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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 16:55

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere

 

 

Nous sommes tous des Grecs

Noël Mamère
Député de Gironde
Publié le 22/06/2015 à 15h42

 

 

 

Les jours qui viennent seront déterminants, non seulement pour le peuple grec mais aussi pour l’avenir de l’Union européenne. Le compte à rebours est déclenché, d’ici au 30 juin, date à laquelle le pays devrait rembourser 1,6 milliard d’euros au Fonds monétaire international (FMI). D’un accord à un défaut de paiement, divers scénarios sont possibles, y compris une situation qui continue à se dégrader, jusqu’à de nouvelles échéances « décisives ».

 

Resserrer le nœud coulant

Pour la Grèce, les palabres n’en finissent plus, tout simplement parce que les hiérarques européens veulent maintenir le gouvernement de Syriza sous pression, le couteau sous la gorge, afin qu’il cède à leurs injonctions. Depuis l’élection de Tsipras, en janvier, la stratégie de la Troïka, composée par le FMI, la Banque centrale et la Commission européenne, est de resserrer un nœud coulant autour du nouveau gouvernement. A chaque fois que celui-ci fait un pas, ce n’est jamais assez et on met en avant de nouvelles exigences.

Parce qu’ils savent que Syriza ne veut pas sortir de l’euro ni, a fortiori, de l’Union européenne, les dirigeants européens estiment qu’ils peuvent le contraindre à une politique contraire au mandat clair qui lui a été donné par les électeurs grecs : rester dans l’euro, en refusant la saignée à blanc de l’austérité, renégocier la dette odieuse, engager une politique de réformes structurelles visant à imposer les riches et à lutter contre la corruption.

 

Protection humanitaire

Le chantage exercé par la Troïka est immonde. Si vous n’acceptez pas de réduire les retraites et les salaires, nous vous asphyxions financièrement, disent en chœur Jean Claude Junker et Christine Lagarde. Ils ne sont d’ailleurs pas d’accord entre eux : le FMI accepterait l’idée, évidente, de restructuration de la dette, mais exige une nouvelle saignée dans les dépenses publiques, tandis que l’Union ne veut pas entendre parler de remboursement, mais pourrait s’accommoder d’un compromis sur les « réformes ». Quoi qu’il en soit, l’attitude des « institutions » accentue la récession et encourage la régression sociale.

 

Alexis Tsipras et Jean-Claude Junker, le 22 juin 2015 à Bruxelles (EMMANUEL DUNAND/AFP)

 

Il ne s’agit plus, à ce niveau, de défense d’une quelconque politique sociale, mais de sauvegarde et de protection humanitaire d’une population mise en danger par cinq années d’austérité. Comment vivre avec moins de 300 euros par mois, puisque tel est le niveau des pensions que les « institutions » veulent imposer aux retraités ? Le taux de pauvreté est de 26%, un jeune sur deux est au chômage. A ceux qui accusent les Grecs d’être « victimaires » et responsables de leur situation, je ne souhaite de connaître la même situation.

 

Une certaine vision de l’Europe

En 2008, quand il s’est agi de sauver les banques, les dirigeants de l’Union n’ont pas tergiversé pour trouver une sortie de crise. Ils ont injecté des dizaines de milliards de dollars dans leur redressement. La commission pour la vérité sur l’audit de la dette, mise en place par le Parlement grec, a révélé que la plus grande part de l’endettement du pays est illégitime, car il a servi uniquement à rembourser la dette privée, c’est-à-dire celle des banques étrangères et grecques. 91% de ce que l’Europe et le FMI ont prêté à la Grèce sont allés vers des banques grecques, françaises, allemandes. Le plan de sauvetage de 2010 est donc, de fait, illégal.

Ce qui se joue actuellement, dans le bras de fer entre l’Union européenne et le gouvernement d’Alexis Tsipras, est une certaine vision de l’Europe. Est-ce un libre marché où les multinationales et les banques règnent en maîtres absolus, ou un espace politique et social où les citoyens ont encore leur mot à dire sur le modèle social et écologique qu’ils souhaitent pour eux-mêmes, leurs enfants et leurs petits enfants ?

 

Les diktats des Traités

Le combat du peuple grec est donc un enjeu décisif pour les peuples européens, comme pour le projet politique de l’Europe. Si Tsipras sort perdant, l’espoir aura encore reculé. Les saigneurs de la Commission européenne et du FMI ont peur de la contamination, par l’exemple, de la résistance grecque à la politique de l’austérité. Si les Grecs arrivent à montrer qu’il est possible de tracer une autre voie que celle imposée par les carcans des Traités, le château de carte néolibéral s’écroulera d’un seul coup.

Nous avons tous une responsabilité dans la situation actuelle. Contrairement à tous ses engagements de départ, notre propre gouvernement a accepté les diktats des Traités. Il s’aligne sur Angela Merkel pour demander à Alexis Tsipras de céder. Si nous étions capables de construire un véritable rapport de force en faveur des Grecs, nous pourrions briser l’étau qui se resserre autour d’eux et relancer l’idée européenne.

Dany Cohn Bendit a suggéré un plan en cinq points visant, entre autres, à renégocier la dette, à lancer un plan d’économies d’énergie, à assurer une garantie de revenu universel. Dans cette période décisive, les écologistes doivent savoir se montrer utiles. Il n’est dans l’intérêt de personne que la situation de blocage actuelle se termine par un « Grexit ». Nous sommes tous des Grecs.

 

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere

 

 

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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 16:29

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Ferme des mille vaches: la désobéissance civile expliquée aux magistrats

|  Par christophe Gueugneau

 

 

Au procès en appel des neuf militants de la Confédération paysanne, mercredi à Amiens, jugés pour des démontages pendant la construction de la ferme-usine en 2013 et 2014, les prévenus ont fait un cours de désobéissance civile.

 

De notre envoyé spécial à Amiens.- « On dirait que le refus délibéré et effectif de son autorité est le seul crime que le gouvernement n’ait jamais envisagé, sinon pourquoi n’a-t-il pas mis au point de châtiment défini, convenable et approprié ? » Le spectre d’Henry David Thoreau et son concept de désobéissance civile hantait mercredi 17 juin la salle 120 du tribunal d’Amiens. Étaient jugés en appel les « Neuf de la Conf’ », ces militants de la Confédération paysanne condamnés en première instance pour avoir à deux reprises, en septembre 2013 et en mai 2014, procédé à des opérations de démontage sur le site de la ferme-usine des mille vaches, sise dans la Somme, à cheval sur les communes de Drucat et de Buigny-Saint-Maclou.

Le 28 octobre 2014, le tribunal avait condamné les prévenus à des peines allant de simples amendes (pour refus de prélèvement d’ADN) à de la prison avec sursis. Le porte-parole de la Conf’, Laurent Pinatel, avait écopé de la peine la plus lourde, cinq mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende. Pour cinq autres prévenus, des peines de plus de deux mois avec sursis avaient été prononcées.

Mercredi, tout ce monde se retrouvait donc en appel, avec l’espoir, cette fois, qu’on leur trouve un « châtiment défini, convenable et approprié ». Et en premier lieu que la justice se montre moins expéditive. Le 28 octobre, il n’avait pas fallu une heure aux juges pour se prononcer. Moins de 7 minutes par prévenu. Ceux-ci, de même que leurs soutiens, s’en trouvèrent fort marris. D’où l’appel.

 

Devant la gare d'AmiensDevant la gare d'Amiens © CG
 

Dès avant 8 heures, une centaine de personnes se pressent déjà sur le parvis de la gare d’Amiens, sono à fond. De là doit partir un des trois cortèges qui rejoindra le palais de justice peu avant 9 heures. Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne et l’un des neuf, donc, est déjà sur place. Il a eu droit à son portrait en der de Libé : « J’ai acheté un Libé donc me le perdez pas hein », lance-t-il dans un sourire à ses collègues.

Une grande scène principale est dressée devant le tribunal ; à côté, une tente de la confédération paysanne. De l’autre côté de la rue Lesueur, la tente de Novissen, l’association de riverains de la ferme-usine, combattante historique, puis, derrière, le long de la rue Robert-de-Luzarches, quelques stands avant une ultime banderole et la cathédrale d’Amiens.

 

Laurent Pinatel lors d'un point presse improvisé devant le tribunal d'AmiensLaurent Pinatel lors d'un point presse improvisé devant le tribunal d'Amiens © CG
 

Vers 8 h 30, les neuf prévenus improvisent un point presse devant la dizaine de journalistes présents. Laurent Pinatel : « Le contexte a déjà beaucoup changé depuis le jugement en première instance. À ce moment-là, le projet d’usine nous paraissait déjà illégitime, depuis quelques jours on sait qu’il est aussi illégal [allusion au fait que la ferme, plafonnée à 500 vaches, en comptait près de 800 ces derniers jours, voir ici]. Ce qu’on veut n’a pas changé par contre, on veut que cette usine ferme le plus rapidement possible. On assume toujours le côté symbolique de notre action. »

Symbole contre vol, démontage contre dégradation, action collective contre peines individuelles, c’est un dialogue de sourds que la sixième chambre des appels correctionnels va devoir arbitrer.

Peu après 9 heures, les Neuf de la Conf’ se sont donc assis sur le banc des prévenus. Il y a là Laurent Pinatel bien sûr, mais aussi Pierre-Alain Prévost, Élina Bouchet, Valentin Sic, Dominique Henry, Thierry Bonnamour, Morgane Laurent, Emmanuel Aze et Olivier Laine.

 

Les Neuf de la Conf'
Les Neuf de la Conf' © CG
 

La cour se penche d’abord sur les événements du 11-12 septembre 2013. Cette nuit-là, sept personnes se sont introduites sur le chantier de la ferme des mille vaches. Objectif : démontage de durites sur des véhicules de chantier pour les ralentir, tag géant « Non aux 1000 vaches ». Pour la police : dégradation de 27 véhicules et grands moyens pour trouver les coupables. Analyses génétiques – qui ont permis d’identifier Pinatel –, bornage des téléphones portables utilisés à proximité. On ne badine pas avec la pose d’autocollants sur des camions-citerne.

Pinatel est invité à s’expliquer. « Je veux tout d’abord repréciser le contexte : il s’agissait bien d’une action syndicale en défense de l’agriculture paysanne. Je suis un paysan, j’ai une ferme de 40 hectares, de 40 vaches, que je partage avec ma sœur. Ma vision de l’agriculture, ce n’est pas de fabriquer de l’alimentation dans des usines. Notre modèle : une alimentation de qualité, la recherche du plein emploi, la recherche de paysans sur tout le territoire et pas juste dans quelques usines. Nous voulons un débat citoyen. Il n’est pas normal que cette dérive n’ait pas été débattue à l’Assemblée. »

Le président souligne qu’il existe une agriculture productiviste ailleurs en Europe, et donc que ce n’est pas seulement l’État français qui est en cause. Il reviendra à plusieurs reprises lors des débats sur cette idée. Le porte-parole de la Confédération paysanne en convient mais ne voit pas trop ce que ça change pour ce qui les amène ici, une « décision collective assumée collectivement ».

Mais pourquoi l’illégalité, interroge l’un des deux conseillers, assis à la droite du président ? Pinatel redonne la chronologie : « D’abord on a fait des manifestations, des points d’information, on a interpellé les députés, les ministres, personne n’a réagi. Quand on a utilisé toute la panoplie des actions syndicales sans succès, on n’a pas eu d’autre choix que de passer au cran supérieur. »

Au tour de Pierre-Alain Prévost. Celui-là a un profil qui tranche : diplômé d’une école de commerce, passé par les directions de grands groupes, il se retrouve à 30 ans paysan parisien, salarié de la Conf’ en charge des campagnes d’informations pour le grand public. On l’accuse de dégradations. Il dément, reconnaît bien avoir été sur place cette nuit de septembre mais dit qu’il n’a rien démonté. Il s’interroge tout de même : « Est-ce qu’on a le droit de laisser détruire des emplois, détruire l’environnement ? Il y a une carence de la loi sur le sujet. »

Le conseiller de droite (géographiquement) : « Mais vous avez bien apporté des thermos de café, donc de fait vous pourriez être considéré au moins comme complice par assistance ou fourniture de moyens… » Prévost ne sait que répondre.

Emmanuel Aze est appelé. On lui reproche juste un refus de prélèvement ADN. « J’ai refusé le prélèvement d’ADN par principe. D’ailleurs ça n’a rien empêché puisque mon ADN a été prélevé à mon insu. Je ne voulais pas être prélevé car je ne voulais pas figurer dans le fichier. » Même défense pour les deux autres prévenues de septembre 2013 : Élina Bouchet, chargée de communication à la Conf’, et Morgane Laurent, aujourd’hui chargée d’études à CCFD-Terre solidaire, à la Conf’ au moment des faits.

 

Un athlète dopé

On en vient à l’action du 28 mai 2014. Une cinquantaine de personnes avaient investi le site de la ferme des mille vaches, pour procéder à de nouveaux démontages, et notamment dans la salle de traite en construction. Sur place, les gendarmes ont pris des photos et procédé à des prises d’identité, dont celle de certaines des personnes renvoyées.

 

Laurent Pinatel remet une pièce d'une machine à Stéphane Le Foll
Laurent Pinatel remet une pièce d'une machine à Stéphane Le Foll © Fil twitter de la Confédération paysanne
 

Une partie des pièces démontées est ensuite partie pour Paris, où Pinatel, notamment, les a remises au ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, qui était ce jour-là à un salon d’agriculture bio.

Valentin Sic comparaît pour dégradations, c’est le plus jeune de la bande, né en juillet 1995. Il est étudiant en communication mais ses parents sont paysans. Il dénonce les conditions de sa garde à vue : « Les gendarmes ont pris mes suppositions pour des affirmations. » « On ne faisait quand même pas un casse pour arrondir nos fins de mois ! »

Olivier Laine, agriculteur, membre du comité national de la Conf’, comparaît, lui, pour vol et dégradation. Il conteste ce dernier terme : « Démonter, ce n’est tout de même pas dégrader. » « On avait des outils, rien n’a été cassé. »

Le président l’interroge : « Vous saviez que les pièces devaient partir pour Paris ? »

Réponse de Laine : « Oui, mais le matériel en question a été remis à Le Foll. Il pourrait lui aussi être accusé de recel, non ? » Rires dans la salle d’audience.

Me Berton, l’avocat de la partie civile, ergote sur la quantité de boulons mise en caisses pour aller à Paris. Tous ne seraient pas revenus. Énorme préjudice selon lui.

Vient le tour de Thierry Bonnamour, porte-parole de la Conf’ en Savoie. Il semble impressionné, comme replié dans son pull à capuche rouge, il bégaie légèrement. « J’étais présent [sur le site de la ferme] pour témoigner de mon indignation face à ce que devient l’agriculture mondiale. Je n’ai pas œuvré au démontage, je n’en ai pas eu le temps. »

Il est longuement, très longuement, interrogé sur ses déclarations à France 3 le jour même, dans lesquelles il utilisait un « on » que l’accusation transforme en « nous » pour en faire une revendication personnelle. « Mais quand mon équipe de foot gagne, je dis "on a gagné" et pourtant je n’étais que devant ma télé ! » « Qui sont les voleurs qui vont directement remettre leur butin aux autorités ? » interroge-t-il enfin, avant de regagner son banc.

Dominique Henry se présente. C’est la doyenne de la troupe, née en 1956. Institutrice pendant 25 ans, puis, jusqu’à la retraite, éleveuse auprès de son mari. Quatre enfants et six petits-enfants. « J’ai agi car je suis d’abord citoyenne. Moi j’ai eu des vaches, je sais ce que c’est, je sais quand une vache est malade, on connaît leurs habitudes, le caractère de chacune. Il y a 15 jours je suis retournée à la ferme des mille vaches, j’ai été triste pour ces vaches. Il s’agissait d’un démontage symbolique, je le répète. » Puis elle dénonce sa garde à vue : « J’ai été traitée comme une terroriste. Je me rappelle les gendarmes vêtus de gilets pare-balles, roulant à 180 sur la route entre Abbeville et Amiens. Dans la voiture, j’ai eu peur. »

Vient le tour de l’unique témoin cité par la défense. Mais quel témoin. À première vue, Olivier de Schutter ne paie pas de mine, dans son costume un peu grand, avec sa petite voix. Mais il y a d’abord le pedigree : professeur de droit à l’université de Louvain, mais surtout, il a été six ans rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme à l'Organisation des Nations unies. « J’y ai succédé à Jean Ziegler, que sans doute certains connaissent. » Tous les supporteurs des Neuf de la Conf’ approuvent dans un léger murmure.

Schutter a préparé son exposé. Il ouvre un petit cahier couvert d’une écriture resserrée. Il le dit et le redit d’emblée : il n’était pas sur les lieux des faits reprochés, il ne connaît pas les prévenus. Lui, son domaine, c’est les ravages du productivisme, et il se pose en témoin de moralité. « Je vais vous parler du contexte derrière les faits qui nous occupent, dit-il. Depuis 50 ans, l’agriculture industrielle pousse l’agriculture paysanne dans ses retranchements. » Cette agriculture industrielle, Schutter lui donne trois caractéristiques : d’abord, ce sont « des choix agronomiques qui substituent une logique économique à une logique écologique », ensuite, il y a une « dépendance très forte aux énergies fossiles : pour la production d’engrais, la mécanisation de la production, la transformation, la conservation des aliments, etc. », enfin, « cette agriculture s’affranchit des coûts externalisés : les coûts écologiques, les coûts humains, etc. ».

« Cette agriculture, c’est comme un athlète dopé, il donne l’illusion de la performance mais ça ne dure pas. » L’expert est formel : « Les campagnes se transforment en déserts sociaux. » Pour lui, les désobéissants civils de la Conf’ sont à rapprocher des Noirs américains qui ont lutté pour les droits civils ou même de Gandhi. Résistance illégale mais symbolique, juste parce que politique.

L’exposé est brillant, précis, complet. Un boulevard pour Pinatel qui revient à la barre s’expliquer sur les événements de mai 2014. « Le combat, il est syndical. Donner ces pièces de machine au ministre, c’était remettre la balle dans son camp », explique-t-il.

Puis il dénonce lui aussi les conditions de sa garde à vue. « Au bout de 24 heures, on m’a annoncé 24 heures de plus. Les gendarmes ont dit : "on appelle ça attendrir la viande". En fait j’ai été entendu au bout d’une heure, le reste du temps n’a servi à rien. » Pinatel a été interpellé en gare d’Amiens à sa sortie du train. Menotté, plaqué au sol. « Aujourd’hui, j’ai peur de la police », lance-t-il. Le président hoche doucement la tête.

 

Donneurs d'alerte

Interrogé sur les derniers rebondissements à la ferme-usine, ses 300 vaches en trop, Pinatel charge les autorités : « Le 4 mai, on a été voir le préfet pour lui signaler ce qu’on voyait, de la ferme des mille vaches sortait beaucoup plus de lait que ses capacités. Rien ne s’est passé. Il a fallu attendre un article de presse, sur Reporterre (lire ici) pour qu’enfin on se décide à lancer un contrôle. » La séance est suspendue.

Dehors, les neuf sont accueillis aux cris de « libérez nos camarades ». Ils sont plus d'un millier sous le soleil à déambuler entre les tentes. Au menu : galette-saucisse, pain bio, fromage de pays, bière artisanale et vins bio.

 

Sur la scène, José Bové, député européen EELV, prend la parole, puis Martine Billard, du Parti de gauche. Jean-Luc Mélenchon est passé plus tôt mais n’a pas pu rester.

 

José Bové à l'extérieur du tribunalJosé Bové à l'extérieur du tribunal © CG

 

 

Les débats reprennent peu après 14 heures. La salle a des odeurs de gymnasium alors qu’on ne peut pas ouvrir les fenêtres « pour des raisons de sécurité ».

Me Berton, avocat médiatique du barreau de Lille, avec sa barbe de trois jours et ses cheveux noirs gominés, commence, doucereux : « Je voudrais dire à ces hommes, à ces femmes, qui se trouvent devant moi, que je ne suis pas leur ennemi. Quant à Michel Ramery que je défends, je le défends avec fierté. Mais enfin je m’interroge : pourquoi cet appel ? Après les débats de ce matin, je ne sais toujours pas. Au lieu de dire, c’est une action collective, c’est la confédération paysanne, pourquoi ne pas avoir clairement revendiqué les faits, assumé son militantisme ? »

« Bien sûr que ce n’est pas du trafic de stupéfiants, bien sûr que vous n’êtes pas des délinquants, mais enfin, les faits sont établis ! Moi aussi j’étais militant à 18 ans, vous pouvez vérifier, mais enfin, il y a la loi ! Mon gamin, ce matin, a planché sur un sujet du bac philo, je vous le livre : "La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ?" Je voudrais qu’on réfléchisse un peu à cette phrase. »

Comme en écho, l’avocate générale, lunettes à montures rouges, prend le relais. « Nous avons finalement deux débats ici. Le premier est philosophique : les idées auxquelles on croit justifient-elles de commettre des actes illégaux. Ce sujet a été résolu par les Lumières et l’invention de l’État de droit. Les gens qui manifestent en ce moment même dehors sont la preuve que nous sommes dans cet État de droit. Le second débat est plus sémantique et juridique. Dans l’esprit des prévenus, il s’agit d’opérations de démontage. Mais les mots ont un sens. Nous, ce qui nous occupe ici, c’est : comment qualifier les faits, les prévenus ont-ils commis ces faits, et enfin, les prévenus étaient-ils responsables de leurs actes au moment des faits. »

L’avocate générale poursuit : « Par ailleurs, il y a un côté paradoxal des prévenus. Ils revendiquent une action collective mais ne reconnaissent pas leur responsabilité individuelle. Avec eux, l’action collective, c’est un peu de la magie ! Mais il y a bien des gens qui ont commis des actes tout de même. Un autre paradoxe : les prévenus ont usé de leur droit au silence pendant leurs auditions. Sauf qu’au même moment ils se répandaient sur les ondes en assumant, en reconnaissant les faits ! »

L’avocate générale finit par demander la confirmation des peines de premières instances, des « peines justes » selon elle.

L’avocate Laëtitia Peyrard plaide à présent, et commence par répondre à son confrère Berton. « Pourquoi avoir fait appel ? Ils l’ont décidé collectivement car ils sont sortis de première instance avec le sentiment d’avoir été jugés comme des casseurs, d’avoir été victimes de répression pour une action syndicale. Pour eux, des peines de prison avec sursis, c’est tout de même traumatisant. » Puis l’avocate se fait plus offensive : « Il y a une disproportion totale entre les faits commis et les moyens mis en œuvre, les mesures entreprises : l’arrestation de Laurent Pinatel, les gardes à vue, les contrôles judiciaires »… Me Peyrard dresse un parallèle avec certaines actions de la FNSEA, le syndicat surmajoritaire chez les agriculteurs, jamais ou peu condamnées.

Sur le collectif contre l’individuel : « Oui, ils voulaient tous comparaître. À l’issue de l’action de 2014, beaucoup se sont manifestés pour dire "j’y étais" mais non, on a pioché au hasard. Ils étaient 50 sur place et se retrouvent à 4 au tribunal. »

Me Peyrard politise ensuite : « Les ministres de l’environnement Ségolène Royal et de l’agriculture Stéphane Le Foll sont d’accord avec la Confédération paysanne mais disent que le projet est légal. C’est trop facile : qui est à l’initiative de la loi dans ce pays ? Mes clients sont des lanceurs d’alerte. Ce ne sont pas des illuminés qui pensent dans leur coin que la ferme des mille vaches est un danger. Non, ils ont ouvert le débat, l’ont porté au public. Aujourd’hui d’ailleurs, grâce à eux, la puissance du méthaniseur prévu a été abaissée, et le lait produit par cette usine ne trouve plus de débouchés en France. Même Le Foll a bougé, puisqu’il veut à présent que les demandes d’extension soient dorénavant soumises à enquête publique, ce qui n’était pas le cas avant. »

« On peut donc considérer qu’ils ont agi pour la défense d’un intérêt social supérieur », conclut Me Peyrard.

 

Son collègue Me Combes se lève dans la salle à présent surchauffée, s’avance à la barre dans sa robe déchirée à l’arrière, son hermine élimée, sa bavette grisâtre. Il insiste sur la non-gravité des faits, et aussi sur le fait que ses clients sont des « donneurs d’alerte ». « Le fait est que quand ils disaient à l’époque que la ferme des mille vaches ne respectait rien, on leur répondait qu’ils se faisaient des idées. Et là, crac, preuve nous est donnée : premier contrôle et 300 vaches de trop. »

La cour a mis sa décision en délibéré au 16 septembre. D’ici là, la ferme aura peut-être reçu les sanctions promises par le ministre de l’agriculture pour ses 300 vaches en surnombre.

 

 

 

 

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 14:37

 

Source : http://www.marianne.net

 

Il a osé le dire

Alexis Tsipras : "Le FMI a une responsabilité criminelle en Grèce"

 
Magazine Marianne
 
Jusqu'à la rupture ? Les négociations entre la Grèce et ses créanciers se tendent de plus en plus. Et les propos se durcissent aussi. La preuve par la seule journée d'hier...
 
Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras - Petros Giannakouris/AP/SIPA
 

Depuis plusieurs semaines, le Fonds monétaire international redouble d’attentions pour la Grèce, qu’il « cajole » par la voix de sa directrice générale, Christine Lagarde, dans les médias allemands d’une invitation à la sortie. Le « Grexit » est désormais une « possibilité » a menacé en effet l’ancienne ministre de l’Economie de Nicolas Sarkozy fin mai.

Une invitation à laquelle a répondu le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, ce mardi 16 juin devant les parlementaires. « Le FMI ne vient pas d’arriver en Grèce, tonne-t-il, il a (depuis cinq ans) une responsabilité criminelle par rapport à ce qui se passe ici. » A ce titre, « L'insistance des institutions à poursuivre un programme qui a clairement échoué ne peut pas relever de l'erreur ou du zèle excessif, (...) elles semblent vouloir envoyer le message à la Grèce et aux peuples européens qu'un mandat populaire ne peut pas changer les choses. » Or, poursuit-il : « Le mandat que nous avons obtenu du peuple grec est d'en finir avec la politique d'austérité (...). Pour y parvenir, nous devons rechercher un accord qui répartisse le fardeau équitablement et qui ne porte pas préjudice aux salariés et aux retraités. »

Mais ça, ils sont quelques-uns à ne pas vouloir l'entendre. Et à tenter de jouer le peuple grec contre son gouvernement. Hier, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne a ainsi osé déclarer lors d'une conférence de presse : « Je ne me soucie pas du gouvernement grec, je me soucie du peuple grec », accusant au passage Tsipras de désinformer ses concitoyens sur l'avancement des négociations. En attendant, une personne sur quatre en Grèce vit sous le seuil de la pauvreté. 

 

Article modifié à 14h35.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 14:10

 

Reçue par mail

 

 

La clôture d’une chronique entamée avec Charb en septembre 2005 sur le site Le Zèbre, cinq mois après l’horreur, avec les récupérations et la question de l’islamophobie, sous la double égide d’une ballade de Simon and Garfunkel et d’un polar de Craig Johnson…

 

"Charb fort never", site Le Zèbre, 16 juin 2015, http://lezebre.info/phil-noir-blues-fin/

 

 

Commencer par une ballade post-adolescente de Simon and Garfunkel, cela mélancolise notre apprivoisement de l’obscurité amicale et politique. Cela pourra au moins faire réagir une fois de plus Luz quant à mes goûts musicaux « de chiottes » ! Au début, il était difficile de parler. « Si j’avais pu articuler les mots, si mes lèvres avaient pu bouger et si ma langue y avait consenti »… Pour dire quoi, comment formuler sa stupeur, la boule sèche dans la gorge devant l’inacceptable. Alors on a marché, en se tenant chaud, avec quelques pancartes en guise de boussoles : « Je suis Charlie, je suis juif, je suis musulman… », en prenant soin pour ceux qui s’accompagnaient d’écritures de ne pas dissocier la défense de la liberté d’expression de valeurs multiculturelles. C’était triste et beau. Toutefois il paraît que nous n’étions, sans le savoir, qu’une horde de racistes en rut. En tout cas, c’est la thèse très médiatisée par la suite d’un de ces intellos qui inondent périodiquement le cirque médiatique de ses retournements, de ses paradoxes et autres provocations. C’est bon pour le buzz, coco ! Du coté des z’élites, les foules son fréquemment mues par de « bas instincts » et menées par le bout du nez au service de ceux d’en haut.

Phil noir et blues…et fin3Pour certains d’entre nous tout du moins, nous ne cherchions maladroitement qu’à nous coltiner nos démons aux côtés d’autres qui semblaient aussi perturbés que nous. Un peu comme le shérif Walt Longmire du Wyoming, le personnage récurrent des romans policiers de Craig Johnson. Les figures du Mal qui ont installé le temps d’un événement le sentiment du tragique dans nos vies sont, comme dans ce polar, si proches de nous, à la fois familières et d’autant plus effrayantes. Johnson met d’ailleurs en exergue de Tous les démons sont ici un bref passage de La Tempête de Shakespeare :

« L’enfer est vide

Et tous les démons sont ici. »

 

Pas d’enfer ailleurs, mais des démons issus de notre monde ! De grands et de petits démons : tous les démons sont ici. Les assassins d’abord, qui ont tué des dessinateurs de presse et des journalistes parce qu’ils disaient des choses qui ne leur plaisaient pas, qui ont tué des individus parce que supposés juifs au nom d’un fondamentalisme islamiste.phil-noir-1-1 Les conspirationnistes et les antisémites habituels qui ont rapidement inondé la Toile. Ceux qui ont dégradé des mosquées et ont augmenté un peu plus le niveau de stigmatisation des musulmans. Les chefs d’État indignes qui se sont pavanés devant la manifestation parisienne. François Hollande et Manuel Valls qui ont organisé le rapt politicien, étatiste et nationaliste (je n’en avais rien à foutre de « l’union nationale » en marchant !) des émotions ordinaires pour quelques points éphémères dans des côtes de popularité. Ils ont ensuite réussi à tirer d’un élan collectif pour la liberté d’expression une loi restreignant cette liberté sur internet et instaurant une surveillance généralisée. Avoue, l’ami, tu n’as jamais apprécié ces têtes de nœuds de « sociaux traîtres » ! Les figures de la gauche radicale qui ont craché sur les manifestants, en mettant une fois de plus en évidence que leur amour d’un « Peuple » abstrait s’accompagnait souvent de mépris pour les gens ordinaires. Les autorités scolaires qui ont dénoncé des enfants à la police parce que Charlie-déviants. Les personnalités médiatiques qui en ont profité pour enfoncer le clou de l’amalgame entre islam et islamisme : les Alain Finkielkraut, Caroline Fourest, Philippe Val… Notre Philippe est ainsi devenu un vieux réac ronchon vantant la raison d’État contre ce « traître » d’Edward Snowden ainsi que la valeur « culturellement » élevée de l’argent. Tu ne l’aimais déjà pas avant, mais ça ne se serait pas arrangé ! Une fois les manifestants et leurs pancartes multiculturelles oubliés, les politiciens d’extrême droite, de droite (Sarkozy en grande forme dans la puanteur électoraliste : ça t’aurait inspiré des dessins cinglants !) et même de gauche qui en ont rajouté dans l’identitarisme anti-musulmans : le voile à l’université, les repas sans porc dans les cantines scolaires, les jupes longues dans les collèges et les lycées…

« Hello darkness, my old friend »…Pourtant, à travers quelques conférences ici et là, je rencontre des personnes encore profondément touchées par le tragique de l’événement, qui ne se reconnaissent pas dans ce tintouin et qui ne comprennent pas que l’on soit si vite passé à autre chose avec l’incessant zapping journalistique. Leurs émotions n’existent pas vraiment pour les éditorialistes et les journalistes politiques qui ne s’intéressent qu’à la politique par le haut ou aux polémiques écrasant les nuances au profit de polarisations manichéennes mieux vendables. Et puis n’est-ce pas incongru pour des journalistes de faire des enquêtes parmi des personnes ordinaires ? Pourtant ces visages du quotidien t’auraient intéressé. Dans tes Maurice et Patapon, tu croquais leurs défauts de manière tendre.

 Islamophobie ?

Phil noir et blues…et fin1 -

Ensuite est venue la sortie de ton livre posthume Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes (Les Échappés, avril 2015). Il a malheureusement été lu à travers le filtre des polarisations imbéciles antérieurement stabilisées. Pour certains, c’était un argument décisif pour éliminer la lutte contre le racisme anti-musulmans des agendas militants. Pour d’autres, c’était la confirmation du prétendu racisme de Charlie Hebdo. Rien de nouveau sous le soleil ! Le contenu de ton livre aurait été autre que les codes de sa réception auraient pu être analogues.

Pourtant ton livre est clairement antiraciste, et cela dès le titre. « Lutter contre le racisme, c’est lutter contre tous les racismes », ajoutes-tu (p.11), en écorchant en particulier « la politique discriminatoire de l’État sarkozyste » (p.81). C’est d’abord le découpage du racisme en différents combats trop séparés qui t’inquiète. Il y aurait le risque également que le mot « islamophobie » ne conduise à confondre le racisme anti-musulmans, que tu reconnais (« Un racisme dont sont victimes des populations d’origine musulmane, oui », p.75), et la légitime critique de l’islam comme de toute religion, car « les textes « sacrés » ne sont sacrés que pour ceux qui y croient » (p.19). C’est le cas du Coran comme de la Thora, du Nouveau Testament…ou du Manifeste du Parti communiste pour les « croyants » marxistes (là je taquine ta fibre communiste !). C’est pourquoi le terme « musulmanophobie » aurait pu avoir ta préférence (p.7).

Dans le livre, tu pointes aussi assez justement des travers chez certains de ceux qui mettent en avant la lutte contre l’islamophobie. En premier lieu, tu décèles un paternalisme para-colonial, tout à la fois essentialiste et misérabiliste, parmi quelques défenseurs des musulmans invitant à être sensible à leur supposée « susceptibilité » particulière vis-à-vis du registre humoristique :

« En vertu de quelle théorie tordue l’humour serait-il moins compatible avec l’islam qu’avec n’importe quelle religion ? Dire que l’islam n’est pas compatible avec l’humour est aussi absurde que prétendre que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie ou avec la laïcité…(…) Il est temps d’en finir avec ce paternalisme dégueulasse de l’intellectuel bourgeois blanc « de gauche » qui cherche à exister auprès de « pauvres malheureux sous-éduqués » » (pp.38-39)

D’autre part, quelques-uns semblent nier les singularités individuelles faites d’une pluralité d’expériences et d’appartenances collectives, en tendant à faire de chaque musulman un « prisonnier » de son « identité musulmane » ; les musulmans ne pouvant « réfléchir autrement qu’en tant que musulmans » (p.34). Cela te conduit à rejeter la notion d’islamophobie.

Phil noir et blues…et fin2Si je partage certaines de tes critiques, je ne te suis pas sur la conclusion. Certes, le mot « islamophobie » n’est peut-être pas dans l’abstrait le meilleur mot pour dire le racisme anti-musulmans, mais comme le mot « antisémitisme » (en se référant aux « sémites ») n’est pas le meilleur mot pour dire le racisme anti-juifs. Cependant ce sont les mots qui se sont imposés dans les luttes concrètes contre ces racismes. Et le fait que des fondamentalistes islamistes utilisent le mot islamophobie ou que des partisans de la politique coloniale et répressive de l’État d’Israël utilisent le mot antisémitisme ne les invalident pas pour autant. La plupart des mots révèlent une certaine ambiguïté et des usages plus ou moins diversifiés. Par ailleurs, il y a à la fois des intersections et des spécificités entre les différents racismes, comme le racisme anti-juifs, le racisme anti-musulmans ou le racisme anti-roms, justifiant l’emploi de mots spécifiques, complémentaires d’un cadre commun. L’après-attentats a d’ailleurs particulièrement mis en évidence la pertinence de la composante islamophobe des racismes dans la France d’aujourd’hui. Il n’est pas, non plus, si simple de refaire converger les luttes antiracistes dans un espace partagé, alors que nous connaissons depuis plusieurs années une concurrence des antiracismes, en particulier entre le combat contre l’antisémitisme et celui contre l’islamophobie. Il faudrait donc partir des spécificités pour mieux réussir à faire converger.

Ce n’est pas la première fois que nous avons des divergences. Tu ne comprenais pas bien, par exemple, ma distance à l’égard du PCF. Mais nous aurions pu noyer nos différences, une fois de plus, dans quelques verres de mojitos au stand cubain de la Fête de l’Huma ! Bon, il va quand même falloir clore cette chronique commune qui n’en est plus une…« Hello darkness, my old friend »…mais sans se priver pour autant de rire de nos fragilités communes. Car, gars ordinaire, tu ne t’es jamais pris pour un super-héros panthéonisable. C’est pourquoi, entre autres, je t’aime Charb.

 

Philippe Corcuff

 

 

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 17:11

 

Source : http://la-bas.org

 

 

Le grand débat de Là-bas !

GÉRARD ou GÉRARD ? (5’35)

Le , par L’équipe de Là-bas

 

 

Gérard Filoche ou Gérard Mordillat ? Filoche prétend que pour détourner un avion il faut être à l’intérieur. Mordillat, lui, veut d’abord construire un autre avion. En attendant, la gauche (la vraie !) est toujours clouée au sol. Comment la faire redécoller ? Avec Gérard Filoche ou Gérard Mordillat ? Avec les deux ? Avec d’autres ? Vous n’y croyez pas ? Qui croyait à Syriza ? Qui croyait à Podemos ?

 

Extrait de l’émission « Les droits des Roms sont les droits de l’Homme », notre 21ème LÀ-BAS Hebdo du 11 juin 2015.

Image : Aurélie Martin et Xavier Cantat
Réalisation : Aurélie Martin

 

 

Source : http://la-bas.org

 

 

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 15:21

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Au Guatemala, le réveil des indignés de la corruption

|  Par Emilie Barraza

 

 

 

La révélation d’un gigantesque système de détournement de taxes douanières orchestré par des membres du gouvernement scandalise les Guatémaltèques. Sous la pression populaire, le président Perez Molina a poussé plusieurs de ses ministres à la démission. Mais ne serait-ce pas plutôt sous l’influence de la Maison Blanche ?

 

De notre envoyée spéciale au Guatemala. - Sur l’immense place de la Constitution de la capitale guatémaltèque, chaque manifestant est venu avec sa pancarte improvisée. « C’est tellement rare de manifester ici qu’il faut bien le faire », sourit Ruth Ibarra, une femme d’une quarantaine d’années, un morceau de carton dans les mains sur lequel elle a dessiné une caricature d’Otto Pérez Molina, le président de la République, soulignée de la mention « #RenunciaYa » (« #DémissionneMaintenant »). « On veut qu’il parte, lui et tous ces politiciens corrompus, on en a marre, le Guatemala mérite mieux. »

Autour d’elle, les manifestants, armés de tambours et de sifflets, scandent des chants de guerre : « Otto Pérez de mes deux, tu vas aller à la poubelle ! » Depuis la mi-avril, « il se passe quelque chose au Guatemala », comme le dit Dina Fernandez, journaliste et directrice du site d’information Soy502. Les principales villes du pays voient en effet défiler chaque samedi des centaines, des milliers, voire des dizaines de milliers de manifestants, indignés par la corruption endémique et qui exigent la démission du président.

« En 20 ans de carrière, j’ai vu passer des milliers de scandales, des pillages, des assassinats, le tout dans l’indifférence totale des gens. Il ne se passait jamais rien. Et là, l’étincelle a pris et les gens se sont dit “ce scandale, il ne passera pas” », explique la journaliste.

L’ampleur des manifestations est à l’image de la gravité de l’affaire révélée le 16 avril dernier par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG), une entité créée en 2006 par l’ONU pour lutter contre le crime organisé, accompagner et renforcer le système juridique national. Ce scandale, c’est celui de La Línea (La Ligne), un gigantesque réseau de détournement de taxes douanières, orchestré par des hauts fonctionnaires du Trésor public et des proches du gouvernement depuis au moins un an. Au total, 21 personnes ont été arrêtées, accusées d’avoir mis sur pied un ingénieux système parallèle d’encaissement des taxes douanières dans les principaux ports du pays.

Par le biais de ce système, lorsqu’un container entrait au Guatemala, les Douanes ne taxaient que 40 % des marchandises, 30 % servaient à soudoyer les fonctionnaires et les 30 % restants allaient dans les poches des chefs de l’organisation criminelle. Durant un an, celle-ci aurait empoché jusqu’à 232 millions de dollars par semaine. Les écoutes téléphoniques réalisées par la CICIG ont révélé que La Línea était dirigée par Juan Carlos Monzón, le secrétaire particulier de la vice-présidente du Guatemala, Roxana Baldetti. Cet ancien militaire, expulsé de l’armée pour mauvaise conduite, s’était reconverti dans le vol de voitures avant d’intégrer le Parti patriote du président Otto Pérez Molina, lui-même ancien militaire à la retraite et fortement soupçonné d’avoir tenté de fomenter plusieurs coups d’État.

 

Manifestation contre la corruption appelant à la démission du président Perez Molina.Manifestation contre la corruption appelant à la démission du président Perez Molina. © Jorge Dan Lopez/Reuters
 

Juan Carlos Monzón, l’instigateur de La Línea, est désormais en fuite, introuvable depuis la révélation du scandale. Le quotidien El Periódico a enquêté sur la fortune de Monzón : en trois ans, le secrétaire particulier de Roxana Baldetti a acheté plusieurs maisons luxueuses, un patrimoine estimé à 2,2 millions de dollars, tandis que celui de la vice-présidente est, lui, estimé à 13,4 millions de dollars. Dans un pays où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et près d’un tiers sont en situation d’extrême pauvreté, les images de ses propriétés luxueuses, de son hélicoptère privé ou encore de son avion sont devenues le symbole de cette classe politique cynique et corrompue.

Face à la pression de la rue, le président Pérez Molina a poussé sa vice-présidente à la démission, le 8 mai dernier. Roxana Baldetti est en effet fortement soupçonnée d’être à l’origine du réseau de détournement de taxes douanières. En plein scandale de corruption, les Guatémaltèques ont appris que le Trésor public a enregistré un déficit de plus de 22 millions de dollars. Une situation budgétaire dont pâtissent des services publics, déjà peu efficaces.

« Le système de santé publique est totalement déficient, observe le sociologue Luis Fernando Mack, sociologue à la Faculté latino-américaine des sciences sociales (FLASCO) du Guatemala. Les conditions sont très précaires, il n’y a pas de médicaments, il y a des coupures d’électricité en plein milieu d’une opération car l’hôpital n’a pas pu payer la facture. » L’éducation nationale est elle aussi dans « un état déplorable », dénonce Juan Pérez, un instituteur venu manifester le 30 mai dernier. « Il y a parfois des jours sans nourriture pour les élèves, on manque de cahiers, de stylos, de tout ! » Le taux de réussite scolaire est le plus bas depuis 10 ans, tandis que les images d’écoles inondées ou qui s’effondrent sont devenues monnaie courante à la télévision.

« C’est le gouvernement le plus corrompu de toute l’histoire du pays, sans aucun doute, déplore Óscar Vásquez, secrétaire général d’Acción Ciudadana, une ONG qui lutte contre la corruption au Guatemala depuis près de 20 ans. Ils font énormément de mal aux institutions, ils ont pratiquement capturé l’État. Et il va falloir pratiquement reconstruire tout le pays après ce gouvernement. » Le Guatemala, au 115e rang sur 175 du classement mondial de l'ONG Transparency International sur la perception de la corruption, est pourtant coutumier des scandales de corruption. « Mais c’est la première fois au Guatemala qu’on arrive à faire bouger le système pour emprisonner des corrompus », insiste Óscar Vásquez.

Le 20 mai, la CICIG a révélé à la presse un nouveau scandale : plusieurs hauts fonctionnaires de l’Institut guatémaltèque de sécurité sociale (IGSS) ont signé un contrat illégal avec PISA, une entreprise censée se charger des dialyses péritonéales chez les malades du rein. Pour être autorisée à travailler dans les hôpitaux, l’entreprise a soudoyé les hauts fonctionnaires de la sécurité sociale en leur offrant l’équivalent de 16 % des 15 millions de dollars qu’a coûté le contrat. Or, PISA n’était pas spécialisée dans ce genre de dialyse, et depuis la signature de ce contrat, l’ONG Acción Ciudadana déplore 16 décès et des centaines de malades.

 

« Une catharsis collective de ras-le-bol »

Face à ce déluge de scandales, la jeunesse guatémaltèque issue de la classe moyenne et aisée s’est rapidement emparée des réseaux sociaux pour mobiliser le pays. « Cette génération n’a plus peur, car elle n’a connu ni la guerre civile, ni les régimes militaires sanglants », analyse Juan Francisco Soto, directeur du Centre d’action légale pour les droits de l'homme (CALDH) au Guatemala. Le conflit armé, qui a opposé, de 1960 à 1996, les guérillas de gauche au gouvernement, a fait 200 000 morts, 50 000 disparus et un million de déplacés.

C’est aussi la première fois que la société guatémaltèque manifeste pour la même cause, dans un pays très polarisé, entre « indigènes » et « ladinos » (les métis), urbains et ruraux, riches et pauvres. Dans les manifestations, les familles et les quinquagénaires côtoient les étudiants des universités publiques, mais aussi privées. Les organisations paysannes et indigènes se sont également solidarisées avec le « #RenunciaYa » (#DémissionneMaintenant) des protestataires. « Et la particularité de ce mouvement, qui n’est pas politisé, c’est qu’il n’a pas de leader », observe Gabriela Barrera, journaliste de Soy502. Sur la place de la Constitution, lors des manifestations hebdomadaires, personne en effet ne prend la parole. Seul rituel : chanter l’hymne national, les pancartes dénonçant la corruption levées vers le ciel. « C’est une catharsis collective de ras-le-bol », conclut la journaliste.

Dans une société divisée à l’extrême comme l’est la société guatémaltèque, la même exigence est dans la bouche de tous les manifestants : réformer la politique. « Tout doit être réformé au Guatemala, mais le plus urgent, c’est la loi électorale », analyse Edgar Gutiérrez, politologue de l’université publique San Carlos, et directeur de l’Institut des problèmes nationaux. Pour beaucoup d’observateurs, la question de la représentativité des partis politiques est le problème fondamental. « Les partis sont gérés comme des entreprises, on les appelle les “partis-franchises”, car ils achètent la franchise locale d’un parti, qu’ils devront rembourser par la suite, en vendant des lois aux entreprises, via la corruption », observe le chercheur. L’université publique de San Carlos a donc proposé un projet de réforme de la loi électorale, pour favoriser les candidatures indépendantes, grâce aux comités civiques, mais surtout, en finir avec le système clientéliste et le financement privé des partis.

À trois mois des élections présidentielles (prévues en septembre et octobre 2015), les routes du Guatemala sont toutes envahies par de gigantesques affiches de campagne. Des troncs d’arbres ou des rochers sont peints aux couleurs de tel parti, des maisons décorées aux teintes de son adversaire, les photos ou les slogans des candidats envahissent les bordures des rues, empêchant parfois de lire les panneaux de signalisation. « Les partis politiques ont envahi l’espace public, dénonce Luis Fernando Mack. À chaque élection, ils laissent une trace néfaste qui prend des années à disparaître. »

Ces témoignages muets de tous les abus commis par la classe politique ont paradoxalement donné naissance à un mouvement original. Depuis plusieurs semaines, des Guatémaltèques se donnent rendez-vous au petit matin, armés de pots de peinture et de pinceaux. L’objectif est simple : recouvrir de blanc ou de dessins la « pollution visuelle générée par cette propagande politique », comme l’explique María Delfina Tai. Cette jeune femme d’une trentaine d’années a manifesté pour la première fois de sa vie le mois dernier et a décidé de se joindre au mouvement Limpia Guate (« Nettoie le Guatemala ») : « C’est une pollution visuelle insupportable, ils imposent leurs slogans, il faut dépolluer tout ça ! » lance-t-elle, un pinceau à la main, sur le terre-plein central d’une gigantesque avenue, à quelques centaines de mètres de l’ambassade des États-Unis.

L’ambassade des États-Unis est justement un acteur essentiel dans cette crise politique. Fait étonnant pour le corps diplomatique, l’ambassadeur américain n’hésite pas, depuis plusieurs mois, à hausser le ton pour dénoncer publiquement la corruption endémique au Guatemala. Mais l’interventionnisme du grand frère nord-américain s’est surtout fait sentir lorsque le président Pérez Molina a émis l’idée, début 2015, de refuser le renouvellement du mandat de la CICIG, financée principalement par les États-Unis et qui est rapidement devenue les yeux et les oreilles des Américains.

Or, pour ces derniers, le Triangle Nord est, pour des raisons stratégiques et de sécurité nationale, une priorité dans la politique internationale américaine. Les trois principaux démons du Guatemala, du Salvador et du Honduras – les maras (bandes de délinquants), le narcotrafic et l’immigration – sont devenus des enjeux de politique intérieure aux États-Unis, notamment l’an dernier lors de la crise humanitaire des enfants migrants.

Dans ce contexte, l’existence d’un gigantesque réseau de détournement de taxes douanières aux portes de l’Amérique du Nord n’est pas pour rassurer une administration Obama inquiète par ce qui pourrait transiter par sa frontière sud. « On sait que le narcotrafic a bénéficié des services de La Línea », souligne Stéphanie Lopez, politologue à l’Institut centre-américain d’études politiques (INCEP), « et les États-Unis ne peuvent pas se permettre d’avoir un voisin qui, à travers ses propres douanes, laisse passer n’importe quel type de matériel ou de substances ».

Pour la première fois de l’histoire du Guatemala, les intérêts américains vont de pair avec les exigences de la société civile guatémaltèque, mais de là à penser que le président Pérez Molina pourrait réellement démissionner ? « L’objectif des États-Unis est d’oxygéner le système politique guatémaltèque, pour le réformer, pas de créer de l’instabilité », analyse Stéphanie Lopez. Le 10 juin, la Cour suprême a pourtant demandé au Congrès d’évaluer la possibilité de retirer au président Pérez Molina son immunité, suite à la requête d’un député. Une décision que personne n’attendait, étant donné l’identité des membres de la Cour suprême, tous nommés par le pouvoir politique. « Plus personne ne semble prêt à risquer sa carrière politique » pour défendre l’indéfendable, écrivaient les journalistes de Soy502 dans un éditorial. « On dirait que le “Game Over” est arrivé pour Pérez Molina. » 

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

 

 

 

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 15:01

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Il faut relaxer les neuf inculpés de la ferme des Mille vaches

16 juin 2015 / José Bové, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuelle Cosse, Olivier Besancenot, et des dizaines d’autres
 


 

Le 17 juin, neuf militants de la Confédération paysanne doivent comparaitre devant la cour d’appel d’Amiens suite aux actions menées sur le site de l’usine des 1000 vaches en Picardie. Poursuivre et condamner ces actions de protestation, c’est mettre en cause la liberté d’action syndicale et le droit à la contestation politique. Les Neuf doivent être relaxés.


Collectivement, la Confédération paysanne a pris la responsabilité d’agir là où les pouvoirs publics laissent s’installer des fermes-usines qui condamnent les paysans à disparaître. Sous prétexte de compétitivité, le lait devient ici un sous-produit du lisier transformé en énergie dans le méthaniseur accolé à l’usine. Et puisqu’il ne vaut rien, il est bradé, et cette concurrence fait chuter les prix du marché bien en deçà des coûts de production des éleveurs. De toute manière, l’industrialisation se passe des paysans et de leurs savoir-faire…

A cela s’ajoutent les conséquences sanitaires avec une mortalité du bétail bien supérieure à la moyenne, et environnementales avec une énorme concentration de rejets à quelques encablures de la baie de Somme, le tout allègrement financé par les subventions publiques.

Ces paysans ont pris sur eux de dénoncer cette situation ; d’agir dans l’intérêt général, sans violence, en légitime défense contre ce qui les condamne, en légitime citoyenneté pour défendre le droit de chacune et chacun à bénéficier d’une alimentation saine et d’un environnement préservé, dans des territoires vivants.

Mais pour quelques pièces démontées sur des machines et un tag géant, ils risquent aujourd’hui plus de 250 000 euros de dommages et intérêts, au titre du manque à gagner, et sont menacés de peines d’emprisonnement… A cela s’ajoutent des poursuites pour refus de prélèvement ADN… La justice accepte donc de transformer une mobilisation citoyenne en vandalisme et veut soumettre des militants syndicaux au fichage systématique auquel seule la délinquance financière échappe !

Quel aveu d’impuissance ! Interpellés sur le terrain politique sur des enjeux fondamentaux touchant à l’environnement, à la vie des territoires, à l’alimentation et à l’agriculture que nous voulons, les pouvoirs publics ne peuvent répondre que par la répression pénale.

Répression sur les Zad, interdiction de manifestations, arrestations en série ; rien de cela ne constitue une réponse acceptable vis-à-vis de ceux qui n’ont d’autre objectif que de continuer à exister, de vivre dignement de leur métier, de défendre leur environnement. Face à la toute puissance du libéralisme, aux tentatives de criminalisation du mouvement social à coups d’interdictions administratives et de condamnations judiciaires, nous disons : c’est assez. La pénalisation de ceux qui s’expriment et contestent ne fera disparaître ni les sujets de débats ni les motifs de contestation.

A six mois d’une conférence internationale pour le climat dont la France ne cesse de vanter l’importance, la pénalisation de militants syndicaux mobilisés pour la défense de l’environnement est en soi hautement problématique. C’est nier le rôle essentiel du monde paysan, cultiver le déni face aux mouvements de mobilisation qui, dans leur diversité, plaident pour d’autres approches de la consommation, d’autres modes de production qu’une industrialisation à tout va, et sont attentifs à ce que la justice ne cautionne pas l’acharnement et l’arrogance de groupes industriels.

C’est pourquoi nous demandons la relaxe des neuf militants de la Confédération paysanne. Nous le demandons en défense de ce droit inaliénable qu’est la liberté d’expression de la contestation...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 20:38

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Aurélie Filippetti : la loi Macron est "dangereuse pour les salariés"

 
Magazine Marianne
 
Ce matin, sur l'antenne de France Inter, l'ancienne ministre de la Culture a dit tout le mal qu'elle pensait de la loi Macron et, en particulier, de cet amendement du gouvernement plafonnant la réparation des licenciements abusifs.
 
Stefano Carofei/AGF/SIPA
 

La loi Macron « ne va rien régler. » Quelques mots à peine auront suffi à l’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, ce matin sur France Inter, pour tordre le cou à cette « flexisécurité » si chère au gouvernement en général et au ministre de l’Economie en particulier. Car pour la député socialiste de Moselle, « le problème » est clair : « C’est l’emploi (…) et face à ce problème-là, les solutions qui sont mises en œuvre ne sont pas à la hauteur. »

 

Parmi ces solutions, la loi Macron donc, actuellement en deuxième lecture à l’Assemblée, recèle de nouvelles dispositions dont on apprend chaque jour la portée désastreuse pour les salariés qui verront par exemple leurs indemnités plafonnées en cas de licenciement abusif. « Ce plafonnement pour moi il n’a aucun sens, réagit vivement Aurélie Filippetti, On remplace ce qui était au départ un plancher d’indemnisation par un plafondOn voit très bien que les salariés vont se retrouver totalement lésés dans des situations extrêmement difficiles, surtout évidemment pour les salariés des petites entreprises. » Mais dans la logique implacable du gouvernement, qu'Aurélie Filippetti juge « dangereuse », il s'agit seulement de créer des emplois. Comment ? En facilitant les licenciements, CQFD !

Une absurdité donc pour Filippetti qui précise plus loin que ces petites entreprises « peuvent très bien être des filiales » de très grands groupes « qui s’organisent en petites entités pour justement échapper à un certain nombre de réglementations qui protègent les salariés. »

Sûr de son paquet de mesures pour la croissance et l’emploi, le gouvernement pourrait malgré tout avoir à nouveau recours au 49.3 pour faire adopter la loi Macron, sans le vote parlementaire. A l'évidence, il n'y a pas que les licenciements qui soient abusifs...

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 20:11

 

Source : http://www.la-croix.com

 

 

Le Roundup du géant Monsanto dans le collimateur de Ségolène Royal

 

 

La ministre de l’écologie s’est prononcée pour l’arrêt de la vente du désherbant de Monsanto en libre-service dans les jardineries.

 

15/6/15 - 18 H 10

 

 
 
 
 

Des désherbants Roundup de Monsanto en rayon. Ségolène Royal a annoncé vouloir supprimer leur ven...

PHILIPPE HUGUEN/AFP

 

Des désherbants Roundup de Monsanto en rayon. Ségolène Royal a annoncé vouloir supprimer leur vente en libre-service dans les jardineries.
 

Des découvertes ont révélé ses effets probablement néfastes pour la santé.

 

« La France doit être à l’offensive sur l’arrêt des pesticides », a affirmé Ségolène Royal dimanche 14 juin sur le plateau de France 3. La ministre de l’écologie a partagé sa volonté d’interdire la vente du désherbant en libre-service dans les jardineries amateurs. L’interdiction de vente en libre-service impliquera donc de passer par un conseiller du magasin pour obtenir du Roundup. « L’acheteur amateur bénéficiera ainsi d’un conseil renforcé systématique lors de la vente de ces produits avec une information sur les interdictions à venir et les alternatives », ont indiqué Ségolène Royal et Stéphane Le Foll.

Les associations écologistes saluent l’initiative de la ministre mais jugent la mesure insuffisante car l’agriculture n’est pas concernée. L’annonce satisfait l’association de consommateurs CLCV qui avait appelé les agences sanitaires françaises et européennes et le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, à retirer de la vente en libre-service les désherbants à base de glyphosate.

 

 

Le glyphosate classé « cancérogène probable »

En mars dernier, le glyphosate, principe actif du pesticide, était classé comme « cancérogène probable » pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), même si « les preuves sont limitées ». C’est l’argument que fait valoir Monsanto, qui a rapidement réagi à la déclaration de Ségolène Royal.

La firme américaine, pour qui la France représente le marché le plus important en Europe, estime qu’à l’heure actuelle « absolument aucune nouvelle donnée scientifique récente ne permet de remettre en cause » la vente de Roundup et considère que « dans les conditions recommandées d’utilisation figurant sur l’étiquette, le produit ne présente pas de risque particulier pour l’utilisateur ».

 

 

« Le monde selon Monsanto »

Depuis plusieurs années, Monsanto est mêlé à une série de controverses. En 2012, le groupe a été condamné par la justice française après la plainte d’un agriculteur intoxiqué par un herbicide. Spécialisé dans l’agrochimie et très actif en matière de lobbying, Monsanto a fait fortune en commercialisant des produits à l’origine de scandales sanitaires et environnementaux tels que le PCB ou encore l’agent orange.

 

> À (re) lire : Monsanto condamné pour l’intoxication d’un agriculteur

 

Lors d’une interview du Dr Patrick Moore, un lobbyiste pro-Monsanto, le magazine « Spécial Investigation » diffusé sur Canal + avait mis en avant les contradictions de la multinationale. Patrick Moore avait affirmé que l’herbicide était potable et sans danger pour la santé. « Je ne crois pas que le glyphosate en Argentine cause le cancer. Vous pouvez en boire un grand verre et ça ne fait aucun mal », avait-il affirmé.

À la proposition du journaliste d’en boire un verre, Patrick Moore avait refusé en rétorquant : « Je ne suis pas fou. » L’entreprise controversée a également fait l’objet d’un documentaire en 2008 intitulé « Le monde selon Monsanto : une multinationale qui vous veut du bien » et réalisé par Marie-Monique Robin.

 

> À (re) lire : Monsanto retire ses demandes de culture OGM en Europe

 

 

 

Sabrina Bennoui

 

La France, un marché clé pour le semencier OGM américain Monsanto

 

15/6/15 - 18 H 10

 

 

Source : http://www.la-croix.com

 

 

 

Source : http://www.franceinfo.fr

 

 

Interdiction du Roundup : l'annonce de Ségolène Royal contestée

par Anne-Laure Barral lundi 15 juin 2015 13:54, mis à jour le lundi 15 juin 2015 à 14h51
 
 
 

Ségolène Royal s'attaque à la vente de pesticides © MaxPPP
 

La ministre de l’Ecologie veut faire interdire un des herbicides que les jardineries vendent le plus, le Roundup, à cause de l'un de ses composants, le glyphosate. Pourtant, selon Jacques My, de l'Union des entreprises pour la protection des jardins et espaces publics, "un amateur qui utilise un glyphosate ne met pas en péril sa santé".

Le Roundup est un désherbant hyper efficace, le plus utilisé au monde, et surtout le produit phare de Monsanto : 40% de son chiffre d’affaires. Le principal reproche concerne un de ses composants : le glyphosate, une substance synthétisée par Monsanto dans les années 70 et qui a fait son succès. La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a demandé dimanche aux jardineries d'arrêter de mettre en vente libre le Roundup.

En mars 2015, l’OMS a classé le glyphosate comme un cancérigène probable pour l’homme. Selon son centre international de recherche sur le cancer, les jardiniers ou les agriculteurs utilisant cette substance auraient des risques de cancer accrus. Des études avec cas témoins en Suède, aux Etats-Unis et au Canada ont montré des risques plus fréquents de cancer du sang. Ce classement a fait l’effet d’une bombe pour l’industrie des phytosanitaires, parce que cette substance est la pierre angulaire de la filière. Elle est utilisée dans plus de 750 produits que ce soit agricoles ou amateurs.

"En France, nous avons la chance d’avoir une réglementation spécifique qui fait qu’un produit pour amateur est spécialement dédié aux amateurs. Ces produits sont mis sur le marché après une évaluation des risques spécifiques partant du principe que l’amateur ne va pas forcément utiliser le produit comme il devrait," explique Jacques My, directeur général de l'UPJ (Union des entreprises pour la protection des jardins et espaces publics). "Ségolène Royal fait encore un effet d’annonce. Il faut dire ce que l’on a toujours dit : les produits de protection pour le jardin sont à manipuler avec précaution". Mais "un amateur qui utilise un glyphosate ne met pas en péril sa santé," estime Jacques My. 

 

Ségolène Royal enfonce le clou

La ministre de l’Ecologie surfe sur la polémique autour de Roundup qui agite le secteur de l'agriculture depuis des mois. Ségolène Royal encourage donc les jardineries à prendre de l’avance sur le plan écophyto du gouvernement, renouvelé cet hiver par Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture, qui prévoit la fin de la vente libre de ces substances pour 2018. "On a un plan écophyto, il va y avoir une phase d’expérimentation en 2016 et de toute façon les conseillers en jardinerie sont obligatoires. Sur tous les points de vente en produits jardins, il y a des conseillers pour vous diriger vers des solutions alternatives quand elles existent," explique Jacques My.

 

 

par Anne-Laure Barral lundi 15 juin 2015 13:54, mis à jour le lundi 15 juin 2015 à 14h51

 

 

Source : http://www.franceinfo.fr

 

 

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 19:37

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Face aux multinationales qui veulent s’emparer de la semence, les paysans résistent par l’idée de bien commun

15 juin 2015 / Lorène Lavocat et Anaïs Cramm (Reporterre)
 

 

 

Pendant des siècles, les paysans ont utilisé leurs propres semences, créant une biodiversité extraordinaire. Aujourd’hui, cette richesse est mise en danger par la rapacité de quelques multinationales. Leur arme ? Les droits de propriété intellectuelle. Face à cette menace, les paysans exigent que les semences restent ce qu’elles ont toujours été : des biens communs.


« Ils sont en train de s’emparer de toutes les plantes qui existent sur la planète ! » Guy Kastler ne cache pas son indignation ni son inquiétude. « Ils », ce sont les industriels semenciers. Monsanto, Pioneer, Syngenta. Une poignée de multinationales qui contrôle aujourd’hui le marché de la semence… et l’avenir de notre agriculture. « Ils nous imposent des lois qui interdisent les semences que les paysans reproduisent dans leurs champs, pour les remplacer par quelques génies (Gènes ?) synthétiques marqués du sceau de leur propriété intellectuelle », explique-t-il.

Syndicaliste aguerri et membre fondateur du Réseau semences paysannes, il défend les droits des paysans, et notamment celui de cultiver, de ressemer et d’échanger des semences. Une pratique millénaire remise en cause depuis près de cinquante ans par l’essor des droits de propriété intellectuelle (DPI).

Créés à l’origine pour empêcher la contrefaçon et protéger les inventeurs industriels, comme pour les droits d’auteur, ces DPI ont peu à peu investi le monde agricole. Avec un argument, réitéré en 1998 par une directive européenne : « La recherche et le développement exigent une somme considérable d’investissements à haut risque que seule une protection juridique efficace peut permettre de rentabiliser. » A coups de brevets et de certificats d’obtention végétale, les semenciers ont ainsi pu s’approprier des variétés prélevées dans les champs des paysans. Et réclamer ensuite des royalties. C’est une aberration, selon Ananda Guillet, de l’association Kokopelli : « Les semences, comme n’importe quel être vivant, n’appartiennent à personne et à tout le monde en même temps, il ne peut y avoir de droit de propriété ! »

 

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A force de sélection, les paysans ont créé de nombreuses variétés de maïs, chacune adaptée à un terroir.

 

Les industriels peuvent breveter ce qui existe déjà

Un accaparement qui s’accélère aujourd’hui via un nouveau type de brevet « sur les caractères natifs ». Jusqu’ici, seules des variétés nouvelles pouvaient faire l’objet d’un titre de propriété. Désormais, « les industriels peuvent breveter ce qui existe déjà », résume Guy Kastler.

En 2013, tel Christophe Colomb découvrant l’Amérique, la compagnie Syngenta « trouve » un poivron jamaïcain résistant à un parasite, la mouche blanche. En laboratoire, grâce au marquage moléculaire, les chercheurs parviennent à identifier la séquence génétique qui permet à la plante de survivre aux attaques de l’insecte... et la brevettent. Problème, nombre de paysans cultivent déjà des poivrons résistants. « Ça paraît un peu hurluberlu, mais Syngenta pourrait aujourd’hui aller les voir et leur demander de payer des droits de licence », explique Emilie Lapprand, juriste pour le Réseau Semences paysannes. « Ils disent, ’cette plante résiste à tel insecte, j’ai trouvé la séquence génétique qui lui permet de faire ça, toutes les plantes qui résistent à cet insecte m’appartiennent donc’ », résume Guy Kastler.

« Toutes les semences devraient être libres de droit et reproductibles », martèle Ananda Guillet. L’association Kokopelli commercialise depuis près de vingt ans des semences pour des jardiniers, sans se soucier d’éventuels droits de propriété. « On est un peu anarchiste, on refuse toute règlementation, même si on demande que les OGM soient interdits. » Pour Ananda Guillet, les semences, comme les logiciels libres, doivent relever du domaine public et être accessibles à tous.

 

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Pour lutter contre l’érosion de la biodiversité, des paysans créent des conservatoires d’anciennes variétés, comme ici sur la ferme du Roc, dans le Lot-et-Garonne.

Une revendication qui laisse sceptique Guy Kastler. « Tout le monde crie liberté, liberté ! Mais le marché libre, c’est la dictature des entreprises, et sans règles et sans barrières, pas de souveraineté alimentaire. » A l’inverse de Kokopelli, le Réseau Semences paysannes revendique ainsi des droits des agriculteurs sur leurs semences. « Dans le monde vivant, les semences libres, ça n’existe pas », dit M. Kastler. « Aucune plante cultivée n’existe sans co-évolution avec un groupe humain, dans la nature, si tu laisses une plante libre, elle redevient sauvage. »

 

« Le patrimoine commun de l’humanité est devenu le patrimoine commun des semenciers »

Si les semences ne sont pas libres, pourraient-elles au moins être communes ? Depuis les années 1980, elles sont reconnues, en tant que « ressources phytogénétiques », comme patrimoine commun de l’humanité. Un statut censé les rendre inappropriables. Problème, dans les faits, il donne « accès à ces ressources aux firmes pharmaceutiques et semencières (des pays riches), sans que ces dernières soient tenues, d’une quelconque manière, de redistribuer une partie des bénéfices qu’elles pourraient en tirer », dit Frédéric Thomas, chercheur à l’Inra.

L’argument du « ce qui est à toi est à moi » a joué en faveur des multinationales, dont les moyens dépassent largement ceux des petits paysans. « Le patrimoine commun de l’humanité est devenu le patrimoine commun des semenciers », conclut Guy Kastler.

En 2001, le Traité international sur les ressources pour l’alimentation et l’agriculture (Tirpaa) reconnaît enfin aux agriculteurs et aux communautés autochtones le droit de « protéger leurs connaissances traditionnelles, participer aux décisions nationales concernant les ressources et de conserver, ressemer et échanger leurs semences. » Charge à chaque Etat de faire respecter ces nouvelles règles… qui sont bien souvent reléguées au placard.

 

Faire des semnces un bien commun

Plutôt que de patrimoine commun, les défenseurs des droits paysans préfèrent parler de « commons » ou de biens communs. « Un bien commun est un bien considéré comme un bienfait par tous, et auquel chacun devrait avoir accès », explique l’économiste Laurent Cordonnier. Comme l’eau ou la santé, les semences pourraient relever de cette définition.

Échanger des savoir-faire, se répartir ou mutualiser certaines activités, participer à des programmes de recherche, conserver ou sélectionner de nouvelles variétés adaptées localement... Pour bon nombre de paysans, s’organiser collectivement pour gérer les semences est devenu une nécessité. Cette gouvernance des communs prend souvent la forme de "Maisons des semences".

 

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Pour gérer collectivement leurs stocks de graines, les paysans s’organisent en Maison de la semence. Une idée importée du Brésil, et qui se développe en France, comme ici dans le Périgord
 
 

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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