Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:42

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

Gaspillage alimentaire : boulanger, je donne mes invendus. C'est la moindre des choses

5 réactions | 10863 lu

 
 
 

LE PLUS. "La France deviendra le pays le plus volontariste d’Europe". C’est en ces termes qu’a été annoncée la création d’un cadre légal contre le gaspillage alimentaire. Une merveilleuse avancée que n’a pas attendu José Louiset, propriétaire de deux boulangeries à Quimper qui fait don de ses invendus depuis 2005 déjà. Etudiants, jeunes actifs en difficultés ou quadra qui ont du mal à boucler les fins de mois, ils sont nombreux à se presser devant ses commerces tous les soirs. Témoignage.

Édité par Barbara Krief 

Du pain, image d'illustration. (Stuart Forster/REX/REX/SIPA)

 

Tout a commencé grâce à une réflexion, plus que pertinente, de ma femme.

 

Un soir, alors que nous fermions notre boulangerie, elle a vu des personnes fouiller nos poubelles à la recherche d’invendus pour se nourrir.

Elle m’a alors fait remarquer que l’on pourrait tout simplement séparer notre nourriture non vendue de nos déchets, afin qu’eux n’ait pas à le faire. C’était finalement la moindre des choses.  

 

Nous nous sommes donc mis à distribuer sandwichs, viennoiseries et pains frais à ceux que l’on appelle aujourd’hui "nos habitués".

 

 

Je donne mes invendus tous les soirs

 

Tant que tout le monde ne mangera pas à sa faim, je ne jetterai plus de nourriture propre à la consommation et je condamnerai tous ceux qui le font. Comme le disait si bien Coluche : "Aujourd' hui, on n'a plus le droit, ni d'avoir faim, ni d'avoir froid".

 

Même avant d’avoir mon affaire à Quimper, je donnais déjà aux "petites soeurs des pauvres" en Normandie, où j’avais une boulangerie. C’était il y a vingt ans. Je ne peux donc que saluer la décision des députés, même si j’aurais aimé que la France n’ait pas attendu si longtemps pour régler le problème.

 

Depuis 2005 donc, je récupère tous mes invendus de la journée et je les réparti le plus équitablement possible dans des petits sacs que je donne ensuite le soir.

 

 

Les sandwichs sont favoris

 

L’ordre de préférence est assez claire : d’abord les sandwichs, ensuite les viennoiseries et enfin les baguettes. Le sandwich offre un repas complet, tandis que le reste fait davantage office de dépannage.

 

Malgré tous mes efforts pour donner à tous, il arrive que les denrées préférées partent en premier et que nos habitués aillent jusqu’à se chamailler entre eux. Je n’ose pas encore trop m’en mêler mais je fais de plus en plus attention à ce qu’il y en ait pour tout le monde. Ce qui n’est pas toujours évident.

 

En 2012, j’ai accepté avec plaisir de parler de ma démarche à la presse locale afin d’encourager mes voisins commerçants à en faire autant.

Cette médiatisation soudaine nous a apporté un peu plus de monde que ce dont nous avions l’habitude. Un soir, j’ai compté jusqu’à 60 personnes en tout et je me suis dit "oulala mais dans quoi je me suis embarqué ?".

 

 

Tous les boulangers ont des invendus

 

Depuis, l’engouement s’est un peu calmé et nous avons environ une trentaine de personnes tous les soirs. Ce qui, mine-de-rien, est déjà un nombre important. Il m’arrive donc dans l’après-midi de refaire quelques sandwichs, tout en sachant qu’ils ne seront pas tous vendus mais en ayant la certitude qu’ils ne seront pas perdus.

 

Bien sûr, je ne dois pas perdre de vu que j’ai une entreprise à gérer. Je ne produis simplement pas moins ni plus qu’avant. Aujourd’hui, les bénéficiaires de mes invendus ne peuvent pas être des clients, j’espère qu’ils le pourront un jour.

  

Les invendus sont courants et ils sont aussi le résultat d’une production fraîche et quotidienne. Je préfère faire deux pains de trop que de devoir dire à un client venu après le travail à 18h qu’il ne reste qu’une baguette froide. Tous les boulangers vous le diront, il est impossible de finir sa journée en ayant absolument tout vendu et de ne pas avoir ne serait-ce qu’une baguette "en trop".

 

 

Félicitations et lettres de remerciement

 

Le mot a vite circulé à Quimper et les étudiants en art se sont rajoutés aux jeunes actifs aux fins de mois difficiles. Je trouve que c’est une bonne chose. Après tout, quand on est étudiant on ne croule pas sous l’or et c’est plutôt malin d’essayer de trouver les bonnes combines pour gagner un repas gratuit.

 

Nous n’avons pas réellement connu d’abus. Quelques voisins qui ne sont pas dans le besoin sont venus une fois mais ils n’ont pas recommencé. Ils ont rapidement compris l’idée derrière notre démarche. Nous ne sommes pas les restos du cœur mais tant qu’à faire, autant donner en priorité à ceux qui en ont besoin. D’autant plus qu’ils nous le rendent très bien.

 

Donner nous apporte énormément. Non seulement nous nous sentons plus utiles sur terre mais en plus nous avons obtenu en retour des témoignages d’affection et de reconnaissance extrêmement touchants.

 

Certains nous écrivent même des lettres pour nous remercier et nous encourager à continuer. Celle-ci, par exemple, nous a beaucoup touché :

 

"Monsieur, Je suis étudiante en stage et j'habite donc sur Quimper pour un an. Il y a un mois j'ai découvert que votre boulangerie donnait des choses le soir à 19h30. J'ai un peu honte de le dire mais ce samedi là j'avais faim et cette découverte a été comme un soulagement. J'ai 22 ans, je suis en école de commerce, je travaille toute la semaine, mais mon salaire de stagiaire ne me permet pas de vivre correctement. Voilà pourquoi j'ai honte. Pour ne pas avoir l'impression de demander l'aumône, j'ai proposé à la jeune fille qui travaille le samedi de l'aider à ranger. Je voyais ça comme "aide contre nourriture". Si vous refusez j'attendrai sagement dehors parce que je ne veux plus avoir faim, mais ça me fera mal quand même niveau estime de soi. Merci."

 

 

Un acte de solidarité qui ne coûte pas tant

 

Notre initiative nous a également rendus sympathiques auprès des clients et des habitants du quartier et l’on ne peut pas dire qu’une bonne image soit mauvaise pour le business.

 

Nous ne vendons pas plus qu’avant et nous n’avons pas plus de clients, mais notre relation avec eux a changé. Pour le mieux. Ils nous félicitent, nous encouragent et se demandent même comment eux pourraient en faire autant.

 

Même à l’autre bout du monde, notre fille nous envoie les articles de presse sur nous qu’elle trouve sur internet. Elle est fière de ses parents et ça nous fait chaud au cœur de pouvoir lui montrer l’exemple avec cet acte de solidarité qui ne coûte finalement pas tant que ça.

 

Mon seul souhait aujourd’hui, c’est de voir tous les commerçants français nous imiter. Après tout, c’est la moindre des choses. 

 

Propos recueillis par Barbara Krief

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement Ils réagissent
commenter cet article
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:34

 

 

 

 

Ikea soustrait un milliard d'euros aux états européens

Dimanche, 14 Février, 2016
Humanite.fr

 

 

Photo Jacques Demarthon / AFP
 

Le géant suédois du meuble a échappé à environ un milliard d'euros d'impôts sur la période 2009-2014 en recourant à des circuits financiers complexes entre plusieurs pays de l'Union, selon un rapport publié vendredi par les élus écologistes du Parlement européen.

Ikéa a notamment fait verser par ses magasins une redevance sur leur chiffre d'affaires à une entreprise dont le siège est aux Pays-Bas, puis les sommes versées auraient transité par le Luxembourg et le Liechtenstein, explique le rapport du groupe des Verts à l'assemblée de Strasbourg.
Le groupe a aussi bénéficié de montages fiscaux avantageux au Luxembourg et en Belgique. Les montages fiscaux du groupe suédois d’ameublement Ikea sont dans le collimateur des élus du groupe Verts/ALE au Parlement européen. Dans un rapport d’enquête que la Commission européenne a promis samedi d’étudier en détail, ces eurodéputés verts dénoncent la « stratégie de planification fiscale agressive » du suédois Ikea.
Ils montrent, notamment, « comment l’entreprise multinationale suédoise s’est structurée pour soustraire à l’impôt plus d’un milliard d’euros ces six dernières années au détriment de divers États européens ».
Dans ce rapport est décrite l’une des techniques privilégiées du groupe, selon eux : chaque magasin de la chaîne suédoise procède au paiement de redevances (« royalties ») à une filiale basée aux Pays-Bas qui joue seulement un rôle de « conduit » : les redevances entrent et sortent des Pays-Bas non taxées et aboutissent en grande partie au Liechtenstein.
« Rien que pour l’année 2014 », le rapport d’enquête évalue « les pertes fiscales à 35 millions d’euros pour l’Allemagne, 24 millions d’euros pour la France et 7,5 millions d’euros pour la Belgique ».
Les eurodéputés verts ont envoyé une lettre à Margrethe Vestager, Commissaire européenne à la concurrence, et à Pierre Moscovici, Commissaire européen à la fiscalité, dans laquelle ils présentent les conclusions de leur rapport d’enquête. Ils les invitent à lancer une procédure d’examen afin de vérifier l’existence d’une possible infraction à la législation européenne sur la concurrence.
 
« La commission européenne salue le fait que la lutte contre la fraude fiscale est devenue une priorité politique essentielle, aussi bien dans l’UE qu’au niveau international », a déclaré samedi à l’AFP Vanessa Mock, porte-parole de la Commission, chargée des services financiers et de la fiscalité.
 
Depuis l’éclatement du scandale LuxLeaks en novembre 2014, qui avait profondément terni l’entrée en fonction du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker en tant que nouveau président de la Commission, Bruxelles a accentué sa lutte contre l’opacité fiscale.
LuxLeaks avait mis en lumière un système d’évasion fiscale à grande échelle des multinationales et particulièrement le rôle joué par certains Etats, comme le Luxembourg, à une époque où Jean-Claude Juncker était à la fois Premier ministre et ministre des Finances.
En octobre 2015, la Commission a fait adopter par les 28 Etats membres le principe de l’échange automatique d’informations sur les accords fiscaux passés entre Etats et multinationales.
 
 

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:18

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Les cinq méthodes de l’industrie pharmaceutique pour nous bourrer de médicaments inutiles

10 février 2016 / Sarah Lefèvre (Reporterre)
 

 

 

 

L’industrie pharmaceutique va bien, très bien même. Grâce aux Français, leurs plus fidèles clients au monde, mais d’abord grâce à un intense et efficace travail de l’ombre auprès des autorités politiques et sanitaires et des médecins. Si la santé des laboratoires est renforcée par ces pratiques, ce n’est pas le cas de celle des patients.

Au concours des consommateurs du comprimé, les Français figurent toujours sur la première marche du podium. En moyenne : quatre comprimés avalés par jour pour l’ensemble de la population et une facture de 34 milliards d’euros en 2014. Soit 2,7 % de plus que l’année précédente, dont 20 milliards pris en charge par la Caisse nationale d’assurance maladie. Parallèlement, l’industrie pharmaceutique s’affirme comme la plus rentable au monde et elle ne cesse de progresser : 639 milliards d’euros de chiffres d’affaires global pour le secteur en 2013, en croissance de 4,5 % par rapport à 2012. Il y a 10 ans, un rapport de la Chambre des Communes anglaises sur l’industrie pharmaceutique concluait : « Elle est maintenant hors de tout contrôle. Ses tentacules s’infiltrent à tous les niveaux » (texte en bas de cet article). Le constat est-il toujours d’actualité ? Comment s’y prend-elle, dans quelles strates se fond-elle pour maintenir notre dépendance et commercialiser toujours plus de nouvelles molécules ?

 

 

Tout commence par le cabinet du médecin traitant : le principe concurrentiel de la médecine libérale et payée à l’acte implique la notion de satisfaction. Claude Malhuret, sénateur UMP, a proposé plusieurs amendements en faveur de l’indépendance du corps médical face au lobby pharmaceutique lors du vote de la loi santé. « Les médecins sont prêts à tout pour garder leurs patients. Alors ils répondent à leurs demandes. Les somnifères, les benzodiazépines [anxiolytiques]… C’est un scandale, ça tue les vieux ! C’est normal, quand on est vieux, de ne dormir que cinq heures par nuit. Tous ceux qui en prennent à long terme – pas plus de six semaines normalement – sont finalement dépendants et subissent un déficit cognitif d’autant plus fort qu’ils sont âgés. » Dans ce système régi par la rentabilité et la réponse aux besoins immédiats du patient, pas le temps de s’intéresser en profondeur aux origines des troubles du sommeil ou d’une dépression, comme l’explique Jean-Sébastien Borde, président du Formindep, collectif de médecins qui œuvre pour une formation indépendante. « Nous sommes parmi les champions du monde de la consommation des anxiolytiques. Or l’accompagnement de ces pathologies prend du temps si l’on veut comprendre ce qu’il se passe, tandis que la prise d’un médicament va soulager automatiquement. C’est la conjonction d’un manque de praticiens et d’un nombre de consultations très élevé pour chacun qui conduit à ces prescriptions très importantes. »

 

 1. Manipuler le baromètre thérapeutique

Cette surconsommation de médicaments est encouragée par les labos. Première technique : modifier le seuil à partir duquel le médecin doit prescrire. Prenons l’exemple de l’hypertension, à l’origine de troubles cardiovasculaires, qui représente la moitié du marché médicamenteux de la cardiologie, selon Philippe Even, ex-président de l’institut Necker [1] et fervent militant anticorruption. « L’industrie, puis les agences de santé et les médecins ont redéfini l’hypertension à 14, contre 16 auparavant. Alors que la tension moyenne de la population se situe aux alentours de 13. Ça a l’air de rien comme ça, je n’arrive pas à réveiller les gens à ce sujet, mais qu’est-ce que cela signifie ? » Le professeur émet un bref silence avant de hausser le ton. « Cela veut dire quadrupler le marché des antihypertenseurs, parce qu’il y a quatre fois plus de gens qui ont une tension entre 14 et 16 ! »

 

2. À nouvelles maladies, nouveaux marchés

Autre tendance, la transformation de facteurs de risque en maladies. Exemple phare : le cholestérol, « notre ennemi à tous ». Parmi les traitements « blockbusters », le Crestor, du laboratoire Astrazeneca. Il est la troisième référence pharmaceutique la plus commercialisée au monde. Cette pilule anticholestérol fait partie de la famille des statines, prescrites à outrance et souvent à vie. « Cinq millions de gens sont traités avec des statines en France, explique Claude Malhuret. Contre un million seulement qui en auraient besoin. » Seules les personnes qui ont déjà eu un accident cardiovasculaire devraient en consommer, selon lui. Quid des quatre millions de personnes qui en prennent inutilement ? Les effets secondaires recensés sont lourds : insuffisance rénale, troubles musculaires, cognitifs, hépatiques, impuissance, myopathie, cataractes. Le sénateur enchérit : « Le jour où toutes ces personnes âgées qui consomment des statines et autres somnifères vont mourir d’un accident médicamenteux, personne ne va s’en occuper ou bien même s’en soucier. Elles seront mortes de vieillesse, comme tout le monde ! » 20.000 accidents dus à de mauvaises prescriptions sont recensés chaque année en France. Un chiffre sous-estimé selon Michèle Rivasi, députée européenne EELV, « du fait des carences de notre système de pharmacovigilance ».

 

3. Chers visiteurs médicaux

 

 

Une vigilance qui doit s’opposer à l’omniprésence du marketing. Les médecins sont quotidiennement sollicités par les visiteurs médicaux qui assurent la promotion des nouvelles molécules. « Les lobbies sont omniprésents dans les couloirs des hôpitaux, affirme Jean-Sébastien Borde, du Formindep. Or, le médicament prescrit par le spécialiste aura tendance ensuite à être prescrit par le généraliste à la sortie de l’hôpital. » Et cette promotion fonctionne à merveille, selon une étude de 2013 publiée dans Prescrire, la seule revue médicale indépendante en France. Les médecins qui reçoivent le plus de consultants ont les ordonnances les plus généreuses. Ces mêmes praticiens reçoivent plus de patients, pour des temps de consultation plus courts et lisent davantage de presse gratuite financée par les firmes elles-mêmes. Les visiteurs tentent d’instaurer « une relation amicale » avec les médecins et offrent petits-déjeuners ou déjeuners, proposent d’organiser le pot de départ des internes… 244.572.645 € : voici le montant total des cadeaux des firmes pharmaceutiques aux médecins entre janvier 2012 et juin 2014, recensés par le collectif Regards citoyens.

 

4. Séduire les leaders d’opinion

Les Key Opinion Leaders, alias KOL, ou leaders d’opinion, clés de voûte de la promotion des médicaments, interviennent en première ligne, avant et après l’autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments. Ils sont rémunérés pour réaliser les essais cliniques, les valider puis prêcher la bonne parole durant les congrès de spécialistes, dont les déplacements, frais de bouche et hôtels sont pris en charge par les labos, pour eux comme pour leurs confrères présents sur place. En tant que chef du service de gériatrie à l’hôpital Pompidou, à Paris, Olivier Saint-Jean a le profil parfait. « Je suis un KOL négatif », affirme-t-il pourtant. Le professeur refuse de prescrire les seuls traitements « inutiles voire dangereux » qui existent aujourd’hui contre la maladie d’Alzheimer. « C’est complexe pour nous de dire : “Je n’ai rien à vous prescrire.” Mais à partir du moment où je me suis rendu compte que le traitement était dangereux pour les patients, j’ai basculé et j’ai dit à mes étudiants à l’université que cela ne marche pas. » En 2006, l’Inserm lui demande d’étudier de plus près les analyses de ces médicaments. Résultat : il démontre leur inutilité, et révèle qu’ils peuvent s’avérer toxiques pour des patients justement atteints de troubles de la mémoire. « Je me suis fait insulter par mes confrères, raconte-t-il. Certains, en lien avec les labos, disaient qu’il était criminel de dire que ces médicaments étaient inefficaces. » KOL négatif, donc non rentable, brebis égarée d’un star système qu’il décrit par ailleurs pour y avoir participé quand la recherche était encore teintée d’espoir.

 

 

« Il y a trente ans, ces personnes âgées restaient dans les hospices et les fonds de salle des hôpitaux psychiatriques. Puis, les labos ont proposé des médicaments en parallèle de professionnels qui se bougeaient pour avoir une vraie reconnaissance de ces malades. J’ai eu des liens d’intérêts avec les labos à ce moment-là. On avait vraiment envie de faire mieux. Cela m’arrivait d’aller faire des formations à des médecins traitants et puis, c’est vrai que je repartais avec un chèque. Parfois réinjecté dans le service, parfois dans ma poche. » À l’heure où le montant des crédits alloués à la recherche ne cesse de baisser, de plus en plus de chefs de service, les « patrons », comme on les appelle, acceptent la manne des études diligentées par les labos.

Mais alors quelle différence y a t-il entre lien et conflit d’intérêts ? Claude Malhuret s’est battu au Sénat en 2015 lors du vote de la loi santé de Marisol Touraine pour imposer des amendements en faveur de plus de transparence entre les firmes et le corps médical. « Un laboratoire vous demande par exemple d’effectuer des recherches pour approfondir la compétence sur une pathologie. Vous réalisez cette étude, vous amenez donc des résultats et êtes rémunéré pour les services que vous avez rendus au laboratoire mais vous n’êtes pas en situation de conflit. Au contraire, il y a conflit d’intérêts lorsque, en échange d’une rémunération, vous apposez votre signature en bas d’une étude que vous n’avez pas pris le temps de suivre, de réaliser vous-même. » Ceux-ci sont une minorité insiste Philippe Even dans son dernier ouvrage Corruptions et crédulité en médecine : il identifie par exemple « les six cardiologues parisiens les plus liés à l’industrie ». Ce sont eux qui agissent ensuite auprès des autorités publiques, puis qui deviennent membres et présidents des agences de santé et livrent leurs recommandations au ministère pour les autorisations de mise sur le marché (AMM).

 

5. Contrôler les études et les consciences

Une fois l’AMM obtenue, une grosse machine en trois étapes se met en branle. La première est celle de la diffusion orale : « Il faut que des universitaires aillent de congrès en séminaires répandre la vérité sur la dernière merveille du monde qui vient d’arriver », raconte Philippe Even. Aux États-Unis, des médecins que l’on appelle les « Tour Doctors » passent des contrats d’orateurs avec les firmes.

C’est à ce moment-là que la presse s’en empare, c’est la deuxième phase. Les firmes s’arrangent alors pour faire signer les articles par les spécialistes des pays au plus fort potentiel de marché : États-Unis, Europe, Japon, Chine, Brésil. « Le plus souvent, ils lisent l’article écrit par des sous-traitants de l’industrie et le signent », poursuit l’auteur de Corruption et crédulité en médecine. Nos consultants ou leaders d’opinion ont ensuite la charge de répercuter la promotion dans leurs pays respectifs, dans les journaux locaux, sur les plateaux télé. « Et alors de nombreux journaux, même réputés, tombent dans le panneau : “Un expert mondialement reconnu”, lit-on dans Le Monde ou dans Le Figaro, par exemple… Reconnu à l’intérieur du périph, oui ! » rit Philippe Even, avant de poursuivre. « Or, ces journaux, comme les journaux spécialisés ne vivent plus que grâce à la pub et donc à l’industrie. » D’ailleurs, quel secteur se porte encore mieux que l’industrie pharmaceutique ? Justement celui de ces journaux médicaux. « Alors que les firmes pharmaceutiques réalisent en moyenne 20 % de bénéfices par an, les organes de publication en réalisent 30 % ! » affirme le président de l’institut Necker.

 

 

Dernière phase : le médicament doit être recommandé par les prescripteurs et les sociétés dites savantes, comme les fédérations de santé, qui sont des centaines en France. La fédération de cardiologie par exemple, celle de l’hypertension, la société d’athérosclérose, etc., financées par les laboratoires : « Elles émettent des recommandations officieuses. Pour les rendre officielles, la Haute Autorité de santé reprend les articles d’experts qui les ont rédigés pour les firmes. À travers ces trois étapes, les congrès, les journaux, les sociétés et agences de santé, on peut dire que les sociétés tiennent directement la plume des prescripteurs. » 

Sur les 2.000 médicaments commercialisés (10.000 au total avec les copies), seuls « 200 sont utiles », selon Philippe Even. Michel Thomas, professeur en médecine interne [2] à Bobigny, va plus loin. Il a publié une étude en 2013 recensant 100 médicaments vraiment indispensables. « On considérait qu’il y avait beaucoup trop de consommation de médicaments en France et qu’il fallait se pencher sur l’essentiel. » Après validation auprès d’une centaine de médecins internistes français, la liste se réduit aujourd’hui à 85 références, hors traitements de maladies rares et anticancéreux, pour une prise en charge de « 95 % des pathologies de départ ». Michel Thomas attend avec impatience de voir si, comme prévu dans la loi de santé, une liste des médicaments « préférentiels » inspirés de la sienne verra le jour. « Le Leem, le syndicat des firmes pharmaceutiques en France, a fait une offensive lors de la discussion de cette loi pour tenter de l’interdire, mais cette proposition a retenu l’aval de l’Assemblée et du Sénat », se félicite-t-il. Reste à savoir quand et comment sera promulguée cette loi de santé, car, comme il le dit, « les décrets d’application peuvent tout changer ».


« L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE EST MAINTENANT HORS DE TOUT CONTRÔLE »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:08

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Vincent Bolloré désigné comme accapareur de terres et censeur d’internet au Palais de justice de Paris

13 février 2016 / Barnabé Binctin et Hervé Kempf (Reporterre)

 

 

 

 

M. Bolloré déteste que l’on s’intéresse à ses activités africaines. De nombreux éléments attestent qu’il pratique « l’accaparement de terres » en Afrique et en Asie, comme l’avait décortiqué Bastamag. Le milliardaire a poursuivi le site d’information et d’autres sites ayant relayé l’enquête. Mais le procès s’est retourné contre l’industriel.

Peut-on mener une enquête critique sur les activités du groupe Bolloré en Afrique et en Asie ? La reprise d’articles d’enquêtes sur Internet, comme dans les revues de presse, est-elle possible sans menace juridique ? Telles ont été les deux questions posées jeudi 11 février au sein de la XVIIe chambre correctionnelle du Palais de Justice de Paris. Deux questions essentielles pour la liberté d’informer.

Le motif en était la poursuite engagée par Vincent Bolloré contre un article publié par le site Bastamag. M. Bolloré ne poursuit pas seulement ce site d’information, mais aussi ceux qui l’ont relayé par des liens hypertextes ou par des extraits, à savoir Rue 89, la journaliste Dominique Martin-Ferrari, et deux blogueurs, Thierry Lamireau et Laurent Ménard.

 

JPEG - 43.8 ko
Le palais de justice de Paris, jeudi 11 février 2016

M. Bolloré, classé 9e fortune de France, attaque pour "diffamation publique envers un particulier" un article de synthèse publié par Bastamag en octobre 2012 - signalé à l’époque par Reporterre - et consacré à la question de l’accaparement des terres, ces appropriations de surfaces agricoles à grande échelle par des fonds d’investissements ou des multinationales, principalement en Afrique et en Asie.

L’audience a commencé par une discussion sur le fond de l’article, rédigé par Nadia Djabali et édité par Ivan du Roy et Agnès Rousseaux. L’article consistait en une enquête sur les investissements réalisés dans l’acquisition de terres dans des pays du Sud par plusieurs groupes français, comme Axa, Louis Dreyfus, le Crédit Agricole ou Bolloré.

La présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, a d’abord invité Nadia Djabali à préciser sa démarche journalistique. Dans la foulée de la crise financière de 2008, a expliqué celle-ci, de nombreux spéculateurs se sont détournés des marchés financiers pour placer leurs fonds dans l’achat de terres dans des pays pauvres. Or, en 2012, peu d’information existait autour de l’action des groupes français. Mme Djabali a donc enquêté sur ceux-ci, en s’appuyant sur de nombreux rapports d’ONG ou d’institutions internationales.

La présidente s’est ensuite intéressée aux ramifications du groupe Bolloré. Enjeu : savoir si le raccourci consistant à citer celui-ci - notamment dans le titre de l’article - plutôt ses filiales, au nom moins connu, était admissible. La structure du groupe est en effet complexe, comme le montre un organigramme examiné pendant l’audience, et publié par Les Echos en 2000.

 

PNG - 236.1 ko
L’organigramme du groupe Bolloré en 2000

Il est apparu que la principale société concernée, la Socfin, est détenue à près de 39 % par Bolloré, qui en est donc le principal actionnaire et décideur. "D’où, concluait la présidente, le raccourci possible de parler de Bolloré sans détailler à chaque fois".

Le sérieux de l’enquête journalistique a ensuite été discuté. L’abondance des sources et leur sérieux est peu contestable. Mais y a-t-il eu démarche contradictoire ? "Avez-vous contacté Bolloré ?“, interroge la juge. "Non, répond Nadia Djabali, "mais j’étais en possession de réponses écrites de sociétés du groupe à un rapport les critiquant, et j’en ai fait mention."

 

« L’accaparement des terres est une criminalité écologique »

Plusieurs témoignages attestaient ensuite de la gravité du phénomène de l’accaparement des terres. Mathieu Perdriault, de l’association de chercheurs Agter, spécialiste de ce phénomène, en expliquait l’importance :

"C’est une question de société aux enjeux très forts, du même ordre que le changement climatique. Il s’agit d’une exclusion de fait des petits paysans. Nous affirmons avec force études que l’agriculture capitaliste à salariés ne fournira jamais autant d’emplois que l’agriculture familiale.
- Bolloré est-il un acteur de vos travaux ?
, enchaînait la juge.
- Oui, comme beaucoup d’autres. Il obéit aux objectifs de rentabilité du capital investi.
- Peut-on employer le mot
’extorquées’, à propos des terres qui ont été prises aux paysans ?, interrogeait l’avocat de Basta et de Rue 89, Me Antoine Comte.
- Il est très largement valable dans la majorité des cas."

Eloïse Maulet, de React, une association regroupant les collectifs de paysans africains victimes du groupe Bolloré, attestait ensuite que M. Bolloré lui-même était venu rencontrer des représentants de ces paysans quand ils étaient venus à Paris en juin 2013, quelques mois après la parution de l’article, comme l’avait relaté Reporterre.

 

JPEG - 86.1 ko
Vincent Bolloré rencontrant en juin 2013 les paysans africains victimes de ses sociétés

Noël Mamère, député écologiste appelé comme témoin, estimait ensuite que l’accaparement des terres dans les anciennes colonies françaises est "la continuation de ce que l’on a pratiqué avec l’esclavage et le pillage des matières premières". "Il faut se poser la question du caractère commun des terres qui doivent nourrir l’humanité", poursuivait-il, affirmant que "l’accaparement des terres est une criminalité écologique".

Ancien journaliste, M. Mamère assurait que "Bastamag fait partie avec Reporterre de ces outils indispensables à la réflexion humaniste qui doit être menée dans notre société". Dénonçant la "conception quasi-totalitaire, césariste des moyens d’information" de M. Bolloré, qui possède Canal Plus et Direct Matin, le député interrogeait : "Il n’y a pas beaucoup dans ce pays de moyens d’information qui n’appartiennent pas à des marchands de canon et à des accapareurs de terres. N’est-il pas temps de protéger ceux qui sont indépendants ?"

Une préoccupation partagée par Pierre Haski, directeur de Rue 89 et poursuivi par M. Bolloré pour avoir relayé l’article incriminé dans la revue de presse de ce site. "Il y a une volonté maladive du groupe Bolloré qu’il n’y ait pas de débat public sur ses activités en Afrique. (...) On est dans le fait du prince, qui a beaucoup d’argent et bombarde la presse de ses poursuites." Ce qui conduit, selon lui, à une forme de censure : « On sait que si l’on écrit sur Bolloré en Afrique, on prend une plainte. Ce bombardement judiciaire conduit incontestablement à une auto-censure de la presse française, Me Baratelli a formidablement réussi son coup ».

 

« Ce n’est que la quatrième poursuite en six ans ! »

L’audience avait commencé à 13 h 30. Et ce n’est qu’à 19 h que les plaidoiries des avocats ont commencé. Le défenseur de la société Bolloré, Me Olivier Baratelli, a d’abord pris la parole, en cherchant à dénier la qualité journalistique de l’article. « Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, comme le laisse penser le réquisitoire de Bastamag. Il est tellement excessif, c’est un article qui ne mérite rien d’autre que de finir à la poubelle » a ainsi affirmé Me Baratelli. Avant de se tourner vers le banc des journalistes (outre Reporterre Arrêt sur images, Mediapart, France Culture, L’Humanité, Le Monde, suivaient le procès), pour leur faire la leçon : « Personne ne peut et ne doit écrire ça ! ».

Mais l’argumentaire s’est souvent réduit à des attaques ad hominem, à la limite de l’injure : « Le conditionnel est sûrement un temps que Mme Djabali n’a pas étudié à l’école ! », accusant plus tard la journaliste de photocopiage, puis d’avoir trouvé ses chiffres « tombés divinement du ciel » ou « dans une boule de cristal », avant de pointer un fait : « L’article mentionne ‘’pas moins de 13 ports’’  : Eh non, en fait la société Bolloré, c’est 104 ports partout dans le monde ! ».

 

JPEG - 250.6 ko
Le groupe Bolloré se livre à de nombreuses activités en Afrique, notamment dans les ports

Parlant près d’une heure et demie, Me Baratelli a ainsi enchaîné des contre-vérités – « il n’y a pas de syndicats au Cameroun » – en évacuant la question de l’accaparement des terres : « Il est sûrement vrai que des populations, à certains endroits, subissent un phénomène irrémédiable : l’accroissement de la population qui nécessite l’augmentation de la production alimentaire ».

Pourtant, Me Baratelli l’assurera, « le groupe Bolloré n’a jamais acheté un seul hectare de terre en Afrique », s’appuyant sur le flou autour des filiales du groupe, directement concernées par les accusations d’accaparement des terres. Cela ne l’a pas empêché de vanter les mérites des actions sociales du groupe : « Dispensaire, école, pharmacie… voilà aussi ce que fait Bolloré au Cameroun ! » regrettant que cela ne soit pas évoqués dans les « huit pages d’ineptie » de Bastamag.

En réalité, la plaidoirie du plaignant a surtout ressemblé à une auto-défense : « On accuse Bolloré d’être le grand museleur de la presse, mais j’opère pourtant un choix homéopathique des poursuites qu’on engage. Ce n’est que la quatrième en six ans, sur les activités agricoles et financières du groupe ! » s’est justifié Me Baratelli, avant de rappeler les condamnations qu’il a obtenues : France Inter en 2010, Libération en 2014.

Pour Me Baratelli, « le monopole de la souffrance n’est pas du côté des ONG, c’est mon seul propos ». Il précise son idée : « Peut-on un instant penser que tout ce qui est reproché à Bolloré est vraisemblable ? Peut-on vraiment imaginer Vincent Bolloré commanditer directement de faire bosser des enfants de moins de 14 ans ? ».

 

Après sa longue plaidoirie, soutenue avec une condescendance marquée envers les uns et les autres, Me Corinne Lepage, avocate de la journaliste Dominique Martin-Ferrari, ramenait le débat sur la question des libertés d’internet :

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social Ils réagissent
commenter cet article
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:53

 

Source : http://cadtm.org

 

Emprunts toxiques

Quand les économistes libéraux volent au secours des banques

14 février par Patrick Saurin

 

Frédéric Glorieux - Flickr cc

 

« The truth is out there », « la vérité est ailleurs »
X-Files Aux frontières du réel

À partir de la fin de l’année 2011, lorsque les tribunaux commencèrent à rendre des décisions favorables aux collectivités publiques dans les litiges relatifs aux emprunts toxiques qui les opposaient aux banques, les tenants de l’ordre libéral déclenchèrent aussitôt le branle-bas de combat. Il n’était pas question pour eux de faire payer les banques et en particulier Dexia, la plus impliquée dans ce scandale. Lorsque cette banque fut mise en faillite, le gouvernement français accepta de reprendre 90 milliards d’euros d’encours de prêts qu’elle avait consentis aux acteurs publics locaux, dont 10 milliards d’euros considérés comme très risqués. Puis, en 2014, ce même gouvernement fit voter par le Parlement une loi de validation rétroactive qui rendait légales des clauses d’intérêt qui ne l’étaient pas et créait dans le même temps un Fonds de soutien doté de 1,5 milliard d’euros sur 15 ans… montant porté à 3 milliards après l’envolée du franc suisse début 2015. Autant de mesures dont l’objet était d’exonérer les banques de leurs responsabilités et faire supporter les coûts par les collectivités et leurs habitants, ces derniers sollicités deux fois, en tant que contribuable local et en tant que contribuable national. Après tout, le pouvoir dit « socialiste », entièrement acquis au lobby bancaire, avait bien refusé de séparer les banques de dépôts des banques d’affaires avec sa pseudo-réforme de 2012, il était logique deux ans plus tard qu’il persiste dans cette politique en y ajoutant une forfaiture supplémentaire.

À l’édifice fortifié bâti par les politiques pour protéger les banques, il ne manquait que la dernière pierre des théoriciens libéraux de la finance. Christophe Pérignon et Boris Vallée, respectivement professeur associé de finance à HEC Paris et professeur assistant en gestion d’entreprise à la Harvard Business School, sont venus combler cette lacune avec un article intitulé « The Political Economy of Financial Innovation : Evidence from Local Governments » |1|, titre que l’on pourrait traduire par « L’économie politique de l’innovation financière : le témoignage des pouvoirs locaux ». Solidement documentée, cette étude est intéressante à plusieurs titres. Tout d’abord, elle met en lumière de façon fondée un certain nombre de traits significatifs afférents à la souscription des emprunts structurés par les collectivités locales. Ensuite, elle met à jour les présupposés de la doxa libérale qui renvoie l’essentiel des responsabilités sur les élus. Enfin, à leur insu, les auteurs apportent des arguments à l’appui de notre thèse qui tient pour spéculatifs la plupart des prêts structurés, en particulier ceux dont le taux est indexé sur des rapports de devises.

 

Les enseignements de l’étude

Le traitement statistique de données officielles nous livre un éclairage fort instructif sur l’attitude des élus face aux emprunts structurés. Au fil de l’investigation, se dessine le profil des élus souscripteurs de ces financements et des collectivités concernées. Ces collectivités ont généralement une dette importante composée souvent d’une bonne part de produits structurés. Les villes constituant des bastions avec des élus solidement implantés dans leur circonscription sont moins susceptibles d’avoir recours à des prêts structurés que celles où les dernières élections ont été gagnées avec une faible avance. Les périodes précédant les élections sont plus propices à la souscription de tels emprunts que les périodes qui les suivent. Il ressort également une étroite corrélation entre prêts structurés d’un côté, et de l’autre une forte probabilité de renouvellement de mandat et un faible niveau d’imposition. Les premières années de taux bonifié de ces emprunts donnent aux politiques une marge de manœuvre financière qui leur permet de réduire les impôts locaux. Contrairement à des idées reçues, les élus qui ont recours à ces financements ont souvent un bon niveau d’éducation, sont plutôt jeunes et gèrent des villes importantes. Un phénomène d’imitation ou d’entraînement quant au recours à ces produits a été également observé, notamment chez des élus de collectivités proches géographiquement. Pour Christophe Pérignon et Boris Vallée, les résultats de leurs investigations montrent que l’innovation financière peut contribuer à amplifier les problèmes entre élus et administrés, les acteurs du système politique |2|, un constat que nous partageons. Mais notre accord sur ce constat ne va pas déboucher sur les mêmes conclusions. Pour les deux chercheurs, la responsabilité des conséquences désastreuses des prêts structurés est à rechercher du côté des élus, alors que selon nous elle relève des banques à l’égard desquelles Christophe Pérignon et Boris Vallée font preuve d’une grande mansuétude.

 

Le parti pris libéral

Pour bien comprendre le parti pris de l’étude, il faut au préalable s’intéresser à la démarche de ceux qui en sont les auteurs. Christophe Pérignon et Boris Vallée inscrivent leur approche dans les études d’économie politique de la finance et les débats concernant le côté « obscur » des innovations financières ; ils s’appuient également sur la littérature financière et les travaux relatifs aux politiques de couverture de risque mises en œuvre par les entreprises. Leur étude est bâtie à partir de deux ensembles de données, l’un concernant l’état de la dette des 300 plus importantes collectivités de France, l’autre les opérations sur les produits structurés réalisées par Dexia, banque leader sur ce marché dans les années 2000.

Nous sommes bel et bien en présence de la pensée unique en majesté appelant la prosternation des fidèles

Composée de 37 entrées, la bibliographie de l’article mentionne uniquement des références de travaux publiés en anglais. Le rapport n° 4030 de la commission d’enquête parlementaire sur les produits financiers à risque souscrits par les acteurs publics locaux |3|, pourtant évoqué dans ce travail, n’y figure pas. Jusqu’à la référence relative au Centre de données socio-politiques, une structure française, qui est donnée en anglais. Plus qu’une simple coquetterie, nous interprétons la lacune de sources en français comme la volonté délibérée d’écarter des travaux qui auraient pu glisser quelques grains de sable dans la mécanique bien huilée visant à démontrer la responsabilité des élus. Ainsi, la parole de ces derniers est inexistante, de même que celle des avocats défendant la cause des collectivités, sans parler des économistes hétérodoxes qui n’ont pas eu l’honneur de côtoyer Jean Tirole… Nous sommes bel et bien en présence de la pensée unique en majesté appelant la prosternation des fidèles. On note toutefois un grand absent dans la longue liste des travaux des tenants de la pensée libérale : FitchRatings et son fameux rapport spécial, « La dette structurée des collectivités locales : gestion active ou spéculation ? » |4|. Cet oubli « sélectif » est loin d’être anodin car dans leur étude, les analystes de la fameuse agence de notation, que l’on ne peut suspecter de nourrir des liens avec l’ultragauchisme, insistent sur la responsabilité des banques dans la mise en place de « produits… extrêmement risqués pour leurs souscripteurs » |5|. Ces analystes relèvent que du fait de pratiques comptables inadaptées, « les collectivités… sont… incitées à une véritable fuite en avant consistant à masquer leurs pertes potentielles par la souscription de nouveaux financements encore plus risqués. » |6| Il fallait donc faire silence sur une étude qui lève le voile sur les pratiques machiavéliques des banques dont l’essentiel est résumé en une simple phrase : « Les prêteurs ont donc réussi à imposer une situation paradoxale où, au lieu d’être rémunérés pour prendre un risque (de crédit) supplémentaire, ils l’ont été pour faire prendre un risque (de taux) à leurs clients. » |7|

C’est un tout autre parti pris que l’on trouve dans l’étude de Christophe Pérignon et Boris Vallée. Selon eux, les résultats de leur étude « sont difficilement conciliables avec l’hypothèse selon laquelle le développement du marché des prêts structurés serait la conséquence de l’exploitation par les banques du manque de connaissances financières de la part des politiques. » |8|

Considérant la thèse défendue par les auteurs, on n’est pas surpris de voir Philippe Manière, ancien directeur de l’Institut Montaigne, le think tank libéral bien connu, venir assurer la promotion de l’étude de Christophe Pérignon et Boris Vallée sur les ondes de France Culture où il a table ouverte tous les mardis dans la matinale, « Le monde selon Philippe Manière », dont l’intitulé, à défaut d’exhaler la modestie, annonce pour le moins la couleur. Dans son émission du 10 mars 2015, intitulée « Les faux naïfs des emprunts toxiques » |9|, l’auteur de Marx à la corbeille et de Ils vont tuer le capitalisme reprenait l’étude des deux économistes pour réfuter « l’histoire qu’on raconte partout… celle de pauvres élus roulés dans la farine par des banquiers cupides qui leur ont presque fourgué de force des prêts frelatés ». Et pour absoudre définitivement ses amis de la finance, il lançait dans un dernier sursaut d’indignation : « qu’on arrête de nous faire croire que les prêts toxiques sont tombés du ciel comme une plaie d’Égypte, ou que des méchants banquiers ont abusé d’élus innocents et vulnérables. »

Pour leur part, s’ils ne contestent pas les résultats catastrophiques provoqués par les emprunts toxiques, les auteurs ne préconisent pas de les interdire mais seulement d’en limiter l’usage. |10|

Le niveau futur des charges financières au taux de change de devises étrangères, sont clairement spéculatifs

 

La preuve de la spéculation

Le générique de la fameuse série « X-Files Aux frontières du réel » se termine le plus souvent par cette phrase porteuse de mystère : « The truth is out there », « La vérité est ailleurs ». Sans vouloir forcer le trait, cette formule s’accorde parfaitement à notre propos. En effet, n’en déplaise à Christophe Pérignon et à Boris Vallée, la vérité n’est pas dans la responsabilité d’élus ainsi qu’ils le soutiennent, mais dans celle des banques coupables d’avoir proposé aux collectivités des produits spéculatifs qu’elles n’avaient pas le droit de souscrire. Qui plus est, à leur insu, les deux chercheurs apportent de l’eau à notre moulin. Mais avant de développer ce point, revenons à un passage capital du rapport de FitchRatings passé en pertes et profits par nos deux auteurs, où l’on peut lire :

« Les contrats de produits structurés échappent donc à toute réglementation spécifique alors même que la plupart des produits proposés aux collectivités sont contraires aux principes énoncés dans la circulaire de 1992. En effet, si un contrat de cap, voire de swap, peut être considéré comme un instrument de couverture, les nombreux contrats apparus ces dernières années et qui conditionnent , par exemple, le niveau futur des charges financières au taux de change de devises étrangères, sont clairement spéculatifs. De plus, le lien entre l’intérêt général à « caractère local » avec des contrats indexés sur des devises étrangères n’est pas flagrant » |11|.

Tout est dit dans ces lignes qui renvoient à la circulaire n° 92-260 du 15 septembre 1992 |12|, abrogée depuis par la circulaire n° 10-15077 du 25 juin 2010 |13|, cette dernière reprenant à l’identique des éléments essentiels de la précédente. La circulaire de 2010 réaffirme « l’interdiction de l’usage spéculatif des instruments de couverture » et énonce :

« La Constitution et le Code Général des Collectivités Territoriales encadrent l’action des collectivités territoriales entre deux principes : la libre administration et la notion d’intérêt public local. »

« Chaque collectivité a pour mission de régler les affaires correspondant à ses compétences (articles L. 2121-29 du CGCT pour les communes, L. 3211-1 pour les départements, L. 4221-1 pour les régions, etc.). Les collectivités territoriales ne peuvent légalement agir que pour des motifs d’intérêt général présentant un caractère local. »

« L’engagement des finances des collectivités locales dans des opérations de nature spéculative ne relève ni des compétences qui leur sont reconnues par la loi, ni de l’intérêt général précité. Les actes ayant un tel objet sont déférés par le représentant de l’État au juge administratif, sur la base notamment de l’incompétence et de l’excès de pouvoir. » |14|

Le fait que la circulaire de 2010 se réfère explicitement à la Constitution, au Code général des collectivités locales et à la loi pour motiver « l’interdiction de l’usage spéculatif des instruments de couverture » écarte définitivement les arguments malhonnêtes avancés habituellement selon lesquels les circulaires ne seraient pas à prendre en compte au motif qu’elles n’auraient pas vocation à ajouter à la loi. Dans notre cas, la circulaire explique, elle n’ajoute rien aux textes de loi, elle se limite à apporter des éclaircissements aux modalités de mise en œuvre des principes de droit auxquels elle se réfère. C’est cette interdiction qui a amené le TGI de Paris, le 24 novembre 2011, dans une affaire opposant la ville de Saint-Etienne à Royal Bank of Scotland, à considérer que la cessation du versement des échéances de ses emprunts par la ville ne constitue pas un trouble manifestement illicite, une décision confirmée le 4 juillet 2012 par la Cour d’appel de Paris qui a affirmé que des prêts à taux variable sans plafond contreviennent à l’interdiction pour les collectivités de souscrire des contrats spéculatifs. |15| Enfin, le 6 janvier 2015, dans un litige opposant l’établissement public industriel et commercial Pas-de-Calais habitat office public d’HLM à Deutsche Bank, la Cour de cassation a reconnu l’existence d’une contestation sérieuse relative à la capacité et à la compétence de l’emprunteur quant à la souscription de produits spéculatifs. |16|

Si chacun s’accorde à admettre l’interdiction pour les collectivités, et plus généralement pour l’ensemble des acteurs publics locaux, de se livrer à des activités spéculatives, il est croustillant de lire sous la plume de nos deux auteurs :

« Les prêts structurés ont pu être utilisés comme instrument de couverture. Toutefois, il y a deux bonnes raisons pour écarter ce cas de figure. Premièrement, les paiements des primes des produits structurés sont par définition non linéaires et en courbe du fait de l’intégration de la vente d’option sans échanges financiers. Par conséquent, pour se couvrir au moyen de ces instruments, un pouvoir local se doit de disposer d’une trésorerie présentant un fort excédent en cas de survenue d’événements exceptionnels pour un emprunt structuré reposant sur des index tels que l’euro contre le dollar, les produits de pente basés sur des écarts de taux d’intérêt, ce qui semble tout à fait improbable. Deuxièmement, il ressort que les ressources des pouvoirs locaux sont sans corrélation avec les indices financiers sur lesquels reposent les prêts structurés. » |17|

On peut également apporter la preuve que les banques ont agi avec légèreté lorsque les deux chercheurs relèvent qu’elles n’ont pas appliqué avec les collectivités les règles qu’elles observent avec d’autres acteurs :

« En dépit du risque de crédit qu’elles généraient sur le long terme et de l’absence de CDS pour les couvrir, les banques n’ont pas demandé aux autorités locales de fournir des garanties à ces transactions. Exiger des collatéraux, ce qui est la règle pour la clientèle des entreprises, aurait constitué un obstacle à la commercialisation de produits structurés aux autorités locales car les appels de marge se seraient révélés à la fois coûteux à gérer et visibles pour les électeurs. » |18|

En vérité, en mettant en place des prêts structurés avec les acteurs publics locaux, les banques n’avaient d’autre préoccupation que l’augmentation de leurs marges. Christophe Pérignon et Boris Vallée le reconnaissent :

« Des témoignages suggèrent que les opérations de prêts structurés sont très profitables pour les banques car les marges sont significativement plus importantes (autour de 5 % du montant notionnel du prêt) que celles des prêts classiques. » |19|

Les deux auteurs apportent plus loin une nouvelle preuve du caractère spéculatif des prêts structurés lorsqu’ils déclarent, à l’issue de l’examen de la structure de ces produits : « On peut faire un parallèle avec le phénomène de recherche de rendement boursier lorsque des investisseurs institutionnels améliorent le rendement de leurs investissements en augmentant leur risque de façon disproportionnée. » |20|

Les collectivités locales n’ont pas le droit d’engager leurs finances dans des opérations de nature spéculative

 

En guise de conclusion

Nos divergences avec Christophe Pérignon et Boris Vallée tiennent à ce que, selon nous, leur étude présente deux vices. Tout d’abord, même s’ils ont de fait reconnu le caractère spéculatif des prêts structurés, ils ont fait abstraction de la règle essentielle selon laquelle les collectivités locales n’ont pas le droit d’engager leurs finances dans des opérations de nature spéculative |21|. Ensuite, consciemment ou pas, ils ont confondu deux niveaux de responsabilité en ce qui concerne les élus. Un élu qui a fait de mauvais choix dans la gestion de sa ville (par exemple en souscrivant des emprunts toxiques générateurs de surcoûts importants) ne sera pas responsable devant les tribunaux. Seuls des cas de malversations sont susceptibles d’engager sa responsabilité civile et pénale. Des choix inadaptés en matière de gestion, aussi désastreux soient-ils, engagent sa seule responsabilité politique devant ses électeurs. Il n’en va pas de même pour les banques qui doivent respecter de nombreuses et strictes obligations à l’égard de leurs clients, notamment en matière d’information, de mise en garde, et de conseil. Plusieurs juridictions les ont déjà condamnées pour de tels manquements, même si pour l’instant leurs décisions ne vont pas aussi loin que nous l’aurions souhaité. |22|

Dans « Teliko », le 3e épisode de la saison 4 de X Files, la célèbre phrase du générique, « The truth is out there », « La vérité est ailleurs », a été remplacée par une autre : « Deceive, Inveigle, Obfuscate », « Tromper, manipuler, obscurcir », une formule particulièrement appropriée pour caractériser les pratiques des banques.

 

Notes

|1| Christophe Pérignon & Boris Vallée, The Political Economy of Financial Innovation, 5 décembre 20015, http://www.hbs.edu/faculty/Publicat...

|2| Ibid., p. 27.

|3| http://www.assemblee-nationale.fr/1...

|4| FitchRatings, Rapport spécial, « la dette structurée des collectivités locales : gestion active ou spéculation ? », 16 juillet 2008.

|5| Ibid., p. 1.

|6| Ibid.

|7| Ibid., p. 2.

|8| Christophe Pérignon & Boris Vallée, ibid., p. 25.

|9| http://www.franceculture.fr/emissio...

|10| Christophe Pérignon & Boris Vallée, ibid., p. 28.

|11| FitchRatings, op. cit., p. 3.

|12| http://circulaire.legifrance.gouv.f...

|13| http://circulaire.legifrance.gouv.f...

|14| Cf. circulaire du 15 septembre 2012, p. 7, et circulaire du 25 juin 2010, p. 13.

|15| Sur ces deux décisions, cf. Patrick Saurin, Les prêts toxiques une affaire d’État, Paris, Demopolis & CADTM, pp. 162-164.

|16| Cour de cassation, civile, chambre commerciale, décision du 6 janvier 2015, 13-22.975, Inédit. https://www.legifrance.gouv.fr/affi...

|17| Christophe Pérignon & Boris Vallée, op. cit., p. 25.

|18| Ibid., p. 8.

|19| Ibid., p. 8.

|20| Ibid., p. 14.

|21| Patrick Saurin, « Pourquoi les emprunts toxiques sont spéculatifs »

|22| Patrick Saurin, « Flexible droit ou élasticité de la justice ».

Auteur.e

Patrick Saurin

a été pendant plus de dix ans chargé de clientèle auprès des collectivités publiques au sein des Caisses d’Épargne. Il est membre de l’exécutif national de Sud BPCE, du CAC et du CADTM France. Il est l’auteur du livre « Les prêts toxiques : Une affaire d’état ».
Il est membre de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce, créée le 4 avril 2015. _

Autres articles en français de Patrick Saurin (47)

 

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:31

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

C'est le peuple qui remettra la Gauche en mouvement, pas l'inverse

La mise à disposition populaire de Jean-Luc Mélenchon le 10 février résonne comme une rupture salvatrice. Ce n’est certes qu’un début mais c’est le seul chemin qui vaille.
 
LCI/TF1

 

L’Assemblée nationale vient d’adopter le double projet de déchéance de nationalité et de constitutionnalisation de l’état d’urgence. La France perd ce qui la rendait si grande : son universalité et l’indivisibilité du peuple. La Gauche voit quant à elle son honneur foulé aux pieds.

Au moment de l’humiliation, ils étaient à peine plus de 150 en séance vendredi 5 février au palais Bourbon pour écouter un Premier Ministre à la parole dévalorisée. A peine 129 pour adopter lundi 8 février rien moins que l’article 1 qui modifie la Constitution. Ceux de la majorité préféraient fuir leurs contradictions. Ceux de l’opposition ne voulaient pas avoir à adouber des mesures qu’ils ont proposées mais désormais présentées par d’autres. La démonstration est terrible : non seulement l’exécutif est nu, mais le Parlement s’auto-dessaisit à trop avoir été aliéné.

Qui pourrait dès lors reprocher au peuple son sentiment de déshérence avancée quand le spectacle politico-médiatique vire à la farce : des projets de lois sans but ni efficacité font pendant des semaines le buzz médiatique avant de se graver dans le livre de la France dans l’indifférence générale. Dans ce paysage crépusculaire, l’alternative semble impossible. Elle se défie de la traditionnelle alternance politique gauche-droite comme d’un pis-aller. Les digues ont été rompues par le ralliement à un même credo libéral. La quête du sens commun ne se fera pas dans les vieilles paroisses.

La quête du sens commun ne se fera pas dans les vieilles paroisses

Hier pourtant, la Gauche rassemblée pouvait prétendre à fédérer le peuple dans le pacte républicain et social hérité des Lumières et forgé par deux siècles de combats révolutionnaires et ouvriers. Mais en dissolvant la Gauche à force de ruptures et de reniements, le triumvirat d’airain Hollande / Valls / Macron a du même coup brisé la capacité à agréger autour de celle-ci. Elle n’est plus en capacité d’impulser un nouveau sens commun humaniste et progressiste. Dès lors, la Gauche peut bien se rassembler dans son tout ou ses parties, elle a perdu la force propulsive qui lui permettait son propre dépassement.

Le triste spectacle du rapiéçage des lambeaux de Gauche dans une primaire artificielle l’enterre une seconde fois. Voilà la Gauche qui, de l’aveu même de Yannick Jadot, se réduit à nouveau à des combines de cartels de partis. Le partisan des primaires a ainsi tranquillement posé que l’objectif était ensuite de partager les investitures aux législatives sur la base des résultats. Les primaires seraient donc le cache-sexe d’un troc de circonscriptions « à l’ancienne » dans une arrière-boutique. Imaginez : ceux-là même qui s’en réclament ne seraient pas prêts à se soumettre à une primaire dans leur circonscription, comme Cécile Duflot qui s’est ainsi dès le 8 février autoproclamée candidate aux législatives de 2017 !

La Gauche ne peut de toute façon pas prétendre s’élargir au peuple quand elle pratique l’exclusion et la caporalisation. Le bureau du Parti Socialiste du 8 février a ainsi acté par la voix de sa porte-parole Corinne Narassiguin la finalité de la manœuvre primaire : « Il y a un grand consensus [...] d'aller vers une primaire de coalition, c'est-à-dire une primaire qui réunirait toute la gauche de gouvernement sans préalable et avec une seule condition : que tous ceux qui participent soient d'accord pour soutenir celui ou celle qui gagnera la primaire ». Exit donc Jean-Luc Mélenchon d’un côté et ralliement des autres derrière la bannière présidentielle de l’autre.

Derrière les calculs, les primaires sont surtout une machine à rétrécir les projets de rupture sur la base du plus petit dénominateur commun. Et donc à annihiler les capacités de mise en mouvement du peuple en imposant une resucée du vote prétendument utile qui sanctionne la défaite de la pensée politique. Les primaires ne mettront jamais à l’ordre du jour la bataille essentielle, celle pour l’hégémonie culturelle qui passe par l’activation d’une indispensable dispute politique. A défaut, nous devrons nous contenter d’un théâtre d’ombres, celui du marketing médiatique des « spin doctors made in France ». L’heure devrait au contraire être à investir l’agora en mettant en discussion les sujets qui font débat voire clivage. L’implication civique est-elle compatible avec la monarchie présidentielle ? La souveraineté populaire est-elle soluble dans le cadre des traités européens ? La financiarisation de l’économie est-elle inéluctable ? Quel temps de travail pour quelle société ? En s’adressant à l’intelligence de chacun-e, on élève son niveau de conscience et donc celui du peuple tout entier.

Quand la Gauche priorise les formes au détriment du fond, elle acte sa défaite par renoncements successifs avant même que le combat n’ait commencé. Il ne faut donc rien attendre de ce côté-là.  Mais les urgences indiquent que la mobilisation et l’action ne peuvent plus attendre. C’est le peuple qui remettra la Gauche en mouvement, pas l’inverse. Encore faut-il qu’elle y soit prête et disponible. C’est pourquoi la mise à disposition populaire de Jean-Luc Mélenchon le 10 février résonne comme une rupture salvatrice. Ce n’est certes qu’un début mais c’est le seul chemin qui vaille.  

*François COCQ et Francis DASPE sont responsables de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée)

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:19

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

L'UE ne sait proposer que le libre-échange à la Tunisie

14 février 2016 | Par Ludovic Lamant
 
 
 

Cinq ans après les révoltes arabes, l’UE espère conclure un accord de libre-échange avec la Tunisie. Les eurodéputés réclament un partenariat politique d’un nouveau genre. Mais les premières versions de l’accord en chantier, dont Mediapart publie dix chapitres en exclusivité, montrent une autre réalité. À Tunis, des figures de la société civile s’inquiètent.

De notre envoyé spécial à Bruxelles. – Cinq ans après les révolutions arabes, les eurodéputés spécialisés dans les questions commerciales s’apprêtent à adopter mardi une résolution qui veut faire de l’accord de libre-échange en chantier avec la Tunisie « un partenariat politique » pour soutenir la jeune démocratie tunisienne. Mais les documents publiés en exclusivité par Mediapart, qui décrivent le point de départ des négociations déjà menées par la commission européenne à Tunis en 2015, laissent penser que les élus auront toutes les peines du monde à se faire entendre.

Ce projet d’« accord de libre-échange approfondi et complet » (ALECA ou DCFTA) entre l’UE et la Tunisie est dans l’air depuis la chute du régime Ben Ali en 2011. Mais Tunis avait voulu attendre les élections de 2014, et la soi-disant « stabilisation » de son paysage politique, pour enclencher cette négociation clé pour l’avenir du pays. Le processus a vraiment été lancé en mai 2015, lors d’une visite du premier ministre tunisien, Habib Essid, à Bruxelles. Un accord plus modeste, qui libéralise les droits de douane pour certaines industries, existe déjà depuis 1995. Cette fois, l’accord doit porter sur les droits de douane (à réduire un peu plus), mais surtout sur les normes et régulations (à rapprocher entre les deux régions).

 

Le chef du gouvernement tunisien Habib Essid et le président de la commission Jean-Claude Juncker. Le chef du gouvernement tunisien Habib Essid et le président de la commission Jean-Claude Juncker.
 

Les eurodéputés qui suivent le dossier le promettent haut et fort : il n’est pas question de conclure un accord de libre-échange comme les autres. D’autant que les regains de tensions sociales, en janvier, ont rappelé à quel point la situation restait précaire en Tunisie, et les inégalités sociales colossales. « Cet accord ne peut pas être seulement commercial, il doit être politique, pour vraiment aider la Tunisie et les Tunisiens et soutenir leur développement économique », prévient Marielle de Sarnez (UDI-MoDem), rapporteure du texte. « C’est un partenariat politique qui vise à encourager la transition démocratique dans un contexte qu’on connaît troublé, renchérit un autre Français, le socialiste Emmanuel Maurel. Ce qui implique que l’accord soit asymétrique et progressif. »

« Asymétrique », c’est-à-dire que l’accord pourrait ouvrir davantage les marchés européens aux Tunisiens, que les marchés tunisiens aux Européens. « C’est d’abord pour la Tunisie », résume de Sarnez. « On ne va pas imposer aux Tunisiens des règles qu’on imposerait aux Américains ou aux Canadiens », assure Maurel. Et « progressif », parce que « l’état d’esprit de la négociation, ce n’est pas du tout d’imposer une ouverture là tout de suite maintenant, l’idée, c’est que la Tunisie en sorte gagnante ».

 

Le problème de ces discours prudents du côté du parlement européen, c’est qu’ils cadrent mal avec la réalité des négociations. Mediapart a pris connaissance des premières versions de dix chapitres du futur traité, rédigées en français par la commission. Ces textes – à télécharger en intégralité sous l’onglet Prolonger de l’article – ont été finalisés à Bruxelles en juillet 2015, et présentés aux experts tunisiens lors du premier « round » de négociations, en octobre 2015 à Tunis. La prochaine rencontre entre Européens et Tunisiens devrait avoir lieu « après Pâques », fait-on savoir du côté de la commission.

Dans son compte-rendu (pdf, 146.2 kB) des négociations d’octobre, la commission fait état de discussions encore « préliminaires » et – selon la formule habituelle – « ouvertes et constructives ». Mais les documents publiés par Mediapart, à analyser avec précaution puisqu’ils remontent à l’été dernier, montrent que la commission est arrivée à Tunis avec, dans ses bagages, un projet déjà avancé, extrêmement précis par endroits, qui semble calqué sur le modèle de n’importe quel traité de libre-échange conclu par l’UE. Difficile de voir quelles seront les marges de manœuvre offertes à la démocratie tunisienne pour négocier cet accord…

Certains jugeront l’anecdote révélatrice : à plusieurs endroits du texte, il est question du Maroc, et non de la Tunisie, ce qui laisse penser que le copié-collé de l’accord de libre-échange négocié avec Rabat semble avoir marché à plein (par exemple l'annexe 3 du chapitre sur les droits à la propriété intellectuelle, ou encore les articles 42 et 52 du chapitre sur les services).

À Tunis, des activistes s’inquiètent d’un texte où l’UE imposerait ses vues de A à Z. « Il faut bien comprendre le déséquilibre flagrant entre ces deux partenaires. On a un géant économique d’un côté, un État minuscule de l’autre. Le PIB par habitant est huit fois supérieur en Europe à celui en Tunisie », met en garde Azzam Mahjoub, un universitaire tunisien auteur d’un rapport l’an dernier sur le sujet pour une ONG, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme. « La Tunisie représente 1 % à peine de l’ensemble du commerce extérieur de l’UE, alors que l’UE représente près des trois quarts du commerce extérieur pour la Tunisie… »

« Le gouvernement tunisien n’est plus provisoire, mais on ne peut pas dire qu’il soit stable pour autant. Il n’a pas encore formulé de vraie vision pour l’avenir, et il va falloir repenser le modèle économique du pays », prévient, de son côté, Abdeljelil Bédoui, membre du comité directeur du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, qui a été consulté par l’UE en amont des négociations. À ses yeux, « le modèle néolibéral, qui repose sur une logique marchande, ne peut pas réaliser les objectifs en matière économique et sociale qui ont été fixés dans la nouvelle constitution ». Bref, Tunis devrait d’abord engager un vaste débat sur le développement du pays, avant de s’engager dans une négociation périlleuse avec l’UE.

 

Pas (encore ?) de mécanisme d’arbitrage des différends

 

La commissaire au commerce Cecilia Malmström avec le ministre du commerce tunisien Ridha Lahouel, à Tunis, en octobre 2015. ©CE. La commissaire au commerce Cecilia Malmström avec le ministre du commerce tunisien Ridha Lahouel, à Tunis, en octobre 2015. ©CE.
 

À la lecture des documents, l’accord en gestation, assez proche dans sa structure de textes comme celui conclu avec la Corée du Sud (en vigueur depuis 2011), insiste très souvent sur la nécessité d’un transfert – à sens unique – des normes européennes vers la Tunisie. C’est particulièrement net dans le chapitre consacré à la concurrence, où des pans du droit européen de la concurrence sont repris tels quels dans le texte (voir l’article 1.3, qui fait des traités européens et de la jurisprudence de la Cour européenne de justice les références en dernier ressort). Cela peut s’avérer constructif, s’il s’agit de contrer des cartels entre entreprises qui voudraient s’entendre sur les prix. Mais c’est plus problématique lorsque cela permet de bloquer toute aide d’État en soutien à un secteur ou une entreprise. La Tunisie consent à se doter, d’ici un laps de temps à négocier, d’une autorité indépendante chargée d’évaluer la légalité des aides d’État, conformément aux critères européens (article 3.1.b).

Ailleurs, la logique est identique, et c’est à chaque fois la Tunisie, sous couvert de « rapprochement des législations », qui semble devoir consentir les vrais efforts. Dans le chapitre consacré à l’énergie : « Dans la mise en œuvre de ce chapitre, la Tunisie veille à rendre progressivement ses législations existantes et futures dans ce domaine compatibles avec l'acquis de l'UE quand nécessaire et approprié » (article 11)Ou celui sur les « mesures sanitaires et phytosanitaires » : « La Tunisie procède au rapprochement progressif de sa réglementation sanitaire et phytosanitaire à l'acquis de l’UE » (article 6). À l’inverse, cette toute première mouture du texte semble très peu contraignante pour l’UE. Dans le chapitre sur les investissements, les entreprises étrangères ne sont par exemple pas contraintes d’employer un minimum de travailleurs locaux (« Aucune Partie ne peut imposer (…) de recruter un nombre donné ou un pourcentage donné de ses ressortissants » : chapitre 2, section 1, article 7).

À ce stade, le texte ne contient pas de mécanisme d’arbitrage – ce système qui autorise une multinationale étrangère à attaquer un État en justice –, dit ISDS dans le jargon juridico-commercial. Un article le prévoit (article 4 du chapitre concurrence), mais il reste à compléter. À l’été 2015, la polémique faisait rage sur le recours à l’ISDS dans le traité avec les États-Unis (elle s’est depuis apaisée). Ce qui explique sans doute la prudence, alors, des négociateurs européens sur le sujet. Dans le même ordre d’idées, une section entière est prévue pour encadrer le « secret des affaires », autre dossier très sensible à Bruxelles, mais elle est là encore laissée vierge (section 3 du chapitre sur la propriété intellectuelle).

« Les négociateurs européens souhaitent le pur et simple transfert des normes de l’UE à la Tunisie. La marge de manœuvre laissée aux Tunisiens pour construire leur propre système normatif est très faible », s’inquiète Amélie Canonne, spécialiste des questions commerciales au sein de l’AITEC, une association française de solidarité internationale. Elle ajoute que « nous avons déjà entendu cent fois les promesses de transparence ou de consultation, mais dans les faits, c'est toujours l'UE qui impose sa rationalité et ses exigences aux pays plus faibles, qui n'ont rien à y gagner ».

En Tunisie, le débat ne fait que commencer. Il devrait s’intensifier cette année. « Pour le moment, le débat n’est pas sérieux. La Tunisie doit au moins mener sa propre étude d’impact sur l’offre présentée par l’UE », estime Abdeljelil Bédoui, du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. « Pour l’instant, les seules études qui existent ont été commandées par l’Union européenne auprès d’un bureau d’études qui publie systématiquement des conclusions positives pour n’importe quel accord, avec n’importe quel pays. »

 

L’universitaire Azzam Mahjoub regrette lui aussi l’absence d’études en profondeur du sujet. « Les Tunisiens, ces cinq dernières années, ont eu vraiment d’autres chats à fouetter. Les gens sont plutôt prudents sur le sujet pour le moment. Mais il y aura sans aucun doute un débat houleux au niveau du parlement. » Pour lui, l’UE devrait opérer une différence, dans la manière dont elle négocie ses accords de libre-échange, « entre des États qui s’engagent résolument vers une certaine convergence avec les valeurs démocratiques de l’UE et les autres ». Il plaide pour des « accords de solidarité », qui iraient plus loin que la simple politique de voisinage de l’UE, et autoriseraient, pourquoi pas, un accès à certains fonds structurels d’ordinaire réservés à l’UE.

Il regrette également l’absence de stratégie collective – jusqu’à présent – du Maroc, de la Tunisie, de l’Égypte et de la Jordanie, qui tous ont négocié ou sont en train de négocier des accords de libre-échange avec l’UE. « Il ne faut pas toujours renvoyer la balle au camp adverse : il y a clairement un défaut de solidarité Sud-Sud, une coordination zéro, qui nous empêche de négocier dans de meilleures conditions avec Bruxelles », juge-t-il.

À l’instar du traité avec les États-Unis, les eurodéputés, tout comme leurs homologues à Tunis, auront le dernier mot : ils pourront valider ou rejeter le texte définitif sorti des négociations. Dans sa résolution (à télécharger ici (pdf, 490.5 kB)), qui devrait faire l’objet d’un vote très large, aux environs du 15 février, en commission « commerce international » du parlement européen, Marielle de Sarnez défend en particulier la création d’une « commission mixte » intégrant 15 eurodéputés et autant de députés tunisiens, afin de superviser le chantier (mais ce sont bien les experts de la commission européenne et du gouvernement tunisien qui sont en charge de la négociation technique).

La résolution réclame aussi la publication du mandat de négociation. Comme pour l'accord avec les États-Unis, dont le texte d'origine est longtemps resté secret, la commission assure être partante pour publier le mandat, mais renvoie la balle au conseil européen, où certaines capitales bloqueraient la publication du texte. L'Allemand Martin Schulz, président du parlement européen, s'est rendu en Tunisie, du 8 au 10 février.

Du côté de l'exécutif de Jean-Claude Juncker, où quelque 27 personnes travaillent, avec des degrés d'investissement divers, sur le texte, on assure partager le même souci d’un « accord asymétrique », et l’on rappelle que la politique commerciale de l’UE a toujours intégré des enjeux politiques et diplomatiques. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les premiers documents de la négociation permettent d'en douter. L’intégralité des documents (en français) est à télécharger sous l’onglet Prolonger.

 

 

 

 

Lire aussi

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:13

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Khadija Ryadi: «Au Maroc, la lutte contre le terrorisme est utilisée pour opprimer les dissidents»

14 février 2016 | Par Ilhem Rachidi
 
 
 

Depuis trois ans, une répression silencieuse cible de nombreux activistes et journalistes au Maroc. Khadija Ryadi, ancienne présidente de l'Association marocaine des droits humains, dresse un bilan extrêmement critique de l'évolution récente du Maroc.

Rabat, Maroc, de notre correspondante. – Depuis maintenant trois ans, une répression silencieuse cible de nombreux activistes et journalistes au Maroc. Khadija Ryadi, ancienne présidente de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), l'une des organisations les plus influentes du monde arabe, et prix des Nations unies pour les droits de l'homme en 2013, dresse un bilan extrêmement critique de l'évolution récente du Maroc. Elle revient sur un nouveau tour de vis sécuritaire annoncé en 2014 devant le parlement par le ministre de l'intérieur, qui accusait les ONG de défense des droits de l'homme de servir des agendas extérieurs et d'affaiblir la lutte contre le terrorisme. Une lutte instrumentalisée, selon elle, pour réduire au silence les associations trop critiques et opprimer les dissidents.

Une manifestation d'enseignants stagiaires a été violemment réprimée le 7 janvier dernier. Ce dimanche 24, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à leurs côtés. Comment expliquez-vous d'un côté, la réaction de l'État, et de l'autre, cette forte mobilisation qui a suivi ?

Khadija Ryadi lors d'une manifestation du Mouvement 20-Février à Rabat, le 24 avril 2011 © Ilhem Rachidi Khadija Ryadi lors d'une manifestation du Mouvement 20-Février à Rabat, le 24 avril 2011 © Ilhem Rachidi

 

Khadija Ryadi. Cette réaction de l'État est une façon de dire au citoyen que ça ne sert à rien de lutter, de militer, de revendiquer, de s'organiser ; une façon de dire que ce sont des choses qui ne vont causer que de la violence, la répression, et qui ne servent à rien. Déjà, les étudiants de médecine sont arrivés par la lutte, la solidarité et les manifestations à atteindre leurs objectifs et ils ont fait reculer le gouvernement sur le projet qu'ils critiquaient. C'est une victoire et l'État a peur d'une victoire d'autres groupes sociaux qui s'organisent et qui militent. Les jeunes sont convaincus de leur cause, les professeurs stagiaires sont organisés. Pour eux, c'est une lutte essentielle. C'est leur avenir, leur vie. Ils sont prêts à tout donner pour l'annulation de ces deux circulaires. Et il y a une grande solidarité dans la société : les syndicats, les organisations de droits humains. Tout le monde s'est solidarisé et ça les encourage. Ils ne se sentent pas seuls.

Alors que la menace terroriste est omniprésente, craignez-vous une nouvelle vague de détentions et une régression des droits humains similaire à celle de l'après 16 mai 2003 (cinq attaques simultanées à Casablanca avaient fait une quarantaine de victimes) ?

Nous assistons à une régression au niveau des libertés et des droits de l'homme au Maroc et pas seulement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme est instrumentalisée, puisque il y a un an et demi, le ministre l'intérieur avait déclaré au parlement que les ONG de droits humains entravaient les efforts dans la lutte contre le terrorisme. Il a aussi lié cela [leurs activités] à un agenda extérieur. 

Cette lutte contre le terrorisme n'est pas en elle-même source de violation des droits humains, comme on l'a vu en 2003 [au lendemain des attentats du 16 mai, une vague d'arrestations avait eu lieu – ndlr] et depuis. Ce discours de lutte contre le terrorisme est instrumentalisé pour entraver des associations qui ne sont pas tolérées, qui sont un peu trop critiques, dont les rapports ont une influence au niveau international ou qui mettent le doigt sur les lacunes dans les engagements pris par le Maroc. 

Non seulement il y a une dégradation des libertés dans le cadre de cette lutte contre le terrorisme comme en Europe, aux États-Unis, partout dans le monde, mais cette lutte est utilisée pour opprimer les dissidents. Depuis le discours du ministre de l'intérieur, l'AMDH n'a plus la possibilité d'avoir accès à une salle publique. On a recensé plus de 150 activités interdites et je le dis aussi au nom du réseau que je coordonne, le Réseau des associations victimes d'interdictions (RAVI), qui s'est constitué suite à cette vague de répression du droit à la réunion. L'AMDH a pourtant déposé plainte contre l'administration et elle a eu gain de cause dans tous les cas où elle a déposé plainte devant le tribunal administratif et dans différentes régions du Maroc. Et pourtant, ça continue.  

Des activistes sont jugés dans le cadre de cette dégradation des libertés, notamment l'historien Maati Mounjib et six autres activistes membres d'ONG que les autorités n'arrivent pas à accepter. En février 2015, le siège de l'AMDH a été envahi par une quarantaine de policiers, en infraction totale des procédures en vigueur. Ils ont tabassé la personne qui était sur place. Même pendant les années de plomb, le local de l'AMDH n'a jamais été envahi par la police. On a vu des arrestations, des interdictions de membres du bureau de l'AMDH mais jamais une décision d'envahir le local de l'AMDH.

Quel regard portez-vous sur ce que certains observateurs perçoivent comme un possible début de régression des droits humains en France au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris ? Quel parallèle faites-vous entre ce qui se passe ici et là-bas ? 

Il y a une vague de dégradation du respect des libertés depuis 2001. Des lois liberticides ont été mises en place aux États-Unis et maintenant il y a l'état d'urgence en France. Des pratiques reviennent : le non-respect des procédures, une utilisation de la force exagérée, l'interdiction de manifestations en France, par exemple. Bien avant les attentats de novembre, une marche pour la Palestine a été interdite. C'est donc une ambiance générale qui, depuis 2001, s'installe de plus en plus. Et la lutte antiterroriste est instrumentalisée parce que je m'interroge sur le fait que ces hommes politiques, qui ont tout ce savoir et cette expérience, ne puissent pas comprendre que la lutte contre le terrorisme n'est pas seulement sécuritaire. Il faut se pencher sur toutes les causes de ce phénomène qui touche beaucoup de pays. Ne peuvent-ils pas comprendre que le fait d'utiliser seulement le sécuritaire ne peut pas mettre fin au terrorisme ?

Les Marocains partis combattre en Syrie seraient au moins 1 500. Comment expliquez-vous l'engouement de ces jeunes pour Daech et la progression de cet “esprit Daech” chez certains Marocains qui justifient leurs actions, ou du moins ne s'y opposent pas clairement ?

C'est toute une histoire. Peut-être que d'autres pays ont connu ça. Mais dans le Maroc des années 1970 et 1980, il y avait une grande présence des forces progressistes. La gauche était forte, elle avait sa place dans l'échiquier politique, elle avait son influence au sein de la jeunesse. Des organisations fortes existaient, y compris l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), les syndicats des élèves, ainsi que d'autres syndicats qui étaient forts et qui formaient des élites progressistes. Tout cela dérangeait le régime. Parmi les moyens qu'il a utilisés pour affaiblir cette opposition de gauche, il y avait non seulement les disparitions forcées, la prison, mais aussi l'utilisation de la droite islamiste et l'encouragement des partis islamistes. L'argent entrait et parvient encore des pays du Golfe pour mettre en place des associations de quartiers, des maisons de jeunes. Le régime a fermé les yeux sur la violence et les crimes que ces courants islamistes ont perpétrés contre les militants de gauche. Des militants ont été tués par les courants islamistes. Il y a eu des meurtres, celui de Omar Benjeloun, de Mohamed Aït Ljid Benaïssa, de Maati Boumli. Tout cela sans compter la modification des ouvrages scolaires et l'annulation de la philosophie à la faculté de lettres pour réduire les espaces où l'esprit critique s'apprend. Dans les programmes de télévision aussi, il y a eu des changements. Un programme idéologique a donc été mis en place pour donner au citoyen cet esprit Daech, extrémiste. On a aussi ouvert les portes des mosquées aux courants extrémistes et à des prêcheurs violents. Les autorités ont encouragé ces gens à utiliser les mosquées pour divulguer des discours extrémistes. Tout cela fait partie d'une politique de l'État pour affaiblir la gauche et nous en vivons les conséquences. Même s'il est vrai que depuis 2003, le Maroc a essayé de changer les choses parce que les attentats ont secoué le Maroc. Par exemple, les écoles ont été ouvertes aux ONG de droits humains afin de véhiculer d'autres valeurs. Mais il n'y a pas eu une révision réelle de cette politique.

 

Plusieurs cas d'anciens détenus de l'après 16 mai 2003 qui ont rejoint Daech ont été documentés, dans la presse notamment. Parmi eux, certains auraient été victimes de procès inéquitables et de violation de droits humains. Quel rôle cela a-t-il pu jouer dans leur départ pour Daech, d'après vous ?

Il y a un problème au Maroc : c'est le droit à l'information. On ne sait pas réellement ce qui se passe. Les avocats ne sont pas toujours présents lorsque les personnes sont arrêtées. Les journalistes qui font de l'investigation ne sont pas bien accueillis au Maroc. Ils ont des problèmes, leurs journaux connaissent des problèmes. Ils sont réprimés d'une façon ou d'une autre. Je ne peux donc pas donner de chiffres mais parler de dossiers que nous avons suivis en tant que défenseurs des droits de l'homme. Il y a des cas de personnes qui se sont retrouvées en prison suite à des procès inéquitables, ou en tout cas il n'y avait aucune preuve qu'ils faisaient partie de courants violents. Mais lorsqu'ils sont sortis, ils sont devenus violents parce qu'ils ont été encadrés dans les prisons par des personnes qui prêchaient pour la violence. Je ne justifie pas le fait qu'ils soient devenus violents mais j'explique les raisons qui font qu'ils se retrouvent dans des réseaux. Ils sont encadrés, endoctrinés au sein de la prison. Et la prison ne joue pas son rôle de réintégration. 

Le Maroc a une image relativement positive à l'étranger, surtout lorsqu'on le compare à ses voisins en difficultés depuis 2011. Quel bilan du « printemps arabe » y dressez-vous ?

C'est vrai que le Maroc a toujours travaillé son image. Et il est prêt à tout pour soigner cette image, y compris avoir des amis dans les instances qui vont davantage la soigner. Les documents du hacker Chris Coleman montrent bien quelles sont les méthodes utilisées par le Maroc pour avoir cette image-là. Il y a aussi cette comparaison avec les autres pays de la région. 

Les indicateurs au niveau de la région montrent que beaucoup de pays sont mieux classés, notamment la Mauritanie, pour la liberté d'expression. Il y a aussi les indicateurs de droits des femmes annoncés par le Sommet économique mondial où le Maroc est classé parmi les dix derniers pays qui offrent l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Pour le développement humain, le Maroc est 126e. Donc cette image qu'il soigne et qu'il essaie de montrer comme étant bonne, les indicateurs ne la reflètent pas. Avec cette vague de répression contre les défenseurs de droits humains lancée ces derniers mois, les rapports des ONG internationales ont beaucoup changé. Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme, la FIDH, Amnesty International dans son rapport sur la torture en 2015, Human Rights Watch, ont émis des rapports très critiques sur le Maroc. Maintenant, même les ONG internationales ont des problèmes avec le Maroc. Deux enquêteurs d'Amnesty International ont été expulsés. Human Rights Watch n'est plus acceptée. La représentante de la Fondation Friedrich Naumann a été forcée de quitter le Maroc. Les ONG internationales ont du mal à travailler au Maroc. Même s'ils soignent cette image, ça ne peut pas durer. Et les pays européens défendent leurs intérêts et ferment les yeux sur ces violations. Ils savent que tout cela est une fausse image mais ils continuent à ne pas faire pression sur le Maroc parce qu'ils ont des intérêts communs. Ils ferment aussi les yeux sur la répression des migrants parce que ça les arrange. Ils ont besoin des services du Maroc dans la lutte antiterroriste. Ils ferment les yeux sur les abus des autorités parce qu'ils en profitent. 

La transition démocratique fait-elle partie du passé ?

Même ceux qui ont toujours parlé de la transition sont de plus en plus convaincus qu'il n'y en a pas eu. On parle de démocratisation du Maroc depuis les années 1970. Les indicateurs, comme je le disais précédemment, montrent qu'il n'y a pas de démocratie, que l'on travaille plus sur l'image. Il y a beaucoup de discours mais au niveau de l'impact des mesures prises et des politiques pour les libertés et les droits humains, la réalité montre que nous sommes loin d'une démocratie et loin d'une volonté politique pour mettre en place les bases d'un État de droit. Même dans la nouvelle Constitution, qui a été saluée partout, il n'y a aucune base pour un véritable État de droit. La base de la démocratie, c'est la séparation des pouvoirs. Elle n'est pas acquise au niveau de la Constitution. La monarchie continue à être omniprésente. Le roi préside un ensemble d'institutions exécutives, législatives, religieuses, sécuritaires. On a attendu que le rapport de forces soit de nouveau en faveur des autorités pour sortir les lois organiques et on est en train de sortir des lois qui sont en contradiction avec la Constitution. Par exemple, le droit de l'information est une chose acquise dans la Constitution (article 27), mais on ne voit pas la concrétisation de ce droit au niveau des lois puisqu'il le projet de loi en cours de préparation contient énormément de conditions pour avoir accès à l'information. Une association qui forme des journalistes d'investigation a d'ailleurs des problèmes avec les autorités. On ne veut donc pas de journalisme qui permette au citoyen d'avoir accès à l'information. 

Vous militez depuis maintenant vingt-cinq ans. Vous avez reçu le prix des Nations unies pour les droits de l'homme, une véritable consécration. Mais au Maroc, vous avez subi la diffamation, la violence parfois, lors de manifestations. Avez-vous parfois envie de laisser tomber ? 

Non, ça jamais ! Tout d'abord, il faut dire qu'être victime de diffamation, c'est une nouvelle forme de répression dont je ne suis pas la seule victime. Un ensemble d'activistes en sont victimes. Il y a des organes de presse qui ne travaillent que sur ça. Ils sont spécialisés dans ce genre d'articles. Tout le monde les connaît. Je ne laisserai jamais tomber. C'est un devoir de militer pour les libertés dans son pays. C'est un devoir de citoyen.

Que pensez-vous avoir accompli en tant que militante ?

Je crois que l'on n'est jamais satisfait de ce que l'on fait quand on est militant. On pense toujours qu'on aurait pu faire mieux, qu'on devait faire encore plus. Mais je crois que le fait d'avoir contribué en tant que militante et présidente avec tous les militants à bâtir une ONG comme celle-là, c'est très valorisant. On sent qu'on a fait quelque chose pour notre pays. Un journaliste avait dit : « Comment peut-on imaginer le Maroc sans l'AMDH ? » Ce n'est pas pour dire que c'est la seule ONG qui milite au Maroc. Mais l'avoir bâtie et surtout avoir contribué à encourager les jeunes à militer dans une conjoncture où la jeunesse est très loin de l'action politique, l'action organisée, et voir cette jeunesse à l'avant-garde du Mouvement 20-Février… On est fiers de ce travail.

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Ailleurs dans le monde
commenter cet article
14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:02

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/poppie/blog/130216/une-indifference-qui-tue

 

 

Une indifférence qui tue

 
 
 
Régulièrement, nous recevons des informations sur les drames qui se jouent aux portes de l'Europe. Notre petit train train continue, avec des régressions, qui très justement nous préoccupent. Ce que vivent des milliers de personnes est au-delà du supportable. Nos dirigeants l'acceptent et l'organisent, à notre grande honte.

J'aimerais relayer ici un billet du GISTI (Groupe d'Information et de Soutien des Immigrés)

 

 

 

Migreurop

Alep écrasée sous les bombes, l’UE demande à la Turquie de lui garder ses frontières

 

Alors que les habitant.e.s de la région d’Alep sont contraints à l’exode sous un tapis de bombes, les chancelleries européennes ont pour principale préoccupation de les cantonner au plus loin de leurs frontières. Elles s’en remettent pour cela à la Turquie, pourtant partie prenante du champ de bataille géopolitique qu’est devenue la Syrie. Pendant que des dizaines de milliers de réfugié.e.s s’agglutinent aux frontières turques, Recep Erdogan négocie avec une Europe aux abois une reconnaissance comme « pays sûr » (ce qui permettrait à la Grèce et aux autres Etats membres s’y renvoyer des exilé.e.s ayant transité par la Turquie), des milliards d’aides financières et l’assentiment tacite à la répression sanglante qu’il mène contre son opposition politique, notamment kurde [1] .

Il y a quelques mois encore, devant le calvaire vécu par les réfugié.e.s syriens tentant de faire valoir leurs droits, l’Union européenne et les États-membres pratiquaient la politique des « larmes de crocodiles ». Mais à l’émotion mondiale suscitée par les photos d’Aylan Kurdi au mois de septembre dernier ont immédiatement succédé les négociations visant à empêcher les Syrien.ne.s d’approcher des frontières européennes. Depuis, des centaines d’enfants et d’adultes sont morts dans l’indifférence en mer Égée, dans un bras de mer livré aux passeurs dont les profits sont indexés sur les atteintes à la convention de Genève et à la libre-circulation des demandeurs d’asile. La seule boussole politique de l’UE est maintenant celle du cynisme absolu.

Afin de mesurer l’étendue des atteintes aux droits pratiqués au nom du contrôle frontières extérieures de l’Union européenne, il est nécessaire de rappeler les dispositions adoptées depuis quelques mois afin que la « route des Balkans » soit fermée le plus en amont possible aux réfugié.e.s syriens :

  • L’UE a fait pression sur la Turquie afin qu’elle boucle ses frontières terrestres avec la Syrie et introduise une exigence de visas pour les Syrien.ne.s arrivant par voie aérienne.
  • Les principaux gouvernements européens ont demandé à ce que les près de trois millions de réfugié.e.s syriens présents en Turquie se voient limiter leur liberté de circulation à l’intérieur du pays. L’UE a prôné et partiellement financé l’ouverture de camps de réfugié.e.s situés au sud de la Turquie, tout en acceptant que cette dernière favorise le cantonnement des réfugié.e.s en territoire syrien.
  • Les possibilités de passages terrestres de la Turquie vers la Bulgarie et la Grèce, depuis longtemps rendues extrêmement difficiles, se sont encore amenuisées sous l’effet de la multiplication des contrôles. Les Syrien.ne.s en route vers l’Europe sont donc renvoyé.e.s vers le cimetière de la mer Égée.
  • Les Syrien.ne.s ayant réussi à sortir de la nasse turque et à arriver en Grèce sont considérés comme la plaie de l’Europe. Afin de « sauver l’espace Schengen », il est envisagé de mettre la Grèce en quarantaine, à moins qu’elle ne se résolve à installer les camps d’enregistrement et d’accueil supposés permettre d’éviter que les exilés ne remontent plus au nord [2].
  • Le mécanisme de « relocalisation » de 160 000 personnes ayant manifestement besoin d’une protection internationale, adopté par l’UE en septembre 2015 au profit de l’Italie et de la Grèce pour « assurer un partage équitable des responsabilités entre les États membres » face à de grands nombres d’arrivées de migrants dans ces deux pays, ne s’est, cinq mois plus tard, traduit que par le transfert de moins de 500 demandeurs d’asile  [3] .
  • Aujourd’hui même l’OTAN vient renforcer la « guerre aux migrant.e.s » en mer Egée avec une mission de patrouille menée par trois navires militaires, supportés par des avions et dirigés par l’Allemagne [4] .

Rappelons que les dernières évolutions de cette politique de mise à distance des réfugié.e.s syriens se placent dans un contexte général où des millions d’entre eux arrivés en Turquie, en Jordanie ou au Liban n’obtiennent qu’au compte-gouttes les « visas asile » qui leur permettraient de rejoindre un pays comme la France, sont matériellement empêchés de voyager en avion (par des exigences de visas y compris « de transit ») et sont confrontés au sous-dimensionnement dramatique des programmes de réinstallation proposés sous l’égide du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

Dans ces conditions, les appels lancés ces jours derniers par les Nations Unies [5] et la Commission européenne à la Turquie sont proprement « surréalistes »  : cette dernière est maintenant sommée d’ouvrir ses frontières pour laisser entrer les exilé.e.s syriens. Cette mesure est bien sûr indispensable mais elle s’inscrit dans une logique de sous-traitance qui, de longue date, vise à faire peser sur des États tiers des responsabilités auxquelles l’UE est pourtant tenue par ses obligations internationales. Ces appels ne seront ainsi crédibles et protecteurs des droits des réfugié.e.s syriens que si les États membres se résolvent à leur ouvrir leurs propres frontières et à mettre en œuvre toutes les mesures qui leur permettraient de voyager sans mettre leur vie en péril.

12 février 2016



 

[1« EU-Turkey joint action plan : implementation report », 10 février 2016.

[2« La Commission adopte un rapport d’évaluation Schengen concernant la Grèce et propose des recommandations pour qu’il soit remédié aux manquements constatés dans la gestion des frontières extérieures », 2 février 2016.

[3Au 4 février, 279 d’Italie et 218 de Grèce : « Member States’ Support to Emergency Relocation Mechanism. »

[4« Migrant crisis : Nato deploys Aegean people-smuggling patrols », 11 février 2016.

[5« U.N. refugee agency urges Turkey to open borders to Syrians », 9 février 2016.


 

Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site
www.migreurop.org

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/poppie/blog/130216/une-indifference-qui-tue

 

 

14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 17:53

 

Source : http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/cote-chateaux

 

 

 

Marche blanche contre les pesticides à Bordeaux : « halte à l’omerta ! »

Un peu plus de 500 personnes ont bravé la pluie pour manifester cet après-midi  à Bordeaux suite aux révélations de Cash Investigation sur les dangers des pesticides sur la santé de nos enfants. Des manifestants venus de toute la Gironde et même d’autres départements en France.

 

Marie-Lys Bibeyran, Valérie Murat et Dominique Techer parmi les organisateurs tenant la banderolle © Jean-Pierre Stahl

Marie-Lys Bibeyran, Valérie Murat et Dominique Techer parmi les organisateurs tenant la banderolle © Jean-Pierre Stahl

 

Sortant ses pancartes, Valérie Murat a décidé de braver les éléments. C’est l’une des deux organisatrices avec Marie-Lys Bibeyran de cette Marche Blanche lancée le week-end dernier, après la diffusion de Cash Investigation, le 2 février dernier en prime-time sur France 2.

 

Valérie Murat, tenant les pancartes, et Dominique Techer de la confédération Paysane © JPS

Valérie Murat, tenant les pancartes, et Dominique Techer de la confédération Paysane © JPS

 

Toutes deux sont les figures de proue de ce combat, car elles ont payé un lourd tribu, la première a perdu son père, la seconde, son frère, des vignerons-ouvriers viticoles décédés des suite de cancers.

 

Beaucoup de forces de police pour encadrer la manifestation © JPS

Beaucoup de forces de police pour encadrer la manifestation © JPS

 

Sous une pluie battante, ils ne sont pas nombreux à 14h, une centaine de personnes rassemblés devant la cathédrale de Bordeaux. Mais comme le veut la tradition du « quart d’heure bordelais », il y a toujours des retardataires : en effet, les participants vont être aux environs de 500 pour le début de leur manifestation passant rue des frères Bonie, devant le Palais de Justice.

 

 

Marche blanche 023

 

Ce qu’ils réclament c’est une prise de conscience comme le souligne Dominique Techer, de la Confédération Paysane et propriétaire de château Gombaude-Guillot à Pomerol :

Suite aux révélations de Cash, on aurait espéré qu’il se passerait quelque chose…Il y a eu une émotion considérable. On aurait espéré que les autorités ait conscience de cela, mais ça n’a pas été le cas. Ca a été l’omerta ! » Dominique Techer Confédération Paysane.

Et de poursuivre : « On nous a ressorti les mêmes arguments. Alors qu’il y avait une sidération de l’opinion, nous avons cristallisé ce mouvement. » 

 

La famille, avec ses 5 enfants, qui habite au beau milieu des vignes dans le Médoc © JPS

La famille, avec ses 5 enfants, qui habite au beau milieu des vignes dans le Médoc © JPS

 

Dans le public de nombreux anonymes, en dehors de toute association et toute récupération, comme ce père de famille venu du Médoc près de Lesparre avec sa femme et ses 5 enfants en bas-âge: « c’est la première fois que je manifeste ! » En guise de prénom et nom, voilà ce qu’il me répond : « Alto Vin » :

On habite au beau milieu des vignes dans le Haut-Médoc.Quand il y a des traitements, on est obligé de fermer les volets, d’arrêter la VMC, il faut habiter au milieu des vignes pour s’en rendre compte ; je les aime mes enfants, ils valent beaucoup plus que quelques hectolitres. » Un père de 5 enfants du Médoc

Le magazine Cash Investigation avait établi une carte de France des Départements qui achetaient et utilisaient le plus de pesticides et la Gironde figurait en noir sur la carte présentée au Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. DSelon un tract distribué : ce département est « ainsi montré du doigt, comme département le plus consommateur de pesticides CMR (cancérigènes, mutagènes reprotoxiques), mais ce n’est plus seulement l’affaire des viticulteurs, toute la société civile est concernée… ».

 

Dominique Dupuy, Evelyne et Frédéric Wielezynski et Bernard Simian © JPS

Dominique Dupuy, Evelyne et Frédéric Wielezynski et Bernard Simian © JPS

 

Justement nombre de personnes concernées étaient là comme Dominique Dupuy, viticulteur bio à Saint-Emilion : « il y a un gros souci avec les pesticides. Il y a de grosses propriétés qui m’entourent et n’hésitent pas à traiter. Ca peut être tous les 8 jours, mais c’est variable; j’ai fait analyser mes vins sur 2015 et j’ai pu vérifier sur les bords de mes voisins que j’avais sur des lots 4 ou 5 molécules de pesticides… Moi, je suis en bio, c’est encore beaucoup de cuivre mais on peut progresser. C’est moins pire mais on peut mieux faire. »

A ses côtés, deux responsables d’associations d’apiculteurs : Bernard Simian, Président du Syndicat Apicole de la Gironde (UNAF) qui a constaté « qu’il y a 30 ans, on avait 5% de mortalité des abeilles, aujourd’hui c’est 30% » et d’en vouloir aux sénateurs de Gironde qui ont rejeté l’amendement sur les « néonicotinoïde » (interdiction de ces pesticides violents) : « on avait adressé deux courriers aux sénateurs, vu le résultat de leur vote, on ne peut plus leur faire confiance. » L’autre président du Syndicat National des Apiculteurs Frédéric Wielezynski confirme que « les populations d’abeilles ont du mal à passer l’hiver… »

 

 

Marche blanche 047

 

Quant à Valérie Murat, qui interpelle la foule venue malgré les intempéries, elle confie à Côté Châteaux : « La mobilisation ? C’est pas mal du tout, avec le temps qu’il fait, on est plusieurs centaines : ils se sont bougés malgré la pluie, malgré la Saint-Valentin. Il y en a qui viennent du Nord-Pas-de-Calais, de Montpellier, et de toute la Gironde. Preuve que la société civile a pris conscience. Il y a eu un gros électrochoc avec Cash Investigation ».

 

La Marche Blanche Contre les Pesticides à Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

La Marche Blanche Contre les Pesticides à Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

 

Et de conclure : » C’est la preuve que notre combat individuel, à Marie-Lys Bibeyran et moi-même, devient un combat collectif. Il y a un débat sur la santé des agriculteurs, des habitants et de leurs enfants. Ils ont envie de reprendre leur santé en main. »

 

 

Source : http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/cote-chateaux

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent
commenter cet article

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22