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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 18:39

 

1 100, comme le dit le syndicat Unsa ? 1 500, comme semble le penser plutôt FO ? Peut-être jusqu’à 2 000 comme le pronostiquent certains ? Un étrange jeu de devinettes s’est instauré chez SFR, en attendant le comité central d’entreprise prévu mercredi 28 novembre. Chacun y va de son pronostic mais tous sont d’accord au moins sur un point, il faut s’attendre au pire : le plan de départs volontaires, qui va être présenté par la direction du groupe de télécommunications mercredi, s’annonce massif.

L’abattement a saisi l’entreprise. Depuis des mois, les 10 000 salariés du groupe assistent impuissants au naufrage de leur maison. Ils ne reconnaissent plus leur groupe. La nouvelle direction paraît se cantonner à une position d'attente pour faire monter les enchères et trouver un repreneur qui acceptera de racheter le plus cher possible la société. Pour le reste, tout leur univers semble s’être écroulé. SFR tel qu’ils l’ont connu a vécu.

« Pour moi, SFR, c’est fini », dit un cadre prêt à raccrocher dès que les mesures de départ seront connues. Les syndicats s’attendent à ce que de nombreuses personnes saisissent l’occasion du plan de départs volontaires. Car tous ne se font aucune illusion. Ce plan qui devrait d’abord viser les activités commerciales et de marketing n’est sans doute que le premier d’une très longue série. D’autres suivront qui risquent de défaire peu à peu l’ensemble du groupe.

Impuissants, les syndicats ont la satisfaction amère d’avoir eu raison dans leurs plus sombres prédictions. Dès 2009, lors de l’annonce d’une quatrième licence de téléphonie mobile en France, ceux-ci avaient dénoncé le danger d’une explosion du secteur. « Plusieurs rapports récents démontrent que la présence de quatre opérateurs mobiles ou plus, demandée par la Commission européenne dans les grands pays d'Europe, n'est pas viable économiquement », avaient écrit l’Unsa et la CGE de France Télécom. « Cela ne peut entraîner que des suppressions d’emploi, des délocalisations, des pertes d’investissement », avait prédit dans des communiqués communs l’ensemble des syndicats du secteur. Salariés, sous-traitants, fabricants d’équipements, affiliés, tous allaient payer au prix fort cette décision mortifère, qui n’apporterait aucun bénéfice, avaient-ils averti.

Depuis le lancement en janvier de Free mobile, qui a obtenu la quatrième licence, la réaction en chaîne redoutée par les syndicats est en train de faire écrouler le secteur. Bouygues Télécom a annoncé la suppression de plus de 500 emplois et s’attend à perdre de l’argent pendant plusieurs années. Orange s’apprête à faire disparaître plus de 2 000 emplois – « sans licenciement », s’est engagé le groupe – dans la téléphonie mobile et à revoir toute l’économie de sa branche.

Si les déboires d’Alcatel-Lucent en France ne sont pas tous liés au problème de la déstabilisation de l’activité mobile en France, elle y participe. Les fabricants d’équipements et de logiciels ont vu leurs débouchés s’évanouir en quelques mois, tandis que les chaînes de magasins spécialisées dans la vente de portables et d’équipements de télécommunications se préparent à fermer nombre de points de vente dans toute la France. La publicité, si présente depuis le lancement du mobile dans les années 1990 et devenue grande pourvoyeuse de recettes pour la presse, a quant à elle quasiment disparu.

D'un trait de plume du régulateur

Et maintenant, c’est au tour de SFR. Contre toute attente, le deuxième groupe de téléphonie mobile en France est peut-être celui qui est le plus atteint. Il ne s’attendait pas à une concurrence agressive et destructrice. En quelques semaines après le lancement de Free mobile et ses offres à 2 et 20 euros, le groupe a explosé. Son PDG, Franck Esser, qui dirigeait SFR depuis douze ans, a démissionné. Une partie de l’équipe de direction a volé en éclats. Jean-Bernard Lévy, président de directoire de Vivendi, la maison mère de SFR, a été poussé vers la sortie.

Il a fallu attendre près de cinq mois pour que Vivendi désigne Stéphane Roussel, jusqu’alors directeur des ressources humaines de SFR pour prendre la succession de Franck Esser à la tête du groupe. En son sein, ce choix a vite été lu comme la décision d’un groupe qui s’apprête à engager des plans sociaux et à se vendre plutôt que le choix d’une entreprise décidée à se battre et à répliquer. L’impression n’a guère été démentie par la suite. « Sa mission est juste de rendre la mariée plus belle avant de la vendre. Pour le reste, il a l’air totalement serein sur son avenir qui semble assuré », relève un salarié.

En pleine tourmente, les salariés ont vu la direction générale partir en vacances en août. Elle semble continuer à mener grand train. Ces dernières semaines, ce fut un départ en jet privé à Marrakech à l’invitation de Jean-René Foutou pour participer à un séminaire de réflexion dans son riad marocain. Jean-François Dubos, pilier de Vivendi depuis trente ans devenu président du groupe après l’éviction de Jean-Bernard Lévy, sèche, pour sa part, souvent les réunions : les télécoms n’ont guère l’air de le passionner.

Pourtant, cela reste encore la principale source de revenus et de profits du groupe. Mais l’intérêt n’y est plus. En quelques mois, Vivendi – comme Bouygues et Orange – a vu tout son modèle s’effondrer. « Le marché de la téléphonie mobile en France est arrivé à son point de maturité. Avec près de 60 millions d’abonnés, il est illusoire d’essayer de gagner de nouvelles parts de marché en tablant sur la croissance. Il était évident qu’une concurrence plus agressive par les prix allait se mettre en place, chacun essayant de prendre des clients à l’autre. Mais en décidant d’amener un quatrième concurrent, l’Arcep (l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes) a dynamité le processus. On s’est tous retrouvés du jour au lendemain plongés dans un combat à mort », explique un cadre de SFR.

« Le changement réglementaire de l’Arcep provoque une destruction sans précédent », souligne un connaisseur du dossier. « Jusqu’alors, le régulateur avait décidé de régir la concurrence dans le secteur par les investissements dans les infrastructures et les réseaux. Il a laissé prospérer l’opacité et les ententes sans s’en soucier. Aujourd’hui, il a changé radicalement de doctrine et prône au contraire la mutualisation des réseaux, en poussant notamment Orange à louer ses réseaux à Free. Du coup, les marchés financiers en ont déduit que les réseaux, qui ont pourtant une valeur bien réelle, ne valaient plus rien, tandis qu’ils valorisent le portefeuille client, même s’il n’y a aucun revenu. »

Pour les adeptes de Schumpeter et de la « destruction créatrice », la disparition d’emplois et d’usines, de savoir-faire et de technique, n’est sans doute rien. Elle s’inscrit dans le cycle « fécond » du renouveau. Mais feront-ils le même constat pour la seule chose qui mérite attention à leurs yeux : l’argent ? En quelques mois, par le seul trait de plume du régulateur, France Télécom, la maison mère d’Orange, a vu se volatiliser quelque 7 milliards d’euros de capitalisation boursière, Bouygues plus de 2,5, Vivendi près de 4 avant que le groupe n'annonce son plan de scission qui lui a permis de se rétablir partiellement.

Iliad, la maison mère de Free, fort de ses 4 millions de nouveaux abonnés, dont la moitié au moins à perte, selon les estimations, a enregistré un bond de 40 % de sa capitalisation boursière à 8 milliards d’euros, depuis le début de l’année.

Une faute de 8 milliards

Les malheurs de SFR, cependant, ne sont pas seulement liés à la décision du régulateur. La direction de l’entreprise y est aussi pour beaucoup. « Tant que le système fonctionnait, qu’ils pouvaient gagner beaucoup d’argent sans rien faire, ils n’ont touché à rien. Il était évident que nous avions des offres beaucoup trop chères, beaucoup trop opaques. Rien que la crise aurait dû nous pousser à changer. Ils ont préféré croire que l’environnement était immuable », reconnaît ce cadre de SFR.

La preuve de cet aveuglement, pour beaucoup, est dans les choix faits par la direction de SFR et de Vivendi de racheter à l’automne 2011 les 40 % que détenait encore le groupe britannique de télécommunications Vodafone dans la société, pour le prix mirifique de 8 milliards d’euros. À l’époque, le conseil d’administration de Vivendi avait approuvé ce rachat, sans y trouver rien à redire. « C’est la démonstration parfaite qu’ils n’avaient rien compris, rien anticipé sur ce qui allait se passer. L’arrivée de Free était pourtant annoncée depuis longtemps », souligne un analyste. « Les salariés de SFR risquent de payer chèrement la faute commise par la direction. Pour la masquer, Vivendi est prêt à en commettre une plus grosse encore », déplore ce cadre sur le départ.

Alarmé par la chute du cours de l’action de Vivendi – le seul critère qui le préoccupe –, Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance du groupe, a repris le collier depuis le début de l’année. Dans une lettre stupéfiante adressée au printemps à ses actionnaires, il avait étalé publiquement ses réflexions sur une possible scission et la vente par appartement de ses activités, dont celle des activités de télécommunications, en vue de faire remonter l’action.

Depuis, dans l’espoir de doper le cours et donner une nouvelle impulsion au groupe, il a accepté que Vincent Bolloré devienne le premier actionnaire du groupe, après l’apport de la participation de sa chaîne Direct 8 à Canal +. Mais la direction, qui n’a jamais eu d’autre projet et ambition pour le groupe que celui d’une grosse Sicav depuis l’éviction de Jean-Marie Messier en 2002, sait qu’il lui faut donner plus de signes.

« Jean-René Fourtou se fait un devoir de redresser le groupe avant son départ. Il veut apporter la preuve que sa présidence, contrairement à tout ce qui a pu être dit, n’était pas usurpée et inutile. Mais il n’a pas beaucoup de temps. Il lui faut apporter des preuves d’ici à l’assemblée générale de juin prochain », explique gentiment un proche du dossier. Stéphane Roussel, le PDG de SFR, a tenu à peu près le même discours aux syndicats du groupe lors d’une récente réunion : « Vivendi doit être capable de venir avec une stratégie claire pour la prochaine assemblée des actionnaires de juin 2013 », leur a-t-il expliqué. En bref, Vivendi doit être capable à ce moment-là de raconter une belle histoire boursière.

L’histoire a déjà commencé à s’écrire. Vivendi ne fait plus mystère de sa volonté de sortir du secteur des télécommunications, maintenant que la rente est en voie d’épuisement. Une stratégie totalement approuvée par son nouvel actionnaire, Vincent Bolloré, qui n’a jamais apprécié ces activités trop dévoreuses de capitaux selon lui : entré par effraction dans le capital de Bouygues, il avait milité pour une sortie précipitée des télécoms.

Vente à l'encan

« Il vaudrait mieux pour SFR que Vivendi vende rapidement GVT et Maroc Télécom, pour que nous ayons du temps côté SFR », a  reconnu devant les syndicats Stéphane Roussel. Mais le scénario idéal n’a pas l’air de se dérouler comme prévu. Sans attendre, Vivendi a annoncé officiellement la vente de sa filiale brésilienne de télécoms GVT. « La pépite du groupe », dit un familier. L’ennui est que la pépite ne semble pas attirer pour l’instant les repreneurs. Le groupe a aussi l’intention de céder les 49 % qu’il détient dans Maroc Télécom aux côtés du gouvernement marocain. Mais là encore, la cession de ce qui fut une autre « pépite » du groupe dans le passé ne va pas aussi vite que le souhaiterait Vivendi. Tout donc repose sur SFR.

Depuis plusieurs semaines, des rumeurs persistantes de vente circulent à l’intérieur du groupe. Une fois, il est question de discussions avec Numericable, une autre de pourparlers avec Free, une autre encore de manœuvres d’approche avec Bouygues, ou encore avec Vodafone. Selon nos informations, toutes sont avérées. Sans état d’âme, la direction de SFR est en discussion avec tout candidat qui pourrait être intéressé par le rachat. « Il ne s’agit pas de rapprochement pour créer un groupe plus solide, ou engager une consolidation du secteur. Nous avons beau être les deuxièmes après Orange, nous sommes à vendre à l’encan au plus offrant », constate désabusé un salarié.

Mais la cession se heurte à de nombreux obstacles. D’abord, réglementaires. Il serait curieux que l’ouverture à la concurrence « libre et non faussée » voulue par l’Arcep aboutisse à la disparition d'un des quatre opérateurs de licence. Ensuite, financiers. Les repreneurs potentiels n’ont pas la taille pour absorber une société si grosse. Numéricable est minuscule et endetté jusqu’au cou. Bouygues en pleine difficulté lui-même n’a guère envie de se surcharger encore dans le secteur. « Xavier Niel, le PDG de Free, n’est pas fermé au projet, mais à condition que ce soit lui qui commande », rapporte un connaisseur du dossier. Quant à Vodafone, il pourrait peut-être regarder le dossier, si le prix est bradé.

Dans les discussions préliminaires, les faiblesses de SFR ont tout de suite été pointées. Outre sa complète désorganisation face à la concurrence, les uns et les autres ne cessent de revenir sur les 8 milliards d’euros dépensés en 2011 et qui pèsent lourd dans le bilan de l’entreprise.

« Ils seront obligés de faire une dépréciation d’actifs », dit un analyste. Tout l’enjeu pour la direction de Vivendi est qu’elle se voie le moins possible, voire pas du tout. D’où la volonté de céder vite d’autres filiales, d’où la nécessité de faire des plans sociaux peut-être plus importants que nécessaires pour mieux habiller les comptes, d’où le désir de trouver vite et presque à n’importe quel prix un repreneur pour lui céder le tout. La logique du démantèlement est à l’œuvre et les salariés vont en ressentir le goût amer. 


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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 18:35

 

Marianne - Lundi 26 Novembre 2012 à 12:00
Frédéric Ploquin - Marianne

 

Trois frères avaient trouvé la martingale : évacuer le cash des dealers en permettant à des détendeurs français de comptes en Suisse de soustraire au fisc des sommes rondelettes.

 

M.LIBERT/20 MINUTES/SIPA
M.LIBERT/20 MINUTES/SIPA
A ceux qui doutaient encore, la saga des frères Elmaleh en offre une démonstration imparable : l'argent du crime se fond à merveille dans les circuits de la finance mondiale. A un bout de la chaîne, on trouve des caïds de banlieue devenus les rois du shit en gros ; à l'autre bout, une fratrie introduite dans les meilleurs établissements financiers de Genève. Dans les cités de Mantes-la-Jolie, de jeunes garçons passés maîtres dans l'art d'écouler les stocks de résine en provenance des montagnes marocaines ; côté suisse, une famille partie des faubourgs de Casablanca, la capitale économique du Maroc, pour se frotter aux gestionnaires de fortune de la place helvétique. Cette florissante entreprise a pour épicentre le royaume chérifien, Arabes et juifs main dans la main pour la même cause.

Au départ, il y a un dossier «classique» comme l'Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) en traite des dizaines chaque année. Cible : un certain Sofiane Nedjam, 35 ans, franco-algérien. Tombé des dizaines de fois entre les mains de la brigade anticriminalité (BAC). A fond dans le «bizness» de cannabis, qu'il importe par tonnes. Doté d'un revolver 9 mm toujours approvisionné. Installé dans un quartier résidentiel des Yvelines et père de famille.

Photos, filatures, surveillances, les enquêteurs tournent, au printemps 2012, autour d'une cité de Mantes-la-Jolie, dans la grande banlieue ouest de Paris. Le jeune homme fréquente assidûment une supérette de la ville. Il y entre plus de 30 fois par jour et en ressort en général les mains vides. Fait-il une étude de prix ? Il utilise en fait le téléphone du magasin, dont le patron est un peu son secrétaire. Où l'on découvre qu'il ne s'occupe pas tant du shit que de l'argent récolté. Signe que ces caïds savent organiser la division du travail et compartimenter leurs activités, ce qui limite les dégâts en cas d'intrusion policière. Le suspect est en contact avec de nombreuses personnes, dont trois semblent jouer le rôle de collecteurs. Ils manipulent l'argent par sacs entiers, à tel point que le service antidrogue décide de faire entrer dans la partie les collègues de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), dirigé par Jean-Marc Souvira. L'opération «Virus» est lancée.

 

Système fondé sur la confiance

Les surveillances se poursuivent jusqu'à l'identification de celui vers lequel semblent converger les collecteurs, tous d'origine maghrébine : un certain Mardoché Elmaleh, 48 ans. La tête de pont d'une énorme «lessiveuse» qui passe par Genève, où sont installés depuis de nombreuses années trois de ses frères, Judah, Meyer et Nessim, spécialistes réputés de l'ingénierie financière. Mardoché Elmaleh n'a jamais eu affaire à la justice, il vit plutôt chichement dans un pavillon qu'il n'a pas fini de payer, et son avocat, Ariel Goldmann, assure qu'il est «embarqué dans une affaire qui le dépasse de très loin», probablement parce qu'il ne pouvait rien refuser à ses frères. Notamment à Meyer, qui le rappelle à l'ordre au téléphone, le 4 avril 2012, comme le constatent les policiers : «Premièrement, les petits billets, tu sais très bien qu'on les prend pas ! Alors pourquoi tu les as pris ? Je t'explique une chose : les billets de 20, plus personne ne les veut ! Je te l'ai dit, ne les prends plus !» Ou lui enjoint quelques jours plus tard de l'appeler depuis une cabine téléphonique, consigne qu'il comprend de travers puisqu'il se rend dans une cabine pour... l'appeler depuis son portable.


Sofiane Nedjam, le collecteur de la supérette, ne va pas directement au contact de Mardoché. Il transmet les sacs pleins de billets issus de la vente de drogue - entre 100 000 et 500 000 e - à un intermédiaire, qui se rapproche du frère Elmaleh. En deux mois et demi, les policiers comptabilisent 46 remises d'argent, pour un montant de 2,6 millions d'euros. Les rencontres ont lieu dans les beaux quartiers de la capitale. A chaque fois, Nedjam rend compte à un homme localisé au Maroc, un certain Simon Perez, alias «Barca», 47 ans, ami d'enfance de la famille Elmaleh et apparemment en cheville avec les exportateurs de résine. Tout est cloisonné, afin que trafiquants et financiers ne soient jamais vus ensemble.

En Suisse, les frères Elmaleh font partie du décor genevois. Alors que Simon, le père, courait après les sous pour nourrir ses sept enfants dans un quartier populaire de Casablanca et que Simy, la mère, a toujours travaillé pour permettre aux petits d'avancer dans la vie, leurs fils ont réussi au-delà de toute espérance. Judah, l'aîné, est devenu directeur général adjoint de l'antenne genevoise d'HSBC, l'une des plus grosses banques mondiales, née du côté de Hongkong, au sein de laquelle il est chargé des relations avec les riches familles originaires d'Afrique du Nord, en particulier du Maroc ; il ne sera pas ennuyé dans cette enquête, mais il a frôlé la catastrophe en 2006, à cause de l'un de ses clients en France, Henri Benhamou, passé du textile au transfert de fonds douteux entre France et Maroc. Nessim, 36 ans, travaille depuis 2001 dans le même établissement. Quant à Meyer, 46 ans, il a épousé à la fin des années 80 l'héritière du fondateur d'une importante société de gestion de fonds de Genève, GPF SA, créée en 1977 ; il dirige également deux sociétés anglaises, Yewdale Ltd et Globalised Ltd. Piliers de la communauté juive locale, les trois hommes inspirent respect et admiration.

Comment l'argent du shit des banlieues françaises s'est-il glissé dans la lessiveuse helvétique ? Les enquêteurs aimeraient poser la question à Simon Perez, mais ce ne sera pas possible pour l'instant : soupçonné d'avoir fait le lien entre les deux mondes, il aurait provisoirement pris ses quartiers en Israël. «Contrairement à ce qui se passait autrefois, les billets ne franchissent plus les frontières», résume un responsable de l'enquête. Si une partie des espèces issues du trafic repart par voitures ou par camions vers le Maroc, pour payer fournisseurs, intermédiaires et policiers corrompus, l'essentiel reste en France.


Les destinataires des billets ? De riches contribuables, titulaires d'un compte en Suisse et qui ne savent pas comment rapatrier leurs fonds sans alerter le fisc. Florence Lamblin était de ceux-là. L'élue parisienne d'Europe Ecologie-Les Verts disposait, explique son avocat, Jean-Marc Fédida, d'une somme dormante sur un compte genevois, héritage (encombrant) de son arrière-grand-père et impossible à récupérer sans la déclarer. Jusqu'au jour où son compagnon lui a proposé une combine «sûre»... Mise dans la boucle, Florence Lamblin a reçu par mail l'instruction de virer l'intégralité du contenu de son compte suisse sur un autre compte, hébergé par HSBC Genève - où officie Nessim Elmaleh - et contrôlé par GPF SA - où excelle Meyer. Quelques jours plus tard, elle récupérait le cash des mains de Mardoché.

Le système est fondé sur la confiance. Réseaux familiaux et engagement oral remplacent les écritures, même si certains ne peuvent s'empêcher de prendre, à l'ancienne, quelques notes sur de petits cahiers à spirale. Et il ne serait pas venu à l'idée de Mardoché, le «coursier de luxe» de la famille, de prélever le moindre euro dans les sacs, pas plus à la petite sœur Freha, 42 ans, de toucher à l'argent qui passait par le coffre-fort qu'elle louait dans une agence parisienne du CIC - la police en perquisitionnant le 10 octobre dernier y a découvert 700 000 euros. Entre le 23 mars 2012 et le 24 août 2012, Mardoché livre les sous comme des pizzas, à domicile : 355 000 euros en une fois à Florence Lamblin ; 334 000 euros en quatre fois à Robert Sellam, avocat spécialisé dans les procédures collectives ; 330 000 euros en une fois à André Abergel, un chef d'entreprise de 66 ans ; 230 000 euros en sept fois à Thierry Schimmel-Bauer, gérant d'une société de textile en redressement ; 200 000 euros en deux fois à Marc-Antoine Larran, originaire de Rabat, au Maroc, et vieil ami des Elmaleh ; 150 000 euros en deux fois à Nicolas Judelewicz, une relation de la famille ; 140 000 euros en six fois à Anthony Pacini, marchand de biens ; 100 000 euros en une fois à Maurice Botton, homme d'affaires parisien ; la même somme à Thierry Librati, marchant d'art ; et 81 000 euros à Albert Hanouna, originaire lui aussi du Maroc et loueur de voitures de luxe sur la Côte d'Azur...


En attendant d'en découvrir d'autres, car l'enquête est toujours en cours. D'une main, le clan Elmaleh évacue le cash des dealers, de l'autre, il permet à des fraudeurs français de soustraire au fisc des sommes rondelettes. Considéré par les enquêteurs comme le «maître d'œuvre» de cette astucieuse machinerie, Meyer Elmaleh, qui gère un réseau d'entités juridiques basées en France, au Royaume-Uni, en Espagne, aux Emirats arabes unis, en Israël et aux Etats-Unis, se charge alors de rétrocéder l'argent aux gros bonnets de la drogue. Au passage, il prélève une commission oscillant entre 3 et 15 %. «A la convergence des intérêts financiers de cette clientèle interlope, expliquent les enquêteurs, il monnaye son expertise financière et son relationnel bancaire.» Les malfaiteurs sont ravis, car la panoplie proposée par la société fiduciaire GPF SA est large : création de trusts dans les centres off-shore, en particulier au Panama, mise à disposition de comptes bancaires à Londres, faux prêts, fausses factures... Elle sait tout faire. Impossible, en fin de circuit, de tracer l'origine des fonds qui atterrissent sur les comptes bancaires des organisateurs du trafic. Au grand dam de l'Office des changes marocain.

«Il va finir par faire une bêtise»

Les frères installés en Suisse savaient-ils qu'ils blanchissaient l'argent de la drogue ? Ils affirment que non, mais les juges demanderont certainement à Meyer pourquoi il se méfiait tant de l'un de ses autres frères, Albert, dont il disait récemment : «Il va finir par faire une bêtise et ça va lui coûter très cher, et ça va coûter à tout le monde très cher parce que c'est le genre de gars qui parle beaucoup.»

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 18:02

 

 

Rue89 - Le Yéti
voyageur à domicile
Publié le 26/11/2012 à 11h02

 

 

Plus nous nous enfonçons dans la crise de la « Grande perdition », plus les dirigeants affichent leur totale impuissance (sinon leur manque flagrant de volonté) à prendre les mesures qui s’imposent, et plus il apparaît que l’issue de cette lamentable aventure ne se fera pas sans violents et pénibles épisodes.

Qui aujourd’hui sérieusement aperçoit les lueurs au bout de ce sombre tunnel ? Des années durant nous avons vécu dans une sphère irréelle, avec des ambitions démesurées d’infinis pitoyablement limités. Trente années de dérives pathétiques, d’addiction navrante à des « richesses » de pacotilles, de fuites en avant aussi hypnotiques qu’aberrantes.

Pour en arriver où ? Nous voyons bien aujourd’hui que ceux qui prétendent mener le monde à la baguette sont dépassés par les évènements qu’ils ont déclenchés. Nous voyons bien que ceux-là sont incapables de dévier des chemins imbéciles qui les mènent au précipice.

L’improbable hypothèse politique

Le souhait le plus ardent qu’on puisse avoir est bien sûr celui d’une solution politique. Mais ce qui est déjà difficilement possible en Amérique latine, ce qui est à peine accepté dans un petit pays comme l’Islande, devient offense insupportable quand elle émane de puissances comme les nôtres.

Qu’un pays comme la France ou la Grèce en viennent à rompre politiquement avec le vieux monde en perdition, et c’est tout l’échafaudage de ce dernier qui achève de se disloquer, tant les choses sont désormais mondialement imbriquées. Qui croit un instant que le camp d’en face accepterait un tel camouflet sans réagir ?

Les référendums sont bafoués ou purement et simplement annihilés. La troïka a remplacé la démocratie. Et la question qui se pose n’est plus de savoir quand ils s’assoiront à la table des négociations, mais quand ils remplaceront les balles de caoutchouc de leurs cerbères par des vraies. Croyez-vous vraiment que ceux d’en face sont disposés à reculer ?

Violences d’Etats et insurrections populaires

On sait la propension des empires finissant à se réfugier dans les guerres. On sait combien alors l’irrationnel et l’absurde tient lieu de viatique. Dites-moi donc l’intérêt qu’avaient les forces occidentales à s’embourber en Afghanistan et en Irak, sinon à y griller pour rien des milliards de dollars et à se ridiculiser pour en repartir la queue basse ?

Aujourd’hui les tensions montent un peu partout dans le monde. Le commerce des armes n’a jamais été aussi florissant. Menaces sur l’Iran. Multiplication des périls au Moyen-Orient. Conflit sino-japonais pour quelques misérables îlots. Et quid des réactions nationalistes quand explosera l’Union européenne ?

Aux violences d’Etat se substituent ou se greffent parfois des insurrections populaires. Mais là encore, les chemins peuvent diamétralement bifurquer selon que les forces en présence cèdent aux pulsions régressives ou à des élans qui les poussent à chercher et mettre en place de nouvelles expériences.

Voilà pourquoi, en Grèce, en Catalogne, dans les pays les plus frappés par la crise, dans le monde arabe, de nouvelles forces radicales se positionnent face aux partis institutionnels déclinants ou aux vieilles dictatures à bout de souffle, sur fond de montée des exaspérations.

Après la nuit, le soleil ?

Nous voilà donc au pied du mur, dans un monde sclérosé de plus en plus crispé sur des vieilles lunes dépassées. Pourquoi se voiler la face, le prix à payer pour franchir ou abattre tous ces murs, à mesure que grandiront l’impatience et la révolte, risque fort désormais d’être le sang.

Allez, faites pas la gueule. Je sens que votre moral en prend un coup. En même temps, comment voulez-vous sortir de tous ces cahoteux chemin sans en mesurer précisément les ornières ? Oui, bien sûr, on peut toujours continuer à faire semblant que.

Tiens, une jolie histoire pour finir et mettre un peu de baume à vos cœurs endoloris. Je déjeunais tantôt chez mon ami Papy. Nous en vînmes à parler d’un vieux film à succès, Orfeu Negro.

Papy me raconta combien il était à chaque fois ému aux larmes par la dernière scène quand, après une nuit de cauchemar, après la mort d’Orphée, le prince du jour, et de son Eurydice, ce sont les enfants qui reprennent la guitare-flambeau et font se lever le soleil (« making the sun rise »).

 

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 17:50

 

Rue89 - Actes de propriété 26/11/2012 à 10h28
Clémence Leveau | Journaliste

Marcel et Sylvie, agriculteurs, doivent quitter maison et exploitation à la fin de l’année. Ils racontent l’histoire de leur logement et leur lutte pour rester.

 


Marcel et Sylvie devant leur maison (Clémence Leveau)

Officiellement, Marcel et Sylvie doivent quitter maison et exploitation agricole le 31 décembre pour laisser place à l’aéroport du Grand-Ouest. Un accord politique, obtenu après une grève de la faim, leur donne un sursis. Jusqu’à quand ?

Leur maison jaune est en résistance. Aux alentours, d’autres ont eu un destin moins glorieux, on n’en aperçoit plus que les ruines. Marcel, Sylvie et leurs deux enfants sont arrivés à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) en 1999. Dans leurs bagages, il y avait un idéal, un projet de vie qu’ils osaient enfin réaliser : devenir agriculteurs.

Elle rêvait de se marier avec un agriculteur

Nouvelle rubrique

Dans « Actes de propriété », nouvelle rubrique sur Rue89, chaque semaine nous publions un portrait d’un propriétaire qui raconte l’histoire de son logement. Il ouvre ses portes et détaille son budget à Rue89.

Un projet lancé avec le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ). Contactez-nous si vous voulez participer.

Adieu donc la première maison achetée ensemble en Ille-et-Vilaine, un joli corps de ferme retapé à leur façon où ils s’étaient bien vus passer leur retraite.

Ils sont comme ça, Marcel et Sylvie. Ils se projettent, imaginent, concrétisent leurs idées. Ils avancent.

L’élevage laitier, ils ne s’y sont pas lancés à la légère : Marcel, fils d’ouvrier agricole est devenu conseiller à la chambre d’agriculture, comme Sylvie, qui a aussi donné des cours de maths en lycée agricole. Elle a grandi dans le « 9-3 » mais petite, elle rêvait de se « marier avec un agriculteur ».

Lui a acheté la maison, elle l’exploitation. Histoire de bien « dissocier le privé du professionnel ». A leur arrivée il y a treize ans, le crépi de la maison n’était pas jaune. Il était décrépi, comme le reste. « Ce n’était pas un coup de cœur, c’était plutôt déprimant ! », lâche Sylvie en rigolant.

« Pour nous, le risque était très mesuré »

Seules deux pièces de vie sont à peine entretenues par l’ancien propriétaire, la vitre cassée de sa chambre n’a pas été remplacée... Mais l’ensemble est financièrement accessible et surtout, le terrain, situé dans un bocage « extraordinaire », est intéressant du point de vue agricole.


Un autocollant contre l’aéroport (C.L.)

A cette époque, le projet de transfert de l’aéroport Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes est bien enfoui dans les cartons. Personne n’imagine qu’un jour il ressurgira, même s’il reste en bruit de fond.

« Nous avions considéré le risque. Pour nous il était très mesuré. »

Sauf qu’à peine un an après l’installation, le projet de construction de l’aéroport refait surface. C’est le choc. Les télés déboulent, les associations de défense reprennent du service. Malgré tout, à force de documentation et de discussions avec des voisins habitués aux péripéties sur le sujet, Sylvie et Marcel restent persuadés qu’aucun avion n’atterrira jamais sur leurs terres. Ce serait trop « scandaleux ».

« Pour nous comme pour tous les autres, c’était juste un épisode de plus dans cette saga », explique Marcel. Par petits bouts, ils poursuivent donc la rénovation de la maison, aménagent une chambre à leur fille dans une partie du grenier, rendent le tout plus vivable. Et continuent, surtout, de s’investir énormément dans l’exploitation.

« La moitié des propriétaires sont partis »

Peine perdue ? Non seulement ils sont persuadés du contraire, mais en plus ce n’est pas leur tempérament.

« Jusque-là, on a toujours vécu comme si l’aéroport ne se construirait jamais. »

Regarder droit devant, investir l’avenir, c’est un credo. Et c’est encore vrai quand en juillet 2005, un courrier du conseil général leur propose un dispositif d’achat à l’amiable. Sylvie l’a rangé précieusement, comme une amère pièce de collection. « C’était bien joué de leur part, la moitié des propriétaires ont pris les sous et sont partis, explique Marcel. Les “squatteurs” dont on parle aujourd’hui se sont installés dans certaines de ces maisons. »

Eux choisissent d’ignorer, très irrités par la certitude dont les autorités font preuve.

« On a eu tort. On a fait blocage mais à l’époque, ils rachetaient les biens 25% de plus qu’aujourd’hui. Entamer des négociations à ce moment-là nous aurait peut-être aidé à tirer un meilleur prix aujourd’hui. »

Trop tard. C’est sans regret : à quoi bon, de toute façon ? « Le combat est juste », c’est ce qui compte. Et pourtant, petit à petit, eux qui ont tant l’habitude de regarder loin devant freinent leurs ambitions. Surtout pour l’exploitation dans un premier temps. Agrandir les bâtiments ? Oublié. Accueillir plus d’animaux ? Oublié. Passer en bio ? Oublié. « C’est un gros défi technique, s’il faut s’arrêter au bout de trois ans… »


La ferme de Marcel et Sylvie (Clémence Leveau)

« Tout est figé, c’est dur »

L’habitation continue d’évoluer au fil de travaux réalisés régulièrement, jusqu’en 2010. Et puis plus rien. Ils ont pourtant pensé aménager la buanderie, cette pièce de « transition avec la ferme », dont ils ne sont pas très fiers. Sylvie a déjà imaginé de gros fauteuils installés devant la cheminée, où elle et son mari pourraient bouquiner tranquillement les soirs d’hiver. Mais à quoi bon lancer quoi que ce soit, si tout doit finalement être détruit ? « L’incertitude commence vraiment à me miner », lâche finalement Sylvie.

« Tout est figé, c’est dur. »

« No future », ponctue Marcel avec le sourire. Fin novembre, un juge des expropriations donnera un prix de rachat à leur maison.

« Ce sera sous-estimé. Le problème c’est qu’on ne choisit pas de s’en aller ! On est mis dehors et on ne sait pas si on retrouvera un bien équivalent ou si on devra recommencer à zéro en achetant un terrain… »

Ils expliquent qu’ils se mettront peut-être à chercher autre chose, en janvier. Peut-être… Depuis mai, un accord politique protège les habitants tant que certains recours juridiques contre le projet n’auront pas abouti. Un sursis obtenu au forceps, après la grève de la faim d’avril à laquelle Marcel a participé seize jours.

Mais il faut faire vite. Or, s’ils doivent partir précipitamment et n’ont pas de lieu pour accueillir leur trentaine de vaches, ce sera l’abattoir. Trop douloureux. Si Marcel et Sylvie se battent jusqu’au dernier moment, ils prennent ce risque. S’ils partent, ils abandonnent.


Marcel et Sylvie (Clémence Leveau)

Acte de propriété

Bâtisse de 200 m2 dont 130 m2 habitables et 65 hectares d’exploitation au Liminbout, lieu-dit de Notre-Dame-des-Landes.

Valeur estimée du bien (maison et exploitation) : 190 000 euros.

L’achat puis les travaux

  • Achat en 1999

– Prix d’achat : environ 40 000 euros (270 000 F) ;

– Travaux : 10 000 euros ;

– Apport personnel : environ 40 000 euros (270 000 F).

  • Travaux ultérieurs

– Aménagement d’une partie du grenier en chambre et isolation, drainage autour de la maison (2003), aménagement de la salle de bains (2007) et amélioration du chauffage, ravalement extérieur, installation d’un double vitrage… : 26 500 euros ;

– Apport pour les travaux : 8 000 euros.

Charges : environ 420 euros par mois

  • En tant que propriétaire : environ 330 euros par mois

– Taxe foncière : 367 euros par an soit en moyenne environ 30 euros par mois ;

– Prêt pour les travaux : 10 000 euros de compte épargne logement sur trois ans (2010-2013) soit 302 euros par mois à rembourser.

  • Autres frais : environ 90 euros par mois

– Eau : 235 euros soit environ 20 euros par mois ;

– Electricité : environ 600 euros par an soit 50 euros par mois ;

– Taxe d’habitation : 268 euros par an soit en moyenne environ 20 euros par mois.

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 17:41

 

LE MONDE ECONOMIE | 26.11.2012 à 10h44 • Mis à jour le 26.11.2012 à 15h28 Par Thorolfur Matthiasson, Université de Reykjavik

 

 

De nombreuses manifestations antigouvernementales ont été organisées en Islande depuis le mois de janvier 2009.

L'Islande a été frappée, en octobre 2008, par une tempête financière de grande ampleur. Le secteur bancaire, dont le bilan était dix fois supérieur à celui du produit intérieur brut du pays, s'est effondré.

Du jour au lendemain, la couronne islandaise a perdu de 50 % à 60 % de sa valeur. Quelques mois plus tard, le taux d'inflation se situait entre 20 % et 30 %. Le marché des actions et celui de l'immobilier se sont écroulés, avec une chute des prix réels d'environ 25 % dans le même temps.

De nombreux ménages et la plupart des entreprises détenaient de la dette en devises. L'emprunt hypothécaire en monnaie locale étant alors (et toujours) indexé sur les prix à la consommation, lorsque la valeur des actifs (actions, logements) en monnaie locale et en devises s'est effondrée, la valeur des prêts en monnaie locale est montée en flèche.

Cela a causé des ravages sur les bilans de la plupart des entreprises et de nombreux ménages. Beaucoup ont vu leur capital se volatiliser. Début 2009, il était évident qu'entre 80 % et 90 % des entreprises islandaises, dont certains fleurons de notre économie, auraient dû se déclarer en faillite. De 25 % à 30 % des ménages étaient dans la même situation.

En temps normal, la faillite d'une entreprise n'est pas une tragédie nationale. Au contraire, les faillites permettent d'éliminer les sociétés non performantes et de transférer les actifs productifs des entreprises peu rentables à celles qui le sont. C'est donc plutôt la preuve d'une économie saine et fonctionnelle. Mais un enchaînement de faillites est un désastre. Il est impossible qu'entre 80 % et 90 % de l'activité privée puissent brusquement mettre la clé sous la porte.

 

TRAUMATISANT

De même, dans des circonstances normales, un ménage qui détient des actifs immobiliers excédant ses capacités de remboursement de crédit doit accepter de réduire la voilure et de trouver une solution moins coûteuse à ses besoins en matière de logement. Le processus peut s'avérer traumatisant pour la famille concernée, mais il ne cause aucun tort à l'économie nationale.

Mais que se passe-t-il lorsque plus de 20 % des ménages endettés se retrouvent soudain dans l'incapacité de rembourser ? Est-ce productif pour le créancier d'expulser en masse les gens de leur logement ? Comment les banques rentabiliseraient-elles les propriétés qu'elles auront ainsi acquises ? En les vendant à des gens qui viennent de se faire expulser de chez eux par une autre banque ?

Le plus probable est que la maison restera inoccupée, pendant que les taxes immobilières et les factures seront portées à la charge du propriétaire de la dette, c'est-à-dire la banque !

Après son effondrement, le système bancaire islandais a été réorganisé avec la création de trois banques de réseaux, d'une banque immobilière publique et de quelques petits établissements d'épargne et de prêt.

Vu ce nombre limité d'acteurs, il était évident que le secteur financier connaîtrait à nouveau le même sort si toutes les entreprises en difficulté étaient contraintes à la faillite et si toutes les familles endettées étaient expulsées de leur logement.

 

AMBITIEUX PROGRAMME D'ALLÉGEMENT DE LA DETTE

Mais le secteur financier, le gouvernement et la fédération des entreprises sont tombés d'accord sur un ambitieux programme d'allégement de la dette, dont les principaux éléments étaient les suivants :

1) les dettes des ménages excédant 110 % de la valeur de marché de leur logement ont été automatiquement effacées. Les familles incapables de rembourser un emprunt jusqu'à 110 % de cette valeur ont pu demander des mesures d'allégement calculées en fonction de leurs futures possibilités de revenu ;

2) les ménages à faibles revenus et détenant peu d'actifs qui avaient souscrit des emprunts à taux élevé ont bénéficié d'une aide publique temporaire ;

3) les PME ont eu la possibilité de demander un allégement de leur dette à condition qu'elles puissent prouver de façon crédible que leurs activités futures généreraient un apport de liquidités, qu'elles étaient prêtes à vendre leurs actifs non productifs et réorganiser leurs opérations de façon à utiliser au mieux leurs actifs existants. Si elles répondaient à ces conditions, elles étaient en droit d'attendre que leur dette soit ajustée à la valeur actualisée de leurs recettes futures.

Dans tous ces cas, la valeur des prêts a été ramenée au montant que les établissements financiers pouvaient, dans le meilleur des cas, espérer retirer en s'appropriant les actifs et en réalisant leur valeur monétaire. Aussi les programmes d'allégement de la dette n'ont-ils pas créé de capital supplémentaire, ni dans les bilans des entreprises ni chez les ménages.

 

CONTESTATIONS JURIDIQUES

La Cour suprême a aussi déclaré illégales certaines formes de prêts indexés sur des devises étrangères. Le gouvernement est intervenu et a étendu la décision de la Cour à tous les prêts en devises consentis aux ménages. Mais, sur ce point, des contestations juridiques n'ont toujours pas été réglées.

Le programme d'allégement de la dette était vaste, mais pas exhaustif. Le gouvernement a eu du mal à l'étendre à tous les ménages qui auraient pu en bénéficier. Mais, avec le secteur financier et les entreprises, il a créé une situation qui procure au secteur financier un aussi bon résultat que possible en termes de récupération de ses créances, tout en évitant la douleur d'avoir à précipiter la plupart des entreprises islandaises et de nombreuses familles dans la faillite, le chômage, les ennuis judiciaires, etc. En retour, l'économie est revenue sur le chemin de la croissance et le chômage est resté faible.

Les citoyens islandais sont certes furieux à l'égard de leur gouvernement qu'ils accusent de ne jamais rien faire d'utile. Ils le sont également contre leurs banques, dont ils estiment qu'elles ont été les premières responsables des difficultés qu'ils ont eues à affronter. Mais ils ont un emploi, ils paient leurs impôts et leur taxe immobilière, ils remboursent leur dette allégée, ils prévoient d'acheter une nouvelle voiture d'ici deux ans et peut-être de partir en vacances l'année prochaine.

Leurs familles ne sont pas dispersées, ils mènent leur vie et ils ont de l'espoir.

Pourquoi ceux qui sont au pouvoir en Espagne, en Grèce et au Portugal ne se penchent-ils pas sur l'exemple islandais afin d'en appliquer les aspects utiles dans leur propre pays ? Quels bienfaits peut-on espérer de la misère à laquelle on condamne les populations innocentes ?

(Traduit de l'anglais par Gilles Berton)

Thorolfur Matthiasson, Université de Reykjavik

Thorolfur Matthiasson

 

Thorolfur Matthiasson est professeur à la faculté de sciences économiques de l'université de Reykjavik.

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 17:26

 

 
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Licence CC LBP

Marc G. téléphone à la société de courtage Capvie pour avoir des renseignements sur une assurance.  Son interlocutrice lui "met la pression" pour qu'il prenne telle formule. Il a besoin de temps  pour réfléchir, et demande un devis. Non sans réticences, la conseillère  finit par accepter, et le prie de le renvoyer "très vite" signé, s'il l'accepte. Marc  ne signe rien, mais constate, un mois plus tard, que La Banque postale a effectué deux prélèvements sur son compte, au profit de la société de courtage, puis  de l'assurance. 

Licence CC Sammyday

Il appelle la Banque postale pour protester. Pourquoi a-t-elle accepté ces prélèvements, sans son accord? Une opératrice lui explique que si la société de courtage disposait de ses coordonnées bancaires, c'est qu'il les lui avait communiquées. "Donc, si je trouve un numéro de compte dans une poubelle, je suis en droit d'opérer un prélèvement?", demande Marc. La conseillère ne veut rien savoir, s'estimant en son bon droit. Marc a saisi le médiateur.

L'Association française des usagers des banques (AFUB), à laquelle il a aussi écrit, a prévu sur son site un modèle de lettre à envoyer dans ce genre de situation. Elle rappelle que l'établissement doit recréditer "immédiatement" le compte, ainsi que le prescrit l'article L133-18 du Code monétaire et financier.

Logo Commission européenne

Serge Maître, le président de l'AFUB, constate que les lettres de protestation contre des prélèvements indus sont de plus en plus nombreuses. Pourtant, le client victime d'une erreur de sa banque est protégé depuis l'entrée en vigueur de l'ordonnance du 15 juillet 2009 relative aux conditions régissant la fourniture de services de paiement et portant création des établissements de paiement qui transpose en droit français la directive "Sepa", qui crée un marché unique des paiements en euros.

Lorsque le client nie avoir autorisé une opération de prélèvement qui a pourtant été exécutée par sa banque, c'est désormais à cette dernière qu'il incombe de prouver que l'opération a été "authentifiée". Il ne lui suffit plus d'alléguer le fait que le bénéficiaire du prélèvement disposait des coordonnées bancaires de son client. (Article L 133-23  du code monétaire et financier)

Une autre personne, Gérard Chorlet, a saisi l'Afub, après avoir été victime de la même mésaventure. Sa banque, une caisse régionale du Crédit agricole, a affectué un versement à un opérateur téléphonique sans qu'il ait donné une quelconque autorisation. Quand il a protesté, on lui a fait la même remarque qu'à Marc:"Puis que l'opérateur dispose de vos coordonnées bancaires, c'est que vous les lui avez données." "Avec les achats en ligne et autres, mes coordonnées bancaires sont largement diffusées!", plaide M. Chorlet. Heureusement, sa banque a mis fin au prélèvement - sans toutefois lui rembourser le montant du premier.

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 17:17

 

                                                                                                                                                                                                                      

telerama.fr - Actualité | Mardi 27 novembre

 

RSF lance Wefightcensorship.org, un site destiné à publier des contenus interdits, ou censurés. Explications de Christophe Deloire, son président.

 

Le 26/11/2012 à 17h00 - Mis à jour le 26/11/2012 à 16h13
Emmanuelle Anizon

 

 

 

Capture d'écran 16h avant l'ouverture du site http://wefightcensorship.org.

 

 

Que trouvera-t-on comme type de contenus sur wefightcensorship.org ?
Des contenus interdits, censurés, ou qui ont valu à leurs auteurs des représailles. Leurs auteurs peuvent être des journalistes, des citoyens, des blogueurs, peu importe, à partir du moment où ils sont les acteurs d'une information démocratique.

Créer un site sur la censure, à l'heure où les informations circulent plus que jamais, sur le Web et les réseaux sociaux, n'est-ce pas décalé ?
Mais non ! Dans certain pays, comme la Corée du Nord, le Turkmenistan, ou l'Erythrée, il n'y a encore aucune liberté d'information. Les contenus sont interdits, ils n'ont pas de support possible. Dans beaucoup d'autres pays, les contenus sont produits, mais sont censurés... sinon auto-censurés. Les journalistes, les blogueurs, sont intimidés, contrôlés. La censure est aussi technologique : avec sa muraille numérique, la Chine filtre. Quand le New-York Times publie une enquête sur la corruption du premier ministre chinois, le papier est introuvable sur le Web chinois.

Mais les Chinois n'auront pas plus la possibilité de venir lire l'information sur le site de RSF ?
Pas directement, mais on recherche « l'effet Streisand » : faire parler d'un contenu censuré, lui donner de l'audience. On assure une présence de l'information sur le Web, via notre site et tous les sites miroirs qui le reproduiront. Ces articles sont traduits systématiquement en français et en anglais. Ils peuvent être vus et lus par beaucoup de monde. Or, les censeurs n'aiment pas qu'on écorne leur image.

Comment protégez-vous vos informateurs ?
Nous les aidons d'abord à savoir se protéger eux-mêmes : sur le site, RSF propose un « kit de survie numérique », donnant quelques clefs pour sécuriser la navigation sur le Web, ses mails, etc.  Trop souvent, les journalistes négligent cette sécurisation. Rappelez-vous, ce documentariste britannique, parti en Syrie, qui a été arrêté quelques heures à la frontière lors de son retour. Son ordinateur a été fouillé. Tous ses contacts, à qui il avait promis l'anonymat, ont été découverts, et ont dû fuir le pays. Par ailleurs, ceux qui le souhaitent peuvent déposer leurs documents dans notre « coffre-fort numérique ».  Nous leur garantissons évidemment l'anonymat. Nous avons fait tester – et corriger – les failles potentielles du site par des hackers.

Comment allez-vous vérifier les contenus que vous recevrez ?
Nous avons 150 correspondants, dans 130 pays, qui peuvent vérifier leur fiabilité. Nous accompagnerons toujours aussi le contenu diffusé par des explications, et un maximum de précisions.

Vous publiez sur le site des documents turkmènes, erythréens... mais pas français. Pourtant, la France n'est qu'en 38e position au regard de la liberté d'expression. Vous allez ouvrir votre site aux censures françaises ?
Bien sûr, en respectant les restrictions du pacte international relatif au droit civil et politique, liées au « respect des droits ou de la réputation d'autrui, la sauvegarde de la sécurité nationale, de l'odre public, de la santé ou de la moralité publique ».

C'est à dire ? Quel sera le curseur pour dire s'il y a eu ou non trop de pression sur un dossier ? Une atteinte au secret des sources ? Une mise en examen de journaliste problématique.. ?
Notre comité éditorial étudiera chaque cas.

Il n'y a pas d'espace sur le site pour des réactions ?
Le site n'est pas participatif : c'est une vitrine qui met sur la place publique des contenus censurés.

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 16:08

 

 

Déjà édité sur ce blog mais la piqure de rappel me paraît opportune

 

 

http://www.pierrederuelle.com/notre-dame-des-landes-un-projet-de-1967-pour-repondre-aux-defis-de-notre-temps/

 

 

Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps

Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps

 

Bon, c’en est assez. Moi ça me fait peine. Beaucoup trop de contre-vérités sont énoncées quotidiennement sur l’affaire de l’Aéroport Grand-Ouest, outrageusement raccourci en NDDL par les supporters de la bande de squatteurs basanés polygames crypto-anarchistes néo-staliniens qui ne se lavent même pas tous les jours. Il est peut-être temps de prendre UN PEU de hauteur, de dépassionner le débat, et de ramener UN PEU de sérieux sur ce sujet de haute voltige.

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Un peu d’histoire(s)

Le site de Notre-Dame-Des-Landes fut choisi en 1967 (selon les normes européennes environnementales et de préservation de la biodiversité qui devaient à l’époque déjà probablement être les mêmes qu’aujourd’hui) par le Service technique des bases aériennes, puis validé en 1970 par le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) pour remplacer “Nantes Atlantique” existant déjà à l’époque, notamment pour y développer le fret, et aussi un peu pour pouvoir accueillir fièrement le tout nouveau Concorde. Mais si, vous savez, cet avion qui a eu un petit souci le 25 juillet 2000, tuant 113 personnes, et qui ressemblait à un burn-out de cigogne sous extasy avec une paire de Ray-Ban.

S’il semble aujourd’hui – mais je m’avance peut-être un peu  – que le projet n’accueillera finalement pas le Concorde, dès mai 1967, les autochtones les plus civilisés pouvaient déchiffrer dans la presse locale avec leurs quelques rudiments de langue française que “La métropole Nantes – Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire”. Les hommes politiques et leurs experts avaient parlé. Et tout le monde sait ça, ils tiennent toujours leurs promesses.

En 1971, une vague histoire de choc pétrolier mit semble-t-il un peu de sable d’embargo de pays arabes de l’OPEP dans le moteur du projet de nouvel Aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Mais aujourd’hui, comme ces problèmes de pétrole sont définitivement derrière nous, ne vous inquiétez pas, l’histoire peut reprendre son cours.

Après quelques années de trafic stagnant, dans les années 80 la CCI qui gérait Nantes Atlantique posa la question totalement saugrenue de construire une nouvelle piste perpendiculaire à l’existante, qui eût permis aux avions de ne plus survoler Nantes. C’était sans compter sur l’avis du Conseil général de l’époque qui considéra qu’importaient peu trajectoires rectilignes, sens des vents dominants, et beaucoup moins de nuisances sonores sur la population : “Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre-Dame-des-Landes”.

La solution retenue par les experts fut donc de prolonger la piste existante, très mal orientée selon les pilotes et par voie de conséquence selon les riverains qui ne comprennent décidément rien aux expertises des experts agréées par des hommes politiques experts dans l’art d’agréer les experts des expertises.

Les mêmes experts de prévisions de trafic de l’époque annonçaient donc entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000, et puisqu’ils ne se trompent jamais comme vous l’avez compris, l’aéroport de Nantes Atlantique en accueille aujourd’hui 3,2 millions par an.

Heureusement, en 2000, sous le gouvernement Jospin, parce qu’on peut être de gauche et moderne, le projet ressortit enfin des cartons.

Mieux qu’un aéroport de fret, un aéroport international ! Il remplacerait  l’existant, dont le fonctionnement serait cependant maintenu partiellement pour l’usine d’Airbus voisine, qui expédie ses pièces détachées par avion mais, heureusement pour les riverains, ne fait jamais décoller les siens. Quel rêve merveilleux pour les hommes politiques locaux de s’imaginer accueillir à bras fiscaux ouverts les hommes d’affaires du monde entier apportant la croissance et la mondialisation dans leurs valises en descendant de gros aéronefs sur deux pistes neuves ! Et quel argumentaire économique merveilleux pour un programme de réélection à un mandat local ! Faire décoller et atterrir des avions c’est un peu magique non, vous ne trouvez-pas ?

L’actuel aéroport de Nantes Atlantique

La France compte plus de 156 aéroports (475 en comptant les aérodromes), contre 45 en Allemagne(102 avec les aérodromes) et 160 en Grande-Bretagne (357 avec les aérodromes) [NDLR chiffre corrigé, merci aux lecteurs]. S’il faut bien qu’on les batte sur quelque chose, c’est fait.

L’aéroport actuel de Nantes Atlantique s’étend sur 320 hectares. Sa piste mesure 2 900 mètres par 45 mètres, et a été bétonnée en 1939, parce que l’herbe, c’est quand même plus pratique pour jouer au golf que pour faire atterrir mamie qui rentre des Seychelles. Cette piste permettrait d’absorber 35 avions par heure, même s’il n’y en a que 10 à 12 actuellement, mais c’est un argument de gauchiste en tongs pas rasé.

Le décret n° 2001-705 du 31/07/2001 a inscrit l’aéroport de Nantes Atlantique parmi ceux sur lesquels l’Autorité de Contrôle des Nuisances Sonores Aéroportuaires (ACNUSA) a des compétences élargies (10 aéroports en France). Traduction : il casse les oreilles de 42 000 personnes, mais comme le nouvel aéroport est en projet, on ne va surtout pas construire une nouvelle piste orientée correctement, ni même régler les questions de gestion du trafic aérien.

Forcément, il a toujours un collectif de crypto-anarchistes pilotes de lignes doutant de la pertinence du projet de Notre-Dame-des-Landes pour affirmer que “30 % des avions qui survolent le centre-ville pourraient l’éviter en passant par le sud de l’agglomération”. Comment croire Thierry Masson, cet officier-pilote de ligne de 50 ans basé à Nantes qui a tout du conspirationniste notoire quand il déclare : “Deux tiers du trafic transitent par le sud-est de l’agglomération. J’aimerais bien savoir pourquoi, en arrivant de Limoges, de Poitiers ou de Bordeaux, il faut faire un détour par le nord-est de l’agglomération et survoler le centre de Nantes.”

Par sa superficie, Nantes Atlantique a déjà la dimension d’un aéroport international.

En 2011, pour 60 800 mouvements (les décollages/atterrissages sont un peu les pompes/abdos du contrôleur aérien) l’aéroport à reçu 3,2 millions de passagers.

Sa surface est moitié de celle de l’aéroport Gatwick à Londres, qui, par comparaison, assure 280 000 mouvements par an et reçoit 31 millions de passagers, et quasi-égale à celle de l’aéroport de San Diego, en Californie (USA) qui voit passer annuellement 223 000 mouvements et achemine 17 millions de passagers. L’aéroport de Genève, qui ne possède qu’une seule piste, accueille 10 millions de passagers par an, 170 000 mouvements d’avions, et occupe 340 hectares.

En fait, ce qui sature un aéroport ce n’est pas le nombre de passagers mais bien évidemment le nombre de décollages/atterrissages, et sur ce point Nantes Atlantique est passé de 54 858 mouvements en 2007 à 60 800 mouvements en 2011. En suivant cette courbe, Nantes Atlantique devrait atteindre les 200 000 mouvements en 2750 après la troisième apocalypse, quand Nantes sera devenue la capitale du monde.

Du coup, Nantes Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen, ce qui est donc une excellente raison pour en construire un nouveau.

Cerise on the cup-cake, il y a donc une usine Airbus en bordure de la piste de Nantes Atlantique qui emploie 2 300 salariés à la fabrication notamment des radômes (extrémités avant des avions) et des caissons centraux de voilure de toute la gamme Airbus, pièces qui partent pour assemblage à bord du Beluga, l’avion-cargo d’Airbus. Que se passera-t-il pour Airbus si Nantes Atlantique ferme ? Airbus ne va quand-même pas délocaliser sa production ? La piste serait donc privatisée pour son bénéfice ? A moins – idée lumineuse – qu’on refile l’un des aéroports européens les mieux notés aux bons soins de Vinci, qui saura bien en faire quelque usage rentable : les bâtiments de l’aéroport seront peut-être transformés en skate-park, en agence Pôle-Emploi, ou en crèche pour les futurs pilotes de ligne.

“Un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”

(Jean-Marc Ayrault)

Suite à une enquête d’utilité publique conclue fin 2006, la Commission d’enquête remit en avril 2007 un rapport au préfet de la région Pays de la Loire.

C’est M. Bernard Boucault qui était à l’époque préfet de la région Pays de la Loire. Il avait à peine eu le temps de lire le rapport et de reconnaître le projet d’utilité publique qu’il fut nommé en juin 2007 directeur de l’ENA, Le 30 mai 2012, il fut nommé préfet de police de Paris. Comme quoi même faire les grandes écoles n’empêche pas de finir au poste.

M. Bernard Hagelsteen lui succéda le 20 juin 2007 au double poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique. Une carrière à talonnettes que celle de M. Bernard Hagelsteen : en 1984 il devint secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, puis obtint entre 1989 et 1992 le poste de directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, et plus récemment celui de secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance. Proche collaborateur du ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, Bernard Hagelsteen avait eu pour tâche de préparer et de défendre la loi sur la prévention de la délinquance, promulguée en mars 2007.

Un mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, nommé préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique, il héritait donc du dossier du décret d’utilité publique de l’aéroport.

Ce fameux décret d’utilité publique (DUP) est finalement publié le 10 février 2008, suite à une enquête d’utilité publique pour laquelle 80 % des contributions recueillies par les sept enquêteurs étaient opposées au projet. Mais comme on arrête pas le progrès, l’enquête s’est quand même avérée suffisamment positive pour prendre un DUP, même si sur les sept enquêteurs qui ont fait le travail, deux ont abandonné leur position avant la fin des travaux de la commission d’enquête.

Et puisque la mode était à un truc médiatique appelé Grenelle de l’environnement, le décret comportait la réserve que cet aéroport soit de haute qualité environnementale (norme HQE).

Contesté par la suite devant le Conseil d’Etat, ce décret sera confirmé en 2009 et en 2010.

Un esprit mal tourné pourrait s’indigner de ce que la présidente de la section des travaux publics au Conseil d’Etat fût Mme Marie Dominique Monfraix, épouse du préfet Bernard Hagelsteen en charge du décret en question, alors qu’il s’agit bien évidemment du fruit du hasard. Un hasard qui valait bien que Mme Monfraix-Hagelsteen fût élevée au grade de Commandeur de la Légion d’honneur le 13 Juillet 2009, ce qui n’a strictement rien à voir, nous ne salirons pas ici la mémoire une femme irréprochable, décédée depuis.

Hasard total également si son époux désormais veuf monsieur Bernard Hagelsteen a pris sa retraite le 1er décembre 2011 pour devenir non pas conseiller à la Cour des comptes comme il l’avait annoncé initialement, mais conseiller auprès du DG de Vinci Autoroutes, puis responsable des péages pour ASF, filiale de Vinci. Vinci en charge du projet du nouvel aéroport. Tout ne peut pas être dramatique, le hasard fait parfois bien les choses, n’en déplaise à la loi dite de pantouflage concernant les représentants de l’État.

Les projets d’optimisation de l’aéroport existant de Nantes Atlantique n’ont pas été déposés, les solutions alternatives n’ont pas été étudiées : aucun intérêt, puisqu’on fait l’aéroport Grand Ouest de NDDL. Quand au Grenelle de l’environnement, qui préconisait l’étude de solutions alternatives pour les projets à fort impact environnemental, c’est de toute façon aujourd’hui un truc complètement dépassé, d’ailleurs on en parle même plus à la télévision. J’en ai discuté avec un lobbyiste du bétonnage pas cher, on vous jure mordicus que la norme HQE ça sert à rien.

Alors certains viendront braire que la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situait dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Et vont s’imaginer que pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop coûteuses, on préfère se débarrasser de l’aéroport et en construire un nouveau.

Et pourquoi pas aussi fantasmer sur les prétendus appétits financiers des prétendus lobbies du BTP, tout ça parce que le Président et le Directeur général de VINCI ont pu faire ensemble quelques voyages au Cambodge avec M.Thierry Mariani.

Écoutez plutôt Jean-Marc Ayrault, un homme qui a eu une vision prophétique de la magnificence de Nantes et lui souhaite “un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”. Mais si, vous savez, Jean-Marc Ayrault, l’homme qui a réussi à rendre François Fillon charismatique : ancien maire PS de Nantes depuis 1989, ancien député, ancien président du groupe socialiste, il est aujourd’hui conseiller municipal de Nantes, conseiller communautaire de Nantes Métropole (qui participe au financement du projet) , et accessoirement semble-t-il Premier ministre.

Nantes-sur-Ayrault la sublime, nouvelle capitale française : Pensez-donc, avec 1 650 hectares cet aéroport de Notre-Dame-des-Landes (toutes infrastructures comprises) sera donc plus grand que la surface aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle qui accueille sur 1 400 hectares 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an (pour une surface totale de 3.257 hectares). Si avec ça Nantes-sur-Ayrault ne devient pas Nantes-sur-Ayrault-la-magnifique …

Veni, Vidi, Vinci

Donc, le 30 décembre 2010, Thierry Mariani, secrétaire d’Etat chargé des transports, a paraphé le contrat de concession du nouvel aéroport Grand-Ouest. Signé par la société concessionnaire des aéroports du Grand Ouest, filiale de VINCI Concessions (85 %), en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes (10%) et Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest (ETPO – CIFE) (5 %), il est entré en vigueur le 1er janvier 2011.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Vinci a obtenu la reprise de l’exploitation des aéroports de Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire Montoir, en plus de la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance du nouvel aéroport du Grand Ouest Notre-Dame des Landes pour une durée de 55 ans.

Ce projet ultramoderne déposé par Vinci présente deux pistes de 2.700 et 2.900 mètres : on pourrait potentiellement y faire atterrir des A380, mais le futur exploitant de l’aéroport ne prévoit pas l’existence, dès l’ouverture de l’aéroport  de lignes commerciales régulières utilisant l’A380, ni donc les infrastructures adaptées. Comme les gros porteurs ne sont pas trop à la mode, on s’en dénoyaute la cerise. Puisqu’on vous dit que c’est ultramoderne. Faut suivre un peu.

Deux pistes pour 4 millions de passagers. Une bande de sauvages autochtones qui vit là-bas, l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes) soutient qu’il n’existe aucune norme européenne allant dans ce sens. Peut-être, mais qu’est-ce qui leur dit que demain on ne va pas construire 8 pistes supplémentaires à Roissy, avec 60 millions de passagers sur 4 pistes ? Le bon sens n’est pas toujours près de chez vous, vous diront les experts.

Le projet devrait coûter 561 millions d’euros (aucun budget de dépassement n’a été prévu car on sait bien que ça n’arrive jamais sur des gros chantiers), ce qui heureusement en période de crise est une somme tout à fait modeste parfaitement employée. Ce n’est pas comme si avec 561 millions d’euros on pouvait créer des logements, financer des projets écologiques, faire de la recherche… Une paille donc, mais dans l’œil.

La répartition de l’enveloppe globale s’établit comme suit :

  • Vinci apporte autour de 310 M€ sur les 441 M€ évalués pour la réalisation de la plateforme aéroportuaire qui se répartissent comme suit :

- 100 millions d’euros c’est le résultat du bénéfice fait sur Nantes Atlantique entre 2010 et 2017 [sic!]
- 100 millions d’euros empruntés sur les marchés financiers cautionnés par les collectivités locales, noir sur blanc dans le cahier des charges [re-sic!]
- 100 millions d’euros des actionnaires de Vinci avec un rendement annuel de 12 % imposé.[re-re-sic!]

  • L’Etat (130,5 M€) et les collectivités publiques (115,5 M€) se sont engagés sur une contribution publique totale de 246 M€, financement partagé au travers d’un syndicat mixte comprenant :

- Les Conseils régionaux des Pays de la Loire (40,4 M€) et de Bretagne (28,9 M€),
- Le Conseil général de Loire-Atlantique (23,1 M€)
- Nantes Métropole (17,9 M€)
- La communauté d’agglomération de Saint-Nazaire (2,9 M€) et celle de La Baule-presqu’île de Guérande (2,3 M€)

On rappellera tout de même que lors du débat public de 2002-2003, le prix du baril de pétrole (brent) oscillait entre 30 et 40 dollars. Aujourd’hui c’est plutôt autour de 100 dollars le baril qu’il oscille, mais ça n’a évidemment aucune sorte d’importance.

Cinq enquêtes publiques se sont déroulées du 21 juin au 7 août 2012. Quelque 400 contributions ont été déposées ou envoyées aux commissaires enquêteurs, et certains viendront chicaner sur “la précipitation à organiser l’enquête pendant l’été, avant l’entrée en application de la réforme des enquêtes publiques, ce qui a permis à l’Etat d’organiser la procédure conformément à l’ancienne règle, alors que la nouvelle aurait permis une instruction plus longue”.

Il y aura bien des pisse-froid pour venir arguer également que les centaines d’hectares requis pour le nouvel aéroport sont des zones humides, en tête de deux bassins versants, que leur artificialisation est contraire aux dispositions du SDAGE Loire Bretagne.
Que normalement ce projet ne peut satisfaire aux exigences de la loi sur l’eau, mais heureusement l’Etat et Vinci proposent une solution, dite loi-du-contournement-de-la-loi, qui permettrait de passer outre : le concessionnaire Vinci-Aéroport du Grand Ouest aurait recourt à des « unités de compensation zones humides » calculées selon des coefficients de 0,25 à 2 pour évaluer l’intensité de la réponse compensatoire des mesures.

Bon ok, c’est un peu violer la loi française et la directive européenne cadre sur l’eau, parce que normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant, or ici toute la zone du projet et ses alentours sont classés en zones humides. D’accord, il n’est donc pas possible de compenser, l’approche retenue par AGO en termes de fonctionnalités n’est pas viable, mais bon puisqu’on vous dit que tout ça c’est pour le développement économique. L’état a bien le droit de contredire ses propres directives, sans compter qu’en 2012, on s’en fout de l’eau, après tout.

Les indemnités proposées aux propriétaires qui sont priés de dégager illico de la zone avant l’arrivée des pelleteuses sont de 27 centimes par m². Quand on sait que l’un d’eux a par exemple acheté son terrain 24 centimes par m² en 1977, ça laisse rêveur.

Il paraîtrait aussi que le marché européen de permis des émissions de CO², qui renchérit le coût de l’aviation, a été omis dans les études. Comme ces trucs de CO² sont encore des lubies de baba-cools avec des fleurs sur leurs sandales en cuir, on n’en tiendra évidemment pas compte.

D’autres empêcheurs de bétonner en rond viendront pérorer que la concurrence du TGV n’a pas été prise en compte. Mais qui prend encore le TGV entre Nantes et Paris de nos jours ?
Et comme si la nouvelle liaison TGV Rennes-Paris prévue pour 2020-2025 allait inciter beaucoup de Rennais à prendre l’avion à Paris plutôt qu’à Notre-Dame-des-Landes. N’importe quoi.

D’autres encore vous expliqueront que la construction du tram/train depuis Nantes, estimée à 150 millions d’euros, n’est pas prise en compte dans le projet, alors que ses effets sont inclus dans le calcul de bénéfices pour la société Vinci. C’est juste parce qu’ils ne savent pas anticiper sur les bénéfices que réalise le privé à partir des investissements des deniers publics. En attendant, vous viendrez à l’aéroport en voiture et vous paierez le parking, à Vinci bien sûr, qui a obtenu dans le cahier des charges du projet l’augmentation de 7 000 à 11 000 places de parking tandis que les pistes ont été revues à la baisse faute de moyens.

En terme d’emploi, de drôles de sbires contestent l’étude estimant que 1 000 emplois sont créés par million de passagers tout ça parce qu’elle se base sur les statistiques des trois grands hubs internationaux qui comptent également le fret, alors qu’en France, pour les aéroports régionaux la norme est de 600 emplois par million de passagers. Les gens sont vraiment tatillons quand il s’agit de leur boulot, c’en devient pénible.

A contrario, l’étude de déclaration d’utilité publique nous explique – c’est un ravissement sans égal quand on fait de la politique – que l’aéroport Grand Ouest de Notre-Dame-des-landes rapportera entre 600 et 700 millions d’euros à la collectivité. N’en déplaise à l’étude du cabinet CE-Delft de 2011.

D’ailleurs qui s’intéresse à l’avis d’un cabinet hollandais, organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans les solutions innovantes aux questions environnementales, qui alerte sur les risques d’un déficit entre 90 millions et 600 millions d’euros selon les estimations, et auteur il y a quelques années d’un rapport ayant contribué à l’abandon de l’extension de l’aéroport d’Heathrow à Londres ? Surtout quand il conclut que l’optimisation de Nantes Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Franchement, on s’en fout un peu, qui va aller tenir compte de ça, sérieusement ?

Certainement pas Vinci, qui nous propose un monde merveilleux à Notre-Dame-des-landes :

De 4 millions de passagers à la mise en service, le trafic (actuellement 3,2 millions par an à Nantes Atlantique) passera à “9 millions de passagers par an d’ici 2065” (ils sont aussi fins démographes). C’est promis. Vinci réduira aussi “la consommation d’énergie par 3 par passager”. Vinci utilisera des “techniques de construction innovantes pour l’ensemble du chantier”. Vinci aura un “bilan carbone positif sur la durée du projet en intégrant la construction”. Vinci est tellement balèze qu’à l’extérieur, “les jardins diffuseront les parfums spécifiques des essences locales” (si si, c’est dans le projet). Comment ne pas être émerveillé par l’odeur de la nature en patch ? Encore un peu de forcing et les agriculteurs du coin pourront même peut-être négocier des horaires de diffusion des odeurs de bouse de vache, ça leur rappellera le bon vieux temps.

Libérer des terrains de l’aéroport Nantes Atlantique, dans cette partie sud-ouest de l’agglomération répond surtout à une logique d’aménagement global (en fait l’aéroport nous emmerde un peu dans nos projets) : “Selon l’Insee”, répète le commandeur Jean-Marc Ayrault, “Nantes accueillera 150 000 habitants supplémentaires d’ici 2030”. En urbanisme, on appelle ça régler le problème par le vide. En politique et nombre de voix, on appelle ça régler le problème par le plein.

Et qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, et aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés par l’ancien aéroport de Nantes Atlantique ?
Vinci, bien sûr. (Vous aviez deviné ? vous avez gagné le droit de financer le projet NDDL).

Décidément, nos politiques sont des génies, mais les gens de chez Vinci, ils sont vraiment trop forts.

PS : On me dit que sur place, le dialogue bat son plein, emmené par un Manuel Valls grand amateur de débats démocratiques. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, en comptant les avions.

Ressources :

suffisamment

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 16:00

 

http://zad.nadir.org

 

lundi 26 novembre 2012, par zadiste

Si jamais le site nous lâche comme l’autre jour, allez voir là-bas : http://lazad.noblogs.org/

 

 

INFO : Aujourd’hui lundi matin, appel à venir en nombre au plus tôt pour défendre la Châtaigneraie avec les 40 tracteurs enchaînés qui protègent le site. On va gagner ! Lire le communiqué de l’ACIPA.

Photos des jours passés ICI

Appel GAB 44 opérations escargots partout !

Point d’info permanent sur le campement "hors contrôl" établi le long de la D81 entre le lieu dit les domaines (la vache-rit) et la Rolandière.

Aujourd’hui sur le campement "hors contrôl" : 10h montage de Chapiteau !!

Si vous nous rejoignez sur la zone, soyez le plus autonomes possible pour le couchage et la bouffe. Aussi venez avec une carte, des bottes voire une boussole.

Les trucs utiles à prendre en partant d’ici :
- équipe legale : 06 75 30 95 45 : à contacter uniquement si vous êtes témoins d’arrestation, si vous êtes arrêté-e-s, et après votre libération
- équipe médicale : 06 43 28 15 97
- liste du matos à ramener (mise à jour le 25/11).


Fil d’infos

- Petite victoire !!! un flic a colle un autocollant NON a l aeroport avant de demissioner, un humain s est rappelle qu il etait avant tout humain ! par contre, 3 personnes viennent de se faire arreter aux barricades du farouezt...

- 16h40 une dizaine de gardes mobiles se baladent aussi dans la foret

- 16h35 les flics ont pris en eteau les barricades nord et sud devant le farouezt et lancent des lacrymos. 10 camions a la barricades nord, juste 2 van au sud.

- point info sur le chantier de fouille en cours a l est de la ZAD : 5 fourgons de GM escortent 2 pelleteuse en plein travail mais on nous signale qu il n y a pas tant de gendarmes dans les champs

- 16h14 : Les flics démontent les barricades sur la route devant de Farouezt. Des camardes y sont, même s’ils aimeraient être plus nomreux.

- 16h10 : Une personne passe ne ce moment même en comparution immédiate au tribunal de St-Nazaire pour violence sur agent.

- 15h51 : Les flics qui étaient en place à la barricade sud du Farouezt sont toujours en place, ceux qui étaient à la barricades sont presque tous partis en direction du Moulin de Rohanne.

- 15h45 : une dizaine de fourgons de keufs viennent des Ardcillères et se dirigent vers le Farouezt

- 15h05 : 3 fourgons de GM et 1 véhicule de communication au niveau des Fosses noires

- 14h55 : les flics prennent place au niveau des barricade du Far. Ils essayent aussi d’empêcher les gens venant des Fosses noires d’atteindre les barricades du Far

- 14h50 : on nous indique que, en plus d’évacuer les restes de la belle maison du rosier, les flics sont venus aujourd’hui pour reprendre la D42 tenue par les barricades du FarWest depuis bien deux semaines. 20 fourgons de GM et une enorme pelleteuse sont sur place

- 14:45 ALERTE : les barricades du Farouezt sont attaquées par les forces du desordre, appel a renfort

INFO qu’on nous envoie : Le grand manitou rouge (vu dans la forêt vendredi) appartient a la boite CLENET MANUTENTION - cholet 0241586590 et proche angers 3 rue Gustave Eiffel 49070 ST JEAN DE LINIERES Tél : 02 41 43 46 60 / Fax : 02 41 34 26 28 http://www.clenet-manutention.com/ http://maps.google.fr/maps?oe=utf-8... Mais Monsieur Clenet nous apprends par mail que cet engin a ete vendu et n appatient pas a son entreprise et qu il ne sont pas responsable de l utilisation qui en est faite.

- Ce matin il y a eu une conference de presse qui a rappelle que nous vivons ici et qu on y reste ! et entre autre que : Ce nouveau lieu collectif de la chataigneraie a bien pour vocation d etre un lieu collectif d organisation de la lutte pour tout-es les opposant-es, on continue a le construire et a defendre tous les lieux de vie de la ZAD VINCI DEGAGE, RESISTANCE ET SABOTAGE

- 13h : la route devant le Far West est en train de se réouvrir, pour y faire une fête jusqu’à jamais !

- 12h20 : barrage de flics aux Ardillières (une voiture et un fourgon), ils contrôlent les véhicules on attends les precisions pour savoir si c est dans les 2 sens ou pas

DEMANDE : "Je cherche au départ d’Angers ou environs, un véhicule qui pourrait emporter sommiers, matelas, couvertures, gazinière, frigo ,vélo,tables,cordes,etc..." - si quelqu’unE peut aider, si vous plait, mail a zad@riseup.net

- 10h26 : des gendarmes un peut partout, sans savoir qu’est ce qu’ils sont en train de faire apart ramasser le reste de notre joli Rosièr. Il y aun enorme dispositive vers la-bâs, il y a une groupe qui partai aller voir. Et l’Héli viens de arriver

A lire : « Vinci dégage, résistance et sabotage »

Info ouest-france ! :

- 9h50 : plusieurs dizaines de fourgons de GM viennent de passer à curette en direction de la paquelais (De Grand-Champs).

- 9h40 : 1 tracto aux Rosiers. Possiblement un autre en route.

- 9h10 : confirmation par l’AFP que ce matin les GM s’occupent des gravats.

- 9h00 : Points sur les GM : 7 camions sur l’Ouest. 4 camions sur l’Est. 1 camion sur le champ au Nord. 2 groupes au Rosiers. 1 groupe entre les Rosiers et les Chats Teignes.

- 8h52 : Ils se mettent en ligne barricade Est.

- 8h50 : 10 camions à Vigneux. A prioiri, à prendre avec des pincettes, mais ils n’attaqueraient pas les Chats Teignes aujourd’hui, mais vireraient les gravats des Rosiers. Confirmer par le fait que 50 GM s’y positionnent en 3 groupes.

- 8h05 : Déplacements suspect vers le Sud. 3 camions de flics sont partis de l’Est.

- 7h36 : les flics avancent doucement vers la barricade St.Antoine

- 7h19 : pas des nouvelles des barricades, la situation reste stable vers les chataignières, sinon, pas des mouvements. Les GMs laisse passer les gens sur la D81 en voiture pour aller travailler.

- 6h10 : 20 flics avancent vers la barricade Est Saint Antoine.

- 5h40 : Le fil d’info commence. 9 fourgons au chemin de Suez/St Antoine.


Et plus que jamais d’actualité Appel à actions au moment des expulsions de la ZAD

Tout les Rassemblements en réaction aux expulsions ici et ailleurs depuis le 23

RDVs Aujourd’hui

ERRATUM : pas de rassemblement à Poitiers aujourd’hui, il y a eu un petit mélange dans les dates...

- 26 novembre, Amsterdam : cantine de soutien

de 19h à 23h : cantine végan au Joe’s Garage en soutien à la ZAD http://www.joesgarage.nl/archives/3661 The struggle against a new airport near Nantes, in Notre Dames des Landes, is far from over. Evictions on the ZAD started on October 16th 2012 with an outrageous show of police and military force. People have been resisting this project for years, occupying houses, land and trees. From their communique, the ZAD is not ready to give up.

- 26 novembre, Angoulême : manif à l’appel du collectif charentais des opposants à l’aéroport de Notre-Dames-des-Landes

- lundi 26 novembre à Graulhet (Tarn), une action de soutien à la ZAD est prévue. Rendez-vous à partir de 15 heures face à la mairie. ZAD partout

- lundi 26 novembre au Havre *Un rassemblement est organisé lundi 26 novembre à 18h devant la sous-préfecture du Havre. Venez nombreux avec vos casseroles et autres instruments !*

*Non à la répression à Notre Dame des Landes ! Oui à la transition écologique ! *

Vendredi matin, plusieurs centaines de policiers ont à nouveau tenté d’expulser les résistants de la Zone À Défendre (ZAD). La répression, dans des conditions de légalité douteuse (intervention sur des propriétés privées par simple arrêté préfectoral...), n’a pas tardé à se remettre en place après la grande manifestation populaire du 17 novembre relayée par les innombrables rassemblements partout en France.

*Le gouvernement refuse d’entendre les arguments des résistants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes* : il n’entend pas la contestation d’un mode de développement productiviste et préfère imposer ce projet contre toute logique écologique et sociale. Il tente même de faire passer la résistance pour une guérilla locale, afin de cacher qu’elle est aussi une opposition nationale à tous les "Grands Projets Inutiles" et leur Monde. Le gouvernement préfère protéger les intérêts des grands groupes privés (Vinci) et envoyer les forces de l’ordre contre les populations qui défendent l’agriculture, le cadre de vie, le pays où certains vivent et travaillent depuis longtemps. La répression et la criminalisation des habitants et des militants ne peuvent être tolérées, pas plus de la part d’un gouvernement de gauche que d’un gouvernement de droite !

Le Collectif NDDL de l’agglomération havraise, rappelant son soutien à tous les opposants au projet d’aéroport, restera mobilisé tant que celui-ci ne sera pas stoppé.

*Le collectif NDDL de l’agglomération havraise (*) - collectif-nddl-lehavre@lists.riseup.net

- Lundi 26 à Plonéour Lanvern (29720)

le groupe local d’Europe Ecologie Les Verts(EELV), l’association Bretagne Vivante, l’association Eaux et Rivières et quelques citoyens se mobilisent et invitent les bigoudens à une* réunion constitutive d’un comité de soutien le lundi 26 novembre à 20h30 à la salle Louis Cariou à Plonéour Lanvern* (29720).

- Rodez le 26 Nov, 16h30 Le comité de soutien à Notre-Dame-des landes/Nord Aveyron appelle à un rassemblement devant la préfecture de Rodez à 16H30, lundi 26 novembre. Afin de protester contre les violences policières contre les expulsions des habitants de la zone contre le projet d’aéroport et apporter son soutien aux habitants et aux paysans de Notre Dame des landes et de ses environs. *

*Venez très nombreux !!*

*Faites Tourner l’info !!*

- Lundi 26 à Rennes : Lundi 26 novembre, à 18h00, une réunion aura lieu à la maison de la grève (37 reu legraverend, rennes) pour informer sur ce qui se passe à la zad et penser ensemble ce que nous pouvons faire depuis rennes (ravitaillement, organisation des allers-et-venues, actions, etc.).

Tous ceux qui sont intéressés, qu’ils soient organisés en collectif ou pas , sont les bienvenus !

N.B. : Sachez que ce point-info se répétera tous les lundi à 18h00, en plus des cantines du mardi et mercredi midi (à la maison de la grève) et vendredi soir (dans les bars).

- Lundi 26 à La roche sur Yon : A la Bourse du Travail à La Roche sur Yon, réunion du "Comité de lutte" pour NDDL. Salle 3 au 4ème niveau, pour déterminer la suite à donner. Venez nombreux, la lutte continue : mobilisation totale !

- Lundi 26 à Tours Rassemblement lundi à 11h place jean jaures.

- Lundi 26 à Rezé Débat public sur le projet de transfert de l’aéroport, après une présentation, par l’Acipa, des arguments des opposants à ce projet. salle Jean Jaurès Rue Jean Jaurès 20H30 à rezé

RDV quotidiens (ou régulier) :

- Notre Dame des Landes, à partir de 9h : permanence sur la place de la poste (local des Syndicats - angle opposé à la Mairie) pour déplacement sur la zone
- Nantes, à partir de 10h : vigie citoyenne au Pont Morand
- Nantes, à 19h à présent un soir sur deux : rassemblement devant la préfecture (les prochains : vendredi 2 novembre, lundi 5, mercredi 7)
- Rennes, à 18h tous les soirs : point à la maison de la grève
- Nice : RDV tous les samedis 10h à un des marchés niçois. Prochain samedi 1er décembre : la libération RDV devant le jardin de la villatiole

- Clermond-ferrand : tous les mardi à 18h à l’hotel des vil-e-s au 55 avenue de l’union soviétique 63000 Clermont Ferrand.
- Concarneau : Réunion chaque jeudi à 18h, à la maison des associations, derrière les Halles.

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 15:55

 

http://zad.nadir.org

 

lundi 26 novembre 2012, par zadiste

 

 

Suite à la manifestation contre l’aéroport de Notre Dame Des Landes, voici un courriel que j’ai envoyé au préfet, pour illustrer l’attitude des forces de l’ordre face à des gens de toutes sortes défendant un espace rural préservé, et prenant le droit de manifester contre un projet destructeur et utile à une faible minorité privilégiée.

M. Le Préfet,

Samedi,

je quittais la manifestation nantaise avec mon épouse et nos enfants comme d’autres familles sur le cours des 50 otages. Oui, nous sommes très opposés à ce projet aveugle et destructeur. La force du droit entre guillemets "démocratique" n’a plus de valeurs lorsque l’action violente et armée est dirigée par l’Etat contre ses enfants. Nous étions déjà assez éloignés de la préfecture quand nous croisons un groupe de CRS posté sur notre chemin. Un gars les invective -sans agressivité- en leur disant que leur présence à cet endroit était de la provocation vu le nombre de familles présentes et l’absence de problèmes à cet endroit, et étant donné que même une famille non manifestante pouvait s’y trouver. Cela n’a pas plus à un CRS qui a commencé à pousser le gars. Nous avons hué cette réaction immédiatement violente alors que rien ne la justifiait en passant devant cette scène. Le CRS n’a pu s’empêcher d’envoyer un coup de bombe lacrymogène totalement injustifiable qu’une petite fille de 7 ans a reçu dans les yeux, je dis bien une enfant gazée par le sang froid des forces de l’ordre. Aucune excuse n’a été proférée de la part du CRS qui a refusé de prêter ou de trouver un linge humidifié pour apaiser l’enfant. Vous comprendrez bien que cela a provoqué une grosse colère de notre part et de la vingtaine de passants, la maman était très remontée devant cette attitude, vous le seriez à moins j’ose espérer. L’attitude de ces agents sensés protéger la population, et non des projets destructeurs pour mieux remplir certaines poches est honteuse. Ce qui nous confirme dans notre combat pour d’autres valeurs que celles que vous défendez en engageant la force et en manifestant un manque de discernement total. J’espère que vous êtes capables de mesure, d’intégrité et que votre honnêteté vous fera considérer cet évènement. Cordialement

de la part d’un opposant au projet d’aéroport.

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          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



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