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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 17:15

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Démocratie

Surveillance de masse, atteintes aux libertés : ce qui inquiète dans le projet de loi Renseignement

par

 

 

 

Des rassemblements sont prévus ce lundi 4 mai contre le projet de loi sur le renseignement que l’Assemblée nationale se prépare à voter mardi. Les organisations de défense des libertés et des droits dénoncent un texte qui met en place une surveillance de masse de la population. De la captation en temps réel des métadonnées des abonnés à Internet, à la mise en place d’algorithmes pour la détection automatique des profils suspects sur le réseau, petite synthèse des points qui font débat dans cette loi.

 

La nouvelle loi sur le renseignement doit être votée ce mardi 5 mai à l’Assemblée nationale, soit moins de deux mois après sa présentation en Conseil des ministres. Le projet était déjà dans les cartons l’année dernière. Mais après les attentats de janvier, le gouvernement l’a fait passer en procédure accélérée. Le texte est pourtant loin d’être sans conséquences. Il va encore élargir les possibilités de surveillance du net, déjà étendues par la dernière loi de programmation militaire de 2013 et la loi antiterroriste votée en novembre 2014 (lire notre article Logiciels mouchards, métadonnées, réseaux sociaux et profilage : comment l’État français nous surveille).

De fait, cette loi a très vite réuni contre elle les défenseurs des libertés et des droits (Ligue des droits de l’Homme, syndicats de la magistrature et des avocats de France, associations de défense des libertés numériques…). Même la Commission nationale consultative des droits de l’homme (ici) et le défenseur des droits Jacques Toubon (ici) ont émis des avis critiques. Une partie des acteurs de l’économie numérique sont aussi vent debout. De nombreuses organisations appellent un rassemblement le lundi 4 mai pour alerter une dernière fois les parlementaires sur ce qu’ils s’apprêtent à voter. Quels sont les points qui inquiètent dans ce projet de loi ?

 

Une loi pour… légaliser des pratiques illégales

Le gouvernement met en avant le fait que cette loi permettra de mieux encadrer des pratiques déjà existantes des services de renseignements, en matière de surveillance du net et des communications électroniques. Bref, la loi vise à légaliser ce que les services font déjà, illégalement. Elle autorise en ce sens les services à utiliser toute une batterie de techniques supplémentaires de surveillance : interceptions de correspondances électroniques, pose de micros dans un appartement ou un véhicule, géolocalisation…

Le cadre dans lequel les agents pourront recourir à ces nouveaux outils va largement au-delà de la seule prévention du terrorisme. Ils pourront s’en saisir également pour (entre autres) la défense des « intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs » du pays, « la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions, des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale » et « la prévention de la criminalité et de la délinquance organisées ».

 

Les « boîtes noires » ou la captation en temps réel des métadonnées

C’est une mesure qui fait réagir fortement une partie des acteurs de l’économie numérique : la pose de « boîtes noires » directement chez les fournisseurs d’accès à Internet et les hébergeurs. C’est-à-dire de dispositifs de recueil « en temps réel sur les réseaux des opérateurs » des métadonnées, appelées également « données de connexions » – qui écrit à qui ou appelle qui, à quel moment, quels sites sont consultés…

« Le ministre de l’Intérieur passe son temps à argumenter qu’il n’y a que les métadonnées qui seront ainsi surveillées. Mais les métadonnées donnent en fait plus d’informations sur quelqu’un que le contenu des conversations », analyse Benjamin Bayart, de la FFDN, une fédération des fournisseurs d’accès à Internet associatifs, qui regroupe une trentaine de fournisseurs sur toute la France (lire notre article). « Surveiller les métadonnées, c’est en fait extrêmement intrusif. »

 

Conséquence : des hébergeurs français partent à l’étranger

Cet article de la loi préoccupe sérieusement les hébergeurs. « Imposer aux hébergeurs français d’accepter une captation en temps réel des données de connexion et la mise en place de « boîtes noires » aux contours flous dans leurs infrastructures, c’est donner aux services de renseignement français un accès et une visibilité sur toutes les données transitant sur les réseaux », dénonçaient les hébergeurs OVH, Afhads, Gandi, IDS, Ikoula, Lomaco et Online le 9 avril. La loi pourrait même les contraindre à délocaliser leur activité : « Les hébergeurs français n’hébergent pas que des clients français : ils accueillent des clients étrangers qui viennent se faire héberger en France. (…) Ces clients viennent parce qu’il n’y a pas de Patriot Act en France, que la protection des données des entreprises et des personnes est considérée comme importante. Si cela n’est plus le cas demain en raison de ces fameuses « boîtes noires », il leur faudra entre 10 minutes et quelques jours pour quitter leur hébergeur français. Pour nous le résultat est sans appel : nous devrons déménager nos infrastructures, nos investissements et nos salariés là où nos clients voudront travailler avec nous. »

Un amendement à cet article a ensuite été apporté, selon les hébergeurs. Un amendement qui donne des engagements concrets concernant la préservation des données personnelles et le « caractère ciblé, limité dans le temps et non systématique de ce dispositif de surveillance ». Les hébergeurs indiquent tout de même rester vigilants quant à l’application de la mesure dans les mois à venir. OVH, troisième société d’hébergement Internet dans le monde, attend la décision du Conseil constitutionnel – qui doit être saisi par un groupe de parlementaires, et par le président de la République (une première dans l’histoire de la cinquième République) –, pour en dire plus sur sa position.

Deux hébergeurs ont en tous cas déjà décidé de plier bagages. Altern a fermé ses services juste après le premier vote de la loi à l’Assemblée nationale mi-avril, « pour les réouvrir dans quelques jours dans un pays plus respectueux des libertés individuelles », selon ses propos. Eu.org a annoncé procéder « au déménagement de tous ses serveurs de noms hors de France. »

 

Un traitement automatisé pour détecter les profils suspects

Pour la prévention du terrorisme, la loi prévoit aussi la mise en place de dispositifs de traitement automatisé de ces données récoltées auprès des fournisseurs d’accès à Internet et hébergeurs de sites. Il s’agirait d’algorithmes programmés pour déterminer un profil de « menace terroriste ». Or, pour établir des profils suspects, il faut d’abord ramasser un grand nombre de données.

« La loi est très floue sur ce point. Mais ce type d’algorithmes est rarement fiable, tout comme ceux qui servent à proposer des pubs ciblées, fait remarquer Benjamin Bayart. Avec seulement 1 % d’erreur, cela veut dire que ce système de détection va remonter à des milliers de gens qui n’intéresseront pas les services de renseignement. Alors même que le gain n’est pas évident, ces systèmes de surveillance ont un effet sur la société toute entière. Cela modifie la façon dont les gens pensent et agissent. »

 

Une commission consultative pour seul contrôle indépendant

Pour mettre en œuvre ces nouveaux dispositifs de surveillance, les services de renseignements n’auront besoin ni de l’accord d’un juge, ni de celui d’une autorité indépendante du politique. Seul le Premier ministre aura à donner son autorisation. La loi prévoit bien la création d’une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), une autorité administrative indépendante chargée de contrôler ces dispositifs, composée de treize membres – trois députés, trois sénateurs, trois membres du Conseil d’État, trois magistrats, une personnalité qualifiée en matière technique. Mais l’avis de cette commission ne sera que consultatif. Et encore, en cas « d’urgence absolue », les services et le Premier ministre pourront la contourner.

De quoi douter de son réel pouvoir. D’autant que cette structure va venir remplacer l’actuelle Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) qui se plaignait encore dans son dernier rapport d’activité de manquer de moyens nécessaires à sa mission.

 

Une opposition croissante

Des syndicats de presse alertent également sur la mise en péril du secret des sources pour les journalistes. « L’amendement adopté pour introduire un traitement particulier de certaines professions, dont les journalistes, n’offre pas de garde-fou suffisant à la liberté d’informer et d’être informé, et ne répond pas aux inquiétudes des entreprises de presse », indiquent ainsi le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL, dont Basta ! est membre) et le Groupement des éditeurs de contenus et services en ligne (GESTE). « Le principe de la protection des sources apparaît gravement fragilisé », poursuivent ces organisations, qui demandent instamment aux parlementaires de voter contre ce texte, les termes de la loi laissant « ouvertes des marges d’interprétation incompatibles avec, notamment, la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ».

Les critiques se multiplient également du côté des responsables politiques. Europe Écologie-Les Verts dénonce un projet « dangereux pour la démocratie et la citoyenneté ». « Après avoir suivi les débats, lu les argumentaires des uns et des autres, le 5 mai, en conscience, je voterai contre le PJL [projet de loi] renseignement », a déclaré le 18 avril Nicolas Bays, vice-président socialiste de la Commission de la défense à l’Assemblée nationale. « Le gouvernement lui-même a annoncé qu’il y a entre 1 500 et 3 000 personnes à surveiller dans le domaine antiterroriste. Pourquoi, dans ce cas, jeter le filet sur des millions de Français ? », questionne le député socialiste Pouria Amirshahi, qui votera également contre. « Je veux, explique-t-il dans une interview, comme Léon Blum contre les lois de 1893-1894 dénoncer "avec quelle précipitation inouïe ou quelle incohérence absurde ou quelle passivité honteuse" elle risquent d’être votées ».

 

Un débat précipité

Le débat politique précipité, sur un sujet aussi important et complexe, est loin d’être satisfaisant, pointe la Quadrature du Net, spécialisée dans la défense des libertés numériques : « Les trop rares députés qui se sont opposés au rapporteur Urvoas et aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense se sont vus opposer des réponses fuyantes ou elliptiques à leurs questionnements pourtant très précis du point de vue technique et juridique. ». Les « modifications cosmétiques et opportunistes » apportées en première lecture à l’Assemblée nationale n’ont pas modifié l’équilibre du texte, qui « reste inacceptable pour une démocratie », alerte l’association.

Le gouvernement a choisi de faire passer cette loi au Parlement en procédure accélérée, ce qui signifie moins de débats dans les deux assemblées parlementaires. « Au Parlement européen, ce genre de texte est discuté entre six et huit mois. Là, les députés en ont débattu seulement cinq semaines, regrette Benjamin Bayart. La méthode retenue de procédure accélérée ne permet pas au Parlement de réfléchir et de travailler correctement sur des problèmes aussi compliqués, qui touchent à la fois aux services de renseignements, au numérique, à la question de la surveillance. Je suis stupéfait que les députés aient accepté ça », déplore le porte-parole des fournisseurs d’accès à Internet associatifs. Les députés entendront-ils enfin les avertissements des associations, syndicats et experts, lors du vote solennel de ce mardi ?

Rachel Knaebel, avec Agnès Rousseaux

 

A lire aussi :
- Le portail wiki sur la loi

- Le texte proposé au vote le 5 mai à l’Assemblée nationale

- Loi sur le renseignement : « Lettre à ceux qui s’en foutent », par Laurent Chemla

- La loi renseignement expliquée à mes parents, par Jean-Baptiste Favre

- Le site des opposants à la loi, Sous-surveillance.fr :

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 22:52

 

Source : http://www.franceinfo.fr

 

Ces Français qui veulent rester maîtres de leurs semences

L'autre info par Cécilia Gabizon
 
Le mercredi 29 avril 2015
 
 
 

 

C'est l'histoire d'un village gaulois qui résiste aux multinationales et aux règles de Bruxelles. Ce petit village, c'est celui de quelque milliers de jardiniers qui entendent rester maîtres de leurs semences.

Ils ne veulent pas tomber entre les mains des grandes firmes qui ont labellisé les espèces et vendent aujourd'hui des graines standardisées qu'il faut racheter tous les ans parce qu'elles sont stériles. Non seulement, cela coûte cher, mais cela nuit à biodiversité.
En mille ans, les trois quart des espèces de plantes ont disparu et cela s'est accéléré depuis la Seconde Guerre mondiale. En voulant améliorer la rentabilité et la résistance des espèces. On a laissé les compagnies comme Monsanto privatiser le vivant.

La plupart des agriculteurs Français utilisent maintenant des graines commerciales. Ils n'ont pas vraiment le choix d'ailleurs. Car s'ils veulent conserver des espèces plus sauvages, ils se heurtent très vite à la réglementation sanitaire.
Les pâtissons, le rutabaga et tous ces vieux légumes qui ne répondent pas aux normes vivent dans un statut d'exception. Et se voient sans cesse menacés. Car les paysans ne peuvent pas utiliser de semences non homologuées.

C'est un peu comme les 365 fromages qui ne sont pas reconnus par Bruxelles ?

Oui c'est ça. Mais pour échapper à cette pasteurisation de la vie, un ancien banquier Sébastien Wittevert a lancé depuis trois ans, un site d'échange de graines. Cela s'appelle Graines de troc et c'est le journal Wedemain qui relate comment des milliers de personnes s'envoient par la poste des graines de chia, de roses trémières, de basilic,des petits pois carrés
Comme ces jardiniers sont hors commerce, ils sont comme sous le radar. Et retrouvent ainsi un peu de liberté de produire les graines d'antan, de les partager,sans passer par les fourches caudines d'une réglementation pointilleuse. D'un principe de précaution devenu kafkaïen.
Cela devrait leur éviter le sort de l'association KOKOpelli condamnée l'an passé pour commercialiser des graines non homologuées

Le salut viendrait du troc ?

Disons que cette solution s'avère plus simple que le processus d'homologation de nouvelles espèces ouverts par le GNIS , le groupement national interprofessionnel des semences, un organisme public qui peut reconnaître des plantes nouvelles mais cela coûte 500 euros et réclame pas mal de paperasse. Les responsables disent ainsi lutter contre les mauvaises herbes et travailler pour l'amélioration des plantes. Mais au passage, des tas d'épices et fleurs se voient condamnés à disparaitre. Sauf dans les petits jardins. Les potagers, lopins de terre, carrés de fleurs tenus par des particuliers sont devenus la réserve de bio diversité du pays.

Aujourd'hui Quelque 5.000 personnes selon le site auraient échangé 3.000 espèces de plantes, dans une forme de "désobéissance civile" selon le responsable de graines de troc.

Alors monsieur Rebsamen, que pensez-vous du développement du troc pour échapper aux réglementations trop pesantes ?

écouter l’émission disponible jusqu'au 22/01/2018
 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 19:37

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Arduino 03/05/2015 à 19h33

« Les gens nous disent : “On peut imprimer une maison.” Mais non »

Rémi Noyon | Journaliste Rue89

 

 

Ces bidouilleurs du numérique ambitionnent de changer le monde. Politiques et entreprises sentent la bonne affaire. Mais c’est un peu plus compliqué. Reportage.

 

Un exposant à côté d’un robot présenté à la Maker Faire Paris, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

A première vue, cela ressemble à un rassemblement hétéroclite d’artistes allumés (), d’ingénieurs et de passionnés de robotique (« Les tendons, ce sont des ressorts d’essuie-glace ? »).

Il y a l’anecdotique – un bâtonnet équipé de capteurs qui permet de ne pas rater ses cocktails – et le plus sérieux – un concentrateur solaire pour produire de l’électricité.

Dans les coins, des barbus jargonnent allègrement. Un étudiant en informatique s’enthousiasme devant un bras robotique construit avec des pièces récupérées : « C’est magnifique, épique, dément. »

Ce sont des « makers », des bidouilleurs du numérique. Ils aiment l’« Open Hardware », les imprimantes 3D et le tutoiement. Ce dimanche, je suis allé faire un tour à la « Maker Faire », dans un coin de la foire de Paris. Ce mouvement, très vivace aux Etats-Unis, est le prolongement « numérique » du « Do It Yourself » (DIY).

A la Maker Faire, à Paris, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Il paraît que se joue là une nouvelle révolution industrielle. La secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, est passée dire bonjour et a pris quelques photos. En plaisantant, elle a redit qu’il faudrait organiser une « Maker Faire » à l’Elysée. Certains parlent de se réconcilier avec la technologie, d’autres n’ont à la bouche que les mots « relocalisation » et « rematérialisation ». Et le cabinet Deloitte fait des études économiques aux titres grandiloquents : « Le futur de la production ».

« Personnalisation de masse »

A deux pas d’une sculpture qui s’allume lorsque des visiteurs tweetent avec le hashtag de l’évènement (#mfp15), je tombe sur Pierre-Emmanuel, un sympathique gaillard, qui commence à fatiguer, derrière ses deux imprimantes 3D. Derrière lui, une bannière l’identifie comme donnant dans l’« artisanat numérique ».

Pierre-Emmanuel, derrière son stand, à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Le jeune homme a écrit un mémoire [PDF] quasi philosophique sur le mouvement Maker – « De l’artifice du besoin à la réappropriation nécessaire de nos désirs » (et pourtant, il n’avait « pas pris de drogue ce jour-là »)  :

« Les années 2000 ont vu de vastes mouvements de délocalisation. Les imprimantes 3D peuvent favoriser une localisation de proximité. Des micro-unités de production, sur le modèle des Fablabs. »

C’est (presque) un vieux thème. L’idée que l’imprimante 3D permettra des productions localisées et personnalisées. C’est à la fois la « fabrication distribuée » et la « personnalisation de masse ». On retrouve là des visions utopistes du futur (de petites unités de production décentralisées, la fin du gaspillage, etc.), mais aussi une modalité de l’économie, qui n’est pas sans rappeler la fameuse maxime de Confucius :

« Il vaut mieux proposer à un pauvre de lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »

Il est d’usage de citer le philosophe André Gorz et son texte « La sortie du capitalisme a déjà commencé » [PDF] :

« Les outils high-tech existants ou en cours de développement (...) pointent vers un avenir où pratiquement tout le nécessaire et le désirable pourra être produit dans des ateliers coopératifs et communaux ; où les activités de production pourront être combinées avec l’apprentissage et l’enseignement, avec l’expérimentation et la recherche. »

Le kit pour fonder une civilisation

Pile dans cette veine « utopiste », voici le stand du projet Open Source Ecologie. Venu des Etats-Unis, il a pour but de développer un « global village construction set » (GVCS) : 50 machines en kits dont les plans sont en ligne, réutilisables et améliorables par tout le monde, pour « répondre aux besoins primaires d’un village soutenable et autonome ». Une sorte de meccano pour fonder une nouvelle civilisation.

 

Oriane, 28 ans, fait la liste des avantages immédiats : « Cela limite le gaspillage, l’obsolescence programmée. »

Je me dis qu’on n’est parfois pas très loin du « solutionnisme technologique », l’idée que la technologie peut résoudre « facilement » des problèmes sociaux.

Je tombe ainsi sur un designer sympathique, fraîchement sorti d’école, qui tripote des cactus dans des prototypes en plastique. La brochure qui traîne sur la table fait frissonner :

« Nous travaillons sur les cyborgs végétaux destinés à augmenter les plantes et leur donner de nouveaux usages et de nouveaux comportements. »

 

Pierre-Louis et le prototype de « plante connectée », le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Des plantes connectées... Le gentil designer (il s’appelle Pierre-Louis) me renseigne :

« La base robotique est équipée de capteurs – humidité, luminosité, richesse du sol. La plante est montée sur des roues. La base va traduire les besoins de la plante et la plante va se déplacer. On peut imaginer que le système repère les zones les plus polluées de la ville et que les plantes convergent vers cette zone pour en absorber le CO2. »

Dans le même genre de réponse simple à un problème complexe, il y a les Balloons, dont l’idée semble altruiste, mais dont on voit vite les dérives : des ballons qui s’allument chez vos grands-parents, d’une simple pression sur votre smartphone, pour montrer que vous pensez à eux. Plus besoin de téléphoner !

 

On n’imprime pas encore des maisons

Comme beaucoup, ces designers espèrent suivre la trajectoire suivante : un prototype (en open source) est facilement réalisé grâce à la démocratisation des outils. Il est présenté dans des salons, puis ces promoteurs lancent une campagne de cofinancement sur des plateformes comme Kickstarter ou Ulule. S’ils réunissent les fonds nécessaires, la production peut commencer. C’est le mouvement que suit le PancakeBot, une imprimante à crêpes...

Mais en dix ans d’existence (surtout aux Etats-Unis), le mouvement « maker » a eu le temps de décanter et de séparer l’utopique du réalisable. Ainsi, l’idée que chacun pourra produire de chez soi (ou près de chez soi) est pour l’instant un fantasme. L’utilisation d’une imprimante 3D demande des compétences de modélisation 3D et l’on reste dans de petits objets en plastique usiné. On peut aller plus loin en se servant de machines « traditionnelles » (perceuse à colonne, découpe laser, etc.), mais cela demande de l’appétit et du temps.

 

La statue lumineuse à l’entrée de la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Guilhem Peres, cofondateur d’eMotion Tech, une start-up toulousaine qui commercialise de petites imprimantes 3D, surtout pour les profs de technologie, pense que ce mythe ne perdure que dans le grand public :

« Les gens viennent nous voir pour nous dire : “On peut imprimer une maison comme en Chine.” Mais non. »

Le porte-parole non officiel du mouvement « maker » en France est un certain Bertier Luyt, qui a fondé le FabShop en Bretagne. C’est un grand type mince, à la voix cassée par les interviews. Je m’attendais à un bonhomme persuadé qu’il allait tout bousculer, mais il est plutôt mesuré :

« Les imprimantes 3D sont avant tout des machines de prototypage. »

Pierre-Emmanuel nuance de même :

« Nous sommes encore un peu tôt en terme de maitrise de la technologie pour tout faire et pour que des assiettes produites dans un FabLab à côté de chez vous soient compétitives par rapport à celles de Monoprix. »

Sus à la boîte noire

L’essentiel est peut-être ailleurs. Dans une ambition plus modeste : détricoter la technologie, la démystifier. C’est pour cela que Guilhem Peres tient à vendre ses imprimantes 3D en kit :

« La vendre assemblée serait une hérésie. »

Cet « esprit bidouilleur », qui passe aussi par le partage de plans et de « trucs » en ligne, permettrait de réconcilier le grand public avec la technologie. De rentrer plus finement dans les enjeux posés par le numérique qu’avec une attitude purement « technosceptique » ou « technoenchantée ». Il faut apprendre à coder pour décoder.

 

Le stand des fers à souder, à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Casquette sur la tête, manettes dans les mains, Gaël Langevin s’emploie à développer un robot en open source. La carcasse est fabriquée grâce à une imprimante 3D, le programme est aussi librement disponible sur Internet :

« Le but est de changer l’état d’esprit sur la robotique. S’assurer que les gens ne vont pas voir débarquer des robots de grandes entreprises et ne pas comprendre ce qui est derrière. Cela pourrait aussi permettre d’éviter certaines dérives. »

Mais n’est-ce pas à destination des « happy few » ?

« Pas forcément. Un prof de technologie peut s’emparer d’un petit module – le doigt, par exemple – et le faire fabriquer à ses élèves. »

Hugo est biologiste de formation. Il s’occupe du BioHackLab, à Brest :

« Dans la biologie, on rencontre la même problématique : l’appropriation du savoir avec le brevetage du vivant. A terme, des entreprises bidouilleront des humains. Il va y avoir de l’eugénisme. Mon but est que les gens ne soient pas démunis, comprennent les implications. Cela passe, par exemple, par la démonstration de l’extraction de gènes. »

Une imprimante 3D à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Eloge du fer à souder

L’autre tendance qui semble animer les gens présents, c’est la joie de mettre la main dans la matière, de souder, de découper, de manipuler. Cela n’est pas sans faire écho à l « Eloge du carburateur », de Matthew Crawford, que certains connaissent bien sur le salon (et que des riverains de Rue89 citent régulièrement).

Ce « philosophe col bleu » remet à l’honneur le travail manuel face aux « services » dématérialisés. Les « Makers » redonnent ainsi de la matérialité à du virtuel.

Hugo :

« On a fait un aller-retour. Du virtuel, on repasse au matériel, au hardware. Et avec le biohack, nous allons encore plus loin, nous repartons carrément vers le vivant. »

La cofondatrice des « Maker Faire », Sherry Huss, jette un oeil à des hordes de gamins qui se disputent des fers à souder.

« Je pense que le monde manque d’ingénieurs. C’est aussi un moyen de donner envie. »

Où sont les babas ?

A regarder les exposants, je ne peux pas m’empêcher de penser à la fameuse mythologie des « garages ». Ces endroits de créativité qui ont donné forme à des groupes comme Apple ou Google, bien éloignés des valeurs baba cools.

D’abord, il n’y a rien de nouveau. C’est le repackaging d’un plaisir, d’un hobby qui existe depuis des années : bricoler. Surtout, même si les bidouilleurs affichent souvent un esprit « non commercial », les grandes entreprises ne sont jamais loin.

 

La « robotic hand » de Vladimir Kadir, à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Ainsi, Microsoft fait la promotion de ses initiatives « ouvertes » annoncées le 29 avril et Leroy Merlin du « TechShop » qu’il compte ouvrir à la fin de l’année, en région parisienne.

Simon, l’un des membres de Leroy Merlin, explique :

« L’idée est de donner l’accès à un parc avec beaucoup d’outillage. Un peu comme un club de gym. On pourra dire aux clients de Leroy Merlin : plutôt que d’acheter votre mobilier, achetez les matériaux et venez le faire vous-même. C’est quand même plus satisfaisant. »

Il est plutôt amusant de voir Leroy Merlin vanter la production quasi artisanale de meubles...

Ce sera comme le bio ou le développement durable, pense Gaël Langevin : tout le monde va se réclamer de l’« open source » – gouvernements et entreprises.

Pour certains, ce ne sera que du vernis. Pour d’autres, une nouvelle manière de travailler. Et il y aura les puristes, qui crieront à la dénaturation.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 19:23

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

L'audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer

|  Par Amélie Poinssot

 

 

L'idée a mis du temps à faire son chemin au sein de Syriza. Elle a finalement été portée par la présidente du parlement, Zoi Konstantopoulou : pour négocier une restructuration de la dette grecque avec les créanciers, il faut d'abord déterminer dans quelles proportions elle est légale, légitime, et soutenable. Début avril, une « commission pour la vérité sur la dette grecque » a été mise sur pied ; elle commence ses travaux en ce début mai.

 

Athènes, de notre envoyée spéciale.- Quand il rencontre pour la première fois les responsables économiques de Syriza, en 2010, pour leur parler audit de la dette, l'accueil est plutôt froid. Yorgos Mitralias, militant depuis toujours, membre grec du CADTM (« Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde ») se trouve alors à Berlin, pour la préparation du forum social européen. Cet ancien journaliste économique en est convaincu : la totalité de la dette grecque n'est pas légitime, et elle est insoutenable à long terme. Yannis Dragasakis – aujourd'hui n° 2 du gouvernement – et Gabriel Sakellaridis – porte-parole de l'exécutif – l'écoutent poliment. Sa proposition ne sera pas retenue par le parti, qui siège alors à Athènes sur les bancs de l'opposition.

« À ce moment-là, je découvre l'ampleur de la dette grecque et le problème que cela pose à l'économie du pays, se souvient Yorgos Mitralias. Alors que le CADTM se concentrait par définition sur les dettes du tiers-monde, pour la première fois il s'agissait de restructurer la dette d'un pays de l'hémisphère Nord. Pour moi, l'instrument de l'audit s'avérait en outre pédagogique : il pouvait conduire, s'il était bien géré, à la question de la décision politique. »

À cette époque-là, la dette pèse 125 % du PIB grec. Il n'y a pas encore eu les deux opérations d'effacement partiel, le « haircut » de février 2012, et le « buying-back » de novembre de la même année : dans chaque cas, une décote déguisée sous la forme d'un vaste échange d'obligations de moindre valeur réalisé avec la bonne volonté des créanciers, alors en majorité privés. Depuis, la dette grecque est passée dans les mains des États européens, qui se sont révélés beaucoup plus frileux devant l'idée d'une nouvelle restructuration. Comble de l'histoire, la dette grecque n'a cessé depuis de poursuivre une pente ascendante : elle frôle aujourd'hui les 180 % du PIB…

Pendant longtemps, l'idée d'un audit de la dette publique reste confinée à des cercles assez restreints de l'extrême gauche grecque. En 2010, Yorgos Mitralias monte son site « Contre la dette ». L'année suivante, il participe avec d'autres à la création d'un collectif citoyen, afin de mobiliser l'opinion publique sur la question de l'audit. Un séminaire est organisé avec de nombreux invités du monde entier, l'amphithéâtre de la fac de droit d'Athènes qui accueille l'événement ne désemplit pas pendant deux jours… et un mois plus tard, pendant le mouvement des « Indignés », le stand du collectif installé au pied du parlement d'Athènes est assailli par les curieux de tous bords. Mais le souffle retombe assez vite et, côté politique, très peu de responsables osent se frotter au sujet. Une seule députée s'empare réellement du dossier : Sofia Sakorafa, une ancienne socialiste qui a pris ses distances avec le Pasok un an auparavant, quand le parti a fait voter le premier mémorandum d'austérité, et qui rejoindra plus tard Syriza – sous l'étiquette duquel elle se fait élire au parlement européen en mai 2014.

« À l'époque, personne ne voulait parler de la dette en tant que telle, confirme l'intéressée, qui ne cache pas sa joie de voir enfin son thème de prédilection sur le devant de la scène. Faire l'audit de la dette, comprendre comment elle s'est créée, c'est nous permettre de ne pas reproduire les erreurs qui nous ont conduits jusqu'ici. »

C'est à la fin de l'année 2013 que le parti de Tsipras se convertit à l'idée d'un audit. La direction de Syriza reçoit alors Yorgos Mitralias, puis le président du CADTM, Éric Toussaint. « L'idée avait enfin pénétré les cercles proches de Tsipras. Je pense que jusque-là ils étaient tout simplement ignorants sur la question de la dette », lâche Yorgos Mitralias. De fait, à partir de ce moment-là, le parti de la gauche radicale construit sa stratégie de conquête de pouvoir. Le discours devient plus précis, le programme plus concret, la présence dans les médias plus offensive. La question d'une restructuration de la dette, et surtout l'organisation d'une conférence internationale à ce sujet, à l'image de la conférence de Londres de 1953 qui avait permis d'effacer une grande partie des dettes allemandes, deviennent l'axe central des discours d'Alexis Tsipras. C'est précisément ce qu'il défend, dans l'entretien qu'il accorde à Mediapart en avril 2014.

Arrivé au pouvoir, en janvier, Syriza tente tant bien que mal d'appliquer une partie de son programme. Il est surtout embarqué dans des négociations interminables avec les partenaires de la Grèce pour boucler les programmes d'austérité décidés sous les gouvernements précédents, et la question de la renégociation de la dette est repoussée à plus tard. C'est finalement la conviction et l'obstination de la présidente de l'assemblée, Zoi Konstantopoulou, qui permettent de ne pas enterrer le sujet. Début avril elle annonce, au cours d'une conférence de presse, la création de la « commission pour la vérité sur la dette grecque ». Composée d'une trentaine d'experts bénévoles, grecs et étrangers, cette commission va s'atteler dans un premier temps à décrypter les dettes contractées par le pays depuis 2010, qui représentent aujourd'hui environ 4/5e du poids total de la dette publique grecque. Elle rendra ses premiers résultats fin juin, avant de poursuivre l'audit sur le reste de la dette, d'ici à la fin de l'année.

 

La Commission de vérité sur la dette publique... par Mediapart La conférence de presse au parlement du 7 avril 2015, qui annonce la création de la "commission pour la vérité sur la dette" © Vouli

 

 La plupart des membres de la commission sont des juristes, spécialistes en droit commercial, droit constitutionnel, droit des traités ou encore experts sur les questions relatives aux droits de l'homme. La commission compte aussi des spécialistes des finances publiques et de l'endettement. Côté français, on y trouve Patrick Saurin, spécialiste des dettes locales et syndicaliste SUD des employés de banque, le juriste Renaud Vivien, ou encore l'économiste Michel Husson de l’Institut français pour la recherche économique et sociale. D'autres experts viennent de Belgique, d'Espagne ou de Grande-Bretagne, sont passés par la prestigieuse London School of Economics ou par des postes aux Nations unies, au Conseil de l'Europe…

 

L'exemple équatorien

L'ensemble de la commission est placée sous la houlette d'Éric Toussaint, le porte-parole du CADTM. Cet analyste économique, auteur de nombreux ouvrages sur la problématique de la dette, ne veut pas conclure avant l'heure, d'autant que « différentes expertises doivent pouvoir s'exprimer au cours de ce travail » mais il rappelle que déjà en 2011, avec le collectif citoyen formé à Athènes, il avait conclu à « une très large illégitimité de la dette réclamée à la Grèce par la Troïka ». Le porte-parole du CADTM voit loin : le rapport de la commission est destiné tout autant aux Grecs qu'aux autorités européennes, lesquelles seront conviées à la présentation des travaux. « Nous inviterons les responsables qui ont été à la tête de la Troïka, comme Dominique Strauss-Kahn, Jean-Claude Trichet et Christine Lagarde, prévoit-il. Les banques françaises et allemandes, en 2010, ont cherché à limiter au maximum leurs pertes. Nous allons montrer comment la Troïka a privilégié les intérêts des banques au détriment de la viabilité de la dette grecque en décidant des mémorandums d'austérité. » Pour ce faire, la « commission de vérité sur la dette grecque » va s'appuyer sur l'article 472 du règlement du parlement européen, lequel stipule que les autorités d'un pays sous ajustement structurel doivent réaliser un audit intégral de leurs dettes. « Cet article nous permettra d'exiger des autorités européennes des réponses à nos questions », précise Éric Toussaint.

La commission, toutefois, n'a aucune fonction décisionnaire. Son mandat est de fournir une analyse objective de la dette publique. Libre à l'exécutif, ensuite, de s'en servir comme d'un argument massue pour négocier un effacement…

C'est précisément ce qu'a fait l'Équateur, en 2009. Une commission – dont faisait partie, déjà, le porte-parole du CADTM – avait planché pendant quinze mois sur la dette publique du pays, travaux dont s'était saisi le pouvoir équatorien pour négocier ensuite avec ses créanciers. Opération réussie : après sept mois de discussions, quelque 40 % de l'ardoise équatorienne avaient été effacés. Diego Borja était alors ministre de l'économie à Quito et se trouvait en première ligne des discussions. Aujourd'hui membre de la « commission pour la vérité sur la dette publique », il voit deux points communs importants entre son pays d'Amérique latine et la péninsule hellène. « Le premier, c'est que tous deux fonctionnent avec une monnaie émise hors du pays – le dollar dans le cas de l'Équateur, l'euro dans le cas de la Grèce –, ce qui a un impact sur l'économie réelle et les marges de manœuvre politiques. Le deuxième, c'est le ratio entre la dette et la capacité économique du pays. Pour l’Équateur, le poids de la dette, avant l'effacement, s'élevait à 35 % du PIB. Certes, ce chiffre est largement inférieur à celui de la Grèce. Mais si l'on tient compte de la puissance économique équatorienne, beaucoup plus modeste, cela revient au même : la dette était si lourde qu'elle était insoutenable pour le pays. »

L'opération d'effacement a pris la forme d'un échange d'obligations auprès des créanciers privés, moyennant une baisse de 70 % de leur valeur. Cela a représenté une économie de 8 milliards d'euros pour le gouvernement équatorien, et une baisse de quinze points de PIB. « Une opération parfaitement légale et légitime, réalisée avec les instruments que permet le marché, souligne l'ancien négociateur, joint par téléphone. Le pays s'était acquitté au préalable de ses dettes auprès du FMI, d'un montant de 80 millions de dollars, ce qui lui a permis de rester irréprochable au regard des institutions internationales. »

L'exemple équatorien est assez parlant pour le cas grec : l'effacement partiel de sa dette avait permis à Quito de dégager de l'argent public pour lancer une politique de grands investissements, dans les secteurs de l'éducation, des transports et de la santé notamment. Mais l'opération financière n'avait pas complètement résolu la question de l'endettement public, et les dettes sont revenues à la hausse ces dernières années en raison de la conjoncture économique et de la baisse du prix du pétrole, principale ressource du pays. De plus, les sommes en jeu à l'époque dans le cas de l'endettement équatorien n'ont rien à voir avec les sommes que l’État grec doit rembourser aujourd'hui. Les mois de juillet et août à eux seuls attendent Athènes au tournant : la péninsule hellène devra alors rembourser 6,7 milliards d'euros à la Banque centrale européenne. D'ici là, plusieurs échéances se présentent vis-à-vis du FMI, dont une le 12 mai qui s'annonce déjà problématique : d'après une source gouvernementale à Athènes, l'État n'a pas la trésorerie nécessaire pour régler les 750 millions d'euros dus à cette date à l'institution de Washington. Au total, la Grèce cumule actuellement une ardoise de plus de 320 milliards d'euros…

Pour Sofia Sakorafa, porteuse du projet d'audit depuis 2011 et désormais responsable des relations de la « commission vérité » avec le parlement européen et les parlements nationaux, l'intérêt de ce travail n'est pas seulement de fournir des arguments à une future restructuration du fardeau de la dette. Il est aussi de modifier le rapport des Grecs à leur administration : « Poser la question de la dette, c'est faire œuvre de transparence sur la gestion de l'argent public », estime la députée européenne qui rappelle combien les jeux Olympiques, en 2004, avaient déjà sacrément alourdi les dépenses de l'État. « Le budget des JO annoncé au départ était de 2,5 milliards d'euros… Il a été de 10,5 milliards au final ! » Décortiquer la dette, explique-t-elle, va permettre de mettre en évidence les nombreux dessous-de-table partis à l'occasion de ces JO, ou encore les juteux contrats signés avec l'entreprise allemande Siemens dans les années 2000. Il va aussi permettre de déterminer la part du budget militaire dans l'envolée des dépenses publiques. En 2010, rappelle l'élue Syriza, lorsque le gouvernement grec signe le premier mémorandum d'austérité, deux pays s'assurent que leurs contrats seront bien honorés malgré le tournant de la rigueur : la France (vente d'hélicoptères) et l'Allemagne (vente de sous-marins).

Autant d'éléments qui, s'ils ressortent clairement des travaux de la commission d'audit, permettront de regarder d'un autre œil l'histoire de ces cinq dernières années… « Il ne s'agit pas seulement de se dire la vérité à nous, les Grecs. Il s'agit de dire la vérité aussi aux Européens sur la réalité de ce qui s'est passé. Sous quelles conditions avons-nous signé les mémorandums d'austérité, que demandaient alors précisément les institutions européennes et le FMI quand ils nous prêtaient de l'argent… ? Personne ne nous a prêté des millions par altruisme. Tous les créanciers en ont tiré profit. » L'Allemagne a ainsi déjà tiré des sommes colossales de l'argent prêté à la Grèce. Les estimations varient, mais d'après le Rheinische Post qui reprenait en mars une déclaration du ministre allemand des finances à ce sujet, Berlin aurait déjà touché 360 millions d'euros en taux d'intérêt depuis 2010.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 19:05

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Ce que l’austérité a fait au système de santé

2 mai par Louise Irvine

 

 

Au mois d’octobre 2014, j’ai visité la Grèce pour observer l’impact de l’austérité sur le peuple grec et en particulier sur la santé et sur le système des soins.

J’ai rejoint d’autres travailleurs du secteur de la santé et la Campagne de solidarité avec la Grèce pour visiter des hôpitaux, des cliniques et des marchés de denrées alimentaires. J’ai discuté avec des soignants, avec des volontaires, avec des politiciens et avec des membres des gouvernements locaux.

Ce que j’ai observé m’a consternée et attristée.

Dans l’hôpital le plus important de Grèce, l’Evangelismos à Athènes, les conditions étaient pires que celles que j’ai rencontrées dans des pays en voie de développement.

Dès que les portes de l’hôpital s’ouvrent les jours « d’urgence » |1|, les gens affluent. L’effondrement des services de santé publique primaires et collectifs fait que toutes celles et tous ceux qui ont besoin de soins doivent se rendre au service des urgences et des accidents des grands hôpitaux, que ce soit pour un accident grave, pour des médicaments, pour des maladies chroniques ou pour faire vacciner les enfants. Des membres du personnel m’ont dit que des victimes de traumatismes majeurs devaient souvent attendre durant des heures pour une radiographie et un traitement à cause du manque de personnel |2|. Lorsque de trop nombreux cas affluent en même temps, il arrive que les gens meurent avant d’avoir été pris en charge.

Les conditions d’austérité imposées en Grèce par la Troïka pour assurer le paiement de la dette aux créanciers, en priorité les banques, ont entraîné la fermeture de nombreux hôpitaux (y compris trois hôpitaux psychiatriques) et cliniques de soins primaires |3|. Ceux qui sont restés ouverts doivent effectuer des coupes drastiques dans le personnel. Des milliers de travailleurs de la santé ont été licenciés.

Trente pourcent de la population grecque vit dans la pauvreté, sans accès à des soins de santé abordables |4|. Les soins de santé sont financés par l’assurance payée par les employeurs et lorsque les gens perdent leur emploi ils perdent du même coup leur assurance médicale. Le gouvernement prétend avoir rétabli les soins de santé pour les plus pauvres, mais des médecins et des infirmières m’ont affirmé que c’était faux. Les commissions d’enquête promises pour évaluer et financer les requêtes de ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir accès aux soins n’ont pas encore été créées.

À Evangelismos, j’ai vu 50 patients psychiatriques entassés dans une salle de 25 lits, partageant deux toilettes et une seule infirmière en psychiatrie. Des patients psychiatriques d’âges et de sexes différents étaient allongés, amorphes, sur des brancards sur les deux côtés d’un long couloir. Au bout de ce couloir, j’en ai vu un autre aménagé de manière analogue. Ces brancards étroits et inconfortables, serrés les uns contre les autres, étaient le seul espace personnel des patients. Les infirmières et les médecins m’ont dit qu’il était impossible de faire un travail thérapeutique dans de telles conditions.

Malgré sa surpopulation, la salle était sinistrement silencieuse. J’ai eu l’impression que la majorité des patients étaient sous sédation, ou bien qu’ils avaient baissé les bras, succombant au désespoir.

L’austérité et les coupes budgétaires ont entraîné une forte augmentation des cas de dépression. Les suicides ont augmenté de 45 %. Les patients à Evangelismos ont encore de la chance – beaucoup d’autres patients qui auraient besoin de lit ont été abandonnés dans la rue, sans soutien de la part de la collectivité. J’étais sur le point de quitter l’hôpital lorsqu’un médecin m’a demandé de dire aux gens du Royaume-Uni ce que j’avais vu et entendu. Il a ajouté qu’ils voulaient « non pas de la charité mais de la solidarité ».

Les gens sont en train de s’organiser pour résister et pour défendre leurs quartiers contre les impacts les plus désastreux de l’austérité. La multiplication des structures de solidarité dans les quartiers pour venir en aide aux gens qui manquent de nourriture ou de soins de santé est une expression de cette organisation sociale. Des cliniques de santé solidaires ont été mises sur pied partout en Grèce, avec du personnel bénévole qui essaie de fournir des soins de base à ceux qui n’ont pas accès aux structures de soins. Des médecins, des infirmières et des pharmaciens se portent volontaires dans ces cliniques, mais cela ne suffit pas de loin à satisfaire tous les besoins.

J’ai visité la Clinique de solidarité sociale à Peristeri, un district d’Athènes ayant une population d’environ 400 000 personnes. Le personnel bénévole, composé de médecins et d’infirmières, qui travaillait dans cette structure m’a expliqué que la plupart des cliniques locales gérées par l’État avaient été fermées. Le gouvernement avait également fermé toutes les policliniques, avant de rouvrir récemment certaines d’entre elles, mais avec seulement 30 % des médecins nécessaires. Là où il y avait autrefois 150 médecins pour fournir des services de santé dans le district, il n’y en a actuellement que 50. Une policlinique pour une population de 400 000 personnes n’avait ni gynécologue ni dermatologue et seulement deux cardiologues.

« Nous voulons qu’on nous rende nos médecins ! » disait une des volontaires avec qui j’ai discuté. Des milliers de médecins ont quitté le pays |5|. Ceux qui restent – y compris des médecins hospitaliers de haut niveau – gagnent environ 12 000 euros par année.

La Clinique de solidarité sociale de Peristeri fonctionne depuis un an et demi grâce à 60 bénévoles, dont 25 médecins qui ont proposé leurs services gratuitement. La clinique est pourvue d’une simple salle de consultation et d’une petite pharmacie de médicaments offerts. Les bénévoles de la clinique disaient que les gens souffrant de maladies chroniques comme le diabète ou les cancéreux avaient d’énormes problèmes pour obtenir les traitements dont ils auraient besoin. Les patients cancéreux non assurés ne peuvent pas payer une chimiothérapie. Les organisations de solidarité demandent aux personnes suivant une chimiothérapie de donner l’équivalent d’un jour de médicaments pour les patients qui n’ont pas les moyens de se procurer ces produits.

Le gouvernement grec [avant l’élection de Syriza] a passé une loi en janvier 2014 permettant de confisquer des biens immobiliers de personnes endettées auprès d’institutions étatiques. Il y en a qui renoncent à poursuivre leur traitement pour éviter de contracter des dettes qui pourraient entraîner la perte du logement pour leur famille.

Actuellement les mères grecques doivent débourser 600 euros pour un accouchement et 1 200 euros s’il y a une césarienne ou des complications. Pour les étrangères vivant en Grèce, le prix est deux fois plus élevé. La mère doit payer la facture en quittant l’hôpital. Au début, lorsque ces tarifs ont été introduits et si la mère ne pouvait pas payer, l’hôpital gardait le bébé jusqu’au paiement de la facture. Condamnée à l’échelle internationale, cette pratique a été interrompue et l’argent est désormais récupéré au moyen d’une taxe supplémentaire. Néanmoins, si la famille n’a pas les moyens de payer, son logement ou sa propriété peut être confisqué. Et si elle ne peut toujours pas payer, elle peut être emprisonnée |6|. Un nombre croissant de nouveau-nés sont abandonnés à l’hôpital. Un obstétricien avec qui j’ai discuté l’a appelé « la criminalisation de l’accouchement ». La contraception est inaccessible pour beaucoup de gens – l’assurance maladie ne couvre même pas son achat. Les avortements sont devenus beaucoup plus nombreux (30 000 par année) et, pour la première fois, le nombre de décès en Grèce est en train de dépasser celui des naissances. Les gens ne peuvent plus se permettre financièrement d’avoir des bébés. C’est déjà suffisamment dur de nourrir et soigner les enfants existants.

D’après un rapport récent |7| compilé par l’Unicef et par l’université d’Athènes, 35,4 % des enfants grecs soit connaissent la pauvreté, soit risquent d’y basculer. Un article dans The Lancetdu 22 février 2014 intitulé « La crise du système de santé grec : de l’austérité au déni » a évalué que le taux de mort-nés avait augmenté de 21 % et celui de la mortalité infantile de 40 % entre 2008 et 2011. De nombreuses familles vivent uniquement grâce à la maigre pension d’un grand-parent – en général d’environ 500 euros par mois. L’effondrement du système de santé primaire signifie que des milliers d’enfants ne sont pas vaccinés. Un cycle de vaccinations infantiles coûte environ 80 euros, et ce prix est trop élevé pour beaucoup de familles.

L’effondrement du système de santé public a entraîné un doublement des cas de tuberculose, la réémergence de la malaria qui avait disparu depuis 40 ans et une multiplication par 700 des infections HIV. La pauvreté de l’alimentation entraîne également une détérioration de la santé de la population. D’après l’OCDE, 1,7 million de Grecs, soit presque un sur cinq, n’ont pas assez à manger |8|. À Athènes nous avons visité un marché alimentaire organisé par le mouvement de solidarité sociale, qui organise la distribution d’aliments directement des paysans à la population. En éliminant ainsi les intermédiaires, les marchés de solidarité sociale obtiennent que la nourriture soit moins chère qu’au supermarché, tout en permettant aux paysans d’être correctement payés. En contrepartie, les paysans donnent un pourcentage de leur production, qui est alors distribué gratuitement aux familles dans le besoin. Une banderole au-dessus du marché proclame « Mettre en pratique l’espoir ». Pour moi c’était là un parfait exemple de l’esprit que j’ai rencontré partout où je suis allée – l’espoir d’un changement combiné avec une approche très pragmatique pour créer des structures de soutien. Pour les personnes avec lesquelles j’ai discuté, il était évident que ces structures n’étaient pas destinées à remplacer des structures d’État, ce qui ne serait pas possible – mais constituaient un moyen de soutenir la vie et la résistance pour empêcher que les gens coulent dans la misère et le désespoir. Ils disaient que ce qu’il fallait c’était une action au niveau gouvernemental.

Le succès du parti de Syriza n’est pas surprenant. Nous avons rencontré Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, qui a dit que la reconstruction du système de santé serait une priorité pour son gouvernement s’il était élu.

On peut trouver plus d’informations sur la situation de la santé en Grèce et sur les actions de solidarité sur le site du collectif Solidarité France Grèce pour la Santé : https://solidaritefrancogrecque.wor...


Source : Inprecor

 

Notes

|1| Depuis la « réorganisation » du système de santé dans le cadre des mémorandums, les urgences sont concentrées pour le Grand Athènes (plus de 4 millions d’habitants) dans un seul hôpital chargé, tous les 4 jours, d’assurer la permanence. L’hôpital Evangelismos, le plus grand, dispose de 950 lits et de 3 000 salariés.

|2| Le budget du service public de la santé s’élevait à 16,1 milliards d’euros en 2009, il n’était plus que de 11,2 milliards d’euros en 2013. Le nombre d’hôpitaux est passé de 135 à 115 (avec une réduction à 80 prévue dans le plan « Santé 2020 »), avant les mémorandums, la Grèce était dotée d’environ 200 centres en zone rurale, seule la moitié fonctionne encore. Le secteur hospitalier public a perdu 15 000 salariés – médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants… Selon le Dr Ilias Sioras, cardiologue et président du syndicat des travailleurs d’Evangelismos, « Pour remettre l’hôpital à flot, il faudrait augmenter le personnel soignant de 15 000 personnes et recruter 5 000 médecins ». Cf. Fabien Perrier, « La Grèce malade du démantèlement de son système de santé », http://www.regards.fr/web/article/l...

|3| En 1978, dans sa déclaration d’Alma-Ata, l’OMS donnait cette définition des « soins de santé primaires » : « Les soins de santé primaires sont des soins de santé essentiels fondés sur des méthodes et une technologie pratiques, scientifiquement viables et socialement acceptables, rendus universellement accessibles aux individus et aux familles dans la communauté par leur pleine participation et à un coût que la communauté et le pays puissent assumer à chaque stade de leur développement dans un esprit d’autoresponsabilité et d’autodétermination. »

|4| En février 2014, The Lancet estimait que 47 % des Grecs n’avaient pas accès à des soins adéquats.

|5| Fin 2014, plus de 3 500 médecins grecs travaillaient en Allemagne…

|6| Cette loi a été supprimée par le nouveau gouvernement.

|7| Qui donne les chiffres de fin 2012.

|8| Depuis la publication du rapport de l’OCDE, ce chiffre macabre a encore augmenté.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 19:12

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Une nouvelle ZAD s’est installée à Oléron. Enjeu : un projet ostréicole industriel

2 mai 2015 / Isabelle Rimbert (Reporterre)
 


 

Sur l’île d’Oléron, en Charente-Maritime, une Zad s’est installée contre le projet dit « de la Malconche » : un champ de production industrielle d’huîtres et de moules en eau profonde. Cette toute jeune Zone Aquacole à Défendre renforce un combat porté par la population locale. Reportage.


- Oléron, reportage

Presque deux semaines après la naissance de la Zad de Boyardville à Oléron, la vie reprend ses droits dans la bien nommée « Maison Heureuse », en dépit de l’avis d’expulsion fraîchement placardé sur la porte. Séparé de la plage par une allée de pins, l’ancien lycée expérimental et ses nombreuses dépendances (réfectoire, buanderie, dortoirs et même une piscine massivement squattée par des crapauds), ont conservé un charme unique. Quelque chose de l’esprit anticonformiste abrité ici semble avoir imprégné le lieu, à l’abandon depuis 2012.

On y entre par une fenêtre avec une chaise d’écolier en guise de marche-pied, les portes étant barricadées depuis une vaine tentative d’expulsion par les gendarmes peu après l’ouverture le 11 avril. L’intérieur, superbe et délabré, abrite aussi bien une fresque classée que des tags et des productions bariolées, vestiges d’expérimentations artistiques passées.

 

 

Une partie du bâtiment a été investie par les zadistes, et la vie collective s’organise à travers un dédale de couloirs, de salles de cours changées en chambres, de bibliothèque transformée en pièce commune et salle de réunion. Sur des tables alignées, des livrets sur la garde à vue ou le prélèvement ADN, assez répandus chez les opposants de tout poil, et des documents relatifs à l’épineux projet « de la Malconche ».

Porté par le Comité Régional de la Conchyliculture (CRC) Poitou-Charentes et validé par la préfecture de Charentes-Maritime fin 2011, il prévoyait l’installation de 347 filières conchylicoles (des câbles de 100 mètres garnis de poches d’huîtres et de moules maintenues à flot par des bouées et arrimés au fond) sur près de 400 hectares dans l’anse de la Malconche, à quelques encablures de la Maison Heureuse. 42 filières sont installées durant l’été 2012. Suspendu par le tribunal administratif de Poitiers fin 2012, le projet est finalement annulé en janvier 2014 en raison de l’absence d’études d’impact.

 

77 % d’opinions défavorables, mais pourtant accepté par le commissaire enquêteur

Revoyant sa copie, le CRC en propose alors une deuxième version redimensionnée : 313 filières réparties sur 250 hectares, mais toujours sans étude d’impact complète. Soumis à enquête publique fin 2014, le projet récolte 77 % d’opinions défavorables. Il est pourtant validé par le commissaire enquêteur, puis autorisé via un arrêté préfectoral en mars 2015.

Un procédé peu apprécié des opposants, et qui apporte toujours plus d’eau au moulin de celles et ceux qui s’interrogent sur les limites de la légalité. Et tentent d’imaginer, en actions, une définition possible de la légitimité.

Ils sont une petite quinzaine à avoir fait le choix de défendre leurs idées en occupant les lieux et en décrétant une « Zone Aquacole à Défendre ». Des jeunes qui pour la plupart ont participé à d’autres luttes, mais aussi des nouveaux militants dont c’est le premier combat comme Jess, rouquine de 19 ans, originaire de la région, mais qui « découvre seulement maintenant l’ampleur du projet. »

 

 

La plupart sont passé-e-s par d’autres Zad : NDDL, Roybon, Sivens, ou Echillais (près de la Rochelle). Guillaume, 25 ans, explique : « Suite à un appel, on a ouvert le lieu le 11 avril et finalement, j’ai décidé de rester. Le gouvernement français s’éloignant de plus en plus de la démocratie, on dispose de moyens légitimes au nom de la désobéissance civile pour nous faire entendre, comme, entre autres, l’occupation d’espaces publics ».

Cet ex-militant de Greenpeace trouve ici un terrain à la mesure de ses convictions : « La problématique de l’océan touche tout le monde. On porte ici des idées de respect du vivant, de décroissance, d’auto-organisation, et d’une certaine forme de démocratie directe. Et depuis notre arrivée, on a le soutien actif d’une partie de la population locale ».

 

Des habitants d’accord avec les zadistes

En effet, les visiteurs - sympathisants, voisins, curieux - n’hésitent pas à braver les prédications alarmistes des gendarmes, pour apporter des victuailles ou discuter autour d’un café. Comme Marie, accompagnée de ses petits-fils adolescents, venue partager un moment avec les zadistes. Proche de l’APLIMAP, association pour la préservation du littoral de la Malconche et des Pertuis charentais (une des associations « historiques » qui se bat au côté d’autres acteurs locaux, élus, plaisanciers...), cette « sympathisante de 70 ans » comme elle se nomme elle-même, s’investit dans la lutte depuis quatre ans.

« Je viens prendre des nouvelles, après l’ordre d’expulsion. Les gendarmes ont tenté d’empêcher ma visite en disant que les gens ici sont dangereux et agressifs », lance-t-elle dans un grand sourire. « Moi ce que je trouve dangereux, c’est ce projet aberrant et le déni de démocratie dont il fait l’objet ». Pour Marie, « l’idée est de se battre ensemble, sur tous les fronts ». Sur le plan juridique, notamment : « Nous allons déposer un nouveau référé en suspension, comme pour le premier projet. On n’a pas l’intention de laisser faire : il s’agit ni plus ni moins d’une partie du domaine public maritime mis à la disposition d’intérêts privés ».

 

 

Privatisation de l’océan

Hugo, 25 ans, remonte avec une corde le bac de vaisselle nettoyée au point d’eau accessible dehors. Natif d’Oléron, il est un trait d’union avec les insulaires : « Ce projet n’est que les prémices de bien d’autres, facilités par la loi Macron et bientôt le traité transatlantique à venir. Au-delà d’une forme de privatisation de l’océan, ce projet à 4 millions d’euros dont 70 % d’aides publiques est imposé sans concertation ni étude dimpact sérieuse. Tout ça pour qui ? Entre 50 et 60 exploitants sur les 900 que compte le bassin Marenne Oléron ».

Un petit groupe s’affaire à consolider les barricades, et les coups de marteau qui résonnent dans les couloirs couvrent à peine les cris stridents des goélands qui tournoient autour du bâtiment. Au milieu de la salle baignée de lumière, le café fume dans des bocaux en verre. Marie et ses hôtes discutent des dégâts que pourrait occasionner le projet : « La modification de l’écosystème marin et des courants, l’envasement des plages, les quantites énormes de rejets organiques produits par des millions d’huîtres et de moules, la captation massive de phytoplancton… »

Hugo estime que « la surproduction liée au projet aura des conséquences sur le milieu, alors que dans le même temps il y a une mortalité de près de 80 % des huîtres actuellement, ce qui entraine le versement de subventions pour les pertes, favorisant la production, etc. » Un cercle vicieux emblématique de l’état calamiteux de la filière ostréicole sur l’ensemble des bassins français, victime de taux de mortaliés records depuis 2008. Alors que quelque années plus tôt, l’IFREMER démarrait la diffusion à grande échelle de l’huître triploïde, une variété prétendument stérile, à croissance rapide, obtenue par croisement génétique. « Une grande partie des huîtres prévues pour grandir là sont issues d’écloseries, détaille Hugo. Peu ou pas contrôlées, celles-ci sont dans une logique de production industrielle et utilisent notamment des antibiotiques qui finiront en mer. »

 

 

Politique du fait accompli, projet d’aménagement du territoire imposé sans réelle concertation, ignorance volontaire des conséquences écologiques et sociales, privatisation du vivant au profit de l’agrobusiness… Des pratiques que dénoncent les zadistes, d’Oléron comme d’ailleurs.

Joint par téléphone, Gérald Viaud, président du CNC et du CRC Poitou-Charentes, voit la situation d’un autre oeil : « Les personnes qui ont signé contre le projet lors de l’enquête publique n’y connaissent rien. Les filières, véritables réserves à poissons, ne sont pas nocives pour l’environnement, d’ailleurs les filières déjà installées n’ont pas eu d’impact sur le milieu. Quant aux zadistes, ils ne sont pas à leur place. Pour moi, ils se sont trompés de combat ».

 

Lanceurs d’alerte

La salle de réunion se remplit de nouveaux visiteurs. Comme Jean-Claude, 58 ans, mytiliculteur sur la zone. Il rentre tout juste du congrès de la Confédération Paysanne, qui a eu lieu fin avril dans les Pyrénées-Atlantiques. Pour lui qui a « installé les trois premières filières sur l’île pour faire de l’algue en 1992 puis des moules », le projet de la Malconche n’est « que le début d’une dérive productiviste. Si je n’ai jamais eu de souci avec trois filières depuis 25 ans, c’est parce qu’il s’agit d’une petite surface. Le problème, c’est la taille du projet et de ceux qui y ont des intérêts : les grou, comme on les appelle ici, gros producteurs ayant grandi sur trois générations, qui vont, ensemble, asphyxier les conchyliculteurs plus modestes. Mais les vrais gagnants sont les écloseurs qui fournissent les naissains d’huîtres, et dont sont dépendants les grous qui finiront par se faire absorber. On s’achemine vers un monopole des écloseurs, et une disparition des petits producteurs. On peut s’attendre à des conséquences socio-économiques particulièrement sévères pour la profession. »...

 

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 19:04

 

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« Produire autrement et partager le travail pour en finir avec le chômage »

2 mai 2014 / Entretien avec Dominique Méda
 


 

Le 1er mai était le jour de la fête du Travail, que Reporterre a célébré en se mettant en pause. On en a profité pour réfléchir sur ce que représente le travail aujourd’hui, lors d’une rencontre avec la philosophe et sociologue Dominique Méda, notamment auteure de Réinventer le travail.


Reporterre - La Fête du Travail a-t-elle encore un sens pour vous qui avez écrit en 1995 Le travail. Une valeur en voie de disparition ?

Dominique Méda - Dans cet ouvrage, je ne décrivais pas une situation objective. J’exprimais le souhait que le travail prenne moins de place dans nos vies et soit mieux réparti entre les membres de la société, pour que chacun assume ses rôles de travailleur, parent, citoyen, ami…

Continuer à faire du partage du travail une cause commune aux travailleurs de tous les pays – puisque je rappelle qu’il s’agit d’une Fête internationale des travailleurs ! – et conserver un jour férié pour formuler des propositions destinées à améliorer leur situation me paraît non seulement une excellente chose, mais aussi une absolue nécessité.

 

 

Les chiffres du chômage sont parus la semaine dernière : 3 349 300 demandeurs d’emploi. De quoi le marché du travail souffre-t-il aujourd’hui ?

On peut aussi évoquer trois autres chiffres : plus de six millions de personnes sont désormais, en France, inscrites à Pôle emploi dans l’une des cinq catégories ; plus de 42 % des demandeurs d’emploi en catégorie A, B et C sont inscrits à Pôle emploi depuis plus d’un an ; moins de 50 % des demandeurs d’emploi sont indemnisés.

Les causes du chômage tiennent à la conjugaison de trois éléments : un étouffement de l’activité par les politiques d’austérité et plus généralement par le détournement des financements vers l’économie spéculative, une compétition intra-européenne et internationale non régulée dont la principale variable d’ajustement est le travail, et une réduction du temps de travail non proportionnelle aux gains de productivité réalisés durant le dernier quart de siècle.

Les diagnostics qui mettent en avant les prétendues rigidités et le coût du travail français sont partiels car ils se focalisent sur un élément unique alors que l’on pourrait tout autant incriminer la faiblesse de la recherche française, les erreurs de management, les stratégies à courte vue, l’insuffisante qualité des produits français, etc.

 

Quelles solutions l’écologie apporte-t-elle pour sortir de ces impasses ?

D’abord, un message crucial : non, la croissance ne constitue pas la réponse au chômage. Cela fait trente ans qu’on entend cette idée que le retour de la croissance va nous sauver. Or, non seulement la croissance ne revient pas, non seulement elle risque de ne pas revenir, mais surtout, il n’est pas souhaitable qu’elle revienne aux rythmes antérieurs.

Car il est désormais clair qu’elle s’accompagne de maux, de dégâts, de dégradations inestimables sur le patrimoine naturel et sur la cohésion sociale. L’écologie est donc porteuse de cette prise de conscience qu’il nous faut inventer autre chose, c’est-à-dire un modèle de développement capable de répondre à la diversité des besoins sociaux tout en respectant des normes strictes, sur les plans social et environnemental.

Ma thèse est que nous pouvons sortir par le haut de la grave crise écologique à laquelle nous sommes confrontés en mettant la résolution de celle-ci au service de l’emploi et du travail.

 

Comment ?

Par un changement de la production. Produire autrement, enserrer la production dans des contraintes sociales et environnementales peut nous permettre à la fois de mieux partager l’emploi et de changer le travail. Jean Gadrey a montré dans ses travaux qu’une production plus propre, écologiquement et socialement, exige plus de travail. Cette plus grande quantité de travail, il nous faut la répartir autrement sur l’ensemble de la population active.

 

Cela passe-t-il également par une réduction légale du temps de travail ? Quid des fameuses « 32 heures » que les écologistes évoquent parfois ?

Les 32 heures ne sont pas la seule manière d’y arriver. L’enjeu me semble plutôt être de partager autrement le travail. Car cela passe, certes, pour les uns par une réduction, et pour d’autres – tous ceux qui sont à temps partiel subi notamment – par une augmentation du temps de travail. Il faut substituer au partage actuel du travail, sauvage, un partage civilisé.

Ce partage devrait surtout selon moi s’accompagner d’une désintensification du travail, avec de nouveaux rythmes. Et ce d’autant plus qu’il nous faut désormais rechercher, dans un grand nombre de secteurs, des gains de qualité et de durabilité plutôt que des gains de productivité.

 

 

Vous expliquez dans vos recherches que les problèmes de l’emploi sont aussi liés à la façon que l’on a de mesurer les richesses économiques aujourd’hui. Que pensez-vous de la proposition de loi portée par la députée écologiste Eva Sas sur de nouveaux indicateurs de richesse ?

Le plus grand bien ! L’association que je copréside avec Florence Jany-Catrice et Célina Whitaker, le Forum pour d’autres indicateurs de richesse (FAIR), va d’ailleurs exprimer officiellement son soutien.

Cela fait plus de dix ans que nous prônons la prise en compte, à côté du PIB, d’autres indicateurs capables de mettre en évidence les évolutions des patrimoines et des collectifs qui nous importent : patrimoine naturel, santé sociale. C’est exactement cela que propose Eva Sas puisqu’il s’agit d’adopter quatre indicateurs, l’empreinte écologique, l’empreinte carbone, l’espérance de vie en bonne santé et l’indice de santé sociale, et de consacrer à l’analyse de leur évolution un temps déterminé de débat parlementaire.

C’est non seulement un excellent projet mais aussi la première étape, indispensable, d’un changement de modèle.

 

Le revenu minimum ou revenu inconditionnel d’existence peut-il être un outil dans la redéfinition de la valeur travail ?

Je mesure les avantages attachés à un tel revenu, notamment dans ce qu’il permet aux individus de refuser les travaux ou les conditions de travail indécentes, ce qui est essentiel. Il est aussi la marque du caractère collectif de la production.

Enfin, quand on sait à quels tourments bureaucratiques sont soumis les demandeurs du RSA (Revenu de solidarité active), on a évidemment envie de plaider pour le caractère inconditionnel d’un tel revenu.

Pourtant, je n’arrive pas à être convaincue que c’est « LA » solution. D’abord je pense que notre société n’est pas prête à délier à ce point travail et revenu, et surtout à abandonner à ce point le mythe de l’incitation individuelle au travail. Je crains aussi que cette solution ne soit l’occasion de se donner bonne conscience : on donnerait un tout petit revenu à un ensemble de personnes exclues du système productif, devenu de plus en plus sélectif, et tout serait réglé.

Je préfère de loin une solution qui me paraît plus exigeante et qui conjuguerait le partage du travail, un revenu maximum empêchant un petit groupe d’accaparer et de privatiser des ressources collectives, et une protection sociale généreuse, qui serait largement déconnectée du travail et détachée du mythe de la productivité individuelle du travail.

 

De manière générale, tout ce que vous défendez constituerait une véritable révolution pour nos sociétés. Pensez-vous qu’elles soient prêtes ?

Nos sociétés sont tellement tétanisées et désorientées qu’elles sont certainement prêtes à des changements. Pas nécessairement ceux que je propose, mais je crois que nos concitoyens sont désormais en attente de solutions radicales, tant on leur a raconté d’histoires...

 

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 20:22

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

La politique d'austérité britannique a mis les plus fragiles à genoux

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

La « bedroom tax » et le durcissement du « Work capability assessment » sont les deux mesures les plus critiquées du mandat de David Cameron, car elles ont frappé de plein fouet les personnes vulnérables, et particulièrement les handicapés. Reportage à Londres, à une semaine des élections.

 

De notre envoyé spécial à Londres (Grande-Bretagne).- Paula Peters est assise par terre, les fesses sur le trottoir, et elle écrit des slogans au feutre sur des caleçons. À côté d’elle, son fauteuil roulant, avec lequel elle est venue jusqu’ici, dans la grande banlieue du nord-est londonien. Nous sommes un samedi d’avril, dix jours avant l’élection britannique du 7 mai, dans la circonscription de Iain Duncan Smith, le ministre conservateur du travail et des pensions, qui est sans conteste l’un des hommes les moins populaires du Royaume, en dehors de son clan des Tories, dont il fut le leader au début des années 2000. Une vingtaine de manifestants se sont rassemblés devant le siège de sa permanence pour dénoncer l’homme qu’ils appellent, au choix, « le maître du désastre » ou « le boucher des allocations ».

Iain Duncan Smith est le ministre qui a été chargé, dès 2010, de mettre en place les coupes budgétaires dans les allocations sociales. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas fait de quartier… Si la plupart des commentateurs politiques britanniques, y compris ceux qui se situent à gauche, s’accordent pour dire que le premier ministre David Cameron n’est pas la réincarnation de Margaret Thatcher, certaines politiques sociales de son gouvernement rappellent furieusement l’approche de la « Dame de fer » vis-à-vis de l’État providence : à la hache !

 

Paula PetersPaula Peters © Thomas Cantaloube
 

La réforme la plus haïe, fréquemment qualifiée de « vicieuse », est la « bedroom tax », un impôt qui frappe tous les bénéficiaires d’un logement social ou d’une aide au logement possédant, dans leur habitation, une « chambre supplémentaire » par rapport au nombre de personnes dans le foyer. Autrement dit, une personne seule ou un couple ne peut avoir qu’une chambre, une famille avec un enfant, deux chambres, avec deux enfants, trois chambres, etc. Si un foyer possède une chambre supplémentaire par rapport à ce qu’il est censé avoir, il se retrouve donc sous le coup d’un impôt qui peut vite atteindre plus de 500 euros par an.

L’argument des conservateurs était que certaines familles louaient leur chambre supplémentaire, ou disposaient d’un logement trop grand qui aurait pu profiter à un foyer plus nombreux. Mais c’était surtout un argument moral – toujours le même – selon lequel les « assistés sociaux » doivent sempiternellement se justifier des allocations qu’ils reçoivent, et surtout se montrer irréprochables dans l’utilisation des deniers publics.

Mais quand la « bedroom tax » a commencé à être appliquée, elle a touché les plus fragiles : des personnes âgées dont les enfants avaient quitté le foyer, laissant leur chambre libre ; des handicapés qui stockaient leur matériel médical ou qui avaient un ascenseur dans une pièce supplémentaire ; des parents dont un enfant est mort d’une maladie et qui ont soudain été frappés par cet impôt parce qu’il y avait désormais une personne de moins dans le foyer…

Malgré le tollé suscité par certaines de ces histoires poignantes, malgré le fait que seulement 6,5 % des personnes concernées ont déménagé dans des habitations « à leur taille » au bout de plusieurs années, le gouvernement conservateur n’est jamais revenu sur cette mesure. Même quand un rapport publié l’an passé a démontré que la « bedroom tax » coûtait finalement plus qu’elle ne rapportait étant donné toutes les procédures judiciaires qu’elle entraînait, la nécessité de reloger les gens, l’absence d’habitations comportant un nombre de pièces en adéquation avec les familles…

Surtout, ce nouvel impôt a frappé de manière disproportionnée les personnes invalides (en Grande-Bretagne, les personnes handicapées et celles en congés de longue maladie sont regroupées dans la même catégorie : « disabled » ou invalides) : sur 660 000 individus concernés par la « bedroom tax », 440 000 sont invalides. De surcroît, parmi les réformes libérales initiées par David Cameron et Iain Duncan Smith, l’une d’entre elles a consisté à réévaluer la « capacité à travailler » des 2,5 millions de Britanniques qui touchaient jusqu’ici une pension d’invalidité (le Work capability assessment, ou WCA). Et comme l’administration ad hoc ne saurait faire cela, selon la philosophie conservatrice, il a été demandé à un cabinet privé, Atos, de s’en charger. Atos, dirigé par nul autre que le Français Thierry Breton, ancien ministre de l’économie et des finances de Jacques Chirac, s’est donc acquitté de cette sale besogne – payée 500 millions de livres sterling tout de même !

 

Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS)Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS) © Thomas Cantaloube
 

Ce qui nous amène à la manifestation dans la circonscription de Iain Duncan Smith. Paula Peters a perdu vingt de ses amis proches, qui se sont suicidés, selon elle, à cause de la « bedroom tax » (ils ne pouvaient pas la payer), ou du test visant à évaluer leur capacité à travailler (ils ont échoué aux tests). « Quand j’ai appris que j’allais devoir passer le WCA, j’ai commencé à stresser », explique Paula, qui souffre depuis une vingtaine d’années d’une forme particulièrement sévère d’arthrose rhumatismale qui la cloue dans un fauteuil roulant une grande partie de la journée. « Du coup, ma maladie s’est accélérée. Face à la détérioration de ma santé et la crainte que j’avais de me voir considérée apte à travailler, j’ai tenté deux fois de me suicider… »

 

«Ils veulent nous renvoyer au XIXe siècle, dans des foyers ou dans la rue»

Les craintes de Paula n’étaient pas infondées puisque Atos a certifié « aptes à travailler » (et donc susceptibles de perdre leur pension) un homme dans le coma, des personnes atteintes d’un cancer en phase terminale, de sclérose en plaques ou de pathologies mentales graves… Au début de l’année 2015, Atos a préféré renoncer à son contrat et payer des pénalités, plutôt que de continuer à subir la mauvaise publicité générée par son travail catastrophique. Ainsi, après avoir passé son test fin 2013, Paula a dû attendre neuf mois les résultats en raison d’un « engorgement des dossiers » : neuf mois durant lesquels elle ne savait pas si elle allait perdre son allocation ou devoir déménager, car son logement social, spécialement aménagé pour elle en rez-de-chaussée, comportait une chambre de plus… Neuf mois de stress durant lesquels son arthrose s’est aggravée.

Kay Eason, elle, estime « avoir eu de la chance ». Atteinte d’une sclérose en plaques depuis l’âge de 13 ans (elle en a 28 aujourd’hui), elle a passé son test de capacité à travailler assez facilement : « Les gens qui me l’ont fait passer étaient sympas, mais c’est une loterie. Ils disent qu’ils n’ont pas de quotas, mais tout le monde sait qu’on a plus de chances quand on passe le matin où ils sont plus laxistes, qu’en fin de journée, quand ils doivent remplir leurs objectifs… » Car le but du gouvernement n’a jamais été de mieux évaluer les invalides, mais bien de réduire les allocations d’invalidité.

 

Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS)
Des manifestants contre les coupes sociales à Chingford, la circonscription de Iain Duncan Smith (IDS) © Thomas Cantaloube
 

« Il s’agit en fait de diaboliser les bénéficiaires d’aides sociales », explique Anita Bellows, une militante de l’association Disabled people against cuts (DPAC), qui se bat en faveur des invalides injustement affectés par les coupes budgétaires. « Ils stigmatisent les chômeurs qui n’ouvrent pas leurs volets le matin quand les "honnêtes gens" partent travailler, et ils s’en prennent aux handicapés en estimant que la plupart devraient travailler, d’une manière ou d’une autre, pour mériter leurs allocations. C’est la philosophie des conservateurs, mais aussi, à un degré moindre, celle des travaillistes. En faisant passer les handicapés ou les gens qui ont une pièce en plus dans leurs logements sociaux pour des prédateurs de l’argent public, ils montent les gens les uns contre les autres. Et les plus faibles sont toujours ceux qui ont le plus à perdre… »

Kay Eason, dans sa chaise roulante, garde le sourire aux lèvres. Il lui a fallu se reposer pendant plusieurs jours pour avoir la force de venir manifester ce samedi. Elle essaie de ne pas trop s’en faire : « Comme j’ai une maladie évolutive, il est possible que d’ici quelques mois ou quelques années, j’aille mieux. C’est bien pour moi, mais serai-je en position de travailler ? Ce n’est pas sûr : le pire serait que l’on me déclare apte, mais que je sois néanmoins trop faible pour pouvoir trouver un travail. Alors, je perdrais mon allocation et mes parents perdraient probablement le logement social qu’ils ont obtenu – avec une pièce supplémentaire – "grâce" à ma maladie… »

« Ils veulent nous renvoyer au XIXe siècle, dans des foyers ou dans la rue », conclut Paula Peters, amère. Elle est toujours assise sur le trottoir, en train d’écrire sur des caleçons. Pourquoi ? En fait, Iain Duncan Smith a été pris dans un scandale de notes de frais il y a une douzaine d’années, au cours duquel les Britanniques avaient découvert que le député avait demandé au Parlement le remboursement de diverses dépenses personnelles, dont ses achats de sous-vêtements… Apparemment peu échaudé par cette histoire, il a réédité la chose en tant que ministre en tentant de se faire rembourser d’autres « menues dépenses », comme un petit déjeuner à 54 euros ou un cocktail à 13 euros. Ce, au moment même où il avait déclaré à la presse que « s’il me fallait vivre avec les allocations invalidités de 75 euros par semaine, je n’aurais aucun problème à le faire ». Pris au mot, plus de 450 000 pétitionnaires lui ont proposé de relever le défi… Il s'est défilé, bien entendu.

Malgré ces différentes casseroles et le passage de ces mesures impopulaires ciblant les plus faibles, David Cameron a maintenu Iain Duncan Smith à son poste. Surtout, les conservateurs ont annoncé que, s’ils étaient réélus le 7 mai, ils avaient l’intention de couper 16 milliards d’euros supplémentaires dans les budgets sociaux. Une somme qui reviendrait à se débarrasser purement et simplement d’une grande partie du filet social mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pour Simon Wren-Lewis, professeur d’économie à Oxford, cette perspective signifie que les mesures telles que la « bedroom tax » ou la réévaluation de la capacité à travailler des invalides ne sont « rien à côté de ce que préparent les Tories s’ils restent au pouvoir… ».

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 20:16

 

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Gérard Filoche : « Tôt ou tard vous aurez une explosion sociale »

|  Par Hubert Huertas

 

 

« Les 1er Mai, ils ont toujours eu des hauts et des bas depuis un siècle, mais le 1er Mai sera toujours là et vous verrez, tôt ou tard vous aurez une explosion sociale. » Gérard Filoche est l’invité d’Objections cette semaine. À un mois du congrès du PS, il pense que son parti fait face à « un enjeu historique ».

 

On ne refait pas Gérard Filoche. Il est entier. On le prend ou on le jette, et le PS n’arrive pas à choisir. Depuis trois ans, cet ancien inspecteur du travail, membre du bureau national du PS, tonne contre « les dérives du quinquennat » avec des accents proches du Front de gauche. Face à lui, Solférino hésite entre agacement et silence, et se contente le plus souvent de le qualifier d’archétype de la « vieille gauche ».

Filoche réplique à sa manière. La meilleure des défenses, c’est l’attaque : « L'ancien, le représentant du XIXe, c'est Macron… Le libéralisme, “Enrichissez-vous”, plus de règles, plus de code du travail, c'est Macron. Moi je suis moderne, moi je défend le droit du travail. Le droit du travail, c'est l'indice le plus développé de la civilisation. »

À propos du 1er Mai, qui n’est pas unitaire en 2015, et qui fait pâle figure en regard des mobilisations passées, Filoche relativise : « Les 1er Mai, ils ont eu des hauts et des bas depuis un siècle, il y a eu les grands, les géants, les petits, les unitaires et les divisés, mais le 1er Mai est toujours là, et il y en aura d’autres, de grands 1er Mai. La force du mouvement social resurgira tôt ou tard… Tôt ou tard, vous aurez une explosion sociale. C'est comme un tremblement de terre, vous aurez beau entasser les sédiments, vous aurez beau rogner le code du travail, vous aurez beau faire une loi Macron qui est une vraie rupture culturelle, vous ne l'empêcherez pas… »

N’assiste-t-on pas, dans toutes les élections, et dans le débat public, à une droitisation de la société ? « C'est pas que la société se droitise, c'est que la gauche fait pas son boulot. C'est que 70 % de la gauche s’abstient aux élections parce que la politique de Valls est en contradiction avec les attentes de millions et de millions de gens… »

Dans ce cas, pourquoi ceux qui sont à la gauche du PS ne profitent-ils pas électoralement d’un transfert de voix ? « L'électorat socialiste est fidèle au parti socialiste. Il pourrait être attiré par un autre secteur de la gauche, mais il faudrait que l'autre secteur de la gauche soit unitaire. Si l'autre secteur de la gauche tape à tour de bras sur le parti socialiste, il ne peut pas récupérer son électorat. Pour l'instant tout est figé parce que la division l’emporte sur l'unité. » 

Qui est responsable de la division, demande Mediapart ?

Réponse immédiate de Gérard Filoche : « Ah ça ! La politique de Valls et Macron sans aucun doute. On peut pas faire l'unité avec eux sur cette ligne. »

Pourquoi reste-t-il au PS ? « C’est mon parti, je suis légitime. 95 % des socialistes n’ont pas voté pour Manuel Valls. 95 % ne voteront jamais Macron. On n’a pas voté pour ce qui se fait en ce moment. Contrairement à ce qu’on entend, le congrès n’est pas plié. Il y a une incertitude, et du côté de Cambadélis on est fébrile aujourd’hui, car l’enjeu est historique. C’est maintenant qu’on peut changer les choses. On a une chance de sauver le quinquennat. »

Croit-il encore à la lutte des classes ? « La lutte des classes, c'est démodé ? Demandez au Medef s’il ne croit pas à la lutte des classes ! Tous les jours ils essaient de gratter quelque chose. Contre le SMIC, contre le contrat, contre les comités d'entreprise, contre les seuils sociaux. Tous les jours, le patronat mène la lutte des classes. La lutte des classes, c'est comme l'air qu’on respire. On ne peut pas l'éviter. »

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 23:51

 

 

Le silence de la mer : pour les Migrants de Méditerranée,

1er mai 11h30 devant la préfecture Nîmes

 


Le silence de la mer *
L'Europe forteresse tue par non assistance les migrants sur l'ensemble de ses frontières.
La Méditerranée s’est transformée ces quinze dernières années en cimetière pour près de 20 000 migrants et réfugiés, en quête de protection et d’une vie meilleure en Europe. Au moins 1 650 personnes ont péri depuis le début de l'année en tentant de franchir la Méditerranée. Nous vivons une des pages les plus sombres de l’Europe. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas, qu’il ne connaissait pas l’existence de ce cimetière marin. Refusant d’infléchir ses politiques migratoires, l’Union Européenne se déshonore dans cette guerre aux migrants. Il est impératif d’agir.
Pour montrer notre refus de cet égoïsme, nous manifesterons allongés sur le sol, simulant leur mort (Die in).
Parce que le 1er mai est la fête de la solidarité internationale, nous serons avec ceux qui échouent chaque jour sur la grève Méditerranéenne.
Parce que continuer dans la voix de la Méditerranée barrière ne pourra qu'aggraver la situation de tous, exigeons la Méditerranée trait d'union, facteur d'espoir et de respect de chacun.
Parce que selon Braudel**, «La Méditerranée est une mosaïque de toutes les couleurs… Le Méditerranéen aime la vie en communauté et en partenariat, l’entraide. Sans doute l’héritage gréco-romain, autant que l’arabo- et le turco-musulman, y contribue-t-il. Les villes et les villages méditerranéens sont des lieux de voisinage, de convivialité, d’hospitalité… »
Rendez-vous devant la préfecture du Gard
vendredi 1er mai de 11h30 à 12h,
avenue Feuchères à Nîmes.
*Le silence de la mer est une nouvelle de Vercors (pseudonyme de Jean Bruller), publiée clandestinement aux Éditions de Minuit en février 1942.
** Fernand Braudel est un historien français, l'un des représentants les plus populaires de « l'École des Annales » qui étudie entre autres les civilisations et les mouvements de longue durée en opposition à l'histoire événementielle. Il est considéré comme l'un des plus grands historiens du XXe siècle.
A diffuser sans modération

 

 

 

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