Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 23:25

 

 

Source: www.reporterre.net

 

 

Désobéissance civile contre Center Parcs à Roybon, où la destruction de la forêt se prépare

Des habitant-e-s contre le projet de Center Parcs à Roybon

vendredi 31 octobre 2014

 

 

Près de Grenoble, à Roybon, les travaux du Center Parcs se préparent, alors que les citoyens sont contre et que les experts ont rendu un avis défavorable sur ce projet socialement et environnementalement destructeur. Face à ce déni de démocratie, la seule solution semble être la désobéissance civile. Des citoyens ont mené une action mercredi 29 octobre.


Ce mercredi 29 octobre 2014, nous sommes allé-e-s dans la forêt des Avenières pour marquer notre détermination à défendre cette forêt menacée par le projet de Center Parcs (92 hectares défrichés et 31 hectares imperméabilisés).

Projet destructeur et mensonger

Entre autres arguments, ce projet met en danger une zone humide protégée cruciale pour l’hydrologie de la région. Il détruit des habitats à haute valeur écologique pour au moins dix-sept espèces protégées en danger. Deux corridors biologiques de cervidés et de sangliers seront supprimés par une clôture de deux mètres de haut.

Il se réalise grâce à des subventions publiques (à hauteur d’au moins trente millions d’euros). Des emplois sont promis mais ne seront probablement pas à la hauteur des attentes des habitant-e-s : 48 % des emplois seront du nettoyage, avec un temps moyen de moins de douze heures par semaine (370 €/mois (Source : CGI)).

Par ailleurs, Pierre et Vacances est une entreprise en mauvaise santé financière : ses pertes d’exploitations sont en augmentation depuis trois ans (- 27,4 M€ en 2012, - 47,5 M€ en 2013, - 107,9 M€ 1er semestre 2014), etc.

Seule solution : la désobéissance civile

Les habitant-e-s n’ayant pas été écouté-e-s (cf. enquête publique sur la Loi sur l’eau : sur les 727 observations recueillies, 60 % étaient défavorables au projet.) et les recours légaux ne permettant plus d’empêcher les travaux de commencer, nous ne voyons pas d’autre solutions que la désobéissance civile.

Sur place nous avons pu constater que les travaux de déboisement pour le Center Parcs avaient débuté...

 

*Suite de l'artcle sur reporterre

 

 

Source: www.reporterre.net

 

 

 

 

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Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 23:17

 

Source : www.reporterre.net


 

Grands projets inutiles : ils se bâtissent à la grenade. Voici la carte des résistances

Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

samedi 13 septembre 2014

 

 

 

Aéroport, ferme-usine, barrage, stade, village de vacances, centre commercial… Notre-Dame-des-Landes et le Testet ne sont que deux parmi les nombreux Grands projets inutiles qui abiment la France. Sur le terrain, les opposants se mobilisent. Reporterre publie la carte de cette déferlante de béton.


GP2I, ça vous dit quelque chose ? Grands projets inutiles imposés. Tout est dit. « Ces projets constituent pour les territoires concernés un désastre écologique, socio-économique et humain, dit la Charte de Tunis, adoptée en mars 2013 lors du Forum social. Ils n’intègrent jamais la participation effective de la population à la prise des décisions, (…) s’inscrivent dans une logique de concurrence exacerbée entre les territoires et impliquent une fuite en avant vers toujours ‘plus grand, plus vite, plus coûteux, plus centralisateur’. »

Il y en a forcément un près de chez vous. De la ferme-usine des Mille Vaches à la centrale à biomasse de Gardanne, aucune région ne semble épargnée. En réaction, des citoyens se rassemblent, s’organisent et luttent. Recours judiciaires, occupation, création de Zad (zone à défendre).

« Chacun des mouvements a acquis des connaissances et des compétences, les uns sur la protection de la biodiversité, d’autres sur les problématiques ferroviaires, d’ordre juridique », écrit Attac dans un communiqué.

L’organisation est à l’initiative d’une première réunion de travail coopératif, qui s’est tenu à Paris samedi 13 septembre. « Il est de l’intérêt de tous de pouvoir mutualiser ces compétences, non pas pour créer une supra organisation, mais simplement pour être plus efficaces grâce aux savoirs que l’ont peut partager. »

Après quatre forums internationaux contre les GP2I, et une
convergence des luttes lancée en juillet depuis Notre-Dame-des-Landes, l’heure est donc au rassemblement et à la coopération.

Gaz de schiste, complexe commercial ou ligne ferroviaire. Reporterre publie aujourd’hui une carte de France, évolutive bien entendu, de ces GP2I.

- Pour toute correction ou complément,
envoyer courriel à < planete (arobase) reporterre.net >

- On nous a envoyé de nombreuses informations relatives à d’autres projets inutiles. Nous les ajouterons bientôt à cet article et à cette carte. On en indique déjà quelques-uns ci-dessous, après la carte. Merci de nous excuser de ce retard indépendant de notre volonté :)...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 22:44

 

Source : tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com

 

 

Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?

 

Samedi soir, sur le chantier du barrage de Sivens, aux alentours de 2h du matin, Rémi est mort.

Pour ceux qui ont été présents ces six derniers mois au Testet, pour ceux qui ont été des batailles de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, pour ceux qui au moins une fois se sont retrouvés face à une ligne de flics, une évidence s'impose : ni bavures, ni « mort suspecte », nous parlons ici d'assassinat.

 

Samedi soir, Rémi est mort après une longue journée d'affrontements. La veille, des opposants ont mis en fuite les vigiles du chantier, parvenant à reprendre du terrain et à détruire par le feu ce qui restait encore sur le chantier. Le lendemain, les gendarmes mobiles sont revenus protéger un parking désormais vide. Alors que la mort de Rémi a été constatée à 2h du matin par les pompiers, les gendarmes ont continué à tirer sur les manifestants jusqu'au petit matin. Contrairement à ce que dit la presse, de nombreux blessés ont été soignés par nos propres moyens sur la ZAD. Au cours de ce week-end, la gendarmerie n'a pas hésité à viser la tête à coup de flash-balls et à faire des tirs tendus de lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Pendant toutes ces semaines d'occupation militaire, les gendarmes ont constamment éclaté des opposants, multiplié les coups tordus. Dimanche soir, à Gaillac, lors du premier rassemblement, après l'annonce de la mort de Rémi et alors que tout laissait à penser qu'ils se feraient discrets, ces mêmes gendarmes ont chargé et dispersé les gens avec véhémence.

 

Ce qui est arrivé à Rémi aurait pu arriver à n'importe lequel d'entre nous, ici ou ailleurs. À n'importe qui d'un peu déterminé ce jour-là et qui mettait en actes son refus. Un jeune homme est mort, qu'il soit « pacifiste » ou « radical », cela importe peu. Samedi soir, il était sur cette colline contre la zone militarisée, pour faire reculer les flics et les machines.

 

Dimanche soir, on a entendu que Rémi était pacifiste, que les gens qui participaient aux affrontements étaient anarchistes. De telles affirmations sont insupportables. Dire ça, c'est entretenir de vielles divisions et faire le jeu du maintien de l'ordre. La force de mouvements et de luttes comme le No-Tav en Italie, la ZAD de Notre-Dame ou autres, c'est d'avoir su justement regrouper en leur sein des pratiques qui, au lieu de s'opposer, se complètent et peuvent s'associer pour aller vers des victoires sensibles et matérielles. L'intelligence de la lutte, c'est de transformer ce qui apparaît trop souvent comme clivages et divergences rigides en tensions questionables et requestionnables permettant de grandir ensemble. Savoir faire force de la multitude des pratiques.

 

L'idée d'une Zone à Défendre se nourrit de ce qui vient d'ailleurs, d'où la bêtise de phrases comme « mais vous n'êtes pas d'ici », « on ne vous a jamais vu ». Sans soutien massif, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes n'aurait jamais pu faire face aux flics et aux machines. La ZAD du Testet, comme les autres, n'est pas seulement une question locale, elle porte une idée de la vie en lutte contre la gouvernance, contre l'aménagement du territoire, contre l'existence-même de la police.

 

Ce qu'il convient maintenant de penser, c'est comment répondre.

 

Quand Alexis se fait tuer par la police en Grèce en 2008, c'est tout un pays qui s'embrase. Quand Zyad et Bouna se font tuer après une course-poursuite avec les flics en 2005, c'est des semaines d’émeutes qui s'enchaînent. Ne pas réagir serait une défaite. Il ne faut surtout pas laisser la peur s'installer et nous

réduire à l'impuissance. C'est le devenir de nos vies et de nos luttes qui se joue.

Même si le projet s'arrêtait, ou était suspendu provisoirement, il n'y aura pas de victoire aujourd'hui.

 

On entend dire : « attention, il ne faut pas se laisser aller à la colère », « il faut garder sa mesure », « le projet va peut-être bientôt être abandonné », etc. Cette pensée de la lutte est insupportable. Une vie vaut plus que l'abandon du projet d'un barrage, il faut le rappeler. La rage qui nous envahit aujourd'hui ne pourra être contenue au nom de calculs gestionnaires et par peur du débordement. On ne va pas réprimer par souci stratégico-médiatique la révolte que cette absence fait monter en nous. Peu importe que nous ayons ou non pris part à la lutte contre le barrage. La réaction qui doit aujourd'hui éclater dépasse très largement son caractère local. Déjà hier des rassemblements ont eu lieu un peu partout en France et cela ne va faire que s'amplifier.

 

Peu importe ce que dira l'autopsie.

Peu importe ce que diront les médias. La vérité on la connaît déjà, nul besoin d'attendre la leur: les flics ont tué Rémi.

Nous ne voulons pas de martyr mais faire en sorte que cette mort nous empêche tout retour en arrière. Se donner les moyens d'être victorieux c'est se ressaisir ensemble de cette situation. En premier lieu en

faisant vivre ce qui avait pousser Rémi et des milliers de personnes autour de ces grilles mais aussi en affirmant, par prolongement, notre capacité à faire mouvement.

 

Maintenant, partout, organisons nous.

 

 

A la vie.

 

A Rémi.

 

 

 

Source : tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com

 

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : ZAD du Testet
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Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 22:27

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Barrage de Sivens: les dérives d'un socialisme de notables

|  Par Mathieu Magnaudeix

 

 

Après la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive qu'avaient lancée les gendarmes, le conseil général du Tarn a décidé d'attendre avant de se prononcer sur le sort du barrage de Sivens. Dans ce fief PS, Thierry Carcenac, président du conseil général, élu depuis près de quarante ans, cumulard et ayant exercé à peu près tous les mandats qu'offre la République, fontionne en vase clos. L'affaire du barrage est l'illustration tragique de la lente dérive d'un socialisme gestionnaire, conduit par des notables enferrés dans leurs certitudes.

 

Vendredi 31 octobre, les conseillers généraux du Tarn, tenu par le PS, devaient décider du sort réservé au barrage de Sivens, sur le chantier duquel le jeune Rémi Fraisse a été tué ce week-end par une grenade offensive qu'avaient lancée les gendarmes. Ils ne se sont pas déjugés. Ils ont « pris acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site de Sivens ». Et renvoyé la balle dans le camp de l'Etat, qui organise mardi prochain une réunion de crise sous la houlette de Ségolène Royal, la ministre de l'écologie.Sans renoncer explicitement au barrage. Pour cause: ce projet aujourd'hui contesté et remis en cause, ils l'ont toujours soutenu.

Le 17 mai 2013, les élus de gauche (majoritaires) et de droite l'avaient approuvé par 43 voix sur 46. À l'époque, seuls trois élus avaient voté contre : Jacques Pagès (divers gauche) et deux communistes, Roland Foissac et Serge Entraygues, qui réclament aujourd'hui l'abandon du projet.

Dans les années 1990, il en était déjà question pour stocker l'eau et aider les exploitations agricoles dans le bassin-versant du Tescou, cette partie pauvre du département. Le récent rapport des experts du ministère de l'écologie pointe une série de dysfonctionnements : des besoins en eau surévalués (le nombre d'exploitants bénéficiaires serait de 30 à 40, pas 81 comme l'affirme le conseil général), une étude d'impact insuffisante, un plan de financement « fragile », etc. Malgré le drame, la majorité des élus locaux campent sur leurs positions : suspendre le chantier, d'accord. Le redimensionner comme le suggère le rapport d'experts ? Peut-être. Mais l'arrêter comme le demandent les écologistes, pas question. « Il n'est pas possible que des gens violents imposent leur décision à tous les autres », assure dans Le Monde le président du conseil général, Thierry Carcenac, qui en a fait une affaire personnelle.

« Si on cède à 200 personnes aujourd'hui, on ne pourra plus construire d'autoroutes en France », tempête Jacques Valax, député PS, lui aussi élu départemental. L'opposition locale est sur cette ligne, comme les responsables nationaux de la FNSEA, le premier syndicat agricole, connu pour sa défense d'un modèle productiviste. « Ce barrage est primordial pour les agriculteurs et s'il est arrêté, définitivement, c'est la mort d'une vallée », menace Jean-Claude Huc, président de la chambre d'agriculture du Tarn, administrateur de la FNSEA. Dans Le Figaro, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, s'en est violemment pris aux activistes anti-barrages, accusés d'être des « djihadistes verts ».

Le Tarn, terre de gauche imprégnée de socialisme et de radicalisme, fut la patrie de Jean Jaurès, dont on célèbre cette année le centenaire de la mort. Le fondateur de L'Humanité y fut d'abord professeur de philosophie, puis élu en 1893 député de Carmaux, en pleine grève des mineurs. Par fidélité au fondateur de la SFIO, l'ancêtre du PS, c'est à Carmaux que François Mitterrand lança sa campagne présidentielle en 1980. Depuis la décentralisation de 1982, le conseil général a toujours été à gauche, dirigé par le PS avec le soutien des radicaux de gauche.

Dans ce fief rose, c'est aujourd'hui un socialisme gestionnaire, de plus en plus contesté dans les urnes, qui est aux manettes. C'est là sans doute une clé d'explication de l'entêtement de Thierry Carcenac, président du conseil général, à soutenir un barrage à l'intérêt discutable, puis à en lancer les travaux malgré la contestation d'occupants toujours plus nombreux au cours des derniers mois et malgré les nombreux recours en justice encore en cours d'examen. Combiné à une forte présence des gendarmes, ce jusqu'au-boutisme a contribué à tendre la situation sur place.

Il y a une semaine, Carcenac, 63 ans, était un parfait inconnu dans la politique française. Jusqu'à la mort de Rémi Fraisse et cette déclaration qui a choqué : « Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement stupide et bête. »

 


Thierry Carcenac est l'incarnation du grand baron local, réélu à tout coup. Issu d'une famille modeste, il a exercé à peu près tous les mandats qu'offre la République. Il est élu la première fois en 1976 – conseiller municipal de Lescure-d’Albigeois. Puis trois ans plus tard au conseil général (canton d'Albi Nord-Est), dont il est alors le benjamin. Depuis trente-cinq ans, il n'a jamais quitté les bancs de l'assemblée départementale. En 1992, il succède à la présidence à Jacques Durand, l'homme fort du département, mort prématurément. Il y est toujours. Cumulard assumé, Carcenac a été député entre 1997 et 2012. Le 28 septembre, il a été élu sénateur. Talonné de 17 voix par un candidat UMP, mais élu.

 

Dans les années 80 et 90, cet inspecteur des impôts de profession a été chargé de mission auprès de ministres socialistes, de l'industrie et du budget : Édith Cresson, Michel Charasse, Martin Malvy, l'homme fort de la région. Il exerce ou a exercé une série de fonctions locales clés : président de l'Agence pour l'animation du Tarn économique, des sociétés d'économie mixte Sem 81 et E.Téra, des syndicats mixtes de l'Abbaye-École de Soréze et d'aménagement du musée Toulouse-Lautrec d'Albi ou encore président du syndicat intercommunal à vocations multiples (SIVOM) d'Arthès-Lescure.

« C'est vrai que ma longévité peut interroger, concédait-il déjà en 2004. Je ne suis pas usé, je me remets en cause en permanence et je suis le plus possible à l'écoute des autres. Mon atout c'est mon expérience. (…) Jeune, vous arrivez et vous ne connaissez rien. » Dix ans plus tard, il a le même discours pour justifier sa candidature aux sénatoriales. « J’aurais pu arrêter. Mais je pense que je peux encore apporter quelque chose. Je veux être une voix et une écoute. »

Les élus du conseil général: 64 ans et demi de moyenne d'âge

Dans une lettre à en-tête du conseil général envoyée le 17 septembre à ses électeurs, Thierry Carcenac dénonce une « opposition » agressive et violente qui « tente d'imposer l'abandon du projet par des méthodes inadmissibles dans un État de droit ». Dans la campagne des sénatoriales, Carcenac a mis en avant son intransigeance pour s'attirer les voix des grands électeurs. Le Parti de gauche (PG), qui a déposé un recours contre son élection au Sénat, lui reproche d'ailleurs d'avoir « utilisé les moyens financiers du conseil général pour s'adresser aux électeurs par des publi-communiqués publiés dans La Dépêche du Midi dans lesquels il défendait le projet de barrage ».

Plus globalement, les politiques locaux à majorité socialiste ne semblent avoir pris que tardivement la nature et la mesure de la contestation suscitée par le projet, comme s'ils n'avaient voulu y voir que des « casseurs » opposés à tout progrès – une rhétorique reprise ces derniers jours par Manuel Valls qui, avant le drame, s'était vanté d'avoir « tenu bon »  à Sivens devant les Jeunes Agriculteurs (lire notre article).

La faute à leur profil ? Maître d'ouvrage du projet, l'assemblée départementale est âgée : aucun trentenaire, une seule quadra, 64 ans et demi en moyenne selon nos calculs. Les trois quarts des élus ont plus de 60 ans, ce n'est "que" 60 % dans les autres conseils généraux. Un conseiller général sur 6 a plus de 70 ans. Il est aussi peu féminisé : 5 femmes seulement, dont quatre sont simples conseillères et ont moins de 60 ans. La seule femme vice-présidente, Claudie Bonnet, en charge de l'action sociale (plus de la moitié des 440 millions d'euros de budget du département), a été assistante parlementaire d'un ancien sénateur socialiste.

 

La très mâle assemblée départementale 
La très mâle assemblée départementale © DR

La faute à l'inertie et à l'entre-soi ? Le Tarn est une petite baronnie socialiste. Les carrières politiques y sont longues. Jacqueline Alquier, sénatrice PS qui s'est retirée en 2014, a été élue au conseil général dès 1979, avant de devenir députée puis d'être élue à la Haute Assemblée en 2004. Le Tarn est aussi la terre de l'ex-sénateur socialiste Jean-Marc Pastor, élu au conseil général en 1982 (il y est resté 26 ans) et au palais du Luxembourg en 1996. En 2011, Mediapart avait révélé qu'il avait fait payer par le Sénat 2 500 euros de fausses factures émises par le restaurant géré par sa fille et dont il détenait des parts. Ce qui l'avait poussé à produire une fausse lettre de soutien du président du Sénat…

Dans l'actuel conseil général, nombre d'élus l'ont été dans les années 1990. C'est par exemple le cas d'André Cabot, vice-président PS du conseil général, qui supervise le projet de barrage. Élu en 1992 dans le canton de Valderiès, la ville dont il est maire, ce technicien d'agriculture de profession est aussi président du « puissant et omniprésent syndicat d'adduction d'eau de Valence Valderiès », dixit La Dépêche du Midi.

Cabot est aussi administrateur de la CACG (Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne), stociété d'économie mixte interrégionale qui a mené les études sur le barrage, mais est censée le construire et même l'exploiter. « Elle a joué depuis 25 ans un rôle central dans le portage de cette opération », pointe le rapport des experts du ministère, qui remet en cause certains de ses calculs et déplore qu'aucune alternative au barrage n'ait été étudiée. Cette structure est trustée, côté politiques, par des représentants socialistes et radicaux et, côté agriculteurs, par la FNSEA. André Cabot est aussi vice-président de l'agence de l'eau Adour-Garonne qui finance 50 % des 9 millions d'euros de travaux.

Ce monde de décideurs en vase clos ne remet guère ses certitudes en doute. Comme Mediapart l'a écrit (lire ici notre enquête), le conseil général du Tarn a déjà mis en service un barrage surdimensionné en 1998, construit et exploité par la CACG, et aujourd'hui lourdement déficitaire. Dans un autre domaine, la quasi-totalité des élus du Tarn plaident depuis des années pour une autoroute entre Castres et Toulouse. Thierry Carcenac n'écarte pas la piste d'un partenariat public-privé, qui garantirait des délais rapides mais pourrait faire monter la facture pour l'automobiliste jusqu'à 15 euros l'aller-retour. Au sein du PS, seul Samuel Cèbe, le jeune secrétaire fédéral, et  Linda Gourjade, députée PS qui fait partie des "frondeurs" socialistes, se prononcent pour une liaison sans péage.

Comme ailleurs, le système politique local est condamné à évoluer. Le PS, qui ne détient pas Albi et Castres, les deux grandes villes, a perdu du terrain aux municipales de mars, Graulhet et Gaillac étant passés à droite. Le Front national est entré dans cinq conseils municipaux. À Graulhet, le candidat frontiste a fait plus de 30 %.

Avec l'introduction de la parité et le renouvellement global et plus partiel de l'assemblée départementale, les cantonales de 2015 vont accélérer le renouvellement du personnel politique. Manuel Cèbe, le jeune premier fédéral, a posé une règle claire : pas plus de trois mandats. « Thierry Carcenac a inscrit sa présidence dans la durée, le rassemblement, l’expérience et le respect des personnes. La fédération du PS le soutient dans sa mission jusqu’en 2015 », indique-t-il dans la presse locale. Autrement dit : pas au-delà. « Dix-huit ans, c’est suffisant pour accomplir sa tâche. L’objectif est de renouveler et d’ouvrir les exécutifs », dit-il. Thierry Carcenac n'a pas dû apprécier.

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Manifestation dimanche à Paris. France Nature Environnement, dont Rémi Fraisse était membre, annonce un « sit-in pacifique » à la mémoire du jeune militant écologiste mort à Sivens. Cette manifestation aura lieu le dimanche 2 novembre à 16 heures au Champ-de-Mars à Paris, devant le Mur pour la paix.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 19:38

 

Source : www.lesinrocks.com

 

 

“La mort de Rémi Fraisse pourrait mettre le feu aux poudres”

29/10/2014 | 09h22
Des manifestants contre le barrage de Sivens à Albi, le 27 octobre 2014 (Regis Duvignau/Reuters)

La mort de Rémi Fraisse lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens le week-end dernier a ébranlé le gouvernement. Cet événement témoigne d’une fracture entre deux mondes, celui de la raison d’Etat, et celui des contestataires qui militent pour des droits environnementaux, selon le politologue Erwan Lecœur. Entretien.

Plus de cinq mille personnes ont manifesté ce week-end dans le Tarn leur opposition au barrage de Sivens. Au cours d’affrontements avec la police, un jeune homme de 21 ans, Rémi Fraisse, a trouvé la mort. D’après Mediapart, il venait de passer son BTS en environnement et était botaniste bénévole à Nature Midi-Pyrénées, une association affiliée à France Nature Environnement (FNE). Selon le procureur de la République d’Albi, des traces de TNT, utilisé dans les grenades offensives des gendarmes, ont été retrouvées sur lui. Depuis, d’autres affrontements ont eu lieu dans le Sud-Ouest, Cécile Duflot a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les conditions du décès, et José Bové a accusé la police de provocations. Les proches de la victime se sont exprimés dans un texte publié par Reporterre sur le déroulé des événements le soir du 25 octobre.

Le silence assourdissant de Manuel Valls et François Hollande suite à cette mort tragique a renforcé les critiques à leur égard. Ce mardi 28 octobre, ils ont enfin fait part de leur “compassion”, tout en campant sur une position d’intransigeance. Quelles peuvent être les conséquences de cet épisode dramatique ? De quoi la mort de Rémi Fraisse est-elle le nom ? Décryptage avec Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l’écologie politique, auteur de Des écologistes en politique (éd. Lignes de repères, 2011).

Que pensez-vous du silence de l’Etat suite à la mort de Rémi Fraisse lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens samedi 25 octobre ?

Erwan Lecœur – Cette affaire rappelle beaucoup celle de Notre-Dame-des-Landes, et d’autres avant elle. Un appareil d’Etat et un certain nombre de politiques ne sont plus seulement d’une prudence extrême, mais d’une défiance considérable à l’égard de personnes considérées comme des contestataires d’un ordre qu’eux définissent comme républicain. Ils ne voient donc pas seulement cet événement du point de vue des victimes, mais du point de vue de l’Etat, des institutions. Cela fausse sans doute un peu leur appréhension de la mort d’un homme venu contester une décision sur le terrain. Il y a là une sorte de décalage du monde politique d’en haut avec le simple bon sens selon lequel une personne n’a pas à mourir, à être agressée, attaquée, à mettre sa vie en jeu pour une contestation. C’est un problème que le monde politique ferait bien se de poser assez rapidement.

Est-ce que ce traitement politique et médiatique, qui insiste sur la violence qui serait du côté des contestataires, fait partie selon vous d’une guerre psychologique menée contre eux ?

Je n’irais pas jusqu’à utiliser le terme de “guerre psychologique”, mais on voit bien que l’appareil d’Etat a depuis plusieurs années – et pas seulement ces derniers mois – constitué une quasi-théorie sur la dangerosité de mouvements écologistes radicaux. Cette vision a été fortement développée par les services de sécurité intérieurs à l’encontre de ceux qu’on avait appelé “les anarcho-autonomes de Tarnac”. Tout cela avait terminé assez mal pour les appareils policiers à l’époque, puisqu’il a été démontré qu’ils avaient un peu monté les choses en épingle, que la plupart des personnes mises en cause étaient innocentes, etc. On est donc face à une idéologie, une peur, une façon de créer parfois même de toutes pièces une dangerosité vis-à-vis de l’anarcho-écologisme. Des groupes autonomes sont devenus des quasi-terroristes aux yeux de la raison d’Etat. C’est tout le problème : il y a un traitement policier et quasi-uniquement répressif d’un problème qui est principalement politique. On criminalise donc des groupes qui jusqu’à maintenant n’ont jamais revendiqué autre chose qu’un contestation, la plupart du temps non violente, parfois un peu plus proactive en terme de résistance, mais rarement violente en tout cas.

 

 

(Montage vidéo posté mardi par un jeune activiste, qui témoigne des violences survenues quelques heures avant les échauffourées de la nuit)

On a l’impression que depuis Tarnac ce sont des conflits environnementaux qui sont le théâtre des répressions les plus violentes, comme à Notre-Dame-des-Landes, et maintenant aux 1 000 vaches. Comment expliquez-vous cela ?

A travers ce que l’appareil d’Etat appelle la “montée des périls”, on discerne clairement un affrontement entre deux mondes idéologiques, entre deux imaginaires politiques : le monde ancien, celui du XXe siècle, qui veut à tout prix bétonner, développer, et qui considère que le progrès est uniquement là, et un monde beaucoup plus épars, diversifié, autonome, avec des gens venus d’un peu partout, qui viennent contester cet ordre et cette vision du monde entièrement faite de bétonnages, d’aéroports, d’autoroutes et de toutes sortes d’équipements qui aujourd’hui apparaissent non pas comme nécessaires mais dangereux. En l’occurrence on a affaire à des équipements qui sont potentiellement hors la loi, puisqu’ils contreviennent à la loi sur l’eau et les zones humides, que ce soit à Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens.

Il y a véritablement deux visions du monde qui s’affrontent. Aujourd’hui le conflit larvé qui se joue derrière ces répressions extrêmement dures de manifestations est aussi le combat entre deux mondes, entre l’Etat qui considère qu’il est impossible de ne pas réprimer des gens qui contestent un chantier, et un monde qui considère que la justice est du côté de ceux qui se battent pour la nature, l’environnement, et une certaine appréhension du droit. Je pense qu’il y a dans l’appareil d’Etat et chez les politiques une difficulté très forte à appréhender la force des nouveaux droits, sociaux, culturels et environnementaux qui émergent.

A Notre-Dame-des-Landes (NDDL) plusieurs manifestants avaient été gravement blessés. Cette violence d’Etat n’a donc pas changé avec l’arrivée de la gauche au pouvoir ?

Cette forme de violence de la répression n’est plus tellement réservée à la droite ou à la gauche. Elle est transversale au champ politique, de même qu’un certain nombre de visions du monde très économistes, croissancistes ou productivistes. La gauche et la droite ont un peu les mêmes réactions parce qu’elles occupent les mêmes positions de départ, que ce soit à NDDL ou dans d’autres conflits environnementaux. Il y a des formes répressives de l’Etat qui sont restées très en arrière par rapport à l’évolution de la société en général. La gauche et la droite partagent la même peur de la remise en cause d’un modèle productiviste, croissanciste, selon lequel la croissance à tout prix vaut mieux que n’importe quelle solution. Il y a à gauche comme à droite une forme de peur que l’écologie devienne une véritable force dans l’imaginaire sociétal, et potentiellement une force politique. Le PS au pouvoir est celui qui a le plus à craindre d’une forte progression de l’écologisme dans notre société, parce qu’il perdrait sa prééminence dans le camp de la gauche.

C’est la raison pour laquelle des frictions ont lieu ces derniers jours entre les représentants d’EELV et du gouvernement, sur les responsabilités du drame de Sivens?

Oui, tout ce qui se joue sur le terrains des idées et sur le terrain social a des répercussions sur le plan politicien, entre les socialistes et les écologistes : il y a un affrontement qui rappelle celui qui a eu lieu entre socialistes et communistes il y a 30-40 ans, et qui a mené à l’effondrement du communisme dans notre pays. Il est clair que pour les socialistes, et a fortiori pour le premier d’entre-eux – François Hollande – il n’y a que deux solutions : soit ils intègrent l’écologisme dans la pensée social-démocrate, c’est la social-écologie – Delphine Batho et Ségolène Royal incarnent actuellement ce courant –, soit il faut faire disparaître l’écologisme en politique. C’est pourquoi, à chaque fois que les écologistes critiquent la façon dont se comporte ce gouvernement, ils risquent de s’attirer les foudres de ce pouvoir un peu aux abois, qui craint les effets de leurs contestations. Il veut les réduire à leur plus simple expression : un score à la présidentielle qui ne retranscrit absolument pas la force de l’écologisme au sens global dans notre société.

Est-il possible qu’en se montrant aussi dure avec les mouvements sociaux de gauche, l’Etat cherche à donner des gages aux mouvements sociaux de droite que l’on connaît depuis 2012, à montrer qu’il n’y a pas deux poids deux mesures ?

Si jamais tel était le cas, s’il y avait un calcul qui consistait à considérer qu’il faut cogner fort sur l’opposition de gauche, écologiste radicale, pour rééquilibrer symboliquement la répression somme toute relativement faible des excès d’autres catégories à droite voire aux droites extrêmes, alors ce serait un choix risqué. Cela voudrait dire que le pouvoir socialiste déciderait de se couper d’une base de gauche, en s’exposant au dérapage qui consisterait à se mettre à dos l’ensemble des forces politiques qui se revendiquent d’une certaine éthique en politique. C’est le risque, car si les enquêtes prouvent une responsabilité policière dans la mort de ce jeune homme qui semble plus écologiste environnementaliste qu’anarchiste autonomiste, cela pourrait bien coûter beaucoup plus cher politiquement à monsieur Valls que toutes les déclarations de tous les écologistes réunis.

C’est là qu’il y a peut être une erreur flagrante de cette gauche : la mort d’un homme dans une manifestation relativement pacifique vaut toujours corruption pour le pouvoir, qui s’est délégitimé en engendrant une force négative contre un des enfants de ce pays. S’il est démontré que les forces de police sont responsables, alors cela pourrait mettre le feu aux poudres et faire perdre aux socialistes et à la gauche au pouvoir le peu de morale et d’éthique qui lui reste encore pour tenir face à une contestation de plus en plus forte de la part de l’opinion publique. Par conséquent si votre hypothèse était juste, alors je dirais qu’elle mènerait à un échec flagrant, évident et total, dont la gauche ne se remettrait pas avant longtemps.

Propos recueillis par Mathieu Dejean

le 29 octobre 2014 à 09h2

 

 

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 17:11

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

Sur le terrain

30/10/2014 à 12h47

Saillans, sept mois après : « On fait peur et ça nous pose un gros souci »

 

Emilie Brouze | Journaliste Rue89

 

 

A Saillans (Drôme), en octobre 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

A Saillans (Drôme), en octobre 2014 (Emilie Brouze/Rue89)
 

 

 

Rue89 est retourné à Saillans où, depuis les municipales, des habitants ont mis en place leur démocratie participative. S’ils trébuchent sur les premières difficultés, leur expérience attire d’autres communes.

(De Saillans, Drôme) Quand Monique Teghil, 80 ans, rentre d’une réunion du haut de son vélo, elle contemple la crête de montagnes, les Trois Becs à l’horizon, et trouve que l’air est décidément beaucoup plus léger. Elle rayonne :

« Je ne pensais pas avoir la joie de voir ça avant de mourir ! »

Voilà en effet sept mois que les 1 199 habitants de Saillans (Drôme) testent une nouvelle manière de gérer leur commune : oubliée la structure pyramidale coiffée par l’ancien maire, place à la démocratie participative avec un modèle sur-mesure, élaboré pendant des mois. Rue89 avait rencontré les nouveaux élus euphoriques, quelques jours après les municipales.

Depuis, l’expérience a attiré par dizaines les médias. L’équipe a reçu plus de 80 sollicitations de journalistes, de chercheurs, de citoyens et d’élus désireux de s’inspirer de leur méthode. Mardi prochain, ils vont discuter en vidéo-conférence avec la mairie de Plouguerneau (Finistère), une commune bretonne intéressée par la « participation citoyenne », et cet été, un minuscule village de la vallée, Aucelon, a organisé une journée de commissions participatives.

« C’est merveilleux », répète à l’envi Monique Teghil, sympathisante du projet depuis la toute première réunion.


Monique Teghil chez elle à Saillans, le 26 octobre 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

« Les citoyens sont tellement motivés »

A Saillans, l’expérience politique a généré plus de travail et d’engagement que prévu. Les élus sont à un cheveu de la réunionite aiguë.

Lors de la journée portes ouvertes de la mairie, le 6 avril, 180 habitants se sont inscrits aux sept commissions thématiques – ils sont 45 de plus aujourd’hui. Les discussions à l’intérieur des commissions ont donné naissance à quatorze groupes de projets (GAP) qui ont mobilisé, sur les rythmes scolaires, jusqu’à 60 personnes.

Les jeunes cherchent ainsi un local et aimeraient intégrer un réseau local de covoiturage, gratuit et sécurisé, qui faciliterait leurs déplacements.

Le groupe « aménagement de la grande rue » a lui lancé une procédure d’adoption de jardinières orange pour que des bénévoles prennent soin des fleurs.

« Les citoyens sont tellement motivés », se félicite Joachim Hirshler, élu, épaté par le travail des habitants sur l’extinction de l’éclairage public la nuit qui vient d’être mis en place :

« Ils ont conçu une matrice avec des horaires différents selon les saisons, les jours (semaine/week-end) et la situation (quartiers/périphérie). Le prestataire m’a demandé d’où ça sortait : il n’avait jamais vu ça. »


Un mur d’un bureau dans la mairie de Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

D’autres dossiers s’annoncent plus complexes, comme la révision du PLU ou encore la décision d’augmenter ou non le prix de l’eau pour rembourser un prêt de 230 000 euros, contracté en janvier pour des travaux.

Il y a aussi la première « crisette » au sein de l’équipe, au sujet du club informatique du village – il perd beaucoup d’argent. Faut-il encore lui verser des subventions s’il n’est pas viable ? L’équipe municipale a demandé à deux élus du conseil de démissionner du CA de l’association, dont c’était « le bébé », pour pouvoir trancher sereinement sur son avenir.

L’opposition raille aussi l’oubli de la Journée du patrimoine. Janine Renard, membre du conseil des sages – l’instance chargée de veiller au bon respect de la politique participative – a repéré une autre maladresse : la remise de médaille en chocolat à des employés communaux (ils devraient en recevoir de vraies rapidement, promet le maire).

« Ils nous ont ostracisés »

Sept mois sur un mandat de six ans, c’est certes bien trop court pour juger de la réussite d’une telle tentative politique. Le temps permet tout juste de trébucher sur les premières difficultés, d’ajuster le modèle, de comprendre les écueils potentiels.

Au village, le premier coup est venu de l’extérieur. Saillans n’a pas obtenu de siège à la vice-présidence de l’intercommunalité, lors des élections du 16 octobre. Vincent Beillard, le maire de Saillans, doit se contenter d’une place au bureau de l’intercommunalité. Mais il est élu avec quatorze bulletins blancs. Un désaveu.

« C’est incroyable que des élus remettent en question notre légitimité », se désole le maire, selon lequel certains ont fait pression sur d’autres pour faire barrage à Saillans, troisième commune du territoire.

« Ils nous ont ostracisés », accuse Sabine Girard, conseillère municipale.

« On fait peur et ça nous pose un gros souci. »

« Des personnes à Saillans ont tendance à penser que ce qui leur arrive est exceptionnel », s’agace de son côté Hervé Mariton, le député-maire UMP de Crest, pour qui la situation est « très banale ».

« Ça palabre mais rien ne sort »

François Pégon, l’ex-édile, traverse à grandes enjambées le village. Assis devant un café, le conseiller général MoDem, 62 ans, triture frénétiquement sa sucrette en jurant que l’amertume de la défaite s’est estompée. Pégon rappelle que dans l’histoire du village, aucun maire n’a été reconduit. Constat d’impuissance :

« Saillans, c’est quand même une ville extrêmement difficile à gérer car il y a un esprit contestataire inscrit dans les gènes... Un esprit revendicatif, vindicatif. Je ne l’explique pas. »

« Ça palabre pendant des heures mais rien ne sort », peste-t-il encore contre la nouvelle municipalité, « irresponsable » et « sans vision ». Christian Larcher, 68 ans, un retraité inscrit dans plusieurs commissions, tempère : « Il est clair que cette façon de fonctionner est moins productive que quand on décide seul. » Mais il trouve que les projets sont « relativement bien partis ».

Pégon, lui, enfonce :

« La gestion pyramidale a un avantage : on sait qui fait quoi. Je ne crois pas à leur mode de gestion participative. »

L’ancien maire a assisté aux premiers comités de pilotage, les réunions publiques d’échanges et de décisions. « On m’a fait comprendre que j’étais un donneur de leçons. » Pour Fernand Karagiannis, conseiller municipal, François Pégon, n’a pas fait d’efforts pour intégrer le nouveau fonctionnement.

Il n’empêche que les élus n’ont pas réussi à travailler ensemble, chose que regrette Emmanuel Cappelin, 31 ans, membre du conseil des sages.

Les copies non conformes

Ses costumes bien repassés, son côté charmeur, le bras long quand il s’agit de décrocher des subventions : il est clair que le style Pégon, politique à l’ancienne, tranche avec celui de la nouvelle équipe. « J’ai une certaine idée de la fonction », acquiesce-t-il.


François Pégon à Saillans (E.B./Rue89)

L’idée même de recevoir une sous-préfète en T-shirt horripile le conseiller municipal d’opposition.

« Je lui avait dit à Pégon de mettre des jeans, de s’habiller autrement », se désole une dame aux cheveux blancs, près du cimetière.

La retraitée, qui ne veut surtout pas participer aux réunions publiques, juge les petits nouveaux « un peu trop folkloriques », quoi que très sympathiques.

Ce côté « copie non conforme » – pour reprendre l’expression de Monique Teghil – déplaît franchement à certains Saillanssons. Entre le Café des sports et la mairie, deux retraitées discutent, très remontées. Celle avec un chignon blond éclate :

« Ça boit le café, ça fume le chichon, ça ne bosse pas... Saillans va devenir un village de têtes à poux ! »

Sa voisine regrette l’élégance et les contacts de Pégon. Au sujet du nouveau maire, courroucée : « Cet été, on l’a même vu en maillot de bain dans la grand-rue ! »


Vincent Beillard, le maire de Saillans, chez lui le 26 octobre 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

« Bloc de résistance » et participation

Janine Renard, 67 ans, une infirmière retraitée décroissante, est persuadée qu’il y a un « bloc de résistance » et que les clivages sont peut-être plus exprimés qu’avant. Elle s’est retrouvée l’autre jour dans le bus devant deux dames convaincues que tout ça ne tiendra pas et que la nouvelle municipalité finira par démissionner. « Laissez-les faire, vous critiquerez après », répond Janine à ceux qui blâment.

« L’important, c’est que ce soit transparent, qu’on soit informés. »

« Tout le monde ne nous suit pas », me glisse un élu à vélo, croisé dans la rue le dimanche, jour de marché :

« Demandez-leur pourquoi, j’ai envie de savoir. Les reproches, ça ouvre l’esprit. Même au sein de notre groupe, il y a des voix dissonantes. »

Le risque avec la démocratie participative, c’est se retrouver à décider au sein d’un groupe restreint – la nouvelle municipalité compte une centaine de sympathisants actifs.

Pour que la démarche politique ait du sens, il faut maintenir une participation large. Fernand Karagiannis a une crainte :

« Les gens qui ne s’y retrouvent pas, peut-être qu’ils n’arrivent pas à trouver de l’espace pour s’exprimer... Peut-être qu’avec ce flot d’énergie, les gens à l’écart n’osent pas rentrer. »

Pour le maire, le risque serait de ne pas trouver les méthodes pour aller chercher ces habitants-là, ceux qui ne font pas le pas. Il y a ceux que la municipalité ne pourra jamais intégrer, ceux qui préfèrent râler au bistrot.

Pour les autres, « on va essayer de les intégrer par l’action afin qu’ils se rendent compte qu’on n’est pas une force qui impose des idées », explique Fernand Karagiannis. Les élus comptent notamment sur le « diagnostic social » – une enquête sous forme d’entretiens récoltés en porte-à-porte.


Janine chez elle à Saillans, le 25 octobre 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

Plus seulement un citoyen passif

Quelque chose d’autre a changé au village depuis les élections. Comme si l’expérience politique avait ouvert le champ des possibles, avait libéré une énergie au-delà des portes de la mairie.

Le garagiste a prévenu qu’il n’avait pas le temps de participer aux réunions mais qu’il pouvait prêter sa pelle mécanique à la commune, en cas de besoin.

Attac, qui a organisé cet été son Altervillages à Saillans, a en remerciement repeint un local désaffecté pour en faire un lieu d’échange et de troc, qu’une petite poignée d’habitants a décidé de rendre plus fonctionnel.

Des Saillanssons ont récemment appelé la mairie pour emprunter des gants : ils ont pris l’initiative de nettoyer la rivière.

« Le plus beau, c’est quand ça sort des structures », s’enthousiasme Sabine Girard, géographe et conseillère municipale. Vincent Beillard se félicite :

« Il y a une sorte de renouveau du citoyen-acteur qui n’est plus seulement un habitant passif. On redonne du pouvoir aux habitants, le pouvoir d’être citoyen, de se prendre en charge, de libérer la parole et l’action. On sentait que c’était quelque chose que les gens s’interdisaient. »


« L’abri du besoin », le local d’échanges et de dons ouvert par Attac à Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

Aller plus loin

 

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 16:57

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Irresponsabilité sociale

Crédit agricole, la « banque verte » qui soutient les énergies sales et la destruction de montagnes

par Olivier Petitjean 30 octobre 2014

 

 

 

 

Très loin de ses racines mutualistes et agricoles, le Crédit agricole figure, aux côtés de BNP Paribas et de la Société générale, parmi les principaux financeurs mondiaux du secteur du charbon, une source d’énergie particulièrement polluante, et la principale responsable du changement climatique. Selon des chiffres révélés par les Amis de la terre et Banktrack, le soutien financier des banques françaises au charbon ont même augmenté de 218% depuis 2005 ! La « banque verte » est aussi critiquée pour son soutien à l’une des formes les plus destructrices d’extraction de charbon, la pratique du « mountaintop removal » – suppression des montagnes – aux États-Unis.

Le Crédit agricole est régulièrement critiqué pour s’être peu à peu éloigné de ses racines coopératives et mutualistes, afin de devenir une banque « comme les autres », brassant des milliards d’euros en bourse, via sa banque d’affaires Crédit agricole SA, présente sur les marchés financiers. Ses attaches historiques au monde rural français se sont donc quelque peu distendues [1], au point qu’elle paraît aujourd’hui moins préoccupée de répondre aux besoins des petits paysans qu’à ceux de l’agrobusiness, y compris dans ses activités les plus controversées. Le nom de la « banque verte » a ainsi été cité par les ONG parmi les principaux acteurs de la spéculation sur les matières premières agricoles, du développement des agrocarburants au détriment de l’environnement et de la souveraineté alimentaire, ou encore de l’accaparement des terres. Au moins ces diverses activités gardaient-elles un lien ténu avec la vocation originelle du Crédit agricole.

Un « vert » qui tire sur le noir charbon

Ce que ses clients savent peut-être moins, c’est que le Crédit agricole est aussi l’un des principaux financeurs mondiaux du secteur du charbon (mines et centrales électriques), l’une des formes d’énergie les plus nocives pour l’environnement et la santé humaine, et le principal contributeur au changement climatique. Un ensemble de rapports publiés le 29 octobre par les Amis de la terre et le réseau mondial Banktrack [2] vient confirmer l’ampleur des investissements du Crédit agricole dans ce secteur. La banque y aurait injecté plus de 7 milliards d’euros, sous forme de prêts ou d’émissions obligataires, entre 2005 – date de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto – et avril 2014. Ce qui la place derrière BNP Paribas, championne nationale avec 15,6 milliards d’euros, mais devant la Société générale.

Globalement les investissements des banques françaises dans le charbon [3] ont augmenté de 218% en huit ans – alors même qu’elles multipliaient les déclarations de bonnes intentions au sujet de la lutte contre le changement climatique ! C’est pourquoi les Amis de la terre ont classé le Crédit agricole et BNP Paribas, dans leur guide « Comment choisir ma banque ? » comme les deux banques françaises comportant le « risque maximal » pour le climat. Elles sont classées respectivement 9e et 20e au classement mondial des banques les plus impliquées dans le charbon établi par Banktrack.

500 cimes de montagnes rasées aux États-Unis

Et ce n’est pas tout. Les Amis de la terre ont voulu, en nominant le Crédit agricole aux prix Pinocchio 2014, dénoncer plus particulièrement le soutien financier apporté par la banque à ce qui constitue l’une des formes les plus destructives et les plus polluantes de l’exploitation du charbon : le mountaintop removal (MTR), ce qui se traduit littéralement par « suppression des cimes de montagne ». Cette pratique, utilisée dans les régions charbonnières des Appalaches aux États-Unis (Virginie occidentale, Kentucky, Tennessee…) consiste à évider à coups d’explosifs des sommets montagneux pour porter à l’air libre les filons de charbon qu’elles recèlent. Ce qui permet ensuite de les exploiter de manière ultra-économique, en réduisant drastiquement la main d’œuvre nécessaire.

On estime qu’au moins 500 montagnes et plusieurs milliers de kilomètres carrés de forêt ont déjà disparu à cause de l’expansion du mountaintop removal depuis les années 1970. Pire encore, les éclats de roche et les déchets toxiques issus du traitement du charbon sont ensuite déversés dans les vallées. Les cours d’eau qui ne sont pas purement et simplement enfouis sous les décombres sont gravement pollués. La combinaison de cette pollution de l’eau avec celle des poussières et particules libérées dans l’air entraine des conséquences sanitaires dramatiques : les taux d’incidence de cancers dans les régions concernées sont supérieurs de 50% à la normale. « Le mountaintop removal n’est pas seulement un crime environnemental mais constitue un véritable danger pour les populations qui voient les cas de cancer se multiplier et dont l’espérance de vie est près de vingt ans inférieure à la moyenne états-unienne », dénonçait Paul Corbit Brown, de l’ONG locale Keepers of the mountains, lors de l’Assemblée générale du Crédit agricole en mai 2014.

Double langage ou dialogue de sourds ?

Autant de raisons qui font du mountaintop removal une technique extrêmement controversée. Ce qui n’a pas empêché le Crédit agricole de soutenir financièrement, sous diverses formes, deux des principales entreprises concernées, Arch Coal et Alpha Natural Resources, à hauteur de 519 millions d’euros entre 2005 et 2014. Selon les chiffres collectés par Banktrack, elle se classe ainsi au 10e rang des banques impliquées dans le mountaintop removal. Pourtant, les campagnes citoyennes, la multiplication des procès pour pollution de l’eau, les (timides) efforts récents de l’administration fédérale états-unienne pour réguler davantage la pratique ainsi que la baisse du prix du charbon rendent ces investissements plutôt risqués. Le numéro 2 du secteur, Patriot Coal, a annoncé l’abandon progressif du mountaintop removal, suite à une procédure de banqueroute en 2012. Et le Crédit agricole a déjà perdu de l’argent suite à la mise en redressement l’année suivante de Trinity Coal, une autre entreprise impliquée dans le mountaintop removal.

De nombreuses banques américaines et étrangères – parmi lesquelles BNP Paribas, RBS, UBS, JPMorgan Chase, Wells Fargo et UniCredit – ont officiellement annoncé qu’elles cesseraient de financer le mountaintop removal. C’est d’ailleurs aussi théoriquement le cas du Crédit agricole, suite à l’entrée en vigueur de sa nouvelle politique sectorielle mines et métaux. Sauf que, selon les Amis de la terre, cette politique est formulée de manière tellement vague qu’elle a permis à la banque de continuer à financer Arch Coal et Alpha Natural Resources comme si de rien n’était. La politique du Crédit agricole stipule par exemple qu’aucun financement ne sera accordé à une entreprise dont plus de 20% du charbon serait issu du mountaintop removal. Un engagement plutôt facile à tenir alors qu’aucune entreprise n’est dans ce cas !

Suite à sa nomination au prix Pinocchio, le Crédit agricole a réagi en déclarant qu’elle ne « participe à aucun projet de financement de MTR » [4]. Et de préciser que seules deux lignes de crédit sont actuellement accordées à Alpha Natural Resources et Arch Coal, que ces lignes de crédit ne sont pas utilisées, et qu’en outre ces entreprises ne sont quasiment plus engagées dans le mountaintop removal… Des affirmations plutôt étranges : aucune autre source ne fait état d’un abandon du mountaintop removal par les deux entreprises concernées. Et les informations rassemblées par les écologistes indiquent que la banque a bel et bien continué à intervenir financièrement auprès d’Arch Coal et Alpha Natural Resources au cours des derniers mois. Il est vrai qu’il ne s’agissait pas de « projets de financement » au sens strict du terme.

Pour Lucie Pinson, des Amis de la terre, c’est signe que le Crédit agricole « continue à jouer avec les mots ». La nomination de la banque au prix Pinocchio est une bonne occasion de pousser la banque à traduire ses engagements en actes clairs. Les votes sont ouverts à tous les internautes jusqu’au 17 novembre.

Olivier Petitjean

Une version plus complète de cet article est publiée sur le site de l’Observatoire des multinationales.

Photo : © Paul Corbit Brown

 

Notes

[1Au Conseil d’administration de Crédit agricole S.A. siège un représentant des organisations professionnelles agricoles, désigné par arrêté ministériel, qui n’est autre que Xavier Beulin, président de la FNSEA et de Sofiprotéol (lire notre article).

[2Il s’agit du guide actualisé « Climat : comment choisir ma banque ? » et du rapport Charbon : l’argent sale des banques françaises. Voir aussi (en anglais) le rapport Banking on Coal 2014 du réseau Banktrack, qui fournit les données globales.

[3Qui sont pour 93% le fait des trois plus importantes d’entre elles.

[4Voir la réponse du Crédit agricole et la « réponse à la réponse » des Amis de la terre sur cette page.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 16:43

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

1000 vaches

Pendant que la justice cautionne l’élevage industriel, les citoyens font le procès de l’agrobusiness

par Sophie Chapelle 30 octobre 2014

 

Le procès des opposants au projet d’élevage industriel des « 1000 vaches » s’est tenu le 28 octobre à Amiens. Poursuivis pour dégradations, vols et recels aggravés, les neuf prévenus ont été condamnés à des amendes et des peines de prison avec sursis. A l’extérieur du palais de justice, un autre procès s’est tenu simultanément, celui de l’industrialisation de l’agriculture, jugé par un tribunal de citoyens. Deux visions du monde agricole et de l’alimentation de demain, résolument incompatibles, se sont affrontées dans et autour de l’enceinte judiciaire. Basta ! était sur place. Reportage.

« Des fermes, pas des usines ! » Plus de 3 000 personnes se sont donné rendez-vous ce 28 octobre devant le tribunal correctionnel d’Amiens. A l’intérieur du palais de justice, neuf militants de la Confédération paysanne comparaissent pour dégradations, lors d’une action menée contre l’élevage industriel des « 1000 vaches », et refus de prélèvement ADN (voir notre précédent article). Une trentaine de bus venus de toute la France ont rejoint dans la matinée les huit « tracteurs vigilants » encerclant le tribunal. Jean-Louis Martin a fait le déplacement de Loire-Atlantique. Les grands projets contestés, il connaît : il est agriculteur à 15 kilomètres de Notre-Dame-des-Landes. « Nous sommes partis de la ferme de Bellevue occupée depuis deux ans par les opposants au projet d’aéroport. Là, nous semons, nous cultivons et nous inventons des systèmes d’agriculture alternatifs au modèle dominant ». Leur trajet a été ponctué d’étapes à Nonant-Le-Pin et à la ferme des Bouillons, autres lieux de résistance. « L’agriculture n’est pas seulement l’affaire des paysans mais de tous », dit-il.

Anne est aussi partie de Notre-Dame-des-Landes le 19 octobre, en compagnie de cinq amis. Pour rallier Amiens, ils ont parcouru 600 km... à vélo ! « Une manière de se déplacer sans polluer et avec le plaisir de pédaler en groupe », confie t-elle. Chaque jour, ils ont distribué des centaines de tracts pour promouvoir une agriculture paysanne « pourvoyeuse de nourriture saine, d’emplois, de tissu social et solidaire ». « Nous voulions aussi marquer le coup sur la répression dont sont victimes les militants de la Confédération paysanne traités comme des criminels, lâche Anne. Ils ont agi de façon non violente, contrairement à ce qui s’est passé à Morlaix où un centre des impôts a été incendié sans qu’il n’y ait de suites judiciaires. »

Contre la répression et le fichage génétique

À Amiens, l’émotion est d’autant plus forte, que la répression dont font l’objet les opposants aux grands projets controversés a pris une tournure dramatique à Sivens, dans le Tarn. Rémi Fraisse, un étudiant de 21 ans, y a été tué lors d’un rassemblement contre un projet de barrage [1]. Le gouvernement a mis 48h à réagir après la mort de l’étudiant. Des traces de TNT, un explosif présent dans les grenades utilisées par les gendarmes, ont été retrouvées sur ses vêtements, a annoncé le parquet. A l’évocation de son nom, les regards se troublent, alors qu’une minute de silence est observée. « Ces derniers jours, la colère et l’indignation ne font que grandir, souffle, émue, Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). Nous devons continuer à avoir des mobilisations politiques et pacifiques fortes pour dénoncer des projets inutiles, coûteux et ruineux pour la société. » « Nous sommes tous en deuil, appuie Susan George de l’association Attac. La provocation et la violence de l’État doivent être affrontées de façon non violente. »

De nombreux représentants du mouvement social sont là. « A quoi sert la Charte de l’environnement si l’on nous traite avec mépris quand on veut juste avoir une copie de l’enquête publique d’un projet ?, interroge Patrick Thierry, de l’association Picardie Nature. Rappelant que Rémi Fraisse était un botaniste bénévole mobilisé pour le respect de la flore et des espaces naturels [2], Patrick Thierry considère que la responsabilité des pouvoir publics et de l’État est engagée dans la Somme comme à Sivens. « Quand il y a une mobilisation militante déterminée, il y a deux couperets, la répression et le fichage génétique, observe Jean-Baptiste Eyraud de l’association Droit au logement. Mais seule une forte détermination permet de gagner des luttes. » Des intermittents du spectacle sont également de la partie : « Nous sommes là contre les politiques libérales et la financiarisation de tous les secteurs de la société », assure une jeune femme de la Coordination des intermittents et précaires de Normandie. La présidente du Syndicat de la magistrature, Françoise Martres, dénonce de son côté la pénalisation du mouvement social. « Hier les faucheurs volontaires étaient sur ces bancs. Les autorités préfèrent les mobilisations policières et les suites judiciaires au débat politique. »

Réquisitoire contre l’industrialisation de l’agriculture

Le tintement d’une cloche de vache capte l’attention de l’audience. « Mesdames et messieurs, la Cour ! » Sur la scène dressée devant le palais de justice s’ouvre un autre procès, celui de l’industrialisation de l’agriculture, écrit par des paysans. Un long acte d’accusation est dressé à l’encontre de Stéphane Le Beulery – mixte des noms de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et de Michel Ramery, entrepreneur du BTP à l’initiative du projet des « 1000 vaches ». Ce dernier est cité à comparaître « pour avoir œuvré à la disparition des paysans au nom d’une prétendue compétitivité ». Les politiques agricoles mises en pratique ces cinquante dernières années sont passées au crible. « La Cour reproche enfin à M. Le Beulery ses actes, comme l’autorisation d’élevages porcins sans autorisation spécifique jusqu’à 5000 bêtes », tacle la présidente du tribunal.

Parmi les témoins, il y a Maxime, appelé en qualité de « consommateur ». Il relate avoir été nourri à l’agriculture industrielle avec Sodexo depuis sa plus tendre enfance, avant d’être alerté par le MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne). « Je ne me doutais pas que mes lasagnes n’étaient pas pur bœuf, énonce le premier témoin. Que mon entrecôte entrainait la déforestation en Amazonie. Que même l’eau minérale contient des traces de pesticides parfois interdits depuis dix ans. Une partie de mes impôts vient soutenir la politique agricole commune, le reste vient cacher les ravages de l’agriculture industrielle. Je veux avoir le choix. » A la barre succède une ancienne salariée de l’agro-alimentaire. « Avec nos bas salaires, on a permis à nos patrons de faire du profit, confie t-elle. Les patrons de l’agroalimentaire détruisent plus d’emplois qu’ils n’en créent ».

Visage grave, « Pierrot Le Fauché » est le troisième et dernier témoin appelé à la barre. Il explique s’être installé comme paysan en 2001 dans la Somme. Les investissements dans un bâtiment plus grand afin d’augmenter son cheptel laitier l’ont peu à peu conduit dans le mur. « Un matin, la banque nous a proposé avec la coopérative de rencontrer Stéphane Le Beulery. Il allait amener de l’argent et nous permettre de reprendre pied. On a d’abord créé une société dans laquelle il était minoritaire ». Mais les prix du lait restent bas. « Pour vous sauver, cédez le reste de votre ferme, nous a alors lancé Stéphane Le Beulery. Nous avons arrêté le métier de paysan mais nous avons aussi refusé de travailler chez lui. Ce mec-là est un fossoyeur de l’agriculture paysanne, les banques et les coopératives sont à ses pieds. » Un éclairage à charge sur la manière dont le porteur de projet des 1000 vaches aurait acquis ses 3000 hectares de terres et quotas de production pour réaliser son usine à lait (voir notre enquête).

« Faire n’importe quoi de la loi »

« La farce se joue non pas sur cette scène mais à l’intérieur du palais de justice », lance Stéphanie Moulin de la Confédération paysanne de la Loire. Derrière les grilles du tribunal, face aux neuf prévenus qui revendiquent une action collective face à un modèle agricole qu’ils estiment destructeurs, la présidente du tribunal se contente de rechercher des responsabilités individuelles. « Le fait que des gens aient une vision différente de l’agriculture ne justifie pas que l’on puisse faire n’importe quoi de la loi », renchérit Franck Berton, avocat des parties civiles. La ferme-usine serait victime « d’une mise en accusation injuste ».

La procureure Françoise Dale regrette pour sa part que la Confédération paysanne ne soit pas sur le banc des prévenus comme personne morale. « C’est un groupe qui délibère et qui agit, c’est pour cela qu’ils ont du mal à vous répondre individuellement. La question est de savoir si la cause légitime qu’ils défendent leur permet d’agir par des moyens contraires à la légalité. De mon point de vue, la fin ne justifie pas l’emploi de tous les moyens. » A 20h, le jugement tombe. L’état de nécessité plaidé par la défense n’est pas reconnu par la Cour. La justice condamne les militants de la Confédération paysanne à des peines d’emprisonnement intégralement assorties de sursis, allant de deux à cinq mois. Les trois personnes ayant refusé le prélèvement ADN sont également condamnées à 300 euros d’amende.

Convergence des luttes ?

« Un tribunal autiste a acté que l’action syndicale n’était pas légitime, lance Laurent Pinatel, un des neuf prévenus, à la sortie du tribunal. La justice est à la botte de Ramery, mais on ne regrette rien. On va continuer à interpeller au plus haut niveau de l’État. » C’est l’heure de la dispersion et du retour en cars pour celles et ceux qui viennent de loin. Une bataille judiciaire de perdue, mais un combat qui ne fait que commencer, souligne Michel Kfoury de l’association Novissen, l’un des premiers lanceurs d’alerte sur le projet des 1000 vaches. « Il faut un réveil citoyen, c’est à nous de décider l’agriculture que l’on veut. La convergence des luttes ne peut que réussir. »

Texte et photos : @Sophie_Chapelle

 

Notes

[1Lire à ce sujet l’article de Mediapart

[2Lire à ce sujet le communiqué de Nature Midi-Pyrénées, FNE Midi-Pyrénées et France Nature
Environnement.


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Source : www.bastamag.net

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Ils réagissent
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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 16:27

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon

 

 

De Tarnac à Sivens: «Réprimer toute discussion en déclenchant l'alarme»

Quelques jours seulement après la mort du jeune Remi Fraisse, Alain Bauer, qui, avec Stephane Fouks, constitue la garde rapprochée de Manuel Valls, vient opportunément de démasquer dans une interview à Atlantico les contours d’une conspiration extrémiste verte où se mêlent gauchistes, anarchistes, « environnementalistes » de tous poils et écologistes radicaux. Des jeunes gens radicalisés dont les tendances politiques vont du vert au rouge en passant par le noir de l'anarchisme, jusqu'au vert-de-gris plus récemment, et « qui ne sont pas du genre à fuir devant une charge de police. » On en tremblerait de peur si le criminologue, bien connu pour ses extrapolations hasardeuses, n’apportait cette précision de nature à susciter l’hilarité générale : « L'exemple type du néo rural qui n'a pas peur de la violence, c'est José Bové. » C’est pourtant ce genre d’élucubrations qui ont conduit à l’affaire Tarnac dont on sait maintenant qu’elle fut montée de toutes pièces par la police et dont l’inspirateur, on n’ose dire le scénariste, fut Alain Bauer, le conseiller officieux de Manuel Valls. A cette occasion je republie une chronique parue dans Le Monde du 5 décembre 2008 sous le titre « Fictions du terrorisme ».

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"Vous habitez Saint-Denis, donc vous êtes anarchiste, affirmait Rochefort dans L'Intransigeant du 16 mars 1892. Si vous n'étiez pas anarchiste, vous n'habiteriez pas Saint-Denis. Or, une bombe a fait explosion à la porte de l'hôtel de Sagan ; et comme les bombes ne peuvent être lancées que par des anarchistes... Je vous envoie au dépôt parce que vous êtes certainement anarchiste, puisque vous habitez Saint-Denis, et qu'étant anarchiste, il est évident que c'est vous qui avez lancé la bombe."

La boutade de Rochefort pourrait s'appliquer à la construction médiatico-policière de la prétendue "cellule" terroriste basée à Tarnac, en Lozère. La prise d'assaut de ce paisible village situé sur le plateau de Millevaches par les brigades antiterroristes avec hélicoptères, troupes d'élite et caméras de France Télévisions est la plus grande opération d'intoxication de l'opinion réalisée par un gouvernement depuis plusieurs décennies. Qualifiée alternativement d'anarchistes ou d'autonomes, voire d'anarcho-autonomes, une vingtaine de jeunes gens qui avaient entrepris de redonner vie à ce petit village, ouvrant une épicerie-restaurant, une bibliothèque et un ciné-club, avec le but innocent et peut-être naïf de vivre et de penser autrement, se sont retrouvés embrigadés, profilés, enfermés dans la fiction d'une dangereuse organisation terroriste invisible qui complotait contre la sécurité de l'Etat. Un récit policier. A leur tête, un chef, doctrinaire et omniprésent, que son père décrit comme incapable de planter un clou sans se blesser ou de transporter une brouette sans renverser son contenu, aurait manigancé toutes sortes d'actions périlleuses contre l'Etat démocratique.

Ce jeune philosophe ami de Giorgio Agamben et ancien élève du sociologue Luc Boltanski, le seul avec sa compagne à être maintenu en prison depuis le 11 novembre, serait le cerveau d'une entreprise terroriste aux ramifications internationales, une construction qui nous informe davantage sur l'imaginaire policier que sur une nébuleuse terroriste qui apparaît après trois semaines d'interrogatoires et huit mois de filature de plus en plus nébuleuse et de moins en moins terroriste.

Pour Giorgio Agamben, qui partage avec les inculpés la même critique de la biométrie et qui refusa de s'y soumettre au point de renoncer à faire cours aux Etats-Unis, "on cherche le terrorisme et on finit par le construire, tout ça pour répandre la peur chez les jeunes gens". L'écrivain Serge Quadruppani y voit la "farce du retour de l'épouvantail terroriste" et la "fabrication de la mouvance anarcho-autonome par la ministre de la police et par les médias qui ont relayé sa parole sans aucun recul critique...".

La matérialité des preuves et la qualification "terroriste" des faits font l'objet de vives critiques de la part d'universitaires, de philosophes, d'écrivains et d'éditeurs. "Les habitants de Tarnac ont refusé d'acheter ces histoires", affirme Eric Hazan, l'éditeur de La Fabrique, qui a publié L'Insurrection qui vient, un livre présenté par la police comme une pièce à conviction, alors qu'il s'agit d'une critique du capitalisme cognitif comme on en trouve des dizaines sur les étals des libraires, à la suite, par exemple de La Société du spectacle, de Guy Debord, ou de L'Homme unidimensionnel, d'Herbert Marcuse : deux essais qui annonçaient effectivement, sans les fomenter pour autant, les événements de mai 1968, si c'est cela qui inquiète le ministère de l'intérieur.

Pour la première fois peut-être dans l'histoire des sociétés, tous les mécanismes de contrôle et de surveillance ne reposent plus seulement sur des données observées et recensées visant à donner la connaissance la plus complète possible des activités passées d'un individu ou d'un groupe social, mais à les profiler, les prévoir ou les inventer, comme dans le film Minority Report (2002), de Steven Spielberg, dans lequel la "brigade du précrime" est capable de prévoir, et même de voir, les images de crimes avant qu'ils ne se produisent et d'en intercepter les auteurs, ou dans celui de Paul Verhoeven, Starship Troopers (1997), où les agents du "corps psy", une Gestapo high-tech, sont capables de divination : ils lisent dans les pensées de l'adversaire et peuvent influencer les personnes sur lesquelles ils se branchent. 

Cette fictionnalisation de la surveillance va bien au-delà des dangers dénoncés par Orwell dans 1984 et ouvre la voie à toutes les constructions paranoïaques de l'imaginaire médiatico-policier. C'est ce nœud entre surveillance et simulation, contrôle social et construction fictionnelle qui est sans doute le principal danger qui pèse aujourd'hui sur les démocraties.

Jeremy Bentham est sans doute le premier à avoir perçu cette dérive possible dans "les fictions politiques du parlementarisme britannique du début du XIXe siècle". Son manuel des sophismes politiques (1824) pourrait servir de bréviaire à tous les démocrates inquiets des dérives sécuritaires et de leur banalisation médiatique. Il y diagnostiquait ce sophisme redoutable "dont le sujet est le danger sous ses diverses formes et dont l'objet est de réprimer toute discussion en déclenchant l'alarme...".

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Lire également l'article de Joseph Confavreux sur le dernier livre du Comité Invisible,  "A nos amis" : "Comité Invisible, la révolution au XXI ème siècle" http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/291014/comite-invisible-la-revolution-au-xxie-siecle

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon

 

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