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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 23:39

 

Source : http://cadtm.org

 

Discours de Zoe Konstantopoulou au Parlement grec le 22 juillet 2015 : La soumission totale d’un pays démocratique à la volonté d’autres gouvernements ne constitue pas un accord

27 juillet par Zoe Konstantopoulou

 

 

 

Je dois bien l’admettre, cette session parlementaire aura vu se multiplier des choix personnellement et politiquement douloureux.

 

En ma capacité de Présidente du Parlement, j’ai écrit au Président de la République grecque, M. Prokopis Pavlopoulos et au Premier ministre Alexis Tsipras pour leur faire remarquer qu’il est de ma responsabilité institutionnelle de souligner que les conditions dans lesquelles cette loi est présentée n’offre aucune garantie que la Constitution sera respectée, pas plus que le processus démocratique que doit favoriser le Parlement dans l’exercice du pouvoir législatif, pas plus qu’elle ne permet aux députés de voter en conscience. Nous nous trouvons dans une situation de chantage flagrant exercé par les gouvernements d’autres États membres de l’Union européenne sur ce gouvernement et sur les membres du parlement. En effet comme le reconnaît le Ministre de la Justice que je respecte profondément comme il le sait, à cause des exigences d’autres États membres, le parlement ne peut pas amender le texte de cette loi qui constitue une intervention majeure dans le fonctionnement de la justice et dans l’exercice des droits fondamentaux des citoyens, d’une manière qui nie le fonctionnement de la démocratie grecque en tant qu’État de droit qui doit préserver la séparation des pouvoirs selon la Constitution ainsi que le principe de jugements équitables.

 

Actuellement, les ministres sont obligés de présenter des mesures législatives qu’ils désapprouvent (et la déclaration du Ministre de la Justice est révélatrice à cet égard), des mesures auxquelles ils sont en fait directement opposés, et les députés sont obligés de les voter alors qu’ils y sont également opposés, comme l’exprime clairement chacune des prises de position des députés appartenant aux deux familles politiques de la majorité.

 

Tout ceci se passe sous la menace d’une faillite désordonnée et révèle qu’en fait ces mesures qui sont une exigence préalable de gouvernements étrangers, constituent une tentative de mener à terme la dissolution de notre système, car elles prévoient une intervention majeure dans le troisième pouvoir indépendant, à savoir la justice. Ces mesures veulent miner la fonction judiciaire et supprimer des garanties fondamentales à un procès équitable et les droits fondamentaux des citoyens.

 

Je considère qu’il est de mon devoir institutionnel de réagir en tant que Présidente du Parlement et de demander à mes homologues de tous les parlements des États membres de l’Union européenne, ainsi que je l’ai déjà fait dans le passé et comme je l’ai fait dans ma lettre au Président du Parlement européen, et d’appeler à s’opposer à pareille dissolution.

 

De même dans ma lettre au Président et au Premier Ministre, qui sera reprise dans le compte-rendu, je leur demande d’informer leurs homologues des conditions de chantage dans lesquelles nous sommes amenés à voter.

 

Monsieur le Ministre, je m’adresse à vous en me référant aux fonctions que j’occupais lors de la législature précédente : le groupe parlementaire de SYRIZA et le Premier ministre actuel, alors chef de l’opposition, m’avaient placée à la tête du groupe parlementaire pour la transparence, la justice et les droits humains. Précédemment, à ce titre, je vous ai félicité pour les projets de lois que vous avez présentés, et particulièrement pour votre projet de loi sur le système pénitentiaire. Aujourd’hui, en cette capacité, je vous dis qu’il est évident que personne dans le groupe parlementaire de SYRIZA ne peut soutenir les clauses de cette loi puisque pendant la législature précédente, le groupe parlementaire de SYRIZA s’est expressément et farouchement opposé à ces mêmes mesures, qui là, non sans ironie, nous sont présentées sous une forme quasi identique au projet de votre prédécesseur M. Athanassiou, et sont imposées avec une urgence proprement choquante par les créanciers afin de se débarrasser définitivement de la démocratie.

 

En effet, exactement comme ils ont essayé de transformer le NON du peuple grec en un OUI tant dans le communiqué du sommet de la zone euro que la loi présentée ici à nouveau en urgence le mercredi 15, ils essaient ici de transformer en OUI, 93,12% de NON lors du référendum organisé auprès des avocats en décembre 20141.

 

Ces démarches qui nient les résultats de deux référendums montrent clairement que pour les créanciers tout processus démocratique est vain, que la démocratie directe par laquelle se sont exprimés les citoyens ou les avocats n’a aucune pertinence. C’est là un message empoisonné pour les sociétés européennes, c’est un message dont la gauche et SYRIZA doivent empêcher la propagation.

 

Il est clair que l’objectif visé est l’anéantissement du gouvernement et du groupe parlementaire qui le soutient, par le chantage. Il est clair que ce qui est mis en cause est la démocratie dans notre pays. Ce qui nous est demandé, ce qui m’est demandé par les créanciers, c’est en fait de leur remettre un sceau qui dirait « Parlement grec » pour valider leurs diktats.

 

Il n’est pas acceptable qu’aujourd’hui, après la lutte acharnée menée en novembre 2012 par SYRIZA et la commission pour la transparence, la justice et les droits humains contre les 800 pages de manipulation antidémocratique que constituaient ces mesures, le gouvernement soit obligé par le chantage de présenter deux articles comprenant 977 pages, le premier contenant 1008 articles du Code de Procédure civile et l’autre 130 articles transposant une directive européenne, dont beaucoup couvrent deux à trois pages ; le résultat recherché est l’humiliation. Le gouvernement de gauche ne peut pas être obligé de présenter ces mesures urgentes, dans des délais intenables, alors qu’il les a dénoncées par le passé.

 

M. le Ministre, je sais qu’en m’adressant à vous, je frappe à une porte ouverte puisque vous avez combattu ces mesures, vous avez analysé les raisons qui font que ce code devait être retiré en 2014, et l’a d’ailleurs été, ce qui était une grande victoire non seulement pour les avocats qui s’étaient battus pour défendre les citoyens mais aussi pour les mouvements citoyens, pour toutes ces associations qui s’étaient mobilisées, et enfin pour le principal parti d’opposition de l’époque et pour l’opposition dans son ensemble.

 

C’est cette victoire qu’ils veulent transformer en défaite pour envoyer le message que nous devons légiférer sous l’égide de la peur. M. Juncker a dit sans vergogne : l’accord a été obtenu par la peur. Est-il possible que ceci soit jamais accepté et toléré dans une Union européenne qui reprend dans ses principes fondateurs la protection des droits des citoyens et de la démocratie ?

 

M. le Ministre, le NON des avocats en décembre 2014 voulait et veut toujours dire NON à des évictions en référé, NON à des mises en vente forcées, NON à des procès bidons sur papier qui court-circuitent les procédures d’audience, NON à la détérioration de la justice, qui est un pilier de la démocratie, il veut dire NON à la destruction des droits constitutionnels des citoyens.

 

Quand à l’été 2014, M. Hardouvelis a repris à son compte l’obligation imposée par la Troïka de compenser toute conséquence de décision judiciaire qui irait à l’encontre des clauses des protocoles d’accord, l’opposition d’alors, la commission pour la transparence, la justice et les droits et le département de la justice de SYRIZA ont été les premiers à proclamer que c’était intolérable, qu’une telle ingérence dans le fonctionnement judiciaire était inacceptable, et pourtant, c’est ce même projet qui nous est imposé sous le chantage. Il serait donc bon que les collègues et camarades, que je respecte sans exception, n’oublient pas leurs convictions et n’aillent pas parler d’accord. La coercition n’est pas un accord. Le chantage n’est pas un accord. La soumission totale d’un pays démocratique à la volonté d’autres gouvernements et d’autres pays n’est pas un accord.

 

Et nous ne devons pas oublier nos convictions parce qu’alors nous pourrions aussi bien tout oublier et en venir à parler de ces textes comme s’ils étaient à nous. Ils ne sont pas à nous, le contenu de cette loi, ce n’est pas le souhait et la volonté du gouvernement. C’est aussi manifeste, M. le Ministre, dans le fait que vous ayez créé une commission spéciale pour étudier un nouveau code de Procédure Civile.

 

Et ce n’est pas non plus le souhait des députés qui vont voter pour et font partie de groupes parlementaires qui soutiennent le gouvernement. Ils ne souhaitent pas appliquer ces mesures inhumaines, qui laissent les citoyens (surtout les emprunteurs) sans aucune défense face aux banques.

 

M. le Ministre, vous le savez, vous, mais peut-être les citoyens ne le savent-ils pas aussi bien, qu’à la tête de la commission qui a rédigé ce code se trouvait M. Chamilothoris, qui était responsable de l’odieuse loi 4055 sous le mémorandum de 2012, une loi qui a été dénoncée non seulement par des associations mais aussi par les avocats et des représentants de l’appareil judiciaire et que SYRIZA s’est engagé à faire abroger, vous le savez aussi que des membres de cette commission étaient des conseillers de banques privées. Il ne doit donc faire aucun doute que l’objectif est à nouveau de dépouiller les citoyens au profit des banques, de servir les banquiers au détriment des citoyens.

 

Nous ne devons pas permettre que cet objectif soit atteint, un objectif que vise précisément l’adoption aujourd’hui de ce Code de Procédure Civile et je voudrais ici vous demander à vous et à mes collègues avocats de vous exprimer franchement ; voter une loi n’est pas à prendre à la légère, ce n’est pas juste pour un temps, et ça n’a rien d’une plaisanterie. Il va s’agir d’un cadre législatif qui stipule que l’État grec cède le pas aux banques et passe après elles en cas de liquidation. Il va s’agir d’un cadre législatif qui stipule que les travailleurs cèdent le pas aux banques et passent après elles en cas de liquidation. Il ne suffit pas de dire que ce que nous votons maintenant nous ne l’appliquerons pas. Ils nous diront « Vous l’avez voté » et quelle que soit la position que nous occupons, nous savons que ce n’est que pour un temps.

 

Il s’agit d’une loi applicable à partir du 1er janvier 2016. Cela montre bien qu’il n’y a pas urgence et que nous pouvons prendre le temps de débats dans des conditions normales mais soulève également de grandes inquiétudes quant aux aspirations et aux capacités de nuire de ceux qui cherchent à renverser ce gouvernement et à humilier les forces politiques qui le soutiennent, dont l’objectif immédiat est de les discréditer aux yeux des citoyens.

 

Collègues, en tant que députée de SYRIZA je ne pourrai jamais voter cette loi ; en tant que responsable de la commission pour le contrôle du travail parlementaire sur des questions de justice, transparence et droits humains du groupe parlementaire de SYRIZA, un poste où pendant trois ans j’ai combattu les attaques des Protocoles d’accord contre la justice et les droits humains mais aussi l’orgie de corruption et d’intérêts privés inscrite dans les Protocoles, je ne pourrai jamais voter cette loi ; en tant qu’avocate, je ne pourrai jamais voter cette loi, et en tant que Présidente du parlement, je ne pourrai jamais rendre légales des procédures qui font du Parlement un élément décoratif, qui nient son rôle de garantie du citoyen, qui circonviennent la conscience de parlementaires et finalement se débarrassent de la démocratie. Je vous remercie pour votre attention.

Traduit par le CADTM

 

 

Auteur

 
Zoe Konstantopoulou

avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction.

Autres articles en français de Zoe Konstantopoulou (10)

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 23:26

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Le grand bétonnage, une bombe climatique

|  Par Jade Lindgaard

 

 

Aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Center Parcs, autoroutes, zones d’activités commerciales : au nom du développement de l’activité économique, l’État mène une politique de destruction du territoire aux conséquences irréversibles. L’effet sur le climat est catastrophique : selon un calcul inédit de Mediapart, 100 millions de tonnes de CO2 sont émises chaque année, soit près de 20 % de toutes les émissions nationales, par ce bétonnage endémique. 

 

Depuis la création de Mediapart, je reçois chaque mois des lettres d’opposants à des constructions de lotissements, de supermarchés, de parkings, de routes. La plupart sont de petits projets qui passent inaperçus au niveau national. Quelques hectares, quelques tonnes de ciment. Incapable de tout traiter, je les conserve dans un dossier dédié à côté de mon bureau, et dans les archives de mon ordinateur. Ce sont les témoignages d’une inquiétude diffuse, souvent sans grand moyen d’action, face au bétonnage continu et croissant du territoire national depuis 40 ans.

 

Action sur le site du projet de barrage de Sivens (Tarn) en septembre 2014 (©Collectif pour la zone humide du Testet).Action sur le site du projet de barrage de Sivens (Tarn) en septembre 2014 (©Collectif pour la zone humide du Testet).


Chaque année, le développement de projets d’activité commerciale (centres commerciaux, centres de loisir,  zones logistiques, entrepôts de stockage de la grande distribution…), d’infrastructures de transport (routes, lignes ferroviaires à grande vitesse…) et surtout de logements, détruit entre 50 000 et 100 000 hectares de terres et d’espaces agricoles en France. Les sols artificialisés, c’est-à-dire qui ont perdu leur état naturel, recouvrent 9,3 % du territoire (en métropole). Ils ont augmenté de près de 70 % en 30 ans – moins depuis la crise de 2008 –, soit beaucoup plus vite que la population. L’équivalent d’un département disparaît tous les dix ans sous le béton. Plus d’un hectare sur deux est consommé par l’habitat individuel.

Ce grand bétonnage cause des dommages irréversibles aux terres agricoles. Entre 2006 et 2014, l’artificialisation s’est faite pour deux tiers à leurs dépens. Chantier après chantier, disparaissent les plaines, la beauté paysagère. Les oiseaux migrateurs perdent les mares où ils avaient l’habitude de se désaltérer. Des grenouilles, des campagnols, des tritons, des moineaux voient leur habitat rogné par les aires de parking. Le territoire se fragmente, s’imperméabilise et empêche les sols de résister aux inondations. Le cycle de l’eau se perturbe, créant un risque de pénurie, alors que la température se réchauffe, inexorablement.

 

Schéma de l'artificialisation (SSP-Agreste-Enquêtes Teruti-Lucas)
Schéma de l'artificialisation (SSP-Agreste-Enquêtes Teruti-Lucas)



Cette destruction du territoire est aussi une bombe climatique. Selon un calcul inédit réalisé pour Mediapart, le bétonnage du territoire français émet 100 millions de tonnes de CO2 chaque année. Cela représente 20 % de toutes les émissions de gaz carbonique du pays. C’est gigantesque. C’est presque autant que tous les rejets annuels des transports en France.

Et pourtant c’est un chiffre tabou. Les émissions de CO2 du bétonnage en France sont invisibles. Elles ne sont pas mesurées. Elles ne sont pas suivies et ne font l’objet d’aucune politique de réduction. Les données de base sont éparpillées dans les tableaux de l’inventaire national des gaz à effet de serre. Chaque année, le Centre d’études sur la pollution atmosphérique, le Citepa, recense toutes les émissions de gaz à effet de serre sur le territoire national. Il les classe par secteur d’activité (énergie, agriculture, déchets…), selon la présentation habituelle des États. Dans son état « naturel », le sol est un capteur de CO2, alors que recouvert de béton ou de ciment, il perd sa capacité de stockage. Les experts du Citepa prennent donc en compte le changement d’usage des sols comme source de CO2 : 12,6 millions de tonnes pour la France entière en 2013 (voir le détail en Prolonger). Mais ils ne calculent pas les émissions dues aux chantiers, à la voirie induite, aux caractéristiques du bâti sur ces terrains artificialisés. Bref, à toutes les activités qui se produisent sur les hectares en voie de dénaturalisation.

 

Myriade de petits projets

Pour obtenir le vrai bilan climatique du grand bétonnage, Mediapart a fait appel à une spécialiste des bilans carbone en France, Hélène Le Teno, ingénieure et directrice entreprise du cabinet de conseil Auxilia. Elle a patiemment agrégé les rejets de dioxyde de carbone nécessaires à la fabrication du béton et des matériaux de chantier, ceux des travaux, et enfin ceux des voiries (tunnels, métros, routes…) pour s’y rendre, une fois les constructions achevées. « Je ne prends pas seulement en compte la destruction du milieu mais aussi ce qui est construit sur le sol », explique-t-elle (voir le détail de son calcul en Prolonger). Elle obtient ainsi l’estimation d’environ 100 millions de tonnes de CO2 annuels pour le bétonnage en France. C’est une évaluation prudente, qui ne tient pas compte des émissions de gaz à effet de serre produites par l’usage de ces sites, par exemple de toutes les voitures et de tous les camions qui vont rouler sur les nouveaux tronçons routiers et polluer l’atmosphère d’autres substances dangereuses (particules fines, dioxyde d’azote…).

 

Centre commercial d'Aéroville, tout près de l'aéroport de Roissy (DR). Centre commercial d'Aéroville, tout près de l'aéroport de Roissy (DR).



Il ne serait pourtant pas difficile à l’État de surveiller les gaz à effet de serre du bétonnage : les projets d’activité commerciale font l’objet d’autorisation des préfets de région et de départements. Ils pourraient remonter chaque année le nombre d’hectares autorisés à la destruction. Ce suivi n’existe pas. Quant aux nouveaux logements, ils disposent de permis de construire délivrés par les mairies, et recensés dans la base de données Sitadel. Cette absence de coordination statistique fabrique l’invisibilité des effets climatiques de la destruction du territoire. Aucun outil n’est mis en place pour contrôler la consommation des espaces, alors qu’une multitude d’indicateurs sont utilisés chaque jour pour administrer la France. C’est plus que le signe d’une indifférence à ce saccage environnemental : le reflet d’une vision de l’aménagement du territoire inchangée depuis les Trente Glorieuses, et selon laquelle il est toujours bon d’ériger des bâtiments. Sans conscience que ces constructions diverses sont aussi des destructions du patrimoine et des richesses nationales.

Les grands projets d’aménagement, dits « grands projets inutiles et imposés » par leurs opposants, comme le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le tunnel ferroviaire du Lyon-Turin, le grand stade de Lyon, le centre commercial Europa City… ne sont pas les seuls en cause. Il y a toute la myriade de petits projets autorisés chaque jour : un nouveau centre de logistique, l’agrandissement d’un centre commercial, l’extension d’un parking. C’est la nappe diffuse, quotidienne, du bétonnage qui mite le territoire dans l’indifférence généralisée.

Depuis l’élection de François Hollande, comme sous le mandat de Nicolas Sarkozy – malgré les promesses du Grenelle de l’environnement – les projets d’aménagement pullulent. Près d’Agen, une « technopole » géante de 600 hectares (300 pour la zone d’activité, 300 pour les rocades et barreaux routiers) doit voir le jour à Sainte-Colombe-en Brulhois, sur des terres alluviales, très fertiles. Dans l’Allier, un projet de golf et de villas à Montcombroux-les-Mines doit dévorer 300 hectares. Dans la plaine de Gonesse, en région parisienne, le groupe Immochan veut développer un projet de centre commercial et de divertissement (dont une piste de ski), Europa City, sur 300 hectares. Non loin de là, en Seine-et-Marne, Pierre et Vacances s’associe à Disney pour créer un village nature sur 260 hectares. À Roybon dans l’Isère, un Center Parcs doit s’implanter sur 60 hectares. Et à Notre-Dame-des-Landes, la zone réservée pour le projet d’aéroport il y a 40 ans couvre 1 700 hectares (mais l’aérogare sera plus petite).

 

Projet de nouvelle gare à Créteil, dans le cadre du Grand Paris (DR).Projet de nouvelle gare à Créteil, dans le cadre du Grand Paris (DR).



L’énorme chantier du Grand Paris, avec les 68 nouvelles gares du Grand Paris Express, va lui aussi artificialiser des pans entiers du territoire francilien. A priori, l’augmentation de l’offre de services de transports collectifs permet de réduire l’usage de la voiture individuelle et donc de réduire le CO2 des routes. Sauf qu’en réalité, tout dépend du calibrage des sites, de l’importance des travaux et des conditions d’accès à ces nouvelles rames. Au vu de l’immensité du chantier à venir, 40 années d’utilisation des nouvelles installations pourraient être nécessaires pour compenser tout le CO2 qui aura été émis pour la construction des sites (c’est ce qu’on appelle le « temps retour sur carbone »), selon une estimation du cabinet Carbone 4. Il faudrait attendre presque un demi-siècle pour que leur effet soit bénéfique pour le climat. Ils pointent en particulier le problème du creusement des tunnels, très émetteurs (environ 40 000 tonnes de CO2 par km souterrain). « Le projet de transport et l’urbanisation collatérale sont par eux-mêmes source d’émissions. Les émissions absolues de la région Ile-de-France sont susceptibles d’augmenter par apport de la population et développement d’activité économique », préviennent-ils. Selon eux, du point de vue climatique, il faut choisir des infrastructures légères, des raccordements tram/train et la rénovation des lignes existantes, plutôt que la multiplication de gares somptueuses et d’un maillage excessif sous nos pieds.

 

"Pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports"

Le drame, c’est que les critères d’émission de CO2 ne contraignent pas les décisions d’aménagement du territoire. D’ailleurs, quel argument les contraint vraiment ? Les préfets sont les autorités décisionnaires et le relais du soutien politique à ces projets. Ils signent les avis des autorités environnementales et délivrent les autorisations de travaux. L’État est juge et partie. Pour le barrage de Sivens, « la procédure a bien été légale, mais elle est loin d’avoir été démocratique », résume Ben Lefetey, porte-parole du collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, dans son livre Sivens, un barrage pour la démocratie.

La tenue de la COP 21, le sommet sur le climat, au Bourget en décembre a inscrit la question climatique dans l’agenda politique national. Les déclarations d’intention fusent sur le climat et se radicalisent à l’approche de la conférence. François Hollande a récemment déclaré qu’un accord permettant de contenir le réchauffement planétaire à 2 °C « signifierait refuser d’accéder à 80 % des ressources fossiles encore disponibles » et qu’il faut préserver les terres agricoles car elles « pourraient stocker 7 à 8 gigatonnes de CO2, tout en stimulant la fertilité des sols : cela nous permettrait de nourrir l’humanité ». Et en même temps, son gouvernement relance le plan autoroutier (3,2 milliards d’euros de travaux). Tandis que son secrétaire d’État à la réforme territoriale, André Vallini, déclare que « pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de tourisme »

 

Laurent Fabius en couverture du magazine Décisions Durables (juin 2015).
Laurent Fabius en couverture du magazine Décisions Durables (juin 2015).
 

Manuel Valls appelle « tous les pays à se fédérer contre le réchauffement » et accorde le label grande cause nationale à la coalition climat 21, qui regroupe des dizaines de mouvements, associations et syndicats. Et, en même temps, veut lancer les travaux à Notre-Dame-des-Landes, pose la première pierre du village nature de Pierre et Vacances et Euro Disney en Ile-de-France, et signe un accord avec le premier ministre chinois Li Keqiang pour développer les Center Parcs en Chine. Stéphane Le Foll, le ministre de l’agriculture, annonce un programme de recherche pour améliorer les stocks de matière organique des sols (« 4 pour 1 000 »). Et en même temps, signe le prolongement de l’autorisation de défrichement de la zone où veut se construire le Center Parcs de Roybon. Laurent Fabius, aux affaires étrangères, est le ministre de la COP 21. Et en même temps, il promeut EuropaCity, le giga-centre commercial d’Immochan dans le Val-d’Oise (300 hectares d’artificialisation).

C’est le festival de la dissonance cognitive. Elle crée de la confusion là où l'on aurait besoin de clarté sur les arbitrages économiques et d’une vision cohérente. Le sujet du climat semble servir de rideau de fumée pour que se poursuive une politique de développement de courte vue et bloquée au XXe siècle.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 23:11

 

Source : http://VTVCanal8

 

Communiqué

 

La nouvelle loi de protection des flics lors d'une expulsion en Espagne.

Le journaliste qui a communiqué cette vidéo a été arrêté, précisément parce qu'il l'a notofié.

Logement et liberté de la presse

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 22:56

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

En cachette

Ces robots qui façonnent Internet à votre image

 

 

Avec la personnalisation des contenus, le Web est en passe de subir une métamorphose colossale. Mais il n’est pas sûr que vous vous en rendiez compte...
 
 
Altaf Qadri/AP/SIPA
 

Tôt ou tard, il pourrait y avoir autant de versions d’Internet que d’utilisateurs. Ses pages seront à l’effigie de votre voisin qui travaille dans la mode, son contenu se pliera aux goûts du villageois éthiopien connecté à Facebook, se conformera aux opinions favorables au parti républicain américain du trader freelance camé aux tablettes numériques. Il sera tout cela en même temps, mais vous n’en saurez rien. La personnalisation du Web, une idée en vogue dans les ateliers de la Silicon Valley, pourrait transformer Internet en une hydre à six milliards de têtes, individualisé pour tous.

 

Facebook, Amazon, Google : à la pointe

Tout voir à travers la lucarne de nos préférences ? Amazon, Facebook, Google, Netflix, et autres mastodontes du Web, à travers leurs algorithmes de recommandation, en donnent déjà des signes avant-coureurs. Le fonctionnement d’Internet repose de plus en plus sur des processus automatisés, pour offrir des contenus personnalisés grâce à des calculs et des mises en équations réalisés par des aréopages d’ingénieurs formés dans ce but.

Prenez Facebook. Qui n’a pas déjà vécu ces intrusions publicitaires qui, peu après que vous ayez consulté un site de tourisme sur le Congo, vous proposent via RyanAir un aller-retour en avion pour Brazzaville ?

Essayez Amazon. Vous avez aimé (et commandé) Cinquante nuances de Grey de E. L. James ? Les suggestions, en bas de la page, vous assurent que vous adorerez Une semaine de vacances de Christine Angot. En revanche, Guerre et paix de Tolstoï, ce sera pour une autre fois, essayez donc la brocante du coin.

Voyez Netflix. Grâce aux préférences que vous avez renseignées sur votre compte, son cerveau numérique vous conseillera, après avoir bouclé « Better Call Saul », d’embrayer sur la série futuriste « Sense8 ». Cela vous plaira, vous verrez.

« Celui qui a la puissance de conseil et de recommandation a un pouvoir incroyable », observait, pour Le Monde, le directeur marketing des nouveaux usages d’Orange France. Sur les médias sociaux et les sites de e-commerce, les algorithmes de suggestion carburent à plein. En basant leurs résultats sur l’historique de vos comportements en ligne, les évaluations des autres clients, ils sont quasi-sûrs de faire mouche. Au nom d’une meilleure « expérience client », la collecte de données vise à « mieux servir l’audience », obtenir « l’engagement du visiteur » et à lui suggérer des produits culturels proches de ses goûts. Un « Web de l’attention » plus proche de ses internautes. Si nous n’en vivons aujourd’hui que les prémices, les conséquences éthiques de ce type de technologies pourraient devenir problématiques.

 

 

Tracking, mémorisation

Sur Internet, tous nos faits et gestes sont mémorisés. Chaque clic, consultation, « like », « retweet », achat, évaluation, tous ces mouvements sont collectés, emmagasinés, et réutilisés ensuite pour orienter discrètement ce qui s’affichera dans nos navigateurs et sur nos applications. En sondant les stocks volumineux de nos données personnelles (data mining), historique des sites consultés, cookies, géolocalisation, recherches Google, voire — avec les objets connectés — données corporelles, la personnalisation du Web, fondée sur la somme de nos préférences, se calibre intimement sur le profil de chacun. Newsfeed, l’algorithme de Facebook, prend déjà plus de 100 000 facteurs en compte.

Opérée par l’entremise d’un traçage sans douleurs apparentes, cette collecte des données laissées par les internautes se perfectionne de plus en plus. Quitte à devenir flippante. Le 21 juillet, Google a lancé l'historique de localisation de Google Maps, intitulé « Your Time », qui retrace tous vos déplacements et indique chronologiquement tous les endroits visités, avec l’adresse, l’heure d’arrivée, de départ, le moyen de locomotion utilisé…

Lorsque le e-commerce se mâtine de lois de probabilité qui s’appuient sur le profilage de l’internaute, le réel peut dépasser l’entendement. Comme en 2013, quand Amazon a élaboré un programme lui permettant d’anticiper les achats, et d’expédier des colis dans des centres de distribution, avant même qu’ils n'aient été commandés. Ce que raconte le Figaro en extrapolant un peu. Dans ce jeu de devinettes, le géant américain (qui reconnaît une marge d’erreur) se fonde sur l’étude des habitudes des utilisateurs : tendances, achats précédents, recherches, contenu du panier, temps passé sur la page d’un produit.

 

A individu différent, journal différent

Couplée à l’automatisation des contenus, la personnalisation à outrance peut donner lieu à des situations complètement ubuesques. Et si, en cliquant sur un même lien, deux individus se retrouvaient face à deux pages tout à fait différentes ? Admettons que le traçage de mes cookies laisse à croire que je suis diplômé d’HEC et que je consulte avec frénésie le site du journal Les Echos. L’article que je lirai sur ma tablette sera bien plus fouillé et subtil que celui de mon voisin de bus, gros lecteur des pages sport de Direct Matin sur iPhone. 

Ces exemples sont sensiblement similaires à ceux que donnent Evgeny Morozov dans Le Monde Diplomatique. « Ecrire et modifier des articles instantanément, les personnaliser afin qu’ils s’adaptent aux intérêts et aux habitudes intellectuelles du lecteur : c’est exactement le but du journalisme automatique », relève l’écrivain, spécialiste des questions technologiques. Des articles de journaux sont déjà écrits en temps réel par les robots de la société Narrative Science.

 

Une zone de confort radicalement déterministe

A juste titre, les partisans d'un alter-Internet estiment que cette logique de fond nous enferme dans une zone de confort. Ce déterminisme automatisé, enraciné dans nos préférences passées et compilées, est potentiellement abrutissant. Et si un internaute qui passe son adolescence à lire des articles sur Nabilla, et à regarder la série « Gossip Girls » en streaming, ne se voyait plus jamais proposer que des contenus de cet ordre ? « C’est une dystopie terrifiante, dont j’espère qu’elle n’adviendra jamais », juge Basile Simon, « hacker-journaliste » de la BBC, qui travaille sur la personnalisation des contenus sur le site Web de la chaîne. « La peur de dépendre de l’algorithme, de dépendre du pouvoir, est une peur fondée », dit-il. Est-il concevable pour un algorithme de penser que nos vies sont faites d’aspérités ? Que nos existences ne sont pas totalement linéaires ? Que nos expériences et turpitudes quotidiennes influent sur nos goûts ?

Dans The Filter Bubble (2011), le militant libertaire Eli Pariser explique que les algorithmes de personnalisation font disparaître certains commentaires, actualités, publications, de gens qui ne sont pas du même bord que nous. Recroquevillé sur notre propre univers cognitif et culturel, notre « bulle », tout accès à l’information, à la culture, les commentaires, devient alors axé sur nous-mêmes.

« Dans une société entièrement personnalisée, comment évoluera la créativité ?, interroge à son tour Philippe Vion-Dury, ancien journaliste tech à Rue89, en train d’écrire un livre sur la prise de pouvoir des algorithmes, Le choc créatif est censé germer sur la sérendipité (la découverte de façon fortuite, ndlr), les choses inattendues, le conflit, qui nous sortent de nos biais cognitifs traditionnels. » Sans ça, nous voilà plongés dans cette zone de confort à l'extrême, de mollesse totale, qui fait écho à l'état du « dernier homme » de Nietzsche, où toute rivalité, toute conflictualité a disparu. Le risque ? Se trouver plongé dans un univers narcissique sans diversité, où la pensée critique n'a pas sa place.

Surtout que le Web 2.0 est un espace bizarre. Outre sa nature communautaire, via nos échanges sur réseaux sociaux, nous avons spontanément l’impression que nous savons tout sur tout, alors que cet univers est sculpté suivant nos préférences — bouchant avec du plâtre ce qui ne suscite aucun intérêt, appliquant un « coup de polish » à ce dont on est féru. Le tout sans forcément que l’on s’en rendre compte. Paru en juillet 2014, un sondage du MIT a montré que 70 % des utilisateurs disent ne même pas avoir conscience qu’un algorithme est à l’œuvre sur Facebook.

 

Une sérendipité calculée ?

Bien sûr, disent leurs promoteurs, les algorithmes peuvent se plier aux chartes éthiques et, en plus de fidéliser les audiences, conserver des formes de diversités, des marges de découvertes. « Il ne faut pas voir ce procédé comme un algorithme monolithique, mais plutôt comme un ensemble de solutions, une volonté d’organiser, témoigne Basile Simon de la BBC. Enfermer quelqu’un dans un historique de choses passées, pourra amener à un désintérêt complet. D’où l’intérêt d’offrir un retour en arrière, d’utiliser une troisième voie, celle du consentement express, qui est donné par la création d’un compte et par la construction d’un profil en répondant à des questions. »

Optimiste, le hacker estime que « tout le monde fera le choix noble vis-à-vis de ses utilisateurs ». En théorie, il est bien évident que les faits techniques peuvent se plier à l’intérêt du plus grand nombre, comme à la BBC, qui est un service public. Mais en temps de crise ? « Dans un univers concurrentiel où les médias s’effondrent, en pleine crise, quand on a un Xavier Niel à la tête de journaux, il faut se demander quel sera le poids de l’éthique face à la survie », ironise Philippe Vion-Dury. Et de tacler : « Les nouveaux médias qui font de la curation (de la sélection de contenus, ndlr), comme Google, ne sont pas liées par l’éthique. Le jour où l’éthique posera une barrière importante, réduira l’opportunité de profits, des ogres de ce genre n’hésiteront pas. »

 

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Source : http://www.marianne.net

 

 

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 23:10

 

Source : http://www.journaldemontreal.com

 

 

 

Les goinfres insatiables

 

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 20:32

 

Source : http://www.acatfrance.fr

 

Verdict de l'ONU : La France n’est pas le pays des droits l’homme

 

 

Le 23 juillet 2015 dans l’après-midi, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rendu ses recommandations concernant la France, faisant suite à l’examen périodique qui s’est déroulé au début du mois de juillet à Genève.
 
 
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Le 24 / 07 / 2015

Le comité des droits de l’homme rend son verdict : La France n’est pas le pays des droits l’homme 

Le 23 juillet 2015 dans l’après-midi, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rendu ses recommandations concernant la France, faisant suite à l’examen périodique qui s’est déroulé au début du mois de juillet à Genève. Lois antiterroristes, surveillance, respect des minorités, milieux carcéral et violences policières, droit d’asile et le sort des migrants, des Roms, Outre-Mer : la France est loin d’être le pays des droits de l’homme. 

« Doit-on se réjouir ou s’inquiéter ? La quasi-totalité des violations des droits de l’homme dénoncées par lACAT a fait l’objet de recommandations du comité au gouvernement français, sur les questions de rétention de sureté, sur les violences policières,  de surpopulation carcérale, sur les procédures prioritaires et l’absence de recours effectif et égal pour tous les demandeurs d’asile, et sur le sort des migrants, notamment en outre-mer » commente  Eve Shahshahani, responsable asile à l’ACAT.

 

  • VIOLENCES POLICIERES ET SURPOPULATION CARCERALE

Le comité a notamment estimé qu’il  n’y a actuellement en France pas assez de contrôle sur la manière dont les forces de l’ordre font usage de la force, ce qui accroit les risques de violences policières et alimente un climat d’impunité. La dignité des personnes détenues, qu’il s’agisse de nationaux ou de migrants, en métropole et plus gravement encore en Outre-Mer, fait l’objet d’une vigilance particulière du  Comité.

  • ASILE

En matière de droit d’asile, les experts considèrent que la France ne respecte toujours pas le droit à un traitement égal et à un accès effectif au recours et au juge pour tous les demandeurs d’asile. Ils insistent sur la nécessité d’examiner au fond chaque demande d’asile et mettent en garde contre les présomptions légales et les risques de refoulement[6].

D’une manière générale, le Comité souligne que c’est la logique administrative et répressive qui règne en France, sans garanties légales et transparentes suffisantes, qui met la France en faute.

« Le gouvernement, dont on attend des mesures concrètes pour obéir aux recommandations des experts de l’ONU, semble bien peu disposé aux compromis.  La France a au contraire passé en force de nombreuses réformes contraires à l’esprit des recommandations du Comité, notamment en ce qui concerne l’asile et l’immigration, et persiste dans sa surdité, sans dialogue, comme le démontre l’actualité récente sur le Flashball »  déclare Salomé Linglet responsable prisons, police et justice à l’ACAT.

 

Contacts :

Salomé Linglet, responsable prisons, police et justice à l’ACAT : 06 69 94 89 64

Eve Shahshahani, responsable asile à l’ACAT : 07 82 06 92 14

 

 

Source : http://www.acatfrance.fr

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 23:42

 

 

Source : http://kedistan.fr

 

 

Massacre à Suruç : 32 sourires disparus…

Un groupe de 300 de jeunes réunis à Suruç à l’appel de la Fédération Sosyalist Gençlik Derneği (Association, Jeunesse Socialiste) pour aller à Kobanê, afin de contribuer à sa reconstruction, a été victime d’un attentat à la bombe.

Une bombe (probablement “humaine”) a explosé le 20 juillet, aux environs de 12h, lors de la conférence de presse. De nombreuses caméras qui tournaient à ce moment-là ont filmé l’explosion qui a fait 32 morts et une centaine de blessés.

 

(Attention, cette vidéo peut heurter les personnes sensibles)

 

Le Premier Ministre Davutoglu a déclaré : “L’enquête s’oriente vers un attentat de l’Etat Islamique” et le Sous-préfet de Suruç: “L’attentat pourrait avoir été commis par l’Etat Islamique”. Quant au Président Erdogan, il n’a pas trouvé utile d’interrompre son voyage à Chypre.

Plusieurs manifestations de protestation à l’attentat de Suruç se sont déroulées à Istiklal et dans plusieurs autres quartiers d’Istanbul, ainsi que dans de nombreuses villes du pays, parfois dispersées avec violence par la police.

 

  suruc-istanbul-manif

 

Les victimes sont majoritairement des jeunes. L’attentat a provoqué une large vague de colère. Les soutiens de Kobanê réagissent dans les médias et les réseaux sociaux, comme les participants rescapés de l’attentat.

Loren Elva, militante LGBT, est hospitalisée, souffrant de brûlures et de surdité. Encore sous le choc de la violence de l’explosion Loren affirme :

Nous allions à Kobanê refleurir les espoirs détruits, construire une bibliothèque, un parc pour les enfants.

Mais ella a les idées claires, elle exprime sa colère et sa détermination :

Je ne suis pas bien, je ne serai pas bien, ne soyez pas bien !

Ces paroles qui appellent les gens à la prise de conscience et à réagir, sont devenus spontanément des hastags : #iyideğilim, #iyiolmayacagım, #iyiolmayin  

Merve Kanak écrit de Suruç :

twitt-surucLa nuit est tombée sur Suruç. Ils ont tué les gens avec lesquels on a chanté dans le bus. Ils ont tué les gens avec lesquels on a dansé. Les gens avec lesquels on a papoté, les confrères que nous étions surpris de voir là bas, il les ont tués. Il ont tué les gens avec lesquels on a pris le petit déj à Amara, rigolé, mangé une pastèque. Ils ont tué les gens avec lesquels on a discuté théorie, politique. Les gens qui avaient des idéologies différentes mais qui étaient réunis par la réalité de la Révolution, ils les ont tués.

Nous étions tous des gens bien. Nous allions réaliser un rêve. Nous avions 3 sacs remplis de jouets pour les enfants, vous me comprenez ?

Nous avons marché attentivement pour ne pas marcher sur les cadavres de nos camarades, vous me comprenez ?

J’ai compris pourquoi les “agit”  (chants funebres) kurdes sont si tristes, vous me comprenez ?

C’est un soir difficile pour ceux qui sont restés en vie par hasard. Juste une question alors, c’est mieux de mourir, ou vivre ?

"Le 19/24 juillet nous serons à Kobanê", avait publié une des victimes sur les réseaux sociaux.

“Le 19/24 juillet nous serons à Kobanê”

Avant de partir pour Suruç, Aydan Ezgi Sancı avait posté ce message sur son réseau [traduit par Etienne Copeaux]:

aydan-ezgi-sanci-surucAujourd’hui, des centaines de jeunes venus de Turquie et du Kurdistan du nord ont pris la route pour participer à la reconstruction de Kobanê. En cet anniversaire de la révolution de Rojava [le Kurdistan syrien] défendue corps et âmes par nos camarades, il s’agit d’un pas important dans la construction et le renforcement d’une culture. Nous avons combattu ensemble, ensemble nous reconstruirons.

Vous souvenez vous de cette image qui avait fait le tour d’Internet en décembre 2014 ?

Témoignant de la violence policière, cette photo prise lors de l’arrestation d’un militant, pendant une manif pour Kobanê, était devenue une icône représentative la répression policière. Le flic pas content que l’homme continue à scander le slogan “Stop aux tortures !” lui écarte -et déchire- la bouche avec une haine quasi palpable sur la photo….

Vous avez dit torture ?

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cebrail_gunebakan-2

Cet homme s’appelle Cebrail Günebakan. La violence policière n’avait pas réussi à arrêter ce jeune militant. La violence fanatique l’a fait. Il est une des personnes décédées par la bombe explosée aujourd’hui à Suruç.

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Dans cet attentat on ne peut lire qu’un avertissement et vengeance de Daech envers les soutiens de Kobanê. Des rumeurs sur le fait que les membres circuleraient relativement facilement en Turquie, que les blessés seraient transportés et soignés dans les hopitaux turcs, traversent le pays. Et les aides d’arsenal révelés appuient ces rumeurs.

Plus le soutien et la résistance s’élargit plus le risque de riposte de la part de Daech est palpable. Plus Daech affrontera les soutiens de Kobanê en Turquie avec une violence croissant, plus ces derniers se radicaliseront et élargiront leur rangs… Effet boule de neige, sur une boule de feu…

32 vies de plus, enlevées par l’utilisation systématique de la violence -d’état et des fanatiques- pour faire taire ceux qui revendiquent une véritable démocratie, une véritable égalité, une véritable paix. La solidarité internationale est de mise aussi contre toutes les formes d’oppression et tous les intégrismes !

Quoi qu’il arrive les 32 jeunes morts à Suruç ne seront pas oubliés…

Koray Çapoğlu, Cebrail Günebakan, Hatice Ezgi Sadet, Uğur Özkan, Nartan Kılıç, Veysel Özdemir, Nazegül Poyraz, Kasım Deprem, Alper Sapan, Cemil Yıldız, Okan Pirinç, Ferdane Kılıç, Yunus Emre Şen, Çağdaş Aydın, Alican Vural, Mehmet Ali Vural, Osman Çiçek, Mücahit Erol, Mehmet Ali Barutçu, Aydan Ezgi Şalcı, Ali Rıza Aslan, Nazlı Akyürek, Serhat Devrim, Ece Dinç, Emrullah Akalın, Murat Yurtgül, Erdal Bozkurt, İsmet Şeker.

Vous pouvez trouver les portraits de ces jeunes dans l’article d’Etienne Copaux : Les jeunes victimes de Suruç ont un nom et un visage. suruc-portraits suruc-sehit-1 suruc-sehit-3 suruc-sehit-4 suruc-sehit-2

 

 

Source : http://kedistan.fr

 

 

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Source : http://ovipot.hypotheses.org

 

Le « massacre de Suruç/Pirsûs » (20 juillet 2015) : cinq points

 

Cérémonie funéraire de Hatice Ezgi Sadet, le 22 juillet 2015 à Ümraniye (Ihlamurkuyu Cemevi)

Cérémonie funéraire de Hatice Ezgi Sadet, le 22 juillet 2015 à Ümraniye (Ihlamurkuyu Cemevi)

On a enterré hier mercredi 22 juillet des jeunes victimes du « massacre de Suruç/Pirsûs » dans diverses périphéries d’Istanbul, de Maltepe à Gazi, en passant par Ümraniye. Avant-hier 21 juillet, sur le site Internet « Siyasi Haber » le bloggeur Ahmet Saymadı – dont les papiers lors des événements de Gezi ont été très suivis – a posté une note intitulée « Désormais Kobanê c’est Istanbul1 ». Dans cette note il écrit : « La bombe qui a explosé à Suruç, a en même temps explosé à Gülsuyu, à Soğanlı, à Kadıköy et à Kurtuluş ».

Dans la continuité de nos notes précédentes sur Okmeydanı (voir nos éditions des 4 et 7 avril 2014), sur la frontière turco-syrienne (voir notre édition du 26 septembre 2014) et sur l’entrée d’Istanbul dans la guerre syrienne (voir notre édition du 14 octobre 2014), alors que la colère et la stupeur règnent largement dans une partie de l’opinion, que des victimes restent non identifiées et que l’enquête se poursuit, quelques points seulement.

  1. L’organisation socialiste de jeunesse qui a organisé ce mouvement de solidarité avec Kobane, SGDF – la Fédération des Associations de Jeunesse Socialiste, formée en 2005 – est liée non pas au mouvement kurde directement, mais au Parti Socialiste des Opprimés (ESP), lui-même issu en 2010 de la Plateforme Socialiste des Opprimés (ESP2. Parti marxiste-léniniste, l’ESP a cependant eu pour fondatrice la co-responsable (eşbaşkan) actuelle du parti kurde HDP, Figen Yüksekdağ. A ce titre, SGFD est une des expressions manifestes de l’articulation récemment reconfigurée entre extrême gauche turque et mouvement kurde : les origines mêlées des victimes du massacre et l’importance de celles de socialisation alévie en sont des indices. Le public de SGDF est avant tout étudiant et dans une moindre mesure lycéen ; d’où le jeune âge (jusqu’à 16 ans !) et l’origine urbaine des victimes.
  2. À l’échelle de la Turquie, cet attentat ne vise donc pas directement et exclusivement le mouvement kurde. Il vise la nouvelle alliance qui s’est exprimée aux élections de juin 2015 (alliance issue partiellement des soulèvements de Gezi de juin 2013), qui associe gauchistes turcs, alévis et mouvement kurde. Il vise aussi le mouvement féministe de Turquie, nombre de victimes étant des femmes. Les ferments d’un renouveau du champ politique turc, au-delà des paradigmes ethniques ou religieux, étaient en ligne de mire.
  3. Ce massacre, qui se nourrit d’une conjoncture internationale de désordre et de violences extrêmes, a une dimension très turque. Il semble qu’à l’instar de l’attentat meurtrier de Diyarbakır du 5 juin 2015 – à la veille des élections législatives – les responsables soient des citoyens turcs, issus d’une même filière ou d’un même environnement idéologico-activiste (Adıyaman). À cet égard, on comprend mal les tolérances dont ont été l’objet les auteurs des deux attentats – dont on suppose qu’ils se connaissaient – de la part des forces de sécurité turques comme des institutions du renseignement. Comme le souligne le chroniqueur Aydın Engin dans le Cumhuriyet du 23 juillet 2015, « l’EI est en nous, et parmi nous, ce n’est plus une menace extérieure3 ». Si les franchissements de la frontière turco-syrienne sont désormais mieux contrôlés4, les circulations internes à la Turquie et les activités d’anciens combattants djihadistes turcs retournés ces derniers mois en Turquie semblent l’être beaucoup moins systématiquement5.
  4. À une échelle plus régionale, ce massacre intervient le lendemain des célébrations du début de l’insurrection autonomiste de Kobanê, le 19 juillet 2012. En effet, c’est à partir de cette date que les Kurdes de Syrie, et notamment ceux du canton de Kobanê, ont décidé de prendre leur défense et leur organisation en mains, rompant avec le gouvernement syrien comme avec les autres opposants armés à celui-ci. La coïncidence de calendrier est donc significative. De part et d’autre de la frontière, de Kobanê à Suruç/Pirsûs, on est ainsi passé en quelques heures, de l’allégresse des commémorations à l’horreur du cauchemar. Le massacre survient aussi alors que l’EI perd des positions sur plusieurs fronts en Syrie comme en Irak6, comme une aveugle démonstration de force de nuisance persistante aux portes mêmes de Kobanê « perdu » fin janvier 20157.
  5. Quoi qu’il en soit, ce massacre montre le risque de la projection du champ politique turc sur le terrain syrien – les différents acteurs du jeu turc s’identifiant, parfois jusqu’à la compassion active, à différents acteurs du sanglant théâtre syrien -, pour ne pas parler du débordement du chaos syrien sur le territoire turc8. Seul le versant armé du mouvement kurde – et quelques combattants internationalistes plus ou moins aguerris9 – fait le lien entre ces deux régimes d’action, non sans schizophrénie parfois. Se rendant à Kobanê, ces jeune du SGDF sont entrés dans un champ infernal auquel ils n’étaient pas formés/préparés et ont été happés par le chaos syrien. La responsabilité des hommes politiques turcs de tout bord qui projettent leurs rivalités dans le champ syrien est donc grave.

 

 

 

1 milicien -H (pro ) a tué 1 membre de à après l'avoir traqué pendant 3 mois https://twitter.com/hasavrat/status/623805552221679616 

 

 

Yol @Yollar9

Le revendique le meurtre de 2 policiers à "jugés" pour l'attentat (32 tués) pic.twitter.com/usY4P1akK2

Voir l'image sur Twitter

 

 

 

 

 

Traduction de l’image : 5. Le 22 juillet, une équipe de gros bras d’Apo a mené une expédition punitive envers 2 policiers coopérant avec les milices de Daech à Ceylanpınar aux alentours de 6h du matin, en représailles au massacre de Suruç. Les armes et papiers d’identité des policiers Feyyaz Özsahra et Okan Acar ont été saisis au moment de leur exécution. / 22 juillet 2015 / Centre de relation avec la presse du HPG

Traduction : L'AKP veut la guerre / nous construirons la paix / Nous nous rassemblerons dimanche 26 juillet à 16h devant l'immeuble TRT de Tepebaşı et marcherons jusqu'à la place d'Aksaray !

 

 

Les opérations de représailles ou de « justice populaire » organisées dès le 22 juillet 2015 (4 personnes – une à Adana, une à Istanbul et deux policiers turcs à Ceylanpınar/Urfa -, exécutées par des « commandos d’Apo »), laissent augurer de tensions croissantes sur le mode de la vengeance violente. Sans parler de la dégradation supplémentaire du débat politique10, alors que le gouvernement de coalition n’est pas encore constitué. Espérons que la « marche pour la paix » annoncée pour le 26 juillet à Istanbul permettra de saluer dignement la mémoire des victimes et d’éviter la contamination incontrôlable.

  1. Voir : http://siyasihaber.org/kobane-artik-istanbuldur-ahmet-saymadi (consulté le 22 juillet 2015) [↩]
  2. Voir: http://www.sendika.org/2010/01/ezilenlerin-sosyalist-partisi-kuruldu/ (consulté le 22 juillet 2015). ) [↩]
  3. Voir : http://www.cumhuriyet.com.tr/koseyazisi/327997/ISiD_icimizde….html (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  4. Selon le ministère de la défense turc 50 428 personnes de toute nationalité ont été arrêtées en 2014 alors qu’elles tentaient de franchir illégalement la frontière turco-syrienne, sur un total de 102 942 pour les quatre années 2011, 2012, 2013 et 2014. C’est dire l’intensification récente des passages/arrestations. Du 16 au 18 juillet 2015 (selon l’état-major turc, toujours), sur les 514 personnes arrêtées, 488 tentaient de pénétrer illégalement en Turquie (et 26 seulement tentaient dans l’autre sens !). [↩]
  5. Voir : « Un loup solitaire ou DAİŞ ? », Birgün, 21 Temmuz 2015 ; http://www.birgun.net/haber-detay/haber-analiz-yalniz-kurt-eylemi-mi-isid-mi-planladi-85261.html (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  6. Voir à ce propos l’article de Ruşen Çakır dans Haber Türk du 23 juillet 2015 : http://www.haberturk.com/yazarlar/rusen-cakir-2302/1106433-isidin-turkiye-hesaplari-tutar-mi (consulté le même jour) [↩]
  7. Voir « Kobane libéré de l’EI », http://www.gazetevatan.com/kobani-isid-den-kurtuldu-721293-dunya/ (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  8. C’est la thèse catastrophiste de la « syrianisation de la Turquie », défendue par Cengiz Çandar : http://www.diken.com.tr/cengiz-candar-bu-politikadan-vazgecilmezse-sonuc-turkiyenin-suriyelilesmesi-olacak/ (consulté le 23 juillet 2015). [↩]
  9. Comme ces militants turcs du MLKP qui partent combattre aux côtés du YPG kurde syrien. Voir : « On a commémoré Paranaz Kızılbaş à Okmeydanı », http://www.halkingunlugu.net/index.php/g%C3%BCncel/item/3241-paramaz-k%C4%B1z%C4%B1lba%C5%9F-okmeydan%C4%B1%E2%80%99nda-an%C4%B1ld%C4%B1.html (consulté le 22 juillet 2015). [↩]
  10. Que la “déclaration” confuse et plus qu’ambigüe de Bülent Arınç du 22 juillet au soir illustre avec flagrance. « Arınç : “Pourquoi aucun responsable du HDP n’était présent à Suruç ?” » http://www.cnnturk.com/turkiye/arinctan-cok-sert-aciklama-katil-erdogan-diye-bagiran-soysuzlar (consulté le 23 juillet 2015). [↩]

 

 

 

Source : http://ovipot.hypotheses.org

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:57

 

 

Source : http://www.sudouest.fr

 

 

Quand un citoyen dévoile l'un des secrets les mieux gardés de la République

 

Le « petit prof de maths » a eu raison d’un des secrets les mieux gardés de la République : la réserve parlementaire

Quand un citoyen dévoile l'un des secrets les mieux gardés de la République

En 2013, Hervé Lebreton, anonyme professeur de mathématiques, a obtenu la publication des listings de la réserve parlementaire. ©

Photo Émilie Drouinaud/« S O »

 

 

 

Ce jour-là, Hervé Lebreton, 43 ans, était à Tours, chez ses parents. Avec un après-midi à tuer, d'autres auraient sans doute opté pour une balade. « Je suis passé à la mairie voir comment ils classaient les délibérations. » Il sourit : « Il manquait les indemnités des élus. J'ai dit à la secrétaire : “Vous êtes obligée !”»

Prise de panique, la fonctionnaire lui présente un bordereau issu d'un fichier informatique… du ministère de l'Intérieur. Il en a les yeux qui brillent : « J'ai ainsi découvert qu'il existe un fichier qui centralise toutes les délibérations et les budgets des collectivités. Je me suis dit : “Celui-là, je vais me le faire ! On pourrait le rendre public et consolider toutes les données de dépenses des collectivités.” Bien sûr, on ne veut pas me le communiquer… Je pars pour cinq ans, au moins. »

Il y a quelques années, la propension de ce prof de maths installé à Lacépède, petit village de Lot-et-Garonne, à jouer les Julian Assange n'aurait affolé personne. Il n'en va pas de même aujourd'hui : au sommet de l'état, nul n'ignore plus que ce zèbre-là est extrêmement tenace !

Face à Jérôme Cahuzac

Son fait d'armes ? Avoir pulvérisé en 2013 l'un des secrets les mieux gardés de la République : la réserve parlementaire. Soit une grosse caisse d'environ 150 millions d'euros de subventions que les députés pouvaient orienter à leur guise vers des collectivités locales ou des associations dans l'opacité la plus complète.

« J'ignorais ce qu'était la réserve parlementaire. Un jour, on m'a dit : “Voilà une chose sur laquelle on ne saura jamais rien.” J'ai trouvé incroyable que de l'argent public puisse être distribué sans que les citoyens le sachent. »

Il ne faut pas se fier à son air d'éternel adolescent. Ce faux naïf, fils d'un professeur d'université en physique-chimie et ancien élève de maths sup et maths spé, est méthodique. Rigoureux en diable. Et il apprend vite.

« Au début, c'est sûr qu'on ne m'a pas vu venir. Quand je ne sais pas, je pose des questions. J'ai d'abord questionné l'Assemblée : on m'a envoyé paître. » Puis il s'adresse à son député. Un certain… Jérôme Cahuzac, alors président de la commission des finances. « J'ai demandé vingt fois à être reçu. Il n'a jamais accepté! » Tout comme il n'a jamais voulu, par la suite, dévoiler l'utilisation de sa propre réserve parlementaire.

Mais, à force de patience, l'homme découvre que les listings sont conservés dans les ministères. Dont celui de l'Intérieur. C'est finalement le tribunal administratif de Paris qui enjoindra au ministère de lui communiquer l'ensemble des documents, au bout de deux ans de bataille.

Fiché « sûreté de l'état »

« Je suis intuitif. J'ai une piètre mémoire. J'ai besoin d'éprouver les choses. » Faute d'argent, il constitue son mémoire tout seul en se renseignant sur Internet. « Le jour de l'audience, mon train était bloqué. J'ai failli arriver en retard. Mais j'ai eu le temps d'écouter les avocats adverses. Pour parler au juge, ils donnaient du “Monsieur le président”. J'ai fait pareil. »

Dans la salle, il repère néanmoins un « man in black », signe que les services de renseignement commencent à s'intéresser à lui. « J'ai demandé à voir ma fiche, comme le permet la loi. On m'a dit que c'était impossible, car j'étais dans le fichier “sûreté de l'état”. La Cnil a fait une deuxième demande. Finalement, le classement a été annulé », relève-t-il.

Il faut dire que la livraison des listings de la réserve parlementaire fait son petit effet. Ils révèlent à quel point certains députés bien placés jouent les Pères Noël dans leur circonscription. Un système qui fleure le clientélisme. L'homme se paie même le luxe de les rendre publics… au sein même de l'Assemblée nationale. « C'était la première fois que j'y allais. Ça m'a ému. Pour moi, c'est la maison des citoyens. »

Résultat : depuis son coup d'éclat, chose inimaginable il y a quelques années, le système de la réserve parlementaire a été (un peu) réformé. Chaque député est censé disposer de la même somme. Et le Parlement s'est engagé à rendre les attributions publiques. Pas suffisant pour le pointilleux Hervé Lebreton : « Ce système n'a pas lieu d'être. Ce n'est pas le rôle d'un député de distribuer des subventions », assène-t-il.

Faut-il voir derrière ce souci de la règle que d'aucuns qualifient d'« un peu rigide » un antiparlementarisme primaire ? « Je crois au contraire que le mandat de député est le plus beau qui soit. C'est pour ça que je suis un peu tatillon », explique-t-il. Il a d'ailleurs lui-même tenté de se présenter aux législatives en 2012. « Ce n'est peut-être pas ce que j'ai fait de mieux. Mais j'ai besoin d'expérimenter les choses. Je voulais voir si un simple citoyen pouvait se présenter à des élections nationales sans le soutien d'un parti. Cela devrait être possible. Mais j'ai vite compris que ce n'est pas le cas », déplore celui qui fit moins de… 2 %, non sans avoir gourmandé le CSA et même le préfet après avoir constaté qu'il manquait des panneaux d'affichage.

Militant de la transparence

L'homme n'en était pas à son coup d'essai. À la tête de son association (Pour une démocratie directe), il avait auparavant tenté de ferrailler contre le régime de retraite des parlementaires. Il utilise alors le droit de pétition (un texte méconnu qui permet à chaque citoyen de proposer une loi) pour demander l'alignement des retraites des députés sur le régime général. Avec le succès que l'on peut imaginer…

Comment ce père de deux filles marié à une institutrice s'est-il transformé en militant de la transparence ? « Je me suis réveillé à 40 ans. Je n'étais pas politisé, et ma famille non plus. Je me suis soudain rappelé ce que “citoyen” veut dire. En théorie, on a beaucoup de droits et de pouvoirs. Mais on ne les utilise pas. J'ai fait ma crise de la quarantaine comme ça », plaisante-t-il.

Aujourd'hui, l'association a grossi et compte près de 600 membres. Et lorsqu'il décide de s'attaquer à l'IRFM (les frais des députés, qui ne font l'objet d'aucun justificatif), qu'il soupçonne de servir aux parlementaires pour parfois se constituer un patrimoine immobilier, l'Assemblée se fend dans la foulée d'une réforme de cette indemnité ! Là encore, pas suffisant. « Je ne vois pas pourquoi on adopte des demi-mesures sur des sujets aussi importants. Nous avons recueilli des dizaines de documents », prévient-il. Son association vient d'ailleurs de recevoir l'agrément pour saisir la redoutable (et redoutée) Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Et, sur son bureau, les dossiers s'empilent…

 

 

Source : http://www.sudouest.fr

 

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:49

 

Source : http://www.bfmtv.com

Sea Shepherd: 5 militants arrêtés pour avoir tenté d'empêcher un massacre de dauphins

Mis à jour le
 
 

Les cinq militants de Sea Shepherd n'ont pu empêcher les Féringiens de tuer 283 dauphins, jeudi sur la plage de Thorshavn.

 
 

Les cinq militants de Sea Shepherd n'ont pu empêcher les Féringiens de tuer 283 dauphins, jeudi sur la plage de Thorshavn. - Sea Shepherd

 

 

Les images sont choquantes. Mais les autorités danoises laissent se perpétuer une cruelle tradition des Ile Féroé: le massacre de dauphins. Cinq activistes de l'ONG Sea Shepherd, dont un Français, ont été arrêtés pour s'être interposés entre les cétacés et les "pêcheurs".

Le dauphin globicéphale est une espèce protégée, mais certaines traditions de pêche locales passent au-delà de cette considération. Ainsi, jeudi des habitants des Îles Féroé, qui dépendent du Danemark, ont exterminé en deux fois, vers 16 et 20 heures, quelque 283 cétacés rabattus vers la plage de Thorshavn par une quarantaine de bateaux.

L'ONG Sea Shepherd, qui s'est donné pour mission de défendre la faune et la flore marine, avait tenté d'empêcher ce massacre qui n'a épargné aucun des mammifères marins pourchassés. Les cinq militants, de nationalités française, sud-africaine, belge, italienne et luxembourgeoise, ont tous été arrêtés par les autorités locales. "Nous attendons des nouvelles de notre avocat cet après-midi", explique à BFMTV.com Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France. Après que la "législation locale s'est durcie après nos actions de l'année dernière, ils (les militants Sea Shepherd, Ndlr) risquent jusqu'à deux ans de prison contre quatre mois auparavant, pour s'être interposés dans une opération de pêche légale", explique-t-elle.

Les cris des dauphins massacrés

La page Facebook de l'ONG montre des images de cette curée, dans une mer rougie par le sang de ces "dauphins pilotes" connus pour suivre l'étrave des bateaux. Une séquence mise en ligne sur YouTube montre aussi comment la flottille a forcé les animaux à s'échouer pour tomber dans un piège mortel. Comme le précise l'organisation, ces images accompagnées des cris des cétacés sont "difficiles".

 

David NAMIAS

Journaliste

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:45

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

ENQUÊTE - 5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras

2 mars 2015 / Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre)
 

 

 


 

 

Au cœur d’Avril-Sofiproteol et de la FNSEA, un homme, Xavier Beulin. Indestructible, faiseur de ministres, lié au grand patronat, il applique la politique de l’industrialisation de l’agriculture française. Au prix de la disparition de dizaines de milliers d’exploitations agricoles et de la destruction de l’environnement.

C’est le symptôme le plus évident de sa puissance : d’« Agricultor » pour Libération à « Agrobusiness man » pour Le Monde, toute la presse nationale a tiré la caricature de cet « homme d’affaires [qui] détonne dans le milieu agricole » selon Le Point. Mais rien n’y fait. Xavier Beulin semble indestructible.

Cheveux gominés, chaîne en or, montre Breitling et villa en Tunisie, son train de vie n’est pas un mystère. M. Beulin n’est plus guère paysan, et il s’en fiche. Difficile de trouver un cliché de lui sur son tracteur ; et quand Reporterre lui propose en juillet dernier une rencontre sur son exploitation de 500 hectares dans le Loiret, il refuse. Son véritable lieu de travail est son bureau installé dans les beaux quartiers du 8e arrondissement de Paris, dans lequel il a de nouveau reçu le quotidien de l’écologie.

« Fossoyeur de l’agriculture », selon Marianne, il ne cache pas sa vision des choses : il n’y a d’autre choix possible que l’industrialisation de l’agriculture :

- Ecouter Xavier Beulin :

 
 
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Et pourtant. « Beaucoup d’agriculteurs ne se rendent toujours pas compte qu’ils sont en train d’être vendus à un industriel », dit Grégoire Frison, avocat de Novissen, l’association en pointe dans le combat contre la ferme-usine des Mille vaches. Lors d’une plaidoirie, il avait tenté de stigmatiser ces petits réseaux qui contrôlent l’agriculture moderne. « Mais les juges ont fermé yeux et oreilles ».

En revanche, M. Beulin peut injurier les opposants au barrage de Sivens, les taxant de « djihadistes verts » sans que personne s’en émeuve, hormis les écologistes.

Rien n’ébranle l’autorité de Xavier Beulin. Et pour cause, l’homme est puissant. Celui qu’on présente parfois comme le « ministre occulte de l’agriculture » fait plus que murmurer à l’oreille des ministres. Il est l’homme providentiel, une sorte de super-ministre tapi dans l’ombre des ministres officiels, le sauveur masqué des soirs de réveillon :

- Ecouter :

 
 
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En décembre 2013, François Hollande avait fait spécialement le déplacement pour les trente ans de Sofiprotéol, y prononçant un discours flatteur.

 


- François Hollande aux trente ans de Sofiproteol en décembre 2013 -

 

Cumul des mandats et conflit d’intérêt

Le pouvoir de M. Beulin tient à sa position centrale dans les multiples réseaux qui irriguent le monde agricole. Président du premier syndicat agricole français, la FNSEA, vice-président du syndicat agricole majoritaire représenté à Bruxelles, le Copa-Cogeca, il est aussi président de l’EOA, l’alliance européenne des oléo-protéagineux, vice-président du CETIOM (un institut de recherche spécialisé dans les filières oléagineuses), vice-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Loiret, département dont il est issu. Egalement secrétaire-adjoint de la Chambre régionale d’agriculture du Centre, il avait été president du Haut conseil à la cooperation agricole et du conseil d’administration de FranceAgriMer, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer.

L’association nationale des producteurs de lait s’est amusée, en 2012, à schématiser les différentes structures tombées sous la casquette de Xavier Beulin. Le tableau n’est pas exhaustif :

Les responsabilités de l’homme aux mille bras, d’ailleurs, ne se cantonnent pas au milieu de l’agriculture : il préside aussi l’IPEMED, un institut de coopération avec les pays du bassin méditerranéen, le CESER (Conseil économique social et environnemental régional) du Centre et et le conseil de Surveillance du Port autonome de La Rochelle, premier port français d’importation des produits forestiers et deuxième exportateur des céréales.

Toutes ces responsabilités cumulées induisent des conflits d’intérêt, au sens de « situation de fait dans laquelle se trouve placée une personne face à deux intérêts divergents ». Interrogée par Reporterre sur le combat qu’elle avait eu à mener contre la Copa-cogeca au sujet des agrocarburants – pierre angulaire du développement de Sofiprotéol – Corinne Lepage raconte : « Sous couvert du discours de l’intérêt général qu’on peut porter comme syndicaliste, ces revendications lui permettaient de défendre au plus haut ses propres intérêts ». De son coté, Michelle Rivet, vice-présidente du conseil régional du Centre, témoigne : « A l’échelle de notre territoire, il est à la fois juge et partie. Avec le CESER, il est censé faire du conseil à la collectivité en toute impartialité, mais il est dans le même temps responsable syndical, sans compter ses intérêts industriels ».

La FNSEA, la machine de guerre de l’homme d’affaires

Le cœur de ce mélange des genres – homme d’affaires, syndicaliste, représentant de collectivités publiques – est la machine de la FNSEA, qu’il préside. Pourquoi Xavier Beulin, patron d’industrie fort occupé, déjà pourvu de multiples casquettes, a t-il pris la tête de la FNSEA en 2010 ? Parce que la FNSEA est une machine de guerre. Dès sa naissance en 1946, elle a cogéré l’agriculture et les budgets agricoles avec les gouvernements. La gauche de 1981 a tenté de changer les habitudes mais le naturel est vite revenu. Le syndicat pousse les portes et les ministères accèdent à ses demandes.

La puissance de la FNSEA repose sur une main-mise historique sur les chambres d’agriculture, leur budget et leurs services, dont le plus important concerne l’accès aux aides publiques, fondamentales en agriculture. L’argent des « chambres » sert à une politique agricole qui converge avec celle dessinée par Sofiprotéol.

S’appuyant sur sa représentativité et ses quelques 300 000 adhérents, elle entend être l’interlocuteur unique des pouvoirs publics. Elle est souvent seule à négocier, ne tolérant pas la présence de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale ou du Modef, trois syndicats minoritaires, souvent en désaccord avec elle.

Certes, les agriculteurs ne représentent guère que 1 % de la population française, mais leurs manifestations musclées et le poids des votes dans les campagnes, font peur aux hommes politiques. Les gouvernements, UMP ou PS, composent avec leur représentant officiel, la FNSEA.

Ainsi, en décembre 2011, alors candidat à l’élection présidentielle, François Hollande répond à une lettre que lui avait envoyée Xavier Beulin : celui-ci s’inquiétait de l’alliance entre les socialistes et le parti écologiste EELV. Hollande le rassure, promettant que « rien ne se fera sans les organisations agricoles » s’il était élu président.

Reporterre dévoile cette lettre en exclusivité :

- Télécharger :

PDF - 206 ko


- François Hollande et Xavier Beulin -

M. Hollande a tenu parole. Quand Xavier Beulin, coiffé de son chapeau de la FNSEA, monte au créneau, il obtient gain de cause. Avant les élections de 2012, il s’était prononcé pour un ministère de l’Agriculture et de l’agroalimentaire, il l’a obtenu. Il souhaitait voir Stéphane Le Foll plutôt qu’un autre au ministère de l’agriculture en cas de victoire du PS ; son vœu a été exaucé. Le rejet de l’ecotaxe ? Après des manifestations plus que musclées, il a été accepté. Agrandissement des élévages ? C’est fait pour les porcs et les volailles. « Directive nitrate »  ? La FNSEA en fait une grosse colère, Manuels Valls l’a remise en cause. Aides aux retenues d’eau pour l’irrigation ? Le ministre Le Foll obtempère.

C’est simple : sous Hollande, on ne dit pas non à Xavier Beulin.

« Une confusion des genres assez troublante »

La source essentielle de la puissance de la FNSEA est qu’elle tient les chambres d’agriculture : un outil impressionnant, que le rapport du député Nicolas Perruchot, portant sur le financement des syndicats, publié non sans difficulté en 2012, a permis d’évaluer précisément.

- Télécharger le rapport Perruchot (lire notamment à partir de la page 94 :

PDF - 2.1 Mo

Car le syndicat agricole gère en quasi-totalité les chambres d’agriculture, que gère en quasi totalité la FNSEA, soit un budget atteignant 700 millions d’euros en 2014.

Les chambres apportent à la fois des fonds et des hommes aux ordres sur le terrain. « Présentes dans chaque département et chaque région, les chambres d’agriculture sont des établissements publics dirigés par 4 200 élus professionnels, tous représentants des diverses activités du secteur agricole et forestier. Ces élus sont assistés par 7 800 collaborateurs, afin de coopérer à la réalisation de projets territoriaux en matière agricole et d’accompagner les agriculteurs dans leur installation ou leur développement.”

Le député poursuivait : “ Le contrôle de ces instances confère aux organisations d’exploitants majoritaires une position stratégique, sur le plan de la représentativité bien sûr, mais aussi pour l’accès aux moyens du réseau, qui s’élèvent à quelques 500 millions d’euros.”

Et M. Peruchot d’enfoncer le clou : “Une part importante des moyens financiers est fréquemment détournée dans l’intérêt des représentants du syndicalisme majoritaire”.

A tel point qu’il assimile ces moyens à « des subventions déguisées” au profit du syndicat majoritaire qui “ne se trouvent (pas) valorisées dans les comptes”.

Pour lui, il y a bel et bien « confusion des genres » : “De fait, la FNSEA et le Centre national des jeunes agriculteurs [syndicat majoritaire des agriculteurs de moins de 40 ans] exercent une influence sans partage sur le réseau. Dans certaines situations, il en résulte une certaine confusion des genres assez troublante”, précise le rapport.

Des services publics contre adhésion au syndicat

 

 

“De même, l’adhésion au syndicat majoritaire se trouve-t-elle encore favorisée par son caractère incontournable dans la gestion des différents dispositifs d’aide aux agriculteurs”, constate le rapport. Car lorsqu’un agriculteur s’adresse à sa chambre d’agriculture, passage obligé pour formuler une demande d’aides publiques, mieux vaut qu’il soit adhérent de la FNSEA s’il veut que son dossier aboutisse.
Un témoin entendu par le rapporteur explique : “Dans le syndicalisme majoritaire, l’adhésion paraît quasi obligatoire : il est de notoriété publique que, sans adhésion à la FNSEA ou aux JA, il est difficile d’obtenir des prêts – bien qu’il y ait eu une évolution en la matière depuis la fin du monopole du Crédit agricole –, d’agrandir son exploitation, voire d’obtenir des conseils juridiques : dans certaines chambres d’agriculture, le conseiller juridique suggère d’abord à l’agriculteur de prendre sa carte à la fédération départementale, la FDSEA. Bien sûr, de telles conditions ne sont jamais exposées par écrit”.

Un autre témoin raconte qu’il a été incité à adhérer au syndicat majoritaire pour obtenir un avis favorable à sa demande d’installation en tant qu’agriculteur. Cette influence de la FNSEA sur les demandes d’installation explique en partie la grande difficulté de l’agriculture biologique à se développer en France malgré la forte croissance de la demande.

Omniprésence et capacité d’action

La FNSEA est incontournable. Pas seulement au sein des chambres d’agriculture. Elle siège dans les Safer qui autorisent ou refusent les achats de terres agricoles. Elle siège dans les banques qui accordent ou non les prêts. Elle est présente au sein des assurances (Groupama), de la sécurité sociale des agriculteurs (MSA), des organismes de formation, de l’enseignement agricole, de la recherche publique, au Conseil économique et social, au Haut conseil aux biotechnologies.

Politiquement, la FNSEA a ses entrées dans toutes les structures, des mairies rurales, aux conseils généraux et régionaux dans les territoires. Il n’est pas rare que des élus soient adhérents du syndicat qui lui apporte son soutien. C’est le cas du maire de en Vendée. Elle a des relais dans les administrations et tous les ministères à Paris, à la Commission européenne à Bruxelles.

Qui tient la FNSEA tient l’agriculture en France. Les ministres, le président, se plient, en échange de la paix sociale sur le front agricole. Et quand cette puissance se cumule avec celle d’un grand groupe agro-industriel, comme Avril-Sofiproteol, on est, simplement, dans une logique oligarchique, où public et privé se combinent à l’avantage des intérêts privés.

Un homme au cœur du « Milieu » des affaires

Car en tant qu’homme d’affaires, M. Beulin déroule aussi un fort réseau d’intérêts économiques qui le place en relation avec le cœur du capitalisme français. C’est ce dont témoigne la composition du nouveau conseil d’administration d’Avril :

 

 

On y trouve Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva (dont le chiffre d’affaires ne pèse guère plus que celui d’Avril-Sofiproteol, malgré une notoriété infiniment supérieure). Une personne clé, tant par ses relations avec le pouvoir politique, que parce qu’elle préside la commission Innovation 2030, avec ses 300 millions d’euros à distribuer.

 


- Anne Lauvergeon -

 

Y siège aussi Pierre Pringuet, un « parrain du capitalisme français », selon le journal économique L’Expansion : il préside l’Association française des entreprises privées (AFEP), qui regroupe les cent plus grandes entreprises françaises. Un lobby moins visible que le Medef, mais largement aussi influent.

Les autres membres du conseil d’administration d’Avril sont des pivots de l’agriculture française : Arnaud Rousseau et Gérard Tubéry viennent représenter la FOP, la fédération française des oléagineux et protéagineux, dont M. Beulin était président jusqu’en 2011. Bernard de Verneuil préside le CETIOM dont le vice-président est M. Beulin. Patrice Gollier, lui, est l’ancien directeur général d’InVivo, la plus grande coopérative agricole de France, présente dans les semences, par le biais de RAGT Semences, au capital duquel participe Sofiprotéol. On notera enfin la présence du milieu bancaire – que Xavier Beulin connaît bien en tant quadministrateur du Crédit Agricole – avec Jean-Pierre Denis, qui représente le Crédit Mutuel. Ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac, l’homme avait alors succédé à son « amie »… Anne Lauvergeon. Le monde est toujours petit, autour de Xavier Beulin.

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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