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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 19:12

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Une nouvelle ZAD s’est installée à Oléron. Enjeu : un projet ostréicole industriel

2 mai 2015 / Isabelle Rimbert (Reporterre)
 


 

Sur l’île d’Oléron, en Charente-Maritime, une Zad s’est installée contre le projet dit « de la Malconche » : un champ de production industrielle d’huîtres et de moules en eau profonde. Cette toute jeune Zone Aquacole à Défendre renforce un combat porté par la population locale. Reportage.


- Oléron, reportage

Presque deux semaines après la naissance de la Zad de Boyardville à Oléron, la vie reprend ses droits dans la bien nommée « Maison Heureuse », en dépit de l’avis d’expulsion fraîchement placardé sur la porte. Séparé de la plage par une allée de pins, l’ancien lycée expérimental et ses nombreuses dépendances (réfectoire, buanderie, dortoirs et même une piscine massivement squattée par des crapauds), ont conservé un charme unique. Quelque chose de l’esprit anticonformiste abrité ici semble avoir imprégné le lieu, à l’abandon depuis 2012.

On y entre par une fenêtre avec une chaise d’écolier en guise de marche-pied, les portes étant barricadées depuis une vaine tentative d’expulsion par les gendarmes peu après l’ouverture le 11 avril. L’intérieur, superbe et délabré, abrite aussi bien une fresque classée que des tags et des productions bariolées, vestiges d’expérimentations artistiques passées.

 

 

Une partie du bâtiment a été investie par les zadistes, et la vie collective s’organise à travers un dédale de couloirs, de salles de cours changées en chambres, de bibliothèque transformée en pièce commune et salle de réunion. Sur des tables alignées, des livrets sur la garde à vue ou le prélèvement ADN, assez répandus chez les opposants de tout poil, et des documents relatifs à l’épineux projet « de la Malconche ».

Porté par le Comité Régional de la Conchyliculture (CRC) Poitou-Charentes et validé par la préfecture de Charentes-Maritime fin 2011, il prévoyait l’installation de 347 filières conchylicoles (des câbles de 100 mètres garnis de poches d’huîtres et de moules maintenues à flot par des bouées et arrimés au fond) sur près de 400 hectares dans l’anse de la Malconche, à quelques encablures de la Maison Heureuse. 42 filières sont installées durant l’été 2012. Suspendu par le tribunal administratif de Poitiers fin 2012, le projet est finalement annulé en janvier 2014 en raison de l’absence d’études d’impact.

 

77 % d’opinions défavorables, mais pourtant accepté par le commissaire enquêteur

Revoyant sa copie, le CRC en propose alors une deuxième version redimensionnée : 313 filières réparties sur 250 hectares, mais toujours sans étude d’impact complète. Soumis à enquête publique fin 2014, le projet récolte 77 % d’opinions défavorables. Il est pourtant validé par le commissaire enquêteur, puis autorisé via un arrêté préfectoral en mars 2015.

Un procédé peu apprécié des opposants, et qui apporte toujours plus d’eau au moulin de celles et ceux qui s’interrogent sur les limites de la légalité. Et tentent d’imaginer, en actions, une définition possible de la légitimité.

Ils sont une petite quinzaine à avoir fait le choix de défendre leurs idées en occupant les lieux et en décrétant une « Zone Aquacole à Défendre ». Des jeunes qui pour la plupart ont participé à d’autres luttes, mais aussi des nouveaux militants dont c’est le premier combat comme Jess, rouquine de 19 ans, originaire de la région, mais qui « découvre seulement maintenant l’ampleur du projet. »

 

 

La plupart sont passé-e-s par d’autres Zad : NDDL, Roybon, Sivens, ou Echillais (près de la Rochelle). Guillaume, 25 ans, explique : « Suite à un appel, on a ouvert le lieu le 11 avril et finalement, j’ai décidé de rester. Le gouvernement français s’éloignant de plus en plus de la démocratie, on dispose de moyens légitimes au nom de la désobéissance civile pour nous faire entendre, comme, entre autres, l’occupation d’espaces publics ».

Cet ex-militant de Greenpeace trouve ici un terrain à la mesure de ses convictions : « La problématique de l’océan touche tout le monde. On porte ici des idées de respect du vivant, de décroissance, d’auto-organisation, et d’une certaine forme de démocratie directe. Et depuis notre arrivée, on a le soutien actif d’une partie de la population locale ».

 

Des habitants d’accord avec les zadistes

En effet, les visiteurs - sympathisants, voisins, curieux - n’hésitent pas à braver les prédications alarmistes des gendarmes, pour apporter des victuailles ou discuter autour d’un café. Comme Marie, accompagnée de ses petits-fils adolescents, venue partager un moment avec les zadistes. Proche de l’APLIMAP, association pour la préservation du littoral de la Malconche et des Pertuis charentais (une des associations « historiques » qui se bat au côté d’autres acteurs locaux, élus, plaisanciers...), cette « sympathisante de 70 ans » comme elle se nomme elle-même, s’investit dans la lutte depuis quatre ans.

« Je viens prendre des nouvelles, après l’ordre d’expulsion. Les gendarmes ont tenté d’empêcher ma visite en disant que les gens ici sont dangereux et agressifs », lance-t-elle dans un grand sourire. « Moi ce que je trouve dangereux, c’est ce projet aberrant et le déni de démocratie dont il fait l’objet ». Pour Marie, « l’idée est de se battre ensemble, sur tous les fronts ». Sur le plan juridique, notamment : « Nous allons déposer un nouveau référé en suspension, comme pour le premier projet. On n’a pas l’intention de laisser faire : il s’agit ni plus ni moins d’une partie du domaine public maritime mis à la disposition d’intérêts privés ».

 

 

Privatisation de l’océan

Hugo, 25 ans, remonte avec une corde le bac de vaisselle nettoyée au point d’eau accessible dehors. Natif d’Oléron, il est un trait d’union avec les insulaires : « Ce projet n’est que les prémices de bien d’autres, facilités par la loi Macron et bientôt le traité transatlantique à venir. Au-delà d’une forme de privatisation de l’océan, ce projet à 4 millions d’euros dont 70 % d’aides publiques est imposé sans concertation ni étude dimpact sérieuse. Tout ça pour qui ? Entre 50 et 60 exploitants sur les 900 que compte le bassin Marenne Oléron ».

Un petit groupe s’affaire à consolider les barricades, et les coups de marteau qui résonnent dans les couloirs couvrent à peine les cris stridents des goélands qui tournoient autour du bâtiment. Au milieu de la salle baignée de lumière, le café fume dans des bocaux en verre. Marie et ses hôtes discutent des dégâts que pourrait occasionner le projet : « La modification de l’écosystème marin et des courants, l’envasement des plages, les quantites énormes de rejets organiques produits par des millions d’huîtres et de moules, la captation massive de phytoplancton… »

Hugo estime que « la surproduction liée au projet aura des conséquences sur le milieu, alors que dans le même temps il y a une mortalité de près de 80 % des huîtres actuellement, ce qui entraine le versement de subventions pour les pertes, favorisant la production, etc. » Un cercle vicieux emblématique de l’état calamiteux de la filière ostréicole sur l’ensemble des bassins français, victime de taux de mortaliés records depuis 2008. Alors que quelque années plus tôt, l’IFREMER démarrait la diffusion à grande échelle de l’huître triploïde, une variété prétendument stérile, à croissance rapide, obtenue par croisement génétique. « Une grande partie des huîtres prévues pour grandir là sont issues d’écloseries, détaille Hugo. Peu ou pas contrôlées, celles-ci sont dans une logique de production industrielle et utilisent notamment des antibiotiques qui finiront en mer. »

 

 

Politique du fait accompli, projet d’aménagement du territoire imposé sans réelle concertation, ignorance volontaire des conséquences écologiques et sociales, privatisation du vivant au profit de l’agrobusiness… Des pratiques que dénoncent les zadistes, d’Oléron comme d’ailleurs.

Joint par téléphone, Gérald Viaud, président du CNC et du CRC Poitou-Charentes, voit la situation d’un autre oeil : « Les personnes qui ont signé contre le projet lors de l’enquête publique n’y connaissent rien. Les filières, véritables réserves à poissons, ne sont pas nocives pour l’environnement, d’ailleurs les filières déjà installées n’ont pas eu d’impact sur le milieu. Quant aux zadistes, ils ne sont pas à leur place. Pour moi, ils se sont trompés de combat ».

 

Lanceurs d’alerte

La salle de réunion se remplit de nouveaux visiteurs. Comme Jean-Claude, 58 ans, mytiliculteur sur la zone. Il rentre tout juste du congrès de la Confédération Paysanne, qui a eu lieu fin avril dans les Pyrénées-Atlantiques. Pour lui qui a « installé les trois premières filières sur l’île pour faire de l’algue en 1992 puis des moules », le projet de la Malconche n’est « que le début d’une dérive productiviste. Si je n’ai jamais eu de souci avec trois filières depuis 25 ans, c’est parce qu’il s’agit d’une petite surface. Le problème, c’est la taille du projet et de ceux qui y ont des intérêts : les grou, comme on les appelle ici, gros producteurs ayant grandi sur trois générations, qui vont, ensemble, asphyxier les conchyliculteurs plus modestes. Mais les vrais gagnants sont les écloseurs qui fournissent les naissains d’huîtres, et dont sont dépendants les grous qui finiront par se faire absorber. On s’achemine vers un monopole des écloseurs, et une disparition des petits producteurs. On peut s’attendre à des conséquences socio-économiques particulièrement sévères pour la profession. »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 19:04

 

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« Produire autrement et partager le travail pour en finir avec le chômage »

2 mai 2014 / Entretien avec Dominique Méda
 


 

Le 1er mai était le jour de la fête du Travail, que Reporterre a célébré en se mettant en pause. On en a profité pour réfléchir sur ce que représente le travail aujourd’hui, lors d’une rencontre avec la philosophe et sociologue Dominique Méda, notamment auteure de Réinventer le travail.


Reporterre - La Fête du Travail a-t-elle encore un sens pour vous qui avez écrit en 1995 Le travail. Une valeur en voie de disparition ?

Dominique Méda - Dans cet ouvrage, je ne décrivais pas une situation objective. J’exprimais le souhait que le travail prenne moins de place dans nos vies et soit mieux réparti entre les membres de la société, pour que chacun assume ses rôles de travailleur, parent, citoyen, ami…

Continuer à faire du partage du travail une cause commune aux travailleurs de tous les pays – puisque je rappelle qu’il s’agit d’une Fête internationale des travailleurs ! – et conserver un jour férié pour formuler des propositions destinées à améliorer leur situation me paraît non seulement une excellente chose, mais aussi une absolue nécessité.

 

 

Les chiffres du chômage sont parus la semaine dernière : 3 349 300 demandeurs d’emploi. De quoi le marché du travail souffre-t-il aujourd’hui ?

On peut aussi évoquer trois autres chiffres : plus de six millions de personnes sont désormais, en France, inscrites à Pôle emploi dans l’une des cinq catégories ; plus de 42 % des demandeurs d’emploi en catégorie A, B et C sont inscrits à Pôle emploi depuis plus d’un an ; moins de 50 % des demandeurs d’emploi sont indemnisés.

Les causes du chômage tiennent à la conjugaison de trois éléments : un étouffement de l’activité par les politiques d’austérité et plus généralement par le détournement des financements vers l’économie spéculative, une compétition intra-européenne et internationale non régulée dont la principale variable d’ajustement est le travail, et une réduction du temps de travail non proportionnelle aux gains de productivité réalisés durant le dernier quart de siècle.

Les diagnostics qui mettent en avant les prétendues rigidités et le coût du travail français sont partiels car ils se focalisent sur un élément unique alors que l’on pourrait tout autant incriminer la faiblesse de la recherche française, les erreurs de management, les stratégies à courte vue, l’insuffisante qualité des produits français, etc.

 

Quelles solutions l’écologie apporte-t-elle pour sortir de ces impasses ?

D’abord, un message crucial : non, la croissance ne constitue pas la réponse au chômage. Cela fait trente ans qu’on entend cette idée que le retour de la croissance va nous sauver. Or, non seulement la croissance ne revient pas, non seulement elle risque de ne pas revenir, mais surtout, il n’est pas souhaitable qu’elle revienne aux rythmes antérieurs.

Car il est désormais clair qu’elle s’accompagne de maux, de dégâts, de dégradations inestimables sur le patrimoine naturel et sur la cohésion sociale. L’écologie est donc porteuse de cette prise de conscience qu’il nous faut inventer autre chose, c’est-à-dire un modèle de développement capable de répondre à la diversité des besoins sociaux tout en respectant des normes strictes, sur les plans social et environnemental.

Ma thèse est que nous pouvons sortir par le haut de la grave crise écologique à laquelle nous sommes confrontés en mettant la résolution de celle-ci au service de l’emploi et du travail.

 

Comment ?

Par un changement de la production. Produire autrement, enserrer la production dans des contraintes sociales et environnementales peut nous permettre à la fois de mieux partager l’emploi et de changer le travail. Jean Gadrey a montré dans ses travaux qu’une production plus propre, écologiquement et socialement, exige plus de travail. Cette plus grande quantité de travail, il nous faut la répartir autrement sur l’ensemble de la population active.

 

Cela passe-t-il également par une réduction légale du temps de travail ? Quid des fameuses « 32 heures » que les écologistes évoquent parfois ?

Les 32 heures ne sont pas la seule manière d’y arriver. L’enjeu me semble plutôt être de partager autrement le travail. Car cela passe, certes, pour les uns par une réduction, et pour d’autres – tous ceux qui sont à temps partiel subi notamment – par une augmentation du temps de travail. Il faut substituer au partage actuel du travail, sauvage, un partage civilisé.

Ce partage devrait surtout selon moi s’accompagner d’une désintensification du travail, avec de nouveaux rythmes. Et ce d’autant plus qu’il nous faut désormais rechercher, dans un grand nombre de secteurs, des gains de qualité et de durabilité plutôt que des gains de productivité.

 

 

Vous expliquez dans vos recherches que les problèmes de l’emploi sont aussi liés à la façon que l’on a de mesurer les richesses économiques aujourd’hui. Que pensez-vous de la proposition de loi portée par la députée écologiste Eva Sas sur de nouveaux indicateurs de richesse ?

Le plus grand bien ! L’association que je copréside avec Florence Jany-Catrice et Célina Whitaker, le Forum pour d’autres indicateurs de richesse (FAIR), va d’ailleurs exprimer officiellement son soutien.

Cela fait plus de dix ans que nous prônons la prise en compte, à côté du PIB, d’autres indicateurs capables de mettre en évidence les évolutions des patrimoines et des collectifs qui nous importent : patrimoine naturel, santé sociale. C’est exactement cela que propose Eva Sas puisqu’il s’agit d’adopter quatre indicateurs, l’empreinte écologique, l’empreinte carbone, l’espérance de vie en bonne santé et l’indice de santé sociale, et de consacrer à l’analyse de leur évolution un temps déterminé de débat parlementaire.

C’est non seulement un excellent projet mais aussi la première étape, indispensable, d’un changement de modèle.

 

Le revenu minimum ou revenu inconditionnel d’existence peut-il être un outil dans la redéfinition de la valeur travail ?

Je mesure les avantages attachés à un tel revenu, notamment dans ce qu’il permet aux individus de refuser les travaux ou les conditions de travail indécentes, ce qui est essentiel. Il est aussi la marque du caractère collectif de la production.

Enfin, quand on sait à quels tourments bureaucratiques sont soumis les demandeurs du RSA (Revenu de solidarité active), on a évidemment envie de plaider pour le caractère inconditionnel d’un tel revenu.

Pourtant, je n’arrive pas à être convaincue que c’est « LA » solution. D’abord je pense que notre société n’est pas prête à délier à ce point travail et revenu, et surtout à abandonner à ce point le mythe de l’incitation individuelle au travail. Je crains aussi que cette solution ne soit l’occasion de se donner bonne conscience : on donnerait un tout petit revenu à un ensemble de personnes exclues du système productif, devenu de plus en plus sélectif, et tout serait réglé.

Je préfère de loin une solution qui me paraît plus exigeante et qui conjuguerait le partage du travail, un revenu maximum empêchant un petit groupe d’accaparer et de privatiser des ressources collectives, et une protection sociale généreuse, qui serait largement déconnectée du travail et détachée du mythe de la productivité individuelle du travail.

 

De manière générale, tout ce que vous défendez constituerait une véritable révolution pour nos sociétés. Pensez-vous qu’elles soient prêtes ?

Nos sociétés sont tellement tétanisées et désorientées qu’elles sont certainement prêtes à des changements. Pas nécessairement ceux que je propose, mais je crois que nos concitoyens sont désormais en attente de solutions radicales, tant on leur a raconté d’histoires...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

 

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 20:22

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

La politique d'austérité britannique a mis les plus fragiles à genoux

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

La « bedroom tax » et le durcissement du « Work capability assessment » sont les deux mesures les plus critiquées du mandat de David Cameron, car elles ont frappé de plein fouet les personnes vulnérables, et particulièrement les handicapés. Reportage à Londres, à une semaine des élections.

 

De notre envoyé spécial à Londres (Grande-Bretagne).- Paula Peters est assise par terre, les fesses sur le trottoir, et elle écrit des slogans au feutre sur des caleçons. À côté d’elle, son fauteuil roulant, avec lequel elle est venue jusqu’ici, dans la grande banlieue du nord-est londonien. Nous sommes un samedi d’avril, dix jours avant l’élection britannique du 7 mai, dans la circonscription de Iain Duncan Smith, le ministre conservateur du travail et des pensions, qui est sans conteste l’un des hommes les moins populaires du Royaume, en dehors de son clan des Tories, dont il fut le leader au début des années 2000. Une vingtaine de manifestants se sont rassemblés devant le siège de sa permanence pour dénoncer l’homme qu’ils appellent, au choix, « le maître du désastre » ou « le boucher des allocations ».

Iain Duncan Smith est le ministre qui a été chargé, dès 2010, de mettre en place les coupes budgétaires dans les allocations sociales. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas fait de quartier… Si la plupart des commentateurs politiques britanniques, y compris ceux qui se situent à gauche, s’accordent pour dire que le premier ministre David Cameron n’est pas la réincarnation de Margaret Thatcher, certaines politiques sociales de son gouvernement rappellent furieusement l’approche de la « Dame de fer » vis-à-vis de l’État providence : à la hache !

 

Paula PetersPaula Peters © Thomas Cantaloube
 

La réforme la plus haïe, fréquemment qualifiée de « vicieuse », est la « bedroom tax », un impôt qui frappe tous les bénéficiaires d’un logement social ou d’une aide au logement possédant, dans leur habitation, une « chambre supplémentaire » par rapport au nombre de personnes dans le foyer. Autrement dit, une personne seule ou un couple ne peut avoir qu’une chambre, une famille avec un enfant, deux chambres, avec deux enfants, trois chambres, etc. Si un foyer possède une chambre supplémentaire par rapport à ce qu’il est censé avoir, il se retrouve donc sous le coup d’un impôt qui peut vite atteindre plus de 500 euros par an.

L’argument des conservateurs était que certaines familles louaient leur chambre supplémentaire, ou disposaient d’un logement trop grand qui aurait pu profiter à un foyer plus nombreux. Mais c’était surtout un argument moral – toujours le même – selon lequel les « assistés sociaux » doivent sempiternellement se justifier des allocations qu’ils reçoivent, et surtout se montrer irréprochables dans l’utilisation des deniers publics.

Mais quand la « bedroom tax » a commencé à être appliquée, elle a touché les plus fragiles : des personnes âgées dont les enfants avaient quitté le foyer, laissant leur chambre libre ; des handicapés qui stockaient leur matériel médical ou qui avaient un ascenseur dans une pièce supplémentaire ; des parents dont un enfant est mort d’une maladie et qui ont soudain été frappés par cet impôt parce qu’il y avait désormais une personne de moins dans le foyer…

Malgré le tollé suscité par certaines de ces histoires poignantes, malgré le fait que seulement 6,5 % des personnes concernées ont déménagé dans des habitations « à leur taille » au bout de plusieurs années, le gouvernement conservateur n’est jamais revenu sur cette mesure. Même quand un rapport publié l’an passé a démontré que la « bedroom tax » coûtait finalement plus qu’elle ne rapportait étant donné toutes les procédures judiciaires qu’elle entraînait, la nécessité de reloger les gens, l’absence d’habitations comportant un nombre de pièces en adéquation avec les familles…

Surtout, ce nouvel impôt a frappé de manière disproportionnée les personnes invalides (en Grande-Bretagne, les personnes handicapées et celles en congés de longue maladie sont regroupées dans la même catégorie : « disabled » ou invalides) : sur 660 000 individus concernés par la « bedroom tax », 440 000 sont invalides. De surcroît, parmi les réformes libérales initiées par David Cameron et Iain Duncan Smith, l’une d’entre elles a consisté à réévaluer la « capacité à travailler » des 2,5 millions de Britanniques qui touchaient jusqu’ici une pension d’invalidité (le Work capability assessment, ou WCA). Et comme l’administration ad hoc ne saurait faire cela, selon la philosophie conservatrice, il a été demandé à un cabinet privé, Atos, de s’en charger. Atos, dirigé par nul autre que le Français Thierry Breton, ancien ministre de l’économie et des finances de Jacques Chirac, s’est donc acquitté de cette sale besogne – payée 500 millions de livres sterling tout de même !

 

Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS)Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS) © Thomas Cantaloube
 

Ce qui nous amène à la manifestation dans la circonscription de Iain Duncan Smith. Paula Peters a perdu vingt de ses amis proches, qui se sont suicidés, selon elle, à cause de la « bedroom tax » (ils ne pouvaient pas la payer), ou du test visant à évaluer leur capacité à travailler (ils ont échoué aux tests). « Quand j’ai appris que j’allais devoir passer le WCA, j’ai commencé à stresser », explique Paula, qui souffre depuis une vingtaine d’années d’une forme particulièrement sévère d’arthrose rhumatismale qui la cloue dans un fauteuil roulant une grande partie de la journée. « Du coup, ma maladie s’est accélérée. Face à la détérioration de ma santé et la crainte que j’avais de me voir considérée apte à travailler, j’ai tenté deux fois de me suicider… »

 

«Ils veulent nous renvoyer au XIXe siècle, dans des foyers ou dans la rue»

Les craintes de Paula n’étaient pas infondées puisque Atos a certifié « aptes à travailler » (et donc susceptibles de perdre leur pension) un homme dans le coma, des personnes atteintes d’un cancer en phase terminale, de sclérose en plaques ou de pathologies mentales graves… Au début de l’année 2015, Atos a préféré renoncer à son contrat et payer des pénalités, plutôt que de continuer à subir la mauvaise publicité générée par son travail catastrophique. Ainsi, après avoir passé son test fin 2013, Paula a dû attendre neuf mois les résultats en raison d’un « engorgement des dossiers » : neuf mois durant lesquels elle ne savait pas si elle allait perdre son allocation ou devoir déménager, car son logement social, spécialement aménagé pour elle en rez-de-chaussée, comportait une chambre de plus… Neuf mois de stress durant lesquels son arthrose s’est aggravée.

Kay Eason, elle, estime « avoir eu de la chance ». Atteinte d’une sclérose en plaques depuis l’âge de 13 ans (elle en a 28 aujourd’hui), elle a passé son test de capacité à travailler assez facilement : « Les gens qui me l’ont fait passer étaient sympas, mais c’est une loterie. Ils disent qu’ils n’ont pas de quotas, mais tout le monde sait qu’on a plus de chances quand on passe le matin où ils sont plus laxistes, qu’en fin de journée, quand ils doivent remplir leurs objectifs… » Car le but du gouvernement n’a jamais été de mieux évaluer les invalides, mais bien de réduire les allocations d’invalidité.

 

Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS)
Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS) © Thomas Cantaloube
 

« Il s’agit en fait de diaboliser les bénéficiaires d’aides sociales », explique Anita Bellows, une militante de l’association Disabled people against cuts (DPAC), qui se bat en faveur des invalides injustement affectés par les coupes budgétaires. « Ils stigmatisent les chômeurs qui n’ouvrent pas leurs volets le matin quand les "honnêtes gens" partent travailler, et ils s’en prennent aux handicapés en estimant que la plupart devraient travailler, d’une manière ou d’une autre, pour mériter leurs allocations. C’est la philosophie des conservateurs, mais aussi, à un degré moindre, celle des travaillistes. En faisant passer les handicapés ou les gens qui ont une pièce en plus dans leurs logements sociaux pour des prédateurs de l’argent public, ils montent les gens les uns contre les autres. Et les plus faibles sont toujours ceux qui ont le plus à perdre… »

Kay Eason, dans sa chaise roulante, garde le sourire aux lèvres. Il lui a fallu se reposer pendant plusieurs jours pour avoir la force de venir manifester ce samedi. Elle essaie de ne pas trop s’en faire : « Comme j’ai une maladie évolutive, il est possible que d’ici quelques mois ou quelques années, j’aille mieux. C’est bien pour moi, mais serai-je en position de travailler ? Ce n’est pas sûr : le pire serait que l’on me déclare apte, mais que je sois néanmoins trop faible pour pouvoir trouver un travail. Alors, je perdrais mon allocation et mes parents perdraient probablement le logement social qu’ils ont obtenu – avec une pièce supplémentaire – "grâce" à ma maladie… »

« Ils veulent nous renvoyer au XIXe siècle, dans des foyers ou dans la rue », conclut Paula Peters, amère. Elle est toujours assise sur le trottoir, en train d’écrire sur des caleçons. Pourquoi ? En fait, Iain Duncan Smith a été pris dans un scandale de notes de frais il y a une douzaine d’années, au cours duquel les Britanniques avaient découvert que le député avait demandé au Parlement le remboursement de diverses dépenses personnelles, dont ses achats de sous-vêtements… Apparemment peu échaudé par cette histoire, il a réédité la chose en tant que ministre en tentant de se faire rembourser d’autres « menues dépenses », comme un petit déjeuner à 54 euros ou un cocktail à 13 euros. Ce, au moment même où il avait déclaré à la presse que « s’il me fallait vivre avec les allocations invalidités de 75 euros par semaine, je n’aurais aucun problème à le faire ». Pris au mot, plus de 450 000 pétitionnaires lui ont proposé de relever le défi… Il s'est défilé, bien entendu.

Malgré ces différentes casseroles et le passage de ces mesures impopulaires ciblant les plus faibles, David Cameron a maintenu Iain Duncan Smith à son poste. Surtout, les conservateurs ont annoncé que, s’ils étaient réélus le 7 mai, ils avaient l’intention de couper 16 milliards d’euros supplémentaires dans les budgets sociaux. Une somme qui reviendrait à se débarrasser purement et simplement d’une grande partie du filet social mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pour Simon Wren-Lewis, professeur d’économie à Oxford, cette perspective signifie que les mesures telles que la « bedroom tax » ou la réévaluation de la capacité à travailler des invalides ne sont « rien à côté de ce que préparent les Tories s’ils restent au pouvoir… ».

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 20:16

 

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Gérard Filoche : « Tôt ou tard vous aurez une explosion sociale »

|  Par Hubert Huertas

 

 

« Les 1er Mai, ils ont toujours eu des hauts et des bas depuis un siècle, mais le 1er Mai sera toujours là et vous verrez, tôt ou tard vous aurez une explosion sociale. » Gérard Filoche est l’invité d’Objections cette semaine. À un mois du congrès du PS, il pense que son parti fait face à « un enjeu historique ».

 

On ne refait pas Gérard Filoche. Il est entier. On le prend ou on le jette, et le PS n’arrive pas à choisir. Depuis trois ans, cet ancien inspecteur du travail, membre du bureau national du PS, tonne contre « les dérives du quinquennat » avec des accents proches du Front de gauche. Face à lui, Solférino hésite entre agacement et silence, et se contente le plus souvent de le qualifier d’archétype de la « vieille gauche ».

Filoche réplique à sa manière. La meilleure des défenses, c’est l’attaque : « L'ancien, le représentant du XIXe, c'est Macron… Le libéralisme, “Enrichissez-vous”, plus de règles, plus de code du travail, c'est Macron. Moi je suis moderne, moi je défend le droit du travail. Le droit du travail, c'est l'indice le plus développé de la civilisation. »

À propos du 1er Mai, qui n’est pas unitaire en 2015, et qui fait pâle figure en regard des mobilisations passées, Filoche relativise : « Les 1er Mai, ils ont eu des hauts et des bas depuis un siècle, il y a eu les grands, les géants, les petits, les unitaires et les divisés, mais le 1er Mai est toujours là, et il y en aura d’autres, de grands 1er Mai. La force du mouvement social resurgira tôt ou tard… Tôt ou tard, vous aurez une explosion sociale. C'est comme un tremblement de terre, vous aurez beau entasser les sédiments, vous aurez beau rogner le code du travail, vous aurez beau faire une loi Macron qui est une vraie rupture culturelle, vous ne l'empêcherez pas… »

N’assiste-t-on pas, dans toutes les élections, et dans le débat public, à une droitisation de la société ? « C'est pas que la société se droitise, c'est que la gauche fait pas son boulot. C'est que 70 % de la gauche s’abstient aux élections parce que la politique de Valls est en contradiction avec les attentes de millions et de millions de gens… »

Dans ce cas, pourquoi ceux qui sont à la gauche du PS ne profitent-ils pas électoralement d’un transfert de voix ? « L'électorat socialiste est fidèle au parti socialiste. Il pourrait être attiré par un autre secteur de la gauche, mais il faudrait que l'autre secteur de la gauche soit unitaire. Si l'autre secteur de la gauche tape à tour de bras sur le parti socialiste, il ne peut pas récupérer son électorat. Pour l'instant tout est figé parce que la division l’emporte sur l'unité. » 

Qui est responsable de la division, demande Mediapart ?

Réponse immédiate de Gérard Filoche : « Ah ça ! La politique de Valls et Macron sans aucun doute. On peut pas faire l'unité avec eux sur cette ligne. »

Pourquoi reste-t-il au PS ? « C’est mon parti, je suis légitime. 95 % des socialistes n’ont pas voté pour Manuel Valls. 95 % ne voteront jamais Macron. On n’a pas voté pour ce qui se fait en ce moment. Contrairement à ce qu’on entend, le congrès n’est pas plié. Il y a une incertitude, et du côté de Cambadélis on est fébrile aujourd’hui, car l’enjeu est historique. C’est maintenant qu’on peut changer les choses. On a une chance de sauver le quinquennat. »

Croit-il encore à la lutte des classes ? « La lutte des classes, c'est démodé ? Demandez au Medef s’il ne croit pas à la lutte des classes ! Tous les jours ils essaient de gratter quelque chose. Contre le SMIC, contre le contrat, contre les comités d'entreprise, contre les seuils sociaux. Tous les jours, le patronat mène la lutte des classes. La lutte des classes, c'est comme l'air qu’on respire. On ne peut pas l'éviter. »

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 23:51

 

 

Le silence de la mer : pour les Migrants de Méditerranée,

1er mai 11h30 devant la préfecture Nîmes

 


Le silence de la mer *
L'Europe forteresse tue par non assistance les migrants sur l'ensemble de ses frontières.
La Méditerranée s’est transformée ces quinze dernières années en cimetière pour près de 20 000 migrants et réfugiés, en quête de protection et d’une vie meilleure en Europe. Au moins 1 650 personnes ont péri depuis le début de l'année en tentant de franchir la Méditerranée. Nous vivons une des pages les plus sombres de l’Europe. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas, qu’il ne connaissait pas l’existence de ce cimetière marin. Refusant d’infléchir ses politiques migratoires, l’Union Européenne se déshonore dans cette guerre aux migrants. Il est impératif d’agir.
Pour montrer notre refus de cet égoïsme, nous manifesterons allongés sur le sol, simulant leur mort (Die in).
Parce que le 1er mai est la fête de la solidarité internationale, nous serons avec ceux qui échouent chaque jour sur la grève Méditerranéenne.
Parce que continuer dans la voix de la Méditerranée barrière ne pourra qu'aggraver la situation de tous, exigeons la Méditerranée trait d'union, facteur d'espoir et de respect de chacun.
Parce que selon Braudel**, «La Méditerranée est une mosaïque de toutes les couleurs… Le Méditerranéen aime la vie en communauté et en partenariat, l’entraide. Sans doute l’héritage gréco-romain, autant que l’arabo- et le turco-musulman, y contribue-t-il. Les villes et les villages méditerranéens sont des lieux de voisinage, de convivialité, d’hospitalité… »
Rendez-vous devant la préfecture du Gard
vendredi 1er mai de 11h30 à 12h,
avenue Feuchères à Nîmes.
*Le silence de la mer est une nouvelle de Vercors (pseudonyme de Jean Bruller), publiée clandestinement aux Éditions de Minuit en février 1942.
** Fernand Braudel est un historien français, l'un des représentants les plus populaires de « l'École des Annales » qui étudie entre autres les civilisations et les mouvements de longue durée en opposition à l'histoire événementielle. Il est considéré comme l'un des plus grands historiens du XXe siècle.
A diffuser sans modération

 

 

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 22:04

 

Source : https://www.facebook.com/Labasijysuis?fref=photo

 

 

LOI SUR LE RENSEIGNEMENT, DES SONDAGES COUSUS DE FILS BLANCS

 

Une loi liberticide, un "Patriot act" à la française, une surveillance de masse sans précédent... Non, la "loi pour le Renseignement" qui doit être votée le 5 mai ne fait pas vraiment l’unanimité.

Pourtant, selon les médias, cette loi a le soutien de l’opinion. D’après un sondage de l’institut CSA de la mi-avril, 63% des Français y sont favorables. Le chiffre est repris partout. Un excellent argument pour le gouvernement face à ses contestataires : les Verts, la gauche, la droite, la droite extrême, les militants politiques et syndicaux, les défenseurs des droits, y compris la CNIL...

Alors ?

Alors regardons d’un peu plus près ces sondages. C’est facile ils sont publiés sur le site de l’Institut CSA :

Question : Avez-vous entendu parlé de ce projet de loi ?

Réponse 1 - Non, je n’en ai pas entendu parlé : 27 %
Réponse 2 - Oui, mais je ne vois pas de quoi il s’agit : 40%
Donc, total des personnes qui n’y comprennent rien : 67%

À quoi s’ajoutent 5% qui sont sans opinion : 5%

Soit au total, ignorants, indifférents, incompétents : 72% !

Restent les « Oui, je vois bien de quoi il s’agit » : 28%

Question : Combien parmi ceux là sont favorables à la loi ?

Réponse : On ne sait pas

Question : D’où vient l’affirmation "63% des Français sont favorables à une limitation des libertés individuelles pour lutter contre le terrorisme" ?

Réponse : C’est un gros bobard.

Pas besoin d’être un grand de l’investigation pour le débusquer.

Abuser de la confiance, jouer sur les mots et sur les émotions avec autorité. Manipuler l’opinion est une vieille coutume. Ça ne marche pas toujours, heureusement. La preuve ce reportage d’Anaëlle VERZAUX et de Gaylord VAN WYMEERSCH dans les rues de Paris : SOURIEZ VOUS ÊTES SURVEILLÉS

À écouter en accès libre (grâce aux Abonnés Modestes et Géniaux) sur http://la-bas.org/…/loi-sur-le-renseignement-des-sondages-c…

 

 

Source : https://www.facebook.com/Labasijysuis?fref=photo

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 21:57

 

Source : http://www.20minutes.fr

 

Environ 2 millions d'Allemands forcés de cumuler au moins deux emplois

 

 

En 2014, 5% de la population active allemande a occupé au moins un autre emploi à côté de son activité principale

En 2014, 5% de la population active allemande a occupé au moins un autre emploi à côté de son activité principale - Christof Stache AFP

© 2015 AFP

Environ 2 millions d'Allemands, soit 5% de la population active, sont forcés de cumuler au moins deux emplois pour vivre, un chiffre en nette augmentation ces dernières années, selon des données officielles publiées mercredi.

En 2014, 5% de la population active allemande a occupé au moins un autre emploi à côté de son activité principale, a annoncé l'Office fédéral des statistiques Destatis dans un communiqué. Cette proportion a augmenté de 13% par rapport à 2011.

Les chiffres esquissent un portrait robot de ces travailleurs: en majorité des femmes salariées, âgées de 35 à 55 ans.

Le cumul d'emplois touche en effet 5,4% des femmes actives, contre 4,6% des hommes. Par tranche d'âge, 35-44 ans (5,8%) et les 45-54 ans (5,5%) sont ceux qui occupent le plus fréquemment plusieurs activités.

Destatis explique que les femmes sont plus concernées que les hommes, car ce sont aussi elles qui occupent le plus d'emplois à temps partiel en Allemagne, un facteur déterminant qui pousse à la recherche d'une activité complémentaire.

Le deuxième emploi est la plupart du temps un travail salarié pour les Allemands concernés (60,5%), même si un peu plus d'un tiers (34,5%) d'entre eux s'établissent comme travailleurs indépendants.

En moyenne, l'emploi annexe correspond à 8,5 heures de travail par semaine.

Ces chiffres nuancent la réalité du marché de l'emploi en Allemagne, un pays souvent cité en exemple en Europe et qui jouit d'un quasi plein-emploi dans certaines régions. L'Allemagne connaît actuellement le plus faible taux de chômage (6,4% en mars, en données corrigées des variations saisonnières) depuis sa Réunification en 1990.

L'Allemagne a entrepris une importante libéralisation de son marché du travail entre 2003 et 2005, grâce aux réformes voulues par l'ancien chancelier Gerard Schröder. Le pays est actuellement le moteur économique du Vieux continent, mais diverses études rappellent régulièrement que les inégalités s'y accroissent depuis plusieurs années.

 

 

Source : http://www.20minutes.fr

 

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 18:43

 

 

Source :http://cadtm.org

 

Matteo Renzi : « le démolisseur » !

30 avril par Chiara Filoni

 

 

 

En Italie l’offensive néolibérale continue avec force et frappe de plein fouet la population, à commencer par les plus précaires (jeunes, immigrés et femmes).
Le nouveau gouvernement de Matteo Renzi pousse à l’extrême ces politiques dites « structurelles » déjà entamées par les exécutifs antérieurs (Letta, Monti et Berlusconi) dans le but déclaré de rendre le pays plus compétitif et de promouvoir cette sacro-sainte croissance qui est surtout synonyme de bénéfices exclusifs pour les détenteurs de capitaux et les entreprises.

En février 2014, le premier ministre Renzi (le plus jeune de l’histoire de la République italienne) est arrivé au gouvernement suite à la crise interne du parti démocrate (PD) et à la démission de son prédécesseur Enrico Letta. Désigné pour prendre le secrétariat du PD (parti majoritaire à la chambre des députés depuis les élections du mois de février), Renzi est pour la plupart des Italiens celui qui les a sauvés de l’instabilité typiquement italienne des gouvernements de gauche. C’est pourquoi il est considéré comme le sauveur, l’homme de la grande coalition gouvernementale alliant gauche, centre et droite, qui met tout le monde d’accord.

Bien que surnommé « Il Rottamatore » (« Le démolisseur »), en référence à sa volonté d’envoyer la vieille classe dirigeante italienne à la casse, le premier ministre ne sait pas vraiment illustrer en la matière...Il a plutôt contribué activement à la démolition des droits sociaux conquis par la population italienne depuis les années 60. Dans certains domaines, comme le droit du travail et les privatisations, ses politiques vont même bien plus loin que celles de ses prédécesseurs.

 

« Jobs act » ou « jobs destruction » ?

Le taux de chômage en 2015 atteint le niveau record de 13 % de la population active. Chez les jeunes le taux atteint 44,2 % |1| (dans le Sud deux jeunes sur trois n’ont pas de travail). Les “Neet”(Not in Education, Employment or Training), c’est-à-dire les jeunes inscrits ni à l’école, ni à l’université et qui ne cherchent plus de travail sont plus de 2 millions, soit 24% des jeunes entre 15 et 29 ans . Le précariat atteint aussi les plus de 50 ans : sur les 24,5 millions des Italiens de plus de 50 ans, seul un sur quatre est actif . |2|

Face à cette situation difficile, les différents gouvernements qui se sont succédé ont toujours déclaré vouloir lutter contre le chômage et pour l’emploi mais avec des résultats désastreux.

Par exemple, le « Jobs act », la dernière réforme du marché du travail créée par l’exécutif de Renzi, parachève deux décennies de réformes visant à libéraliser le secteur du travail et à le rendre toujours plus précaire.
Dans la propagande gouvernementale, le Jobs act passe comme la recette infaillible pour la réduction du chômage, l’embauche des jeunes et la relance économique.
Alors qu’en réalité, il se relève être l’instrument privilégié de la précarisation des rapports de travail.
De fait, il est vrai que d’un côté la loi semble éliminer ou simplifier certains types de contrats précaires (qui ont été uniquement réduits en nombre mais pas améliorés du point de vue des conditions de travail). D’un autre côte, elle légalise une période d’essai excessivement longue où il y a très peu de protections pour les travailleurs et rend précaire même le bon vieux contrat à durée indéterminée.

La nouveauté la plus importante de la réforme est « le contrat à protections croissantes », un type de contrat à durée indéterminée qui s’applique à tous les nouveaux embauchés à partir de l’entrée en vigueur de la réforme (le 7 mars 2015) . |3| Ce type de contrat prévoit que le travailleur ne bénéficie plus du droit aux prestations sociales qui sont normalement appliquées aux contrats de travail normaux (CDD et CDI). Ce droit est certes prévu mais sera appliqué après une certaine durée qui sera établie par des décrets d’application. En revanche, les gains pour les entreprises sont bien réels car celles-ci ne doivent verser aucune cotisation patronale pendant ce laps de temps.
Mais les avantages pour les entreprises ne s’arrêtent pas là ! En effet, tout change aussi en matière de licenciement. Pour les nouveaux embauchés, la règle d’application de l’article 18 qui concerne le licenciement sans juste cause |4| se restreint. Le nouveau contrat en effet introduit la possibilité pour l’entreprise de payer une indemnité aux travailleurs au lieu de les réintégrer dans le lieu de travail (comme prévu par l’article 18 avant ces réformes) même en cas de licenciement injuste (la réintégration est acceptée seulement dans le cas d’ « inexistence du fait matériel contesté »). |5|

L’autre belle nouveauté du Jobs Act concerne la loi Poletti (du nom du ministre du travail) relative aux régime des contrats à durée déterminée (qui vont de plus en plus remplacer des anciens CDI). Si avec l’ancienne loi (2001), un CDD devait être motivé par l’entreprise pour des « raisons à caractère productif, technique, d’organisation ou de substitution », le nouveau décret prévoit que l’entreprise ne doit plus aucune explication aux travailleurs. La seule limite établie concerne le nombre de ces contrats : pour les entreprises avec plus de 5 salariés les CDD ne peuvent pas dépasser 20% du total des contrats signés. Par contre, en dessous des 5 salariés il n’y aucune limitation (il faut rappeler que 94,4 % des entreprises en Italie sont des micro-entreprises). |6| De plus, avec cette réforme, un CDD peut être renouvelé au maximum 8 fois dans un délai de 36 mois.

Il serait bon de remémorer aux politiciens qu’en Italie en seulement cinq ans (de 2008 à 2013) 1 million d’emplois se sont évaporés, avec un effondrement du nombre de CDI (- 46,4%) qui ont laissé la place aux CDD (+19,7%). |7| Cela montre comment la précarité et la flexibilisation du travail, favorisée par les différentes réformes, ne créent pas de l’emploi mais au contraire en détruit. Et la nouvelle réforme va encore un peu plus contribuer à cette destruction.
Enfin, le gouvernement a dédié tout un chapitre de sa réforme aux plus jeunes, qui s’appelle « Buona scuola » (la « bonne école »). Le type d’école promu par le gouvernement prend comme modèle celui de l’Allemagne : les programmes scolaires doivent s’aligner aux exigences du marché du travail. Cela signifie que les formations doivent être orientées afin que les élèves coopèrent et participent aux projets des entreprises, ce qui remet en question non seulement le caractère public des écoles mais surtout leur objectif d’éducation et d’émancipation.

 

« Sblocca Italia » et privatisations

Renzi et son gouvernement ne sont pas seulement responsables de la précarisation galopante, véritable fardeau de la péninsule, mais aussi du processus de privatisation du secteur public déjà entrepris dans les années 90. Dans un contexte de liquidation de tous les secteurs (santé, éducation, énergie, poste), le premier ministre déclare vouloir reprendre la privatisation du service de l’eau (que les Italiens avaient refusée avec un référendum en 2011), vouloir opérer une fusion des entreprises (de 8000 à 1000), mais aussi poursuivre avec la privatisation de l’ENEL (la plus grande entreprise énergétique du pays, déjà fortement privatisée), des postes italiennes et des chemins de fer (pour 40 % du capital). [http://it.ibtimes.com/poste-enel-fe...]]
La privatisation de l’eau, la soi-disant nécessité de grands travaux publics (très coûteux et qui se font même parfois contre l’avis des mairies) et la réutilisation des incinérateurs font partie du « Sblocca Italia » (débloquer l’Italie), un autre décret- loi voté fin 2014.

 

Quelles mobilisations ?

Le 5 mai tous les travailleurs et les travailleuses de l’éducation descendront dans la rue pour lutter contre le décret-loi la « Bonne école ». Il s’agit d’une grève générale du secteur éducatif organisée par la délégation syndicale unitaire (RSU) pour protester contre un projet d’école élitiste, ne prévoyant pas de plan d’embauche pour les enseignants qui attendent depuis 7 ans le renouvellement de leurs contrats et qui plus est proposé fait sans consultation des syndicats. Presque sept ans après la manifestation unitaire contre les politiques du gouvernement Berlusconi concernant l’éducation, tout le secteur de l’éducation est prêt à se mobiliser à nouveau !

En Italie, l’automne et l’hiver passés ont été marqués par les protestations contre le Jobs Act et le « Sblocca Italia ».
Plusieurs mobilisations ont eu lieu dans les villes et les provinces concernées par la construction de projets inutiles. Un réseau s’est aussi mis en place entre plusieurs mairies se déclarant « anti décret-loi ». Concernant le Jobs Acts, des étudiants, des syndicats de base, des activistes des centres sociaux et des associations ont commencé à se ressembler dans les plus grandes villes du pays à partir du 14 novembre. Le cri est le même partout : « Grève sociale ! » . Ce mot d’ordre n’a pas été choisi par hasard : cette grève a été pensée surtout pour ceux et celles qui ne sont pas représenté.e.s par un syndicat à cause de la précarité de leur contrat de travail, de leurs conditions de chômage ou de leur travail indépendant sans protection, mais qui manifestent contre ces lois qui protègent uniquement les entreprises. Parmi les autres revendications, parallèlement à l’élimination du Jobs Act et au rétablissement de l’article 18, il y a le salaire minimum européen, un revenu de base universel, la fin du travail non rémunéré, la gratuité de la formation et la stabilisation des précaires. Qu’importe si le chemin est long, nous gagnerons !

 

 
Notes

|1| http://www.ilsole24ore.com/art/noti...

|2| http://www.huffingtonpost.it/luigi-...

|3| Pour les travailleurs embauchés avant l’application de la réforme, l’ancien contrat à durée indéterminée (et toutes les règles qui en relèvent) continue de s’appliquer.

|4| L’article 18, une des lois les plus piétinées par les gouvernements néo-libéraux, concerne les licenciements discriminatoires et a été modifiée à plusieurs reprises (sous le gouvernement Monti : voir aussi http://cadtm.org/Italie-L-imposture...). Cette loi concerne toutes les entreprises avec au moins 15 travailleurs et tous les travailleurs avec un CDI, soit un total de 57,6% des travailleurs.

|5| http://tg24.sky.it/tg24/politica/20...

|6| http://ec.europa.eu/enterprise/poli...

|7| http://www.ilsole24ore.com/art/noti...

Auteur

Chiara Filoni

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 18:28

 

Source : http://reseauinternational.net

 

McDonald va fermer 220 restaurants en Chine et aux États-Unis

McDonald va fermer 220 restaurants en Chine et aux États-Unis

 

McDonald Corp, la plus grande chaîne de restauration rapide du monde, va fermer 350 magasins dans le monde, dont 220 en Chine et aux États-Unis.

La société a précisé que cette décision est une réaction à une chute de 8,3% au premier trimestre des ventes en termes comparables en Asie-Pacifique, Moyen-Orient et Afrique, qu’elle impute à l’impact de ce qu’elle a appelé des problèmes de perception longs, fondés sur une large base chez les consommateurs au Japon, et à des performances négatives, mais en amélioration, en Chine.

Les ventes mondiales en termes comparables ont chuté de 2,3%, reflétant une fréquentation négative sur tous les principaux segments, résultant en une baisse de 28% du revenu d’exploitation consolidé global de l’entreprise.

Au cours du trimestre, a précisé McDonald, le bénéfice d’exploitation en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique a diminué de 80% en raison de fermetures stratégiques de restaurants et autres charges, en tête des préoccupations au Japon et en Chine.

La société de restauration rapide compte fermer 130 magasins au Japon, mais elle n’a pas répondu aux questions du China Daily sur le nombre précis de magasins qui devraient être fermés en Chine.

Kevin Ozan, le directeur financier de McDonald, a déclaré que les ventes mondiales en termes comparables au mois d’avril devraient également « être négatives ».

McDonald est considéré comme le principal détaillant de services alimentaires du monde avec plus de 36 000 emplacements. Plus de 80% sont détenus et exploités en tant qu’entreprises indépendantes.

Yum Brands Inc, la société mère de Taco Bell, KFC et Pizza Hut, est également encore en difficulté en Chine, où les ventes ont diminué de 6% au premier trimestre, tandis que les ventes dans des établissements comparables ont chuté de 12%.

Ce résultat constitue une amélioration par rapport à la baisse de 16% dans des établissements comparables au cours du dernier trimestre de 2014, et la société compte toujours créer au moins 700 nouveaux restaurants en Chine.

Selon les analystes, les clients chinois ont mis du temps à oublier les scandales alimentaires récents, dont un concernait un important fournisseur de viande à des entreprises de restauration rapide, dont McDonald et Yum, qui a été fermé pour avoir possiblement violé de nombreuses règles relatives à la sécurité, notamment l’incorporation de morceaux de poulet et de bœuf qui étaient bien au-delà de leur date d’expiration.

Yum a lancé plusieurs initiatives pour séduire davantage de clients en Chine, comme Atto Primo, un restaurant haut de gamme à Shanghai, et l’offre d’un café de qualité dans 1300 restaurants de 10 villes.

Ben Cavender, directeur de l’étude de marché sur la Chine basé à Shanghai, a pour sa part dit qu’il s’attendait que les deux marques continuent à avoir des difficultés en Chine et à l’étranger.

Selon M. Cavender, « Cela est dû à l’évolution des goûts des consommateurs et à un changement global soit vers des aliments plus sains soit des marques de niche ».

Il estime qu’en Chine spécifiquement, les deux marques continuent à ressentir les effets du scandale, de même qu’un ralentissement de l’économie, et que toute entreprise qui gère un grand nombre de magasins peut être confrontée à devoir en fermer certains.

« Les ventes de café pourraient stimuler un peu KFC », a-t-il dit, « mais je ne pense pas qu’il les a encore pleinement mises en œuvre et ils ont aussi beaucoup de concurrence sur ce terrain ».

http://french.peopledaily.com.cn/Economie/n/2015/0427/c31355-8884312.html

 

 

Source : http://reseauinternational.net

 

 

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 18:08

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Secret des affaires : le monde orwellien rêvé par les multinationales

|  Par martine orange

 

 

Après quatre ans de travaux, la commission européenne est toujours dans l’impossibilité de donner une définition légale, précise et encadrée du secret des affaires. Les groupes de pression ont utilisé ce flou pour obtenir l’acception la plus large possible. De leurs exigences transpire le désir d'imposer une omerta sur leurs faits et gestes et remettre en cause nos libertés. 

Ils en parlent d’un air entendu, comme d’une évidence. Le secret des affaires est une notion qui semble ne poser aucun problème pour les lobbyistes qui abreuvent les hauts fonctionnaires de la commission européenne d’argumentaires et de revendications. Mais qu’est-ce que le secret des affaires ? Personne ne sait en donner une définition juridique précise. Un responsable de la loi sur les secrets des affaires en France évoque un « droit interstitiel », c’est-à-dire un droit qui recouvrirait tous les champs qui ne sont pas couverts par les textes existants.

Car les lois ne manquent pas pour protéger les entreprises. La protection de la propriété intellectuelle, la protection des brevets, la protection des savoir-faire et des procédés industriels ont été depuis longtemps inscrites dans les différents codes européens, même si l’usage diffère selon les pays. De même, la contrefaçon, le vol, l’espionnage industriel, l’introduction frauduleuse dans les systèmes d’information, le piratage sont sanctionnés partout en Europe. Quelle protection manque-t-il alors aux groupes aujourd’hui ? De quoi ont-ils donc besoin ?

 

Logo du Parlement européenLogo du Parlement européen © europa
 

Patrick Schriber, le représentant à Bruxelles du groupe américain de chimie DuPont de Nemours, a tenté d’en justifier l’utilité dans un long exposé lors de cette fameuse conférence du 29 juin 2012. Selon lui, les groupes font face à des menaces nouvelles, qui ne sont pas encore couvertes par la loi, qui justifient d’adopter des dispositions extrêmement sévères pour les protéger.

Dans la liste des dangers nouveaux, il cite d’abord Internet : « Internet, la cybercriminalité et la vulnérabilité des réseaux internes rendent l’accès aux données plus facile et plus rapide qu’auparavant », explique-t-il. Puis il met en avant les délocalisations. « Les délocalisations et le recours à la sous-traitance dans les groupes industriels créent des sources de vulnérabilité », poursuit-il. Enfin, il cite l’environnement concurrentiel dans lequel évoluent les entreprises. « La nécessité croissante de faire des offres conjointes pour répondre à des appels d’offres rend plus difficile d’évaluer la légalité d’une offre. La plus grande intensité concurrentielle à laquelle sont confrontées les industries poussent certains groupes à des extrêmes pour avoir accès à une technologie qui leur manque », termine-t-il. En d’autres termes, les multinationales demandent à être protégées d’un système qu’elles ont voulu et organisé, mais dont elles ne sont plus sûres, alors que leur domination technologique et commerciale est contestée par des pays émergents.

 

 

Sans se poser plus de questions, la commission européenne a repris mot pour mot l’argumentaire dans son projet de directive. « Les évolutions récentes, telles que la mondialisation, qui a accru le recours à la sous-traitance, à des chaînes de fournisseurs plus longues, qui a augmenté l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, contribuent à accroître le risque de ces pratiques [la violation des secrets d’affaires – ndlr] », est-il écrit dans l’article 3 du projet.

Pour faire face à ces nouveaux dangers, une législation sur le secret des affaires s’impose, répètent sans relâche les groupes de pression. Un des avocats de Baker & McKenzie, le cabinet américain travaillant officiellement pour la direction du marché intérieur, reprend la totalité de leur argumentaire dans l'un des documents obtenus par l’ONG Corporate Europe Observatory dans sa requête auprès de la commission européenne. « Le secret des affaires apparaît comme l’outil parfait pour la protection de la propriété intellectuelle parce qu’il n’existe pas de limitation générale pour les sujets concernés », explique-t-il. Toute la bataille des lobbyistes, pendant quatre ans, va consister à donner au secret des affaires l’acception la plus extensive possible, d’en repousser sans cesse les limites.

« Identifier ce qu’est un secret d’affaires est en soi une tâche difficile », reconnaît la direction du marché intérieur dans une présentation. Celle-ci va s’atteler à lui donner une définition. Mais à la différence du droit américain, qui sert directement d’inspiration à cette directive sur le secret des affaires, la commission européenne se refuse à fixer les cas précis qui pourraient relever de cette législation et préfère tracer un cadre très large. « Le secret des affaires ou les informations confidentielles sont généralement définis comme ayant les caractéristiques suivantes : être secret ou généralement inconnu, avoir une valeur commerciale, faire l’objet de mesures pour rester secret », retient au départ la direction du marché intérieur. La définition comprend alors essentiellement la protection des innovations, des produits, la lutte contre la contrefaçon.

 

Contre la transparence

« La liste est beaucoup trop courte », réagit alors la fédération internationale des parfumeurs. Pour se faire bien comprendre, la fédération européenne de la chimie envoie obligeamment à la commission européenne la description exhaustive de tout ce qu’elle aimerait voir relever du secret des affaires. Y figurent « les plans et les stratégies de recherche et développement ; les rapports et analyses, les comptes rendus de recherche ; les pilotes et les plans commerciaux ; les données opérationnelles, les concepts et les projets des nouveaux produits, le design d’un produit ou d’un procédé, la formulation ou la composition d’un produit ». Mais s’y ajoutent aussi « les méthodes de production et l’application des savoir-faire ; les dessins de production et de procédés ; les analyses méthodologiques ; les méthodes d’analyses pour les impuretés, l’outil industriel, le degré de pureté et l’identité des impuretés et des additifs, les plans stratégiques, les plans d’affaires, les outils informatiques, les logiciels, les données sur les vendeurs, les distributeurs, les clients, les informations sur les ventes ». On en passe (voir ci-dessous la liste fournie par la fédération de la chimie sur ce qu'elle veut voir inclus dans le secret des affaires). 

 

 

Les cas sont si nombreux que cela finit par être surréaliste. Dans un courriel adressé à la direction du marché intérieur, un des membres de la fédération de la chimie demande finalement une petite révision, car la liste semble trop longue. Il pense notamment que la température d’ébullition ou de transformation d’un produit ne soit pas incluse dans les données relevant du secret des affaires. On a eu chaud ! Le fait de savoir que l’eau bout à 100° aurait pu être considéré comme une dangereuse violation du secret des affaires.

Cette seule énumération donne la mesure de l’état d’esprit des multinationales. C’est un monde selon Orwell qu’elles réclament. L’époque où le biologiste et médecin américain Jonas Edward Salk, découvreur du vaccin contre la polio, annonçait qu’il mettait à la disposition du monde entier sa découverte sans la breveter, est bien révolue. La coopération scientifique et technique, qui est un des postulats de la recherche universitaire, tout comme l’économie ouverte et du partage défendue par de nombreux inventeurs du net n’appartiennent définitivement pas à leur monde. Pour les multinationales, tout leur appartient, tout doit rapporter, y compris le vivant qu’il faut s’empresser de breveter afin de pouvoir exiger des royalties sur ce que la nature a fait.

Même le néolibéralisme défendu depuis les années 1980 paraît désormais à des années-lumière de ce qu’elles défendent. Misant tout sur l’efficience des marchés, le libéralisme – en théorie du moins – se faisait l’ardent défenseur de la libre circulation de l’information et des idées. Désormais, les grands groupes ne prennent même plus la peine d’habiller leurs demandes de l’aspect de la liberté. Leur vision est celle d’un capitalisme totalitaire. Elles réclament une surveillance totale de tout et de tous.

Mais ce cadre légal que les groupes essaient d’imposer par le biais du secret des affaires ne sert pas seulement à se protéger contre une concurrence déloyale, le vol des données, l’espionnage industriel ou le pillage de savoir-faire par des concurrents indélicats, contrairement à ce qu’ils prétendent. Il y a longtemps que les groupes ont appris à gérer ces problèmes entre eux. Il suffit de lire à nouveau leurs notes et leurs argumentaires pour comprendre leurs arrière-pensées. Leur projet est autant dirigé contre leurs rivaux que contre les salariés, les associations, la presse ou l’opinion publique. Tous ceux qui demandent des comptes ou au moins un peu de transparence.

C’est contre cette transparence, cet accès aux données accordé par les différentes législations que les groupes de pression partent d’abord en guerre. Alors qu’ils sont prêts à traquer tout mouvement des consommateurs sur Internet, à accumuler des masses de données sur tous, à violer la vie privée, le secret de la correspondance et refuser le droit à l’oubli, ils réclament une omerta complète sur leurs faits et gestes, une remise en cause des maigres concessions qu’ils ont pu faire.

La fédération européenne de l’industrie chimique, une fois de plus, parle sans ambages. « Ce rapport met en lumière le besoin d’établir un juste équilibre entre la transparence et la confidentialité. Alors que le public a accès aux documents et que la transparence est généralement bénéfique, le type et l’étendue des documents accessibles au public devraient être soigneusement déterminés afin de protéger les intérêts économiques des groupes », écrit-elle. Avant de préciser sa pensée : « Concernant les documents demandés par une tierce partie, leur accès devrait être laissé à la discrétion des institutions qui contacteront le propriétaire du document avant de répondre. »

Passé ce préambule qui érige le secret comme principe fondamental du droit des affaires européen, les fédérations donnent là encore des listes exhaustives des données qui ne devraient plus être accessibles ou dont l'accès devrait être restreint, réservé aux administrations et parfois peut-être, si nécessaire, aux médecins. Tout y passe, de la composition des produits, y compris alimentaires, à celle des médicaments, des données de santé publique aux relevés des mesures environnementales, par exemple les émissions de substance chimique ou le rejet des fumées.

 

Les salariés, premiers suspects

Des pans entiers des législations existantes se retrouvent ainsi sous la menace du secret des affaires. Les législations sur l’information des consommateurs, la santé et l’environnement risquent d’être démaillées en un clin d’œil. Même la réglementation Seveso, adoptée en 1982 après une catastrophe industrielle immense en Italie, en 1976, leur paraît trop lourde. « La proposition européenne de décembre 2010 pour amender la directive sur les accidents industriels contient des propositions qui visent à garantir un accès large au public sur les informations de sécurité, d’accroître la participation aux décisions et l’accès à la justice. (…) Mais ces propositions vont plus loin que les traités existants. Elles suggèrent par exemple que l’information doit être en permanence accessible. (…) Il y a des droits à la protection des données et à la confidentialité des informations d’affaires qui doivent aussi être sauvegardés et une claire référence à ces droits est nécessaire », insistent les industriels de la chimie. 

 

Autre extrait de l'argumentaire de la fédération de la chimie
 
Autre extrait de l'argumentaire de la fédération de la chimie

On comprend l’intérêt qu’ils peuvent trouver dans ces rétentions d’informations. Sans données fiables sur les produits, sur les mesures environnementales par exemple, les contestations d’associations de consommateurs contre certains produits, ou d’associations environnementales ou même d’habitants contre certaines installations industrielles – les centres d’incinération de déchets par exemple – deviennent beaucoup plus difficiles. Quant aux réclamations devant la justice, elles seront encore plus compliquées, les mis en cause seront les seuls à avoir toute l’information disponible. Le projet de directive concède d’ailleurs la possibilité de huis clos absolu en cas de procès, comme le réclamaient les lobbyistes.

Le secret des affaires doit s'étendre aussi, selon eux, sur les contrats publics. Revenant sur le droit constitutionnel qui accorde aux citoyens le pouvoir de contrôler l'usage de l'argent public, les groupes de pression réclament que les contrats public soient frappés du sceau du secret défense. Il est vrai qu'en la matière, la France a déjà précédé la directive européenne. Bercy a obtenu que le contrat de partenariat public-privé signé avec la société Ecomouv ne soit pas rendu public, ni même porté à la connaissance de tous les parlementaires siégeant dans la commission d'enquête sénatoriale, au nom du « secret commercial ». Ainsi, nous avons le plaisir de rembourser 830 millions d'euros à ce consortium, sans que jamais le contrat n'ait pu être examiné publiquement.

Mais le plus grand recul concerne les salariés. Là encore, le droit du travail est mis en danger. Le droit de regard, le droit d’information des syndicats sont strictement encadrés, même en cas de plan social ou de cession. Si, par hasard, quelque projet de plan social vient à fuiter dans la presse, cela pourrait représenter à l’avenir une violation du secret des affaires.

Par principe, les salariés, de toute façon, sont suspects. Il faut lire les argumentaires présentés par les lobbyistes. Les entreprises leur dénient toute compétence, tout savoir-faire, toute expertise. À les lire, il ressort que les salariés ne sont que des pièces interchangeables. Leur travail, les contacts, leurs idées, leurs inventions, tout appartient à l’entreprise.

Dans leurs argumentaires, ces dernières insistent sur l’importance de s’assurer que, lorsqu'ils quittent l'entreprise, les salariés ne puissent pas partir avec leurs connaissances (il ne s’agit pas des fichiers commerciaux mais de tout ce qu’ils ont pu acquérir dans leur travail). Dans un mail interne, la fédération des parfumeurs précise que cette nécessité s’impose aux sous-traitants mais aussi aux étudiants et aux chercheurs universitaires qui ont pu travailler avec elles et qui seraient par la suite embauchés dans une autre firme.

Les entreprises souhaitent avoir un droit de regard sur tout. Mais il est difficile de demander une extrême flexibilité de l’emploi, de pouvoir utiliser les salariés comme des mouchoirs en papier, et en même temps de chercher à les empêcher d’utiliser leur savoir-faire ailleurs. Leur rêve serait sans doute de pouvoir effacer leurs compétences comme on efface un disque dur d’ordinateur.

Dans un tel contexte, les lanceurs d’alerte sont perçus comme les traîtres absolus à l’entreprise. Même s’ils dénoncent des pratiques illégales, ils sont d’abord des semeurs de troubles, ceux qui osent briser la loi du silence. La presse, qui sert souvent de relais à toutes les associations, syndicats, salariés, pour faire connaître abus et dysfonctionnements, est dans le viseur. Dans tous les cas, il faut la mettre sous surveillance, sous contrôle, la museler si nécessaire, avec sanctions à l’appui.

Le projet de directive est toujours en cours de discussion par la commission des lois (Juri) du Parlement européen. Il a déjà fait l’objet de plusieurs amendements, qui doivent cependant être acceptés par la suite. Parmi les avancées jugées significatives, les parlementaires ont estimé que la révélation de secret d’affaires dans le cadre de la protection de la santé et de l’environnement est considérée comme légale. De même, les lanceurs d’alerte ne devraient avoir l’obligation de révéler des agissements frauduleux ou illégaux qu’aux seules autorités compétentes pour bénéficier d’une protection, mais peuvent aussi s’adresser directement à la presse.

Plus généralement, selon les parlementaires, la révélation du secret des affaires ne devrait être considérée comme illégale que s’il existe une intention de porter un préjudice économique. L’acquisition de secret d’affaires à la suite d’une négligence ne serait pas reconnue comme illégale. Enfin, les parlementaires demandent un renversement de la charge de preuve. Ce doit être au plaignant, selon eux, de démontrer qu’un secret a été illégalement acquis ou révélé.

Ces avancées sont certes importantes. Mais le projet de directive continue à être inspiré par nombre d’idées et d’arrière-pensées des groupes de pression qui ont été à l’origine de ce texte. La description du secret des affaires reste toujours aussi large, aussi floue. Malgré toutes les tentatives pour en limiter le spectre, les parlementaires ne sont pas parvenus à s’entendre. Après plus de cinq années de travaux, personne n’est capable de donner une définition juridique claire et précise de ce qu’est le secret des affaires, ce qui laisse toujours la porte ouverte à tous les abus et excès de pouvoir.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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