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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 23:10

 

Source : http://www.journaldemontreal.com

 

 

 

Les goinfres insatiables

 

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 20:32

 

Source : http://www.acatfrance.fr

 

Verdict de l'ONU : La France n’est pas le pays des droits l’homme

 

 

Le 23 juillet 2015 dans l’après-midi, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rendu ses recommandations concernant la France, faisant suite à l’examen périodique qui s’est déroulé au début du mois de juillet à Genève.
 
 
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Le 24 / 07 / 2015

Le comité des droits de l’homme rend son verdict : La France n’est pas le pays des droits l’homme 

Le 23 juillet 2015 dans l’après-midi, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rendu ses recommandations concernant la France, faisant suite à l’examen périodique qui s’est déroulé au début du mois de juillet à Genève. Lois antiterroristes, surveillance, respect des minorités, milieux carcéral et violences policières, droit d’asile et le sort des migrants, des Roms, Outre-Mer : la France est loin d’être le pays des droits de l’homme. 

« Doit-on se réjouir ou s’inquiéter ? La quasi-totalité des violations des droits de l’homme dénoncées par lACAT a fait l’objet de recommandations du comité au gouvernement français, sur les questions de rétention de sureté, sur les violences policières,  de surpopulation carcérale, sur les procédures prioritaires et l’absence de recours effectif et égal pour tous les demandeurs d’asile, et sur le sort des migrants, notamment en outre-mer » commente  Eve Shahshahani, responsable asile à l’ACAT.

 

  • VIOLENCES POLICIERES ET SURPOPULATION CARCERALE

Le comité a notamment estimé qu’il  n’y a actuellement en France pas assez de contrôle sur la manière dont les forces de l’ordre font usage de la force, ce qui accroit les risques de violences policières et alimente un climat d’impunité. La dignité des personnes détenues, qu’il s’agisse de nationaux ou de migrants, en métropole et plus gravement encore en Outre-Mer, fait l’objet d’une vigilance particulière du  Comité.

  • ASILE

En matière de droit d’asile, les experts considèrent que la France ne respecte toujours pas le droit à un traitement égal et à un accès effectif au recours et au juge pour tous les demandeurs d’asile. Ils insistent sur la nécessité d’examiner au fond chaque demande d’asile et mettent en garde contre les présomptions légales et les risques de refoulement[6].

D’une manière générale, le Comité souligne que c’est la logique administrative et répressive qui règne en France, sans garanties légales et transparentes suffisantes, qui met la France en faute.

« Le gouvernement, dont on attend des mesures concrètes pour obéir aux recommandations des experts de l’ONU, semble bien peu disposé aux compromis.  La France a au contraire passé en force de nombreuses réformes contraires à l’esprit des recommandations du Comité, notamment en ce qui concerne l’asile et l’immigration, et persiste dans sa surdité, sans dialogue, comme le démontre l’actualité récente sur le Flashball »  déclare Salomé Linglet responsable prisons, police et justice à l’ACAT.

 

Contacts :

Salomé Linglet, responsable prisons, police et justice à l’ACAT : 06 69 94 89 64

Eve Shahshahani, responsable asile à l’ACAT : 07 82 06 92 14

 

 

Source : http://www.acatfrance.fr

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 23:42

 

 

Source : http://kedistan.fr

 

 

Massacre à Suruç : 32 sourires disparus…

Un groupe de 300 de jeunes réunis à Suruç à l’appel de la Fédération Sosyalist Gençlik Derneği (Association, Jeunesse Socialiste) pour aller à Kobanê, afin de contribuer à sa reconstruction, a été victime d’un attentat à la bombe.

Une bombe (probablement “humaine”) a explosé le 20 juillet, aux environs de 12h, lors de la conférence de presse. De nombreuses caméras qui tournaient à ce moment-là ont filmé l’explosion qui a fait 32 morts et une centaine de blessés.

 

(Attention, cette vidéo peut heurter les personnes sensibles)

 

Le Premier Ministre Davutoglu a déclaré : “L’enquête s’oriente vers un attentat de l’Etat Islamique” et le Sous-préfet de Suruç: “L’attentat pourrait avoir été commis par l’Etat Islamique”. Quant au Président Erdogan, il n’a pas trouvé utile d’interrompre son voyage à Chypre.

Plusieurs manifestations de protestation à l’attentat de Suruç se sont déroulées à Istiklal et dans plusieurs autres quartiers d’Istanbul, ainsi que dans de nombreuses villes du pays, parfois dispersées avec violence par la police.

 

  suruc-istanbul-manif

 

Les victimes sont majoritairement des jeunes. L’attentat a provoqué une large vague de colère. Les soutiens de Kobanê réagissent dans les médias et les réseaux sociaux, comme les participants rescapés de l’attentat.

Loren Elva, militante LGBT, est hospitalisée, souffrant de brûlures et de surdité. Encore sous le choc de la violence de l’explosion Loren affirme :

Nous allions à Kobanê refleurir les espoirs détruits, construire une bibliothèque, un parc pour les enfants.

Mais ella a les idées claires, elle exprime sa colère et sa détermination :

Je ne suis pas bien, je ne serai pas bien, ne soyez pas bien !

Ces paroles qui appellent les gens à la prise de conscience et à réagir, sont devenus spontanément des hastags : #iyideğilim, #iyiolmayacagım, #iyiolmayin  

Merve Kanak écrit de Suruç :

twitt-surucLa nuit est tombée sur Suruç. Ils ont tué les gens avec lesquels on a chanté dans le bus. Ils ont tué les gens avec lesquels on a dansé. Les gens avec lesquels on a papoté, les confrères que nous étions surpris de voir là bas, il les ont tués. Il ont tué les gens avec lesquels on a pris le petit déj à Amara, rigolé, mangé une pastèque. Ils ont tué les gens avec lesquels on a discuté théorie, politique. Les gens qui avaient des idéologies différentes mais qui étaient réunis par la réalité de la Révolution, ils les ont tués.

Nous étions tous des gens bien. Nous allions réaliser un rêve. Nous avions 3 sacs remplis de jouets pour les enfants, vous me comprenez ?

Nous avons marché attentivement pour ne pas marcher sur les cadavres de nos camarades, vous me comprenez ?

J’ai compris pourquoi les “agit”  (chants funebres) kurdes sont si tristes, vous me comprenez ?

C’est un soir difficile pour ceux qui sont restés en vie par hasard. Juste une question alors, c’est mieux de mourir, ou vivre ?

"Le 19/24 juillet nous serons à Kobanê", avait publié une des victimes sur les réseaux sociaux.

“Le 19/24 juillet nous serons à Kobanê”

Avant de partir pour Suruç, Aydan Ezgi Sancı avait posté ce message sur son réseau [traduit par Etienne Copeaux]:

aydan-ezgi-sanci-surucAujourd’hui, des centaines de jeunes venus de Turquie et du Kurdistan du nord ont pris la route pour participer à la reconstruction de Kobanê. En cet anniversaire de la révolution de Rojava [le Kurdistan syrien] défendue corps et âmes par nos camarades, il s’agit d’un pas important dans la construction et le renforcement d’une culture. Nous avons combattu ensemble, ensemble nous reconstruirons.

Vous souvenez vous de cette image qui avait fait le tour d’Internet en décembre 2014 ?

Témoignant de la violence policière, cette photo prise lors de l’arrestation d’un militant, pendant une manif pour Kobanê, était devenue une icône représentative la répression policière. Le flic pas content que l’homme continue à scander le slogan “Stop aux tortures !” lui écarte -et déchire- la bouche avec une haine quasi palpable sur la photo….

Vous avez dit torture ?

adana-cebrail-gunebakan

cebrail_gunebakan-2

Cet homme s’appelle Cebrail Günebakan. La violence policière n’avait pas réussi à arrêter ce jeune militant. La violence fanatique l’a fait. Il est une des personnes décédées par la bombe explosée aujourd’hui à Suruç.

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Dans cet attentat on ne peut lire qu’un avertissement et vengeance de Daech envers les soutiens de Kobanê. Des rumeurs sur le fait que les membres circuleraient relativement facilement en Turquie, que les blessés seraient transportés et soignés dans les hopitaux turcs, traversent le pays. Et les aides d’arsenal révelés appuient ces rumeurs.

Plus le soutien et la résistance s’élargit plus le risque de riposte de la part de Daech est palpable. Plus Daech affrontera les soutiens de Kobanê en Turquie avec une violence croissant, plus ces derniers se radicaliseront et élargiront leur rangs… Effet boule de neige, sur une boule de feu…

32 vies de plus, enlevées par l’utilisation systématique de la violence -d’état et des fanatiques- pour faire taire ceux qui revendiquent une véritable démocratie, une véritable égalité, une véritable paix. La solidarité internationale est de mise aussi contre toutes les formes d’oppression et tous les intégrismes !

Quoi qu’il arrive les 32 jeunes morts à Suruç ne seront pas oubliés…

Koray Çapoğlu, Cebrail Günebakan, Hatice Ezgi Sadet, Uğur Özkan, Nartan Kılıç, Veysel Özdemir, Nazegül Poyraz, Kasım Deprem, Alper Sapan, Cemil Yıldız, Okan Pirinç, Ferdane Kılıç, Yunus Emre Şen, Çağdaş Aydın, Alican Vural, Mehmet Ali Vural, Osman Çiçek, Mücahit Erol, Mehmet Ali Barutçu, Aydan Ezgi Şalcı, Ali Rıza Aslan, Nazlı Akyürek, Serhat Devrim, Ece Dinç, Emrullah Akalın, Murat Yurtgül, Erdal Bozkurt, İsmet Şeker.

Vous pouvez trouver les portraits de ces jeunes dans l’article d’Etienne Copaux : Les jeunes victimes de Suruç ont un nom et un visage. suruc-portraits suruc-sehit-1 suruc-sehit-3 suruc-sehit-4 suruc-sehit-2

 

 

Source : http://kedistan.fr

 

 

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Source : http://ovipot.hypotheses.org

 

Le « massacre de Suruç/Pirsûs » (20 juillet 2015) : cinq points

 

Cérémonie funéraire de Hatice Ezgi Sadet, le 22 juillet 2015 à Ümraniye (Ihlamurkuyu Cemevi)

Cérémonie funéraire de Hatice Ezgi Sadet, le 22 juillet 2015 à Ümraniye (Ihlamurkuyu Cemevi)

On a enterré hier mercredi 22 juillet des jeunes victimes du « massacre de Suruç/Pirsûs » dans diverses périphéries d’Istanbul, de Maltepe à Gazi, en passant par Ümraniye. Avant-hier 21 juillet, sur le site Internet « Siyasi Haber » le bloggeur Ahmet Saymadı – dont les papiers lors des événements de Gezi ont été très suivis – a posté une note intitulée « Désormais Kobanê c’est Istanbul1 ». Dans cette note il écrit : « La bombe qui a explosé à Suruç, a en même temps explosé à Gülsuyu, à Soğanlı, à Kadıköy et à Kurtuluş ».

Dans la continuité de nos notes précédentes sur Okmeydanı (voir nos éditions des 4 et 7 avril 2014), sur la frontière turco-syrienne (voir notre édition du 26 septembre 2014) et sur l’entrée d’Istanbul dans la guerre syrienne (voir notre édition du 14 octobre 2014), alors que la colère et la stupeur règnent largement dans une partie de l’opinion, que des victimes restent non identifiées et que l’enquête se poursuit, quelques points seulement.

  1. L’organisation socialiste de jeunesse qui a organisé ce mouvement de solidarité avec Kobane, SGDF – la Fédération des Associations de Jeunesse Socialiste, formée en 2005 – est liée non pas au mouvement kurde directement, mais au Parti Socialiste des Opprimés (ESP), lui-même issu en 2010 de la Plateforme Socialiste des Opprimés (ESP2. Parti marxiste-léniniste, l’ESP a cependant eu pour fondatrice la co-responsable (eşbaşkan) actuelle du parti kurde HDP, Figen Yüksekdağ. A ce titre, SGFD est une des expressions manifestes de l’articulation récemment reconfigurée entre extrême gauche turque et mouvement kurde : les origines mêlées des victimes du massacre et l’importance de celles de socialisation alévie en sont des indices. Le public de SGDF est avant tout étudiant et dans une moindre mesure lycéen ; d’où le jeune âge (jusqu’à 16 ans !) et l’origine urbaine des victimes.
  2. À l’échelle de la Turquie, cet attentat ne vise donc pas directement et exclusivement le mouvement kurde. Il vise la nouvelle alliance qui s’est exprimée aux élections de juin 2015 (alliance issue partiellement des soulèvements de Gezi de juin 2013), qui associe gauchistes turcs, alévis et mouvement kurde. Il vise aussi le mouvement féministe de Turquie, nombre de victimes étant des femmes. Les ferments d’un renouveau du champ politique turc, au-delà des paradigmes ethniques ou religieux, étaient en ligne de mire.
  3. Ce massacre, qui se nourrit d’une conjoncture internationale de désordre et de violences extrêmes, a une dimension très turque. Il semble qu’à l’instar de l’attentat meurtrier de Diyarbakır du 5 juin 2015 – à la veille des élections législatives – les responsables soient des citoyens turcs, issus d’une même filière ou d’un même environnement idéologico-activiste (Adıyaman). À cet égard, on comprend mal les tolérances dont ont été l’objet les auteurs des deux attentats – dont on suppose qu’ils se connaissaient – de la part des forces de sécurité turques comme des institutions du renseignement. Comme le souligne le chroniqueur Aydın Engin dans le Cumhuriyet du 23 juillet 2015, « l’EI est en nous, et parmi nous, ce n’est plus une menace extérieure3 ». Si les franchissements de la frontière turco-syrienne sont désormais mieux contrôlés4, les circulations internes à la Turquie et les activités d’anciens combattants djihadistes turcs retournés ces derniers mois en Turquie semblent l’être beaucoup moins systématiquement5.
  4. À une échelle plus régionale, ce massacre intervient le lendemain des célébrations du début de l’insurrection autonomiste de Kobanê, le 19 juillet 2012. En effet, c’est à partir de cette date que les Kurdes de Syrie, et notamment ceux du canton de Kobanê, ont décidé de prendre leur défense et leur organisation en mains, rompant avec le gouvernement syrien comme avec les autres opposants armés à celui-ci. La coïncidence de calendrier est donc significative. De part et d’autre de la frontière, de Kobanê à Suruç/Pirsûs, on est ainsi passé en quelques heures, de l’allégresse des commémorations à l’horreur du cauchemar. Le massacre survient aussi alors que l’EI perd des positions sur plusieurs fronts en Syrie comme en Irak6, comme une aveugle démonstration de force de nuisance persistante aux portes mêmes de Kobanê « perdu » fin janvier 20157.
  5. Quoi qu’il en soit, ce massacre montre le risque de la projection du champ politique turc sur le terrain syrien – les différents acteurs du jeu turc s’identifiant, parfois jusqu’à la compassion active, à différents acteurs du sanglant théâtre syrien -, pour ne pas parler du débordement du chaos syrien sur le territoire turc8. Seul le versant armé du mouvement kurde – et quelques combattants internationalistes plus ou moins aguerris9 – fait le lien entre ces deux régimes d’action, non sans schizophrénie parfois. Se rendant à Kobanê, ces jeune du SGDF sont entrés dans un champ infernal auquel ils n’étaient pas formés/préparés et ont été happés par le chaos syrien. La responsabilité des hommes politiques turcs de tout bord qui projettent leurs rivalités dans le champ syrien est donc grave.

 

 

 

1 milicien -H (pro ) a tué 1 membre de à après l'avoir traqué pendant 3 mois https://twitter.com/hasavrat/status/623805552221679616 

 

 

Yol @Yollar9

Le revendique le meurtre de 2 policiers à "jugés" pour l'attentat (32 tués) pic.twitter.com/usY4P1akK2

Voir l'image sur Twitter

 

 

 

 

 

Traduction de l’image : 5. Le 22 juillet, une équipe de gros bras d’Apo a mené une expédition punitive envers 2 policiers coopérant avec les milices de Daech à Ceylanpınar aux alentours de 6h du matin, en représailles au massacre de Suruç. Les armes et papiers d’identité des policiers Feyyaz Özsahra et Okan Acar ont été saisis au moment de leur exécution. / 22 juillet 2015 / Centre de relation avec la presse du HPG

Traduction : L'AKP veut la guerre / nous construirons la paix / Nous nous rassemblerons dimanche 26 juillet à 16h devant l'immeuble TRT de Tepebaşı et marcherons jusqu'à la place d'Aksaray !

 

 

Les opérations de représailles ou de « justice populaire » organisées dès le 22 juillet 2015 (4 personnes – une à Adana, une à Istanbul et deux policiers turcs à Ceylanpınar/Urfa -, exécutées par des « commandos d’Apo »), laissent augurer de tensions croissantes sur le mode de la vengeance violente. Sans parler de la dégradation supplémentaire du débat politique10, alors que le gouvernement de coalition n’est pas encore constitué. Espérons que la « marche pour la paix » annoncée pour le 26 juillet à Istanbul permettra de saluer dignement la mémoire des victimes et d’éviter la contamination incontrôlable.

  1. Voir : http://siyasihaber.org/kobane-artik-istanbuldur-ahmet-saymadi (consulté le 22 juillet 2015) [↩]
  2. Voir: http://www.sendika.org/2010/01/ezilenlerin-sosyalist-partisi-kuruldu/ (consulté le 22 juillet 2015). ) [↩]
  3. Voir : http://www.cumhuriyet.com.tr/koseyazisi/327997/ISiD_icimizde….html (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  4. Selon le ministère de la défense turc 50 428 personnes de toute nationalité ont été arrêtées en 2014 alors qu’elles tentaient de franchir illégalement la frontière turco-syrienne, sur un total de 102 942 pour les quatre années 2011, 2012, 2013 et 2014. C’est dire l’intensification récente des passages/arrestations. Du 16 au 18 juillet 2015 (selon l’état-major turc, toujours), sur les 514 personnes arrêtées, 488 tentaient de pénétrer illégalement en Turquie (et 26 seulement tentaient dans l’autre sens !). [↩]
  5. Voir : « Un loup solitaire ou DAİŞ ? », Birgün, 21 Temmuz 2015 ; http://www.birgun.net/haber-detay/haber-analiz-yalniz-kurt-eylemi-mi-isid-mi-planladi-85261.html (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  6. Voir à ce propos l’article de Ruşen Çakır dans Haber Türk du 23 juillet 2015 : http://www.haberturk.com/yazarlar/rusen-cakir-2302/1106433-isidin-turkiye-hesaplari-tutar-mi (consulté le même jour) [↩]
  7. Voir « Kobane libéré de l’EI », http://www.gazetevatan.com/kobani-isid-den-kurtuldu-721293-dunya/ (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  8. C’est la thèse catastrophiste de la « syrianisation de la Turquie », défendue par Cengiz Çandar : http://www.diken.com.tr/cengiz-candar-bu-politikadan-vazgecilmezse-sonuc-turkiyenin-suriyelilesmesi-olacak/ (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  9. Comme ces militants turcs du MLKP qui partent combattre aux côtés du YPG kurde syrien. Voir : « On a commémoré Paranaz Kızılbaş à Okmeydanı », http://www.halkingunlugu.net/index.php/g%C3%BCncel/item/3241-paramaz-k%C4%B1z%C4%B1lba%C5%9F-okmeydan%C4%B1%E2%80%99nda-an%C4%B1ld%C4%B1.html (consulté le 22 juillet 2015). [↩]
  10. Que la “déclaration” confuse et plus qu’ambigüe de Bülent Arınç du 22 juillet au soir illustre avec flagrance. « Arınç : “Pourquoi aucun responsable du HDP n’était présent à Suruç ?” » http://www.cnnturk.com/turkiye/arinctan-cok-sert-aciklama-katil-erdogan-diye-bagiran-soysuzlar (consulté le 23 juillet 2015). [↩]

 

 

 

Source : http://ovipot.hypotheses.org

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:57

 

 

Source : http://www.sudouest.fr

 

 

Quand un citoyen dévoile l'un des secrets les mieux gardés de la République

 

Le « petit prof de maths » a eu raison d’un des secrets les mieux gardés de la République : la réserve parlementaire

Quand un citoyen dévoile l'un des secrets les mieux gardés de la République

En 2013, Hervé Lebreton, anonyme professeur de mathématiques, a obtenu la publication des listings de la réserve parlementaire. ©

Photo Émilie Drouinaud/« S O »

 

 

 

Ce jour-là, Hervé Lebreton, 43 ans, était à Tours, chez ses parents. Avec un après-midi à tuer, d'autres auraient sans doute opté pour une balade. « Je suis passé à la mairie voir comment ils classaient les délibérations. » Il sourit : « Il manquait les indemnités des élus. J'ai dit à la secrétaire : “Vous êtes obligée !”»

Prise de panique, la fonctionnaire lui présente un bordereau issu d'un fichier informatique… du ministère de l'Intérieur. Il en a les yeux qui brillent : « J'ai ainsi découvert qu'il existe un fichier qui centralise toutes les délibérations et les budgets des collectivités. Je me suis dit : “Celui-là, je vais me le faire ! On pourrait le rendre public et consolider toutes les données de dépenses des collectivités.” Bien sûr, on ne veut pas me le communiquer… Je pars pour cinq ans, au moins. »

Il y a quelques années, la propension de ce prof de maths installé à Lacépède, petit village de Lot-et-Garonne, à jouer les Julian Assange n'aurait affolé personne. Il n'en va pas de même aujourd'hui : au sommet de l'état, nul n'ignore plus que ce zèbre-là est extrêmement tenace !

Face à Jérôme Cahuzac

Son fait d'armes ? Avoir pulvérisé en 2013 l'un des secrets les mieux gardés de la République : la réserve parlementaire. Soit une grosse caisse d'environ 150 millions d'euros de subventions que les députés pouvaient orienter à leur guise vers des collectivités locales ou des associations dans l'opacité la plus complète.

« J'ignorais ce qu'était la réserve parlementaire. Un jour, on m'a dit : “Voilà une chose sur laquelle on ne saura jamais rien.” J'ai trouvé incroyable que de l'argent public puisse être distribué sans que les citoyens le sachent. »

Il ne faut pas se fier à son air d'éternel adolescent. Ce faux naïf, fils d'un professeur d'université en physique-chimie et ancien élève de maths sup et maths spé, est méthodique. Rigoureux en diable. Et il apprend vite.

« Au début, c'est sûr qu'on ne m'a pas vu venir. Quand je ne sais pas, je pose des questions. J'ai d'abord questionné l'Assemblée : on m'a envoyé paître. » Puis il s'adresse à son député. Un certain… Jérôme Cahuzac, alors président de la commission des finances. « J'ai demandé vingt fois à être reçu. Il n'a jamais accepté! » Tout comme il n'a jamais voulu, par la suite, dévoiler l'utilisation de sa propre réserve parlementaire.

Mais, à force de patience, l'homme découvre que les listings sont conservés dans les ministères. Dont celui de l'Intérieur. C'est finalement le tribunal administratif de Paris qui enjoindra au ministère de lui communiquer l'ensemble des documents, au bout de deux ans de bataille.

Fiché « sûreté de l'état »

« Je suis intuitif. J'ai une piètre mémoire. J'ai besoin d'éprouver les choses. » Faute d'argent, il constitue son mémoire tout seul en se renseignant sur Internet. « Le jour de l'audience, mon train était bloqué. J'ai failli arriver en retard. Mais j'ai eu le temps d'écouter les avocats adverses. Pour parler au juge, ils donnaient du “Monsieur le président”. J'ai fait pareil. »

Dans la salle, il repère néanmoins un « man in black », signe que les services de renseignement commencent à s'intéresser à lui. « J'ai demandé à voir ma fiche, comme le permet la loi. On m'a dit que c'était impossible, car j'étais dans le fichier “sûreté de l'état”. La Cnil a fait une deuxième demande. Finalement, le classement a été annulé », relève-t-il.

Il faut dire que la livraison des listings de la réserve parlementaire fait son petit effet. Ils révèlent à quel point certains députés bien placés jouent les Pères Noël dans leur circonscription. Un système qui fleure le clientélisme. L'homme se paie même le luxe de les rendre publics… au sein même de l'Assemblée nationale. « C'était la première fois que j'y allais. Ça m'a ému. Pour moi, c'est la maison des citoyens. »

Résultat : depuis son coup d'éclat, chose inimaginable il y a quelques années, le système de la réserve parlementaire a été (un peu) réformé. Chaque député est censé disposer de la même somme. Et le Parlement s'est engagé à rendre les attributions publiques. Pas suffisant pour le pointilleux Hervé Lebreton : « Ce système n'a pas lieu d'être. Ce n'est pas le rôle d'un député de distribuer des subventions », assène-t-il.

Faut-il voir derrière ce souci de la règle que d'aucuns qualifient d'« un peu rigide » un antiparlementarisme primaire ? « Je crois au contraire que le mandat de député est le plus beau qui soit. C'est pour ça que je suis un peu tatillon », explique-t-il. Il a d'ailleurs lui-même tenté de se présenter aux législatives en 2012. « Ce n'est peut-être pas ce que j'ai fait de mieux. Mais j'ai besoin d'expérimenter les choses. Je voulais voir si un simple citoyen pouvait se présenter à des élections nationales sans le soutien d'un parti. Cela devrait être possible. Mais j'ai vite compris que ce n'est pas le cas », déplore celui qui fit moins de… 2 %, non sans avoir gourmandé le CSA et même le préfet après avoir constaté qu'il manquait des panneaux d'affichage.

Militant de la transparence

L'homme n'en était pas à son coup d'essai. À la tête de son association (Pour une démocratie directe), il avait auparavant tenté de ferrailler contre le régime de retraite des parlementaires. Il utilise alors le droit de pétition (un texte méconnu qui permet à chaque citoyen de proposer une loi) pour demander l'alignement des retraites des députés sur le régime général. Avec le succès que l'on peut imaginer…

Comment ce père de deux filles marié à une institutrice s'est-il transformé en militant de la transparence ? « Je me suis réveillé à 40 ans. Je n'étais pas politisé, et ma famille non plus. Je me suis soudain rappelé ce que “citoyen” veut dire. En théorie, on a beaucoup de droits et de pouvoirs. Mais on ne les utilise pas. J'ai fait ma crise de la quarantaine comme ça », plaisante-t-il.

Aujourd'hui, l'association a grossi et compte près de 600 membres. Et lorsqu'il décide de s'attaquer à l'IRFM (les frais des députés, qui ne font l'objet d'aucun justificatif), qu'il soupçonne de servir aux parlementaires pour parfois se constituer un patrimoine immobilier, l'Assemblée se fend dans la foulée d'une réforme de cette indemnité ! Là encore, pas suffisant. « Je ne vois pas pourquoi on adopte des demi-mesures sur des sujets aussi importants. Nous avons recueilli des dizaines de documents », prévient-il. Son association vient d'ailleurs de recevoir l'agrément pour saisir la redoutable (et redoutée) Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Et, sur son bureau, les dossiers s'empilent…

 

 

Source : http://www.sudouest.fr

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:49

 

Source : http://www.bfmtv.com

Sea Shepherd: 5 militants arrêtés pour avoir tenté d'empêcher un massacre de dauphins

Mis à jour le
 
 

Les cinq militants de Sea Shepherd n'ont pu empêcher les Féringiens de tuer 283 dauphins, jeudi sur la plage de Thorshavn.

 
 

Les cinq militants de Sea Shepherd n'ont pu empêcher les Féringiens de tuer 283 dauphins, jeudi sur la plage de Thorshavn. - Sea Shepherd

 

 

Les images sont choquantes. Mais les autorités danoises laissent se perpétuer une cruelle tradition des Ile Féroé: le massacre de dauphins. Cinq activistes de l'ONG Sea Shepherd, dont un Français, ont été arrêtés pour s'être interposés entre les cétacés et les "pêcheurs".

Le dauphin globicéphale est une espèce protégée, mais certaines traditions de pêche locales passent au-delà de cette considération. Ainsi, jeudi des habitants des Îles Féroé, qui dépendent du Danemark, ont exterminé en deux fois, vers 16 et 20 heures, quelque 283 cétacés rabattus vers la plage de Thorshavn par une quarantaine de bateaux.

L'ONG Sea Shepherd, qui s'est donné pour mission de défendre la faune et la flore marine, avait tenté d'empêcher ce massacre qui n'a épargné aucun des mammifères marins pourchassés. Les cinq militants, de nationalités française, sud-africaine, belge, italienne et luxembourgeoise, ont tous été arrêtés par les autorités locales. "Nous attendons des nouvelles de notre avocat cet après-midi", explique à BFMTV.com Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France. Après que la "législation locale s'est durcie après nos actions de l'année dernière, ils (les militants Sea Shepherd, Ndlr) risquent jusqu'à deux ans de prison contre quatre mois auparavant, pour s'être interposés dans une opération de pêche légale", explique-t-elle.

Les cris des dauphins massacrés

La page Facebook de l'ONG montre des images de cette curée, dans une mer rougie par le sang de ces "dauphins pilotes" connus pour suivre l'étrave des bateaux. Une séquence mise en ligne sur YouTube montre aussi comment la flottille a forcé les animaux à s'échouer pour tomber dans un piège mortel. Comme le précise l'organisation, ces images accompagnées des cris des cétacés sont "difficiles".

 

David NAMIAS

Journaliste

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:45

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

ENQUÊTE - 5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras

2 mars 2015 / Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre)
 

 

 


 

 

Au cœur d’Avril-Sofiproteol et de la FNSEA, un homme, Xavier Beulin. Indestructible, faiseur de ministres, lié au grand patronat, il applique la politique de l’industrialisation de l’agriculture française. Au prix de la disparition de dizaines de milliers d’exploitations agricoles et de la destruction de l’environnement.

C’est le symptôme le plus évident de sa puissance : d’« Agricultor » pour Libération à « Agrobusiness man » pour Le Monde, toute la presse nationale a tiré la caricature de cet « homme d’affaires [qui] détonne dans le milieu agricole » selon Le Point. Mais rien n’y fait. Xavier Beulin semble indestructible.

Cheveux gominés, chaîne en or, montre Breitling et villa en Tunisie, son train de vie n’est pas un mystère. M. Beulin n’est plus guère paysan, et il s’en fiche. Difficile de trouver un cliché de lui sur son tracteur ; et quand Reporterre lui propose en juillet dernier une rencontre sur son exploitation de 500 hectares dans le Loiret, il refuse. Son véritable lieu de travail est son bureau installé dans les beaux quartiers du 8e arrondissement de Paris, dans lequel il a de nouveau reçu le quotidien de l’écologie.

« Fossoyeur de l’agriculture », selon Marianne, il ne cache pas sa vision des choses : il n’y a d’autre choix possible que l’industrialisation de l’agriculture :

- Ecouter Xavier Beulin :

 
 
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Et pourtant. « Beaucoup d’agriculteurs ne se rendent toujours pas compte qu’ils sont en train d’être vendus à un industriel », dit Grégoire Frison, avocat de Novissen, l’association en pointe dans le combat contre la ferme-usine des Mille vaches. Lors d’une plaidoirie, il avait tenté de stigmatiser ces petits réseaux qui contrôlent l’agriculture moderne. « Mais les juges ont fermé yeux et oreilles ».

En revanche, M. Beulin peut injurier les opposants au barrage de Sivens, les taxant de « djihadistes verts » sans que personne s’en émeuve, hormis les écologistes.

Rien n’ébranle l’autorité de Xavier Beulin. Et pour cause, l’homme est puissant. Celui qu’on présente parfois comme le « ministre occulte de l’agriculture » fait plus que murmurer à l’oreille des ministres. Il est l’homme providentiel, une sorte de super-ministre tapi dans l’ombre des ministres officiels, le sauveur masqué des soirs de réveillon :

- Ecouter :

 
 
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En décembre 2013, François Hollande avait fait spécialement le déplacement pour les trente ans de Sofiprotéol, y prononçant un discours flatteur.

 


- François Hollande aux trente ans de Sofiproteol en décembre 2013 -

 

Cumul des mandats et conflit d’intérêt

Le pouvoir de M. Beulin tient à sa position centrale dans les multiples réseaux qui irriguent le monde agricole. Président du premier syndicat agricole français, la FNSEA, vice-président du syndicat agricole majoritaire représenté à Bruxelles, le Copa-Cogeca, il est aussi président de l’EOA, l’alliance européenne des oléo-protéagineux, vice-président du CETIOM (un institut de recherche spécialisé dans les filières oléagineuses), vice-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Loiret, département dont il est issu. Egalement secrétaire-adjoint de la Chambre régionale d’agriculture du Centre, il avait été president du Haut conseil à la cooperation agricole et du conseil d’administration de FranceAgriMer, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer.

L’association nationale des producteurs de lait s’est amusée, en 2012, à schématiser les différentes structures tombées sous la casquette de Xavier Beulin. Le tableau n’est pas exhaustif :

Les responsabilités de l’homme aux mille bras, d’ailleurs, ne se cantonnent pas au milieu de l’agriculture : il préside aussi l’IPEMED, un institut de coopération avec les pays du bassin méditerranéen, le CESER (Conseil économique social et environnemental régional) du Centre et et le conseil de Surveillance du Port autonome de La Rochelle, premier port français d’importation des produits forestiers et deuxième exportateur des céréales.

Toutes ces responsabilités cumulées induisent des conflits d’intérêt, au sens de « situation de fait dans laquelle se trouve placée une personne face à deux intérêts divergents ». Interrogée par Reporterre sur le combat qu’elle avait eu à mener contre la Copa-cogeca au sujet des agrocarburants – pierre angulaire du développement de Sofiprotéol – Corinne Lepage raconte : « Sous couvert du discours de l’intérêt général qu’on peut porter comme syndicaliste, ces revendications lui permettaient de défendre au plus haut ses propres intérêts ». De son coté, Michelle Rivet, vice-présidente du conseil régional du Centre, témoigne : « A l’échelle de notre territoire, il est à la fois juge et partie. Avec le CESER, il est censé faire du conseil à la collectivité en toute impartialité, mais il est dans le même temps responsable syndical, sans compter ses intérêts industriels ».

La FNSEA, la machine de guerre de l’homme d’affaires

Le cœur de ce mélange des genres – homme d’affaires, syndicaliste, représentant de collectivités publiques – est la machine de la FNSEA, qu’il préside. Pourquoi Xavier Beulin, patron d’industrie fort occupé, déjà pourvu de multiples casquettes, a t-il pris la tête de la FNSEA en 2010 ? Parce que la FNSEA est une machine de guerre. Dès sa naissance en 1946, elle a cogéré l’agriculture et les budgets agricoles avec les gouvernements. La gauche de 1981 a tenté de changer les habitudes mais le naturel est vite revenu. Le syndicat pousse les portes et les ministères accèdent à ses demandes.

La puissance de la FNSEA repose sur une main-mise historique sur les chambres d’agriculture, leur budget et leurs services, dont le plus important concerne l’accès aux aides publiques, fondamentales en agriculture. L’argent des « chambres » sert à une politique agricole qui converge avec celle dessinée par Sofiprotéol.

S’appuyant sur sa représentativité et ses quelques 300 000 adhérents, elle entend être l’interlocuteur unique des pouvoirs publics. Elle est souvent seule à négocier, ne tolérant pas la présence de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale ou du Modef, trois syndicats minoritaires, souvent en désaccord avec elle.

Certes, les agriculteurs ne représentent guère que 1 % de la population française, mais leurs manifestations musclées et le poids des votes dans les campagnes, font peur aux hommes politiques. Les gouvernements, UMP ou PS, composent avec leur représentant officiel, la FNSEA.

Ainsi, en décembre 2011, alors candidat à l’élection présidentielle, François Hollande répond à une lettre que lui avait envoyée Xavier Beulin : celui-ci s’inquiétait de l’alliance entre les socialistes et le parti écologiste EELV. Hollande le rassure, promettant que « rien ne se fera sans les organisations agricoles » s’il était élu président.

Reporterre dévoile cette lettre en exclusivité :

- Télécharger :

PDF - 206 ko


- François Hollande et Xavier Beulin -

M. Hollande a tenu parole. Quand Xavier Beulin, coiffé de son chapeau de la FNSEA, monte au créneau, il obtient gain de cause. Avant les élections de 2012, il s’était prononcé pour un ministère de l’Agriculture et de l’agroalimentaire, il l’a obtenu. Il souhaitait voir Stéphane Le Foll plutôt qu’un autre au ministère de l’agriculture en cas de victoire du PS ; son vœu a été exaucé. Le rejet de l’ecotaxe ? Après des manifestations plus que musclées, il a été accepté. Agrandissement des élévages ? C’est fait pour les porcs et les volailles. « Directive nitrate »  ? La FNSEA en fait une grosse colère, Manuels Valls l’a remise en cause. Aides aux retenues d’eau pour l’irrigation ? Le ministre Le Foll obtempère.

C’est simple : sous Hollande, on ne dit pas non à Xavier Beulin.

« Une confusion des genres assez troublante »

La source essentielle de la puissance de la FNSEA est qu’elle tient les chambres d’agriculture : un outil impressionnant, que le rapport du député Nicolas Perruchot, portant sur le financement des syndicats, publié non sans difficulté en 2012, a permis d’évaluer précisément.

- Télécharger le rapport Perruchot (lire notamment à partir de la page 94 :

PDF - 2.1 Mo

Car le syndicat agricole gère en quasi-totalité les chambres d’agriculture, que gère en quasi totalité la FNSEA, soit un budget atteignant 700 millions d’euros en 2014.

Les chambres apportent à la fois des fonds et des hommes aux ordres sur le terrain. « Présentes dans chaque département et chaque région, les chambres d’agriculture sont des établissements publics dirigés par 4 200 élus professionnels, tous représentants des diverses activités du secteur agricole et forestier. Ces élus sont assistés par 7 800 collaborateurs, afin de coopérer à la réalisation de projets territoriaux en matière agricole et d’accompagner les agriculteurs dans leur installation ou leur développement.”

Le député poursuivait : “ Le contrôle de ces instances confère aux organisations d’exploitants majoritaires une position stratégique, sur le plan de la représentativité bien sûr, mais aussi pour l’accès aux moyens du réseau, qui s’élèvent à quelques 500 millions d’euros.”

Et M. Peruchot d’enfoncer le clou : “Une part importante des moyens financiers est fréquemment détournée dans l’intérêt des représentants du syndicalisme majoritaire”.

A tel point qu’il assimile ces moyens à « des subventions déguisées” au profit du syndicat majoritaire qui “ne se trouvent (pas) valorisées dans les comptes”.

Pour lui, il y a bel et bien « confusion des genres » : “De fait, la FNSEA et le Centre national des jeunes agriculteurs [syndicat majoritaire des agriculteurs de moins de 40 ans] exercent une influence sans partage sur le réseau. Dans certaines situations, il en résulte une certaine confusion des genres assez troublante”, précise le rapport.

Des services publics contre adhésion au syndicat

 

 

“De même, l’adhésion au syndicat majoritaire se trouve-t-elle encore favorisée par son caractère incontournable dans la gestion des différents dispositifs d’aide aux agriculteurs”, constate le rapport. Car lorsqu’un agriculteur s’adresse à sa chambre d’agriculture, passage obligé pour formuler une demande d’aides publiques, mieux vaut qu’il soit adhérent de la FNSEA s’il veut que son dossier aboutisse.
Un témoin entendu par le rapporteur explique : “Dans le syndicalisme majoritaire, l’adhésion paraît quasi obligatoire : il est de notoriété publique que, sans adhésion à la FNSEA ou aux JA, il est difficile d’obtenir des prêts – bien qu’il y ait eu une évolution en la matière depuis la fin du monopole du Crédit agricole –, d’agrandir son exploitation, voire d’obtenir des conseils juridiques : dans certaines chambres d’agriculture, le conseiller juridique suggère d’abord à l’agriculteur de prendre sa carte à la fédération départementale, la FDSEA. Bien sûr, de telles conditions ne sont jamais exposées par écrit”.

Un autre témoin raconte qu’il a été incité à adhérer au syndicat majoritaire pour obtenir un avis favorable à sa demande d’installation en tant qu’agriculteur. Cette influence de la FNSEA sur les demandes d’installation explique en partie la grande difficulté de l’agriculture biologique à se développer en France malgré la forte croissance de la demande.

Omniprésence et capacité d’action

La FNSEA est incontournable. Pas seulement au sein des chambres d’agriculture. Elle siège dans les Safer qui autorisent ou refusent les achats de terres agricoles. Elle siège dans les banques qui accordent ou non les prêts. Elle est présente au sein des assurances (Groupama), de la sécurité sociale des agriculteurs (MSA), des organismes de formation, de l’enseignement agricole, de la recherche publique, au Conseil économique et social, au Haut conseil aux biotechnologies.

Politiquement, la FNSEA a ses entrées dans toutes les structures, des mairies rurales, aux conseils généraux et régionaux dans les territoires. Il n’est pas rare que des élus soient adhérents du syndicat qui lui apporte son soutien. C’est le cas du maire de en Vendée. Elle a des relais dans les administrations et tous les ministères à Paris, à la Commission européenne à Bruxelles.

Qui tient la FNSEA tient l’agriculture en France. Les ministres, le président, se plient, en échange de la paix sociale sur le front agricole. Et quand cette puissance se cumule avec celle d’un grand groupe agro-industriel, comme Avril-Sofiproteol, on est, simplement, dans une logique oligarchique, où public et privé se combinent à l’avantage des intérêts privés.

Un homme au cœur du « Milieu » des affaires

Car en tant qu’homme d’affaires, M. Beulin déroule aussi un fort réseau d’intérêts économiques qui le place en relation avec le cœur du capitalisme français. C’est ce dont témoigne la composition du nouveau conseil d’administration d’Avril :

 

 

On y trouve Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva (dont le chiffre d’affaires ne pèse guère plus que celui d’Avril-Sofiproteol, malgré une notoriété infiniment supérieure). Une personne clé, tant par ses relations avec le pouvoir politique, que parce qu’elle préside la commission Innovation 2030, avec ses 300 millions d’euros à distribuer.

 


- Anne Lauvergeon -

 

Y siège aussi Pierre Pringuet, un « parrain du capitalisme français », selon le journal économique L’Expansion : il préside l’Association française des entreprises privées (AFEP), qui regroupe les cent plus grandes entreprises françaises. Un lobby moins visible que le Medef, mais largement aussi influent.

Les autres membres du conseil d’administration d’Avril sont des pivots de l’agriculture française : Arnaud Rousseau et Gérard Tubéry viennent représenter la FOP, la fédération française des oléagineux et protéagineux, dont M. Beulin était président jusqu’en 2011. Bernard de Verneuil préside le CETIOM dont le vice-président est M. Beulin. Patrice Gollier, lui, est l’ancien directeur général d’InVivo, la plus grande coopérative agricole de France, présente dans les semences, par le biais de RAGT Semences, au capital duquel participe Sofiprotéol. On notera enfin la présence du milieu bancaire – que Xavier Beulin connaît bien en tant quadministrateur du Crédit Agricole – avec Jean-Pierre Denis, qui représente le Crédit Mutuel. Ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac, l’homme avait alors succédé à son « amie »… Anne Lauvergeon. Le monde est toujours petit, autour de Xavier Beulin.

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:19

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

François Brottes, de l'Assemblée à EDF sans transition

|  Par Jade Lindgaard et Mathieu Magnaudeix

 

 

 

François Brottes, président de l’influente commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, devrait prendre la tête de RTE, la filiale d’EDF chargée de transporter l'électricité. Une récompense à 33 000 euros par mois, qui soulève la question du conflit d’intérêts pour ce proche de François Hollande.

 

Au lendemain du vote de la loi sur la transition énergétique dont il a présidé la rédaction à l’Assemblée, le député socialiste François Brottes (Isère) a été choisi comme président du directoire par RTE, gestionnaire du réseau de transport de l’électricité, filiale d’EDF.

L’art de passer d’un mandat électif à la direction d’une grande entreprise est pratiqué de longue date par les dirigeants politiques français. Mais la reconversion professionnelle de ce proche de François Hollande, qu’il conseillait lors de la campagne présidentielle de 2012, pose la question du conflit d’intérêts : à la tête de RTE, il deviendrait l’un des principaux dirigeants au sein du groupe EDF, après avoir contribué à écrire la loi qui en régit l’activité. C’est d’autant plus problématique que plusieurs articles correspondent à ce que le géant français de l’énergie voulait y trouver. Rétrospectivement, l’action parlementaire de François Brottes, spécialiste des questions énergétiques, suscite de fortes interrogations.

« Le conseil de surveillance de RTE, réuni ce 23 juillet 2015, a proposé après accord de la ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, François Brottes au poste de président du directoire de RTE », a confirmé jeudi l’entreprise dans un communiqué. François Brottes, qui siège au Palais-Bourbon depuis dix-huit ans, devrait prendre ses fonctions le 1er septembre 2015. « Atteint par la limite d’âge fixé par les statuts de l’entreprise », son prédécesseur, Dominique Maillard, ne pouvait solliciter un nouveau mandat.

La nomination de Brottes est quasiment acquise – la Commission de régulation de l’énergie (CRE) doit encore en examiner la conformité aux critères déontologiques du code de l’énergie, mais son avis est consultatif. Et les règles sont minimales : le code de l’énergie prévoit simplement que les dirigeants ne peuvent détenir d’actions des sociétés concernées et ne doivent pas venir d’une autre filiale du groupe dans lequel ils sont nommés.

 

François Brottes et le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, le 15 juillet dernier, lors d'une audition à l'Assemblée nationale.François Brottes et le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, le 15 juillet dernier, lors d'une audition à l'Assemblée nationale. © Reuters
 

Ce transfert, préparé depuis des mois au sommet de l’État, ressemble fort à un service rendu à ce soldat loyal de François Hollande. Pour l’Élysée, la nomination de Brottes à la tête de RTE est la garantie d’y trouver un fidèle et un homme de confiance, en plein bouleversement économique et technologique sur le marché européen de l’énergie.

Il est inédit qu’un parlementaire élu au suffrage universel, qui plus est président d’une des commissions les plus prestigieuses de l’Assemblée, quitte son mandat en cours de législature pour présider une entreprise publique. Une façon d’envisager son avenir avec sérénité : tandis que ses collègues voient se profiler en 2017 une débâcle digne de la dégelée législative de 1993, Brottes, 59 ans, nommé pour cinq ans chez RTE, n’aura pas à se confronter au verdict des urnes et pourra ensuite faire valoir ses droits à la retraite. Dans l'entreprise, il retrouvera une de ses proches, Frédérique Rimbaud, ancienne responsable des relations de RTE avec les collectivités territoriales.

Dans les couloirs de l’Assemblée, la rumeur d’une nomination prochaine de Brottes courait depuis des mois. Les socialistes ne sont donc pas surpris. D’autant que des députés socialistes candidatent déjà pour succéder au « Président » (il aime qu'on le nomme ainsi), comme Frédérique Massat (Ariège) ou Yves Blein (Rhône ) – ce dernier est lié aux Mulliez, la famille des propriétaires d’Auchan, ce qui en fait un candidat controversé au sein du groupe socialiste. Le nom de Frédéric Barbier (Doubs) est également cité.

Pourtant, depuis l’annonce de la nomination de François Brottes à RTE, certains élus socialistes s’égosillent. En cause : son futur salaire. L’actuel titulaire du poste, Dominique Maillard, gagne jusqu’à 33 300 euros brut par mois, part variable comprise : c’est près de quatre fois plus que le montant de l’indemnité d’un député de base.

« C’est dégueulasse, dit un socialiste sous couvert d’anonymat. C’est plus qu’un ministre, plus que le président de la République. Il va aller tranquillement jusqu’à la retraite comme ça, avec les avantages qui vont avec. La belle vie ! » « En termes d’exemplarité, vu la période, c’est quand même hallucinant », s’inquiète un autre. Début 2015, François Brottes avait été épinglé pour avoir, comme d’autres élus, acquis sa permanence parlementaire avec son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), un pécule de 7 000 euros par mois dont l’usage n’est quasiment pas contrôlé – il n’a pas démenti.

 

Défense des intérêts énergétiques

Autre problème, démocratique celui-là : anticipant cette nomination, le gouvernement avait chargé en février François Brottes d’une mission « sur la sécurité d’approvisionnement en électricité, en France et en Europe ». À l’époque, personne ne s’en était rendu compte. Mais cette astuce de procédure permet en réalité d’éviter une législative partielle. Selon le code électoral, un député dont la mission est prolongée au bout de six mois transmet automatiquement son siège à son suppléant sans repasser par les urnes. Quand il démissionnera, François Brottes sera donc remplacé par Pierre Ribeaud, conseiller général PS de l’Isère. Opportun pour le PS, qui n’a plus de majorité absolue à l’Assemblée et voit sa ligne économique contestée par les frondeurs.

Mais ce qui fait le plus grincer les dents à l’Assemblée nationale est qu’un député en exercice quitte son poste pour diriger une entreprise qui faisait partie de ses interlocuteurs réguliers en tant qu’élu de la Nation, et dont la maison mère exerce une puissante influence sur les élus. Très actif à l’Assemblée sur le sujet de la production et de la tarification de l’électricité – il est l’auteur de la loi sur la tarification progressive, finalement censurée par le Conseil constitutionnel en 2013 –, François Brottes y a, à de très nombreuses reprises, défendu les intérêts du secteur énergétique.

Début juillet, c’est lui qui a repris et déposé à l’Assemblée l’amendement de Gérard Longuet au Sénat rendant possible l’enfouissement géologique profond des déchets nucléaires. Alors que le gouvernement s’était engagé à ne pas faire avancer le projet Cigéo, nom du futur site de stockage, à Bure, il s’est dédit à la dernière minute et a profité du passage en force de la loi Macron par 49.3 pour y glisser un article confirmant la voie de l’enfouissement. Pourtant, l’Autorité de sûreté du nucléaire n’a même pas encore rendu son avis définitif sur ce projet contesté et très onéreux.

La loi sur la transition énergétique et pour la croissance verte tout juste votée a fait l’objet d’un lobbying intense d’EDF et d’Engie (ex-GDF Suez) pour y préserver au maximum leurs intérêts économiques. Ils y sont parvenus, sur un point extrêmement sensible, mais technique et donc passé inaperçu aux yeux du grand public : il concerne les réseaux d’électricité et le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (le Turpe), payé par tous les consommateurs sur leur facture.

En 2012, le Conseil d’État a annulé le mode de calcul du Turpe, considérant qu’il était « erroné en droit » car il ne rend pas compte des coûts réels d’usage du réseau. Les collectivités locales sont propriétaires de leurs réseaux d’électricité. L’immense majorité d’entre elles en délèguent l’exploitation à EDF, qui les valorise dans ses comptes, sans investir autant qu’elle le devrait dans leur entretien. C’est cet arrangement comptable que le Conseil d’État a sanctionné. Or la loi sur la transition énergétique prend le contre-pied de ce jugement, en établissant que l’investissement dans les réseaux est indépendant de leur régime de propriété (article 153). C’est exactement ce que souhaitait EDF, maison mère d’ERDF, filiale chargée de la distribution de l’électricité.

Le même article crée un « comité du système de distribution publique d’électricité » chargé de surveiller les investissements d’ERDF. Cette très légère concession d’EDF à un regard extérieur sur la politique de sa filiale de distribution lui permet de sauver les apparences et de maintenir son statut très particulier en Europe. Alors que le droit européen oblige à séparer les activités de production et de distribution d’électricité, en application des directives libéralisant le marché de l’énergie, EDF maintient dans son giron ERDF et RTE. Dispositif qui lui permet de faire profiter le groupe de son activité de distribution. Là encore, cet article de la loi met en œuvre ce que l’électricien souhaitait.

En tant que président de la commission spéciale chargé de l’élaboration de la loi, François Brottes a joué un rôle déterminant dans la rédaction du texte. Président de la commission du développement durable à l'Assemblée, Jean-Paul Chanteguet a dénoncé dans Le Monde une loi qui « aurait pu être écrite par EDF : ce n'est pas un texte de transition, mais d'adaptation de notre modèle énergétique, organisé essentiellement autour de l'électricité. Environ 40 % des articles sont consacrés à l'électricité, la capacité de production électronucléaire est maintenue à son niveau actuel et le développement de la voiture électrique devient une priorité ».

À d’autres occasions, le député de l’Isère est monté au créneau pour défendre les intérêts du secteur électrique. Par exemple, lorsqu’il a tenté d’introduire, fin 2014, un article favorable au chauffage électrique dans la loi de transition énergétique. L’amendement a finalement été retiré. Il risquait de remettre en cause la réglementation thermique 2012, dite RT 2012, qui limite la consommation énergétique des nouveaux logements. Cette réglementation fait l’objet depuis plusieurs années d’attaques de la part d’EDF et d’un recours devant le Conseil d’État déposé par le GIFAM, le lobby des appareils ménagers, qui la rendent responsable de la chute des parts de marché de l’électricité dans les logements neufs. D’ailleurs, en 2012, lors d’un colloque organisé par Les Échos, François Brottes avait déjà relayé leurs inquiétudes et appelé à réviser la réglementation.

Autre action notable : la création du cadre légal de l’effacement diffus, pratique qui consiste à couper temporairement la consommation d’électricité de clients volontaires. Alors qu’existent les plus grands doutes sur l’efficacité de ce dispositif pour économiser de l’énergie, François Brottes l’a défendu mordicus, au risque de créer un formidable effet d’aubaine pour la société Voltalis, spécialisée sur ce créneau. Elle est présidée par Pâris Mouratoglou, ancien dirigeant d’EDF Énergies Nouvelles, qui a fait fortune grâce à la bulle du photovoltaïque de 2009. En mars, l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a porté plainte devant le Conseil d’État contre ce dispositif jugé « scandaleux ».

 

« La loi, c'est comme un chewing-gum »

En octobre 2014, en commission d’enquête sur les tarifs de l’électricité, Dominique Maillard, alors président de RTE, remercie devant tout le monde le député François Brottes, futur président de RTE, pour les services rendus à la bonne marche de la filiale d’EDF : « Je remercie la représentation parlementaire – et vous en particulier, monsieur Brottes, pour votre implication » (à lire ici). Quel est l’objet de ces félicitations ? « Avoir introduit dans la loi une simplification des procédures relatives aux enquêtes publiques. » En clair, ne plus obliger la société à supporter le rythme, jugé trop lent, des commissions particulières du débat public qui précèdent toute installation de lignes à haute tension (souvent contestées localement). Et pouvoir désormais expédier cela par le biais de débats beaucoup plus rapides. Un progrès pour la productivité du maître d’ouvrage, mais un recul pour la démocratie locale. L’autre simplification appréciée par RTE doit lui permettre de raccorder plus facilement les éoliennes offshore aux terres, en dérogation à la loi Littoral. Un député remercié pour son œuvre législative par le chef d’entreprise à qui il va succéder : la situation n’est pas banale. Sollicité deux fois par Mediapart, l'élu socialiste ne nous a pas répondu.

Élu d’une circonscription de montagne, François Brottes a aussi fait de la promotion et de la défense de la “houille blanche”, autrement dit les barrages électriques, l'un de ses chevaux de bataille. « Dans la vallée de l’Isère, là où est née la houille blanche, les acteurs du territoire savent ce qu’ils doivent à l’électricité »expliquait-il en 2010 sur le site de RTE.

Il s’oppose sur ces sujets aux écologistes – qu’il apprécie peu et tient pour des ennemis dans son département, ex-fief socialiste où ceux-ci ont emporté la mairie de Grenoble face au PS. « Il est influencé par EDF, mais il n’est pas le seul », soupire un bon connaisseur de ces sujets au Parlement. Même s’il a parfois critiqué EDF – par exemple pour les hausses des tarifs électriques –, François Brottes passe de longue date pour un grand avocat de l’opérateur public au sein de l’Assemblée nationale. « Comment ne pas relire tous ses engagements passés à la lumière de cette nomination ? » s’étrangle un responsable du groupe PS.

En 2011, François Brottes intègre le staff de campagne de François Hollande. Il y est nommé pour s’occuper, déjà, des sujets d’énergie. Avec Bernard Cazeneuve, alors député de Cherbourg (où se trouve l’usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague), il joue un rôle actif dans la réécriture de l’accord PS-écologistes, qui aboutira à biffer un paragraphe sur la reconversion de la filière MOX, un combustible nucléaire jugé ultra-dangereux par les écologistes. 

Questionné en mars dernier par des journalistes sur son rapport aux lobbies, François Brottes assumait d’« écouter tout le monde » quand il prépare une loi. « La loi, c’est comme un chewing-gum. En quinze jours, j’ai reçu 150 contributions sur la loi de transition énergétique. Heureusement qu’on a des inspirateurs ! Je refuse d’aller à des déjeuners organisés par des agences de communication, mais j’écoute tout le monde et j’ai des contacts avec les entreprises. » D’autres responsables de l’Assemblée, comme la présidente de la commission des affaires sociales, Catherine Lemorton, ou la rapporteure générale du budget, Valérie Rabault, sont en la matière plus regardantes.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:08

 

Source : http://www.zintv.org

 

 

Ce que la Grèce nous a appris (revue de presse)

 

 

 

« Si décevante qu’en soit l’issue, la séquence politique aura tout de même eu des vertus inestimables. Ces longs mois de “négociation” auront été pour les peuples européens une formidable pédagogie de l’Union européenne. Le voile se lève sur le fonctionnement des institutions, sur le rôle de chacun de ses acteurs. […] L’échec de la stratégie Tsipras est une formidable démonstration du caractère irréformable de l’UE et, partant, de l’impossibilité d’une voie réformiste. »
Clumsy, En finir avec l’espoir européen, Babordages, 13/07/2015.

« Avant 2009, la Grèce était un modèle de croissance. Son PIB a explosé de 66 milliards en 1986 à 137 milliards dix ans plus tard, puis à 248 milliards une décennie après pour culminer à 356 milliards de dollars en 2009 ! À cette époque, le pays “qui n’était pas prêt pour l’Europe” était tout aussi clientéliste, ses impôts bien plus mal récoltés (33% bon an mal an), mais — comme c’est bizarre — il fonctionnait. »
« L’Europe prise dans les dominos de la crise des subprimes n’a pas vu venir. Elle a mis des mois à réagir. Elle a ensuite forcé la Grèce à s’engager dans une crise plus grave que celle de la Grande Dépression aux USA dans les années 30. Ses complices furent la droite et la gauche grecques traditionnelles, celles-là même qui avaient truqué les comptes et laissé filer le déficit annuel avec une irresponsabilité crasse. »
« En fait, la solidarité européenne existe bel et bien, et on dépense en fait énormément en solidarité transrégionale. Mais uniquement à l’intérieur des États. Paris paye pour le Languedoc. La Bavière paye pour l’Allemagne de l’Est (même si ça l’énerve). Londres paye pour l’Ulster. Bruxelles et/ou la Flandre paye pour la Wallonie. C’est un peu normal, ces régions pauvres sont aussi des clientes des régions riches. Le miséreux de demain sera peut-être le riche d’aujourd’hui. Question d’opportunité géographique. Mais personne n’est en mesure de payer ou ne veut payer pour la Grèce parce que le système est toujours basé sur les nations et qu’aucune n’est aujourd’hui capable de penser une solidarité internationale, européenne. »
Marcel Sel, L’Europe périt où la démocratie naquit, Un blog de sel, 09/07/2015.

L’austérité est irrationnelle

« Après des années de récession, pendant lesquelles le PIB grec s’est réduit d’un tiers, le taux de chômage a dépassé 25%, l’économie a cessé de décroître en 2014 et le chômage a un peu diminué. Le coût social a été terrible. Les retraites ont été diminuées de 40% ; les allocations-chômage cessent d’être versées au bout d’un an, et les chômeurs n’ont pas accès au système de remboursement des soins de santé ; le système de santé est à l’agonie, la pauvreté a explosé. L’économie s’est tellement contractée que la dette publique grecque a dépassé 170% du PIB, ce qui fait douter de la capacité du pays à atteindre l’objectif d’une dette publique à 120% du PIB en 2020. Même l’excédent primaire constaté est largement illusoire. Les grecs sont à bout. »
Alexandre Delaigue, La Grèce passera-t-elle 2015 dans l’euro ?, Classe Eco, 04/01/2015.

« La raison de l’effondrement grec, ce sont les politiques d’austérité qui ont nettement sous-estimé l’effet récessif des politiques de réduction des dépenses publiques et de hausses d’impôts. […] L’arithmétique de l’austérité est implacable : sans possibilité de dévaluer, sans reprise de l’investissement privé ou des exportations, la chute des dépenses publiques et des revenus de la population ne peut qu’entraîner l’économie dans un gouffre sans fond. » Gilles Raveaud, Retour en quatre graphiques sur la tragédie grecque, AlterEco+, 13/07/2015.

« L’euro est un hybride d’un régime à taux de change fixe, comme l’ERM des années 1980, ou l’étalon-or des années 1930, et une monnaie commune. Le régime à taux de change fixe repose sur la crainte de l’expulsion pour tenir, tandis qu’une monnaie commune implique des mécanismes pour recycler des surplus entre États membres (par exemple, un budget fédéral). La zone Euro est en déséquilibre à mi-chemin – c’est plus qu’un régime à taux de change et moins qu’un Etat. Et c’est là le hic. Après la crise de 2008-2009, l’Europe n’a pas su répondre. Devait-elle préparer le terrain pour au moins une expulsion (c’est-à-dire le Grexit) afin de renforcer la discipline ? Ou aller vers une fédération ? N’ayant fait ni l’un ni l’autre, son angoisse existentielle n’a cessé de monter. Schäuble est convaincu que dans l’état actuel des choses, il a besoin d’un Grexit pour libérer l’espace, d’une façon ou d’une autre. Soudain, une dette publique grecque insoutenable, sans laquelle le risque de Grexit s’effacerait, a acquis une nouvelle utilité pour Schauble. […] Fondée sur des mois de négociation, ma conviction est que le ministre des Finances allemand veut que la Grèce soit poussée hors de la monnaie unique pour insuffler la crainte de Dieu chez les Français et leur faire accepter son modèle d’Eurozone disciplinaire. »
Yanis Varoufakis, Germany won’t spare Greek pain. It has an interest in breaking us, The Guardian, 10/07/2015 (traduction française Monica M.).

Il n’y a pas eu de négociations

« Ce n’est pas que cela se passait mal, c’est qu’il y avait un refus catégorique de débattre d’arguments économiques. Refus catégorique. Vous mettez en avant un argument que vous avez vraiment travaillé – pour être sûr qu’il soit cohérent, logique – et vous n’avez en face de vous que des regards vides. C’est comme si vous n’aviez pas parlé. Ce que vous dites est indépendant de ce qu’ils disent. Vous auriez aussi bien pu chanter l’hymne national suédois, vous auriez eu la même réponse. Et c’est déconcertant, pour quelqu’un habitué au débat universitaire… L’autre camp réplique toujours. Et bien là, il n’y avait pas réplique du tout. Ce n’était même pas de la gêne, c’était comme si personne n’avait parlé. »
Yanis Varoufakis, Our battle to save Greece, New Statesman, 13/07/2015 (traduction française Julien Ballaire).

« Le grand naufrage européen lié à la crise grecque a produit une révélation. Et cette révélation est largement due au premier ministre grec Alexis Tsipras comme à son ancien ministre des finances Yanis Varoufakis. En remettant, l’un et l’autre, des enjeux clairement politiques au cœur de la technocratie bruxelloise, en jouant la transparence et en brisant les scandaleux huis clos des réunions de l’Eurogroupe, les responsables grecs ont fait surgir au grand jour un inquiétant et nouveau problème : le cas allemand. L’intransigeance obstinée de l’Allemagne tout au long de cette crise, son entêtement dogmatique à bouter hors de l’euro la Grèce sont désormais compréhensibles par tous. Là où quelques observateurs, experts et politiques en étaient persuadés de longue date, ce sont désormais toutes les opinions publiques européennes qui ont sous les yeux cette nouvelle Allemagne. »
François Bonnet, L’Allemagne, le nouveau problème de l’Europe, Mediapart, 13/07/2015

« Face à une telle situation, Angela Merkel avait la possibilité de se montrer courageuse et d’expliquer ses erreurs aux contribuables allemands. Mais l’opération est bien trop risquée politiquement pour elle. Depuis 2010, la droite de la CDU et la CSU bavaroise, suivis à partir de 2013, les Eurosceptiques d’AfD, ne cessent de la mettre en garde contre les risques liés à cette politique grecque pour les contribuables. Accepter une restructuration de la dette aujourd’hui, ce serait pour la chancelière donner raison à ses adversaires de droite. Dans un contexte où, depuis janvier, la presse allemande, dans la foulée de Wolfgang Schäuble, a chauffé à blanc l’opinion contre les Grecs et où l’affaire des écoutes de la NSA avec la complicité des services secrets allemands a déjà coûté cher à la chancelière en termes de popularité, cette dernière ne peut reconnaître ses erreurs sans risquer un effondrement politique. Qui laisserait une place libre sur sa droite. »
Romaric Godin, Grèce : pourquoi Angela Merkel refuse de parler de la dette grecque, La Tribune, 07/07/2015.

L’Europe est une prison néolibérale gouvernée par les conservateurs allemands

« Les conditions dans lesquelles cette capitulation a été arrachée font voler en éclat le mythe d’une Europe unie et pacifiée, d’une Europe de la solidarité et des compromis. On a vu l’Allemagne obtenir de la Grèce ce que les anciens appelaient une paix carthaginoise. On sait que telle était la position dès le départ de M. Dijsselbloem, le Président de l’Eurogroupe. On a vu, avec tristesse mais aussi avec colère, la France finir par se plier à la plupart des exigences allemandes, quoi qu’en dise notre Président. »
« Cet accord organise la spoliation de la population grecque dans le paragraphe léonin qui concerne les privatisations et qui date directement de ce que l’on appelait au XIXème siècle la ‘politique de la canonnière’. » « Si on ne l’avait pas encore compris c’est aujourd’hui parfaitement clair : l’Euro c’est l’austérité. Bien sur, il peut y avoir des politiques d’austérité sans l’Euro. Mais l’Euro implique en réalité la politique d’austérité et toute politique menée dans le cadre de l’Euro conduit à l’austérité. Il faut comprendre le sens profond de cette affirmation. Aujourd’hui, tant que l’on restera dans la zone Euro, il sera impossible de mener une autre politique économique que l’austérité. »
Jacques Sapir, Capitulation, Russeurope, 13/07/2015.

« Ce que beaucoup d’entre nous prenaient acquis, et en quoi certains d’entre nous croyaient, a pris fin en un seul week-end. En forçant Alexis Tsipras à une défaite humiliante , les créanciers de la Grèce ont fait beaucoup plus de provoquer un changement de régime en Grèce ou mettre en danger ses relations avec la zone euro. Ils ont détruit la zone euro que nous connaissons et démoli l’idée d’une union monétaire comme une étape vers une union politique démocratique. Ce faisant, ils sont revenus aux luttes de pouvoir nationalistes européennes du 19e et du début du 20ème siècle. Ils ont rétrogradé la zone euro dans un système toxique à taux de change fixe, avec une monnaie unique partagée, fonctionnant dans l’intérêt de l’Allemagne, maintenue ensemble par la menace de la misère absolue pour ceux qui contestent l’ordre dominant. La meilleure chose qui peut être dit de ce week-end est l’honnêteté brutale de ceux qui commettent ce changement de régime. »
Wolfgang Münchau, Greece’s brutal creditors have demolished the eurozone project, Financial Times, 13/07/2015.

« Ceux qui se réjouissent d’avoir sauvé l’intégrité de la zone euro se mentent à eux-mêmes. Pour la première fois, l’impensable a été pensé. L’irréversibilité de l’euro est morte au cours des deux dernières semaines. Grexit ou pas, la possibilité d’une sortie de la zone euro est désormais établie. La BCE l’a reconnue par la voix de deux membres de son directoire, Benoît Coeuré et Vitor Constancio, et l’Eurogroupe en a explicitement menacé la Grèce. Dès lors, la zone euro n’est plus un projet politique commun qui supposerait la prise en compte des aspirations de tous ses Etats membres par des compromis équilibrés. Elle est un lieu de domination des forts sur les faibles où le poids de ces derniers ne comptent pour rien. Et ceux qui ne se soumettent pas à la doctrine officielle sont sommés de rendre les armes ou de sortir. On accuse Alexis Tsipras d’avoir « menti » à son peuple en prétendant vouloir rééquilibrer la zone euro. C’est faux, car il ne connaissait pas alors la nature de la zone euro. Maintenant il sait, et les Européens aussi. »
Romaric Godin, La défaite de la Grèce, la défaite de l’Europe, La Tribune, 13/07/2015.

« Nous qui croyons en la liberté, nous avons perdu, tout autant qu’eux. Car ce qui est arrivé ne concerne pas seulement les Grecs, mais comme toujours avec la solidarité, nous tous. »
Nicholas Mirzoeff, We Are all Greeks, Tidal, 13/07/2015.

Par André Gunthert, 14 juillet 2015
Source de l’article : L’image sociale

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 21:52

 

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L’Allemagne défait 70 ans de politique européenne

David Gow

24/07/2015

 

 

Quand j’étais correspondant en Allemagne, il y a une vingtaine d’années, durant la préparation de la réunification et au-delà, les interviews avec Helmut Kohl, Hans-Dietrich Genscher et autres politiciens chevronnés – comme Wolfgang Schäuble, qui négocia l’union des deux Allemagnes en une – se terminaient toujours par le mantra suivant : « Nous voulons une Allemagne européenne, et non pas une Europe allemande. » C’était vrai alors, ça ne l’est plus maintenant.

Presque 25 ans après cette nuit d’octobre 1990 où je fis la manchette du Guardian avec le gros titre « Un nouveau colosse est né en Europe », la crise grecque a exposé au grand jour la transformation de l’Allemagne, de « nain politique et géant économique » en « tyran politique et économique » qui provoque peur et exécration chez ses victimes, anxiété chez ses amis.

L’Allemagne est devenue satisfaite d’elle-même et arrogante à propos de ses prouesses économiques

Chez les germanophiles comme moi, le pays a suscité une énorme admiration pour l’honnêteté, parfois féroce, même exagérée, dont elle a fait preuve dans le traitement de son terrible passé. Il y eut des revers : les incendies meurtriers de centres d’accueil ou de maisons turques, l’usage détestable par Kohl du terme « tourisme des condoléances » pour balayer d’un revers de main son absence de ces scènes de drame, l’étrange défilé d’une bande de skinheads nazis issus du lumpenprolétariat – chacun de ces événements apparaissant grotesquement exagéré dans les médias étrangers, comme si la « vague brune » était de retour. En 2006, pendant la Coupe du Monde, nous avons observé et célébré une Nouvelle Allemagne : jeune, détendue, à l’aise avec elle-même (et son drapeau national) – et ouverte sur le monde.

Imposer son modèle

La crise de 2008 et ses suites ont mis en pièces une bonne partie de cet héritage durement acquis. L’Allemagne est devenue satisfaite d’elle-même et arrogante à propos de ses prouesses économiques, de son bilan à l’export, de son équilibre budgétaire, enfin, et là n’est pas la moindre de ses fiertés, de ses « réformes » – principalement des changements sur le marché du travail introduits par un chancelier social-démocrate, Gerhard Schröder, qui ont conduit à plusieurs années de dégradation des conditions de vie pour les travailleurs, de profits et salaires record pour les entreprises et les membres de leurs conseils d’administration. Elle essaye à présent d’imposer ce modèle au reste de la zone euro – « partenaires » historiques français inclus, objets de dérision de l’autre côté du Rhin pour leur étatisme irréformable. Am deutschen Wesen soll Europa genesen1 est assurément en train de faire un retour malvenu. Tout comme ce mantra très orgueilleux d’« ancre de stabilité », psalmodié par les présidents successifs de la Bundesbank, de Pöhl à Weidmann.

 

Intimider et brutaliser les Grecs pour qu’ils acceptent un train de réformes absurdes et contre-productives, c’est scandaleux

 

« Qui a demandé à l’Allemagne de juger d’autres peuples ? », écrit Heribert Prantl dans le libéral Süddeutsche Zeitung, critiquant Schäuble pour sa campagne pour le Grexit et plaidant pour un retour à une Allemagne meilleure, plus européenne. Ce n’est pas comme si l’Allemagne ne faisait pas elle-même face à des réformes sans cesse remises à plus tard – comme son système de retraites qui doit gérer ces millions de « Graue »2, le rôle ultra-dominant des partis politiques dans les chaînes de radio et télévision publiques, et même ce dimanche ouvré qu’elle exige avec hypocrisie en Grèce. Intimider et brutaliser les Grecs pour qu’ils acceptent un train de réformes absurdes et contre-productives, et ce afin de prendre soin des intérêts de ses banques (toujours pas réformées) est pire que désagréable. C’est scandaleux. Bien moins d’Überheblichkeit, un peu plus de Demut3 seraient de bon ton.

 

Critiques infondées

Mes collègues et amis allemands en sont conscients, bien entendu. Certains vont même trop loin dans la dénonciation des leurs : l’« Allemagne sans cœur, dominatrice et hideuse (herzlos, herrisch und hässlich) est de retour », dit le leader Vert Rainer Bütikofer – et il en fait porter le blâme à Schäuble, s’attirant en retour une vague de critiques furieuses. Rien ne sert de se faire l’écho des cris au « nazisme » et slogans du même ordre vus et entendus sur la place Syntagma4 ; ils sont absolument injustifiés. Egalement déplacée est l’obsession d’une politique économique se conformant à des règles, que l’on voit régner chez de trop nombreux avocats de la chancellerie à Berlin et du ministère des Finances, et chez de trop nombreux économistes conservateurs.

 

Le comportement de Schäuble est particulièrement déconcertant et dérangeant pour ceux d’entre-nous qui suivent sa carrière politique depuis de nombreuses années

 

Le fait que ce soit Schäuble qui complote et calcule comment éjecter au mieux la Grèce de la zone euro est particulièrement déconcertant et dérangeant pour ceux d’entre-nous qui suivent sa carrière politique depuis de nombreuses années. Cet homme est le même qui, avec Kurt Lamers, a écrit le document de positionnement de 1994 prônant non seulement une Europe à deux vitesses, mais encore une UE de plus en plus fédérale, union politique aussi bien que monétaire et, implicitement, une version transfrontalière du Länderfinanzausgleich allemand, qui transfère de l’argent des Etats fédéraux les plus riches vers ceux les plus pauvres. (Ces hypothétiques eurobonds dont Angela Merkel refuse ne serait-ce que de parler.) Les sentiments pro-européens passionnés de ce membre du Bundestag pendant 43 ans sont les souvenirs indélébiles que je garde d’interviews avec lui sur ce jeu capital de propositions de 1994.

 

Surtaxe de solidarité

A l’époque, d’autres expatriés et moi-même nous étions, avec plus ou moins d’enthousiasme, acquittés de notre Solidaritätszuschlag (surtaxe de solidarité) pour aider à financer la reconstruction de l’économie est-allemande, alors entièrement en ruines (tout comme sa société). Elle est toujours payée à l’heure actuelle (jusqu’à 5,5 %) par des contribuables sans aucun doute un peu las, après deux décennies d’efforts pour permettre au ministère des Finances d’engranger plus de 200 milliards d’euros. Aujourd’hui, un « bon » Allemand, Clemens Fuest, à la tête de l’institut de prévision économique ZEW, a proposé de faire augmenter la surtaxe jusqu’à 8 % sur trois ans afin de lever 22 milliards d’euros pour le peuple grec – arguant que cela sera in fine moins coûteux qu’un défaut de paiement/un Grexit, et d’un montant équivalent à ce que devra de toute façon payer l’Allemagne pour le 3e plan d’aide à la Grèce. Cela serait une « union de transfert », d'après lui – du même type que celle jadis ébauchée par Schäuble et reprise par d’autres depuis.

 

Ce serait un véritable exemple d’une Allemagne se montrant solidarisch und europäisch. A la place, ce sont les Grecs, dans leur misère économique, qui paient actuellement la contribution de solidarité. Que cette issue soit celle que semble préférer l’Allemagne est un bien triste reflet du cheminement rétrograde qu’elle opère depuis 2008. De façon stupide, sa classe politique, dont d’impardonnables leaders socio-démocrates, est en train de défaire sept décennies de politique étrangère – et, ce qui est pire, de reconstruction de l’image du pays dans le monde.

 

David Gow est journaliste à Social Europe et ancien journaliste en charge de l’économie européenne chez le Guardian. Il a été correspondant du Guardian en Allemagne de 1989 à 1995.

 

Traduit de l’anglais par Anouch Missirian

Cet article a été initialement publié sur le site Social Europe

  • 1. NDLR : L’Europe se rétablira grâce au caractère allemand.
  • 2. NDLR: Gris.
  • 3. NDLR: arrogance ; humilité.
  • 4. NDLR: Place du centre d’Athènes, en face du Parlement.

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 21:46

 

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L’Europe impose à la Grèce un plan de privatisation punitif

Yánis Varoufákis

23/07/2015

 

 

 

Yanis Varoufakis, économiste, ancien ministre des Finances grec. ©Finn/Laif-REA

 

Le 12 juillet, le sommet des dirigeants de la zone euro a dicté les termes de sa capitulation au Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui, terrifié par les alternatives, a tout accepté en bloc. L’un de ces termes concerne la liquidation des avoirs publics restants de la Grèce.

 

Les dirigeants de la zone euro ont exigé que des biens publics grecs soient transférés à un fonds de type Treuhand – un dispositif de vente au rabais, similaire à celui utilisé après la chute du mur de Berlin pour privatiser rapidement, au prix d’une forte perte financière et avec des effets dévastateurs sur l’emploi, toutes les entreprises publiques de l’Etat moribond est-allemand.

 

Ce Treuhand grec devait être basé (tenez-vous bien) au Luxembourg et devait être dirigé par un groupe supervisé par le ministre des Finances de l’Allemagne, Wolfgang Schäuble, l’auteur du plan. Il est censé effectuer l’ensemble des ventes au rabais d’ici trois ans. Mais alors que l’action de la Treuhand originale s’accompagnait d’investissements importants dans les infrastructures et de transferts sociaux à grande échelle pour la population est-allemande, les citoyens grecs ne recevront aucun soutien comparable d’aucune sorte.

 

Un accord insupportable

 

Euclid Tsakalotos, qui m’a succédé au poste de ministre des Finances de la Grèce il y a deux semaines, a fait de son mieux pour améliorer les pires aspects du plan Treuhand grec. Il a réussi à faire domicilier le fonds à Athènes et a obtenu des créanciers de la Grèce – la fameuse troïka : Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international – une concession importante : les ventes pourront s’étaler sur 30 ans, plutôt que sur trois ans seulement. Ce point est essentiel car cela va permettre à l’Etat grec de conserver ses actifs sous-évalués jusqu’à ce que leurs prix remontent par rapport aux bas niveaux actuels liés à la récession.

 

Le Treuhand grec reste une abomination, qui va peser comme un stigmate sur la conscience de l’Europe

 

Hélas, le Treuhand grec reste une abomination, qui va peser comme un stigmate sur la conscience de l’Europe. Pire, c’est une occasion perdue. Le plan est politiquement toxique, car le fonds, bien que domicilié en Grèce, sera en fait géré par la troïka. C’est également nuisible sur le plan financier, parce que les profits serviront à payer une dette impossible à rembourser, comme même le FMI a fini par le reconnaître. Et c’est un échec économique, parce qu’il gâche une occasion merveilleuse de financer des investissements qui auraient pu aider à contrer l’impact récessif de la consolidation budgétaire punitive également imposée par le sommet du 12 juillet.

 

Un autre scénario était possible

Les choses auraient pu se dérouler autrement. Le 19 juin, j’ai communiqué au gouvernement allemand et à la troïka une proposition différente, dans le cadre d’un document intitulé « Mettre fin à la crise grecque » : « Le gouvernement grec propose de regrouper les richesses nationales (à l’exclusion de celles concernant la sécurité du pays, les équipements collectifs et le patrimoine culturel) dans une holding distincte du gouvernement et gérée comme une entité privée, sous l’égide du Parlement grec, dans le but de maximiser la valeur de ses actifs et de créer un flux d’investissement national. L’Etat grec sera l’actionnaire unique, mais ne garantira pas son passif ni sa dette. »

 

La holding jouerait un rôle crucial pour préparer la vente des actifs. Elle devait « émettre des obligations entièrement garanties sur les marchés internationaux de capitaux » pouvant s’élever à 30 ou 40 milliards d’euros, qui, « en tenant compte de la valeur actuelle des actifs », seraient investis pour moderniser et restructurer les actifs sous son contrôle ».

 

Des objectifs tenables

Le plan prévoyait un programme d’investissement de 3 à 4 ans, impliquant des « dépenses supplémentaires à hauteur de 5 % du PIB par an ». Dans le contexte macroéconomique actuel, cela aurait permis de bénéficier d’« un multiplicateur supérieur à 1,5 », qui « aurait stimulé la croissance du PIB nominal à un niveau supérieur à 5 % pendant plusieurs années ». Cela aurait induit « une hausse proportionnelle des recettes fiscales » et donc aurait contribué « à la viabilité des finances publiques, tout en permettant au gouvernement grec de maîtriser ses dépenses publiques sans réduire davantage les politiques sociales ».

 

Notre proposition a été accueillie par un silence assourdissant

 

Dans ce scénario, l’excédent primaire (qui exclut le paiement des intérêts de la dette) aurait atteint ses objectifs à vitesse grand V aussi bien en termes absolus que relatifs au fil du temps ». En conséquence, la société de holding « se verrait accorder une licence bancaire » d’ici un an ou deux, se transformant ainsi en une Banque de développement à part entière, capable d’attirer les investissements privés vers la Grèce et de financer des projets en collaboration avec la Banque européenne d’investissement.

 

Une humiliation basée sur la volonté de punir

La Banque de développement que nous avons proposé aurait « permis au gouvernement de choisir quels actifs devaient être privatisés ou non, tout en garantissant un plus fort impact en termes de réduction de la dette ». Au final, « la valeur des actifs devrait augmenter au-delà du montant réel consacré à la modernisation et à la restructuration, grâce à un programme de partenariats public-privé dont la valeur serait tirée par la perspective d’une future privatisation ».

Notre proposition a été accueillie par un silence assourdissant. Plus précisément, l’Eurogroupe et la troïka ont continué à laisser entendre à la presse mondiale que les autorités grecques n’avaient aucune proposition novatrice et crédible à fournir – leur rengaine habituelle. Quelques jours plus tard, une fois qu’ils se sont rendu compte que le gouvernement grec était sur le point de capituler entièrement face à leurs exigences, ils ont jugé bon d’imposer à la Grèce le modèle Treuhand, humiliant, sans imagination et pernicieux.

A un tournant de l’histoire européenne, notre alternative innovante a été jetée à la poubelle. Elle y restera jusqu’à ce que d’autres aillent la récupérer.

 

Copyright : Project Syndicate, 2015.

 

 

Source : http://www.alterecoplus.fr

 

 

 

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