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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 19:01

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

En Espagne, un «réseau de villes-refuges» se met en place

|  Par Ludovic Lamant

 

 

À l'initiative de Barcelone, des villes « indignées » se mobilisent pour accueillir davantage de réfugiés, et lancent des campagnes de solidarité. Leur objectif: faire pression sur le gouvernement de droite de Mariano Rajoy, qui se crispe sur le sujet à l'approche des élections générales.

 

Alors que le gouvernement de Mariano Rajoy rechigne à répondre aux demandes de Bruxelles en matière d'accueil des migrants, Barcelone, Madrid et d'autres villes d'Espagne dirigées depuis mai par des plateformes « indignées » veulent créer un « réseau de villes-refuges ». La mairie catalane est la première à avoir pris une initiative, en annonçant la création d'un registre des familles volontaires, pour aider les migrants de passage (en leur proposant un logement, ou en leur apportant, plus modestement, une aide matérielle).

« Ce n'est pas de la charité. L'asile est un droit de l'homme, inscrit dans les traités internationaux, mais aussi dans la charte de Barcelone », a expliqué mardi Gerardo Pisarello, premier adjoint à Barcelone, un Argentin qui s'est lui-même installé en Catalogne en 2001. Vendredi, sur sa page Facebook, Ada Colau, la maire de Barcelone issue de la société civile, avait lancé un « appel à l'empathie » qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux : « Soit nous abordons un drame humain avec cette capacité d'aimer qui est propre à l'humanité. Soit nous terminerons tous déshumanisés. Et les morts seront encore plus nombreux. Ce n'est pas une bataille pour nous protéger "des autres" à laquelle nous assistons. La guerre en cours est une guerre contre la vie. »

Le projet d'un registre des familles reste encore très embryonnaire. « Nous avons reçu beaucoup de lettres de familles, qui se proposent d'accueillir des réfugiés chez eux », raconte Ada Colau. Pisarello ne s'est pas aventuré à donner des chiffres précis. Le conseiller municipal insiste sur la nécessité, pour les municipalités, de travailler en réseau, en réponse au défi migratoire. « La Generalitat [l'exécutif catalan, ndlr] ne possède que 28 places d'accueil pour les demandeurs d'asile, pour un séjour qui peut durer jusqu'à six mois », le temps d'obtenir une réponse à leur requête, précise El País. D'après les associations d'aide aux étrangers, quelque 783 demandeurs d'asile présents ces jours-ci sur le sol catalan attendent une réponse. Le chiffre de 400 réfugiés, que pourrait accueillir Barcelone dans les semaines à venir, circule dans les milieux associatifs, mais n'a pas été confirmé par la mairie.

 

 

La maire de Madrid, Manuela Carmena, a saisi la balle au bond : « Je vais en parler à Colau, je suis intéressée, nous sommes deux grandes villes, différentes, mais d'accueil », a-t-elle expliqué mercredi sur les ondes de Onda Cero. « Nous sommes prêts à faire le nécessaire pour accueillir ceux qui en ont besoin, mais nous souhaitons que ce soit le gouvernement [de Mariano Rajoy, ndlr] qui nous dise combien de personnes vont arriver à Madrid », a poursuivi Carmena. Plusieurs maires issus du mouvement indigné, dont ceux de Madrid, Barcelone, Cadix, La Corogne ou Saragosse, se sont donné rendez-vous, vendredi à Barcelone, pour débattre de leurs expériences respectives depuis leur accession au pouvoir au printemps. Cet échange, le premier du genre, qui se déroulera en public et en plein air, sera sans doute l'occasion de préciser les contours de cet hypothétique « réseau de villes-refuges ».

Le maire de Valence, la troisième ville d'Espagne, s'est lui aussi déclaré intéressé, même s'il a précisé vouloir savoir, d'abord, « ce que vont faire la Generalitat de Valence [l'exécutif régional, ndlr] et le gouvernement [de Madrid, ndlr] ». Joan Ribó n'est pas, à proprement parler, un maire issu du mouvement « indigné » du 15-M (en référence au 15 mai 2011, lorsque des Espagnols s'étaient emparés des places d'Espagne), mais cette figure du mouvement Compromis incarne elle aussi un renouveau de la classe politique espagnole. Les villes de Pampelune (capitale de la Navarre), de La Corogne (Galice) ou encore de Las Palmas (Canaries) ont aussi exprimé leur intérêt à rejoindre ce réseau. Pampelune « sera à la hauteur, parce qu'il n'en est pas possible autrement », a déclaré son maire, Joseba Asiron (de la coalition Bildu, gauche indépendantiste).

Mardi, Pisarello, l'adjoint au maire de Barcelone, est également monté au créneau sur un autre dossier sensible, celui des fonds débloqués par l'agence de l'UE Frontex, versés aux États membres pour faire face à l'urgence humanitaire. « Ce sont les villes qui sont les mieux placées pour répondre à ce défi », a-t-il jugé. L'Espagne doit toucher 527 millions d'euros de Frontex, sur les six prochaines années, selon El País.

Cette offensive politique des maires « indignés » – encore très fragile – intervient alors que l'Espagne est l'un des pays de l'UE qui délivre le moins de statuts de réfugiés. Au printemps, la commission de Bruxelles avait fixé des quotas de réfugiés à chacun des 28 États membres, dont 5 849 personnes pour l'Espagne. Mais Mariano Rajoy, souverain en la matière, avait ramené ce chiffre à moins de la moitié. Jusqu'à présent, Madrid a donné son feu vert à l'accueil de 1 300 réfugiés déjà présents sur le sol européen, et à 1 439 autres, encore présents dans leur pays d'origine. Lors d'un déplacement en Allemagne mardi, Rajoy a toutefois lâché du lest, sous la pression de la chancelière Angela Merkel, et n'a pas exclu de faire évoluer sa position : le quota « peut être modifié », par exemple à l'occasion de la prochaine réunion des ministres européens de l'intérieur, le 14 septembre à Bruxelles.

« Nous allons faire pression, depuis les villes, grâce à ce réseau de familles solidaires, pour que le gouvernement de Rajoy modifie sa politique, et consacre bien à l'accueil des réfugiés les fonds européens qu'il reçoit à cet effet », a prévenu Ada Colau. En écho, le site d'information indépendant Contexto a mis en ligne un appel assez musclé (ci-dessous), qui exhorte l'exécutif de Madrid à « cesser de faire honte à ses citoyens » face à « ce naufrage moral et politique ». Les auteurs plaident pour que le gouvernement accepte « sans attendre les quotas établis au sein de l'UE, et aille plus loin, en augmentant encore un peu plus le nombre de réfugiés qu'il est prêt à accueillir, proportionnellement à l'ampleur de la catastrophe humanitaire qui se déroule en Méditerranée ».

 

 

La sortie de la maire de Barcelone n'a pas manqué de déclencher des réactions de ses adversaires politiques, à quelques semaines d'élections régionales en Catalogne particulièrement tendues (le 27 septembre). « Barcelone ne peut pas résoudre seule tous les problèmes du monde. Elle doit le faire de manière coordonnée et conformément à ses compétences », a fait valoir le chef du PP à Barcelone (le parti de droite au pouvoir à Madrid, minoritaire en Catalogne). Ciudadanos, le nouveau parti de centre droit emmené par le catalan Albert Rivera, a lui aussi dénoncé la démarche individualiste de la maire de Barcelone. Quant aux socialistes catalans (qui ont permis l'élection de Colau à la tête de la mairie, eux aussi minoritaires en Catalogne), ils soutiennent l'exécutif local, tout en espérant que l'on n'en reste pas au stade de l'annonce.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 18:51

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Frédéric Lordon sur Mediapart : pour une autre Europe, faut-il sortir de l'euro ?

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Crise grecque, élections le 20 septembre à Athènes, en novembre en Espagne, le débat sur la sortie de l'euro, sa possibilité, ses conditions, l'élaboration d'un « Plan B », la démocratisation des instances européennes : c'est l'ordre du jour principal de cette rentrée.

 

 

Crise grecque, élections le 20 septembre à Athènes, en novembre en Espagne, le débat sur la sortie de l'euro, sa possibilité, ses conditions, l'élaboration d'un « Plan B », la démocratisation des instances européennes : c'est l'ordre du jour principal de cette rentrée.

Pour en débattre, entretien avec Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, économiste et sociologue.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 17:06

 

Source : http://cadtm.org

 

 

La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée

2 septembre par Gustave Massiah

 

 

 

Les débats sur la crise grecque et sur la crise ouverte de l’Union Européenne ont suscité de très nombreux commentaires et de très nombreuses analyses. Ce débat va se prolonger d’autant que l’évolution, en Grèce et en Europe, est loin d’être achevée. Voici dix pistes de réflexions lapidaires sur le débat en cours.

 

1. La bataille de Grèce s’est terminée par une défaite de ceux qui refusaient les plans austéritaires.

Une défaite et une reddition pour Syriza qui avait défendu cette position. Une défaite qui va peser lourd, d’abord pour le peuple grec.

 

Cette bataille a donné lieu à une démonstration de force du pouvoir financier. Elle lui a permis de montrer sa puissance et sa capacité à humilier tous ceux qui lui résistent. C’est un avertissement pour tous ceux qui pensent pouvoir passer outre aux oukases.

 

Pour autant, la guerre n’est pas terminée, ni en Grèce, ni ailleurs. Que peut-on déjà apprendre de cette bataille.

 

La question de la dette est la question cruciale. C’est à partir de là que se différencient les choix possibles. Faut-il ou non suspendre unilatéralement le remboursement de la dette. La question s’est posée deux fois, à des moments décisifs ; il est possible qu’elle se repose à nouveau.

 

Au départ, le choix de Syriza semblait aller dans ce sens. C’était un des cinq points du programme à partir duquel ce parti avait gagné les élections. Et, l’importance de la place donnée à la Commission pour la vérité sur la dette publique paraissait le confirmer. Cette position, conforme au rejet des mesures austéritaires, nécessitait un programme radical qui comprenait notamment la nationalisation des banques et une réforme fiscale de grande ampleur, la réquisition de la banque centrale pour couper sa subordination à la Banque centrale européenne.

 

Le gouvernement grec n’a pas suivi ce plan. Il a préféré ouvrir la négociation sur des mémorandums (nouveaux crédits contre réformes austéritaires) plutôt que de l’ouvrir sur un moratoire de renégociation des dettes. Le gouvernement a estimé que les risques étaient trop grands compte tenu de la violence des réactions de l’Eurogroupe.

 

Le deuxième moment décisif a été juste après le succès du non au référendum. Une nouvelle fenêtre d’opportunité avec la légitimité donnée par le résultat aurait permis de remettre en avant le plan fondé sur la suspension des remboursements. Là encore le gouvernement a préféré la négociation sur les mémorandums plutôt que la rupture. Là encore, c’est l’importance des risques qui a pesé sur le choix du gouvernement.

 

Une troisième manche est possible. Car la dette n’est pas seulement illégitime, illégale et odieuse, elle reste toujours insoutenable. Compte tenu de la capitulation sur les mesures austéritaires, elle est très mal engagée et un redressement sera très difficile.

 

2. La bataille de Grèce est un épisode d’une guerre mondiale prolongée.

Nous sommes en fait dans une guerre mondiale prolongée. Cette guerre a commencé avec la victoire du capitalisme financier et des politiques néolibérales, à la fin des années 70. La gestion de la crise de la dette, provoquée par les pouvoirs financiers et politiques, et les programmes d’ajustement structurels, en ont été les vecteurs principaux. Les plans d’austérité en sont une des déclinaisons.

 

Il s’agit d’une offensive pour le rétablissement de l’hégémonie impérialiste par rapport aux succès de la révolution de la décolonisation. Elle a combiné les coups d’État économiques et financiers, les interventions militaires et de redoutables offensives idéologiques et culturelles.

 

Un militant africain écrivait récemment : « ce qui arrive à la Grèce est lamentable et dramatique pour le peuple grec ; peut-être que les européens comprendront un peu mieux ce que nous vivons depuis quarante ans ».

 

Ce n’est pas par hasard que le CADTM, Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, qui lutte de manière remarquable et avec opiniâtreté, depuis 1989, se retrouve en position centrale dans la lutte contre l’austérité à partir des outils forgés dans ces batailles, et notamment des comités d’audit citoyen des dettes. Rappelons qu’en 1989, la campagne « ça suffat comme ci ! » mettait en avant le mot d’ordre toujours actuel « Dette, apartheid, colonies ; ça suffat comme ci ! »

 

3. Le rapport de forces écrasant a été déterminant dans cette bataille.

Affirmer la volonté de sortir de l’austérité est un casus belli, une déclaration de guerre insupportable pour les pouvoirs dominants. Tous les moyens sont bons pour abattre ceux qui s’y risquent, encore plus quand ils le claironnent.

 

Face à un tel rapport de forces, la délégation grecque pouvait-elle gagner ? Il faut se demander : gagner quoi ? Gagner de meilleures conditions à court terme était déjà difficile. Gagner tout, c’est-à-dire gagner l’abandon des programmes anti-austéritaires, était beaucoup moins probable. Gagner tout, c’est-à-dire obtenir la défaite de la troïka au bénéfice de tous, était encore moins probable compte tenu du rapport de forces et de la possibilité financière de détruire la finance et l’économie grecque.

 

C’est pourquoi l’analyse de la défaite en termes de : « on aurait pu gagner mais certains des chefs ont trahi » n’est pas vraisemblable et n’avance pas beaucoup. D’une manière générale, la réflexion en termes de trahison a l’avantage d’éviter l’interrogation sur la situation et les responsabilités. Elle n’est jamais suffisante. La désillusion la plus forte vient d’ailleurs de ceux qui ont délégué au gouvernement grec la possibilité de gagner pour eux, de mettre à bas la troïka.

 

Le rapport de forces a joué doublement. Il a pesé sur le choix du gouvernement grec pour la négociation sur le mémorandum. Une fois ce choix confirmé, il a réduit à très peu de choses les marges de manœuvre dans la négociation.
Y-a-t-il eu des erreurs et le gouvernement grec aurait-il pu obtenir plus ? Probablement oui. Pouvait-il obtenir tout ? Probablement non. Mais il aurait pu obtenir de mettre plus en évidence la remise en cause des programmes austéritaires et la question de la dette. La question est surtout importante pour la suite en Grèce et en Europe. Pour y répondre, il faut se poser la question des prochaines étapes.

 

On arrive à la lancinante question du plan B. Nombreux sont ceux qui pensent que Syriza a perdu parce qu’il n’avait pas de plan B. Bien sûr qu’il faut un plan B, et même plusieurs. Il aurait peut-être permis de mieux négocier, mais il ne donnait pas l’assurance de gagner. Malheureusement, il ne suffit pas d’un plan B pour gagner. Un plan B n’annule pas le rapport de forces ! Ceci n’annule pas les critiques qui soulignent que l’absence explicite d’un plan B a été voulue comme une preuve de bonne foi dans la négociation et une concession qui a certainement coûté cher. Si on appelle plan B le choix de la rupture, on n’est plus dans un plan B de négociation, on est dans une orientation stratégique alternative. La question est de savoir comment s’y préparer pour la mener.

 

4. Si le rapport de forces était aussi défavorable, fallait-il engager la bataille ?

Face à un rapport de forces aussi défavorable, fallait-il y aller ? Pour gagner les élections, fallait-il entretenir des illusions en laissant croire qu’il était possible d’en finir avec les plans austéritaires ?

 

L’idée qu’il vaut mieux ne pas y aller quand le rapport est trop défavorable n’est pas la plus intéressante. Les plus grandes défaites viennent des batailles qu’on ne mène pas.
Souvent, la bataille permet des avantages, même avec une défaite. Elle peut permettre d’obtenir des concessions par rapport à l’acceptation du plan imposé sans bataille. En laissant ouverte la discussion sur ce qui aurait pu être obtenu d’autre ; discussion qui n’avait pas vraiment été ouverte avant.

 

La bataille a permis deux autres avancées. D’abord, elle a montré la volonté de résistance active. Elle a ouvert une séquence encore incomplète mais très prometteuse : on n’accepte pas, on résiste, on veut bien négocier, mais on consulte le peuple. Ensuite, elle a contribué à dévoiler la nature des politiques et la nature des institutions, de l’UE et du FMI. Elle a rendu plus visible la nature du système, du capitalisme européen et mondial sous ses différentes facettes. La bataille de Grèce ouvre dans de meilleures conditions une nouvelle phase de la bataille de l’Europe.

 

Pour revenir au rapport de forces défavorable et même écrasant, il faut tenir compte de ce rapport de forces pour définir les objectifs de la bataille et la manière de la mener. Et surtout, il faut inscrire la bataille dans une perspective stratégique en anticipant les prochaines batailles et les prochaines étapes.

 

C’est la question qui est posée aujourd’hui à Syriza et à ses différents courants. Avec une interrogation majeure : quelles sont les attentes et les possibilités d’engagement du peuple grec après cette première bataille ? C’est ce que le débat politique en Grèce va éclairer.

 

5. La violence de l’agression met à jour de fortes contradictions

La violence de l’agression a été croissante. Au départ, il fallait faire rentrer la Grèce et la prendre comme exemple de la règle. Le peuple grec résiste ! Il faut le réduire, l’obliger à accepter la règle, le prendre comme exemple de l’inutilité de résister, l’humilier et l’écraser.

 

Mais cette violence a montré, à contrario, que la puissance considérable n’était pas suffisante pour se faire obéir sans résistance. La menace de la table rase financière a dévoilé la nature des rapports et a mis à jour de nombreuses contradictions dans le camp des dominants.

 

La négociation avec la Grèce a montré des contradictions entre les gouvernements européens et les peuples européens et combien la question de l’austérité était sensible. Elle a montré la peur de la contagion que pouvait susciter une issue positive pour le peuple grec. Elle a montré les contradictions entre les capitalismes européens sur la conduite de l’Europe ; entre l’Europe du Nord qui suit la roideur allemande, l’Europe du Sud rétive à l’austérité, l’Europe de l’Est qui joue les bas salaires, la Grande Bretagne occupée à la définanciarisation. Elle a montré les contradictions entre les gouvernements européens sur l’avenir de l’Europe. Elle a montré que derrière le partage des rôles dans la négociation, les divergences entre la France et l’Allemagne sont réelles sur les équilibres budgétaires. Elle a montré le désaccord sur la dette entre l’Allemagne et le FMI. Elle a montré les divergences en Allemagne sur son rôle futur. Elle a montré que les politiques financières et monétaires ne suffisent pas à définir une politique européenne.

 

La crise ouverte en 2008 avec la crise financière commencée avec les subprimes a démontré que le système capitaliste est en crise et qu’il n’en est pas sorti. Après quelques hésitations autour des propositions sur une réforme du capitalisme appelée green new deal, le capitalisme financier a repris le contrôle et raidi ses positions. Pour autant la crise n’est pas résolue et les mouvements de contestation qui se sont manifesté à partir de 2011 n’ont pas faibli, même s’ils n’ont pas encore réussi à modifier le rapport de forces. Dans la bataille contre les plans austéritaires et les politiques néolibérale, la question de la dette publique est centrale au niveau mondial. Une campagne internationale pour la reconsidération et l’annulation des dettes publiques peut trouver des formes renouvelées.

 

6. L’irruption de la question démocratique

La démocratie est à la fois un élément de la bataille et une question stratégique centrale de longue période. Syriza a joué le jeu démocratique en appuyant ses demandes sur la légitimité démocratique des élections et en décidant d’organiser un référendum. Ils ont de ce point de vue marqué un point en démontrant le peu de cas pour les financiers et l’Union Européenne de toute procédure démocratique. On le savait déjà mais la grossièreté de la réponse de la Commission explicitant qu’il n’y avait là pas de place pour la démocratie peut peser dans l’avenir.

 

Consulter le peuple, faire appel au peuple, cette initiative de Syriza qu’un gouvernement grec précédent avait menacé de faire sans aller jusqu’au bout aurait pu changer la donne. Les contradictions mises à jour n’étaient pas seulement celles des pouvoirs financiers, il y en avait aussi au niveau du peuple. Le peuple voulait deux choses contradictoires : sortir de l’austérité, ne pas sortir de l’Euro. Le gouvernement voyait bien que c’était contradictoire et que le chemin possible était quasiment impossible. Mais il a consulté là-dessus dans la continuité des élections et aussi parce que poser la question de la sortie de l’Euro, donnait peu de chances de gagner le référendum.

 

Il y avait une autre opportunité, c’était d’utiliser la légitimité du référendum pour rompre la négociation, quitte à se faire imposer un grexit qui aurait peut-être mis en difficulté la troïka. Ce n’est pas ce qui a été choisi et qui a divisé Syriza. Plusieurs raisons ont pesé dans ce sens. D’abord les risques pour le peuple grec d’une guerre financière totale à travers la destruction du système financier et bancaire grec. Ensuite, le fait que les mesures pour faire face au grexit n’avaient pas été préparées. La discussion sur le choix du gouvernement grec nous concerne tous. Pour l’instant, cette discussion relève beaucoup du débat politique grec.

 

Il y a une discussion plus fondamentale sur le processus démocratique. Il y a eu, à un moment, juste après le référendum une opportunité historique, une bifurcation possible. Compte tenu de la nature contradictoire de la réponse au référendum, il n’était pas illégitime de durcir, voire d’interrompre la négociation plutôt que de l’accélérer et de capituler. Il y avait certes des risques, mais aussi des opportunités. Dans un moment de décision historique, la consultation démocratique, dans ses formes classiques, ne donne pas toujours une réponse suffisante.

 

La discussion sur une orientation stratégique alternative, même si elle a été très courte, a été beaucoup plus riche juste après le référendum. Parmi les nombreuses propositions, retenons celles de Yannis Varoufakis (reconversion de la dette en cours par une monnaie fiscale complémentaire, décote sur les obligations détenues par la BCE, réquisition de la Banque de Grèce) et celles, répétées, de Eric Toussaint (moratoire de la dette, création d’une monnaie complémentaire électronique, réquisition de la Banque Centrale Grecque, nationalisation des banques, réforme fiscale d’ampleur, mesures sociales de relance). Ces propositions sont relayées par Thomas Coutrot et Bruno Théret qui précisent que pour éviter les risques de panique bancaire et de coup d’état financier par un exode massif des capitaux, il faut une adhésion populaire. C’est sur un programme de mesures précises et sur les risques de l’affrontement que doivent porter les consultations démocratiques.

 

La bataille de Grèce ouvre aujourd’hui de nouvelles possibilités pour d’autres situations. La consultation portant sur un programme de sortie d’austérité en acceptant les risques de ruptures et en définissant les premières mesures d’un projet de transition. Une consultation sur le refus des programmes austéritaires, au risque de sortir de l’Euro, peut devenir beaucoup plus « entendable » dans plusieurs pays européens

 

7. La crise grecque ouvre une nouvelle étape de la crise de l’Union Européenne

La crise grecque ouvre une nouvelle étape de la crise de l’Union Européenne. Elle en dévoile les mécanismes et la nature.

 

L’Union Européenne est une partie avancée du néolibéralisme. La discussion porte sur son évolution. Laissons la discussion sur sa nature intrinsèque. Son évolution est-elle le résultat de la révolution néolibérale de la fin des années 1970, ou est-elle immuable depuis sa création ? La discussion n’est pas sans intérêt mais elle n’est pas fondamentale. L’Union Européenne est d’une certaine manière la pointe avancée, l’avant-garde institutionnelle du capitalisme financier. Celle qui règlemente et légifère dans l’intérêt du capitalisme financier.

 

En adoptant l’Euro, en corsetant la zone euro, elle a instauré une monnaie unique à partir de l’idée d’une monnaie commune. L’Euro qui aurait pu contester ou concurrencer le dollar comme monnaie internationale est devenu le moyen de contrôler et de mettre au pas chacun des pays européens. La crise économique et financière se traduit par une crise sociale majeure et se prolonge dans une crise démocratique.

 

Le mouvement social européen n’a pas joué un véritable rôle dans la crise grecque. Il y a eu des pétitions mais pas de véritable mobilisation. On ne peut pas parler d’unité du mouvement social européen autour de la définition d’un projet alternatif européen. La différenciation de la mondialisation entre les régions du monde concerne aussi l’Europe. La crise européenne s’inscrit dans la crise globale. La crise européenne est spécifique sur le plan économique et sur le plan géopolitique. En Europe même, plus largement qu’au niveau de l’Union Européenne, les situations se différencient suivant les régions européennes. La convergence au niveau du mouvement social européen est, de ce fait, très difficile.

 

La différenciation des situations pèse sur la définition d’une position stratégique commune des mouvements sociaux et citoyens en Europe. L’ambition est de définir un projet européen alternatif qui se dégagerait du projet européen dominant et de ses impasses et qui traduirait en termes politiques et culturels l’unité du mouvement social européen. Pour l’instant, le mouvement social européen est confronté à trois défis principaux : l’alliance avec le précariat, la rupture de l’alliance entre les compétents et les actionnaires, la lutte contre le racisme et la xénophobie. Il s’agit de trois défis mondiaux qui prennent des formes spécifiques dans chaque région du monde, notamment en Europe.

 

Une campagne européenne de longue durée pourrait adopter plusieurs déclinaisons : Nous ne voulons pas de cette Europe là ! Nous voulons une Europe sociale et démocratique ! Nous ne voulons pas de cette Union Européenne ! Nous n’obéirons pas à cette Union Européenne ! Nous ne voulons pas de cet Euro ! Nous voulons transformer l’Euro en monnaie commune !

 

8. La place des mouvements dans les affrontements

La bataille de Grèce a vu l’affrontement entre le pouvoir financier représenté par la troïka et Syriza représentant le gouvernement grec. Ni les mouvements grecs, ni le mouvement européen n’ont réussi à inverser la tendance dans le court terme.

 

Faut-il alors considérer que les mouvements sociaux ne sont pas des acteurs directs du changement. Effectivement, ils ne suffiront pas à assurer seuls, à court terme, une rupture et la mise en œuvre d’une transition. Certes, les mouvements sociaux sont insuffisants ; ils ne sont acteurs du changement que quand ils s’inscrivent dans un processus.

 

Les mouvements sont les forces anti systémiques qui combinent sous des formes diverses, les positions de classe et les alliances entre les couches sociales et les catégories qui composent la société. La démarche qui caractérise le mouvement altermondialiste est de partir des mouvements sociaux et citoyens, de leur diversité et de leurs convergences.

 

Le mouvement altermondialiste est en mutation. Le processus des forums sociaux mondiaux ne le résume pas. Il doit d’ailleurs être repensé. Dans la dernière période, trois types de mouvements forment le processus : les mouvements traditionnels, redéfinis par les années 70, (mouvement ouvrier, mouvement paysan, mouvements des femmes, …) ; les mouvements qui ont été visibles dans le processus des forums sociaux à partir de l’évolution des anciens mouvements et des mouvements qui sont devenus plus visibles (comme les peuples indigènes, l’écologie, l’extractivisme, …) ; les nouveaux mouvements à partir de 2011 (indignés, occupy, taksim, carrés rouges, …).

 

Ces mouvements renouvellent l’altermondialisme. Ils montrent que la contre-offensive de l’oligarchie dominante ne s’est pas imposée, même si elle a marqué des points. Elle montre aussi que la seule réponse des peuples n’est pas dans la droitisation des positions. Certes, la montée des courants fascistes, d’extrême droite et populistes réactionnaires est sensible. Elle prend d’ailleurs des formes différentes avec le néo-conservatisme libertarien aux Etats-Unis, les diverses formes de national-socialisme en Europe, le jihadisme armé au Moyen-Orient, le hindouisme extrême. Dans plusieurs des nouveaux mouvements, la gauche classique est battue en brèche et des courants de droite paraissent quelquefois imposer leurs points de vue. Mais, il s’agit bien de mouvements de contestation de l’ordre dominant. On le retrouve dans les mots d’ordre explicités depuis Tunis et complétés par les autres mouvements. Il s’agit d’abord du refus de la misère sociale et des inégalités, du respect des libertés, de la dignité, du rejet des formes de domination, de la liaison entre urgence écologique et urgence sociale. D’un mouvement à l’autre, il y a eu des affinements sur la dénonciation de la corruption ; sur la revendication d’une « démocratie réelle » ; sur les contraintes écologiques, l’accaparement des terres et le contrôle des matières premières.

 

9. L’affrontement s’inscrit dans l’espace des partis et des gouvernements

La crise grecque montre que l’espace national est l’espace de l’affrontement, mais que l’affrontement ne peut s’y restreindre. Il s’élargit à l’espace capitaliste mondial et à l’espace de l’Union Européenne en Europe. La discussion porte sur les rapports entre les mouvements, les partis et les gouvernements.

 

Les nouveaux mouvements sont spontanés, radicaux, hétérogènes. Certains affirment que ces mouvements ont échoué parce qu’ils n’auraient pas de perspective ou de stratégie et qu’ils ne se sont pas dotés d’organisation. Cette critique mérite d’être approfondie. Elle n’est pas suffisante quand on sait que le plus vieux de ces mouvement a quatre ans. Les mouvements ne rejettent pas toutes les formes d’organisation ; ils en expérimentent des nouvelles. Celles-ci ont démontré leur intérêt dans l’organisation des mobilisations, la réactivité aux situations et l’expression de nouveaux impératifs. La question des formes d’organisation par rapport au pouvoir est à l’ordre du jour.

 

On aurait pu espérer que ce qui se passe avec Syriza, Podemos ou le Parti des gens ordinaires à New Delhi, soit le début d’une nouvelle étape. La montée en puissance d’organisations politiques qui se réfèrent aux nouveaux mouvements et qui en sont, en partie, issues. Des organisations politiques qui se donnent comme objectif d’arracher le politique au financier et qui refusent l’idée qu’il n’y a pas d’alternatives. Ce ne sont pas encore complètement des nouvelles formes d’organisation politique, mais elles assument que les partis doivent prendre leur part dans la réinvention du politique.

 

Par rapport à Syriza, ne passons pas de l’enthousiasme au grand découragement. Regardons ce qui est en jeu. On ne peut pas considérer qu’il n’y a donc pas besoin de partis, même si l’autonomie des mouvements par rapport aux partis est à reconfirmer. Pas plus qu’il ne paraît intéressant de considérer que celui-ci n’était pas le bon et qu’arrivera bien un parti d’avant-garde qui lui réussira à s’imposer.

 

Syriza est né de la gauche radicale relativement classique qui a su tirer des leçons des mouvements des indignés. Il a su aussi lier des formes de mobilisation avec une élaboration qui a tiré des leçons de la chute du soviétisme en 1989 et de l’évolution catastrophique de la social-démocratie existante.

 

Une prochaine bataille est possible en Espagne à partir de Podemos. Podemos est plus directement issu du mouvement des indignés. Il a montré sa capacité à s’inscrire dans le local et à passer des alliances assez larges. Podemos va bénéficier de la bataille de Grèce et des limites de ce premier affrontement. Essayons déjà de ne pas l’étouffer par notre impatience, et comme certains s’y essayent déjà, à prévoir les futures trahisons.

 

Il y aura d’autres batailles. Il y aura possiblement et probablement d’autres défaites. Mais il y aura aussi des résistances et des avancées, à partir des leçons tirées des défaites.

 

10. Le débat est ouvert sur les perspectives stratégiques

Le capitalisme a marqué des points et démontré sa capacité à s’adapter. Il a mené une bataille idéologique majeure, contre la valeur d’égalité, et a réussi à accentuer une droitisation des sociétés et à attiser les racismes et les xénophobies. Il a surtout réussi à mettre au service de la finance les extraordinaires découvertes scientifiques et technologiques, particulièrement dans le numérique et les biotechnologies. Il affine ses stratégies militaires et perfectionne à l’infini les moyens qui s’inscrivent dans un état de guerre perpétuelle. Il gagne du temps pour préserver les privilèges de l’oligarchie tout en préparant pour l’avenir une mutation des rapports sociaux capitalistes.

 

Le mouvement social aussi est en recomposition. Les mouvements affirment un refus et recherchent de nouvelles propositions. Ils n’opposent pas à la complexité des situations des réponses simplistes. Les rapports de production n’ont pas changé de nature, mais il faut prendre en compte les mutations scientifiques et culturelles. Les modes de pensée sont bouleversés par la révolution écologique. La révolution majeure des droits des femmes, au-delà des réactions violentes qui la rejettent, commence à peine un bouleversement incroyable des sociétés. La géopolitique est marquée par le chamboulement du monde. C’est la réinvention de la démocratie qui est au cœur des mutations et des interrogations. La démocratie économique et sociale reste un préalable. Elle est à inventer. Il est clair que la démocratie ne se résume pas au marché, mais il apparaît aussi que l’Etat ne suffit pas à définir le contraire du marché et à garantir la démocratie. Le rejet de la corruption va au-delà de la corruption financière ; il s’agit de la corruption politique. Elle est visible dans les politiques imposées et dans le mélange des intérêts. La subordination du politique au financier annule le politique. La démocratie culturelle et politique nécessite la réinvention du politique.

 

Il y a des occasions de rupture qu’il faut saisir. Mais, on ne gagne pas d’un coup, par surprise. La rupture se fait dans le temps long ; le temps que s’accumulent les nouveaux paradigmes. Rappelons-nous par exemple qu’après l’écrasement de La Commune, en 1871, il a fallu quarante ans pour que le mouvement social se recompose et inverse la tendance. Il a su tirer les leçons de la défaite et renouveler sa pensée dans la Première internationale. Il a su reconnaître la montée des ouvriers de la grande industrie. Nous sommes dans la période des quarante à cinquante ans qui suivent la réussite de la contre-offensive néolibérale. A partir de 2008, avec la confirmation de la crise ouverte de la mondialisation capitaliste et 2011, avec les nouvelles insurrections populaires, une période de rupture s’amorce.

 

Nous sommes dans une période de bouleversements et de très fortes contradictions. Probablement dans le temps d’un changement de période dans lequel cohabitent les anciennes tendances et s’amorcent de nouvelles. La citation de Gramsci est d’une grande actualité « le vieux monde se meurt ; le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Il faut à la fois lutter contre les monstres et construire le nouveau monde. Il n’y a pas de fatalité, ni dans le succès, ni dans l’échec.

le 15 août 2015

 

 

 

Auteur

 
 
Gustave Massiah
http://www.crid.asso.fr/

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 16:39

 

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Zoé Konstantopoulou à l’ONU : « La dette souveraine est actuellement utilisée contre la population grecque et le Parlement hellénique pour affaiblir la démocratie »

3 septembre par Zoe Konstantopoulou

 

 

 

 

Mesdames et messieurs,
leaders des parlements du monde,

 

en cette occasion du 70e anniversaire de l’ONU, marquant également les 70 ans depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en cette 4e conférence mondiale des Présidents de Parlements |1| plaçant la démocratie au service de la paix, du développement durable et de la construction d’un monde tel que les peuples le veulent, je me tiens devant vous et parmi vous, en tant que Présidente du Parlement hellénique récemment dissous pour vous adresser un appel à la solidarité envers le peuple grec et envers la Grèce, terre où la démocratie naquit, et où elle est aujourd’hui brutalement attaquée et violée. La Grèce et son peuple sont les victimes, depuis cinq ans, de politiques supposées offrir une solution durable au surendettement du pays et une voie pour sortir de la crise économique, ces politiques contenues dans des accords appelés « Memoranda - Protocoles d’accord », conclus par le gouvernement grec et un trio d’institutions internationales, à savoir le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne, connu sous le nom de Troïka, et agissant au titre de créanciers de la Grèce, ont eu pour résultat de graves violations des droits humains, et particulièrement des droits sociaux, des libertés fondamentales et de l’État de droit lui-même.

 

Ce qui a été présenté comme un accord de renflouement a eu pour effet la misère, le chômage à des taux jamais vus jusque-là, 72% parmi les jeunes femmes et 60% parmi les jeunes hommes, des centaines de milliers de jeunes gens poussés à l’émigration, une explosion des suicides, la marginalisation des jeunes, des vieux, des faibles, des immigrés, des réfugiés, avec la moitié des enfants du pays vivant sous le seuil de pauvreté, une situation relevant d’une crise humanitaire, documenté dans les rapports et les déclarations des experts indépendants de l’ONU sur la dette et les droits de l’homme aussi bien que dans toute une série de décisions de justice et de rapports.

 

 

Le 25 janvier 2015, il y a de cela 7 mois, le peuple grec, à travers un scrutin national, a donné au gouvernement et au parlement un mandat clair et sans équivoque : celui de se débarrasser de ces politiques assassines. Des négociations ont débuté, une commission spéciale du Parlement a été formée, baptisée Commission pour la Vérité sur la Dette Publique, avec pour mission de conduire un audit et une évaluation juridique de la Dette grecque. Cette commission a produit un rapport préliminaire en juin dernier. Le rapport a établi que la dette souveraine de l’État est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. Il a établi que la dette souveraine avait été contractée via des procédures qui constituent une violation flagrante du droit constitutionnel, justifiant par là même la dénonciation de la dette. Il a établi que les créanciers avaient agi de mauvaise foi en faisant délibérément peser sur la Grèce le fardeau de prêts insoutenables afin de sauver les banques privées françaises, allemandes et grecques. En dépit de ces conclusions, les créanciers de la Grèce ont exigé qu’on néglige le mandat du peuple.

 

Le 25 juin, un ultimatum de 48 heures fut posé au gouvernement grec, lui demandant d’accepter, contrairement au mandat populaire, une série de mesures démantelant le droit du travail, abolissant les garanties de sécurité sociale et la protection juridique pour les citoyens surendettés, et requérant, dans le même temps, le bradage des biens et entreprises publics les plus précieux, mais aussi des principaux ports, aéroports et infrastructures qui devraient être vendus ou cédés pour rembourser une dette odieuse et insoutenable.

 

Le Parlement hellénique a entériné la proposition du gouvernement de tenir un référendum portant sur l’ultimatum, et le peuple grec, à une large majorité de 62%, a rejeté les mesures.
Au cours de la semaine du référendum, des représentants des instances internationales et de gouvernements étrangers ont tenté d’influer sur le résultat du référendum, au moyen de déclarations visant à terroriser la population, et le référendum s’est tenu avec les banques fermées et le contrôle des capitaux imposé du fait du refus de la BCE de fournir des liquidités après l’annonce de la tenu du référendum ; et pourtant, la démocratie a prévalu, le peuple s’est prononcé clairement et a dit NON à 62% à ces mesures assassines.

 

Ce qui s’en est suivi est un cauchemar pour toute conscience démocratique, et une honte. Les créanciers ont refusé d’examiner le résultat du référendum. Ils ont insisté, usant de la menace d’un effondrement du système bancaire et d’un désastre humanitaire, que soient adoptées des mesures plus sévères encore que celles qui avaient été rejetées. Le gouvernement a été contraint d’accepter que le Parlement légifère sur des textes pré élaborés de centaines de pages, sans délibération, et à des dates prédéterminées, selon une procédure d’urgence, et avec les banques toujours fermées. Cette extorsion fut baptisée « pré requis pour un accord » et le Parlement fut appelé à abolir des lois qu’il avait votées durant les quatre mois précédents, et à s’abstenir de toute initiative législative sans l’accord préalable des créanciers.

 

Un projet de loi de cent pages, présenté comme un article unique, fut approuvé le 15 juillet en moins de 24 heures ; un autre, long d’environ 1000 pages et composé de 3 articles a été adopté en moins de 24 heures le 22 juillet ; presque 400 pages, fut adopté le 14 août en 24 heures. Le Parlement a légiféré trois fois sous la contrainte et la coercition, et cela étant fait, attestant qu’une partie importante des députés du principal parti de gouvernement, incluant la Présidente du Parlement, refusait de voter un tel texte de loi, le Parlement fut dissous de manière subite afin de garantir une majorité plus stable pour mettre en œuvre ce que le peuple a rejeté.

 

Mesdames et messieurs, la dette souveraine est actuellement utilisée contre la population grecque et le Parlement hellénique pour affaiblir la démocratie, mais la démocratie est une valeur suprême, et le Parlement ne peut être réduit à des sceaux, entérinant des normes dictées, rejetées par le peuple et conçues pour anéantir les sociétés et les générations futures.

 

J’en appelle à vous, Parlementaires du monde ; soutenez l’exigence de démocratie et de souveraineté parlementaire contre la coercition de la dette ; soutenez les initiatives de l’Assemblée Générale des Nations Unies et la commission ad hoc d’audit de la dette souveraine, ainsi que les initiatives des experts indépendants de l’ONU sur la dette et les droits de l’homme.

 

Ne permettez pas que la démocratie soit annihilée sur la terre où elle naquit. Ne permettez pas qu’un autre Parlement soit contraint de voter contre la volonté du peuple et contre le mandat de ses députés. Ne permettez pas que les droits de l’homme, les vies humaines, la dignité humaine, et les principes les plus précieux des Nations Unies soient foulés pour servir le système bancaire.


Le monde que les peuples veulent ne peut être construit sans les peuples du monde. Merci.

 

Discours prononcé le 2 septembre 2015 au siège de l’ONU à New York.

 

Traduit par Marie-Laure VEILHAN pour le CADTM

 

Auteur

 

Zoe Konstantopoulou

avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction.

 

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 16:37

 

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Travailler moins, mieux, tous

Réduire le temps de travail : personne n’a encore fait mieux pour combattre le chômage

par

 

 

 

 

A en croire Emmanuel Macron et les grands patrons, les 35 heures seraient devenues le handicap économique absolu. Or, aucun dispositif n’a contribué à créer autant d’emplois. Alors que le chômage et la recherche d’emploi concerne 5,4 millions de personnes, plusieurs syndicats, collectifs et élus appellent à relancer le débat autour du partage du temps de travail et de ses revenus, en abordant aussi les problèmes que cela pose auprès des salariés. D’autant qu’en France les salariés travaillent davantage qu’en Scandinavie et en Allemagne. Un débat indispensable si l’on veut vraiment faire de la lutte contre le chômage et les inégalités une priorité.

Emmanuel Macron n’apprécie pas vraiment les 35 heures. Il l’a encore fait savoir au Medef, fin août : « La gauche a longtemps cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. C’était des fausses idées », lançait-il au patronat. Voilà qui devait clore une discussion à peine esquissée avant l’été, quand Christiane Taubira faisait part de son « rêve » d’une semaine de travail de 32 heures. Mais, avec 5,4 millions de personnes inscrites à Pôle emploi en France, dont 3,5 millions sans aucune activité [1], n’est-ce pas précisément le moment de relancer le débat sur la répartition du travail ? Quoi qu’en dise le ministre de l’Economie et des Finances, en 40 ans, il n’y a jamais eu autant de création d’emplois que lorsque cette « fausse idée » a été mise en oeuvre. Emmanuel Macron ferait bien de jeter un oeil aux courbes de l’Insee.

C’est en tous cas l’avis de la CGT. À peine élu à la tête de la Confédération, Philippe Martinez affirmait en début d’année son soutien à une nouvelle réduction collective du temps de travail vers une semaine de 32 heures. « La réduction du temps de travail fait partie des éléments qui peuvent recréer de l’emploi, de la croissance, et une dynamique de négociation telle qu’on les a connus au moment des 35 heures, estime Mohammed Oussedik, secrétaire confédéral à la CGT. Nous pensons aussi que cela peut réduire les inégalités. Car en situation de crise, la réduction du temps de travail est bel et bien utilisée, mais par des temps partiels imposés, des contrats courts et du chômage partiel. Elle est subie pour les salariés et choisie pour les entreprises. Il est temps de remettre ce débat au centre du dialogue social et d’en faire un sujet de négociation. Nous voulons un grand débat public et allons faire des propositions concrètes. Nous visons une loi sur les 32 heures qui serait évidemment économiquement viable et profitable à tous. »

 

35 heures, pacte de responsabilité, emplois d’avenir : quel bilan ?

Assouplies à plusieurs reprises depuis les lois Aubry [2], régulièrement attaquées par le patronat, la droite, et même par une partie du gouvernement [3], les 35 heures ont pourtant à leur actif un bilan positif en termes d’emplois. « Entre 1997 et 2001, le chômage a diminué en France, dans des proportions inédites, en particulier entre 1999 et 2000, après l’entrée en vigueur de la loi Aubry I », souligne la députée socialiste Barbara Romagnan dans son rapport parlementaire [4] sur les 35 heures.

Entre 1997 et 2001, deux millions d’emplois sont créés dans le secteur marchand en France, « un niveau sans précédent depuis les années 1950 », précise le rapport. Les 35 heures ne sont certes pas la seule cause de ces bons chiffres. L’économie française se trouve aussi dans une phase ascendante. Mais selon les conclusions du rapport, la réduction du temps de travail à 35 heures conduit à elle seule à la création de 350 000 emplois. Pour un coût pour les caisses publiques de 12 800 euros par emploi créé. Un coût « à comparer avec l’indemnisation nette moyenne d’un chômeur qui s’élèverait à 12 744 euros par an en 2011 », souligne la députée Barbara Romagnan.

Un bilan à mettre en balance avec les 60 000 euros par emploi créé de la politique d’allègement de charges patronales du récent pacte de responsabilité, censé générer un demi million d’embauches d’ici 2017... (Lire notre article). Quant aux emplois d’avenir, des contrats aidés subventionnés par l’État à hauteur de 75% du Smic pendant trois ans, lancés en 2012, ils ont permis fin 2014 l’embauche de 113 000 jeunes. La grande majorité a été recrutée par le secteur non marchand (associations et collectivités).

 

Partager le travail : un tabou idéologique

Dans ce contexte, la diminution du temps de travail constitue « la politique en faveur de l’emploi la plus efficace et la moins coûteuse qui ait été conduite depuis les années 1970 », concluait la députée dans son rapport, tout en évoquant l’horizon des 32 heures. Un bilan que la CGT n’est pas loin de partager. Pour Mohammed Oussedik, « la réduction du temps de travail n’est pas seulement un objectif sociétal. Les 35 heures ont eu un effet positif sur la création d’emplois. Et, cerise sur le gâteau, cela a permis de créer un élan de dialogue social comme jamais vu auparavant. »

« La lutte contre le chômage devrait être une priorité. La réduction du temps de travail est un point essentiel pour y arriver, explique Barbara Romagnan à Basta !. On peut ne pas être d’accord, mais ce qui me surprend, c’est que presque personne n’en parle ! » déplore l’élue. Un blocage qui profite de certains effets négatifs liés à l’application des 35h. « Pour beaucoup de gens, c’est allé de pair avec un durcissement des cadences de travail. Aujourd’hui, on fait face à un refus d’aborder la question du temps de travail dans le paysage politique et syndical français », témoigne Bruno Lamour, président du Collectif Roosevelt, le mouvement citoyen co-fondé par le fervent défenseur de la semaine de 32 heures, Pierre Larrouturou. Le partage du temps de travail fait partie des quinze propositions du Collectif Roosevelt « pour sortir de la crise et changer de modèle ». « Nous ne disons pas que la réduction du temps de travail est la panacée absolue pour lutter contre le chômage. Mais ne pas du tout l’aborder, c’est affronter un handicap majeur. Il est nécessaire de relancer le débat », juge Bruno Lamour, qui regrette une véritable « barrière idéologique ».

Pourtant, des centaines d’entreprises françaises sont déjà passées aux 32 heures. La possibilité avait été ouverte dès la loi Robien de 1996, adoptée sous un gouvernement… de droite. Elle a ensuite été reprise par les lois Aubry. La mutuelle Macif est l’une de ces entreprises qui est même passée à 31 heures 30. C’était en 2000. « À la fin des années 1990, l’entreprise manquait de personnel. La direction a donc profité des allègements de charges de la loi Aubry pour réduire le temps de travail et embaucher, raconte Frédéric Desrues, délégué du personnel CGT. Avec les nouveaux emplois créés, 6 % de la masse salariale de l’époque, la Macif a lancé de nouvelles plateformes téléphoniques. Mais comme les embauches n’ont pas été faites là où il y avait besoin de personnels supplémentaires, le travail s’est intensifié pour beaucoup d’employés. » Les délégués du personnel critiquent aussi le gel de salaires qui a suivi leur passage à 31 heures 30. Mais ils ne le remettent pas en cause pour autant. Et auront même peut-être à le défendre dans les mois à venir. « La direction veut remettre à plat le statut social de la Macif d’ici janvier 2018. Il se dit qu’elle veut revenir aux 35 heures », rapporte Virginie Demiselle, déléguée du personnel, elle aussi CGT.

 

Les Français travaillent plus que les Allemands ou les Scandinaves

Les entreprises comme la Macif font figure d’exception. Même si les think tanks néolibéraux ou patronaux se plaisent à dire le contraire, le temps de travail effectif moyen de France est loin d’être le plus faible d’Europe. « Les Français travaillent moins que les autres » annonçait en juillet 2014 la fondation néolibérale Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) pour présenter une étude du centre d’analyse économique proche du patronat Coe-Rexecode. « La durée de travail effective des salariés à temps complet est de 1661 heures en France, soit 239 heures de moins que les Britanniques, 186 heures de moins que les Allemands et 120 heures de moins que les Italiens », déplorait l’Ifrap. Mais le calcul faisait totalement l’impasse sur les salariés à temps partiel. Qui sont à 80 % des femmes.

Si l’institut Coe-Rexecode avait pris en compte les temps partiels, qui concernent en France près d’un tiers des femmes salariées – et près de la moitié en Allemagne –, il serait arrivé à un temps de travail effectif moyen d’environ 35,6 heures par semaine dans l’Hexagone, contre 35,3 heures en Allemagne, et encore moins en Scandinavie et aux Pays-Bas [5]. Le temps de travail effectif n’est donc pas inférieur à celui des Allemands. Il y est aussi un peu moins inégalitaire, avec une moyenne de 40 heures par semaine pour les hommes et 34 heures pour les femmes, soit six heures d’écart [6]. Chez notre voisin allemand, qui fait tant rêver les conservateurs, cet écart entre hommes et femmes est de neuf heures. Une différence qui se répercute ensuite sur le niveau des retraites.

 

« Sans cela, nous n’aurons plus jamais de plein emploi en Europe »

Le fantasme patronal d’une Allemagne où les 35 heures feraient crier au scandale et à l’aberration économique ne tient pas. La semaine de 35 heures existe aussi outre-Rhin, dans certaines conventions collectives. Et depuis plus longtemps que chez nous. Elle a été adoptée pour les secteurs de la métallurgie et de l’industrie du livre en 1995, soit trois ans avant la première loi Aubry. Le temps de travail légal est aussi de 35 heures dans l’industrie du bois et du plastique, et de 34 heures par semaine dans les Télécoms [7].

Le grand constructeur automobile Volkswagen a même mis en place une semaine de 28,8 heures dès 1993, avant de revenir partiellement sur cette diminution il y a quelques années. Aujourd’hui, le temps de travail chez Volkswagen varie entre 25 et 35 heures par semaine. Une réalité soigneusement oubliée par les tenants ici du « modèle » allemand. Patronat – et éditorialistes – français évitent aussi de se faire l’écho des débats sur le temps de travail qui agitent régulièrement l’Allemagne. L’actuelle ministre (sociale-démocrate) de la Famille a ainsi lancé des discussions sur la mise en place d’une semaine de travail à temps plein de 32 heures pour les jeunes parents, sans perte de salaire.

Plus radical, des dizaines d’économistes allemands ont adressé un lettre ouverte il y a deux ans (Lire notre article) aux décideurs politiques et aux syndicats pour demander une semaine à temps plein à 30 heures. « Sans cela, nous n’aurons plus jamais de plein emploi, ni en Allemagne, ni ailleurs en Europe, explique Heinz-Josef Bontrup, professeur d’économie dans la Ruhr et initiateur de cette lettre ouverte. Or, le chômage de masse, c’est l’instrument de discipline par excellence pour le capital. Nous avons constaté dans nos calculs que l’augmentation de la productivité des dernières décennies en Allemagne n’a pas du tout été utilisée pour réduire le temps de travail. La quasi-totalité des gains est allée au capital. Nous voyons aujourd’hui le résultat : les salaires sont bas, le marché du travail est précarisé. Et ça vaut évidemment pour tous les pays d’Europe. »

 

Semaine de quatre jours ou compte épargne-temps ?

Heinz-Josef Bontrup et ses collègues ont proposé une réduction progressive de 5 % par an pour arriver à une semaine de 30 heures en cinq ans, sans perte de salaire. « Dans un pays riche comme l’Allemagne, évidemment que c’est possible de le financer. Il faudrait juste mieux répartir les revenus, du haut vers le bas, et pas dans l’autre sens comme c’est le cas aujourd’hui. »

Sous quelles formes une nouvelle réduction du temps de travail serait-elle possible dans un pays comme la France ? « Sur les modalités, il y a différentes positions parmi les partisans de la réduction du temps de travail, explique David Feltz, du Collectif Roosevelt. Certains restent sur l’idée de la semaine de quatre jours, financée en grande partie par les cotisations. D’autres misent plus sur la mise en place d’un compte épargne-temps sur toute la vie. »

L’option compte épargne-temps est plutôt défendue par les Verts. « Nous sommes évidemment pour les 35 heures, mais leur mise en application, qui s’est faite par secteur plutôt que par entreprise, a posé des problèmes, surtout pour les très petites entreprises, explique Agnès Michel, responsable de la commission économie à EELV. Pour nous, la question du temps de travail se pose davantage dans une dynamique de lissage au cours de la vie. Nous sommes pour le partage du temps de travail, mais plutôt dans le sens d’une réduction globale tout au long de la vie, pour laisser du temps pour se former, se reconvertir, s’occuper d’un proche, de sa famille, pour récupérer après une maladie. »

 

Qu’en pensent les autres syndicats de salariés ?

« Attention », répond Éric Beynel, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires : « une répartition du temps de travail tout au long de la vie, cela veut dire qu’il y a des périodes avec un temps de travail élevé. Cela a un effet irréversible sur la santé et sur l’espérance de vie des travailleurs. Pour nous, la réduction du temps de travail a toujours été une revendication forte. Il ne faut pas laisser la droite revenir en arrière sur les 35 heures, et il faut même aller vers les 32 heures, avec le même niveau de salaire. Nous nous réjouissons que la question revienne dans les débats. »

Reste qu’au niveau politique, le petit parti fondé par Pierre Larrouturou, Nouvelle Donne, est le seul à faire d’un nouveau partage du temps de travail un thème central. Dans le paysage syndical, ni la CFDT, qui a pourtant longtemps porté le sujet, ni FO ne souhaitent vraiment s’engager dans cette direction. « Le partage du temps de travail reste un sujet, mais le problème ne se pose pas dans les mêmes termes qu’il y a 20 ans. Le débat aujourd’hui, c’est plus l’évolution du travail, avec le numérique et le télétravail », rapporte Hervé Garnier, secrétaire confédéral de la CFDT. Pour FO, la revendication des 32 heures « n’est pas une priorité », rappelle Jean-Claude Mailly en juillet lors d’une rencontre avec le patronat. Force ouvrière se concentre sur la lutte contre l’austérité.

Les deux organisations ont probablement été échaudées par les difficultés engendrées par les 35 heures pour une partie des salariés, illustrée par les difficultés rencontrées par les personnels soignants à l’hôpital. « On a vendu la réduction du temps de travail avec l’argument d’une amélioration pour les salariés en poste. Et ce n’est pas ce qui s’est produit, analyse David Feltz, du Collectif Roosevelt. Alors que l’enjeu principal est la solidarité avec ceux qui n’ont pas d’emploi. On ne peut plus poser le débat de la même façon qu’au moment des lois Aubry. » C’est pourquoi le collectif Roosevelt préfère aujourd’hui aborder le sujet sous l’angle « de la redistribution du travail et des revenus, indique Bruno Lamour. L’écart entre les rémunérations les plus élevées et les plus basses augmente toujours plus en France. On ne peut pas séparer cette question de celle du temps de travail. »

 

Temps de travail : le modèle Liliane Bettencourt

Le mouvement altermondialiste basque Bizi a de son côté choisi [8] de retourner la question : non pas partir du temps de travail moyen de 35 ou 40 heures par semaine pour le réduire, mais du minimum. Et montrer que nous pourrions travailler seulement… une heure par jour ! La proposition semble provocatrice. Elle vise à repenser notre rapport au travail, à imaginer une société où non seulement les richesses produites seraient mieux réparties, mais où l’on produirait moins, où le travail libre organisé au niveau de petits groupes primerait sur le travail contraint géré au niveau de la société.

Tous les citoyens à partir de 16 ans auraient accès s’ils le veulent – et le peuvent – à cette heure de travail quotidienne, ou à cinq heures par semaine. Un temps de travail qui serait alors plus conciliable avec des études ou une formation, avec la retraite ou la pénibilité physique… « Et comment je serais payé si je ne travaille qu’une heure par jour ? », interroge Bizi. Réponse : « En fait, le revenu de chacun dépend essentiellement de la manière dont la société décide de distribuer une production globale X entre ses membres et non pas du nombre d’heures que chacun a consacrées à cette production. Sinon, bien évidemment, Liliane Bettencourt aurait peu de chances d’être milliardaire. »

Rachel Knaebel

Illustration : CC Alan Cleaver

Notes

[1En juillet. Source.

[2Avec la loi dite Tepa en 2007, puis la loi sur la sécurisation de l’emploi de 2013, qui prévoit la possibilité d’y déroger par un accord d’entreprise ou de branche.

[3Lors de son audition devant la commission d’enquête de l’assemblée nationale l’an dernier, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron, sans remettre en cause de front les bénéfices des 35 heures, jugeait que « les 35 heures ont envoyé un message négatif pour les entreprises étrangères souhaitant investir en France, cette réforme ayant été interprétée comme le signe que ce pays ne voulait plus travailler ».

[4De décembre 2014.

[534,3 heures au Danemark, 34 en Norvège, 31,7 aux Pays-Bas. Source.

[6Source : OCDE.

[7Source : Fondation Hans-Böckler, institut WSI.

[8Dans un livret publié en 2010, et qui reprend en les adaptant les positions du livre Travailler deux heures par jour publié en 1977 par le Collectif Adret.

 

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 16:27

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

C’était il y a un an. Lors du sommet des Nations unies sur le climat en septembre 2014, 175 pays avaient signé la déclaration de New York qui prévoit de réduire de moitié la diminution des forêts d’ici 2020 et de l’arrêter d’ici 2030. C’est qu’il y a urgence. La planète a perdu plus de 18 millions d’hectares de forêts en 2014, soit une surface égale à deux fois celle du Portugal et plus grande que l’ensemble de la forêt française (16 millions d’hectares), estime Global Forest Watch, une plateforme en ligne lancée en 1997 par le think tank World Resources Institute, qui actualise ses données tous les huit jours grâce à une surveillance satellitaire de l’Université du Maryland et de Google.

 

Les pays tropicaux ont à eux seuls perdu 9,9 millions d’hectares de couverture arborée en 2014, une superficie équivalente à la taille de la Corée du Sud. Et cette perte s’accélère dans les pays tropicaux. Plus de 62% de la déforestation tropicale constatée en 2014 a eu lieu ailleurs qu’au Brésil et en Indonésie, contre 47% en 2001. Les taux de perte de la couverture arborée ont sensiblement baissé dans l’Amazonie brésilienne. Elle a été divisée par 4 depuis son sommet, en 2003-2004. Mais elle est en pleine expansion dans d’autres régions boisées du monde.

 

Rythme dévastateur

En Amérique du Sud, elle intervient particulièrement dans les forêts tropicales sèches du Gran Chaco couvrant les zones du Paraguay, de l’Argentine et de la Bolivie. En Asie, le Cambodge a perdu une surface 4 fois plus étendue qu’en 2001. Le pays est celui qui connaît la plus rapide déforestation entre 2001 et 2014, à un rythme dévastateur: 14,4% par an. Les chercheurs ont établi «une forte corrélation» entre la diminution des zones de forêts et la hausse du prix du caoutchouc sur le marché mondial, dans l’ensemble des pays du Mékong, où l’industrie du caoutchouc se développe au détriment de la forêt. Madagascar, qui figure sur le podium des pays les plus touchés, a de son côté perdu plus de 318 000 hectares, environ 2 % de sa superficie forestière, en raison de l’essor de l’extraction minière et de l’exploitation de bois précieux.

 

Mauvaise nouvelle pour le climat

Des 10 pays connaissant la plus grande vitesse de perte de la couverture arborée, presque la moitié se trouve en Afrique de l’Ouest. Bien que la région ne soit pas souvent considérée comme un point majeur de déforestation, l’expansion galopante de la culture de l’huile de palme inquiète les ONG et les populations locales qui en sont victimes. Elle devrait aussi alarmer la planète: la quête de consommation à tout prix (l’élevage intensif alimente la déforestation), le mythe de la croissance sans fin pèse sur les forêts.

En Chine par exemple, cette quête a des répercussions massives sur les forêts bien au-delà de ses frontières. Sa boulimie de soja alimente la déforestation en Amérique Latine. Son appétit pour le bois, le caoutchouc et l’hydroélectricité entraîne le défrichement de forêts dans le Mékong. «Les autres grands pays consommateurs, y compris les Etats-Unis et les pays européens, devraient également trouver des moyens pour réduire leur impact sur les forêts à l’étranger», note le WRI.

Ce rapport, qui intervient à la veille du 14e congrès forestier mondial en Afrique du sud, tient de la nouvelle sonnette d’alarme à moins de 100 jours de la COP 21, où près de 200 pays doivent signer un accord contraignant pour tenter de limiter la hausse des températures en dessous de 2°C. Car le changement d’utilisation des terres (y compris la déforestation) représente dans les pays qui en sont victimes la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre. Surtout, la déforestation contribue au dérèglement climatique dans la mesure où elle détruit les «puits de carbone» que constituent les forêts et représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre.

 
 
 
 
 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 16:07

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

Costume impeccable, chaussures fines, Breitling au poignet, «petit pied-à-terre» en Tunisie, Xavier Beulin a la rutilance et le train de vie d’un PDG de multinationale. Et pour cause. A 56 ans, celui qui dirige la FNSEA depuis fin 2010 et que d’aucuns qualifient de «véritable ministre de l’Agriculture» tant il obtient tout ce qu’il veut de François Hollande comme de son précédesseur, est aussi et surtout un redoutable homme d’affaires. 

 

Coiffé de multiples casquettes, l’influent syndicaliste tire en toute discrétion les ficelles de l’agro-industrie française... celle-là même qui entraîne la disparition des agriculteurs. Contrairement à ce qu’il avait promis lors de son accession au sommet de la FNSEA, il a conservé la plupart de ses autres mandats, une bonne dizaine en tout. En plus de quantités de responsabilités dans différentes instances clés du monde agricole, en province, à Paris ou à Bruxelles, il préside toujours le port de commerce de La Rochelle – deuxième port français pour l’exportation de céréales – ou le conseil économique et social régional (CESER) du Centre. Et s’est même emparé, en sus, de celle de l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), un think tank fondé par Jean-Louis Guigou, mari de l’ex-ministre socialiste Elisabeth Guigou. 

 

L'homme qui pesait 7 milliards

Surtout, il est à la tête d’un empire agro-industriel et financier aussi puissant que peu connu du grand public : le géant céréalier Sofiprotéol, récemment rebaptisé Avril pour «symboliser la force du renouveau». Ce mastodonte pèse 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, regroupe plus de 150 sociétés et se dit présent dans 22 pays, dont – ô surprise – ceux du Maghreb, l’une des terres que l’agriculture tricolore doit absolument conquérir, ne cesse de répéter Beulin. La raison d’être d’Avril-Sofiprotéol, ce «maître caché de l’agriculture française», comme titrait le site Reporterre.net en... avril ? Assurer un maximum de débouchés à la filière des huiles et protéines végétales (colza, tournesol, pois...).

La holding de Beulin est partout. Dans nos assiettes, avec les huiles Lesieur et Puget ou les œufs Mâtines, marchés qu’elle domine. Dans celle des porcs, de la volaille ou du bétail, avec Glon Sanders, numéro 1 français de l’alimentation animale. Dans la «santé» et la génétique animale. Dans nos moteurs, avec Diester Industrie, champion européen du biodiesel (une vraie «rente de situation», dixit la Cour des comptes en 2012). Dans nos cosmétiques, peintures ou matelas en mousse polyuréthane, puisqu’Avril est aussi leader européen de l’oléochimie. Dans le financement de l’agriculture industrielle. Dans la presse agricole. Dans l’huile de palme, dans les semences ou dans les OGM (avec Biogemma)... N’en jetez plus ! 

 

Ruralité en col blanc

Compte tenu de toutes ses activités de col blanc, on a du mal à imaginer Beulin dans un champ. Quand a-t-il le temps de s’occuper de son exploitation de 500 hectares de blé, orge, colza, tournesol, maïs et pois protéagineux, cultivés avec son frère et deux cousins dans le Loiret ? Interrogé par Libération en 2011, le gros céréalier – fait rarissime à la tête de la FNSEA – avait bondi : «J’y vais deux week-ends par mois. Le dernier, j’ai fait dix-sept heures de tracteur ! Et quand je vais à l’étranger, la première chose que je fais, c’est sentir la terre.» Depuis son fauteuil des beaux quartiers parisiens, l'homme au discours bien rodé multiplie les gages de ruralité. 

Il ne se départit de son charisme onctueux et ne montre de signes d’agacement que lorsqu’on lui parle des dégâts environnementaux et sociaux causés par l’agriculture industrielle, son modèle absolu. Il est mort, le sol, il ne produit plus que sous perfusion, alarment des agronomes. Une fuite en avant, dopée à la pétrochimie, dont les agriculteurs sont les premières victimes. «Des clichés !». Bien.

Reste une question : comment peut-on prétendre défendre les éleveurs quand son propre intérêt vise à faire grandir les exploitations pour leur vendre toujours plus de tourteaux de colza ? Plus un troupeau grandit, moins il est facile de faire pâturer les vaches, plus c’est juteux pour le fournisseur Avril. L’herbe, gratuite, n’est bonne que pour les comptes des éleveurs. Vous avez dit conflits d’intérêts ? Beulin s’en moque. Plus c’est gros, plus ça passe... 

 
 
 
 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 15:29

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Bill McKibben: «Faire des industries fossiles des parias»

|  Par Jade Lindgaard

 

 

Co-fondateur du mouvement 350.org qui appelle au désinvestissement dans les énergies fossiles pour lutter contre le dérèglement climatique, Bill McKibben pense que saper le pouvoir des multinationales du pétrole et du charbon est plus efficace que de négocier un accord sur le climat.

Co-fondateur du mouvement 350.org qui appelle au désinvestissement dans les énergies fossiles pour lutter contre le dérèglement climatique, Bill McKibben pense que saper le pouvoir politique des multinationales du pétrole et du charbon est plus efficace que de négocier un accord sur le climat. Mediapart l'a rencontré lors de sa première visite en France, à l'occasion d'une conférence internationale sur le désinvestissement.

Vous avez signé l’appel contre les crimes climatiques (publié par Mediapart le 26 août). Pourquoi ?

 

Bill McKibben, septembre 2015 (NnoMan, Collectif ŒIL).
Bill McKibben, septembre 2015 (NnoMan, Collectif ŒIL).
 

Bill McKibben. Parce qu’il faut parler sans fard de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il y a une tendance dans les négociations sur le climat à perdre de vue les faits de base : nous détruisons la planète à un rythme très rapide. Un discours fort est nécessaire pour briser la routine. L’enjeu de la conférence à Paris en décembre ne peut pas se limiter à la signature d’un accord. Si on veut qu’elle ait le moindre sens, l’enjeu de la COP 21 doit être de déboucher sur des progrès réels.

Il existe deux réalités : d’un côté, la réalité politique. C’est dur d’obtenir un accord, de faire avancer tout le monde dans la même direction. Cela demande énormément de travail. C’est important de respecter cette réalité politique et de travailler dans ce contexte. Mais seulement si vous avez en tête qu’il existe aussi une réalité « réelle ». La négociation sur le climat ne se passe pas entre la France, la Chine et les États-Unis, mais entre les êtres humains et la physique. Ce n’est pas une négociation facile… car la physique ne se soucie pas vraiment de vos problèmes. Elle ne cherche pas le compromis.

Pour vous, la réduction des émissions de CO2 est la pierre angulaire de la lutte contre le dérèglement climatique. C’est pour cela que vous avez nommé votre mouvement 350.org, en référence aux 350 parties par millions (ppm) de CO2 dans l’atmosphère qu’il aurait fallu ne pas dépasser pour que le réchauffement global ne dépasse pas +2 °C ?

Au départ, tout le monde pensait que c’était une mauvaise idée. Il m’a semblé que :
1) C’est le chiffre le plus important au monde.
2) Je savais que s’ils voulaient parler de nous, les journalistes seraient obligés d’expliquer à chaque fois ce que signifie 350 ppm.
3) Nous cherchions à créer la première campagne globale contre le dérèglement climatique, ce que nous avons réussi au final. Les chiffres sont meilleurs que les mots pour communiquer au niveau mondial parce que vous n’avez pas besoin de les traduire. « 350 » signifie la même chose partout dans le monde.

Vous dites que c’est le chiffre le plus important au monde. Pourquoi avoir choisi 350, et pas 300 ou 400 ppm qui sont d’autres seuils de référence dans les discussions sur le climat ?

J’ai demandé à mon vieil ami James Hansen, un scientifique de premier plan, quel serait le bon chiffre. Nous étions en 2007. La plupart des scientifiques et militants se référaient à 450 ppm. Mais personne n’avait vraiment d’analyse de fond. Jim a proposé de travailler ce sujet avec son équipe. Il m’a rappelé quelques mois plus tard et m’a dit : « On a un chiffre pour toi mais il ne va pas te plaire : c’est 350 ppm. »

Des gens s’inquiétaient du fait que s’appeler 350 ne soit trop déprimant, puisque nous avions déjà dépassé ce seuil de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Je ne le pensais pas. Pour moi, c’était comme aller chez le docteur. S’il vous dit : « continuez à manger autant de fromage et votre cholestérol sera trop élevé et vous aurez une crise cardiaque », personne ne s’inquiète vraiment. Mais s’il vous dit : « votre cholestérol est déjà beaucoup trop élevé, vous risquez de mourir d’une crise cardiaque », là, les gens commencent à s’inquiéter. D’autres encore nous disaient : c’est trop compliqué. Personne ne va comprendre ce que 350 veut dire. C’est le contraire qui s’est passé. Tout le monde comprend l’idée du dépassement des limites. Ces dernières années, d’autres chiffres importants sont sortis sur la quantité de carbone que l’on peut encore émettre, et celle qu’il faut garder sous terre. Les chiffres sont étonnamment utiles et puissants.

 

Atelier sur la justice climatique en territoire Sami, en Arctique, organisé par 350 (c) Tor Lundberg Tuordafin août 2015.Atelier sur la justice climatique en territoire Sami, en Arctique, organisé par 350 (c) Tor Lundberg Tuordafin août 2015.

Vous menez campagne pour que le monde cesse de financer les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), c'est le « désinvestissement » des fossiles. Était-ce votre objectif initial quand vous avez créé le réseau 350.org avec sept étudiants, en 2008 ?

Non. D’abord nous voulions éduquer les gens, les inciter à se rassembler et à manifester partout dans le monde. Mais nous nous sommes rendu compte que cela prenait trop de temps. Nous avons donc décidé de nous mobiliser contre des projets fossiles particulièrement problématiques : l’oléoduc Keystone XL aux États-Unis, le projet de mine de charbon Carmichael en Australie, des ports miniers sur la côte ouest des États-Unis, une mine de lignite de RWE en Allemagne… C’est une mobilisation incroyable et nous avons remporté quelques victoires. Mais ce sont des actions défensives. Elles ne sont pas assez rapides. Il faut aussi jouer offensif. Le désinvestissement est une réponse, pour tenter de faire des industries fossiles des parias. Et donner à tout le monde la possibilité de s’impliquer : la plupart des gens n’habitent pas à côté d’une mine. Mais tout le monde a un lien avec une source d’argent : son université, son gouvernement, son église…

Vous êtes-vous inspirés des appels au désinvestissement en Afrique du Sud lors des campagnes anti-apartheid des années 1980 ?

Oui. Quand j’étais à l’école, j’ai un peu milité contre l’apartheid. Une des personnes qui nous a aidé à faire le lien entre cette mobilisation et la lutte aujourd’hui contre le dérèglement climatique est Desmond Tutu. Cette idée de désinvestissement est venue de discussions avec mon amie Naomi Klein, et de la lecture du rapport du think tank Carbon Tracker sur la quantité d’émissions de CO2 que représentent les réserves fossiles connues à ce jour. Une fois que vous avez compris que si ces réserves sont forées, le climat se déréglera complètement, vous comprenez que les entreprises qui continuent à extraire du pétrole, du gaz et du charbon se comportent comme des hors-la-loi. Si elles suivent leur business plan, la planète va craquer. Elles sont donc de bonnes cibles.
 

 

Près de 50 milliards de dollars sont en cours de désinvestissement dans le monde selon votre décompte : à  l’université de Stanford en Californie, Soas à Londres, le fonds de la famille Rockefeller (860 millions de dollars), le fonds souverain de la Norvège (40 milliards de dollars)… Mais ces annonces sont souvent floues sur leur contenu réel et leur calendrier. Quelle pression exercez-vous concrètement sur l’industrie de l’énergie ?

Le désinvestissement est réel. Mais le but n’est pas de provoquer la faillite d’Exxon. Nous n’y arriverons pas. Parce qu’ils ont plus d’argent que Dieu. C’est l’entreprise la plus rentable du monde. Mais leur futur dépend en partie de leur acceptabilité sociale. Ils ont besoin de la coopération du reste du monde : ils ont besoin de permis pour forer en Arctique, pour obtenir des allègements fiscaux…

Plus les gens retirent leurs financements, plus il leur sera difficile d’exercer leur pouvoir politique. Je suis prudemment optimiste sur l’efficacité de nos actions. Trois choses se passent simultanément : le désinvestissement ; la résistance aux oléoducs et aux mines ; la croissance du secteur des renouvelables. Les industries fossiles perdent de plus en plus de marché d’approvisionnement d’électricité. Shell va forer en Arctique mais ils ont déjà perdu le soutien d’Hillary Clinton – qui n’a pourtant jamais été une leader courageuse sur ce sujet. Je ne suis pas pour autant convaincu que tout cela permettra de faire advenir tous les changements nécessaires à temps. Il n’est pas impossible que ce soit déjà trop tard.

 

Lors de la conférence sur le désinvestissement, un héritier Rockefeller à gauche et May Boeve, directrice de 350 (Eric Coquelin)Lors de la conférence sur le désinvestissement, un héritier Rockefeller à gauche et May Boeve, directrice de 350 (Eric Coquelin)
 

En ciblant l’industrie fossile, vous épargnez les individus et leurs comportements polluants : hyper consommation, addiction à la voiture, incessants voyages en avion… N’est-ce pas un angle mort de votre discours ?

C’est vrai. Ce discours sur les comportements individuels, les écologistes le tiennent depuis 15 ou 20 ans. Mais il ne nous a pas menés très loin. En fin de compte, c’est un problème structurel, systémique, enraciné dans le pouvoir des industries fossiles. Si nous avions 100 ans pour résoudre ce problème, le mieux serait d’en passer par des changements lents, culturels. Et nous y parviendrions car c’est le type de changements que les humains savent le mieux accomplir.

Mais nous n’avons pas cent ans ! Il faut changer très vite. Au lieu de faire campagne pour le désinvestissement, nous pourrions militer pour que les gens abandonnent leurs voitures. Si on travaillait très très dur, on obtiendrait peut-être que 2 ou 3 %, peut-être 4 ou 5 % des gens abandonnent leur voiture. Et cela n’entraînerait qu’une légère atténuation des émissions de carbone. Ce ne serait pas du tout suffisant. Si nous pouvions convaincre 3 ou 4 % des gens, politiquement engagés, de changer les règles du jeu, de donner un prix au carbone, là, ce serait assez pour gagner et changer les habitudes de tout le monde sur la planète. Mais j’ai peut-être tort. Si quelqu’un a une meilleure idée pour convaincre un maximum de gens de changer, je serais ravi d'y aider.

La COP 21 sera la conférence sur le climat la plus financée par le secteur privé. Parmi des « mécènes » se trouvent des producteurs d’énergie, comme EDF et Engie. Est-ce un problème ?

Oui, je le crois. Beaucoup de gens doutent du processus des COP aujourd’hui car cela fait vingt ans qu’il échoue. Ce serait donc beaucoup mieux qu’il apparaisse protégé de l’influence des lobbies qui pèsent beaucoup sur ces négociations. D’une certaine manière, ce n’est peut-être pas plus mal que cela apparaisse au grand jour.

Cherchez-vous à développer les collaborations avec les chercheurs ?

Oui. De plus en plus de scientifiques sont prêts à prendre politiquement la parole sur le climat, dans les pas de James Hansen. Cette collaboration avec les chercheurs est très importante. Mais beaucoup de collaborations sont très importantes. Le 21 septembre dernier, quand a eu lieu la marche des peuples pour le climat à New York, réunissant 400 000 personnes, le cortège a mis en scène ces différentes collaborations : au premier rang se trouvaient les peuples autochtones et les communautés les plus vulnérables au dérèglement climatique. Ensuite venait un bloc de scientifiques en blouses blanches. Puis le bloc des solutions, etc.

C’est un mouvement très intéressant : il n’a pas de grand leader, pas de figure à la Martin Luther King. C’est bien. C’est une résistance généralisée aux énergies fossiles qu’il faut développer. L’industrie des hydrocarbures est si puissante et si omniprésente dans le monde entier qu’il faut s’y confronter partout où elle est présente. Internet aide à s’organiser sur ce mode décentralisé et open source. 

Le plus important, ce ne sont pas les liens avec les scientifiques, c’est l’émergence de ce qu’on appelle le mouvement pour la justice climatique. Il a changé le mouvement écologiste en le rendant beaucoup plus divers, plus ouvert. C’est juste et bien. Nous avons besoin d’une énorme coalition de gens pour gagner cette bataille. Un petit mouvement écologiste ne peut remporter que de petites victoires. Ce n’est pas assez pour abattre le pouvoir des industries fossiles. Quand 350.org a organisé son premier jour d’action mondiale en 2009, des milliers de photos de rassemblements partout dans le monde ont été envoyées. On y voyait des pauvres, des Noirs, des Asiatiques, des jeunes… ils étaient à l’image de ce qu’est le monde.

Pourquoi s’engagent-ils pour le climat selon vous ?

Parce qu’ils s’inquiètent du futur ! Si vous n’êtes pas protégé par la richesse, le futur vous semble encore plus effrayant. Si vous vivez au Pakistan, vous avez sans doute déjà dû quitter votre logement à cause d’une crue de l’Indus. Vous comprenez ce qu’il se passe. Vous connaissez les problèmes de sécheresse.

 

 

Vous avez été l’un des premiers auteurs à alerter le grand public sur le changement climatique avec votre livre The End of Nature, en 1989. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser si tôt à ce sujet ?

J’étais très jeune, j’avais une vingtaine d’années et j’écrivais pour le New Yorker. Je n’étais pas spécialisé en environnement. J’ai écrit un long article sur la provenance de tout ce qui se trouvait dans mon appartement : Brésil, Arctique, mines d’uranium, etc. Cela m’a laissé un sens très fort de la dimension physique du monde. Cela m’a incité à lire des articles scientifiques sur le dérèglement climatique dans les années 1980 – le GIEC n’existait pas encore. J’avais développé un sens de la vulnérabilité de la planète.

À New York, l’accès à l’eau dépend de la quantité de pluie qui tombe sur le nord de l’État. Quand j’ai écrit ce livre, en 1988, j’ai pensé que c’était l’histoire la plus importante du monde. Et je ne comprenais pas vraiment pourquoi les autres ne le voyaient pas ainsi. J’ai relu ce livre il n’y a pas très longtemps. C’est étonnant : la science n’a pas tant changé que cela. Nous savions déjà l’essentiel de ce que nous savons aujourd’hui, sauf que personne ne parlait de l’acidification des océans. Et que l’on ne se rendait pas compte de la rapidité des changements.

Si, en 1989, on avait dit à des scientifiques que la mer de glace de l’Arctique serait en partie fondue, ils auraient répondu : ah, non, c’est pour le siècle prochain. On pensait le dérèglement climatique à l’échelle des siècles. On l’expérimente aujourd’hui à l’échelle des décennies.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 19:50

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

 

Rémunération des grands patrons: visualiser l'indécence

Pi.M.
Mardi, 1 Septembre, 2015
Humanite.fr

 

 

Carlos Ghosn, patron de Renault et de Nissan, s'est augmenté de 175 % cette année
AFP
 
Les salaires des grands patrons augmentent encore, sans parler des retraites chapeaux et primes exceptionelles. Comme celle Michel Combes, qui non content d'avoir touché plus de 4 millions d'euros cette année quitte son poste avec 13,7 millions de prime. Le salaire cumulé de ces PDG permettrait de créer plus de 200 000 emplois. Infographies.
 
 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 18:51

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

Joseph Stiglitz : « 91% de la croissance est capturée par 1% en haut de l’échelle »

Mercredi, 2 Septembre, 2015
Humanite.fr

 

Photo : Francine Bajande
 
De passage à Paris pour la sortie de son dernier ouvrage, le prix Nobel d’économie relève que les inégalités sont au cœur de l’instabilité économique mondiale et développe ses positions alternatives.

À l’heure où François Hollande confesse un renoncement majeur en déclarant « assume(r) pleinement », dans un livre à paraître demain, son « acceptation du traité européen » Sarkozy-Merkel, le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz dresse un réquisitoire des politiques d’austérité. Dans l’entretien qu’il a accordé à l’Humanité à l’occasion de sa visite en France pour promouvoir son nouveau livre, la Grande Fracture (éditions Les Liens qui libèrent), l’économiste dénonce une Europe engluée dans l’austérité, dans laquelle « la France a peur » d’affronter l’Allemagne, comme on l’a vu lors de la crise grecque, cet été. Un problème économique qui devient un problème démocratique, souligne le prix Nobel, quand « les électeurs se disent partout : (…) les gouvernements ont trahi ». « C’est une autre logique qu’il faut suivre », affirme encore Joseph Stiglitz à propos du pacte de responsabilité de François Hollande, qui distribue des aides sans contreparties aux entreprises. Tirant enseignement de l’exemple grec, le prix Nobel, qui a soutenu le non d’Alexis Tsipras au référendum grec de juillet, se prononce pour une réforme de la zone euro, dans un sens plus « démocratique » et « solidaire », et dit l’espoir que suscite en lui l’essor des luttes des mouvements citoyens contre les inégalités aux États-Unis.

 

Lire l'entretien intégral (version longue en exclusivité sur l'humanité.fr)

Extrait :

Le gouvernement Hollande a décidé d’offrir 40 milliards d’euros de baisses d’impôts aux entreprises pour stimuler l’économie. Qu’en pensez-vous ?

Joseph Stiglitz. François Hollande fondait son espoir sur un regain d’investissements. Or il n’existe aucune preuve qu’un allégement des impôts sur les entreprises conduise mécaniquement à plus d’investissements. Il y a d’autres mesures que de faire un cadeau aux entreprises, ce qui revient à jeter de l’argent par les fenêtres et accroître l’inégalité. Si vous dites que vous investissez et que vous créez des emplois en France, à ce moment vous pouvez avoir une réduction d’impôts. Mais si vous n’investissez pas en France il faut que vous soyez imposé plus fortement. C’est une autre logique qu’il faut suivre, celle d’une incitation à la création d’emplois. Je l’ai dit, en son temps,  au gouvernement français mais je n’ai pas été entendu….

Vous faites la démonstration que des décisions politiques sont à l’origine des dysfonctionnements du système et vous dites que les solutions sont également politiques. Mais aux Etats-Unis Wall street bénéficie d’une législation qui lui permet de financer de façon illimitée les campagnes électorales. Est ce que les dés ne sont pas fondamentalement pipés parce que Wall street est ainsi, de fait, quasiment juge et parti ?

Joseph Stiglitz. C’est ce qui, à vrai dire, entame mon optimisme. Mais c’est aussi ce qui me renforce dans la conviction que l’on ne peut agir strictement sur le terrain des réformes économiques. Il faut promouvoir d’un même mouvement des changements dans la sphère politique. Une réforme de la loi électorale sur le financement des campagnes par exemple.

D’autres choses cependant me remplissent déjà d’espoir. Il y a eu des mouvements de citoyens qui ont réussi à surmonter ces terribles handicaps. Il y a eu des hausses du salaire minimum dans certaines grandes villes comme New – York, Los Angeles ou Seatle en dépit de l’influence des banques qui y étaient totalement opposées. Et à New-York, où se trouve le cœur financier du pays, on a même pu même élire un maire, Bill De Blazio qui a mené campagne contre les inégalités. .

Précisément en termes d’espoirs concrets, comment analysez vous le phénomène Bernie Sanders, le candidat à la primaire démocrate qui se réclame du socialisme ?

Joseph Stiglitz. L’aspect positif du débat aux Etats-Unis c’est que dans les deux partis il y a une reconnaissance du problème des inégalités. Et au sein du parti démocrate tous les candidats sont en faveur de réformes pour réduire les inégalités et mettre une muselière aux banques. Il y a ici et là des différences sur ce qu’il faudrait privilégier, s’il faut mettre davantage l’accent sur l’éducation ou sur autre chose mais il n’y a aucun désaccord entre les candidats sur cette philosophie contre les règles actuelles du capitalisme. Par exemple Hillary Clinton veut responsabiliser les entreprises sur leurs résultats à long terme. Il y a sur ce point unanimité en faveur des solutions progressistes. C’est sans doute aussi un reflet de la désillusion par rapport à la politique menée par Barack Obama et la montée de la conscience des dégâts occasionnés par les inégalités.

Quant à Bernie Sanders, c’est celui qui milite sur ces questions depuis le plus longtemps. J’ai travaillé à plusieurs reprises avec lui notamment sur les questions de la couverture santé. Ce qui est intéressant c’est qu’aujourd’hui il n’est plus isolé. Il est écouté dans le pays.  

Il ne faut pas se cacher cependant que si la grande fracture a produit cette intéressante évolution au sein du parti démocrate elle génère aussi une réaction totalement opposée, ultra-conservatrice dans le parti républicain.

lire la suite

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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