavier Morize, paysan installé à quelques kilomètres de Thiverval-Grignon. Avec la Confédération paysanne, il appelle à défendre « un bien commun de notre territoire ».

 

« C’est une autre forme d’urbanisation. Jusqu’où vont-ils raser ? » 

Outre tout ce patrimoine vivant, le site est mondialement connu pour la Falunière, une carrière géologique de 500 m2 riche en fossiles comptant plus de 800 espèces de coquillages, dont le cérithe géant, ou Campanilopa (Cerithium) giganteum (lire ici, page 13). « Ce lieu abrite un très grand nombre d’espèces particulièrement bien conservées », explique Didier Merle, paléoclimatologue au Muséum, qui énumère les géologues qui y ont travaillé depuis qu’un congrès international de géologie s’y est tenu en 1900. M. Merle rappelle l’importance d’« étudier le passé pour comprendre le présent » : « Ce n’est pas du patrimoine mort, bien au contraire, c’est un outil de travail indispensable. Les sciences virtuelles, ça n’existe pas, il faut toucher le fossile ! » L’arrivée du PSG est une menace évidente : « C’est une autre forme d’urbanisation. Jusqu’où vont-ils raser ? Aurons-nous encore un accès au site ? Si c’est pour faire un bunker à milliardaires… »

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 17:30

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Un rapport dénonce l’impunité des violences policières

14 mars 2016 | Par Michel Deléan
 
 
 

Armes dangereuses, techniques d'immobilisation mortelles : l'ACAT a étudié 89 cas de violences policières. Conclusion : l'opacité règne, et les enquêtes se terminent souvent sans condamnation ni sanction.

Les violences policières sont, à de rares exceptions près, peu médiatisées et rarement sanctionnées. C’est la conclusion d’une « enquête sur l’usage de la force par les représentants de la loi en France » menée par une association de défense des droits de l’homme, l’ACAT (Action  des chrétiens pour l’abolition de la torture).

Le rapport de l’ACAT (108 pages), dont Mediapart a pris connaissance, sera mis en ligne ce lundi matin (on peut le lire intégralement ici). L’étude a été menée pendant 18 mois par une juriste, Aline Daillère, qui a effectué un gros travail documentaire puis une analyse détaillée de 89 cas précis, avec entretiens à la clef.

La conclusion est sans appel. « On ne peut que constater un manque de volonté des autorités françaises à être transparentes sur les faits allégués d’usage illégal de la force et à débattre du sujet », écrit l’ACAT. L’association, qui va lancer une campagne au long cours sur ce thème – la première qu’elle consacre au cas français –, estime que des « modifications doivent de toute évidence être apportées ». « Des réformes législatives devraient ainsi encadrer plus strictement l’usage de certaines armes », écrit-elle, alors que l’air du temps est au tout-sécuritaire, et que les nouvelles lois visant à lutter contre le terrorisme permettront d’assouplir les conditions de la légitime défense pour les policiers et les gendarmes. 

 

A Lyon, en 2010 © Reuters A Lyon, en 2010 © Reuters

 

L’ACAT juge par ailleurs que certaines armes ainsi que des « techniques d’immobilisation » dangereuses devraient être interdites. Pour finir, l’association pointe « l’existence de graves défaillances dans les enquêtes administratives et judiciaires effectuées à la suite de plaintes pour violences policières ». Ces enquêtes étant menées par des services de police (comme dans l’affaire Ali Ziri, où des policiers ont enquêté sur d’autres policiers) ou de gendarmerie (comme dans l’affaire Rémi Fraisse, ou des gendarmes enquêtent sur d’autres gendarmes), l’indépendance et la neutralité ne sont pas entièrement garanties.

« Les exigences d’impartialité, d’effectivité et de célérité imposées par le droit international rendent nécessaire la création d’un organe d’enquête indépendant chargé d’examiner les plaintes mettant en cause un usage illégal de la force par les policiers et les gendarmes », lit-on dans le rapport.

 

Rémi Fraisse Rémi Fraisse
 
Ali Ziri © DR Ali Ziri © DR

L’ACAT demande également la publication du nombre d’enquête ouvertes et de sanctions prononcées dans ces affaires. Demander justice, pour une victime de violences policières, s’assimile en effet à un « parcours du combattant », déplore l’ACAT. La justice se montre pour le moins frileuse quand les forces de l'ordre sont mises en cause… alors qu’elle poursuit rapidement les victimes de violences policières pour “outrage” et “rébellion”. Et de fait, sur 89 affaires de violences policières suivies par l’association, seules 7 ont donné lieu à des condamnations de policiers.

 

L’opacité qui entoure le plus souvent les violences policières est également pointée par l’ACAT. Si le nombre de décès causés est assez faible, un par mois en moyenne pour la France, le nombre de blessés graves est élevé. Et ce sont surtout les jeunes et les personnes « issues de minorités visibles » qui sont victimes de ces violences.

Un chapitre du rapport est, par ailleurs, consacré aux armes « banalisées » mais dangereuses, comme le Flash-Ball et le lanceur de balles de défense (LBD) dont sont dotés policiers et gendarmes, et qui provoquent de graves blessures. L’ACAT recense ainsi 39 blessés graves (dont 21 éborgnés ou ayant perdu la vue) et un mort causés par l’usage de ce type d’armes légères.

Conclusion de l’ACAT : « Ces armes ne sont pas adaptées aux situations pour lesquelles elles sont prévues », et elles ne sont en outre pas indispensables. L’usage du Taser est également critiqué, ses conditions d’usage étant beaucoup trop souples, et sa non-létalité n’étant pas démontrée.

Un chapitre est également consacré aux grenades. Si les grenades offensives ont enfin été interdites depuis la mort de Rémi Fraisse, en octobre 2014 à Sivens, les grenades de désencerclement et les grenades lacrymogènes instantanées ont provoqué des blessures importantes, leur usage n’étant pas assez encadré et paraissant exagéré.

Enfin, les gestes d’immobilisation enseignés et pratiqués par les policiers sont aussi abordés, comme la technique dite du « pliage » et celle du « décubitus ventral », dangereuses, et qui devraient être « explicitement interdites ».

La longue liste des recommandations que publie l’ACAT en conclusion de son rapport retiendra, peut-être, l’attention des ministres de l’intérieur et de la justice…

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 17:19

 

Source : https://www.bastamag.net

 

Travailler autrement

Loin de l’agrobusiness, une coopérative favorise l’alimentation solidaire et l’économie locale

par

 

 

 

 

Structurer une filière de l’alimentation locale et biologique, depuis la transformation jusqu’à la distribution des aliments. C’est tout l’enjeu du Groupement régional alimentaire de proximité (Grap), une coopérative lyonnaise autour de laquelle gravitent des épiceries, des magasin de producteurs, des restaurants, des boulangers… Ensemble, ils mutualisent des moyens, s’entraident, se forment, le tout dans un état d’esprit d’économie solidaire. Et lancent de nouveaux projets avec la volonté que la consommation responsable change d’échelle. Reportage auprès de professionnels engagés.

Ici, pas de concurrence. Ni de célébration du self made man. On préfère la coopération et la solidarité : mutualiser un comptable, partager un logiciel informatique, se prêter un véhicule, plutôt que de se réjouir des difficultés d’autrui. Ici, c’est le « Grap ». Entendez « groupement régional alimentaire de proximité ». « Un groupement des gens qui entreprennent dans le secteur de l’alimentation biologique et locale en région Rhône-Alpes, dans un esprit social et solidaire », explique Kévin Guillermin, l’un de ses fondateurs. Le Grap est constitué en société coopérative d’intérêt collectif (Scic). « Plutôt que d’enchainer les heures, seul, on se met à plusieurs pour se sentir moins isolé, pour mutualiser les services, les moyens, se dégager du temps, et ne pas s’éparpiller. »

 

La coopérative regroupe déjà treize activités économiques – cinq épiceries bios, deux boulangers, deux restaurants, un magasin de producteurs, une structure de paniers bios, un agent commercial en vins naturels, une importatrice de produits méditerranéens. Leur point commun ? Un état d’esprit solidaire et coopératif, et une volonté de s’approvisionner en produits locaux et biologiques, via des filières courtes de préférence. Le groupement fédère toutes les activités du secteur de l’alimentation, à l’exception de la production agricole. Chacun paie une contribution en fonction de la richesse créée, pour accéder aux services proposés par le Grap. « Cela représente environ 15 % de la valeur ajoutée », précise Kévin Guillermin.

 

S’entraider et mutualiser, mais pas seulement

A quoi cette contribution sert-elle ? Les membres du Grap bénéficient de trois types de services. D’abord en gestion, en comptabilité ou en administration (contrats de travail, déclarations Urssaf, émission des fiches de paie...) ; ensuite une mutualisation des services informatiques (centralisation des commandes, bases de données...) ; enfin, un pôle se concentre sur l’accompagnement de l’activité (formations, stratégie, médiation). Depuis son lancement en janvier 2013, cette société coopérative d’intérêt collectif emploie quatre équivalent temps plein.

« Au delà des services que l’on propose, nous cherchons un effet vertueux, que les professionnels s’entraident », complète Kévin Guillermin. Prêt de véhicules entre adhérents, mutualisation de lieux de stockage... «  Il y a notamment un agent commercial en vin et bio. Les épiceries du groupement le consultent pour savoir comment élaborer leurs gammes de vin, illustre Kévin. Favoriser cette solidarité a du sens et les activités ont tout à y gagner. » Le périmètre de Grap est volontairement régional – 150 kilomètres autour de Lyon environ – afin de favoriser la synergie entre les différentes activités de la coopérative.

 

« Un supermarché en super mieux »

Marie qui gère le magasin Prairial, une épicerie coopérative bio installée à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, est régulièrement en contact avec les autres épiceries adhérentes. «  On se file les bonnes infos, on fait aussi un point toutes les six semaines pour améliorer les référencements de nos produits et le rapport qualité-prix, illustre-t-elle. Par exemple, nous commandons tous chez le même grossiste ce qui allège les coûts pour tout le monde. Et puis le fait d’aller le visiter ensemble nous donne plus de poids et de crédibilité. » Sans l’appui du Grap, il n’est pas sûr que le magasin bio, une ancienne coopérative de consommateurs créée il y a 40 ans, aurait pu se développer. « Même si nous sommes très motivés, ce n’est pas possible de tout apprendre du jour au lendemain. » L’accompagnement comptable ou juridique a été d’une grande aide. Avec ses associés, Marie a le projet de faire du magasin un lieu de vie et d’échanges, et pas seulement de consommation.

L’enjeu est aussi d’expérimenter de nouveaux projets. C’est le cas avec la super Halle de Oullins, une initiative à laquelle participe le Grap sur le plan financier, juridique et commercial. Ouvert depuis février 2014 dans le sud-est du Rhône, ce supermarché rassemble dans un même lieu un magasin de producteurs en vente directe, une épicerie de produits biologiques et un espace traiteur et restauration. « Comme un supermarché en super mieux ! », clame le slogan affiché par la halle hors-norme.

 

 

Même sans expérience, c’est possible

« La super Halle, c’est un projet monté sur 18 mois au cours desquels tout est allé très vite, explique sa coordinatrice Johanne Ruyssen. Par ses compétences techniques, le Grap a mesuré les risques et réalisé un business plan. Il était là pour canaliser, réorienter, poser les bonnes questions... En bref, nous aider à lever le nez du guidon. » Avec la volonté, malgré le changement d’échelle, de préserver la qualité des aliments tout en donnant la possibilité aux producteurs de libérer du temps.

Se lancer dans un projet d’activité économique, « c’est une démarche solitaire, cela peut être anxiogène », prévient Kévin Guillermin. « Tout l’enjeu c’est de trouver des cadres qui fassent que l’entrepreneuriat soit possible et accessible. » Deux jeunes de 22 et 25 ans ont été accompagnés pour reprendre une épicerie en Haute-Loire. « Le commerce, ça ne s’improvise pas, souligne Patricia, co-gérante de l’épicerie Cœur d’Artichaud. La méthodologie proposée par le Grap rassure les nouveaux entrepreneurs. Cela permet de se connaitre aussi, de se dépasser parfois, de s’adapter, de changer aussi et puis d’avoir une meilleure estime de soi tout en participant à un changement de mentalités ». A la Halle de Oullins, deux gérantes ont été recrutées « sans avoir d’expérience dans le milieu ».

 

Un effet levier pour l’économie sociale

Autre défi : que chacun puisse continuer ensuite à se former. « Imaginez une personne motivée qui monte son épicerie et qui se retrouve à tenir une caisse. Quelles perspectives lui offrir ensuite en termes de mobilités professionnelles ? », pointe Kevin Guillermin. C’est la raison pour laquelle le Grap propose des formations en hygiène et sécurité alimentaire, en gestion financière et en œnologie.

D’autres formations pourraient suivre, à condition de surmonter certains obstacles, comme des frais de fonctionnement assez lourds au départ. Si son équipe parvient désormais à se rémunérer, l’objectif pour le groupement est d’être à l’équilibre d’ici fin 2016. Le GRAP perçoit notamment des financements publics pour développer le projet [1]. « Soutenir le Grap revient à aider plusieurs activités, c’est un projet levier, défend Kevin Guillermin. Nous voulons faire la démonstration de notre propre modèle avant d’envisager de l’essaimer dans d’autres secteurs. »

Texte et photo de une : @Sophie_Chapelle

- Plus d’infos : www.grap.coop, Prairial et la Super Halle

- Lire aussi notre article sur les coopératives d’activités et d’emplois

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 16:35

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Ce que disent les insurgés du hashtag

14 mars 2016 | Par christian salmon
 
 
 

Le succès de la pétition « Loi Travail : non, merci ! » et l’explosion du hashtag #OnVautMieuxQueCa dépassent l’enjeu du débat sur la réforme du code du travail. Loin des conservatismes, les insurgés du hashtag éclairent une vérité masquée : le travail est une planète où l'on se fait trop souvent humilier.

« Un million de signatures sur Internet, une manifestation partie de la base, des mouvements citoyens qui se créent un peu partout… C'est multiple, multiforme, inclassable », analysait à chaud la députée écologiste Isabelle Attard, présente à la manifestation du 9 mars. Inclassable, insaisissable, débordant de toutes parts la routine des revendications catégorielles, les prévisions de la police et les évaluations blasées des JT au soir des manifestations, la marguerite de la protestation contre la loi sur le travail a fini par éclore au moment où l'on ne l’attendait plus, passé le dernier virage du quinquennat, dans ce suspens des agendas politiques qui précède sous la Ve République le lâcher des ambitions présidentielles.

Les états-majors politiques toujours prêts à parier sur la peur du chômage, la précarité des emplois, la division des syndicats pour gagner la paix civile, n’en sont pas revenus : c’était le premier mouvement social contre un gouvernement socialiste. Manuel Valls s’efforça comme à son habitude de refiler le mistigri de l’archaïsme aux opposants au projet de loi. Il décrivit le conflit, sans craindre la caricature, non pas comme une opposition entre deux conceptions du droit du travail, mais carrément comme un combat entre le XIXe et le XXIe siècles, ignorant qu’aucune loi globale du travail n’existait au XIXe siècle et que le droit du travail s’est constitué au fil des luttes du mouvement ouvrier pendant tout le XXe siècle, du Conseil national de la Résistance jusqu’à la loi sur les 35 heures.

 

Place de la Nation, mercredi 9 mars 2016 © Rachida EL Azzouzi Place de la Nation, mercredi 9 mars 2016 © Rachida EL Azzouzi

 

Quant aux mutations du travail au XXIe siècle, le projet de loi n’en dit quasiment rien. Rien sur les nouvelles trajectoires du travail et de l’emploi à l’heure du numérique, rien sur la robotisation ou les dérives du statut d’auto-entrepreneur. Depuis janvier 2016, le gouvernement avait pourtant dans ses tiroirs un rapport du Conseil national du numérique sur les nouvelles trajectoires d’emploi ouvertes par la révolution du numérique.

Nicolas Colin, l’un des experts français de l’économie numérique, proche d’Emmanuel Macron, déplora dans un article que le projet de loi ne s’intéresse pas plus aux mutations du travail engendrées par la mondialisation, les logiciels, les robots, la commutation... et qu’il ne dise presque rien d’enjeux aussi importants que les nouvelles formes de travail non salarié, le marché immobilier, et le rôle des start-up dans la création de valeur. Cet expert concluait que loin d’ouvrir la voie à un code du travail du XXIe siècle, ce projet de loi s’inscrivait dans la logique d’un règlement de comptes imposé par le patronat et propre à la vieille économie fordiste (son article, en anglais : Behind French Labor Reform, A Clash of Modernizers).

  • Frank Underwood et le Baron noir

Incapable d’engager une réflexion sérieuse et un dialogue avec la société, le gouvernement a fait la preuve de son incapacité à faire vivre la démocratie à l'ère des réseaux sociaux. Bousculé par le succès de la pétition « Loi Travail : non, merci ! » et l’explosion virale du hashtag #OnVautMieuxQueCA, le service d'information du gouvernement (SIG) créa un compte Twitter pour défendre le projet de loi.

Son premier tweet rédigé dans le style des petites annonces des sites de rencontre, loin d’apaiser la colère des opposants à la loi, déchaîna les rires et les sarcasmes : « Bonjour Twitter, je suis le projet de #LoiTravail. On parle beaucoup de moi mais on me connaît mal. Et si on faisait connaissance? » « Sur ce compte, je vous dis tout ! », enchaînaient, aguicheurs, les community managers de Matignon là où il aurait été si simple d’ouvrir un espace de dialogue et d’écoute. C’était rajouter l’infantilisation à l’humiliation.

Pierre Gattaz, le président du Medef, se chargea d’achever la campagne de Matignon en se félicitant de la création de ce compte qui renvoyait vers le « vrai » projet de loi #AlireATêteReposée. C’est ce qu’on appelle en matière de performance numérique un « epic fail ! », un échec retentissant. Loin d’éclaircir les termes du débat, le gouvernement s’embourba dans des oxymorons dignes de Orwell, affirmant que faciliter les licenciements, c'était bon pour l'emploi.

À bout d’arguments, on envoya au charbon Malek Boutih, le Frank Underwood du valssisme, faire vertu de son cynisme et se vanter de ses états de service passés en matière de manipulation : « Je sais très bien comment des politiques peuvent essayer d’instrumentaliser la jeunesse pour des débats internes. » Les « barons noirs » du PS, habitués à tirer les marrons du feu de tous les mouvements de contestation depuis 1981, en furent pour leurs frais : cette fois, le mouvement leur échappait. Ils n’en comprenaient ni la croissance exponentielle, ni les formes d’expression, ni le ressort puissant qui crevait pourtant les écrans : la dignité !

Les experts se frottaient les yeux devant ce mouvement sans leader et sans précédent, né sur Internet d’une poignée de YouTubers et d’une énième pétition, autant dire de la dernière pluie. Mais voilà : plus d’un million de signatures en quelques jours pour la pétition « Loi Travail : non, merci ! », cela fait réfléchir. On s’en remit aux métaphores éculées, aux analogies historiques (le CPE), aux habituels calculs (le calendrier des vacances)… Mais le mal était fait.

« La révolte sur les réseaux sociaux a révélé la fragilité du pouvoir », affirme Elliot Lepers, le co-initiateur de la pétition « Loi Travail : non, merci ! » avec Caroline De Haas qui, elle, souligne le caractère irréversible de la rupture avec ce gouvernement : « Ils sont allés tellement loin dans le mépris qu’ils ont franchi le seuil de l’intolérable. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de toutes les frustrations accumulées depuis le pacte de responsabilité, la loi sur l’état d’urgence, la déchéance de nationalité. »

 

Loin du syndicalisme de revendication, une politique acoustique

Tout est parti d’une discussion entre YouTubers, partageant un souci commun de se réapproprier le débat politique, en s’efforçant de donner du sens, de contextualiser les débats d’actualité, d’ouvrir de nouveaux espaces de discussion. L’idée était de libérer la parole, de déborder le strict agenda politicien pour engager la conversation sur Internet. Il y a Usul, ex-chroniqueur de jeux vidéo qui offre des monographies de figures intellectuelles ou de concepts, Histony, qui propose des « réflexions critiques pour comprendre pourquoi l'histoire se raconte de la façon dont on la raconte ». Depuis octobre, « Le fil d’actu » s’est lancé dans un travail d’analyse de l’actualité ainsi que « Osons causer », la chaîne YouTube qui parle politique, sociologie, économie et philosophie (notre article ici).

« Le pari, c'est toujours de rendre contagieuse une conversation à travers des cercles concentriques », analyse Ludo, l’un des trois animateurs d’Osons causer. Au départ nous nous sommes rencontrés pour créer un espace de résonance entre nos différentes chaînes. La loi travail est arrivée dans cette discussion comme une invitation : une invitation à témoigner, à raconter, à débattre sur les conditions de travail. Au cours de la discussion, l’un d’entre nous qui était en train d’énumérer la longue liste des humiliations au travail, la précarité, le harcèlement, le burnout, les heures sup' non payées, les maladies professionnelles, les accidents du travail, a répété à deux ou trois reprises : “On vaut mieux que ça !”. »

« En bon lecteur de Lacan, explique Ludo, il m’a semblé que ce hashtag résonnait bien : qui est “on” ? Le “on” ouvre un horizon, c’est un espace ouvert de projection. Le “ça”, c’est l’univers des pulsions dans lequel la société veut nous maintenir et nous ramener. C’est un espace où l’on a peur du chômage, de la crise bien sûr, mais aussi de l’autre : le patron a peur du banquier qui doit lui faire crédit, le manager du patron, le chef d’équipe du contremaître, et le salarié du contremaître. C’est une pyramide de peurs et d’humiliations… »

 

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Le hashtag : #OnVautMieuxQueCA se classait dès le premier soir au vingtième rang au niveau mondial, du jamais vu pour un hashtag français. Loin d’assener des mots d’ordre à coups de mégaphone, il libérait la parole de milliers d’internautes, plus de 200 000 tweets échangés qui dressaient un tableau effarant de la souffrance au travail. Un cri du cœur qui s’est répandu comme un virus. Une parole multiforme, alternant textes, enregistrements audio et vidéo, mêlant récits de la vie au travail, manifestes, protestations, mais aussi espoirs, savoirs acquis au travail. Un montage rap oscillant entre ironie et colère, espoir et désirs, un cahier de doléances géant : cela déborda dans la rue le 9 mars par centaines de milliers de manifestants, au nez et à la barbe d’un état d’urgence soudain suspendu.

La boucle du soi-disant « virtuel » et du prétendu « réel » était bouclée, coupant l’herbe sous les pieds de la docte ignorance médiatique qui commençait déjà à s’éclaircir la voix en s’essayant à des distinguos entre le clic et le vote, le numérique et le réel, la spontanéité et l’organisation.

 

  • Le soulèvement de la vie

C’est à cette capacité de « débordement » (contrairement aux expressions toutes faites des médias sur les violences de fin de manifestation) qu’on mesure la richesse d’un mouvement social et pas seulement au nombre de ses manifestants. À sa capacité de surprendre, de sortir du lit des négociations salariales, de déborder le cadre institutionnel, réglementaire ou intellectuel dans lequel on a l’habitude de penser les luttes, les formes d’organisation.

L’histoire du mouvement social n’est rien d’autre que ce débordement, cet écartement, ce soulèvement de la vie par lequel une société se rend visible à elle-même, dialogue avec elle-même, sort de l’ombre et de la nuit une partie d’elle-même. C’est la différence entre des lobbies qui défendent des intérêts catégoriels et négocient dans l’ombre, de manière occulte, et un mouvement social qui rend visibles non seulement ses acteurs, mais leurs expériences concrètes, leurs formes de lutte et de vie. De la grève des mineurs de Clairvaux aux manifestations de Mai-68, des occupations d’usine de 1936 à celles des places publiques de Madrid, New York, Athènes… sans oublier le printemps arabe de 2011, c’est l’histoire des luttes et des formes d’organisation qu’elles engendrent.

Cette histoire, tout autant que l’histoire de l’art, retrace les transformations du rapport au temps et à l’espace induites par les révolutions industrielles, économiques, technologiques, écologiques, mais qui sont aussi des enjeux de lutte et d’appropriation. Marches. Sit-in. Occupations des terres, des usines, des places publiques. Occupation des lieux de vie et de travail. Contrôle et réappropriation du temps : débrayage, ralentissement des cadences, grève perlée ou totale. Défendre un autre rapport au temps et à l’espace, c’est le propre d’un mouvement social.

C’est en établissant les coordonnées spatio-temporelles du mode de production capitaliste au XIXe siècle – la manufacture et la journée de travail – que Marx peut tout à la fois mettre à jour la logique de l’accumulation capitaliste et délimiter l’enjeu et le champ des luttes à venir pour le salariat. Les syndicats se sont approprié les règles du nouveau salariat en imposant des règles de négociation collective, en formalisant le contrat de travail, en pesant de toutes leurs luttes sur la valeur de la force de travail. Marx avait compris que le salariat, qui ne représentait alors guère plus que 10 % des travailleurs, allait devenir la forme majoritaire de travail aux dépens de l’artisanat et de la paysannerie. Loin de prôner un retour en arrière, il s’appuyait sur ce mode de production pour dégager les enjeux de la lutte de ce nouveau salariat : le prix et les conditions de travail.

Depuis le début des années 1980, de nombreuses études ont analysé la crise des grandes organisations bureaucratiques et hiérarchisées et l’effondrement du modèle fordiste lié au capitalisme industriel de l’après-guerre, au profit d’un nouveau modèle d’entreprises décentralisées et flexibles, structurées en réseaux et centrées sur leur cœur de métier. Soit une organisation constituée d’agents autonomes, capables de prendre des décisions et de s’adapter à un environnement incertain. La nouvelle entreprise est souvent comparée à une agence de projets, à l’instar des productions d’Hollywood, impliquant un mode de coopération limité dans le temps et dans l’espace, marqué par la logique performative des coups (que le marketing appelle « expériences ») et qui exclut la série, le statut, la carrière.

 

Les mythes du néolibéralisme

L’explosion des nouvelles formes de travail indépendant, la précarisation des emplois, la robotisation et les nouvelles trajectoires du travail numérique ont détruit la communauté de travail. Elle entraîne des transformations du rapport au travail bien pires que le bouleversement qu’avait entraîné l’enrôlement de la paysannerie dans la manufacture au moment de la révolution industrielle. Les carrières qui se développaient dans la même entreprise vont disparaître : on parle désormais de « post-corporate career ».

Selon Richard Sennett, la culture du nouveau capitalisme avait besoin d’« un nouveau moi, axé sur le court terme, focalisé sur le potentiel, abandonnant l’expérience passée ». Quelles valeurs et quelles pratiques peuvent souder les gens, se demandait Richard Sennett, quand les institutions dans lesquelles ils vivent se fragmentent ? Comment gérer les relations à court terme tout en migrant sans cesse d’une tâche à l’autre ? Comment acquérir les nouvelles compétences ? Car la plupart des gens ne sont pas ainsi, soulignait Richard Sennett : « Ils s’enorgueillissent de bien faire quelque chose de précis, et ils prisent les expériences qu’ils ont vécues. » Et surtout : « Ils ont besoin d’un récit de vie durable. »

 

Proposition d'affiche sur le hashtag #OnVautMieuxQueCa Proposition d'affiche sur le hashtag #OnVautMieuxQueCa

 

La révolution néolibérale va sonner le glas de toutes les mobilisations, qu’elles soient protestataires ou au contraire productives. « L’appréhension professionnelle a tout envahi, écrivait en 1996 un collaborateur du New York Times. Elle dilue l’estime de soi, fait éclater les familles, fragmente les communautés et modifie la chimie des lieux de travail. »

Si le besoin d’un récit de vie durable ne peut plus être satisfait, cela appelle donc l’adhésion à des récits nouveaux, susceptibles d’héroïser un moi flexible, libéré du temps long, ouvert à toutes les métamorphoses. Ce que le sociologue Zygmunt Bauman thématisera en 2000 avec le concept de « modernité liquide » : la vertu ne pouvait « plus résider dans la conformité aux règles – qui de toutes façons sont rares et contradictoires –, mais dans la flexibilité : l’aptitude à changer rapidement de tactiques et de style, à abandonner sans regret ses engagements et ses loyautés, à profiter des occasions dans l’ordre de ses préférences personnelles ».

Le défi dès lors n’est plus de « rester soi-même » dans un environnement changeant, mais de changer sans cesse et de s’adapter aux circonstances fluctuantes de la vie. Une obligation susceptible d’être acceptée comme une nécessité économique à condition d’apparaître aussi comme un fait culturel, une nouvelle mode ou un roman.

« Tout ce que l’on peut savoir du capital humain, écrit le philosophe Michel Feher, c’est qu’il cherche à s’apprécier, de sorte que sa vie peut être envisagée comme une stratégie visant à l’appréciation de soi ; que chacune de ses conduites et chaque événement qui l’affecte, dans n’importe quel registre existentiel, sont susceptibles de l’amener à s’apprécier ou à se déprécier ; qu’il est donc possible d’agir sur lui en lui proposant des conduites valorisantes et des modèles d’estimation de soi capables de modifier ses priorités et d’infléchir ses choix stratégiques. La condition néolibérale définit chaque individu comme un stock de compétences innées et acquises, prodiguées et conquises, actuelles et potentielles ou, mieux encore, comme un stock de compétences soucieux de s’apprécier, ou si on préfère de conjurer sa dépréciation. »

Au même moment, L’Oréal invente le slogan « Parce que je le vaux bien » – « Because I'm worth it » – traduit dans plus de quarante langues et qui deviendra la devise du sujet néolibéral. En 1999, Malcolm Gladwell affirmait dans un article du New Yorker : «“Parce que je le vaux bien” a pris un sens qui va bien au-delà de l’intention initiale. » Qui est ce sujet en effet qui prétend juger de sa valeur ? S’autoévaluer ? S’apprécier ? La formule mérite d’être qualifiée de performative au sens des théoriciens des actes de langage dans la mesure où si j’affirme « Parce que je le vaux bien », c’est que j’estime que cette proposition sera accréditée, reconnue et partagée par d’autres que moi, c’est-à-dire que s'instaure un cercle vertueux où l’estime de soi, la confiance en soi, le crédit que je me fais, d’autres vont me l’accorder et augmenter ainsi mon crédit. 

À la même époque, les conseillers du New Labour appellent à la « régénération culturelle » : un langage imprégné de religiosité et inspiré par les discours de Tony Blair, pour qui « l’art et la culture sont une source de régénération morale et spirituelle et le moyen de créer de meilleurs citoyens ». Ce discours devint la nouvelle utopie sociale, une mythologie qui puisait ses héros et ses dieux parmi les figures médiatiques de la mode et du show business, dont le succès prouvait que l’on pouvait s’en tirer, même en temps de crise, à condition d’avoir du talent. Dans le nouvel imaginaire travailliste, la « factory » d’Andy Warhol éclipsait l’« usine » de Karl Marx.

Ce glissement symbolique et sémantique allait imprégner à la fois l’analyse économique de la nouvelle équipe travailliste et sa stratégie politique. Le gourou de Tony Blair, l’économiste Charles Leadbeater, affectionnait particulièrement les métaphores cinématographiques. Selon lui, la production des entreprises obéissait aux mêmes lois que la production cinématographique : beaucoup de scénarios sont écrits, mais quelques-uns seulement aboutissent à un film ; un phénomène décrit comme une « hollywoodisation » du marché du travail. En pleine crise de récession, il invitait les jeunes Britanniques à devenir des entrepreneurs culturels « résilients », considérant la perte d’un emploi comme l’échec d’un scénario et s’empressant d’en écrire un autre qui trouverait son producteur.

 

La planète du discrédit

C’est cette mythologie que mettent à mal la campagne des YouTubers et le mouvement social qui est en train d’émerger. C'est une logique non pas de contestation mais de renversement et de surenchère. Au slogan de la révolution néolibérale, “Parce que je le vaux bien”, ils retournent le compliment en clamant comme le fait toute valeur boursière qui se respecte sur le marché des cotations : on vaut mieux que ça.

Loin des habituelles revendications syndicales, les insurgés du hashtag ne demandent rien, ils ne s’indignent même pas comme les Indignados de la Puerta del sol, à Madrid, ils affirment au contraire leur dignité inflexible. Une butée opposée au culte néolibéral de la performance. La dissémination virale du hashtag #OnVautMieuxQueÇa n’est pas un brillant coup de com' mais le renversement d'une idole, la mise à nu d'un idéal type : le sujet néolibéral, liquide, flexible, transformable.

 

On vaut mieux que ça © On vaut mieux que ça !

 

Loin des conservatismes stigmatisés par la presse néolibérale, ils ne réclament même pas le maintien de prétendus « avantages acquis » mais dénoncent l’archaïsme des conditions de travail et l’exploitation caricaturale des petits boulots. « Leurs récits, écrit Martine Orange (son article est ici), témoignent d’un monde du travail en miettes, d’une jungle sans loi, où règne une violence inouïe. Ils racontent leur vie en forme d’impasse, les mois de chômage rythmés par les visites à Pôle emploi, briseur d’espoir et d’énergie, les galères où s’enchaînent stages, CDD, intérim. Même en 140 caractères, ils parviennent à témoigner d'une réalité d’angoisse, parfois de désespoir, de ségrégation, une violence au travail inouïe, dont nous, journalistes, n’avons pas su donner la mesure jusque-là. »

Ce qu’a en commun cette génération, c’est un terrible apprentissage : le travail est une planète où on se fait humilier. Ils n’expriment aucune nostalgie pour un âge d’or fordiste, des statuts et un salariat que, pour la plupart, ils n’ont connu que sous la forme de CDD. Ils prennent simplement au mot le mythe néolibéral de l’auto-entrepreneur flexible pour le ramener sur terre, dans les conditions concrètes du travail précaire, là où règnent non pas la flexibilité mais la rigidité des contraintes d’horaires, non pas la mobilité mais l’arraisonnement dans le temps et dans l’espace, l’assignation au travail de nuit, la servitude des emplois précaires, l’exploitation des heures supplémentaires non payées, bref une liberté qui n’est que précarité.

En 1977, l’écrivain américain Don DeLillo imaginait dans son roman Joueurs une entreprise qu’il baptisa Grief Management Council. Son objet ? Le management de la douleur. Chez Grief Management régnait la flexibilité : « Le nombre d’employés variait, parfois radicalement, d’un mois à l’autre. Tout paraissait d’autant plus flottant que l’espace de travail était sans cesse modifié. Des ouvriers fermaient des secteurs par des cloisons, en ouvraient d’autres, emportaient des classeurs métalliques, apportaient des sièges et des bureaux. On aurait dit qu’ils avaient reçu l’ordre de régler la quantité de mobilier sur le niveau de souffrance nationale. »

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 17:57

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

"Merci patron !" censuré au "Parisien" : "La liberté de la presse est menacée"

 
 
 
 
Dans un communiqué, des syndicats de journalistes du "Parisien" dénoncent la "censure" dont a été victime selon eux le film "Merci patron !" de François Ruffin dans leurs pages. Pour le fondateur du journal "Fakir", ce nouvel épisode confirme bien que l'on a "essayé de passer le film à la trappe".
 
Bernard Arnault est le propriétaire des quotidiens "Le Parisien", "Aujourd'hui en France" et "Les Echos". DR/Sipa/montage Marianne
 
 
 

François Ruffin, journaliste et réalisateur du film Merci patron !, a vraiment bien choisi son titre. Car depuis la sortie en salle de cet Ovni cinématographique, les efforts déployés pour le censurer ont eu l'exact effet inverse. Lui garantissant au contraire un maximum de visibilité médiatique. Après l'annulation à la dernière minute de l'invitation du fondateur et rédacteur en chef du journal Fakir sur Europe 1 qui, face à l'émotion suscitée, l'avait finalement réinvité face à un Jean-Michel Aphatie remonté comme un coucou, des syndicats du journal Le Parisien ont publié ce mercredi un communiqué intitulé "Le film Merci patron ! censuré au Parisien".

Conjointement signé par le SNJ, FO, SNJ-CGT et la SDJ, le communiqué dénonce la décision "assumée" du directeur des rédactions, Stéphane Albouy, de ne pas parler du film : "Ordre a été donné aux confrères du service culture-spectacle qui avaient visionné le long métrage de ne pas le chroniquer, fût-ce en 10 lignes. De même a été repoussée plus tard une proposition de sujet du service politique sur le buzz suscité à gauche par le film sous prétexte qu’il s’agissait 'd’un sujet militant', 'et qu’il y avait d’autres sujets prioritaires ce jour-là'. L’argument est étonnant car s’il ne faut plus parler dans nos colonnes des actes militants, la rubrique politique a-t-elle encore une raison d’être ?". Plus qu'un cas de censure, les journalistes parlent "d'auto-censure" pour éviter, semble-t-il, de …Bernard Arnault. Le patron de LVMH est en effet au centre du film de François Ruffin. 

 

 

Selon les syndicats du Parisien, Stéphane Albouy aurait justifié sa décision par sa volonté de ne "pas, même en 10 lignes, faire la promotion d’un procédé déloyal, malhonnête qui a instrumentalisé les Klur", ce couple licencié par une filiale d'LVMH qu'accompagne Ruffin dans sa croisade contre Bernard Arnault. "Au final, le choix retenu est toxique : le silence pour lequel a opté le directeur de la rédaction est un message dangereux envoyé à l’actionnaire LVMH", conclut le communiqué

"Ils ne peuvent plus nier qu'ils ont essayé de passer mon film à la trappe"

"Je ne veux pas me poser en martyr des médias mais il y a un certain nombre de cas d'auto-censure dans la presse. Nous en avions l'intuition avant la sortie du film. Cela ne fait que les confirmer", analyse François Ruffin, contacté par Marianne. Et de saluer le "courage" des journalistes du Parisien d'avoir mis sur la place publique les agissements de leur directeur des rédactions. Pour le fondateur de Fakir, l'épisode d'Europe 1 suivi de ces nouvelles révélations démontrent bien que "la liberté de la presse est menacée par la détention de la propriété des moyens de production par ces grands capitalistes qui se connaissent, se côtoient… Ils ne peuvent plus nier qu'ils ont essayé de passer mon film à la trappe". Le réalisateur rapporte aussi cette anedocte au sujet d'un journaliste d'un média national qui, après avoir visionné Merci patron !, lui a confié que son film "donne envie de devenir bolchevique mais que malheureusement, il ne pourrait pas en parler au risque de faire perdre les budgets publicités à son journal".

Reste que si Ruffin remercie "chaleureusement" Largardère, Arnault & co "pour ce plan de communication" qui a permis à son film de faire le "buzz", il souhaite maintenant passer à une autre étape : "On parle beaucoup de 'Merci patron !' grâce à cette grossière censure dont il est victime. J'aimerais bien qu'on en parle sur le fond aussi, qu'il soit pris au sérieux comme un objet de débat. Ce film pose un certain nombre de questions, politiques, économiques ou sur la précarité". Des problématiques qui, fait-il remarquer, entrent en totale résonnance avec la loi El Khomri."Moi, par exemple, je suis disponible pour faire un débat avec Dominique Seux (Directeur délégué de la rédaction des Echos, également propriété de Bernard Arnault, ndlr) sur ce que soulève mon film".  L'invitation est lancée...

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 21:01

 

 

Source : http://fakirpresse.info

 

 

Nuit rouge : le 31 mars, on ne rentre pas chez nous !

par L’équipe de Fakir

 

On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Vous avez bien ri et applaudi à Merci patron ! Super. Mais ce film, c’est un élan, il est fait pour qu’on décolle nos derrières des fauteuils, pour qu’on se dresse avec espoir et colère.

Alors voilà : le mercredi 9 mars, on vous propose d’être dans les cortèges et de distribuer ce tract.
Pour préparer le jeudi 31 mars.
Et que, ce jour-là, au-delà de la manif, on essaie ensemble quelque chose.

Imprimez-le.
Diffusez-le dans votre ville.
Envoyez-nous des photos.

Sans vous, on ne peut rien. Avec vous, on peut beaucoup.
Et c’est pour ça qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

François Ruffin et toute l’équipe de Fakir.

PDF - 1.4 Mo
Nuit rouge : le tract

Le jeudi 31 mars : On ne rentre pas chez nous !

On a décidé ça, avec des nanas de la CGT et des gars de Solidaires, avec des intermittents et précaires, avec des lycéens et des étudiants, un collectif informel, mais avec quand même un millier de présents à la Bourse du travail :
le jeudi 31 mars, on participe à la manif nationale à Paris. Mais après le défilé, on ne rentre pas chez nous. On occupe une place, un lieu, on verra bien où. On fait une projection géante de Merci patron !, à rigoler tous en chœur. On se fait des concerts pour la bonne humeur. Et aussi, surtout : on cause. On essaie d’inventer un truc, un point de fixation des espoirs et des luttes.
Donc, vous prévoyez le sac de couchage et le bonnet !

 

Patrons malpolis : jamais un « Merci ! »

Quoi de neuf avec la loi El Khomri ? Rien : voilà trente ans que, d’un gouvernement à l’autre, ils répètent les mêmes recettes. Voilà trente ans qu’ils demandent aux salariés, et jamais au capital, de « s’adapter », de se « moderniser ». Voilà trente ans qu’ils flexibilisent, compétitivent, précarisent, tempartiellisent, allègefillonisent, ANIsent, CICEisent, etc. Avec quoi, pour résultat ? Un chômage toujours plus de masse. Et des patrons malpolis, qui ne disent jamais « merci » !
Au-delà de la dernière contre-réforme, c’est à toute cette histoire qu’il faut tourner la page.
 

La « gauche de droite », ça suffit.

 

Le samedi 12 mars : Merci patron !, la suite

Ce samedi 12 mars se tient à Amiens « le réveil des betteraves », avec la Compagnie Jolie Môme, l’Arrache fanfare, les Sapag, Frédéric Lordon (économiste) et Mickaël Wamen (délégué CGT de Goodyear).
François Ruffin (rédac’chef de Fakir) viendra y raconter la suite, pas montrée sur grand écran, de Merci patron ! : « Bernard, ses barbouzes et moi ».
Et ensemble, on viendra imaginer une suite à Merci patron ! : qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, maintenant ?

Sans vous, on ne peut rien. Avec vous, on peut beaucoup.
Et c’est pour ça qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

Rouges et verts : tous ensemble !

Le Code du Travail et la pollution, les Goodyear et Notre-Dame-des-Landes, c’est un seul et même combat : contre l’oligarchie.
Comme on l’écrivait y a une paire d’années :

On le sait, désormais : ils iront jusqu’au bout. Ils raseront les forêts. Ils videront les mers des thons, des baleines, des sardines. Ils pressureront les roches. Ils feront fondre les pôles. Ils noirciront l’Alaska. Ils réchaufferont l’atmosphère jusqu’à ébullition. Ils nous vendront un air coté en Bourse. Ils affameront des continents. Ils sauveront les banques avec nos retraites. Ils solderont les routes, les îles, les jardins publics au plus offrant. Ils spéculeront sur nos maisons, notre santé, notre éducation. Ils mettront, à force de stress, la moitié des travailleurs sous antidépresseurs – et l’autre moitié au chômage. Ils lèveront des impôts sur nos égouts, nos chaussettes, notre haleine – plutôt que de toucher à leurs bénéfices. Le doute n’est plus permis : qu’on les laisse faire, et tout ça ils le feront. Voilà leur programme pour ne rien changer, ou si peu. Pour préserver leurs privilèges, leurs dividendes, leurs jets privés, leurs allers-retours en classes affaires. Pour se bâtir des ghettos sociaux, sécuritaires, climatiques – où les plus riches de nos enfants, les plus serviles, les plus laquais, seront admis en leur compagnie.

Mais les laissera-t-on faire ?

Depuis les cavernes…

Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, a vu sa fortune augmenter de 9,27 milliards d’euros en 2015. C’est comme s’il gagnait 10 000 € par minute ! Les ouvrières de Poix-du-Nord (59), qui fabriquaient les costumes Kenzo, étaient payées au Smic, soit – environ – 20 000 € par an (avec les cotisations retraites, chômage, etc.). En une année de travail, elles touchaient l’équivalent de deux minutes de leur PDG ! Et il aurait fallu qu’elles cousent 463 500 ans pour accumuler autant que Bernard Arnault en douze mois. C’est-à-dire depuis l’âge du feu ! Depuis que l’ « homo erectus » a commencé à se redresser !
Ça paraît déjà hallucinant.
Mais le plus drôle, et le plus tragique, c’est que le salaire des ouvrières de Poix-du-Nord est trop élevé ! Leur usine a délocalisé en Pologne, et maintenant en Bulgarie !Et les médias, les économistes, nous le répètent tous les matins, sans humour, qu’en France « les salaires sont trop élevés » ! Nos salaires à nous, pas ceux des grands patrons...

 

 

 

Source : http://fakirpresse.info

 

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 17:07

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Brésil: l'«opération Kärcher» des juges sème la panique

11 mars 2016 | Par Lamia Oualalou
 
 
 
 
 

L'ancien président Lula pourrait bientôt dormir en prison, Dilma Rousseff est menacée de destitution, de grands patrons sont condamnés et l'économie est à genoux. Le Brésil vit au rythme de l'opération Lava Jato (Kärcher) lancée par le juge Sergio Moro en s'inspirant du précédent Mani pulite («Mains propres») en Italie. Tout un système liant politique et business s'effondre.

 

De notre correspondante à Rio de Janeiro (Brésil). – On ne dort plus à six heures du matin à Brasilia. C’est l’heure à laquelle la police fédérale lance ses opérations, et les politiques de tous bords s'attendent chaque jour à apprendre qu’un membre de leur famille politique a été touché. Quand il ne s’agit pas d’eux-mêmes. La dernière cible, la plus spectaculaire, fut l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva. Le 4 mars, la police a perquisitionné son domicile, l’Institut qui porte son nom et où il concentre ses activités depuis son départ du pouvoir fin 2010, et les résidences de son fils et de proches.

En tout, 200 policiers ont été mobilisés pour 44 mandats judiciaires. On reproche à Lula d’avoir reçu 30 millions de reais (7,2 millions d’euros) en dons et honoraires d’entreprises du bâtiment. Il aurait aussi bénéficié de la rénovation gratuite d’un appartement à Guaruja, une station balnéaire à proximité de Sao Paulo, ainsi que de celle d’une maison de campagne. Le tout financé par ces mêmes compagnies impliquées dans le scandale de corruption qui éclabousse la compagnie d’hydrocarbures Petrobras depuis deux ans.

C’est à Curitiba, une ville de province dans le sud du Brésil, que Sergio Moro, un juge spécialiste du blanchiment d’argent, a lancé cette investigation qui a pris depuis une dimension nationale. Il a prouvé que Petrobras était victime depuis des années de surfacturations au profit d’un cartel d’entreprises du bâtiment. En échange, ces dernières versaient des commissions allant de 1 % à 3 % des contrats à des cadres de Petrobras et à des dirigeants des partis de la coalition gouvernementale. Outre l’enrichissement personnel de certains, c’est surtout le financement illicite des campagnes électorales qui est en ligne de mire du magistrat. À commencer par celle qui a permis l’élection, en octobre 2014, de la présidente Dilma Rousseff.

L’enquête, baptisée « Lava Jato », littéralement « Kärcher » par une police fédérale toujours soucieuse du nom de ses opérations, a renversé la scène politique et économique brésilienne.

De hauts cadres du Parti des travailleurs (PT, la formation politique de Lula et de Dilma Rousseff) ont été appréhendés et déjà condamnés, dans un pays connu pour la lenteur de sa justice. C’est le cas du trésorier du parti, Joao Vaccari, qui a écopé de 15 ans de prison. Mais il y a plus important encore : la mise sous les verrous de patrons de grandes entreprises, les principales du pays. Au Brésil, ordinairement, les voleurs de shampoings font de la prison alors que les cols blancs y échappent. « On assiste à une véritable révolution de l’institution judiciaire et de la police fédérale », résume Stéphane Monclaire, politologue spécialiste du Brésil à l’université Sorbonne Paris-I. Il souligne la démocratisation progressive des deux corps : « Les juges et les commissaires d’aujourd’hui n’ont plus nécessairement le réflexe de classe qui les pousse à protéger l’élite », dit-il, de passage au Brésil.

 

Le juge Sergio Moro, lors de la présentation d'un ensemble de mesures de lutte contre l'impunité et pour l'efficacité de la justice, au siège de l'Association fédérale des juges du Brésil © Fabio Rodrigues Pozzebom / Agencia Brasil Le juge Sergio Moro, lors de la présentation d'un ensemble de mesures de lutte contre l'impunité et pour l'efficacité de la justice, au siège de l'Association fédérale des juges du Brésil © Fabio Rodrigues Pozzebom / Agencia Brasil

 

Plus indépendants, et, depuis les années Lula, dotés de plus de ressources tant financières qu’humaines, magistrats et policiers n’ont plus d’état d’âme. Ces dernières années, on a vu se multiplier les cassations de mandats au niveau municipal, preuve d’une moindre impunité des notables locaux. S’y ajoute la médiatisation de certains magistrats, et notamment du juge Sergio. Avec leurs manières de cow-boys, applaudies par la société, ils contraignent leurs collègues moins zélés à adopter une position plus offensive à l’égard des puissants.

Après avoir interpellé le banquier d’affaires André Esteves, l’un des hommes les plus riches du Brésil, Sergio Moro a ainsi condamné cette semaine Marcelo Odebrecht, l’héritier du géant du BTP homonyme, à 19 ans de prison. Certes, avec le régime de peines, ramenées au sixième au Brésil, il n’en passera que trois derrière les barreaux. Cela reste énorme pour une personne auparavant protégée par son statut. Le juge de Curitiba lui fait miroiter la possibilité de sortir plus vite. À condition qu’il parle. Qu’il le fasse ou non, la lourdeur de la peine a probablement déjà incité nombre de ses collègues au bavardage.

Car la délation est le principal instrument de cette instruction. Très peu utilisée au Brésil jusqu’à aujourd’hui, la pratique consistant à échanger des informations sur de gros poissons contre des remises de peine est très mal vue pas l’establishment local. Tant pis, estime Sergio Moro qui, pour en faire bon usage, multiplie jusqu’à l’absurde la prison préventive : plus d’une centaine d’occurrences dans l’affaire Lava Jato, et toujours de façon spectaculaire.

C’est que l’autre grand instrument de l’instruction est la presse. Sergio Moro a longuement étudié le cas de l’opération Mani pulite (« Mains propres ») qui, dans l’Italie des années 1990, était alimentée par les fuites organisées par le pouvoir judiciaire dans les médias afin de provoquer panique et aveux. Il revendique aujourd’hui cette stratégie qui dérange : lorsque la police débarque pour une perquisition, la presse est toujours sur place.

C’est d’ailleurs cette logique qui a inspiré le cirque entourant l’interrogatoire de Lula, qui a été emmené de force dans le commissariat de l’aéroport Congonhas, à Sao Paulo. Un épisode condamné par de nombreux magistrats, y compris de la Cour suprême : la loi brésilienne ne prévoit ce genre de pratique que lorsque le témoin refuse de coopérer. « Moro est clairement à la limite du droit, mais en bousculant Lula, il donne un coup d’accélérateur à Lava Jato, il fait comprendre à tous que personne n’est protégé, et espère ainsi faire parler plus vite les acteurs », commente Stéphane Monclaire.

 

L’image de la présidente reste intimement liée à celle de son prédécesseur

Pour Sergio Moro, la fin semble justifier les moyens. Et cela marche. Le Brésil vit aujourd’hui au rythme de dénonciations publiées par la presse avant même qu’on puisse en définir la sincérité, avec l’espoir d’en provoquer d’autres. La dernière en date est explosive. Elle viendrait – le conditionnel est de mise, puisque seule la presse en a pour l’heure la teneur – du sénateur Delcidio Amaral, issu du PT et ex-représentant du gouvernement au Sénat. Incarcéré deux mois avant de se voir autorisé à la prison domiciliaire, il aurait assuré que Lula comme Dilma Rousseff seraient à l’origine de la tentative d’obstruction de l’enquête Lava Jato. La campagne de la présidente aurait également directement été alimentée par des fonds illégaux en provenance des détournements de Petrobras, aurait-il assuré.

« Si ces propos sont avérés, de la part d’un sénateur qui représentait le gouvernement jusqu’en novembre dernier, la situation de Dilma Rousseff deviendrait très précaire », analyse Mauricio Santoro, professeur de sciences politiques à l’Université d’État de Rio de Janeiro. Contestée par la population, avec une popularité inférieure à 10 %, la plus basse depuis le rétablissement de la démocratie brésilienne, la présidente pensait avoir bénéficié d’un sursis fin 2015. La Cour suprême avait affirmé que le Sénat aurait le dernier mot, si sa destitution était soumise au vote, or le gouvernement bénéficie d’appuis plus sûrs dans la chambre haute.

Parallèlement, le président de l’Assemblée, Eduardo Cunha, principal partisan d’une chute de Dilma Rousseff, a vu son horizon s’assombrir. Poursuivi par le parquet brésilien pour avoir reçu des millions de dollars en pots-de-vin, dans des comptes dont les banques suisses ont confirmé l’existence, ses jours sont comptés, même si son immunité parlementaire et un indéniable talent procédurier lui ont assuré la permanence au perchoir pour l’instant. Surtout, les accusations à l’encontre de la présidente, techniquement recevables, étaient politiquement fragiles. Elle aurait volontairement maquillé les comptes publics à la veille de sa réélection en 2014, cachant l’ampleur du déficit public, révélée après le scrutin. Une pratique peu glorieuse, mais ne justifiant pas, aux yeux de la population de chasser la mandataire avant terme.

S’il était en revanche prouvé que Dilma Rousseff a bénéficié d’un financement illégal de sa campagne ou qu’elle a tenté de bloquer l’enquête, la dynamique de sa destitution serait relancée. Et plus encore si Lula se retrouvait inculpé, ou pire, derrière les barreaux. Car l’image de la présidente reste intimement liée à celle de son prédécesseur.

 

La présidente Dilma Rousseff et l'ancien président Lula, dans son appartement de São Bernardo do Campo © Ricardo Stuckert /Institut Lula La présidente Dilma Rousseff et l'ancien président Lula, dans son appartement de São Bernardo do Campo © Ricardo Stuckert /Institut Lula

 

Le mandat de Dilma pourrait être écourté de deux manières. D’une part, le Congrès pourrait, suite à l’examen par une commission parlementaire de ses « crimes de responsabilité », voter la suspension de la présidente. Il lui faudra le cas échéant réunir deux tiers des votes au Parlement puis au Sénat pour que la destitution soit effective. Dans ce cas, c’est son vice-président, Michel Temer, qui terminerait son mandat, jusqu’au 31 décembre 2018. Peu charismatique mais expert des négociations en coulisses, le président du PMDB – Parti du mouvement démocratique brésilien, une formation fourre-tout, de tous les gouvernements ces trente dernières années – a déjà pris ses distances à l’égard de la présidente. Il tente depuis de se présenter comme l’homme capable d’unir un Brésil polarisé. Une tentative gênée par l’appétit de pouvoir de ses coreligionnaires.

Parallèlement, le Tribunal supérieur électoral (TSE) se penche depuis des mois sur les comptes de campagne de la présidente, un travail qui pourrait être accéléré par les révélations de Lava Jato. En cas d’invalidation des comptes, il ne s’agit plus d’une destitution mais d’une cassation, qui concerne aussi bien la présidente que le vice-président, élus sur le même ticket. Elle pourrait même s’étendre à Aécio Neves, le candidat malheureux de l’opposition (Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB, conservateur), arrivé en deuxième position, en octobre 2014. Car même si le juge Moro et la presse affichent une discrétion à la limite de la complicité à son égard, le sénateur de droite n’en est pas moins cité à plusieurs reprises comme bénéficiaire de dons illicites.

Or le Tribunal supérieur électoral est censé examiner simultanément les comptes des deux candidats puisqu’ils ont bénéficié des largesses des mêmes entreprises aujourd’hui sur la sellette. La plus grande probabilité d’une chute de Dilma Rousseff accroît d’ailleurs les risques pour Aécio Neves : au sein du PSDB, d’autres figures, notamment l’ex-maire de Sao Paulo José Serra et le gouverneur de Sao Paulo Alckmin, voudraient briguer la présidence et pourraient livrer des secrets précieux à la presse et à la justice contre leur ancien candidat.

Une cassation du mandat de Dilma Rousseff par le TSE plongerait le Brésil dans l’inconnu. Si elle se produisait avant le 31 décembre 2016, le pouvoir reviendrait alors temporairement au président de l’Assemblée, Eduardo Cunha. Une situation surréaliste, puisque le député est celui sur lequel pèsent le plus d’accusations prouvées. Ce dernier aurait alors 90 jours pour organiser une élection au suffrage universel, et bien malin celui qui pourrait prédire aujourd’hui quel président surgira des urnes.

Dans le PT, le seul candidat naturel, Lula, risque d’être mis hors-jeu par les accusations, prouvées ou non, à son encontre. Les leaders du PMDB et du PSDB vont s’entretuer pour désigner un poulain, alors que l’écologiste Marina Silva tentera de nouveau sa chance, ainsi que de probables « outsiders ». Un ticket formé par deux députés évangéliques d’extrême droite – Jair Bolsonaro et Feliciano – vient d’ailleurs d’annoncer ses prétentions. Si la cassation était prononcée par le Tribunal électoral après le 1er janvier 2017, le Congrès élirait alors un président chargé de terminer le mandat. « Ce dernier n’aurait aucune légitimité, car si les Brésiliens sont furieux contre le pouvoir exécutif, ils détestent plus encore le Congrès », souligne Mauricio Santoro.

 

Déjà fragilisée, l’économie a alors subi l’impact dévastateur de la bombe Lava-Jato

Dans les deux cas, s’ouvre une période imprévisible détestable pour une économie brésilienne déjà à genoux. Le produit intérieur brut a reculé de 3,8 % en 2015. La récession devrait, selon les prévisions, s’approfondir encore : un recul de 3,5 % est prévu cette année. C’est la pire chute depuis 1990. Les emplois sont détruits par centaines de milliers, l’inflation, de 10 %, rogne les revenus, alors que le gouvernement envisage de limiter le salaire minimum et de faire des coupes dans les allocations sociales, rigueur oblige. Selon l’économiste Ana Maria Barufi, interrogée par le quotidien économique Valor, 3,7 millions de personnes qui s’étaient hissées au-dessus de la pauvreté après 2004 y sont déjà retombées, et le mouvement ne fait que commencer.

La crise économique s’explique par le ralentissement international, en particulier la chute du cours des matières premières, dont le Brésil est un grand exportateur, « mais c’est surtout le résultat de la politique économique du gouvernement », accuse Joao Sicsu, professeur à l’Université fédérale de Rio de Janeiro. Entre panique pour combler de gros déficits publics et volonté de séduire l’élite pour se maintenir au pouvoir, Dilma Rousseff « a préféré couper dans les investissements publics et offrir des réductions de charges aux entreprises, qui n’ont pas pour autant limité les licenciements », poursuit l’économiste.

Le ralentissement avait aussi pour objectif affirmé d’augmenter le chômage pour que les employés cessent d’exiger des hausses de salaires. Flanquée d’une politique monétaire restrictive (le taux de base a atteint 14,75 %) tuant le crédit, cette stratégie a si bien marché qu’elle a enclenché un cercle vicieux. La peur du chômage faisant plonger la consommation des ménages, qui a connu la plus grande chute en 2015 des vingt dernières années, ralentissant l’économie et faisant exploser les mesures de dégraissages des entreprises.

 

La police fédérale arrive à l'entreprise de construction Odebrecht dans le cadre de l'opération Lava Jato. © Rovena Rosa/ Agência Brasil La police fédérale arrive à l'entreprise de construction Odebrecht dans le cadre de l'opération Lava Jato. © Rovena Rosa/ Agência Brasil

 

Déjà fragilisée, l’économie a alors subi l’impact dévastateur de la bombe Lava Jato. Car en atteignant le bâtiment et le pétrole, les deux principaux moteurs de l’économie brésilienne, l’enquête a pratiquement paralysé tout l’investissement dans le pays. Impayés, les petits fournisseurs mettent la clef sous la porte. Des États fortement dépendant des royalties du pétrole, comme celui de Rio de Janeiro, ont cessé de payer leurs fonctionnaires et ferment des hôpitaux. Le secteur de la culture, qui dépendait des subventions de Petrobras, est au bord de la faillite. Et l’impossibilité de prévoir qui sera à la tête du Brésil dans quelques mois incite à l’attentisme. Sans sortie de la crise politique, la récession devrait s’approfondir, sans qu’on en aperçoive le fond.

La situation est d’autant plus confuse qu’elle semble ne plus dépendre du tout des politiques, qui ne font que réagir aux actions et annonces de la justice. « Aujourd’hui, les juges et les commissaires ont plus de poids sur l’avenir du Brésil que les députés et sénateurs », note Mauricio Santoro. « Cela donne une idée de la profondeur de la crise des institutions politiques dans le pays », dit-il, rappelant qu’en 1993, quand se débattait la possibilité de la destitution du président Collor pour cause de corruption, le processus dépendait des leaders du Congrès, qui avaient une véritable légitimité au sein de la population.

Politique et économie dépendent donc du « Parti de la justice », comme l’a surnommé le politologue André Singer, professeur de sciences politiques à l’université de Sao Paulo. En jetant pour la première fois hauts cadres de partis et d’entreprises derrière les barreaux, le « PJ » contraint le Brésil à une réflexion sur les ravages de la corruption, dans un pays où les autorités se servent de l’État pour s’enrichir ou gagner un statut. Son impact sur la vie politique interroge pourtant tant sa sélectivité choque. Il semble naturel que les condamnations au sein du PT soient majoritaires, le parti ayant un président à la tête de l’État depuis treize ans. Mais le silence de la justice quant aux dénonciations de leaders de l’opposition intrigue.

« La conduite de la justice fédérale dérange, celle des justices locales est plus problématique encore », souligne Mauricio Santoro, qui rappelle que les magistrats de Sao Paulo sont acquis à l’opposition. Pour le politologue, Lava Jato est « légitime mais ne devrait pas être au-dessus de la loi ». Mercredi 9 mars, le ministère public de l’État de Sao Paulo a dénoncé l’ex-président Lula pour corruption avant de demander le lendemain son incarcération. C’est en théorie une enquête indépendante de Lava Jato, même si la subtilité est incompréhensible par le public. Face au « Parti de la justice », Lula essaie d’actionner celui de la rue. L’ex-président prend aujourd’hui ses distances par rapport à la politique économique du gouvernement, honnie par les mouvements sociaux. Reste à savoir s’il n’est pas trop tard.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 17:12

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Des anciens de PSA-Aulnay obtiennent la requalification de leur licenciement

11 mars 2016 | Par Rachida El Azzouzi
 
 
 

Quelque 200 anciens ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), emmenés par la CGT, contestaient le motif économique de leur licenciement en 2013. Les prud’hommes de Bobigny ont donné raison cette semaine à 55 d’entre eux, mais débouté les autres.

C’était en juillet 2012, l’un des plus gros plans sociaux du quinquennat Hollande. PSA Peugeot-Citroën annonçait la suppression de plusieurs milliers de postes, dont la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis qui emploie 3 000 personnes, soit la première grande usine automobile française à baisser le rideau depuis Renault Billancourt en 1989. Mediapart a largement chroniqué les dix-huit mois de conflit, dont quatre de grève dure, qui ont suivi l’annonce de cette bombe sociale dans l’un des départements les plus pauvres du pays.

Trois ans et demi plus tard, alors que le groupe a écrémé ses effectifs partout en France (11 600 suppressions de poste), un tiers seulement des ouvriers d’Aulnay sacrifiés sur l’autel de la compétitivité ont été reclassés au sein du groupe. Quand ils n’ont pas bénéficié d'un départ volontaire en retraite ou d'un "congé senior" (4 000 en deux ans à l’échelle du groupe), les autres pointent à Pôle emploi et plus d’une centaine, selon la CGT, sont en fin de droits et survivent avec les 480 euros de l’allocation de solidarité spécifique (ASS).

La lutte collective est derrière. Un très beau documentaire, en salles le 23 mars prochain, vient la raviver : Comme des lions, réalisé par Françoise Davisse et dont Mediapart est partenaire (voir ici le blog qui lui est consacré). Mais le combat se joue aujourd’hui individuellement en justice pour des centaines d’entre eux. En décembre dernier, 101 anciens d’Aulnay, adhérents pour la plupart au syndicat Sud, contestaient le motif économique de leur licenciement et obtenaient gain de cause devant le conseil des prud'hommes de Bobigny, qui requalifait leur licenciement économique en « licenciement sans cause réelle ni sérieuse ». Même démarche pour 203 anciens ouvriers, soutenus par la CGT.

55 d’entre eux ont vu leur licenciement requalifié « sans cause réelle ni sérieuse » cette semaine. PSA devra leur verser une indemnité qui s’élève, en moyenne, à six mois de salaire, soit 12 000 euros, ainsi que la prime exceptionnelle de 19 700 euros perçue lors du protocole de fin de conflit. En revanche, les prud’hommes de Bobigny ont débouté les 148 autres ex-salariés parce qu’ils avaient fait une transaction avec Citroën en signant un accord de fin de grève. « C’est un acte par lequel on renonce à aller en justice. Mais cette transaction a été imposée par la contrainte et était donc illégale à nos yeux. Pour avoir des mesures du PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) ou un accord collectif, normalement il est interdit à un employeur de faire signer un tel document », explique ici aux Inrocks le délégué CGT Philippe Julien. Leur avocate Marie-Laure Dufresne-Castets va faire appel de la décision, déplorant « un manque de cohérence ».

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 22:00

 

Source : http://www.dailymotion.com

 

 

Il a travaillé 9 ans avec Manuel Valls, et balance tout !

 

 

par J'suis pas content TVJ'suis pas content TV

 

Il s'appelle ‪#‎Pascot‬, il a travaillé pendant 9 ans avec Manuel Valls, et dénonce dans son livre "Pilleur d'état" les abus légaux dont abusent les élus.

"30% des élus ont eu affaire avec la justice(...) ce sont des gens qui votent des lois pour dire que les gens qui sont au RSA on va aller fouiller sur leur compte en banque pour voir s'il dépense plus que le RSA (...) 150 députés se sont payés une maison avec l'IRFM*, est ce qu'on est allé fouiller sur leur compte en banque ?!" s'indigne Philippe Pascot.

Interviewé par JJ Bourdin, il explique entre autre pourquoi la plupart des journalistes refusent de l'inviter :

Partageons donc son message, puisqu'ils sont si peu à le faire !!!

*IRFM : c'est une indemnité touchée par chaque député et chaque sénateur en France pour couvrir leurs frais de représentation. Elle ne fait l'objet d'aucun contrôle, n'est pas imposable et peut servir à couvrir tout type de dépense : habillement, restauration, achat immobilier, voyage...
 
 
 
 
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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 21:29

 

Source : http://www.euractiv.fr

 

 

« La lâcheté de la France face à la crise migratoire est inqualifiable »

Le gouvernement français a abandonné son partenaire allemand sur le dossier des réfugiés, provoquant une faillite de la réponse européenne, selon le coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, Philippe Lamberts.

Philippe Lamberts est eurodéputé écologiste belge. Il est également coprésident du groupe des Verts/ALE au Parlement européen.

 

Le Sommet UE/Turquie visant à organiser les flux de réfugiés entre Ankara et l’UE a abouti à des propositions très largement critiquées, notamment au Parlement. Quel regard portez-vous sur l’attitude des gouvernements européens lors de ces négociations ?

Tout d’abord, ce qui est sur la table est illégal. Le principe consistant à dire que l’Europe accueillera un réfugié par voie légale par réfugié refoulé en Grèce est à la fois illégal et immoral. Cela veut dire qu’un maximum de réfugiés devrait tenter de quitter illégalement la Turquie pour donner la chance à un maximum de réfugiés d’accéder à l’UE.

Ce qui tiendrait la route, c’est d’avoir un accord pour un programme de réinstallation de demandeurs d’asile depuis la Turquie vers l’Europe, sans passer par les cases dangereuses de la mer Égée et de la route des Balkans.

 

>>Lire : Echec des négociations pour le sommet UE-Turquie

 

Mais on ne peut pas limiter ce type d’accord aux réfugiés syriens, il y a d’autres zones de guerre comme l’Afghanistan, le Yémen, l’Irak, la Libye et des pays où l’on persécute joyeusement, je pense notamment à l’Érythrée.

 

Est- ce la Turquie qui pose problème ?

On ne peut pas limiter nos discussions avec les pays tiers à La Turquie. Proportionnellement, le Liban et la Jordanie accueillent beaucoup plus de réfugiés !  Je me fais énormément de souci sur la stabilité politique de ces deux pays, en particulier du Liban, qui accueille l’équivalent de 25 % de sa population en réfugiés. C’est un pays qui a besoin d’aide si l’on ne veut pas qu’il bascule dans le conflit syrien, et l’Europe a une responsabilité énorme.

Ce qui est évidemment choquant c’est que ces négociations se sont déroulées au moment où les derniers vestiges de presse libre et indépendante en Turquie se sont faits brutalement mettre sous contrôle par le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan.

On ne peut quand même pas fermer les yeux sur ce pays qui est candidat à l’UE et qui met au pas la justice, la police, asservies au bon vouloir d’un seul homme qui ressemble de plus en plus à Vladimir Poutine.

 

>>Lire : Les pays des Balkans ferment leurs frontières

 

On a affaire à un régime autoritaire qui n’hésite pas à lancer une guerre civile pour gagner une élection. Car la relance de la guerre civile contre le PKK a été décidée par Erdogan pour favoriser ses chances d’une union sacrée et obtenir une majorité absolue à la chambre des députés.

 

Pensez-vous que les gouvernements européens ne devraient pas négocier avec la Turquie ?

Je n’ai pas dit ça, mais il faut quand même se rendre compte que ce que l’on met dans la balance ce n’est pas seulement de l’argent, mais aussi la libéralisation des visas et la relance du processus d’adhésion à un moment où la Turquie n’a jamais été aussi éloignée des valeurs européennes !

Au lieu de se présenter devant la Turquie en situation de dépendance, les Européens devraient affirmer fièrement leurs valeurs. Si les gouvernements européens avaient pris la décision collective d’accueillir un million de réfugiés par an pendant 5 ans, ce qui  ne représente que 1 % de la population européenne, nous aurions pu aborder la Turquie dans une autre position.

C’est parce que les gouvernements européens sont lâches qu’ils sont aujourd’hui à genoux devant Erdogan. C’est une véritable faillite morale de l’Union européenne, et pas seulement une faillite juridique ou politique.

J’appelle les gouvernements européens à réagir, mais je ne me fais pas d’illusions. Beaucoup se sont engagés dans la voie du « pas de ces barbares chez nous », du coup je les vois mal être subitement touchés par la grâce..

 

La chancelière allemande Angela Merkel tente pourtant depuis plusieurs mois de dégager un consensus européen.

Je reproche aux autres États membres d’avoir laissé Angela Merkel seule sur ce dossier. C’est la seule à avoir pris la mesure du défi, non seulement politique, mais aussi moral et humain. Je suis ravie qu’il reste au moins un leader en Europe qui se rappelle que la politique c’est avant tout l’intérêt général.

Là-dessus, la position de la France est d’ailleurs abjecte, car elle se drape toujours dans son titre de pays des droits de l’homme. Mais la lâcheté du gouvernement français dans cette crise migratoire est inqualifiable.

 

>>Lire : Juncker veut relocaliser d’urgence 160.000 réfugiés

 

Lorsque la Commission européenne a proposé un premier plan de répartition de 160 000 réfugiés, la réaction du Premier ministre Manuel Valls  a été de dire « pas question », avant d’être rappelé à l’ordre par le président Hollande.

La France a accepté d’accueillir 30 000 réfugiés sur deux ans, ce qui équivaut au nombre de réfugiés qui arrivait en deux jours et demi en Allemagne au plus fort de la crise.

Cette pseudo unanimité de façade entre François Hollande et Angela Merkel est scandaleuse tant la France ne lève pas le petit doigt.

 

Le couple franco-allemand a donc clairement échoué sur cette question ?

Si Hollande et Merkel s’étaient concertés et avaient expliqué aux 26 autres États membres qu’ils avaient une responsabilité historique et qu’il était possible de prendre à notre bord 1 million de réfugiés par an, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie et le Portugal se seraient alignés sur cet axe franco-allemand fort.

Cette faillite morale de l’UE, si elle atteinte tous les pays,  touche la France de plein fouet. J’ai déjà espéré un sursaut du parti socialiste français depuis longtemps et sur des nombreux sujets. J’ai été systématiquement déçu. Je ne vois pas François Hollande, qui adopte non pas des positions sociales-libérales, mais de droite – voire d’extrême droite sur la déchéance de nationalité – faire marche arrière.

 

 

Par : Cécile Barbière | EurActiv.fr

 

 

 

Source : http://www.euractiv.fr

 

 

 

 

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