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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 16:26

 

 

Source : http://investir.lesechos.fr
 

 

 

REUTERS |

 

PARIS, 28 juillet (Reuters) - Un administrateur d'EDF , Gérard Magnin, a présenté jeudi sa démission en exprimant son désaccord avec une stratégie qu'il juge de plus en plus centrée sur le nucléaire, avant le probable feu vert du groupe au projet Hinkley Point.

Cette démission est intervenue à quelques heures d'un conseil d'administration d'EDF convoqué jeudi après-midi pour se prononcer sur ce projet controversé de construction de deux réacteurs EPR en Angleterre pour 18 milliards de livres (21,4 milliards d'euros environ).

Dans sa lettre de démission au PDG, obtenue par Reuters, Gérard Magnin écrit qu'il imaginait "une réorientation historique de la stratégie d'EDF" en faveur de la transition énergétique mais que "les trajectoires de changement espérées (..) ne sont pas là" et que "le centre de gravité (du groupe) se déplace encore davantage vers le nucléaire".

"Depuis les décisions imminentes relatives au projet très risqué d'Hinkley Point à la reprise d'Areva NP qui fera d'EDF un fabricant de réacteurs, de la poursuite sans questionnement de la coûteuse stratégie de retraitement des déchets à l'affirmation que tous les réacteurs du palier 900 MW verraient leur durée de vie prolongée à 50 ans ou plus, tout semble aller dans le même sens", ajoute-t-il.

Membre du Conseil économique, social et environnemental de Bourgogne Franche-Comté ; fondateur et ancien délégué général d'Energy Cities, association européenne de villes engagées dans un mouvement de transition énergétique, Gérard Magnin avait intégré le conseil d'EDF en 2014 sur proposition de l'Etat. Son mandat s'achevait en 2019.

"Dans un monde incertain, la flexibilité est indispensable. Celle-ci suppose de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Sous une apparence de robustesse, la quasi mono-solution nucléaire soumet notre pays à une grande vulnérabilité", estime-t-il.

"Espérons qu'Hinkley Point n'entraîne pas EDF dans un abîme de type Areva comme certains le craignent", ajoute Gérard Magnin, précisant qu'il ne participera pas au conseil de jeudi.

"Etant administrateur proposé par l'Etat actionnaire, je ne souhaite pas cautionner plus longtemps une stratégie que je ne partage pas (..). Je préfère alerter en prenant le risque de me tromper que de vivre en contradiction avec ma conscience. C'est une question de loyauté et d'honnêteté."

Le conseil d'administration d'EDF comptait 18 membres avant la démission de Gérard Magnin, dont six élus par les salariés qui devraient se prononcer jeudi contre le projet Hinkley Point sans pour autant être en mesure de bloquer son lancement.

Les désaccords autour du dossier Hinkley Point avaient déjà provoqué en mars une crise au sein de la direction d'EDF et la démission du directeur financier de l'époque, Thomas Piquemal. et (Benjamin Mallet et Geert De Clercq, édité par Jean-Michel Bélot)

 

 

Source : http://investir.lesechos.fr

 

 

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 13:13

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Hinkley Point: la direction d’EDF prête à passer en force

24 juillet 2016 | Par martine orange
 
 
 

Le président d’EDF a décidé, dans la précipitation, de convoquer un conseil d'administration le 28 juillet pour faire approuver le projet très controversé de construction de deux EPR en Grande-Bretagne. Alors que le groupe fait l’objet d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers, un nouveau document interne, révélé par Mediapart, prouve l’aventurisme du projet.

La semaine s’annonce tendue à EDF. Son président, Jean-Bernard Lévy, a décidé d’accélérer le calendrier pour faire adopter le projet très controversé d’Hinkley Point. Tout de suite après avoir reçu le feu vert de l’Élysée, à l’issue d’une rencontre entre François Hollande et la nouvelle première ministre britannique, Theresa May, le groupe a publié, jeudi 21 juillet à 23 heures, un communiqué pour annoncer la convocation, le 28 juillet, d’un conseil d’administration destiné à examiner « la décision finale d'investissement relative au projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point ». Une façon pour le groupe d’effacer l’affront fait le même jour par l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui a mené des perquisitions au siège d’EDF – une première dans un groupe public – pour saisir des documents et des rapports dans le cadre d’une enquête sur l’information financière du groupe depuis 2013 et le projet d’Hinkley Point.

 

 

Jean-Bernard Lévy, président d'EDF. © Reuters Jean-Bernard Lévy, président d'EDF. © Reuters

 

Dès lundi, un comité stratégique doit se réunir pour faire une présentation du projet britannique qui divise tant le groupe. Le conseil d’administration se tiendra trois jours après. Censé au départ arrêter les comptes semestriels du groupe, publiés le lendemain, son ordre du jour sera en fait surtout mobilisé par le dossier britannique.

« Un passage en force qui en dit long sur la conception du dialogue social de ce gouvernement qui donne son feu vert à la violation du comité central d’entreprise », a réagi l’intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC) dans un communiqué commun, publié vendredi 22 juillet. L’intersyndicale devrait déposer lundi un référé heure par heure au tribunal de grande instance (TGI) pour faire constater le « délit d’entrave » des instances sociales et le non-respect des procédures judiciaires. Ce qui pourrait fragiliser par la suite la décision du conseil d’administration, si celui-ci décide, malgré tout, de passer outre.

 

 

Alors que la direction d’EDF avait décidé de se passer de l’avis du comité central d'entreprise (CCE) en avril, l’Élysée avait finalement imposé sa consultation, en vue de calmer les esprits, après la démission spectaculaire du directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, dénonçant Hinkley Point comme un projet mortel pour l'entreprise. Mais la consultation ne s’est pas passée comme prévu. Estimant qu’ils n’avaient pas eu les documents suffisants pour se prononcer sur le dossier, les membres du CCE ont refusé à l'unanimité de rendre un avis et ont saisi le tribunal de grande instance pour « entrave ». Le TGI doit normalement statuer sur le dossier le 22 septembre. De son côté, le gouvernement avait lui-même indiqué qu’il prévoyait une décision sur le projet en septembre.

Sans attendre que la justice se prononce, le président d’EDF, s’appuyant sur la nouvelle loi Rebsamen qui borne le dialogue social à deux mois maximum, a jugé qu’il pouvait se passer de l’avis du CCE, de toute façon purement consultatif. Et donc d’accélérer le vote sur Hinkley Point. Ni la situation financière dégradée du groupe, qui risque encore de se détériorer tant EDF est hors de ses clous budgétaires en raison de l’effondrement des prix de marché de l’électricité, ni les doutes de l’ensemble des salariés, des ingénieurs aux syndicats, ni même les incertitudes nées du Brexit, qui ne sauraient être dissipées par une seule entrevue entre le président de la République et la première ministre britannique, n’ont amené le président d’EDF à différer la décision, ne serait-ce que pour tenter de mieux appréhender un dossier qui engage le groupe sur plus de 50 ans.

« Plus que l’Élysée, c’est Jean-Bernard Lévy qui est moteur dans ce dossier et dicte ses vues. Il a décidé de faire d’Hinkley Point le dossier phare de sa présidence », assure un conseiller du gouvernement. Au sein d’EDF, certains expliquent l’autoritarisme du président sur le dossier britannique comme une façon d’affirmer son pouvoir sur un groupe qui lui échappe et désormais le rejette de plus en plus. « Jean-Bernard Lévy est totalement isolé dans l’entreprise. Même au comex [comité exécutif – ndlr], il n’a que le soutien des hommes qu’il a nommés. Tous les autres sont contre Hinkley Point », raconte un cadre haut placé. Lors des discussions qui se tiennent actuellement sur la fermeture de Fessenheim, des conseillers du gouvernement ont noté la manière cassante dont Jean-Bernard Lévy tançait publiquement les autres membres de la direction. Ce qui ne dénote pas une atmosphère pacifiée.

Même si le gouvernement est parfaitement informé du climat de tensions au sein d’EDF, il soutient toujours pour l’instant Jean-Bernard Lévy. « Il faudra bien un jour parler de l’influence du corps des Mines dans cette affaire. Ils ont planté Areva avec Anne Lauvergeon. Maintenant, ils essaient de se refaire sur EDF. Même si Lévy n’est pas tout à fait des leurs [Jean-Bernard Lévy est un X-Télécoms], il est leur homme. La personne qui a convaincu Hollande qu’il fallait faire Hinkley Point, c’est Julien Pouget [conseiller industrie à l’Élysée – ndlr], issu du corps des Mines également. Il conseille Hinkley Point et en même temps, part pantoufler chez Total, qui justement veut se lancer dans l’électricité. Et la commission de déontologie va laisser passer cela ? » s’interroge un connaisseur du dossier.

Le rapport Cardiff

 

Projet d'Hinkley Point. © EDF Projet d'Hinkley Point. © EDF
 

Pour les défenseurs d’Hinkley Point, le projet est une nécessité absolue pour remettre sur pied la filière nucléaire française, lui donner un avenir, et des commandes à Areva, en totale déconfiture. Pour les ingénieurs du groupe opposés au projet, construire deux EPR en Grande-Bretagne est au contraire une fuite en avant, alors qu’aucun EPR ne fonctionne encore, que  les problèmes à Flamanville ne sont toujours pas résolus, et que ce qui sera réalisé en Grande-Bretagne ne sera pas utilisable pas la suite. Ils redoutent une bérézina technique et financière dont EDF pourrait ne pas se relever.

 

L’intersyndicale d’EDF se retrouve sur la même ligne. « Sur le fond, prétendre qu’une décision précipitée sur Hinkley Point va sauver la filière nucléaire est une vaste escroquerie intellectuelle et une faute politique. Au moment où la filière nucléaire française se retrouve fragilisée par des années d'absence de stratégie industrielle de l'État, cette décision risque en effet d'avoir des conséquences dramatiques sur cette filière industrielle, les investissements d’EDF sur le territoire national et par conséquent l'emploi en France », accusent-ils dans leur communiqué.

La discussion sur Hinkley Point au conseil d’administration d’EDF s’annonce homérique. Les six représentants des administrateurs salariés ont fait savoir dès avril qu’ils voteraient contre : une première dans la longue histoire du groupe public où jamais jusqu'alors les représentants des salariés ne se sont opposés à des décisions industrielles. Mais les autres administrateurs – dont beaucoup n’ont d’indépendants que le nom – sont plus partagés. Jusqu’ici, une majorité se dessinait en faveur d’Hinkley Point. Et avant de lancer la convocation, Jean-Bernard Lévy a dû faire et refaire les comptes avec le gouvernement pour voir s’il obtenait au moins dix voix sur les dix-huit au conseil.

L’intervention de l’AMF au siège de d’EDF change cependant la donne. Même si la direction d’EDF fait tout pour en minimiser l’importance, les descentes des enquêteurs du gendarme boursier, réclamant des informations, des dates, des comptes-rendus, des rapports liés au programme de rénovation des centrales nucléaires (le grand carénage) et au projet d’Hinkley Point, constituent un coup de semonce. L’électricien se sait désormais dans la ligne de mire. Et ses administrateurs savent que leur responsabilité personnelle peut être engagée.

Or, en matière d’informations financières, le groupe public est à peu près aussi transparent que pour tout ce qui touche au fonctionnement de ses centrales et à la sûreté nucléaire...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 21:09

 

Source : https://reporterre.net

 

 

A Bure, les opposants aux déchets nucléaires ont gagné leur pari et réoccupé la forêt

18 juillet 2016 / Hervé Kempf (Reporterre)
 


 

Sous le soleil, près de 500 manifestants ont réussi à Bure à occuper samedi 16 juillet la forêt où l’Andra veut commencer des travaux. Lundi en fin d’après-midi, la forêt restait occupée. Mais les occupants ne peuvent empêcher les engins de chantier de s’activer.

 

- Actualisation - Lundi 18 juillet 2016, 18 h - A 16 h, la centaine d’opposants à Cigéo qui occupait le bois Lejuc n’avait toujours pas été expulsée par les forces de l’ordre. Elle n’a toutefois pas réussi à empêcher les travaux. Michel (prénom changé), un activiste présent sur place et joint au téléphone, décrit un "ballet incessant d’engins de chantier" dans la forêt. Les équipes de bûcherons déjà à l’oeuvre sont protégées par des gendarmes mobiles et des vigiles.

"Nous prenons acte de la reprise des travaux et nous sommes conscients que l’occupation, pour chouette qu’elle soit, ne suffit plus", admet Michel. En conséquence, les activistes ont légèrement changé de tactique. Ils lancent désormais plusieurs actions simultanées visant à bloquer les flux d’engins et à harceler les équipes pour les empêcher de travailler. "Un groupe est allé bloquer une usine de sous-traitance située à Joinville, à une vingtaine de kilomètres de Bure, qui fournit des engins de chantier à l’Andra", décrit Michel. Qui envisage cette soirée de lundi avec "sérénité" : "Nous restons préparés à une éventuelle intervention des forces de l’ordre mais pour le moment nous sommes là, nous avons réussi notre pari. Et nous pensons que notre résistance très ferme de ce week-end a pu avoir un effet dissuasif."

Pour preuve de cet optimisme, les opposants ne manquent pas d’idées pour la suite de la mobilisation. Un collectif de Naturalistes en lutte du Bois Lejuc, , à l’image de celui de Notre-Dame-des-Landes, va être lancé samedi 23 juillet. "Ils se chargeront de réaliser des inventaires de la faune et de la flore pour essayer de ralentir les travaux", explique Michel. Enfin, un nouveau temps fort de mobilisation est envisagé les 13 et 14 août.


- Bure (Meuse), reportage

La Maison de la résistance, à Bure, n’avait sans doute jamais vu autant de monde. Samedi matin 16 juillet, c’est près de 500 personnes qui s’y retrouvaient. Objectif : aller occuper le bois Lejuc, situé sur la commune voisine de Mandres-en-Barrois, où l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) veut commencer des travaux préparatoires au complexe Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires.

Sous un soleil radieux, la colonne de manifestants gravissait la colline à travers champs, parvenant au bois Chaufour d’où l’on surplombe le bois Lejuc. En bas du chemin, un barrage de policiers. La colonne descendait sereinement.

 

La confrontation avec les gendarmes - un escadron de la gendarmerie mobile de Strasbourg - s’engage, jets de projectiles par des manifestants cagoulés contre tirs de grenades lacrymogènes. Disposés à la lisière du bois, les gendarmes cherchaient à empêcher les manifestants de pénétrer le bois, où se trouve une plate-forme de chantier installée par l’Andra.

Mais le bois fait plusieurs centaines de mètres de long, et peu à peu, les manifestants s’égaillaient tout au long de la lisière. La ligne des gendarmes s’étirait, mais les 72 hommes ne pouvaient contenir l’entrée dans le bois.

La foule pénétrait dans le bois, les gendarmes se retiraient sur leur position initiale, contrôlant la petite route d’entrée conduisant à la plate-forme. A leur propre surprise, les occupants avaient atteint leur objectif : réoccuper la forêt ! Dans l’après-midi, leur centre d’information, vmc.camp envoyait un message : « A Bure, bois de Mandres partiellement reconquis !! Besoin de monde à nouveau, de matos, de bouffe, que les gens viennent construire et dormir cette nuit et toute la semaine. »

Mais entre les arbres, la bataille s’engageait, la vingtaine de vigiles engagés par l’Andra pour protéger sa plate-forme attaquant les occupants à coups de battes de base-ball ou de manches de pioche. Les gendarmes semblaient les laisser agir pour intervenir ensuite. Des tirs de grenades et de lanceurs de balle de défense s’échangeant avec des jets de pierre. Selon vmc.camp, six manifestants ont été blessés par les vigiles et trois autres par les flash-balls. Quatre personnes ont de surcroît été interpellées et gardées à vue.

La situation se stabilisait cependant, gendarmes et vigiles ne parvenant pas à reprendre le contrôle du bois...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

 

 

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 20:58

 

Source : https://reporterre.net

 

 

À Bure, les paysans se mobilisent contre la poubelle nucléaire

16 juillet 2016 / Gaspard d’Allens (Reporterre)
 

 

 

Le projet de centre industriel de stockage géologique profond (Cigéo) des déchets radioactifs, à Bure, en Meuse, a des conséquences considérables sur le monde agricole et les territoires ruraux. Paysans et paysannes se retrouvent en première ligne, aux côtés des antinucléaires. Reporterre leur donne la parole, alors que ce samedi 16 juillet, se déroule une « manifestation de réoccupation ».

- Bure (Meuse), reportage

Mobilisés de longue date aux côtés des militants antinucléaires contre les visées de l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), paysans et paysannes ont participé à l’occupation du bois Lejuc, il y a trois semaines, près de Bure (Meuse). Certains fournissaient des légumes, du matériel de construction, d’autres dormaient sur les barricades et repartaient à quatre heures du matin pour la traite. Samedi 16 juillet et dimanche, il se retrouvent pour la manifestation de réoccupation de la forêt de Mandres-en-Barrois.


Romain : « Le désert agro-industriel a conduit à la poubelle nucléaire »

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À une des entrées du bois Lejuc.

Ce qui me pousse à la révolte ici à Bure, c’est la résignation. Le besoin de me lever face à l’indifférence. Ce projet titanesque nous écrase et nous dépasse : 130 ans d’exploitation, un coût estimé à 35 milliards d’euros, des déchets radioactifs pour des dizaines de milliers d’années. On se sent impuissant devant tant de démesure.

Cela fait écho à l’histoire de la paysannerie, marquée par les humiliations et le renoncement. On est victime de grands projets industriels — aéroports, autoroutes — souvent inutiles et imposés, et par les directives productivistes de la politique agricole commune. Tout a été fait pour que les paysans disparaissent ou qu’ils soient transformés en «agrimanager». Quand tu ne rentres pas dans le cadre, tu es considéré comme un petit, "tu manques d’ambition".

Avec l’Andra, c’est la même chose. Si tu ne suis pas le chemin qu’elle trace, on te met la pression. On te harcèle. L’Andra fait circuler des rumeurs. Elle attise les tensions. Un jour, elle appelle les agriculteurs pour dire que les opposants à Cigéo vont brûler leurs ballots de pailles. Un autre moment, elle menace un agriculteur impliqué dans la lutte en lui faisant comprendre que la Safer [l’organisme chargé de veiller au foncier agricole] ne renouvellera pas ses baux précaires.

Les paysans sont isolés dans leurs tractations avec l’Andra, qui colonise peu à peu le territoire. Son appétit est sans limite. Elle détient maintenant 1.000 ha de foncier agricole et 2.000 ha de forêt. Depuis septembre, 300 ha ont été retirés de l’usage agricole pour faire des fouilles archéologiques préventives, sans autorisation légale. Ce sont désormais des friches.

Cigéo n’aurait pas pu s’implanter ailleurs. C’est le désert agro-industriel qui a conduit à la poubelle nucléaire. Dans la région, les agriculteurs sont seuls, dépendants de filières longues, surendettés. Ils ont perdu leur autonomie et sont incapables de protester.

L’Andra joue les grands seigneurs et cherche à se rendre indispensable, avec des velléités centralisatrices. Tout doit désormais passer par elle. Les villages se meurent, mais elle veut créer une supérette au sein de son laboratoire.

On pourrait imaginer un autre avenir : pas de mornes monocultures céréalières mais des productions locales, pas de système de distribution standardisé mais des circuits courts. L’agriculture ne se résume pas à des boîtes de conserve ou à des produits industriels, elle peut être vivante et permettre la rencontre autour d’un étal, de la confiance, du lien social.

C’est le sens de notre action ici, retrouver du collectif. On a fait des semis sur les terres appropriées par l’Andra cette année. On souhaite aussi organiser des marchés. L’occupation de la forêt est le prolongement de ces mobilisations pour montrer que le territoire reste toujours en vie.»


Christian et Marie-Jeanne : « Ici, on défend la terre nourricière contre le béton »

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Christian et Marie-Jeanne.

Cela fait cinq ans que l’on vient en Meuse pour s’opposer au projet Cigéo. Nous sommes faucheurs volontaires et syndicalistes à la Confédération paysanne. On a participé en 2010 à la grève de la faim lors de l’occupation de la Maison du lait, à Paris, et en 2014 pour défendre les petites fermes. Nous habitons en Alsace, dans les Vosges, sur le plateau des Hautes-Huttes. Notre fille a repris l’exploitation. Dans notre vie, on s’est toujours battu. Avec notre petit élevage de montagne, nous étions hors norme.

C’est important pour nous de montrer que la lutte à Bure est liée aux questions paysannes. Ici, on défend la terre nourricière contre le béton. Une fois que c’est bétonné, c’est fini, on ne peut plus revenir en arrière. Tant que la terre reste de la terre, il y a un espoir. Dans la région, elle est aux mains des grands céréaliers, mais elle pourra revenir un jour aux paysans.

Si le projet Cigéo aboutissait, des centaines d’hectares de terres agricoles disparaitraient et les derniers céréaliers seraient eux-mêmes condamnés : qui voudrait acheter un grain susceptible d’être empoisonné? Le territoire risque de se transformer en désert.

Voir la forêt de Mandres-en-Barrois grillagée et surveillée par des vigiles nous a beaucoup heurtés le mois dernier. On ne pouvait imaginer qu’elle devienne «la zone des puits» qui aérerait les galeries souterraines remplies de déchets radioactifs. La forêt est un lieu vivant, un bien commun utilisé depuis toujours par les paysans : elle sert de vaine pâture pour les cochons et les vaches. On y ramasse le bois. C’est autant un complément de revenu pour les agriculteurs qu’un espace de liberté.

Avec l’occupation de la forêt, on avait l’impression de participer à une nouvelle forme de résistance. On a apporté notre aide à notre manière. Les paysans assurent d’abord un soutien logistique et matériel. Il faut bien que les occupants mangent! On a collecté de la nourriture auprès des réseaux agricoles, des caisses de courgettes, de choux rouges, de concombres. Un copain paysan-boulanger fournissait les invendus de son marché, un autre, maraîcher, ses excédents. Chacun donne en fonction de ses moyens.

C’est drôle comment ces moments de solidarité nous ramènent à notre rôle premier. Les paysans existent pour faire à manger, pas pour vendre. Beaucoup de personnes que les occupants n’imaginent même pas sont derrière eux. Ils ne peuvent pas se déplacer sur le terrain mais ils nourrissent la lutte.

Nous, les paysans, on n’abandonnera pas ce combat. Quand on commence un travail, on le finit. Tu ne fauches pas ton champ sans ensuite le faner et stocker le foin. Ça ne veut pas dire que tu auras forcément un gain au bout, mais tu le fais par respect pour la nature.

Pendant ces trois semaines d’occupation, grâce aux fêtes, aux banquets, on a planté des graines, on a ancré la résistance. Mais nous ne pouvons pas forcer les saisons. Il faudra être patient, on récoltera ce que l’on a semé dans les prochains mois. La lutte contre Cigéo va s’inscrire dans la durée.»


Jean-Pierre : « Les paysans sont les premières cibles de la répression »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 21:35

 

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A Bure, l’Etat expulse les occupants de la forêt de Mandres-en-Barrois

7 juillet 2016 / Gaspard d’Allens (Reporterre)
 


 

Les gendarmes sont intervenus jeudi 7 juillet au matin pour expulser les opposants au projet de déchets nucléaires qui occupaient la forêt de Mandres-en-Barrois. L’Andra veut y engager des travaux.

 

- Bure (Meuse), reportage

Jeudi 7 juilllet à 6 heures du matin, un important dispositif policier est intervenu dans la forêt occupée de Mandres-en-Barrois où, depuis plus de deux semaines, les opposants au projet Cigeo d’enfouissement des déchets nucléaires campaient. Dans le village, les accès au bois ont été bloqués par les gendarmes. Des habitants, soutiens de la lutte, ont été menacés de garde à vue ou obligés de rester à leur domicile. Le convoi comprenait un bulldozer à l’avant, des centaines de gardes mobiles, et dans les airs, un hélicoptère qui tournait en rase motte autour de la forêt.

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Un important dispositif policier

Il n’y a eu aucune volonté de temporisation ou de négociation de la part des autorités. Les sommations ont été faites en même temps que la charge des gendarmes. A l’entrée du bois, les occupants ont tenté de résister comme ils pouvaient. Les barricades ont pris feu, la police a lancé énormément de gaz lacrymogène. Au milieu des tirs, on entendait des chants, des cris, « Andra dégage ! », « La forêt elle est à qui ? Elle est à nous ! »

Les occupants se sont repliés rapidement, au bout d’une heure. Certains ont coupé à travers champs pour quitter la zone. Pour l’instant, il n’y a pas de blessé même si une ambulance est arrivée.

Plusieurs enfants dormaient sur place, comme c’était devenu l’habitude ces derniers jours. Ils ont réussi à s’échapper. En deux semaines de lutte, de nombreux habitants, paysans des alentours sont venus dans les bois. La journée, des banquets étaient organisés, ainsi que des projections de films en plein air et des chantiers collectifs. Il y avait régulièrement des personnes âgées qui dormaient sur les barricades. Comme Christian, de la Confédération paysanne, mardi 5 juillet. L’occupation s’inscrivait dans une lutte plus large de territoire. Face au danger de l’expulsion, les différentes composantes ont réaffirmé leur solidarité dans un communiqué de presse.

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Des gendarmes parcourent le bois

« Une mascarade juridique »

« On savait qu’il y avait des menaces d’expulsion mais on n’imaginait pas qu’ils allaient arriver aussitôt », raconte une opposante à Cigeo. Les occupants accompagnés par leur avocat, Me Ambroselli, avaient rencontré la directrice du cabinet de la préfecture, mardi 5 juillet. Ils souhaitaient montrer que l’illégalité n’était pas de leur côté. « De multiples procédures juridiques sont toujours en cours : un recours contre une délibération municipale sur l’échange du bois avec l’Andra qui s’est faite en catimini à 6 heures du matin à bulletin secret », observe Etienne Ambroselli, et une plainte pour infraction au code forestier depuis le 22 juin 2016, car l’Andra avait défriché illégalement 9 hectares de forêt ». Les réponses de la préfecture sont restées évasives : « Ils ont fait mine de ne pas connaître le dossier. La directrice de cabinet a pris quatre pages de note et nous a dit : je ferai remonter ces informations », témoigne un membre de la délégation.

Pour Etienne Ambroselli, « c’est à se demander à quoi sert mon métier ? Alors qu’on s’astreint à être légaliste, l’Etat passe en force sans respecter la loi. Nous avions également fait une assignation en référé pour demander au tribunal de grande instance de rétracter l’ordonnance d’expulsion du 23 juin rendue non contradictoirement. Nous étions en pleine procédure juridique et ils ont décidé de nous expulser. C’est une violence institutionnelle ».

 

« Appel à converger massivement vers Bure cet été »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 13:31

 

Source : https://reporterre.net

 

 

A la sauvette, les députés nous engagent pour plusieurs millénaires

30 juin 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)
 

 

 

 

Après de multiples échecs législatifs, le projet d’enfouissement des déchets atomiques est propulsé en vitesse au Parlement. But du gouvernement et des députés : lancer sans discussion ce projet, qui concerne des déchets radioactifs pour des milliers d’années.

Le projet Cigéo, l’acronyme de centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs, prévu à Bure (Meuse), est en train de s’imposer en douce au Parlement : après l’échec de son introduction dans la loi de transition énergétique, il y a exactement deux ans, puis son annulation par le Conseil constitutionnel qui le considérait comme un cavalier législatif au sein de la loi Macron à l’été 2015, le projet d’enfouissement prévu pour 2025 bénéficie cette fois d’une proposition de loi à part entière, déposée par les sénateurs meusiens Gérard Longuet (Les Républicains) et Christian Namy (UDI) et adoptée à la quasi-unanimité par le Sénat, le 17 mai dernier.

Après plus d’une dizaine de tentative d’intrusion dans divers projets législatifs sur ces deux dernières années [1], c’est donc la première fois que l’installation, censée garantir le confinement de résidus actifs pendant plusieurs millénaires, est l’objet direct d’un texte de loi, qui vise à définir « les modalités de création d’une installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue ».

 

« Le débat parlementaire qui était annoncé n’a jamais eu lieu » 

Le gouvernement a choisi de placer ce texte à l’ordre du jour de la session extraordinaire du Parlement qu’il a convoqué pour le mois de juillet. « Le gouvernement souhaite que cela passe rapidement, et on peut imaginer qu’Emmanuel Macron n’y est pas étranger », dit-on dans l’entourage du député PS Jean-Paul Chanteguet, également président de la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale. Cette commission a voté le texte à la quasi-unanimité mercredi matin 29 juin, seule la députée Laurence Abeille ayant voté contre. L’ensemble des députés sera amené à se prononcer sur le sujet en séance publique, à partir du lundi 11 juillet.

Le résultat ne fait guère de mystère : sur le sujet, seuls les députés écologistes s’opposent au projet, bien qu’ils aient perdu leur groupe à l’Assemblée nationale en même temps que leur meilleur connaisseur du dossier avec Denis Baupin. Le vote est d’autant plus acquis que le texte reste largement identique aux précédentes moutures, avec une définition de la réversibilité pratiquement inchangée depuis deux ans. Cela fait de toute façon longtemps que le calendrier originellement prévu par la loi de 2006, qui instaure cette notion de réversibilité, n’est plus respecté : « Le débat parlementaire qui était annoncé pour 2015 n’a jamais eu lieu », souligne Corinne François, du collectif Burestop.

 

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Manifestation d’opposants au projet Cigéo à Paris.

Seule nouveauté, l’introduction d’une « phase pilote » dans ce calendrier. Un leurre selon les opposants, qui y voient un lancement déguisé du véritable chantier Cigéo : « Avec un investissement estimé à 5,7 milliards d’euros et au vu des infrastructures prévues par cette phase, on doute qu’il s’agisse simplement de tester....

 

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Source : https://reporterre.net

 

 

 

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 13:27

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Déchets radioactifs

A Bure, habitants et paysans refusent que leur territoire devienne une « grande poubelle nucléaire »

par

 

 

 

 

Voilà dix jours que des habitants de la Meuse, appuyés par des paysans locaux et des militants anti-nucléaires, occupent le bois communal de Mandres-en-Barrois, près de Bure. En ligne de mire : Cigeo, un projet d’enfouissement de déchets radiotoxiques qui resteront dangereux pendant des milliers d’années. Estimé à 25 milliards d’euros, le projet est porté par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra). Sur ce territoire désertifié sur le plan économique, l’argent distribué par les acteurs de la filière nucléaire affole les calculettes… et entrave les résistances. « L’important pour l’Andra, c’est moins de coloniser l’espace que de coloniser les esprits », dénonce un opposant. Reportage.

 

Pour découvrir ce reportage en grand format, cliquez sur l’image ci-dessous.


Les tranchées dans la rocaille de la Meuse sont encore fraîches. Plusieurs rangées de barricades se devinent quand on s’approche sur ce sentier forestier du bois Lejuc, au nord du village de Mandres-en-Barois. Dimanche 19 juin, lors d’une manifestation festive, des habitants et des militants anti-nucléaires, accompagnés d’agriculteurs et leurs tracteurs en renfort, ont décidé de « libérer » ce bois champêtre en faisant tomber des grillages érigés voilà quelques semaines par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra).

Tous s’opposent à la « grande poubelle nucléaire » que l’État cherche depuis 20 ans à creuser dans le coin. Sur les barricades, les branches de hêtre et de charme se mélangent ironiquement à des grappes de fils barbelés flambant neufs. Ceux-là même qui devaient écarter riverains et curieux. « Le bois communal de Mandres-en-Barrois a été libéré de l’emprise de l’Andra », clament les occupants dans un texte paru le 21 juin [1]. « Les barbelés sont tombés, les vigiles ont déguerpi. La forêt est de nouveau ouverte et accueillante ». L’ordonnance d’avis d’expulsion imminente reçue par les opposants le 28 juin au matin n’entame en rien leur détermination.

 


 

Enfouir des déchets radioactifs pour des milliers d’années

Cette petite guerre de tranchées est un épisode déterminant d’un long feuilleton qui agite depuis bien longtemps le village de Bure, situé à quelques kilomètres du bois occupé. C’est dans ce village d’une centaine d’habitants que l’Andra s’est installée la première fois en 1999, pour y construire un « laboratoire » destiné officiellement à étudier la faisabilité de stocker en profondeur les déchets radioactifs les plus nocifs que l’industrie accumule depuis plus de quarante ans. Le « labo » de Bure est la préfiguration d’une phase industrielle bien plus colossale, joliment baptisée Cigeo – Centre industriel de stockage géologique – nom de code d’un chantier estimé au bas mot à 25 milliards d’euros.

C’est ici, dans le sous-sol argileux de la Meuse, que devraient se creuser des dizaines de kilomètres de galeries à 500 mètres de profondeur pour accueillir 85 000 m3 de déchets radiotoxiques qui resteront dangereux pendant des dizaines, voire des centaines de milliers d’années. Ces résidus dits à « haute et moyenne activité à vie longue » (HMAVL) ne représentent que 3 % environ du volume de tous les déchets produits par la filière [2], mais ils concentrent plus de 99 % de leur radioactivité totale. L’Andra gère un autre site de stockage, dans l’Aude, à Soulaines. Là-bas sont entreposés les résidus les moins toxiques, dits FAVC (à faible activité à vie courte), composés de matériaux faiblement contaminés, n’ayant jamais été en contact avec les produits de fission au cœur des réacteurs.

 

Un territoire peu à peu colonisé par le nucléaire

A Bure et dans quatre autres villages alentour, le laboratoire érigé par l’Andra sur deux hectares, est entouré de grillages et de barbelés. Le site n’a pas été choisi uniquement pour la qualité du sous-sol argileux, mais aussi pour sa faible densité de population (6 à 7 habitants au km2). Le décret d’implantation de l’Andra – signé alors par Dominique Voynet, ministre de l’environnement – date de 1998. Claude Kaiser, membre historique de la coordination Bure Stop qui fédère associations et collectifs opposés aux projets de l’Andra, se souvient d’un rendez-vous obtenu peu après par les opposants avec un conseiller du Premier ministre Lionel Jospin. « Il nous dit d’emblée, “Mettez nous 10 000 personnes dans la rue et là on pourra peut-être commencer à discuter”. On lui répond “mais comment voulez-vous que l’on mobilise autant dans la Meuse ?” Sa réplique, je ne suis pas prêt de l’oublier : “C’est bien pour ça que la Meuse a été choisie” ! »

La désertification économique de ce coin de campagne lorraine s’est aussi avérée déterminante. Le contrat d’objectifs État-Andra 2013-2016 souligne que, parmi les missions de l’Agence, figurent celle d’« être reconnu comme un acteur du développement économique local ». Pour cela, l’Andra préside depuis 2006 un Groupement d’intérêt public (GIP), dont le budget est alimenté par les acteurs de la filière nucléaire. Ce GIP inonde d’argent public tout le territoire, en Meuse et en Haute-Marne, le département voisin. « J’ai cherché d’autres exemples, constate Claude Kaiser, il n’y en a pas ! C’est la toute première fois dans l’histoire des institutions françaises que de l’argent est distribué massivement aux collectivités, associations, entreprises et particuliers. Et ce avant même que le projet ne soit officiellement décidé. »

 


 

« Ici, l’argent de l’Andra divise les familles et brise les amitiés »

Dès 1991, l’État décide de verser 5 millions de francs (MF) par an (760 000 euros environ) aux quatre sites présélectionnés pour l’enfouissement des déchets. Une somme annuelle multipliée par deux en 1995. En 1998, quand Bure est seule en lice, la manne passe à 10 MF par an (1,5 millions d’euros, M€) – mais pour chacun des deux départements, Meuse et Haute-Marne. En 2000, le passage à l’euro affole les calculettes : 18 M€ par an et par département. Puis 20 M€ en 2006, et même 30 M€ depuis 2009 ! « Ici, l’argent de l’Andra pourrit tout, lâche un habitant. Ça divise les familles et brise les amitiés… » Chaque village arbore de magnifiques lampadaires flambant neufs illuminant des trottoirs également neufs. Des salles des fêtes au design soigné poussent comme des champignons. Réhabiliter une grange ou rénover un chemin privé ? Le GIP est à votre écoute. « L’important pour l’Andra, résume un fin connaisseur du dossier, c’est moins de coloniser l’espace que de coloniser les esprits ».

La volonté des élus est de faire de la zone un « pôle d’excellence nucléaire ». Les implantations se sont multipliées : Areva et EDF ont installé leurs archives, EDF a construit un centre de maintenance pour pièces de centrales, Areva une plate-forme logistique pour ses transports de colis radioactifs, et des formations liées aux métiers du nucléaire se sont développées dans les lycées ou universités du coin. Sans oublier la touche « écolo » : panneaux solaires et champs d’éoliennes à tout-va. Et non loin de Bure, le CEA a implanté Syndièse, un centre de recherche sur du « diesel de synthèse », du « biocarburant » conçu à partir de bois… L’association SOS Forêt, membre de Bure Stop, y voit une menace supplémentaire pour la biodiversité du coin.

 

« Il est très difficile de résister à l’annexion des consciences »

Le bois de Mandres est stratégique pour l’Andra et son projet Cigeo, qui nécessitera une emprise sur le territoire – en Meuse mais aussi en Haute-Marne – estimé entre 500 et 600 hectares. Pour s’assurer d’acquérir les parcelles qu’elle convoite pour le chantier Cigeo, elle a, depuis plusieurs années, acquis pour plus de 3000 hectares d’espaces (champs, bois, forêts), en prévision de devoir compenser les propriétaires récalcitrants à céder leurs terres. C’est sur le bois Lejuc que doit être construit une immense plateforme logistique ainsi que les puits de ventilation du futur site de stockage. Pour les premiers militants qui se battent contre cette « poubelle nucléaire » depuis une vingtaine d’années, l’occupation de la forêt de Mandres représente une bouffée d’espoir.

« Je ressens une immense joie et une grande fierté car c’est la première fois que nous nous opposons frontalement à l’avancée des casseurs de l’Andra et des pouvoirs publics », confie Claude Kaiser. « Mais j’ai aussi une angoisse sans nom à l’idée que cette action s’arrête là, faute de défenseurs suffisants, en cas d’expulsion ». Une « maison de la résistance », Bure Zone Libre, existe aussi au village depuis dix ans. Ce point de rencontre est devenu incontournable dans la lutte contre l’Andra. L’été dernier, un « camp anticapitaliste » organisé près de Bure, a galvanisé les troupes et certains militants venus d’ailleurs ont décidé de s’y installer. « Pour la première fois depuis bien longtemps, explique Corinne François, autre figure de la coordination Bure Stop, des habitants osent prendre la parole pour dire non à Cigeo ». « Il y a en ce moment un ancrage local de la lutte qui mobilise villageois, agriculteurs et militants, une cohésion que nous n’avons pas réussi à créer dans les années 2000. »

 


 

Jean-Pierre Simon, agriculteur depuis 35 ans à Cirfontaines, un village de Haute-Marne concerné par Cigeo, a prêté son tracteur pour aider les occupants à tenir le siège du bois Lejuc. Il parle de « rouleau compresseur » et de « chape de plomb » pour décrire les méthodes de l’Andra. « Il est très difficile de résister à l’annexion des consciences, quel que soit sa taille, son statut, son activité dans le secteur. Sans l’occupation du bois, il était difficile de contester les méthodes utilisées, il faut maintenant les montrer et les combattre avec les moyens juridiques dont on dispose. »

 

Bientôt une loi conçue sur mesure ?

Si les opposants ont décidé d’attaquer l’Andra frontalement en se réappropriant le bois de Mandres, en osant faire tomber grilles et barbelés tout en éjectant du lieu une escouade de vigiles, c’est que les travaux engagés dans la forêt ne sont pas anodins. L’an dernier déjà, l’Andra a lancé aux alentours des fouilles archéologiques préventives. Autant de signes, pour les militants, que Cigeo prend forme alors qu’aucune autorisation légale n’a encore été donnée. Il faut en effet une loi en bonne et due forme pour que la phase industrielle du stockage souterrain soit lancée. Or il n’en est rien. Le sénateur Gérard Longuet, fervent partisan de Cigeo comme l’énorme majorité des élus du territoire, a tenté de passer en force en 2015 en déposant un amendement dans la loi Macron. Un « cavalier budgétaire » aussitôt censuré par le Conseil constitutionnel.

Fin mai 2016, Longuet récidive avec une proposition de loi conçue sur mesure pour donner le feu vert à Cigeo. Avalisée par le Sénat début juin, elle sera examinée par les députés le 11 juillet prochain. Il y est question de « réversibilité », une notion qui sous-entendrait que l’on puisse un jour récupérer les fûts de déchets en cas de fuites ou d’accident. « Cela sert avant tout à rassurer la population », martèlent les membres de Bure Stop. « Car réversibilité ne veut pas dire “récupérabilité” des déchets… Aller chercher ce qui fuira n’est pas prévue dans la conception industrielle de Cigeo. C’est juste un mot pour faire croire que les décisions successives ne seront pas irrévocables ».

 

Bataille juridique

Pour l’instant, à l’orée du bois de Mandres occupé, militants anti-Cigeo et officiels de l’Andra se regardent en chiens de faïence. Aussitôt le bois occupé, l’Agence a annoncé dans la presse le dépôt d’une plainte en justice pour occupation illégale. Basta ! a tenté d’en savoir plus : silence radio. Une porte-parole nous a seulement indiqués que les travaux engagés dans le bois étaient destinés à réaliser des « forages géotechniques », « de simples études et non des travaux liés à Cigeo ». Et si des grilles, des barbelés et des vigiles sont apparus dans le bois, c’était, dit-elle, pour « protéger la forêt » après que des « dégradations » aient été constatées dans les arbres, ce qui aurait pu endommager le travail des engins de chantier et de défrichement.

Mais ce sont les anti-nucléaires qui ont dégainé les premiers. Le 23 juin, une plainte pour « infractions au code forestier » que Basta ! a pu consulter, a été déposée sur le bureau du procureur de Bar-le-Duc au nom de quatre habitants de Mandres et d’une demi-douzaine d’associations [3]. « L’Andra a voulu passer en force sans respecter le code forestier », résume Etienne Ambroselli, avocat des plaignants. Un passage d’une note de l’Office national des forêts, daté du 26 octobre 2015, atteste de la précipitation de l’Andra : « L’installation définitive du stockage des déchets nucléaires HAVL et MAVL n’ayant pas encore été entérinée par les représentants de la Nation, il convient de poursuivre les actions mises en œuvre dans le bois Lejuc (entretien des plantations réalisées...) (...) jusqu’en 2018 » [4]. Des observations que l’Agence s’est empressée de ne pas suivre.

 

 

« Ils investissent les lieux en s’estimant au-dessus des lois »

Sur place, les militants ont pourtant constaté qu’au total, 9 hectares du bois convoité ont été défrichés sauvagement, notamment sur les pourtours de la parcelle, opération destinée sans doute à ériger un grillage et un sentier de ronde… Une autorisation spéciale du préfet aurait été nécessaire pour déboiser une telle surface, affirment les plaignants. L’Andra n’a pas répondu à notre message lui demandant de produire cette autorisation. Basta ! s’est par ailleurs procuré un document instructif distribué par la Direction départementale des territoires (DDT) de la Meuse : « Afin de respecter les périodes de nidification de l’avifaune, il est recommandé de ne pas effectuer les travaux de défrichement entre le 15 mars et le 31 juillet » [5].

« C’est typique de l’attitude de l’Andra, tranche un militant qui a constaté les dégâts. Ils investissent les lieux en s’estimant au-dessus des lois. » Le plus grinçant, c’est « l’exposition » que l’Andra propose aux visiteurs au sein de son laboratoire depuis l’an dernier, baptisée « Découverte en forêt ». Au milieu du parcours, un arbre mort laisse apparaître des feuilles vertes en plastique.

Texte : Jérôme Thorel
Photos : Jérôme Thorel sauf celles du potager et du concert (© vmc.camp)

 

Ce reportage est aussi disponible en grand format, ici.

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 13:08

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/juliette-keating

 

 

Gloire à Areva, bienfaitrice de l'humanité !

 
 
 
Areva, on l'encense ou elle se venge. Quand il s'agit d'évoquer la multinationale du nucléaire français, il faut choisir son vocabulaire et plutôt dans le glossaire des louanges, si on ne veut pas être traîné au tribunal. Areva intente un procès en diffamation à Jean-Jacques MU, ancien blogueur du Club Mediapart, pour avoir relayé un article critique de la Coordination Anti-nucléaire du Sud-Est.
 © Fournier (pour la Gueule Ouverte) © Fournier (pour la Gueule Ouverte)

 

Areva, on l'encense ou elle se venge. Quand il s'agit d'évoquer le géant du nucléaire français, il faut choisir son vocabulaire et plutôt dans le glossaire des louanges, si on ne veut pas se voir traîner au tribunal. Déjà en 1974, le canard écologiste antinucléaire La Gueule Ouverte, qui ne mâchait pas ses mots, avertissait ses lecteurs : « les multinationales, fascisme sans frontières. » Heil Areva ! Aujourd'hui la liberté d'informer sur les horreurs et les magouilles du nucléaire ne s'exerce qu'aux risques et périls du citoyen qui se croyait, encore un peu, en démocratie.

Et puisqu'il nous faut savoir que nul n'est assez petit pour l'oser défier, Areva sort le marteau-pilon pour écraser la mouche du coche : JJMU, retraité blogueur, n'appartenant à aucun groupe ni aucun parti. Jean-Jacques MU est poursuivi en correctionnelle par Areva pour diffamation. Le délit ? Avoir relayé un article de la CAN-84 (Coordination Anti-nucléaire Sud-Est) sur son blog hébergé par Mediapart.

 

Jean-Jacques MU © Sophie Leleu/ABC'éditions Jean-Jacques MU © Sophie Leleu/ABC'éditions
 

Le 27 juillet 2014, Areva repère l'article relayé par Jean-Jacques Mu sur les référentiels Mediapart. Les avocats relèvent des termes qui peuvent être traduits pour diffamation devant les tribunaux : ils interpellent Mediapart qui retire immédiatement l'article incriminé. L'affaire aurait pu en rester là. Mais, quelques jours après (le 31 juillet 2014), Areva constate que Jean-Jacques MU a publié un nouveau billet, en retirant les mots qui fâchent, mais qui donne le lien vers le même article de la CAN Sud-Est. Au cours du mois d'août 2014, les avocats de la multinationale ne chôment pas : ils paient un huissier qui trace les codes IP de l'administrateur de la Coordination Anti-nucléaire ainsi que ceux du blogueur. La CAN est un collectif, il n'y a pas d'auteur unique de l'article : qu'importe, Areva porte plainte contre X et... contre Jean-Jacques MU, en s'appuyant sur la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, laquelle stipule que si l'on ne peut condamner l'auteur des termes jugés diffamatoires, on condamnera l'éditeur de ces mots, ses supports, ses diffuseurs, ses colporteurs et donc, au vingt-et-unième siècle, ses blogueurs-relayeurs.

 

Jean-Jacques MU risque une condamnation pour avoir diffusé sur son blog un article de la Coordination Anti-nucléaire du Sud-Est, qu'il jugeait important de porter à la connaissance du public.

De quoi s'agissait-il ? Du conseil municipal d'Avignon et de la signature d'un contrat entre la ville et la Fondation Areva. Comme toutes les multinationales bienfaitrices de l'humanité, Areva possède une fondation qui subventionne, entre autres, des projets éducatifs. Mieux vaut fourrer très tôt dans la tête des « enfants de ZEP » la propagande les conditionnant à aduler les ogres du profit qui les exploiteront toute leur vie en détruisant la planète : ça coûte pas cher et ça rapporte gros. Et comme l’Éducation nationale a les poches de plus en plus vides, l'argent, même radioactif, n'a plus d'odeur. L'article de la CAN84 reproche vertement à certains élus EELV de n'avoir pas voté contre la signature de ce contrat avec la Fondation Areva : ils n'ont pas voté du tout, en sortant de la pièce au moment opportun.

Areva n'était donc qu'un point secondaire de l'article relayé par Jean-Jacques MU, qui visait le conseil municipal d'Avignon. Pourtant, la multinationale attaque la CAN84 et le blogueur, pour une poignée de formules qu'elle estime diffamatoire parce qu'elles sont critiques. Laisser parler à son sujet de « géant de la mort nucléaire », c'est mauvais pour l'image de la marque, et tant pis si, depuis les sales mines d'uranium jusqu'à son exploitation dans les centrales, la tambouille nucléaire n'a rien de propret ni de favorable à l'avenir radieux que nous promettent les publicités. Braves gens, n'évoquez jamais « les crimes d'Areva », quand il vous revient en mémoire que le nucléaire, ce fleuron de l'industrie française, fait planer sur des populations entières des risques permanents. Oubliez Fukushima, oubliez Tchernobyl, oubliez les cancers de la thyroïde qui frappent massivement les populations d'enfants contaminés lors des catastrophes nucléaires qui ont détruit leurs villes, ne prononcez pas les mots « contaminer et tuer des enfants », ils pourraient être mal perçus par la susceptible Areva qui n'hésitera pas à vous coller un procès.

Il est bien évident que le relais, in-extenso pendant seulement 24 heures, d'un article de la CAN84 sur le blog de Jean-Jacques MU, n'a pas porté atteinte aux affaires notoirement florissantes de la multinationale du nucléaire. Areva, qui réussit l'exploit de se mettre en danger économique tout en brassant des milliards, supporte très mal les critiques des simples citoyens et montre une exigence bien plus grande sur les mots contenus dans un article relayé par un blog que sur la sécurité des travailleurs dans ses mines d'uranium au Niger.

Puisque ce sont les libertés d'information et d'expression que menace Areva à travers ce procès en diffamation qui se tiendra au TGI de Paris le 30 août 2016, il nous revient de soutenir Jean-Jacques MU, en faisant largement connaître cette affaire, en étant présent devant le tribunal le jour du procès, en participant à la cagnotte qui lui donnera les moyens qu'il n'a pas, pour préparer sa défense.

A l'heure où les multinationales font condamner les lanceurs d'alerte et traquent les citoyens ordinaires qui osent les critiquer, répondons : non, nous ne nous tairons pas !

Lire l'article de Corinne N sur son édition

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Source : https://blogs.mediapart.fr/juliette-keating

 

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/edition

 

 

Quand Areva s'attaque à un «pôt de terre»... Aidons notre ami JJMU !

 
 
 
La multinationale AREVA intente un procès en diffamation à JJMU pour avoir relayé un article d’anti-nucléaires qui dénonçait fin juillet 2014 ses pratiques d’auto-promotion au sein d’établissements scolaires de la ville d’Avignon...

La multinationale AREVA m’intente un procès en diffamation pour avoir relayé un article antinucléaire qui dénonçait fin juillet 2014 des pratiques d’autopromotion au sein d’établissements scolaires de la ville d’Avignon. Face au droit, j’ai la loi pour moi, ma bonne foi, la liberté d’expression, mes propos mesurés, la vérification de sources authentiques et fiables (CRIIRAD, Observatoire du nucléaire, Sortir du nucléaire...). Je me sens capable de me présenter au tribunal sans avocat, j’ai seulement besoin de sérénité à partir de conseils judicieux qui m’éviteraient des contre-sens et de grossières erreurs qui pourraient m’être fatales. Les frais de conseils juridiques, de consultations de dossiers, d'envois des pièces et de reprographie, de circulation... dépassent la retraite que je touche. Votre relai renforcera mon énergie et la confiance dont j'ai à me remplir avant la convocation au TGI de Paris le mardi 30 août 2016, à 13h 30. Votre soutien, vos réseaux et vos dons, si modestes soient-ils, me seront précieux.

D'avance merci.

Jean-Jacques M’µ" (blog Mediapart de JJMU)

(pdf, 1.7 MB)

Pour lui venir en aide, lui apporter des conseils... cliquer ici !

Nous pourrions être nombreux à être attaqués par Areva pour la même raison...

 

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/edition

 

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 16:30

 

Source : https://reporterre.net

 

 

Les opposants antinucléaires occupent une forêt pour bloquer les travaux de CIGEO

20 juin 2016 / Gaspard d’Allens (Reporterre)
 


 

Habitants, paysans et opposants au nucléaire ont commencé dimanche 19 juin une occupation de la forêt de Mandres. L’Agence des déchets radioactifs y avait commencé des travaux sans autorisation.

 

- Bure (Meuse), reportage

A la lisière de la forêt de Mandres-en-Barrois, en Meuse, une barricade a été érigée. Entre les branchages, un slogan tagué : « On entend à nouveau le chant des oiseaux. » Quelques personnes montent la garde et observent les gendarmes à cinq cent mètres. Le climat est tendu mais la jubilation se lit sur les visages.

« Nous avons temporairement libéré le bois communal . » Un campement a été monté avec une cabane baptisée « La salle à Mandres » et des plateformes perchées dans les arbres. Dimanche 19 juin, deux cent personnes, opposants au nucléaire, habitants, associations et collectifs ont décidé de reprendre cette forêt des mains de l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Depuis deux semaines, elle y avait commencé ses travaux. Arbres arrachés, ornières creusées par les machines, barbelés en bordure de chemins : la forêt ressemblait à un champ de bataille.

 

La forêt est un commun

« Le bruit des arbres qui craquaient sous les assauts des abatteuses nous étaient insupportable, raconte une habitante. Nous ne pouvions imaginer que la forêt devienne, comme le souhaite l’ANDRA, ’la zone des puits’ . » Un espace qui servirait à ventiler les galeries souterraines, où seraient stockés les déchets radioactifs du projet CIGEO, toujours sans existence légale.

Un lien fort unit les habitants à leur forêt, grande de 300 hectares et vieille de plus de trois siècles. Sous la canopée des grands chênes, « on fait nos affouages pour nous chauffer, on flâne, on chasse, on se promène, on cueille. Elle fait partie de notre vie », dit Anthony. « Le bois appartient à toutes et à tous », ajoute sa compagne, Fanny. Entre souvenirs et usages collectifs, la forêt reste un commun. A préserver.

Mais à plusieurs reprises, l’ANDRA a menacé cette parcelle. En 2013, elle a agité ses millions et ses promesses d’emploi. « L’ANDRA nous disait qu’elle allait donner du travail aux cinq prochaines générations », témoigne un ancien élu. Lors d’une consultation, la majorité des habitants de Mandres a quand même voté non. Eté 2015, l’agence est revenue à la charge. « A six heures du matin, le nouveau conseil municipal a adopté l’échange du bois à 7 voix contre 4 . » Aux alentours, l’ANDRA s’est constituée un empire foncier – près de 2.000 hectares de forêts - pratique pour favoriser les échanges amiables.

Des associations et des collectifs se sont mobilisés pour dénoncer cette discrète sratégie. Des réunions publiques ont été tenues et un recours administratif déposé pour faire annuler la délibération. Mais le recours n’est pas suspensif et n’empêche pas le début des travaux. Chez les opposants, « on n’est pas dupe. Ce n’est pas uniquement devant les tribunaux qu’on enterrera un projet aussi vital et stratégique pour l’Etat et sa filière nucléaire ». L’occupation et le blocage physique semblaient également nécessaires.

 

« Un acte de sabotage collectif et joyeux »

Depuis dimanche après-midi, une troupe hétéroclite a pris possession de la forêt. On retrouve des jeunes et des moins jeunes, la Confédération paysanne, l’association Bure stop, « Des habitants d’ici et d’ailleurs ». L’ambiance de la journée était chaleureuse mais déterminée.

Au cours de la manifestation, on improvise des chansons entonnées à multiples voix :

« Promenons nous dans les bois
tandis que l’Andra n’y est pas »

En même temps que l’on distribue des outils : scies, pinces, tenailles, perceuses... certains se camouflent avec des masques d’animaux, faits maison, d’autres restent à visage découvert.

« Les petits renards, les hiboux, les coucous
Aujourd’hui, on occupe tout »

Arrivés dans la forêt, les opposants démontent les grilles et enlèvent les barbelés. Les vigiles fuient. Un gendarme débarque : « Tant que vous ne vous attaquez pas aux personnes on ne chargera pas. » Les opposants le prennent au mot et s’intéressent aux matériels. S’en suit « un acte de sabotage collectif, assumé et joyeux » selon les dires d’un opposant. Chacun voit dans ce geste « une portée politique » légitime face « à l’arrogance de l’Andra et au vol du territoire ». D’après une autre manifestante, « en occupant concrètement la forêt, on reprend la main sur un projet refusé depuis plus de 20 ans. On tente d’avoir une prise sur un ennemi qui, partout ailleurs, s’est rendu insaisissable ».

 

« Pour un été d’urgence »

Pour passer la nuit, des agriculteurs bloquent l’accès avec leurs tracteurs. Des tentes sont installées pour la cinquantaine de personnes restant dormir. Une cantine nourrit la troupe. « Le pique-nique se veut interminable », affirme un opposant, « au-delà d’une action ponctuelle, notre occupation est un appel à converger largement vers Bure dès maintenant. Elle marque le prélude d’un été mouvementé »....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 20:30

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

EDF veut reporter le démantèlement de ses centrales

5 juin 2016 | Par martine orange
 
 
 

Les tours de passe-passe comptable pour masquer les coûts cachés du nucléaire continuent. EDF a annoncé à l’Autorité de sûreté nucléaire son intention de reporter de « plusieurs décennies » le démantèlement des centrales arrêtées, dans le but d'améliorer son bilan. Au mépris de la sécurité collective.

Après l’allongement de la durée de vie des centrales, le report du démantèlement. Les tours de passe-passe comptable pour masquer les coûts cachés du nucléaire se poursuivent. En effet, sans crier gare, EDF semble bien vouloir changer ses engagements en matière de démantèlement de centrales nucléaires. Revenant sur toutes les dispositions légales et de sécurité prises, EDF envisage désormais d’étaler la déconstruction de ses centrales fermées sur plusieurs décennies voire jusqu’au début du XXIIe siècle. Les arrière-pensées d’EDF sont à peine voilées : tout se met en place, avec ce décalage, pour qu’à terme le groupe transfère toutes les charges de la fin de la vie des centrales et du nucléaire à quelque structure de défaisance, et en fasse assumer le coût par la collectivité.

C’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), manifestement surprise et furieuse, qui a dévoilé le pot aux roses dans un communiqué le 2 juin (lire ici). Lors d’une audition des responsables d’EDF le 29 mars, elle a découvert que l’électricien, selon ses termes, avait changé de « stratégie » en matière de démantèlement de centrales nucléaires de première génération. « Cette nouvelle stratégie conduit à décaler de plusieurs décennies le démantèlement de certains réacteurs au regard de la stratégie affichée par EDF en 2001 et mise à jour en 2013 », indique l’ASN dans son communiqué. L’autorité précise qu’elle attend des explications de la part du groupe et qu’elle analysera avec précision si ses intentions sont conformes avec ses obligations de sécurité et législatives.

 

Centrale de Chinon © EDF Centrale de Chinon © EDF
 

La loi stipule qu’EDF doit s’engager, sans période d’attente, à déconstruire les centrales arrêtées « dans les meilleurs délais ». Ces dispositions concernent pour l’instant les centrales de première génération, construites toutes à partir de la technologie uranium naturel graphite-gaz (UNGC), une technique abandonnée à la fin des années 1960 au profit de la technologie à eau pressurisée. Six centrales sont concernées. Trois sont implantées sur le site de Chinon (Indre-et-Loire), deux à Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), une au Bugey (Ain).

 

Selon le calendrier fourni par EDF, le démantèlement de toutes ces centrales devait être achevé en 2045. Désormais, le groupe public se refuse à fournir la moindre date, estimant qu’il a besoin de plus de temps et de « retour d’expérience », à la suite d’un changement d’approche sur la méthode de démantèlement de ces centrales.

Jusqu’alors, les ingénieurs d’EDF envisageaient de recourir à un démantèlement sous l’eau des différents éléments des centrales, afin de limiter les risques de radioactivité. « Après examen, nous avons estimé que les technologies envisagées présentaient des risques beaucoup trop importants, et qu’il fallait abandonner le démantèlement sous eau », a expliqué au Monde Sylvain Granger, chargé des questions de démantèlement à EDF, mettant en avant les risques de corrosion et de fuites liquides.

Désormais, EDF envisage de recourir à une technique « sous air », ce qui lui permettrait d’utiliser plus commodément des robots. Mais elle estime qu’il lui faudra des années, peut-être vingt ans, afin de bien mettre au point cette nouvelle technique. Et pour ne rien laisser au hasard, EDF milite pour commencer par une seule centrale – celle de Chinon –, afin de tester les méthodes et les techniques idoines, avant de s’attaquer aux autres. Compte tenu des délais annoncés par EDF, la déconstruction de la première centrale ne devrait pas être achevée avant 2060. Quant aux autres, cela pourrait courir jusqu’au début de l’autre siècle. Peut-on encore parler de démantèlement « dans un délai aussi court que possible », s’interroge l’ASN ?

Depuis le lancement des premiers réacteurs nucléaires, il est prévu qu’EDF en assume la fin de vie et le démantèlement. Ces centrales graphite-gaz sont toutes arrêtées depuis plus de vingt ans. Comment expliquer qu’EDF réalise seulement maintenant qu’elle a fait fausse route dans le choix des techniques de démantèlement ? Comment a-t-elle analysé les expériences entreprises à l’étranger ?

L’étonnement de l’ASN en découvrant ce changement de technique est compréhensible. Avant cette réunion de mars, les responsables d’EDF ne lui en avaient jamais parlé. Aucune référence n’est faite à ce sujet dans le rapport annuel de 2015, alors que, selon les responsables d’EDF, cette stratégie est actée depuis l’an dernier. Sans aucune concertation, le groupe décide ainsi de s’affranchir de ses engagements passés, et même des dispositions législatives prises, bien que tous les textes aient été écrits quasiment sous sa dictée.

On en comprend la finalité. En repoussant sur des décennies le démantèlement de ses centrales, EDF allège mécaniquement la pression financière induite. Depuis longtemps, des experts – pas seulement des détracteurs du nucléaire – disent qu’EDF sous-estime le coût de démantèlement. Le groupe a toujours assuré que les charges de fin de vie du nucléaire étaient incluses dans la vente des prix de l’électricité.

Il a provisionné 23,4 milliards d’euros pour les coûts futurs de démantèlement dans ses comptes de 2015. Mais ce montant est appelé à diminuer si le réseau de distribution (RTE), qui figure parmi les actifs dédiés pour financer le démantèlement des centrales, est privatisé, comme le souhaite le gouvernement. Un rapport de la Commission européenne, publié début 2016, chiffre le coût de fin de vie des centrales françaises (déconstruction et gestion des déchets) à 74 milliards d’euros.

Au moment où EDF, pris en étau par la baisse des prix de l’électricité et la montée de ses obligations – notamment le grand carénage estimé à 100 milliards d’euros d’ici 2030 par la Cour des comptes –, affiche un bilan dégradé, tout report sur les dépenses de vie des centrales serait le bienvenu. L’habillage de bilan pourrait continuer pour masquer le coût réel du nucléaire. Le seul rempart à cette dérive est l’ASN, dernier gardien du respect des engagements pris et de la sécurité nucléaire.

Car le gouvernement, lui, affiche un soutien sans faille à EDF, dans son souci de maintenir « la filière nucléaire française » et lui souffle même sa conduite. L’État s’apprête à souscrire pour les trois quarts de l’augmentation de capital de 4 milliards d’euros, qui doit être lancée le 29 juillet, afin de permettre la réalisation des projets les plus aventureux, comme celui d’Hinkley Point. Pendant ce temps, la sécurité des populations, la gestion de fin de vie du nucléaire peut attendre. Au risque d’accroître les dangers, les problèmes et les coûts. Ce sera aux générations futures d’en assumer la charge. L’important pour les responsables d’EDF comme pour le gouvernement, c’est le résultat à trois mois.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Nucléaire
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