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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 17:01

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

En Espagne, un «réseau de villes-refuges» se met en place

|  Par Ludovic Lamant

 

 

À l'initiative de Barcelone, des villes « indignées » se mobilisent pour accueillir davantage de réfugiés, et lancent des campagnes de solidarité. Leur objectif: faire pression sur le gouvernement de droite de Mariano Rajoy, qui se crispe sur le sujet à l'approche des élections générales.

 

Alors que le gouvernement de Mariano Rajoy rechigne à répondre aux demandes de Bruxelles en matière d'accueil des migrants, Barcelone, Madrid et d'autres villes d'Espagne dirigées depuis mai par des plateformes « indignées » veulent créer un « réseau de villes-refuges ». La mairie catalane est la première à avoir pris une initiative, en annonçant la création d'un registre des familles volontaires, pour aider les migrants de passage (en leur proposant un logement, ou en leur apportant, plus modestement, une aide matérielle).

« Ce n'est pas de la charité. L'asile est un droit de l'homme, inscrit dans les traités internationaux, mais aussi dans la charte de Barcelone », a expliqué mardi Gerardo Pisarello, premier adjoint à Barcelone, un Argentin qui s'est lui-même installé en Catalogne en 2001. Vendredi, sur sa page Facebook, Ada Colau, la maire de Barcelone issue de la société civile, avait lancé un « appel à l'empathie » qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux : « Soit nous abordons un drame humain avec cette capacité d'aimer qui est propre à l'humanité. Soit nous terminerons tous déshumanisés. Et les morts seront encore plus nombreux. Ce n'est pas une bataille pour nous protéger "des autres" à laquelle nous assistons. La guerre en cours est une guerre contre la vie. »

Le projet d'un registre des familles reste encore très embryonnaire. « Nous avons reçu beaucoup de lettres de familles, qui se proposent d'accueillir des réfugiés chez eux », raconte Ada Colau. Pisarello ne s'est pas aventuré à donner des chiffres précis. Le conseiller municipal insiste sur la nécessité, pour les municipalités, de travailler en réseau, en réponse au défi migratoire. « La Generalitat [l'exécutif catalan, ndlr] ne possède que 28 places d'accueil pour les demandeurs d'asile, pour un séjour qui peut durer jusqu'à six mois », le temps d'obtenir une réponse à leur requête, précise El País. D'après les associations d'aide aux étrangers, quelque 783 demandeurs d'asile présents ces jours-ci sur le sol catalan attendent une réponse. Le chiffre de 400 réfugiés, que pourrait accueillir Barcelone dans les semaines à venir, circule dans les milieux associatifs, mais n'a pas été confirmé par la mairie.

 

 

La maire de Madrid, Manuela Carmena, a saisi la balle au bond : « Je vais en parler à Colau, je suis intéressée, nous sommes deux grandes villes, différentes, mais d'accueil », a-t-elle expliqué mercredi sur les ondes de Onda Cero. « Nous sommes prêts à faire le nécessaire pour accueillir ceux qui en ont besoin, mais nous souhaitons que ce soit le gouvernement [de Mariano Rajoy, ndlr] qui nous dise combien de personnes vont arriver à Madrid », a poursuivi Carmena. Plusieurs maires issus du mouvement indigné, dont ceux de Madrid, Barcelone, Cadix, La Corogne ou Saragosse, se sont donné rendez-vous, vendredi à Barcelone, pour débattre de leurs expériences respectives depuis leur accession au pouvoir au printemps. Cet échange, le premier du genre, qui se déroulera en public et en plein air, sera sans doute l'occasion de préciser les contours de cet hypothétique « réseau de villes-refuges ».

Le maire de Valence, la troisième ville d'Espagne, s'est lui aussi déclaré intéressé, même s'il a précisé vouloir savoir, d'abord, « ce que vont faire la Generalitat de Valence [l'exécutif régional, ndlr] et le gouvernement [de Madrid, ndlr] ». Joan Ribó n'est pas, à proprement parler, un maire issu du mouvement « indigné » du 15-M (en référence au 15 mai 2011, lorsque des Espagnols s'étaient emparés des places d'Espagne), mais cette figure du mouvement Compromis incarne elle aussi un renouveau de la classe politique espagnole. Les villes de Pampelune (capitale de la Navarre), de La Corogne (Galice) ou encore de Las Palmas (Canaries) ont aussi exprimé leur intérêt à rejoindre ce réseau. Pampelune « sera à la hauteur, parce qu'il n'en est pas possible autrement », a déclaré son maire, Joseba Asiron (de la coalition Bildu, gauche indépendantiste).

Mardi, Pisarello, l'adjoint au maire de Barcelone, est également monté au créneau sur un autre dossier sensible, celui des fonds débloqués par l'agence de l'UE Frontex, versés aux États membres pour faire face à l'urgence humanitaire. « Ce sont les villes qui sont les mieux placées pour répondre à ce défi », a-t-il jugé. L'Espagne doit toucher 527 millions d'euros de Frontex, sur les six prochaines années, selon El País.

Cette offensive politique des maires « indignés » – encore très fragile – intervient alors que l'Espagne est l'un des pays de l'UE qui délivre le moins de statuts de réfugiés. Au printemps, la commission de Bruxelles avait fixé des quotas de réfugiés à chacun des 28 États membres, dont 5 849 personnes pour l'Espagne. Mais Mariano Rajoy, souverain en la matière, avait ramené ce chiffre à moins de la moitié. Jusqu'à présent, Madrid a donné son feu vert à l'accueil de 1 300 réfugiés déjà présents sur le sol européen, et à 1 439 autres, encore présents dans leur pays d'origine. Lors d'un déplacement en Allemagne mardi, Rajoy a toutefois lâché du lest, sous la pression de la chancelière Angela Merkel, et n'a pas exclu de faire évoluer sa position : le quota « peut être modifié », par exemple à l'occasion de la prochaine réunion des ministres européens de l'intérieur, le 14 septembre à Bruxelles.

« Nous allons faire pression, depuis les villes, grâce à ce réseau de familles solidaires, pour que le gouvernement de Rajoy modifie sa politique, et consacre bien à l'accueil des réfugiés les fonds européens qu'il reçoit à cet effet », a prévenu Ada Colau. En écho, le site d'information indépendant Contexto a mis en ligne un appel assez musclé (ci-dessous), qui exhorte l'exécutif de Madrid à « cesser de faire honte à ses citoyens » face à « ce naufrage moral et politique ». Les auteurs plaident pour que le gouvernement accepte « sans attendre les quotas établis au sein de l'UE, et aille plus loin, en augmentant encore un peu plus le nombre de réfugiés qu'il est prêt à accueillir, proportionnellement à l'ampleur de la catastrophe humanitaire qui se déroule en Méditerranée ».

 

 

La sortie de la maire de Barcelone n'a pas manqué de déclencher des réactions de ses adversaires politiques, à quelques semaines d'élections régionales en Catalogne particulièrement tendues (le 27 septembre). « Barcelone ne peut pas résoudre seule tous les problèmes du monde. Elle doit le faire de manière coordonnée et conformément à ses compétences », a fait valoir le chef du PP à Barcelone (le parti de droite au pouvoir à Madrid, minoritaire en Catalogne). Ciudadanos, le nouveau parti de centre droit emmené par le catalan Albert Rivera, a lui aussi dénoncé la démarche individualiste de la maire de Barcelone. Quant aux socialistes catalans (qui ont permis l'élection de Colau à la tête de la mairie, eux aussi minoritaires en Catalogne), ils soutiennent l'exécutif local, tout en espérant que l'on n'en reste pas au stade de l'annonce.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 14:39

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Zoé Konstantopoulou à l’ONU : « La dette souveraine est actuellement utilisée contre la population grecque et le Parlement hellénique pour affaiblir la démocratie »

3 septembre par Zoe Konstantopoulou

 

 

 

 

Mesdames et messieurs,
leaders des parlements du monde,

 

en cette occasion du 70e anniversaire de l’ONU, marquant également les 70 ans depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en cette 4e conférence mondiale des Présidents de Parlements |1| plaçant la démocratie au service de la paix, du développement durable et de la construction d’un monde tel que les peuples le veulent, je me tiens devant vous et parmi vous, en tant que Présidente du Parlement hellénique récemment dissous pour vous adresser un appel à la solidarité envers le peuple grec et envers la Grèce, terre où la démocratie naquit, et où elle est aujourd’hui brutalement attaquée et violée. La Grèce et son peuple sont les victimes, depuis cinq ans, de politiques supposées offrir une solution durable au surendettement du pays et une voie pour sortir de la crise économique, ces politiques contenues dans des accords appelés « Memoranda - Protocoles d’accord », conclus par le gouvernement grec et un trio d’institutions internationales, à savoir le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne, connu sous le nom de Troïka, et agissant au titre de créanciers de la Grèce, ont eu pour résultat de graves violations des droits humains, et particulièrement des droits sociaux, des libertés fondamentales et de l’État de droit lui-même.

 

Ce qui a été présenté comme un accord de renflouement a eu pour effet la misère, le chômage à des taux jamais vus jusque-là, 72% parmi les jeunes femmes et 60% parmi les jeunes hommes, des centaines de milliers de jeunes gens poussés à l’émigration, une explosion des suicides, la marginalisation des jeunes, des vieux, des faibles, des immigrés, des réfugiés, avec la moitié des enfants du pays vivant sous le seuil de pauvreté, une situation relevant d’une crise humanitaire, documenté dans les rapports et les déclarations des experts indépendants de l’ONU sur la dette et les droits de l’homme aussi bien que dans toute une série de décisions de justice et de rapports.

 

 

Le 25 janvier 2015, il y a de cela 7 mois, le peuple grec, à travers un scrutin national, a donné au gouvernement et au parlement un mandat clair et sans équivoque : celui de se débarrasser de ces politiques assassines. Des négociations ont débuté, une commission spéciale du Parlement a été formée, baptisée Commission pour la Vérité sur la Dette Publique, avec pour mission de conduire un audit et une évaluation juridique de la Dette grecque. Cette commission a produit un rapport préliminaire en juin dernier. Le rapport a établi que la dette souveraine de l’État est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. Il a établi que la dette souveraine avait été contractée via des procédures qui constituent une violation flagrante du droit constitutionnel, justifiant par là même la dénonciation de la dette. Il a établi que les créanciers avaient agi de mauvaise foi en faisant délibérément peser sur la Grèce le fardeau de prêts insoutenables afin de sauver les banques privées françaises, allemandes et grecques. En dépit de ces conclusions, les créanciers de la Grèce ont exigé qu’on néglige le mandat du peuple.

 

Le 25 juin, un ultimatum de 48 heures fut posé au gouvernement grec, lui demandant d’accepter, contrairement au mandat populaire, une série de mesures démantelant le droit du travail, abolissant les garanties de sécurité sociale et la protection juridique pour les citoyens surendettés, et requérant, dans le même temps, le bradage des biens et entreprises publics les plus précieux, mais aussi des principaux ports, aéroports et infrastructures qui devraient être vendus ou cédés pour rembourser une dette odieuse et insoutenable.

 

Le Parlement hellénique a entériné la proposition du gouvernement de tenir un référendum portant sur l’ultimatum, et le peuple grec, à une large majorité de 62%, a rejeté les mesures.
Au cours de la semaine du référendum, des représentants des instances internationales et de gouvernements étrangers ont tenté d’influer sur le résultat du référendum, au moyen de déclarations visant à terroriser la population, et le référendum s’est tenu avec les banques fermées et le contrôle des capitaux imposé du fait du refus de la BCE de fournir des liquidités après l’annonce de la tenu du référendum ; et pourtant, la démocratie a prévalu, le peuple s’est prononcé clairement et a dit NON à 62% à ces mesures assassines.

 

Ce qui s’en est suivi est un cauchemar pour toute conscience démocratique, et une honte. Les créanciers ont refusé d’examiner le résultat du référendum. Ils ont insisté, usant de la menace d’un effondrement du système bancaire et d’un désastre humanitaire, que soient adoptées des mesures plus sévères encore que celles qui avaient été rejetées. Le gouvernement a été contraint d’accepter que le Parlement légifère sur des textes pré élaborés de centaines de pages, sans délibération, et à des dates prédéterminées, selon une procédure d’urgence, et avec les banques toujours fermées. Cette extorsion fut baptisée « pré requis pour un accord » et le Parlement fut appelé à abolir des lois qu’il avait votées durant les quatre mois précédents, et à s’abstenir de toute initiative législative sans l’accord préalable des créanciers.

 

Un projet de loi de cent pages, présenté comme un article unique, fut approuvé le 15 juillet en moins de 24 heures ; un autre, long d’environ 1000 pages et composé de 3 articles a été adopté en moins de 24 heures le 22 juillet ; presque 400 pages, fut adopté le 14 août en 24 heures. Le Parlement a légiféré trois fois sous la contrainte et la coercition, et cela étant fait, attestant qu’une partie importante des députés du principal parti de gouvernement, incluant la Présidente du Parlement, refusait de voter un tel texte de loi, le Parlement fut dissous de manière subite afin de garantir une majorité plus stable pour mettre en œuvre ce que le peuple a rejeté.

 

Mesdames et messieurs, la dette souveraine est actuellement utilisée contre la population grecque et le Parlement hellénique pour affaiblir la démocratie, mais la démocratie est une valeur suprême, et le Parlement ne peut être réduit à des sceaux, entérinant des normes dictées, rejetées par le peuple et conçues pour anéantir les sociétés et les générations futures.

 

J’en appelle à vous, Parlementaires du monde ; soutenez l’exigence de démocratie et de souveraineté parlementaire contre la coercition de la dette ; soutenez les initiatives de l’Assemblée Générale des Nations Unies et la commission ad hoc d’audit de la dette souveraine, ainsi que les initiatives des experts indépendants de l’ONU sur la dette et les droits de l’homme.

 

Ne permettez pas que la démocratie soit annihilée sur la terre où elle naquit. Ne permettez pas qu’un autre Parlement soit contraint de voter contre la volonté du peuple et contre le mandat de ses députés. Ne permettez pas que les droits de l’homme, les vies humaines, la dignité humaine, et les principes les plus précieux des Nations Unies soient foulés pour servir le système bancaire.


Le monde que les peuples veulent ne peut être construit sans les peuples du monde. Merci.

 

Discours prononcé le 2 septembre 2015 au siège de l’ONU à New York.

 

Traduit par Marie-Laure VEILHAN pour le CADTM

 

Auteur

 

Zoe Konstantopoulou

avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction.

 

 

Autres articles en français de Zoe Konstantopoulou (13)

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 13:29

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Bill McKibben: «Faire des industries fossiles des parias»

|  Par Jade Lindgaard

 

 

Co-fondateur du mouvement 350.org qui appelle au désinvestissement dans les énergies fossiles pour lutter contre le dérèglement climatique, Bill McKibben pense que saper le pouvoir des multinationales du pétrole et du charbon est plus efficace que de négocier un accord sur le climat.

Co-fondateur du mouvement 350.org qui appelle au désinvestissement dans les énergies fossiles pour lutter contre le dérèglement climatique, Bill McKibben pense que saper le pouvoir politique des multinationales du pétrole et du charbon est plus efficace que de négocier un accord sur le climat. Mediapart l'a rencontré lors de sa première visite en France, à l'occasion d'une conférence internationale sur le désinvestissement.

Vous avez signé l’appel contre les crimes climatiques (publié par Mediapart le 26 août). Pourquoi ?

 

Bill McKibben, septembre 2015 (NnoMan, Collectif ŒIL).
Bill McKibben, septembre 2015 (NnoMan, Collectif ŒIL).
 

Bill McKibben. Parce qu’il faut parler sans fard de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il y a une tendance dans les négociations sur le climat à perdre de vue les faits de base : nous détruisons la planète à un rythme très rapide. Un discours fort est nécessaire pour briser la routine. L’enjeu de la conférence à Paris en décembre ne peut pas se limiter à la signature d’un accord. Si on veut qu’elle ait le moindre sens, l’enjeu de la COP 21 doit être de déboucher sur des progrès réels.

Il existe deux réalités : d’un côté, la réalité politique. C’est dur d’obtenir un accord, de faire avancer tout le monde dans la même direction. Cela demande énormément de travail. C’est important de respecter cette réalité politique et de travailler dans ce contexte. Mais seulement si vous avez en tête qu’il existe aussi une réalité « réelle ». La négociation sur le climat ne se passe pas entre la France, la Chine et les États-Unis, mais entre les êtres humains et la physique. Ce n’est pas une négociation facile… car la physique ne se soucie pas vraiment de vos problèmes. Elle ne cherche pas le compromis.

Pour vous, la réduction des émissions de CO2 est la pierre angulaire de la lutte contre le dérèglement climatique. C’est pour cela que vous avez nommé votre mouvement 350.org, en référence aux 350 parties par millions (ppm) de CO2 dans l’atmosphère qu’il aurait fallu ne pas dépasser pour que le réchauffement global ne dépasse pas +2 °C ?

Au départ, tout le monde pensait que c’était une mauvaise idée. Il m’a semblé que :
1) C’est le chiffre le plus important au monde.
2) Je savais que s’ils voulaient parler de nous, les journalistes seraient obligés d’expliquer à chaque fois ce que signifie 350 ppm.
3) Nous cherchions à créer la première campagne globale contre le dérèglement climatique, ce que nous avons réussi au final. Les chiffres sont meilleurs que les mots pour communiquer au niveau mondial parce que vous n’avez pas besoin de les traduire. « 350 » signifie la même chose partout dans le monde.

Vous dites que c’est le chiffre le plus important au monde. Pourquoi avoir choisi 350, et pas 300 ou 400 ppm qui sont d’autres seuils de référence dans les discussions sur le climat ?

J’ai demandé à mon vieil ami James Hansen, un scientifique de premier plan, quel serait le bon chiffre. Nous étions en 2007. La plupart des scientifiques et militants se référaient à 450 ppm. Mais personne n’avait vraiment d’analyse de fond. Jim a proposé de travailler ce sujet avec son équipe. Il m’a rappelé quelques mois plus tard et m’a dit : « On a un chiffre pour toi mais il ne va pas te plaire : c’est 350 ppm. »

Des gens s’inquiétaient du fait que s’appeler 350 ne soit trop déprimant, puisque nous avions déjà dépassé ce seuil de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Je ne le pensais pas. Pour moi, c’était comme aller chez le docteur. S’il vous dit : « continuez à manger autant de fromage et votre cholestérol sera trop élevé et vous aurez une crise cardiaque », personne ne s’inquiète vraiment. Mais s’il vous dit : « votre cholestérol est déjà beaucoup trop élevé, vous risquez de mourir d’une crise cardiaque », là, les gens commencent à s’inquiéter. D’autres encore nous disaient : c’est trop compliqué. Personne ne va comprendre ce que 350 veut dire. C’est le contraire qui s’est passé. Tout le monde comprend l’idée du dépassement des limites. Ces dernières années, d’autres chiffres importants sont sortis sur la quantité de carbone que l’on peut encore émettre, et celle qu’il faut garder sous terre. Les chiffres sont étonnamment utiles et puissants.

 

Atelier sur la justice climatique en territoire Sami, en Arctique, organisé par 350 (c) Tor Lundberg Tuordafin août 2015.Atelier sur la justice climatique en territoire Sami, en Arctique, organisé par 350 (c) Tor Lundberg Tuordafin août 2015.

Vous menez campagne pour que le monde cesse de financer les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), c'est le « désinvestissement » des fossiles. Était-ce votre objectif initial quand vous avez créé le réseau 350.org avec sept étudiants, en 2008 ?

Non. D’abord nous voulions éduquer les gens, les inciter à se rassembler et à manifester partout dans le monde. Mais nous nous sommes rendu compte que cela prenait trop de temps. Nous avons donc décidé de nous mobiliser contre des projets fossiles particulièrement problématiques : l’oléoduc Keystone XL aux États-Unis, le projet de mine de charbon Carmichael en Australie, des ports miniers sur la côte ouest des États-Unis, une mine de lignite de RWE en Allemagne… C’est une mobilisation incroyable et nous avons remporté quelques victoires. Mais ce sont des actions défensives. Elles ne sont pas assez rapides. Il faut aussi jouer offensif. Le désinvestissement est une réponse, pour tenter de faire des industries fossiles des parias. Et donner à tout le monde la possibilité de s’impliquer : la plupart des gens n’habitent pas à côté d’une mine. Mais tout le monde a un lien avec une source d’argent : son université, son gouvernement, son église…

Vous êtes-vous inspirés des appels au désinvestissement en Afrique du Sud lors des campagnes anti-apartheid des années 1980 ?

Oui. Quand j’étais à l’école, j’ai un peu milité contre l’apartheid. Une des personnes qui nous a aidé à faire le lien entre cette mobilisation et la lutte aujourd’hui contre le dérèglement climatique est Desmond Tutu. Cette idée de désinvestissement est venue de discussions avec mon amie Naomi Klein, et de la lecture du rapport du think tank Carbon Tracker sur la quantité d’émissions de CO2 que représentent les réserves fossiles connues à ce jour. Une fois que vous avez compris que si ces réserves sont forées, le climat se déréglera complètement, vous comprenez que les entreprises qui continuent à extraire du pétrole, du gaz et du charbon se comportent comme des hors-la-loi. Si elles suivent leur business plan, la planète va craquer. Elles sont donc de bonnes cibles.
 

 

Près de 50 milliards de dollars sont en cours de désinvestissement dans le monde selon votre décompte : à  l’université de Stanford en Californie, Soas à Londres, le fonds de la famille Rockefeller (860 millions de dollars), le fonds souverain de la Norvège (40 milliards de dollars)… Mais ces annonces sont souvent floues sur leur contenu réel et leur calendrier. Quelle pression exercez-vous concrètement sur l’industrie de l’énergie ?

Le désinvestissement est réel. Mais le but n’est pas de provoquer la faillite d’Exxon. Nous n’y arriverons pas. Parce qu’ils ont plus d’argent que Dieu. C’est l’entreprise la plus rentable du monde. Mais leur futur dépend en partie de leur acceptabilité sociale. Ils ont besoin de la coopération du reste du monde : ils ont besoin de permis pour forer en Arctique, pour obtenir des allègements fiscaux…

Plus les gens retirent leurs financements, plus il leur sera difficile d’exercer leur pouvoir politique. Je suis prudemment optimiste sur l’efficacité de nos actions. Trois choses se passent simultanément : le désinvestissement ; la résistance aux oléoducs et aux mines ; la croissance du secteur des renouvelables. Les industries fossiles perdent de plus en plus de marché d’approvisionnement d’électricité. Shell va forer en Arctique mais ils ont déjà perdu le soutien d’Hillary Clinton – qui n’a pourtant jamais été une leader courageuse sur ce sujet. Je ne suis pas pour autant convaincu que tout cela permettra de faire advenir tous les changements nécessaires à temps. Il n’est pas impossible que ce soit déjà trop tard.

 

Lors de la conférence sur le désinvestissement, un héritier Rockefeller à gauche et May Boeve, directrice de 350 (Eric Coquelin)Lors de la conférence sur le désinvestissement, un héritier Rockefeller à gauche et May Boeve, directrice de 350 (Eric Coquelin)
 

En ciblant l’industrie fossile, vous épargnez les individus et leurs comportements polluants : hyper consommation, addiction à la voiture, incessants voyages en avion… N’est-ce pas un angle mort de votre discours ?

C’est vrai. Ce discours sur les comportements individuels, les écologistes le tiennent depuis 15 ou 20 ans. Mais il ne nous a pas menés très loin. En fin de compte, c’est un problème structurel, systémique, enraciné dans le pouvoir des industries fossiles. Si nous avions 100 ans pour résoudre ce problème, le mieux serait d’en passer par des changements lents, culturels. Et nous y parviendrions car c’est le type de changements que les humains savent le mieux accomplir.

Mais nous n’avons pas cent ans ! Il faut changer très vite. Au lieu de faire campagne pour le désinvestissement, nous pourrions militer pour que les gens abandonnent leurs voitures. Si on travaillait très très dur, on obtiendrait peut-être que 2 ou 3 %, peut-être 4 ou 5 % des gens abandonnent leur voiture. Et cela n’entraînerait qu’une légère atténuation des émissions de carbone. Ce ne serait pas du tout suffisant. Si nous pouvions convaincre 3 ou 4 % des gens, politiquement engagés, de changer les règles du jeu, de donner un prix au carbone, là, ce serait assez pour gagner et changer les habitudes de tout le monde sur la planète. Mais j’ai peut-être tort. Si quelqu’un a une meilleure idée pour convaincre un maximum de gens de changer, je serais ravi d'y aider.

La COP 21 sera la conférence sur le climat la plus financée par le secteur privé. Parmi des « mécènes » se trouvent des producteurs d’énergie, comme EDF et Engie. Est-ce un problème ?

Oui, je le crois. Beaucoup de gens doutent du processus des COP aujourd’hui car cela fait vingt ans qu’il échoue. Ce serait donc beaucoup mieux qu’il apparaisse protégé de l’influence des lobbies qui pèsent beaucoup sur ces négociations. D’une certaine manière, ce n’est peut-être pas plus mal que cela apparaisse au grand jour.

Cherchez-vous à développer les collaborations avec les chercheurs ?

Oui. De plus en plus de scientifiques sont prêts à prendre politiquement la parole sur le climat, dans les pas de James Hansen. Cette collaboration avec les chercheurs est très importante. Mais beaucoup de collaborations sont très importantes. Le 21 septembre dernier, quand a eu lieu la marche des peuples pour le climat à New York, réunissant 400 000 personnes, le cortège a mis en scène ces différentes collaborations : au premier rang se trouvaient les peuples autochtones et les communautés les plus vulnérables au dérèglement climatique. Ensuite venait un bloc de scientifiques en blouses blanches. Puis le bloc des solutions, etc.

C’est un mouvement très intéressant : il n’a pas de grand leader, pas de figure à la Martin Luther King. C’est bien. C’est une résistance généralisée aux énergies fossiles qu’il faut développer. L’industrie des hydrocarbures est si puissante et si omniprésente dans le monde entier qu’il faut s’y confronter partout où elle est présente. Internet aide à s’organiser sur ce mode décentralisé et open source. 

Le plus important, ce ne sont pas les liens avec les scientifiques, c’est l’émergence de ce qu’on appelle le mouvement pour la justice climatique. Il a changé le mouvement écologiste en le rendant beaucoup plus divers, plus ouvert. C’est juste et bien. Nous avons besoin d’une énorme coalition de gens pour gagner cette bataille. Un petit mouvement écologiste ne peut remporter que de petites victoires. Ce n’est pas assez pour abattre le pouvoir des industries fossiles. Quand 350.org a organisé son premier jour d’action mondiale en 2009, des milliers de photos de rassemblements partout dans le monde ont été envoyées. On y voyait des pauvres, des Noirs, des Asiatiques, des jeunes… ils étaient à l’image de ce qu’est le monde.

Pourquoi s’engagent-ils pour le climat selon vous ?

Parce qu’ils s’inquiètent du futur ! Si vous n’êtes pas protégé par la richesse, le futur vous semble encore plus effrayant. Si vous vivez au Pakistan, vous avez sans doute déjà dû quitter votre logement à cause d’une crue de l’Indus. Vous comprenez ce qu’il se passe. Vous connaissez les problèmes de sécheresse.

 

 

Vous avez été l’un des premiers auteurs à alerter le grand public sur le changement climatique avec votre livre The End of Nature, en 1989. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser si tôt à ce sujet ?

J’étais très jeune, j’avais une vingtaine d’années et j’écrivais pour le New Yorker. Je n’étais pas spécialisé en environnement. J’ai écrit un long article sur la provenance de tout ce qui se trouvait dans mon appartement : Brésil, Arctique, mines d’uranium, etc. Cela m’a laissé un sens très fort de la dimension physique du monde. Cela m’a incité à lire des articles scientifiques sur le dérèglement climatique dans les années 1980 – le GIEC n’existait pas encore. J’avais développé un sens de la vulnérabilité de la planète.

À New York, l’accès à l’eau dépend de la quantité de pluie qui tombe sur le nord de l’État. Quand j’ai écrit ce livre, en 1988, j’ai pensé que c’était l’histoire la plus importante du monde. Et je ne comprenais pas vraiment pourquoi les autres ne le voyaient pas ainsi. J’ai relu ce livre il n’y a pas très longtemps. C’est étonnant : la science n’a pas tant changé que cela. Nous savions déjà l’essentiel de ce que nous savons aujourd’hui, sauf que personne ne parlait de l’acidification des océans. Et que l’on ne se rendait pas compte de la rapidité des changements.

Si, en 1989, on avait dit à des scientifiques que la mer de glace de l’Arctique serait en partie fondue, ils auraient répondu : ah, non, c’est pour le siècle prochain. On pensait le dérèglement climatique à l’échelle des siècles. On l’expérimente aujourd’hui à l’échelle des décennies.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 16:25

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

A Aubervilliers, un collectif invente un autre collège

1er septembre 2015 / Marie Astier (Reporterre)
 


 

Une petite révolution est en cours dans l’Education nationale. A Aubervilliers, un collectif d’enseignants imagine un collège différent, dont le fonctionnement serait démocratisé, l’enseignement polytechnique, les décisions collectives... Un rêve dont ils espèrent convaincre l’institution de le concrétiser dans un nouvel établissement en 2017.


Tout a commencé par une grève : en 2010, à Aubervilliers, des suppressions de postes sont annoncées, alors que le nombre d’élèves augmente. Pendant deux mois, les profs des collèges du secteur protestent, se rencontrent, débattent. « On a discuté de l’école, de ce qui n’allait pas, se rappelle Isabelle Darras, professeure de lettres classiques. Puis on a appris que le département votait le budget pour construire un nouveau collège à Aubervilliers. » C’est le déclic : et si cet établissement à naître, dont les plans ne sont même pas encore dessinés, était justement l’occasion de repenser un collège différent ?

Au départ, ils sont quelques profs et un CPE (conseiller principal d’éducation), exerçant tous en zone « difficile ». Ils se réunissent dans un collectif, puis créent l’association pour un collège coopératif et polytechnique à Aubervilliers (A2CPA). Aujourd’hui, ils sont une dizaine de permanents, plus une trentaine de curieux réguliers.

 

 

Ils mettent une contrainte à leur imagination : le collège sera public et respectera la carte scolaire. « On fait un collège pour nos élèves, insiste Vincent Boroli, professeur d’EPS dans le 19e. On a envie d’offrir un service public d’éducation de meilleure qualité, et ce dans une des villes les plus pauvres de France. »

 

L’éducation nationale, usine à élèves ?

Trop d’élèves par classe, manque de moyens, direction parfois autiste. Tous sont insatisfaits des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. « On a plus l’impression d’être dans une logique d’usinage de l’éducation que dans un métier où on prend en compte l’humain. L’éducation nationale est basée sur un modèle très vertical où l’on applique des décisions sans avoir l’impression d’en être les auteurs », dénonce Vincent.

« Aujourd’hui dans le secondaire, les conditions ne sont pas créées pour que les professeurs travaillent en équipe. Or la transmission des savoirs est une affaire collective », observe André Sirota. Ce chercheur et professeur en psychologie à l’université Paris-Ouest, spécialiste de l’éducation, soutient activement le collectif.

Mais attention, avertit Séverine Labarre, professeure de lettres modernes, « on n’a pas pensé les choses en fonction de ce qu’on n’aime pas dans l’éducation nationale, on l’a construit en fonction de ce que l’on voudrait. »

 

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Régulièrement, le collectif organise des ateliers avec la population du quartier du futur collège. Ici un atelier jardin.

 

Révolutionner le collège

Le collectif se réunit toutes les deux semaines. Il fait du « tourisme pédagogique » dans les établissements appliquant des pédagogies alternatives, prend des journées entières pour réfléchir pendant les vacances scolaires.

Peu à peu, le projet se dessine. Emploi du temps, hiérarchie au sein de l’établissement, méthodes de travail en classe ou entre profs, tout est remis à plat.

Il faut d’abord lutter contre l’anonymat dans un établissement programmé pour avoir 600 élèves. L’idée est de le diviser en trois « maisons » de 200 élèves, chacune accueillant tous les niveaux, avec ses salles, ses profs, ses activités.

Il faut aussi démocratiser la vie de l’établissement. Chaque classe tiendra conseil une fois par semaine pendant une heure. Ordre du jour, tour de parole, maître du temps : les enfants dirigent la séance. « C’est un espace pour apprendre à gérer les conflits par la parole, avec un rituel qui permet d’instituer un climat d’écoute », explique Vincent.

 

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Des conseils d’élèves à l’assemblée de classe, le but est de démocratiser le fonctionnement du collège.

Au-dessus, les conseils de maison et de collège fonctionnent sur le même système et intègrent élèves, profs, personnel de l’établissement. Ces heures de concertation sont formalisées dans l’emploi du temps des élèves et des adultes. « On passera plus de temps dans l’établissement, mais moins de temps à brasser de l’air, espère Adeline. Il s’agit de partager le pouvoir. C’est une révolution au collège. »

 

Apprentissage de la citoyenneté

Autre révolution, l’enseignement polytechnique. Au sein de l’établissement, un jardin pédagogique et un atelier vélo sont prévus. Une façon de « décloisonner les matières ». « Dès la sixième, l’élève entre dans un système avec des profs ultra-spécialisés chacun dans leur matière et n’arrive plus à articuler les savoirs, on ne fait plus le lien entre le théorique et le pratique », regrette Vincent Boroli. Ainsi, le projet propose par exemple de mesurer son rythme cardiaque en sport pour faire le lien avec les cours de biologie, ou d’apprendre les surfaces en mathématique à travers le projet de repeindre une salle de classe.

Cette organisation devra permettre un « meilleur apprentissage des savoirs et de la citoyenneté, espère le chercheur André Sirota. Des objectifs souvent affichés dans les discours de l’éducation nationale, mais peu présents dans les faits... »

 

Remettre en cause le système de l’intérieur

Le projet a été plutôt bien accueilli. In extremis, et après accord de l’éducation nationale, le département, qui gère la construction, a invité le collectif à rencontrer les architectes du futur bâtiment. « On a pu obtenir l’organisation du collège en trois escaliers pour les trois maisons, des lavabos dans toutes les salles pour les ateliers, des tables déplaçables, etc. », se félicite Adeline. Ce n’est pas pour autant que leur projet est accepté. Le collège doit officiellement ouvrir ses portes en 2017, il y a le temps, mais le chemin au sein de la hiérarchie éducative est long. L’académie de Seine-Saint-Denis semble plutôt les soutenir. Au-dessus, le rectorat de Créteil demande encore à être convaincu.

Car ce projet de collège qui se veut « différent » est d’autant plus subversif qu’il veut s’intégrer au sein de l’éducation nationale. « Cela remet en cause le système de l’intérieur », note Adeline Besson...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 16:07

 

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Quand un ancien tri postal devient le refuge des âmes meurtries et des âmes fleuries

2 septembre 2015 / Monique Douillet (Silence)
 


 

L’ancien bâtiment du tri postal, derrière la gare d’Avignon, devrait se transformer en un vaste bâtiment d’accueil pour les personnes en difficultés, mais aussi pour nombre d’activités associatives.


- Avignon, reportage

J’arrive dans la grande cour du centre de tri, située avenue du Blanchissage (derrière la gare centre). En face de moi, une cabane en bois aux murs de paille compressée sert de bureau d’accueil. Sur la porte une affichette : "On cherche Gilbert désespérément". Stéphane et Malek m’accueillent et saisissent mon regard interrogateur, ils m’expliquent : "On n’a pas perdu Gilbert, c’est le titre du film qui passe en boucle à l’intérieur. On a participé au tournage, il a été présenté au festival du film précaire." À l’intérieur c’est une salle de projections ou de réunions, tout en gradins. Je reviendrai voir.

Juste devant la cabane, il y a des jardins surélevés avec quelques plantations de fleurs et de légumes. On dirait que les tuteurs attendent des plants de tomates. A droite, le bâtiment du tri postal entièrement vitré sur trois niveaux... et devant, une suite de préfabriqués. Au rez-de-chaussée de l’immeuble grand ouvert, un spectacle se prépare. La salle modulable est délimitée par des pendrillons. [1] Deux comédiennes attaquent un hymne au tri postal : "Ici les âmes meurtries et les âmes fleuries se croisent."

 

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Visite du bâtiment durant la Journée du patrimoine, octobre 2014.

Nous sommes le 9 avril 2015 et la journée Portes ouvertes démarre tout juste. Cour, jardin, cabane, je tourne un moment sans comprendre comment ça fonctionne. Stéphane me propose de rencontrer Hélène qui va m’expliquer.

 

"Espèce d’espace"

Hélène est une étudiante en architecture qui a choisi d’effectuer ici son stage de fin d’études. Elle vit depuis six mois au sein de l’entreprise, participant à l’animation de jour et de nuit de tout ce qui se trame ici, autant dire entièrement polyvalente et capable de répondre à toutes les questions ! Elle a participé à la construction de la cabane. Le jardin, c’est l’œuvre de l’association Colibris qui s’occupe aussi de la santé. Les bungalows hébergent des personnes en situation précaire, il y en a d’autres ailleurs dans la ville. L’ensemble de ces logements est dénommé : "Villa Médicis".

Aujourd’hui, on fait un pas de plus. Le projet est d’aménager la bâtisse. La maquette et les plans de réhabilitation du tri postal (2 500 m²) ont été confiés à deux associations d’architectes, le Perou (Pôle d’exploration des ressources urbaines) et le Nac (Notre atelier commun) auquel appartient Hélène.

 

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La maquette du Tri postal

Nous visitons, elle m’explique : le rez-de-chaussée mutualisera un espace complémentaire pour l’accueil de nuit, un restau, des douches publiques, un espace soin et bien-être, une école de coiffure, une laverie, une crèche (la cité des bébés accueillera un tiers d’enfants en situation de handicap). Au premier et au second étages se trouveront des bureaux, des salles de répétition, une résidence d’artistes, un atelier de couture. Le tout sera assez souple pour s’adapter aux évolutions en cours car cette "espèce d’espace" n’a pas encore défini ses contours. "Cela se précisera en marchant."

Une question, par exemple, va être soumise à la prochaine assemblée consultative des Rêveurs (collectif de personnes de bonne volonté qui manifestent leur intérêt pour le projet) : "Est-ce que le festival in sera ou non invité dans ces lieux ?" Question assortie d’un préambule : "Attention ! Le Tri doit rester un lieu de co-création et de co-production tourné vers l’accessibilité à tous, avec une attention envers les publics précaires, avant d’être un lieu de diffusion. Le Tri n’est pas la Friche belle de mai à Marseille, pas la même vocation, pas les même objectifs."

 

Myriade d’associations

Actuellement, un grand nombre d’associations partenaires, à vocation sociale, culturelle et citoyenne, travaillent ici. Il y a le groupe d’entraide mutuelle qu’on appelle le Gem, deux fanfares : Lance-Croquettes et Haut les mains, le conservatoire d’art dramatique, les Beaux Arts, l’Université populaire, Latitudes qui propose des actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité à base de pédagogies actives, Colibris, qui a entrepris le potager.

 

 

L’Union des familles malades (Unafam) s’est tournée vers la production audiovisuelle. "Roulons à vélo" répare les bécanes et les met à la disposition des résidents et des gens qui travaillent. Une cantine, tous les jeudis à midi, réunit les bénévoles - dont les "résidents de l’accueil de nuit" - soit un noyau d’au moins 80 personnes.

- « Mais qui est à l’origine d’un si vaste projet ?
- « Alors là, il vaut mieux que tu questionnes Renaud
, répond Hélène, c’est le directeur de l’association CASA et de HAS Vaucluse [2] qui pilote l’ensemble. Je vais le chercher. On se retrouvera après au spectacle. »

 

Action en faveur des sans abris

Renaud Dramais, son directeur, me résume la fabuleuse histoire de CASA : "Cela commence en 2001. Nous avons choisi d’appeler cette association CASA, comme le magasin où l’on trouve tout pour la maison : Collectif, Action, Sans, Abri."

Les membres du collectif (usagers de fait des structures sociales et d’insertion), ont revendiqué un droit de parole concernant le dispositif qu’on préparait pour eux. Ils réclamaient un lieu d’accueil inconditionnel ouvert à toutes les personnes qu’elles soient alcoolisées, toxicomanes, handicapées ou accompagnées de chiens... La demande est donc venue de gens vivant à la rue, en situation d’exclusion et de grande précarité́, confrontés parfois à une perte radicale de toute protection de la vie humaine.

En 2003, après nombre de péripéties, promesses non suivies d’effets, squat de locaux, etc., le sous-préfet a entamé une discussion avec CASA afin d’aboutir à la création de ce lieu. L’adjoint municipal aux affaires sociales a proposé la cour de l’ancien tri postal. Pendant quatre ans, CASA a disposé d’un contrat d’occupation précaire de la cour exclusivement, renouvelé d’année en année, mais n’a pas lâché l’affaire. En 2007, les associations CASA, Habitat Alternatif Social et le Marabout [3] ont élaboré une charte de coopération pour lutter contre l’exclusion.

 

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Le bâtiment, vu de la gare d’Avignon

Durant l’hiver 2008/2009, signe fort, les Enfants de don Quichotte et Le Collectif Contre les Inégalités et les Exclusions ont débuté leur tour de France du mal-logement par Avignon, au côté de CASA. Cette mobilisation bien relayée par les médias oblige la Municipalité à entrer à nouveau dans un véritable dialogue. Cependant aucune solution durable n’a été trouvée. Tout au long de ces années, le cap a été tenu au prix de mobilisations extraordinaires. Comment rendre compte de la capacité de survie extraordinaire de ce collectif, dans un environnement parfois ouvertement hostile ? "Jusqu’à ce jour nous avons porté ce projet d’espace commun, notre maison commune, un monde en soi."

Ce que j’ai vu ici au cours de cette journée "portes ouvertes" qui s’est terminée par un repas partagé, m’a interrogée. Cette association Casa-Has, avec ses revendications si semblables à celles des pionniers de l’éducation populaire au XIXe siècle : la dignité de la personne, son accès à la citoyenneté, un toit pour tous et un accès à l’éducation, ne serait-elle pas la véritable héritière de ce mouvement ? Par ricochet, cela signifie aussi que depuis bientôt deux siècles la situation pour une partie de la population n’a pas changé autant qu’on le croit...


2015. LA VILLE S’ENGAGE

Vincent Delahaye, conseiller municipal délégué à l’habitat d’urgence et aux nouveaux modes d’habitat, confirme l’intérêt de ville d’Avignon. "On connaît la richesse de ce projet participatif, intergénérationnel, d’économie sociale et solidaire, qui réinterroge la vie de quartier."

La Ville a engagé les négociations avec Réseau ferré de France, propriétaire du bâtiment, pour un euro symbolique. Les collectivités et l’État devront se positionner...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 17:22

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Education

Rentrée scolaire : la pédagogue qui voulait révolutionner le système éducatif français

par

 

 

 

 

Des enfants épanouis et solidaires, qui commencent à lire, multiplier ou diviser dès la maternelle. Ce sont les résultats étonnants d’une expérimentation menée entre 2011 et 2014 dans une classe de Gennevilliers, en banlieue parisienne, en zone prioritaire d’enseignement. Pendant trois ans, Céline Alvarez a tenté de mettre en pratique dans une école publique les principes de la pédagogue Maria Montessori, enrichis avec les neurosciences et la linguistique française. Un bouleversement des pratiques traditionnelles des enseignants, pour repenser l’école sur la base de la confiance. Malheureusement, le ministère de l’Education nationale ne lui a pas permis de poursuivre cette expérimentation. Entretien et vidéos.

 

Basta ! : Quelles compétences ont été développées par les enfants de votre classe de Maternelles, à Gennevilliers, entre 2011 et 2014 ?

Céline Alvarez [1] : Dès la première année, tous les enfants, suivis par le CNRS, ont progressé plus vite que la norme, sauf un qui était l’enfant le plus absent. Ils sont entrés très facilement dans la lecture, ont fait des mathématiques, des divisions, des soustractions. Dans certains domaines, en conscience phonologique, c’est-à-dire la capacité d’entendre les sons dans les mots, en mémoire de travail [notre capacité à retenir sur du court terme], ils étaient très au dessus de la norme. Une petite fille, à quatre ans, avait 28 mois de retard par rapport à la norme en mémoire de travail. En six mois, elle a non seulement rattrapé ces 28 mois de retard, mais elle a eu 8 mois d’avance !

Un développement social s’est aussi mis en place. Les enfants étaient capables d’avoir des relations sociales plus harmonieuses. Ils ont fait preuve d’une grande capacité de résolution de conflits et développé plus d’empathie. Ils contrôlaient mieux leurs émotions. D’après les témoignages des parents, ces enfants étaient heureux, épanouis, généreux, enthousiastes, solidaires.

Ces résultats ne sont pas là parce que je suis une enseignante merveilleuse ou parce que les enfants sont extraordinaires ou à haut potentiels. Non, on a testé leur QI : ils n’étaient pas plus élevés que la normale. Ce sont simplement des êtres humains qui ont été replacés dans un contexte favorable où on marchait dans le sens des lois de la vie, plutôt que dans un contexte où l’on lutte contre.

En vidéo : du côté des enfants

Comment a démarré cette expérience d’enseignement ?

Je n’ai jamais souhaité être enseignante. Ma démarche était de mettre un coup de pied dans la fourmilière et de dire : avec 40% d’échec scolaire chaque année à la sortie du CM2, on s’est trompés, ça suffit ! J’étais profondément indignée par le système scolaire français. Ses mauvais résultats s’expliquaient parce qu’il n’a jamais été fondé sur la connaissance des mécanismes d’apprentissage et d’épanouissement de l’être humain. Et si nous repensions la classe en fonction de ces mécanismes, que se passerait-il ? On verrait les enfants épanouir des compétences cognitives et non cognitives extraordinaires ! C’était le postulat de Maria Montessori. J’ai naturellement repris ses travaux que j’ai enrichis avec les neurosciences et la linguistique française.

 

 

J’ai souhaité mener ce travail de recherche au sein de l’éducation nationale. J’ai donc passé le concours de l’éducation nationale. C’était simplement pour moi la meilleure façon d’infiltrer le système. Une fois le concours en poche, je suis allée taper aux portes des ministères pour leur demander de me laisser une carte blanche pédagogique. En 2011, le conseiller éducation de Nicolas Sarkozy puis le cabinet de Luc Chatel et la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), à l’époque, ont été très attentifs à ma posture : la seule voie pour l’éducation de demain, c’est la voie scientifique, c’est comprendre quels sont les besoins de l’être humain. Il faut qu’on construise l’environnement scolaire autour de ça. La classe s’est ouverte en quelques mois.

Sur quels grands principes repose votre enseignement ?

J’ai repris les travaux de Maria Montessori, ses grands principes et je les ai traduits et enrichis à la lumière des neurosciences cognitives, affectives et sociales. Le premier de ces grands principes, c’est la plasticité cérébrale. Entre 0 et 5 ans, l’être humain possède une capacité cérébrale extraordinaire. Cela ne signifie absolument pas qu’il faille trop stimuler les enfants. Mais plutôt que leur environnement doit être riche, avec de grandes opportunités d’interactions langagières, soutenues et d’une grande variété. Ainsi, dans une même classe, il ne faut pas qu’un enseignant parle à 30 enfants du même âge. Mais plutôt des enfants d’âges différents, plus âgés, qui vont pouvoir parler à d’autres enfants. A la verticalité, il faut préférer l’horizontalité. Les enfants sont autonomes et peuvent parler ensemble toute la journée. Ce qui permet aux petits de développer beaucoup plus rapidement leur langage. Mais c’est aussi leur offrir une grande diversité culturelle : de la géographie, de la géométrie, des mathématiques, des occasions d’apprendre à lire et à écrire. Mais tout ça en suivant le moment où ils ont décidé de le faire et en le faisant de façon sensorielle.

 

 

C’est le deuxième grand principe : l’enfant est dans une période sensorielle. Cela ne sert à rien de lui dire : il faut faire ci, il faut faire ça. Il doit l’expérimenter lui-même. C’est ainsi que son cerveau va pouvoir se câbler. La lecture, les mathématiques, sont exercés par un biais sensoriel. L’enfant doit être actif. La classe lui offre des activités qui engagent leur concentration profonde et une répétition.

Le troisième principe, c’est que le cerveau humain apprend avec l’autre. L’apprentissage doit être horizontal : les enfants peuvent apprendre les uns des autres. Mais uniquement quand il y a une relation positive et bienveillante, pas dans une situation de stress, de compétition, ou de comparaison. Le climat doit être celui de la coopération, extrêmement bienveillant et aimant, et non jugeant. Il ne s’agit pas de juger positivement les enfants, mais de ne pas les juger tout court. C’est ni bien, ni mal, c’est ce que c’est. L’important est que l’enfant prenne du plaisir. Et l’instituteur doit encourager ce plaisir.

Concrètement, dans vos classes, comment étaient mis en œuvre ces grands principes ?

Tout d’abord, il n’y avait pas un seul niveau d’âge, mais deux ans de différence d’âges. C’est ce qui motivait les enfants. Certains « petits » se disaient : « whaou ; moi-aussi je vais être capable de faire ça, apprends moi ». Il va rester près du grand, le grand va être intéressé pour le montrer au petit. Cela crée une émulation sociale autour des apprentissages avec laquelle aucun enseignant ne peut entrer en compétition. Ensuite, les enfants étaient autonomes. De 8h30 à 16h00 le soir, ils choisissaient librement leur travail dans un cadre très structuré où les règles étaient très explicites. Ils pouvaient répéter ces activités autant de fois qu’ils le souhaitaient. Ils prenaient confiance en eux. Un enfant à Gennevilliers pouvait faire 4/5/6 activités. Ou alors une seule ou deux, parce qu’il était passionné par ce qu’il faisait.

Dans une classe traditionnelle, les enfants ne choisissent pas leur travail. C’est une activité le matin puis ils changent de groupe. Puisque l’activité est imposée, la plupart du temps les enfants ne sont pas motivés. Ils vont faire leur affaire le plus vite possible pour rejoindre le coin bibliothèque, ou le coin construction. A l’inverse, quand ils choisissent ce qu’ils veulent faire, les enfants sont passionnés, ils prennent confiance en eux... Cela leur donne des ailes !

 

 

Un autre paramètre pratique mis en place est l’accompagnement individuel : l’adulte va avoir tout son temps pour les enfants qui vont le demander. Les autres sont actifs. Dans une classe traditionnelle, on ne peut pas individualiser. Les enfants ont besoin de l’adulte en même temps. C’est épuisant ! Une autre chose, c’est la disponibilité, la bienveillance rendue possible par l’enseignant qui est moins dans une posture de stress. Ces conditions lui permettent à lui aussi de prendre plus de plaisir, et de faire réellement son travail d’accompagnement auprès des enfants.

Vous estimez que dans une classe traditionnelle, le plus souvent, le modèle d’enseignement proposé par l’ institution entrave les potentialités de l’enfant. Pourquoi ?

Par exemple, le problème de illettrisme est un non sujet. C’est juste que la plupart des outils que l’on donne aux enseignants entravent l’élan spontané d’écriture et de lecture des enfants, les enseignants s’épuisent et les enfants aussi. On ne connait, ni n’utilise les leviers de l’intelligence humaine. Par exemple, il faut permettre à l’enfant de faire ses propres expériences, en confiance, au moment où l’envie surgit, et toujours dans une relation à dimension humaine, plutôt qu’une relation à dimension didactique.

Pourquoi votre expérience a-t-elle pris fin ?

En 2012, lorsque le gouvernement est passé à gauche, le ministère de l’Éducation nationale n’était plus favorable à cette démarche. Il avait plutôt tendance à dire que quand on fait des expérimentations, on prend les enfants pour des cobayes. C’est aberrant : actuellement, tous les enfants de France sont des cobayes de méthodes qui n’ont ni été scientifiquement fondées, ni scientifiquement validées. J’ai passé les deux dernières années à me battre contre l’Institution. Les tests que je faisais passer en classe m’ont été interdits. Donc j’ai dû désobéir et les faire passer sur le temps scolaire avec la complicité des parents et d’un psychologue. Ce qui m’a valu de passer à côté de blâmes, de conseils disciplinaires. J’ai reçu de nombreuses  menaces et des humiliations...

Mais j’ai souhaité tenir pour arriver à la fin d’un cycle complet et pour accumuler de la matière à exploiter ensuite. La 3ème année, on m’a annoncé que mon matériel allait être retiré à la rentrée 2014. On m’a dit que je devais faire comme tout le monde, enseigner de façon traditionnelle si je souhaitais rester. Cela n’avait aucun sens pour moi, j’ai donc démissionné. Dans ma fiche d’inspection, il était écrit qu’il était très clair que les enfants de cette classe étaient en très grande réussite scolaire. « Tout ce qui est attendu de la maternelle est là, voire plus que là ». Mais c’est justement ce qui pose problème pour leur intégration, pour la suite de leur parcours scolaire ! m’a-t-on dit.

En vidéo : du côté des parents

 

 

Si les méthodes que vous décrivez sont si fructueuses pour le développement et l’épanouissement de l’enfant, pourquoi ne sont-elles pas plus mises en œuvre par le corps enseignant ?

La première raison tient au fait que les enseignants ne connaissent pas forcément ce genre de démarche qui vise à autonomiser les enfants. La formation initiale est d’une pauvreté affligeante. On devrait pouvoir donner aux enseignants les grands invariants théoriques des mécanismes d’apprentissages humains et leur permettre de trouver des axes pratiques les plus cohérents en fonction de leurs moyens de terrain. L’un de ces invariants est par exemple que l’être humain apprend dans l’amour et la confiance, pas dans le stress. Cela parait simple mais cela remet en cause de nombreux paramètres traditionnels d’enseignement. L’école n’est tout bonnement pas pensée sur la base de la confiance.

Mais pour mener votre expérience, vous avez bénéficié de matériels Montessori importants. Est-ce que ces moyens ne limitent pas la reproductibilité de votre démarche dans l’ensemble du système éducatif ?

Absolument pas. Comme je l’explique sur le blog, il ne s’agit pas d’avoir du matériel spécifique. Un matériel didactique plus spécifique peut entrer progressivement et dans un second temps. Le plus important est le changement de posture de l’adulte vers l’enfant et le réaménagement de l’environnement de la classe pour permettre l’autonomie des enfants. Les enseignants peuvent commencer avec le matériel dont ils disposent déjà. Je viens d’accompagner 220 enseignants de maternelles publiques, certains accompagnés de leur Atsem, pour mettre en place un tel dispositif sans ou avec peu de moyens. Je crois qu’ils sont repartis enthousiastes et motivés. Ils sont décidés à changer leur pratique pour une démarche pédagogique plus "physiologique" et donc plus respectueuse. Ce sont des pionniers, ils vont ouvrir un nouveau chemin pour l’école dès cette rentrée. Je suis certaine qu’ils seront suivis par de nombreux autres à la rentrée suivante.

Propos recueillis par Simon Gouin

Photos et vidéos : copyright Céline Alvarez

Pour aller plus loin :

 

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 16:26

 

Source : http://www.franceinfo.fr

 

 

L’économiste Joseph Stiglitz : "La France torpille son avenir "

L'interview éco par Jean Leymarie lundi 31 août 2015
 
 
Le lundi 31 août 2015

 

Le prix Nobel 2001 critique la politique économique de François Hollande et appelle à une réforme de la zone euro : "La monnaie unique pourrait disparaître".

 Sur la politique économique de la France : "Pour stimuler l’économie, il faut dépenser plus. Pour moi, cette stratégie de l’investissement dans l’avenir (…) est la seule manière d’avoir une croissance durable à l’avenir. Avec les politiques d’austérité que vous avez et qui mènent à 12% de chômage, vous êtes en train de torpiller l’avenir de la France".

Sur la zone euro : "La monnaie unique pourrait disparaître. Un euro à plusieurs vitesses pourrait apparaître. Il y a des façons de sortir de l’euro tranquillement qui n’auraient pas trop d’effets négatifs et qui amèneraient à une reprise plus rapide de l’Europe, et la diviseraient moins (…) Peut-être que la seule façon de sauver l’Europe, c’est de laisser disparaître l’euro".

 

 

 

Source : http://www.franceinfo.fr

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 17:16

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Ce qui s’est passé en août quand on n’était pas là

31 août 2015 / Camille Martin (Reporterre)
 


 

Accident catastrophique en Chine, action massive des citoyens contre le charbon en Allemagne, mauvais coup du gouvernement contre les alternatives... l’actualité n’a pas chômé durant ce mois d’août. Voici un petit rappel si, comme Reporterre, vous avez bullé sans complexe durant le mois d’août.


Ça y est, c’est la reprise pour Reporterre. Et peut-être pour vous aussi, après une pause bien méritée. Pour retrouver rapidement ses marques, voici un rappel de ce qui s’est passé autour de l’écologie depuis un mois.

D’abord une mauvaise nouvelle, la mort de Michel Tarin, un paysan qui a été, entre autres, un militant de toujours contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Une sale maladie, la leucémie, l’a attrapé il y a deux ans, et l’a finalement emporté le 31 juillet.

 

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Michel Tarin, militant infatigable contre l’aéroport de Notre Dame des landes, trépassé le 31 juillet

Reporterre avait souvent rencontré Michel Tarin. Vous pouvez encore l’entendre ici et aussi ici.

Une autre disparition dans le monde de l’écologie, celle de Philippe Germa, disparu le 8 août en plongée en Polynésie française. Il était directeur général du WWF France depuis 2013 et était un proche de Brice Lalonde depuis les années 1980.

 

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Philippe Germa, directeur du WWF France, disparu le 8 août

- Une bonne nouvelle, le 5 août : le Conseil constitutionnel a rejeté l’article de la loi Macron facilitant l’enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse. Dans son communiqué, le Conseil indique que l’article concerné, n° 201, ainsi que d’autres, « avaient été adoptés selon une procédure contraire à la Constitution. [Le Conseil] les a, par suite, censurés. » De quoi répandre la joie dans le Camp d’action climat anticapitaliste qui s’est déroulé à Bure entre le 1 et le 10 août, et que Reporterre, qui y était, vous racontera bientôt.

La politique du climat a été marquée par l’annonce par Barack Obama d’un plan de lutte contre le changement climatique (lien en anglais). Principal engagement : réduire en 2030 de 32 % par rapport au niveau de 2005 les émissions de C02 du secteur de la production d’électricité.

Un pas dans la bonne direction, mais qui reste en retrait sur les engagements pris par l’Europe (40 % de réduction en 2030 par rapport à 1990). Et de surcroît vite contredit par l’autorisation donnée par M. Obama à la compagnie Shell de chercher du pétrole en Arctique, un projet vivement contesté par les écologistes américains.

Une décision qui rappelle qu’en fait, ce sont les puissances d’argent qui ont le pouvoir : l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, a ainsi expliqué que le système politique US est devenu une oligarchie, en raison de son système de financement. Pour être élu, il faut avoir de l’argent, et donc les riches influencent fortement les décisions politiques, comme l’avaient montré des chercheurs états-uniens.

 

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Manifestation à Seattle contre le projet de Shell d’explorer les ressources pétrolières de l’Arctique
 

C’est bien l’action des citoyens qui peut peser sur les décisions globales.

Et du 7 au 17 août, un grand rassemblement s’est déroulé en Allemagne, un Camp Climat visant spécifiquement l’exploitation du charbon à Garzweiler. Une action de masse s’est déroulée le 15 août sur le site de l’immense mine à ciel ouvert, dans la région de Hambach, où des activistes luttent depuis des années. (Autre lien sur cette action et photos).

 

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Action de désobéissance civile contre la mine de charbon de Garzweiler, en Allemagne

Au Danemark, d’ailleurs, où Total s’est heurté à la résistance des citoyens, la compagnie pétrolière française a abandonné le 17 août son projet de production de gaz de schiste. Total a aussi annoncé qu’elle se retirait du charbon.

Mais en Angleterre, le gouvernement a ouvert 3 000 km2 à la fracturation hydraulique.

Au Japon, le gouvernement a lancé le redémarrage d’un réacteur nucléaire à Sendai, le 11 août. Mais, quelques jours plus tard, des défaillances techniques obligeaient à arrêter le réacteur. Le Japon reste... sorti du nucléaire.

Peu après, le 12 août, un énorme accident industriel se produisait en Chine, dans la ville de Tianjin. L’explosion s’est produite dans une usine chimique de la zone industrielle, conduisant à un bilan officiel de 114 morts et plus de 700 blessés.

 

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Une catastrophe industrielle à Tianjin, à 140 km de Pékin

Une actualité vite oubliée quand l’affaissement de la bourse de Shangaï a fait craindre le déclenchement d’une nouvelle dépression économique mondiale. Panique à bord : et si la Chine passait en dessous de 7 % de croissance annuelle ?. En oubliant que ce taux est déjà incroyablement élevé et destructeur de l’environnement. Et qu’un fort ralentissement interviendra de façon inéluctable et qu’il vaudrait mieux s’y préparer.

C’est le 13 août que, cette année, la consommation humaine a dépassé les ressources annuelles de la planète, puisant dans ses stocks. Du moins selon la méthode de « l’empreinte écologique », qui tente d’évaluer ce que représente le poids environnemental de l’activité humaine.

De la planète, revenons à la France, où le gouvernement a fait évacuer le 19 août la ferme des Bouillons, près de Rouen. Depuis des semestres, une belle lutte avait réussi à empêcher que ces terres soient transformées en un nouveau centre commercial d’Auchan, et commençait à mettre en oeuvre un projet d’agriculture alternative. Mais la police a mis un point final à cette belle action collective. Ce nouvel acte anti-écologique du gouvernement Valls nous a paru suffisamment important pour qu’on interrompe notre pause estivale : lire ici ce qui était en jeu.

 

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A la Ferme des Bouillons, la police a tué l’alternative

Le lendemain, c’était l’ouverture des Journées d’été d’EELV (Europe Ecologie Les Verts). On y parlait peu ou pas des Bouillons, toute l’attention étant concentrée sur les départs successifs du parti des parlementaires François de Rugy et Jean-Vincent Placé, partisans de rejoindre le gouvernement socialiste.

A Notre-Dame-des-Landes, un événement assez bizarre se produisait : lors d’une expulsion sur un endroit extérieur à la ZAD, une fourgonnette de gendarmes se voyait attaquée par un groupe d’individus masqués, qui en cassait les vitres et y jetaient une bombe incendiaire.

Pendant tout le mois d’août, aussi, la profession agricole a vécu au rythme de l’effondrement des cours de la viande porcine et bovine. Au coeur de la crise : l’impasse dans laquelle se trouve le système productiviste pris dans une course à la concurrence internationale. La réponse des dominants : continuer dans cette voie. Le 22 août, Xavier Beulin, président de la FNSEA et d’Avril-Sofiproteol, demandait plus de concentrations d’élevages et la suspension des normes environnementales pendant un an...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 17:11

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches sont sanctionnés pour avoir concentré trop d’animaux

31 août 2015 / Camille Martin (Reporterre)
 


 

La préfecture de la Somme a annoncé le 28 août que les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches devaient payer des amendes : ils ont en effet rassemblé plus d’animaux qu’autorisé, comme l’avait révélé Reporterre au printemps.


La ferme-usine des Mille vaches vient d’être sanctionnée par la préfecture de la Somme en raison de « la persistance du dépassement du nombre de vaches laitières autorisées », soit 763 vaches au lieu de 500. Cette irrégularité avait été révélée par Reporterre en avril dernier.

Le 20 juillet, les inspecteurs des installations classées agricoles et de la santé et de la protection animale (Direction départementale de la protection des populations – DDPP 80) ont conduit une nouvelle visite sur le site, après celle du 9 juin et constaté le dépassement persistant du nombre de vaches autorisées par l’arrêté préfectoral du 1er février 2013.

Après la réponse des exploitants, la préfète de la région Picardie, Nicole Klein, a confirmé les sanctions administratives et les a notifiées le 28 août. Il s’agit d’une amende de 7 800 euros et d’une astreinte journalière de 780 euros en cas de non-respect de l’arrêté.

La préfecture précise qu’elle a « décidé de confier à un vétérinaire indépendant une mission d’audit sur la question du respect du bien-être animal au sein de l’exploitation ».

- Télécharger le communiqué de la préfecture : ici

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Selon le Courrier Picard, qui a joint le responsable de la ferme-usine, Michel Welter, l’exploitant devrait saisir le tribunal administratif, en arguant d’un décret de 2011 autorisant le regroupement d’élevages et le dépassement de l’effectif de 500 vaches.

 

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Immatriculé en Italie, ce camion vient chercher le lait de la ferme-usine, sous l’appareil photo d’un militant de Novissen

 

L’installation industrielle n’en est pas moins en difficulté : comme l’a montré l’association Novissen, la ferme-usine doit expédier son lait jusqu’en Italie, à Bergame, faute de clients en France.

 

 

L’association organise une grande fête des Anti 1000 vaches à Drucat-le-Plessiel, commune de la Somme où est implantée la ferme-usine, le 5 septembre.

 


Lire aussi : Ferme-usine : les autorités confirment le non-respect du nombre d’animaux autorisés

Source : Camille Martin pour Reporterre



Documents disponibles

  Sans titre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 13:12

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

Le thé des ex-Fralib arrive chez Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché et Franprix

Les anciens salariés de Fralib ont relancé la production de l'usine de Géménos, sous la marque 1336, en référence aux 1336 jours de lutte avec leur ancien propriétaire Unilever.

 

Scop-TI, la coopérative de production lancée par les ex-salariés de Fralib à Gémenos, a signé ses premiers contrats avec la grande distribution. La production a repris le 13 août et les premiers sachets de thés et infusions vendus sous sa marque 1336 arriveront en rayons début septembre.

C'est la concrétisation de plusieurs années de lutte. Cinq ans pile après la décision du géant anglo-néerlandais Unilever de fermer son usine de thés et d'infusions (Lipton, Éléphant) Fralib à Gémenos (Bouches-du-Rhône), les premiers sachets de Scop.Ti -qui a repris l'activité de l'usine en 2014- vont rejoindre les rayons de la grande distribution française. La Société Coopérative Ouvrière Provençale de Thés et Infusions a ainsi signé cet été des contrats avec 300 Franprix, 7 Auchan, ainsi qu'avec plusieurs Géant Casino, Casino, Carrefour, Intermarché au niveau national.

Ces centaines de magasins vendront d'ici quelques jours sa gamme «1336», en référence aux 1336 jours de lutte avec Unilever pour empêcher la fermeture et la délocalisation du site en Pologne. Le site fournira aussi Système U pour six variétés de thés à marque de distributeur (MDD), malgré la présence sur le marché d'un gros fournisseur de MDD, Pagès.

Appel d'offres avec Leclerc

Après que la coopérative qui regroupe une soixantaine de salariés (sur les 182 que comptait l'usine au temps d'Unilever) a repris la production le 13 août, ses premiers sachets seront livrés début septembre dans les Auchan de Bouches-du-Rhône et du Vaucluse s'étant engagés à les référencer, puis en octobre dans les autres enseignes. Un appel d'offres est par ailleurs en cours avec Leclerc, toujours pour la marque 1336. En revanche, aucun référencement n'a encore été acté pour la deuxième marque de la coopérative: «Scop-Ti», une gamme bio qui vise les réseaux spécialisés comme Biocoop, Naturalia, Bio C'Bon ou la Vie Claire.

 

La gamme à marque propre «1336» est déclinée en 16 parfums.

 

«On est en train de démontrer la pertinence de notre projet», estime Gérard Cazorla, ex secrétaire CGT de Fralib désormais président de Scop-Ti, même si beaucoup de chemin reste à faire. Après plus de 3 ans et demi de lutte avec Unilever et l'annulation de plusieurs plans de sauvegarde de l'emploi, les ex-Fralib avaient en effet réussi à solder le conflit avec le géant anglo-néerlandais, moyennant 19,3 millions d'euros. Une somme ajoutée à leurs indemnités de licenciements pour lancer leur projet. La coopérative compte désormais étendre le nombre de magasins référençant ses marques. Elle compte produire au terme de sa première année 250 tonnes (à comparer avec 6000 tonnes produites par an du temps d'Unilever) et frôler les 3 millions d'euros de chiffre d'affaires. À plus long terme, Scop Ti vise les bénéfices dès mi-2016 et veut atteindre 9 à 10 millions d'euros de vente d'ici 2019.

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

 

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Rappel des mobilisations locales à ce sujet

 

 

Source : http://local.attac.org/attacnimes/?Appel-au-boycott-UNILEVER-soutien

 

 

Appel au boycott UNILEVER/soutien FRALIB

 

8 décembre 2013

Samedi 7 décembre à 11h, dans l’hyper-marché Carrefour Nîmes Ouest, une vingtaine de citoyens ont appelé au boycott des marques de la multinationale UNILEVER et en premier lieu la marque LIPTON, en soutien aux salariés de FRALIB (Thé l’Eléphant, à Géménos proche de Marseille). Contre la fermeture de leur site décidée unilatéralement par la multinationale UNILEVER malgré 3 décisions de justice en leur faveur, les FRALIB voudraient relancer leur activité avec un projet de coopérative s’appuyant sur des productions locales.

Midi-Libre 10 déc 2013Cette action, comme des dizaines d’autres en France, fait suite à l’appel national pour un boycott des produits d’Unilever (Lipton, Amora, Maille, Cif, Omo, Sun, Signal, Dove, Axe, Rexona, Cornetto, Knorr,...et tant d’autres encore, voir ci-après). Cette incitation au boycott a pour but d’exiger de la multinationale Unilever (51 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 5 milliards de profits nets en 2012) :
- la cession du nom de marque « Éléphant » (qu’UNILEVER a pourtant décidé d’abandonner au profit de LIPTON !) - un certain volume de commandes pendant la période de démarrage de l’entreprise en SCOP (Société coopérative et participative).

Cette action, à l’appel local de l’association ATTAC Nîmes [1], s’est déroulée dans le calme et a permis, par la distribution de tracts, d’autocollants et la discussion, de sensibiliser à cette cause de nombreux clients et même le personnel, qui ont généralement réagi très favorablement, certains clients allant même jusqu’à vérifier qu’ils n’avaient pas mis dans leur caddie (par inadvertance certainement !) des produits de cette multinationale. Autant de monde appelé à boycotter UNILEVER, pour que vive FRALIB !

*************APPEL NATIONAL*********************************

http://www.france.attac.org/article... Nous, personnalités représentatives de diverses sensibilités, organisations et réseaux du mouvement social, politique et intellectuel, avons décidé, en accord avec les salariés de Fralib, de lancer un appel à la mobilisation citoyenne le 7 décembre prochain. Nous proposons à toutes celles et ceux qui le veulent d’organiser localement ce jour-là des actions symboliques dans les supermarchés visant à populariser le boycott d’Unilever. Une page Facebook https://www.facebook.com/liberezelephant est mise en place pour faciliter la coordination des actions au plan local. Merci à toutes et tous, et que vive l’Eléphant ! Pour que vive Fralib : boycott d’Unilever !

Une entreprise industrielle ancrée dans son territoire, la Provence. Relançant par ses commandes une production locale et écologique de plantes– tilleul, verveine, menthe...- jusqu’alors en déshérence. Liée à ses fournisseurs et à ses clients par des relations commerciales équitables et durables, avec des prix justes. Fondée sur la démocratie interne et la participation de toutes et tous aux décisions. Tel est le projet des travailleurs de Fralib à Géménos, près de Marseille, qui veulent relancer leur entreprise sous forme de coopérative. Depuis trois ans, elles et ils luttent pour obtenir de leur ancien employeur, la multinationale Unilever, le soutien minimum dont ils ont besoin pour se lancer : la cession du nom de marque « Éléphant », qu’Unilever a décidé de faire disparaitre au profit de LIPTON marque milliardaire du Groupe, et un certain volume de commandes pendant la période de démarrage.

Mais Unilever ne veut rien savoir. Bien que la justice ait refusé à trois reprises un plan social injustifiable et annulé tous les licenciements, Unilever a cessé de payer les salaires depuis le 1er avril 2013 et refuse d’accorder une aide au démarrage de leur projet. Unilever (chiffre d’affaires 2012 : 51 milliards d’euros ; profits nets : 5 milliards) veut détruire leur savoir-faire et leur collectif. Devant cette intransigeance, les Fralib avec leurs syndicats CGT et CFE-CGC ont appelé les consommateurs à boycotter toutes les marques du groupe Unilever, à commencer par LIPTON.

Alors que le chômage, la précarité et les dégâts écologiques ne font qu’empirer, le succès du projet des Fralib serait un signal d’espoir et ouvrirait la voie à d’autres possibles. Les Fralib appellent à une première journée d’action pour le boycott massif des produits Unilever le samedi 7 décembre. Répondant à leur appel, nous nous associons à cette action pour inciter Unilever à accéder aux demandes des Fralib. Leur lutte est la nôtre, celle de toutes celles et ceux qui cherchent à engager dès aujourd’hui la transition vers un autre monde, vivable.

Paul Ariès (politologue, mensuel "Les Zindignés"), Clémentine Autain (Fase-FdG), Geneviève Azam (Attac), Olivier Besancenot (NPA), Martine Billard (PG- FdG), Jean-Marc de Boni (La Nef), Benoît Borrits (Association Autogestion), Fabienne Brugel (Compagnie NAJE), Alain Caillé (sociologue), André Chassaigne (PCF-FdG), Sergio Coronado (EELV), Léo Coutelec (Miramap), Thomas Coutrot (économiste), Txetx Etcheverry (Bizi !), François Longérinas (journaliste), Dominique Méda (sociologue), Laurent Pinatel (Confédération paysanne), Xavier Renou (Les Désobéissants), Patrick Viveret (philosophe) et les salariés de FRALIB en lutte depuis plus de 3 ans.

Toutes les marques du Groupe UNILEVER sont identifiables avec ce logo :

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Notes

[1] ATTAC : Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (contact : nimes@attac.org)

 

 

                                                                 ************************************

 

 

Action soutien FRALIB

Nouvelle action

Communiqué de presse

19 janvier 2014

2e Action d’appel au boycott UNILEVER/soutien FRALIB (samedi 18 janvier à Nîmes).

Après la réussite de laction du samedi 7 décembre dans l’hyper-marché Carrefour Nîmes Ouest, c’est le Géant Casino de Carré Sud à Nîmes qui a été visé par une vingtaine de citoyens pour l’action d’appel au boycott des marques de la multinationale UNILEVER et en premier lieu la marque LIPTON, en soutien aux salariés de FRALIB (Thé l’Eléphant, à Géménos proche de Marseille).

Contre la délocalisation en Pologne et la fermeture de leur site décidée unilatéralement par la multinationale UNILEVER malgré 3 décisions de justice en leur faveur, les salarié-e-s de Fralib ont monté un projet de reprise du site sous la forme juridique de Scop (société coopérative et participative), qui a été reconnu économiquement viable et qui concernera une centaine de personnes. La scop « T.I » (pour Thés et Infusions) pourrait démarrer, mais Unilever refuse toujours de céder la marque « Éléphant » !

Cette action, à l’appel local de l’association ATTAC Nîmes (*), s’est déroulée dans le calme et a permis, par la distribution de tracts, d’autocollants et la discussion, de sensibiliser à cette cause de nombreux clients et même le personnel, qui ont généralement réagi très favorablement, certains clients allant même jusqu’à vérifier qu’ils n’avaient pas mis dans leur caddie des produits de cette multinationale. Autant de monde appelé à boycotter UNILEVER, pour que vive FRALIB !

ATTAC Nîmes a appelé à cette action car le projet des FRALIB représente une véritable occasion de transition écologique et citoyenne ; écologique en s’appuyant sur des productions locales et de qualité, et citoyenne par la réappropriation de l’outil de travail et le fonctionnement en coopérative.

à noter : 31 janvier et 1er février : Première rencontre européenne « L’Économie des travailleurs » chez Fralib Elle se déroulera dans l’usine occupée Fralib, les 31 janvier et 1er février 2014. Cette rencontre est une continuité des Rencontres internationales « L’Économie des travailleurs » organisées depuis 2007 à partir de l’expérience des entreprises récupérées et d’autres mouvements pour l’autogestion du travail en Amérique latine. Cette rencontre s’annonce déjà comme un succès comme en témoignent les nombreuses inscriptions d’acteurs de reprises d’entreprises par les salariés, de militants et sympathisants de ces expériences venant d’Allemagne, de Catalogne, d’Espagne, de France, de Grèce, d’Italie, du Pays Basque, du Royaume-Uni et de Serbie sans compter une présence significative de latino-américains (Argentine, Brésil, Mexique). Vous trouverez ci-joint le dépliant de l’événement. Elle se déroulera dans l’usine occupée Fralib – 500, avenue de Bertagne, 13420 Gémenos. http://www.autogestion.asso.fr/?p=3841 (*) : ATTAC : Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (contact : nimes@attac.org)

 
 

 

 

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