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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 22:36

 

Source : http://www.sept.info

 

Sécurité alimentaire

Yasmine Motarjemi: la lanceuse d’alerte qui défie Nestlé

 

 

La multinationale Nestlé est contrainte de retirer ses nouilles instantanées de la vente en Inde. Pour Yasmine Motarjemi, son ancienne responsable de la sécurité alimentaire écartée en 2010, l’affaire paraît terriblement familière.

 

 

Une teneur en plomb trop élevée, des étiquettes trompeuses, un produit vendu sans le feu vert des autorités. Au nom de ces trois reproches, l’Autorité indienne de sécurité des aliments (FSSAI) a exigé de Nestlé, vendredi 5 juin, l’arrêt de la production et de la vente de ses nouilles instantanées Maggi. Peu avant, le géant alimentaire de Vevey avait de lui-même retiré ces produits en Inde, tout en assurant qu’ils étaient «propres à la consommation».

Danger sanitaire réel, ou réglementations trop sévères? C’est un dilemme que Yasmine Motarjemi connaît bien. Trop bien, même: elle y a perdu son job et sa santé. Ancienne responsable de la sécurité alimentaire pour la multinationale, elle vit aujourd’hui une forme de préretraite forcée à Nyon.

Elle ne croit pas les dirigeants de l’entreprise insensibles: «Ils ne feront jamais quelque chose de nocif intentionnellement, ils y perdraient du business. Mais ils peuvent être négligents quand les intérêts économiques l’imposent, et ils ont une attitude laxiste envers les risques à long terme, difficilement imputables à leurs produits. S’il y a un peu trop de pesticides ou d’iode, ce n’est pas grave, c’est la réglementation qui est trop stricte. Je les ai souvent entendu dire “on ne tue personne”, comme si la seule limite de la sécurité alimentaire était la mort.»

«Ils commettent les faux pas que j’ai décrits dans mon livre.»

Ce qui se passe en Inde, elle n’en a vent que par les médias, mais ça lui rappelle un précédent douloureux, en 2005. Elle s’en souvient bien, parce que c’est l’année où la situation s’est gâtée pour elle. En Chine, Nestlé s’est vue interdire son lait infantile dont la teneur en iode dépassait les limites. Là aussi, souligne-t-elle, le produit était vendu «en violant les normes réglementaires chinoises en toute connaissance de cause».

Or elle avait «à maintes reprises dénoncé les négligences dans ce domaine» auprès de ses supérieurs. Elle avait même rédigé un livre de plus de mille pages sur la gestion de la sécurité alimentaire, qui a reçu un prix aux Etats-Unis: «Toutes les erreurs que je peux lire dans les médias sur la gestion de la crise en Inde sont des faux pas que j’y ai décrits».

Pourquoi, se demande-t-elle amèrement aujourd’hui, les médias suisses sont-ils si «réservés» sur cette affaire, se contentant de diffuser la dépêche d’agence sans enquête ou commentaire? «En tant que consommatrice en Suisse et citoyenne helvétique, je souhaite savoir ce que Nestlé, fleuron de notre économie, a à répondre.»

L’ennui, bien connu des journalistes helvétiques, c’est que la multinationale en dit le moins possible. Sur son site, un bref communiqué affirme que les nouilles Maggi ont été testées dans ses laboratoires et des laboratoires extérieurs: les résultats montrent qu’elles sont sans danger et qu’elles respectent les normes. L’entreprise espère qu’elles pourront à nouveau être en vente prochainement.

Nestlé est contrainte de retirer ses nouilles instantanées de la vente en Inde. Pour Yasmine Motarjemi, ancienne responsable de la sécurité alimentaire, écartée en 2010, l’affaire sonne terriblement familière.

Nestlé est contrainte de retirer ses nouilles instantanées de la vente en Inde. Pour Yasmine Motarjemi, ancienne responsable de la sécurité alimentaire, écartée en 2010, l’affaire sonne terriblement familière.

Yasmine Motarjemi s’interroge aussi sur la discrétion autour de son cas personnel. «Il y a trois ans, la télévision suisse a rapporté mon procès et mon alerte. Puis elle n’a donné aucune suite.» Des portraits d’elle ont paru dans quelques médias, surtout de modeste diffusion, presque rien dans la presse généraliste. Pourtant elle ne se cache pas, au contraire.

Le 27 février, par exemple, elle participait à un débat au Festival du film et forum international sur les droits humains, devant une salle comble à Genève. C’était après la projection de Tigers, un film racontant l’histoire d’un autre lanceur d’alerte, Syed Aamir Reza, ancien vendeur de lait infantile Nestlé au Pakistan qui dénonce les conditions dans lesquelles il devait vendre ce lait artificiel à tout prix, au détriment de la santé des enfants.

«Ils considèrent que l’eau sale n’est pas leur problème.»

Qu’a-t-elle entendu les dirigeants de la multinationale, à Vevey, dire de ce genre d’accusations? «Que ce n’est pas leur problème», répond ce soir-là Yasmine Motarjemi. «Ils considèrent que c’est celui du gouvernement local si l’eau disponible est contaminée. Mais c’est faux: la définition même de la sécurité alimentaire oblige à prendre en considération les conditions dans lesquelles un produit est préparé et consommé. Ils violent leur responsabilité sociale.»

Yasmine Motarjemi est une femme blessée. Nous recevant chez elle, elle fait bonne figure, comme partout. Mais la détresse assombrit son regard et trouble parfois sa voix. Elle raconte son histoire aussi factuellement que possible, retenant toute émotion, attachée à bien restituer les détails dans un excellent français. De temps en temps, les mots prennent une tournure tragique, au point qu’inévitablement on se demande s’ils dérapent. Elle évoque des menaces voilées, elle soupçonne qu’on a voulu l’acculer au suicide.

Comment vérifier? Plusieurs fois sollicitée par des médias, Nestlé se contente chaque fois de tout nier dans un communiqué: «Nous rejetons les accusations de harcèlement moral et psychologique que nous considérons complètement infondées et contraires à la réalité. (…) Plus de 5’000 employés travaillent dans le domaine de la sécurité alimentaire dans le monde entier et s’assurent que les 1,2 milliard de produits vendus chaque jour correspondent aux normes de qualité les plus strictes.»

D’origine iranienne, Yasmine Motarjemi a grandi dans une famille de médecins et professionnels de la santé. Experte à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle est remarquée au cours d’une conférence par le responsable qualité de Nestlé, qui l’invite avec insistance à rejoindre le numéro un mondial de l’alimentation (330’000 employés et 92 milliards de francs de chiffre d’affaires en 2013). Elle finit par accepter et devient, en l’an 2000, la Corporate Food Safety Manager, supervisant la sécurité alimentaire à l’échelon mondial.

«Mes avocats n’ont jamais vu un harcèlement aussi sévère.»

Pendant cinq ans, tout se passe plutôt bien. Elle doit se battre, mais elle est écoutée; des produits sont parfois retirés, les autorités alertées à sa demande. Elle reçoit des compliments pour son travail, on lui dit même qu’elle est une employée modèle.

Puis tout bascule en 2005, son annus horribilis. Plusieurs incidents se produisent et causent des pertes à l’entreprise. Son supérieur hiérarchique est écarté, jugé trop consumer oriented (orienté vers le consommateur), et remplacé en 2006 par un homme réputé plus business oriented qui, quelques années auparavant, raconte-t-elle, avait laissé des biscuits défectueux sur le marché français malgré des plaintes de parents dont les bébés suffoquaient.

Cet homme va agir comme si elle n’existait pas. Il n’aime pas l’OMS et ceux qui en proviennent, les jugeant trop éloignés de la réalité du marché. Petit à petit, Yasmine Motarjemi est privée de ses moyens, sa petite équipe démantelée. On ne l’invite plus aux réunions. Ses mémos et lettres sont ignorés.

Comme beaucoup d’employés en disgrâce, elle tient bon dans l’espoir que ça passe, que ça aille mieux. Année après année, elle continue à alerter; les incidents se succèdent, aux Etats-Unis, en Chine à nouveau. Elle s’adresse à tous les dirigeants de l’entreprise, elle demande à voir le grand patron, en vain. Tout cela la mine inexorablement.

Nestlé veut «faire de moi un exemple pour que personne ne m’imite.»

En 2008, elle finit par consulter une entreprise mandatée par Nestlé pour écouter les employés qui se sentent mal traités, et «au premier coup de fil, cette organisation me dit que je vais très mal, que j’ai besoin de soutien et d’un congé-maladie. Ensuite, plusieurs avocats vont me dire qu’ils n’ont jamais vu un cas de harcèlement aussi sévère. Que pensez-vous d’une entreprise qui pendant quatre ans voit que je vais mal et ne fait rien, si ce n’est m’humilier davantage et me proposer des fonctions dégradantes?»

Elle est finalement licenciée début 2010, à la suite d’une lettre de son avocat qui ne faisait que demander un entretien. Depuis, Yasmine Motarjemi n’a jamais pu rebondir. Elle a dû passer par le chômage, en a épuisé les droits et vit désormais de ses économies. Elle a proposé à Nestlé de financer sa retraite anticipée. L’entreprise, affirme-t-elle, a refusé, son intention étant de «faire de moi un exemple pour que personne ne m’imite.»

Pourtant c’est la multinationale qui était allée la chercher à l’OMS, qui avait créé son poste de toutes pièces avec un rang de vice-présidente adjointe, qui lui avait donné pour mission de traquer les défaillances. Elle l’a fait, et toujours en interne, loyalement. Jamais elle n’a alerté les médias, alors que parfois, dit-elle, elle a dû fermer les yeux sur des pratiques qui la révoltaient. «Qu’ai-je fait de mal?»

«Pourquoi les médias ne parlent-ils pas de moi?»

En 2011, elle a déposé plainte pour harcèlement. Le procès est toujours en attente, la procédure étant retardée par divers recours de Nestlé. Aucune date n’est encore fixée. La plupart des dirigeants de Nestlé seraient appelés à y témoigner.

Là encore, Yasmine Motarjemi est amère: «Je suis sortie en très grande dépression et discréditée. Et quand vous portez plainte contre votre employeur, c’est presque impossible de retrouver du travail. Alors pourquoi les médias ne disent-ils pas que je demande seulement un franc symbolique d’indemnité?»

Pour être exhaustif, elle réclame ses droits à toucher une part de son salaire (50%), ainsi que le remboursement des frais de tribunal et de ses frais médicaux. La somme représente environ deux millions de francs. «Mais je devrai rembourser le chômage, les avocats, payer des impôts…»

La justice tranchera aussi en Inde: le 11 juin, Nestlé a annoncé un recours auprès de la Haute Cour de Mumbai contre l’interdiction de ses nouilles.

Le salaire et la responsabilité

Dans une lettre publiée en février 2015 dans L’Essor, bimestriel édité à La Chaux-de-Fonds, Yasmine Motarjemi évoque les «sentiments qui l’ont amenée à devenir une lanceuse d’alerte». Extraits.

«Bien des gens attribuent cela à du courage. Mais pour moi, ce n’était pas une question de courage. C’était une question de fidélité à moi-même, à celle que je suis, à ce que je crois profondément, à ce que mes parents, mes ancêtres, ma culture m’ont appris à être. Je pensais qu’avec les grands salaires que les managers des entreprises reçoivent, vient également une grande responsabilité, sans cela le salaire n’est pas mérité. Je pense que la vie serait une prison si par peur on n’osait pas exprimer ses valeurs, ses pensées, son éthique, sa personnalité. A quoi bon tous les biens du monde si on doit refouler sa conscience, vivre dans la peur, l’autocensure, et faire souffrir son âme? Si mon expérience peut servir à réveiller les consciences, alors ma vie, mon combat et mes souffrances prendront un sens.»

 

Source : http://www.sept.info

 

 

Voir aussi : Yasmine Motarjemi : seule contre Nestlé (Vidéo)

 

 

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