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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:55

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Pollution

Vivre au sein d’une famille zéro déchet : un nouveau luxe pas si contraignant

par

 

 

 

Terminées les poubelles qui débordent tous les deux jours : produire moins de cinq kilos de déchets par an, soit cent fois moins que la plupart des Français, est tout à fait possible. Et même avec des enfants. Une famille de la région nantaise réalise cette prouesse depuis quelques années. Sans frustrations et en mangeant bien. Leur secret ? Refuser l’inutile, réduire la quantité de ce que l’on possède et achète, réutiliser, recycler, composter, et quelques bons réflexes lors des courses. Récit de l’intérieur.

Dans la famille Poirier, il y a la mère, le père, trois enfants, un chat et … très peu de déchets. Installés à proximité de Nantes, Claire, Emmanuel, Matthias, Elsa et Jade génèrent chacun cinq kilos de déchets par an. Soit presque cinquante fois moins que ce que jettent en moyenne la plupart des Français dans leurs poubelles ! [1] Une belle performance. Mais quel est leur secret ?

Tout commence il y a six ans. « À cette période, nos revenus ont diminué, retrace Claire. Mon mari est licencié puis il retrouve une activité qui lui rapporte trois fois moins. De mon côté, je décide de me mettre en congé parental pour m’occuper de nos deux filles. » Habituée à consommer sans trop compter, la famille doit revoir son organisation. Les Poirier se tournent d’abord vers les premiers prix proposés en grande distribution et en discount, mais n’en sont pas satisfaits. « On trouvait que les conserves étaient de mauvaise qualité, que les produits étaient trop gras », se souvient Claire.

 

Mieux manger pour moins cher

« On a donc réfléchi et décidé de faire autrement. Nous avons la chance d’habiter à la campagne, dans un village où il y a une Amap [2] qui propose des légumes bio et pas trop chers. Cela nous plaisait de faire vivre un maraîcher du coin. » Claire retrouve alors le goût des légumes de son enfance, tirés du potager que son père cultivait. « Nous avons ensuite trouvé des plans pour acheter des colis de viande directement aux producteurs. Avec toujours ce souci de trouver des produits de bonne qualité à des prix pas trop élevés. Nous avons aussi réduit les quantités consommées. Nos portions de viande sont passées de 150 à 110 grammes, environ. Mais elle fond moins à la cuisson, donc on s’y retrouve. »

Alors que la famille Poirier se met aux légumes bio et locaux, leur commune lance une taxe incitative pour les ordures ménagères. « On paie en fonction du volume produit, explique Claire. Cela nous a poussés à réfléchir sur notre production de déchets. » Pour ne pas dépasser les douze conteneurs de 180 litres par an, le forfait le moins cher proposé par la commune, la famille réorganise un peu la maison. « Pour optimiser le tri, on a mis le sceau à compost sous l’évier, et changé les poubelles de place, de façon à ce qu’elles soient plus accessibles, pour que le tri se fasse vraiment à chaque fois que l’on jette quelque chose. »

 

Bocaux et sacs en tissu pour les courses

Claire et sa petite troupe descendent à 20 kilos de déchets par personne et par an, alors que la moyenne nationale s’élève à 230 kilos de déchets environ ! Mais la jeune femme est décidée à faire mieux. Elle fait des recherches et tombe sur le livre de Béa Johnson, Zéro déchet, comment j’ai réalisé 40 % d’économie en réduisant mes déchets à un litre par an ! Dans cet ouvrage témoignage, une Française, installée aux États-Unis avec sa famille, raconte comment elle est parvenue à réduire considérablement ses déchets du quotidien. Aujourd’hui les déchets annuels des Johnson tiennent dans un bocal de... un litre !

En janvier 2014, Claire fait ses premiers pas de consommatrice zéro déchet. « Je suis assez timide et j’ai dû prendre sur moi pour oser demander aux commerçants de mettre leurs produits dans mes boîtes et bocaux plutôt que dans leurs papiers et plastiques. » Elle commence donc par la petite boutique bio de son village, en choisissant un moment où il n’y a pas trop de clients pour avoir le temps d’expliquer sa démarche. Puis elle enchaîne sur le marché. À chaque fois, l’accueil est chaleureux. Le marchand de poulets s’est vite habitué à sa grande boîte à gâteaux, et le crémier à ses bocaux. « Une fois, chez le poissonnier, j’ai eu affaire à un salarié qui ne me connaissait pas. Quand je lui ai tendu mon bocal pour qu’il y pose les filets, il m’a regardée avec un air très étonné : Ah bon ! Sans papier ? Vous êtes sûre ? Il a eu un échange rapide avec son collègue sur le sujet. Ce sont de petits moments très intéressants. »

 

Expliquer encore et encore

Claire a aussi fait des essais en grande surface, en tendant des boîtes en plastique pour transporter jambon et fromage. « Mais la personne n’a pas du tout compris ce que je voulais. On a eu un véritable échange de sourdes, c’était très désagréable, pour elle comme pour moi. En plus, cela a aussi été compliqué en caisse. Mais je sais que dans certaines grandes surfaces, cela ne pose aucun problème. » Au marché, c’est plus facile. « Beaucoup de personnes âgées viennent avec des sacs qu’elles réutilisent. En grande surface, c’est très rare, voire inexistant. A-t-on déjà vu des gens ramener leurs sacs en plastique pour y remettre des fruits ou des légumes ? Ce sont des gestes que l’on a perdus. »

En plus de ses boîtes et bocaux, Claire s’est fabriqué des sacs en tissu de diverses tailles, qu’elle remplit une fois par mois à la « biocoop » de Nantes, avec des produits secs – pâtes, riz, légumineuses – proposés en vrac [3]. « Une fois tous les quinze jours, je vais aussi au drive de la grande surface qui est près de chez moi pour acheter ce que je ne trouve pas sans emballages : du lait, quelques conserves, des jus de fruits. Je ne rentre jamais dans le magasin, cela m’évite d’être tentée. » Elle se souvient de l’époque, pas si lointaine, où elle passait deux heures par semaine en grande surface, quand elle arpentait tous les rayons « pour être sûre de ne rien oublier ». « Je passais beaucoup de temps dans les rayons promos. Du coup, j’achetais des choses dont je n’avais pas vraiment besoin : vêtements, petits ustensiles de cuisine, déco, etc. En fait, on a amélioré notre consommation alimentaire et on a réduit nos autres achats. »

 

Refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter

La famille Poirier s’est vite habituée à la « règle des cinq R », résumée par Béa Johnson : refuser (ce dont nous n’avons pas besoin), réduire (ce dont nous avons besoin), réutiliser, recycler, composter (on dit rot en anglais). « On diffère au maximum les achats, dit Claire, histoire de s’assurer que l’on en a vraiment besoin. On privilégie au maximum l’occasion, même pour les cadeaux. » Claire et Emmanuel ont réalisé que, chaque année au moment de Noël, ils se demandaient quoi offrir à leurs enfants, s’apercevant qu’ils n’avaient besoin de rien. « Il ne s’agit pas de ne pas fêter Noël, nous n’avons pas envie de les frustrer. Mais nous avons largement réduit la quantité de cadeaux. Cela dit, on ne trouve pas de solutions pour tout. Cette année, le grand a eu la console de jeux, dont il rêvait. »

Claire reconnaît qu’avec un ado, la démarche zéro déchet est parfois compliquée. « En plus, le mien a connu la période où j’allais en magasin lui acheter des gâteaux qu’il adorait... Il a dû prendre de nouvelles habitudes. En même temps, il perçoit très bien l’enjeu environnemental. » Quand sa mère lui cuisine des gâteaux, il lui arrive même de dire qu’il les préfère à ceux vendus en grande surface, « même si je soupçonne que ce n’est pas tout à fait vrai », glisse Claire. Il y a, bien sûr, des sujets de tension. Pour les vêtements par exemple. « Je trouve presque tout en braderie pour mes filles, mais, pour un enfant de 14 ans, c’est plus rare. Il y a en plus une forte pression sociale au collège, qui oblige les enfants à porter des marques. » Claire et Emmanuel font donc un effort pour Matthias, en lui achetant des vêtements de marque neufs. « Mais il en a moins, ce qui entre aussi dans la démarche zéro déchet. »

 

Un anniversaire sans déchets, c’est possible !

« Pour que cela fonctionne, il faut prendre le temps d’échanger, d’expliquer et de s’organiser à l’avance », analyse Claire. Il y a quelques temps, le jeune homme a voulu organiser une petite fête pour son anniversaire. Ses parents ont accepté à condition que cela ne pèse pas trop lourd dans la poubelle. « Nous avons acheté un kilo de bonbons en vrac à Nantes, nous avons trouvé des recettes pour faire des petits toasts maison », décrit Claire.

Mais Matthias rêvait de petits gâteaux que l’on ne trouve qu’en paquets jetables. « Je me suis d’abord fermement opposée à cet achat, avant de revenir sur ma décision, me disant que c’était son anniversaire et qu’il fallait lui faire plaisir. L’objectif, ce n’est pas non plus de le dégoûter de la démarche, et qu’il ait envie de tout arrêter une fois qu’il quittera la maison. » Entretemps, l’ado s’était décidé pour des pop-corns. « On a donc acheté du maïs à pop-corn en vrac et avons réussi à organiser sa fête comme il l’entendait, mais sans déchets. »

 

« J’achète local, je valorise donc aussi des emplois »

Béa Johnson, qui s’inspire elle-même du film et du blog No Impact Man, insiste beaucoup sur la prévention des déchets. No impact Man raconte comment Colin Beavan, américain et jeune père de famille, vivant au neuvième étage d’un building de Manhattan, a relevé le défi de vivre un an en réduisant au maximum son empreinte environnementale. Pas d’ascenseur, pas de réfrigérateur, pas de transport motorisé, pas de plats préparés, etc. L’expérience menée en 2009 a depuis beaucoup essaimé : un mouvement international « No Impact Project » est né, qui reprend les méthodes mises en place par Colin Beavan.

« Avant, je me concentrais plutôt sur le traitement de ces déchets, reprend Claire. Je me disais que je n’avais pas le choix, que si j’avais un fort impact écologique, ce n’était pas de ma faute, que les politiciens n’avaient qu’à changer les règles en imposant moins de plastiques. Je ne faisais pas le lien entre mon mode de consommation et ma production de déchets. » Claire croise parfois des esprits chagrins qui lui disent qu’elle va détruire l’économie. « On nous rabâche tellement que, pour qu’il y ait des emplois, il faut de la croissance et de la consommation. Mais je réponds que j’achète local, et valorise donc aussi des emplois, sans doute pas les mêmes... »

La jeune mère de famille reçoit surtout beaucoup d’encouragements des clients, des commerçants, de ses proches. « Je suis le mouvement de zéro déchet, et je vois que cela a de plus en plus de succès. » Johanna Le Mau, jeune entrepreneuse nantaise qui s’apprête à ouvrir Ô Bocal, une boutique sans emballages, confirme :« Le réseau des acteurs du vrac, porté notamment par le mouvement Zero Waste France, est en plein développement. Fin 2015, nous étions 150 porteurs de projets ! »

 

« Je ne reviendrai certainement pas en arrière »

« À la maison, on ne trouve pas de solutions pour tout », tempère Claire. Des déchets entrent chez elle contre son gré : la pub dans la boîte aux lettres, ce que les enfants ramènent de l’école ou ce que la famille et les amis offrent à différentes occasions. « Aujourd’hui, nous produisons l’équivalent de 3 containers par an, soit 5 kilos par personne et par an. » Bien moins que la moyenne des Français, qui produisent 365 kg d’ordures ménagères (poubelles et tri) chaque année [4]. Le défi de Claire, en 2016, vise à passer à 2 conteneurs par an. Soit 16 litres pour toute la famille, 100 fois moins que la moyenne nationale !

« Je suis tellement contente de m’être lancée dans cette démarche, résume-t-elle. Je suis désormais moins attachée aux choses, et moins attachée aussi à mon apparence, même si j’aime être bien habillée. Paradoxalement, j’ai moins de frustrations. Avant, je ne me posais pas la question de savoir si je pouvais acheter ou non. Je pensais que c’était un luxe. Aujourd’hui, mon luxe, c’est que je n’ai plus besoin d’acheter tout le temps des choses. Je ne reviendrai certainement pas en arrière. » Elle se sent libérée de la prison consommation [[Voir le blog de Claire ici].].

Nolwenn Weiler

Photo : CC US Department of Agriculture

Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:40

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Scandale sanitaire

Pourquoi le ministère de l’Agriculture continue-t-il d’entraver les alternatives aux pesticides ?

par , Sophie Chapelle

 

 

L’enquête de Cash Investigation diffusée le 2 février rappelle un scandale sanitaire toujours à l’œuvre : les pesticides cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques qui sont déversés par milliers de tonnes chaque année, dans tous les départements. Qu’en est-il des alternatives à ces molécules chimiques de synthèse ? La loi d’avenir agricole de juillet 2014 devait favoriser la commercialisation des préparations naturelles comme le vinaigre blanc, le sucre ou l’argile. Or, le décret permettant leur mise sur le marché traîne au milieu des piles de dossiers du ministère... À ce jour, pulvériser sur ses cultures une tisane de plantes reste passible de poursuites. Quant à l’agriculture bio, sans pesticides, elle n’est pas suffisamment soutenue.

La France reste le premier consommateur de pesticides en Europe et le troisième au niveau mondial. Selon les informations recueillies par les équipes de Cash Investigation et de francetv info, près de 100 000 tonnes de pesticides très toxiques sont épandus en France dans les champs, les vignes ou les vergers. Sur la base de données confidentielles provenant du ministère de l’Écologie, Cash Investigation a identifié 71 substances jugées « dangereuses » ou « potentiellement dangereuses » par différents organismes [1]. C’est en Gironde, dans la Marne et en Loire-Atlantique qu’est épandue la plus grande quantité de pesticides (en noir sur la carte) [2] :

 

JPEG - 83.9 ko
© Cash Investigation - France 2 - Premières Lignes

 

Qu’entend t-on exactement par « substances dangereuses » ? La carte ci-dessus recense les pesticides qualifiés de « CMR » (cancérogène, mutagène, reprotoxique) ou contenant des perturbateurs endocriniens (un poison qui attaque les hormones). Ces molécules peuvent entrainer un cancer, des mutations génétiques, des possibilités de stérilité, voire plusieurs de ces effets à la fois. Contrairement aux autres toxiques, ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais plutôt le moment. Ainsi, l’exposition des fœtus aux perturbateurs endocriniens présente le plus grand risque, car l’organisme est en pleine formation. Les effets d’une exposition in utero peuvent se voir à la naissance, avec par exemple des malformations génitales, mais aussi des années plus tard avec l’apparition de cancers, de diabètes, de problèmes d’obésité ou d’infertilité.

 

Des pesticides dans les cours d’école

Ces effets néfastes sont désormais très documentés, mais la bataille pour établir le lien entre les pesticides et leurs conséquences sanitaires est loin d’être gagnée. Les agriculteurs malades qui osent désormais briser l’omerta, et tentent de faire reconnaître leurs cancers comme maladies professionnelles sont confrontés à de véritables parcours du combattant. Idem pour les ouvriers agricoles malades et leurs familles contaminées. Les professionnels de l’agriculture ne sont pas les seules victimes des pesticides qu’ils épandent. On estime que 40 à 60% des produits pulvérisés n’atteignent pas le sol, et restent en suspension dans l’air... Ainsi, dans les communes viticoles, particulièrement consommatrices de produits phytosanitaires, l’atmosphère est souvent chargée en chimie, et pas seulement dans les champs [3].

Il arrive ainsi que des vignes soient plantées au pied des écoles, ce qui inquiète certains parents d’élèves et élus. Dans la commune viticole de Preignac, en Gironde, quatre enfants ont été atteints d’un cancer entre 1990 et 2012, soit cinq fois plus que la moyenne nationale qui se devrait se situer – vu le nombre d’enfants sur la commune – à un seul cancer infantile. Le maire a tiré la sonnette d’alarme, et réclamé une enquête, en plus d’intervenir auprès des viticulteurs pour qu’ils cessent de traiter pendant les heures de récréation (!). Réponse de l’Institut national de veille sanitaire qui s’est penché sur ces cas : la contribution des pesticides « ne peut être exclue »... (lire notre article).

 

Comment évaluer des « substances dangereuses » ?

Derrière la prudence des institutions publiques, se cachent parfois des conflits d’intérêts, notamment au niveau européen, et plus particulièrement au sein de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Près de 60 % des experts de l’Efsa sont en situation de conflits d’intérêts selon l’ONG Corporate Europe Observatory et la journaliste Stéphane Horel (lire notre article). Or, les avis de l’Efsa sont censés éclairer la Commission européenne, qui décide, ou non, d’autoriser des substances. L’Efsa a fait beaucoup parler d’elle en novembre dernier, en émettant de sérieux doutes sur la toxicité cancérigène du glyphosate, ingrédient principal du désherbant roundup. Six mois plus tôt, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) ajoutait pourtant le roundup dans sa liste des substances « cancérogènes probables ». Pourquoi une telle divergence ? L’agence européenne n’a tout simplement pas pris en compte les études concernant les effets cumulés du glyphosate avec d’autres substances, ce qui est le cas dans le Round Up et lui donne son caractère toxique.

En France, le ministère de l’Agriculture a décidé de confier en 2014 l’évaluation et l’autorisation des pesticides à un seul et même organisme, l’Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Avant, l’Anses se contentait d’évaluer des produits que le ministère de l’Agriculture décidait ou non d’autoriser. Cette responsabilité revient maintenant aux experts, pas toujours à l’abri des conflits d’intérêts.

 

L’agriculture bio insuffisamment soutenue

Pour fuir le tout chimique, de plus en plus de consommateurs se tournent vers les produits issus de l’agriculture biologique. Le marché augmente en France de 10% par an. De nombreux agriculteurs souhaitent se convertir à ces modes de production. Mais la surface agricole utile cultivée sans phytos reste très faible en France (moins de 5%). « Les aides aux changements de pratiques, et en particulier à la conversion à l’agriculture biologique, sont aujourd’hui insuffisantes pour accompagner tous ceux qui veulent franchir le pas », estiment la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) et Greenpeace, dans un communiqué faisant suite au documentaire de Cash Investigation. « Les sommes allouées sur la période 2015-2020 pour la conversion par l’État et les régions seront dès cette année insuffisantes. Ainsi certaines enveloppes vont être consommées en deux ans alors qu’elles étaient prévues pour cinq ans. Par ailleurs, les aides dites de « maintien », qui rémunèrent le service environnemental rendu par les agriculteurs bio pour la dépollution des sols, de l’air et de l’eau, sont dans certains cas menacées de suppression ! »

Autre terrain de lutte : l’obtention du droit d’utiliser des préparations naturelles dites « peu préoccupantes », type purin d’ortie ou vinaigre blanc. « On peut boire une tisane de plantes, mais la pulvériser sur ses cultures est passible de poursuites », nous confiaient des militants lors d’un épandage d’une décoction de prêle sur des vergers (lire notre reportage). Impossible pour les professionnels d’utiliser officiellement le vinaigre blanc alors qu’il peut servir de répulsif contre les insectes, ou le sucre qui permettrait pourtant de réduire de moitié la dose de cuivre selon des arboriculteurs... « Les paysans n’ont pas le droit d’utiliser ce type de produits, même chez eux », expliquait Jean-François Lyphout qui préside une association défendant l’utilisation de ces préparations naturelles dites « peu préoccupantes » (Aspro-PNPP). « Selon la réglementation en vigueur, si l’agriculteur passe ces produits sur sa production, celle-ci peut être saisie et les produits peuvent être retirés de la vente » (Voir nos précédents articles).

 

Un décret sous pression des lobbies chimiques ?

Il a fallu une intense pression citoyenne pour obtenir des députés et sénateurs la possibilité de développer ces alternatives aux pesticides de synthèse. En juillet 2014, un pas législatif a été franchi avec l’adoption de la loi d’avenir agricole qui reconnaît un régime simplifié pour l’utilisation et la commercialisation des PNPP, comme le purin d’ortie, de prêle mais aussi l’argile ou le vinaigre blanc (lire notre article). Suite à cette loi, les préparations naturelles ne devaient plus être soumises aux mêmes règles que les substances chimiques de synthèse pour être mises sur le marché. L’homologation se révélait jusque-là non seulement coûteuse – 40 000 euros en moyenne pour le dépôt d’un dossier – mais aussi très chronophage – plusieurs années pour obtenir l’homologation. Cette simplification est demeurée virtuelle...

Car un an et demi plus tard, le ministère de l’Agriculture n’a toujours pas publié le décret qui doit dresser la liste des produits naturels entrant dans la catégorie « biostimulants ». La direction générale de l’alimentation en charge du dossier n’a, pour l’heure, pas donné suite aux sollicitations de Basta ! pour expliquer ce délai. Selon une source, ce projet serait actuellement expertisé par le service des affaires juridiques du ministère... « Ils ne cessent de repousser la publication du décret mais on ne va pas les lâcher », confie le sénateur écologiste Joël Labbé qui a obtenu l’interdiction de l’usage des pesticides par les collectivités locales. « On soupçonne le lobbying des firmes de vouloir éviter que ces produits naturels ne viennent concurrencer leurs produits chimiques sur le marché. » « Tant que le décret n’est pas publié, la pulvérisation sur les cultures d’une tisane de plantes reste passible de poursuites », complète Jean-François Lyphout de l’Aspro-Pnpp.

 

Continuer à se battre

Ce manque de volonté politique s’est récemment traduit par le refus des sénateurs d’interdire l’utilisation des néonicotinoïdes, famille d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes, lors de l’examen de la loi sur la biodiversité le 22 janvier. Sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas, à l’image de ces riverains corréziens reconnus « victimes des pesticides » par le tribunal correctionnel de Brive après quatre ans de procédures (voir ici). Ou la détermination de Paul François, céréalier en Charente, contre le géant Monsanto (voir là). Les plaintes au pénal se multiplient : une salariée agricole du Limousin dénonce le non respect des règles de sécurité liées à l’usage des pesticides, et la famille d’un viticulteur porte plainte contre X pour « homicide involontaire, omission de porter secours, abstention délictueuse et délit de tromperie ».

Face aux blocages administratifs, des villes comme Paris prennent également les devants. Pour réduire l’exposition aux pesticides des jardiniers, deux adjoints d’Anne Hidalgo ont demandé à la Commission européenne d’autoriser l’usage du vinaigre blanc pour désinfecter les outils horticoles. Un règlement européen a fini par être publié, permettant l’usage du vinaigre blanc depuis juillet 2015 comme fongicide et bactéricide... Sans que la Ville de Paris ne précise combien la demande d’homologation avait coûté. Le recours pour les professionnels à des préparations naturelles dites peu préoccupantes continue donc de relever du parcours du combattant. Seule consolation en attendant la publication du décret : vous pouvez continuer à assaisonner en toute légalité votre salade avec de l’huile et du vinaigre...

@Sophie_Chapelle et @Nolwenn Weiler

 

Pour aller plus loin :
- Pesticides : le changement, c’est pour quand ?
- Pourquoi tous les gouvernements échouent à réduire la présence des pesticides
- « Face à l’industrie chimique, tout le monde est tétanisé » : notre entretien avec le journaliste Fabrice Nicolino sur son livre Un empoisonnement universel
- « À Bruxelles, la vie des personnes est moins prioritaire que la bonne santé de l’industrie chimique » : notre entretien avec la journaliste Stéphane Horel sur son livre Intoxications

Photo de Une : CC Pascal Ruyskart

Notes

[1L’Environmental Protection Agency aux États-Unis notamment, la base de données gérée par la Commission européenne ou le Centre international de recherche sur le cancer dépendant de l’Organisation mondiale de la Santé.

[2Entre 2008 et 2013. Si vous souhaitez connaître le détail des cinq pesticides dangereux les plus vendus près de chez vous, leur mode d’utilisation et les risques qu’ils comportent, cliquez sur la carte.

[3La vigne ne représente que 3,7% de la surface agricole utile mais consomme près de 20% (en masse) des pesticides pulvérisés chaque année en France.

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:27

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

«Les Cartels du lait»: Le Foll, ministre sous influence

5 février 2016 | Par La rédaction de Mediapart

 

 

En juillet dernier, le ministre de l’agriculture a cédé au lobby agroalimentaire en faisant pression sur sa collègue de la santé Marisol Touraine contre le projet d’étiquetage nutritionnel préconisé par ses services. Un livre Les Cartels du lait dévoile les courriers et les notes internes des lobbyistes de l’industrie.

Qui a donc tenu la main du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll ? Un membre de son cabinet ? Un directeur de l’administration centrale chargé de l’agroalimentaire ? Ou encore quelqu’un d’autre ? Le 8 juillet 2015, Stéphane Le Foll décide de s’opposer par écrit au projet d’étiquetage nutritionnel que sa collègue et ministre de la santé Marisol Touraine défend depuis plus d’un an. Une étiquette faite d’une gamme de cinq couleurs, qui pourrait classer en rouge les produits à plus faible valeur nutritionnelle. Stéphane Le Foll, qui n’a aucune responsabilité ni compétence en matière de santé publique, rejoint ainsi la stratégie d’une puissante organisation professionnelle qui s’oppose pied à pied aux projets de prévention nutritionnelle de la ministre de la santé : l’Ania (Association nationale des industries alimentaires).

 

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Dans leur livre Les Cartels du lait (éditions Don Quichotte), paru en librairie le 4 février, les journalistes Elsa Casalegno (France Agricole), Karl Laske (Mediapart) et Nicolas Cori (Les Jours) dévoilent les courriers et les notes internes des lobbyistes de l’industrie qui ont forcé la main du ministre.

 

Basée boulevard Malesherbes à Paris, l’Ania réunit les patrons des plus importants groupes laitiers de l’Hexagone : Antoine Fiévet, PDG du groupe Bel, Olivier Delamea, directeur général de Danone produits frais, Michel Nalet, directeur des relations extérieures du groupe Lactalis, Jean-Paul Torris, directeur général délégué de Savencia (ex-Bongrain), Richard Girardot, PDG de Nestlé France, et Frédéric Rostand, directeur général du géant coopératif Sodiaal. De 2004 à 2013, l’Ania a eu à sa tête l’ancien DGRH de Danone, Jean-René Buisson, connu comme le « porte-flingue » de la famille Riboud. Chargé de la fermeture des usines du groupe – Kanterbräu, Kronenbourg, Lu… – ce dirigeant musclé se souvenait d’avoir appris « à mener une compagnie de CRS au talkie-walkie », tandis que des salariés écrasaient symboliquement des buissons avec des camions devant les usines. En 2013, Buisson a été remplacé par un patron de PME, fabricant d’ingrédients pour la meunerie et la boulangerie, Jean-Philippe Girard. Mais la ligne de l’Ania est restée la même : inflexible.

Dans une synthèse du mois de septembre, l’Ania se fixe plusieurs objectifs : « Pas d’interdiction de la publicité enfants. Pas d’interdiction des promotions. Pas d’élargissement de l’interdiction des distributeurs automatiques (hôpitaux, administrations…). »

 

Les objectifs de l'Ania en matière de réglementation résumés par ses lobbyistes. © DR Les objectifs de l'Ania en matière de réglementation résumés par ses lobbyistes. © DR

 

L’Ania se mobilise aussi pour influencer le Programme national de prévention nutrition santé (PNNS), en vue de « faire passer » leurs « positions aux administrations concernées » et « aux membres du comité de pilotage du PNNS » pour « obtenir des nouveaux repères et messages sanitaires non stigmatisants ».

 

Les objectifs de l'Ania en matière de publicité, résumés par son équipe de lobbyistes. © DR Les objectifs de l'Ania en matière de publicité, résumés par son équipe de lobbyistes. © DR

 

Le sujet qui fâche l’industrie reste le projet d’étiquetage nutritionnel qui va découler de la loi sur la modernisation du système de santé défendue par Marisol Touraine. L’article 5 du projet de loi vise à créer une « déclaration nutritionnelle obligatoire », « accompagnée d’une présentation », « au moyen de graphiques ou symboles sur la face avant des emballages » pour faciliter « l’information du consommateur et l’aider à choisir en toute connaissance de cause » – conformément au règlement européen UE 1169/2011 (règlement Inco) concernant l’information du consommateur sur les denrées alimentaires. Or, jusqu’à aujourd’hui la ministre de la santé retient la préconisation du professeur Serge Hercberg, épidémiologiste de la nutrition, et coordinateur, depuis 2001, des programmes de prévention nutritionnelle, qui propose d’installer un code à cinq couleurs, dit 5-C, en classant, par des pastilles allant du vert au rouge, les produits alimentaires selon leur qualité nutritionnelle – définie par une formule et un calcul établissant un score. Mais elle s’inscrit aussi dans un processus réglementaire européen qui rend obligatoire, d’ici au 13 décembre 2016, l’étiquetage nutritionnel uniformisé sur les denrées alimentaires – sans toutefois imposer de simplification ou d’orientation nutritionnelle.

 

L'étiquetage 5 Couleurs. © DR L'étiquetage 5 Couleurs. © DR

 

Cette proposition du système 5-C en France a été présentée, fin 2013, par le professeur Hercberg, dans son rapport à la ministre de la santé sur les mesures de prévention nutritionnelle à mettre en œuvre dans le cadre du futur programme national de prévention santé (PNNS). Ce classement à cinq couleurs repose sur le calcul d’un score de qualité, élaboré par la Food Standards Agency – l’autorité de sécurité alimentaire du Royaume-Uni – qui prend en compte pour 100 grammes de produit les éléments favorables (protéines, fibres, pourcentage de fruits, légumes, légumineuses et fruits oléagineux) et défavorables (calories, sucres simples, acides gras saturés, sodium) pour définir un indicateur unique de la qualité nutritionnelle de l’aliment.

« C’est une mécanique anglaise, basé sur un algorithme très compliqué, qui présente l’intérêt de pondérer tous ces nutriments en plus et en moins, explique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC Que Choisir. C’est un back-office, un moteur qui a fait ses preuves sur lequel Serge Hercberg a mis une carrosserie neuve qui le rend plus simple : les cinq couleurs. On a une seule information colorée, qui peut prendre cinq couleurs différentes. Cela marche très bien. On l’a testé en février. On voit tout de suite en un coup d’œil la qualité nutritionnelle de ces produits ; et c’est probablement ce qui contrarie l’industrie agroalimentaire. »

 

« Opposition totale au système de score nutritionnel et de pastilles de couleurs stigmatisantes »

L’Ania se mobilise très tôt contre cette proposition, n’hésitant pas à s’allier avec son adversaire habituel, la puissante Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Le 25 novembre 2014, l’association des industriels organise une réunion avec la FCD pour examiner les possibilités d’actions communes. L’objet de la réunion est « très confidentiel », selon un procès-verbal établi par l’Ania. Les lobbyistes des deux camps ne veulent « pas de sortie médiatique ». Leur idée est de se saisir d’un contre-projet, celui de Carrefour, fondé sur des fréquences idéales de consommation – et contesté par les professionnels de santé.

 

Procès verbal de la réunion de concertation des industriels et de la distribution en 2014. © DR Procès verbal de la réunion de concertation des industriels et de la distribution en 2014. © DR

 

Le véhicule projet de logo élaboré par Carrefour, baptisé « À quelle fréquence », devient le véhicule de la contre-offensive. C’est un système d’étiquetage nutritionnel à quatre couleurs au lieu de cinq. « L’algorithme n’a pas été dévoilé, déplore l’expert de Que Choisir. Et Carrefour a expliqué qu’il procédait à des ajustements selon ce qu’ils appelaient “le bon sens nutritionnel”. Des fréquences de consommation – entre une, deux ou trois fois par jour – sont associées à chaque couleur. On a vu une pizza au fromage qui d’après l’étiquette pouvait être consommée 1 fois par jour… Le dessert Stracciatella "deux fois par jour", et la boîte de petits pois "trois fois par jour". Par ailleurs, les couleurs ne sont pas logiques : il y a du bleu et du mauve qui ne correspondent à rien. Et le rouge a été supprimé. » Le projet de Carrefour provoque une levée de boucliers. En octobre 2014, les sociétés savantes soulignent que « les messages d’accompagnement de type prescriptif (une fois par jour, deux fois par jour, trois fois par jour) sont indéfendables sur le plan scientifique ». « Les seuils, la forme et les messages ont été fixés sans aucune validation scientifique par des experts indépendants », relèvent-elles.

 

Le logo Le logo "A quelle fréquence" préconisé par Carrefour et soutenu par l'Ania © DR

 

Le 19 février 2015, le conseil d’administration de l’Ania fixe le cap : « Opposition totale au système de score nutritionnel et de pastilles de couleurs stigmatisantes proposé par le professeur Hercberg. » Le débat sur le projet de loi, prévu courant mars, donne lieu à d’intenses préparatifs au siège de l’Ania, qui a rédigé des amendements « pour contribuer au débat ». Dans un mail à leurs soutiens, les industriels réaffirment leur objectif : « Combattre les systèmes type score nutritionnel-pastilles de couleurs-traffic lights [appellation anglo-saxonne du système]. » Et dans ce but, « mettre tout en œuvre pour maintenir la cohésion de la filière entre nous et avec la FCD-distributeurs ».

Dans un dossier communiqué aux parlementaires amis (lire ci-dessous), l’Ania diffuse sept projets d’amendement sur papier à en-tête de l’Assemblée nationale, mais sans date, ni numéro, ni auteur. Elle obtient que le groupe UMP en présente deux en commission, le 25 mars 2015. Les amendements 197 et 198, et leur mise en perspective – présentés entre autres par les anciens ministres Bruno Le Maire, Hervé Gaymard, Dominique Bussereau, Xavier Bertrand, Éric Woerth, Valérie Pécresse… – sont la recopie à peine modifiée des modèles établis par l’Ania. L’amendement 197 vise à inscrire dans la loi « l’avis du Conseil national de l’alimentation » au moment du choix du fameux étiquetage. L’Ania et la FCD siègent dans cette instance consultative étroitement gérée par le ministère de l’agriculture aux côtés d’autres organisations socioprofessionnelles, mais elles y sont toujours très écoutées. L’amendement 198 vise à inscrire dans la loi « la promotion du modèle alimentaire français ». Ces amendements sont soutenus et rejetés à l’Assemblée le 31 mars. L’un d’eux sera repris et quand même adopté au Sénat le 14 septembre.

 

 

Après vote de la loi en première lecture, le lobbying repart à l’offensive. Il est piloté par le groupe « politiques nutritionnelles » de l’Ania, présidé par Bruno Thévenin, directeur général de PepsiCo France, chargé de la veille « tant sur les risques de taxes, de restriction de publicité ou encore de logos nutritionnels ». Les taxes… C’est le sujet qui inquiète vraiment. En effet, outre l’étiquetage nutritionnel, retenu dans son principe par la ministre de la santé et les rapporteurs du projet de loi, Serge Hercberg a proposé d’utiliser les calculs obtenus par l’algorithme pour « mettre en place un système de taxation conditionnelle et proportionnelle pour les aliments dont la qualité nutritionnelle est la moins favorable », couplée à « une réduction de la TVA pour ceux dont la qualité nutritionnelle est la plus favorable ». L’objectif est de faciliter l’accès aux meilleurs aliments, et d’inciter les industriels à améliorer leurs produits. La mesure n’a pas été retenue par les pouvoirs publics, à peine sortis de la crise de l’écotaxe. Mais elle est dans tous les esprits.

Le groupe « politiques nutritionnelles » de l’Ania s’est donc concentré sur les deux « risques » qui figurent à ses yeux dans le projet de loi santé tel que présenté par le gouvernement : « L’article 4 – lutte contre l’alcoolisation excessive des jeunes ; L’article 5 – proposition d’un étiquetage nutritionnel complémentaire. »

Le 6 mai, « une réunion bilatérale » a lieu entre l’Ania et la Direction générale de la santé (DGS). Les industriels réaffirment leur opposition aux cinq couleurs. Mais ils soutiennent la création d’un groupe de travail au ministère de la santé, et proposent aussitôt les noms de six experts qui leur sont proches pour y prendre part. « Il est parfaitement clair que le système proposé par le professeur Hercberg fait l’unanimité contre lui : à notre connaissance, aucun industriel ou distributeur n’y est favorable », écrit peu après la directrice générale de l’Ania, Catherine Chapalain, au DGS.

Sur les différents fronts qu’elle a ouverts, les efforts de l’Ania portent leurs fruits. Le Conseil national de l’alimentation (CNA), qui a déjà été mis dans la boucle du lobbying des industriels, décide de prendre position à travers un courrier de son président à Marisol Touraine le 20 mai 2015, et une « note de questionnement » qui demande, en juin, aux pouvoirs publics de « prendre le temps d’étudier les différentes options possibles ». En particulier l’option alternative soutenue par l’Ania et la FCD.

 

« Le système 5-C m'apparaît comme une piste qu'il convient d'écarter aujourd'hui » (S. Le Foll)

Le 8 juillet 2015, le ministre de l’agriculture entre à son tour dans la danse et annonce à Marisol Touraine qu’il souhaite « l’alerter » quant aux discussions en cours sur l’étiquetage nutritionnel. De l’avis de Stéphane Le Foll, « deux conditions » paraissent « indispensables à remplir » si le gouvernement « veut pouvoir aboutir » sur ce sujet de santé publique : « L’étiquetage ne doit pas stigmatiser les produits, écrit le ministre de l’agriculture. Le régime alimentaire français s’appuie sur la diversité des produits. Il n’y a pas de produits “interdits” (ou alors ils sont interdits à la commercialisation par anticipation) mais des produits à consommer en plus ou moins grande quantité et plus ou moins régulièrement. »

 

Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture © Reuters Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture © Reuters

 

 

C’est le rouge, bien sûr, qui « stigmatiserait » les produits aux yeux des industriels et du ministre. Stéphane Le Foll explique donc à sa collègue que l’étiquetage « efficace » sera plutôt celui qui donnera l’information sur le « bon usage » et la « fréquence de consommation conseillée ». Il prend donc position pour l'option Carrefour. Il propose de « faire de la pédagogie » « mais sans culpabilisation ».

La seconde condition avancée par le ministre, c’est l’accord de l’industrie : « Dans la mesure où l’usage de l’étiquetage est volontaire, il doit être soutenu par les fabricants de produits alimentaires et par les distributeurs », précise le ministre. Il faut « construire avec les distributeurs et les industriels » une solution « consensuelle et pertinente ». Il poursuit en faisant peser sur certains mots toute son autorité de porte-parole du gouvernement : « Le système dit “5-C” ou “Hercberg” du nom de son principal promoteur, qui semble avoir la faveur de vos services, ne me semble pas de nature à remplir ces conditions et m’apparaît par conséquent comme une piste qu’il convient d’écarter aujourd’hui, même si elle a pu être utile au débat. »

 

 

Le débat est clos pour le ministre de l'agriculture. C’est le sens de sa lettre en forme d’oukase à Marisol Touraine. Tout pourtant semblait présager le contraire. En mars, un rapport d’appui scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a conclu à une « bonne faisabilité » du système 5-C. Fin juin, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a jugé que celui-ci était « le seul » à répondre « aux critères de pertinence et de faisabilité d’un système d’information nutritionnelle synthétique ».

Au mois d’août, une étude réalisée sur un échantillon de 14 230 adultes afin de tester l’effet de quatre signalétiques nutritionnelles apposées sur la face avant des emballages est rendue publique. « Le logo à cinq couleurs (5-C) s’avère être le mieux compris chez l’ensemble des individus », résume cette étude. « Les différentes signalétiques d’information nutritionnelle augmentent de façon significative la capacité des individus, y compris ceux à risque, à classer trois aliments en fonction de leur qualité nutritionnelle, par rapport à une situation sans logo. » Mais le système 5-C a « les meilleures performances y compris chez les individus ayant une alimentation plutôt “défavorable” sur le plan nutritionnel et la santé », et il « augmente, de façon très importante (plus de vingt fois par rapport à la situation sans logo), la capacité des individus n’ayant pas de connaissances en nutrition à classer correctement les produits ».

En septembre, Stéphane Le Foll dévoile son intervention dans ce dossier dans un entretien à LSA-conso.fr. « Au lieu de privilégier un étiquetage avec des couleurs, qui pour certaines renvoient une image négative, nous proposons de privilégier des informations sur la fréquence de consommation, déclare-t-il. Ce système, qui rencontre l’adhésion de l’Ania, permettrait de dire ce qui peut être consommé de façon occasionnelle ou plus régulière. Je l’ai déjà dit à l’Ania : il est temps de se mettre au travail et finaliser ce projet. » 

Non seulement le ministre de l’agriculture ne cache pas son accord avec l’Ania, mais il lui suggère publiquement de se hâter, et de finaliser sa contre-proposition. En choisissant d’avancer main dans la main avec ce lobby industriel, dans ce dossier de santé publique, Stéphane Le Foll tourne le dos à de nombreux acteurs qui ont manifesté, dès 2014, leur soutien au projet d’étiquetage 5-C.

En mai 2014, déjà, la Société française de santé publique (SFSP), associée à cinq sociétés savantes, des associations de consommateurs et de malades, avait lancé un appel « Pour un étiquetage nutritionnel simple, intuitif, et compréhensible par tous sur la face avant des emballages des aliments », signé par 85 spécialistes de la nutrition, de la santé publique, de pédiatrie, de cardiologie et d’autres spécialités, et plusieurs dizaines de sociétés savantes et d’associations professionnelles. Ce texte souligne que, si l’échelle nutritionnelle a l’intérêt d’« aider le consommateur à orienter ses choix », elle peut permettre aussi d’inciter les industriels à « améliorer la composition de leurs produits pour changer de classe » et ainsi obtenir un « positionnement plus favorable » sur l’échelle cinq couleurs. L’enjeu sociétal est quand même de faire reculer la « malbouffe », que l’on sait responsable de nombreuses pathologies. Le ministère de l’agriculture a d’autres priorités.

Fort du soutien public de Stéphane Le Foll, le président de l’Ania Jean-Philippe Girard envoie à son tour un mot à la ministre de la santé, le 25 septembre 2015. Il salue « la dynamique constructive » engagée « avec l’appui » de Stéphane Le Foll, « chez l’ensemble des opérateurs économiques concernés ». « La mesure étant volontaire, il ne saurait être question d’imposer un système sans qu’aucun industriel ni aucun distributeur n’y soient favorables, prévient l’Ania. […] C’est malheureusement le cas de la solution à laquelle vous semblez la plus sensible : en l’occurrence le système de pastilles de cinq couleurs de Serge Hercberg qui serait à la fois stigmatisant pour nos savoir-faire, culpabilisant pour les consommateurs et sans garantie aucune de son efficacité. »

Le porte-parole des industriels demande une expérimentation préalable en conditions réelles d’achat, et met en copie… le ministre de l’agriculture. L’Ania bat le rappel de ses adhérents. Son objectif est d’obtenir que le système FCD-Carrefour soit expertisé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), comme l’a déjà été celui des cinq couleurs. Le 28 octobre, un feu vert à cet examen est finalement donné par le directeur général de la santé, lors d’une nouvelle réunion de concertation. Selon le représentant des consommateurs, « Carrefour a commencé à donner quelques informations sur son algorithme mais pas tout ». Cependant, les industriels font un premier bilan très positif de leur lobbying.

« Les actions menées tout au long des débats parlementaires et des réunions de concertation ont permis :

Que le système 5-C ne soit plus considéré comme le seul système et soit donc écarté du texte de loi et challengé avec une rédaction neutre et ouverte du projet de décret.

Que le principe de l’expérimentation soit désormais retenu avant tout déploiement d’un système.

Qu’enfin nous ayons maintenu jusqu’à présent l’unité avec nos partenaires de la filière et en premier lieu avec la distribution.

Le débat touche à sa fin avec le vote probable du projet de loi avant la fin de l’année, et il va donc falloir prendre position sur l’expérimentation des différents systèmes. »

L’Ania a décidé de noyer le système cinq couleurs sous une vague de propositions alternatives. Outre le système porté par la FCD avec plusieurs industriels, baptisé Sens, trois systèmes devraient être mis sur la table : le système GADs, les traffic lights anglais, et le Health Star Rising australien. Stéphane Le Foll certifie qu’il n’est pas « sous la pression du lobby de l’Ania », mais qu’il a « un différend », « qui s’assume », avec Marisol Touraine au sujet de la politique nutritionnelle. Replacée dans son contexte, sa lettre du 8 juillet à Marisol Touraine s’apparente pourtant à une pression politique. Le ministre de l’agriculture juge que le système dit « 5-C » ou « Hercberg », est « une piste qu’il convient d’écarter », au moment précis où la concertation s’engage, et avant même l’expertise de systèmes alternatifs. Les industriels lui ont tenu la main. Et ils savent très bien faire ça.

 

Boîte noire : Parmi les auteurs de ce livre Karl Laske est journaliste à Mediapart. Elsa Casalegno est journaliste à La France agricole, tandis que Nicolas Cori est journaliste aux Jours.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 19:30

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Des allocations chômage dégressives ? La musique de fond du gouvernement

 
 
La ministre du Travail Myriam El Khomri est entrée dimanche dans un petit jeu que pratique le gouvernement depuis plus d'un an au sujet des allocations chômage : braquer les projecteurs sur le retour à la dégressivité, tout en prenant garde de ne pas la prôner ouvertement…
 
Myriam El Khomri n'exclut pas de réintroduire la dégressivité des allocations chômage. - Sipa
 

Cela n'a pas fonctionné une première fois… mais pourquoi pas y revenir quand même ? C'est ce qu'a dit en substance la ministre du Travail dimanche au sujet de la dégressivité des allocations chômage. Interrogée sur BMTV, Myriam El Khomri a en effet reconnu que l'option n'était pas écartée par le gouvernement. Et ce, tout en rappelant que les études montrent que "la dégressivité mise en œuvre entre 1992 et 2001" n’avait pas "joué un rôle sur les personnes les plus en difficulté".

Si le sujet est de nouveau sur la table, c'est parce que les partenaires sociaux doivent entamer à la mi-février leurs tractations pour une nouvelle convention de l'assurance chômage, l'actuelle expirant le 1er juillet. Or, outre son rôle "d'amortisseur social" et de favorisation du "retour à l'emploi", la ministre du Travail a rappelé que le nouvel accord devrait améliorer la "trajectoire financière" du dispositif, qui devrait accuser fin 2016 une dette de 29,4 milliards d'euros. Elle préconise donc de "regarder les chose de façon non passionnée"...

Consciente que la dégressivité n'est pas une idée très populaire à gauche, Myriam El Khomri s'est bien sûr gardée de la prôner ouvertement. Renvoyant les partenaires sociaux à leurs responsabilités, en insistant simplement sur le fait qu'ils devront "travailler sur une diminution de la dette". Ce n'est que s'ils ne parviennent pas à se mettre d'accord, a-t-elle précisé, que "le gouvernement prendra ses responsabilités", en vue de prendre "un décret". A ce moment-là, "toutes les pistes" seront étudiées.

Cette petite musique sur le sujet commence à devenir familière dans la bouche des représentants du gouvernement. En octobre 2014, lors d'un déplacement à Londres, Manuel Valls avait déclaré devant des journalistes britanniques que la question "doit être reposée". Avant que François Hollande ne calme le jeu. Il y a un an, en février 2015, le Premier ministre avait assuré que la dégressivité n'était "pas aujourd'hui (son) sujet"… mais constituait un "défi" pour les partenaires sociaux : "Il faudra bien trouver des solutions (...), je les invite à prendre pleinement leurs responsabilités".

Le 18 janvier dernier, en présentant son plan pour l'emploi, François Hollande n'a pas abordé le sujet de front. Mais il a souligné qu'en France, "la durée d'indemnisation est la plus longue d'Europe" tandis que la "durée de formation des chômeurs" est "la plus courte". Suivez son regard…

Aujourd'hui, Myriam El Khomri assure donc, comme Manuel Valls l'an dernier, que ce n'est pas à elle d'orienter la réflexion vers la dégressivité, tout en martelant : "Les partenaires soicaux doivent regarder toutes les possibilités". La dégressivité n'est pas "un tabou", a abondé le ministre des Finances Michel Sapin, lundi matin sur . Si les partenaires sociaux ne sont pas sourds, on voit mal comment ils n'auraient pas reçu le message.

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 19:07

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Etat d’urgence

Pour les Européens, il devient risqué de manifester en France

par

 

 

 

Après trois jours en centre de rétention sous le coup d’une mesure d’expulsion pour avoir participé à une manifestation en soutien au migrants à Calais, trois étudiantes italiennes ont finalement été relâchées. Sur fond d’état d’urgence, l’exécutif fragilise le pouvoir des juges afin de mettre la pression sur des manifestants étrangers, y compris Européens. « Ce cas illustre bien la manière dont l’autorité administrative fait fi des décisions judiciaires voire contourne la justice pour appliquer sa propre répression », explique l’universitaire Vanessa Codaccioni.

 

« Jamais on ne se serait attendu à ce qui nous est arrivé, avoue Valentina. La France est devenue complètement malade. » Samedi 23 janvier, Valentina se trouve avec ses deux compatriotes à Calais pour la manifestation de solidarité avec les migrants. Près de 2000 personnes, membres d’associations, d’organisations politiques, citoyens solidaires, riverains et migrants se sont rassemblés à la « Jungle », territoire du bout du monde jouxtant le port. C’est ici que survivent, dans une grande précarité, près de 7000 personnes tentant depuis des mois de passer en Angleterre (lire aussi notre reportage : Calais, au sein d’un bidonville en état d’urgence, devenu la honte de la France).

 

Le cortège bigarré s’élance de cet endroit désolé où femmes, hommes et enfants sont arrosés, la nuit, de gaz lacrymogènes par les CRS depuis début janvier. « Nous dénonçons les politiques française et européenne qui créent ces situations à Calais comme aux portes de l’Europe, souligne l’appel au rassemblement. Nous demandons immédiatement des conditions d’accueil dignes pour tous et toutes. Qu’ils/elles soient nommé-e-s réfugié-e-s, migrant-e-s ou sans-papiers, nous exigeons des droits égaux pour tou-t-e-s, des titres de séjour, l’accès aux soins et au logement. »

 

En fin de manifestation, une centaine de migrants se mettent à courir vers le port. « Nous les avons suivis en solidarité, raconte Martina. Et puis il y a eu une grande confusion. Face à nous, un horizon de tirs de lacrymo. Derrière, des fourgons de police qui se rapprochent. Des gens passaient sous un grillage, on a fait pareil pour se sortir de là. » Alors qu’elles entrent dans des toilettes toujours situées dans la zone portuaire, la police aux frontières les interpelle, avec quatre personnes françaises. Les voilà parties pour 24 heures de garde-à-vue à l’hôtel de police de Coquelles, une ville qui jouxte Calais.

 

« La police nous faisait croire que des migrants étaient morts et que c’était de notre faute »

Les sept interpellés sont accusés de « dégradation volontaire en réunion » et d’avoir « pénétré illégalement dans le port ». « Nous ne savions pas où nous allions ! », s’exclament les filles. L’ambiance au commissariat est tendue. « La police nous faisait croire que des migrants étaient morts et que c’était de notre faute. »  Les agents aimeraient les classer « no border » (pas de frontière), un terme péjoratif dans la bouche des forces de l’ordre, qui désigne chez eux des activistes radicaux menaçant la sécurité du territoire. « Nous étions là en soutien aux migrants », préfère asséner Ornella. À l’issue des interrogatoires, aucune poursuite pénale n’est retenue contre les sept imprudents : les Français sont libérés et les Italiennes se préparent à sortir dans la foulée. Deux autres manifestants et six migrants accusés d’être montés illégalement sur un ferry à la fin de la manifestation seront, eux, jugés, le 22 février.

Pour les trois Italiennes, l’histoire aurait dû s’arrêter là. Sauf que Bernard Cazeneuve a « donné des instructions pour que les no-border qui ont participé à ces opérations fassent l’objet d’une expulsion » , comme il le déclare à la presse dès le dimanche. « Dix minutes avant la fin de la garde-à-vue, nous apprenons que la préfecture ordonne notre obligation de quitter le territoire français (OQTF) et que nous sommes transférés dans un centre de rétention administrative (CRA) », relate Martina.

 

« Menace réelle, actuelle et grave »

Au CRA de Lesquin, à quelques kilomètres de Lille, les jeunes femmes reçoivent, incrédules, leur notification d’obligation de quitter le territoire et les faits qui leur sont reprochés par l’exécutif, alors même que le procureur a d’ores et déjà estimé que rien ne permettait de les poursuivre.

 

 

La France peut donc motiver des avis d’expulsion avec des allégations infondées, non vérifiées, n’ayant donné lieu à aucune poursuite pénale. « Comment mes clientes peuvent-elles représenter une "menace réelle, actuelle et grave" alors qu’elles n’ont jamais été inquiétées par la justice ou la police en France comme en Italie ? », demande leur avocate Murielle Ruef.

Ce motif de la « menace pour la société française » avait déjà été mobilisé durant la COP21, pour mettre en rétention et menacer d’expulsion deux militants écologistes belges après qu’ils aient participé à la manifestation interdite de place de la République, le 29 novembre dernier à Paris. « J’avais pu faire annuler par le tribunal l’OQTF en démontrant qu’ils ne représentaient pas une menace grave, témoigne leur avocat Bruno Vinay. Comme pour mes clients, la situation des italiennes semble bien liée à une décision politique. »

 

Un acte qui n’aurait jamais dû exister

Dans ce qui ressemble à une croisade zélée contre d’improbables perturbatrices étrangères, la préfecture recourt à un second arbitraire : pour les placer en rétention, elle invoque le fait que les Italiennes n’auraient pas fourni d’éléments justifiant qu’elles résident en France depuis plus de trois mois. « Elles ont indiqué qu’elles étaient étudiantes dès la garde-à-vue », rétorque Murielle Ruef, qui a déposé un recours devant le tribunal administratif. « Nous avons transmis les preuves de résidence en France depuis plus de deux ans : des preuves d’adresse fixe, d’inscription à l’université, d’emploi pour l’une d’entre elles. »

Après les communiqués des universités, les lettres de soutien des professeurs, les pressions au Consul italien et les articles dans les médias, la France a finalement décidé d’écourter une situation difficilement tenable : le soir du troisième jour de rétention, le 27 janvier, la préfecture du Pas de Calais libère les Italiennes et « retire » l’OQTF. « Elles ont les bons justificatifs », confirme Steve Barbet, de la préfecture du Pas-de-Calais. Il ajoute même qu’« elles n’ont commis aucun délit ». Que deviennent alors les graves accusations inscrites sur la notification d’OQTF ? Elles disparaissent, tout simplement. « Le retrait, ce n’est pas l’abrogation, précise leur avocate. Cela veut dire que l’acte n’aurait jamais dû exister, que la Préfecture acquiesce à son illégalité. »

 

Un moyen de pression sur les manifestants étrangers

Sur fond d’état d’urgence, dans un contexte actuel où l’exécutif fragilise le pouvoir des juges, se garder la possibilité de mettre quelques jours en rétention des manifestants étrangers pour les relâcher ensuite sans passage devant le tribunal relève d’une méthode qui met une nouvelle fois à mal l’idée d’un « État de droit ». « Ce cas illustre bien la manière dont l’autorité administrative fait fi des décisions judiciaires voire contourne la justice pour appliquer sa propre répression, analyse Vanessa Codaccioni, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Paris 8 [1] « C’est un classique des "moments d’exception", rappelle-t-elle. Pendant la guerre d’Algérie, de très nombreux individus ont été relâchés par la justice mais immédiatement transférés dans des camps d’internement par la volonté des seuls préfets. »

En attendant, l’expérience de l’enfermement n’a fait qu’accroître l’indignation des Italiennes face à l’existence des prisons pour migrants. « Même enfermées, on ressentait fortement nos privilèges d’européennes », racontent-elles sur la route qui les ramène à Paris. « Les femmes que nous avons rencontrées ne connaissaient pas leurs droits, elles étaient très isolées. Les migrantes ne savaient même pas qu’elles avaient droit au portable. Elles vivent des situations d’insécurité : c’est un homme qui effectue la ronde de 5 heures du matin et vient compter les détenues jusque dans leurs chambres ! »

Autour des trois Italiennes, il y avait une Camerounaise, fille de diplomate, qui vivait en Grande Bretagne depuis dix ans et ne pouvait pas y retourner et une Dominicaine qui sortait de prison mais ne pouvait rejoindre son mari et ses enfants catalans en Espagne car l’administration avait perdu son permis de séjour espagnol. « Ces situations sont hallucinantes. Faut-il rappeler que ces femmes n’ont commis aucun crime et qu’elles souhaitent juste se rendre là où vivent leurs familles ? »

Naïké Desquesnes 

Photo : CC Rasande Tyskar

 

 

A lire sur Basta ! :

2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 18:42

 

Source : http://www.streetpress.com

 

 

A Calais, les policiers dérapent, l’extrême droite ratonne et les migrants se fightent

StreetPress a passé une semaine dans l'enfer du Nord

 

 

Pierre Gautheron | 1 Février 2016

 

 

 

Mâchoires cassées, coups de cutter et milices : dans la jungle la situation est explosive. StreetPress a rencontré bénévoles, policiers et migrants. Tous tirent le même constat : le pire est à venir.

Calais (62)« La violence monte d’un côté comme de l’autre », lance Amine Trouvé-Bagdouche, responsable de Médecin du Monde pour le camp de Calais :

 
« On a fermé notre clinique [dans la jungle] parce qu’on subissait des menaces. Ici, pour mes équipes, j’applique le même protocole que dans nos camps à l’étranger. Un jour on a trouvé notre permanence détruite à coup de haches. »

 

Posé dans un café du centre-ville, l’homme à la barbe de 3 jours décrit une situation au bord de l’explosion. Avant sa fermeture, des dizaines de réfugiés défilaient sous les tentes de l’hôpital de campagne monté par l’ONG. Les blessures constatées témoignent de l’extrême tension qui règne dans et aux abords de la jungle : coups de couteaux ou de cutters, os brisés par les coups de matraques, marques de tirs de flashballs…

 

Comme un air de Banlieue 13 à Calais

Pendant une semaine, StreetPress a traîné ses savates dans le plus grand bidonville d’Europe. Un labyrinthe boueux où la violence atteint des sommets inédits. Du côté de la police, on n’hésite plus à utiliser la force jusqu’à blesser par dizaines ceux qui tentent de passer en Angleterre ou à réprimander ceux qui protestent. Et même à mettre des bâtons dans les roues des ONGs : en témoignent ces 24 PVs collés sur les parebrises de véhicules d’humanitaires stationnés à l’entrée de la jungle.

 

Jungle 1

StreetPress a passé une semaine dans la jungle de Calais / Crédits : Pierre Gautheron

 

Mais ce n’est pas tout. Aux abords du bidonville, des milices d’extrême droite veillent, prêtes à dégainer leur matraque pour perpétrer de véritables ratonnades. C’est ce qui est arrivé à Ahmed, un jeune syrien qui s’est fait éclater la mâchoire dans le centre-ville de Calais par 6 hommes armés.

Face à cette situation totalement incontrôlable, l’Etat a mis en place une zone tampon de 100 mètres pour isoler le camp du reste du monde. A l’entrée de la jungle, alors que des bulldozers finissent de raser les dernières habitations de fortune, des tractopelles forment des petits talus. Comme un air de Banlieue 13 à Calais…

 

« La police attise les tensions »

Pour Christian Salomé, le boss de l’Auberge des Migrants, le coupable de cette ambiance délétère est tout trouvé :

« C’est la pression de la police, surtout la nuit, qui attise les tensions. »

 

A la nuit tombée, alors que les assos’ quittent le site, la jungle plonge dans la violence. Plusieurs fois par semaine des heurts éclatent entre migrants et CRS. Descentes de flics, jets de pierre, gazages tous azimuts… A la lumière des lampes torches, c’est une autre histoire qui commence. Une histoire qui se déroule souvent sans témoin. Le matin, ONG et asso’ ne peuvent que constater la présence d’un épais nuage de fumée à l’entrée du camp. Et voir des cadavres de bombes lacrymos sur le bas-côté.

 

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Les heurts entre migrants et CRS sont devenu quasi quotidien / Crédits : Pierre Gautheron

 

Une bavure par jour selon les assos’

A 500 mètres de la jungle, on rencontre Annie. Posée sur une palette à l’entrée d’un vaste entrepôt, cette bénévole anglaise de 24 ans nous raconte ses démêlés nocturnes avec la maréchaussée locale.

« Le pire c’était le 7 décembre », se souvient-elle. Vers 4 heures du matin, plusieurs dizaines de policiers font une descente dans le quartier kurde du bidonville. Quand Annie et ses collègues arrivent sur place, ils découvrent un corps inconscient qui gît dans la boue. Un jeune kurde vient de prendre un tir de flashball en pleine poitrine. « Il avait du mal à respirer. »

Annie et ses potes décident de l’évacuer. « Il n’arrivait pas à marcher, alors on a décidé de le porter jusqu’à la sortie de la jungle, où les pompiers nous attendaient. » Rue des Garennes, à deux pas du camp de fortune, ils tombent sur une patrouille de bleus, plutôt intransigeants. Cette nuit-là, ordre leur est donné de ne laisser sortir personne. La jeune femme pète les plombs :

« Ils nous ont demandé de le déposer par terre dans la boue. Je ne comprenais pas. Je leur ai dit qu’il fallait qu’il aille à l’hosto. »

 

 

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Annie est une bénévole anglaise / Crédits : Tomas Statius

 

Le ton monte. Un policier arrose Annie et ses potes de gaz lacrymogènes. Ce n’était pas la première fois de la journée : « Plus tôt, un sit-in était organisé à l’entrée de la jungle. C’était une protestation non violente. Les policiers n’ont pas cherché à comprendre. Ils ont juste gazé. »

StreetPress a fait le tour des assos’ médicales présentes sur place : sur les seuls mois de décembre et janvier 51 certificats médicaux ont été délivrés suites à des violences attribuées à la police, soit quasiment un par jour.

Aux différentes permanences médicales, des réfugiés se présentent chaque semaine pour des hématomes sur le corps suite à des tirs de flashballs. D’autres ont les yeux défoncés en raison d’une exposition trop fréquente aux gaz lacrymogènes. Beaucoup d’affaires restent sans suite, rappelle Amine :

« Ici aucun droit n’est respecté pour les réfugiés, sauf le droit répressif. »

 

Bavure au bord de l’autoroute

A Calais, les tensions se déportent aussi aux endroits de passage : les abords du Tunnel sous la Manche ou des axes routiers qui rejoignent le port. C’est le long de la N16, à la sortie de la Jungle, que Nima, un jeune iranien de 30 ans, a tenté de monter dans un camion. Une option qui ne lui a pas franchement réussi… Il est tombé sur un CRS qui lui a refait le portrait. Le jeune homme a porté plainte.

Le 16 décembre à 10 h du mat’, avec 2 autres potes qui tentent aussi de passer en Angleterre, il attend sur le bord de la route, prêt à se glisser à l’arrière d’un camion. « Plusieurs se trouvaient à l’arrêt. Je suis montré dans l’un d’entre eux, sur l’emplacement qui se trouve entre la cabine et la remorque », écrit-t-il dans sa déposition que StreetPress a pu consulter. Manque de chance pour le jeune homme, un CRS à la carrure imposante le repère.

Nima prend peur et décide de filer à l’anglaise. Ses potes partent à gauche du camion, lui à droite. A peine sorti de sa cachette, le jeune homme tombe nez à nez avec l’homme en uniforme. Plutôt vénère, celui-ci lui envoie plusieurs coups de matraques. Alors qu’il tente de prendre la fuite, le CRS frappe Nima à l’arrière du crâne, puis en pleine poire au point de lui casser la mâchoire. « Pendant toute la durée de l’attaque, je pouvais entendre le policier crier. » K.O, Nima s’étale de tout son long. Le policier lui assène 2 coups de pieds alors qu’il est à terre, puis l’abandonne sur le bord de la route. Laissé pour mort.

A l’hosto, les médecins constatent la gravité de son cas. Mâchoire cassée, hématomes sur tout le corps… Les toubibs lui délivrent un certificat de 60 jours d’incapacité totale de travail (ITT). En attendant d’être rétabli, Nima galère. Il vit toujours à la jungle, peine à trouver le sommeil et même à s’alimenter :

« Je peux seulement consommer du liquide. J’ai déjà perdu beaucoup de poids, je suis très affaibli. »

 

La police débordée ne reconnait pas les bavures

Contacté par StreetPress, Ludovic Hochart, délégué CRS pour le syndicat UNSA Police à Calais reconnait que la situation est hors de contrôle :

« On est dans un cadre de violences urbaines. Il y a près de 7.000 personnes dans ce camp. Nous on n’a pas l’effectif pour gérer ça. Pour l’instant on ne déplore que des blessés légers mais on est à 2 doigts d’un drame »

 

En terrasse d’un café du centre-ville de Calais, l’homme d’une quarantaine d’années insiste avant tout sur les violences des migrants et nie toute bavure :

« Aucun fonctionnaire n’a été condamné et aucune instruction n’est en cours à l’IGPN, à ma connaissance. Il n’y a pas de bavures, la réponse de mes collègues est légitime. »

 

 

Jungle 3

Les abords du Tunnel sous la Manche ou des axes routiers qui rejoignent le port de Calais sont devenus des lieux de tension / Crédits : Pierre Gautheron

 

Coup de cutter

Dans les allées de la jungle, la tension est palpable. Si les associatifs expliquent cette flambée de violence par la pression policière et l’extrême misère, ils constatent aussi les nombreuses violences entre les migrants dans le camp.

En novembre dernier, StreetPress avait pu sans souci, poser sa caméra dans le bidonville. Aujourd’hui ce n’est plus la même musique. Olivier, un photojournaliste belge qui bossait pour Médecin du Monde, a fait les frais de cette ambiance délétère. L’homme est pourtant expérimenté. En mars dernier, il couvrait le conflit syrien, boîtier au poing.

Le 22 janvier, il est dans la jungle quand il sort son iPhone. Quelques minutes plus tard il se retrouve avec un cutter braqué sur le ventre. 4 adolescents l’encerclent. L’un d’eux tente d’arracher son portable pendant que les deux autres lui font les poches. Un coup part et lui entaille le doigt. « C’était 4 gamins, ils ne devaient pas avoir plus de 16 ans. » Pour lui, la tension à la jungle est aussi due au nombre de journalistes et d’anonymes venus prendre quelques photos de la jungle :

« Il y a des tensions entre les migrants, c’est sûr. Mais je pense aussi que les mecs en ont marre de la présence des journalistes. Pour ma part, je trouve qu’il y a un tourisme humanitaire assez désagréable à Calais. »

 

Olivier n’est pas le seul à avoir été confronté à cette montée de violences. StreetPress a dénombré 5 agressions ou rackets de journalistes (link is external) sur les 2 dernières semaines. Et ils ne sont pas les seules victimes de cette violence. Faith, une bénévole anglaise qui bosse dans une cuisine associative raconte avoir été agressée le matin de notre rencontre. « C’était assez confus. Un homme est arrivé avec un couteau dans la cuisine mais il a fini par repartir. » Là aussi, ce cas est loin d’être isolé : de nombreuses personnes témoignent de la présence de plusieurs réfugiés armés de couteaux. Alors qu’elle dormait dans la jungle avant la montée des tensions, Faith a décidé de se rabattre sur un appartement en centre-ville :

« On nous a dit que c’est devenu trop dangereux. »

 

Embrouilles entre migrants

Les migrants ne sont pas épargnés par ces agressions. Difficile cependant de recueillir leurs témoignages. Mais dans son hôpital de forturne, Amine de Médecins du Monde a rencontré de nombreuses victimes de ces embrouilles entre migrants : « Les rixes entre réfugiés sont au moins aussi fréquentes que les violences policières, assure-t-il. Des violences de la part d’individus perdus. » En ce moment, ses équipes reçoivent chaque semaine en moyenne 4 à 6 personnes en état de « décompensation psychologique » :

« On a de tout : des gens se mettent à agresser les forces de l’ordre ou les humanitaires sans raison. Mais aussi des suicidaires »

 

Pour une salariée d’une ONG qui préfère garder l’anonymat, la tension en bordure du camp et la difficulté à passer en Angleterre agissent comme un catalyseur :

« Depuis que c’est plus difficile de passer en Angleterre, il y a un stress en plus. Ils [les réfugiés, ndlr] se disent que ça ne va pas être simple du tout »

 

Milices d’extrême droite

« Mon fils s’est pris un coup de couteau pour une cigarette qu’il n’a pas voulu donner. Il n’a même pas pu porter plainte. On lui a dit qu’il n’y avait rien de plus ressemblant à un migrant qu’un autre migrant », raconte Jean-Yves, un riverain. C’est en partie suite à cet événement que le quadra aux traits creusés a décidé de se joindre aux Calaisiens en colère. Crée en juin 2015, ce collectif s’est fait connaître en organisant des « rondes » aux abords de la jungle.

 

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L'équipe des « Calaisiens en colère » / Crédits : Vassili Feodoroff

 

Ces dernières semaines, plusieurs vidéos les montrant en action, diffusées sur leur page Facebook ont fait le buzz. Sur l’une d’elle, on voit plusieurs membres du collectif jeter des pierres sur des réfugiés ou proposer de l’aide aux CRS. Accusé d’avoir monté une petite milice par de nombreux calaisiens, Jean-Yves se justifie dans un troquet du centre-ville de Calais :

« Ces vidéos sont sorties du contexte. On est devant la jungle, y’a 300 migrants qui commencent à jeter des cailloux à la tronche. Les CRS n’étaient pas prêts, il fallait le temps qu’ils s’habillent. On ne fait que renvoyer des cailloux qui nous ont été lancés. »

 

Vidéo « C’est la guerre »

Aider les flics oui mais péter la gueule à des migrants non, assure Sandrine Désert. La fondatrice du collectif, une petite dame propre sur elle, nie l’implication des siens dans les nombreuses agressions racistes à Calais. Mais reconnait que d’autres groupes patrouillent à la nuit tombée aux abords de la jungle :

« Au début on a commencé à venir à 10 autour de la jungle le soir. Puis des gens nous ont accompagnés. Des gens biens pour la majorité mais aussi d’autres qui n’étaient là que pour la castagne. »

 

Devant un café crème, Ludovic Hochart de l’UNSA Police ne voit pas de problème à la collaboration entre les CRS et les Calaisiens en colère : « N’importe quel individu qui voit un délit est en droit d’informer la police. Par contre, pas question d’exposer des civils. » Et assure la vigilance de la police à propos de ces milices d’extrême droite :

« Il y a des services qui gèrent ces questions. Des enquêtes sont menées. On y porte une attention toute particulière. »

 

Les témoignages de la présence de milices d’extrême droite œuvrant à la nuit tombée sur le Calais sont nombreux. Impossible de savoir qui sont ces commandos armés. Seule certitude, ils peuvent être ultra violents, comme le montre la mésaventure d’Ahmed, toujours à l’hôpital, 7 jours après les faits.

Expédition punitive

Dans la nuit du 20 au 21 janvier, Ahmed et 2 de ses potes syriens se trouvent aux abords du parc Richelieu, dans le centre-ville de Calais. 6 hommes viennent à leur rencontre. Grands, baraqués, tout de noir vêtus, matraques télescopiques à la main et gun à la ceinture, comme nous l’explique Bachir, un pote à qui il a raconté toute l’histoire. Ce récit, il l’a aussi fait à la police. Le parquet a confirmé avoir ouvert une enquête. Bachir poursuit :

« Ils se présentaient comme des policiers. Ils ont dit à Ahmed et aux 2 autres Syriens de s’asseoir par terre et de leur donner téléphone, papiers et argent. Ahmed avait tout son argent sur lui : 1200 euros. »

 

Ahmed à l’hôpital

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Rapidement, les 3 copains comprennent qu’ils vont passer un sale quart d’heure. Coups de pompes, de poings, de matraques. « L’agression a dû durer 5 ou 6 minutes », précise Bachir. Alors qu’il est saoulé de coups, Ahmed ressent une vive douleur au visage : les assaillants viennent de lui péter la pommette. « Il s’est mis à crier parce qu’il avait mal. Les 6 hommes lui ont hurlé dessus pour qu’il se taise. L’un d’eux a continué à le frapper mais ses potes l’ont emmené. » Après l’agression, Ahmed se relève, péniblement. Il met 4 heures pour revenir à la jungle avant d’être emmené à l’hôpital. Dans sa déposition Ahmed n’a pas dit que les assaillants se présentaient comme des flics, une thèse qu’aucun élément ne permet de confirmer.

 

Les humanitaires également pris pour cible

Parmi les victimes de ces groupuscules, on retrouve aussi des bénévoles. Contacté par StreetPress, Christian Salomé, le boss de l’Auberge des Migrants, nous raconte les menaces constantes de ces milices sur son asso’ :

« La semaine dernière, il y a eu une tentative d’intrusion dans notre hangar. Devant l’Auberge de jeunesse de Calais, 2 voitures de membres de l’asso ont été brûlées. D’autres ont eu plusieurs pneus crevés. On est clairement visés. Sur Internet, plusieurs pages ont diffusé l’adresse de notre hangar. »

 

Christian Salomé a fait savoir à StreetPress qu’il a porté plainte.

L’extrême droite s’implante à calais

Rondes, provocations aux abords de la jungle… A Calais, les fachos montrent leurs muscles et participent au pourrissement de la situation. Ce samedi 23 janvier, les réfugiés et des assos’ de soutiens aux migrants défilent de la jungle jusqu’au centre de Calais. Rue Mollien, il y a du grabuge. Posté sur le perron de sa baraque, un jeune mec, plutôt costaud, braque son fusil sur des réfugiés. De son côté, son père, même gabarit, parade. Torse nu, il vocifère, prêt à en découdre avec les « envahisseurs ».

 

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Ce "riverain en colère" est connu comme le loup blanc à Calais / Crédits : Pierre Gautheron

 

L’image a fait le tour des JTs (link is external). Quelques minutes plus tôt, les 2 hommes avaient insulté la manif’ qui passait au coin de leur rue. Jets de pierres, de pneus, insultes de part et d’autre… L’escarmouche a failli tourner à l’expédition punitive.

Les 2 hommes, Gaël et David, sont connus comme le loup blanc à Calais, tous les 2 proches de groupes d’extrême droite, hostiles à la présence des réfugiés. Sur Facebook, le fils, Gaël, pose aux côtés de Kevin Reche, fondateur de Sauvons Calais, célèbre pour sa croix gammée tatouée sur le pectoral. Le père, David, serait proche de la mouvance Pegida, récemment implantée dans le Nord de la France. Ces 2 groupes sont connus pour organiser des manifestations rassemblant la crème de l’extrême droite radicale française.

  • Les noms de Nima et Bachir ont été modifiés à leur demande.

 

 

Source : http://www.streetpress.com

 

 

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 18:28

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Servier, Sanofi : l'industrie pharmaceutique licencie en masse

2 février 2016 | Par Mathilde Goanec
 
 
 

C’est l’hécatombe dans le monde du médicament. Plus de 600 emplois supprimés brutalement chez Servier, 600 licenciements annoncés le même jour chez Sanofi sur les trois prochaines années, et des effectifs réduits à bas bruit chez Novartis. Premiers visés, les visiteurs médicaux.

L’annonce est tombée en fin d’année dernière, entre les attentats de Paris et la COP21. Forcément, elle n’a pas fait grand bruit. Et pourtant, le choc a été brutal pour les 690 visiteurs médicaux de chez Servier, un mois avant Noël. « On a appris notre licenciement par mail, certains étaient dans leur voiture et l’ont su en écoutant la radio », se rappelle Karine, qui n’en revient toujours pas d’un tel traitement, après 23 ans d’exercice dans le laboratoire. 

Ce mardi 2 février, les visiteurs médicaux ont donc délaissé pour une journée leur secteur en région afin de squatter le siège du laboratoire en région parisienne, rassemblés pour la première grève de la maison Servier. Éparpillés habituellement sur toute la France, ils s’étreignent et s’embrassent, sur le parvis de Suresnes, avec à la main des pancartes dénonçant la « trahison » de leur employeur. « Tout le réseau commercial est mis dehors, y compris des directeurs régionaux, s’indigne Valérie, arrivée ce matin de l'est de la France. À l’heure actuelle, on ne sait pas qui va vendre les médicaments chez Servier. » 

 

Manifestation devant le siège de Servier à Suresnes, le 2 février 2016 © Mathilde Goanec Manifestation devant le siège de Servier à Suresnes, le 2 février 2016 © Mathilde Goanec

 

Les visiteurs médicaux sont lucides, ils savent que leur métier est sur la sellette. Le scandale du Mediator a durablement entaché la marque Servier et fragilisé l'ensemble de la profession, accusée de pousser les médecins à des prescriptions hasardeuses. Les visiteurs médicaux souffrent également du ralentissement de l'innovation dans l'industrie pharmaceutique. Mais la pilule est néanmoins dure à avaler. Chez Servier, 610 postes (657 selon les syndicats) vont être supprimés, avec peu d’espoirs de reclassement en interne. Près de 80 % de ces salariés sont des femmes. Le projet de réorientation stratégique du laboratoire vers l’oncologie, et donc le milieu hospitalier, ne convainc personne, car il n'offre de perspectives que pour une quarantaine d'employés. « 23 nouvelles molécules sont dans les tuyaux, dont neuf en oncologie », explique la direction. « Mais ces nouveaux produits ne nécessiteront pas de visiteurs médicaux comme  actuellement », concède Servier qui peste aussi contre « l’environnement du médicament » en France, responsable selon lui de la chute du chiffre d’affaires de 15 % dans l’Hexagone. Le laboratoire ne résisterait pas au « déremboursement », aux « baisses de prix imposées » par le gouvernement, ni aux « retards dans l’obtention d’AMM », soit l’autorisation de mise sur le marché, qui permet à un médicament d’entamer son parcours commercial. 

 



« On nous parle de nouvelles molécules tous les trois ans, sans jamais rien voir venir, se plaint Marie-Pierre Juyoux, déléguée syndicale centrale CFDT. La direction fait un "pari financier" sur l’oncologie, alors que le domaine est déjà largement dominé par les grands Pfizer et Sanofi. On en paye le prix. » Et de rappeler les multiples aides dont a bénéficié le laboratoire pour pérenniser l’emploi, dont 107 millions d’euros en crédit impôt recherche rien que l’an dernier. « Ce choix brutal remet à l’ordre du jour la nécessité d’une loi contre les licenciements boursiers dans les entreprises réalisant des bénéfices, souligne à ce propos la députée de Nanterre-Suresnes, Jacqueline Fraysse, dans une lettre de soutien aux salariés. Il soulève également la question des aides publiques aux entreprises censées permettre la création d’emplois et non favoriser leur destruction. » Selon un communiqué d'Unsa Chimie, l'intersyndicale sera reçue au ministère du travail à la mi-février. 

 

Nouveau plan de départs volontaires chez Sanofi

Par ailleurs, le laboratoire est loin d’être au bord du gouffre. Le groupe, qui comprend la lucrative filiale Biogaran (laboratoire produisant des génériques), a présenté pour l’an dernier un chiffre d’affaires de près de quatre milliards, ainsi qu’un bénéfice net de 352 millions d'euros, contre 77 millions sur l'exercice précédent (un chiffre plombé par une amende qu'a infligée la Commission européenne à l’entreprise pour entrave à la commercialisation d’un générique concurrent). « Nous voulons que le plan de sauvegarde de l’emploi soit à la mesure de la brutalité dont Servier a fait preuve à notre égard, insiste donc Marie-Pierre Juyoux. Il est hors de question que mes collègues se retrouvent à Pôle emploi et que la collectivité paye encore une fois pour Servier. » Pour le moment, le projet de PSE présenté par la direction ne prévoit aucune indemnité au-delà du minimum légal et un dispositif de « préretraite » accessible aux seuls salariés âgés d’au moins 59 ans et ayant au minimum 10 ans d’ancienneté (soit moins de 30 salariés sur les 610 concernés). Le congé de reclassement portera sur 12 ou 24 mois, selon l’âge du salarié licencié. « Ce n’est pas décent, estime Linda, dont l'emploi est menacé. On sait bien que les visiteurs médicaux, c’est fini, il faut qu’on puisse changer complètement de voie pour s’en sortir. » 

Le laboratoire français n’est pas le seul à tailler dans ses effectifs. L’entreprise suisse Novartis le fait, de manière moins spectaculaire, depuis deux ans, misant sur des plans de « redéploiement » pour contracter son service commercial.  « Nous avons dû batailler l’an dernier pour avoir un plan de sauvegarde de l’emploi digne de ce nom, et encore, les conditions de départ étaient les plus basses de l’industrie pharmaceutique, explique, sous couvert d’anonymat, une déléguée syndicale chez Novartis. Là, ils ont sorti un plan de départs volontaires, avec des volontaires désignés, et des mesures de compensations ridicules. Mais on laisse faire… » Au total, pratiquement 200 emplois sont partis en fumée, et ce n’est pas près de s’arrêter.

Chez Sanofi, trois ans après le dernier plan de départs volontaires (retoqué par la justice mais mis en œuvre en attendant l’appel), la direction remet le couvert, et ce malgré les déclarations rassurantes du nouveau PDG du groupe en 2014. D’après un document remis aux partenaires sociaux le même jour que la grève chez Servier, six cents postes seront supprimés d’ici deux ans dans l’Hexagone, de manière à réaliser 1,5 milliard d’économies pour anticiper la « falaise des brevets », ces molécules tombant prochainement dans le domaine public, selon la direction. « Ça va toucher a priori les fonctions supports du groupe, mais c’est sans compter les 474 postes vacants en recherche et développement, suite au dernier plan de départs volontaires, rappelle Sandrine Caristan, membre du collectif Sanofric. « On fait plus de quatre milliards de bénéfices l’an dernier, mais c’est toujours le même blabla sur des centaines de pages : Sanofi va très mal, on perd de l’argent… C’est à pleurer », ironise avec amertume la salariée. Le laboratoire a touché depuis 2008 des centaines de millions d’euros en crédit impôt recherche et de 11 à 18 millions d’euros par année depuis la mise en œuvre du CICE (lire ici notre article détaillé sur les effets du CICE). Par ailleurs, la part du chiffre d’affaires reversée aux actionnaires de Sanofi dépasse désormais celle consacrée à la recherche, environ 4,8 milliards d’euros en 2014. 

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 21:30

 

 

Source : http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/13h15/13h15-du-dimanche-31-janvier-2016_1283737.html

 

 

Soigneurs de terres. On les appelle les médecins des sols, loin de l'agriculture conventionnelle, ils réinventent un système pour protéger la terre à long terme.
 
 

Lydia et Claude Bourguignon sont des biologistes reconvertis en médecins des sols. Depuis vingt-cinq ans, ils réparent les dégâts causés par l'agriculture industrielle et tentent de convaincre les paysans de changer de modèle… Extrait de "13h15 le dimanche" du 31 janvier.

Extrait

Soigneurs de terres Diffusé le 31/01/2016 Durée : 00h43

 
Pour voir toute la vidéo, cliquer ici

 

 

Soixante-dix ans d'agriculture industrielle intensive ont épuisé les sols français. Les rendements baissent et les bonnes terres réduisent comme peau de chagrin. Produits chimiques à gogo et labours agressifs les font disparaître hectare après hectare. Et si la France, vieux pays agricole, se couvrait de champs devenus infertiles dans le prochain quart de siècle ?

La valeur nutritionnelle des fruits, légumes et céréales diminue au fil des traitements à répétition qui leur sont infligés au nom de la productivité et de la rentabilité. Et si la culture paysanne et les pouvoirs publics, contre l'avis de puissants lobbies, changeaient en profondeur pour mettre un terme à ce désastre agricole, sanitaire et environnemental ? Certains pionniers sont déjà au travail pour inverser la tendance. 

 

Le choix de l’agro-écologie

Le magazine "13h15 le dimanche" (Facebook, Twitter, #13h15) diffusé sur France 2 a rencontré les "médecins des sols" Claude et Lydia Bourguignon. Ces biologistes affirment que "l'agriculture conventionnelle est un massacre pour les sols… Elle anéantit leur fertilité". Ils trouvent des remèdes pour soigner les terres exsangues. Jean-Christophe Bady, "repenti" de l'agriculture intensive, n'utilise ni engrais ni pesticides pour des raisons de santé et fait le choix de l’agro-écologie… sans recevoir d'aide de l’Etat.

Emmanuelle Chartoire, Clément Montfort, David Geoffrion et Mathieu Houel ont suivi le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, pour qui le modèle agro-écologique n’a que des avantages : plus sain, moins cher, durable et même plus productif ! Le maraîcher normand Charles-Hervé Gruyer exploite depuis une dizaine d'années une ferme agro-écologique de pointe, au rendement dix fois supérieur à celui d’un maraîcher classique. Les pionniers du changement sont déjà à l'œuvre, aux petits soins du bien commun des hommes, la Terre.


La ferme expérimentale se trouve à cette adresse : http://www.fermedubec.com/
 
 
 
 
 
1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 21:12

 

Source : http://www.bonnes-nouvelles.be

 

Grenoble lance un droit d’interpellation « qui donne du pouvoir d’agir »

 

 

01 Fév 2016

 

 

 

 

Ce samedi 23 janvier, lors des Assises citoyennes (acte 2), l’équipe municipale de Grenoble, conduite par le maire EELV Eric Piolle, a lancé l’une des mesures phares de son mandat : un droit d’interpellation.

Le nouveau « droit d’interpellation » grenoblois, imaginé par la Ville de Grenoble, a été baptisé « dispositif d’interpellation et de votation d’initiatives ». Il devrait être voté lors du conseil municipal du 29 février prochain. Ses modalités sont particulièrement audacieuses. « Le système a été pensé pour être engageant, afin qu’il donne du pouvoir d’agir » expliquait Pascal Clouaire, adjoint à la démocratie locale, samedi 23 janvier, lors des Assises Citoyennes (acte 2). « Il y a deux chiffres clés à retenir : 2000 et 20 000 » poursuit-il. Pour qu’une pétition soit prise en compte, son auteur devra réunir seulement 2000 signatures. L’objet de la pétition (qui devra relever des compétences de la Ville) est ensuite débattu au conseil municipal. A partir de là, « deux possibilités seulement, pas d’échappatoire» : soit le conseil accepte la mesure et propose une délibération dans les trois mois, soit le conseil municipal ne veut pas s’engager et soumet cette question aux Grenoblois par une votation citoyenne. Pour que le projet soit adopté, les porteurs de l’objet de la votation devront récolter 20 000 voix majoritaires. « La spécificité et la force de notre droit d’interpellation est de lier un système de pétition à un système de votation », insiste l’adjoint.

Mobilisation imprévisible

« C’est une mesure extrêmement ouverte et qui fait sens », commente Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques et expert de la démocratie participative. Le chiffre des 20 000 voix n’a en effet pas été choisi au hasard. Il correspond au nombre de voix obtenues par l’équipe municipale, au deuxième tour des dernières élections. Ce chiffre sera encore plus facilement atteignable par les porteurs d’initiatives, car tout habitant à Grenoble, de plus de 16 ans pourra voter. Ne cachant pas son a priori positif devant l’innovation grenobloise, Loïc Blondiaux émet toutefois deux réserves : « A-t-elle été parfaitement verrouillé juridiquement ? ». Il semblerait que oui, mais la mise en œuvre le confirmera. Sa seconde crainte porte sur la mobilisation : «Dans un contexte d’absentéisme fort, le risque serait qu’au final, il n’y ait qu’une trop faible participation et que les 20 000 voix ne soient pas atteints. Il faudra veiller à organiser le débat ! ». Pour Pascal Clouaire, rien est écrit à l’avance : « Mais les gens ont plutôt tendance à s’informer et à se mobiliser, quand ils voient que cela sert à quelque chose ! ». Par ailleurs, une seule journée par an sera consacrée au vote de tous les sujets de votation de l’année, ainsi qu’au choix des projets du budget participatif – de sorte à concentrer la mobilisation citoyenne.

« On va recueillir des propositions et aussi des problèmes ! »

Il n’est pas non plus à exclure que des mesures validées par le suffrage populaire, soient en contradiction avec le projet écologique plutôt tourné vers la sobriété de l’actuelle majorité grenobloise. Le comble étant que ces propositions entérinées par la votation, pèseront dans les finances, par ailleurs en piteux état de la Ville… La municipalité a anticipé l’épineuse question du financement des initiatives qui vont lui être soumises. « Si par exemple l’objet de la pétition ayant recueilli 2000 signatures est de “mettre partout des caméras de vidéosurveillance”. Cela aurait un coût ! Et ce n’est évidemment pas une mesure que soutient notre majorité ! Le financement de cette opération serait mis au débat durant la période précédant la votation. Notre majorité se prononcerait aussi sur la manière dont pourrait être financée cette mesure. Les Grenoblois voteront ainsi en connaissance de cause…». L’équipe d’Eric Piolle préfère miser sur « l’intelligence collective ». « Seule la démocratie peut défaire ce que la démocratie a faite », lance sentencieusement Pascal Clouaire. Si nous voulons donner du pouvoir d’agir aux habitants, il faut que nous sortions de notre zone de confort. Donc on va recueillir des propositions et aussi des problèmes. »

Les règles du jeu pourront évoluer…

Cyril Lage, créateur de Parlement & Citoyens et co-fondateur de Démocratie Ouverte se dit naturellement partisan de ce type de dispositif. Ce qui ne l’empêche pas d’en percevoir déjà les travers : « Les groupes d’intérêts extrêmement bien structurés vont instrumentaliser ce droit. Cela peut être la porte ouverte à faire passer tout ce qu’on veut. » Rompu aux systèmes de démocratie participative, il détecte une autre faille plus problématique pour la cohésion sociale : « Etant donné que l’objet de la pétition, de fait, n’évoluera pas jusqu’à la votation, on ne sera pas dans la co-construction, mais plutôt dans le clivage. Les gens feront bloc contre bloc …» Aucun outil de démocratie participative n’est parfait. « L’équipe municipale ne s’interdira pas de faire évoluer les règles du jeu, si cela s’avérait nécessaire », lâchait Pascal Clouaire, lors de la conférence de presse.

Par Séverine Cattiaux (25/01/2016)

A lire dans La gazette des communes

 

 

Source : http://www.bonnes-nouvelles.be

 

 

1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 21:05

 

 

 

Auvergne > Moulins 26/01/16 - 08h09

Il réhabilite des vieux PC qu'il offre à des familles démunies

 

 

Julien Sennepin, président de l’association, (à gauche), et Shaip Xhuka, bénévole, à droite, redonnent vie à des ordinateurs donnés à 1pas vers l’informatique.? - photo : françois-xavier gutton

Julien Sennepin, président de l’association, (à gauche), et Shaip Xhuka, bénévole, à droite, redonnent vie à des ordinateurs donnés à 1pas vers l’informatique.? - photo : françois-xavier gutton

 

Depuis 6 mois le Moulinois Julien Sennepin et son association "1er pas vers l’informatique" réhabilite des ordinateurs d’occasion pour les offrir aux gens dans le besoin. Il propose également d’autres prestations informatiques, à bas prix, pour gérer l’association.

 

Donner une seconde vie à des ordinateurs défectueux et les offrir aux ménages les plus modestes. Un pari risqué dans lequel s'est lancé depuis quelques mois Julien Sennepin.

« Je trouvais dommage de gaspiller du matériel encore en état
de fonctionner »

Cette initiative inédite dans l'agglomération moulinoise lui est venue de son expérience personnelle.

« Il y a dix ans, je n'avais pas les moyens de me procurer un ordinateur. C'est un de mes voisins qui m'a aidé à en acquérir un gratuitement, par le biais de son réseau d'amis. »

Un don généreux qui l'a incité à créer sa propre association, 1 er pas vers l'informatique. Son objectif : recycler du matériel informatique (PC, imprimantes, etc.) et l'offrir aux plus démunis.

Mais difficile de se lancer quand on n'a pas les bases en informatique. Employé de libre-service, c'est son frère informaticien qui l'a formé pour la bonne cause.

« Je trouvais dommage de gaspiller du matériel de bonne qualité et encore en état de fonctionner, explique le Moulinois. Surtout quand cela peut profiter à des étudiants ou des familles sans le sou. »

Bénéficiaires du RSA, allocataires de la CAF ou touchant moins de 900 € par mois peuvent jouir de ces dons. Mais également des associations ou encore des écoles possédant très peu de budget.

« En général c'est un échange de service. Nous, on leur offre un ordinateur et eux reviennent pour imprimer des documents, des affiches. C'est un échange de bons procédés. Et d'une manière ou d'une autre on s'y retrouve. »

 

Une centaine d'ordinateurs en quelques mois

 

En l'espace de quelques mois, une centaine d'ordinateurs sont passés sous ses mains. Des PC glanés à droite à gauche, auprès du conseil départemental, des lycées et des collèges du département.

« On essaye également de démarcher des structures sur Clermont, pour étendre notre rayon d'action. »

Mais tout ceci à un coût. Et pour financer les locaux, l'association propose également des services de qualité à prix attractifs

Réparation, installation de système d'exploitation, impression de document, sans oublier la vente d'ordinateurs et d'éléments informatiques. Autant de prestations qui permettent à l'association de s'autofinancer.

« Nous assurons la qualité des produits de nos fournisseurs. S'il y a un souci, nous changeons tous de suite les composants défectueux ou nous remboursons le client. »

Modeste, mais pas moins ambitieuse, l'association tente également de diversifier son activité. Et cherche à tout prix à démarcher des entreprises locales pour concevoir des ordinateurs sur mesure, aux demandes des clients. Mais encore faut-il être connu.

« Nous envisageons de développer cette filière. Et recruter un bénévole pour démarcher les entreprises. Nous sommes déjà en contact avec la sécurité sociale qui, avec l'incendie qu'elle a subi cet été, doit restaurer son parc informatique. »

Pratique. Association 1er pas vers l'informatique, 23 rue de l'Oiseau 03 000 Moulins. Ouvert du lundi au samedi, de 9 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures. Contact : 09.84.56.95.96

Laura Bazin

 

 

 

 

 

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