Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 20:53

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

Éric Toussaint : « Il faut exproprier les banques Santander et BBVA »

25 novembre par Eric Toussaint , Roger Xuriach

 

 

Lors de la présentation de l’édition espagnole de Bancocratie, un livre qui pointe la nécessité de socialiser le secteur bancaire, le politologue belge Toussaint a fait savoir qu’il était prêt à participer avec le CADTM à l’audit public de la dette que Podemos promet de mener s’il accède au pouvoir.

Le docteur en sciences politiques Toussaint était ces jours-ci à Barcelone pour présenter Bancocratie(Éditions Icaria), son dernier ouvrage, dans lequel il dénonce les manipulations et crimes auxquels se livrent, selon lui, les banques privées, en collusion avec les gouvernements et les banques centrales, depuis l’éclatement de la crise économique. Lors d’un entretien avec le journal Público.es, Toussaint explique avoir élaboré cet ouvrage comme « un instrument pédagogique afin que les citoyen-ne-s comprennent mieux l’opacité des grandes banques privées internationales », qu’il accuse de s’interconnecter « avec promiscuité, complicité et sans retenue » avec le pouvoir politique.
Dans son livre, le politologue analyse les mesures mises en place par la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale des États-Unis pour enrayer la crise. Entre autres conclusions, il souligne que ces politiques « sont liées à une offensive du grand capital contre les droits humains ». Selon Éric Toussaint, il est absurde de penser que la BCE et la Commission européenne (CE) veulent comprimer les dépenses publiques des pays membres de l’UE de manière à favoriser les économies périphériques et à réduire les asymétries. « En réalité, leur objectif est de faire en sorte que la production européenne soit plus compétitive sur le marché mondial face aux États-Unis, à la Chine ou au Japon. En ce sens, il leur faut davantage de chômage et des salaires toujours plus bas, même s’il faut pour cela réduire la protection sociale des populations à des niveaux jamais vus depuis la fin de la seconde guerre mondiale ».

Le livre est également un plaidoyer en faveur de la socialisation du secteur bancaire, une des mesures que Éric Toussaint invite à prendre « de manière radicale » afin de freiner le capitalisme financiarisé. « Le secteur de l’épargne, du crédit et de l’investissement est trop sérieux pour la société pour le laisser aux mains des intérêts privés capitalistes. Penser que les banques privées internationales peuvent s’autodiscipliner est une utopie », soutient Éric Toussaint. Concrètement, au niveau de l’État espagnol, le politologue considère qu’« il faut exproprier les géants financiers tels que les banques Santander et BBVA. |1| Il faut séparer les banques d’épargne des banques d’investissement et les réduire à de petites entités publiques dont les citoyen-ne-s pourront contrôler le fonctionnement. De petites coopératives de dépôt et de crédit pourront également se développer ». Le secteur énergétique doit également passer dans le domaine public : « Il faut aller au-delà d’une simple nationalisation. Les secteurs prioritaires doivent fonctionner dans le cadre d’un service public ».

Fort de son expérience en tant que président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) et membre de la CAIC en Equateur (Commission présidentielle d’Audit Intégral du Crédit Public), le penseur belge soutient que la seule façon de contrer la feuille de route de la Commission européenne est de cesser de payer la dette publique illégitime. C’est ce qu’il attend de Podemos |2| Elle a obtenu 5 députés aux élections européennes du 25 mai 2014 et vient en tête des intentions de vote dans les sondages d’opinion réalisés en octobre-novembre 2014. s’il accède au pouvoir. « Le projet de Podemos enthousiasme. Et son obligation morale, s’il parvient au Gouvernement, est de désobéir à ceux qui décident à Bruxelles ». Le parti de Pablo Iglesias |3| l’a annoncé de toutes parts : en premier lieu il fera un audit public de la dette, ensuite il suspendra le paiement de la dette identifiée comme illégitime et procédera à la restructuration de la part restante. « Je suis prêt à participer à une commission d’audit de la dette espagnole. Partager mon expérience et celle de mon organisation, le CADTM, avec Podemos. Nous n’avons jusqu’à présent discuter que de manière informelle », note Toussaint.

L’irruption de Podemos doit-elle inquiéter les marchés financiers ? « La Commission européenne use d’une rhétorique fondée sur la menace. C’est un discours propagandiste de la peur. Mais si un gouvernement est décidé à désobéir, cela n’entraînera pas forcément de lourdes conséquences », argumente-t-il en citant des cas tels que Chypre ou la Belgique, son pays, « dont la dette publique a atteint plus de 100 % sans qu’il n’essuie de représailles ».

Pour le politologue, « la force de la CE et de la BCE réside dans la docilité des gouvernements qui acceptent la logique et se refusent à choisir une autre voie, comme ce fut le cas avec Hollande, qui a promis de ne pas ratifier les traités européens et a ensuite trahi ses électeurs ». D’après l’auteur de Bancocratie, nous devons en tirer un enseignement. «  Ce qui s’est passé en France démontre cette promiscuité entre les partis politiques traditionnels, qui se donnent le nom de socialistes, libéraux ou populaires, mais qui obéissent au même modèle. Hollande aurait pu ouvrir un autre scénario en Europe mais il s’est laissé happer par le système ».

C’est pour cela qu’il mise sur des partis fondés sur une base citoyenne, comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce. « Ils rassemblent des dynamiques qui viennent d’en bas et j’espère qu’ils pourront bientôt compter sur de nouveaux soutiens dans d’autres pays. Ils disposent d’une opportunité unique, qui ne va pas durer longtemps ».

Quant à un autre point fort du programme économique du parti de Pablo Iglesias, la proposition d’augmenter de manière significative le salaire minimum interprofessionnel et d’établir un salaire maximum lié à ce salaire minimum, Éric Toussaint considère que « la redistribution de la richesse est faisable si elle s’accompagne d’une politique fiscale radicalement différente ». Il ne croit pas que cette mesure ait une incidence sur les prix du marché « car les marges des entreprises restent importantes », néanmoins il souligne qu’elle doit s’accompagner d’« une politique visant à renforcer les petites et moyennes entreprises ». Sur la socialisation des banques, le politologue rappelle qu’« extraire les grands monopoles privés de la logique capitaliste, ce n’est pas aller contre l’initiative privée. Il s’agit juste de comprendre que des banques ou des entreprises du secteur de l’énergie n’ont pas à être compétitives si ce dont il s’agit, c’est d’offrir un service de base à la population ». Il souligne, pour conclure, que toutes ces mesures permettraient de réaliser d’importantes économies et amélioreraient les conditions de vie de la population. « Sauver la banque privée ou offrir de l’argent à des entreprises privées via des exemptions fiscales, voilà ce qui est coûteux ».

Paru sur publico.es : http://www.publico.es/dinero/557784...

Traduit de l’espagnol par Cécile Lamarque et revu par Eric Toussaint.

Notes

|1| Il s’agit des deux plus grandes banques privées espagnoles.

|2| Podemos (ce qui veut dire « Nous pouvons ») est une organisation politique née au début de l’année 2014.

|3| Pablo Iglesias, député européen, est le dirigeant principal de Podemos.

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 19:27

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

Série : Les États au service des banques au prétexte du « Too big to fail » (partie 7)

En vérité, quels objectifs poursuit la BCE ?

25 novembre par Eric Toussaint

 

 


Nous avons vu que depuis le début de la crise en 2007-2008, la BCE a joué un rôle vital pour venir à la rescousse des grandes banques privées, de leurs grands actionnaires et principaux dirigeants tout en garantissant la poursuite de leurs privilèges. On peut affirmer sans risque de se tromper que sans l’action de la BCE, de grandes banques seraient tombées en faillite et que cela aurait forcé les gouvernements à prendre à l’égard de leurs dirigeants et des grands actionnaires des mesures contraignantes fortes. En plus du sauvetage des banques, la BCE poursuit officiellement l’objectif d’une inflation de 2 %. De ce point de vue, le bilan de la BCE est un échec puisque l’Eurozone en 2013-2014 a un taux d’inflation inférieur à 1 % et est au bord de la déflation |1|.
Trois objectifs supplémentaires peuvent être résumés de la manière suivante :

  • Défendre l’euro qui est une camisole de force pour les économies les plus faibles de la zone euro ainsi que pour tous les peuples européens. L’euro est un instrument au service des grandes entreprises privées et des classes dominantes européennes (le 1 % le plus riche). Les pays qui font partie de la zone euro ne peuvent pas dévaluer leur monnaie puisqu’ils ont adopté l’euro. Or les pays les plus faibles de la zone euro auraient avantage à dévaluer afin de retrouver de la compétitivité face aux géants économiques allemands, français, au Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) et à l’Autriche |2|. Des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne, la Slovénie, l’Estonie, la Lettonie ou l’Italie sont donc coincés par leur appartenance à la zone euro. Les autorités européennes et leur gouvernement national appliquent dès lors ce qu’on appelle la dévaluation interne : ils imposent une diminution des salaires au seul profit des dirigeants des grandes entreprises privées. La dévaluation interne est synonyme de réduction des salaires.
  • Renforcer la domination des économies européennes les plus fortes (Allemagne, France, Benelux…) où sont basées les plus grandes entreprises privées européennes. Cela implique de maintenir de fortes asymétries entre les économies les plus fortes et les plus faibles.
  • Participer et soutenir de manière offensive les attaques du Capital contre le Travail afin d’augmenter les profits des entreprises et rendre les grandes entreprises européennes plus compétitives sur le marché mondial face à leurs concurrents états-uniens, chinois, japonais, coréens…

Nous allons passer en revue l’évolution de la situation en Europe depuis 2011 |3| en prenant en compte les trois objectifs mentionnés.

Quel est le bilan de l’action de la BCE du point de vue du 1 % le plus riche et des grandes entreprises privées ?

Mettons-nous un instant à la place du 1 % le plus riche afin d’apprécier l’action de la BCE. Le discours officiel martèle que la BCE a réussi, en 2011, la transition entre son ancien président, le Français Jean-Claude Trichet, et le nouveau, l’Italien Mario Draghi |4|, ancien gouverneur de la Banque d’Italie et ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. La BCE et les dirigeants des principaux pays européens sont parvenus à négocier une opération de réduction de la dette grecque en convainquant les banques privées d’accepter une décote de leurs créances d’environ 50 % |5|. Parallèlement, la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne) a obtenu du gouvernement grec qu’il s’engage dans un nouveau plan d’austérité radicale comprenant des privatisations massives et qu’il renonce à une partie très importante de sa souveraineté. A partir de mars 2012, des envoyés de la Troïka se sont installés de manière permanente dans les ministères à Athènes afin de contrôler de près les comptes de l’État. Les nouveaux prêts accordés à la Grèce passent dorénavant par un compte que les autorités européennes peuvent bloquer. Tout aussi avantageux pour les créanciers, les nouveaux titres de la dette grecque ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, mais répondent au droit anglais et les litiges entre l’État grec et les créanciers privés seront arbitrés au Luxembourg |6|.

Enfin, sous la pression de la BCE et des dirigeants européens, le gouvernement Pasok (parti socialiste grec) de Georges Papandréou (très soumis aux dogmes néolibéraux et de plus en plus impopulaire) a été remplacé sans élection par un gouvernement d’unité nationale Nouvelle Démocratie - Pasok, dans lequel les ministres issus directement des milieux bancaires occupent une place centrale.

Alors qu’à la veille d’une réunion du G20 à Cannes, fin octobre 2011, Georges Papandréou avait annoncé la convocation d’un référendum sur le nouveau plan que voulait imposer la Troïka, cette consultation populaire n’a jamais eu lieu. Il était évident que si le peuple grec avait été consulté par référendum, l’austérité aurait été rejetée, c’est pour cela que la Troïka appuyée par le G20 a obtenu de Georges Papandreou qu’il abandonne cette initiative démocratique élémentaire.

On peut compléter ce sombre tableau par trois autres bonnes nouvelles pour la BCE et les dirigeants européens :
1. Silvio Bersluconi a été contraint fin 2011 à la démission et a été remplacé, sans passer par des élections, par un gouvernement de techniciens, à la tête duquel figurait Mario Monti, ancien commissaire européen très proche des milieux bancaires et capable d’imposer aux Italiens un approfondissement des politiques néolibérales |7|.
2. En Espagne, le chef du gouvernement en place, Mariano Rajoy, président du Parti populaire, a radicalisé la politique néolibérale bien engagée par son prédécesseur, le socialiste José Luis Zapatero.
3. Les dirigeants européens |8| sont arrivés à se mettre d’accord en mars 2012 sur un pacte de stabilité (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, TSCG) qui coule dans le marbre l’austérité budgétaire, l’abandon par les États membres d’un peu plus de leur souveraineté nationale et l’injection d’une dose supplémentaire de soumission à la logique du capital privé |9|. Enfin, le Mécanisme européen de stabilité (MES) entre en vigueur et permet de mieux venir en aide aux États et aux banques à l’occasion des prochaines crises bancaires ainsi qu’aux États membres peinant à se financer.

En mars-avril 2012, Mario Draghi, la plupart des dirigeants européens et les responsables des banques ont donc de quoi se réjouir. Le 1 % le plus riche est vraiment content. Tout semble leur réussir malgré la crise.

Pourtant, à partir de mai 2012, le ciel se couvre au-dessus de leur tête, quand Bankia, la 4e banque espagnole dirigée par l’ancien directeur général du FMI Rodrigo de Rato, se retrouve en faillite virtuelle. Selon les sources, les besoins des banques espagnoles en termes de recapitalisation varient entre 40 et 100 milliards d’euros, et Mariano Rajoy qui ne veut pas faire appel à la Troïka est dans une posture très difficile. S’ajoute à cela, sur le plan international, une succession de scandales bancaires. Celui concernant la manipulation du Libor, le taux interbancaire à Londres, est le plus retentissant et implique une douzaine de grandes banques |10|. Il s’ajoute aux agissements coupables de HSBC en matière de blanchiment d’argent de la drogue et d’autres négoces criminels |11| .

Au même moment, en France, une majorité d’électeurs ne veut plus du président Nicolas Sarkozy. François Hollande est élu le 6 mai 2012, mais ce n’est pas vraiment inquiétant pour la finance internationale car elle peut compter sur la direction du Parti socialiste français, comme des autres partis socialistes d’Europe, pour poursuivre l’austérité.

En Grèce, la situation est plus contrariante pour la BCE car Syriza, la coalition de gauche radicale qui promet d’abroger les mesures d’austérité, de suspendre le remboursement de la dette et de braver les autorités européennes, risque de remporter une victoire électorale. Pour les tenants de l’austérité européenne, il faut empêcher cela à tout prix. Le soir du 17 juin 2012, c’est le soulagement à la BCE, au siège des gouvernements européens et dans les conseils d’administration des grandes entreprises : le parti de droite Nouvelle Démocratie devance Syriza de 2 %. Le nouveau président socialiste français se réjouit du résultat du scrutin, ce qui montre clairement son orientation. Et le lendemain, les marchés respirent. On peut continuer sur la route de l’austérité et de la « stabilisation » de la zone euro.

En juillet-août 2012, la zone euro est de nouveau sous très forte pression et, pour réconforter les marchés, Mario Draghi déclare en septembre qu’il fera tout pour sauver l’euro. La BCE se remet à acheter massivement des titres de la dette d’Italie et d’Espagne principalement. La Commission, les gouvernements et les grands médias ne parlent que de la crise des dettes publiques souveraines alors que ce sont les banques privées une nouvelle fois et l’euro qui sont au cœur de la crise.

Grâce à l’achat par la BCE de titres italiens et espagnols aux banques, grâce aux liquidités massives qui sont octroyées aux banques par la BCE, la situation commence de nouveau à se détendre. Les taux d’intérêt exigés par ces mêmes banques pour prêter aux pays les plus faibles commencent progressivement à baisser, notamment en Espagne et en Italie. Mais il est clair que les banques ne sont pas sorties de l’ornière : Dexia doit être sauvée une troisième fois en décembre 2012 aux dépens des finances publiques de la Belgique et de la France, l’Italie doit se porter au secours de la plus vielle banque du monde occidental Monte dei Paschi (4e banque du pays), l’Espagne doit recapitaliser plusieurs banques, les Pays-Bas doivent en février 2013 injecter 3,7 milliards d’euros dans la banque hypothécaire SNS et, en mars 2013, les deux principales banques chypriotes sont au bord de la faillite.

En février 2013, le premier ministre italien Mario Monti subit un cuisant échec électoral, la protestation se porte via les urnes notamment vers un nouveau mouvement politique autour de l’humoriste Beppe Grillo.

Au Portugal, les manifestations citoyennes anti-austérité qui avaient connu une très grande ampleur en septembre 2012 (un million de manifestants |12|) connaissent un nouveau regain en mars 2013 (de nouveau plus d’un million de manifestants |13| ). Le peuple exprime son rejet des politiques d’austérité et, au même moment, les signes de crise sont évidents du côté des puissants et des dirigeants. A trois reprises en 2013, le Tribunal constitutionnel portugais invalide des mesures d’austérité prises par le gouvernement et, en juillet, le ministre des Finances démissionne, ce qui provoque d’importants remous.

En septembre 2013, en Allemagne, Angela Merkel obtient un nouveau mandat suite aux élections, mais son partenaire politique, le FDP, encore plus néolibéral, est sanctionné par les électeurs. Il perd toute représentation parlementaire. Du point de vue arithmétique, un gouvernement de centre-gauche aurait pu être mis en place en regroupant les sociaux-démocrates (SPD), les Verts (Grünen) et la gauche radicale (Die Linke) mais le SPD a préféré faire la « grande alliance » avec Angela Merkel. Le patronat allemand, la commission européenne et la BCE sont contents.

En 2013 encore, les Pays-Bas qui ont donné longtemps l’impression d’une grande stabilité et du succès économique entrent fortement en crise. La bulle immobilière a finalement éclaté et a provoqué une récession économique. Dans ce pays où le système de retraite est largement privatisé, plusieurs fonds de pension réduisent le montant des retraites.

Les onze premiers mois de l’année 2014 ne constituent pas une réussite pour la BCE : lors des élections européennes de fin mai 2014, il apparaît que les politiques menées dans l’Union européennes sont rejetées par une large majorité de la population. Non seulement le taux de participation aux élections était très faible, mais aussi ²les partis qui critiquent fortement la politique de la Commission européenne et des gouvernements en place ou qui s’opposent à l’intégration européenne telle qu’elle est appliquée ont fortement progressé. Par ailleurs, l’Europe ne retrouve toujours pas le chemin d’une véritable croissance : le PIB européen pris dans son ensemble est légèrement inférieur au niveau de 2007-2008 |14| ! En juin 2014, la BCE choisit de poursuivre l’orientation de soutien inconditionnel aux grandes banques privées et à l’offensive patronale contre la majorité de la population |15|. En juillet 2014, la principale banque privée portugaise, Banco Espirito Santo, est au bord de la faillite. Sa chute n’a rien à voir avec la dette publique, mais avec les manipulations auxquelles se sont livrés ses propriétaires |16|.

En Espagne, dans les sondages d’opinion, Podemos, nouvelle organisation politique de gauche radicale née en janvier 2014, devance le PS et le PP, les deux partis traditionnels qui se succèdent au pouvoir depuis la fin du franquisme, il y a près de 40 ans. Podemos appelle à un audit public de la dette et à une restructuration de cette dette. À l’autre bout de la Méditerranée, Syriza, qui est devenu le premier parti en Grèce lors des élections européennes de mai 2014, est systématiquement en tête des sondages d’opinion. Des élections anticipées pourraient avoir lieu au cours de l’année 2015. Syriza se prononce pour une restructuration de la dette et pour une conférence des Etats européens afin de réduire la dette.

Le « dêmos » exclu du jeu

Cette rétrospective rapide des événements qui ont marqué l’évolution de la gestion de la crise dans l’Eurozone entre fin 2011 et fin 2014 montre que les dirigeants européens au service du grand capital réussissent toujours plus à marginaliser le pouvoir législatif en passant outre les choix des électeurs. Pour tout dire, les dirigeants européens mettent progressivement hors jeu le dêmos |17| de la démocratie pour le remplacer par les banques et évoluer vers la bancocratie. C’est bien sûr une formule schématique, mais elle a l’avantage de pointer une évolution bien réelle.

Qu’en est-il de la démocratie au moment où les citoyens qui souhaitent refuser massivement l’austérité n’ont plus la possibilité de l’exprimer par leur vote, ou lorsque le résultat de ce dernier est ignoré ou annulé au motif que le choix politique effectué n’est pas celui des gouvernants ? Les exemples ne manquent pas : en 2005 en France et aux Pays-Bas après le non au Traité pour une constitution européenne, en Irlande et au Portugal après les élections de 2011, en Grèce à plusieurs reprises entre 2010 et 2012, en France et aux Pays-Bas de nouveau après les élections de 2012. Sans oublier, comme nous l’avons vu plus haut, le refus de procéder à un référendum en Grèce début 2012 alors qu’il avait été promis par le premier ministre Georges Papandréou fin octobre 2011. Tout est mis en place pour que la marge de manœuvre des gouvernements nationaux et des pouvoirs publics soit limitée par un cadre contractuel européen de plus en plus contraignant. Il s’agit là d’une évolution très dangereuse. Le pouvoir de la BCE et de la Commission européenne est progressivement renforcé sous le contrôle des gouvernements des pays les plus forts de l’UE et de la zone euro.

Le processus n’est pas irréversible, des gouvernements sous pression des populations pourraient décider de désobéir à la Commission européenne, à la BCE et, derrière eux, au patronat des grandes entreprises européennes. Dans ce cas, il est clair que des gouvernements, soutenus par le peuple mobilisé, pourraient retrouver un véritable espace d’action car la force de Bruxelles repose sur la docilité des gouvernements et des peuples. L’attitude qu’ils adopteront afin de trouver une solution au cycle infernal de la dette sera décisive pour la viabilité d’un virage favorable aux droits de la majorité de la population. S’ils courbent l’échine face à la Commission européenne, au FMI et aux autres créanciers, il n’y aura pas de succès possible durable pour l’alternative.

 

 

 

Notes

|1| Nous n’avons pas ici l’espace pour expliquer les conséquences d’un taux d’inflation très bas et le danger que représente la déflation aux yeux de bon nombre d’économistes, dont ceux de la BCE. Voir notamment : Martin Wolf, « The spectre of eurozone deflation », Financial Times, 12 mars 2014.

|2| Je précise qu’un projet réellement alternatif au modèle capitaliste néolibéral ne doit pas se baser sur la logique de la compétitivité. Il s’agit de développer des synergies entre les pays et d’organiser des transferts importants pour réduire les écarts entre les économies des différents pays. Il s’agit aussi de développer au maximum des circuits courts pour rapprocher les producteurs des consommateurs.

|3| Nous avons analysé l’évolution de la crise en Europe depuis 2007 dans de nombreux articles et dans les ouvrages suivants : Damien Millet, Éric Toussaint, La Crise, quelles crises ?, Aden, Bruxelles, 2010 ; ’La Dette ou la Vie, Aden, 2011 ; AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, 2012.

|4| De 1991 à 2001, Mario Draghi est directeur général du ministère du Trésor public italien, chargé des privatisations. À ce titre, il est membre du conseil d’administration de plusieurs banques et sociétés qui étaient en phase de transfert vers le secteur privé (Eni, IRI, Banca Nazionale del Lavoro-BNL et IMI). Par la suite, Mario Draghi est, de 2002 à 2005, vice-président de la branche européenne de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. C’est à cette époque que cette banque est rémunérée par les autorités grecques afin de maquiller leurs comptes publics. Le 16 janvier 2006, Mario Draghi devient gouverneur de la Banque d’Italie, nommé par le président du Conseil Silvio Berlusconi, avec un mandat renouvelable de six ans. Mario Draghi est devenu président de la BCE le 1er novembre 2011.

|5| Rappelons que sur le marché secondaire les titres grecs étaient vendus à 20 % de leur valeur, ce qui signifie que la décote de 50 % a permis aux banques concernées de limiter les pertes qu’elles auraient eues si elles avaient vendu les titres sur le marché secondaire. De plus, en ce qui concerne les banques qui avaient acquis les titres à 20 % de leur valeur, la décote de 50 % constituait une véritable aubaine.

|6| Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_la_dette_publique_grecque#cite_ref-92. Voir aussi Alain Salles et Benoît Vitkine, « Fatalisme face à un sauvetage échangé contre une perte de souveraineté », Le Monde, 22 février 2012, http://www.forumfr.com/sujet448690-fatalisme-face-un-sauvetage-echange-contre-une-perte-de-souverainete.html.

|7| Mario Monti, premier ministre du 16 novembre 2011 au 28 avril 2013, a été nommé sénateur à vie par le Président de la République Giorgio Napolitano. À l’occasion de sa nomination, il a quitté différents postes de responsabilité : la présidence de la plus prestigieuse université privée italienne, la Bocconi, et celle du département Europe de la Trilatérale, un des plus importants cénacles de l’élite oligarchique internationale, sa participation au comité de direction du puissant club Bilderberg et la présidence du think tank néolibéral Bruegel. Monti a été nommé commissaire européen au Marché intérieur (1995-1999) puis commissaire européen à la Concurrence à Bruxelles (1999-2004). Monti a été conseiller international de Goldman Sachs de 2005 à 2011 (en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute). Il a été également membre du Senior European Advisory Council de Moody’s, conseiller de Coca Cola, il est encore un des présidents du Bussiness and Economics Advisory Group de l’Atlantic Council (un think tank américain qui promeut le leadership US) et fait partie du præsidium de Friends of Europe, think tank influent basé à Bruxelles.

|8| À l’exception du Royaume-Uni et de la République tchèque.

|9| Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), mars 2012. Voir le texte intégral : http://european-council.europa.eu/media/639232/08_-_tscg.fr.12.pdf

|10| Éric Toussaint, "Les grandes banques et la manipulation des taux d’intérêt", publié le 30 avril 2014, http://cadtm.org/Les-grandes-banques-et-la

|11| Éric Toussaint, "Les barons de la banque et de la drogue", publié le 14 avril 2014, http://cadtm.org/Les-barons-de-la-banque-et-de-la

|12| Maria da Liberdade, « Portugal : 15 septembre 2012, le peuple était en masse dans la rue ! », 28 septembre 2012, http://cadtm.org/Portugal-15-septembre-2012-le

|13| Maria da Liberdade, « Les Portugais dans la rue contre la Troïka, le gouvernement et le régime », 5 mars 2013, http://cadtm.org/Les-Portugais-dans-la-rue-contre

|14| Voir Financial Times, « Blowing hot and cold », 16 mai 2014

|15| Voir Éric Toussaint, « Super Mario Draghi 2.0 pour les banquiers », publié le 6 septembre 2014, http://cadtm.org/Super-Mario-Draghi-2-0-pour-les

|16| Voir http://www.mediapart.fr/article/offert/9d24bcfcca7508ee9087af6e43f73fd4 et http://cadtm.org/L-Hecatombe-de-la-Banque-Espirito

|17| Le dêmos (en grec : δῆμος / dêmos, « peuple ») est un terme grec qui est à la racine de mots comme démocratie. Dans sa première acception, le dêmos représente la totalité des membres de la communauté civique dans la Cité grecque. Ce dêmos, réuni en assemblée, a dans une démocratie le pouvoir de décision. Dans la prose littéraire ou oratoire, le dêmos représente le petit peuple, opposé aux riches (plousios), aux puissants.

Éric Toussaint, maître de conférences à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010.

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 19:19

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

La couture devient tranquillement tendance

Mathilde Gracia (Reporterre)

mardi 25 novembre 2014

 

 

 

À l’Atelier d’à côté, les adeptes apprennent à manier l’aiguille et le fil, retrouvant le plaisir de créer leurs propres habits. Une façon de faire artisanale, « anti-standardisation », qui conduit à prendre conscience du gaspillage de l’industrie du textile.


Maria découpe le tissu en suivant les lignes du papier craft (le patron) pour faire une petite pochette : « On m’a dit que c’était la première pièce à faire : facile et qui permet d’apprendre plusieurs choses à la fois ». A trente-deux ans, cette responsable de communication assiste à son premier cours de couture dans l’Atelier d’à côté dans le 11e arrondissement de Paris. « J’ai choisi ce cours car on peut travailler sur ses propres projets ».

Faire soi-même un vêtement unique

Comme de nombreuses apprenties couturières, Maria veut retrouver l’originalité dans ses habits : « Souvent je regarde les vêtements dans les boutiques et me dit : il manque juste un petit pli ici, il faudrait rallonger un peu de ce côté », dit-elle.

De l’autre côté de la table, Isabelle est affairée sur les derniers plis de sa jupe « crayon ». « L’idée c’est d’aller au boulot avec et quand on me demande où je l’ai achetée, de répondre : c’est moi qui l’ai faite ! », s’enthousiasme cette chargée d’études dans les cosmétiques.

Faire soi-même et original, les élèves recherchent surtout « l’anti-standardisation » dans l’Atelier, selon Yanick Couvreur, la professeure : « C’est elles qui vont choisir leurs tissus, leurs modèles, elles se personnalisent une silhouette ». Yanick propose une session de dix cours d’une heure et demie pour 260 euros.

A soixante-et-un ans, cette ancienne musicienne passionnée de couture depuis toujours gère son atelier seule : « J’avais déjà enseigné le solfège dans les écoles, et j’avais besoin de continuer à transmettre ». En 2011, elle prend le statut d’auto-entrepreneur et ouvre sa boutique, passage Saint Pierre Amelot.


- Yanick Couvreur -

Une activité qui revient à la mode

Aujourd’hui, elle réussit à en vivre grâce aux cours et à des commandes de prêt-à-porter : « Je suis ravie de cette reconversion, dit-elle, depuis mi-octobre, je suis débordée ! » Les clientes sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus jeunes, selon elle : « Elles ont beaucoup plus souvent moins de trente ans qu’il y a trois ans », et même quelques hommes qui restent toutefois minoritaires.

Pour Isabelle, élève de Yanick, ce rajeunissement s’explique par une culture de génération : « Je pense que pour les cinquante-soixante ans, la couture était perçue comme une obligation chez les filles, les femmes de trente ans se sont affranchies de cela ».

Et les ventes de machines à coudre le laissent entendre. « Au début des années 2000, 80 % de la clientèle avait plus de cinquante ans, puis on a glissé vers les trente-quarante ans, et depuis deux ou trois ans, nous avons de plus en plus d’adolescentes », affirme Philippe Leruth, le président de l’entreprise Singer France.

Prendre du temps pour soi

Ce succès, Yanick se l’explique aussi par un besoin de ralentir : « Il s’agit aussi de prendre du temps pour soi, c’est presque comme une méditation, on ne pense à rien d’autre quand on fait de la couture ». Isabelle confirme en cousant sa jupe : « Je peux ne pas penser au rapport que je viens de rendre, je suis concentrée sur ma fermeture éclair ! » Dans le calme de l’atelier de Yanick, les femmes renouent ainsi avec le processus de fabrication : « J’ai appris à être patiente et précise », témoigne Nathalie.

Et le travail long et patient est un bon moyen de sensibiliser aux absurdités de l’industrie du textile : « Les fringues H&M qui sont vendues dix euros, moi je sais ce que ça représente comme boulot : au bout de la chaîne,il y un petit chinois, un petit pakistanais qui bosse ». Un concept qu’elle affirme avoir toujours refusé...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Consommer et agir autrement
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 19:13

 

 

Source : www.reporterre.net


 

Alternatives au barrage de Sivens : elles existent, bien sûr !

Marie Astier et Philippe Desfilhes (Reporterre)

mardi 25 novembre 2014

 

 

 

L’étude des solutions alternatives a enfin officiellement commencée. En fait, les alternatives sont étudiées et proposées de longue date par les opposants. Ce qu’elles annoncent : une meilleure agriculture locale, adaptée au changement climatique et créatrice d’emploi.


- POUR PREPARER LA RENCONTRE DE REPORTERRE LUNDI 1 DECEMBRE : Projets inutiles : la victoire est possible !


Il n’y a jamais eu de « réelle analyse des solutions alternatives » au projet de barrage de Sivens. C’est ce qu’affirment les experts mandatés par Ségolène Royal dès l’introduction de leur rapport.

Un groupe de travail a donc commencé à plancher sur le sujet. Autour de la table, les représentants des opposants, des conseils généraux du Tarn et du Tarn-et-Garonne, et les Chambres d’agriculture des deux départements. Leur mission : remettre à plat le débat et aboutir à un compromis. Mais attention, le projet de barrage n’est « pas enterré », a averti Pierre-Alain Roche, l’un des deux experts qui préside les discussions.

Cinq solutions selon le rapport

Parmi les alternatives possibles, il y a d’abord celles évoquées dans le rapport remis à Ségolène Royal. En tout, ses deux auteurs envisagent cinq issues au problème :

- l’arrêt total du projet,
- le maintien en l’état du projet,
- la réduction du volume du barrage,
- le maintien en l’état du barrage, mais avec plus d’eau allouée au maintien du débit du Tescou,
- le remplacement du barrage par plusieurs petites retenues d’eau le long du Tescou. Le coût est « nettement plus faible », l’impact sur la rivière moindre, mais la gestion de l’eau serait plus complexe, précise le rapport.

Le président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) du Tarn, Philippe Jougla, a déjà fait son choix. Hors de question d’abandonner le projet de barrage. Le quatrième scénario, qui propose de le conserver tel quel, mais avec une « ré-allocation » d’une partie des volumes d’eau vers la rivière est selon lui la solution de compromis. « Il permettrait d’améliorer la vie aquatique de la rivière, alors que la zone humide n’est pas le vrai problème », dit-il à Reporterre.

Pourtant, « si on concevait le projet aujourd’hui, la solution choisie serait plusieurs retenues d’eau plus modestes », admet-il. Mais il y quinze ans, elle ne faisait pas partie des techniques préconisées par les spécialistes.

Il se retranche derrière les experts pour affirmer que le maintien du barrage est la seule possibilité : « Le rapport considère que les travaux sont déjà engagés, et que juridiquement il est trop compliqué d’annuler le barrage. »

Pour le consultant spécialiste de l’eau, Marc Laimé, rien n’est en revanche impossible. « Toute la question est de savoir si un rapport de force peut s’installer pour remettre en cause le système d’utilisation de l’eau dans le Tarn ou le Gers : aujourd’hui, il repose sur l’utilisation de dizaines de retenues collinaires comme celle projetée à Sivens », dit ce pourfendeur des lobbies.

Prendre le problème par le bon bout

Mais si le nœud du problème n’était pas l’eau ? Pour France Nature Environnement, partir des besoins en eau des agriculteurs revient à prendre le problème par le mauvais bout.

« On ne veut pas partir de la problématique eau, expose Thierry de Noblens, président de France nature environnement Midi-Pyrénées. Sinon, on retombe dans le piège de ’’il faut une réserve d’eau.’’ On propose de partir des agriculteurs qui ont des problèmes. »

« Nos difficultés économiques sont liées à la conjoncture, pas seulement au manque d’eau », reconnaît Philippe Jougla. Même constat pour Pierre Lacoste, l’un des agriculteurs de la vallée du Tescou. Il est opposé au barrage et ose même le dire publiquement. « Dans la vallée du Tescou, on a les mêmes problèmes économiques que tous les agriculteurs en France. Les marchés des céréales et de la viande sont très fluctuants, les primes de la Politique agricole commune (PAC) nous empêchent de vendre nos produits à la vraie valeur. Mais nous ne sommes pas plus pauvres qu’ailleurs. »

Cependant, dans ce contexte difficile, l’accès à l’eau reste une sorte « d’assurance », maintient Philippe Jougla. « Quand il y a de l’eau sur mon exploitation, je peux faire des cultures à valeur ajoutée comme le soja, la luzerne ou la production de semences, explique-t-il. C’est ce qui me permet de trouver un successeur. »

La production « maïs semence », en particulier, pourrait se développer en aval de la vallée si le barrage est construit. Pierre Lacoste affirme que plusieurs de ses collègues « d’en-bas » lui ont fait part de leur souhait de s’y mettre. Une production « à très forte valeur ajoutée », mais qui demande un soin particulier et beaucoup d’eau aux étapes cruciales de croissance de la plante, explique l’agriculteur.

Le maïs semence sert à produire une variété de maïs hybride, récoltée pour ses graines. Celles-ci sont revendues à un semencier, qui les cède à son tour à des producteurs dits de maïs grain, utilisé pour la consommation humaine ou du bétail.

Mais ce choix agricole mène à une fuite en avant, juge Pierre Lacoste : « Avec le réchauffement climatique, les sécheresses vont être plus fréquentes. D’abord on fait Sivens, puis le barrage ne suffira plus. Est-ce qu’on va encore faire d’autres barrages ? »

Des « bassines » existent, mais elles sont sous-utilisées

Lui a décidé de se passer d’irrigation. Il produit de la viande : poulets, cochons et vaches. Tous gambadent dans ses quarante hectares de prairies, plutôt que d’être nourris de maïs ensilage. D’ailleurs, il semble que d’autres agriculteurs de la vallée aient déjà commencé à s’adapter.

« A une époque, les primes de la PAC étaient majorées quand on irriguait, raconte-t-il. Mais plus maintenant. Du coup, de nombreux agriculteurs de la vallée se sont tournés vers les cultures sèches type blé, orge, colza, tournesol. Car irriguer cela a un coût. »

Le rapport des experts confirme que les « bassines », ces petites retenues d’eau de substitution construites par les exploitations grâce aux primes PAC, sont aujourd’hui « largement sous-utilisé[es]. » La question, ici, n’est pas un problème de ressource, mais de gestion en commun. Pour l’instant, chaque agriculteur propriétaire de "bassine" utilise jalousement son eau, en pompant au maximum dans les ressources communes avant de recourir à sa propre réserve. Ce qui manque, c’est la méthode et le désir de gérer le bien commun dans un esprit de coopération.

Il n’est donc pas du tout certain que le barrage permettrait de sortir les agriculteurs locaux de leurs difficultés économiques. France nature environnement propose de saisir l’occasion pour faire de la vallée du Tescou « une zone test », où la relation des agriculteurs à leur territoire et leur rôle dans la protection de l’eau ne serait plus subis, mais choisis et valorisés. Son modèle ? La ville de Munich, en Allemagne.

Là-bas, dès 1998, le service municipal de l’eau encourage les agriculteurs se situant sur les zones de captage à se convertir en bio. Pour les convaincre, la ville s’engage à leur trouver des débouchés et introduit leurs produits au menu des crèches, des cantines, etc. Elle leur verse également une prime par hectare, pour service rendu à la protection de la qualité de l’eau. Au final, le programme coûte moins cher à la municipalité que le traitement de l’eau.

Sauver la polyculture

La première proposition du Collectif de défense de la zone humide du Testet est donc de mettre des produits locaux dans les cantines des écoles, des maisons de retraite et en particulier des collèges, gérés par le Conseil général promoteur du projet de barrage. Le prix d’achat des produits pourrait être garanti par des contrats de cinq à dix ans, pour permettre aux agriculteurs de pouvoir enfin « vivre de leur production », explique Sylvain Doublet, vice-président de FNE Midi-Pyrénées.

La priorité pour cet ingénieur agronome est de préserver la diversité des productions de la vallée, notamment en aidant les fermes en polyculture élevage, pour « aller contre le tendanciel, qui conduit à la perte des emplois agricoles et à l’abandon dans les fermes de l’élevage au profit des grandes cultures. »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 


Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : ZAD du Testet
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 18:58

 

Source : www.regards.fr

 

 

La gauche radicale a raison à propos de la dette de l’Europe

Par Wolfgang Münchau| 25 novembre 2014

La gauche radicale a raison à propos de la dette de l'Europe
 

Wolfgang Münchau, rédacteur en chef adjoint du Financial Times, n’est pas un suppôt de la gauche radicale. Son dernier éditorial, dans lequel il affirme que celle-ci a raison à propos de la dette de l’Europe, n’en est que plus significatif.

Éditorialiste du Financial Times en matière d’économie européenne, Wolfgang Münchau est peu suspect de complaisance envers une gauche radicale européenne qu’il qualifie volontiers de « dure ». Dans sa contribution du lundi 24 novembre, reproduite ci-dessous, il estime pourtant qu’elle seule prône les politiques économiques qui s’imposent. (traduction Bernard Marx)

Supposons que vous partagez le consensus général sur ce que la zone euro devrait faire dès maintenant. Plus précisément, vous voulez voir plus d’investissements du secteur public et une restructuration de la dette. Maintenant, posez-vous la question suivante : si vous étiez un citoyen d’un pays de la zone euro, quel parti politique devriez-vous soutenir pour que cela se produise ?

Vous seriez sans doute surpris de constater que vous n’avez pas beaucoup de choix. En Allemagne, le seul qui se rapproche d’un tel programme est Die Linke, les anciens communistes. En Grèce, ce serait Syriza ; et en Espagne, Podemos, qui est sorti de nulle part et est maintenant en tête dans les sondages d’opinion. Vous pouvez ne pas vous considérer comme un partisan de la gauche radicale. Mais si vous viviez dans la zone euro et que vous étiez favorable à cette politique, ce serait votre seul choix possible.

« L’establishment espagnol craint que le programme de Podemos transforme le pays en une version européenne du Venezuela »

 

Qu’en est-il des partis de centre-gauche, les sociaux-démocrates et socialistes ? Ne soutiennent-ils pas un tel programme ? Cela leur arrive lorsqu’ils sont dans l’opposition. Mais une fois au pouvoir, ils ressentent le besoin de devenir respectables, à un point tel qu’ils se découvrent des gènes du côté de la politique de l’offre. Rappelez-vous que François Hollande, le président de la France, a justifié le changement de politique de son gouvernement en expliquant que l’offre crée la demande.

Parmi les partis radicaux qui ont émergé récemment, celui qu’il faut regarder avec le plus d’attention est Podemos. Il est encore jeune, avec un programme en cours d’élaboration. De ce que j’ai lu jusqu’à présent, il peut être celui qui paraît le plus en capacité d’offrir une approche cohérente de la gestion économique de l’après-crise.

Dans une récente interview, Nacho Alvarez, l’un des responsables de la politique économique de ce parti a présenté son programme avec une clarté rafraîchissante. Ce professeur d’économie de trente-sept ans a expliqué que le fardeau de la dette espagnole (à la fois privée et publique), n’est pas supportable et qu’il doit être réduit. Cela pourrait se faire par la combinaison d’une renégociation des taux d’intérêt, de délais de paiement, de rééchelonnement et d’annulations partielles. Il a également déclaré que l’objectif de Podemos n’était pas de quitter la zone euro – mais inversement qu’il n’était pas d’y appartenir à tout prix. L’objectif est le bien-être économique du pays.

Vu de l’extérieur, cela semble une position équilibrée. Mais pas tant que cela en Espagne. L’establishment craint que le programme de Podemos transforme le pays en une version européenne du Venezuela. Mais affirmer que si la dette n’est pas soutenable, elle doit être restructurée ; ou que si l’euro devait apporter des décennies de souffrance, il serait parfaitement légitime de s‘interroger sur les institutions et les politiques de la zone euro, ne devrait pas porter à controverse.

« Les partis de centre-gauche et centre-droit font dériver l’Europe vers l’équivalent économique d’un hiver nucléaire »

 

La position de Podemos part simplement de la réalité de la situation de la zone euro à la fin de 2014. Il est logiquement incompatible pour la monnaie unique d’entrer dans une stagnation de longue durée et de ne pas restructurer sa dette. Puisque rien n’est fait pour éviter celle-là, la probabilité que celle-ci intervienne s’approche de 100%.

Pourtant, pour le moment, les gouvernements européens continuent à jouer à "durer et faire semblant". On voit en Grèce où conduit une telle stratégie à courte vue. Après six années de dépression économique, le gouvernement se trouve dans une crise politique aiguë. Syriza est en tête dans les sondages, et a de bonnes chances de prendre le pouvoir lors des prochaines élections générales, peut-être en 2015.

L’Espagne n’en est pas encore à ce stade. Podemos pourraient priver les plus grands partis – le Parti populaire du premier ministre Mariano Rajoy et le parti d’opposition socialiste – de la majorité absolue lors des élections de l’année prochaine. Cela pourrait les forcer à réaliser une grande coalition de style allemand – qui ferait de Podemos le principal parti d’opposition.

La situation en Italie est différente, mais elle n’est pas moins grave. Si le premier ministre Matteo Renzi ne parvient pas à générer une reprise économique dans ses trois années restantes de son mandat, le mouvement d’opposition Cinq étoiles serait en pole position pour former le prochain gouvernement. Contrairement à Podemos, ce n’est pas un parti vraiment radical, et il est un ardent défenseur de la sortie de l’euro. Comme le sont aussi le Front national en France et Alternative für Deutschland en Allemagne.

Ce que Podemos doit encore faire est d’offrir une vision cohérente de la vie après une restructuration de la dette. Ce serait une bonne idée que ce parti s’organise au niveau de la zone euro au-delà de son alliance avec Syriza au Parlement européen, parce que c’est à ce niveau que les décisions politiques pertinentes sont prises. Une résolution de la dette pour l’Espagne est certes nécessaire, mais cela ne peut être que le début d’un changement plus large de politique.

La tragédie actuelle de la zone euro est l’esprit de résignation par lequel les partis de l’establishment du centre-gauche et du centre-droit font dériver l’Europe vers l’équivalent économique d’un hiver nucléaire. L’une de ses dimensions particulières est que les partis de la gauche dure sont les seuls qui soutiennent des politiques raisonnables tels que la restructuration de la dette. La montée de Podemos montre qu’il existe une demande de politique alternative. À moins que les partis établis changent leur position, ils laisseront la voie grande ouverte à Podemos et Syriza.

 

 

 

Source : www.regards.fr

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 18:51

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

Campagne de dons

Construisons des médias d’utilité publique

par Agnès Rousseaux 25 novembre 2014

 

 

 

 

 

Nous faisons le choix de faire appel à chacun de vous, lecteurs, selon vos moyens, pour nous soutenir financièrement. Sur Basta !, pas d’abonnement obligatoire, pas de publicité intrusive en quête de votre temps de cerveau disponible. C’est grâce à votre soutien financier volontaire que nous pouvons faire vivre une presse indépendante, une information d’intérêt général, accessible à tous de manière inconditionnelle.

« De chacun selon ses capacités (financières), à chacun selon ses besoins (d’information) ». Tel pourrait être, en détournant un vieux précepte marxiste, notre choix de fonctionnement [1].

« A chacun selon ses besoins », car nous offrons un accès libre à tous nos articles, pour qu’ils puissent être lus et partagés par le plus grand nombre. Pour que chacun puisse les découvrir, en toute liberté, au détour d’un clic sur un réseau social, en ouvrant un mail, en surfant sur les autoroutes du web.

« De chacun selon ses capacités », car nous faisons le choix de faire appel à chacun de vous, lecteurs, selon vos moyens, pour nous soutenir financièrement. Sur Basta !, pas d’abonnement obligatoire, pas de publicité intrusive en quête de votre temps de cerveau disponible. C’est grâce à votre soutien financier volontaire que nous pouvons faire vivre une presse indépendante, une information d’intérêt général, accessible à tous de manière inconditionnelle.

Soutenir Basta !, ce n’est pas seulement faire un don parce que vous appréciez nos articles. C’est aussi croire qu’il ne peut y avoir de vitalité démocratique, de débat politique, de changement réel sans des médias qui font vraiment leur travail : un journalisme d’utilité publique. Vous êtes 500 000 à nous lire chaque mois. Un millier d’entre vous nous soutiennent chaque année. Par votre soutien, vous offrez à d’autres lecteurs, d’autres citoyens, des enquêtes, des reportages, des articles, qui déclencheront peut-être des prises de conscience, des envies, des révoltes, des questionnements.

Nous sommes les médias de demain !

Chaque jour, comme d’autres, nous essayons de faire vivre un journalisme de résistance, engagés dans notre époque, attentifs aux courants profonds et aux mutations qui bouleversent notre monde. « Journalisme de résistance » parce que nous nous sentons à contre-courant, loin des titres racoleurs, des Unes aguicheuses, des articles qui brossent dans le sens du poil. Mais faire vivre des médias différents, indépendants, critiques, cela ne veut pas dire construire des médias dans les marges. Nous voulons occuper l’espace, reprendre du terrain dans la bataille qui se joue. Nous sommes les médias de demain, ceux dont notre société a aujourd’hui cruellement besoin. Un journalisme d’éducation populaire, qui revient à ses fondamentaux : enquêter, décrypter, raconter, en offrant à chacun des outils pour sa propre émancipation intellectuelle.

Décrypter. Loin des analyses toutes faites qui tournent en rond, loin de la désespérante langue de bois, nous voulons bousculer les certitudes, extraire le sens, donner la parole à ceux qui cherchent à mieux comprendre nos sociétés. Dans un langage débarrassé des formules prêtes-à-l’emploi, nous voulons montrer que d’autres regards, d’autres analyses sont possibles. Remettre les choses à l’endroit et à leur juste place, c’est aussi lutter contre toutes les simplifications, les raccourcis, les confusions. C’est combattre ces « inversions de causalités », dont le Front national, comme d’autres, est un grand spécialiste, qui stigmatise obstinément un bouc-émissaire, de l’immigré au fonctionnaire, pour mieux détourner les regards [2]. « Donnez-moi un point d’appui, et je soulèverai le monde », disait Archimède, trois siècles avant notre ère. Dans un monde mouvant, nous voulons que chacun de nos articles puisse être un solide point d’appui.

Résister. Qu’est-ce qui anime ceux qui font sécession ? Ceux qui décident de prendre le large, de parcourir des chemins inexplorés, d’entrer en dissidence ? C’est ce que nous voulons découvrir, en vous embarquant dans les nouveaux espaces de résistance, dans les entreprises où s’expérimentent d’autres façons de travailler, sur les Zones à défendre (ZAD), de Notre-Dame-des-Landes au Testet, dans les luttes sociales et les mobilisations.

Inventer. La société se régénère par ce qui surgit dans ses marges, et qui déverse dans le monde un flot continu de convictions, d’expérimentations, de mises en relations, créant peu à peu les conditions de changements de perceptions, de comportements, des changements des êtres profonds. Un nouveau rapport au monde se construit, pluriel, mouvant. Nous voulons « capter » les contours de ces manières de vivre émergentes, leur donner de l’écho, les questionner, les faire connaître. Nous voulons vous emmener là où consommer, produire, échanger, voyager, se nourrir, se conjugue différemment.

C’est à ces voyages en dissidence, en résistance, dans des zones expérimentales, à ces lectures qui bousculent, qui décapent, qui interrogent, que nous vous invitons depuis cinq ans. Nous ne voulons pas construire un refuge pour les déçus de la presse traditionnelle, un lieu où l’on viendrait se conforter dans ses propres choix en petit comité et en vase clos. Nous voulons que nos articles circulent, vivent, soient partagés, pour créer autant de brèches dans le ronronnement médiatique, dans les discours économiques, dans les certitudes et évidences politiques.

Pour cela, nous avons besoin de vous. Votre soutien est essentiel.

Merci pour vos dons.

Agnès Rousseaux

 

 

Notes

[1L’expression « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » est apparue sous différentes variantes au 19ème siècle, chez des auteurs comme Saint-Simon, Étienne Cabet (dans les principes de sa cité idéale d’Icarie, en 1840) ou Louis Blanc, au temps du socialisme utopique ou dans la pensée anarchiste. Elle a été popularisée par Karl Marx, puis par des syndicats signataires de la Charte d’Amiens au début du 20ème siècle et des partis politiques.

[2Voir Bernard Stiegler, ici.

 

Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

 

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Appels et pétitions
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 18:41

 

Source : www.marianne.net

 

 

Le capital fictif, ce vrai poison

Mardi 25 Novembre 2014 à 12:30

 

Clément Sénéchal

 

Sur son blog, Clément Sénéchal s'est penché sur le dernier ouvrage de l'économiste Cédric Durand. L'occasion de (re)découvrir la notion de "capital fictif", cette forme de capital complètement déconnectée du processus productif réel et "qui tend à devenir largement prédominante dans nos économies". Durand, membre des Economistes atterrés, montre "comment du capital fictif se change en accumulation de profits sonnants et trébuchants" et comment, surtout, il participe à "un vaste dispositif de préemption de l’avenir".


Hans-Jorg Walter/REX/REX/SIPA
Hans-Jorg Walter/REX/REX/SIPA
Les économies du Nord dépriment, la croissance stagne, le nombre d’entreprises chute, le chômage et les inégalités augmentent, le nombre de pauvres aussi, mais la finance semble se porter mieux que jamais : les actionnaires du monde entier devraient en effet recevoir 133 milliards de dollars de plus en 2014 qu’en 2013, soit un record de 1 190 milliards de dollars de bénéfices redistribués par 1 200 entreprises cotées, et le nombre de multimillionnaires n’a jamais été aussi élevé. Cependant que depuis quelques semaines, se répand la rumeur d’une nouvelle crise financière mondiale imminente.

S’il est devenu classique de dénoncer les « dérives de la finance », rares sont les travaux macroéconomiques qui se sont intéressés à décrypter les grandes structures du capitalisme qui ont fait advenir ces dernières. C’est ce que réussit brillamment l’économiste Cédric Durand dans son dernier essai, publié aux Prairies ordinairesLe capital fictif, comment la finance s’approprie notre avenir (1). L’économiste dresse en filigrane un constat d’urgence : « financiarisation, désindustrialisation et polarisation marchent de concert et signalent un déclin », notamment parce qu’elles procèdent d’un certain nombre de « contradictions sociales et économiques non résolues » à la source de la « grande régression sociale contemporaine ».

Par-delà le bien et le mal

Cédric Durand entend mettre en perspective une lecture trop moralisante de la finance, comme si seule était en cause la cupidité des agents financiers (on songe à Bernie Madoff) dans les crises à répétition que nous avons connues ces dernières années. La triche est structurelle dans le milieu financier : « l’accès à une information privée est souvent la clé de la fortune sur les marchés financiers, d’autant que le risque de se faire prendre est relativement faible ». Et l’inégale répartition de l’aléa moral – qui caractérise une dilution de la responsabilité dans la chaîne financière amenant l’un des deux contractants à se comporter comme s’il était isolé du risque inscrit dans la relation économique – le cœur même du jeu financier.

Mais la lecture moralisante de la finance ne tient pas face à l’analyse empirique : dans la crise des subprimes, on observe par exemple que les agents responsables de la titrisation n’ont en fait pas anticipé la crise à venir et qu’ils ne se sont pas enrichis davantage que les autres – bien au contraire. Plus que de la cupidité individuelle, il convient donc de s’intéresser aux évolutions structurelles du capitalisme, qui toutes nous renvoient à la question politique.

L’appropriation de l’avenir

>>> Le concept de capital fictif
S’il s’échange sur un marché spécifique, le capital financier – ou financiarisé – n’est pas indépendant de l’ensemble du procès productif. Dans le calcul de la valeur spéculaire entre toujours en ligne de compte une part de la valeur fondamentale, i.e. la valeur déterminée dans l’échange commercial des marchandises réellement produites. D’où une tension qui s’exprime essentiellement sur le problème de la liquidité : à travers elle, les détenteurs de capitaux tentent de récupérer leurs billes quand ils le veulent, comme si le capital investi pouvait se transformer en valeur à tout moment, alors même qu’il n’est qu’une promesse qui ne peut se réaliser que dans le processus de production et les temps contraints qui lui sont propres (où prend forme la contrepartie matérielle du capital gagé). C’est pour explorer cette tension entre finance (accumulation financière) et production (accumulation réelle) dans l’établissement et la répartition de la valeur que Cédric Durand explore à nouveaux frais le concept de capital fictif.

>>> La référence marxiste
Marx lui-même a repris le concept de capital fictif. D’après-lui, le capital fictif (le crédit) permet de lever les barrières de l’autofinancement. Il stimule la production en prévalidant le procès de valorisation du capital – par l’échange ultérieur de marchandises résultant de l’investissement initial. La capital fictif acquiert alors une faculté magique : « l’argent acquiert la propriété d’engendrer de la valeur (…) de la même manière qu’il est dans la nature du poirier de donner des poires » (Marx cité par Durand). Le fonctionnement générique du capital fictif consiste en fait à produire des créances ou des titres dont la valeur découle de la « capitalisation des revenus anticipés ». Comme le souligne Durand, la capital fictif a ainsi pour effet de « préempter le procès de valorisation, tout en rendant celui-ci invisible » : c’est l’idée aujourd’hui répandue du capital qui « fructifie automatiquement ».

Lire la suite sur « Lésions politiques », le blog de Clément Sénéchal  (ou ci-dessous)


(1) Le capital fictif, comment la finance s’approprie notre avenir, Cédric Durand, Ed. Prairies ordinaires, novembre 2014, 224 pages, 17 €.

 

 

Source : www.marianne.net


 

                                                                  ***********************************

 

 

Source : clementsenechal.com

 

 

L’essor du capital fictif : comment la finance s’approprie notre avenir collectif

Les économies du Nord dépriment, la croissance stagne, le nombre d’entreprises chute, le chômage et les inégalités augmentent, le nombre de pauvres aussi, mais la finance semble se porter mieux que jamais : les actionnaires du monde entier devraient en effet recevoir 133 milliards de dollars de plus en 2014 qu’en 2013, soit un record de 1 190 milliards de dollars de bénéfices redistribués par 1 200 entreprises cotées, et le nombre de multimillionnaires n’a jamais été aussi élevé. Cependant que depuis quelques semaines, se répand la rumeur d’une nouvelle crise financière mondiale imminente. 

S’il est devenu classique de dénoncer les « dérives de la finance », rares sont les travaux macroéconomiques qui se sont intéressés à décrypter les grandes structures du capitalisme qui ont fait advenir ces dernières le règne de la finance. C’est ce que réussit brillamment l’économiste Cédric Durand dans son dernier essai, publié aux Prairies ordinaires : Le capital fictif, comment la finance s’approprie notre avenir. L’économiste dresse en filigrane un constat d’urgence : « financiarisation, désindustrialisation et polarisation marchent de concert et signalent un déclin », notamment parce qu’elles procèdent d’un certain nombre de « contradictions sociales et économiques non résolues » à la source de la « grande régression sociale contemporaine ».

Capture d’écran 2014-11-24 à 11.55.49

Par-delà le bien et le mal

Cedric Durand entend mettre en perspective une lecture trop moralisante de la finance, comme si seule était en cause la cupidité des agents financiers (on songe à Bernie Madoff) dans les crises à répétition que nous avons connues ces dernières années. La triche est structurelle dans le milieu financier : « l’accès à une information privée est souvent la clé de la fortune sur les marchés financiers, d’autant que le risque de se faire prendre est relativement faible ». Et l’inégale répartition de l’aléa moral – qui caractérise une dilution de la responsabilité dans la chaîne financière amenant l’un des deux contractants à se comporter comme s’il était isolé du risque inscrit dans la relation économique – le cœur même du jeu financier.

Mais la lecture moralisante de la finance ne tient pas face à l’analyse empirique : dans la crise des subprimes, on observe par exemple que les agents responsables de la titrisation n’ont en fait pas anticipé la crise à venir et qu’ils ne se sont pas enrichis davantage que les autres – bien au contraire. Plus que de la cupidité individuelle, il convient donc de s’intéresser aux évolutions structurelles du capitalisme, qui toutes nous renvoient à la question politique.

L’appropriation de l’avenir

Le concept de capital fictif

S’il s’échange sur un marché spécifique, le capital financier – ou financiarisé – n’est pas indépendant de l’ensemble du procès productif. Dans le calcul de la valeur spéculaire entre toujours en ligne de compte une part de la valeur fondamentale, i. e. la valeur déterminée dans l’échange commercial des marchandises réellement produites. D’où une tension qui s’exprime essentiellement sur le problème de la liquidité : à travers elle, les détenteurs de capitaux tentent de récupérer leurs billes quand ils le veulent, comme si le capital investi pouvait se transformer en valeur à tout moment, alors même qu’il n’est qu’une promesse qui ne peut se réaliser que dans le processus de production et les temps contraints qui lui sont propres (où prend forme la contrepartie matérielle du capital gagé). C’est pour explorer cette tension entre finance (accumulation financière) et production (accumulation réelle) dans l’établissement et la répartition de la valeur que Cédric Durand explore à nouveaux frais le concept de capital fictif.

La référence marxiste

Marx lui-même a repris le concept de capital fictif. D’après-lui, le capital fictif (le crédit) permet de lever les barrières de l’autofinancement. Il stimule la production en prévalidant le procès de valorisation du capital – par l’échange ultérieur de marchandises résultant de l’investissement initial. La capital fictif acquiert alors une faculté magique : « l’argent acquiert la propriété d’engendrer de la valeur {…} de la même manière qu’il est dans la nature du poirier de donner des poires » (Marx cité par Durand). Le fonctionnement générique du capital fictif consiste en fait à produire des créances ou des titres dont la valeur découle de la « capitalisation des revenus anticipés ». Comme le souligne Durand, la capital fictif a ainsi pour effet de « préempter le procès de valorisation, tout en rendant celui-ci invisible » : c’est l’idée aujourd’hui répandue du capital qui « fructifie automatiquement ».

Les formes du capital fictif

Le capital fictif prend trois formes principales :

a) la monnaie de crédit : c’est-à-dire la mise en circulation sous forme de monnaie sonnante et trébuchante d’un simple signe monétaire, gagé sur les revenus à venir et non sur une réserve d’épargne disponible. C’est une création ex nihilo qui implique la « canonisation a priori du travail privé comme travail social ».

b) les dettes publiques : c’est-à-dire l’émission de titres obligataires nécessaires au fonctionnement de l’État. Son caractère fictif est évident : l’argent emprunté n’est pas mis en circulation dans le processus productif de valorisation cumulative associée au rendement monétaire – l’État n’étant pas un acteur économique cherchant à dégager des plus-values monétaires. Ce sont donc des créances sur le montant des futurs impôts.

c) les actions cotées en bourse et les obligation échangées sur les marchés financiers, qui sont, comme le rappelle Marx, « un titre de propriété [ou «  créances » pour les obligations, qui rémunèrent à terme sous formes d’intérêts et non sous forme de dividendes] sur une part proportionnelle de la richesse de la plus-value réalisée par ce capital ».

La liquidité comme dissociation

Le capital fictif prend toute sa puissance financière lorsqu’il devient liquide : quand des titres peuvent s’échanger à tout moment, c’est-à-dire être constamment payable et convertible en capital sonnant et trébuchant ; autrement dit, quand les titres deviennent des marchandises. C’est alors que le capital fictif tend à se dissocier subrepticement du processus productif de valorisation, suivant les voies d’une suraccumulation factice qui mène nécessairement à la crise.

L’essor contemporain du capital fictif

Or, comme le note Cédric Durand, cette forme de capital tend à devenir largement prédominante dans nos économies, qui deviennent donc de plus en plus fictionnelles. On observe « une montée en puissance des engagements de paiement sur la production à venir en proportion des richesses effectivement produites ».

Lorsque l’on observe les 11 pays les plus riches, on constate en effet que la part du crédit dans le PIB passe de 72% à 174% entre 1970 et 2007, avant de subir une légère contraction suite à la crise des subprimes. Même dynamique pour le poids de la dette publique dans les économies développées, qui grimpe subitement dans les années 1980 suite aux politiques néolibérales d’augmentation des taux d’intérêts – lesquels se répercutent indirectement sur les emprunts publics : on passe de 30% à 89% du PIB entre 1970 et 2012. Quant au ratio moyen concernant les actions, il passe de 32% du PIB en 1980 à 85% en 2012. Au total, le poids moyen du capital fictif dans les pays riches passe donc de 145% du PIB en 1980 à 340% en 2012. Conclusion : lors de ces trois décennies, la valeur financière n’a cessé de progresser par rapport à la quantité de richesses effectivement produites.

D’où viennent les profits financiers ?

Dès lors, Cédric Durand s’attache à poser la bonne question, celle de savoir comment du capital fictif se change en accumulation de profits sonnants et trébuchants. Bien que générés par des processus financiers, ces profits ont un pouvoir d’achat bien réel : ils constituent des droits de tirage immédiats sur la richesse produite. Générés par la sphère financière, ces profits ne correspondent pourtant pas à la création matérielle de richesses réelles, mais au simple jeu à somme nulle qui consiste à échanger des signes monétaires calqués sur l’anticipation des agents financiers. « Les profits financiers incarnent de la valeur mais ne sont pas issus de la production de valeur », résume l’auteur. Par conséquent, la profitabilité financière ne peut que résulter non pas de la création mais du transfert de revenus issus du procès de production. Se pose alors la question éminemment politique du contenu social des profits financiers.

Cédric Durant identifie trois sources de revenus financiers, auxquels il associe des formes particulières de contradictions sociopolitiques : les intérêts, les dividendes et les plus-values réalisées lors de cession d’actifs.

L’antagonisme créanciers/salariés

Concernant les intérêts associés au crédit, il s’agit de profits d’aliénation résultant d’un prélèvement direct sur le revenu des ménages permis par la seule possession inégalitaire du capital : « c’est une forme d’exploitation secondaire, indépendante de l’extraction de la plus-value dans le procès de production » – une expropriation en dehors du mode de production. Le prêt à la consommation s’est notamment développé ces dernières années, en réponse à la baisse des salaires pour partie. Cédric Durand mentionne cet exemple saisissant : « En avril 2014, pour un emprunt de 1 000 euros, le taux effectif global appliqué par la Cofinoga était de 19 % (!) contre un taux de refinancement à la BCE de 0,25%. »

L’antagonisme créanciers/citoyens

La dette publique crée quant à elle un rapport antagonique entre les créanciers et l’ensemble de la communauté politique, ponctionnée sous forme d’impôts ou de réduction des services publics. Elle est aujourd’hui détenue en majorité par les plus riches. Or, « comme les prélèvements fiscaux sont insuffisamment redistributifs, les intérêts de la dette publique ont contribué à la concentration des revenus parmi les 1 % les plus riches » ; elle est donc une source d’accroissement des inégalités. Cédric Durand rappelle que le contrôle des dettes publiques est aujourd’hui devenu un enjeu géopolitique : « La libéralisation et l’internationalisation des marchés de la dette publique donnent aux marché la possibilité d’étrangler les finances publiques via des hausses de taux d’intérêt lorsqu’ils doutent de la capacité des États à mettre en œuvre des politiques leur garantissant les rendements et les profits espérés ». La crise grecque en est un bon exemple. La souveraineté des marchés l’emporte alors sur celle des peuples.

L’antagonisme actionnaire/entreprise

Enfin, les revenus liés aux actions et obligations d’entreprise relèvent d’une forme de rente (simple mise à disposition d’un capital-argent oisif) prélevée sur la production (le fameux « coût du capital ») au détriment de l’investissement et des salaires. L’extrême liquidité de ces titres permet d’atténuer le risque associé : les actionnaires captent une plus-value de plus en plus substantielle de la production sans un assumer de responsabilités fortes dans l’entreprise. Le «  désir-maître » (Lordon, 2010) de l’actionnaire entre dans un rapport antagonique avec le collectif de travail, voire le procès de production dans son ensemble. Cédric Durand mobilise ici le concept de parasitisme pour parler des revenus captés sur les entreprises par des entités qui se tiennent à distance du procès de production et de sa matérialité sociale.

Aliénation de l’avenir

Les profits d’aliénation, liés à l’usage du capital fictif, ressortent à chaque fois de formes différentes « d’accumulation par dépossession » (David Harvey), c’est-à-dire de profits qui ne sont pas issus de l’exploitation du travail. Du destin individuel d’une vie minuscule qui s’endette pour survivre au devenir systémique d’une société humaine, le capital fictif apparaît donc comme un vaste dispositif de préemption de l’avenir. Par ricochet, nous mesurons alors l’ampleur du pouvoir de la propriété privée, concentré dans les mains peu nombreuses des détenteurs de capitaux : son immense faculté à surdéterminer le présent dans lequel nous vivons.

Les ambivalences de l’action publique

Il faut également s’arrêter un instant sur les gains en capital réalisés par les institutions financières (assurances, banques, fonds de pension etc…). Outre les commissions qu’elles reçoivent pour les opération financières courantes qu’elles exécutent, ces institutions se rémunèrent sur le placement financier de leurs actifs. Autrement dit, « les profits que peuvent générer ces institutions proviennent de leur capacité à obtenir des taux de valorisation de leurs actifs qui soient supérieurs à l’évolution dynamique de leurs engagements » (remboursement des sinistres, pensions à verser, etc.) Ces institutions sont donc extrêmement vulnérables à la volatilité des marchés financiers.

Le problème est qu’elles assurent des fonctions sociales indispensables dont la continuité doit donc être garantie directement par l’État, comme cela s’est produit en 2008 par exemple. Les « profits politiques » ou la prise d’otage des institutions financières Or, comme le souligne Cédric Durand, puisque « ces garanties publiques {…} leur permettent de se financer à moindre coût, elles constituent une forme de subvention » – cette subvention implicite est évaluée, concernant les grandes banques du continent européen, à 223 milliards d’euros, soit 1,8 % du PIB européen, pour l’année 2012. D’où l’on peut conclure que, comme une grande partie de ces profits est subventionnée par la collectivité (qui soutient des cours qui se verraient brutalement dévalorisés s’ils restaient déterminés par le seul jeu des acteurs financiers), leur privatisation est parfaitement illégitime. Cédric Durand parle ici de profits politiques associés aux politiques de stabilisation financière, où « la communauté financière se dresse comme un corps homogène face au reste de la société {…} ».

L’aléa moral des sauvetages financiers

En s’appuyant sur les thèses de l’économiste américain Hyman Minsky, Cédric Durand souligne alors les « paradoxes de l’intervention publique ». Celle-ci se manifeste de deux façons : via la Banque centrale, qui joue le rôle de prêteur en dernier ressort pour endiguer l’assèchement du crédit, via l’État, qui s’endette afin de soutenir la demande (qui elle-même conditionne revenus et profits). On constate ainsi que la puissance politique est inextricablement mêlée à l’industrie financière, non-seulement en amont, en déterminant le cadres et les normes qui la régissent, mais également en aval, en traitant ses effets néfastes sur la vie sociale. Elle actionne alors les leviers monétaires (création de monnaie) et budgétaires (endettement et redistribution). Et lors des crises récentes, malgré des dégâts considérables pour les populations les plus fragiles, les politiques d’endiguement ont plutôt bien fonctionné – qu’il s’agisse du krach de 1987 aux États-Unis, de la crise mexicaine de 1994, de la crise asiatique de 1998, de la crise de la nouvelle économie en 2001 ou de celle des subprimes en 2008.

Sauf que cette intervention en aval n’est pas sans conséquences : elle produit deux effets dialectiques. D’une part, les marchés financiers tendent à intégrer la protection offerte par les États dans leurs prises de positions spéculatives et subséquemment à prendre plus de risques. Ce que nous explique Cédric Durand, c’est que le too big to fail (trop grand pour que l’on puisse permettre de le laisser tomber) concerne en réalité l’ensemble du secteur financier. Une sorte de « méta-aléa moral» s’impose. En réalité, le sauvetage du secteur financier revient donc in fine à « valider la structure des passifs » de ses opérateurs. D’autre part, les acteurs politiques quant eux s’illusionnent en pensant qu’ils pourront traiter n’importe quelle crise et se complaisent alors à lâcher de plus en plus la martingale financière. Nous sommes donc pris dans une sorte de « supercycle » infernal où les institutions publiques centrales contiennent la baisse des valeurs financières mais n’entravent pas leur hausse : ce faisant, le risque systémique ne cesse d’augmenter, crise après crise comme jour après jour.

L’énigme des profits sans accumulation matérielle

Mais il reste une question en suspend : comment la finance peut-elle continuer à dégager des profits sans cesse grandissants quand la croissance stagne dans les pays riches, quand les économies du Nord tendent de plus en plus à rejoindre un état stationnaire, voir récessif ? La financiarisation de l’économie n’est-elle pas finalement une entrave au développement des forces productives ? Au cours des dernières décennies, à mesure que le capital fictif se répandait, les dépenses d’investissement en capital fixe n’ont cessé de se réduire ; pourtant les profits continuent, eux, d’augmenter.

La pression domestique

Certes la libéralisation financière à marqué la « revanche des rentiers » sur l’époque des politiques sociales keynésiennes et leur capacité à ponctionner, grâce à la hausse des taux d’intérêt, une part croissante de la plus-value dégagée par les entreprises. Le tournant néolibéral des années 1980 marque le développement d’une « nouvelle idéologie d’entreprise » tournée vers la « maximalisation de la valeur pour l’actionnaire », ce qui induit un basculement stratégique des cadres et la mise en place de techniques managériales micro-individuelles, jouant sur la fragmentation des conditions salariales : les actionnaires se voient ainsi attribuer une sorte de « pouvoir disciplinaire ».

Le court-termisme se change en norme structurelle : il ne s’agit plus de « conserver et réinvestir », mais de « restructurer et de distribuer », c’est-à-dire de flexibiliser le travail et d’externaliser un certain nombre de tâches en créant de multiples chaînes de sous-traitance. Cette restructuration du tissu productif vise simplement à redistribuer les rapports de force entre actionnaires, managers et salariés, en transférant l’assomption du risque du capital vers le travail ; plus on s’éloigne du centre connecté aux flux financiers liquides (la maison-mère), plus la dégradation des conditions de travail se trouve violente (chez le fournisseur en bout de chaîne).

Bien entendu, cette logique prédatrice se trouve relayée par les institutions et les acteurs politiques qui votent et appliquent les lois de précarisation du travail par exemple (cf. l’ANI), par toutes les politique dites « d’ajustement structurel ». Autrement dit, une première réponse à l’énigme des profits sans accumulation réside dans le transfert des richesses opéré par une pression accrue de l’oligarchie financière sur les économies domestiques des pays riches.

L’impérialisme

Mais la seconde réponse à cette énigme, et la principale, réside tout simplement dans les évolutions économiques induites et désignée par «  la mondialisation ». La libéralisation des échanges financiers et commerciaux a en effet ouvert au capital accumulé de nouveaux territoires où exercer son influence. Elle lui a ainsi permis de profiter non-seulement de nouveaux marchés via les investissements directs à l’étranger (IDE) qui transitent d’ailleurs souvent par des paradis fiscaux, mais également de ressources en matière premières (intrants) ou en main d’œuvre industrielle à bas coût. L’excédent de travail disponible a permis mécaniquement de faire baisser son prix par le jeu de la concurrence, et de faire pression sur les législations domestiques des pays du centre. Les firmes peuvent ainsi importer des produits intermédiaires ou finaux à bas coût, revendus ensuite au prix fort sur les marchés domestiques qu’elles contrôlent sous forme d’oligopoles. Ce faisant, les pays du centre se trouvent quant à eux « cantonnés à des activités de support ou des services à faible valeur ajoutée (en particulier les services à la personne) qui ne peuvent être échangés dans le cadre du commerce international. »

Autrement dit, le capital fictif s’est mis à surexploiter de façon asymétrique les ressources des pays du Sud. Une polarisation planétaire accrue se développe alors entre les pays riches et les pays pauvres et la réalisation de profit passe bien plus par le contrôle impérial de nouveau réseaux productifs – dont la chaîne culmine dans les marchés financiers – que par les dépenses en investissement, ce qui explique le piètre résultat des entreprises sur le niveau de l’emploi et des salaires dans les pays du centre. Le profit des actionnaires découle simplement de l’exploitation éhontée d’une main d’œuvre lointaine, concentrée dans un ensemble de zones franches où le droit du travail est quasiment inexistant. C’est dans l’une d’elle par exemple que le 24 avril 2013, 1 138 ouvriers sont décédés dans l’effondrement d’un immeuble vétuste qui abritait des ateliers textiles emplis d’étiquettes Mango, H&M, Carrefour, Bennetton, Wal-Mart, etc. Ces travailleurs étaient payés moins d’un euro par jour, rappelle Cédric Durand…

Il en arrive ainsi à la conclusion suivante : « Le renforcement de l’oligarchie financière, l’affaiblissement du mouvement ouvrier dans les pays riches et l’impérialisme font bel et bien système ». À la stagnation économique, les ploutocrates répondent par l’écrasement.

De la souveraineté

L’essai de Cédric Durand a l’immense mérite de combiner dans l’analyse tant les logiques internes du capitalisme que ses déterminations sociopolitiques externes. À l’essor du capital fictif correspond une politique, une géopolitique même. Sans le soutien inconditionnel des autorités publiques, l’hégémonie de la finance tomberait en poussière ; mais elle nous entraînerait tous dans sa chute. Elle est un « maître-chanteur ».

Ce livre dresse fondamentalement un constat d’urgence ; l’essor du capital fictif fait courir des risques systémiques à l’ensemble de l’économie qui ne cessent de croître et dont les conséquences seront désastreuses pour les peuples. Que faire ? Peut-être commencer par récupérer le pouvoir monétaire, budgétaire, réglementaire, c’est-à-dire par repenser, pour les forces de gauche attentives au progrès social, la question délicate de la souveraineté. Qui décide et décidera demain de la matérialité du monde, c’est-à-dire des rapports sociaux et du relief de la vie quotidienne ?

Le candidat Hollande voulait combattre la finance ; le monarque élu n’en a rien fait. Il convient donc de s’organiser pour modifier l’agencement des normes fondamentales et des institutions qui font vivre la démocratie et organisent la distribution du pouvoir, ce qui revient à se battre pour l’instauration d’une nouvelle République, sociale et écologique. D’un mot : renverser le régime pour remettre l’histoire sur ses pieds.

Clément Sénéchal

 

 

Source : clementsenechal.com

 

 


 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 novembre 2014 1 24 /11 /Nov /2014 23:57

 

 

Source : zad.nadir.org

 

 

Semaine du 24 au 30 novembre

lundi 24 novembre 2014, par zadist

 

 


Si vous voyez des mouvements de police anormaux autour de la zone, contactez-nous ! sur le numéro d’urgence au 06.43.92.07.01.


Rassemblements contre les violence policières

Listes des manifestations à venir partout en france en réponse à l’assassinat de Rémi, voir l’agenda très complet des différents rassemblements sur Indymédia Nantes

P’tit conseil technique : si vous cherchez un rassemblement par ville, faites "Control+F" pour ouvrir une barre de recherche dans votre navigateur puis taper le nom de votre ville.


Quelques collectifs contre les violences policières :

- Urgence, notre police assassine
- Vies volées, à toutes les victimes des états policiers
- Résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires
- Observatoire des libertés publiques
- CARILA : Comité anti-répression issu de la lutte contre l’aéroport (aux alentours de Nantes)


Infos sur la répression

Enguérrand, toujours en prison suite à la manif’ du 22 février (il purge une peine de 16 mois !) est en GRÈVE DE LA FAIM ! Soutenons-le.
Pour suivre ses nouvelles, consultez les articles postés par son groupe de soutien.
Pour lui écrire : DELANOUS Enguerrand - écrou 59694 - Centre Pénitentiaire de Nantes - B.P. 71636 - 44316 NANTES-CÉDEX


Appel à matos et connaissances

- Appel à matos pour plusieurs chantiers à la Ouardine et San-Antonio (mise à jour du 10 octobre)


Lundi 24 novembre

Pour continuer la lutte contre les violences policières attaquons -nous à une des sources et bloquons la fabrication des grenades lacrymo et autres joujous "non-létaux" fabriqué par NobelSport : Appel du Collectif 29 contre les répressions policières contre la violence d’État, son in-justice, sa police et ses armes bloquons NobelSport !

Revue de presse sur la manif de samedi :

A NANTES : Apparement les journalistes n’ont pas tou-te-s participé-e-s à la même manif’ à Nantes... ca va de "quelques incidents" pour certain-e-s à

— On attend des nouvelles de 3 personnes arrếtés samedi et qui passeraient en comparussion immédiate aujourd’hui pour différents chefs d’inculpation selon OuestFrance : violences sur agent dépositaire de la force publique, participation à un attroupement avec arme et le visage masqué, dégradations, outrage ou rébellion 
- Selon Thierry SPITZ, représentant du syndicat de la Police National ALLIANCE, et contrairement à la peur qu’il a essayé de distillé sur France inter la veille de la manif, "Cela a été plus light que ce que l’on aurait pu craindre ". Toi et tes collègue avaient du être deçus de ne pas avoir le droit à "Une zone d’affrontement directe" et ne pas pouvoir cogner sur des gens ! Rassemblement contre les violences policières : les manifestants ont limité la casse
- Attention, on est prévenu, Natacha ROLLAND, Maire de Nantes "refuse que la ville s’installe dans un cycle de manifestations violentes"

ET AILLEURS :
- A Vienne, Poitiers ils étaient 200 contre les violences policières
- Manifestation à Rémi partout en France par MédiaPart
- 300 personnes à Albi
- 38 interpellations dans des manifestations contre « les violences policières » en France
- A chalons aussi les gens ont manifestés contre les violences policières.

- Le reportage photos de Presquil Gazette sur la manif

- Reçu : nous n’étions pas 1200 comme le disent préfecture et journaux locaux mais bien plus, divers, ensemble ! Une photo ( et nous en attendons d’autres..) qui nous montre une fois encore de quel côté est la "violence"... rappel : le droit de manifester est un droit fondamental, un droit constitutionnel.

et aussi La question des prises de décisions sur les grands projets d’aménagementsposée par Ouest-France

 

 

Source : zad.nadir.org

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Notre Dame des Landes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 novembre 2014 1 24 /11 /Nov /2014 23:45

 

Vu sur facebook

 

 

A Montpellier

Lundi 8 Décembre 20H00 Espace Martin Luther King


Attac Montpellier vous invite à une Conférence – débat -avec Emmanuel Daniel auteur du livre « Le tour de France des alternatives » : sur la route des utopies concrètes.  

 

L’urgence climatique, environnementale et sociale bouscule bon nombre d’organisations politiques & associatives et s’impose de fait dans les discussions.
Dans l’opinion, le tournant à prendre est perçu très souvent sous l’angle de la contrainte et freine considérablement les changements rendus désormais indispensables. Le contexte de crise, l’austérité ambiante ont comme tétanisé la société et le fameux TINA (There is no alternative de M.Thatcher) est plus que jamais d’actualité. Défiance, désespérance, récupération de la misère et de la précarité sont les produits d’une situation économique et sociale dont on nous rebat les oreilles tous les jours.
Pourtant il se passe bien quelque chose au sein des territoires. Des alternatives concrètes de proximité se mettent en place pour promouvoir « un autre monde possible » mais sont portées à la connaissance essentiellement des réseaux militants et des personnes conscientisés à ces problématiques.
Nous faisons également le constat que bon nombre de militants s’épuisent à « être contre », « à défendre » (et c’est nécessaire) mais y perdent une énergie considérable.
C’est la raison pour laquelle Attac Montpellier a invité Emmanuel Daniel auteur du livre « Le tour de France des alternatives » (Seuil). Pendant 6 mois, il a parcouru les routes de France à la rencontre de personnes investies dans des projets alternatifs : entreprises coopératives, circuits-courts, producteurs locaux d’énergie, monnaies locales, ateliers de réparation partagés, habitats groupés etc …
Ce recueil d’alternatives concrètes montrent que des citoyens un peu partout sur le territoire prouve que la résignation n’est pas une fatalité.
Il prouve que nous pouvons nous mobiliser pour basculer vers le monde de demain et tordre le coup à l’horizon indépassable de la mondialisation libérale.
Emmanuel Daniel est journaliste à Reporterre, Bastamag, TerraEco et Slate.fr

 

 


Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Réunions, conférences et débats
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Présentation

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22

Calendrier

Novembre 2014
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Images Aléatoires

  • MG 5001
  • DSC00960
  • 21
  • 4b
  • DSCF1150
  • DSC00555

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés