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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 21:46

 

 

france24.com/

 

  Dernière modification : 03/05/2013 

 

 

À Athènes, une "soupe populaire raciste" vire à l'émeute
Des militants d'Aube dorée en mai 2012
© AFP

La police a empêché une distribution de nourriture à Athènes, jeudi, réservée exclusivement aux Grecs et proposée par le parti d’extrême-droite Aube dorée. Le maire, à l’origine de cette interdiction, a été agressé par un député du parti néo-nazi.

Par FRANCE 24 (texte)
 

C’est un peu le concept de la charité raciste. Jeudi 2 mai, des militants du parti extrémiste grec Aube dorée ont voulu, en ces temps de sévère austérité, organiser une distribution de "soupe populaire" pour les plus démunis. Seulement voilà, pour avoir droit à leur portion de nourriture – œufs, pain et viande d’agneau -, les bénéficiaires devaient au préalable présenter leur carte d’identité et prouver qu’ils n’étaient pas immigrés.

La pratique – xénophobe mais courante chez Aube dorée - a suscité l’indignation du maire d’Athènes, George Kaminis. Qualifiant cette manifestation "d'arbitraire, raciste et illégale" dans un communiqué, l’édile avait prévenu qu’il prendrait "toute mesure adéquate" pour que cette distribution n’ait pas lieu. Des forces de l’ordre avaient donc été déployées place Syntagma en contrebas du Parlement, dans le centre-ville, où devait se tenir la manifestation.

"La place Syntagma a une valeur symbolique pour la démocratie", s’était justifié le maire d’Athènes.

Un député d’Aube dorée blesse légèrement un enfant

Furieux, les militants d’Aube dorée ont alors chargé les policiers armés de hampes de drapeaux. Les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes pour les disperser.

Deux heures plus tard, un député du parti néo-nazi Yorgos Germenis s'en est même pris physiquement au maire d'Athènes, dans un bâtiment municipal où se tenait une manifestation à l'occasion de la Pâque orthodoxe, selon une source policière. Plusieurs médias grecs ont rapporté que l’élu qui avait tenté de frapper le maire avait manqué son coup et légèrement blessé un enfant qui se trouvait à côté.

Un parti ultra violent

Ce n’est pas la première fois que les députés d’Aube dorée utilisent leurs poings pour faire valoir leurs arguments. Le porte-parole du parti Ilias Kassidiaris s'était déjà fait remarquer en juin 2012 en frappant au visage une députée de gauche et en jetant un verre d'eau sur une autre, durant une émission télévisée, à quelques jours des législatives. Deux autres députés avaient perdu leur immunité après avoir été accusés de destruction de biens d’autrui suite à des attaques contre des vendeurs immigrés sur un marché, dans la banlieue d’Athènes.

Dans un contexte marqué par une crise économique sévère, avec un taux de chômage de près de 27 %, les sondages indiquent qu’Aube dorée - entré pour la première fois au Parlement en juin 2012, avec 7 % des voix et 18 députés - deviendrait le troisième parti du pays si des élections avaient lieu aujourd’hui.

 

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 21:37

 

 

letelegramme.com - Morbihan

 

4 mai 2013

 

 

Stupeur hier matin, rue de la Gare à Quiberon. À 9 h, une mère de famille, âgée de 40 ans, pénètre dans l'agence du Crédit Mutuel. Elle y installe des panneaux de protestation, puis déverse du fumier dans le hall. Surtout, elle répand de l'essence sur le sol avant de s'asperger en partie du liquide inflammable. Un briquet à la main, elle s'enchaîne alors à un des piliers de l'entrée, menaçant de commettre le pire. Au coeur du contentieux avec la banque, l'achat d'une épicerie à Quiberon, en 2003. Depuis, la quadragénaire estime devoir rembourser un emprunt qui aurait été contracté par l'ancien propriétaire. Rapidement sur place, les pompiers se sont tenus prêts à intervenir. Dans le même temps, d'importants moyens de gendarmerie ont été mobilisés. Appelé en renfort à 9 h 30, un négociateur de la gendarmerie de Vannes a entamé des pourparlers. Finalement, vers 11 h, le major Loïc Olivier, commandant la brigade de Quiberon, a réussi à persuader la femme d'enlever elle-même ses chaînes. Elle a ensuite été examinée par un médecin. De son côté, Marc Le Bras, directeur départemental du Crédit Mutuel, a précisé la position de la banque : « Nous sommes très soucieux de cette situation, qui est intervenue après un dépôt de bilan. Nous allons en tout cas faire le maximum pour trouver une situation satisfaisante pour les deux parties ».

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:45

 

 

Médiapart

 

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Alors que le procès des prothèses PIP, qui se tient jusqu’à la mi-mai à Marseille, est entré dans la phase des plaidoiries, une question reste sans réponse : comment la société de Jean-Claude Mas a-t-elle pu, de 1992 à 2010, fabriquer et vendre des implants mammaires remplis d’un gel de silicone non autorisé ? Comment la supercherie a-t-elle pu passer inaperçue pendant près de vingt ans, sans que soit éveillée l’attention des autorités sanitaires ?

Fût de produit livré à PIP portant l'étiquette Brenntag 
Fût de produit livré à PIP portant l'étiquette Brenntag© DR

Les circonstances mêmes de la découverte de l’infraction ne sont pas complètement éclaircies. Fin octobre 2009, un expert de la commission nationale de matériovigilance a transmis un courrier anonyme à l’Afssaps, l’Agence française pour la sécurité sanitaire des produits de santé (devenue l’ANSM). Ce courrier anonyme contenait des photos de bidons de produits qui logiquement n’auraient pas dû se trouver chez PIP, car ils ne venaient pas de Nusil, le fournisseur autorisé de silicones médicaux de l’entreprise de Mas. Sur l’une des photos, une étiquette fait apparaître la marque Brenntag (un fournisseur qui ne vend pas de silicone médical), ainsi que la mention « Poly implants prothèses 83 La Seyne-sur-Mer ».

On pourrait imaginer qu’à la vue de ces photos, l’Afssaps aurait immédiatement dépêché ses inspecteurs sur place, afin de comprendre pourquoi des produits Brenntag se trouvaient chez PIP. Ce n’est pas ce qui s’est passé. L’Afssaps a bien envoyé ses inspecteurs, mais près de cinq mois plus tard, le 16 mars 2010. Et les deux agents qui se sont rendus sur le site de La Seyne-sur-Mer, Jean-Christophe Born et Thierry Sirdey, n’ont pas débarqué de manière inopinée. L’entreprise a été avertie de leur venue une semaine à l’avance.

Jean-Christophe Born s’en est expliqué devant le tribunal de Marseille : « Je n’avais aucune raison d’avoir des soupçons, a-t-il déclaréL’Afssaps avait en effet constaté, indépendamment du courrier anonyme, que le taux de rupture des implants PIP avait fortement augmenté en 2009.

Les inspecteurs de l’Afssaps soutiennent donc qu’ils ne sont pas venus pour élucider les raisons de la présence de produits Brenntag dans l’usine, mais pour comprendre pourquoi les implants PIP se rompaient plus fréquemment. « À aucun moment, avant de me rendre sur le site, je n’ai fait l’hypothèse d’une fraude », a confirmé Thierry Sirdey, interrogé par Mediapart.

Il peut paraître surprenant que les photos n’aient pas davantage mis la puce à l’oreille des agents de l’Afssaps. Thierry Sirdey nous a expliqué que PIP aurait pu utiliser l’huile de silicone Brenntag pour des essais, dans le cadre de la recherche développement. Mais tous les professionnels que nous avons interrogés ont confirmé que Brenntag ne distribue pas de produits agréés pour l’usage médical. L’activité essentielle de PIP (dont le nom complet est Poly Implants Prothèses) ayant toujours consisté à fabriquer des prothèses mammaires, on voit mal quel usage licite la société aurait eu des produits Brenntag.

La découverte de l’infraction par les deux inspecteurs de l’Afssaps apparaît encore plus étonnante. En prévenant l’entreprise, l’Afssaps a laissé à PIP tout le temps de dissimuler les traces de produits non autorisés. C’est à peu près comme si la police, avant d’arrêter un suspect, lui téléphonait pour l’avertir de sa venue… Il est vrai que pour l’Afssaps, PIP n’était pas un suspect. Mais dans ces conditions, il est encore plus difficile de comprendre que les inspecteurs aient pu trouver quelque chose.

À vrai dire, selon leur propre récit, ils ont failli passer à côté des fûts suspects. Le premier jour de l’inspection, le 16 mars, tout semble normal. Les inspecteurs interrogent le personnel, consultent des documents, mais rien ne leur paraît suspect. C’est seulement le lendemain qu’ils observent, dans la cour de l’usine, des fûts reconvertis en poubelles qui ressemblent à ceux qui figurent sur les photos du courrier anonyme.

À partir de ce rapprochement, les inspecteurs obtiennent rapidement des aveux du personnel de l’entreprise. Ils peuvent alors établir un inventaire des prothèses fabriquées avec des matières premières non conformes. La découverte de cette fabrication fait éclater le scandale.

Mais plusieurs points restent obscurs. Qui a expédié les photos à l’expert qui les a lui-même transmises à la direction de l’Afssaps ? Qui est l’expert en question ? Pourquoi les employés de PIP ont-ils laissé les fûts suspects traîner dans la cour de l’usine à la vue de tous ? Et pourquoi les inspecteurs ne s’y sont-ils intéressés que le deuxième jour de leur visite ?

 

« Une belle organisation » pour masquer la fraude

Le procès de Marseille n’a guère apporté d’éclaircissement sur ces questions. Au tribunal, Jean-Christophe Born a expliqué que la fraude était bien dissimulée et que, sans les photos, il n’aurait peut-être rien trouvé. Il a ajouté qu’il avait fallu à la société PIP « une belle organisation » pour masquer la fraude à son organisme certificateur, la société allemande TÜV Rheinland.

 

Prothèse mammaire en silicone 
Prothèse mammaire en silicone© FDA

Cette dernière effectuait des visites annuelles sur le site depuis 1997, afin de contrôler la conformité des prothèses PIP à la norme européenne. Les prothèses mammaires sont en effet soumises à un « marquage CE », attribué par un organisme certificateur privé et choisi par le fabricant. En l’occurrence, Jean-Claude Mas avait choisi TÜV. L’enquête de la gendarmerie a montré que, lors de chaque visite de TÜV, les employés de PIP s’organisaient pour faire disparaître les produits autres que ceux de Nusil – les seuls autorisés – qui étaient stockés dans un camion ou cachés dans un local sur un autre site. De plus, le système informatique était manipulé pour ne faire apparaître que les factures de Nusil.

Cette « belle organisation », pour reprendre les termes de l’inspecteur, a fonctionné de 1997 à 2009. TÜV n’a jamais remarqué d’irrégularités, alors même qu’entre 2004 et 2005, la société PIP, qui avait des difficultés financières, n’a plus commandé de produits Nusil. TÜV ne s’est pourtant pas posé la question de savoir avec quelles matières premières étaient fabriquées les prothèses, ce qui montre à la fois l’inefficacité des contrôles de cet organisme et l’aptitude de PIP à masquer ses pratiques douteuses.

Si PIP a pu tromper TÜV pendant si longtemps, pourquoi a-t-elle laissé les inspecteurs de l’Afssaps découvrir le pot aux roses ? Il ressort de notre enquête qu’un certain nombre d’employés de PIP ne supportaient plus la situation et ne souhaitaient plus couvrir la fraude, alors que l’entreprise était en faillite. Cela explique que les inspecteurs de l’Afssaps aient obtenu des aveux assez facilement. Et cela pourrait expliquer l’envoi du courrier anonyme à l’expert en matériovigilance.

Mais certaines incohérences apparaissent entre les explications de l’Afssaps et les témoignages des anciens employés de PIP. Selon nos informations, les inspecteurs de l’Afssaps auraient indiqué, le soir du premier jour de l’inspection, qu’ils examineraient les factures des fournisseurs le lendemain. Une telle demande s’accorde mal avec l’affirmation répétée des inspecteurs qu’ils n’avaient aucun soupçon de fraude en se rendant sur le site. Et Thierry Sirdey nous a formellement précisé que les factures n’avaient été demandées que le deuxième jour, après la découverte des fûts suspects.

La version de certains employés de PIP diverge de celle de l’Afssaps : les factures auraient été demandées le premier jour ; qui plus est, à la suite de cette demande, Jean-Claude Mas aurait passé une partie de la nuit à fabriquer de fausses factures et à les enregistrer sur une clé USB, afin de pouvoir les présenter le lendemain aux inspecteurs.

L’existence de cette clé USB a été mentionnée par certains témoins entendus dans le cadre de l’instruction menée par la juge Annaïck Le Goff, du tribunal de grande instance de Marseille (rappelons que cette instruction est relative à une procédure pour homicide et blessures involontaires, menée parallèlement au procès pour tromperie actuellement en cours à Marseille). Dans des documents de l’instruction que Mediapart a pu consulter, il est fait référence à la fameuse clé USB.

De fait, cette clé n’a pas été utilisée par Jean-Claude Mas, les employés de PIP n’ayant pas accepté, cette fois, de se prêter à la tromperie et étant passés aux aveux. Mais pourquoi l’Afssaps maintient-elle qu’elle n’a pas cherché à détecter une infraction, et pourquoi sa version diverge-t-elle de celle des employés ? Le tribunal n’a pas posé ces questions aux inspecteurs de l’Afssaps.

On comprend d’autant moins qu’en tout état de cause, l’Afssaps aurait eu d’excellentes raisons de suspecter, sinon une fraude, du moins des irrégularités. Lorsque le courrier anonyme parvient à l’agence fin octobre 2009, Jean-Claude Mas et sa société ont déjà un passif qui remonte à 1994 : il a fait l’objet de pas moins de quatre procédures auprès du tribunal de Toulon, en 1994, 1996, 1997 et 1998, et a bénéficié d’un jugement de relaxe en 1999 (voir notre article ici).

En 1999, il est question de suspendre la commercialisation des prothèses PIP

Ces événements se sont produits alors que l’autorité de contrôle n’était pas l’Afssaps, qui n’existait pas encore, mais la Direction des hôpitaux. Le tribunal de Marseille n’a pas jugé utile de demander le témoignage de la directrice des hôpitaux de l’époque, Claire Bazy Malaurie, aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel (contactée par Mediapart, Madame Bazy Malaurie n’a pas souhaité nous répondre).

 

Jean-Claude Mas 
Jean-Claude Mas© Reuters

À partir de 1999, c’est l’Afssaps qui est chargée du contrôle des prothèses. À l’époque, les implants mammaires au silicone sont interdits, mais PIP commercialise des prothèses au sérum physiologique. Celles-ci ont des défauts de fabrication, se dégonflent fréquemment du fait que la « pastille d’occlusion », collée à la main, tend à se décoller.

À l’époque, la matériovigilance, autrement dit la surveillance des incidents, est confiée, pour les prothèses, à la « sous-commission technique n°3 ». L’expert qui s’occupe des prothèses mammaires est le professeur Gérard Ballon, du CHU de Tours. Nous avons retrouvé des fiches de suivi d’incidents de 1999 qui attestent que le professeur Ballon s’est inquiété des défauts des prothèses PIP. Il a réclamé une expertise par un laboratoire indépendant, et a même envisagé de « proposer de suspendre officiellement la commercialisation de ces prothèses » si PIP ne satisfaisait pas à cette demande.

Gérard Ballon, que nous avons interrogé, nous a expliqué qu’il ne savait pas ce qu’il était advenu de ses avis : « Je les ai transmis à la direction de l’Agence, et je n’en ai plus entendu parler », résume-t-il.

En 2000, PIP a effectué des démarches pour vendre ses prothèses au sérum sur le marché américain. Cela a entraîné une inspection d’une semaine effectuée à l’usine de La Seyne-sur-Mer par la FDA (Food and drug administration), l’équivalent de l’Afssaps, aux États-Unis. À la suite de cette visite, la FDA a adressé une cinglante lettre d’avertissement (warning letter) à Jean-Claude Mas, pointant toute une série de graves défaillances dans les processus de fabrication. Dans la foulée, la FDA a interdit les produits PIP sur le territoire américain (voir notre article ici). Cette perte du marché des États-Unis a ensuite pesé lourd dans les ennuis financiers de PIP.

La FDA a-t-elle transmis une copie de sa lettre à l’Afssaps ? Cette dernière a déclaré n’en avoir pas trouvé trace. En revanche, il apparaît qu’en 2001, PIP a adressé à l’Afssaps une télécopie précisant la situation américaine de ses prothèses, et expliquant n’avoir pas eu l’autorisation de commercialisation. Également en 2001, l’organisme responsable de la santé en Australie, la Nehta, a adressé un courriel à l’Afssaps mettant en doute la qualité des produits PIP (l’existence de ces documents de 2001 est mentionnée dans un rapport publié en 2012 par l’Afssaps et la DGS, la direction générale de la santé).

C’est aussi en 2001 que les prothèses au silicone, interdites depuis 1993 (avec quelques exceptions), sont ré-autorisées. Afin de permettre leur remise sur le marché, l’Afssaps effectue une inspection de l’usine PIP, la seule avant celle de 2010. L’Afssaps constate « plusieurs non-conformités importantes ». Les proportions des composants du gel Nusil prescrites par le fournisseur ne sont pas respectées par PIP, le produit désinfectant utilisé pose problème, etc. Finalement, après avoir fait retirer un lot de gel, et échangé de nombreux courriers, l’Afssaps conclut fin 2001 que tous les problèmes posés sont résolus.

À l’occasion de cette visite, l’Afssaps n’a rien remarqué de suspect à propos des produits utilisés par PIP pour fabriquer son gel. À l’époque comme aujourd’hui, le seul gel conforme est celui de Nusil, mais PIP stocke aussi des produits Brenntag ainsi que ceux d’un autre fournisseur, Gaches chimie. Il faut supposer qu’ils sont bien dissimulés. On peut toutefois se demander si l’enquête de l’Afssaps a été menée de manière suffisamment approfondie, compte tenu de l’historique déjà existant à l’époque et des critiques émises par les autorités sanitaires américaines et australiennes.

De 2001 à 2009, l’Afssaps ne s’inquiète plus de la situation de l’entreprise de La Seyne-sur-Mer. D’après les témoignages des anciens responsables commerciaux de PIP, les ruptures de prothèses et autres incidents ont commencé à augmenter fortement dès 2006-2007. Jean-Claude Mas a aussi décidé, unilatéralement, de changer la fabrication de ses prothèses fin 2006 : elles comportaient une couche-barrière, autrement dit une enveloppe double, destinée à les renforcer et à éviter le suintement du gel. 

 

« Les photos ne constituaient pas un élément d'alerte »

Cette deuxième couche n’était pas mentionnée dans le dossier de certification, ce qui constituait une infraction de plus ; mais elle était apparemment utile, car sa suppression a entraîné une augmentation du nombre d’incidents. L’Afssaps ne semble avoir rien détecté de ces problèmes. Selon les témoignages internes à PIP, les fiches de matériovigilance relative aux incidents étaient transmises à l’agence.

Cette dernière affirme n’avoir détecté aucun signal de matériovigilance avant 2009. Elle n’aurait donc pas eu connaissance, en temps réel, des incidents dont s’inquiétaient les commerciaux de l’entreprise. L’Afssaps dit avoir détecté fin 2009 un doublement des taux de ruptures de prothèses. Mais son calcul a été établi à partir des déclarations des chirurgiens et professionnels de santé, dont on a pu constater après coup qu’ils avaient largement sous-déclaré les incidents (voir notre article ici).

Lorsqu’on intègre les données venues du fabricant, les signaux de matériovigilance apparaissent beaucoup plus tôt : dans un tableau établi par l’Afssaps en 2011, qui intègre les informations de PIP, il apparaît que le taux de rupture des prothèses PIP augmente fortement dès 2005. Quand l’Afssaps a-t-elle obtenu ces données ? PIP les a-t-elle transmises en temps et en heure, ou avec retard ? Encore une question que le tribunal n’a guère soulevée.

En 2008, un chirurgien de Marseille, le docteur Christian Marinetti, signale à l’Afssaps un nombre excessif de ruptures d’implants. Pas de réaction de l’agence. Marinetti et un de ses collègues, le docteur Richard Abs, envoient des courriers recommandés en 2009. Parallèlement, l’Afssaps reçoit le courrier anonyme avec les photos.

Que se passe-t-il alors ? Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas le branle-bas de combat. La chronologie des démarches de l’Afssaps est donnée dans le rapport de 2012 cité plus haut. En résumé, l’agence a posé de nombreuses questions à PIP et lui a demandé des documents détaillés, notamment sur l’origine et la traçabilité de ses produits. En décembre 2009, l’agence a convoqué trois cadres de PIP, et les a interrogés sur « l’origine des matières premières utilisées pour la fabrication des implants et les changements éventuellement apportés dans le circuit d’approvisionnement ». Sans mentionner les photos du courrier anonyme, nous a indiqué Thierry Sirdey. D’après l’inspecteur de l’Afssaps, ces photos ne constituaient pas « un élément d’alerte ».

L’agence a aussi demandé à PIP la liste de ses clients pour les prothèses au silicone, et le bilan rétrospectif des incidents depuis 2004. Or, ces éléments, d’après les dépositions des employés de PIP, étaient censés avoir déjà été transmis à l’agence. Pourquoi les avoir redemandés, si la sincérité de l’entreprise n’était pas en question ?

Début 2010, insatisfaite des réponses de PIP, l’agence demande encore des informations sur l’origine et la conformité des produits. Finalement, après avoir analysé les documents envoyés par PIP, l’agence décide de diligenter une inspection, « du fait que certains éléments ne se recoupent pas, et au vu des différents signaux » (selon les termes du rapport de février 2012).

Selon Thierry Sirdey, « c’est parce que nous n’avons pas trouvé d’explication logique à l’augmentation des ruptures de prothèses que nous avons décidé d’effectuer une inspection sur place ». À ce stade, il n’est toujours pas question de fraude. À tel point que le deuxième inspecteur de l’Afssaps, Jean-Christophe Born, n’a pris connaissance des photos qu’à la veille de l’inspection...

Pourquoi l’Afssaps a-t-elle mis près de cinq mois à se rendre sur le site d’une usine dont l’historique aurait dû logiquement retenir son attention, après avoir reçu un courrier qui ne pouvait qu’éveiller, sinon les soupçons, au moins le doute ? Pourquoi donne-t-elle l’impression de s’être engagée à reculons dans cette affaire ? Le tribunal n’a guère apporté de lumière sur ces questions. L’instruction menée par la juge Annaïck Le Goff permettra peut-être de mieux comprendre comment le système de contrôle sanitaire a pu passer à côté d’une fraude qui s’est étalée pendant près de deux décennies, et qui entraîne de très lourdes conséquences humaines et financières.

 

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:33

 

 

Marianne - Samedi 4 Mai 2013 à 12:00

 

Nathalie Gathié

 

Curés sans soutane, confesseurs laïcs, psychanalystes sans divan, les notaires veillent sur nos mystères les plus inavouables. Tout en défendant bec et ongles de confortables rentes assurées par un statut en or massif. Enquête sur une profession des plus opaques.


Les notaires, protecteurs de nos secrets... et surtout des leurs !
Vénérable notaire en la bonne ville de Bourges, Me Bergerault, Bruno de son petit nom, brille par son atypisme. «En province, nous sommes les savants du quotidien, mais le quotidien vole souvent au ras du trèfle, c'est comme ça, madame ! On voit les gens dans des moments de paroxysme, des pics existentiels, mais tout cela ne garantit ni la grandeur des sentiments ni l'altitude de la pensée. Ah ça non, madame !» Verbe haut, formules canailles, répliques aux sonorités audiardesques, cet officier public-là est drôle. Une rareté dans une corporation dont les 9 300 membres ne sont pas franchement enclins à la gaudriole, mais une singularité qui s'arrête net aux bornes de l'éthique notariale. Du haut de ses vingt-cinq ans d'exercice, jamais Me Bergerault ne se laisse aller à prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages : renvoyer la clientèle à sa veule imbécilité, moquer «les ego qui jamais ne se curent» exposerait notre homme à la faute déontologique. «Qui trop méprise mal conseille», professe-t-il. Or la médiation pour concilier amants et concubines, trompés et cocufieurs, héritiers et spoliés fonde le cœur de métier de ceux qui s'autoproclament «magistrats de l'amiable».

Curés sans soutane, confesseurs laïcs, psychanalystes sans divan, les notaires sondent les âmes. Accouchent les cœurs et en font parfois sortir «des monstres», écrivait Balzac en 1840. Sur le front du droit de la famille, activité qui draine quelque 26 % d'un chiffre d'affaires estimé de 7 milliards d'euros, se poser en arbitre des inélégances exige en effet de se boucher le nez. La preuve par la prose d'une candidate au divorce rapportée sur «Chroniques notariales», savoureux blog tenu par un clerc masqué que Marianne a rencontré : «M. mon époux est avare [...]. Il n'achète jamais de cerises, trop chères, il les vole sur les arbres [...]. Il nous demande à tous de ne pas utiliser plus de trois feuillets de papier toilette de marque minimarge, qui fait mal quand on s'essuie [...]. Mon alliance a laissé une trace verte tout autour de mon doigt. Je suis allée chez le bijoutier [...], j'ai découvert que c'est du plaqué or, du toc ! Notre mariage est-il du plaqué ? Aidez-moi ! Quand pourrez-vous écrire aux banques pour tout savoir ? [...] Je suis sûre qu'il a des comptes en Suisse.» Se remémorant une scène vécue, le même blogueur célèbre la hauteur de sentiments, filiaux cette fois. «Ne me mettez pas des bâtons dans les roues, maître. Je toucherai mon héritage tout de suite», gronde un garagiste à la mort de son père. «Monsieur, pondère le clerc, votre mère bénéficie d'une donation entre époux. Vous recevrez donc la quote-part de la succession de votre père vous revenant lorsqu'elle fermera les yeux.» L'impatient mécano éructe : «Votre travail est de faire hériter vos clients, pas de les en empêcher.»

S'élever au rang de directeur du théâtre de la cupidité qui se joue dans le confort ouaté des études requiert une rare capacité de résistance à la nausée. «Certes, mais nous ne sommes ni saints ni martyrs : en témoignent nos confortables émoluments», tranche Bruno Bergerault. En 2011 en effet, le revenu mensuel moyen des notaires, qui chaque année voient défiler 20 millions de clients, s'établissait à quelque 20 000 €. De douillettes rentes assurées par un statut en or qui protège de la concurrence au nom de la mission d'authentification des actes juridiques tout en autorisant la poursuite d'activités commerciales. Sortes d'entrepreneurs abrités, espèces de fonctionnaires libéraux, nos confidents préférés sont bien lotis. Alors, tonitrue Bruno Bergerault, «on ne va pas pleurnicher la bouche pleine au prétexte que la comédie humaine n'est pas toujours jolie, jolie». Et ce fort en gueule de scander : «Partout où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie. Mais moi, que voulez-vous, je suis un compassionnel. Bien sûr, à l'issue de certaines consultations sur des divorces ou des successions, j'aère, je ventile en grand parce qu'à force d'aveux où le sordide le dispute à l'immonde ça ne sent pas la rose !»

A Castres, dans le Tarn, son confrère François Challeil, 72 ans, corrobore. «Depuis maintenant un demi-siècle, je m'occupe des 3 F, comprenez : la fesse, le fric et la frime - la hiérarchie est libre», ronronne ce fils, frère et père de notaire. Le vieux briscard affiche un appétit intact pour la vie des autres. Option trou de serrure, la vie : «Un jour, une femme bien mariée me révèle qu'elle a un amant tout aussi marié, veut un enfant de lui mais continuera à honorer "son légitime" pour brouiller les pistes. Je m'enquiers de la nature de mon rôle dans cette affaire. Elle me demande si l'enfant de l'amour a intérêt à être reconnu par son "cocu de mari" ou par l'as de la couette avec lequel elle fait des galipettes. Je la dissuade d'exécuter son projet de grossesse. Elle claque la porte en maugréant que je n'ai pas de cœur.» Deux ans plus tard, toujours épouse mais plus maîtresse, la dame réapparaît. «Maître, rapporte l'interpellé, mon amant m'a quittée en me laissant un enfant.»

Le notaire lui rappelle qu'elle l'a voulu : «Elle menace de ruiner la réputation du malotru qui l'a éconduite. Je comprends qu'elle exige une réparation financière pour laver l'offense, sollicite en catimini le père de l'enfant de l'amour déçu, lequel accepte illico d'offrir un terrain à bâtir à son fils naturel et ce, pour sauver son mariage.» A ces pataquès de cols blancs faussement sentimentaux, Me Challeil préfère la franchise rurale. «Il y a quelques années, un couple de paysans s'ouvre à moi d'un casse-tête. Leur fille, un peu simplette, avait batifolé avec un employé agricole et se retrouvait enceinte. Avec le saisonnier, l'histoire s'était soldée à coups de pioche. Restait, pour citer mes clients, "le polichinelle dans le tiroir" et l'honneur de la famille à sauver. Sur le moment, j'ai séché. Quand je les ai revus, l'homme m'a soufflé qu'au sortir de l'étude il avait trouvé sa femme bien jeune, bien belle et encore en âge d'être mère... Eurêka ! L'enfant à naître serait déclaré comme le leur, leur fille resterait simplette et voilà tout !»

Ruse agricole encore, mais version bretonne cette fois : «Au bistrot, le dimanche après la messe, je me régale des conversations où chacun distille petits et gros mensonges, car, moi, je connais l'envers du décor, s'amuse un clerc retraité. Ainsi, un agriculteur auquel tout le monde paie le coup par charité chrétienne est en réalité assis sur un tas d'or. Chez lui, peu d'argent rentre mais rien ou presque ne sort : en France, nombre de fortunes se sont construites sur la pingrerie, sou après sou, dîner à la soupe claire après déjeuner au pain rassis.»

Dans le Notaire (1840), une nouvelle qui ignore la ride, Balzac qualifie le notaire de «souffre-douleur des mille combinaisons de l'intérêt étalé sous toutes les formes sociales». Si Benoît Renaud, président du Conseil supérieur du notariat (CSN) jusqu'en octobre dernier, tordrait bien le cou à Honoré coupable d'«encalminer la profession dans ses lustrines», Me Bergerault ne décèle dans ces écrits que «justesse». Et d'ajouter qu'«aujourd'hui comme hier la mort des parents, c'est la cristallisation des haines du passé.

Et autant de grenades que les rejetons, quel que soit leur âge, peuvent enfin dégoupiller. La disparition des géniteurs sonne pour nombre de frères et sœurs comme l'autorisation de se détester officiellement et, là, ça vide le sac des rancœurs remâchées, ça donne du moche ou du pathétique». C'est selon. Assistant notaire en province, Christophe, 37 ans, se souvient d'un frère et d'une sœur animés par une détestation réciproque. «La succession de leur mère était modeste, mais ils se chamaillaient sur tout. Je n'arrivais pas à créer les conditions du dialogue, jusqu'à ce que la sœur beugle qu'à sa communion solennelle elle n'avait reçu aucun cadeau alors que son frère avait été gratifié d'une montre. Cette anecdote prend tout son sel pour qui sait que ces gens avaient plus de 70 ans !»

Variation sur ces maux d'enfants métastasés en cancers affectifs de grands : «Après avoir péniblement lu les dispositions testamentaires de leur père à deux gentils frérots qui se battaient froid, rapporte Christophe, j'ai vu ces derniers faire le coup de poing au cimetière parce que l'un avait donné 10 € au chauffeur du corbillard et que ce n'était pas prévu dans le partage !» Si le ridicule tuait, ces deux-là n'auraient-ils pas rejoint papa sous terre et sur-le-champ ?

Aline, 50 ans dont vingt de notariat dédié au seul droit de la famille, ne le croit pas. «Aussi obscènes soient les comportements, lors des successions nous nageons en pleine psychanalyse. A nous d'expliquer aux héritiers que le deuil est un puits qu'ils ne parviendront pas à remplir avec l'argent qu'ils se disputent.» Fille d'un notaire de campagne qu'elle accompagnait gamine au domicile de ses clients «pour se repaître des secrets éventés entre pomme au four et eau-de-vie», elle convient néanmoins du caractère vaudevillesque de certaines situations. Et pour cause, elle a souvent slalomé d'une pièce de l'étude à l'autre afin que des protagonistes remontés comme des pendules n'aient à se croiser. Le dossier dit «du manteau et des gommettes» s'est achevé dans ce théâtral climat. Acteurs principaux de la pièce : une sœur handicapée, un frère valide, plus de 60 ans chacun.

Scénario : leur mère décède, le frangin récupère le vison de la défunte pour l'offrir à sa femme. Sur sa patte valide, la sœurette déboule à l'étude. Crie au vol. Pour partager les biens de la disparue, Aline tente de rapprocher les parties. Dénouement : à l'initiative (désespérée) d'Aline, le bien-portant et l'estropiée collent des gommettes vertes et jaunes sur meubles et effets maternels les intéressant. Précision : les objets marqués de deux gommettes lors de l'inventaire sont attribués sur tirage au sort. Epilogue : le vison de la discorde reste entre les mains du frère, sa coupe ne convient pas aux mensurations de sa cadette. Décryptage d'Aline : «Toute sa vie, le frère a entendu sa mère lui seriner "Ne te plains pas, toi, tu as tous tes membres !" J'ai vite compris que ces années de sacrifices compliqueraient la succession. La sœur, elle, s'est sentie légitime jusqu'au bout. Endoctrinée par la petite musique d'une mère prête à tout pour compenser sa déficience.» Et Aline de lâcher un «Ah, les mères !», qui l'accable manifestement : «J'ai réalisé qu'elles pouvaient être de sacrées peaux de vache. Combien de fois ai-je entendu des veuves éplorées jurer à des enfants qu'elles avaient ignorés s'être détournées d'eux parce que "papa exigeait un amour exclusif, n'aimait qu'elle et se fichait bien des gosses". Le hic, c'est que le notaire a croisé papa de son vivant et sait bien que tout ça est faux.»

Des femmes, Aline en voit de tous âges, de toutes conditions. Au fil des ans, elle a perdu une poignée d'illusions sur son genre. «Les dames s'émancipent mais restent dans des postures victimaires, qui entretiennent la domination masculine, diagnostique-t-elle avec l'assurance de ceux qui voient au-delà du miroir. Les unions intéressées sinon arrangées ne sont pas marginales. Lors des ruptures, des trentenaires, toutes jeunes mères parfois, réclament leur dû au motif qu'elles ont donné de leur personne en se laissant faire un enfant ! Lorsqu'elles se séparent, elles plument leur père aussi...» Sur quelle base ? «Le discours, c'est : "Mon mari m'a trompée comme tu as trompé maman. Répare donc le mal que font les salauds de ton espèce en payant la soulte de l'appartement que me laisse mon ex."»

Elise, clerc dans le Sud-Ouest, vante a contrario la réaction qu'eut devant elle une veuve de militaire. Informée par voie testamentaire que le gradé récemment inhumé n'avait pas été avare de sa semence, quatre enfants non communs circulant en effet sur le continent africain, Mme la Générale se défit de son alliance, articula un martial : «J'irai pisser sur sa tombe en chantant la Marseillaise» et leva le camp. Fermez le ban ? Pas encore, plaide Aline : «Si les comportements humains sont finalement assez constants, la peur du déclassement et la crise se sont invitées dans nos offices.» Et de développer : «Dans les années 50, les petites gens empruntaient sur quarante ans au Crédit foncier, achetaient et mouraient dans leur maisonnette. A leur mort, les enfants vendent afin d'avoir un semblant d'apport pour accéder à leur tour à la propriété. S'ils divorcent, comme souvent, ils perdent la moitié. De nos jours, à l'inverse de leurs parents, ils perçoivent une microretraite, ont des gosses de 27 ans au chômage et ces mômes-là vont hériter tard, car on vit très vieux. Le maigre argent qu'ils récupéreront ne leur servira à rien qu'à donner encore moins à ceux d'après, parce qu'ils auront galéré toute leur vie et auront claqué l'essentiel dans des dépenses ordinaires.»

De nos cagnottes et de nos lits, les notaires savent beaucoup. Mais ces effeuilleurs d'existence ont des pudeurs de vierges effarouchées lorsqu'il s'agit de se laisser déshabiller. Confesseurs oui, confessés non ! Quand quelques-uns s'aventurent à langue délier, ils implorent l'anonymat, fût-ce pour réciter le catéchisme officiel d'une confrérie qui brasse chaque année quelque 600 milliards d'euros de capitaux.

Un club d'enfants gâtés arc-boutés sur la défense d'un monopole et d'un numerus clausus qui tous deux permettent de copieusement ripailler entre soi. Mais chut, de ce microcosme que François de Closets qualifiait, en 1983, de «haute privilégiature» ne parlons pas ! «Chez nous, c'est malheur à celui qui l'ouvre», déplore Pierre Lestard, qui bat pavillon CGT - une gageure ! -, à la Caisse de retraite et de prévoyance des clercs et employés de notaires. «Quand il y a de la poussière sous le tapis, on l'aspire en catimini. Mais l'essentiel n'est-il pas que le ménage soit fait ?» questionne Valérie, notaire mandatée pour administrer les «études à problèmes», comprenez celles où comptes clients et deniers personnels se confondent. Clerc devenu notaire avant d'embrasser une carrière d'avocat en droit immobilier, Pierre Redoutey avait dénoncé dans les années 80 «un accès biaisé au métier. De toute évidence, la méritocratie par le diplôme était et reste niée. La chancellerie, qui nomme les titulaires d'office, se borne à promouvoir les poulains ou les "fils de" cooptés par les organisations professionnelles. A l'échelle d'une fonction dite publique, ça fait mal à la République !».

Pour avoir brisé la loi du silence, il fut labellisé «trublion» par une corporation qui, aujourd'hui encore, décide de qui l'intégrera ou pas. Et ce, indépendamment du parchemin des postulants et de leur capacité à acheter un office. Lorsque, en mars 2011, Vincent Le Coq, universitaire toulousain, et Laurent Lèguevaque, ex-juge d'instruction, publient leur Manifeste contre les notaires (éd. Max Milo), la caste s'évertue à leur clouer le bec. Dans un mail adressé en août 2012 à ses confrères, Benoît Renaud, encore président du CSN, disqualifie Vincent Le Coq, aigri, à l'en croire, de n'avoir pu intégrer une profession comparée dans le livre à «un parasite se portant de mieux en mieux dans une France qui va de plus en plus mal». Prescient ou bien informé, il annonce dans le même mail que les écrits «diffamatoires» du «dépité» Le Coq se solderont par une mise en examen... qui ne surviendra que plus de deux semaines plus tard. Zélé, il indique avoir «fourni ces informations à un certain nombre de journalistes». Mais précise : «Cela ne peut suffire à nous assurer la non-publication par les médias des affirmations de ce monsieur.» Notons là un excès de modestie, car l'attachée de presse des éditions Max Milo réagit : «Jamais, je n'ai observé un tel silence sur un bouquin. Plusieurs journalistes m'ont clairement dit qu'ils ne bougeraient pas. Sur instruction de leur hiérarchie ou pour ne pas mettre en péril les "spécial immobilier" réalisés en partenariat avec le notariat !»

Si suspicion il y a à l'endroit de ces contorsionnistes prompts à faire le grand écart entre la sécurité d'un statut d'officier public et la liberté de bénéfices liés à des activités privées tels le négoce immobilier ou le conseil fiscal, elle n'est pas à chercher du côté de Christiane Taubira. Fin septembre, lors du 108e congrès des notaires, la ministre de la Justice a entonné un chant d'amour aux scribes du XXIe siècle. Emphatique à souhait, elle a caressé le public dans le sens des costumes trois-pièces et des tailleurs épaulés, louant pêle-mêle «grandeur de la mission», légitimité du statut et, cerise sur l'éloge, «caractère social» de la fonction. Les congressistes se seraient bien fendus d'une ola ; ils se sont contentés d'applaudissements plus conformes à leur rang.

A en croire la garde des Sceaux, les notaires seraient donc «garants de l'accès au droit pour les plus vulnérables». Dans les faits, la chose se discute. Quoique soumis à l'obligation d'aide juridictionnelle réservée aux plus démunis, ces nobles travailleurs sociaux s'y dérobent souvent. «On néglige un peu la chose, car, en plus de ne pas être payés, c'est nous dans ces dossiers qui réglons les frais d'enregistrement», admet Bernard Monnassier dans les locaux prune et absinthe de sa très chic étude du VIIe arrondissement parisien, où les gueux ne doivent pas se bousculer. «Pour les avocats, ce devoir est plus simple : ils font du baratin alors que nous établissons des actes que nous devons facturer. Si nous versions dans la gratuité, nous serions accusés de dumping», objecte sans ironie aucune Benoît Renaud. Dans leur Manifeste, Le Coq et Lèguevaque écrivent avoir sollicité sept chambres départementales afin d'obtenir ladite aide. Quatre ont fait silence. Trois ont décliné leur requête. Crier sur cette seule base aux «tous vénaux» ne serait pas convenable, présenter les études comme des repaires de boy-scouts ne le serait pas davantage.

«Je me fais sans arrêt engueuler par mon patron au motif que je passe trop de temps avec des mémés désargentées, raconte Elise, clerc débutante. Selon lui, les vieux qui ne sont pas propriétaires ne sont pas rentables : leur succession sera misérable !» Béatrice, plus expérimentée, renchérit : «J'ai travaillé dans plusieurs études enclines à imposer aux clients des actes superflus : acte de partage d'un solde quand il suffit aux héritiers de donner l'ordre au notaire de leur remettre un chèque en signant si nécessaire une copie à l'étude, déclaration de succession pour des biens inférieurs à 50 000 € alors qu'elle n'est pas exigible...» N'en jetez plus, la coupe des petits profits légaux qui font les gros bénéfices immoraux est pleine.

Elle déborde si on y ajoute les subsides générés par le recours au juteux article 4. «Théoriquement, clarifie Béatrice, le conseil est gratuit, c'est même un devoir, mais l'article 4 permet de tarifer librement certaines consultations si elles sont spécifiques, personnalisées... Tout ça est assez flou pour que certains notaires abusent de cette disposition. Mon boss, c'est un Lucky Luke du 4, il le dégaine jusque dans les Pacs les plus basiques !» Des arrangements «intolérables» aux yeux de notaires, plus ruraux que citadins, «exaspérés que les agissements de quelques-uns ternissent l'image de tous». Et l'un d'assurer : «Moi, je suis un rat des champs. Je roule en Clio, je reçois gratuitement des agriculteurs surendettés, le tout - et je ne m'en plains pas - pour 7 000 à 8 000 € moyens mensuels.» Me Bergerault gronde à sa suite : «Nous avons prêté serment, disposons d'un statut confortable, l'exemplarité s'impose !»

Nommés par l'Etat mais pas fonctionnaires, collecteurs d'impôts mais professionnels libéraux, ces incongrus de la République justifient à eux seuls la crémière expression populaire «avoir le beurre, l'argent du beurre, etc.». Cajolés comme nul autre, ils bénéficient de l'indéfectible soutien des politiques. Au-delà des époques, par-delà les alternances. «L'Empire, la royauté, cinq Républiques... nous avons toujours été approuvés, jubile Bernard Monnassier, notaire de Serge Dassault, Hubert de Givenchy ou de Dominique Loiseau, veuve du fameux restaurateur. Droite comme gauche profitent de notre expertise sociétale. D'ailleurs, nous avons inspiré des monceaux de lois sur la copropriété, les donations, les régimes matrimoniaux...»

Fort de ses amitiés avec Christine Lagarde, Claude Guéant ou Eric Woerth, l'homme a facilité le parachutage de Rachida Dati, dans le bourgeois VIIe arrondissement, où il exerce son influence. Hommes de réseaux, les notaires ? Bernard Monnassier, qui administre le Figaro, n'en disconvient pas. «Inutile d'être élu pour distiller des messages. Les gouvernements savent que l'opinion est de notre côté : un député qui malmènerait la profession se mettrait son électorat à dos. Les gens nous sont attachés.»

La classe politique, elle, ne parvient pas à se détacher. En 1960, un rapport remis à Michel Debré, alors Premier ministre, appelle à l'abolition «des réglementations qui ferment abusivement l'accès à certains métiers et protègent indûment des intérêts corporatistes». Sans suite. Dans la foulée de l'élection de Mitterrand, Robert Badinter envisage, sur la base de travaux conduits par le juriste Pierre Lyon-Caen, de lever le monopole. Reculade. En 2008, alors que la commission Attali stigmatise «le maintien de réglementations obsolètes» nuisibles à la croissance, Nicolas Sarkozy appelle à la fonte du notariat dans une «grande profession du droit». Patatras. «Si les notaires ne constituaient pas pour les élus le passage obligé de leurs opérations immobilières douteuses, auraient-ils droit à tant d'égards de la part des pouvoirs publics ?» grince Vincent Le Coq.

En charge des affaires civiles au sein du cabinet de Robert Badinter, Pierre Lyon-Caen fait une autre analyse : «Le notariat est un groupe de pression fort important assis sur une puissance économique non négligeable. Lever le monopole exigerait d'indemniser les professionnels : financièrement, cela constituerait un énorme morceau à avaler. A l'époque, le ministère des Finances, associé à cette réforme, freinait des quatre fers. Aujourd'hui, cet obstacle demeure», sur fond de caisses de l'Etat encore plus asséchées. Fixé par les pouvoirs publics, le tarif des actes authentifiés par nos 9 300 «intouchables», lui, est régulièrement revu à la hausse.

Or, s'insurge Pierre Redoutey, «ce tarif, dont les Français sont prisonniers, n'a rien à voir avec la qualité du service rendu. Beaucoup d'actes s'établissent à une vitesse vertigineuse via les traitements de texte : sur des programmes immobiliers de centaines de logements, il suffit de bâtir une formule et de la reproduire ad libitum. Chaque acquéreur paiera au prix fort des documents pondus en trois minutes chrono.» Et cet avocat d'ajouter que «le coût élevé des actes permet aux notaires de rembourser les emprunts contractés lors de l'achat de leurs très chers offices. En clair, plus que la prestation fournie, ce sont les études que le quidam finance !» Aujourd'hui, la profession dit tirer la moitié de ses revenus du lucratif fromage immobilier, mais la réalité tourne autour de 70 %. «Cette propension à minorer la dépendance à la pierre vise à surévaluer la mission de service public du notariat, aujourd'hui contestée par Bruxelles», explique Pierre Redoutey. Mais chipotage que tout cela ! Dans une enquête publiée en 1987, Ezra Suleiman, prof de science politique à Princeton, ne concluait-il pas que «les notaires français jouissent du plus haut degré possible de protection de l'Etat et de la plus grande latitude pour exploiter leur entreprise commerciale» ?

Théoriquement, rien de ce qui se tricote dans les études n'échappe au contrôle du ministère de la Justice. Interrogé sur le volume de contentieux visant aujourd'hui nos chers authentificateurs, ledit ministère pourtant a séché. Faute de moyens et «de compétence, car la matière notariale est très absconse», souffle un jeune magistrat, les parquets se contentent d'une distraite attention. Ex-patron du CSN, Michel Maubrey concède que «la chancellerie exerce une tutelle plus proche de la protection vigilante que de la surveillance contraignante». Dans les faits, les pouvoirs publics ont délégué à la profession le soin de s'autodiscipliner. Et, quand un notaire s'apprête à contrôler un autre notaire, il est courtois. Il le prévient. Le laïus type, c'est «Cher ami, j'arrive, débrouillez-vous pour que tout soit en ordre», gloussent plusieurs clercs. Le confrère inspecteur est escorté par un expert-comptable «indépendant»... quoique rémunéré par le notariat.

Prompt à rappeler l'envoi une fois l'an de fax inopinés qui enjoignent aux notaires de communiquer sous quelques heures leur position comptable, Benoît Renaud s'agace des soupçons qui pèsent sur les contrôles. Mais, malgré une surveillance en trompe l'œil, les notaires sont parfois rattrapés par la patrouille. MMA, assureur de la profession, s'émeut d'ailleurs de l'augmentation des sommes réglées à l'issue de sinistres imputables aux dérives immobilières de quelques officiers publics. Sur la sellette : les ventes en l'état futur d'achèvement (Vefa). Très fréquentes dans le cadre des programmes de défiscalisation de type Scellier, ces transactions sont le talon d'Achille des notaires. La preuve par l'affaire Apollonia, vaste escroquerie à l'investissement locatif, où plusieurs d'entre eux sont suspectés d'avoir acculé des milliers d'acquéreurs à la ruine en leur vendant des biens surévalués. «Quelques dossiers émergent, difficilement», commente Pierre Redoutey.

Face au notariat, cet avocat a plus perdu que gagné. «Au civil, les juristes des MMA usent toujours de la même stratégie : faire traîner, multiplier les incidents et, si le notaire perd en première instance, aller en appel, voire en cassation. Cela éreinte les plaignants psychologiquement et financièrement.» Porter plainte au pénal s'avère aussi périlleux : «Là, le procureur consulte la Chambre des notaires qui jure ses grands dieux que la poursuite est injustifiée et le dossier, souvent, se clôt. Pour contourner ces tentatives d'étouffement, il faut se constituer partie civile auprès d'un juge d'instruction, mais c'est long et trop cher pour beaucoup de particuliers.» Pourquoi une telle inégalité des armes ? «Parce que magistrature et notariat défendent le même immobilisme social, tranche Laurent Lèguevaque. On ne porte pas plainte contre des notables.» Pas même devant les prud'hommes.

Dans ce secteur si lucratif, le niveau de rémunération des «petites mains» étonne : 1 350 € nets pour des clercs débutants, 2 780 € net pour des diplômés notaires, soit des bac + 6 ou 7 estampillés «collaborateurs d'office». Pas lourd «au regard des heures sup jamais payées», pestent plusieurs clercs sous cape. Avant de quitter le métier en 2007, Karine se présentait comme «esclave de notaire». Anna, 26 ans, se définit comme «une souillon au service de princes». Pour autant, soupire Elise, «pas un clerc n'attaquera aux prud'hommes sous peine d'être carbonisé. Ils savent qu'ils peuvent continuer à nous exploiter en toute impunité». Une gauchiste analyse que Benoît Renaud récuse : «La différence de rémunération entre celui qui rédige des actes et celui qui dirige une étude me semble légitime. Et puis, le notaire doit pouvoir administrer de façon sereine sans avoir au-dessus de lui une loupiote qui clignote et l'oblige à s'interroger sans cesse sur l'état de ses comptes.» Bel exemple d'humour notarial. 


20 000 €


C'est le revenu moyen mensuel des quelque 9 300 notaires recensés qui, chaque année, voient défiler 20 millions de clients dans leurs études.

600 milliards d'euros

Soit le montant des capitaux brassés chaque année par l'ensemble des études notariales.
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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 17:18

 

 

Rue89  - Manif Monsieur Propre 04/05/2013 à 15h42
Rémi Noyon | Rue89

 

François, 25 ans, a voté pour Hollande, mais il est « dégoûté » par sa première année de mandat et veut se remonter le moral en défilant dimanche à Paris.

 


François avec son balai (Rémi Noyon/Rue89)

Le balai restera à la maison. François n’aime guère les coups de menton ni les déclarations à l’emporte-pièce. Il évitera le bus militant qui part de Rennes dimanche matin pour arriver à la Bastille vers 13 heures. Un car bourré à craquer de partisans du Front de gauche qui vont manifester pour « purifier l’atmosphère politique ». Le jeune homme de 25 ans a un sourire timide : « Je ne suis encore qu’un observateur. »

Aux murs de son appartement rennais, des roses en peinture n’en finissent plus de faner. Pas d’affiches, si ce n’est un tract pro-mariage gay un peu écorné sur le frigo, et des unes de Charlie Hebdo dans la cuisine pour cacher un trou de peinture. François est un cérébral à sang froid.

Ce circuit de refroidissement lui a fait voter François Hollande aux deux tours de l’élection présidentielle, puis PS aux législatives. Sans grande illusion. Pour « virer Sarkozy et sa clique de mafieux », mais aussi avec l’espoir, tout de même, d’une « bifurcation ».

« Je ne reprendrai peut-être pas tous
les slogans, mais ça me fera du bien »

Ne cherchez pas François en ligne. Pas de page Wikipédia, pas de citations dans les journaux. Juste un électeur socialiste déçu. Qui commence à regretter son vote. Comme 41% de ceux qui ont choisi Hollande au premier tour, selon un récent sondage CSA-BFM.

François ira manifester dimanche dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon. Sans banderole, sans mégaphone. Avec amertume.

« Je ne reprendrai peut-être pas tous les slogans, mais ça me fera du bien de marcher avec des gens qui ont peu ou prou le même sentiment de dégoût. C’est mieux que de rester derrière sa télé à grogner. Ça remonte le moral. »


La cuisine de François (Rémi Noyon)

Il ouvre la porte. S’excuse pour son conjoint, Ludovic, qui s’est absenté. On laisse tourner le dictaphone. Ça sort. Réfléchi. Ruminé.

  • Le mariage pour tous. « Le PS a porté cette réforme du bout des lèvres. Le gouvernement était aux abonnés absents. On a eu l’impression qu’il avait honte et voulait simplement marquer un clivage avec la droite. »
  • Arnaud Montebourg. « C’est pathétique. Beaucoup de gens ont placé de l’espoir en lui alors qu’il ne peut rien faire. Au Redressement productif, il ne sert qu’à éponger les plans sociaux. »
  • Le pacte de compétitivité. « Ces 20 milliards d’euros de baisses d’impôt accordées aux entreprises, je n’y suis pas forcément hostile. Mais dans le contexte actuel, le gouvernement a voulu apparaître comme plus responsable que la droite. Et quand le Medef applaudit, c’est qu’il y a un problème. »
  • Les cours d’entrepreneuriat au collège. « Quand on voit l’état de l’école, est-ce qu’il n’y a pas plus urgent que d’introduire des cours pour inciter des gamins de sixième à se lancer dans la finance ? »
  • PSA Peugeot Citroën. « Belle démonstration d’“aplaventrisme” devant la famille Peugeot, qui vit en Suisse. »
  • Le PS. « Le PS apparaît de plus en plus comme l’aile sociale de l’UMP. C’est un vieux parti fatigué, à l’image du pays. Avec cette sensation que les classes sociales sont figées, qu’il y a un plafond de verre et, au-dessus, le fils Fabius qui s’achète un appartement à 7 millions d’euros. »
  • Les affaires. « Quand on entend les cris d’orfraie des ministres lorsqu’on leur demande de publier leur patrimoine, ça alimente le dégoût. Et ce sont les mêmes que l’on retrouve le lendemain des élections sur les plateaux télés à pleurnicher parce que le FN a encore augmenté. »

En guise de conclusion, il cite Antoine de Rivarol, un penseur pourtant très éloigné de son univers politique : « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir. »

 

 

François fait son mur des cons

Né à Tarbes – une ville « sinistrée » – de parents communistes, François navigue entre la gauche merguez et la gauche caviar. Sur la table à manger familiale, il y avait le choix : L’Humanité, L’Evénement du jeudi et Le Nouvel Obs.

Ses premiers souvenirs politiques, ce sont le PCF, poussiéreux, et le gouvernement Jospin, encore traversé du souffle de la majorité plurielle : « A l’époque, la gauche s’assumait. »

Viennent les manifs lycéennes contre le CPE. François s’engage, part faire son droit à Toulouse. Il ne rejoint pas l’Unef parce que « ce sont les mêmes que l’on retrouve trente ans plus tard sur les bancs du Sénat ». Il ne s’encarte pas non plus. Hésite à voter à la primaire socialiste de 2012. N’ira finalement pas, mais apprécie à distance Arnaud Montebourg et ses propos sur le « made in France » et la démondialisation.

Aujourd’hui, il regarde le parti pour lequel il a presque toujours voté avec des yeux blasés.

« Au PS, on a des gens qui sont quasiment sur la même ligne que le Front de gauche, d’autres sur la même ligne que l’UDI [la coalition centriste de Jean-Louis Borloo, ndlr]. Pour sa santé mentale, le parti gagnerait à s’assumer comme un parti du centre. »

Le coup de gueule de Filoche,
« une bouffée d’oxygène » pour François

L’aile gauche justement. « Camba », Hamon, Guedj, Lienemann, Maurel et les autres. Leurs sorties casquées sur la droite allemande. Leurs causeries tout en « rapport de force » et en « changement de cap ». De quoi espérer ? François pousse à peine un soupir :

« Certains ont intériorisé leur rôle de supplétif. Certains feraient mieux de quitter le PS. »

Seule « bouffée d’oxygène », le coup de gueule de Gérard Filoche après les aveux de Jérôme Cahuzac. Ça lui a fait un bien fou, cette saillie les larmes aux yeux.

« C’est ce qu’on attend précisément du PS. Ce genre de réactions. La gauche, ce doit être ça. »

D’ailleurs, il le verrait bien au gouvernement, Filoche. Pour un portefeuille qui aurait à voir avec l’industrie. Avec Claude Bartolone en Premier ministre et Jean-Luc Mélenchon à l’Education.

Le gouvernement idéal de François
Passez la souris sur l’image pour voir les différents postes

Le jeune homme s’apprête à passer le capes d’Histoire. Il devrait commencer à enseigner dans un collège ou un lycée à la rentrée prochaine. C’est la « patine » XIXe siècle qui le séduit chez Jean-Luc Mélenchon : cette dégaine de tribun de la IIIe République.

« On le caricature comme quelqu’un de vulgaire, mais il a une épaisseur qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. »

François fait partie du (très) gros million de personnes qui regarde les interventions télévisées du coprésident du Parti de gauche et les trouve « rafraîchissantes ». Tout en étant agacé par les colères à répétition du personnage. Ce moment où l’œil hésite entre la blague et l’engueulade. Tantôt charmeur, tantôt acide, toujours sur ses grands chevaux. Trop de montagnes russes pour François.

« Il est tranchant, mais il a les défauts de ses qualités. Ces emportements successifs peuvent rebuter des gens comme moi. Il faut savoir doser. »

C’est cela, en plus d’un avis mitigé sur la faisabilité du programme du Front de gauche à une échelle uniquement nationale, qui le retient encore de rompre les rangs.

Réactions de socialistes et de communistes
Enregistré après de défilé du 1er Mai, chez François

Ce vendredi soir, François, tout juste débarqué de Rennes, retrouve deux amis militants à la gare Montparnasse.

Alexandre, qui a fait la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et Thierry, plus âgé, vingt-cinq ans d’adhésion au PS dans les pattes. Ils se sont rencontrés en ligne, à l’occasion du combat pour le mariage homo.

Ça discute organisation pour dimanche. Réseau SMS saturé, Bastille bondée... Et puis de politique. On tape dur sur un Hollande « mou ». François et Thierry se succèdent pour dégommer ce qu’ils appellent la « dérive centriste » du Président. Alexandre, étudiant à l’ENS, écoute, le sourire en coin, l’œil amusé. Et finit par lâcher :

« Mais qu’est-ce qui vous retient ? Ça fait de la peine de voir des gens qui sont dans un entre-deux. »

Soupirs par-dessus les pintes de bière. François et Thierry tentent mollement de s’expliquer. Viennent pêle-mêle la peur de s’enfermer dans une case, l’attente de voir comment les choses vont évoluer, un certain mal à l’aise face au soutien jusqu’au-boutiste de Mélenchon à Chavez. Même si l’on sait bien qu’il « ne va pas sortir la guillotine pour nettoyer l’Ouest parisien ». Mais tout de même.

Thierry, qui a fondé en décembre un club de pensée – « Hâter la République » – pour se donner un peu d’air, finit par soupirer : « Je ne sais pas à quelle université d’été je vais aller. »

Même tonalité chez François, qui n’exclut pas de rejoindre prochainement le Parti de gauche :

« En tout cas, cette manif de dimanche, ce sera un test intéressant. Le mot d’ordre c’est la VIe République, mais il ne faut pas se leurrer, c’est surtout un moyen pour Mélenchon de faire le point, un an après les élections. »
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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 17:05

 

Rue89 - Publié le : 04/05/2013 à 13h31

 

 

 

 

Beaucoup de Russes ont équipé leur véhicule d’une « dashcam », une caméra installée devant le pare-brise et dont les images peuvent être utilisées devant les tribunaux, par exemple si un piéton s’est jeté sous leurs roues, espérant obtenir un dédommagement financier après l’accident.

Résultat : des tombereaux de vidéos souvent atroces qui circulent sur YouTube. Cette compilation prend le contre-pied de ce phénomène, avec une série d’heureux événements captés par ces dashcams : vieilles dames qu’on aide à traverser la rue, animaux errants qu’on met à l’abri, inconnus qui aident à désembourber une voiture...

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 16:28

 

 

Le Monde - Blog

 

 
in Share61

Source image : http://typographie.tumblr.com

 

Tout changement social doit concevoir son économie. Et alors que s’ouvre aujourd’hui à Paris le OuiShareFest, premier événement européen entièrement dédié à l’économie collaborative, j’avais envie de donner suite à ce billet et faire le point sur un ensemble de termes qui reviennent souvent dans l’actualité pour qualifier les modèles économiques émergents et à venir qui cherchent à fournir des réponses aux enjeux du siècle.
 

L’économie coopérative

Commençons avec le plus ancien de ces modèles, qui relève de l'économie sociale et solidaire. Les premières coopératives de consommation sont apparues à la fin du XVIIIe siècle afin de promouvoir une économie plus sociale. À l’époque, les consommateurs se regroupaient pour acheter en gros des biens de consommation en donnant à chaque membres le droit d’exercer des droits et des devoirs.

Dans cette économie sociale, des groupements de personnes visent à satisfaire des attentes collectives: des réseaux coopératifs aussi variés que celui des magasins Biocoop, des fournisseurs d’électricité comme Enercoop ou une banque comme le Crédit coopératif (dont la logique reprend celle des coopératives de production) proposent plus que des biens et des services : ils offrent des garanties sur la qualité des produits, les modes de production, le respect de l’être humain et de l’environnement, la garantie d’un prix juste, et au final une autre vision de la société.

En ce sens, la logique n’est pas anticapitaliste, mais a-capita-liste: ces initiatives ne sont pas en opposition au capital, mais dans sa négation, et la personne humaine remplace le capital dans la finalité de l’action collective des hommes.

Pour Jean-François Draperi, spécialiste du mouvement mutualiste et coopératif, ce mode de fonctionnement permet surtout d’assurer la cohérence des sociétés: "L’entreprise d’économie sociale renoue le lien entre les actifs et le capital. Elle réunit en association des personnes volontaires, chacune disposant d’une voix et d’une seule dans la prise de décision indépendamment des différences d’investissement financier. Le bénéfice réalisé n’est pas considéré comme un profit, mais comme un excédent de gestion sur lequel l‘entreprise constitue des réserves impartageables et inaliénables", explique-t-il dans Rendre possible un autre monde.

Dotée maintenant d’un ministère, ce secteur a créé 400 000 emplois nouveaux (davantage que le secteur privé traditionnel) en dix ans et avance actuellement sur la question de ses liens avec l’entrepreneuriat social (sous l’impulsion du Mouves, notamment) pour savoir si une acceptation plus large des statuts de l’ESS et de la gestion des profits peut être entendue (voir le tableau suivant pour saisir les nuances)

 

Tableau extrait du livre Vive la Corévolution !


L’économie positive

 

 

Définie par Maximilien Rouer et Anne Gouyon dans Réparer la planète, la révolution de l'économie positive (publié en 2005), l’économie positive se définit par rapport à l'économie négative (qui dégrade l'environnement et domine actuellement), l'économie neutre ("celle des écologistes des années 70, moins polluante mais qui ne résout en rien les problèmes environnementaux existants" résume M.Rouer dans cet entretien) et la positive, qui se veut réparatrice de l'environnement tout en générant des profits. Comme Maximilien Rouer le précise également dans cet article, cette économie s'applique "à tous les secteurs aussi bien les transports que le bâtiment, l'agriculture, l'énergie ou encore les biens de consommation. Elle désectorise l'environnement. Elle le passe d'une logique sectorielle à une logique mainstream et fait évoluer nos repères scientifiques, technologiques, économiques et financiers. Au point de questionner la vulnérabilité des modèles d'affaires, des produits et des services existants."

Aujourd'hui, le terme a été repris par Jacques Attali, notamment dans le cadre du LH Forum dont la première édition s'est déroulée en septembre 2012 au Havre et qui devrait mettre à l'honneur un rapport sur le sujet dans sa prochaine édition, en septembre 2013.

L’économie circulaire

Voilà une forme économique qui fait également parler d’elle ces temps-ci. Entre les travaux lancés par la fondation Ellen Macarthur, le nouvel institut de l'économie circulaire créé en octobre 2012 à Paris, les travaux de l’Institut Inspire et l’ouverture d’une chaire de recherche intitulée "business as unusual" dédiée au sujet par Euromed Management, les moyens ne sont jamais trop peu nombreux pour faire avancer le concept expliqué de manière claire et succincte dans la vidéo pédagogique suivante :

 

 

Si cela vous intéresse, la Fondation Ellen MacArthur a publié en janvier 2013 une bibliothèque d'études de cas identifiant les entreprises qui ont amorcé une transition vers l'économie circulaire.

L’économie de la fonctionnalité

Liée à l’économie circulaire mais différente tout de même, l’économie de la fonctionnalité repose sur la vente de l’usage d’un produit et des services associés plutôt que sur la vente du produit lui même. Comme le précise à juste titre la page Wikipédia, "c’est la recherche normative de gains environnementaux et/ou sociaux qui distingue l’économie de la fonctionnalité de la servicisation classique".

 

 

 

En France, le club économie de la fonctionnalité suit de près ces sujet, et l’Institut Inspire  travaille actuellement avec la région PACA sur une guide méthodologique (la méthode NOVUS, Nouvelles Opportunités Valorisant l’Usage et le Service) "visant à préparer le territoire à une transition vers une économie plus sobre en ressources naturelles, tout en étant créatrice de plus de valeurs et de nouveaux emplois".

Parmi les pionniers de cette approche, les plus connus sont, en France, Michelin (qui loue des pneus à ses clients professionnels) et, à l'international, Interface (qui propose une offre de location de moquette, pour ses clients professionnels là aussi).

 

L’économie collaborative

 

 

 

Aujourd’hui au coeur du OuiShareFest, demain au centre de la conférence Le Web London, nous sommes en plein boom de l'économie collaborative, cette économie qui valorise l'accès sur la propriété et favorise les échanges pair-à-pair (peer-to-peer, entre personnes).

Plus de 1000 initiatives ont été recensées dans le monde par le site collaborativeconsumption.com et les experts réunis aux OuiShareFest estiment qu'un nouveau monde est en marche tout en étant conscients du besoin d'asseoir les valeurs et l'identité du mouvement: les adeptes de ces nouveaux modes de consommation ne remettent pas forcément en cause le fait de consommer, et ils n'y viennent pas pour les mêmes raisons. Alors qu'il gagne en maturité, le mouvement doit aussi "gagner en visibilité" ainsi que le soulignait ce matin Jean-Baptiste Roger, de la Fonderie, en introduction du festival.

Chose intéressante, l’ère du collaboratif donne une autre perspective au déploiement des logiques coopératives décrites ci-dessus. L’alliance du socle de valeurs formalisées dans l’économie sociale et solidaire avec la souplesse et l’agilité des logiques collaboratives ouvre clairement la voie d’un nouveau paradigme économique et social.

 

L'économie contributive

 

Bernard Stiegler

Bernard Stiegler

 

Le philosophe Bernard Stiegler, qui suit aussi de près les transformations du monde, aime parler pour sa part d'économie contributive et explique en quoi notre prochain modèle du travail sera ancré sur le savoir et non plus sur le modèle consumériste. Un exemple ? "Dans le champ énergétique, le contributif est très très important. Il y a plusieurs types de contributeurs. Les individus, d’abord. Moi, par exemple, j’ai un moulin. Je peux aussi mettre 300 m2 sur mes toits de photovoltaïque. Je peux revendre 3-4 fois ma consommation. Mais je ne le fais pas parce que les conditions de sécurité pour le faire sont telles qu’il faudrait que j’investisse beaucoup d’argent", expliquait-il à Rue89 en février 2013.

Avec une question clef: comment sortir de l'attitude de consommation ? Car le modèle économique actuel est devenu toxique pour les gens et pour l’environnement et nous devons nous orienter dans une "ère du travail contributif, où le contributeur n’est ni simplement un producteur, ni simplement un consommateur".

Et attention, "l’économie coopérative n’est pas contributive mais c’est une nouvelle version, m'a expliqué le philosophe en mars 2013. C’est plus profond car l’économie coopérative ne change pas fondamentalement l’économie industrielle, telle que pensée initialement, elle se développe à côté du modèle industriel". L'économie de la contribution est un modèle industriel coopératif qui n'est donc pas "à part" tout en faisant la promotion du logiciel libre et de tout ce qui procède de la décentralisation et de la mise en réseau décentralisé (dans le champs de l’énergie notamment).

Le hic, c'est que "les politiques n’ont pas de vision industrielle de cette question, et les gens de l’économie sociale et solidaire ont tort de ne pas mettre cela sur le plan industriel" estime le philosophe. Et "si l'économie collaborative fait partie de l’état d’esprit contributif, mais elle ne doit pas trop diaboliser les logiques descendantes et pyramidales" estime-t-il également, en annonçant non pas la fin du travail mais sa renaissance.

L’économie horizontale

Pour Daniel Kaplan, de la FING, il serait préférable de ne pas parler d'économie collaborative à tort et à travers: "les individus qui s’engagent dans ces pratiques (ebay, le car sharing, ...) ne se disent pas qu’ils "collaborent", ils cherchent à réaliser des actions de façon plus rapide, moins coûteuse ou plus satisfaisante. Et l'essentiel de la valeur économique est capté par un intermédiaire" expliquait-il à WithoutModel il y a quelques semaines.

A ses yeux, il s'agit plus d'économie horizontale, alors que la collaboration serait réservée à ceux qui échangent des produit des biens ou des services en dehors de la sphère marchande. Mais bien plus encore, "l'univers du Do it Yourself, des makers et des Fablabs révèle une autre tendance qui peut transformer en profondeur le modèle industriel. Ces émergences annoncent a minima une évolution importante de la conception et du prototypage ; sans doute une transformation du cycle de vie des produits et de sa gestion ; et peut-être, dans certains domaines, un nouveau mode de production et d’assemblage". Ainsi, les processus deviennent plus fluides, comme l'explique d'ailleurs depuis longtemps Joël de Rosnay, notamment dans Surfer la Vie ou Jeremy Rifkin lorsqu'il parle d'économie latérale.

L’économie quaternaire

Pour l'économiste Michèle Debonneuil interrogée début janvier dans cet article de Laure Belot dans Le Monde, nous voyons émerger aujourd'hui des pionniers d'une économie "quaternaire". "Les nouvelles technologies sont pleines de potentialités et le Bon Coin est une illustration embryonnaire de tout ce qu'il va être possible de faire grâce à ces nouveaux échanges sur Internet et sur mobiles. Ces technologies vont permettre de décupler les capacités mentales des hommes comme les technologies de la mécanisation ont permis de décupler leurs capacités physiques" estimait-elle alors.

La limite, selon elle, est le risque de revenir à une économie de troc "qui ferait fi de l'apport réel de l'économie de marché". Aussi les entreprises doivent-elles intégrer ces nouvelles logiques dans leurs façon de faire, en étant plus ouverte aux nouveaux besoins des consommateurs, et entrer dans l'ère de la co-création. Sans oublier qu'"il s'agit, avec les technologies numériques, de passer d'une économie de l'"avoir plus" à une économie de l'"être mieux"" souligne la chercheuse.

 

L’économie open source

 

 

 

 

Autre modèle dont on entend parler de plus en plus, celui inspiré des modèles open source très développé dans les logiciels informatiques. Aujourd'hui nous voyons émerger de l'open hardware (matériel libre) et il est possible de concevoir des voiture open-source, des tracteurs open source, des bateaux open source pour nettoyer les dégâts liés aux marées noires.

Ici, l'idée est de partager le savoir, de l'enrichir, de le compléter, d'en faciliter la reproduction et la progression en jouant sur la créativité de chacun et la transparence. Le mouvement des makers cher à Chris Anderson (et à Joël de Rosnay, qui utilise le terme "doueur") participe aussi de cette dynamique collective ouverte.

Si le sujet vous intéresse, cet article de Mathilde Berchon, publié en octobre 2012 sur Owni offre un panorama utile.

L’économie symbiotique

Définie par Isabelle Delannoy, l'économie symbiotique tend à intègrer l'ensemble des modèles décrits ci-dessus. "L'émergence parallèle et non concertée de ces modèles montre qu’un vrai nouveau souffle irrigue notre époque et avance de façon autonome et forte, rassemblant de plus en plus d’industriels, de territoires, de citoyens et de consommateurs dans un mouvement qui a dépassé les signaux faibles" peut-on lire sur ce site dédié. Leur point commun ? Coupler la rentabilité économique avec la restauration des écosystèmes et la résilience sociale. Ce qu'ils peuvent atteindre ensemble ? Une toute nouvelle voie pour le développement durable, un développement où l’homme ne fait pas "moins pire" mais "bien".

 

L'économie Symbiotique, par Isabelle Delannoy

L'économie Symbiotique

 

Au total, six principes fonctionnant en synergie guident cette économie. Du biomimétisme (ou économie bleue) en faisant appel à l'intelligence des écosystèmes à la parcimonie en passant par une économie plus propre (non polluante),  relocalisée et diversificatrice, l'économie symbiotique fournit une boussole permettant d'évaluer des projets existants, construire des outils d’amélioration et de pilotage de nouveaux projets. "Elle permet aussi de proposer de nouveaux indicateurs de mesure de la restauration écologique, économique et sociale" explique Isabelle Delannoy.

La décroissance

Souvent décriée et critiquée (et trop idéologisée), la décroissance (ou sobriété heureuse, petite déclinaison) est un modèle qui mérite pourtant qu'on l'étudie. Les travaux de Serge Latouche sont très utiles pour bien comprendre leur logique, et le livre Un projet de décroissance – Manifeste pour une dotation Inconditionnelle d’Autonomie publié début 2013 offrira un regard politique sur ce projet de société.

Mais pour bien comprendre les enjeux d'une société décroissante, je vous conseille vivement de lire Tim Jackson: avec de nombreux chiffres à l'appui et un long travail de concertation, il montre dans Prospérité sans croissance comment il est possible aujourd'hui de changer de modèle sans pour autant revenir à une économie de la bougie, oui oui.

En attendant, cette liste reste incomplète et ces modèles se nourrissent les uns les autres. Gardez donc vos antennes en alerte, de nouveaux concepts apparaissent au quotidien en cette période de transition. De quoi nourrir la réflexion et les alternatives d'avenir, non ?

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

 

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 16:21

 

 

Le Monde.fr | 03.05.2013 à 15h29 • Mis à jour le 03.05.2013 à 17h03

 


Par Christine Poupin (porte-parole du NPA), Olivier Besancenot (Ancien candidat de la LCR aux présidentielles de 2002 et de 2007) et Philippe Poutou (Ancien candidat du NPA à la présidentielle de 2012)

 
 

La crise économique, l'offensive du gouvernement et du patronat contre le monde du travail, ainsi que le séisme politique provoqué par les aveux de Jérôme Cahuzac, nécessitent une riposte sur le terrain social et politique. C'est d'autant plus urgent que la droite et l'extrême droite , elles, n'hésitent pas à battre le pavé contre l'égalité. Une course de vitesse est enclenchée. Il est grand temps qu'à la gauche du gouvernement, une opposition se fasse enfin entendre et qu'elle reprenne le chemin de la rue. Jérôme Cahuzac n'a fait qu'appliquer à son propre patrimoine le traitement que le gouvernement PS autorise pour l'ensemble des classes dominantes : "Le serrage de ceinture pour la majorité laborieuse, et l'enrichissement pour une minorité privilégiée".

Bien plus que le patrimoine des ministres, c'est la vraie nature de la politique du gouvernement qui vient d'être dévoilé aux yeux de millions de personnes : choyer la classe dominante en espérant vainement qu'elle fasse revenir la croissance.Vraie nature qui pousse le PS, après avoir acté un premier cadeau de 20 milliards d'euros de crédit d'impôts pour les entreprises, à en voter un second : la "flexisécurité" qui donne de nouveaux pouvoirs au patronat pour disposer des salariés comme ils l'entendent, au nom bien sûr de la compétitivité. De l'argent il y en a !

Au nom de quoi faudrait-il se résigner au chômage de masse, à l'amputation des salaires, des retraites et des allocations, au démantèlement des acquis sociaux et des services publics ? Dans la foulée du 1er mai, nous proposons de manifester massivement le dimanche 5 contre le gouvernement et sa politique d'austérité, de manifester pour en finir avec le pouvoir du système bancaire et financier, pour sa socialisation sous le contrôle des travailleurs et de la population. De manifester aussi pour l'égalité des droits, droits des homos au mariage, à l'adoption, à la PMA, droit de vote pour tous les résidents et régularisation de tous les sans-papiers. Manifester encore pour une démocratie réelle qui rompe avec les institutions de la Ve République, qui interdise la concentration des pouvoirs et le cumul des mandat, qui impose le contrôle direct de la population sur les élus révocables, rémunérés à un niveau du salaire moyen.

L'affaire Cahuzac, comme les précédentes – Bettencourt, Woerth, Takieddine...- ne sont que quelques casseroles. Mais c'est bien toute la cuisine qu'il faut changer. Les "coups de balai" ne suffisent pas, car le système n'est pas seulement poussiéreux, il est moisi. Il ne s'agit pas seulement de changer de gouvernement, de président ou de personnel politique, en remplaçant les uns par les autres, ou de changer le numéro de la république, il est question de changer toutes les règles du jeu, que la population souverainement élabore et légifère sa propre représentation démocratique. Puisque les politiciens et les riches s'enlisent dans les affaires, il est temps de prendre les nôtres en main.

Les grands acquis sociaux et démocratiques ont été arrachés par de grandes luttes, comme en juin 1936 ou en Mai 68, lorsque les couches populaires ont su s'inviter avec fracas dans l'arène sociale et politique, là où les politiciens professionnels ne veulent pas qu'on aille. Partout en Europe, en Grèce, Espagne, Portugal, la rue refait de la politique, grâce aux mouvements des Indignés, aux grandes marches sociales, et à des grèves générales régulières. La France ne vivra pas dans une bulle à part bien longtemps.

Ces mouvements ne décrètent pas, ils se préparent dès aujourd'hui, dans la convergence des luttes actuelles. Jean-Luc Mélenchon a pris unilatéralement l'initiative d'appeler à manifester le 5 mai pour une VIe République. Nous ne partageons pas la façon de faire, ni les appels cocardiers, souverainistes, voire nationalistes car notre drapeau est à jamais celui de l'internationalisme. Mais, nous voulons contribuer au plus large rassemblement possible pour mettre en échec la politique du gouvernement, pour ne pas laisser le rue aux réacs homophobes et défendre la perspective d'une démocratie réelle, par en bas, qui mette les financiers et leurs amis politiciens hors d'état de nuire. Voilà pourquoi, le 5 mai, nous appelons tous et toutes à descendre dans la rue.

Christine Poupin (porte-parole du NPA), Olivier Besancenot (Ancien candidat de la LCR aux présidentielles de 2002 et de 2007) et Philippe Poutou (Ancien candidat du NPA à la présidentielle de 2012)

 

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 16:17

 

Le Monde - Blog

 

 

La défense de l'environnement fait de plus en plus descendre dans la rue les Chinois. Samedi 4 mai, le centre de la ville de Kunming, capitale de la province du Yunnan, dans le sud-ouest, a été envahi par des centaines de manifestants qui s'opposent à un projet d'usine chimique.

La société publique CNPC est à l'origine de ce projet qui prévoit la production de 500 000 tonnes de para-xylène (PX), nocif pour la santé. Les protestataires portaient des masques de protection.

Les photos du rassemblement ont vite inondé les réseaux sociaux chinois, tout comme leurs revendications. Ces dernières années, plusieurs villes, Xiamen, Dalian et Ningbo, ont dû abandonner des projets d'usines de para-xylène après des manifestations d'habitants. Le développement économique effréné de ces 30 dernières années ont provoqué une véritable catastrophe écologique en Chine.

 

 

 

Wang Zhengmin, un journaliste de la télévision locale, explique sur son compte Weibo ne pas être né à Kunming, mais y vivre depuis neuf ans et apprécier cette ville et son environnement naturel.

"Si on construit cette usine, il n'y aura plus de ciel bleu, de nuages blancs, d'eau pur, de montagnes vertes, plus jamais d'air pur ni de soleil éclatant !"

Par François Bougon

 


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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:51

CADTM

 

30 avril par Daniel Albarracín, Nacho Álvarez Peralta, Bibiana Medialdea, Francisco Louça, Mariana Mortagua, Stavros Tombazos, Ozlem Onaran, Giorgos Galanis, Michel Husson

 

 

 

Que faire de la dette et de l’euro ?

 

 

30 avril par Daniel Albarracín, Nacho Álvarez Peralta, Bibiana Medialdea, Francisco Louça, Mariana Mortagua, Stavros Tombazos, Ozlem Onaran, Giorgos Galanis, Michel Husson

 


Un manifeste

Daniel Albarracín, Nacho Álvarez, Bibiana Medialdea (Espagne)
Francisco Louçã, Mariana Mortagua (Portugal)
Stavros Tombazos (Chypre)
Giorgos Galanis, Özlem Onaran (Grande-Bretagne)
Michel Husson (France)

Page web : http://tinyurl.com/euro13

 

Un manifeste

Daniel Albarracín, Nacho Álvarez, Bibiana Medialdea (Espagne)
Francisco Louçã, Mariana Mortagua (Portugal)
Stavros Tombazos (Chypre)
Giorgos Galanis, Özlem Onaran (Grande-Bretagne)
Michel Husson (France)

Page web : http://tinyurl.com/euro13

La crise

L’Europe s’enfonce dans la crise et la régression sociale sous le poids de l’austérité, de la récession et de la stratégie de « réformes structurelles ». Cette pression est étroitement coordonnée au niveau européen, sous la direction du gouvernement allemand, de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne. Il y a un large consensus pour dire que ces politiques sont absurdes et même qu’elles sont menées par des « analphabètes » : l’austérité budgétaire ne réduit pas la charge de la dette, elle engendre une spirale récessive, toujours plus de chômage, et sème la désespoir parmi les peuples européens.

Ces politiques sont pourtant rationnelles du point de vue de la bourgeoisie. Elles sont un moyen brutal - une thérapie de choc – de restaurer les profits, de garantir les revenus financiers, et de mettre en œuvre les contre-réformes néolibérales. Ce qui se passe est au fond la validation par les États des droits de tirage de la finance sur la richesse produite. C’est pourquoi la crise prend la forme d’une crise des dettes souveraines.

Le faux dilemme

Cette crise est un révélateur : elle montre que le projet néolibéral pour l’Europe n’était pas viable. Ce dernier présupposait que les économies européennes étaient plus homogènes que ce n’est le cas en réalité. Les différences entre pays se sont creusées en fonction de leur insertion dans le marché mondial et de leur sensibilité au taux de change de l’euro. Les taux d’inflation n’ont pas convergé, et les faibles taux d’intérêt réels ont favorisé les bulles financière et immobilière et intensifié les flux de capitaux entre pays. Toutes ces contradictions, exacerbées par la mise en place de l’union monétaire, existaient avant la crise, mais elles ont explosé avec les attaques spéculatives contre les dettes souveraines des pays les plus exposés.

Les alternatives progressistes à cette crise passent par une profonde refondation de l’Europe : la coopération est nécessaire au niveau européen mais aussi international pour la restructuration de l’industrie, la soutenabilité écologique et le développement de l’emploi. Mais comme une telle refondation globale semble hors de portée compte tenu du rapport de forces actuel, la sortie de l’euro est présentée dans différents pays comme une solution immédiate. Le dilemme semble donc être entre une sortie risquée de la zone euro et une hypothétique harmonisation européenne qui devrait émerger des luttes sociales. Il s’agit à notre avis d’une fausse opposition : il est au contraire décisif d’élaborer une stratégie politique viable de confrontation immédiate.

Toute transformation sociale implique la remise en cause des intérêts sociaux dominants, de leurs privilèges et de leur pouvoir, et il est vrai que cette confrontation se déroule principalement dans un cadre national. Mais la résistance des classes dominantes et les mesures de rétorsion qu’elles peuvent exercer dépassent le cadre national. La stratégie de sortie de l’euro n’intègre pas suffisamment la nécessité d’une alternative européenne et c’est pourquoi il faut disposer d’une stratégie de rupture avec l’« eurolibéralisme » qui permette de dégager les moyens d’une autre politique. Ce texte ne porte pas sur le programme, mais sur les moyens de le mettre en œuvre.

Que devrait faire un gouvernement de gauche ?

Nous sommes plongés dans ce que l’on peut techniquement appeler une « crise de bilan ». Cette crise qui s’installe dans la durée par le jeu combiné du désendettement du secteur privé et des politiques d’austérité budgétaire trouve son origine dans l’accumulation passée d’une énorme quantité d’actifs fictifs, qui ne correspondaient à aucune base réelle. En termes pratiques, cela signifie que les citoyens doivent aujourd’hui payer pour la dette, autrement dit valider les droits de tirage de la finance sur la production et sur les recettes fiscales actuelles ou à venir. Les États européens, par une action strictement coordonnée au niveau européen - et même au niveau mondial - ont décidé de nationaliser les dettes privées en les transformant en dette souveraine et d’imposer des politiques d’austérité et de transferts afin de payer ces dettes. C’est le prétexte pour mettre en œuvre des « réformes structurelles » dont les objectifs sont classiquement néolibéraux : réduction des services publics et de l’État-providence, coupes dans les dépenses sociales et flexibilisation des marchés du travail, afin de baisser les salaires directs et indirects.

Une stratégie politique de gauche devrait selon nous être centrée sur la conquête d’une majorité en faveur d’un gouvernement de gauche, capable de se débarrasser de ce carcan.

Se libérer de l’emprise des marchés financiers et contrôler le déficit. À court terme, l’une des premières mesures d’un gouvernement de gauche devrait être de trouver les moyens de financer le déficit public indépendamment des marchés financiers. C’est interdit par les règles européennes et c’est la première rupture à opérer. Il existe un large éventail de mesures possibles qui ne sont pas nouvelles et qui ont été utilisées dans le passé dans différents pays européens : un emprunt forcé sur les ménages les plus riches ; l’interdiction d’emprunter auprès de non-résidents ; l’obligation pour les banques d’un quota d’obligations publiques ; une taxe sur les transferts internationaux de dividendes et sur les opérations en capital, etc. et bien sûr une réforme fiscale radicale. Le moyen le plus simple serait que la banque centrale nationale finance le déficit public, comme c’est le cas au États-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon, etc. Il serait possible de créer une banque spéciale autorisée à se refinancer auprès de la banque centrale, mais qui aurait comme principale fonction d’acheter des obligations publiques (c’est d’ailleurs une chose que la BCE a déjà faite en pratique).

Bien sûr, le problème n’est pas vraiment technique. Il s’agit d’une rupture politique avec l’ordre européen. Sans une telle rupture, toute politique susceptible de ne pas « rassurer les marchés financiers » serait immédiatement contrecarrée par une augmentation du coût du financement de la dette publique.

Se libérer de l’emprise des marchés financiers et restructurer la dette. Cette première série de mesures immédiates ne suffit pas pour réduire le fardeau de la dette accumulée et des intérêts sur cette dette. L’alternative est alors la suivante : soit une austérité budgétaire éternelle soit un moratoire immédiat sur la dette publique suivi de mesures d’annulation de la dette. Un gouvernement de gauche devrait dire : « Nous ne pouvons pas payer la dette en ponctionnant les salaires et les pensions, et nous refusons de le faire. » Après la mise en place du moratoire, il devrait organiser un audit citoyen afin d’identifier la dette illégitime, qui correspond en général à quatre éléments :

  • les « cadeaux fiscaux » passés accordés aux ménages les plus riches, aux entreprises et aux « rentiers » ;
  • les privilèges fiscaux « illégaux » : évasion fiscale, optimisation fiscale, paradis fiscaux et amnisties ;
  • les plans de sauvetage des banques depuis l’éclatement de la crise ;
  • la dette créée par la dette elle-même, par l’effet boule de neige créé par la différence entre les taux d’intérêt et les taux de croissance du PIB rognés par les politiques d’austérité et de chômage.

Cet audit ouvre la voie à l’imposition d’un échange de titres de la dette permettant d’en annuler une grande partie. C’est la deuxième rupture.

Mais les dettes souveraines sont également totalement entremêlées avec le bilan des banques privées. C’est pourquoi le plan de sauvetage d’un pays est en général un plan de sauvetage des banques. Une troisième rupture par rapport à l’ordre néolibéral est nécessaire, qui passe par le contrôle des mouvements internationaux de capitaux, le contrôle du crédit et la socialisation des banques. C’est le seul moyen rationnel de démêler l’écheveau de dettes. Après tout, cela a été l’option retenue en Suède dans les années 1990 (même si les banques ont été ensuite reprivatisées).

Pour résumer, l’ouverture d’une voie alternative nécessite un ensemble cohérent de trois ruptures :

  • le financement de ces émissions de dette souveraine, passées et à venir
  • l’annulation de la dette illégitime
  • la socialisation de banques pour le contrôle de crédit.
    Ce sont les moyens d’une véritable transformation sociale. Comment s’y prendre ?

Pour un gouvernement de gauche

Ces trois grandes ruptures nécessaires pour résister au chantage financier ne peuvent être menées à bien que par un gouvernement de gauche. Bien que les conditions sociales et politiques d’une stratégie de convergence et de lutte pour un tel gouvernement varient largement d’un pays à l’autre, toute l’Europe s’est concentrée à l’été 2012 sur la possibilité pour Syriza de gagner les élections et de constituer l’axe d’un tel gouvernement en Grèce. Depuis cette période, Syriza mène une campagne sur les thèmes essentiels que nous défendons dans ce manifeste : un gouvernement de gauche est une alliance pour dénoncer le mémorandum de la Troïka et de restructurer la dette afin de préserver les salaires, les pensions, les services publics de santé et d’éducation et la sécurité sociale. Notre approche est en phase avec celle de Syriza : « pas de sacrifice pour l’euro. »

Une sortie de l’euro n’est pas une garantie de rupture avec l’« eurolibéralisme »

Il est évident qu’un gouvernement de gauche qui prendrait de telles mesures doit être décidé à appliquer un programme socialiste et disposer d’un large soutien populaire. Ce dernier ne peut être obtenu que si ce programme se fixe clairement comme objectifs prioritaires la lutte contre les intérêts de la finance, la reconstruction d’une économie de plein emploi et la gestion collective des biens communs. Il ne faut pas dévier de cette stratégie : si l’annulation de la dette est le but, on ne doit pas s’écarter de cet objectif. La cohérence et la clarté politiques sont les conditions pour gagner - et mériter de gagner. La première mesure d’un gouvernement de gauche doit donc être la lutte contre la dette et l’austérité.

Pour que cette politique contre soit efficace, un gouvernement de gauche doit s’appuyer sur un large soutien populaire et être prêt à utiliser tous les moyens démocratiques nécessaires pour faire face à la pression des intérêts financiers, y compris des mesures de nationalisation des secteurs stratégiques et une confrontation directe avec le gouvernement Merkel, la BCE et la Commission européenne. La bataille pour la défense de la démocratie et des acquis sociaux doit être élargie au niveau supranational. Mais si la politique de Bruxelles s’y oppose, cette bataille devra finalement être menée à partir des cadres nationaux déjà existants. Dans cette confrontation, il ne devrait pas y avoir de tabou sur l’euro, et toutes les options devraient rester ouvertes, y compris la sortie de l’euro si aucune autre solution n’est possible dans le cadre européen, ou si les autorités européennes y contraignent un pays. Mais cela ne devrait pas être le point de départ.

Les implications d’une sortie de la zone euro pour un gouvernement de gauche doivent être explicitées. Premièrement, elle ne permettrait pas forcément de restaurer la souveraineté démocratique : certes le financement du déficit public échapperait au contrôle des marchés financiers, mais ce contrôle pourrait être exercé par la spéculation contre la nouvelle/ancienne monnaie d’un pays qui aurait un déficit extérieur.

Par ailleurs, la charge de la dette ne serait pas réduite. Elle serait au contraire augmentée en proportion du taux de dévaluation, puisque la dette est libellée en euros. Dans ces conditions, le gouvernement serait conduit à convertir la dette publique dans la nouvelle monnaie, ce qui équivaudrait à une annulation partielle : il est du pouvoir d’un État de prendre une telle décision, même si un conflit judiciaire international est à prévoir. Mais les entreprises privées et les banques ne disposent pas de ce même pouvoir souverain et par conséquent, la valeur des dettes privées et financières augmenterait dans la monnaie nationale. Dans ce cadre, une nationalisation des banques serait en fin de compte nécessaire tout simplement pour éviter la faillite de tout le secteur du crédit, ce qui impliquerait une nouvelle augmentation de la dette publique vis-à-vis de la finance internationale.

Ensuite, la dévaluation de la nouvelle monnaie déclencherait un processus inflationniste qui conduirait à une hausse des taux d’intérêt et à une aggravation de la charge de la dette et des inégalités de revenus.

Enfin, la sortie de l’euro est généralement présentée comme une stratégie visant à gagner des parts de marché grâce à une dévaluation compétitive. Ce type d’approche ne rompt pas avec la logique de la concurrence de tous contre tous et tourne le dos à une stratégie de lutte commune européenne contre l’austérité.

Au total, en menant la lutte sans faire de la sortie de l’euro et de l’Union européenne un préalable, un gouvernement de gauche pourrait augmenter ses marges de manœuvre et renforcer son pouvoir de négociation, en s’appuyant sur la possible extension des résistances à d’autres pays de l’UE. Il s’agit donc d’une stratégie progressiste et internationaliste, qui s’oppose à une stratégie isolationniste et nationale.

Pour une stratégie de rupture et d’extension unilatérale

Les solutions progressistes s’opposent au projet néolibéral de concurrence généralisée. Elles sont fondamentalement coopératives et fonctionneront d’autant mieux qu’elles seront étendues à un plus grand nombre de pays. Par exemple, si tous les pays européens réduisaient le temps de travail et instauraient un impôt uniforme sur les revenus du capital, cette coordination permettrait d’éviter le retour de bâton que cette même politique subirait si elle était adoptée dans un seul pays. Pour ouvrir cette voie coopérative, un gouvernement de gauche devrait suivre une stratégie unilatérale :

  • Les « bonnes » mesures sont unilatéralement mises en place comme, par exemple, le rejet de l’austérité ou la taxation des transactions financières.
  • Elles sont accompagnées de mesures de protection comme par exemple un contrôle des capitaux.
  • Cette mise en oeuvre au niveau national de politiques en contradiction avec les règles européennes représente un risque politique qu’il faut prendre en compte. La réponse se trouve dans une logique d’extension, afin que ces mesures - par exemple la relance budgétaire ou la taxe sur les transactions financières - soient adoptées par d’autres États membres.
  • Cependant la confrontation politique avec l’UE et les classes dirigeantes d’autres Etats européens, en particulier le gouvernement allemand, ne peut être évitée et la menace de sortie de l’euro ne doit pas être exclue a priori des options possibles.

Ce schéma stratégique reconnaît que la refondation de l’Europe ne peut pas être une condition préalable à la mise en œuvre d’une politique alternative. Les éventuelles mesures de rétorsion contre un gouvernement de gauche doivent être neutralisés par des contre-mesures qui impliquent effectivement un recours à des dispositifs protectionnistes. Mais cette orientation n’est pas protectionniste au sens habituel du terme, car elle protège un processus de transformation sociale portée par le peuple et non les intérêts des capitaux nationaux dans leur concurrence avec d’autres capitaux. C’est donc un « protectionnisme d’extension » appelé à disparaître une fois que les mesures sociales pour l’emploi et contre l’austérité auront été généralisées à travers l’Europe.

La rupture avec les règles de l’Union européenne ne repose pas sur une pétition de principe, mais sur la légitimité de mesures justes et efficaces qui correspondent aux intérêts de la majorité et qui sont également proposées aux pays voisins. Cette orientation stratégique peut alors être renforcée par la mobilisation sociale dans les autres pays et donc s’appuyer sur un rapport de forces capable de remettre en cause les institutions de l’UE. L’expérience récente des plans de sauvetage néolibéraux mis en oeuvre par la BCE et la Commission européenne montre qu’il est tout à fait possible de contourner un certain nombre de dispositions des traités de l’UE, et que les autorités européennes n’ont pas hésité à le faire, pour le pire. C’est pourquoi nous revendiquons le droit de prendre des mesures allant dans le bon sens, y compris l’instauration d’un contrôle des capitaux et de tout dispositif permettant de préserver les salaires et les pensions. Dans ce schéma, la sortie de l’euro, encore une fois, est une menace ou une arme de dernier recours.

Cette stratégie s’appuie sur la légitimité des solutions progressistes qui découlent de leur nature de classe. Il s’agit d’une stratégie coopérative de rupture avec le cadre actuel de l’UE, au nom d’un autre modèle de développement fondé sur une nouvelle architecture pour l’Europe : un budget européen élargi alimenté par une taxe commune sur le capital qui finance des fonds d’harmonisation et des investissements socialement et écologiquement utiles. Mais nous n’attendons pas que ce changement vienne tout seul et nous mettons à l’ordre du jour la lutte immédiate contre la dette et l’austérité et les justes mesures de défense des salaires et des pensions, de la protection sociale et des services publics. Telle est notre orientation stratégique pour un gouvernement de gauche.

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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