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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 22:00

 

Source : www.humanite.fr

 

Europe

Chypre va privatiser à tout-va

 

 

 

Le projet de loi de vente des entreprises publiques chypriotes a été voté hier. Les privatisations sont une des conditions imposées par l’UE pour financer la dette publique du pays.

La Chambre des représentants chypriote a voté, hier, la loi autorisant la privatisation des entreprises publiques. Jeudi dernier, elle avait repoussé ce même texte. Si le gouvernement du président conservateur Nicos Anastasiades a resservi aussi rapidement son projet de loi, c’est qu’il est sous pression. Il doit rembourser 150 millions d’euros de dette publique le 15 mars. Or, Chypre ne se finance plus depuis l’an dernier sur les marchés. Nicosie bénéficie de prêts du mécanisme européen de stabilité (MES), mis en place par les pays de la zone euro. Les conditions de prêt sont strictes. Pour débloquer 236 millions d’euros dans les prochains jours, la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) intime à Chypre de vendre pour 1,6 milliard d’euros ses entreprises publiques entre 2016 et 2018.

Le prédécesseur de Nicos Anastasiades, le communiste Dimitris Christofias au pouvoir jusqu’en février 2013, n’avait pu obtenir une aide du MES car il refusait toute privatisation. Ces derniers mois, les communistes d’Akel se sont encore opposés au bradage des bijoux de famille. Leur porte-parole, Georgios Loucaides, a estimé que ce nouveau vote dénotait un « manque de respect » du Parlement et « humiliait les institutions ». « Ce qui détermine les actions et la rhétorique du gouvernement (…) est de respecter l’objectif de redistribuer la richesse dans le pays au profit des intérêts des grandes entreprises », a-t-il ajouté.

Faire passer la loi n’a pas été tâche aisée pour Anastasiades. Une coordination citoyenne a mobilisé, ces derniers mois, contre les projets de privatisation. Les salariés des entreprises publiques de l’électricité (EAC), des télécommunications (CyTA) ont participé à des grèves ces derniers jours. Le mouvement social dans les ports a conduit, la semaine dernière, certains navires à décharger leurs marchandises au Liban ou en Israël.

Hier, 30 parlementaires ont voté pour la loi de privatisation et 26 contre. Avec les députés d’Akel, les socialistes d’Edek et le parlementaire Vert ont refusé le projet de loi. Jeudi dernier, le vote s’était soldé par 25 voix pour, 25 contre et cinq abstentions. Ce sont les députés du parti nationaliste Diko qui ont fait pencher la balance hier, en se ralliant au projet de loi gouvernemental, après avoir exprimé leur mauvaise humeur jeudi. La veille, Diko avait quitté le gouvernement pour protester contre les concessions faites par le gouvernement Anastasiades aux représentants de la zone occupée par la Turquie depuis 1974, dans le cadre du processus de paix.

Gaël De Santis

 

 

Source : www.humanite.fr

 


 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 15:10

 

Marianne

Mardi 30 Juillet 2013 à 18:00

 

Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

 

La Troïka a rendu son verdict. En contrepartie d’un prêt de 10 milliards d’euros, les détenteurs chypriotes d’un compte épargne d’un montant supérieur à 100.000 euros se verront ponctionner de 47,5% de leurs économies. Une première en eurozone.

 

Petros Karadjias/AP/SIPA
Petros Karadjias/AP/SIPA

La Troïka a rendu son verdict. En contrepartie d’un prêt de 10 milliards d’euros, les détenteurs chypriotes d’un compte épargne d’un montant supérieur à 100.000 euros se verront ponctionner de 47,5% de leurs économies. Une première en eurozone. 


La Troïka a grand cœur, une ponction de 60% avait été envisagée, mais les experts de l’Eurogroupe et du FMI estiment que l’économie chypriote montre « des signes de stabilisation encourageants ».


Une stabilisation relative selon le Centre d’Etudes Economiques de l‘Université de Chypre qui n’exclut pas une détérioration à court terme de l’économie chypriote du fait de l’impact de la purge en cours. La récession pourrait ainsi se poursuivre jusqu’au premier trimestre 2014 au rythme de -5 à -6% par trimestre. 


Les chypriotes titulaires d’un compte dans la Bank of Cyprus pourront toujours se consoler en se disant que la seconde  banque du pays, Laiki, a été purement et simplement liquidée. Une mesure autrement plus radicale. 


Les activités de Laiki (Banque populaire de Chypre) ont été restructurées entre « mauvaise banque » et « bonne banque ». La première a été désagrégée, et la seconde absorbée par Bank of Cyprus,. Tous les comptes supérieurs à 100.000 euros ont été prélevés et ramenés à ce montant. 


Pourquoi avoir sauvé une banque pour sacrifier l’autre. Un journal chypriote avance une hypothèse. Selon un cabinet d’avocat indépendant, le président chyriote Nikos Anastasiadis serait le sixième actionnaire de la Banque de Chypre et possèderait 1,5% des parts de l’établissement. « Le gouvernement est en négociation avec la Troïka et les actionnaires doivent entériner les décisions du gouvernement. Un conflit d’intérêt évident quand on sait que le président doit prendre des décisions dans l’intérêt du peuple chypriote et sur l’avenir de la banque de Chypre » écrit le journal. 


Dans un reportage, le journal portugais El Publico précise que « dans les deux banques, se trouvait aussi une grande partie du fonds de prévoyance des travailleurs. A Chypre, où l'allocation chômage n'est versée que durant 6 mois, de nombreux employeurs incitent leur personnel à cotiser sur ce fonds commun. Quand l'employé quitte l'entreprise, il perçoit le montant correspondant à ses cotisations : c'est une forme d'indemnisation ».


Démonstration que les travailleurs non détenteurs d’un compte supérieur à 100.000 pourraient bien eux aussi faire indirectement les frais de la ponction, même si le sort réservé à cette assurance chômage n’est pas encore connu.

 

 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 16:50

 

 

Rue89

 


Publié le 25/05/2013 à 11h15

(De Nicosie) Face à l’explosion du chômage, les formations professionnelles se développent. Mais il y a dix fois plus de candidats que de places et quasiment pas d’emplois à pourvoir. Visite au Cyprus Productivity Center.

Ils ont le cheveu grisonnant et une certaine expérience du monde du travail. A 42 ans et 50 ans, Stelios et Nikos sont pourtant de retour à l’école. Au Centre chypriote pour l’employabilité et la productivité (Cyprus Productivity Center), les deux hommes planchent depuis 8 heures du matin sur l’installation et la maintenance de systèmes photovoltaïques.

Les soixante heures de formation auxquelles ils se sont inscrits sont théoriques et ne déboucheront pas automatiquement sur une embauche ; mais pour ces chômeurs chypriotes, sans travail depuis deux ans, le programme consacré aux panneaux solaires reste une aubaine.


Nikos (T-shirt rouge) et Stelios (chemise bleue) suivent une formation de 60 heures sur l’industrie photovoltaïque (Agathe Mahuet)

Jusqu’en 2011, Nikos était technicien informatique chez Logicom, mais l’État a rompu depuis son contrat avec le distributeur et le quinquagénaire a été mis à la porte.

Son CV, il l’a envoyé à 250 entreprises ; sans succès. Seule solution pour ce petit homme débrouillard en fin de droits : suivre une nouvelle formation dans cette structure où il est déjà venu deux fois. Sans l’ombre d’une offre d’emploi.

Energies renouvelables

Lorsque Nikos s’est inscrit pour la première fois au Cyprus Productivity Center, les statistiques étaient encore relativement rassurantes : 65% des participants aux formations trouvaient un emploi dans la foulée.

« Mais c’était il y a deux ans ! soupire Maria Mikellides, l’une des responsables du centre. Aujourd’hui, c’est une tout autre histoire… C’est presque un autre pays. »

Ces « formations d’urgence », le gouvernement les a mises en place dès 2009. Public visé : ceux que la crise vient de mettre au chômage. Maria confirme :

« On parlait déjà d’urgence à l’époque. Pourtant ce n’était rien, comparé à aujourd’hui ! »


Maria Mikellides, l’une des responsables du Cyprus Productivity Center (Agathe Mahuet)

La situation économique s’est nettement détériorée après 2009, et l’organisme a développé sa gamme de formations.

Bruxelles ayant fixé des engagements sur les énergies renouvelables et la réduction des gaz à effet de serre, l’industrie photovoltaïque est devenue une nouvelle priorité, explique Andreas Polydorou, le responsable de l’apprentissage.

La structure a mis l’accent sur les compétences « vertes » en général, mais le problème reste toujours le même : le marché n’a que très peu de travail à offrir.

Depuis l’an dernier, c’est Rogiros Tapakis, 31 ans, qui est chargé du cours sur les panneaux solaires. Enseignant à l’Université de Limassol, l’ingénieur finance une partie de son doctorat en partageant ses connaissances avec les chômeurs nicosiens.

« Il y a un an, être au chômage était encore vécu comme une épreuve personnelle. Mais perdre son travail est devenu tellement courant, ces derniers mois, qu’ils ont maintenant le sentiment d’être dans une galère collective. »


Rogiros Tapakis, professeur en génie électrique (Agathe Mahuet)

Cendrier et café frappé

Parmi ses élèves, un seul n’a pas encore été confronté au marché du travail. Vladimirios, un grand brun de 28 ans, sera bientôt diplômé en génie électrique. « Cette formation sur les panneaux solaires est un “plus’, une façon de mettre toutes les chances de mon côté”, confie l’étudiant, inquiet, lui aussi, face aux faibles perspectives d’emploi.

Entre un cendrier et un café frappé trônent sur le bureau de Maria Mikellides des piles entières de fiches d’inscription. “Voilà le profil type, dit-elle les yeux sur l’une d’elles. Une jeune fille de 26 ans, diplômée depuis janvier 2012, mais qui n’a jamais trouvé de travail.”

Son vœu : suivre une formation “d’urgence” en entrepreneuriat. Comme elle, les jeunes Chypriotes en fin d’études sont de plus en plus nombreux à formuler cette demande.


Les formations accueillent de 15 à 30 personnes mais reçoivent souvent près de 300 inscriptions (Agathe Mahuet)

Problème : les requêtes affluent et sont bien plus nombreuses que les places disponibles. Une centaine de personnes souhaitaient assister au cours de Rogiros Tapakis, mais le centre n’en a sélectionné que quinze. Maria s’excuse :

“A Limassol, une formation théorique sur le marché du travail et le management a reçu 370 demandes, mais nous n’avions que 28 places à proposer”.

Car le dispositif a un prix. Chaque programme de formation coûte 50.000 euros au gouvernement, auxquels il faut ajouter un salaire horaire de cinq euros versé à chacun des participants.


Selon Andreas Polydorou, les formations aux énergies renouvelables sont une nouvelle priorité (Agathe Mahuet)

Il y a encore un mois, le gouvernement payait les inscrits huit euros par heure de formation… Mais c’était avant la dernière réunion de l’Eurogroupe sur le cas chypriote.

Les vivres du ministère de l’Emploi se sont raréfiées et le salaire des enseignants du centre a lui aussi été revu à la baisse.

Dans les bureaux débordés du Cyprus Productivity Center, on fait le maximum pour remettre les chômeurs sur le chemin de l’emploi. Mais la situation catastrophique du marché du travail désespère les employés eux-mêmes. Maria Mikellides confie :

“Je dois vous dire que j’ai parfois envie de rentrer me planquer chez moi. La situation est tellement décourageante.”

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 16:58

 

Médiapart

 

 

Au moment même où les responsables européens se retrouvent à Dublin pour approuver formellement le plan de sauvetage de Chypre, arrêté fin mars, ils savent qu’il est déjà caduc. Ce n’est pas 18 milliards mais au moins 23 milliards d’euros dont a besoin le gouvernement chypriote au cours des trois prochaines années pour faire face à la restructuration de son secteur bancaire et l’écroulement de son économie.

« Les besoins se sont accrus du fait de la détérioration rapide de la situation économique, et du naufrage du secteur bancaire », ont expliqué des responsables à Bruxelles, en pointant en sous-main les approximations du gouvernement chypriote  et les effets dévastateurs du veto chypriote lors du premier plan de sauvetage.  Un proche du dossier cité par l’AFP explique que même si la restructuration du secteur bancaire est  largement financée par le secteur privé, les besoins prévus de financement de l'Etat ont augmenté en raison d'une récession plus forte que prévu qui assèche ses recettes. (voir les nouvelles prévisions pour Chypre  ici)


prévisions de la commission européenne 
prévisions de la commission européenne

 Selon les prévisions réactualisées publiées jeudi par la Commission européenne, l’économie chypriote risque de connaître un effondrement de 8,7 % en 2013,  suivi d’une nouvelle chute de  3,9 % en 2014, avant d’espérer un redémarrage timide en 2015.  Ce scénario catastrophique paraît encore trop optimiste pour certains analystes qui prédisent une dépression prolongée de l’économie chypriote. Au vu des précédents irlandais, portugais, grec, espagnol, qui ont démontré que l’Europe et le FMI se sont systématiquement trompés dans leurs prévisions,  on peut craindre qu’ils n’aient raison.

 Effaré par les chiffres, le président chypriote Nicos Anastasiades a lancé un appel d’urgence à l’Union Européenne en lui demandant un allégement des conditions prévues par  le plan de sauvetage. Les responsables européens ont exclu tout geste.

 Dès la publication  des prévisions chypriotes jeudi, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble a exclu une révision de l’aide européenne. L’Europe s’engage à apporter avec le FMI dix milliards d’euros. Il n’y en aura pas un centime de plus , a –t-il expliqué en substance. «  Le programme international de prêts de 10 milliards d’euros est déjà très élevé compte tenu de la taille de l’économie chypriote », a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand par la suite. A Dublin, tout le monde s’est aligné sur la position intransigeante de l’Allemagne.  La ministre autrichienne des finances a déclaré que la question d’une aide supplémentaire à Chypre n’avait même pas été évoquée.

Personne ne croit l'UE

Les dix milliards d’euros d’aide apportés par la Troïka doivent servir à hauteur de 2,5 milliards pour recapitaliser le secteur bancaire restant. Près de 3,4 milliards doivent servir au besoin de financement du gouvernement. Le reste ( 4,1 milliards) sera consacré au  remboursement de la dette arrivant à échéance.

Tout le reste sera à la charge des Chypriotes.  Elle s’annonce déjà insupportable pour les habitants. Les 13 milliards d’euros à trouver correspondent à 75% du PIB annuel actuel de l’ïle. Comment imaginer que Chypre puisse consentir un tel effort , au moment même où  tout son environnement économique s’effondre ? Impossible, assurent déjà divers économistes.

Comme à son habitude, l’Union Européenne a décidé de rester sourde à tous les avertissements. Un nouveau plan a été recalculé, en prenant en compte les nouveaux besoins de financement de l’ïle. Sur le papier, tout fonctionne merveilleusement bien. Selon le plan arrêté, le gouvernement chypriote va trouver les recettes  nécessaires, grâce à une augmentation de sa fiscalité sur les entreprises portée de 10% à 12,5% et de sa fiscalité sur le capital portée à 30% ( 600 millions d’euros), une augmentation du programme de ses privatisations (1,4 milliard d’euros), la renégociation d’une partie de sa dette (1 milliard),  la vente d’une partie de son or détenu en réserves (400 millions d’euros).

 Cette dernière mesure semble particulièrement tenir à cœur les responsables européens. Afin de ne pas trop donner des gouvernements européens une image de pilleurs d’épaves,  le président de l’Eurogroup, le président néerlandais des finances, Jeroën Dijsselbloem,  s’est senti obligé de nuancer. « Vendre une partie de l’or a toujours une option mise en avant par les autorités chypriotes mais c’est une décision indépendante, qui n’émane pas d’une demande de la Troïka ou de l’Eurogroup » a-t-il précisé lors de sa conférence de presse à l’issue du sommet.

Quant à la restructuration de son secteur bancaire estimé à 10,4 milliards d’euros, les déposants vont être plus sollicités. Alors que, dans le scénario arrêté fin mars, les déposants possédant un compte supérieur à 100.000 euros devaient être mis à contribution à hauteur de 30% de leurs avoirs, ils le seraient désormais à hauteur de 60%, selon le FMI. 

Là encore, des analystes jouent les oiseaux de mauvaise augure. Selon eux, la liquidation de la deuxième banque du pays, Laïki, et la restructuration de la première banque nationale, la banque de Chypre, devraient coûter beaucoup plus cher.  D’abord, nombre de créanciers et de gros comptes étrangers risquent de fuir dès que le contrôle des capitaux sera levé, ce qui précipitera les difficultés bancaires, pronostiquent-ils. De plus, Chypre risque de se retrouver confronter aux mêmes difficultés que l’Espagne ou la Grèce : l’effondrement de l’économie locale va conduite à de multiples faillites qui vont encore alourdir les mauvaises créances du système bancaire.

 Autant  le dire : personne ne croit un mot du plan présenté par l’Union européenne.  « Jamais en matière de sauvetage gouvernemental, tant d’intervenants n’ont perdu autant de crédibilité pour une telle petite somme. C’est une des conclusions qui s’impose alors que la poussière est en train de se déposer  sur le sauvetage chypriote du mois dernier. Les négociations pour secourir les gouvernements en faillite ne sont jamais faciles. Mais au réveil de pourparlers chaotiques et de propositions ébranlant la confiance, il devient évident que tous ceux qui y ont participé sont perdants » , écrit le Wall Stret journal, citant pêle-mêle les autorités européennes, les gouvernements de la zone euro, la Banque centrale européenne et le FMI.  Faisant comme si de rien n’était, les gouvernements européens ont prévu d’adopter formellement le plan de sauvetage chypriote le 24 avril.

La suite ? A ce stade, les observateurs s’accordent à prédire un avenir noir pour Chypre. De l’explosion en vol de l’ensemble de l’économie chypriote à la faillite du pays, une restructuration de la dette et une sortie de l’euro,  tout leur semble possible et pour tout dire inévitable.

Mais l’Europe n’y croit pas. Comme elle n’a pas cru aux désastres annoncés en Grèce, en Espagne , au Portugal. Alors que les chiffres viennent confirmer mois après mois la catastrophe européenne, une  destruction de vie, de richesses, de capital humain et économique jamais vue en temps de paix, les responsables européens préfèrent poursuivre leur politique de faillite. Considérant Chypre comme un tout petit enjeu, ne présentant aucun risque systémique, ils semblent décidés à en faire un terrain d’expérimentation d’une nouvelle sorte de plan de sauvetage. L’expérience pourrait tourner encore plus mal que les précédentes.

 

 

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 18:33

 

 

Marianne - Mardi 26 Mars 2013 à 05:00

 

David Cayla*

 

 

Petros Karadjias/AP/SIPA
Petros Karadjias/AP/SIPA
« Ultimatum », « blocus »... On peine à croire que de telles expressions aient pu être utilisées pour commenter l'actualité européenne. C'était la guerre. La guerre économique. Au petit matin du 16 mars, après une nuit de négociations, les autorités européennes avaient convaincu le président chypriote d'imposer une série de mesures de rigueur et une taxation des comptes bancaires pour éviter la faillite du système bancaire de l'île. La population était sensée se soumettre, le Parlement devait entériner. Ainsi va la démocratie en Europe ; la Troïka devient l'instance proconsulaire de tout pays qui demande l'aide européenne. Ainsi va la solidarité en Europe ; on fait payer aux peuples les mesures qui sont sensées éviter la faillite généralisée du système bancaire européen.

Le laxisme financier de l'Union européenne

Car c'est bien là l'ironie de la situation présente. Pendant des années, l'Union n'a cessé d'encenser des « modèles » économique tels que l'Espagne et l'Irlande dans lesquels se sont développées de gigantesques bulles financières et immobilières ; elle a activement favorisé la dérégulation et l'autorégulation des banques sans jamais en mesurer les risques ; elle a accepté que se développe en son sein des paradis fiscaux, des places financières géantes et hors de tout contrôle qui ont prospéré grâce à la souplesse de leur législation et à l'opacité de leur système bancaire. Rivées sur les chiffres des déficits et des dettes publiques, obnubilées par la flexibilisation du marché du travail, les dirigeants européens n'ont été capable ni de prévenir, ni de comprendre la gigantesque bulle financière qui s'est créée depuis l'instauration de la monnaie unique.
Les chiffres sont pourtant éloquents. En décembre 1999, l'endettement total de la zone euro s'élevait à environ deux fois et demi son PIB (258%). En juin 2010, quelques dix ans plus tard, cet endettement atteignait 375 % du PIB.

D'où cette explosion de la dette est-elle venue ? Clairement pas des États, dont l'endettement n'a pratiquement pas augmenté sur cette période. C'est principalement la dette du secteur financier qui explique la hausse de l'endettement de l'économie européenne. Une dette qui a plus que doublé en à peine dix ans, pour représenter près de 100 % du PIB en 2010. Cette dette du système financier, qui s'est accrue indépendamment de l'activité économique est bien évidemment un facteur important d'instabilité et de fragilisation du système bancaire européen.

Ce qui était très prévisible a donc fini par arriver : la crise américaine des subprimes et la faillite de Lehman Brother ont été les facteurs déclenchants, l'étincelle qui a mis le feu aux banques. Or, face à cette crise, la réponse européenne a été remarquable de constance. Quoi qu'il arrive, il ne fallait surtout pas faire payer ceux qui avaient accumulés un tel stock de dettes, les banques et les créanciers.

Protéger les créanciers et faire payer les États

Qui dit dette dit créance. Qui dit hausse de la dette, dit hausse des créances. On ne mesure bien l'effet de cette bulle qu'en comparant la situation actuelle avec celle de 1999. Ainsi, revenir au ratio d'endettement qui prévalait à l'époque reviendrait à faire disparaître une dette équivalent à 120 % du PIB de la zone euro soit... environ 11 000 milliards d'euros. 11 000 milliards d'euros de dettes en moins, ce qui signifie 11 000 milliards d'euros de créances en moins. Or, puisqu'il faut éviter de faire payer les créanciers, il devient nécessaire d'intervenir à chaque départ de feu. Si une banque fait faillite, l'État doit se porter à son secours ; si un État fait faillite, d'autres États doivent assurer le remboursement des créances. Cette logique de sapeur Camembert ne pouvait conduire qu'à l'austérité généralisée. L'austérité doit ici être entendue comme le produit d'une logique qui consiste à rembourser 11 000 milliards d'euros de dettes en ponctionnant l'activité économique, c'est à dire en taxant ceux qui produisent des richesses, les travailleurs, les entreprises ; et en diminuant les prestations sociales, la qualité des services publics.

Le souci c'est que cette stratégie a précipité de nombreux pays dans la dépression et n'a rien résolu du tout ; car au fur et à mesure que les créances sont payées, l'activité économique décroit, souvent de manière plus que proportionnelle. Ainsi, il n'est pas rare que la dette diminue moins vite que ne disparaît l'activité économique. Schématiquement, plus le pays rembourse, plus sa situation économique se dégrade, et plus sa santé financière se précarise. Au lieu de résoudre le problème on l'aggrave.


Le malade mourra malade

Peut-on d'ors et déjà mesurer le résultat de cette politique ? Entre juin 2010 et juin 2012, la dette domestique de la zone euro est passée de 375 % du PIB à... 371 %, soit un rythme de réduction de la dette de l'ordre de deux points de pourcentage par an. Allez, à cette vitesse encore 60 ans d'austérité et l'Union européenne pourra retrouver son niveau d'endettement de 1999 !... A condition toutefois que l'économie européenne existe toujours à cette date. Ce qui n'est pas dit. En Grèce, les mesures d'austérité ont fait disparaître près du quart de l'activité économique en cinq ans. Si l'on continue sur cette voie, on n'ose imaginer ce que sera devenue la population grecque dans 10 ou 15 ans.

Mais l'évidence des faits est, lentement, en train de s'imposer aux cerveaux embrumés par les dogmes et les idées simples. Il est impossible à la zone euro de rembourser 11 000 milliards d'euros. Aucune mesure d'austérité ne sera assez forte pour y parvenir. Certes, à force d'austérité, l'économie européenne finira très certainement par disparaître : mais elle disparaîtra endettée. C'est en quelque sorte ce qu'à admis Olivier Blanchard, l'économiste en chef du FMI, lorsqu'il a dû reconnaître, en janvier dernier, que le « coefficient multiplicateur » des dépenses publiques était supérieur à 1 ; c'est à dire que toute réduction des dépenses, toute hausse des recettes publiques, entraîne immanquablement une réduction de l'activité économique supérieure aux économies réalisées. Autrement dit, toute ponction sur l'activité économique génère une perte d'activité plus grande que le montant de dette qu'elle rembourse. Si l'on part du principe qu'il faut réduire la dette de 120 % du PIB, on en déduit assez logiquement que la zone euro sera encore très endettée lorsque son PIB tombera à zéro.

Un insoluble problème de plomberie

Tout cela peut se comprendre simplement. L'erreur est de confondre les stocks et les flux. La dette est un stock, le PIB est un flux. La stratégie de la rigueur consiste à prélever sur le flux pour abonder le stock. Sauf que ce flux est un flux circulaire. Toute dépense d'un agent économique est une recette pour un autre agent économique. En prélevant sur les dépenses, on diminue le volume du flux et donc la capacité à prélever plus tard sur les recettes qu'auraient entraînées ces dépenses. Imaginons de l'eau qui circule dans un bassin en circuit fermée. S'il y a cent litres d'eau qui circule, vous ne pourrez certainement pas remplir un seau de 120 litres en prélevant l'eau du bassin.

Voilà pourquoi le plan de sauvetage de Chypre change tout. Pour la première fois, les autorités européennes ont admis qu'on pouvait gérer un problème de stocks par... un prélèvement sur les stocks, et que la meilleure façon de le faire c'était de diminuer d'autorité les dettes et les créances. En effet, quelle que soit la manière dont on le prend, le plan européen de taxation des comptes bancaires revient à un plan de restructuration des dettes.

Chypre : laboratoire d'une solution nouvelle ?

En quoi a consisté ce plan ? Les banque chypriotes sont en situation de faillite. Elles ont besoin de 17 milliards d'euros. Une partie de ces 17 milliards devait être financée par l’État chypriote via un prêt de 10 milliards accordé par les autres États européens, ce surcroît de dette publique devant être remboursé par d'absurdes mesures d'austérité. C'est le jeu classique de la socialisation des pertes auquel la Troïka nous a habitué. Mais c'est dans l'autre partie que réside l'originalité du plan : taxer les dépôts et l'épargne des clients des banques chypriotes. En effet, les déposants sont aussi les principaux créanciers des banques. C'est bien une partie de cet argent qui a été mal placé et qui a été perdu. Si on laissait les banques chypriotes faire faillite, la plus grande partie des 17 milliards d'euros de pertes serait de toute façon payée par leurs clients. Au final, le plan a donc consisté à ne faire contribuer les déposants qu'à hauteur de 7 milliards. 7 milliards de créances et de dettes qui ont disparues en quelques heures, soit l'équivalent du tiers du PIB de l'île.

Certes, de l'argent qui disparaît, cela signifie bien un appauvrissement de la population. Mais ce n'est pas le même argent que celui qu'on taxe lorsqu'on mène une politique d'austérité. Ici, il s'agit d'argent stocké dans les comptes d'épargne et qui n'avait pas forcément vocation à être dépensé dans l'immédiat. C'est en quelque sorte un argent stérile qui n'alimente pas le flux économique, surtout si l'on considère que l'on parle d'une taxe qui ne devrait concerner que les sommes supérieures à 100 000 euros.

L'alternative à l'austérité : faire payer les créanciers

Au final, le plan chypriote est le signe d'un vrai changement de paradigme. On commence à comprendre que ce ne sera pas par le remboursement des dettes que se réglera la crise européenne, mais par l'organisation d'une restructuration globale des dettes. Cette restructuration impliquera mécaniquement des pertes pour les créanciers, c'est à dire pour toute personne qui aura accumulé des stocks de créances et d'argent dans le système financier européen.

On peut donc s'attendre à ce que cette solution soit imitée, sans doute dans des modalités différentes. Si cela fait peur aux épargnant européens et les incite à dépenser leur argent, ce sera au bénéfice des flux économiques et de l'emploi. Si cela incite les États européens à contrôler plus sérieusement les mouvements financiers pour éviter la panique et l'exode de leur épargne nationale (comme on le voit actuellement à Chypre), ce sera aussi une très bonne chose. Si cela permet de résoudre la crise selon des modalités discutées, où l'on décide qui paie et combien, quels épargnants sont mis à contribution et selon quelle règles, alors ce ne pourra que renforcer le contrôle démocratique des forces économiques et ce sera aussi une très bonne chose. Enfin, si cela permet d'éviter l'absurde austérité actuelle, ce sera toujours ça de gagné pour tous ceux qui souffrent et qui sont victimes depuis cinq ans d'une crise dont ils ne sont pas responsables.


*David Cayla, Docteur en économie et Maître de conférence à l'Université d'Angers

 

 

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 18:21

 

 

Le Monde.fr | 26.03.2013 à 15h56 • Mis à jour le 26.03.2013 à 15h58 Par Mathilde Damgé


 

 
Les banques ne sont pas les seules à avoir profité de la clémence insulaire en termes de fiscalité et de gouvernance. Le commerce des matières premières pourrait se déplacer encore davantage vers Singapour.

Les bords du lac Léman accueillent les sièges des plus gros négociants de matières premières. La "petite Suisse de la Méditerranée" accueille, elle, leurs boîtes aux lettres. Certaines entreprises y recherchent une fiscalité avantageuse (5 % à la "belle" époque, 12,5 % aujourd'hui). Mais "le détour chypriote permet fondamentalement de masquer les bénéficiaires économiques des sociétés", explique Olivier Longchamp, responsable fiscalité et finances internationales de l'association Déclaration de Berne.

En clair : offrir aux ramifications des maisons de négoce une ombre propice à l'épanouissement de leurs activités lucratives et internationalisées. L'idéal pour des sociétés "monstre", divisées en succursales, holdings et participations diverses, réparties sur l'ensemble du globe de par leur activité d'intermédiaire entre producteurs de pétrole, cuivre ou maïs et les consommateurs (industriels) à l'autre bout de la chaîne.

Selon le militant suisse, de nombreuses maisons, parmi les plus importantes, auraient une adresse à Chypre. Une adresse essentiellement administrative et sans rapport avec une quelconque activité sur place, même si des velléités de faire de l'île un "hub" de stockage, d'échange et de transport sont apparues ces dernières années.

"Je ne pense pas que les sociétés de négoce aient une quelconque activité significative sur place", affirme ainsi Olivier Longchamp. Le trader suisse indépendant Olivier Jakob confirme : "Si la fiscalité devait changer à Chypre, cela n'aurait pas de conséquence sur le prix du pétrole dans la mesure où, à part les boîtes aux lettres, il n'y a pas grand chose là-bas."


RACINES RUSSES

Point commun de ces sociétés, des racines russes. "Les sociétés de négoce domiciliées en Suisse, mais dans lesquelles les intérêts russes sont présents, sont coutumières d'une société mère à Chypre. Nous savons que Gunvor, Mercuria et Norilsk disposent d'une holding mère à Chypre. Renova, la structure de Vekselberg, qui contrôle une part importante de Rusal, passe aussi par Chypre", détaille Olivier Longchamp.

Par exemple, la maison mère de Mercuria, l'un des dix premiers négociants de pétrole au monde, ainsi que deux de ses holdings sont domiciliées fiscalement à Larnaca, la capitale économique de Chypre, alors que les bureaux principaux du groupe sont à Genève.

Gunvor, quatrième plus gros trader d'or noir, a lui établi son quartier général à Nicosie depuis 2010 (il était auparavant dans les îles Vierges britanniques). Pourtant tous les contacts disponibles sur le site Internet du groupe renvoient en Suisse ou en Russie.

 

 D'UNE ÎLE À L'AUTRE

Le Neue Zürcher Zeitung explique que le contrôle des capitaux pourrait nuire aux intérêts des négociants, même si le dirigeant de Gunvor, Gennadi Timchenko, affirmait dimanche 24 mars que son entreprise ne sera pas concernée, dans la mesure où elle ne dispose pas d'actifs significatifs sur ses comptes chypriotes.

Reste que les risques pris par ces négociants ne se limitent pas à une entaille à leur réputation. Ils touchent à la structure même du groupe quand celui-ci choisit de s'installer dans une contrée aux autorités peu regardantes et à l'ossature financière fragile. Par contraste, une autre île, Singapour, dégage de plus en plus une image "business friendly" et solide. Y sont déjà établies Olam, Noble Group et Trafigura.

Une réputation d'autant plus entachée pour Chypre, au chapitre matières premières, que le scandale de la viande de cheval (contenue dans les plats cuisinés à la place du bœuf) passait par une entreprise de négoce enregistrée à Limassol, dans un circuit complexe destiné à muscler les marges des intervenants de l'industrie.

 

Lire : Les négociants prennent la main sur le marché des matières premières

Lire aussi :  Genève, l'eldorado des négociants (lien abonnés)


Mathilde Damgé

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 20:09

 

 

C’était à nouveau un sommet de la dernière chance, négocié sous la menace d’un ultimatum de la Banque centrale européenne, ponctué d’apartés, de moments de tension. Comme à l’habitude, il finit par un accord à l’arraché au milieu de la nuit. Cette fois pourtant, le plan de sauvetage imposé à Chypre donne l’impression qu’en dépit de toutes les assurances données par les Européens, la situation pourrait vite échapper à tout contrôle. Il y a un jour après.

L’explosion désordonnée à la fois du système bancaire et de l’économie chypriote, programmée par l’Europe et le FMI, contient des conséquences incalculables. Car, même s’ils s’en défendent, c’est bien à cela que va conduire le plan de sauvetage adopté dans la nuit de dimanche à lundi par les 17 pays membres de la zone euro.

Irrités par la résistance et les atermoiements du nouveau gouvernement chypriote, qui pendant toute une semaine a cherché en vain à trouver des alternatives, les Européens ont d’autant plus augmenté leurs exigences qu’ils sont persuadés que Chypre ne présente « aucun risque systémique », comme l’a assuré Jorg Asmussen, membre allemand du directoire de la BCE. Que pèse en fait une île qui fait moins de 0,2 % du PIB européen et qui demande 10 milliards d’euros d’aide ? Les réactions des marchés financiers la semaine dernière les ont confortés dans cette opinion. À aucun moment, ils n’ont semblé s’inquiéter de la situation à Chypre, déplorant juste que l’Europe fasse une entorse à ses principes sur la garantie des dépôts bancaires.

Les manifestations se succèdent dans l’île. Les uns dénoncent le hold-up, les autres parlent d’une troisième guerre mondiale financière. « Nous sommes les cobayes de la zone euro. Le FMI est en train de faire sur nous un test grandeur nature », déplorait un Chypriote. De fait, fatigués des énièmes plans de sauvetage qui ne fonctionnent pas, l’Allemagne et le FMI, qui désormais ont clairement pris la direction des opérations dans la zone euro, ont imposé un cadre nouveau. Il y aura certes 10 milliards d’euros de crédits, accompagnés, comme il se doit dans tout plan de la Troïka, de mesures d’austérité, de consolidation budgétaire et de privatisations. Mais celui-ci sera doublé par un apport d’au moins 7 milliards par le gouvernement chypriote.

 

 
© Reuters

 

Aucune des propositions avancées par le président Nicos Anastasiades, que ce soit la nationalisation des fonds de pension, l’apport en garantie des biens de l’église orthodoxe chypriote, la plus grande fortune de l’île, ou autre, n’a trouvé grâce aux yeux des Européens. Pour eux, tout devait passer par la restructuration à chaud du système bancaire chypriote.

C’est le plan que l’Allemagne et le FMI préconisaient d'adopter la semaine dernière qui, finalement, a été arrêté. À deux nuances près, comme l’avaient exigé les milieux financiers : les dépôts bancaires inférieurs à 100 000 euros seront exonérés de tout prélèvement, afin de respecter la garantie donnée par l’Europe ; les banques étrangères installées à Chypre seront tenues à l’écart de tout prélèvement, pour la grande satisfaction de BNP Paribas, de la Société générale, de la Deutsche Bank ou de la Commerzbank, qui, elles aussi, avaient su trouver quelques avantages à venir s’installer dans le paradis fiscal chypriote.

 

« Dommage, le patient est mort »

En traçant cette ligne de cantonnement, les Européens pensent avoir ainsi prévenu tous les risques de déstabilisation du système bancaire de la zone euro et renvoyé toute la charge à Chypre, désormais qualifiée de « grande blanchisseuse », comme n’ont cessé de le dénoncer des responsables européens, semblant découvrir brusquement le statut de l’île. « Chypre doit comprendre que son business modèle ne fonctionne plus », a commenté le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, jugeant par ailleurs que le parlement chypriote n’avait pas à se prononcer sur le plan européen. Ainsi va la démocratie en Europe.

Afin de ramener le secteur bancaire disproportionné de Chypre – il représente 8 fois le PIB du pays – dans des limites plus acceptables, la Troïka a imposé, en contrepartie de son aide de 10 milliards d’euros, la dissolution de Laiki, la deuxième banque du pays, au bord de la faillite. Les actionnaires, les créanciers et tous les déposants possédant un compte au-dessus de 100 000 euros de la banque seront balayés et paieront pour la faillite de l’établissement bancaire.

 

 
© Reuters

 

Les comptes inférieurs à 100 000 euros, qui bénéficient de la garantie de l’État, seront regroupés dans une structure – une good bank – qui sera apportée à la Banque de Chypre, la première banque du pays. Celle-ci reprendra en outre les 9 milliards d’euros d’engagements pris par Laiki auprès de la Banque centrale européenne dans le cadre des fonds d’urgence de liquidité (Emergency liquidity assistance, ELA), les Européens refusant que la BCE puisse essuyer la moindre perte.

L’État chypriote étant dans l’incapacité financière de recapitaliser la Banque de Chypre, ce sont les déposants de cette dernière qui possèdent un compte au-dessus de 100 000 euros qui seront mis à contribution. La Troïka exige que la banque dispose au moins de 9 % de fonds propres. Elle dit ignorer à ce stade quel est le montant nécessaire pour arriver à ce nouveau chiffre magique. Dans les couloirs de Bruxelles, des responsables évoquaient une décote de 40 % au moins sur les dépôts concernés.

Autant dire que le système financier de Chypre est à terre. La fuite des capitaux installés à Chypre s’annonce massive. L’Union européenne en est si consciente qu’elle a accepté de faire une nouvelle entorse à ses principes : elle a avalisé la restriction des retraits en espèces et des opérations financières de tout ordre, le contrôle des capitaux institué par le gouvernement, alors que celui-ci fait face depuis une semaine à une vraie panique bancaire.

Dans leur communiqué, les membres de la zone euro insistent sur le fait que « ces mesures administratives seront temporaires, proportionnées et suivies attentivement dans le temps, afin d’être en conformité avec le traité ». Mais d’ici là, le système bancaire et économique de l’île risque de ne pas y résister. La panique bancaire, en dépit des restrictions, a toutes les chances de gagner, tandis que les entreprises, dans l’incapacité de se financer, vont se retrouver asphyxiées.

« Aucune entreprise humaine n’a réalisé une telle destruction économique en si peu de temps sans l’usage des armes », pointe  Pawel Morski, gérant de fonds, dans un billet de blog intitulé « Chypre : l’opération est un succès. Dommage, le patient est mort ». Il poursuit : « La combinaison de la dévastation du secteur financier et du rapt de l’épargne de milliers de particuliers signifie que Chypre ne retrouvera pas un niveau normal avant une décennie, un bûcher funéraire qui ne supporte la comparaison seulement qu’avec la Grèce. Quatre chocs vont survenir en même temps : le choc désormais trop connu de l’austérité, le traumatisme du contrôle des retraits bancaires, le choc de l’épargne et celui de voir balayer le secteur financier. »

 

Un euro chypriote ne vaut plus un euro tout court

 

 
© Reuters

 

Dès ce lundi, le spectre d’une panique bancaire risque de revenir hanter les rues de l’île. Depuis une semaine, alors que les banques sont fermées, les queues s’allongent devant les distributeurs automatiques, les Chypriotes tentant de retirer le maximum d’argent pendant qu’il est encore temps. Les retraits depuis dimanche ont été limités à 100 euros. À l’avenir, selon l’accord européen, c’est la BCE qui fixera le montant des retraits « afin que les Chypriotes puissent faire face à leurs dépenses de la vie courante ». 

En un mot, Chypre se retrouve confrontée à une situation semblable à celle de l’Argentine, au moment de la dévaluation de 2001. Les conséquences sont connues : des faillites en série d’entreprises, privées de tout accès au système financier, un chômage de masse, une paupérisation accélérée des classes moyennes. Doublé d’un programme d’austérité, dont les effets sont déjà que trop connus, l’effondrement de Chypre semble programmé.

D’autant que l’île n’a aucune ressource économique établie à côté de son secteur financier. Et l’Europe n’a prévu de ne lui apporter aucune aide pour se rétablir. Alors que le gouvernement chypriote a déjà eu du mal à faire face à la seule explosion d’une centrale électrique en 2011, on voit mal où il trouverait les réserves nécessaires pour soutenir son économie. Avec les crédits apportés par la Troïka, son endettement va déjà dépasser les 150 % du PIB. Aucun créancier international ne va vouloir lui faire confiance. Quant aux capitaux étrangers, ils vont s’empresser de partir dès que possible. Les Russes ont déjà retiré leur argent dès qu’ils ont entendu parler des plans européens. La décision européenne de confisquer tous les dépôts au-delà de 100 000 euros dans les banques chypriotes ne va pas les inciter à revenir.

Dans ces conditions, les projections, toujours très optimistes du FMI, de voir l’endettement de Chypre revenir dans la limite des 100 % en 2020, semblent déjà sans fondement. L’écroulement de l’économie de l’île ne va que rajouter de la dette à la dette. Le gouvernement chypriote pourrait être très rapidement acculé à la faillite, faire défaut et sortir de l’euro.

« Il est temps de penser à sortir de l’euro », a déjà anticipé le patriarche Chrysotomos, dirigeant de l’église orthodoxe chypriote, en dénonçant le chantage européen. La tentation de quitter la monnaie unique risque d’enfler dans les semaines à venir, au fur et à mesure que l’île s’asphyxiera. Tout en affirmant le contraire, les Européens ont déjà presque entériné cette sortie : en prenant des mesures de contrôle de capital, ils avouent que la monnaie unique n’existe plus tout à fait : un euro chypriote ne vaut plus un euro tout court, puisqu’il ne peut plus sortir.

« L’irréversibilité de l’euro » affirmée avec force par le président de la BCE , Mario Draghi – curieusement très silencieux dans toute cette crise – est mise à mal. Si Chypre en tire toutes les conclusions et décide de partir, son exemple pourrait être vite imité, tant le rejet européen s’approfondit dans les populations. L’amateurisme et le dogmatisme avec lesquels les membres de la zone euro ont géré cette crise chypriote risquent de coûter très cher, tant auprès des investisseurs internationaux que des déposants nationaux. Les responsables européens font le pari que Chypre n’est pas un risque systémique. Ils pourraient à nouveau être démentis par les faits.

 


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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:08

 

romandie.com

23 mars 2013 19h19

 


NICOSIE - Des centaines d'employés de banques ont manifesté samedi à Nicosie et menacé de se mettre en grève si les autorités, engagées dans une course contre la montre pour sauver les banques et le pays de la faillite, ne garantissaient pas leur avenir.

Parti du siège de l'Union chypriote des employés de banques (Etyk), le cortège s'est rendu devant le palais présidentiel puis devant le Parlement, avant de commencer à se disperser dans le calme, même si la colère était palpable, selon un journaliste de l'AFP.

Si vous ne garantissez pas nos fonds de pension, nous nous mettrons en grève à partir de mardi, date prévue de la réouverture des banques fermées depuis le 16 mars, a lancé Loizos Hadgicostis, président d'Etyk.

Nous reviendrons manifester demain (dimanche) devant le Parlement et cette fois-ci ce ne seront pas seulement les employés de banques, mais tous les Chypriotes, a-t-il ajouté, pendant que la foule scandait Honte au Parlement et Nous allons faire grève.

Vendredi soir, les députés ont adopté une première série de mesures liées au plan de sauvetage, dont une restructuration du système bancaire qui devrait toucher la Bank of Cyprus et la Popular Bank (Laiki, en grec), les deux plus importantes du pays.

Ce que la troïka (UE-BCE-FMI) fait est horrible. C'est un complot, pas seulement pour prendre notre argent mais aussi nos emplois. Nous sommes contre ce plan de restructuration des banques, a déclaré Andreas, un manifestant, tout en se disant d'accord pour le prélèvement sur les gros dépôts.

Les manifestants, qui craignent pour leur emploi en cas de faillite ou de restructuration des banques, portaient des pancartes proclamant Pas touche aux fonds de pension, Non à la banqueroute de Chypre.

Chypre doit trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros -plus du tiers de son PIB-, pour débloquer l'aide internationale de 10 milliards d'euros de la troïka et obtenir que la BCE continue de fournir des liquidités d'urgence à ses banques.

A Bruxelles, plusieurs sources proches des négociations ont indiqué que le plan comprenait la restructuration de la Bank of Cyprus et de la Popular Bank (Laiki en grec), qui doivent disparaître. Une nouvelle banque serait créée avec les actifs sains des deux banques.

La mesure doit être complétée par une décote sur les actifs sains tirés des deux banques. La fourchette en négociation varie entre 15 à 20%.

La Laiki Bank emploie plus de 8.000 personnes à Chypre et dans ses filiales à l'étranger.

Nous avons travaillé toute notre vie, nos enfants doivent finir leurs études et nous avons des dettes (à rembourser). Ce que Hitler n'a pu faire avec les armes, on nous le fait aujourd'hui avec une guerre économique. C'est inacceptable, a dit Anthoula Tiba, une employée de banque, exprimant le ressentiment des Chypriotes envers l'Allemagne accusée d'être à l'origine des conditions imposées en contrepartie du plan de sauvetage.


(©AFP / 23 mars 2013 19h19)

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 19:46

 

 

francetvinfo.fr

 

 

FTVi

#CHYPRE Une manifestation a eu lieu cet après-midi devant le parlement chypriote, où la situation est toujours bloquée. Le pays cherche à éviter la ruine et la faillite de ses banques, grâce à un nouveau plan protégeant les petits épargnants. Mais celui-ci reste encore suspendu à l'aval des Européens.

 

 

 

il y a une heure

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 15:47

 

 

 

 

Le compte à rebours est engagé à Chypre. Il reste à peine vingt-quatre heures au gouvernement chypriote pour trouver une solution à la crise financière et politique avant la réouverture des banques, prévue officiellement jeudi. Personne ne croit que ce laps de temps sera suffisant pour trouver une issue même provisoire à la crise. « Les banques risquent d’être fermées encore longtemps. Seront-elles ouvertes à Pâques ? » s’interroge un observateur financier. Pour éviter toute panique et une explosion désordonnée, la BCE s’est engagée à fournir toutes les liquidités nécessaires à Chypre.


 
© dr

 

La situation est des plus confuses. Pas une voix n'a été trouvée au Parlement pour soutenir le nouveau plan de sauvetage européen. Le projet a été rejeté par 36 voix et 19 abstentions. Les résultats du scrutin ont été accueillis par des applaudissements des manifestants massés depuis le début de l’après-midi devant le Parlement pour exprimer leur colère. Le nouveau plan européen, amendé mardi, qui prévoyait de renoncer à taxer les dépôts bancaires jusqu’à 20 000 euros, et le maintien d’une taxe de 6,7 % pour les dépôts allant jusqu’à 100 000 euros et 9,9 % au-delà, n’a pas convaincu.

Surtout, les Chypriotes, mis devant le fait accompli par les Européens – aucune concertation n’avait eu lieu avec le nouveau gouvernement et les autorités bancaires du pays avant la réunion de vendredi soir à Bruxelles –, ont l’impression d’être traités comme des citoyens de seconde zone, privés de toute souveraineté. L’ancien gouverneur de la banque centrale chypriote, Anthanasios Orphanides, résumait sur Bloomberg, le sentiment général sur l’île : un chantage européen sur Chypre. « Nous sommes témoins de temps historiques. Ce à quoi nous assistons, c’est la mort lente du projet européen. Nous sommes dans une situation où une poignée de gouvernements européens prennent des décisions qui disent aux citoyens des autres pays membres qu’ils ne sont pas égaux devant la loi. » Un sentiment bien trop connu en Grèce, en Espagne, ou au Portugal.

Les responsables européens ne s’attendaient pas à se voir défiés de la sorte. En imposant une réunion impromptue sur Chypre vendredi, à la suite du conseil européen, ils pensaient avec la Troïka (BCE, FMI, Europe) résoudre rapidement la situation de l’île, avec un plan préparé de longue date, que le nouveau gouvernement chypriote n’aurait plus qu’à mettre en place. « C’est à prendre ou à laisser », ont, plusieurs fois, répété les dirigeants européens lors de cette réunion tandis que la BCE agitait la menace de couper tous les crédits d’urgence aux banques chypriotes.

 

Poutine, maître du jeu


 
© dr

 

Finalement, le gouvernement a choisi de laisser le Parlement tordre le cou au plan de la Troïka. « Il est évident qu’il y a des intérêts d’affaires au Parlement qui nous ont dit que nous devons protéger les dépôts des non-résidents », déclarait, exaspéré, un responsable européen, participant aux discussions sur Chypre, en pointant les Russes. Le plan européen visait clairement à faire payer les oligarques russes et tous les capitaux licites et illicites qui ont trouvé refuge dans les banques chypriotes.

Accepter le plan européen pour Chypre en l’état revenait à tirer un trait sur son statut de paradis fiscal, la seule réelle activité économique de l’île. Les capitaux taxés se seraient empressés de fuir l’île dès la réouverture des banques. Mais face à cette explosion programmée et sans doute désordonnée d’un secteur bancaire hypertrophié, l’Europe n’a proposé aucune contrepartie.

Les 10 milliards d’euros de crédit accordés par la Troïka sont essentiellement destinés à recapitaliser les banques. Si l’Europe veut conserver Chypre dans la zone euro en supprimant – comme cela est souhaitable – son statut de paradis fiscal, elle doit accepter l’idée de transferts massifs pour aider l’île à se trouver un avenir. Les responsables européens n’ont jusqu’alors fait aucune proposition en ce sens.

Le gouvernement chypriote se retrouve désormais devant un choix historique : rester ou non dans la zone euro. La question va au-delà du seul statut de Chypre. C’est toute l’Europe qui avance dans l’inconnu.

À l’issue du vote, le président du Parlement chypriote plaidait pour que l’Europe ne boute pas Chypre hors de l’Union. Le gouvernement chypriote espère qu’il a encore quelques marges de manœuvre pour négocier avec la Troïka. Pour l’instant, les dirigeants européens semblent refuser toute concession. Après le vote, des responsables européens faisaient savoir que le plan ne serait pas sensiblement modifié : les Chypriotes devaient trouver d’une façon ou d’une autre les 5,8 milliards d’euros pour compléter les 10 milliards prêtés par la Troïka.  « La balle est dans le camp chypriote », a déclaré le président néerlandais de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, après le vote, ajoutant qu’il n’y aurait pas d’argent supplémentaire au-delà des sommes déjà arrêtées. « Chypre a sa liberté mais le pays n’aura pas plus de 10 milliards d’euros. »

Sans tarder, le gouvernement chypriote a commencé à jouer son autre carte : la Russie. Le gouvernement de Vladimir Poutine a déjà consenti un prêt de 2,5 milliards d’euros à l’île en 2011. Le président russe a fait savoir son opposition au plan de sauvetage européen, visant essentiellement l’argent russe placé à Chypre. En sous-main, il a soutenu fermement l’opposition parlementaire chypriote.

Dès mardi, Gazprombank, le bras financier du géant gazier russe, a proposé de racheter la seconde banque chypriote pour la sauver. En contrepartie, Gazprom demande les droits d’exploitation sur un immense gisement gazier, découvert récemment, réclamé à la fois par Chypre, la Grèce, la Turquie et même Israël. Le ministre chypriote des finances doit se rendre ce mercredi à Moscou pour discuter des aides que pourrait lui apporter le gouvernement russe.

La question chypriote n’est plus seulement financière. Elle devient géopolitique. Vladimir Poutine, qui a perçu le plan européen comme une attaque personnelle, est bien décidé à utiliser son avantage, jusqu’au bout. L’improvisation et la rigidité européennes lui ont donné une position de force, lui accordant un poids nouveau sur l’avenir de la zone euro.

 

 

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