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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 17:08

 

Marianne+

 Dimanche 19 Mai 2013 à 10:00

 

Jacques Julliard

 

La question animale sera l'une des interrogations majeures de notre siècle. C'est en puisant dans les ressources profondes de l'humanisme, athée ou religieux, que nous trouverons les ressources pour en finir avec la barbarie qui fait de l'homme moderne, du grand beauf carnivore, l'exterminateur aveugle de toutes les autres créatures.

 

Pourquoi mange-t-on les animaux ?

Oui, au fait, pourquoi ? Depuis un certain temps nous ne nous mangeons plus entre nous. L'anthropophagie est considérée aujourd'hui comme un crime, à l'égal de l'inceste. Quant aux animaux susceptibles de nous manger, nous ne manquons pas de les qualifier de «féroces». Alors pourquoi trouvons-nous normal et sain de manger les autres espèces ?

Il y a à cela trois raisons :

- D'abord, la raison du plus fort. Depuis l'invention des armes à feu, le combat entre l'homme et l'animal est devenu inégal, et la planète s'est muée en un gigantesque camp d'extermination menée au nom de l'espèce supérieure.

- Parce que nous continuons de nous considérer comme la seule espèce douée de raison ou, mieux, de conscience de soi. Or, les études éthologiques les plus récentes montrent que des espèces supérieures sont douées de formes assez élaborées de cette conscience. Du reste, à supposer que nous soyons la seule espèce consciente, on ne voit pas en quoi cela nous conférerait le droit de faire souffrir, de tuer et de manger d'autres espèces, dont nul ne doute aujourd'hui que, à défaut de raison, elles soient douées de sensibilité.

- Parce que, dans la théologie chrétienne, l'homme est la seule espèce créée à l'image de Dieu. Jésus est mort sur la croix pour tous les hommes, pas pour les bonobos ou pour les autruches. «Dieu se soucie-t-il des bœufs ?» demande saint Paul. Cette exception humaine faite par le christianisme a fondé des origines jusqu'à nos jours, en passant par Descartes et Kant, le refus de considérer l'animal comme une fin ; ce ne serait qu'un instrument, une «machine». C'est pourquoi il faut se réjouir que le nouveau pape ait pris symboliquement le nom de François, en souvenir de saint François d'Assise, la plus grande figure chrétienne favorable aux animaux.

La France, pays de chasseurs, de gastronomes et de catholiques, accuse aujourd'hui un retard considérable par rapport aux pays anglo-saxons, où l'on ne chasse plus guère que le renard, où l'on mange assez mal, et où l'on est plutôt protestant. C'est pourquoi il faut marquer d'une pierre blanche la parution en français d'un livre de haute tenue* sur la question animale, sous la forme d'entretiens avec trois des principaux défenseurs de cette cause, Boris Cyrulnik, éthologue, Elisabeth de Fontenay, philosophe, et Peter Singer, fondateur du Mouvement de libération animale.

De l'un à l'autre, les différences sont sensibles. Singer se réclame de l'utilitarisme anglais de Jeremy Bentham (1748-1832) ; il ne considère pas en priorité la raison, mais la sensibilité, c'est-à-dire en l'occurrence la capacité de souffrir, sans distinction d'espèce. Il n'a pas de mots assez durs contre l'espécisme, c'est-à-dire la théorie de l'exception humaine, que rien à ses yeux ne justifie. Tout être sentant a droit à ce que l'on minimise sa souffrance. Comme première étape, Singer a proposé en 1993, avec la philosophe Paola Cavalieri, le «Projet grands singes», qui étend aux chimpanzés, aux gorilles et aux orangs-outans un certain nombre de droits comme le droit à la vie, à la liberté individuelle, à l'intégrité corporelle.

Boris Cyrulnik n'est pas loin de partager ce point de vue. Le grand mérite de sa contribution est d'établir la continuité, au sein du vivant, entre l'homme et le reste des créatures. Vision optimiste qui montre les progrès faits dans l'esprit humain par la prise de conscience de cette solidarité et dans la lutte contre les préjugés.

Le point de vue d'Elisabeth de Fontenay est le plus nuancé, parfois le plus embarrassé. Tout en luttant contre la philosophie du «propre de l'homme», cette disciple de Diderot n'insiste pas moins sur la parole et le projet qui font à chaque instant de l'homme une créature au-delà de sa propre espèce. A la fois, elle maintient l'exception humaine, tout en considérant la continuité dans l'échelle du vivant et la nécessité de procéder par étapes.

Pourquoi donc poser la question animale provoque-t-il un tel malaise dans la conversation, comme s'il s'agissait d'une incongruité ? Car on ne saurait discuter des droits des animaux sans soulever la question de l'identité humaine. Or, c'est un fait : depuis que l'homme européen ne croit plus en Dieu, il ne sait plus très bien ce que c'est que l'homme. Il ne sait plus qui il est ; et, comme le petit Blanc sudiste américain, il insiste d'autant plus sur la barrière raciale qui le sépare du Noir qu'il n'est plus tout à fait sûr d'être vraiment différent de lui. Paradoxalement, l'espécisme révèle une incertitude radicale sur l'espèce elle-même, avec l'inquiétude profonde qu'elle génère.

Or, c'est un fait : désormais la question animale est posée ; elle sera centrale dans le siècle que nous vivons. A ceux qui s'inquiètent de ce prélèvement sur la compassion envers nos semblables au profit de l'animal, on répondra que la plupart des défenseurs des droits de l'homme furent des tenants de la cause animale. Pour la France, Voltaire, Victor Schœlcher, Hugo, Jaurès, Clemenceau, Zola, Anatole France. Pour beaucoup d'entre nous, les abattages massifs, lors de la peur de la vache folle, les bûchers, les brasiers où l'on jeta en masse ces monceaux de cadavres, tirés par des grues, ont servi de révélateur. Elisabeth de Fontenay le dit très bien. Ce n'étaient pas les vaches qui étaient folles, ce sont les hommes qui l'étaient devenus. Et à ceux qu'inquiète un rapprochement sacrilège de l'holocauste animal avec l'holocauste nazi, on rappellera que ce sont souvent aux victimes de la Shoah que la compassion est venue spontanément. Citons encore des écrivains juifs, par exemple Isaac Bashevis Singer, Elias Canetti ou Romain Gary.

C'est en puisant dans les ressources profondes de l'humanisme, athée ou religieux, que nous trouverons les ressources pour en finir avec la barbarie qui fait de l'homme moderne, de l'homme industriel, du grand beauf carnivore, le tortionnaire imbécile et l'exterminateur aveugle de toutes les autres créatures.

* Les animaux aussi ont des droits, de Boris Cyrulnik, Elisabeth de Fontenay, Peter Singer. Entretiens réalisés par Karine Lou Matignon, avec la collaboration de David Rosane, éditions du Seuil.

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 16:57

 

Rue89

« Terreur d’extrême droite » 19/05/2013 à 18h42
Elsa Fayner | Journaliste Rue89

 

 

 


Un migrant soigné par Médecins du monde en Grèce. (Médecins du monde)

Ismaël a 14 ans. Il vient d’Afghanistan, vit à Athènes, et il témoigne dans une vidéo diffusée par l’ONG Médecins du monde :

« Je suis descendu du métro à la station Attiki, et j’allais chez moi. Trois hommes sont venus derrière moi, ils m’ont tapé sur l’épaule et m’ont demandé d’où je suis.

Quand j’ai dit que je venais d’Afghanistan, ils ont commencé à me frapper. L’un d’eux m’a frappé au visage avec une bouteille de bière. Je me suis évanoui. [...]

Je n’ai pas pu les voir très bien [...]. Ils portaient tous les mêmes vêtements noirs, avec le même symbole. Je ne connais pas vraiment ce symbole. Il y a deux branches de laurier qui se rejoignent en bas et au milieu un symbole, mais je n’ai pas bien compris ce que c’est. »

Ismaël raconte qu’un passant l’a trouvé et emmené à l’hôpital. Après avoir été soigné, l’adolescent a été placé sous la protection du procureur et de Médecins du monde, qui gère un centre d’accueil pour les mineurs réfugiés. Sur le visage du garçon, l’ONG a compté 30 points de suture.

Tandis que le Réseau de recensement de la violence raciste dénombre, en 2012, 154 « incidents de violence raciste contre des réfugiés et des migrants » (sachant que de nombreux incidents ne sont pas déclarés). Plus précisément, commente Nathalie Simonnot, de la direction de Médecins du monde :

« Le plus courant, ce sont les attaques au couteau, au bâton ou à la matraque électrifiée, la nuit, sur des gens isolés, jamais des groupes. »

« Vous ne deviendrez jamais grecs ! »

Pour Yannis Androulidakis, journaliste à To Vima (l’un des journaux les plus vendus du pays), ces attaques ne sont pas nouvelles, mais elles sont devenues plus fréquentes, et plus violentes.

En 2010 déjà, un interprète afghan de Médecins du monde avait été « massacré par une bande de dix types avec des battes, et laissé pour mort par terre », poursuit Nathalie Simmonot. Il a passé un mois à l’hôpital et, depuis, poursuit l’humanitaire, il a peur de se déplacer seul dans la rue.

En mai 2012, lors d’un meeting, une quinzaine de militants du parti d’extrême-droite l’Aube dorée – dont le symbole rappelle la croix gammée entourée de lauriers – avaient agressé un jeune homme pakistanais dans une station de métro d’Athènes.

La bande a pénétré dans la station en criant : « Vous ne deviendrez jamais grecs ! », raconte Global Voices : « Ils ont repéré l’homme, qu’ils ont jeté au sol et roué de coups, sous les regards des voyageurs choqués. »

Peu après, six activistes d’extrême droite avaient été arrêtés, soupçonnés d’avoir attaqué le domicile de quatre immigrés égyptiens dans la banlieue portuaire d’Athènes.

Plus récemment, en janvier, un jeune Pakistanais n’a pas survécu aux coups de poignards de ses deux agresseurs. Chez l’un d’eux, un pompier grec de 29 ans, la police a retrouvé des dizaines de tracts d’Aube dorée, relate La Libre Belgique.

Il y a moins d’un mois, enfin, dans la région de Manolada, des exploitants agricoles ont ouvert le feu sur les travailleurs migrants venus réclamer leur paie. Trente d’entre eux ont été blessés, comme le raconte le reporter du site Myeurop.com.

Les violences à la campagne, « ce n’est pas spécialement politique »

La violence des villes n’est cependant pas à mélanger avec celles des champs, prévient Yannis Androulidakis.

Dans les campagnes, tout d’abord, des agriculteurs qui font travailler des ouvriers agricoles sans-papiers ont toujours utilisé la menace pour ne pas les payer, raconte le journaliste. « Là, ça n’est pas spécialement politique, ni organisé, il n’y a pas toujours Aube dorée derrière. » Sauf que « d’habitude, les contremaîtres appellent la police pour dénoncer des sans-papiers, et ne tirent pas 60 coups de feu... »

Katia Zagoritou, du Mouvement de défense des droits des immigrés et des réfugiés, à Patras, confirme :

« Il y a vingt ans, c’était contre les Albanais. Mais aujourd’hui, ça devient plus dur, les agriculteurs utilisent des armes à feu. C’est la grande nouveauté : les armes, les bouteilles. A la campagne comme en ville. »

Dans les villes, Aube dorée aux manettes

A Athènes, constate Yannis Androulidakis, les agressions sont « plutôt organisées par Aube dorée », le parti politique né en 1992 et qui a obtenu plus de 5% des voix à Athènes en 2010.

Ces attaques-là se sont multipliées depuis trois ou quatre ans, selon le journaliste, connaissant leur apogée durant les années 2011 et 2012, avant les élections qui ont mené Aube dorée au Parlement :

« Avant, des gens défilaient avec des drapeaux d’Aube dorée et tabassaient des immigrés. Depuis qu’il est au gouvernement, le parti se prétend fréquentable, et soutient moins ouvertement de tels actes. »

Pour Katia Zagoritou, qui s’appuie sur le rapport du Réseau de recensement de la violence raciste, l’élection n’a rien changé :

« Depuis trois ans, nous constatons une très forte augmentation des attaques racistes. »

La crise n’est pas la seule responsable

Quand les premiers immigrés sont arrivés au début des années 90, à la chute des pays des l’Est, ils ont effectué « le travail que les Grecs ne voulaient pas faire, aux champs, pour une bouchée de pain, sans sécurité sociale, du matin au soir », rappelle l’avocat Georgios Athanassakis. Mais ensuite, les flux se sont énormément intensifiés et, aujourd’hui, 80% des migrants passent par la Grèce, dans l’espoir de gagner l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou la France.

Or, avec la procédure européenne de Dublin II, quand un migrant est arrêté en Europe, il est renvoyé dans le pays par lequel il y est entré. La Grèce donc, majoritairement. Alors que le système de demande d’asile grec fonctionne mal (il est repensé actuellement).

Au même moment, la crise économique frappe la Grèce. Le chômage passe de 9% fin 2010 à plus de 27% début 2013. La pauvreté explose. Les acquis sociaux, pour ceux qui travaillent, sont dynamités. Et le tissu social se délite.

Les immigrés ne sont pas tant désignés comme étant ceux qui prendraient le travail des Grecs. Ils sont plutôt dénoncés comme étant ceux qui « polluent la ville, commettent des crimes, plongent le pays dans le Tiers-monde », racontent les personnes interrogées.

Bref, « la crise et les politiques d’austérité sont l’étincelle qui ont mis le feu aux poudres », analyse Fabien Perrier, journaliste à L’Humanité et spécialiste de la Grèce. « La crise n’explique pas à elle seule ces violences racistes. C’est une rencontre de plusieurs facteurs : une politique migratoire européenne, une évolution politique grecque vers l’extrême droite, et des mesures d’austérité drastiques. »

Un climat de « terreur d’extrême droite »

Pour preuve : les étrangers ne sont pas les seuls visés par Aube dorée. Les homosexuels sont également attaqués, ainsi que des militants d’extrême gauche.

Autre signe inquiétant : les agressions contre les immigrés sont parfois perpétrées par des policiers, comme le constate le Réseau de recensement de la violence raciste.

Ce que redoutent les personnes interrogées, d’ailleurs, c’est d’être les prochaines victimes, sentant leur Etat s’éloigner un peu plus d’une démocratie qui protège ses citoyens. Elles citent de récentes décisions du gouvernement pour appuyer leurs craintes :

  • l’interdiction de grèves ;
  • la présence de policiers pour casser les manifestations, raconte Georgios Athanassakis, avocat ;
  • la décision du gouvernement de placer dans des camps militaires les citoyens condamnés pour « crimes financiers » et « infractions mineures ».

Ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Réagissant au recensement des agressions racistes, Nils Muiznieks, commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, s’est déclaré préoccupé. Pour lui, la Grèce en est au premier stade d’une « terreur d’extrême droite ».

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 16:47

 

 

Rue89 - Blog

Rue89 Making of

Publié le 19/05/2013 à 16h44

 

 

Myriam Revault d’Allones au Théâtre du Rond Point (Vents contraires)

 

 

La philosophe Myriam Revault D’allonnes était récemment l’invitée du cycle « Trousses de secours » au Théâtre du Rond-Point, en partenariat avec Rue89. Son propos : ét si la crise sans fin dans laquelle nous sommes enfermés n’était pas à lire comme un concept accablant qui définirait l’échec de la modernité, mais plutôt comme une métaphore indiquant notre capacité à inventer sans cesse du nouveau, de génération en génération ?

En effet, la crise est trop souvent perçue telle une cage d’acier dans laquelle nous voilà irrémédiablement prisonniers – une image lancée par le penseur du capitalisme Max Weber.

La philosophe Myriam Revault d’Allonnes nous propose de suivre au contraire la pensée d’Hannah Arendt : selon la grande théoricienne du politique, nous avons l’opportunité de saisir la crise de la modernité comme une brèche, une ouverture par laquelle passer pour inventer de nouvelles réponses et ainsi créer le monde qui vient...

Plusieurs riverains avaient pu assister à certaines des représentations du cycle au Théâtre du Rond-Point ; pour tous, voici un extrait vidéo :

 

A écouter ici

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 16:26

 

Rue89

 

Entretien 19/05/2013 à 16h25
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

 

Après s’être rendu dans les zones de Libye sous contrôle islamiste, Samuel Laurent montre comment l’intervention voulue par Sarkozy a déstabilise toute la région.

 


Sahelistan

Samuel Laurent est un personnage inclassable.

Ni journaliste, ni diplomate, ni chercheur, il s’aventure là où plus personne n’ose aller : au plus près de la mouvance jihadiste du Sahel, dans cette zone grise où se mêlent idéologie, terrorisme, trafics en tous genres, et, surtout, où la vie humaine ne coûte pas cher.

C’est un homme d’apparence lisse, qui publie un livre où il faut le croire sur parole. Consultant pour des entreprises chinoises, cet auteur atypique...

  • plonge dans le maelstrom libyen post-Kadhafi,
  • se frotte aux brigades islamistes qui mettent le pays en coupe réglée,
  • fait parler ceux que l’on entend rarement,
  • et débusque au passage les idées reçues en Occident, singulièrement en France.

Au cœur du récit, cette idée-force selon laquelle Nicolas Sarkozy, mal inspiré par Bernard Henri-Lévy, a déstabilisé, en déclenchant la guerre de Libye en 2011, une zone bien plus vaste, qui s’étend jusqu’au Maroc et à la Mauritanie, et dont l’intervention française au Mali n’a été qu’une des conséquences.

Le récent attentat contre l’ambassade de France à Tripoli en est visiblement une autre manifestation.


Parade de miliciens libyens, Tripoli, 2012 (AP Photo/Abdel Magid Al Fergany, File)

Voici la dernière phrase de son livre :

« L’incompétence et la myopie de nos présidents successifs génèrent une cascade de mauvaises décisions dont la France et l’Afrique commencent tout juste à payer le prix ».

« Sarkozy d’une irresponsabilité folle »


Samuel Laurent, mai 2013 (Pierre Haski/Rue89)

Dans un entretien à Rue89, Samuel Laurent nuance son propos :

« Je suis plus sévère à l’encontre de Sarkozy que de Hollande.

Sarkozy n’était pas obligé d’intervenir comme il l’a fait. Il a été d’une irresponsabilité folle, ouvrant la boîte de Pandore.

Il a laissé à son successeur un choix impossible : soit laisser s’installer un califat sur l’ensemble du Mali, soit monter une intervention qui n’allait régler aucun problème et simplement le déplacer.

Le Mali est une opération largement inutile. En nettoyant le nord du Mali, on a renforcé les positions de ces mêmes islamistes dans le sud de la Libye et même en Tunisie, en Mauritanie, au Niger, jusqu’à poser un risque pour le Maroc. »

Un « échec retentissant »

En Libye, l’intervention de l’Otan initiée par la France « se solde aujourd’hui par un échec retentissant », écrit Samuel Laurent dans son livre. Il en liste les maux :

« Meurtres, règlements de comptes, tortures, arrestations arbitraires, viols, massacres, pour ne pas dire génocide à l’encontre des Africains et des tribus noires du pays, présence massive d’Aqmi dans le sud, implantation d’Al Qaeda en Cyrénaïque (Est de la Libye, ndlr), trafic de drogue, trafic d’armes et déstabilisation régionale... »

Il ajoute :

« C’est une nation en lambeaux, disloquée et plus fragile que jamais, pleine de violence et de dangers, qu’on nous cache depuis maintenant des mois ».

Mais au-delà de ce constat, dont les lecteurs de Rue89 avaient pu avoir un avant-goût au travers des analyses d’Hélène Brevin sur le rôle des Touaregs libyens ou la montée des milices islamistes armées, il y a la dimension de déstabilisation régionale.

Sud Libye, zone interdite

Samuel Laurent nous emmène dans le sud de la Libye, région où quasiment plus aucun étranger ne se rend désormais,

Il parvient à se rendre, non sans mal, à Oubari, dans le désert du sud libyen, aux confins du Niger et, surtout, de l’Algérie.

L’auteur gagne, grâce à des complicités parmi les Toubous, cette partie de la Libye qui échappe au contrôle de Tripoli, afin de vérifier l’implication libyenne dans l’opération des jihadistes de Mokhtar Belmokhtar contre la raffinerie d’In Amenas, en Algérie, au début de cette année.

Ce qu’il décrit est décoiffant :

  • une région contrôlée par la brigade islamiste 315, fondée par un Touareg malien lié par mariage à Mokhtar Belmokhtar, lié à Al Qaeda, engagé dans le trafic de drogue et le transport de jihadistes ;
  • une région où des stocks d’armes de l’ère Kadhafi sont entreposés dans des bunkers sous-terrains, dont les Touaregs révèlent l’emplacement au plus offrant ;
  • une région où, au vu et au su de Tripoli, Mokhtar Belmokhtar a rassemblé les hommes qui ont lancé l’attaque d’In Amenas, à quelques centaines de kilomètres de là, et l’imposant matériel de guerre dont de l’explosif Semtex qui devait servir à faire exploser la raffinerie algérienne ;
  • une région hors de tout contrôle : « A Tripoli, tout le monde connait l’existence de ces groupes terroristes implantés chez les Touaregs. Mais sans moyens militaires et sans véritable volonté politique, impossible d’intervenir ! Alors on enterre le dossier en faisant de son mieux pour que l’Occident reste à l’écart ».

Samuel Laurent demande à son interlocuteur à Oubari, qui dit avoir prévenu Tripoli de ce qui se tramait, si l’attaque d’In Amenas aurait pu être évitée. Sa réponse :

« Sans l’ombre d’un doute ! Beaucoup de gens savaient ce qui se préparait. Mais personne ne voulait risquer sa vie pour en parler. D’ailleurs, à qui auraient-ils bien pu s’adresser ? »

« L’incompétence de nos services »

Il en va de même pour l’attentat à la voiture piégée qui a détruit l’ambassade de France à Tripoli, le 23 avril. Samuel Laurent

met en cause « l’incompétence de nos services, qui n’ont pas su évaluer le risque » :

« Certains Libyens travaillant à l’ambassade avaient alerté sur l’absence de sécurité. N’importe qui un peu attentif savait que c’était très dangereux. »


Des officiels et des gardes de sécurité sur le site de l’attentat à Tripoli, en Libye, le 23 avril 2013 (Abdul Majeed Forjani/AP/SIPA)

Samuel Laurent ne partage pas la thèse d’une responsabilité d’Aqmi, aidée de jihadistes locaux. Une thèse renforcée par les dernières menaces d’Aqmi contre la France.

« Aqmi n’a rien à voir avec les attentats du nord, c’est impossible. Raison simple : les islamistes du nord sont partisans de la “loi d’isolation politique‘ visant les ex-collaborateurs de Kadhafi.

Qui sont les premiers collaborateurs de Kadhafi ? Les Touaregs, qui sont aujourd’hui ceux qui protègent Aqmi dans le sud. Il y a donc une vraie méfiance des gens du Nord vis-à-vis du Sud.’

Samuel Laurent privilégie plutôt une piste Al Qaeda en provenance de l’Est, en particulier la milice Ansar el Charia (fondée par un ancien garde du corps de Ben Laden), originaire de la ville de Derna, fief jihadiste.

Le ‘Sahelistan’, nouvel Afghanistan

Si le récit et les informations de Samuel Laurent sont exactes, la déstabilisation est à l’échelle régionale. Elle a créé un vaste espace ouvert aux groupes jihadistes et/ou trafiquants en tous genres, qui se déplacent au gré des événements.

Quand l’Algérie boucle ses frontières après In Amenas, ou quand la France et ses alliés reconquièrent le nord du Mali, le foyer se déplace dans le sud tunisien ou dans son sanctuaire du sud de la Libye, sans problèmes d’argent ou d’armes, prêt à ressurgir ailleurs.

De quoi relativiser les termes de la victoire française annoncée au Mali, qui ne peut être jugé isolé du reste de ce que Samuel Laurent, surnomme le ‘Sahelistan’, un petit frère, plus modeste, de l’Afghanistan, mais plus prêt de l’Europe...

Infos pratiques
Sahelistan

Par Samuel Laurent, éd du Seuil, 371 pages, 19,50€.

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 16:05

 

Rue89

 Boite à idées 19/05/2013 à 11h50
 Marie Turcan | Etudiante à l'Ecole de Journalisme de Sciences Po

 

Les auteurs du blog J’voulais pas pirater, cité par le rapport Lescure, ne font pas que critiquer l’offre légale de contenus, ils ont aussi des solutions.

 

 


« Summer is coming » (« l’été arrive »), parodie inspirée par la devise de la série « Games of Thrones » (« Winter is coming », « l’hiver arrive »)

 

Ils sont jeunes, consomment de la musique, des séries et des films à la pelle sur Internet. Et ils ont des idées. A la page 59 du rapport Lescure, leur site, J’voulais pas pirater, est décrit comme un « microblog français qui recueille les témoignages d’internautes sur les défauts de l’offre légale en général ».

Le résultat : une belle collection de bugs, d’incohérences commerciales ou de restrictions techniques repérées sur toutes les plateformes de vente.

Les quatre internautes à l’origine de ce projet souhaitaient montrer qu’il y a des Français prêts à payer pour voir des films et des séries en ligne, mais que l’offre légale actuelle ne satisfait pas.

Pour eux, Pierre Lescure a mis le doigt sur certains problèmes, mais il avance des solutions encore largement en décalage avec le quotidien des consommateurs sur Internet. Des idées pour aller plus loin, ces « pirates malgré eux » en ont.

                                                                                                                                                                                                                              1 Une offre complète et facile d’accès

 

Le plaidoyer de Caroline a des accents « luther-kingiens » :

« Je rêve d’un service d’abonnement complet pour les séries, toutes les séries. Je suis prête à payer assez cher un service arriverait à diffuser la plupart des séries américaines le lendemain de leur diffusion, en version originale sous-titrée (VOST), avec accès à tous les épisodes de la saison en cours pour les retardataires, voire une option payante pour visionner les saisons précédentes d’une série en cours.

Je rêve que 100% des films disponibles sur les services de vidéo à la demande (VàD) le soient avec une possibilité de haute définition (HD) et de VOST, j’en ferais même une obligation légale.

Et je rêve forcément de trouver un film en VàD quand je le cherche, ce qui reste extrêmement rare. »

Pour elle, il est indispensable qu’une telle offre soit accessible sur tous les supports : PC, Mac, télévision, mobiles et tablettes. « Pour être en phase avec l’époque », précise-t-elle.

Lucas ajoute qu’il ne faut pas sous-estimer le « pouvoir de la flemme » du consommateur. Certes, Internet permet de télécharger n’importe quel film ou épisode de série, mais il faut multiplier les manipulations pour trouver le bon fichier, les bons sous-titres et la bonne qualité. L’internaute perd du temps et n’est jamais sûr du produit qu’il aura à la fin.

« C’est simple », résume Julien :

« Depuis qu’Internet est né, des milliers d’offres illégales ont vu le jour. P2P, Torrent, Direct Download, Usenet... Si vous voulez faire en sorte qu’une offre légale fonctionne, intéressez-vous à ces offres illégales, regardez ce qu’elles proposent, et faites mieux.

Celui qui arrivera avec une solution “sans compromis” et avec un tarif abordable remportera la mise. »

                                                                                                                                                                                                                             2 Prendre en exemple l’offre de musique

 

Deezer, iTunes, Spotify : les plateformes de streaming et de téléchargement légal sont entrés dans le quotidien des Français. « Il y a cinq ans, tout le monde téléchargeait sa musique illégalement. J’ai l’impression que ça a pas mal diminué ! Même s’il reste des irréductibles », affirme Lucas.

Quand il a voulu écouter le dernier album de Daft Punk, au moment où celui-ci a fuité sur la Toile, il s’est tourné vers iTunes. Le site l’avait mis en écoute gratuite, tout en ajoutant un lien pour précommander l’album « en deux clics ». « Je n’ai même pas pensé à aller voir les sites illégaux », conclut-il.

Pascal renchérit :

« Il y a eu énormément de progrès pour la musique, qui est maintenant vendue sans Digital Rights Management [des verrous techniques pour empêcher la copie des fichiers, ndlr], mais la vidéo et le livre semblent encore très loin derrière.

Il faudrait pousser les différents acteurs à faire des accords vers plus d’ouverture. »

Côté musique, Julien met en avant l’importance de la qualité des contenus. Il mentionne le site Qobuz, qui offre uniquement de l’achat de musique, et non du streaming. Le site ne propose que des formats de fichiers audio non compressés (en WAV ou AIFF).

Ces derniers sont plus volumineux, mais la qualité est meilleure que pour le classique format MP3. « C’est une exception française, mais c’est ce qu’on pourrait idéalement vouloir pour la vidéo. »

                                                                                                                                                                                                                                          3 Mettre fin aux exclusivités et réviser les droits d’auteur

 

Le 31 mars, le compte Twitter de J’voulais pas pirater s’en prenait à Orange Cinéma Séries (OCS), à propos de l’une de ses offres en vidéo à la demande. Le groupe annonce proposer les épisodes de la série Game of Thrones (saison 3) en VOD en France, dès le lendemain de leur diffusion aux Etats-Unis.

Mais derrière cette offre alléchante se cache une barrière de taille : « Il faut être abonné à Canal+ ou avoir un abonnement Internet Orange ou SFR pour avoir le droit de payer pour OCS », résume Pascal. « C’est comme s’il existait un magasin de musique dans lequel on ne laisserait rentrer que les propriétaire d’une voiture Toyota ou Renault : c’est insensé. »

Peu de fans de la série d’HBO sont prêts à changer de fournisseur d’accès à Internet (FAI) pour regarder leur série légalement :

« Je le perçois comme une réelle injustice pour les internautes non clients. Que ce passe-t-il si, demain, un autre FAI a une autre série, que les internautes veulent voir en exclusivité ? Devons-nous être abonnés à tous les services en permanence ? »

Réponse d’Orange, toujours sur Twitter : « Proposez donc à votre FAI de distribuer OCS [...] nous, on veut être distribués partout, vous savez. »

Lucas réagit :

« Même eux, qui ont un pied dans tous les métiers du numérique, n’arrivent pas à s’y retrouver. Les droits d’auteur, créés à l’origine pour que les créateurs bénéficient d’une protection face aux éditeurs, sont devenus un système si complexe qu’ils sont devenus le principal frein à l’accès à la culture. »

                                                                                                                                                                                                                               4 Changer la loi sur la chronologie des médias pour supprimer les délais

 

L’idée peut sembler radicale, mais les quatre internautes en parlent naturellement. La chronologie des médias est une règle qui n’autorise l’exploitation d’un film sur diverses plateformes (télévision, vidéo à la demande) qu’un certain temps après sa diffusion au cinéma.

Actuellement, le temps entre la diffusion en salles et la mise à la disposition du film en VàD est de trois ans, délai que la mission Lescure ramener à dix-huit mois, Julien considère que cela ne va pas assez loin :

« Je serai radical à ce propos. Internet, c’est une absence de frontière, un idéal de diffusion pour la culture. “Réduire les délais”, c’est bien trop faible : il faut supprimer les délais. Ils sont artificiels et n’ont plus aucun sens.

S’ils sont instaurés à cause de la loi (j’imagine, par exemple, l’obligation d’avoir une traduction française pour pouvoir diffuser un média en France) : changeons la loi, parce qu’elle n’est pas adaptée au numérique. »

Mais pour le jeune homme, il faut supprimer la chronologie des médias de manière « intelligente », pour éviter de se mettre tous les producteurs à dos. Car c’est ce système qui, pour l’instant, permet de revendre un produit et rapporte de l’argent.

Julien voit d’ailleurs plus loin. Supprimer la chronologie des médias signifierait probablement la fin des supports DVD. Une idée qui le laisse indifférent :

« Si les DVD crèvent, et alors ? Il y a d’autres médias qui sont morts, c’est simplement un changement de paradigme. Le SA CD, un Super Audio CD de haute qualité sonore, a disparu, par exemple ».

Lucas, quant à lui, se veut plus modéré :

« Je comprends qu’on ne puisse pas mettre en concurrence cinémas et vidéo à distance. J’adore le cinéma (j’ai une carte UGC, et j’y vais au moins une fois par semaine) et il ne me viendrait pas à l’idée de voir un film sur ma télé si je peux le voir sur grand écran.

Mais pour moi, une fois qu’un film est sorti en DVD, il devrait être disponible sur tous les supports VàD : achat, location et abonnement. »

5 Mettre fin au streaming « global » et favoriser le streaming spécifique

 

Aujourd’hui, des plateformes comme Deezer ou Spotify proposent des abonnements à environ 9 euros par mois. En échange, le client a accès à tous les genres de musique, de manière illimitée :

« Quand on a ce genre d’abonnement, on peut écouter Adele et Rihanna mais aussi des petits groupes de jazz indépendants. Mais ce groupe ne va pas être rémunéré à la même hauteur que les chanteuses super connues. »

Il propose donc des packs « ciblés » par genre de musique sur les plateformes ;

« Cela permettrait une répartition plus honnête : la part que récupèreraient ces groupes serait bien plus grande, et les gens auraient payé pour ce qu’ils veulent. »

Sur ce point, Lucas est du même avis, notamment pour la vidéo à la demande :

« Pour s’abonner à OCS sur CanalSat, il faut prendre un package avec la chaîne Non-stop People. Je me sens un peu vieux con, mais j’aime payer ce que je consomme, et ne pas subventionner ce qui ne m’intéresse pas. »

                                                                                                                                                                                                                             6 Faire appel à des experts pour conseiller le législateur

 

Le rapport Lescure a mis le doigt sur beaucoup des problèmes de l’industrie culturelle sur Internet, mais si les solutions semblent encore inadéquates pour ces quatre internautes, c’est aussi en raison d’un « conflit générationnel ».

Caroline résume ses craintes :

« C’est un réel chantier pour l’avenir de la culture, qui se doit de s’adapter aux modes de consommation modernes pour continuer à générer du revenu et à se développer. Pour mener à bien ce chantier à la fois technique, juridique et financier il doit être porté par des experts d’Internet !

Il y a un réel problème générationnel sur ce sujet, nous sommes une génération hyper connectée, nous avons grandi avec Internet et son immédiateté. […]

A titre personnel, j’ai vraiment l’impression que les acteurs de ce marché ne voient pas le monde comme je le vois, et je crains donc qu’ils ne puissent pas répondre à ma demande, faute de la comprendre. »

Lucas, quant à lui, a peur que le CSA – qui se verrait confier, si les recommandations du rapport sont suivies, la chasse au téléchargement illégal à la place d’Hadopi – soit rapidement dépassé :

« Le problème du CSA, c’est qu’il a été créé à une époque où réguler les contenus était facile : les chaines de télévision émettaient toutes depuis la France.

Aujourd’hui, si un site étranger veut proposer des films trois mois après leur sortie en salle, le CSA sera bien emmerdé. J’ai un peu peur qu’ils se mettent à bloquer tout ce qui dépasse, pour ne pas bousculer les acteurs culturels français. »

« Faire appel à des experts oui, mais pas des syndicats militants qui ont des positions extrêmes, comme les érudits qu’a consulté Lescure », insiste Julien :

« Il faut des contre-pouvoirs modérés, comme La Quadrature du Net, une association de défense des droits et liberté des citoyens sur Internet), qui ne prend pas en compte les producteurs ou l’économie : ils sont orientés vers le consommateur. »

Il conseille également de faire appel à des citoyens « calés », des clients qui vivent ces problématiques au quotidien et peuvent donner des avis éclairés.

                                                                                                                                                                                                                                7 Instaurer une préférence français radicale

 

Selon Julien, le rapport Lescure préconise une solution de coopération au niveau européen. Mais à cette échelle, de grands distributeurs comme Apple peuvent influer encore plus sur les choix politiques.

« Je serais donc pour renforcer l’encadrement de l’offre et en faire une exception culturelle française. Il s’agirait de se lancer dans une préférence régionale radicale. »

Le jeune homme rêve d’une entreprise française, encadrée par le gouvernement, qui puisse proposer des contenus de qualité, comme le fait Qobuz pour la musique.

« En terme de rayonnement, cela permettrait d’avoir un marché de la culture à la pointe de l’innovation. Les Etats-Unis et la Chine favorisent aussi leurs entreprises, pourquoi ne pas le faire ?

L’important, c’est d’éviter que ne s’engouffrent les grandes multinationales, comme c’est arrivé dans la musique. Ne laissons pas quelqu’un d’autre placer ses billes dans la culture ! »

                                                                                                                                                                                                                                  8 Considérer les pirates comme de potentiels consommateurs et non comme des criminels

 

C’est leur message principal. Le fait d’avoir été entendu par l’ancien patron de Canal+ est vécu comme une victoire pour Pascal :

« C’est une crainte que nous avions et dont nous avons parlé entre nous : que l’on pense à tort que l’on cherchait à justifier le piratage, alors que notre volonté est de montrer où l’offre légale peut s’améliorer, et d’exister en tant que consommateurs avertis prêts à dépenser de l’argent pour consommer légalement des films, des séries, de la musique en dématérialisé.

C’est extraordinaire que notre message soit passé et ait été absorbé de manière vertueuse dans le rapport Lescure ».

Pour Lucas, c’est aussi l’assurance d’avoir montré que « le piratage n’est pas que l’affaire de petits jeunes qui pillent le contenu sans se soucier des conséquences ».

Un « bel exemple de démocratie », selon Julien :

« Les idées “du bas” qui finissent par devenir des faits politiques très sérieusement considérés. On pourrait dire qu’à notre échelle citoyenne, on a un peu participé à changer les choses. »

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 15:53

 

Le Monde.fr

Le Monde.fr avec AFP | 19.05.2013 à 17h10

 
 
Des milliers de personnes ont manifesté dimanche 19 mai à Madrid contre la privatisation du système de santé.

 

Des milliers de personnes, dont de nombreux médecins et infirmières, ont manifesté dimanche 19 mai à Madrid contre les coupes dans le secteur de la santé et la privatisation de la gestion de plusieurs hôpitaux madrilènes. Les manifestants, au nombre de 6 000, selon la police, ont défilé dans le centre de la capitale, précédés par une banderole sur laquelle on pouvait lire : "La santé ne se vend pas, elle se défend".

Brandissant des pancartes proclamant "On brade la santé" ou "Il est criminel de faire des coupes dans la santé", les manifestants ont réclamé la fin des réductions budgétaires dans ce secteur. Ils ont également demandé que le gouvernement régional conservateur revienne sur sa décision de privatiser la gestion de six des vingt plus grands hôpitaux madrilènes, de même que de vingt-sept centres de soin — sur les deux cent soixante-dix que compte la communauté autonome.

Arrivés sur l'emblématique Porta del Sol, les manifestants ont lu un manifeste dans lequel ils affirmaient qui'"ils n'accept[ai]ent pas la destruction du système de santé". Depuis novembre, les syndicats protestent régulièrement contre les coupes budgétaires qui, selon eux, mettent en péril la santé publique.

La réforme du système de santé, annoncée au printemps 2012 par le gouvernement de droite de Mariano Rajoy, prévoit d'économiser 7 milliards d'euros par an, un effort qui se répercute dans les finances des régions espagnoles, chargées de gérer les budgets de santé.

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 15:46

 

Le Monde.fr

 19.05.2013 à 17h36

 

 
 
Des militaires israéliens découpent la clôture de la colonie de Homesh, en Cisjordanie, le 23 août 2005.

Des villageois Palestiniens vont pouvoir de nouveau accéder à leurs terres, situées sur l'emplacement d'une colonie sauvage israélienne évacuée en 2005 en Cisjordanie, a annoncé dimanche 19 mai l'organisation israélienne de défense des droits de l'homme Yesh Din.

Selon cette organisation, qui avait déposé un recours devant la Cour suprême au nom des propriétaires du village palestinien de Bourka, au nord de Naplouse, l'Etat annoncé à la cour sa décision "d'annuler l'ordre de saisie de la terre sur laquelle la colonie était construite".

La terre avait été confisquée pour des "raisons de sécurité" en 1978 sans que ne soit jamais établie la base militaire prévue au départ, précise Yesh Din. "A la place, la colonie de Homesh a été construite illégalement. Après son évacuation en 2005, la zone est devenue zone militaire fermée interdite aux Israéliens, mais l'ordre de saisie (pour raisons de sécurité) n'a pas été révoqué", précise le communiqué. "Nous savons que l'ordre de saisie va être annulé (...) C'est un long processus, mais si l'Etat l'a dit à la Cour Suprême il ne reviendra probablement pas sur sa décision", a déclaré Reut Mor, la porte-parole de Yesh Din.

La colonie de Homesh avait été évacuée en août 2005, ainsi que trois autres colonies du nord de la Cisjordanie, dans le cadre de l'évacuation de toutes les colonies et bases militaires israéliennes de la bande de Gaza. "Nous savons malheureusement d'expérience que même lorsque Israël reconnaît la propriété privée des Palestiniens sur la terre, cela ne veut pas dire qu'il leur permet d'y accéder", a-t-elle ajouté.

 

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 17:41

 

 

Médiapart

"De l'indignation à la rébellion !" C'est en substance le message que font passer les indignés espagnols aujourd'hui. Ce mercredi ils étaient plusieurs milliers un peu partout dans Madrid et les autres villes réunis pour l'occasion du deuxième anniversaire du mouvement. Un mouvement spontané hors de toute organisation syndicale et politique né le 15 mai 2011 au moment où la crise faisait déjà des ravages sur la péninsule et où la classe politique était dans l'inertie la plus totale. Une forme de contestation inédite qui était venue prendre de court les dirigeants et les analystes en tous genres qui campent sur les plateau télé, plusieurs mois durant la puerta del sol avait été occupée par des centaines de personnes pendant plusieurs mois dans le cadre d'une sorte de camps autogéré qui grouillait d'activité. Le phénomène a même semé ses graines dans d'autres places fortes d'Europe (rappelez vous... rappelez vous sur le parvis de La Défense).

Aujourd'hui les raisons de cette indignation sont loin d'avoir disparue, la situation s'est même considérablement aggravée en Espagne. A l'instar de la Grèce ou du Portugal le gouvernement ne ménage pas son zèle d'austérité : services de Santé privatisée, coupes drastiques dans l'éducation et hausse des frais d’inscription à l'université, casse du code du travail et grignotages dans les maigres pensions de retraite (pour résumer). Dans ce jeu où c'est au citoyen de payer une crise dont il n'est pas responsable les espagnols ne voient plus le bout du tunnel et avec aujourd’hui plus de la moitié des jeunes au chômage et une économie dans un pire état qu'au début de cette crise sans fin, le sentiment d'être victime d'une gigantesque arnaque est prédominant. Et même au moment où les accrocs de l'austérité lâche du lest en Europe, le gouvernement de Rajoy poursuit en bon élève sa politique au même moment où la Troïka et les technocrates non élus en demandent toujours plus. Vous comprenez, ce qu'il restera de l'Espagne devra être compétitif disent-ils.

Même si certains diront que le mouvement s'est affaiblie le 15M est toujours bel et bien présent. Selon Aranza, une militante rencontrée à la puerta del sol, sa force réside dans sa décentralisation : "le but aujourd'hui est de rechercher des solutions locales, être implanté dans chaque quartier, sans perdre de vue le caractère global de notre combat". Il est vrai qu'en cette courte période d’existence une véritable "culture de l'assemblée" a émergée, dans de nombreux quartiers les gens se réunissent au moins une fois par semaine et préparent des actions, des débats et refont vivre des espaces entiers (bien souvent dans le cadre des centres sociaux occupés et autogérés qui fleurissent partout dans la capitale). Pour Aranza le rôle social du mouvement est devenu fondamental, "nous sommes en première ligne sur un grand nombre de thèmes comme le logement, l'éducation ou la Santé" soit des droits fondamentaux des citoyens "qu'ils sont littéralement en train de détruire". Toujours aucun projet de devenir une entité institutionnelle, "si nous faisons cela nous deviendrons comme ceux qui existent déjà et qui ont échoués, nous voulons absolument rester un simple groupement de citoyens sans idéologie ni parti rattachés et qui englobent toutes les luttes".

 

Jesus (à gauche) et Miguel (à droite). Avec leur camarade du milieu ils distribuaient la musique qui était diffusée sur une radio pirate des années 80

Jesus (à gauche) et Miguel (à droite). Avec leur camarade du milieu ils distribuaient gratuitement de la musique qui était diffusée sur une radio pirate des années 80


Un peu plus loin Miguel nous affirme qu'il ne faut "surtout pas croire que le 15M possède la solution magique". Il reproche à certains leur impatience et d'oublier de mettre en valeur la solidarité existante, "le plus important est le fait que nous nous soutenions les uns les autres et d'agir pour tout le monde", le principal pour lui reste "d'aider les gens en détresse, de s'adapter aux nouvelles circonstances. Nous avons déjà parcouru un long chemin, avant les gens protestaient dans leur maison aujourd'hui ils sortent dans la rue avec nous". Avec toujours plus de chômage (aujourd'hui 27% de la population active) la participation au 15M n'a fait que s’accroître, c'est en tout cas le point de vue de Jésus : "nous avons réussis à nous construire une base de soutien chez les gens qui ont perdus leur emploi depuis peu, mais également chez ceux qui ont des problèmes avec leur logement (le fléau des desahucios). Nous les informons, nous participons ensemble à des débats et ainsi nous sommes à chaque fois un peu plus nombreux".

Quoiqu'il en soit le 15M a su évoluer et est toujours bien présent dans les grandes villes d'une Espagne embourbée dans la crise (ou plutôt dans un "vol global" comme dirait Aranza). Selon Miguel le processus sera encore long : "tu vois, pour moi, il faut arrêter d'être tout le temps pressé, le processus du 15M je le vois comme une grossesse : il y a un temps naturel de développement ". Pour lui le mot d'ordre est la patience, "il faut prendre le temps de construire les choses" et de son côté Jesus met en avant le fait que "la lutte est aussi bien en toi que dehors, il faut commencer à changer soit-même pour changer les choses globalement".

http://elcaminomadrileno.wordpress.com/?p=264&preview=true

 

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 17:39

 

Médiapart

 

 

Lire aussi

 

 

Dans le Finistère et le Morbihan, plus d'un salarié de La Poste sur cinq a saisi les prud'hommes pour protester contre une prime, dont le montant est inférieur pour les salariés de droit privé par rapport aux fonctionnaires, tous employés par l'entreprise publique.

675 salariés exactement ont déposé ce vendredi des dossiers devant les conseils des prud'hommes de Vannes et de Quimper, pour réclamer une égalité de traitement, et l'uniformisation d'un complément indemnitaire, distribué à l'ensemble du personnel de la société, qui « n'est pas du même montant selon la qualité des personnels, fonctionnaires ou non, et ce indépendamment de l'équivalence de niveau et des fonctions exercées », a détaillé à l'AFP Me Roger Potin, avocat au barreau de Brest.

Au total, les 675 salariés finistériens et morbihannais réclament entre 2,5 et 3 millions d'euros d'arriérés. Les audiences de conciliation ont été fixées les 2 et 4 septembre à Vannes (600 dossiers) et les 18 et 26 septembre à Quimper.

 

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 17:20

 

Marianne+

  Dimanche 19 Mai 2013 à 16:00

 

 Arnaud Bouillin

 

 L'implantation, il y a vingt ans, d'une usine de traitement de déchets a-t-elle donné lieu à des dessous-de-table ?

 

Christophe Ena/AP/SIPA
Christophe Ena/AP/SIPA

On connaissait les bonnes relations qu'entretient depuis des décennies Henri Proglio, président d'EDF et ancien PDG de Veolia, avec des caciques politiques de tous bords, et notamment du PS, comme Claude Bartolone ou Laurent Fabius. Dans l'excellente enquête à paraître le 16 mai* que lui consacrent les journalistes Pascale Tournier et Thierry Gadault, on découvre un autre obligé socialiste de ce puissant patron, toujours prêt à rendre service aux élus : Jean-Marc Ayrault. En 1991, la communauté urbaine de Nantes, dont Ayrault avait remporté la mairie deux ans plus tôt, octroie à la Compagnie générale des eaux (CGE), l'ancêtre de Veolia, la construction d'une usine révolutionnaire de traitement des déchets.

«Y a-t-il eu un dessous-de-table de 12 millions de francs, payés pour moitié par la société Onyx et pour l'autre moitié par la Générale de chauffe, deux filiales de la CGE, et répartis entre les élus locaux ?» s'interrogent les auteurs.

Yann Le Doré, l'ex-directeur général d'Onyx, dont Henri Proglio assurait à l'époque la présidence, affirme que ce dernier lui a dit : «Je te taxe de 6 millions de francs [sur la société Onyx], c'est pour Ayrault.» Contacté par Marianne, cet ancien haut cadre de la Générale des eaux, qu'il a quittée en 1996 après vingt ans de maison, a accepté de revenir sur les circonstances troubles de ce contrat. «Je me suis engueulé avec Henri sur ce dossier, raconte Yann Le Doré. Avec cette nouvelle approche industrielle qui consistait à réunir sur un seul site toutes les formes de traitement des ordures - incinération, recyclage, compost -, nous avions une avance technologique d'un an sur notre concurrent, la Lyonnaise des eaux. Nous aurions pu remporter l'appel d'offres tout seuls, comme des grands, sans payer quoi que ce soit en sous-main.»

Michel Pille, ancien ingénieur en chef à la CGE, se souvient d'avoir été sollicité pour organiser une réunion à l'antenne parisienne de la ville de Nantes, au 164, rue de Vaugirard. «Je n'y ai pas assisté, précise-t-il. Il n'y avait que trois personnes : mon directeur, un collaborateur de la mairie nantaise et un ami commun à Ayrault et moi.» Où a atterri l'argent ? Dans les caisses des collectivités ? Dans celles du PS local ? Ailleurs ? Nul ne le sait. Mal encadré par la loi, le financement des partis politiques par les entreprises ne sera définitivement interdit qu'en janvier 1995. Bien après l'épisode nantais. Sollicités par nos soins, les services de l'actuel PDG d'EDF ont démenti tout versement de commission occulte.

* Henri Proglio, une réussite bien française, Editions du Moment, 18,50 €.

 

 

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