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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 15:27

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

Un canal au Nicaragua (1/3): la saignée environnementale

30 décembre 2015 | Par Thomas Cantaloube
 
 
 

Le gouvernement sandiniste a annoncé il y a deux ans l’ouverture d’ici à 2020 d’un nouveau chenal transocéanique. Un projet gigantesque qui passe par l’expropriation de dizaines de milliers de paysans et des dégâts environnementaux considérables.

De nos envoyés spéciaux au Nicaragua. - Escuelita a le sens de la théâtralité. Ou peut-être pas, c’est juste sa nature. Au milieu de sa plantation de bananiers, il cale son pouce dans sa grosse broche de ceinturon, ajuste son chapeau sur son crâne, vérifie la tenue de son pistolet dans son holster, puis il déballe ce qui l’agite depuis plusieurs mois. L’ancien guérillero laisse la colère monter en lui. Son nom de guerre, Escuelita, « petite école », lui a été donné par ses compagnons car sa maison avait servi de premier camp d’entraînement pour le Front sandiniste dans sa lutte contre le dictateur Anastasio Somoza, puis dans la guerre civile pour éliminer les contras. C’est ce statut d’ancien combattant sandiniste qui l’autorise aujourd’hui à se promener avec son arme dès qu’il sort de chez lui.

Même s’il laisse entendre qu’il peut y avoir du danger, il ne risque pas grand-chose dans sa petite ville de Rivas, sur les berges du lago Cocibolca, où il connaît tout le monde. Le Nicaragua est aujourd’hui un des pays les plus tranquilles d’Amérique centrale, une région où la violence demeure pourtant endémique. Si Escuelita n’est pas menacé, sa vie l’est. Ou plutôt sa subsistance, ses terres et son mode de vie.

 

Cela fait maintenant deux ans que le gouvernement du Nicaragua, dirigé d’une main de fer par l’ancien guérillero Daniel Ortega, a annoncé la construction d’un gigantesque projet : le creusement d’un canal destiné à relier les océans Pacifique et Atlantique et à concurrencer le canal de Panama plus au sud. Ce projet vieux de deux siècles, relancé à intervalles périodiques, a été remis sur la table une fois de plus, avec l’assurance que cette fois-ci, c’est la bonne !

 

Canal Nicaragua © Reuters Canal Nicaragua © Reuters

 

Évidemment, un tel ouvrage – 278 kilomètres (contre 77 km au Panama), la traversée du plus grand lac d’eau douce d’Amérique centrale, la percée au cœur de la forêt équatorienne –, ne se fait pas sans dommages ni mécontentements. Mais la manière dont le gouvernement nicaraguayen a entrepris et annoncé ce projet, dont les détails restent en partie opaques malgré son ambition démesurée, a suffi pour braquer une partie de la population du pays le plus pauvre des Amériques après Haïti, au point de menacer la survie du régime clientéliste et corrompu d’Ortega. Ce qui nous ramène à Escuelita, de son vrai nom Rafael Angel Bermudez Hernandez.

 

Sur le lac Nicaragua : vue d'Ometepe depuis le ferry qui rallie l'île à la terre. © Jean de Peña Sur le lac Nicaragua : vue d'Ometepe depuis le ferry qui rallie l'île à la terre. © Jean de Peña

 

Après la révolution de 1979, le jeune combattant de l’époque s’est vu attribuer un lopin de terre, qu’il a fait prospérer, revendu et étendu. Aujourd’hui, à l’âge d’une retraite qu’il ne semble pas décidé à prendre, Escuelita gère 23 hectares de plantation, essentiellement des bananiers, dans une zone considérée comme une des plus fertiles du pays, en bordure du lac Nicaragua (l’autre nom du lago Cocibolca), par lequel le futur canal doit passer. Personne n’est venu lui parler directement ni l’informer du sort de sa propriété, mais il a découvert que le tracé du canal passait à proximité de ses terres, qui serviront à la construction d’un aéroport ou d’une zone franche – la finalité précise n’est pas claire, mais cela fait partie du secret qui entoure le projet, nous y reviendrons.

« On nous a annoncé que l’achat des parcelles se ferait au prix du cadastre », s’emporte Escuelita. « Mais c’est du vol ! S’ils veulent nous exproprier, qu’ils paient au moins la valeur réelle des terres, au prix du marché, qui est dix à cent fois plus élevé ! » C’est un euphémisme de dire qu’il est énervé et dégoûté. Dans sa modeste maison du centre de Rivas, il n’y a que des clichés de famille : lui, sa femme, ses huit enfants et une vingtaine de petits-enfants. « J’ai enlevé toutes les photos de mes années de guérilla… Je me suis battu pour un pays libre et démocratique… comme le Costa Rica. Pas pour Ortega, qui est devenu pire que Somoza ! »

 

« Nous avons un gouvernement, mais il n’est pas le propriétaire du pays ! »

Histoire de montrer qu’il n’est pas un vieux révolutionnaire égoïste gonflé d’amertume, et qu’il n’est pas seul dans sa révolte, Escuelita nous embarque dans son vieux 4×4 pour un tour dans les plantations. On réveille Victor Manuel Urbina en pleine sieste, mais il ne lui faut que quelques secondes pour nous emmener voir ses bananiers : « Ce sont les meilleurs terres du Nicaragua et même d’Amérique centrale. Elles n’ont pas de prix. Outre le lac, j’ai des sources d’irrigation sur mon terrain. Si tu vas à quelques kilomètres d’ici, il n’y a pas d’eau pour irriguer. S’ils m’exproprient, je ne retrouverai jamais de telles terres. Et que feront mes employés ? Je fais travailler 25 personnes, c’est-à-dire que je fais vivre 25 familles. Qu’est-ce qu’elles feront s’il n’y a plus que du béton ? »

Il a beau être jeune et posé, Victor est résolu à défendre son gagne-pain. Comme des dizaines d’autres, il a participé à plusieurs manifestations contre le canal, dont une qui s’est soldée par un séjour de sept jours au poste de police et toutes les brutalités qui vont avec… Cela l’a secoué : « On protestait pacifiquement, on faisait valoir nos droits, on demandait davantage d’information et l’État nous est tombé dessus comme de vulgaires délinquants. Il y a eu deux morts ! C’est difficile à accepter... »

À quelques kilomètres de là, Rodrigo Guttierez, 60 ans, est accoudé à sa cabane en bois, vêtu d’un tee-shirt constellé de taches de cambouis. Il possède quelques hectares où « tout pousse ». Ancien révolutionnaire, il est lui aussi remonté comme un coucou contre le canal : « Nous avons un gouvernement, mais il n’est pas le propriétaire du pays ! On n’expulse pas les gens sans les consulter ni les informer ! » Comme beaucoup au Nicaragua aujourd’hui, il se déclare « sandiniste mais pas danieliste ». C’est-à-dire qu’il proclame sa fidélité aux idéaux d’Augusto Sandino, le héros national de la lutte pour la liberté dans les années 1920 et 1930, qui a donné son nom au mouvement qui a renversé la dictature en 1979 ; mais qu’il s’oppose aux dérives de Daniel Ortega, un des leaders de la révolution devenu le dirigeant du pays de 1979 à 1990 puis depuis 2007.

Pour Rodrigo Guttierez, les promesses du gouvernement en matière de développement du pays et de créations d’emplois grâce au Canal ne valent rien : « J’ai vécu au Panama, je sais de quoi je parle. Tout est informatisé pour le passage des navires, il n’y a presque pas de jobs. Et qui a profité de l’économie du canal depuis un siècle ? Les États-Unis bien davantage que le Panama ! »

 

Plantation de bananes sur les meilleures terres de Rivas, où devraient être construits un aéroport ou une zone franche. © Jean de Peña Plantation de bananes sur les meilleures terres de Rivas, où devraient être construits un aéroport ou une zone franche. © Jean de Peña

 

Les premiers chiffres dévoilés par le gouvernement lorsqu’il a annoncé le projet promettaient la création de 250 000 emplois. Dans une nation de six millions d’habitants, dont près de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté défini par l’ONU, où les principales ressources sont agricoles, cette perspective résonnait comme le jackpot. Mais ces projections semblaient particulièrement irréalistes, et elles ont été ramenées depuis à 50 000 emplois. Un chiffre qui apparaît encore surestimé, pour la plupart des experts qui se sont penchés sur la question.

Pour Jairo Carion, un opposant au canal, ces promesses sont du vent : « Qu’on me trouve le moindre Nicaraguayen qui sache utiliser une méga-dragueuse de fond ! Il n’y en a pas. Nous n’avons aucune compétence locale pour utiliser les machines à creuser, ni pour faire les études nécessaires. Ceux qui vont gagner de l’argent, ce sont les concessionnaires et les investisseurs, pas nous. » Même son de cloche chez Rodrigo Guttierez : « La création d’emplois, ce sont des mensonges. Il n’y a personne ici qui sache manœuvrer les engins de construction nécessaires. Au Costa Rica par exemple, ils ont construit un stade uniquement avec des ouvriers et du matériel chinois », assure-t-il. Les Chinois, justement, évoquons-les.

 

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’Ortega soit affublé du surnom de « vendepatria »

On ne bâtit pas un canal transocéanique comme un gratte-ciel ou un aéroport. Et pourtant, c’est l’impression que donne le gouvernement nicaraguayen depuis le début de cette affaire. Ou, en tout cas, depuis la rencontre en 2012 entre Daniel Ortega et Wang Jing, un jeune et obscur entrepreneur chinois des télécoms, quasiment inconnu malgré un poids financier qui se chiffre en milliards de dollars. Quelques mois après s’être serré la main pour la première fois, les deux hommes ont passé un accord et créé le Hong Kong Nicaragua Canal Development Group (HKND), un consortium privé chargé de développer, construire et exploiter le passage transocéanique. Un an plus tard, en 2013, l’Assemblée nationale nicaraguayenne approuvait en quelques heures la « loi 840 », octroyant à HKND des privilèges exorbitants concernant la concession du canal : droits d’exploitation pour cent ans (avec rétrocession à l’État nicaraguayen de 1 % par an), droits d’expropriation de 10 km sur chaque rive, contrôle de deux ports en eaux profondes, d’un aéroport, d’une zone franche, d’un chemin de fer, de diverses routes, ainsi que de plusieurs complexes touristiques sur le tracé… Le tout pour une rémunération de 10 millions de dollars par an (!) pour le Nicaragua. Un pourboire.

 

L'épouse d'Escuelita tient un journal signalant que la police intimide les opposants au Canal © Jean de Peña L'épouse d'Escuelita tient un journal signalant que la police intimide les opposants au Canal © Jean de Peña

 

Il n’a pas fallu longtemps après la découverte de ces conditions pour qu’Ortega soit rapidement affublé du surnom de « vendepatria » (bradeur de la patrie), la même insulte que celle qui était brandie par Augusto Sandino contre la mainmise des États-Unis et des grands propriétaires et gouvernants à leur solde dans les années 1930. Il n’arrange rien que l’origine de la fortune de Wang Jing reste assez mystérieuse, de même que son ascension au sein de l’élite économique chinoise. Inconnu il y a cinq ans, il aurait construit sa richesse dans l’exploitation de mines en Asie du Sud-Est avant de racheter la société de télécommunications Xinwei en 2010. Mais il ne possède aucun projet d’envergure à son actif. Cela ne l’a pas empêché de garantir qu’il n’aurait aucun problème à trouver les 50 milliards de financement jugés nécessaires pour creuser le canal, et à en ouvrir les écluses en 2019 !

« Beaucoup de rumeurs font état de sa proximité avec l’armée populaire, d’autant que Xinwei a exécuté plusieurs contrats pour l’institution », estime un diplomate français qui a été en poste à Pékin. « L’armée chinoise a également acquis depuis plusieurs décennies une expérience en matière de grands projets, notamment des chemins de fer dans l’Himalaya. De toute manière, les enjeux stratégiques autour du canal sont tels qu’il est peu probable que le gouvernement chinois laisse un entrepreneur s’avancer seul. Au minimum, Pékin regarde par-dessus son épaule. » Les Chinois sont en effet de plus en plus intéressés par l’Amérique du Sud.

Outre les avantages considérables qui semblent avoir été accordés à HKND par le pourvoir nicaraguayen et qui ont choqué la population, la question environnementale demeure celle qui agite le plus les citoyens du sud du pays, ceux qui se trouvent sur la route probable du canal.

L’île d’Ometepe, une langue de terre entre deux volcans, semble posée au milieu du lac Nicaragua comme un avant-goût du bonheur. Des eaux tranquilles, des plages de sable, des mangroves, des cultures en terrasse sur le flanc des cratères, très peu de circulation : les habitants ont conscience de la beauté de leur lieu de résidence, même si la vie y est dure, entre agriculture et pêche de subsistance et un peu de tourisme pour routards. Aujourd’hui, ils contemplent rien moins que la disparition de peu qu’ils possèdent.

 

Jairo Carion est fermement planté sur une plage au bout d’Ometepe, désignant le large : « Vous voyez là-bas, si le canal se fait, il y aura de gigantesques navires qui passeront toute la journée. » Ce n’est pas la perspective d’un changement d’horizon qui l’inquiète, mais les bouleversements écologiques d’un tel projet. Le lac n’est pas assez profond aujourd’hui pour que les gigantesques porte-containers modernes puissent le traverser, et il va donc falloir draguer un chenal de 10 à 15 mètres de profondeur sur une centaine de kilomètres. Jairo craint donc que « le creusement puis le mouvement des bateaux ne contaminent le lac et ne modifient tout l’écosystème. Ici, tout le monde dépend du lac à des degrés divers : pour boire, pour se nourrir, pour irriguer, pour l’accueil des touristes… »

 

« Dieu a créé cette île pour que nous en prenions soin, pas pour que nous la détruisions »

 

Des camions-citernes viennent régulièrement s'approvisionner en eau potable dans le lac Nicaragua pour ravitailler les villages alentour. © Jean de Peña - Collectif À-vif(s) Des camions-citernes viennent régulièrement s'approvisionner en eau potable dans le lac Nicaragua pour ravitailler les villages alentour. © Jean de Peña - Collectif À-vif(s)

 

De plus, tous ceux qui se sont rendus à Ometepe et sur le lac ces dernières années l’ont remarqué : le niveau de l’eau baisse. En 2015, la sécheresse a sévi encore plus fortement que les années précédentes, taxant dangereusement les ressources lacustres. À côté de l’embarcadère des ferrys qui font la navette entre Ometepe et la rive, il y a désormais une buvette en bord de plage là où l’on aurait pu tremper ses pieds dans l’eau il y a deux ans… Selon plusieurs études (dont celle-ci), le Nicaragua fait partie des dix pays dans le monde qui ont le plus à craindre des changements climatiques. Le canal risque d’affecter encore plus une zone qui souffre déjà.

Dans la capitale, Managua, Victor Campos, le directeur du Centro Alexander Von Humboldt, une ONG de défense de l’environnement, a l’œil et la moustache tristes quand il évoque ce qui se dessine : « La construction du canal risque de provoquer une grande variété de dégâts, notamment pour le lago Cocibolca, qui est la plus grande réserve d’eau potable d’Amérique centrale. L’eau des océans va rentrer dans le lac et donc le saliniser. Le trafic et le dragage du chenal vont augmenter les particules en suspension, ce qui va diminuer l’oxygénation de l’eau et affecter les poissons et la qualité de l’eau. Il y a plus de 100 000 personnes qui s’en servent pour leur eau potable, et des milliers de familles pêchent dedans. Enfin, le tracé du canal va affecter la libre circulation des espèces dans le corridor biologique méso-américain entre le nord et le sud : le canal sera un barrage à la circulation, en particulier pour de grandes espèces qui sont déjà menacées d’extinction. »

 

Viquincha Rivera, une ouvrière qui sera expropriée de sa maison où elle vit avec ses cinq enfants si le canal est construit. © Jean de Peña Viquincha Rivera, une ouvrière qui sera expropriée de sa maison où elle vit avec ses cinq enfants si le canal est construit. © Jean de Peña

 

Alberto Lopez possède la faconde d’un rappeur. Né à Ometepe, il a été le maire-adjoint de sa principale commune, et donc assez proche du Front sandiniste, le parti omniprésent du président. Mais aujourd’hui, il s’épanche comme un résistant au pouvoir. Au fur et à mesure qu’il parle il goûte l’emballement de ses mots : « Dieu a créé cette île pour que nous en prenions soin, pas pour que nous la détruisions. Ce lac pourrait servir à l’alimentation en eau du Honduras, du Guatemala, du Costa Rica… il pourrait être une source pour réduire les difficultés en eau de la région d’ici 15 ans. Au lieu de cela, nous prenons le risque de faire disparaître le lac et toutes ses espèces ! Où allons-nous vivre ? Sur les flancs du volcan encore en activité ? Allons-nous envahir Managua comme des réfugiés et mourir de faim dans les rues ? »

Photos et vidéos : Jean de Peña - Collectif à-vif(s)

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 18:34

 

Source : http://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/frederic-lordon-syriza-podemos-le-combat-continue

 

 

 

TEXTES À L’APPUI. Frédéric LORDON

Frédéric LORDON, SYRIZA, PODEMOS, LE COMBAT CONTINUE

Le

 

 

 

2015 restera l’année de la Grèce. Un espoir formidable puis un échec face à une Europe de fer. Fallait-il sortir de l’Euro ? À l’heure où Podemos fait une percée en Espagne, la question demeure. Dans notre émission du 18 septembre, Frédéric LORDON a retracé cette épopée. En voici la transcription.

Désormais, nous vous proposons une version écrite de certaines de nos émissions, « TEXTES À L’APPUI ». Notez que les éditions Les Liens qui Libèrent publient les articles de Lordon sur la Grèce : On achève bien les Grecs : chroniques de l’euro 2015. Retrouvez le blog de Frédéric sur le site du Monde diplomatique "La pompe à phynance".


Retranscription de l’intervention de Frédéric LORDON dans notre LÀ-BAS Hebdo n°24 du 18 septembre 2015, à écouter ici « FRÉDÉRIC LORDON : LA GRÈCE EST PASSÉE SOUS LA TABLE » ou à voir là « J’ai peur que Podemos finisse aussi mal que Syriza »


 

 


Daniel Mermet : En janvier dernier, quelques jours avant la victoire aux législatives du parti Syriza et la nomination d’Alexis Tsipras comme Premier ministre, nous étions déjà autour de cette table. Et tout de suite, tu nous as fait part de tes doutes. Ce qu’on a eu du mal à comprendre. Pour nous, c’était formidable, la gauche de la gauche arrivait en Grèce ! Aujourd’hui, force est de reconnaître que tu n’avais pas entièrement tort. Même si tu avais vraiment cassé l’ambiance ce soir-là !
Malgré tes doutes, cette victoire du 25 janvier nous a procuré un plaisir immense. C’était la première fois, depuis bien longtemps, qu’un pouvoir de gauche arrivait en Europe. Lors du référendum du 5 juillet autour de la crise de la dette publique, on a tous appris le mot formidable : « oxi », le « non » massif des Grecs aux nouvelles mesures de rigueur imposées par l’Europe. Malheureusement aujourd’hui, l’euphorie est retombée et on ne peut pas dire que l’heure soit aux grandes réjouissances. Même si cette séquence historique reste riche de promesses.

Frédéric Lordon : On va reprendre la chronologie des évènements. Ca commence avec les législatives très prometteuses de juin 2012, quand Syriza loupe d’un cheveu la majorité au Parlement. À la place, arrive aux manettes, le parti du Premier ministre Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie), un gouvernement aussi vérolé que tous ceux qui l’ont précédé.
Le 25 janvier 2015, retournement de situation, Syriza remporte les législatives. Un moment extraordinaire parce que c’est la première véritable alternance politique en Europe depuis des décennies. L’espoir est considérable, même si l’avenir s’annonce rude pour les finances publiques grecques. L’échéancier 2015 du remboursement de la dette grecque est sacrément imposant. C’est à coup de milliards qu’ils allaient devoir payer le FMI ou la Banque centrale européenne.
Arrive le 21 février 2015, première étape significative : la Grèce et les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) signent un accord qui prolonge de quatre mois le plan d’aide à Athènes. Quatre mois de répit, avec une clause de revoyure en juin pour renégociation sérieuse. Laquelle, évidemment, se passe aussi mal que prévu, le mois de juin arrivé.
C’est alors que Tsipras fait un formidable coup stratégique : pour contrer l’ultimatum des créanciers, il décide d’en appeler au peuple par voie de référendum. Une façon de circonvenir les institutions européennes et de leur rappeler qu’en Europe, la démocratie existe. Une semaine de campagne échevelée démarre et le jour du référendum, c’est le raz-de-marée : le « non » au diktat de l’Eurogroupe gagne à plus de 60%. Un succès considérable.
Et c’est là que tout bascule à nouveau. Dans les deux jours qui suivent le referendum, Tsipras fait un tête-à-queue et repart exactement à l’opposé de ce vers quoi le propulsait l’appui populaire. Un vrai jeu de montagnes russes…

 

DM : Il était coincé, le camarade ! Obligé d’avaler un plat de couleuvres avec un revolver sur la tempe.

FL : Dès le mois de janvier, j’ai compris qu’à partir du moment où Tsipras refusait par principe d’envisager l’option de la sortie de l’euro, il se privait du seul instrument stratégique à sa disposition pour essayer de contrebalancer, a minima, l’asymétrie du rapport de force entre la petite Grèce et les institutions européennes. Partant de là, les carottes étaient cuites ! Ou plutôt, elles étaient dans l’autocuiseur, le feu était allumé et il n’y avait plus qu’à attendre.


Le grand débat autour de la sortie de l’euro

 

DM : Selon toi, Tsipras a donc mal joué. Mais que pouvait-il faire puisque l’opinion grecque, elle-même, dit qu’elle ne veut pas sortir de l’euro !

FL : Ce sont les sondages qui affirment que l’opinion grecque dit qu’elle ne veut pas sortir de l’euro. C’est très différent. Depuis quand fait-on de la politique au cul des sondages ? Parce que c’est exactement ce qu’a fait Tsipras ! Il s’est abrité derrière les sondages pour rationnaliser son incapacité radicale à envisager la sortie de l’euro. Mais qu’est-ce qu’un sondage qui, au débotté, pose une question aux gens sans leur avoir laissé le temps de s’en saisir, de la malaxer, individuellement ou collectivement ?
Je rappelle qu’en France, en janvier 2005, les sondages sur le traité constitutionnel européen donnaient le « oui » à 60%. Et finalement, au référendum du 29 mai, c’est le « non » qui est sorti dans les urnes à 55% ! Tout simplement parce qu’entre-temps, il y a eu cinq mois de débats intenses. Un moment démocratique et historique exceptionnel.
Ce que je reproche à Tsipras, c’est précisément de ne pas avoir engagé le capital symbolique et politique de sa victoire électorale, pour mettre l’opinion grecque au travail sur la question. Ce qui, malgré tout, n’a pas empêché les Grecs d’analyser tout seuls le problème. C’est ainsi que lors du referendum, en dépit du terrorisme intellectuel qui a pilonné, jour après jour, que voter « non » c’était voter pour la sortie de l’euro, les Grecs ont maintenu le cap à 60%. Quand une société est ainsi en marche, c’est à l’homme politique de lui faire une proposition.

 

DM : Tu isoles Tsipras, mais autour de lui, il y a le parti Syriza, des conseillers, tout un mouvement intellectuel… Tu dis toi-même que, dans l’ensemble, Syriza ne voulait pas faire mûrir le débat sur la sortie de l’euro, ni proposer de referendum.

FL : Lors de l’accord intermédiaire Eurogroupe du 21 février, j’ai eu la faiblesse d’espérer, comme tout le monde, que Tsipras avait compris à qui il avait affaire et qu’aucune discussion rationnelle n’était possible. Je pensais qu’il était lucide et qu’il avait signé cet accord pour gagner quatre mois, afin d’avoir le temps de préparer, sur le plan logistique et politique, l’animation d’un débat public en vue de la sortie de l’euro. Il n’en a rien été. Alors c’est vrai, Tsipras n’est pas tout seul. Il y a Syriza derrière. Mais il faut comprendre que Syriza est loin d’être une entité monolithique. C’est un rassemblement assez hétéroclite, avec une aile droite, une aile gauche… Et si, effectivement, la majorité de ses membres refusaient la sortie de l’euro, il y avait quand même une grosse minorité - un peu plus de 40% - qui pensait, elle, exactement le contraire. Tout simplement parce qu’imaginer échapper à la camisole du mémorandum tout en restant dans l’euro était une contradiction ! Et qu’il fallait donc choisir entre les deux termes de cette contradiction.

 

DM : Il ne faut pas oublier non plus la pression qu’ont exercée sur la Grèce les gouvernements et les médias européens, notamment français.

FL : C’est vrai, la pression était totale et venait de partout. Parmi les nombreuses erreurs stratégiques commises par Tsipras, il y a eu cette idée folle qu’il allait pouvoir faire alliance avec ce qu’il croit encore être la gauche, en France et en Italie. Comme si François Hollande ou Matteo Renzi pouvaient, à quelque titre que ce soit, être qualifiés d’hommes de gauche ! Et comme s’ils avaient pu avoir la moindre velléité de venir à son secours en pesant sur le bloc allemand et en essayant d’infléchir les politiques économiques européennes. Tsipras a fait une erreur d’appréciation stratégique colossale.
Les Grecs étaient totalement isolés. D’un côté, ils avaient les durs dont la seule intention était de leur faire la peau, et de l’autre, les Espagnols, les Portugais, les Irlandais, pas du tout prêts à les soutenir. A priori, c’est vrai que c’étaient les seuls sur lesquels Tsipras aurait pu espérer compter, au titre de la solidarité des malmenés. Mais pour ces pays qui étaient passés au travers de la purge, obtenir avec la Grèce une détente du mémorandum aurait été se tirer une balle dans le pied. Ayant eux-mêmes imposé comme des abrutis l’austérité à leurs peuples, ils se voyaient mal aider les Grecs à sortir leur épingle du jeu ! Donc tout le monde était contre lui. Et en premier lieu, les médias, spécialement français, dont l’européisme obtus est une constante de longue période.


Le martyr des Grecs comme arme de dissuasion

 

DM : Le néo-keynésien américain Joseph Stiglitz, pour qui « un autre capitalisme est possible », est exactement sur ta ligne concernant la Grèce. Il pense qu’on s’acharne sur les Grecs « pour faire un exemple » et dissuader tous ceux qui seraient tentés par l’indiscipline. [1]

FL : C’est absolument vrai. Et Stiglitz est loin d’être un gauchiste ! Mais les économistes américains, qui n’ont aucun investissement affectif ou dogmatique dans la construction européenne en soi, sont dégagés et détachés de toute pulsion fétichiste. Ils voient les choses avec un sang-froid rationnel qui échappe totalement aux économistes européens. Voire même à certains économistes des gauches critiques européennes qui communient dans la foi alter-européiste selon laquelle un autre euro est possible.
Stiglitz, lui, analyse les choses rationnellement : la construction monétaire européenne est une architecture de règles et de principes auxquels il est rigoureusement impossible de déroger. C’est une construction entièrement juridique, inscrite dans les traités et donc irréversible et rigidifiée au dernier degré. Peu importe les nécessités de la conjoncture, il n’y a pas la moindre possibilité d’ajustements.
Évidemment, cet édifice a été validé par tous les États européens qui ont été emportés par la vague néolibérale des années 1980. Mais si tous les États sont égaux, certains le sont plus que d’autres : au premier chef, l’Allemagne. Pour Berlin, il était hors de question d’entrer dans la construction européenne autrement qu’en faisant de cette Europe l’exacte décalcomanie de ses propres institutions monétaires. L’Allemagne tenait à ce qu’il y ait des règles, que ce soit les siennes, et que jamais on ne puisse les modifier. C’est notamment cette dinguerie fondamentale que dénonce Stiglitz.


Une sortie de l’euro, c’est possible. Comment ?

FL : Une sortie de l’euro est possible. Sauf que la question n’est pas, comment sortir de l’euro ? Mais, sortir de l’euro pour quoi faire ?
On peut sortir de l’euro par bien des côtés, mais qui sont loin de se valoir tous. Imaginons que le Front National parvienne au pouvoir. Et qu’il fasse la sortie de l’euro comme il le claironne (une escroquerie à laquelle je ne crois pas du tout). Ce serait, quoiqu’il en soit, d’une manière qui n’aurait rien à voir avec celle qu’est en train d’envisager, par exemple, Unité Populaire [2]. Parce que la sortie de l’euro, c’est à la fois très simple dans ses principes, mais assez compliqué dans sa mise en œuvre opérationnelle.
Restons sur le cas de figure de la Grèce : pour sortir de l’euro, techniquement, on fait quoi ? On commence par réarmer la banque centrale nationale. Aussitôt, on décrète qu’elle s’extrait du système des banques centrales européennes et qu’elle se remet à émettre une nouvelle monnaie dont la conversion s’établit au pair, c’est-à-dire, qu’un euro égal une drachme. Sur les marchés de change, ça va tanguer, c’est certain ! Mais on dit ça au départ.
Une fois réarmée, la banque centrale grecque entreprend de conduire une politique monétaire qui n’a plus rien à voir avec celle de la banque centrale européenne. On l’autorise, par exemple, si les conditions s’y prêtent et qu’elle a une réserve importante, à accorder des financements monétaires au déficit public. Évidemment, on envoie paître tous les memoranda et les mesures d’austérité imposés par l’Europe. Et tant qu’on y est, on fait défaut sur la dette. Quand on en arrive à ce genre de rupture, autant ne pas faire les choses à moitié ! Donc, on ne rembourse ni la BCE, ni le FMI, ni les créanciers privés. Et on ne rembourse pas le Mécanisme européen de stabilité (MES), c’est-à-dire le fonds d’assistance aux pays endettés. (Il est certain que la situation financière de l’économie grecque s’en trouve tout de suite largement amélioré.) Pour autant, afin de ménager le système bancaire grec et empêcher qu’il ne s’effondre, l’État peut continuer à payer, au moins en partie, la dette qu’il détient.
Évidemment, il faut prendre un tas de mesures d’accompagnement. Notamment, instaurer un contrôle des capitaux. Ce qui est de toute façon souhaitable, indépendamment de la sortie de l’euro. Car ce dont il est question en réalité, ce n’est pas seulement de changer de monnaie, ni même de pouvoir dévaluer. Le but, c’est de recréer complètement un modèle de politique économique sur la base de principes entièrement rénovés. Et même de refaire une partie des structures économiques en desinsérant l’économie grecque de la circulation internationale des capitaux. Donc en se mettant en retrait (pas complètement mais sélectivement) des marchés financiers internationaux et surtout en refaisant les structures bancaires. Autrement dit, dès qu’on sort de l’euro, on nationalise tout le système bancaire.


La sortie de l’euro : une révolution, d’abord intellectuelle

DM : Quelle est la position des partisans du plan B sur la question de la sortie de l’euro ?

FL : Franchement, je ne sais pas ce qu’est ce fameux plan B. J’ai d’abord cru que c’était une tentative de bonne foi pour tirer les conséquences des évènements terribles qui se sont déroulés en Grèce cet été [3]. Et que ses partisans prenaient acte de la nécessité stratégique impérieuse de réintégrer la sortie de l’euro dans le paysage des options disponibles. Aujourd’hui, je suis moins sûr de mon coup. J’en veux pour preuve l’attelage passablement hétéroclite qui est en train de se former autour du plan B.
Si l’on examine la ligne de Varoufakis [4], par exemple : de son propre aveu, son plan B était juste une roue de secours pour rejoindre la station service et essayer de faire le plein. Ca devait aider à tenir quelques jours, histoire de renégocier (des clopinettes, à mon sens) avec l’Eurogroupe. Ce n’était absolument pas un plan de sortie de l‘euro.
Varoufakis a été viré par Tsipras, certes, mais fondamentalement, tous deux partagent le même refus radical d’une sortie de l’euro. Il suffit d’écouter en quels termes Varoufakis en parle : « la sortie de l’euro, c’est la fragmentation nationaliste et xénophobe de l’Europe… ».

 

DM : En gros, Varoufakis est dans le camp des réformateurs qui veulent agir à l’intérieur du cadre en repeignant le tableau par petites touches. Rien à voir avec les révolutionnaires qui proposent de faire un autre tableau, dans un autre cadre.

FL : Pour moi, c’est le grand mystère. Varoufakis s’acharne à vouloir peindre à l’intérieur du cadre, alors qu’il s’est pris son seau de peinture sur la tête et qu’il s’est fait traîner à la sortie de la ville à califourchon sur un rail. Mais il persiste ! J’y vois la force sociale de la croyance.
C’est très comparable à ce qui s’est passé dans les années 1920 avec l’étalon-or. Ce système monétaire international avait des propriétés formellement très semblables à celles de l’euro. Ce système, qui ne cessait de diffuser des effets dépressionnaires et récessionnistes, a produit les pires catastrophes au moment de la crise de 1929. Jusqu’à ce que l’étalon-or finisse lui-même par éclater tant c’était rigoureusement intenable.
Pourtant, on n’imagine pas la puissance de cette croyance en l’étalon-or chez les élites de l’époque ! Une croyance quasi religieuse. Le spectacle des effets catastrophiques de la chose avait beau se dérouler sous leurs yeux, les entendements étaient bloqués. Pas moyen de leur faire admettre la moindre révision. C’est exactement ce qui nous arrive avec l’euro. Et le pire, c’est que même ceux qui ont été le plus violemment maltraités par l’euro en demeurent, d’une certaine manière, mentalement prisonniers. Ils ne peuvent pas sortir du cadre.
En l’occurrence, il n’existe pas un seul et unique cadre, mais une multitude, emboîtés les uns dans les autres. Dans la Malfaçon [5], j’explique qu’il faut d’abord sortir du cadre de la construction monétaire européenne, avant de pouvoir sortir de celui du capitalisme. Pour moi, la cause est entendue, l’urgence c’est l’euro : si nous restons à l’intérieur du système, nous n’obtiendrons rien de différent et continuerons d’y souffrir mort et passion. Donc, ce cadre-là, il faut le péter. C’est d’ailleurs comme ça qu’on aura des chances de faire trembloter le capitalisme. Parce qu’un plan de sortie de l’euro par la gauche implique qu’on refasse les structures de la banque et de la finance. Ce qui revient à s’attaquer au cœur du réacteur du capitalisme.


L’Europe ou les camps ?

 

DM : Ce qui mine les débats sur l’Europe, c’est cette hantise très intériorisée du repli nationaliste. On se souvient de Jean-Marie Cavada disant en 2005 « il faut voter oui, car voter non c’est voter Auschwitz ». On a intégré l’idée que la gousse d’ail et le crucifix contre le nazisme et toutes les horreurs, c’est l’Europe.

FL : Les débats ont atteint un tel degré de polarisation antinomique que le choix c’est : l’euro ou les camps ! À une autre époque c’était : la mondialisation ou la Corée du Nord !
Euclid Tsakalotos, le ministre des Finances qui a succédé à Varoufakis, a dit lui-même que sortir de l’euro c’était se préparer au retour des camps. C’est Stathis Kouvelakis, d’Unité Populaire, qui le raconte dans un long entretien qu’il a donné à la revue américaine Jacobin [6], au lendemain de l’Eurogroupe.
Je me bats contre cette connerie depuis le début de la crise européenne. Mais on a beau répéter les choses cent fois, ça ne passe pas. Pourtant, il suffit de se souvenir de la vie avant l’euro. Ce n’est pas si vieux ! À l’époque de la CEE, il n’y avait ni monnaie, ni grand marché uniques et, à ce que je sache, nous n’étions pas en pleine troisième guerre mondiale et les extrêmes droites ne tenaient pas le haut du pavé. Je dirais même qu’elles avaient tendance à être beaucoup moins présentes qu’aujourd’hui. Je rappelle par ailleurs qu’il y a cent quatre-vingt pays qui n’ont pas le grand bonheur d’appartenir à la zone euro et qui, pour autant, ne sont pas tous des nazis.
C’est par infirmité intellectuelle qu’on est incapable de comprendre que les nations européennes peuvent entretenir entre elles des liens fructueux et denses qui ne passent pas par la monnaie, la circulation des capitaux, des containers et des camions.
Le vrai internationalisme est celui de la culture, du tourisme, de la science, de la pensée. Il faut voir tout ce que l’Europe a réussi à faire quand l’euro n’existait pas, Airbus, Ariane, le CERN, Erasmus… Si on réussit à défaire l’euro, il faudra pousser à fond les cursers dans toutes les autres directions, dans tous les autres compartiments du jeu. Ce n’est pas ce qu’on appelle le repli national !

 

DM : Le problème avec la question de la souveraineté, c’est qu’elle peut conduire à de drôles d’alliances. Depuis que Jacques Sapir fait du pied au Front National, tout le monde s’interroge. Est-ce qu’un jour, on ne va pas retrouver Lordon en train de guincher avec Marine ?

FL : La souveraineté, selon son concept, ne signifie rien d’autre que : décider ensemble. Elle appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants. On sait bien que la comédie parlementariste n’est pas une réalisation satisfaisante de cet idéal, mais pour autant l’idéal existe et il travaille dans les esprits. Les euroépistes fanatiques, eux-mêmes, sont des souverainistes puisqu’ils sont les partisans d’une reconstitution de souveraineté, mais à l’échelle européenne ! Donc, arrêtons avec ces confusions conceptuelles à n’en plus finir.
Maintenant, parlons de Jacques Sapir. C’est une catastrophe, même si c’était assez prévisible. Au moment où l’épisode grec a vraiment fait bouger les choses, Sapir a déboulé en nous servant une louche bien épaisse de Front National. Quatremer, Colombani, Leparmentier n’attendaient que ça pour agiter l’épouvantail du Front National, le seul argument qu’il leur reste.
Ceci étant, il serait idiot de nier que des forces de convergence troubles sont à l’œuvre. Une réalité d’autant plus dangereuses que l’époque est dangereuse elle-même. Dans les époques de confusion, il faut tenir un cap intellectuel et idéologique avec une rigueur de fer. Ne pas céder au moindre pas de côté, parce que sinon, c’est le début d’une glissade qui peut se révéler irréversible. Avec Sapir, manifestement, c’est le cas.


No Podemos !

 

DM : Parlons maintenant du parti Podemos en Espagne. Ils ont suscité un grand enthousiasme, on s’est dit que c’était un mouvement formidable qui réinventait la politique. Mais aujourd’hui, c’est en train de tourner curieusement. Les sondages sont moins bons et on assiste à des rapprochements beaucoup moins révolutionnaires que ceux que l’on aurait pu imaginer.

FL : Encore une fois, on va croire que j’ai une passion mauvaise pour le chamboule-tout et que j’ai décidé de dégommer tous ceux en qui on a envie d’espérer. Mais je suis navré de le dire, Podémos est bien pire que le Syriza de Tsipras. Aujourd’hui, les gauches européennes sont dans un tel désarroi qu’elles surinvestissent massivement la première occasion d’espérer, à rebours de toute lucidité analytique. C’est comme ça qu’on a surinvesti le Syrisa de Tsipras, puis héroïsé et iconisé Varoufakis. Maintenant, c’est au tour de Podemos.
Je ne dis pas qu’il faille abandonner toute espérance, parce qu’il existe quand même un paysage dans lequel il y a eu Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, Corbyn au Royaume-Uni, Bernie Sanders, le candidat démocrate tout à fait inattendu aux États-Unis... Ca veut dire que la sociale démocratie occidentale est en phase terminale. Elle est en pleine décomposition et il va falloir que tout ça rejoigne très vite les poubelles du restaurant.
En même temps, ce qui se construit par-dessus cette pourriture est encore un peu trouble. Je dirais même que Podemos va être encore plus incertain que Syriza parce qu’à la différence de Tsipras, les Espagnols n’essaieront même pas d’aller plus loin. C’est mon anticipation.
J’ai apporté une vidéo éclairante qu’a faite Iglesias, le fondateur de Podemos, sur le site du quotidien La Republica, le 31 juillet 2015 [7]. Il dit : « Ce qu’a fait le gouvernement grec est malheureusement l’unique chose qu’il pouvait faire. Nous ne pouvons pas faire de grandes choses, une réforme fiscale, nous battre pour la déprivatisation de la santé, pour une éducation publique, nous ne pouvons pas faire beaucoup plus ». « No podemos hacer grandes cosas. No podemos hacer mucho mas que…etc »
C’est un parti qui s’appelle Podemos et qui n’arrête pas de dire « no podemos ». C’est vraiment ballot ! Pour eux, la croyance en l’euro est inébranlable et il est hors de question d’engager le rapport de force avec les institutions européennes.
Pour moi, Podemos est un tigre de papier qui s’affalera avant même d’être arrivé au pouvoir parce que le parti a fait de l’efficacité électorale son leitmotiv absolu. Leur dernier congrès a vu triompher une motion qui mettait sur le côté les « cercles Podemos », c’est-à-dire la démocratie participative locale du mouvement. Tout ça pour pouvoir reconstruire un parti politique des plus classiques, avec leader et objectif d’accession au pouvoir. Par rectifications successives et accélérées, tous les espoirs que l’on pouvait mettre dans le Podemos du début de l’année ont été abandonnés en cours de route. Et malheureusement, j’ai peur que cela finisse aussi mal que Syriza.


Et la gauche française dans tout ça ?

 

DM : Quelle est l’influence de tout cela sur la gauche française ? Se pose-t-elle des questions, en tire-t-elle des leçons ?

FL : Il ne s’est pas rien passé, c’est sûr. La gauche que j’appelle « alter européiste », et qui défend la thèse que nous allons reconstruire un autre euro et nous débarrasser de l’austérité par le rapport de force, a été très ébranlée. Pour Attac ou la fondation Copernic par exemple, c’est le commencement des grandes révisions stratégiques. Je ne dirais pas que l’aggiornamento est à portée de main, mais les gens avec lesquels j’ai ferraillé amicalement se sont mis en mouvement. C’est manifeste, ils ne disent plus les mêmes choses depuis le juillet grec. Même si l’idée qu’il faut un acte de rupture avec l’euro pour y arriver n’a pas encore totalement pris consistance. Du coup, on reste coincé dans cette espèce de dialectique du plan A et du plan B : on va ouvrir le rapport de force, aller à l’épreuve et si – et seulement si - on n’y arrive pas, alors on sortira.
Ce qui est intéressant dans cette dialectique, c’est cette idée d’aller au bout du rapport de force pour obtenir la vérification ultime, par acquis de conscience en quelle que sorte, que ça ne pouvait pas marcher. Je trouve la démarche très sympathique. Simplement, il ne faut pas se raconter d’histoires, le plan A va vivre ce que vivent les roses, l’espace d’un matin. Très rapidement, il va se transmuter en plan B, du seul fait de l’opposition radicale du bloc allemand.
Soit dit en passant, ce qu’on occulte systématiquement, c’est que cette Allemagne intraitable puisse foutre le camp un jour ! Je suis convaincu que si elle se retrouvait dans un rapport de force un tant soit peu défavorable, avec un groupe de pays qui la contraigne à mettre de l’eau dans son vin, ses règles et ses principes, c’est elle qui prendrait la tangente. Je serais presque tenté de dire que les forces objectivement les plus puissantes de la décomposition de l’euro ne sont pas du côté des pays dominés, mais du côté des pays dominants. La Finlande, par exemple, ne veut plus entendre parler de l’euro, l’Allemagne se pose des questions… Et on n’est pas passé loin de la rupture avec la Grèce qui est un tout petit État. Si jamais un bloc de pays comme l’Espagne commençait à mettre le souk dans l’ordonnancement européen, ça pourrait aller très mal.


Unité Populaire ?

 

DM : Que peut-on espérer du petit parti dissident Unité Populaire ? Pour l’instant, il ne pèse pas lourd dans les sondages, mais il est cohérent et a été rejoint par le créateur de Syriza, Manolis Glézos.

FL : Tsipras a précipité les élections législatives pour empêcher Unité Populaire, qui est un parti très jeune, de s’organiser et de monter en puissance. Moyennant quoi, Unité Populaire doit faire 5 ou 7% dans les sondages, ce qui est déjà admirable, compte tenu de la brève existence du mouvement.
Le drame c’est que, comme l’explique Stathis Kouvelakis, la vague d’opprobre qui est en train d’emporter Syriza est telle, qu’elle frappe toute la gauche de manière indiscriminée. Au point qu’Unité Populaire, qui a pourtant défendu une ligne opposée à celle de Tsipras, risque d’être balayée de la même manière.
Pour les camarades grecs, la chose est claire : le mouvement Syriza va disparaître et ce sera la grande réussite de Tsipras. On va assister à la fin d’un cycle politique et au commencement d’un autre. À l’évidence, Unité Populaire est maintenant un parti homogène du point de vue de la ligne stratégique. Mais tout va dépendre de la conjoncture macroéconomique des douze prochains mois. Ca va être terrible ! La Grèce va vers une récession encore plus saignante qu’en 2010 et 2012. Et à l’épreuve de ces immenses difficultés, l’option de la sortie de l’euro va retrouver de la consistance et regagner du crédit. En tout cas, c’est ce qu’il faut espére

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:26

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Energie

Une commune résiste à l’installation des compteurs intrusifs Linky et Gazpar

par

 

Le conseil municipal de Saint-Macaire, en Gironde, refuse l’installation sur la commune de « Linky » et « Gazpar ». Ces nouveaux compteurs d’électricité et de gaz doivent permettre, selon leurs promoteurs respectifs ErDF et GrDF, de suivre quotidiennement la consommation réelle des bâtiments et de chaque logement pour mieux la maîtriser. A Saint-Macaire, tout a commencé par un vote à l’unanimité, le 24 septembre dernier, rejetant la demande de GrDF (Gaz réseau distribution France) d’installer un « concentrateur » sur un bâtiment de la commune. Pourquoi ce refus ? « Le souci de protection de la santé des habitants, à commencer par celle des enfants », précisent les élus dans un courrier envoyé aux 2000 habitants que Basta ! a pu consulter [1]. « S’ils sont installés, les compteurs communicants émettront des micro-ondes que GrDF présente comme anodines, ce qui est fortement contesté par diverses associations comme Robin des Toits, Priartem, le Criirem. »

GrDF assimile pour sa part cette communication entre le compteur, le concentrateur et le fournisseur d’énergie à « un appel téléphonique d’environ 15 minutes ». « Équipé d’un module radio, le compteur communicant Gazpar transmet deux fois par jour, en moins d’une seconde, vos données de consommation de gaz naturel à un concentrateur, installé sur un toit d’immeuble », précise l’opérateur. « Le concentrateur, équipé d’une carte Sim, envoie les données de consommation au système d’information de GRDF qui les traite et les met à votre disposition. » Rien de dangereux donc, si l’on en croit GrDF.

 

Risques sanitaires ?

Les élus de Saint-Macaire soulignent la démultiplication des « risques » du fait de la mise en place simultanée d’un autre compteur communicant pour l’électricité, le Linky. Depuis cet automne, le boitier jaune commence à faire son entrée dans les foyers. A l’horizon 2021, 31,5 millions de compteurs électriques Linky remplaceront les boitiers bleus traditionnels (sur un total de 35 millions de compteurs). « Pour exploiter les fonctions des compteurs communicants, ErDF injecte des signaux dans le circuit électrique des habitations, par la technologie CPL (courant porteur en ligne) », pointent les élus de Saint-Macaire. « Or, les câbles des habitations n’ont pas été prévus pour cela, ils ne sont pas blindés, et de fait le CPL génère des rayonnements nocifs pour la santé des habitants et particulièrement celle des enfants car ils sont plus vulnérables face aux risques causés par ces technologies. »

L’enquête menée par Basta ! en 2012 à l’occasion de l’expérimentation menée par ErDF en Indre-et-Loire, avait montré que des personnes sur place s’étaient plaintes de nuisances. Or, aucune étude d’impact sanitaire n’a été menée pour approfondir cette question. Ce manquement au principe de précaution a conduit Robin des toits à déposer fin 2011 un recours au Conseil d’État, finalement rejeté le 20 mars 2013. Pourtant, à ce jour, « toutes les compagnies de réassurance excluent la prise en charge en responsabilité civile des dommages liés aux ondes électromagnétiques », observent les élus de Saint-Macaire [2].

 

Plus intrusif mais pas écologique ?

Outre les risques sanitaires, les élus de Saint-Macaire redoutent le piratage des données transmises par les compteurs communicants, même si les installateurs assurent que tout est « parfaitement sécurisé », ainsi que leur utilisation à des fins commerciales. L’intrusion dans la vie privée permise par ce compteur est d’ailleurs critiquée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Le principal risque proviendrait de la courbe de charge qui relève à intervalles réguliers la consommation électrique de l’abonné. Plus le « pas de mesure » est faible, plus les mesures sur une journée sont nombreuses et fines, permettant d’avoir des informations précises sur les habitudes de vie.

Plus globalement, les élus de Saint-Macaire mettent en doute la capacité des compteurs Linky ou Gazpar à favoriser réellement les économies d’énergie [3]. Face à l’engouement du gouvernement français, l’Allemagne se révèle plus prudente et préconise pour le moment de restreindre le renouvellement aux compteurs en fin de vie. L’opposition aux compteurs intelligents grandit également aux États-Unis où des dizaines de collectivités ont adopté des moratoires.

D’autres mairies françaises ont d’ores et déjà contacté les élus de Saint-Macaire pour se joindre à leur combat contre les compteurs connectés. « Les compteurs actuels fonctionnent tout à fait correctement », plaident-ils. « Il est par ailleurs possible depuis longtemps de signaler à votre fournisseur, par téléphone ou par le web, la consommation réelle affichée par votre compteur, de façon à éviter toute surfacturation due à une estimation imprécise. » La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies rappelle aux usagers qui souhaiteraient conserver leur compteur bleu, que « les compteurs sont un bien inaliénable des collectivités concédantes ». Selon l’UFC Que Choisir, ce refus entraine un risque de résiliation du contrat.

 

@Sophie_Chapelle

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 15:29

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Une bénévole condamnée pour «délit de solidarité» avec les migrants

22 décembre 2015 | Par Michaël Hajdenberg
 
 
 

Le délit de solidarité, qui consiste à aider des migrants dans le besoin, n'est pas mort, contrairement à ce qu'avait annoncé Manuel Valls en 2012. Une bénévole vient d'être condamnée à Grasse pour avoir tenté d'aider deux Érythréens. Ailleurs en France, les poursuites se multiplient. 

Depuis 2012, on croyait le « délit de solidarité » enterré. Vendredi, il a pourtant resurgi du passé : Claire, une militante de 72 ans, a été condamnée pour avoir aidé en juillet des migrants érythréens à voyager. Le tribunal de grande instance de Grasse l’a condamnée à 1 500 euros d’amende, au grand dam d’associations d’aide aux étrangers d’autant plus inquiètes que d’autres cas de poursuites judiciaires ont émaillé l’année 2015. Ainsi, le 14 janvier prochain, ce sera au tour d’un Anglais de comparaître devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer, pour avoir voulu venir au secours d’une enfant de 4 ans résidant dans la jungle de Calais. Est-ce le signe d’un retour en arrière ? Ou faut-il parler de circonstances bien particulières ?

 

Manuel Valls © Reuters Manuel Valls © Reuters
 

L’enjeu est hautement symbolique. En septembre 2012, Manuel Valls avait annoncé la suppression de ce délit qui permettait de poursuivre toute personne ayant « tenté ou facilité » le séjour d’étrangers en situation irrégulière en France : « Notre loi ne saurait punir ceux qui, en toute bonne foi, veulent tendre une main secourable », expliquait celui qui était alors ministre de l’intérieur.

 

Ce « délit de solidarité », une expression inventée par des défenseurs des étrangers, avait connu un pic de notoriété en 2009 avec la sortie du film Welcome qui contait l’histoire d’un maître nageur souhaitant aider un jeune Afghan à rejoindre l’Angleterre par la nage, et dont les projets se trouvaient contrariés par la police.

La loi du 31 décembre 2012 n’a cependant pas tout réglé, comme le montre la condamnation de Claire. Ancienne maître de conférences en chimie, cette retraitée de 72 ans est bénévole au sein de l’association « Habitat et citoyenneté », une association d’aide aux migrants en situation précaire. Le 13 juillet, elle se trouve avec d’autres militants en gare de Nice, pour traquer les contrôles au faciès effectués par la police. Elle y rencontre un mineur Érythréen de 15 ans, en provenance de Vintimille, sans argent, qui ne parle pas français, et qui lui dit seulement « Paris ». Puis, sur le parvis de la gare, elle fait la connaissance d’une autre Érythréenne, âgée de 22 ans, munie d’un billet de train pour la capitale.

Tous deux font face à des policiers qui veulent visiblement les empêcher de voyager. « Après en avoir parlé avec un ami, j’ai décidé de les emmener à Antibes, où je pensais qu’il y aurait moins de policiers », raconte-t-elle. Peine perdue : un agent de la SNCF les repère, alerte la police. Claire refuse de présenter ses papiers d’identité (« c’est peut-être le seul tort que j’ai eu, mais je ne le regrette pas »). Elle est menottée, son téléphone confisqué ; fouillée, elle est placée en garde à vue pendant 24 heures, et le lendemain, elle est conduite menottes aux poignets dans son immeuble où son appartement est perquisitionné. Puis elle est convoquée au tribunal pour avoir « facilité, par aide directe ou indirecte, l’entrée irrégulière, la circulation irrégulière, le séjour irrégulier de deux étrangers en France ».

L’article L622-1 est en effet toujours en vigueur : il prévoit qu’aider des sans-papiers est passible de 5 ans d’emprisonnement et d’une amende de 30 000 euros. L’article L622-4 a cependant été ajouté en 2012, et il prévoit des exemptions. Pour ne pas être condamné, il faut d’abord n’avoir touché aucune contrepartie, notamment financière. Aucun doute sur ce point : Claire, chez qui on n’a pas retrouvé d’argent en liquide, n’a jamais été un passeur. Juste une bénévole.

Pour être considéré comme innocent, il faut cependant remplir une seconde condition sur le type d’aide apporté. Le texte de loi « précise » qu’il faut avoir fourni « des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l'étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique de celui-ci ».

Avoir conduit ces Érythréens à la gare relève-t-il d’une « aide visant à préserver leur dignité ou leur intégrité physique » ? Non, à en croire le tribunal de Grasse, qui reproche à Claire d’avoir soustrait ces migrants à un contrôle de police. Oui, selon son avocate, Me Sarah Benkemoun, qui fait appel du jugement car elle estime que ce n’est pas la question : sa cliente a empêché un mineur et une jeune femme de se retrouver en détresse, dans la rue, dans une ville qui leur était inconnue. Elle a voulu les aider à rejoindre leur famille à Dijon et Paris : « Ils étaient en danger. Elle a eu une démarche humanitaire. Elle n’a pas aidé des fugitifs, elle ne leur a pas fabriqué de faux documents, elle ne les a pas cachés. Ils auraient d’ailleurs pu rejoindre Antibes par leurs propres moyens. Mais dans le contexte actuel, entre les attentats de Paris et les élections, plaider la solidarité n’est visiblement pas aisé. »

Claire ne comprend pas plus la décision : « Depuis 2009, j’aide des étrangers. J’ai déjà hébergé chez moi des Géorgiens, Érythréens, Soudanais, Tchadiens, et cela ne pose visiblement pas de problème. Quand j’aide un sans-papiers à se soigner et que je le conduis à l’hôpital, on m’y félicite. Et là, on me condamne. Ces Érythréens se sont finalement retrouvés dans la rue, on a perdu leur trace, alors qu’ils cherchaient juste à rejoindre leur famille. Tout ça pour ça. »

 

« Je ne pouvais pas laisser passer cette enfant une nuit de plus dans cet endroit horrible »

Stéphane Maugendre, président du Gisti (Groupe d'information et de soutien des immigrés), estime que « toute l’ambiguïté du texte de loi » éclate au grand jour. Tous les six ans, note-t-il, le délit de solidarité réapparaît. 1997 : condamnation de Jacqueline Deltombe, coupable d’avoir prêté les clefs de son appartement à un sans-papiers. 2003 : fortes mobilisations contre le projet de Sarkozy de durcir les peines encourues. 2009 : des condamnations mènent à un affrontement dur entre les militants et le ministre Éric Besson. Et maintenant 2015, avec, faute de suppression, un danger qui renaît.

Camille Six, juriste à la PSM (Plateforme de service aux migrants), estime que la loi, sujette à interprétation, l’oblige à prévenir les bénévoles : « Attention ! Ralliez-vous aux réseaux d'hébergements existants plutôt que de vous lancer seuls dans l'aventure. Car cette activité de soutien n'est pas sans risque. »

Ces ambiguïtés donnent lieu à des interprétations différentes selon les juridictions, et parfois jusqu’au sein des tribunaux. À Perpignan, Denis a hébergé à son domicile une famille arménienne (avec deux enfants de 3 et 6 ans), sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. Pendant ses 36 heures de garde à vue, il fut demandé à Denis : « Qui faisait la vaisselle ? » Sa réponse a fourni l’occasion d’un procès, au motif que les migrants versaient une contrepartie : ils « participaient aux tâches ménagères (cuisine, ménage, etc.) ».

Le 15 juillet, jour du procès, le procureur de la République de Perpignan est cependant venu en personne à l’audience pour demander la relaxe de Denis. Mais l’absence de condamnation ne signifie pas que ce type d’affaire ne laisse pas de trace. Les bénévoles, angoissés, savent qu’ils peuvent être poursuivis, longuement interrogés, ignorent au bout de combien de temps ils seront relâchés. Camille Six va jusqu’à parler d’un « harcèlement moral » des militants.

Rob Lawrie en a fait les frais. Cet ancien soldat britannique de 49 ans, père de quatre enfants, a tenté de faire passer clandestinement la frontière à Bahar, une enfant afghane de 4 ans. Il comparaîtra le 14 janvier devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer où il encourt lui aussi une peine de cinq ans de prison pour cet acte qui, selon son avocate, Me Lucile Abassade, relève pourtant de « l’aide humanitaire ».

Rob, qui habite près de Leeds, connaît bien la jungle de Calais. Après avoir vu les images dans la presse du corps d’Aylan Kurdi, l’enfant syrien échoué sur une plage turque, il a décidé de faire régulièrement l’aller-retour pour aider les étrangers qui y résident : il a créé un groupe d’entraide pour récolter des vêtements et de la nourriture. Sur place, il aidait à construire des cabanes. Sur sa page Facebook, il a posté une vidéo de ce qu’il y a vu.

 

Calais "The Truth" © Rob Lawrie

 

Il y a fait la connaissance de Bahar et de son père. À la presse britannique, il a raconté : « Je ne pouvais pas laisser passer cette enfant une nuit de plus dans cet endroit horrible. Les conditions étaient horribles. Cela m’a rappelé des décharges de Bombay. Et quand vous avez vu ce que j’ai vu, toute pensée rationnelle sort de votre tête. »

Son avocate détaille : « Fin octobre, il y avait une grosse vague de froid, ils étaient au milieu du bois, dans la misère. Le père de Bahar a demandé à Rob de bien vouloir emmener son enfant chez sa tante, en Angleterre. Rob a ressenti une forme d’urgence et il a craqué. »

Rob a caché la petite fille dans un des compartiments de stockage de son van, au-dessus du siège du conducteur. Mais des chiens renifleurs ont détecté deux Érythréens cachés, à son insu, à l’arrière de sa camionnette. Bahar a été découverte et Rob Lawrie arrêté. Il a prévenu : « Je m’excuserai devant le juge. Je ne dis pas : "Hé, regardez-moi, je suis un héros", je dis : "J’ai pris la mauvaise voie, trouvons la bonne". »

À Calais, il n’est pas le seul à venir au secours des étrangers. « Si on poursuivait tous les gens qui aident les étrangers, les tribunaux seraient pleins », explique Me Marie-Hélène Calonne, avocate spécialiste du droit des étrangers à Boulogne-sur-Mer.

Cela n’empêche pas la police de mener la vie dure à certains militants, parfois en contournant le délit de solidarité. À Calais, un arrêté interdit aux militants de s’arrêter sur le chemin des dunes, le chemin qui conduit de la ville à la plateforme Jules-Ferry. Les policiers laissent les bénévoles entrer, et une fois qu’ils stationnent, ils leur collent des PV, racontent plusieurs associations présentes sur place.

À Norrent-Fontes, quatre abris pour les exilés avaient été construits en 2012, avec l’accord du maire de l’époque. Deux de ces abris de fortune ont été détruits au printemps dernier dans un incendie accidentel. Les membres de l’association Terre d’errance ont voulu le reconstruire. Le maire leur a opposé le droit de l’urbanisme, qui ne posait pourtant pas de problème auparavant. Suite à deux plaintes de la mairie, ils ont été poursuivis par le procureur de Béthune pour construction illégale sur un terrain municipal ; ils encourent 3 mois de prison et 75 000 euros d’amende. Pire : à défaut de pouvoir continuer à construire, les militants ont posé une toile protégeant les migrants de la pluie. Nouvelle plainte et convocation au commissariat. « Mettre à l’abri : voilà donc né un nouveau délit de solidarité ! », dénonce le Gisti.

Offrir une toile ou un toit n’est donc plus une sinécure. À Dijon, un militant de la Ligue des droits de l’homme a été poursuivi pour avoir hébergé des sans-papiers. Et le curé de Montreynaud (Saint-Étienne), pour avoir hébergé des sans-papiers dans un lieu de culte qui n’offrait pas toutes les conditions requises en matière d’hygiène et de santé publique.

Léopold Jacques, lui, après avoir été condamné en première instance, a fini par obtenir gain de cause devant la cour d’appel de Rouen. Celle-ci a estimé que ce bénévole à la Croix-Rouge et membre de France Terre d’Asile ne pouvait être condamné pour avoir aidé une Congolaise en 2011 : il avait fourni à cette femme malade des attestations d’hébergement pour qu’elle puisse bénéficier de soins médicaux en France. Léopold Jacques, 70 ans, croyait en avoir enfin fini avec la justice. Le parquet a toutefois décidé de se pourvoir en cassation.

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 01:35

 

Source : http://www.onpassealacte.fr

 

 

Permettre aux personnes âgées de partager des repas avec les enfants de l'école

 

 

« J'ai décidé d'ouvrir la cantine scolaire aux anciens du village ! »

 

 

Version courte :

 

 

Version longue :

 

 

Thème : Personnes âgées et société - Intergénérationnel

Lieu : Commune de Bioule

 

Permettre aux personnes âgées de partager des repas avec les enfants de l'école
 

 


« Moi je préfère manger à la cantine »

A Bioule, petite cantine du Tarn et Garonne, têtes blondes et têtes blanches partagent les mêmes tables le temps de deux déjeuners par semaine. Au delà du simple repas pris ensemble, entraide, souvenirs et éclats de rire sont au menu.

En 2010, face à l’afflux de nouveaux arrivants, l’école doit s’agrandir et la cantine être remise aux normes. Les travaux commencent et attirent la curiosité des personnes âgées. Le maire, Gabriel Serra leur lance une boutade qui deviendra finalement un défi : « ça vous intéresserait de manger à la cantine ? ». Réponse unanime : « et bien pourquoi pas ? »

Le maire entreprend alors les démarches administratives pour rendre cette initiative spontanée réalisable, en toute légalité.  La difficulté principale est de définir le prix du déjeuner, qui ne doit faire concurrence ni au portage des repas à domicile ni aux restaurateurs du coin. Les délibérations se tiennent en conseil municipal : une douzaine de places à la cantine pourront être accessibles aux personnes de plus de 75 ans. Le coût de revient du repas est établi à 6€ ; la mairie ne se dégageant aucun bénéfice et n’accordant aucun avantage. L’accord de la préfecture est donné.

Depuis deux ans déjà, les enfants, affamés d’histoires et les personnes âgées avides de lien avec les enfants, se rejoignent plusieurs fois par semaine pour des moments de grande complicité.  « J’ai hâte de voir les gosses piailler, de sortir de ma solitude, surtout l’hiver et de retrouver les autres. Cela me permet de garder goût à la vie » nous confie Marie-Louise.

Au delà de cette rencontre entre générations, la cantine fédère tous les habitants. Elle permet un rapprochement des vieux du village, qui désormais y fêtent tous ensemble leurs anniversaires, ou encore vont au restaurant lorsque les portes de la cantine se ferment aux vacances. Par le biais des enfants, les parents, nouveaux arrivants et souvent éloignés de leurs propres familles rentrent en lien avec les anciens.

Ce qui n’était au départ qu’un investissement matériel de la mairie est devenu un projet humain et fédérateur.  En un mot : « à table ».

 

 

Source : http://www.onpassealacte.fr

 

 

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 00:43

 

Source : http://www.citizen-nantes.com

 

 

Un collectif de pilotes de ligne répond à Ouest-France

 

Publié le par CitiZen Nantes

 

 

Un collectif de Pilotes de Ligne souhaite et demande à Ouest-France de publier un article en réponse à celui signé de M.Jean-François MARIVAL concernant l’aéroport de Nantes Atlantique et publié récemment par votre journal sous le titre "Pilote, Aiguilleur : un aéroport en fin de vie".

Quelle belle leçon de journalisme et d’information. Pour répondre à des citoyens qui travaillent et témoignent publiquement à visages découverts, voici qu’apparaissent des courageux identifiables à leurs seuls prénoms !

Non, nous ne connaissons pas Paul le contrôleur aérien, non plus que Julien le pilote d’Air France ; mais par contre Jean, Luc, Mathieu, Pierre, Thomas, Judas... ne nous sont pas inconnus non plus que Théophraste, Pantaléon, Théodule, Aristide... tous aux postes de pilotage des avions de notre grande compagnie anciennement "nationale"’.

Trève de plaisanterie : nous pourrions appeler cela de l’ENFUMAGE si nous n’étions pas aussi hautement respectueux du travail de ces messieurs de la presse ! Que nous disent ces chers Paul et Julien ? Qu’un aéroport doit être totalement accessible quelles que soient les conditions météorologiques, que Nantes-Atlantique n’est pas équipé d’une approche de précision en piste 21 (à qui la faute ?), qu'il n’est donc pas accessible et même "en fin de vie" ?!

Eh bien, Nice où il n'y a pas d’approche de précision en piste 22 est aussi "en fin de vie" dans ce cas ! Sonnons le glas pour le même motif pour Bordeaux (piste 05), Brest (piste 08), Lille (piste 08), Montpellier (piste 12L), Perpignan (piste15), Rennes (piste10)... Cette liste non-exhaustive ne concerne que des aéroports français !

Paul et Julien, Nantes-Atlantique est dangereux : trois accidents évités in extrémis ?! Voilà un sujet qui ne supporte pas la dérision. Nous demandons des précisions, des détails sur les circonstances : il ne faut pas que cela se reproduise ! Peut-être sera évoquée la sous vigilance du contrôle aérien local constatée par le non moins très sérieux Bureau Enquête Analyse que le monde entier nous envie.

Peut-être..."la piste est à refaire" ? Comme tout équipement, il faut régulièrement refaire la piste (elle a été re-surfacée cet été, usure...). Un cahier citoyen traite abondamment du sujet, personne n’a contesté nos chiffres à ce jour.

''Pas de place pour un dégagement grande vitesse de la piste” ? Quel aveuglement et quelle hypocrisie !

Le gestionnaire de Nantes-Atlantique en trouve lui de la place pour des dizaines de voitures à quelques mètres des chemins de roulement avions ! Quand aux recommandations que vous mentionnez, elles n’ont pas force d’obligation sinon combien de grands aéroports seraient déjà fermés, Nice encore une fois ? NON messieurs Paul et Julien, vous ne nous avez pas convaincus d’abandonner aux promoteurs cette richesse locale qu’est l’Aéroport de Nantes-Atlantique non plus que de bétonner ce splendide bocage de Notre-Dame des Landes.

NON à l’obsolescence programmée de Nantes Atlantique ou encore à sa ''fin de vie'', et bienvenue à l’atelier citoyen dont les travaux ne sont pas terminés …

Quelques signataires ? Des pilotes avec leurs prénoms et noms, en exercice ou ayant exercé ‘’un peu partout sur la planète’’ …

HERVE THEBAUD : Pilote de Ligne 34000 heures de vol et instructeur. DIDIER PORTRAIT : Pilote Hautes personnalités au GLAM dont le chef de l'état durant 6 ans et Pilote de ligne 18000 heures de vol. MARC FRADET : Pilote de Ligne 10000 heures de vol. THIERRY MASSON : Pilote de Ligne 20000 heures de vol. ALAIN HAMON : Pilote de chasse sur avion d'arme et Pilote de Ligne 12000 heures de vol. GILLES COURTOIS : Mécanicien concorde et pilote de ligne 10000 heures et 7000 h comme instructeur. FABRICE FALOURD : Ex Pilote Aéronavale, Officier pilote Sécurité des Vols et Pilote de ligne 13000 heures de vol, instructeur simulateur de vol. LAURENT DENIS : Pilote de Ligne 14000 heures de vol, instructeur. CLAUDE CHIRON : CdB A330/A340 Pilote de Ligne 22000 heures de vol. STEPHANE LANDREAU : Pilote de Ligne 8500 heures de vol. CHRISTIAN SAERENS : Pilote de Ligne 10220 heures de vol. PATRICK BOIVIN : Ex Pilote de chasse et Pilote de Ligne, instructeur, 18000 heures de vol. LAURENT BEYSSAT : Pilote de ligne, instructeur, chef de secteur compagnie, 11500 h de vol. ANDRE AMIEL : Ancien pilote de chasse, de reconnaissance et de bombardement nucléaire, et pilote de ligne, 17000 h de vol. FERNAND DONNIO : Pilote Professionnel aviation d’affaire, instructeur, 19000 heures de vol. PATRICK VOISIN : Pilote de ligne 12000 heures de vol. PHILIPPE GUIGON : Contrôleur aérien (E/R) 36 ans d’expérience.

… Faudra-t-il trouver 200 noms de plus, totaliser l’expertise ?

L'article qui a suscité la réponse des pilotes

Régionales. Le transfert de l'aéroport, enjeu des élections

 

Régionales. Le transfert de l'aéroport, enjeu des élections

 

par Christophe Jaunet, Marc Le Duc, Jean-François Marival Lundi soir, le Parti socialiste et Europe Écologie les Verts ont annoncé leur fusion pour le second tour des élections régionales dima...

 

http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/r

 

 

 

 

 

 

Source : http://www.citizen-nantes.com

 

 

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 00:12

 

Source : http://www.kaizen-magazine.com

 

 

Un tribunal international pour préserver la nature

En parallèle de la COP21 s’est tenue, du 4 au 5 décembre 2015, la troisième édition du Tribunal international des droits de la nature. À la barre : des peuples indigènes, des experts et des personnalités, défenseurs du caractère sacré de la Terre. Gouvernements et entreprises ont été jugés par contumace. Compte rendu d’audience.

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© Thomas Masson

 

À l’initiative de l’association GARN (Global Alliance for Rights of Nature) le Tribunal international des droits de la nature a pour volonté d’instaurer un cadre juridique international pour protéger les écosystèmes et de qualifier toute enfreinte à la Déclaration universelle des droits de la Terre comme un crime d’écocide.

Dans cette optique, elle a organisé la troisième édition de ce tribunal, qui s’est déroulée à la maison des Métallos, à Paris, un ancien haut lieu d’actions politiques de résistance. C’est dans ces murs que près de 65 plaignants, de 32 nationalités et 7 langues différentes, ont plaidé pour une justice environnementale.

 
Rituel naturel

Pour replacer la Terre au centre des débats,  des cérémonies chamaniques inaugurent le procès. Trois femmes, représentantes du peuple Kichwa de Sarayaku (Équateur), font brûler dans un bol une matière blanche. Le but est de

« retirer toutes les ondes négatives, de donner de la force et de rendre hommage à la Terre qui souffre »

explique l’une d’elles dans sa langue natale, le quechua.

 

 

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Représentantes du peuple Kichwa de Sarayaku et cérémonie dédiée aux quatre directions,

menée par des femmes du peuple Ponca. © Thomas Masson

 

Casey Camp-Horinek, militante des droits des peuples autochtones et environnementaliste, et trois autres femmes du peuple Ponca (Oklahoma, États-Unis) saluent les quatre directions. Ce rituel est effectué pour relier entre-elles toutes les personnes de la salle, pour prendre conscience du moment présent et pour invoquer de la bienveillance. Elles rendent hommage aux quatre points cardinaux, puis au  Haut et Bas. Elles effectuent ce rituel en faisant brûler de l’encens au parfum d’aiguilles de pin.

Casey Camp-Horinek prend ensuite la parole devant un auditoire de près de 250 personnes : « Je vous vois, je reconnais vos esprits. Nous ressentons tous de la peine. Il est temps pour l’humanité de se remettre en question, de faire des efforts. En ce moment, nous ne méritons peut-être pas d’être sur Terre. Nous essayons de dominer alors que la planète est sacrée et qu’elle prend soin de nous. La Terre-Mère est généreuse ; elle est toujours avec nous. Mais nous oublions cela. Nous sommes là pour nous rappeler de son existence, pour évoquer ses droits et pour prôner sa défense, dans une voie positive. C’est peut-être le moment pour l’humanité de ne former qu’un, de s’apercevoir que toute forme de vie possède un esprit. Oui, c’est une bonne chose que nous soyons là ce matin. »

 

Plaidoiries

Après ces rituels, le tribunal entre en session. Les plaignants, de José Bové au chef Kayapo (Brésil) Raoni Metuktire, tiennent un discours poétique sur la planète. Ils parlent d’une « Terre vivante »,  d’un « organisme vivant » et d’une « Terre-Mère ». Les cours d’eau, forêts, sols et êtres vivants sont décrits comme sacrés et animés d’esprits.

Et, quand vient le moment de dénoncer les crimes perpétrés contre la nature, les critiques sont acérées. Les plaintes portent sur les énergies fossiles, la déforestation, la privatisation et la pollution de l’eau, les accords de libre-échange, le nucléaire, les mines d’extraction, la financiarisation de la nature, l’expulsion de populations de leurs terres, etc. Les plaignants évoquent alors une nature «  bafouée et exploitée », une planète « en crise » et un « état d’urgence climatique ». Toutes les personnes venant à la barre pointent du doigt l’irresponsabilité des gouvernements et des entreprises.

Pablo Solón (Bolivie, Fundación Solón) dénonce « la folie du capital et du pouvoir ». David Kureeba (Ouganda, Global Forest Coalition and Friends of the Earth) demande aux gouvernements d’arrêter de vendre des concessions aux entreprises et de laisser les communautés locales reprendre le pouvoir de décider. Maxime Combes (France, Attac) suggère de « supprimer larticle 3.5 de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique qui sacralise le commerce international, aux dépens de mesures écoresponsables ». Il qualifie ensuite les industries fossiles – privées et publiques – « d’ennemies no 1 de la nature et d’adversaires de l’humanité ». S’appuyant sur des études, il demande de laisser au moins 80 % des énergies fossiles dans le sol. Desmond D’sa (Afrique du Sud, SDCEA) parle d’une industrie pétrochimique ayant une « soif du gain » et considérant la Terre comme « un jouet ». Sous des applaudissements nourris, il affirme que « le temps de se rassembler, de ne faire qu’un, est venu ».

Maude Barlow (Canada, The Council of Canadians) parle d’une « eau trop exploitée et polluée » et clame qu’elle ne doit plus être considérée « comme un bien marchand », mais comme « un cadeau divin ». Tony Clark (Canada, Polaris Institute) regrette que la nature soit considérée comme du « capital » et un « organisme mort ».

 
Sentences

À l’issue des deux jours de plaidoiries, les juges font part de leurs délibérés. La première de leurs recommandations est de faire en sorte que le Statut de Rome (adopté en 1998 par 120 États, fut le préalable à la constitution de la Cour pénale internationale – CPI) rende possible la poursuite des responsables de crimes d’écocide devant la CPI (officiellement entrée en fonction en 2002, elle a le pouvoir de juger les crimes internationaux : contre l’humanité, de guerre et les génocides).

Le gouvernement équatorien est tenu responsable des actes de criminalisation de défenseurs de la nature. Le tribunal a condamné les chantiers des barrages du Belo Monte et du Tapajós. Les juges ont déclaré que le cas Chevron (déversement de milliards de litres de pétrole à ciel ouvert, en Equateur et au Brésil) « est l’un des pires cas d’écocides jamais perpétrés en Amazonie » et qu’une « justice restauratrice doit être appliquée sans délais ». D’autres cas ont été « ouverts » et seront traités lors de la prochaine édition du Tribunal international des droits de la nature (il se tiendra au Maroc ou à La Haye).

Ce tribunal était avant tout symbolique. Les plaignants ont exposé leurs plaintes devant des juges acquis à leur cause. Et les bancs des accusés étaient vides : pas de présence des entreprises et des gouvernements incriminés et aucun avocat n’a assuré leur défense, ni déposé des éléments pour prouver leur innocence.

De leur côté, les 195 pays participants à la COP21 ont signé, le 12 décembre 2015, la Convention-cadre sur les changements climatiques. L’article 7.5 (page 28) stipule ceci : « […] L’adaptation [aux effets néfastes du changement climatique] devrait suivre une démarche impulsée par les pays (…) prenant en considération les groupes, les communautés et les écosystèmes vulnérables, et devrait tenir compte et s’inspirer des meilleures données scientifiques disponibles et, selon qu’il convient, des connaissances traditionnelles, du savoir des peuples autochtones et des systèmes de connaissances locaux, en vue d’intégrer l’adaptation dans les politiques environnementales pertinentes, s’il y a lieu. »

Si mince soit l’entrebâillement, une porte est ouverte aux justiciers de la nature.

 

Thomas Masson

 

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Source : http://www.kaizen-magazine.com

 

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 18:01

 

Source : http://www.lepoint.fr

 

 

La justice ordonne la suspension des travaux d'extension de Roland-Garros

 

 

 

Le TGI a ordonné la suspension des travaux voulus par la FFT pour son projet d'extension de Roland-Garros sur les "serres d'Auteuil".

Publié le - Modifié le | Le Point.fr
 
 
Le TGI de Paris a ordonné vendredi la suspension des travaux engagés par la Fédération française de tennis pour son projet d'extension de Roland-Garros sur les "serres d'Auteuil".

Le TGI de Paris a ordonné vendredi la suspension des travaux engagés par la Fédération française de tennis pour son projet d'extension de Roland-Garros sur les "serres d'Auteuil". © DPPI/ STEPHANE ALLAMAN

 

 

Le TGI de Paris a ordonné vendredi, en attendant un jugement sur le fond, la suspension des travaux engagés par la Fédération française de tennis pour son projet d'extension de Roland-Garros sur les « serres d'Auteuil », bataille de longue date des défenseurs de ces serres historiques. Le TGI, saisi en référé par les héritières de l'architecte des serres Jean-Camille Formigé (1845-1926) au nom du « droit d'auteur », a ordonné vendredi la suspension des travaux, dans les 72 heures à compter de la signification de la décision, pour une durée maximum de trois mois, sous astreinte de 10 000 euros par infraction constatée, à raison d'une infraction maximum par jour. « Il s'agit de préserver les lieux en l'état jusqu'à l'intervention du juge du fond », indique l'ordonnance du tribunal. La FFT a en outre été condamnée à verser 2 000 euros au titre des frais de justice aux consorts Formigé.

Me Philippe Zagury, avocat des deux arrière-petites-filles de l'architecte, s'est réjoui de cette décision « extrêmement rare en matière de protection d'une oeuvre d'architecte ». Pour la Fédération française de tennis qui a pris « acte » de l'ordonnance, « cette décision, qui participe malheureusement des aléas de tout projet d'aménagement architectural de grande envergure, était une éventualité à laquelle la Fédération française de tennis s'était préparée. La FFT a d'ores et déjà décidé de faire appel de cette décision ». En effet, « le projet de serres contemporaines autour du nouveau court de tennis dans un nouvel aménagement paysager prévu en lieu et place de simples serres techniques et d'espaces logistiques est un hommage rendu à l'oeuvre de Jean-Camille Formigé, qu'en aucun cas il ne saurait dénaturer », affirme la FFT.

 

Associations vent debout

La bataille des « serres d'Auteuil » dans l'ouest de la capitale est un conflit qui dure depuis l'annonce en 2011 par la FFT d'un projet de création d'un court de tennis de 5 000 places empiétant sur le Jardin botanique d'Auteuil. Ce jardin, monument historique et classé au titre des sites, comprend des serres qui abritent des collections botaniques rares.

 

De nombreuses associations sont depuis vent debout contre le projet d'extension pour lequel le permis de construire a été délivré par la mairie de Paris le 9 juin. Lise Bloch-Morhange, porte-parole du Comité de soutien des Serres d'Auteuil, s'est réjouie dans un communiqué de cette décision « très favorable à notre cause ». « Il peut se passer beaucoup de choses en trois mois, et nous espérons que la FFT comme la Mairie de Paris voudront bien écouter enfin les associations qui préconisent depuis des années une solution alternative d'extension partielle sur l'autoroute A13 », ajoute Lise Bloch-Morhange. La « dénaturation du Jardin botanique des Serres d'Auteuil constituerait une atteinte patrimoniale aussi grave que la démolition des Halles de Baltard en 1971, Jean-Camille Formigé étant en son temps aussi célèbre que Baltard ou Eiffel », ajoute-t-elle. La militante publie également une lettre du ténor Placido Domingo, président d'Europa Nostra, une association de défense du patrimoine européen, qui demande, hasard du calendrier, ce même jour de vendredi, la « suspension des travaux de démolition ».

Pour Alexandre Gady, président du SPEFF (Société pour la protection du paysage et de l'esthétique de la France), partie prenante du référé, « c'est un signal envoyé, et pour nous très positif ». « Toutes les règles ont été bafouées par les administrations dans ce dossier et enfin la justice dit stop », dit-il à l'AFP. Agnès Popelin, vice-présidente de France Nature Environnement pour l'Ile-de-France, s'est déclarée « ravie. Le père Noël existe », a-t-elle lancé avant de s'étonner de « l'obstination qui frôle l'aveuglement » de la FFT refusant de considérer la solution de rechange proposée. Agnès Popelin a par ailleurs indiqué qu'elle allait annuler le référé qu'elle avait déposé avec d'autres associations qui demandaient elles aussi la suspension des travaux.

 

 

Source : http://www.lepoint.fr

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 17:38

 

Source : https://www.francebleu.fr

 

 

Gaz de schiste : requête rejetée pour Schuepbach en Ardèche

Par Florence Beaudet, France Bleu Drôme-Ardèche mardi 22 décembre 2015 à 17:02

 

 

 

Plus de 2000 manifestants contre le gaz de schiste à Montélimar

Plus de 2000 manifestants contre le gaz de schiste à Montélimar © Radio France - Nathalie Rodrigues

Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté ce mardi la requête du groupe Schuepbach qui souhaitait récupérer ses permis de recherche en gaz de schiste en Ardèche et dans l'Aveyron. Une nouvelle victoire pour les opposants mais la bataille en justice n'est pas terminée.

Schuepbach ne récupèrera pas ses permis de recherche en gaz de schiste. La compagnie pétrolière contestait l'abrogation de ses permis de recherche de Villeneuve-de-Berg en Ardèche et de Nant en Aveyron. Le groupe demandait l'annulation de cette abrogation suite à la loi interdisant la fracturation hydraulique. Requête rejetée ce mardi par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise en région parisienne.

Cette décision est un soulagement pour les opposants au gaz de schiste même si ce n'est pas une surprise car lors de l'audience du 8 décembre dernier, le rapporteur public avait demandé le rejet de la requête.

 

La requête de Total examinée en janvier

Les procédures ne sont pas terminées pour autant. D'une part, Schuepbach continue de réclamer une indemnisation monstre à l'Etat pour l'abrogation de ses permis (117 millions d'euros). Il n'y a pas encore de date pour l'examen de cette demande. D'autre part, Total conteste également l'abrogation de son permis de recherches en gaz de schiste. Ce permis dit de Montélimar s'étire sur plus de 4300 km2 et sur plusieurs départements. La requête du pétrolier français sera examinée le 8 janvier prochain.

 

 

Source : https://www.francebleu.fr

 

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 17:01

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/thomas-saint-cricq/blog

 

 

Dans les pas des Indignés

 

 

Il y a quatre ans et demi, des milliers d'Indignés campaient Puerta del Sol à Madrid. 69 d'entre eux siègent désormais au parlement espagnol et, par le jeu des alliances, restent incontournables pour quiconque souhaitant gouverner. La colère spontanée des Indignés s'est structurée. Durant 4 mois nous avons suivi plusieurs de ces mouvements pour comprendre leur mutation.

www.espagne-indignee.com

captureecranpodem © Crédits A. Sanial. AO/LF/TSC captureecranpodem © Crédits A. Sanial. AO/LF/TSC
 

Fini l'indignation, place à la négociation. Ce 20 décembre, l'entrée spectaculaire de Podemos au Parlement marque la fin de trente ans de démocratie bipartite, où les formations issues de la transition post-franquiste prenait tour à tour le pouvoir.

 

Avec 20,7% des voix récoltées, la formation de Pablo Iglesias n'a pas réalisé le coup de balai qu'elle espérait. Mais l'entrée de 69 députés issus de la société civile, professeurs, avocats ou simples militants associatifs, met le bloc de droite d'un côté, parti socialiste de l'autre, en minorité. Pour gouverner, il faudra désormais sceller d’improbables alliances entre partis de droite (Partido Popoular, Ciudadanos) et nationalistes basques du PNV ; bloc de gauche (PSOE, Podemos, IU) et indépendantistes catalans ; ou bien un pacte contre-nature dans une grande coalition à l'allemande réunissant conservateurs du PP et socialistes du PSOE.

 

Pablo Iglesias et l'état major de Podemos après les résultats le 20 décembre © Amandine Sanial Pablo Iglesias et l'état major de Podemos après les résultats le 20 décembre © Amandine Sanial

 

Une Espagne nouvelle

Le bipartisme à l'espagnole est enterré. Il appartient au passé. L'indignation de masse aussi. Les mouvements de contestations spontanés apparus le 15 mai 2011 sur la Puerta del Sol à Madrid (appelé ici le 15-M) avaient essaimés dans tout le pays. Mal-logement, précarité, inégalité entre les sexes, dénonciation de la corruption, ces mouvements rassemblaient toutes les luttes pour mettre fin à un système à bout de souffle. Ces Indignés ont déserté les rues espagnoles depuis plus d'un an. Mis à part quelques sursauts comme le 7N, la marche contre les violences machistes en novembre, les grandes protestations peinaient à rassembler la foule des grands jours comme au lendemain du 15-M.

Les Indignés n'avaient pas abandonné. Ils se structuraient. Pierre par pierre, certaines de ses composantes participent à la construction d'une Espagne nouvelle. Par ici, le 15MparaRato, un groupe d'activistes webs, rencontrés durant la 15-M, s'est mis en tête de traquer la corruption. En silence et derrière leur écran, ces huit activistes ont fondé un Wikileaks ibérique et réuni suffisamment de preuves pour faire inculper Rodrigo Rato, figure historique du PP, ex-président du FMI et ancien numéro deux gouvernement. L'affaire a fait de la lutte contre la corruption un sujet prioritaire aux yeux de l'opinion.

Par là, la Plataforma de Afectados por la Hypotheca (PAH), un collectif catalan pour le droit au logement qui s'est propagé dans toute l'Espagne lors de l'apparition des Indignés. Avec ces 260 antennes, ce collectif d'inspiration libertaire prône des méthodes musclées : occupation de banques, recours au squat de logements vacants, actions coup de poing au Parlement. En coulisse ces deux dernières années, la PAH a fait condamner une poignée de banques, et voter une série de lois renforçant le droit au logement dans plusieurs parlements régionaux. Son ancienne porte-parole, Ada Colau, est désormais maire de Barcelone.

Enfin, en janvier 2014 est apparu Podemos. Fondés par des professeurs de sciences politiques issus du 15-M, le parti revendiquait vouloir « convertir l'indignation en changement politique » dès sa création. Grâce à une série d'alliances avec des personnalités locales issues de la société civile, le mouvement avait déjà conquis les plus grandes villes du pays aux élections municipales de juin 2014. Il rêve de se muer en machine électorale classique, prête demain à gouverner, tout en conciliant l'esprit novateur et égalitaire des Indignés.

Ces mouvements passés du bitume à la table des négociations, de l'action coup de poing à la barre des tribunaux, nous les avons suivis pendant quatre mois. Jeunes journalistes indépendants de 25 à 27 ans, nous avons voulus comprendre comment ces citoyens, parfois à peine plus âgés que nous, pouvaient rénover profondément leur pays et leur démocratie. Comment se structurer quand on vient de la rue ? Comment y parvenir au sein même du système sans trahir ses idéaux initiaux ? Nous avons tenté de répondre à ces questions, modestement, et de manière indépendante à travers une série de reportages, dans les pas de ces Indignés.

 

Vous pouvez lire nos séries d'articles sur notre site :www.espagne-indignee.com

Amandine SanialAdrien OrtaventLudovic Ferro et Thomas Saint-Cricq

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/thomas-saint-cricq/blog

 

 

 

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DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

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          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



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