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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 23:23

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Espagne: «C'est une vague de soulèvements qui commence»

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Dans un entretien à Mediapart, le philosophe Paul B. Preciado revient sur le succès des candidatures citoyennes en Espagne. Il fait le lien avec une longue tradition d'un « communisme libertaire » mêlé d'utopie, vivace en Catalogne. Et imagine, après Madrid et Barcelone, « un réseau d'alliances de micropolitiques révolutionnaires en Europe ».

Le philosophe Paul B. Preciado, figure des queer studies, est un observateur enthousiaste des mutations politiques de l'Espagne. Après la victoire de plusieurs candidatures citoyennes et « indignées » aux municipales, en particulier à Barcelone, l'un de ses lieux d'attache, l'auteur de Testo Junkie (Grasset, 2008) revient sur la genèse de ces mouvements inédits, qui « repolitisent les classes moyennes appauvries par la crise » et rompent avec une culture politique née de la transition post-franquiste.
 


Qu'est-ce qui vous séduit le plus, dans la plate-forme citoyenne qui a remporté les élections dimanche à Barcelone ?
Je trouve tout excitant. Ce sont des partis politiques nouveaux, qui ne reproduisent pas la structure des professionnels de la politique, qui n'ont ni l'argent, ni les réseaux des partis « installés ». Dans la victoire d'Ada Colau, il y a plusieurs choses qui ont compté, et qui sont assez extraordinaires. D'abord, la mobilisation des classes moyennes appauvries, précarisées par la crise après 2008. Cette politisation est le résultat d'un travail extraordinaire, mené par Ada Colau et la PAH [la plateforme anti-expulsions immobilières lancée en 2009 en Catalogne – ndlr] qui a su élargir cette expérience et sa force de transformation au-delà de ce réseau d’activistes.

Avec la PAH, on touche à la question du logement, de l'habitat, de la survie, de la vulnérabilité du corps. La PAH a su organiser la vulnérabilité pour la transformer en action politique. La comparaison est trop forte, mais pour moi, il s'est passé un tout petit peu quelque chose comme les luttes pour les malades du sida dans les années 80. Cela a servi de levier pour repolitiser toute une classe qui traversait une énorme dépression politique. La capture des désirs par le capitalisme néolibéral produit une déprime collective, qui s'exprime sous la forme d'une dépolitisation totale. En inventant des techniques politiques nouvelles, comme le scratche, Ada Colau et d'autres ont réenchanté le domaine de la politique. C'est sans doute ce qu'il y a de plus beau dans leur victoire. Les corps sont sortis dans les rues, et la ville entière a été repolitisée par leur présence.

 

Quizá no es la mejor foto de Ada Colau pero seguramente es de las que más orgullosa estará la futura alcaldesa de BCN

Ada Colau pendant ses années de militantisme au sein de la PAH à Barcelone.

 

Vous parlez des scratches, ces actions menées par Ada Colau et les activistes de la PAH pour dénoncer, un à un, devant leur domicile, les députés « complices » des expulsions immobilières. Ce sont des actions radicales, qui ont divisé les Espagnols. À l'époque, il était difficile de prévoir qu'Ada Colau allait trouver une majorité sur son nom dans les urnes (voir la vidéo ci-dessous)
Oui, ce sont des techniques radicales, mais elles ont surgi à un moment où la corruption politique était très forte, et la faillite du système démocratique, considérable. C'est pour cela que la Grèce et l'Espagne constituent deux pôles intéressants à suivre, engagés dans des processus de transition démocratique récents. En Espagne, on a eu 40 ans de dictature, puis 40 ans de démocratie. Nos institutions démocratiques sont quasi inexistantes. Elles sont de simples décors morts. La démocratie se cherche encore, on pourrait dire qu'elle est très expérimentale. Il y a une fragilité démocratique que la France ne connaît pas, où tout est plus installé. Mais cela offre une possibilité d'expérimentation institutionnelle plus grande – ce que l'on appelle des “nouvelles institutionnalités”.

 

En 2013, l'activiste Ada Colau se justifie sur le recours aux « scratches » contre les élus du PP.

 

Tout cela s'inscrit aussi dans une tradition politique très forte, en Espagne et en Catalogne, depuis le XIXe siècle : celle d'un communisme libertaire, d'un anarchisme, toujours marqués par une dimension très utopique. On le voit très bien avec Ada Colau, qui en même temps, est la plus pragmatique de toutes. C'est aussi très net chez Teresa Forcades, avec une dimension supplémentaire, un peu mystique [Teresa Forcades est une religieuse hypermédiatisée, connue du grand public pour avoir dénoncé les profits de l'industrie pharmaceutique pendant l'épidémie de grippe aviaire, et qui a soutenu la campagne d'Ada Colau – voir vidéo ci-dessous].

Et l'on en retrouve des traces dans toute une tradition espagnole, je pense à des femmes comme Clara Campoamor [féministe qui a contribué à la rédaction de la Constitution espagnole, en 1931  ndlr], Federica Montseny [la première femme ministre de la République, en 1936, anarchiste, féministe – ndlr] ou encore Dolores Ibárruri, la Pasionaria [secrétaire du parti communiste espagnol entre 1942 et 1960 – ndlr]. Cette juxtaposition improbable de l'anarchisme, du communisme libertaire et d'un mysticisme utopique, totalement extraordinaire, est souvent incarnée, il est vrai, par des femmes, mais pas seulement.

 

© Javi Txuela.

 

On a lu ici ou là des articles sur le « protagonisme féminin » de ces mouvements citoyens, incarnés par Manuela Carmena à Madrid et Ada Colau à Barcelone. Vous êtes d'accord ?
Non. Il y a beaucoup de femmes en politique, c'est tout ce que cela veut dire… Sinon, on pourrait dire la même chose en France avec Marine Le Pen. À bien y réfléchir, je trouve même cette question scandaleuse. C'est comme si l'on continuait de définir la politique comme un domaine réservé aux hommes, et dès lors qu'une femme obtient un peu de protagonisme politique, on décrète que c'est exceptionnel. Je rappelle qu'il y a beaucoup de femmes puissantes à droite, au sein du PP, comme Esperanza Aguirre [à Madrid – ndlr] ou Rita Barbera [à Valence – ndlr], ces énormes « dames » de la politique. Donc je ne pense pas qu'on puisse faire une analyse genrée de ce qu'il survient en Espagne.

C'est aussi lié au fait qu'à Podemos, on voit, presque exclusivement, des hommes au premier plan. C'est un problème ?
Je ne crois pas. À Podemos, il y aussi beaucoup de femmes, de lesbiennes, de gens venus du féminisme et du queer… Je ne crois pas que Podemos soit plus masculin, ou masculiniste, que d'autres. Ce qui continue de me choquer, en revanche, ce sont des articles de la presse espagnole sans aucun intérêt, dès le lendemain de la victoire d'Ada Colau, qui présentent son enfant et son mari, qui expliquent qu'Ada Colau cuisine très bien… Cela revient à naturaliser, encore une fois, sa dimension politique.

 

© En août 2013, la religieuse Teresa Forcades dénonce le sauvetage des banques espagnoles.

 

Vous parliez de la transition démocratique espagnole. Les élections du 24 mai marquent-elles enfin une rupture avec le régime de 1982, né de la transition avec le franquisme ?
Ce qu'il se passe est très, très important. Nous en étions arrivés à un moment de crise démocratique majeure. Les mouvements du 15-M [référence au 15 mai 2011, lorsque les « indignés » s'emparent des places du pays – ndlr], que les soit-disant grands intellectuels de gauche avaient dédaignés, jugeant qu'il n'y avait pas une seule idée politique derrière, ont permis de repolitiser des classes moyennes précarisées. Cela a déclenché une prise de conscience, une sorte d'émancipation cognitive, face à deux dictatures simultanées : d'une part, sur le front politique, la continuité de pratiques dictatoriales dans le système démocratique – c'est la faillite du système démocratique dont on parlait. Et de l'autre, une faillite économique, en lien avec la dictature du monde financier. Et ce qui fait le lien entre ces deux dictatures, c'est la corruption. Ce que les gens font avec l'argent public, comment il est géré.

Pendant longtemps, en Espagne, la dénonciation de la corruption s'accompagnait d'une forme de désaffection générale : “ce sont tous des voleurs, on s'en fout”. Grâce au 15-M, on est passé de ce constat désabusé à l'invention de nouvelles pratiques de contrôle démocratique. Je pense à la PAH, mais aussi au parti X ou encore à des gens comme Itziar González Virós et le parlement citoyen – le Parlament Ciutadà, un appareil citoyen de contre-pouvoir qui rassemble des mouvements hétérogènes pour former un contre-parlement. La question n'est plus : qui sont les voleurs?, mais bien : quels sont les mécanismes de contrôle démocratique? C'est un changement très important.

 

« La politisation en France par la politique de la peur »

 

Ada Colau après l'annonce des résultats à Barcelone.
Ada Colau après l'annonce des résultats à Barcelone. © Reuters.

 

Mais vous citez là des structures héritières du 15-M, qui sont toutes des contre-pouvoirs. Ada Colau vient de s'emparer du pouvoir. C'est différent…
On ne peut pas comprendre les uns sans les autres. Les victoires d'Ada Colau ou de Manuela Carmena sont les symétriques de l'action des contre-pouvoirs, d'un ensemble de micropolitiques qui ont réinventé la politique. Ils ont inventé de nouvelles manières de contrôler la démocratie, à un moment où cette démocratie espagnole s'était effondrée. Le problème, c'est que le système démocratique reste très dégradé en Espagne, avec des institutions qui fonctionnent de manière non démocratique. C'est toute l'architecture du pouvoir, régi par la Constitution, qui contourne la démocratie. Et du coup, même si tu travailles à l'intérieur de ces institutions et que tu veux faire autrement, tu te rends compte que ce n'est pas possible.

 

C'est le même débat qui se pose pour l'Union européenne…
Oui. C'est la question des transformations démocratiques. Ou, on va dire, des pratiques révolutionnaires. Quand j'entends Ada Colau ou Manuela Carmena parler, j'entends des discours révolutionnaires. Comment les mettre en place, depuis des institutions qui ne sont pas démocratiques ? Il faut penser la révolution comme processus permanent, constituant. Il va falloir changer radicalement l'architecture du pouvoir – le système électoral, la Constitution et d'autres choses. Ça ne va pas être facile. Mais l'on vit un moment extraordinaire.


Vous avez parlé du terreau anarchiste en Catalogne. Pour Madrid, c'est plus surprenant, non ?
La tradition catalane est effectivement plus libertaire. Il y avait eu des jornadas libertarias dans les années 1970 en Catalogne. Et l'on parle toujours de la movida madrilène, mais c'est à Barcelone qu'a eu lieu la vraie movida démocratique. À Madrid, tout a été davantage lié au parti communiste. Manuela Carmena renoue avec la tradition anti-franquiste, preuve que l'on a encore besoin de cela en 2015. De ce point de vue, le dialogue Carmena-Colau permet de faire ce lien entre une tradition anti-franquiste et les nouveaux mouvements apparus après la crise de 2008, les « indignés », le 15-M, etc. Parfois, je me dis que la droite ne va pas permettre que cela se passe comme ainsi, parce que c'est trop beau. J'espère que le PP les laissera faire les politiques qu'elles veulent mener, qu'il ne les tuera pas.


Vous connaissez bien la France, où le paysage politique semble davantage gelé. Il n'y a pas eu un moment fondateur comme le 15-M en 2011. Y-a-t-il tout de même des éléments à copier de l'Espagne, des leçons à tirer ?
J'aimerais bien que l'effervescence prenne aussi en France, que l'extrême droite ne soit pas la seule à profiter de la crise. L'appareil de gouvernement néolibéral opère au niveau européen, et mondial. Il faut donc un grand réseau d'alliances de micropolitiques révolutionnaires en Europe. Ce ne sont pas simplement des révoltes éparses, mais une vague de soulèvements qui commence. Il ne s'agit pas tant de copier des techniques – des scratches ou des primaires ouvertes sur Internet, etc –, que de réussir à repolitiser le tissu social en France. Comment faire, pour repolitiser autrement que par une politique ultra-identitaire ? Car la politisation en France passe par un langage nationaliste, par la question de l'identité française, par la politique de la peur. La question, c'est donc de modifier ces variables, de trouver un autre langage, d'autres pratiques capables de transformer le désir collectif.

 

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 23:09

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Luttes sociales

Les anciens de Fralib et leur coopérative lancent le thé de la transformation sociale et écologique

par , Jean de Peña

 

 

 

 

Après quatre années d’un rude combat, la soixantaine de coopérateurs de la Société coopérative ouvrière provençale thé et infusions, les ex-Fralib, lancent 1336 et ScopTI, leurs nouvelles marques. Exit les actionnaires d’Unilever, l’ancienne multinationale propriétaire, les arômes artificiels et le management néolibéral. Bienvenue à la politique salariale décidée au consensus, au tilleul bio et au thé centenaire. A Carcassonne, les anciens employés de la Fabrique du Sud se sont engagés dans le même type d’aventure, pour la fabrication de crèmes glacées. Reportage auprès de ces coopératives en quête d’une nouvelle éthique, de véritable progrès social et environnemental.

 

Rien que le bureau de la direction a de quoi provoquer des sueurs froides chez un adhérent du Medef. Il y a la plaque déjà. En la lisant, un représentant patronal manquerait probablement de s’étouffer en ces temps de remise en cause du dialogue social : « Direction. Comité d’entreprise. Syndicat ». Puis la décoration du bureau de la direction, où trône un portrait du Che, et où traine non pas un audit pour réduire le coût du travail mais une attestation syndicale reçue lors d’un récent voyage à Cuba. Malaise assuré pour un PDG traditionnel.

 

Nous ne sommes pas, justement, dans une entreprise traditionnelle. Bienvenue dans l’usine de fabrication de thé et infusion de Gémenos (Bouches-du-Rhône), autrefois propriété du géant alimentaire Unilever, aujourd’hui coopérative reprise par une grande partie des salariés après quatre dans de lutte contre la liquidation. Pour dévoiler leur nouvelle marque, les ex-Fralib ont choisi le 26 mai, date à laquelle le protocole d’accord de fin de conflit a été signé en 2014 avec la direction d’Unilever. La marque phare sera désormais "1336", référence au nombre de jours de lutte qu’il a fallu aux salariés pour faire plier la multinationale anglo-néerlandaise. L’annonce publique, faite hier mardi sur le site à 13h36, en présence de nombreux médias et soutiens, a donné lieu à quelques larmes. Émotion non feinte : la naissance de ces deux nouvelles marques "1336" (« éveille les consciences, réveille les papilles ») et "ScopTI" (« engagé sur l’humain, engagé sur le goût ») symbolise bien le début d’une nouvelle aventure pour ces salariés devenus leurs propres patrons.

 


 

La coopérative ouvrière provençale est désormais dirigée par un trio de syndicalistes, désignés par le Conseil d’administration issu de l’assemblée générale des coopérateurs. Gérard Cazorla, ex-secrétaire CGT du comité d’entreprise de Fralib, en est le président, Olivier Leberquier, ancien délégué syndical CGT, le directeur général délégué et Marc Decugis, le directeur général. Gérard Affagard, ancien délégué CFE-CGC, désormais à la retraite après avoir participé à la lutte de bout en bout, présidera lui l’association Force et bon thé dont l’objet sera de soutenir et de faire connaître la coopérative. Prix de la cotisation annuelle : 13,36 euros. Forcément.

 

1336 jours de lutte et une année de transition

Quelques jours avant l’annonce, à l’extérieur, le parfum de lutte s’est estompé. Les barricades ont été remisées, les tags et graffitis nettoyés. Dans l’Algeco à l’entrée, un salarié en tenue verte distribue les badges aux visiteurs. L’usine est clairsemée mais ceux qui s’y trouvent ont déjà la tête et les mains au travail, testant méthodiquement les nouveaux sachets plastiques sur les chaînes où défilent des emballages Lipton et Eléphant - la marque emblématique qu’Unilever n’a pas voulu céder. « On utilise les stocks restant pour faire nos essais », confient Fred et Yves, responsables du bureau planning logistique et achat. « Dans les semaines qui viennent, 22 coopérateurs de plus vont entrer en tant que salariés, assure Gérard Cazorla. On devrait être prêts pour une reprise de la production fin juin. »

 


 

Après, donc, 1336 jours de lutte et une année de transition, les sept premiers contrats de travail ont été signés le 11 mai. Sur les 76 femmes et hommes concernés par l’accord de fin de conflit, ils sont au final 57 coopérateurs. Et 51 sont promis à être salariés de la coopérative [1]. Au bout de quatre ans de lutte, certains ont préféré partir avec les indemnités. D’autres, qui n’étaient pas loin de la retraite au moment de l’annonce de la fermeture en 2010, ont décidé de la prendre. Les treize élus syndicaux de Fralib, licenciés seulement en janvier dernier, lors du dernier « plan social » d’Unilever, iront au bout de leur congé de reclassement avant de se faire embaucher par la coopérative.

 

« L’écart des salaires allait de 1 à 210, chez nous ce sera de 1 à 1,3 »

L’année passée a été consacrée à préparer l’avenir : mise en place de la structure coopérative, réorganisation des équipes, prise en main des enjeux commerciaux, finalisation des partenariats, établissement d’un business plan... Les 2,85 millions d’euros « fongibles », arrachés au cours des négociations ont permis, entre autres, d’embaucher des prestataires extérieurs [2], comme « l’ équipe de jeunes » spécialistes du marketing avec qui les nouveaux logos et marques ont été façonnés.

 


 

Résolument tournés vers les enjeux à venir, ces salariés-patrons sont désormais débarrassés d’ « actionnaires à payer ». Ce qui ne garantit en rien l’absence de problèmes ! « Après des mois de discussions et de débats, nous avons réussi à décider collectivement de la politique salariale, soupire Gérard Cazorla. Chez Unilever, l’écart entre les salaires allait de 1 à 210, chez nous ce sera de 1 à 1,3. » Un salaire par catégorie. Le plus faible devrait tourner autour de 1480 euros net et le plus élevé, autour de 1880 euros, payé sur 13 mois et sans compter les aides aux chômeurs créant ou reprenant une entreprise (Accres).

 

Partenariat avec les enseignes spécialisées Biocoop

Côté production, 250 tonnes de thé et d’infusions doivent être produites la première année. Avec l’objectif d’arriver, d’ici 2019, à en fabriquer 1000 tonnes par an [3]. Au début, la majeure partie de la production (environ 60 %) devrait être vendue et conditionnée pour des marques distributeurs. L’autre partie sera commercialisée sous les marques 1336 dans la grande distribution et ScopTI sur les rayons des enseignes spécialisées Biocoop. Les deux marques reviennent à une « aromatisation 100 % naturelle ». ScopTI ne proposera que du bio, produit en France – sauf le thé, bien entendu. 1336, se contentera, elle, de « privilégier » le bio et la production française.

 

C’est la grande nouveauté : cégétistes et salariés en lutte se sont mis au bio. « C’est une démarche commerciale, bien sûr, mais cela répond aussi à une volonté ancienne de proposer des produits de qualité à nos clients », explique Bernard, 52 ans, opérateur sur la chaîne de production. « Dès janvier 2011, abonde Gérard Cazorla, nous avions défendu le principe d’un retour à l’aromatisation naturelle. » La certification Ecocert est déjà acquise pour l’usine.

 

Cette volonté de rehausser la qualité du produit fait écho à la lutte menée par leurs homologues de la Fabrique du Sud (ex-Pilpa), qui produisent des crèmes glacés du côté de Carcassonne. Abandonnés par les propriétaires de l’entreprise,19 salariés ont repris, en société coopérative, l’activité de cette fabrique de crème glacée en avril 2014. Et créé leur propre marque, La Belle Aude. « Nous sommes revenus à de la matière première noble : pas d’arôme, pas de colorant. Et dans la mesure du possible on prend les fruits dans une coopérative fruitière à 40 km d’ici, explique Christophe Barbier, président du Conseil d’Administration. Lorsque c’était Pilpa, peu de gens savaient que des glaces étaient fabriquées ici. Du coup, on a aussi voulu revaloriser nos savoir-faire sur le territoire pour les partager désormais avec les habitants et non plus avec des actionnaires. »

 

Une coopérative de crèmes glacées

En 2014, pour sa première année d’exercice, La Fabrique du Sud a dépassé ses prévisions : 750 000 d’euros de chiffre d’affaires, 22% supérieur aux prévisions. La concurrence est sévère et il va désormais falloir durer. Mais les débuts de La Belle Aude, plébiscitée par les consommateurs de la région, apportent la preuve que les initiatives en rupture avec les canons dominants de l’économie libérale ne sont pas vouées à l’échec. Même l’Élysée, rarement surpris en train d’admonester les multinationales, en convient. Mardi 19 mai, François Hollande rendait visite à la Fabrique du Sud où il a décelé « un signe d’espoir et de fierté » [4].

 


 

Du côté de la Scop TI aussi on pense « circuits courts » et participation à la « reconstruction des filières nationales ». La coopérative de Gémenos, de qui les glaciers de Carcassonne « se sont nourris » et avec qui ils « ont mené des combats communs », a passé un accord avec le Syndicat des producteurs de tilleul voisins. Une quarantaine de producteurs installés dans la Drôme approvisionneront désormais la coopérative en tilleul sec, malgré un prix (entre 16 et 18 euros/kg) deux fois plus cher que celui produit en Chine ou en Europe de l’Est. « Le tilleul qu’Unilever va chercher à l’Est coûte certes moins cher à l’achat, mais il passe par le port d’Hambourg, repart à Katowice en Pologne pour être conditionné et revient en France pour être vendu... Nous, entre son lieu de production et l’usine, il fera 180 km », explique Gérard Cazorla. En terme d’empreinte carbone, la démonstration est imparable...

 

Création d’emplois indirects en France

La qualité joue aussi un rôle : « En Chine ou en Europe de l’Est, ils mettent des additifs et allongent les délais de cueillette quitte à laisser la fleur tourner, ce qui leur permet de vendre à 8 euros le kilo... », déplore Nicolas Chauvet, président du syndicat des producteurs de tilleul des Baronnies, au sud de la Drôme. L’accord ouvre des perspectives, modestes mais réelles, de revivification d’une production locale et d’emplois indirects. « Si le projet de la Scop marche, des personnes qui ne cueillent plus s’y remettront peut-être : ce qui signifie de la taille, de l’entretien, une plus-value paysagère. Et pourquoi pas la création d’un emploi au sein du syndicat, un peu d’investissement dans des cellules de froid ? On peut imaginer la relance d’une petite activité autour de ça dans la région », s’enthousiasme Nicolas Chauvet.

 

Reste que le cœur de métier historique des ouvriers de Gémenos est bien le thé. Qu’il faut aller chercher en Asie, en particulier au Vietnam. Une filière y est débusquée en 2012, avec le concours de la Fédération agroalimentaire (FNAF) de la CGT et du Conseil général du Val-de-Marne. Olivier Leberquier était sur place courant mai, dans la province du Yen Baie, pour revoir les produits et discuter de leurs prix avec les producteurs de ces « thés vert et noir centenaires de très grande qualité », et pour certains desquels « des processus de certification bio sont en cours » et très avancés.

 

Commerce équitable en Asie ?

Quid de la dimension sociale à l’autre bout du globe, à l’heure où de nombreuses marques occidentales, dans le textile ou l’agroalimentaire, sont critiquées pour leur recours à du travail indigne ? « On en a tenu compte, assure Olivier Leberquier. En passant un accord avec eux, on assure du travail et donc une certaine autonomie à des ethnies minoritaires vivant dans cette partie du pays où elles cherchent des débouchés économiques. Ensuite, il s’agit d’acheter à un prix qui assure des revenus décents aux producteurs tout en restant à un seuil qui nous permette de proposer un thé accessible à nos clients en France. On ne veut pas vendre un thé réservé aux classes aisées. On tient à ce que ceux qui n’ont pas les moyens de payer 5 euros les 50 grammes puissent eux aussi accéder à des thés de qualité. »

 

Les discussions en cours ont déjà permis de réduire les prix. Dans la même zone, d’autres thés « d’excellente qualité » mais plus abordables sont en lice. Et la coopérative ne se fournira pas qu’au Vietnam : la Chine, le Laos, le Kenya ou Madagascar sont évoqués. Bienvenue dans le grand bain de la globalisation… Cette quête d’un équilibre idéal entre qualité des produits, prix abordable et rétribution décente, présage encore de longues heures de réflexions et de débats au sein de la coopérative de Gémenos. Cela tombe bien, dans le cadre de leur congé de reclassement, Olivier et Gérard se sont inscrits à Montpellier dans une formation longue de gestion d’entreprise de l’économie sociale et solidaire. « C’est une formation diplômante, se félicite Gérard Cazorla. Et on n’a vraiment pas fait exprès mais les cours débutent le 28 septembre ! » Soit cinq ans, jour pour jour, après l’annonce de la fermeture de l’usine par le géant Unilever. A Gémenos, le goût du thé a celui des anniversaires.

Emmanuel Riondé

 

Photos : Jean de Peña / Collectif à-vif(s)

 

Notes

[1Les Fralib étaient 182 salariés au moment de l’annonce de la fermeture de l’usine de Gémenos par Unilever le 28 septembre 2010.

[2Cette somme fait partie des quelques 20 millions d’euros cédés au final par Unilever aux ex-salariés de Fralib. Il faut y ajouter les indemnités légales et supra-légales des salariés (autour de 10 millions) et la valeur comptable de l’outil industriel - en l’occurrence le site, l’usine et l’outillage, récupérés par la Communauté urbaine de Marseille Provence métropole en septembre 2012 (estimés à 7 millions).

[3L’usine qui compte six lignes de production distinctes avec des technologies différentes est en capacité de produire 6000 tonnes par an. Au moment de la fermeture en 2010, elle en faisait encore 3000.

[4Compte-rendu de cette visite à voir sur France 3.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 20:57

 

Source : http://www.okeanews.fr

 

 

Europe : l'échec de la stratégie du "containment"


26 mai 2015

 

En jouant la ligne dure contre la Grèce, les créanciers voulaient faire un exemple politique. Cette stratégie semble avoir échoué entièrement, comme le démontrent les élections de dimanche en Espagne et en Pologne.


Pablo Iglesias, leader de Podemos, durant les élections locales (Crédits : ANDREA COMAS)

Pablo Iglesias, leader de Podemos, durant les élections locales (Crédits : ANDREA COMAS)

 

Les élections locales espagnoles du dimanche 24 mai signent, au-delà du contexte local, l'échec de la stratégie des Européens depuis le coup de tonnerre de la victoire de Syriza le 25 janvier dernier. Le refus du compromis avec le gouvernement grec a été caractérisé par le rejet complet des « listes de réformes » présentées par Athènes, par la mise en place d'un processus d'asphyxie financière de la Grèce et l'insistance sur des mesures d'austérité que l'on hésitait à imposer au gouvernement conservateur d'Antonis Samaras.

 

Les buts des créanciers de la Grèce

Quel était le but de cette stratégie ? Certainement pas, comme on essaie de le faire croire, assurer le remboursement des dettes contractées par la Grèce auprès de ses « partenaires. » Assure-t-on un tel remboursement en menant un pays au bord du défaut, en réduisant les moyens d'action de son gouvernement et en faisant peser sur sa croissance la menace d'un défaut et d'une sortie de la zone euro ? Quoi qu'en disent les experts patentés, la raison eût voulu dans cette affaire que les créanciers, tout en prenant des garanties que les Grecs étaient prêts à leur donner, laissent travailler le nouveau gouvernement grec. L'accord du 20 février, où Athènes acceptait de payer son dû et se reconnaissait liée par les « accords existants », ce qui était déjà des concessions considérables, aurait dû suffire aux créanciers. L'intérêt économique de toute l'Europe était de rapidement réglé cette affaire grecque afin de se concentrer sur la timide reprise.

 

La stratégie du « containment »

Mais on a tout fait pour faire durer la crise grecque. C'est que, en réalité, la stratégie des créanciers était avant tout politique. Effrayés de voir débarquer dans leurs réunions feutrées des énergumènes sans cravate et professant des idées horriblement keynésiennes, les dirigeants européens ont voulu « faire un exemple » afin de « contenir » la poussée de ceux qui osent remettre en cause les choix pris depuis 2010. Cette stratégie était la même que celle du président américain Harry Truman, au début de la guerre froide, ce « containment » dont la Grèce fut, une des plus cruelles victimes par une guerre civile qui l'a durablement marquée. Pour éviter d'autres « dominos » de tomber, pour éviter que d'autres pays victimes de la logique des « sauvetages de l'euro » ne demandent à leur tour une restructuration de leurs dettes, il fallait mettre le gouvernement Tsipras à genoux. Il fallait que le premier ministre hellénique finisse par reconnaître la vérité des choix économiques imposés par les créanciers. Alors, preuve eût été faite qu'il « n'y a pas d'alternative » puisque même ceux qui professe une alternative finissent par accepter le bréviaire. Dès lors, à quoi bon voter encore contre la pensée économique dominante ?

 

La leçon espagnole

Ce calcul a échoué. Quoi qu'il advienne, non seulement la résistance grecque place les créanciers désormais dans la position de devoir prendre le risque d'un défaut hellénique, mais la recherche d'une capitulation politique grecque n'a pas permis de contenir les oppositions ailleurs. C'est le principal enseignement des élections espagnoles du 24 mai. Certes, il convient de rappeler que le parti populaire (PP) de Mariano Rajoy demeure le premier du pays. Il faut aussi souligner combien le mouvement anti-austérité Podemos semble être un phénomène urbain. Mais « l'exemple grec » n'a pas dissuadé les électeurs espagnols de « châtier » les deux grands partis qui avaient soutenu l'austérité en 2011. Podemos, que les sondages disaient en déclin, a frappé les esprits en s'imposant comme une force centrale à Madrid et Barcelone, mais aussi à Saragosse. Quant au parti « centriste » Ciudadanos, sorte de copie du grec Potami, parti « rénovateur », mais « pro-européen », il a percé de façon bien plus limitée que ce que l'on pensait. Enfin, la poussée de la gauche, toute tendance confondue, est très nette. Bref, si Podemos n'est certes pas « au porte du pouvoir » et si l'Espagne n'est pas la Grèce, la stratégie du « containment » a certainement échoué ce dimanche.

 

Cauchemar espagnol

Ce résultat est un vrai cauchemar pour les dirigeants européens. D'abord, parce que, comme la victoire de Syriza le 25 janvier, le succès de Podemos à Madrid et Barcelone et l'effondrement partout des Conservateurs permet de relativiser le « miracle économique espagnol » qui serait le fruit des « réformes douloureuses. » Les Espagnols ont, dans les urnes, ruiné ce storytelling devenu récurrent pour faire accepter lesdites réformes, notamment de ce côté-ci des Pyrénées. Ensuite, parce que les élections du 20 novembre présentent un défi délicat pour l'Europe. Si Podemos participe au pouvoir, il y aura une remise en cause de l'idéologie dominante en Europe, et un nouveau domino tombera. Si, en revanche, les deux partis traditionnels s'allient dans une « grande coalition » qui fait tant rêver les fonctionnaires européens, Podemos deviendra la première force d'opposition et on risque de reporter la chute du domino espagnol à plus tard.

 

Suite au Portugal et en Irlande ?

Le « containment » semble avoir échoué dans les autres pays qui ont connu les visites de la troïka. Si la greffe « Podemos » n'a pas pris au Portugal et si l'extrême-gauche n'y progresse pas, les Socialistes portugais n'hésitent plus à reprendre des éléments de langage de la gauche radicale et évoquent notamment désormais une négociation sur la dette. En Irlande, le Sinn Fein pourrait aussi l'an prochain faire une percée et prendre la première place, ce qui, là aussi, viendrait, là aussi, remettre en cause le fameux « retour du Tigre celtique grâce à l'austérité. » Dans ces deux cas non plus, le traitement infligé aux Grecs n'a pas eu l'effet espéré par les dirigeants européens...

 

*Suite de l'article sur okeanews

 

 

Source : http://www.okeanews.fr

 

 

 

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 20:37

 

Source : http://www.numerama.com

 

 

Publié par Guillaume Champeau, le Mardi 26 Mai 2015
 
 

Pôle Emploi pourra fouiller vos comptes bancaires, entre autres

 

Le gouvernement veut surveiller les chômeurs susceptibles de frauder, et souhaite donc étendre le "droit de communication" aux agents de Pôle Emploi, pour leur permettre d'obtenir sans procédure judiciaire et gratuitement les relevés bancaires, relevés de télécommunications et autres pièces pouvant leur permettre de détecter une fraude.

 

Le gouvernement a déposé un amendement au projet de loi sur le dialogue social et l'emploi, qui prévoit de donner aux agents de Pôle Emploi chargés de lutter contre les fraudes le droit de se faire communiquer tout un ensemble de documents provenant de prestataires privés, sans que le secret professionnel ne puisse leur être opposé. Il s'agit en particulier des extraits de comptes bancaires et autres relevés de comptes épargne, factures détaillées de téléphonie mobile, ou relevés EDF.

Selon les explications du gouvernement, l'amendement "a pour objet de prévoir un droit de communication (...) au profit des agents de Pôle emploi chargés de la prévention des fraudes, agréés et assermentés, qui permettra d’améliorer la détection des fraudes, de favoriser la récupération des sommes détournées et de renforcer la coopération des acteurs concernés de la lutte contre la fraude". Actuellement, Pôle Emploi peut interroger le fichier national des comptes bancaires et assimilés (Ficoba) pour vérifier qu'un assuré n'a pas des comptes dont il dissimulerait l'existence, mais c'est tout.

Contrairement aux réquisitions judiciaires qui doivent être indemnisées, le droit de communication s'exerce à titre gratuit auprès des opérateurs qui sont sollicités, et ceux-là doivent même payer 7 500 euros d'amende chaque fois qu'ils refusent d'obéir en protégeant la vie privée de leurs clients.

 

BIG DATA, BIG INTRUSION DANS LA VIE PRIVÉE 

La disposition est issue d'une proposition du rapport annuel de la Cour des comptes de 2014 (.pdf), qui regrettait que "les auditeurs internes de Pôle emploi ne disposent pas encore du droit d’obtenir communication de certaines informations auprès de tiers (notamment les établissements financiers), contrairement aux agents des organismes de sécurité sociale, ce qui limite les possibilités d’investigation dans certains cas de suspicion de fraude". Dans ce rapport, la Cour constatait aussi que Pôle Emploi avait engagé en 2013 "une démarche visant à développer une analyse statistique de la fraude qui le mettrait en capacité non seulement d’estimer son montant potentiel, mais également de quantifier les principales zones de risques à partir de critères précis, ce qui lui permettrait de cibler des contrôles prioritaires, au lieu d’effectuer des contrôles sur des échantillons de dossiers choisis aléatoirement".

Dans quelle mesure Pôle Emploi pourra-t-il injecter les relevés de banque dans ses systèmes de Big Data pour repérer statistiquement les comportements suspicieux des fraudeurs ?

L'an dernier, Le Figaro expliquait que de nouvelles méthodes de détection étaient déjà à l'oeuvre, comme "un dispositif de pistage des internautes via leur adresse IP", qui "permet entre autres d'identifier des demandeurs d'emploi qui auraient durablement quitter le pays tout en continuant à percevoir leurs allocations", alors que "toute absence de plus de sept jours doit être déclarée et un demandeur d'emploi ne peut déposer plus de 35 jours de congés par an".

L'accès au relevé téléphonique, qui emporte aussi l'accès aux géolocalisations des bénéficiaires d'indemnisations par Pôle Emploi, pourrait venir renforcer ce dispositif.

Comme le note le juriste Alexandre Archambault, spécialiste du droit des télécommunications, ce nouvel amendement est la dernière cerise sur un gâteau déjà très fourni, extrêmement contestable, et pourtant très peu contesté :

 

 

Alec ن Archambault @AlexArchambault

Après les Douanes, le Fisc, la DGCCRF (et ses DDPP), l'AMF, les organismes de sécurité sociale, l'ANSSI et maintenant PoleEmploi

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 20:36

 

Les Verts de Rage

 

Le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, actuellement en négociation, conduirait à une harmonisation vers le bas des réglementations et favoriserait la pénétration des multinationales sur des marchés toujours plus vastes. Avec ce traité, la sélection et l’utilisation de leurs propres semences deviendraient pour les agriculteurs de plus en plus difficiles et les exposeraient à de lourdes amendes. Ils seraient alors toujours plus dépendants des semences brevetées, notamment celles de Monsanto, qui œuvre depuis longtemps à cette fin.

 

 

Attac France (Officiel)

« Produire toujours plus, toujours moins cher, avec toujours moins d’agriculteurs » : Aurélie Trouvé (1) résume ainsi la logique de l’agriculture productiviste. Dans son dernier livre, la coprésidente du conseil scientifique d'Attac, ingénieure agronome, montre avec clarté comment, sous couvert d’une modernité censée améliorer les conditions de travail et les revenus des agriculteurs, les politiques favorisant l’agro-industrie s’avèrent au contraire destructrices d’emplois et représentent une menace pour leur santé. L’environnement n’est pas épargné : l’eau, les sols et les paysages ont été fortement dégradés.

 

 

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

 

Santé

L’agrobusiness, tueur en série

par Paul Scheffer, mai 2015
 
 
 

« Produire toujours plus, toujours moins cher, avec toujours moins d’agriculteurs » : Aurélie Trouvé (1) résume ainsi la logique de l’agriculture productiviste. Dans son dernier livre, la coprésidente de l’association Attac, ingénieure agronome, montre avec clarté comment, sous couvert d’une modernité censée améliorer les conditions de travail et les revenus des agriculteurs, les politiques favorisant l’agro-industrie s’avèrent au contraire destructrices d’emplois et représentent une menace pour leur santé. L’environnement n’est pas épargné : l’eau, les sols et les paysages ont été fortement dégradés.

La mainmise d’une poignée de multinationales sur les ressources agricoles ne cesse de s’étendre. Elles contrôlent les semences, le négoce des matières premières et la plupart des filières de production. Les consommateurs français savent-ils, par exemple, que la majorité du poulet qu’ils consomment provient du Brésil, où il est nourri de maïs et de soja génétiquement modifiés ? Connaissent-ils la condition des agriculteurs, alors que l’un d’entre eux se suicide tous les deux jours en France, soit un taux de 50 % plus élevé que dans les autres professions ? Le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, actuellement en négociation, conduirait à une harmonisation vers le bas des réglementations et favoriserait la pénétration des multinationales sur des marchés toujours plus vastes (2). Avec ce traité, la sélection et l’utilisation de leurs propres semences deviendraient pour les agriculteurs de plus en plus difficiles et les exposeraient à de lourdes amendes. Ils seraient alors toujours plus dépendants des semences brevetées, notamment celles de Monsanto, qui œuvre depuis longtemps à cette fin.

Lorsque ce genre de dénonciation parvient à retentir dans l’espace public, les voix remettant en question l’autorégulation accordée aux multinationales, qui leur permet d’échapper à des réglementations contraignantes, restent encore largement minoritaires. Et ce, malgré les nombreux témoignages d’anciens dirigeants mettant en évidence l’incapacité de ces entreprises à se réformer, comme ceux collectés par le journaliste Michael Moss (3). L’industrie agroalimentaire sait exclure sans faiblir ses membres enclins à des politiques moins agressives. Elle consacre des millions de dollars à trouver la combinaison idéale en graisses, sel et sucre apte à séduire le plus grand nombre de consommateurs et à conquérir davantage de parts de marché — dans le milieu, on parle de « parts d’estomac » ! Grâce à ces matières premières productrices de fortes marges, elle réalise des profits surabondants.

Au mépris des recommandations sanitaires les plus élémentaires, cette industrie persiste à défendre la mise sur le marché de produits hautement transformés, comme le montre l’ouvrage pluridisciplinaire Sick Societies (4). Les auteurs soulignent la responsabilité des multinationales dans la dégradation des régimes simples et traditionnels, remplacés par ces aliments qui représentent les trois quarts des ventes de nourriture au niveau mondial. Conséquences : les maladies cardio-vasculaires et respiratoires, certains types de cancer et le diabète de type 2 ont causé trente-cinq millions de décès dans le monde en 2010, dont 80 % dits prématurés, car touchant des personnes de moins de 70 ans. Les quatre cinquièmes de ces décès prématurés concernent les pays à bas ou moyens revenus. Ce chiffre aura triplé en 2030 si les tendances actuelles se confirment, alors que la moitié de ces morts pourraient être évitées grâce à l’accès à des médicaments essentiels et à une réduction du tabac, mais aussi à la diminution de la consommation d’aliments riches en sucre, graisses et sel. Après avoir constaté l’échec de vingt ans de recherche et d’actions en santé publique, les auteurs concluent que le problème n’est pas technique ni scientifique, mais bien politique. Tout comme les industriels, les chercheurs et professionnels de santé doivent apprendre à s’organiser politiquement.

Paul Scheffer

 

(1) Aurélie Trouvé, Le business est dans le pré. Les dérives de l’agro-industrie, Fayard, Paris, 2015, 220 pages, 18 euros.

(2) Lire Lori Wallach, « Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens », Le Monde diplomatique, novembre 2013.

(3) Michael Moss, Sucre, sel et matières grasses. Comment les industriels nous rendent accros, Calmann-Lévy, Paris, 2014, 368 pages, 19,90 euros.

(4) David Stuckler et Karen Siegel (sous la dir. de), Sick Societies : Responding to the Global Challenge of Chronic Disease, Oxford University Press, 2011, 376 pages, 39,99 livres sterling.

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 19:45

 

Source : http://www.leparisien.fr

 

Les anti-gaz de schiste se rassemblent à Vert-le-Grand

21 Mai 2015, 16h48 | MAJ : 21 Mai 2015, 16h48

 

 

 

Archives. Le collectif Non au gaz de schiste en Essonne lance un appel à la mobilisation car une enquête publique a été ouverte pour 13 nouveaux puits.

Archives. Le collectif Non au gaz de schiste en Essonne lance un appel à la mobilisation car une enquête publique a été ouverte pour 13 nouveaux puits. (LP.)

 

« Alerte rouge ! » Du côté des opposants à l’exploration et l’exploitation des huiles et gaz de schiste, c’est le branle-bas de combat. Ce qui a mis le feu aux poudres ? Une enquête publique ouverte ce jeudi sur la demande déposée par Vermilion.

La société canadienne d’hydrocarbures souhaite obtenir un permis pour ouvrir 13 nouveaux forages en Essonne.

 

De quoi inquiéter le collectif Non au gaz de schiste 91, qui craint que Vermilion ne se positionne pour pouvoir un jour, si la réglementation française change, explorer et/ou exploiter du gaz de schiste. Les opposants se donnent donc rendez-vous ce vendredi matin à Vert-le-Grand pour dire « non » et pour que les gens participent à cette enquête publique.

 

 

 

Source : http://www.leparisien.fr

 

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 19:27

 

Source : http://www.humanite.fr

 

« La BCE peut changer de rôle dès maintenant »

Entretien réalisé par Bruno Odent
Mardi, 26 Mai, 2015
L'Humanité

 

Photos : Patrick Nussbaum et Aris

Denis Durand et Heinz Bierbaum.
Photos : Patrick Nussbaum et Aris
 
 
Forum des alternatives. Heinz Bierbaum, économiste, dirigeant de Die Linke, député de l’Assemblée du land de Sarre, et Denis Durand, économiste à la Banque de France, dirigeant du PCF, participeront au Forum européen des alternatives.

 

La politique actuelle de la Banque centrale européenne (BCE) qui consiste à inonder les marchés de liquidités est-elle appropriée pour faire face à la crise et à la relance de l’emploi en Europe ?

Denis Durand. Depuis 2008, la BCE prête aux banques des milliards d’euros, à guichet ouvert. Depuis octobre dernier, elle ne leur fait payer pour cela que des intérêts au taux de 0,05 %. Malgré ces mesures sans exemple en temps de paix, la zone euro continue de s’affaiblir dans la concurrence internationale et la déflation menace. En désespoir de cause, la BCE a décidé d’injecter 1 140 milliards d’euros supplémentaires sur les marchés financiers, à raison de 60 milliards chaque mois jusqu’en septembre 2016. Mais ce sont les marchés qui vont décider de ce qui va être fait de cet argent ! En revanche, la BCE refuse de prêter à l’État et aux banques grecques l’argent dont ils manquent cruellement pour rendre l’économie efficace et donner du travail aux 25 % de chômeurs que compte le pays. Dans toute l’Europe, les banques répugnent à financer les projets visant à créer des richesses dans les territoires, à consolider l’emploi et à développer les services publics car elles ne les considèrent pas comme suffisamment rentables. Cela prépare de futurs krachs, encore plus graves que celui de 2007-2008.

Heinz Bierbaum. Cette politique dite d’assouplissement quantitatif (l’activation de la planche à billets pour racheter massivement des bons du trésor – NDLR) n’est pas une mauvaise chose. Mais elle ne peut avoir d’effet positif qu’à partir du moment où elle est reliée à une orientation économique aux critères tout à fait différents de ceux qui constituent la norme d’aujourd’hui. Ainsi la Grèce, qui aurait le plus besoin d’accéder à de nouvelles liquidités pour faire face à l’urgence, se trouve-
t-elle, de fait, exclue du plan de la BCE.

Dans des conditions inchangées, cette politique ne peut que nourrir le risque de nouvelles spéculations financières. Loin de stimuler le crédit et l’emploi, les liquidités bon marché émises par la BCE vont faire surgir de nouvelles bulles spéculatives.

De plus, cette politique a des effets collatéraux très néfastes sur les petits épargnants dont les économies se trouvent dévalorisées par des taux d’intérêt très bas. L’assouplissement quantitatif ne peut avoir d’effet salutaire que s’il est relié à une politique de forte relance des dépenses publiques, donc en rupture avec l’austérité.

 

Quel devrait être le contenu d’une autre politique de la BCE en faveur du crédit au service de l’emploi ?

Denis Durand. Il faut que les immenses gains de productivité apportés par les technologies informationnelles servent à développer les capacités humaines sur toute la planète en économisant les ressources naturelles, et non en nourrissant la croissance insensée des profits financiers. Il y a un moyen de faire reculer la dictature des marchés financiers : imposer une tout autre orientation aux crédits bancaires. C’est l’affaire d’une nouvelle sélectivité de la politique monétaire : pas d’argent de la BCE pour les banques qui alimentent la finance ! De l’argent à 0 % pour celles qui financent la création d’emplois et de richesses dans les territoires. La BCE le reconnaît à sa façon puisqu’elle distribue depuis octobre dernier des refinancements ciblés sur les crédits aux entreprises. Mais sans critères précis, cet argent ira aux profits et non à l’emploi et aux services publics. C’est pourquoi les citoyens doivent conquérir de nouveaux pouvoirs, dans les quartiers, dans les entreprises, pour imposer aux banques, qui gèrent notre argent à tous, de se conformer à leur responsabilité sociale. Avec des outils concrets : un pôle financier public ; un fonds de développement économique, social et écologique européen, financé par la BCE. C’est possible sans attendre la modification des traités européens, avec l’appui technique de la Banque européenne d’investissements.

 

Heinz Bierbaum. Le rôle de la BCE doit être revu fondamentalement. Elle doit devenir aussi responsable de l’évolution de l’emploi. Elle doit être en capacité de financer de grands plans d’investissements dont les États membres ont besoin en leur prêtant directement de l’argent à taux quasiment nul. Il s’agit de mobiliser les fonds nécessaires à une transition écologique et industrielle dont il n’est guère besoin de préciser le caractère crucial. Ces plans d’investissements publics sont absolument indispensables partout en Europe et leur réussite est liée au développement de bons emplois stables et qualifiés.

Les statuts de la BCE n’autorisent pas ces financements directs aujourd’hui. Il faut donc les modifier pour que sa politique monétaire serve enfin l’emploi et non plus la spéculation financière. Sachant les délais nécessaires à un tel changement de statuts, rien n’empêcherait d’accélérer le processus en créant une banque publique européenne. Elle serait autorisée, elle, à se refinancer à taux quasi nul auprès de la BCE et pourrait prêter l’argent nécessaire aux grands investissements publics que j’évoquais. On peut donc agir sans attendre.

 

Finance, banque, économie en débat. Lors du Forum européen des alternatives qui se tiendra, samedi et dimanche 
à Paris, et dont le programme est disponible sur www.forum-des-alternatives.eu, l’économie hétérodoxe sera à l’honneur. Samedi, la rencontre s’ouvrira 
par la plénière « L’austérité, ça suffit. Notre objectif : le développement humain 
en Europe » et s’achèvera par une autre : « La démocratie contre les banques. Reprendre le pouvoir sur la finance ». Parmi les ateliers sur le sujet, on trouvera 
ceux-ci : « Coopérer contre l’évasion fiscale », « Détournement et exploitation 
de l’économie sociale et solidaire par le capitalisme », « Priorité à l’emploi », 
« Industrie moderne, produire quoi ? ». Et bien d’autres.

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 19:15

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Barcelone, épicentre du changement

26 mai par Esther Vivas

 

 

 

 

Ce « sí se puede » – « oui, c’est possible »,– qui, des mois durant, a résonné sur les places et dans les rues suite à l’inoubliable Printemps Indigné de 2011 arrive aujourd’hui comme un tremblement de terre dans les institutions, ce qui était inimaginable alors. La victoire de Barcelona en Comú – Barcelone en Commun – à Barcelone, avec Ada Colau en tête de liste, a fait voler en éclat l’échiquier politique.

Si, des mois durant, nous avons dû subir des accusations de différents acabits selon lesquelles le 15M – 15 mai, date à laquelle le mouvement des indignés a été initié, ndr – serait radical, antisystème et « punk à chien », accompagnées de « si vous voulez faire de la politique, formez un parti », comme si la politique se limitait à faire de la politique partisane, sans compréhension aucune ou volonté de comprendre quoi que ce soit de ce qu’a signifié ce « soulèvement populaire » indigné, aujourd’hui les pires cauchemars de l’establishment sont devenus réalité.

Le discours contre-hégémonique qui s’est construit à ce moment-là sur toutes les places, capable de dessiner un nouvel imaginaire collectif, qui a montré sans détours le lien entre crise économique et détournement de la politique et a su, comme jamais auparavant, se connecter à une majorité sociale ébranlée par trois longues années de coupes budgétaires, prend aujourd’hui d’assaut les institutions, dépassant les limites du possible qui nous étaient imposées.

Il ne s’agissait pas, comme le prétendaient certains « je sais tout », d’uniformiser l’hétérogénéité du mouvement dans un parti unique sans plus, mais bien de mettre sur pied de nouveaux instruments politiques, de nouvelles méthodologies et confluences et d’élaborer des processus qui permettraient de faire passer cette indignation de la rue aux institutions. De faire de la majorité sociale étouffée par la crise une majorité politique. Sans oublier que tout processus de changement réel viendra de la prise de conscience collective, de l’auto-organisation populaire et de la mobilisation continue. En définitive, occuper les institutions, comme nous avions occupé les places, pour les mettre au service de « monsieur et madame tout le monde ». Et c’est ce qui vient d’être réalisé.

L’éclosion fulgurante de Podemos il y a un an, en mai 2014, lorsque la formation obtenait de façon inespérée 1,2 millions de votes et 5 eurodéputés aux élections européennes, en a été le meilleur exemple. Une feuille de route envisagée auparavant, en avril 2013, avec le Processus Constituant en Catalogne, lancé par la none bénédictine Teresa Forcades et l’économiste Arcadi Oliveres, qui appelait à construire par en bas une nouvelle majorité politico-sociale. Un défi que Guanyem Barcelona – « Gagnons Barcelone », la liste emmenée par Ada Colau, ndr – et Ahora Madrid – « Madrid maintenant », la liste emmenée par Manuela Carmena, ndr –, bien que celle-ci n’ait pas gagné en termes de nombre d’élus, ont relevé comme personne dans ces élections. Une expérience étendue à de nombreuses municipalités et communautés, comprenant l’émergence de nouvelles forces politiques, résultat de la confluence sociale, capables d’atteindre les secteurs les plus touchés, qui se sont bien mobilisés et ont voté à cette occasion.

Les résultats de cette bataille électorale rompent avec les schémas de la politique telle que nous la connaissions depuis la transition. L’échiquier compte désormais plus de deux équipes. Et l’arrivée des « sans voix », des précaires, des expulsés, des chômeurs… en fait, des « outsiders », en tête de la municipalité de Barcelone démontre que l’on peut gagner et que tout est possible. C’est le moment de mettre en pratique cette fameuse consigne de « diriger tout en obéissant ». Mais le chemin du changement en lettres majuscules ne sera pas facile. La pression de l’establishment, de ses lobbies économiques à sa machinerie médiatique, ne se fera pas attendre. Les entraves et les tentatives de disqualification seront multiples, soyons-en assurés. La responsabilité, tout comme l’opportunité est énorme.

Nous vivons aujourd’hui un moment historique. Quatre années se sont écoulées depuis qu’on s’est mis à crier sur les places : « Ils ne nous représentent pas ! » Suite au tremblement de terre politique que représentent ces élections, un nouveau mot d’ordre s’impose : « Oui, ils nous représentent ». En Catalogne, les élections du Parlement seront le prochain assaut. À Madrid, le Congrès des Députés qui se prépare. Comme le disait Ada Colau en cette nuit électorale historique : « Ceci est une révolution imparable ».

 

Article publié dans Publico.es, 25/05/2015. Traduit de l’espagnol par Matilde Dugaucquier.

 

 

Auteur

 

Esther Vivas

est née en 1975 à Sabadell (Etat espagnol). Elle est auteure de plusieurs livres et de publications sur les mouvements sociaux, la consommation responsable et le développement durable. Elle a publié en français En campagne contre la dette (Syllepse, 2008) et est coauteure des livres en espagnol Planeta indignado. Ocupando el futuro (2012), Resistencias globales. De Seattle a la crisis de Wall Street (2009) est coordinatrice des livres Supermarchés, non merci et Où va le commerce équitable ?, entre autres.
Elle a activement participé au mouvement anti-globalisation et anti-guerre à Barcelone, de même qu’elle a contribué à plusieurs éditions du Forum Social Mondial, du Forum Social Européen et du Forum Social Catalan. Elle travaille actuellement sur des questions comme la souveraineté alimentaire et le commerce équitable.
Elle est membre de la rédaction de la revue Viento Sur et elle collabore fréquemment avec des médias conventionnels tels que Público et avec des médias alternatifs comme El Viejo Topo, The Ecologist, Ecología Política, Diagonal, La Directa, entre autres.
Elle est également membre du Centre d’Études sur les Mouvements Sociaux (CEMS) à l’Université Pompeu Fabra.
@esthervivas | facebook.com/esthervivas | www.esthervivas.com

 

 

Autres articles en français de Esther Vivas (44)

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 22:44

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

 

Lundi 25 mai 2015. Podemos est devenu dimanche 24 mai, lors des élections locales en Espagne, la troisième force politique du pays, mettant fin au bipartisme en vigueur depuis quarante ans. Les coalitions qu’elle soutient sont aux portes des mairies de Madrid et Barcelone. L’affaissement du Parti populaire (PP, droite, au pouvoir) est de bon augure pour cette formation anti-austérité, avant des élections législatives (en novembre) qui pourraient changer la donne en Europe.

A quoi servent les formations politiques ?

 

Podemos, le parti qui bouscule l’Espagne

 

 

La perspective d’une victoire de la formation de gauche radicale Syriza lors d’élections législatives anticipées en Grèce a suffi à alarmer la Commission européenne. Ailleurs en Europe, la résistance aux politiques d’austérité s’organise loin de structures partisanes soupçonnées de faire partie du problème plutôt que de la solution. Ce fut longtemps le cas en Espagne, jusqu’à la création d’un parti qui semble changer la donne.

par Renaud Lambert, janvier 2015
 
 

Madrid, 15 mai 2011. Des milliers, puis des centaines de milliers de manifestants, bientôt rebaptisés « indignés » par la presse, se rassemblent à la Puerta del Sol, au cœur de la capitale espagnole. Ils dénoncent la mainmise des banques sur l’économie et une démocratie qui ne les « représente pas ». Enfiévrées, leurs assemblées interdisent drapeaux, sigles politiques et prises de parole au nom d’organisations ou de collectifs. Un slogan émerge bientôt de leurs rangs : « Le peuple, uni, n’a pas besoin de partis. »

Trois ans plus tard, la place de la Puerta del Sol est vide. L’ambition que les choses changent n’a pas disparu, elle a muté. De façon inattendue, l’espoir se cristallise désormais sur une nouvelle formation politique, Podemos (« Nous pouvons »). Alors que, dans la plupart des pays européens, les partis se heurtent à un discrédit croissant, elle rencontre au contraire un succès inattendu.

« On peine à y croire », sourit l’eurodéputé Pablo Echenique lors d’une rencontre organisée par le « cercle » parisien de Podemos en novembre 2014. « Notre parti a été créé en janvier 2014. Cinq mois plus tard, nous remportions 8 % des voix aux élections européennes. Aujourd’hui, toutes les enquêtes présentent notre formation comme la première force politique d’Espagne ! » Les dirigeants de Podemos savent qu’un sondage n’est pas un scrutin. En décembre 2014, de nouvelles enquêtes relèguent d’ailleurs le parti à la deuxième place, derrière le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Difficile toutefois d’exclure tout à fait la possibilité d’une victoire lors des élections générales qui doivent se tenir le 20 décembre 2015 au plus tard.

La création de Podemos naît d’un constat : « A notre avis, le mouvement du 15-Mai s’est enfermé dans une conception mouvementiste de la politique, nous explique le sociologue Jorge Lago, membre du conseil citoyen de Podemos, sa direction élargie. Or l’idée qu’une accumulation progressive de force allait nécessairement conduire à une traduction politique des rassemblements s’est révélée fausse. » Des associations de lutte contre les expulsions de locataires ont été créées, des réseaux de résistance contre la casse de la santé sont apparus, mais le mouvement général s’est essoufflé, avant de se désagréger.

Sur le plan électoral, même déconvenue. « 80 % de la population se disait en accord avec le mouvement, mais les gens ont continué à voter de façon traditionnelle », poursuit Lago. En novembre 2011, les élections générales se soldent par un raz de marée conservateur. D’où la double hypothèse des fondateurs de Podemos : et si, parmi les personnes qui sympathisaient avec le mouvement du 15-Mai, certaines souhaitaient toujours être représentées ? Et si, dans le contexte actuel, le passage par l’Etat représentait une condition sine qua non de la transformation sociale ?

S’il tranche avec les appels à la démocratie directe de la Puerta del Sol, Podemos se veut l’héritier de « l’esprit de mai », notamment à travers ses principes de financement participatif, de transparence et de délibération collective. Mais ses membres semblent avoir tiré un bilan critique de certains pièges de l’assembléisme. Lors du premier congrès du parti, en octobre dernier, la motion de M. Echenique proposait d’accroître la décentralisation, l’horizontalité, la souplesse. Celle de M. Pablo Iglesias, qui l’a emporté largement, propulsant ce maître de conférences au poste de secrétaire général du parti, suggérait au contraire qu’atteindre les objectifs du mouvement impliquait de le doter d’une organisation moins prompte à diluer ses revendications dans une interminable réflexion sur son propre fonctionnement.

Chez les manifestants de 2011 les plus attachés à l’autonomie du mouvement social, on n’est pas loin de hurler à la trahison : le nouveau parti jouerait les idiots utiles du « système ». « Podemos surgit comme moyen d’institutionnaliser l’énergie sociale et le processus d’expérimentation massive » des dernières années, estime Mme Nuria Alabao, militante d’un collectif barcelonais (1). Podemos ne « récupère » pas le mouvement du 15-Mai, il lui propose un nouvel axe de lutte, rétorque-t-on dans l’entourage de M. Iglesias. « Les mouvements sociaux peuvent très bien conserver leur autonomie tout en soutenant, lorsque cela leur semble judicieux, un gouvernement qui leur est plus favorable que ceux qu’a récemment connus l’Espagne », observe Lago. La question du soutien présente cependant moins de difficultés que celle de la critique : que se passe-t-il lorsqu’un gouvernement que les mouvements sociaux jugent trop timide se trouve déjà en proie aux attaques des conservateurs ? Faut-il rejoindre le chœur des contempteurs et faire le jeu de l’adversaire, ou taire ses réserves et trahir ses propres combats ? Comme ailleurs dans le monde, la question reste entière.

S’il n’existe pas de continuité directe entre le mouvement du 15-Mai et l’essor de Podemos, le second n’aurait pas été possible sans le premier qui, selon les dirigeants du nouveau parti, lui a offert un sujet politique rarement aussi constitué en Europe : le peuple. « Ce n’est pas “le peuple” qui produit le soulèvement, c’est le soulèvement qui produit son peuple », écrit dans son dernier livre le collectif anonyme Comité invisible (2). Alors que, sous d’autres latitudes, « peuple » demeure un vocable creux — une puissance politique fantomatique qu’ambitionnent d’agglomérer des discours incantatoires —, en Espagne le terme aurait pris corps lors des longues soirées d’occupation des places.

 

Et si la gauche se montrait simple, sympathique, voire... drôle ?

L’émergence de ce « nous » collectif s’explique en grande partie par les turpitudes des élites du pays, ceux que Podemos a baptisés « la caste ». A commencer par un niveau de corruption qui donne de la France l’image d’un temple de vertu. Près de deux mille affaires font actuellement l’objet d’enquêtes de justice. Elles concernent au moins cinq cents hauts fonctionnaires, avec un coût pour l’Etat estimé à 40 milliards d’euros par an (3). Réaction des deux principaux partis, le Parti populaire (PP, droite, au pouvoir) et le PSOE : s’entendre pour « limiter la responsabilité pénale aux personnes individuelles qui reçoivent des donations illégales (4) », et maintenir hors de portée de la justice les formations politiques qui en profitent. Même la monarchie, réputée intouchable, ne parvient plus à redorer le blason des élites, puisque les scandales éclaboussent désormais l’infante Cristina de Borbón.

Lorsqu’elle atteint un tel niveau, explique M. Iglesias, la corruption devient « structurelle (5) ». Impossible, donc, de la distinguer d’une conception plus générale de la politique, illustrée par un cri : celui de la députée conservatrice Andrea Fabra, le 11 juillet 2012, lors d’une séance plénière du Congrès au cours de laquelle M. Mariano Rajoy annonça une nouvelle amputation des allocations-chômage. Mme Fabra ne put contenir sa joie. Applaudissant le chef du gouvernement, elle ajouta ce message à l’intention des sans-emploi : « Qu’ils aillent se faire foutre ! »

Alors qu’un chômeur sur deux ne perçoit plus d’allocations, trente-trois des trente-cinq plus grandes sociétés espagnoles fuient l’impôt par le biais de filiales dans des paradis fiscaux (6). Un demi-million d’enfants ont été plongés dans la pauvreté depuis 2009, mais les grandes fortunes du pays prospèrent : leur patrimoine a bondi de 67 % en moyenne depuis l’arrivée de M. Rajoy au pouvoir (7). Et, pour contenir le danger de se voir houspillé par une population ombrageuse, depuis décembre dernier une loi dite « de sécurité citoyenne » interdit méthodiquement tout ce qui avait rendu possible la mobilisation de 2011 : réunion dans des lieux publics, distribution de tracts, occupation des places, etc.

Podemos estime que l’explosion de la bulle immobilière espagnole a brisé les bases matérielles sur lesquelles reposait le « consensus » inauguré par la Constitution de 1978, avec son pacte de transition, sa monarchie — à ce point discréditée désormais que Juan Carlos a dû céder le trône à son fils — et ses espoirs d’ascension sociale. « La crise économique, explique Lago, a provoqué une crise politique — le type de situation exceptionnelle qui constitue le préalable à toute transformation sociale profonde. » Après le processus « destituant » de mai 2011, l’heure serait venue d’engager un processus « constituant » : transformer l’Etat à partir de l’Etat.

La période que traverse l’Espagne serait également celle de tous les dangers. Car, souligne M. Iglesias, l’extrême droite « s’y meut comme un poisson dans l’eau » (mars 2013) (8). Dans ce domaine, toutefois, la gauche espagnole bénéficie d’un atout par rapport à son homologue française : une large frange de l’extrême droite nationaliste se trouve formellement intégrée au PP. Difficile, pour elle, de produire un discours antisystème semblable à celui du Front national, qui n’a jamais gouverné autre chose que des municipalités.

Mais le contexte, dramatique, de l’Espagne ne suffit pas à expliquer l’essor récent de Podemos. Depuis longtemps, la formation Izquierda Unida (IU, Gauche unie) défend un programme politique similaire, sans parvenir à ébranler l’ordre politique. Il est donc également question de méthode.

Pour les dirigeants de Podemos, la gauche a longtemps péché par ses analyses absconses, ses références obscures et son vocabulaire codé. Or, estime M. Iglesias, « les gens ne votent pas pour quelqu’un parce qu’ils s’identifient à son idéologie, à sa culture ou à ses valeurs, mais parce qu’ils sont d’accord avec lui » (30 juillet 2012). Et ils le font d’autant plus que la personne en question sait se montrer normale, sympathique, voire... drôle.

Le premier travail de Podemos consiste à « traduire » le discours traditionnel de la gauche à partir d’axes discursifs capables d’emporter l’adhésion la plus large : les questions de la démocratie, de la souveraineté et des droits sociaux. « Concrètement, précise Lago, nous ne parlons pas de capitalisme. Nous défendons l’idée de démocratie économique. » Oubliée, donc, dans les discours, la dichotomie « gauche-droite » : « La ligne de fracture, explique M. Iglesias, oppose désormais ceux qui comme nous défendent la démocratie (...) et ceux qui sont du côté des élites, des banques, du marché ; il y a ceux d’en bas et ceux d’en haut ; (...) une élite et la majorité » (22 novembre 2014).

Les gardiens de l’orthodoxie marxiste dénoncent ce type d’analyse sociale indifférenciée. Le 24 août 2014, un militant interpelle M. Iglesias lors d’une conférence. Pourquoi ne jamais utiliser le terme « prolétariat » ? Le jeune dirigeant politique répond : « Lorsque le mouvement du 15-Mai a débuté, des étudiants de ma faculté — des étudiants très politisés, qui avaient lu Marx et Lénine — ont pour la première fois participé à des assemblées avec des gens “normaux”. Et ils se sont vite arraché les cheveux : “Mais ils ne comprennent rien !” Ils hurlaient : “Tu es un ouvrier, même si tu ne le sais pas !” Les gens les regardaient comme des extraterrestres, et mes étudiants rentraient chez eux dépités. (...) Voilà ce que l’ennemi attend de nous. Que nous employions des mots que personne ne comprend, que nous restions minoritaires, à l’abri de nos symboles traditionnels. Il sait bien, lui, que tant que nous en restons là, nous ne le menaçons pas. »

Fondé, au moins en partie, par des militants d’extrême gauche, pour certains issus de la formation Izquierda Anticapitalista (IA, Gauche anticapitaliste), Podemos se félicite de ce que 10 % de ses électeurs aux européennes de mai 2014 votaient auparavant pour la droite. Le recrutement social du parti s’est également élargi à travers la création de plus de mille « cercles » dans tout le pays. Les jeunes surdiplômés et urbains du début ont été rejoints par des ouvriers, des employés, des résidents des campagnes.

L’histoire montre toutefois qu’une telle alliance de classes tend à se briser dès lors que les aspirations des mieux lotis ont été satisfaites (9). Comment garantir que Podemos ne se heurtera pas au même écueil ? « Nous ne le pouvons pas, concède Lago. Mais c’est une question qui ne se pose qu’à ceux qui sont en mesure de gagner. Je préfère avoir à y faire face plutôt que me protéger derrière la marginalité traditionnelle de la gauche. »

Pétris des analyses d’Antonio Gramsci, les dirigeants de Podemos considèrent que la bataille politique ne saurait se limiter au renversement des structures économiques et sociales existantes, qu’elle doit également se livrer sur le plan culturel, celui de l’« hégémonie » qui légitime la domination des puissants aux yeux des dominés. Or, dans ce domaine, l’ennemi impose ses codes, son vocabulaire, sa dramaturgie. Et il existe un outil plus puissant que les autres pour forger le « sens commun » : la télévision.

 

Un système électoral pensé pour que rien ne change

Dès 2003, M. Iglesias et ses amis (dont l’universitaire Juan Carlos Monedero, que l’on retrouve aujourd’hui à la tête de Podemos) créent leurs propres programmes audiovisuels, dont « La Tuerka ». Emission de débat politique diffusée par diverses chaînes de télévision locales et sur Internet, elle joue également le rôle de centre de réflexion « pour, dans une perspective léniniste, essayer de comprendre le monde afin d’être prêts, le moment venu » (M. Iglesias, mars 2013). Invitant à l’occasion des personnalités marquées à droite, les jeunes compères acquièrent une notoriété qui leur permet d’intervenir lors de débats politiques organisés par les grandes chaînes, le second élément de leur stratégie consistant à « ne pas laisser le terrain à l’ennemi ».

Pour l’heure, cela ne se traduit pas par des entretiens aux équivalents ibériques de Closer, ni par une docilité démesurée... Le 6 décembre 2014, « La noche en 24 horas », l’une des principales émissions politiques de TVE (la première chaîne de télévision publique du pays), reçoit M. Iglesias. D’emblée, celui-ci souligne qu’il ne considère pas l’invitation comme une faveur : « Il aura fallu batailler pour que je passe ici, observe-t-il devant le journaliste et producteur de l’émission Sergio Martín, penaud. Vous me permettrez de remercier les travailleurs de cette maison, car, comme vous le savez, sans la pression qu’ils ont exercée, vous ne m’auriez jamais reçu sur votre plateau. »

La classe dirigeante espagnole dispose d’un système électoral favorable aux deux formations dominantes et aux partis recrutant sur un territoire restreint, comme les nationalistes. « L’arithmétique est simple, expliquait le sociologue Laurent Bonelli en novembre 2011. Il faut 42 411 voix aux nationalistes navarrais de Geroa Bai pour obtenir un siège, 60 000 au PP, 64 000 au PSOE et 155 000 à IU (10)... » Sans compter que la stratégie de Podemos visant à refuser tout front commun — une « soupe de sigles » qui risquerait de réinscrire la formation dans le traditionnel clivage gauche-droite — pourrait priver le parti des voix des nationalistes de gauche ou des militants d’IU, qui dénoncent l’« irresponsabilité historique (11) » de Podemos. L’élite ibérique semble toutefois inquiète : le 1er décembre 2014, le patron des patrons espagnols Juan Rosell appelait à une grande coalition « à l’allemande » entre le PP et le PSOE.

« Le programme de Podemos n’a rien de maximaliste (12) », souligne M. Iglesias. Assemblée constituante dès l’arrivée au pouvoir, réforme fiscale, restructuration de la dette, opposition au recul de l’âge de la retraite à 67 ans, passage aux trente-cinq heures (contre quarante actuellement), référendum sur la monarchie, relance industrielle, récupération des prérogatives souveraines de l’Etat concédées à Bruxelles, autodétermination des régions espagnoles... Prévoyant d’emblée une alliance avec des forces similaires du sud de l’Europe (notamment Syriza, en Grèce, dont la Commission européenne redoute une victoire prochaine), les projets de Podemos menacent toutefois les pouvoirs financiers, ce que M. Iglesias appelle « l’Europe allemande » et « la caste ».

Laquelle montre déjà les dents. Une tribune du journaliste Salvador Sostres parue dans le quotidien El Mundo le 2 décembre compare M. Iglesias à l’ancien dirigeant roumain Nicolae Ceausescu, le soupçonnant de n’avoir qu’une idée en tête : « faire couler le sang des plus pauvres, jusqu’à la dernière goutte (13) ». Quelques semaines plus tôt, un élu du PP était encore plus direct : « Qu’on lui mette une balle dans la nuque (14)  ! »

 

Renaud Lambert

 

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

 

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 22:30

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

A Barcelone, la liste citoyenne et écolo est arrivée en tête des élections

23 mai 2015 / Marie Astier (Reporterre)
 

 

 

 

Les élections municipales de ce dimanche 24 mai à Barcelone ont placé en tête la liste Barcelona en comu. Particularité : elle est composée de mouvements citoyens et écologistes, et issue du mouvement des Indignés. La prochaine maire de la deuxième plus grande ville espagnole s’appelle Ada Colau. C’est presque comme si un zadiste devenait maire de Marseille...


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Résultats en % de l’élection de dimanche 24 mai à Barcelone

 

Succès à Barcelone, et aussi à Madrid, la liste Ahora Madrid, soutenue par Podemos et menée l’ex-juge Manuela Carmena est deuxième, avec un siège de moins que le Parti Populaire. En s’alliant avec le PSOE, elle pourrait gouverner. C’est comme si Eva Joly devenait maire de Paris avec derrière elle plein de mouvements sociaux, les Verts et le Front de Gauche, en alliance avec le PS et après avoir élaboré son programme à partir de réunions de quartier qui auraient eu un énorme succès.


- Barcelone, reportage

- Ce reportage a été publié samedi 23 mai

La foule a le sourire et les enfants jouent avec les ballons rouges et blancs aux couleurs de « Barcelona en Comú »« Barcelone en commun ». La liste est candidate aux municipales de Barcelone qui ont lieu dimanche 24 mai. A quatre jours des élections, l’équipe a décidé de jouer gros sur ce meeting de fin de campagne : grande scène, interventions d’artistes, suivi en direct sur les réseaux sociaux, et stands des assemblées de quartier qui soutiennent la candidature. Le tout sur la Plaça Catalunya, la place de la Catalogne, l’équivalent à Barcelone de la place de la République à Paris.

Le lieu est symbolique : c’est là qu’a commencé le mouvement des Indignés dans la capitale catalane. Là que, le 15 mai 2011, des citoyens ont commencé à manifester des jours durant pour protester contre les politiques d’austérité et la corruption de la classe dirigeante et réclamer une « véritable » démocratie. Beaucoup de candidats de Barcelona en Comú y étaient. « Le 24 mai, nous allons récupérer la plaça Catalunya et la démocratie », commence Gala Pin, l’une d’entre eux. « Nous avons une opportunité historique. Le peuple peut gagner », reprend d’une voix émue la tête de liste Ada Colau. « Si, se puede », « Oui, nous pouvons », scande la foule en réponse.

 

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Ada Colau durant le meeting
 

Ada Colau incarne l’immense l’espoir d’un renouveau politique. Dans l’assistance se mélangent les jeunes, les vieux, les familles. Quatre mille personnes sont présentes, c’est l’événement de la campagne municipale qui a réuni le plus de monde. « Cela fait plusieurs années qu’on subit une crise très mal gérée. Nous sommes restés soumis pendant trop d’années, maintenant, le changement de système est inévitable », espère Francesca, 59 ans. Avec son amie Maria-Antonia, elles ont connu la transition démocratique après le régime de Franco. Elles ont cru de nombreuses années à cette nouvelle démocratie. « Mais aujourd’hui les gens sont de plus en plus pauvres, poursuit la seconde. Sur trois enfants, j’en ai deux au chômage. On ne peut pas continuer comme ça. »

 

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Francesca et Maria Antona
 

Ainhoa et Sergi sont eux venus avec leurs deux petites filles : « On avait envie que nos enfants voient ça. » Leur discours est moins revendicatif que celui de leurs aînées. « On veut que ça change, ces dernières années la mairie a plus travaillé pour l’image de la ville à l’international que pour ses habitants. »

La liste est au coude à coude avec celle du maire sortant, un indépendantiste de centre droit, pour arriver en tête dimanche. Elle prendrait alors le pouvoir d’une ville de 1,6 millions d’habitants, connue partout dans le monde. L’impact symbolique serait plus fort que celui de la victoire d’Eric Piolle à Grenoble l’année dernière en France..

 

Démocratie directe et lutte contre les inégalités

 

 

Sur scène, sous les applaudissements, Ada Colau scande : « Nous ne nous résignerons pas à la pauvreté, aux expulsions, à la corruption, aux morts causées par la pollution... » Une façon de résumer son programme : revenu minimum pour les plus pauvres, arrêt des expulsions (courantes en Espagne depuis la crise), création de logements sociaux, transparence de la vie publique, etc.

Les orateurs se succèdent et dénoncent les uns après les autres la politique traditionnelle, soutenus par le public. Parmi eux des universitaires, des avocats, des militants de terrain. Une diversité à l’image de ceux qu’a réussi à réunir autour d’elle Ada Colau : militants du droit au logement, des droits de l’Homme, de l’égalité homme-femme, écolos, anarchistes…

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous à neuf heures dans le local encore calme de Barcelona en Comú. A l’origine de cette liste, on trouve des intellectuels et des militants habitués à travailler ensemble depuis de nombreuses années, raconte Gala Pin. Elle vient du « mouvement des voisins », des associations de quartier qui ont été à la pointe de la lutte contre le franquisme et restent très actives aujourd’hui. « Les mouvements sociaux ont fait changer beaucoup de choses à Barcelone, estime-t-elle. Mais quand on milite longtemps, on finit toujours par se cogner au plafond de verre des institutions. »

 

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Gala Pin
 

C’est alors qu’est survenu le mouvement des indignés, qui a cristallisé un ras-le-bol face à la montée des inégalités due à la crise et face à la multiplication des scandales de corruption. L’espoir est revenu. « Le sentiment général était que les gens normaux avaient plus de pouvoir qu’ils n’en avaient jamais eu », poursuit la trentenaire.

C’est à ce moment là qu’est née l’envie de prolonger ce mouvement social dans le champ politique. « Nous avons décidé d’arrêter de résister et de prendre le pouvoir », se rappelle David Llistar. Il nous reçoit sur la terrasse ensoleillée de son bureau. Cet économiste environnemental fait partie de l’équipe depuis le début. Il coordonne le groupe de réflexion de l’équipe sur « économie et écologie ».

« Nous avons pensé qu’il était possible d’utiliser le capital médiatique d’Ada Colau pour prendre d’assaut les institutions publiques, pour les libérer du grand capital et les ouvrir au peuple », explique l’économiste. A l’époque, Ada Colau était la porte-parole ultra médiatisée de la « Plateforme des victimes des hypothèques », un groupe de lutte contre les expulsions né à Barcelone et qui a essaimé dans toute l’Espagne depuis la crise. Militante de longue date, femme de terrain, un sourire franc qui désormais s’affiche sur les murs du métro : sa personnalité fait l’unanimité.

 

"Décroissant, mais sans le dire, parce que sinon ils vont nous tomber dessus"

A ce mouvement de militants et d’intellectuels qui se connaissent de longue date, viennent s’ajouter des partis politiques : la section barcelonaise de Podemos, le petit parti écolo Equo, ainsi que l’ex-parti communiste Iniciativa per Catalunya Verds ou ICV (Initiative pour la Catalogne Verts). Mais la liste reste citoyenne : les candidats sont tous des nouveaux en politique.

Le renouveau est aussi là du côté du mode de fonctionnement, notamment pour élaborer le programme, qui part des propositions des assemblées de quartier et de groupes de travail ouverts à tous.

Ce programme est-il écolo ? Il est même « décroissant, mais sans le dire parce que sinon ils vont tous nous tomber dessus », soutient David Llistar. Le plus symbolique est la remise en cause du modèle économique de la ville, basé uniquement sur un tourisme étranger qui amène 16 millions de visiteurs chaque année. A la place, Ada Colau propose de créer une monnaie locale pour relocaliser l’économie. Parmi les propositions, on trouve aussi la piétonnisation d’une partie du centre-ville, la création d’un abonnement aux transports en commun à 50 euros pour toute l’agglomération, la création d’une agence locale de l’énergie pour contrer l’oligopole des grandes compagnies du secteur et développer les renouvelables. L’économiste désigne les terrasses qui s’étalent devant nous : « On n’a pas un seul panneau solaire, c’est absurde ! »

 

Rupture ou politique à l’ancienne ?

« Certes, il y a des propositions intéressantes dans le programme, commente Santiago Vilanova, écolo historique de la ville et journaliste indépendant. Mais dans ces élections l’écologie on n’en parle pas ! Ada Colau ne porte pas ce message. Par exemple, quand elle parle du tourisme elle évoque l’impact social et culturel, mais pas du tout de la pollution énorme qu’il engendre. »

 

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Santiago Vilanova
 

Autre reproche fait à Ada Colau et son équipe, l’alliance avec le parti ICV. Il a déjà fait parti de la majorité municipale, et a permis la privatisation de la gestion de l’eau. « C’est un parti qui fait de la politique à l’ancienne, alors que nous voulons une rupture, regrette l’un des membres de l’équipe de Barcelona en Comú. Mais des personnes en qui j’ai vraiment confiance participent, alors j’ai décidé de me joindre à eux. »

« Avant d’accepter ICV dans la coalition, nous lui avons demandé des changements, tempère Marc Bertomeu, secrétaire général de Podemos à Barcelone. Ils ont accepté de présenter des candidats nouveaux en politique, nous l’avons forcé à se régénérer. »

 

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Marc Bertomeu
 

« Cette alliance est une stratégie médiatique, c’est de l’électoralisme », tempête Santiago Vilanova. En Espagne, le temps de parole attribué à un parti dans les médias est plus important lorsqu’il a déjà gouverné. ICV a permis à Barcelona en Comú d’avoir une plus grande exposition médiatique.

Mais, autre conséquence de cette alliance, un parti politique au programme pourtant proche de celui de Barcelona en Comú a refusé de se joindre à la coalition. La CUP – Candidatura d’unitat popular – est un petit parti de gauche indépendantiste qui veut « changer la société en partant du niveau local », explique sa porte-parole Maria Jose Lecha. Contrairement à Ada Colau, elle a encore le temps d’accorder des interviews aux journalistes étrangers...

 

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Maria Jose Lecha
 

« Nous sommes pour une candidature de rupture, détaille-t-elle. Or ICV n’a jamais fait la critique de sa politique quand il était à la mairie. Il ne peut pas y avoir de changement avec ce parti. » Autre point de divergence : Barcelona en Comú ne se prononce pas sur l’indépendance de la Catalogne, quand la CUP est résolument pour.

« Pour le reste, c’est vrai qu’on a des discours très similaires, reconnaît la candidate, mais dans les faits on est différents. La tête de liste Ada Colau était déjà choisie. A la CUP, du premier au dernier de la liste, tous ont été désignés en assemblée. Je travaille dans l’administration d’un hôpital, je ne suis même pas membre du parti, et je me suis rendue compte que j’étais tête de liste qu’à la toute fin du processus de désignation, il y a seulement deux mois ! »

Reste que la recette médiatique de Barcelona en Comú porte ses fruits. La liste citoyenne espère terminer première ou deuxième et gagner un peu plus d’une dizaine de conseillers, sur les quarante du conseil municipal.

 

« Les institutions sont dangereuses »

Mais en cas de victoire, la liste saura-t-elle être à la hauteur de l’espoir de renouveau qu’elle suscite ? Depuis le début, avant même d’élaborer le programme, les fondateurs ont rédigé un « code éthique ». Le salaire maximum est fixé à 2 200 euros, interdiction de travailler dans des entreprises qui reçoivent de l’argent public pendant cinq ans après la fin du mandat, publication détaillée des comptes, limitation à deux mandats consécutifs.....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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