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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 15:58

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

De peuple à peuple 04/03/2015 à 13h16

 

Un KissKissBankBank pour le peuple grec et faire la nique à Bruxelles

Claire Richard | Journaliste

 

 

« Puisque le peuple grec souffre toujours des mesures d’austérité imposées par l’Europe, et que les gouvernements ne semblent pas prêts de les aider, organisons nous-même la solidarité, d’un peuple à un autre. »

C’est en substance l’idée du projet « De peuple à peuple » : une collecte de fonds participative pour les initiatives locales grecques, qui pallient depuis plusieurs années les déficiences des services sociaux. Première du genre, cette initiative est, selon ceux qui en sont à l’origine, une idée politique bien plus qu’humanitaire.

 

Lâcher la Grèce « honteux et dangereux »

A l’origine, il y a un collectif de gens, chercheurs, écrivains, documentaristes, qui se connaissent de diverses revues de gauche, comme « Tenons et Mortaises », ou encore de l’Université Populaire du XVIIIe arrondissement, à Paris. Certains sont allés en Grèce, d’autres pas, mais tous partagent la conviction que l’abandon du peuple grec est révoltant.

« La situation nous paraissait politiquement très grave, aussi grave que lorsque le Front populaire a lâché les Espagnols en guerre. Le fait que le gouvernement socialiste lâche la Grèce nous semblait à la fois honteux et dangereux. »

explique l’historienne Sophie Wahnich, qui fait partie du groupe de lancement d’Interdemos.

« On entendait constamment à la radio des discours néo-libéraux disant qu’on n’allait pas payer pour les Grecs. Mais si les peuples préfèrent donner à la Grèce plutôt que de voir une certaine idée de l’Europe disparaître ? »

Naît alors l’idée d’organiser directement la solidarité financière avec la Grèce – via le crowdfunding. Contactée, la plateforme KissKissBankBank accepte d’héberger et de soutenir le projet. Aujourd’hui, le projet Interdemos demande 300 000 euros, pour les verser à une association grecque, Solidarity4all, qui fédère et soutient les initiatives locales qui remplacent en Grèce les services sociaux déficients.

 

Présentation de la campagne, par l’écrivain Marie Cosnay

Solidarity4all

« On sous-estime à quel point la Grèce est dans une situation très différente du Portugal ou de l’Espagne. La Grèce a été touchée beaucoup plus rudement. »

Laure Vermeersch, documentariste, va régulièrement en Grèce depuis plusieurs années. C’est là qu’elle a découvert Solidarity4all, dont la genèse remonte au mouvement des places en 2011 et au « mouvement des pommes de terre » de 2012, une initiative populaire pour court-circuiter les intermédiaires et faire baisser les prix des denrées alimentaires de base.

Partout, les initiatives locales se multiplient pour répondre aux besoins des communautés, en santé, en éducation et en alimentation. Laure Vermeersch en donne un exemple, à Fili, dans l’Attique :

« Des gens se sont organisés autour du magasin qu’un couple avait donné pour qu’y soient organisées des distributions de nourriture. C’est devenu un centre d’approvisionnement. On y trouve des gens qui votent Syriza, d’autres qui avant seraient allés à l’église. Beaucoup n’ont pas de travail, certains ont perdu leur retraite. Il n’y a pas de distinction entre ceux qui aident et ceux qui sont aidés. »

En 2012, les députés du parti Syriza élus au gouvernement européen ont investi entre 10 et 20% de leur indemnité parlementaire dans les actions de Solidarity4all.

 

Du politique, pas de l’humanitaire

La collecte de fonds d’Interdemos vise bien sûr à soutenir les actions de l’association grecque. Chaque projet reçoit en moyenne 150 à 200 euros et les 300 000 euros demandés, versés sur deux ans, pourraient permettre de financer énormément d’actions. Mais les organisateurs de la campagne voient celle-ci avant tout comme une action politique, manifestant l’existence d’un peuple européen capable d’agir indépendamment des décisions prises en son nom à Bruxelles.

« Cette collecte a pour idée de fonder un peuple européen autour d’une question cruciale, ce n’est pas du tout une logique humanitaire.

C’est aussi pour ça qu’on demande 300 000 euros. Si on demande de petites sommes, on reste dans des aides compassionnelles. Le geste politique ne devient pertinent qu’à partir d’une certaine somme. “

Philippe Aigrain, chercheur en informatique, fondateur de la Quadrature du Net et très investi dans le projet, affirme :

‘C’est aussi une question tactique. S’il y a une forte manifestation de solidarité citoyenne, cela peut aussi donner aux Grecs une position plus forte dans la négociation.’

Les collectes de solidarité ne sont pas nouvelles, ajoute-t-il :

‘Il y a une longue tradition de financement solidaire dans la tradition ouvrière, mutualiste, socialiste révolutionnaire. Mais c’est vrai qu’utiliser les outils de financement participatif est pour cela assez nouveau’.

Pour l’instant, la collecte a recueilli un peu plus de 27 000 euros, et se clôt dans 31 jours. Philippe Aigrain relativise, fort de ses expériences de collecte pour la Quadrature du Net :

‘La dernière fois, pour la Quadrature, nous avons recueilli 170 000 euros 60 heures avant la fin.’

Sophie Wahnich essaie de résister au pessimisme :

‘Les tentatives sont encore difficiles à mener, parce qu’elles sont nouvelles. Aujourd’hui, la question de la foi politique a un peu disparu. Les gens n’y croient plus. Nous on a un peu foi en l’impossible. Mais on a besoin d’être un grand nombre pour que ça marche.’

 

 

Aller plus loin

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 19:08

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

Elise Lucet au patron de Sanofi : vous gagnez "508 fois le smic, ce n'est pas trop ?"

il y a 2 heures 20 MIDI LIBRE

PHOTO FRANCE 2 / CASH INVESTIGATION

 

 

Elise Lucet au patron de Sanofi : vous gagnez "508 fois le smic, ce n'est pas trop ?"

L 'émission Cash investigation ce mardi 3 mars sur France 2 s'en prend aux "actionnaires qui prennent nos emplois", un extrait montre la journaliste Elise Lucet interpellant le patron de Sanofi sur sa rémunération.

"Quand les actionnaires s'en prennent à nos emplois" c'est le titre de ce nouveau numéro de Cash investigation à 20 h 45 sur France 2 ce mardi 3 mars. Le magazine s'interroge, cette fois-ci, aux rémunérations de plus en plus généreuses de certains très grands patrons et actionnaires alors que des milliers de personnes n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois ou se retrouvent sans emploi...

 

 

Des rémunérations qui explosent

"Les actionnaires ne connaissent pas la crise. Leur rémunération explose. 56 milliards d'euros en 2014 en France, uniquement pour les entreprises du CAC40, ce qui en fait un des pays qui distribuent le plus de dividendes. Plus de mille milliards de dollars dans le monde. C'est historique. Mais pour atteindre de tels montants, les grandes entreprises françaises ont recourt à des stratégies et des méthodes difficilement avouables. Plans sociaux, licenciements, pressions sur les salariés au point de les pousser à bout… Certaines de nos grandes entreprises sont prêtes à tout pour dégager toujours plus de cash au profit de leurs actionnaires. Ce sont parfois ces mêmes entreprises qui bénéficient d'aides publiques massives." détaille le descriptif de l'émission de France 2.

+ 15 % d'augmentation en 1 an

Dans un des extraits diffusés pour promouvoir l'émission, on voit d'abord un premier intervenant très remonté, puis la journaliste Elise Lucet prendre le micro en pleine assemblée générale de Sanofi (2e entreprise du CAC40) et questionner Christopher Viehbacher (précédent patron de Sanofi) sur sa rémunération. "Votre augmentation sur un an est de plus de 15%. Vous gagnez 508 fois le smic par an. Dans le même temps, les résultats de Sanofi baissent. Il y a des milliers de suppressions de postes... Est-ce que votre rémunération de plus de 8 millions d'euros, ce n'est pas trop au vu de ces résultats et aussi du contexte actuel ?"

 

 

CASH Investigation
Émission TV · 20 229 J’aime
· Hier, à 16:59 ·

Cash Investigation "Quand les actionnaires s'en prennent à nos emplois" J-1

 

 

Cette prime de 4 M€ qui passe mal...

Cette enquête de Cash investigation s'est déroulée sur plus d'un an, "d'Hénin Beaumont, à Toronto en passant par Londres et Boston" et ces images chez Sanofi ont été tournées en mai 2014 avant la récente nomination du nouveau patron, Olivier Brandicourt, dont la prime d'arrivée de 4 M€ (en plus de sa rémunération approchant les 3 M€/an) a déclenché de vives réactions au sein même du gouvernement pendant que l'ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, a estimé que le groupe pharmaceutique Sanofi méritait "plutôt" des félicitations pour avoir "réussi à convaincre" Olivier Brandicourt "de revenir en France".

L'émission a interrogé aussi le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron :

 

CASH Investigation
Émission TV · 20 229 J’aime
· 1 mars, 23:30 · Modifié ·

Cash Investigation "Quand les actionnaires s'en prennent à nos emplois" J-2

 

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 17:43

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

Un Avignonais crée la première marque mondiale anti-gaspi des produits alimentaires

 

il y a 37 jours 4 ALISSANDRE ALLEMAND

 

 

Un Avignonais crée la première marque mondiale anti-gaspi des produits alimentaires

 

A fin de permettre aux Français de manger bon et moins cher et aux producteurs de ne plus jeter des produits hors norme, Nicolas Chabanne, d'Avignon, a créé Les Gueules cassées.

L'Avignonnais, Nicolas Chabanne, passionné depuis de longues années par le goût et spécialisé dans la qualité des produits, se désespérait de voir chaque jour des fraises de Carpentras ou des abricots rosé de Provence, finir au fond d'une poubelle, parce qu'ils ne présentaient pas un visage zéro-défaut. Des produits qui se retrouvaient donc déclarés impropres à la vente, "alors qu'ils venaient de chez les plus prestigieux producteurs de fruits et légumes de la région. Et que mis à part un léger défaut d'aspect, ils demeuraient à tomber par terre pour toutes les papilles, aussi exigeantes soient-elles."

 

Des fruits et légumes cultivés dans les règles de l'art finissent dans les bennes

L'amoureux de son terroir et de la gastronomie française a très vite fait des rapprochements. "De plus en plus de Français ont du mal à boucler les fins de mois et se privent de manger des aliments variés par manque de moyens. Sans parler de la population mondiale qui meurt encore de faim. Parallèlement, ça fait des années que j'observe mes amis agriculteurs se désespérer de devoir jeter fruits et légumes cultivés dans les règles de l'art, finir à la benne au moindre défaut et devoir payer pour procéder à la destruction de leur propre production."

Mis à part l'aspect, le goût reste le même

C'est en discutant longuement avec Nicolas Benz, producteur et expéditeur de cerises et de raisins de table à Pernes-les-Fontaines que la décision de lancer une marque anti-gaspi a germé. "Toutes les cerises qui étaient d'un calibre jugé trop petit, finissaient jusqu'alors évincées des lots proposés à la clientèle. Alors que mis à part l'aspect, le goût était parfaitement le même. Dans le même temps, on entend toujours les gens regretter qu'ils ne retrouvent plus le vrai goût des choses, et que les fruits et légumes sont trop chers."

Le brut de cueille remis au goût du jour

Le producteur a donc rapidement soumis l'idée à Nicolas Chabanne de remettre au goût du jour une méthode de cueillette ancestrale et autrefois plébiscitée : le brut de cueille. Comprendre, ramasser sans distinguo tous les fruits d'un même arbre petits ou gros et proposer aux consommateurs des paniers tels quels. Ainsi fini, les fastidieuses manipulations de triage, d'équeutage, qui en plus au final nuisent à la fraîcheur des fruits. "Nous connaissons nos arbres et nous utilisons cette méthode sur les arbres dont on sait qu'ils font plus que les autres des fruits de petits calibres." Résultat pour le consommateur, un produit ultra-frais, mûr à point et surtout 30 % moins cher que des cerises à gros calibre.

Nombre d'agriculteurs gardois ont rejoint Les Gueules cassées

En seulement quelque mois, l'idée s'est répandue à une vitesse fulgurante, notamment dans le Gard où nombre de producteurs font aujourd'hui partie de l'aventure. Car, comme le rappelle Nicolas Chabanne, "le concept peut s'étendre à tous les produits alimentaires". En huit mois seulement les Gueules cassées comptent 640 références et l'engouement des producteurs français semble sans limite. Ainsi des fabricants de saucisses de Montbéliard ont pris contact avec la marque. Tout comme des producteurs de céréales ou de camembert AOP, récemment. Tous avec le même discours : un produit en deçà ou au-dessus des normes (couleur, calibre, forme)...et hop c'est la poubelle.

Près de 20 % de la production est jetée

"Nous avons entendu parler de l'initiative par le bouche à oreille" , explique Patrick Leydier, expéditeur de courges, basé au marché gare de Carpentras. "Chaque jour, nous jetons près de 20 % de la production que nous recevons. Simplement parce que certaines courges portent une marque sur leur écorce, alors que la chair n'est absolument pas touchée. Nous avons pris contact avec les Gueules cassées la semaine dernière et en quelques jours seulement, nous avons réussi à collaborer. Les courges un peu abîmées porteront désormais la petite étiquette de la marque pour permettre aux consommateurs de les identifier facilement sur les étals des supermarchés. Des produits excellents vendus moins chers que les autres évidemment".

Parvenir à réduire toutes ces denrées gâchées

Comme Patrick, ils sont des dizaines par semaine à prendre contact via leur site internet avec la nouvelle marque. "Nous avons souhaité que tout un chacun, du gros producteur à l'artisan, puisse collaborer à la démarche. Ainsi pour 50 €, les intéressés peuvent recevoir des étiquettes, des visuels et toutes les infos pratiques pour conditionner leurs produits ou carrément monter un stand Gueules cassées dans leurs propres boutiques. La volonté est réellement que tout le monde soit en mesure de s'emparer de l'idée. Et que vraiment on arrive à une réduction considérable de toute cette nourriture gâchée".

Aux consommateurs de démontrer leur intérêt pour cette démarche

Ne reste plus aux consommateurs qu'à montrer leur intérêt pour la démarche en s'approvisionnant 30 % moins cher dans les étals des supermarchés participant à l'opération, comme Monoprix, Leclerc, Auchan, etc. Et en “likant” la page Facebook de la marque. À vos paniers.

 

Un hommage aux Gueules cassées.

Le pari de donner ce nom fort de symboles à une marque alimentaire. Et pourtant, c’est un agriculteur ardéchois qui a proposé l’idée au fondateur, Nicolas Chabanne, en hommage à son grand-père, combattant de la Grande Guerre et revenu handicapé du front. "Une manière de conserver dans les mémoires et pour une noble cause, une partie fondamentale de l’Histoire et peut être d’éviter l’oubli des valeureux Poilus."

 

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

 

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 17:37

 

Source : http://www.politis.fr

 

Pôle emploi : 500 000 victimes de leurs droits

Par Charles Thiefaine, Thierry Brun - Suivre sur twitter - 2 mars 2015

 

 

Des milliers de chômeurs font les frais du régime des droits rechargeables, mis en place en octobre 2014. Au point que syndicats et patronats doivent discuter d’une révision de la mesure phare de la convention d’assurance chômage.

 

 

Quatre mois après sa mise en œuvre, le nouveau régime des droits rechargeables mis en place par l’assurance chômage a des effets catastrophiques pour les demandeurs d’emploi. La mesure phare du gouvernement adoptée dans la loi de sécurisation de l’emploi puis présentée comme une avancée dans la très controversée convention d’assurance chômage, signée par la CFDT, FO et CFTC, n’a cessé d’être critiquée, notamment par la CGT et les associations de chômeurs, depuis sa mise en place en octobre 2014.

Plusieurs études leur donnent raison : en janvier, une note de l’Unedic, organisme de Pôle emploi, gestionnaire de l’assurance chômage, indique que les « droits rechargeables » lèsent 30 000 chômeurs par an, qui touchent temporairement une indemnité inférieure à celle qu’ils auraient touchée sous l’ancien régime d’assurance chômage. En moyenne, cela représente pour les chômeurs un manque à gagner d’environ 500 euros par mois, jusqu’à épuisement de leurs anciens droits, selon la note de l’Unedic.

« 30 000, c’est très réducteur », estime Denis Gravouil, secrétaire général de la fédération CGT-Spectacle. De son côté, la CGT brandit une autre note de l’Unedic, parue en juin 2014, selon laquelle 500 000 demandeurs d’emploi seraient concernés. Les permanences associatives et les collectifs locaux « sont submergés d’appels, de messages, de visites auxquels nous devons faire face. Ces débordements révèlent une situation bien plus dramatique que le chiffre communiqué par l’Unedic », témoigne une Coordination nationale des permanences d’accueil juridiques contentieux.

 

Des indemnisations calculées sur les anciens droits, une pénalisation des chômeurs

Avant la nouvelle convention d’assurance chômage, une procédure de « réadmission » des droits était en place, explique le syndicat. Les droits ouverts étaient calculés en fonction de l’indemnisation la plus favorable. Mais depuis la mise en place des droits rechargeables, un allocataire retrouvant un emploi mieux payé « doit attendre que ses droits initiaux soient expirés pour accéder à ses nouveaux droits lorsqu’il se réinscrit au chômage », explique Éric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT, en charge de l’Assurance chômage. Les indemnisations versées aux demandeurs d’emplois sont calculées sur les anciens droits tant qu’ils n’ont pas été écoulés. Ce qui les pénalise.

« Les principales victimes sont les femmes, les jeunes diplômés, les intérimaires, et les intermittents du spectacle », constate Éric Aubin. Une jeune femme explique qu’elle est inscrite à Pôle emploi depuis le 1er janvier après un contrat de trois ans dans la fonction publique : « Mon salaire était de 1 450 euros net par mois. Avant cet emploi, j’occupais un contrat unique d’insertion à temps partiel. Quelle horreur de découvrir que le montant de mon indemnité est calculé sur cet ancien emploi ! », explose la jeune femme.

« Je touche désormais 750 euros maximum d’indemnités mensuelle, soit la moitié de mes revenus. Et ces droits sont ouverts pendant 609 jours ! Or ma situation a changé en trois ans. J’ai un enfant de 8 mois et un loyer de 560 euros. Comment vivre avec 190 euros par mois ? J’ai 34 ans et je vais devoir retourner vivre chez ma mère alors que j’ai travaillé et cotisé. Chercher un emploi n’est absolument pas possible car je ne peux pas m’offrir une garde d’enfant… », explique-t-elle.

Le nouveau régime lèse particulièrement les premiers demandeurs d’emplois alors qu’ils sont dans une situation précaire. Ainsi une thésarde qui a décroché son premier CDD se retrouve dans une impasse :

« Mes droits à l’époque avaient été ouverts uniquement pour me permettre de soutenir ma thèse et pour très peu de temps. Il faudrait aujourd’hui, après avoir travaillé pendant trois ans, que je perçoive une allocation calculée sur un salaire d’étudiant. Cela constitue une perte importante chaque mois. Je suis un peu désespérée. J’ai fait des études très longues et aujourd’hui j’ai l’impression d’être pénalisée pour celles-ci. »

 

De « vraies négociations » ?

L’Unedic reconnaît dans ses notes que « verser systématiquement le reliquat de droit plutôt que l’allocation la plus élevée se traduit par une baisse de l’allocation pour environ 500 000 allocataires ». Surtout, la mesure phare du gouvernement décourage les chômeurs dans leur recherche d’emploi et les incite à accepter des petits boulots, et même à ne pas déclarer leur boulot le temps d’épuiser leurs anciens droits. Ces effets auraient pu être anticipés : « On a combattu cette nouvelle convention d’assurance chômage adoptée le 22 mars 2014. Et on a montré que 3 personnes sur 4 serait pénalisées », explique Denis Gravouil. « Encore faut-il qu’il y ait de vraies négociations. On nous a présenté cette convention d’assurance chômage sans qu’il y ait de vérifications », critique Éric Aubin.

Pour la CGT, « les droits rechargeables non épuisables depuis le 1er octobre, générent des économies considérables sur le dos des seuls privés d’emploi indemnisés », au point que syndicats et patronat doivent se retrouver le 3 mars dans les locaux du Medef pour discuter de leurs effets indésirables. La coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France a prévu le même jour une « journée d’information et d’action contre l’Unedic et le dispositif des droits rechargeables ». La CGT compte proposer de « remettre en place le principe de la réadmission, avec effet rétroactif au 1er octobre », tout en conservant le principe des droits rechargeables. En clair, les demandeurs d’emploi toucheraient leur droit le plus élevé pendant toute la période d’indemnisation.

Autre proposition mise sur la table des négociations : « élargir le droit d’option, déjà existant pour les apprentis, à tous les demandeurs d’emploi ». Les anciens apprentis peuvent déjà renoncer aux droits acquis pendant leur période d’alternance, pour passer directement aux nouveaux droits acquis par la suite. Quelle que soit la solution retenue, elle aura un coût supplémentaire que le Medef n’est pas prêt d’assumer. L’organisation patronale veut avant tout respecter les « équilibres financiers » de la réglementation actuelle.

Nota Bene :

Photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

 

 

Source : http://www.politis.fr

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 17:17

 

Source :www.reporterre.net

 

Sivens, le barrage de trop

mardi 3 mars 2015

 

 

Le nouveau livre édité par Reporterre avec Le Seuil raconte de manière trépidante l’histoire de la lutte pour sauver la zone humide du Testet, jusqu’à la mort dramatique de Rémi Fraisse. Il explique aussi ce qui se joue derrière ce combat : le changement d’un modèle agricole destructeur de l’environnement.

Un mort, une grenade, un gendarme. Comment a-t-on pu en arriver à ce que, dans une forêt du sud de la France, un jeune écologiste soit tué par les forces de l’ordre ? Pourquoi un tel déchainement de violence, quand l’objet du conflit était la transformation de quelques hectares de zone humide en un barrage destiné à l’irrigation ? Si, à Sivens, dans le Tarn, une lutte écologiste a conduit à la mort du jeune Rémi Fraisse, c’est parce que tout un système agricole et économique se trouve mis en cause par la contestation de ce barrage de trop.

Pour comprendre, il faut lire le récit de Grégoire Souchay, qui a vécu la lutte sur le terrain depuis novembre 2013. Il raconte avec précision et vivacité le projet, les dossiers, la contestation, l’installation d’une ZAD, et le drame dans une nuit obscure.

Il faut lire aussi la mise en perspective de l’événement, qui s’inscrit dans l’évolution calamiteuse de notre système agricole au regard du changement climatique et de l’épuisement des ressources. C’est ce que décortique clairement Marc Laimé, expert en politique de l’eau.

Ce livre vivant, limpide, et parfaitement documenté révèle aussi, à travers cette histoire singulière, la dégradation des procédures démocratiques...

 

ùSuite de l'article sur reporterre

 

 

Source :www.reporterre.net

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 17:09

 

Source : http://www.reporterre.net

 

A Paris, une manifestation devant la FNSEA en soutien à la Zad du Testet

Baptiste Giraud (Reporterre)

mardi 3 mars 2015

 

 

 

Lundi soir, une cinquantaine de personnes sont venues exprimer leur soutien aux zadistes du Testet aux abords du siège de la FNSEA. Le syndicat agricole présidé par Xavier Beulin encourage les provocations contre les zadistes.

Paris, reportage

Alors que la situation s’est tendue ce weekend autour de la Zad de Sivens, des « membres du collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes et des ami-e-s et soutiens de la lutte au Testet » appelaient à un rassemblement lundi 2 mars à 18h30 devant le siège de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), rue de la Baume, à Paris.

Le rassemblement n’ayant pas été déposé en préfecture, les forces de l’ordre étaient présentes afin d’éviter le « risque de manifestation », selon les mots d’un agent. À 18 h 30, des policiers étaient présents à chaque extrémité de la rue afin de filtrer les passages et ne laissaient passer que les riverains.

Mais vers 19 h, un regroupement d’une cinquantaine de personnes s’était constitué du côté de l’avenue Percier. D’abord pris au dépourvu, les manifestants ont finalement commencé à donner de la voix : « La police protège la FNSEA », « FNSEA - milice », entendait-on.

 

"Les pro-barrages agissent avec la bénédiction de la FNSEA"

« Ceux qui bravent la loi c’est la FNSEA, pas nous ! Ils n’ont pas le droit de bloquer la route. C’est eux qu’il faut coffrer » expliquait un manifestant, en référence aux récents évènements de Sivens (lien). « La police défend la malbouffe, et nous on est obligé de consommer béton et agro-industrie productiviste » déplorait un autre. « Mais les policiers aussi ont besoin d’une bonne alimentation. On veut vivre avec eux dans un monde meilleur. L’ennemi c’est pas nous, c’est eux [la FNSEA] ! » concluait un troisième.

Joël, membre du collectif francilien de soutien aux Zad, justifiait ainsi le rassemblement : « Les zadistes ont un sentiment de solitude. Ils nous disent qu’ils sont littéralement assiégés et ont du mal à avoir de la nourriture. Là-bas, ils sont trop peu nombreux pour mettre en place un rapport de force. C’est pour cela qu’on a décidé de venir ici et de montrer à la FNSEA qu’on n’est pas d’accord avec ce qui se passe. »

En effet, l’appel à manifester rappelait que « les pro-barrage agissent avec la bénédiction de la direction départementale de la FNSEA et la complicité des gendarmes ». De plus, il évoquait l’urgence à « soutenir les ami-e-s qui se sentent bien isolé-e-s dans la lutte sur place et appellent à l’aide depuis maintenant deux semaines dans un silence assourdissant »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 16:15

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Agriculture : "On fabrique des fermes de merde, littéralement"

Lundi 02 Mars 2015 à 5:00

 

Aline Joubert

Le Salon de l'agriculture s'est achevé hier. L'occasion de revenir, grâce à cette carte interactive de la Confédération paysanne, sur cette trentaine d'exploitations à côté desquelles la ferme des Mille vaches ferait presque pâle figure. Des "fermes-usines" aux proportions titanesques...

 

Des exploitations de plus d’un million et demi de volailles par an, l’engraissement de 120 000 agneaux ou la production en batterie de 23 000 porcelets sont autant de projets agricoles qui ont reçu l’approbation des différentes préfectures concernées.

On apprend ainsi qu’une ferme à Espelette (64) élève 3 000 brebis laitières et 300 chèvres, une autre à Souraïde (64) possède déjà 4 500 brebis laitières et 700 chèvres ou encore à Rullac-Saint-Cirq (12) 120 000 agneaux sont engraissés à la chaîne.

 

 

TEICH/CARO FOTOS/SIPA

 

 

Des exploitations de plus d’un million et demi de volailles par an, l’engraissement de 120 000 agneaux ou la production en batterie de 23 000 porcelets sont autant de projets agricoles qui ont reçu l’approbation des différentes préfectures concernées.

On apprend ainsi qu’une ferme à Espelette (64) élève 3 000 brebis laitières et 300 chèvres, une autre à Souraïde (64) possède déjà 4 500 brebis laitières et 700 chèvres ou encore à Rullac-Saint-Cirq (12) 120 000 agneaux sont engraissés à la chaîne.

 

Les élevages de volailles sont les plus effrayants. Il est impossible de se représenter fidèlement plus d’un million de poules entassées dans des volières géantes. Impossible puisqu’inhumain. Pourtant, à Pamproux (79), la société Pampr’œuf a implanté un élevage qui compte 600 000 poulettes et 600 000 poules pondeuses. Un total d’un million deux cent mille gallinacés s’entassent sous de gigantesques hangars en tôle pour produire 700 millions d’œufs par an. Soit près de 5% de la consommation française à lui tout seul.

La Confédération paysanne recense six autres fermes aviaires similaires dont celle de Steinseltz qui compte 1,5 million de poules à l'année. Réunies, ces sept fermes concentrent 4,2 millions d’animaux élevés la plupart du temps en cage ou en volière sans voir la lumière du jour, soit environ 10% de la totalité des poules d’élevage en France.

 

 

Avec ce type d’exploitations, l’industrie a pris le pas sur l’agriculture paysanne. Pourquoi toujours plus gros ? La faute à la PAC, nous explique Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Les aides publiques européennes ne sont pas versées en fonction des besoins de l’exploitation, mais proportionnellement au nombre d’hectares cultivés ou de têtes de bétail. « Ce que nous voulons, poursuit-il, c’est une allocation calculée en fonction du nombre d’emplois sur l’exploitation. Le système agricole actuel arrive au bout de sa logique. Les paysans disparaissent en France et les méga exploitations ternissent l’image de la gastronomie française. Les produits de ces usines perdent leur authenticité et leur goût parce que les bêtes sont parquées à mille dans des endroits confinés qui favorisent la transmission de maladies. Alors, en prévention, elles sont gavées d’antibiotiques. »

Les 29 grandes exploitations en question s’inspirent de ce qui se fait aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne ou encore en Afrique du Sud. Les règlementations y sont beaucoup plus permissives qu’en France et les élevages comptent parfois des dizaines de milliers de têtes.

Outre la compétitivité internationale, l’autre argument avancé par les défenseurs de cette agriculture démesurée est l’entraide que peuvent s’offrir les agriculteurs ainsi rassemblés à la tête de ces fermes usines. Tout agriculteur, s’il travaille seul, est en quelque sorte esclave de son exploitation. L’élevage ne connaît en effet ni dimanche, ni vacances, ni jour férié, et encore moins les 35 heures. Certains prônent donc le regroupement pour s’accorder de temps en temps un repos bien mérité.

C'est d'ailleurs ainsi que le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll nous présente ces « méga fermes » qui seraient d'abord la combinaison de plusieurs agriculteurs amenant chacun dans ses bagages une dizaine de têtes et d’hectares. « Moi je suis pour que l’on donne aux agriculteurs une capacité à se regrouper. Je prends l’exemple du projet sur les 1 000 veaux dans la Creuse. Tout le monde est contre. Mais ce projet est porté par 52 fermes qui préfèrent se regrouper plutôt que d’avoir 52 fois un petit atelier d’engraissement ».

Mais la pratique, comme souvent, envoie paître la théorie. Les exploitations décrites par le ministre existent, mais elles sont rares. Celles dénoncées par la Confédération paysanne sont pour la plupart des agrandissements de structures déjà existantes et qui conservent les mêmes effectifs qu’avant expansion, c’est-à-dire rarement plus de quatre personnes. Ce qui équivaut le plus souvent au nombre de personnes travaillant pour le GAEC (le Groupement agricole d'exploitation en commun) fondateur... Par exemple, à Bréhan (56) l’EARL Ropert aurait entièrement robotisé la production laitière de ses 280 vaches, selon la Confédération paysanne. Cette partie de l’exploitation n’emploierait donc plus que 2 personnes, six fois moins que la moyenne nationale.

Toujours selon la Confédération paysanne, derrière la PAC, on trouve les grands groupes industriels, avec en tête le groupe Avril (ex-Sofiprotéol) dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA, premier syndicat agricole de France. Incarnation même de l’« agro-business » avec ses 500 hectares dans le Loiret, Beulin est capable de déclarer au Monde que « celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n’est pas agriculteur ». Pas gêné par l'idée de présider un syndicat agricole et diriger, dans le même temps, un des plus grands groupes agro-industriels français, Beulin soutient activement deux projets de méga exploitations : des maternités industrielles de 900 truies à Trébrivan (22) et à Poiroux (85). « Xavier Beulin met en place une agriculture qui met aussi en danger les paysans qui cotisent à la FNSEA » dénonce Laurent Pinatel.

Pis encore, ce qui motive financièrement ces fermes-usines, ce n'est pas le lait que produisent leurs vaches, mais plutôt... leurs quantités astronomiques d'excréments ! La suproduction, notamment laitière, fait baisser les prix, et au final, tout le monde y perd. Le plus rentable, ce n'est pas la production alimentaire mais les déjections, transformées en énergie dans des méthaniseurs. La Confédération paysanne s'insurge contre ces « fermes de merde, littéralement ».

Stéphane Le Foll a beau s’emporter (« Ce modèle d’exploitations démesurées n’est pas pérenne et ce n’est pas le projet de la France ! »), cette trentaine d’exploitations existe bel et bien. Et si les préfectures continuent d'approuver ces projets, il sera temps de dire « adieu veau, vache, cochon, couvée », et bonjour aux dieux Productivisme et Terroir-caisse...

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 15:56

 

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États-Unis

1600 milliards de dollars : le coût astronomique d’une décennie de guerre contre le terrorisme

par Eros Sana 3 mars 2015

 

 

 

 

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont dépensé au moins 1600 milliards de dollars dans la lutte contre le terrorisme, au Moyen-Orient, en Amérique du Nord et aussi en Afrique, a révélé un rapport du Congrès. Avec 350 000 personnes tuées, le coût humain de l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak est aussi extrêmement élevé. Ces centaines de milliards de dollars ont principalement bénéficié à l’industrie de l’armement et aux sociétés militaires privées. Et pour quels résultats alors que le Moyen-Orient continue de sombrer dans la guerre, le terrorisme et la pauvreté ?

Une facture de 1 600 milliards de dollars (1 300 milliards d’euros). Depuis le 11 septembre 2001, c’est la somme astronomique que les États-Unis ont dépensé, en treize ans, pour l’ensemble des guerres qu’ils ont menées, principalement en Afghanistan et en Irak. Sur une décennie, c’est presque deux fois le coût de l’assurance santé, l’ « Obamacare », dont bénéficient près de 20 millions d’États-uniens (900 milliards de dollars sur dix ans). Et c’est l’équivalent de ce que l’Inde et ses 1,2 milliards d’habitants ont produit en une année (son PIB). Ce montant n’est pas avancé par une ONG altermondialiste ou un collectif de pacifistes. Ce n’est ni plus ni moins qu’un organe du parlement nord-américain, le Congressional Research Service, qui l’avance dans un rapport intitulé « Coût des guerres en Irak, en Afghanistan et des guerres globales contre le terrorisme depuis le 11 septembre », et publié en décembre 2014 [1].

Malgré l’ampleur de l’estimation, plusieurs universitaires considèrent encore ces chiffres comme sous-évalués. Le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz et l’académicienne Linda Bilmes avancent dans un livre désormais célèbre, « The three trillion dollar war », le chiffre de 3000 milliards de dollars ! Derrière le coût financier, d’autres rappellent l’impossibilité d’évaluer le coût humain. « Une comptabilité exhaustive des coûts de la guerre ne pourrait tenir dans un livre de comptes. Des civils blessés ou déplacés par la violence, aux soldats tués et blessés, en passant par les enfants qui jouent sur des routes et des champs parsemés de dispositifs explosifs improvisés et de bombes à sous-munitions, aucune série de chiffres ne peut retranscrire le bilan humain des guerres en Irak et en Afghanistan, ni comment elles se sont étendues aux États voisins et sont revenues aux États-Unis », estime Neta Crawford, enseignante en sciences politiques à l’Université de Boston.

 

Guerre en Irak et en Afghanistan : 350 000 morts

Neta Crawford co-dirige également le projet Cost Of War (« Coût de la guerre »), une plateforme de recherche interdisciplinaire. Le bilan que dresse Cost Of War des guerres états-uniennes est tout autant terrifiant : 350 000 morts directes, dont 174 000 civils en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Neta Crawford estime que le coût financier total s’approche davantage des 4400 milliards de dollars. Pourquoi une telle différence avec les chiffres du Congrès ? Dans cette évaluation, Neta Crawford ajoute les 316 milliards de dollars d’intérêt que les États-Unis remboursent à leurs créanciers, car la majeure partie de ces financements a été empruntée. Elle comptabilise également 1000 milliards de dollars supplémentaires, le coût de la couverture santé des « vétérans », les militaires démobilisés et blessés, parfois lourdement, physiquement ou psychologiquement.

 

 

À quoi ce déversement de dollars a-t-il été employé ? Si l’on s’en tient aux 1600 milliards du rapport du Congrès, cela couvre le soutien logistique des bases nord-américaines, la maintenance des armes, la formation des forces de sécurité irakiennes et afghanes, le coût des ambassades nord-américaines, l’aide aux États étrangers ou les efforts de reconstruction… Trois postes budgétaires majeurs composent ces dépenses : le prix de l’invasion de l’Irak (815 milliards de dollars), la guerre en Afghanistan (686 milliards de dollars) et les dépenses de prévention du terrorisme – 108 milliards dont 27 milliards pour l’opération Noble Eagle qui consiste à assurer un survol constant de l’espace aérien états-unien et d’une partie de l’espace aérien canadien par des avions de combats (voir aussi cet article en anglais de Mother Jones).

 

Contre-terrorisme au Sahel et au Nigeria : une belle réussite...

Ce montant faramineux démontre à lui seul le gigantisme qui caractérise le complexe militaro-industriel nord-américain. Précisons que ces 1600 milliards ne recoupent pas le budget de la défense des États-Unis. Le Pentagone dispose d’un budget séparé spécifique de 550 milliards de dollars. À eux seuls, les États-Unis représentent près de 40% des dépenses militaires dans le monde, pour 5% de la population mondiale ! Ce qui les place loin devant tous leurs rivaux.

Ce budget ne prend pas en compte les récentes opérations contre l’« État islamique », Daesh. Il n’inclut pas non plus, les dépenses propres aux opérations secrètes menées en partie par la CIA en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et ailleurs, comme au Sahel où l’administration de Georges W. Bush avait lancé la « Trans-Sahel Counterterrorism Initiative ». Une initiative à 500 millions de dollars, regroupant les États sahéliens ainsi que le Nigeria et le Ghana, dans le but de combattre le terrorisme. Avec l’émergence d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) au Mali et la montée en puissance de Boko Haram au Nigeria, cette initiative n’a pas vraiment porté ses fruits. Bien au contraire !

 

Multinationales et sociétés militaires privées s’enrichissent

Ces sommes colossales font cependant des heureux : le complexe militaro-industriel. Ces sociétés sont les premières à avoir bénéficié de l’abondante manne guerrière et antiterroriste. Avec un chiffre d’affaires de plus de 45 milliards, Lockheed Martin, l’une des multinationales de l’armement les plus importantes au monde a vendu de tout : des véhicules blindés, des avions de chasse et de transport, des missiles Patriot ou Hellfire… Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi aux États irakiens, afghans et israéliens. Boeing – qui ne construit pas que des avions de ligne, mais aussi des missiles –, ainsi que Raytheon, Northrop Grumman, General Dynamics ont aussi bénéficié de cette décennie de guerres. Ces cinq sociétés représentent plus d’un tiers des fournisseurs de l’US Army. « Le marché » ne s’y est pas trompé : leur cotation en bourse a grimpé après le début des frappes contre Daesh. En septembre 2014, la valeur boursière des quatre principaux fournisseurs militaires des États-Unis a augmenté de 19%, dépassant les prévisions de l’index de Standard & Poor.

Le business de la guerre et de la violence profite lui aussi des privatisations. Plusieurs dirigeants états-uniens ont proposé d’externaliser une partie des activités, et donc des coûts, de l’armée. Du combat direct sur le terrain, à la protection des ambassades et des personnalités nord-américaines ou étrangères, en passant par la récolte de renseignements, les États-Unis ont institutionnalisé le recours au « mercenariat corporate » : les sociétés militaires privées (SMP). En Irak, au pic de la présence nord-américaine et britannique, on estimait qu’environ cinquante sociétés militaires privées étaient en activité, employant près de 30 000 personnes, issus de différents pays : Nord-américains, Britanniques, mais aussi Népalais ou Bosniaques.

 

Un milliard de dollars par an aux mercenaires

Le Pentagone et le Département d’Etat ont recours à vingtaine de ces sociétés militaires privées. Elles emploient elles-mêmes près de 10 000 personnes. Une autre agence fédérale, le Congressional Budget Office a estimé qu’entre 2003 et 2007, le gouvernement a dépensé entre 3 et 6 milliards de dollars au profit des sociétés militaires privées. Les États-Unis imposent aussi aux gouvernements afghans et irakiens d’utiliser une partie du budget consacré à la reconstruction pour employer des sociétés militaires privées, majoritairement états-uniennes. En 2007, un sénateur démocrate, Henry Waxman, regrettait que près de 4 milliards de dollars, censés servir à la reconstruction, avaient été dépensés auprès de mercenaires sous-traitants.

C’est ainsi que l’une des plus grandes entreprises de mercenariat privé, Blackwater – qui s’appelle désormais Academi – a pu s’enrichir sur le dos des gouvernements irakiens et afghans. Leur enrichissement est d’autant plus condamnable que Blackwater est accusé d’avoir commis plusieurs exactions en Irak et en Afghanistan. En Irak, ses mercenaires ont été impliqués dans près de 200 fusillades ayant coûté la vie à des civils. Les sociétés militaires privées ont un statut juridique flou en droit international humanitaire. Comme elles entretiennent de très forts liens avec l’administration et l’armée états-uniennes, elles échappent pour l’instant à des sanctions judiciaires concernant leurs actions en zone de guerre.

 

Des milliards de dollars évaporés

Les vendeurs d’armes ne sont pas les seuls à s’enrichir. La première société « non combattante » à avoir bénéficié de cette décennie de guerre s’appelle KBR Inc., plus connue sous son ancien nom : Halliburton, une société para-pétrolière qui fournit matériaux et services pour l’extraction de l’or noir. KBR a longtemps été dirigée par Dick Cheney, ancien ministre de la Défense de Georges Bush senior et ancien vice-président de Georges Bush junior. Cette société proche des néoconservateurs a ainsi pu bénéficier d’un contrat pour la reconstruction de l’Irak, sans appel d’offre et avant même que commence l’invasion de ce pays en 2003. Un contrat constamment reconduit qui a rapporté plus de 39,5 milliards de dollars à KBR Inc.

Ce déversement d’argent n’a jamais été clairement tracé et contrôlé. Ainsi en 2011, la commission du Congrès on Wartime Contracting a estimé qu’entre 30 et 60 milliards de dollars avaient été détournés en corruption et autres fraudes. Pire, 6 milliards de dollars avaient complètement disparu. En plus des victimes de guerre, ce flux d’argent opaque a contribué à déstabiliser les communautés et les institutions irakiennes et afghanes. La corruption a renforcé les antagonismes locaux et régionaux en Afghanistan, entre Pachtounes, Hazaras et Ouzbeks. En Irak, elle a renforcé les antagonismes religieux entre chiites et sunnites, entre majorité musulmane et minorités chrétienne ou yézidie.

 

Qui paiera la prochaine facture ?

Les seigneurs de guerre, les chefs de clan, les leaders religieux, ainsi qu’une série de représentants d’autorités publiques ont entretenu la corruption comme système de gouvernance. Selon Transparency International, en 2013, l’Afghanistan de l’ancien président Hamid Karzaï, malgré la longue présence internationale, se classe très mal en matière de corruption : 140ème sur 177. Quant à l’Irak de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, il arrive en 170ème position... Un quart des Irakiens vivent dans une telle pauvreté qu’ils dépensent moins de 2,2 dollars par jour. Et ce, alors que sous leurs pieds se trouvent des réserves de pétrole parmi les plus importantes du monde. En Afghanistan, un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

« Tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des États-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient », déclarait le président Bush junior en 2004 pour justifier les guerres commencées et à venir. 1600 milliards ont été dépensés. 350 000 personnes tuées. Pour rien ? L’Afghanistan est toujours en proie à l’instabilité et à la guérilla des talibans. Le mouvement terroriste Daesh a émergé en Syrie et en Irak et constitue une nouvelle menace. Qui paiera la facture des dix prochaines années ?

Eros Sana

Photo : CC US Air Force / US Army

 

Notes

[1] Pour télécharger le rapport, en anglais.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 15:41

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Autour de Sivens, les élus font bloc pour défendre leurs prérogatives

02 mars 2015 | Par Jade Lindgaard

 

 

 

Dans le Tarn, les élections départementales se préparent dans une atmosphère explosive. Les pro-barrage de Sivens pratiquent l'intimidation, tandis que les élus mènent un jeu politique opportuniste et brouillent les lignes. Le département de Jaurès pourrait basculer à droite.

 

 

 

Tarn, de notre envoyée spéciale.- Un verre de vin rouge se tend vers le plafond du bar du marché : « Je trinque au “changement, c’est maintenant”. » La main qui le tient appartient à Philippe Folliot, député UDI, et possible futur président du conseil général du Tarn, bastion de la gauche menacé d’alternance lors des élections départementales (22 et 29 mars). Le toast provoque les éclats de rire des militants et candidats des listes d’union UMP-centristes qui prennent quelques minutes de pause après une matinée de tractage. Nous sommes le samedi 28 février, à Albi.

Au même moment, à une trentaine de kilomètres de là, des agriculteurs ont sorti les tracteurs pour dégager une barricade sur la départementale 132 conduisant au site du barrage de Sivens, occupé depuis l’été dernier par des opposants : la ZAD du Testet. C'est un avant-goût d'une semaine de blocus. À partir du lundi 2 mars, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs veulent bloquer la ZAD pour faire pression sur le conseil général qui doit voter le 6 mars sur les suites du projet. L’action a démarré lundi matin. Mercredi, un convoi « alimentaire » d’anti-barrage doit encercler les bloqueurs. Sur les routes du Tarn, la tension est à son comble, quatre mois après la mort de Rémi Fraisse, jeune opposant au barrage tué par la grenade offensive d’un gendarme, dans la nuit du 26 au 27 octobre dernier.

Le barrage de Sivens, c'est le boulet de Thierry Carcenac, le président socialiste du conseil général du Tarn qui s’est obstiné à vouloir construire cet équipement malgré l’opposition croissante qu’il suscitait. Son refus de rencontrer les opposants et d’écouter leurs critiques a nourri la tension. « Mourir pour des idées, c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête » : sa déclaration après la mort du jeune homme l’a figé dans une posture méprisante, aux accents cyniques, qui jette une ombre sur son mandat quasi perpétuel. Il siège au conseil général depuis 36 ans et le préside depuis 1991. Fonction qu’il cumule depuis l'automne dernier avec un fauteuil de sénateur – la loi ne l’obligera à choisir entre les deux qu’en 2017.

 

Philippe Folliot, candidat UDI-UMP, en campagne à Réalmont (Tarn) (JL).

Philippe Folliot, candidat UDI-UMP, en campagne à Réalmont (Tarn) (JL).

 

Selon Philippe Folliot, « les gens en ont assez du système Carcenac, une organisation pyramidale, où tout remonte au président, sans transparence. C’est une organisation du passé. Il faut de la collégialité et non pas un autocrate qui décide de tout ». Lui-même est favorable au barrage et souhaite une commission d’élus pour sortir de l’ornière politique dans laquelle le projet est englué. Au volant de sa voiture, entre Castres et Albi, en route vers une réunion de candidats et militants de la campagne, il insiste : « Il faut plus de modestie. Je conduis ma voiture. Le système du conseil général aujourd’hui, c’est : le président se déplace avec son chauffeur, le vice-président aussi et un photographe suit. Il faut être plus économe. »

Pourtant, lui aussi s’apprête à cumuler sièges parlementaire et départemental. Dans la salle des fêtes de Réalmont, il est accueilli par Françoise Bardou, candidate divers droite : « Nous sommes tous des travailleurs. » Folliot se régale, entre deux tranches de saucisson : « Ça fait très longtemps que j’en rêve, je vais pouvoir commencer un discours en disant “Travailleuses, travailleurs”. »

Dans le Tarn, la droite s’amuse à parler comme la gauche. Mais cela ne l’empêche pas de s’unir contre la majorité socialiste sortante. Opposées lors des législatives de 2002, 2007 et 2012, UMP et UDI se sont rassemblées pour les départementales de 2015, dans la foulée de la victoire à la mairie d’Albi d’une coalition UMP-UDI-Radicaux valoisiens-MoDem-PRG. « Notre but c’est d’avoir la majorité, au minimum 12 cantons (sur 23 au total ndlr). » Ce serait un dénouement retentissant dans le département de Jean Jaurès, le député socialiste de Carmaux, ancien pays minier, de textile et de mégisserie, frappé par la désindustrialisation et le dépeuplement des campagnes. Sur les listes de droite, on trouve une ancienne conseillère régionale PS, Marie-Claude Bascoul, enseignante en psychologie à l’université Champollion d'Albi : « Les gens ne font plus confiance à aucun parti politique. Il faut dépasser les clivages. »

Face à cette offensive, Thierry Carcenac lui aussi joue l’ouverture : « J’ai considéré que j’avais une motivation intacte pour conduire une équipe très large, dans le cadre d’une majorité pas forcément de gauche » (Le Journal d'ici, 6 janvier 2015). Un conseiller général de sa majorité actuelle n’exclut pas (en off) que le sénateur du Tarn sauve sa présidence, même en cas de majorité des cantons à droite. Difficile d’établir des pronostics avec un nouveau mode de scrutin (binominal) et des circonscriptions cantonales redécoupées. Bien des choses vont dépendre de l’abstention, qui promet d’être substantielle.

Sollicité par Mediapart, Thierry Carcenac n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. La vice-présidente Claudie Bonnet, vers laquelle son responsable de communication nous a renvoyés, n’a pas non plus répondu à nos appels. Le barrage de Sivens n’est pas au cœur de la campagne des départementales dans le Tarn. Mais pour l’opposition, ce fiasco politique et ce drame humain symbolisent l’usure du patron du Tarn, qui brigue, encore une fois, un mandat départemental.

 

Les militants du MJS en plein tractage sur le marché d'Albi. (JL)

Les militants du MJS en plein tractage sur le marché d'Albi. (JL)

 

Dans les allées du marché couvert d’Albi, Nicolas Bruihle, militant au Mouvement des jeunes socialistes (MJS), déprime : « Quand les gens voient nos tracts, ils disent soit “surtout pas vous”, soit “j’espère que vous êtes contre Hollande”, soit “la politique, j’y crois pas”. » Mathilde Maulat, ajoute : « Quand on leur explique que le département, c’est la politique sociale, on nous répond “assistanat” et “profiteurs du système”. » Les seuls passants motivés par l’élection qu’ils ont croisés disent vouloir voter Front national. La gauche se présente divisée dans plusieurs cantons. Carcenac affronte Roland Foissac, conseiller général communiste sortant, qui explique : « Il n’y a plus de majorité ! Depuis 2012, Carcenac a épousé la politique du gouvernement actuel. »

 

Brigades anti “pue la pisse”

Pendant ce temps, dans le canton de Vignoble-Bastide, celui du barrage de Sivens, l’ambiance est à couteaux tirés. À la sortie de Montauban, sur le bord de la route, une main a tracé en grosses lettres noires : « Ségo+Conf=fachos » (“Conf” pour Confédération paysanne). Sur les troncs des platanes, on peut lire : « Pelus dehors. » Les « pelus » ou « pelutes », ce sont les « pue la pisse », les occupants de la ZAD du Testet, qui ont construit cabanes et fort de défense pour empêcher la construction du barrage de Sivens. C’est là que Rémi Fraisse, 21 ans, est mort, tué par les gendarmes lors d’un affrontement nocturne. Le sort du barrage est suspendu à la décision que doit annoncer le conseil général du Tarn le 6 mars, à quinze jours du premier tour des élections.

 

Marie Chantepie, candidate d'une liste citoyenne anti-barrage de Sivens.

Marie Chantepie, candidate d'une liste citoyenne anti-barrage de Sivens. © JL

 

Marie Chantepie, 35 ans, candidate aux départementales sur une liste citoyenne opposée au barrage, a subi la dégradation de sa voiture : « ZAD » tagué sur le capot. Et sur le côté : « ZAD partou », sans « t », fait-elle remarquer. Pourtant, contrairement aux zadistes parfois décrits comme des « occupants » par les agriculteurs pro-barrage, c’est une fille du coin, née dans le Tarn. Ouvrière agricole, elle habite Castelnau-de-Montmiral, un village d’une centaine d’âmes.

Ces derniers mois, elle a vu surgir des « milices », en treillis, sweat-shirts à capuche équipés de dossards « soutien aux gendarmes de Sivens » et de brassards orange où l’on peut lire « brigades anti pelutes ». Ils bloquent parfois les voies d’accès à la ZAD et font des rondes en quads dans la forêt. Un zadiste raconte avoir vu le slogan « Zad dehors sinon mort » et des pendus gravés sur des troncs d’arbres. Un autre décrit les pneus crevés de la voiture d’un sympathisant, l’intérieur souillé par de l’urine, et le caddie de ravitaillement d’une copine réquisitionné par des pro-barrage. Une page Facebook a un temps annoncé « ouverture de la chasse : un zadiste tué =une balle offerte ». Marie Chantepie a porté plainte. Les auteurs du post s’en sont tirés avec une convocation au commissariat.

Dans les rues du village, il lui arrive d’entendre des klaxons hostiles, de croiser des regards « de dégoût ». À l’école, sa fille s’entend dire que sa mère est « une pelute » et qu’à cause de ses amis, « on ne pourra plus boire l’eau ». La maire de la commune toute proche de Lisle-sur-Tarn, Maryline Lherm, « a réussi à détourner le regard du barrage vers les zadistes par une campagne de dénigrement », décrit Marie Chantepie. Fin 2014, l’édile a convoqué les services sanitaires pour de supposés problèmes de gale sur la zone.

 

Patrick Rossignol, maire de Saint-Amancet (JL).

Patrick Rossignol, maire de Saint-Amancet (JL).

 

Le 1er février, des incidents ont éclaté entre opposants et défenseurs du barrage. Patrick Rossignol, maire de la petite commune de Saint-Amancet, dans le sud du Tarn, adhérent de la FDSEA, producteur de céréales et de maïs, mais opposant au barrage de Sivens, raconte avoir été « bousculé » par un groupe d’hommes en tenue de chasse, équipés de manches de pioche, barrant une route départementale. « Ils veulent me retourner le fourgon et me pousser dans le fossé. Ils m’insultent : “Dégage pauvre con !”, “J’espère que vos électeurs vous cracheront à la gueule quand ils sauront que vous soutenez ces rats”. »

Quelques heures plus tard, dans les rues de Gaillac, il tombe sur quatre ou cinq de ces pro-barrage, barre de fer en main, « qui voulaient s’en prendre à des jeunes ». Il s’interpose et se présente en tant qu’élu. « Ils me menacent : “On est chez nous”, “T’as rien à foutre ici”. » Il retrouve ensuite sa camionnette « fracassée, avec de longs impacts sur le côté, le pare-brise et la vitre latérale brisés ». Il part, avec d’autres (crevaison de pneu, entrave à la circulation), déposer plainte à la gendarmerie de Gaillac. À la sortie, surprise : les mêmes hommes menaçants, avec « les mêmes outils en main », habillés de sweat-shirts noirs à cagoule avec un logo « Brigade antiPelluts-soutien aux gendarmes de Sivens », s’approchent d’eux.

Le groupe de plaignants appelle alors l’interphone de la gendarmerie : « Il y a des personnes avec des barres dans les mains qui arrivent. » Réponse de l’autre côté du mur : « Non, ils n’ont rien dans les mains. » Il faut attendre que les pro-barrage cassent l’appareil photo d’une journaliste stagiaire pour que les militaires sortent de leur bureau, et raccompagnent la bande d'agresseurs jusqu'à leurs voitures. « Nous avons été surpris de voir les gendarmes laisser partir les agresseurs après avoir discuté avec eux. »

Pour Rossignol, adhérent à Europe Écologie-Les Verts (EELV) mais maire sans étiquette, « si les élus avaient géré la situation comme il fallait, on n’en serait pas là. Les zadistes ne seraient pas venus et on n’aurait pas des miliciens armés faisant régner la terreur ». Pour Guillaume Cros, conseiller régional EELV, « les élus en place qui attisent la violence sont irresponsables ».

 

Conférence de presse d'ACTES à Lisle-sur-Tarn (JL).

Conférence de presse d'ACTES à Lisle-sur-Tarn (JL).

 

Sur le canton de Vignoble-Bastide, celui de Sivens, la liste citoyenne ACTES conteste le barrage de Sivens. Elle dénonce le monopole de la décision publique exercé par les élus, les conflits d’intérêts, le refus d’écouter les opposants. « On ne pouvait pas laisser le canton sans candidat contre le barrage », explique Claude Forgeot, ancien technicien agricole puis patron d’une entreprise de BTP, encarté au Parti de gauche et désigné candidat par un processus d’assemblées citoyennes.

« C’est la prochaine assemblée qui va décider de ce qui sera fait à Sivens. On veut faire entendre les citoyens. On a un modèle, c’est Podemos. Le barrage de Sivens est emblématique des maux de notre société : les conflits d’intérêts, les dépenses déraisonnables, les dossiers bidonnés. Un élu a le droit de tout à partir du moment où il est élu. Ce sont les mêmes élus depuis des années, il faut que ça change. » Pour sa fille, Maud, candidate à Saint-Sulpice : « Certains élus disent qu’il faut réaffirmer leur rôle, sous-entendu quand les projets sont votés, ils ne doivent pas être contestés par les citoyens. C’est tout ce qu’on dénonce ! C’est une vision dépassée de la politique. »

« Sivens nous a ouvert les yeux, explique Marie Chantepie. Je ne me rendais pas compte à quel point dès que l’on n’est pas d’accord avec la majorité, on n’est pas entendu. On voulait protéger nos forêts, on a manifesté pacifiquement, et on nous fait passer pour des terroristes ! » Katia Guillaumé, 49 ans, aide à domicile, remplaçante sur la liste d’ACTES : « Le jour où des gens se sont enterrés pour empêcher les bulldozers d’entrer sur la ZAD, j’ai vu un gradé donner l’ordre à ses hommes de foncer sur eux. Ça m’a énormément choquée. J’ai capté son regard pour lui demander pourquoi il faisait ça. Il m’a répondu en faisant des mains le signe qu’il n’y pouvait rien. Là, j’ai pensé qu’il fallait faire changer les choses. »

Leur liste est soutenue par EELV, les Alternatifs et, officiellement, le Front de gauche – à ceci près que les communistes ont préféré présenter leurs propres candidats. Ils espèrent un bon score car, aux dernières européennes, les bureaux de leur circonscription ont accordé plus de voix aux écolos et au Front de gauche qu’au PS et à la droite. Mais moins qu’au FN.

 

« On ne va quand même pas baisser le pantalon »

« Sivens, c’est une ânerie énorme, on n’impose pas les projets à la matraque » : c’est la voix de Jacques Pagès, assis dans son salon, entre une réunion au conseil général et la sortie d’école de ses deux jeunes enfants. Élu départemental sortant, il fut le seul à voter contre le projet de barrage. Infirmier à domicile, président de la commission des infrastructures et des déplacements au conseil général, il repart en campagne sous les couleurs de la majorité, malgré la rupture de Sivens. Il affronte Philippe Folliot, le candidat de droite et potentiel futur chef du Tarn, à armes inégales, dans une circonscription énorme où la plupart des électeurs ne le connaissent pas.

Sa voix s’étrangle, les larmes lui sont montées aux yeux. « Je suis anéanti par le fait que ce projet stupide et déconnecté a foutu en l’air tout notre bilan. » Quelques secondes de silence. « Sur 90-95 % des actions du conseil général, j’ai été d’accord, et même, enthousiaste : agenda 21, plan énergie-territoire, la politique sociale, l’aide aux cantines scolaires, les trajets en car à 2 euros, la défense des zones humides, de l’environnement. »

 

Jacques Pagès, élu divers gauche au conseil général.

Jacques Pagès, élu divers gauche au conseil général.

 

Enfant des monts de Lacaune, au sud du Tarn, il est entré en militantisme à la fin des années 1980 en s’opposant à un projet de barrage sur la rivière Viaur, déjà voulu par le conseil général et la CACG – la société au cœur du conflit d’intérêts de Sivens –, qui menaçait de noyer sa vallée. « Un jour, on a vu débarquer des gens avec des lunettes de mesure. Ils nous ont dit :“Vous n’êtes pas au courant ? Demain, il y aura de l’eau jusqu’au clocher de l’église.” »

Les habitants se mobilisent alors contre le projet. Pagès devient maire de son village. « Je n’aurais peut-être jamais eu l’idée de me présenter si je ne m’étais pas dit que les élus faisaient n’importe quoi. Ma vie politique est née de l’anti-barrage. » Si bien que trente ans plus tard, lorsqu’il a vu arriver le dossier de Sivens, « ça a fait tilt ». Pour aller chez lui, la route traverse le relief granitique des monts de Lacaune, ses rivières de rochers et ses forêts. L’Aveyron n’est pas loin, on y produit le lait qui sert à fabriquer le Roquefort.

Pourquoi n’a-t-il pas réussi à infléchir le projet ? « J’en ai été malade. J’étais seul contre tous. C’était comme être face à une religion. Ça m’a déstabilisé. » La logique majoritaire de l’assemblée et la division des tâches ont fait le reste. « Les conseillers généraux ne maîtrisent qu’un ou deux sujets, sur le reste, ils font confiance aux autres. Chaque élu travaille son dossier avec les services, puis le présente au groupe majoritaire et le soumet au vote. C’est un travail superficiel. » Pourquoi une telle obstination de l’exécutif ? « En réunion, j’ai entendu : “On ne va quand même pas baisser le pantalon”, et aussi : “ On ne pourra plus rien faire.” Mais heureusement qu’on ne peut plus tout faire ! »

L’alternative, il y en a un qui ne doute pas de l’incarner, c’est Frédéric Cabrolier, conseiller municipal et communautaire du Front national à Albi. Il donne rendez-vous dans la grande salle du plus grand café de la ville, en bordure de sa plus grande place, haute silhouette derrière son verre de jus d’ananas. « Ici, je suis comme un poisson dans l’eau. Il y a des gens qui ne m’aiment pas du tout mais je fais partie du paysage local. »

Conseiller financier pour un groupe d’assurance, 48 ans, il se présente contre Thierry Carcenac : « C’est l’archétype du politicien qui a échoué. Nous sommes le département le plus mal géré de France. C’est un exécutif de copains et de coquins. Sivens a mis au grand jour des conflits d’intérêts. On fait travailler des entreprises amies. Tout est à l’avenant. Quand il y a de la suspicion, on n’a plus de démocratie apaisée et juste. Au bout de trois, quatre mandats, nos élus n’écoutent plus le peuple. Ils sont dans leur tour d’ivoire. » Lui aussi est favorable au barrage de Sivens, mais en plus petit.

 

À gauche, le FN, à droite, le Front de gauche, sur le marché de La Madeleine, à Albi. (JL).

À gauche, le FN, à droite, le Front de gauche, sur le marché de La Madeleine, à Albi. (JL).

 

Pour son parti, il lorgne les votes ruraux de cette périphérie de Toulouse qui accueille de plus en plus de ménages rejetés par la hausse des prix de l’immobilier dans la métropole régionale. L’emploi s’y fait rare. Les laboratoires Pierre Fabre, longtemps puissance économique locale, sont en pleine restructuration et viennent d’annoncer un plan social. « Ce sont les territoires oubliés de la République. On a dépensé des milliards d’euros en politique de la ville en direction des quartiers, et on a délaissé les campagnes où la misère s’est développée. » Il espère emporter quatre cantons, dont celui de Carmaux, 1'ancien bastion de la gauche ouvrière : « Le Tarn, c’est là où nous avons le plus d’élus municipaux en Midi-Pyrénées, c’est le département où nous aurons le plus d’élus. »

Samedi matin, il tracte au marché de la Madeleine à Albi, au côté de sa deuxième de liste « d’origine africaine», comme il la décrit. Bonnefoi Ndietom, 40 ans, standardiste dans l’hôtellerie, fille d’une réfugiée politique tchadienne, et habitante de Cantepau, une zone urbaine sensible. C’est une transfuge de l’UMP : « J’ai fait la campagne de Sarkozy en 2007 : une fois l’élection passée, plus personne ne me prenait au téléphone. » Frédéric Cabrolier insiste : « On pratique la diversité, ça devrait vous plaire. Je suis pour l’assimilation et envoyer des signaux à tous ces Français issus de l’immigration : ils peuvent réussir en politique, ils ont leur place chez nous. »

Pratique-t-on la politique différemment après la mort d’un jeune contre un barrage ? Et après que les experts mandatés par le ministère ont révélé les failles, les zones d’ombre et les erreurs techniques du projet voté à la grande majorité par le département ? Si peu. Thierry Carcenac se représente. Le préfet est toujours en place. Les principales formations politiques continuent de promouvoir de grands projets pour développer leur territoire : la Zac des Portes du Tarn, développée par la SEM 81, le syndicat mixte du conseil général ; une autoroute entre Castres et Toulouse ; le câblage en haut débit des campagnes. Philippe Folliot rêve d’un « troisième Louvre » à Castres.

« Le drame de Sivens n’a pas politiquement affaibli Thierry Carcenac, analyse Guillaume Cros, conseiller régional EELV. Au contraire : les présidents de la chambre d’agriculture et de la chambre des métiers, la FDSEA, la FNSEA sont tous montés au créneau pour défendre le vote des élus et donc sa décision. » Le barrage de Sivens est devenu un symbole pour les élus, celui du pouvoir qu’ils veulent garder. « C’est comme s’il fallait qu’ils resserrent les rangs pour garder leurs privilèges », décrit Guillaume Cros, pour qui « Sivens n’a rien changé ».

 

Boîte noire :

Ce reportage a été réalisé du mercredi 25 février au dimanche 1er mars. Toutes les personnes sollicitées ont bien voulu me parler, et le plus souvent me rencontrer, à l'exception notable du président du conseil général du Tarn (comme décrit dans l'article). Je regrette ce silence.

 

 

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Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 15:29

 

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Documentaire "TAKE THE SQUARE"

 

Bonjour,

c'est avec plaisir que je vous présente mon nouveau documentaire "TAKE THE SQUARE"

Take the square c’est une histoire, à l’échelle mondiale, d’un souffle nouveau sur la démocratie. C’est l’histoire d’une jeunesse, que l’on disait désabusée, qui se réunit et échange par tous les moyens dont elle dispose. Une jeunesse qui se propose de refaire de la politique avec une seule doctrine : le consensus. C’est l’histoire d’un mouvement qui se réapproprie le temps à travers les générations, la réflexion, le mode de décision. Il ne s’agit plus de décider seul, fort de sa vérité pour le bien de tous…Mais que tous décident !

Le film est à l’image des campements qu’il a captés : dans la réflexion !
Il ne s’agit pas d’un film sur les révolutions ni même sur la vie dans les campements. Non, il s’agit d’une réflexion, d’un essai sur la démocratie. Comme dans les assemblées populaires, le film n’entend pas asséner une vérité mais réfléchir sur ce que devrait être une démocratie.

Je me tiens a votre disposition si vous souhaitez organiser une projection-débat sur le sujet.

un lien vers la BA du film
http://www.dailymotion.com/video/x1bpeme_teaser-take-the-square_news
 

Cordialement,
Rodney PASSAVE

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