Mardi 22 juillet 2014 2 22 /07 /Juil /2014 19:53

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

En vidéo 22/07/2014 à 11h58

Retrouvez « Juifs et musulmans - si loin, si proches » en accès gratuit

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

 

 

 

En ces jours de grande confusion, nous avons eu envie de vous permettre de vous (re)plonger dans « Juifs et musulmans - si loin, si proches », une remarquable série documentaire diffusée en octobre dernier sur Arte.

Pendant 48 heures, vous pouvez accéder gratuitement aux épisodes 1 (« Les Origines ») et 3 (« La Séparation »).

Histoire de ne pas laisser quelques décennies de conflit occulter dans les mémoires treize siècles pendant lesquels juifs et musulmans ont vécu une histoire commune, parfois dans l’harmonie, le plus souvent dans la paix.

 

 

 

 

 

Dans les commentaires, ensuite, vous pourrez partager vos découvertes et vos étonnements. Bon visionnage !

Infos pratiques
« Juifs et musulmans : si loin, si proches » (4x52’)
Une série documentaire réalisée par Karim Miské

Série écrite par Karim Miské, Emmanuel Blanchard et Nathalie Mars. Direction éditoriale : Sylvie Jézéquel. Réalisateur de l'animation : Jean-Jacques Prunès. Une coproduction Compagnie des phares et balises - Arte France © ARTE France – France Télévisions – Compagnie des phares et balises – Vivement lundi  ! – 2013

Coffret DVD disponible à la vente

Episodes 2 & 4 disponibles en VOD sur Arte +7

 

Aller plus loin

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 


 

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Mardi 22 juillet 2014 2 22 /07 /Juil /2014 19:25

 

Source : www.mediapart.fr

 

Les socialistes préparent l’omerta sur la vie des affaires

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

Le groupe socialiste a déposé le 16 juillet sur le bureau de l'Assemblée une proposition de loi instaurant un délit de violation du secret des affaires. Même si ses concepteurs le démentent, cette réforme constituerait une menace sur le droit à l'information et les lanceurs d'alerte.

C’est une proposition de loi liberticide que les députés du groupe socialiste ont déposée le 16 juillet 2014, sur le bureau de l’Assemblée nationale : sous le prétexte de lutter conte l’espionnage dont les entreprises peuvent être victimes et de défendre leurs intérêts économiques, le texte, qui est une variante de la réforme envisagée par la droite sous Nicolas Sarkozy, constituerait, s’il était adopté – et même si ses auteurs s’en défendent –, une grave menace pour la liberté de la presse, et pour les lanceurs d’alerte ayant connaissance de dérives au sein d’un établissement industriel ou d’un groupe financier. Alors que dans le monde entier, de nombreuses grandes démocraties entérinent des législations progressistes pour accroître la transparence sur les questions d’intérêt public, la France avance, elle, à reculons, et protège le vieux capitalisme opaque qui est, de longue date, l’un de ses signes distinctifs.

Cet inquiétant projet visant à organiser l’omerta sur la vie des affaires n’est, certes, pas récent. Voilà des lustres que le patronat et les milieux financiers parisiens en rêvent. Faute d’obtenir la dépénalisation de la vie des affaires qu’ils ont longtemps espérée, ils ont fait de cette réforme visant à instaurer un délit de violation du secret des affaires l’un de leurs chevaux de bataille. Et sous le quinquennat précédent, celui de Nicolas Sarkozy, la croisade a bien failli aboutir. Comme l’a fréquemment chroniqué Mediapart (lire en particulier Une proposition de loi pour organiser l’omerta sur l’économie), un élu de l’UMP, Bernard Carayon, s’est longtemps fait remarquer en bataillant pour obtenir une telle loi sur le secret des affaires. Après avoir écrit un rapport en 2003 (on peut le télécharger ici), à la demande du premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, il a souvent mené campagne pour l’adoption de dispositions liberticides, protégeant les entreprises de la curiosité légitime des citoyens et donc des journalistes.

Et il a été à deux doigts d’y parvenir. Le 23 janvier 2012, l’Assemblée nationale a en effet voté, avec les seules voix des députés de l’UMP, une proposition de loi dont il avait pris l’initiative, avec le soutien du ministre de l’industrie de l’époque, Éric Besson, et qui avait pour objet d’instaurer un nouveau délit, celui de violation du secret des affaires. Rendant compte de cette délibération des députés (lire L’Assemblée nationale vote l’omerta sur les entreprises), ma consœur de Mediapart en pointait tous les dangers. Elle signalait d’abord que la notion même de secret des affaires, telle qu’elle était définie dans la proposition de loi, était dangereusement extensive.

Ce secret des affaires était en effet ainsi défini : « Constituent des informations protégées relevant du secret des affaires d’une entreprise, quel que soit leur support, les procédés, objets, documents, données ou fichiers, de nature commerciale, industrielle, financière, scientifique, technique ou stratégique, ne présentant pas un caractère public, dont la divulgation non autorisée serait de nature à compromettre gravement les intérêts de cette entreprise en portant atteinte à son potentiel scientifique et technique, à ses positions stratégiques, à ses intérêts commerciaux ou financiers ou à sa capacité concurrentielle, et qui ont, en conséquence, fait l’objet de mesures de protection spécifiques destinées à informer de leur caractère confidentiel et à garantir celui-ci. »

Pour mémoire, cette proposition de loi de Bernard Carayon peut être téléchargée ici ou consultée ci-dessous :

Du même coup, c’est le droit à l’information des citoyens qui s’en trouvait menacé. Et ma consœur le montrait également, en s’interrogeant sur les enquêtes que Mediapart n’aurait pas pu publier dans le passé, sans enfreindre la loi, si une telle législation répressive avait à l’époque existé. Au diable l’enquête sur le scandale Adidas-Crédit lyonnais ! À la poubelle, les enquêtes sur les ramifications luxembourgeoises du groupe Bolloré ! À la poubelle aussi, nos enquêtes sur toutes les dérives de ce qu’il est convenu d’appeler le « private equity », c’est-à-dire le secteur particulièrement opaque des fonds d’investissement qui spéculent sur le dos des PME non cotées ! Et à cette liste d’entreprises dont il serait devenu défendu de parler, il aurait fallu bien d’autres noms : Elf, Vivendi, BNP Paribas… Au diable, en somme, l’investigation économique indépendante qui, en France, n’est pourtant guère florissante…

Les journalistes sommés d'être « de bons patriotes »

Les sanctions prévues par cette proposition de loi étaient en effet très lourdes. « Le fait de révéler à une personne non autorisée à en avoir connaissance, sans autorisation de l’entreprise (…) une information protégée relevant du secret des affaires (...) est puni d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende », prévoyait le texte. Et Bernard Carayon ne manquait jamais une occasion de rappeler que les journalistes devraient bientôt se dispenser d’être trop curieux.  Dans un entretien au Nouvel Observateur, il faisait en effet valoir que « les professionnels de l'information [seraient] appelés à être aussi de bons patriotes »

Mais pendant un temps, on a pu penser que les choses allaient en rester là. Pour le plus grand déplaisir de ces milieux d’affaires, mais pour la plus grande satisfaction des citoyens attachés à l’indispensable transparence sur les sujets d’intérêt public. L’élection présidentielle a, en effet, monopolisé toutes les attentions. Et le débat parlementaire autour de cette sulfureuse proposition n’a pas dépassé l’examen du texte en première lecture devant l’Assemblée.

Résultat : après l’élection présidentielle et l’accession de François Hollande à l’Assemblée, la réforme a paru définitivement enterrée. Cela semblait d’autant plus probable que, dans les mois précédent le scrutin, la proposition de Bernard Carayon avait déchaîné une vive polémique. Tous les syndicats de journalistes l’avaient dénoncé. Même l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), qui n’est pourtant pas réputée pour être rebelle, avait dit son indignation par la bouche de son président, Serge Marti : « Il est à craindre que quelques scandales récents (Mediator, implants mammaires…) n'auraient pas éclaté avec une telle loi », s’était-il à juste titre insurgé.

Mais voilà ! En ce domaine comme en tant d’autres, il n’a pas fallu attendre beaucoup pour que les dirigeants socialistes tournent casaque. Dans le cas présent, c’est l’éphémère ministre des finances, Pierre Moscovici, qui s’est surtout distingué à Bercy pour son empressement à devancer les moindres désirs des milieux patronaux, qui a tombé le masque le premier. Dès le 1er octobre 2012, il a ainsi organisé au ministère des finances une première réunion interministérielle pour examiner la possibilité d’exhumer cette réforme en faveur du secret des affaires (Lire Moscovici exhume le secret des entreprises).

Pendant quelques temps, on a pu, cependant, rester incrédule, pensant que Pierre Moscovici conduisait de dérisoires intrigues pour essayer de séduire les milieux d’affaires mais que cela ne préjugeait en rien des intentions réelles du gouvernement.

Et pourtant si, tout est là ! Car depuis plusieurs mois, les choses se sont soudainement accélérées. Et les menaces sur le droit à l’information des citoyens se sont renforcées.

D’abord, une très inquiétante jurisprudence a commencé à s’installer, venant consolider ce secret des affaires, avant même qu’il n’ait force de loi. Dans le courant du mois de mars 2014, le site marseillais d’information Tourmag (adhérent, comme Mediapart, du Spiil, le Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne) a ainsi été condamné par la Cour de cassation, pour avoir brisé le secret des affaires et révélé un plan social qui concernait 484 personnes et que comptait mettre en œuvre le tour opérateur TUI (groupe Nouvelles frontières). On peut se reporter aux informations sur ce sujet de nos confrères de Marsactu, également implanté à Marseille.

A l’époque, le Spiil avait très vivement réagi, dans un communiqué (que l’on peut consulter ici): « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression et de l’information, garantie par la loi sur la presse de 1881, est mise en danger par des décisions de justice au plus haut niveau, celui de la Cour de cassation. Les incursions de droits spéciaux — protection de la vie privée, responsabilité civile (article 1382 du Code civil), par exemple — dans le droit de la presse se font de plus en plus fréquentes. Ce mouvement s’accélère. Ces derniers jours, Atlantico (écoutes Sarkozy) et Mediapart (affaire Bettencourt) ont été sanctionnés sur le fondement de la protection de la vie privée. Mais aussi il prend de l’ampleur. TourMaG, site de presse spécialisé dans l’actualité économique du secteur du tourisme, vient d’être condamné pour avoir publié des informations économiques et sociales incontestées concernant TUI, un opérateur économique majeur de ce secteur. Pour la première chambre civile de la Cour de cassation, il s’agirait d’une violation du Code du Travail et de la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Demain, quel autre droit spécial viendra ainsi fragiliser l’autonomie du droit de l’information ? »

Et puis au même moment, les partisans d’une réforme instaurant une chape de plomb sur les entreprises, pour les mettre à l’abri de toute curiosité, sont repartis à la charge. D’abord, comme Mediapart s’en est fait l’écho (Lire Secret des affaires : un projet de directive organisera l’omerta), la Commission européenne a mis au point dès le moins de novembre 2013 une proposition de directive européenne en ce sens.

Pour mémoire, voici ce projet de directive. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous :

De fausses garanties pour la presse

Et puis, sans attendre que cette directive aboutisse, un groupe de travail informel s’est constitué peu après, autour de Jean-Jacques Urvoas, président socialiste de la commission des lois à l’Assemblée nationale, pour élaborer une nouvelle proposition de loi, transposant sans attendre le futur texte européen.

C’est donc ce groupe de travail qui a fini par accoucher de la nouvelle proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée

Cette proposition de loi, on peut la télécharger ici ou la consulter ci-dessous :

Preuve que ce n’est pas une initiative solitaire, elle porte la signature de son principal concepteur, Jean-Jacques Urvoas mais aussi celle de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, ou encore de Pierre Moscivici. Traduisons : le danger d’une nouvelle loi liberticide s’est brutalement rapproché.

Dans l’exposé des motifs, les signataires s’appliquent certes à rassurer et prétendent que le secret des affaires sera juste une protection pour sauvegarder les intérêts économiques ou technologiques des entreprises, mais ne pèsera pas sur le droit à l’information des citoyens. Ils soulignent que le secret des affaires ne sera pas opposable «  à toute personne dénonçant une infraction, à l’image des journalistes ou des lanceurs d’alerte ». « Avec ces nouvelles dispositions législatives, la dénonciation de violation de la loi demeurerait possible et rien ne s’opposerait au dévoilement d’un scandale tel que celui du Mediator, les médias ne risqueraient aucune condamnation. Comme l’a parfaitement établi la Cour européenne des droits de l’Homme, la presse joue un rôle fondamental dans notre vie démocratique, ce texte n’y changera rien », explique l’exposé des motifs.

Mais on comprend sans peine que cette garantie n’en est pas une, pour de très nombreuses raisons.

D’abord, pour les journalistes qui conduisent des investigations économiques, la recherche d’informations ne se limite évidemment pas à celles qui ont trait à des infractions pénales. Il y a ainsi beaucoup d’informations qui sont à l’évidence d’intérêt public tout en portant sur des faits qui ne sont entachés d'aucune illégalité mais que la direction d’une entreprise souhaite cachée. Comme dans l’affaire Tourmag, la préparation d’un plan social entre précisément dans ce cas de figure : les journalistes pourraient-ils donc être poursuivis pour violation du secret des affaires s’ils révèlent une information de cette nature ? Même interrogation : la presse pourrait-elle toujours dévoiler les généreux plans de stock-options ou autres golden parachute que les figures connues du CAC 40 s’octroient périodiquement et qui choquent à bon droit l’opinion ? Si certaines de ces rémunérations font l’objet d’obligations légales de transparence, ce n’est pas le cas pour toutes…

En clair, une loi instaurant un secret des affaires aurait pour effet d’installer progressivement une jurisprudence interdisant, de facto, à la presse de faire son office.

Et pour les lanceurs d’alertes, l’effet serait tout aussi dissuasif. Car pour beaucoup d’entre eux, qui alertent la presse, ils n’ont pas toujours connaissance du caractère délictueux des faits qu’ils veulent dénoncer. Ou alors, ils n’ont connaissance que d’une partie de ces faits, sans savoir précisément l’incrimination pénale dont ces faits pourraient faire l’objet. Avec une loi sur le secret des affaires, ils seraient donc vivement conviés, par prudence, à se taire.

La loi risquerait de jouer un rôle d’inhibition d’autant plus fort que la proposition socialiste prévoit aussi des sanction très lourdes, en cas d’infraction. « Le fait pour quiconque de prendre connaissance ou de révéler sans autorisation, ou de détourner toute information protégée au titre du secret des affaires au sens de l’article L. 151-1 du code de commerce, est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. La peine est portée à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende lorsque l’infraction est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts économiques essentiels de la France », édicte-t-elle.

De surcroît, les contrevenants pourraient être passibles de « l’interdiction des droits civiques, civils et de famille », de « l’interdiction, suivant les modalités prévues par l’article 131-27 du code pénal, soit d’exercer une fonction publique ou d’exercer l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de laquelle l’infraction a été commise, soit d’exercer une profession commerciale ou industrielle, de diriger, d’administrer, de gérer ou de contrôler à un titre quelconque, directement ou indirectement, pour son propre compte ou pour le compte d’autrui, une entreprise commerciale ou industrielle ou une société commerciale. »

Tollé parmi les syndicats de journalistes

Avec un tel arsenal répressif, on comprend qu’un potentiel lanceur d’alertes y regarderait à deux fois avant de jouer son rôle citoyen. La décision du groupe socialiste de reprendre à son compte la proposition de loi que le Medef avait dictée à l’UMP, à quelques petites variantes qui ne changent pas grand-chose, est donc d’autant plus stupéfiante que dans le même temps, la grande loi promise par François Hollande pendant sa campagne présidentielle sur le secret des sources des journalistes – et offrant un statut protecteur aux lanceurs d’alertes – est sans cesse différée (Lire La loi sur le secret des sources des journalistes est de nouveau reportée). Alors que le projet de loi devait être examiné le 16 janvier, le débat a été repoussé au 14 mai avant d’être de nouveau différé sine die.

Dès le premier report, en janvier, les syndicats de journalistes avaient fait part de leurs très vives inquiétudes. Le SNJ s’était dit « surpris et choqué » (on peut lire son communiqué ici). De son côté, le SNJ-CGT avait interpellé « le gouvernement pour connaître les raisons inavouées (inavouables ?) à ce jour, de cette décision aussi soudaine qu’intolérable et qui constitue un très grave retour en arrière malgré les engagements au plus haut sommet de l’État ».

Quelles raisons inavouables ? Sans doute sont-elles aujourd’hui un peu plus transparentes : contre le droit à l’information des citoyens, les dirigeants socialistes semblent privilégier l’omerta souvent défendue par les entreprises. Et ce choix est d’autant plus préoccupant que le capitalisme français est, parmi les grandes démocraties, l’un des plus opaques; et le journalisme d’investigation sur les entreprises est sans doute, en France, l’une des formes de journalisme parmi les plus sous-développées.

Que l’on veuille bien examiner en effet les règles de fonctionnements du capitalisme français. Il a importé du modèle anglo-saxon tout ce qui a trait à l’enrichissements des mandataires sociaux (stock-options…) et les principales règles de gouvernance, et surtout celles du profit pour l’actionnaire (« share holder value ») Toutes les règles… mais pas celles de la transparence, auxquelles les marchés financiers accordent beaucoup d'importance. Sur ce plan, les milieux d’affaires parisiens ont gardé les règles d’opacité qui étaient la marque du vieux capitalisme français, truffé de passe-droits et de conflits d’intérêts. Le secret des affaires, s’il devait être instauré, viendrait donc conforter ces mauvais penchants.

Et dans cette culture française assez peu démocratique, celle de la monarchie républicaine, la presse a souvent été placée dans une situation de dépendance, croquée qu’elle a été, titre après titre, par les grands oligarques du système parisien. Et le résultat est celui que l’on sait : alors qu’il existe une forte tradition de journalisme d’investigation économique dans la plupart des grands pays anglo-saxons, la France ne peut pas en dire autant. L’enquête en économie est peu fréquente ; et les journaux économiques se limitent, le plus souvent, a être une presse de « services » et très peu – ou pas du tout – d’investigation.

Le résultat,  c’est qu’il est difficile de pratiquer l’investigation. Et que l’on s’y expose souvent à de très fortes rétorsions. Si peux m’autoriser à citer ma propre expérience, voici ce dont je peux moi-même témoigner : pour avoir conduit une longue et difficile enquête prémonitoire sur les Caisses d’épargne, j’ai été mis en examen douze fois en 2009 (comme Edwy Plenel en sa qualité de directeur de la publication), avant de gagner cette confrontation judiciaire et de faire condamner la banque pour poursuites abusives. Si une loi sur le secret des affaires avait alors existé, sans doute aurais-je été à l’époque condamné à ce titre, car j’avais révélé de nombreux faits sur la banque, qui n’étaient pas illégaux, mais qui ont conduit à la crise gravissime de la banque.

Et cette « judiciarisation » du travail journalistique est constante. Pour ne parler que de la période récente, j’ai encore fait l’objet voici quelques semaines de deux plaintes en diffamation, initiée par la Société nationale immobilière (SNI – filiale de la Caisse des dépôts), et par son président André Yché, visant pas moins de six articles apportant de nombreuses révélations sur les dérives du premier bailleur social français. Dans le contexte présent, je sais que Mediapart et moi-même pourrons lors du procès apporter les preuves nombreuses du sérieux de nos enquêtes en même temps de leur bonne foi. Mais avec une loi sur le secret des affaires, nous irions tout droit vers une condamnation, aussi séreuse que soient nos enquêtes.

Voici l’effet pernicieux auquel cette loi pourrait conduire, si un jour elle devait être adoptée : elle renforcerait encore davantage l’opacité du capitalisme français et l’anémie de la presse économique. De tous les grands pays, la France est déjà celui qui avait déjà la conception la plus extensive du « secret défense », auquel se heurte périodiquement la justice, quand elle cherche à faire le jour sur des contrats de corruption ; elle va maintenant avancer en éclaireur pour organiser le secret des affaires. C’est, en somme, une proposition de loi très dangereuse pour les libertés publiques et le droit de savoir des citoyens, qui est pourtant un droit fondamental, garanti par la Déclaration des droits de l’homme.

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 


 

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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:58

 

Source :  www.mediapart.fr

 

 

Comment Jaurès fut assassiné par deux fois (1/3)

|  Par Antoine Perraud

 

 

 

Raoul Villain tue Jean Jaurès le 31 juillet 1914. Il est jugé du 24 au 29 mars 1919, devant la cour d'assises de la Seine. L'acquittement du meurtrier, incompréhensible pour les socialistes déboussolés, était hélas dans l'ordre des choses. Retour sur une époque, un procès et un espace politique : celui que doit savoir occuper une gauche adepte des audaces jaurésiennes…

Imaginons, à l’automne 1904, un journal libre et socialiste né au printemps précédent : L’Humanité. Directeur politique : Jean Jaurès. Hautes convictions, dans le style grandes orgues. Avec, toutefois, une liberté de ton et de plume alliant combat et gaieté. Cent dix ans plus tard, saute aux yeux ce plaisir d’informer ou de commenter.

Le 28 novembre 1904, en page 3 du quotidien (qui en compte quatre), figure un mince entrefilet gros de soucis. Sous le titre « La bataille des Pyramides », on y moque une manifestation parisienne en faveur de Jeanne d’Arc, menée par des « potaches congréganistes ». L’attroupement ridicule a reçu le soutien, non moins ridicule, de François Coppée – désigné comme « le poète du Petit Épicier ». Un paragraphe résume la gouaille de l'articulet :

« Dans les Tuileries se sont formés quelques groupes amusants. Chacun d’eux constitue un petit cercle où les disputes théologiques alternent avec les discussions historiques. Un orateur démontre gravement l’existence de Dieu à un ouvrier qui lui rit au nez. Un curé de haute taille et au verbe éclatant entreprend de prouver que Jeanne d’Arc appartient à l’Église ; son adversaire l’invite poliment à ne pas oublier d’aller aux vêpres. On s’invective assez gaiement, en somme, et sans montrer le poing. »

L’entrefilet se conclut ainsi : « Un groupe de petits congréganistes s’éloigne. Une voix de soprano affirme : “C’était trop mal organisé.” Ce sera la moralité de cette grande journée, en attendant l’inévitable télégramme de Déroulède. »


Paul Déroulède (1846-1914) lors d'un de ses derniers brames, en l'honneur de Jeanne d'Arc (mai 2013)... 
Paul Déroulède (1846-1914) lors d'un de ses derniers brames, en l'honneur de Jeanne d'Arc (mai 2013)...

Paul Déroulède est l’auteur du Clairon – un poème devenu chanson de la revanche sur l’humiliation de 1870 : le fond (va-t-en-guerre) comme la forme (pompeuse), en font une sorte d’anti-Dormeur du val de Rimbaud. Sacré Déroulède ! Gonflé de ganacherie agressive, il a tenté de faire marcher la troupe sur l’Élysée en 1899, après la fin érotico-macabre du président Félix Faure. La République finit par bannir ce boutefeu, toujours en avance d’un coup d’État manqué mais lassant. C’est donc de son exil, en Espagne, qu’il adresse à Jean Jaurès, au siège de L’Humanité à Paris, le télégramme suivant :

« Je tiens Jeanne d’Arc pour la plus sublime héroïne de notre héroïque histoire, François Coppée et ses jeunes protestataires pour des patriotes d’autant plus nécessaires à la patrie que vos disciples et vous lui êtes funestes. Et je vous tiens, M. Jaurès, pour le plus odieux pervertisseur de consciences qui ait jamais fait en France le jeu de l’étranger, sans avoir su même par-là vous concilier ni l’estime ni la sympathie de ses frères allemands en faveur desquels vous vous évertuez à nous faire renier nos frères de l’Alsace et de la Lorraine. »


Caricature d'époque : « Les deux extrêmes se touchent sans se toucher. » 
Caricature d'époque : « Les deux extrêmes se touchent sans se toucher. »

Cette phrase filandreuse pique Jaurès au-delà du raisonnable. Il avait essuyé tant d’insultes sans broncher ! Le voici soudain outragé. Au point de se ranger à un rituel archaïque, conformiste, individualiste ; bourgeois pour tout dire et donc honni des socialistes. Il provoque Paul Déroulède en duel. Il se justifie auprès de Jules Renard, qui note le propos dans son Journal : « Je reçois des lettres d’ordures. Je sens grimper les limaces. Je me sens couvert de crachats. Je veux arrêter cela par un geste ridicule mais nécessaire. »

À Hendaye, en décembre 1904, les duellistes manquent chacun leur tir. Le tribun du mouvement ouvrier avait confié à un camarade : « Le pistolet décidera. Ce n’est pas comme l’épée. Voilà bien une arme digne du peuple et même des socialistes. Le coup part et tout est dit, c’est franc, c’est net. »

Dix ans plus tard, Jaurès publie un éditorial titré « sang-froid nécessaire », puis tombe sous les balles d'un minus habens, Raoul Villain, qui s’était juré d’abattre le pacifisme « à coups de rigolo ». C’était donc le 31 juillet 1914. Six mois auparavant, le 31 janvier 1914, mourait Paul Déroulède, auteur d'un syllogisme nationaliste appelé à hanter l'extrême droite française d'âge en âge : « Celui qui n'aime pas sa mère plus que les autres mères et sa patrie plus que les autres patries, n'aime ni sa mère ni sa patrie. »


Jean Jaurès, né en 1859, a 55 ans en 1914 
Jean Jaurès, né en 1859, a 55 ans en 1914

Dans L’Humanité du 4 février 1914, Jean Jaurès évoque avec des phrases visionnaires les illusions du trépassé, qui pensait qu’une fois récupérés les champs, les bois et les prés d’Alsace-Lorraine après une petite guerre de revanche contre le IIe Reich, la France et l’Allemagne seraient quittes : « Il s’imagine enfantinement qu’on pourrait enfermer dans son cadre de revanche le mouvement formidable des forces déchaînées. Est-il sûr pourtant que la France victorieuse saurait résister à l’ivresse de la victoire ? Est-il sûr que le monstrueux combat ne laisserait pas dans les cœurs l’implacable ferment de guerres nouvelles ? Il avait oublié le mot de Shakespeare : “On ne rappelle pas Léviathan au rivage”, et quand le monstre s’est une fois lancé dans la mer, on n’arrête pas le bouleversement infini des vagues. »

À titre de comparaison, la veille, lors des obsèques de Paul Déroulède, l'écrivain et député Maurice Barrès, après avoir déposé une gerbe au pied de la statue de Strasbourg place de la Concorde, avait exalté devant l’église Saint-Augustin l’esprit de revanche qui s'émoussait, hélas !, à ses yeux sourcilleux : « Et déjà l’on voyait poindre chez quelques-uns la doctrine dont nous pourrions périr, la thèse du renoncement, le thème de la France se désarmant pour attendrir le monde en acceptant de disparaître pour donner aux nations un exemple inouï de pacifisme. »


Maurice Barrès aux obsèques de Paul Déroulède, le 3 février 1914 
Maurice Barrès aux obsèques de Paul Déroulède, le 3 février 1914

Barrès visait Jaurès. Celui-ci avait remis à sa place, bilieuse et belliqueuse, l’écrivain racorni à l’ombre de son « Culte du Moi ». C’était à la Chambre, le 4 juin 1908, à propos de la panthéonisation d’Émile Zola. Barrès s’y opposait de toute son âpre mauvaise foi : « Il faut faire attention que vous semblez, en glorifiant Zola, dire publiquement et très haut : “Gloire à Zola ! nous reconnaissons nos électeurs dans la série de ses canailles.” » Bouillonnant et bienfaisant, Jaurès avait tonné : « La gloire de Zola, son honneur, c’est de n’avoir pas conçu l’art à la façon de M. Barrès, comme une sorte d’étang mélancolique et trouble, mais comme un grand fleuve qui emporte avec lui tous les mélanges de la vie, toutes les audaces de la réalité. »

En 1908 comme en 1914, se soldent les comptes et mécomptes de l’affaire Dreyfus. À tombeaux ouverts. La Faucheuse accélère en effet la cadence, en ce premier mois de l’année qui verra le carnage mondial éclater. Dans L’Humanité du 23 janvier 1914 – qui publie alors en feuilleton Germinal de Zola… –, on apprend, au détour d’une page, qu’est enterré le lendemain le général Picquart. Oui, le lieutenant-colonel de l’Affaire, celui qui avait été chassé de l’armée pour avoir découvert, en refusant de se taire ensuite, que le principal élément à charge ayant servi à condamner le capitaine Dreyfus était un faux. Picquart qui avait déclaré, lors du procès Zola : « J’ai cru qu’il y avait une meilleure manière de défendre une cause que de se renfermer dans une foi aveugle. » Picquart ensuite réintégré, puis nommé ministre de la guerre par Georges Clemenceau devenu président du conseil en 1906. Picquart, à propos duquel L’Humanité précise : « Conformément à la volonté du défunt, aucun discours ne sera prononcé. »


Georges Picquart (1854-1914), à la barre, en 1898 : on reconnaît, à gauche, Émile Zola 
Georges Picquart (1854-1914), à la barre, en 1898 : on reconnaît, à gauche, Émile Zola

La une entière du « journal socialiste quotidien » est consacrée, ce jour-là, aux allocutions prononcées la veille, à l’enterrement d’un autre dreyfusard, Francis de Pressensé, président de la Ligue des droits de l’Homme. L’éloge de Jean Jaurès, que reproduit L’Humanité, constitue un modèle du genre. C’est sans doute l’un des plus beaux discours du philosophe entré en politique, auquel il reste six mois, une semaine et deux jours à vivre.

« Qu'allez-vous faire de vos cerveaux ? »

Il y a une exhortation à la jeunesse, qui tient toujours, cent ans après : « Je ne demande pas aux jeunes gens de venir à nous par mode. Ceux que la mode nous a donnés, la mode nous les a repris. Qu’elle les garde. Ils vieilliront avec elle. Mais je le demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : qu’allez-vous faire de vos vingt ans ? Qu’allez-vous faire de vos cœurs ? Qu’allez-vous faire de vos cerveaux ? »

Il y a ce pari pascalien dans l’ordre du politique, pierre angulaire du refus jaurésien de la guerre, à propos de l’Alsace-Lorraine qui, selon lui, « inocule à l’Allemagne militariste, féodale et impériale une parcelle du génie révolutionnaire de la France ». Les nationalistes effrénés, nous le verrons, ne pardonnent pas au leader socialiste de vouloir les priver d’une guerre de revanche, au prétexte que l’évolution démocratique pourrait aboutir sans coup férir au même résultat : le retour des deux provinces dans le giron français, mais à la faveur d’une Europe devenue respectueuse de la volonté des peuples.

L'orateur allait mourir de la haine qu’il suscitait chez les jusqu’au-boutistes enragés. Le pressentait-il à l’enterrement de Pressensé ? Son hommage au défunt a valeur d’autoportrait. Et cet autoportrait annonce la propre nécrologie du normalien Jaurès : « Ce qu’il avait accumulé silencieusement dans son cabinet de travail, ce qu’il avait pris parcelle à parcelle à tous les trésors du passé, classé ou entassé sur les rayons de sa bibliothèque, il ne le stérilisait pas en lui. Il n’en faisait pas, comme certains de nos réacteurs dilettantes d’aujourd’hui, une force de dédain et d’isolement. Mais il disait : de cette culture humaine qui passe en moi et que je me suis assimilée, je veux faire bénéficier l’humanité par la lutte pour la vérité et pour la justice. Et il pouvait répéter ce mot admirable d’un de ces poètes grecs qu’il aimait, du grand Eschyle : “Je ne veux pas être une cime à la pensée solitaire.” Il voulait garder toute la hauteur de sa science et de son esprit, non pas pour s’immobiliser là-haut dans une contemplation extatique et inerte, mais pour projeter au loin toutes les lumières qui aideraient dans son chemin et son combat le prolétariat avec lequel il s’était mêlé. »

 

 


 

1972 : H. Guillemin, auteur de “L'arrière-pensée de Jaurès” (1966), évoque le penseur socialiste à la télévision suisse romande

Il y a aussi, dans l'hommage que rend Jean Jaurès à Francis de Pressensé le 22 janvier 1914, l'hymne à la SFIO, ce parti du mouvement, fédéré pour rallier un avenir meilleur. Et ce en dépit des opportunistes, voire des traîtres rencontrés en chemin ; ou de tous ces opposants crispés sur un passé nostalgique qu'ils se sont mis en tête de conserver. Le dirigeant socialiste ne doute pas de la force de l'instrument de rassemblement qu'il a créé. Il magnifie, au côté du cadavre de l'ami, la vitalité du parti socialiste : « Se sépare de lui tout ce qui est mort et tout ce qui est vide, toutes les forces vaines. Celles-ci vont sur un autre versant, vers la mer morte des préjugés bourgeois. Mais toutes les cimes tournées vers le soleil qui se lève, par des pentes accidentées, envoient toutes vers le fleuve du socialisme leurs vives eaux et leur force d'action et d'espérance. »

Tuer Jaurès, c’était anéantir l’action et l’espérance. C’était rendre inerte une dynamique. C'était détruire un principe actif, de façon que le marasme succédât aux sensations, aux aspirations, aux entraînements. L’assassin de rencontre, Raoul Villain, qui n’avait pas trente ans (il était né en 1885), travaillait sans le savoir pour les vieux bonzes patriarcaux de la patrie. Ceux-ci avaient pris, en France, la funeste habitude d’envoyer au casse-pipe, tous les trente ans, la génération suivante. Vaste cruauté anthropologique, de plus en plus massive dans ses ravages, à laquelle Jean Jaurès tentait de s’opposer ! Il incarnait la vie, les mues, le renouvellement, contre les confinements sépulcraux et les tétanies mortifères des partisans d’une extinction de l’intelligence au nom de leur prétendue régénération de la race…

 

Monument de propagande, connu sous le nom de “tranchée des baïonnettes”, à Verdun 
Monument de propagande, connu sous le nom de “tranchée des baïonnettes”, à Verdun

Pour comprendre ce qui s’est joué avec le meurtre de Jaurès, il ne faut pas étudier comment il fut commis : il faut examiner comment il fut justifié, cinq ans plus tard, lors du procès d’un criminel esseulé, une fois le conflit mondial achevé, en mars 1919.

Les journaux d’alors soufflent le chaud : « Vers le retour à la vie normale. Le lait et le beurre détaxés. La pâtisserie et le chocolat libérés. » Les journaux de ce mois de mars 1919 soufflent aussi le froid, tant, après la semaine sanglante de Berlin, l’effondrement de l’empire des Habsbourg et la République de Béla Kun à Budapest inquiètent les plumes au service des possédants : « On confisque en Hongrie. »


 

Au quotidien monarchiste L’Action française, le maître à penser du cru, Charles Maurras, est occupé à vaticiner sur un autre disparu du début de 1914, juste avant la boucherie. Son grand mort à lui, qu’il célèbre alors que commence le procès Villain – que L’Action française appelle bien entendu « le procès Jaurès » –, c’est Frédéric Mistral, le “Félibre” prix Nobel de littérature en 1904. Charles Maurras a toujours mêlé l’abjection politique à un côté sous-préfet aux champs dans le domaine littéraire : le 6 février 1934, au plus fort de l’émeute des ligues parisiennes dont il ne percevra rien (il est sourd comme un pot), Maurras composera des poèmes en provençal pendant que ses Camelots du roi éventreront les chevaux de la garde républicaine…

En mars 1919, c’est Maurice Pujo qui mène la charge dans L’Action française. Il peste contre la dialectique de Jaurès, qu’a eu le toupet de rappeler Jean Longuet (1876-1938), petit-fils de Karl Marx – et donc régulièrement traité de « quart-de-Boche » par le poète Maurras. Jean Longuet a cité, devant la cour d'assises de la Seine, la fameuse maxime jaurésienne : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » De surcroît, le commandant Gérard a proféré à la barre de quoi hérisser tous les nationalistes intégraux de France et de Navarre. Ce galonné intelligent, proche de Jaurès qui lui avait dédié son livre sur lequel nous reviendrons, L’Armée nouvelle (1911), déclare tout bonnement, au sujet de l’homme abattu le 31 juillet 1914 : « Il adorait sa patrie mais il adorait aussi la patrie des autres. »


 

Rage de Maurice Pujo : « Ces témoins parlent la langue de Jaurès : ils restent dans le principe du Boche Hegel qui fut son maître en philosophie : le principe de l’identité des contraires. Avec ces belles théories, du haut de sa synthèse, Jaurès eût continué à recouvrir et à bénir de sa grande voix les manœuvres de l’antipatriotisme et les progrès de l’anarchie. »

Outre la niaiserie vulgaire de Maurice Pujo, au sein du quotidien maurrassien voué aux « quarante rois qui en mille ans firent la France », s'agite la méchanceté sanguine de Léon Daudet (fils d'Alphonse). Cet académicien Goncourt écrit avec des emportements de voyou, propage de fausses nouvelles et calomnie. En un style infect mais cadencé, il traite les uns de « larves », les autres de « vermines », voit le Panthéon en « dépotoir de la IIIe République », traque « l'inverti sexuel » en chaque adversaire et développe ainsi le fond de sa pensée : « La démocratie, c'est la Révolution couchée, qui fait ses besoins dans ses draps. »

1911 : Léon Daudet, qui a dévoilé la relation entre Marie Curie et Paul Langevin, affronte Henry Chervet de “Gil Blas”

En 1917, Léon Daudet avait dénoncé, dans L'Action Française, Louis Malvy, ministre de l'intérieur accusé de trahison et qui passera en Haute Cour de justice ; ou encore l'anarchiste Vigo (père du futur cinéaste), dit Almeyreda (anagramme de y'a la merde), qui sera retrouvé suicidé dans sa cellule de Fresnes où l'avait conduit “le défaitisme” de son journal libertaire, Le Bonnet rouge. Ivre de mouchardage, Léon Daudet, deux ans plus tard et en temps de paix, continue sur sa lancée dans le quotidien royaliste. Il s'en prend au Journal du Peuple, qui vient d'oser affirmer, à peu près seul en France : « Les criminels, fort d'une impunité momentanée, ont bénéficié d'une guerre qui, en durant plus de quatre ans, a saigné le prolétariat et détourné son ressentiment. Et ils ont relevé la tête, ils ont même esquissé une apologie hypocrite de l'assassinat ! »

Caricature de Léon Daudet (1867-1942) 
Caricature de Léon Daudet (1867-1942)

Voici ce qu'écrit, en réaction, Léon Daudet dans L'Action Française du 25 mars 1919 : « Je signale cet article à M. Ignace, chef de la justice militaire, et à M. Lescouvé, procureur général, en les priant de prendre leurs responsabilités. » Léon Daudet livre un nom censé dévoiler l'identité de l'auteur anonyme des lignes incriminées. Il poursuit l'hallali : « Après ce que je viens d'écrire et les détails scrupuleusement exacts que j'ai fournis sur les intentions et la rédaction du Journal du Peuple, ni M. Ignace, ni M. Lescouvé ne peuvent plus dire qu'ils n'ont pas été dûment prévenus. »

Le polémiste malfaisant insiste : « On ne m'a pas écouté pour Le Bonnet rouge, qui a fait au printemps de 1917 les terribles ravages que l'on sait dans le moral des combattants. Ne m'écoutera-t-on pas davantage pour Le Journal du Peuple, qui fomente ouvertement chez nous la guerre civile, à l'occasion du procès Villain ? »

Absence totale de la classe ouvrière

Le piège est là, dans lequel s’engouffre la défense de Jaurès. Le pays veut tourner la page, tout en se persuadant que le grand massacre qui vient de s’achever était le bon. La France souhaite se vautrer dans la victoire. Celle-ci fut obtenue grâce à d’immenses sacrifices, rendus possibles en vertu de l’union nationale, à laquelle se rangèrent tous les compagnons de Jaurès. L’heure est à la crispation patriotarde, à rebours de l’internationalisme extraverti qui animait le penseur socialiste.

La SFIO est tiraillée entre ceux qui assument avoir prêté main forte à la guerre civile européenne déclenchée par les rivalités impérialistes, et ceux qui rejoindront, lors du congrès de Tours en 1920, l’internationalisme dicté par Moscou aux conditions léninistes. Léon Blum rode déjà son rôle de gardien de “la vieille maison”, tandis que Marcel Cachin prend ses aises à L’Humanité. La débâcle socialiste, en cette première année d’après-guerre, va se jouer en deux temps : le procès Villain qui verra l’acquittement de l’assassin en mars, les élections législatives avec le triomphe d’une “chambre bleu horizon” en novembre.

 

Affiche de la SFIO en vue des élections législatives des 16 et 30 novembre 1919 qui verront la victoire du “Bloc national” 
Affiche de la SFIO en vue des élections législatives des 16 et 30 novembre 1919 qui verront la victoire du “Bloc national”

Lors du procès, s’impose une pusillanimité socialiste qui consiste à s’acclimater à l’air du temps, à s’agréger au camp adverse en position de force, dans l’espoir de retourner les choses au profit du progrès. Les mânes de Jaurès vont faire les frais, pendant la dernière semaine du mois de mars 1919, de ce pragmatisme madré destiné à émouvoir les cœurs conservateurs. Nous sommes exactement aux antipodes de “la défense de rupture” propre au mouvement ouvrier – avant d’être récupérée par Jacques Vergès dans les soubresauts de la décolonisation : contester l’ordre public, attaquer le régime accusateur, s’adresser au peuple par dessus la tête des juges et des jurés, défendre une cause plutôt qu’une personne.

Le principal avocat de la famille Jaurès, Joseph Paul-Boncour (1873-1972), incarne la bourgeoisie éclairée, attachée aux fleurs de rhétorique bien davantage qu’à la sociale. Regardez-le, dans la vidéo ci-dessous, à 89 ans, revenir sur sa jeunesse gorgée de Barrès, avec toutes les antiques ficelles d’un art oratoire puisant dans le XIXe siècle…

 

 

 

Joseph Paul-Boncour dans le “Portrait Souvenir” de Maurice Barrès proposé, en 1962, par Roger Stéphane à la télévision française

N’oublions pas le jury, auquel s’adresse Paul-Boncour à coups de sempiternels « Messieurs ». Quatre-vingt-quinze ans plus tard, nous sommes immédiatement choqués par l’absence totale de femmes. Mais en plus d’être exclusivement mâles, ces jurés s’avèrent exclusivement bourgeois et petits bourgeois. Douze hommes en colère contre le socialisme. L’Humanité du 3 avril 1919 fera les comptes : 2 rentiers, 1 propriétaire, 1 vétérinaire, 1 négociant, 2 industriels, 1 patron marbrier, 1 patron imprimeur, 2 représentants de commerce, 1 employé de commerce. Absence totale de la classe ouvrière.

Pour adoucir les préventions des jurés, pour se concilier leur verdict, pour obtenir qu’ils condamnent Raoul Villain, Joseph Paul-Boncour et les témoins appelés à la barre vont ériger le portrait en trompe-l’œil du feu dirigeant socialiste, qui sera ainsi trahi sans le moindre bénéfice judiciaire : son meurtrier se voit acquitté.

 

 

Les socialistes s'abusent quand ils adoptent les dogmes de la classe dominante en espérant être payés de retour. Nous verrons que le procès Villain, du lundi 24 au samedi 29 mars 1919, en apporte la démonstration. Les vingt-sept témoins, cités par Me Paul-Boncour et son confrère Me Ducos de la Haille pour la partie civile, tissent une légende dorée exaspérante. Jaurès est cloué tel un papillon alors qu’il ne peut être compris que dans le mouvement. Chacun s’attache à une seule facette de ce diamant ainsi sous-estimé.

Et puis Jaurès est littéralement sanctifié, comme nous le verrons dans le prochain volet de cette série. Rétrospectivement, il est désolant de découvrir l’iconolâtrie dégoulinant sur cet homme, qui la rejetait de toutes ses forces de son vivant. C’est l’un des pénibles paradoxes du procès : au sortir de la guerre, Jaurès subit les premiers rayons de ce culte de la personnalité qui va hanter le XXe siècle par le truchement des régimes totalitaires. Quant aux jurés, ils sont indisposés par la vénération socialiste qui s’échelonne de déposition en déposition, de plaidoirie en plaidoirie : on n’adore que Dieu, que diable !

La dévotion ne passe pas. Surtout quand la partie civile prétend faire de Jaurès le premier des patriotes, prophète de la défense nationale, obsédé par les questions militaires que la plupart des généraux méconnaissaient pour être engoncés dans leurs conceptions napoléoniennes de la guerre. Peine perdue, comme en atteste L’Action Française : « On ne s’étonne plus de rien, pas même de Renaudel qui disait naguère : “Je ne suis pas patriote parce que la patrie est faite d’un sentiment que je n’ai pas, que je ne comprends pas…”, et qui vient aujourd’hui certifier la qualité du patriotisme de son maître. »

Maurice Pujo exulte dans le quotidien maurrassien du 29 mars 1919 : « Voilà la prescience de Jaurès ! Voilà sa prévoyance et sa prudence patriotiques (!) dont on essaie de faire consacrer la légende dans ce procès, où le socialisme cherche à faire absoudre des erreurs sanglantes pour obtenir le crédit d’en commettre de nouvelles. »


Fin de l'éditorial de Marcel Cachin dans “L'Humanité” commentant l'acquittement de Raoul Villain 
Fin de l'éditorial de Marcel Cachin dans “L'Humanité” commentant l'acquittement de Raoul Villain

La droite se pose en gardienne d’un dogme – la patrie –, que la gauche revendique, à ses risques et périls, sur le terrain même de l’adversaire. Le procès de Raoul Villain préfigure tous les accommodements, compromis, compromissions, voire trahisons politiques que les socialistes commettent parfois. Sous couvert d'unité nationale. Ou au nom d'une respectabilité stérilement recherchée. Illusion tragique. En résultent la déception puis le désespoir, à l’image des propos hébétés d’Albert Thomas, socialiste de gouvernement par excellence, qui geint dans les couloirs du Palais-Bourbon en apprenant l’acquittement de Raoul Villain : « Ah ! pour nous, pour tous ceux qui ont vécu pendant ces années de guerre, en essayant de fortifier en eux et autour d’eux un sentiment d’union nationale qu’ils pensaient devoir être fécond pour l’avenir du pays, quel serrement de cœur ! »

Fécond, dit-il. Par-delà le cruel jeu de mot possible, nous allons scruter le jeu de dupes dont les socialistes français se montrent les victimes en partie consentantes, durant la dernière semaine de mars 1919. Leur erreur de taille mérite d’être détaillée. Ils déifient Jaurès en désertant la terre promise qu’il leur avait assignée : la gauche, où il faut camper en force, plutôt que de papillonner à droite sous l’effet d’un renoncement déboussolé.

En ce sens, les débats de mars 1919, devant la cour d’assises de la Seine, se révèlent une matrice passionnante à explorer…

La suite au prochain numéro.

 

 

Source :  www.mediapart.fr

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:50

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart


 

A Barbès, la manifestation pacifiste et solidaire a bien eu lieu, et nous y étions!

Des militants du Parti de Gauche dénoncent « le traitement partial et mensonger » de la manifestation pour Gaza du 19 juillet à Paris et veulent « rétablir la vérité d’une réussite populaire face à la désinformation et aux manipulations politiques ».


Alors que les bombardements israéliens ont redoublé d’intensité et que le bilan des victimes, côté palestinien, s’élève à près de 500 morts, suite à la journée la plus meurtrière depuis le début de l’offensive israélienne, le traitement médiatique de la situation en Israël-Palestine relève du scandale. La plupart des médias présentent l’attaque israélienne comme un conflit entre deux puissances égales et coresponsables tout en occultant la réalité de l’occupation du territoire palestinien par Israël et son régime d’apartheid. Mais cette lecture idéologique qui sape la solidarité avec le peuple palestinien ne s’arrête pas là.

Nous, militant-e-s du Parti de Gauche, avons décidé de nous rendre à la manifestation du 19 juillet à Paris non autorisée par le gouvernement Valls. Comme de très nombreux citoyen-e-s, nous avons voulu exprimer notre soutien au peuple palestinien et protester contre cette interdiction scandaleuse. Est-il nécessaire de rappeler que la France a été le seul pays à interdire une telle manifestation de solidarité internationale ? 

Un traitement médiatique partial et mensonger

Dès l’après-midi, les médias ont repris les poncifs de la communication gouvernementale : « explosion de violences » pour Le Figaro, manifestation qui « dégénère » pour Le Monde et Libération. Les images retenues sont bien entendu celles de casseurs, on évoque des pavés jetés, des violences, le drapeau israélien brûlé, des slogans antisémites, etc. La palme de l’article-poubelle revient certainement à Rue89 : hésitant entre le micro-trottoir ridicule qui mêle des extraits sans contexte et laissant affleurer des généralités fallacieuses et un parti pris grossier, il présente les policiers comme des hommes courtois (certainement entre deux tirs de flash-ball tendus et coups de barres de fer de policiers en civil). Pour de tels journalistes les manifestants seraient au mieux des imbéciles, au pire des personnes violentes et vulgaires, et bien entendu toutes plus ou moins antisémites. Les journalistes de Mediapart semblent, eux, avoir fait un réel travail d’investigation et de croisement des sources.

Tout ceci fournit autant d’arguments à Valls pour justifier son interdiction a posteriori : les violences montreraient bien qu’il a eu raison d’interdire cette manifestation. Comme l’indique le communiqué des organisateurs, « c’est la décision politique, pour ne pas dire idéologique, du gouvernement usant d’une violence disproportionnée qui a créé les conditions des troubles à l’ordre public, dont le gouvernement porte donc la totale responsabilité́ ».

Nous dénonçons le traitement partial et mensonger de ce qui s’est passé à Barbès. Nous protestons également contre cette inimaginable cécité médiatique : non, il n’est pas vrai que, comme il est écrit dans l’article de Libération, une fois les affrontements commencés à Barbès, « c’en était fini de toute manifestation ». Aucun média ne semble mentionner les rassemblements pacifistes à gare du Nord des manifestants qui n’ont pas pu se rendre à Barbès. Et encore moins cette incroyable réussite populaire d’un cortège ayant défilé avec calme et détermination pendant des heures dans les rues de Paris passant par la gare du Nord, la gare de l’Est pour arriver jusqu’au niveau des Halles (Châtelet), plusieurs milliers de manifestants ont scandé leur solidarité avec le peuple palestinien, une liberté que le gouvernement français voulait censurer. La police, débordée par les événements et ne prévoyant pas cette marche spontanée d’un peuple reprenant ses rues, était obligée de suivre le cortège en constatant une dispersion dans le calme en fin de défilé à Châtelet. La manifestation décrite par les journalistes n’a pas existé. Nous y étions et pouvons en témoigner.

Ce sont les forces de l’ordre qui ont ouvert les hostilités

La désinformation ambiante va même jusqu’à travestir ce qui s’est passé à Barbès, lieu initial du rassemblement. Dès 14 heures, l’ambiance était plutôt calme et les drapeaux français étaient brandis à côté des drapeaux palestiniens. Des personnes de tous horizons étaient réunies, aussi bien des adultes, que des jeunes, des enfants, des personnes âgées – et on pouvait noter une présence féminine particulièrement forte. Puisque certains journalistes ne semblaient pas être dans le même cortège, précisons que nous n’avons pas entendu une seule injure antisémite mais que nous avons pu voir des panneaux « Antisémites non, Humanistes oui ». Les slogans politiques les plus repris : « Israël assassin, Hollande complice », « Nous sommes tous des Palestiniens », « Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine ». Face à des citoyens révoltés de se voir confisquer leur liberté d’expression, ce sont les forces de l’ordre qui ont fait le choix d’ouvrir les hostilités : charges, utilisation massive et répétée de gaz lacrymogènes, matraques, etc.

Alors que les forces de l’ordre sont censées disperser les manifestants et permettre leur évacuation, nous avons été bloqués avec l’ensemble des manifestants sur le boulevard ou dans les rues adjacentes. Asphyxiés par les gaz, les manifestants cherchaient à fuir le boulevard mais étaient repoussés par les CRS postés en amont. Cette stratégie répressive faisait des rues adjacentes de véritables souricières. Certains d’entre nous ont même dû se cacher dans les halls d’immeubles, portes cochères, pour éviter les violences policières et essayer de trouver une atmosphère respirable. Des foules ont ainsi été vigoureusement refoulées dans le métro, rappelant de sombres heures de l’histoire de France. Notons également que plusieurs manifestants ont tenté de répondre aux tirs par des sit-ins, pour bien souligner leurs intentions pacifiques. Cependant, on ne voit aucune photo des manifestants à terre devant la police… Cette police cherchait-elle à empêcher la manifestation et à la disperser, ou plutôt à provoquer affrontements et violences pour pouvoir ainsi justifier son autoritarisme et donner du grain à moudre aux manipulations politiques ? La réaction de Manuel Valls (qui pendant ce temps-là se promenait le long du tour de France pour satisfaire son plan de communication) est claire : l’ordre, la répression et la privation de liberté de manifester.

Une belle manifestation populaire

Au-delà de cette violence policière initiale, il faut souligner, dire et répéter ce que les médias ont choisi de taire : les manifestants, bien qu’ayant été dispersés, gazés, voire frappés, se sont regroupés spontanément et la manifestation a eu lieu, plusieurs heures durant, sur un vaste espace, dans les rues de Paris. Ces dernières n’avaient pas été bloquées, pas plus que le cortège, par une préfecture de police débordée, et pourtant aucune violence, aucun heurt, aucun incident. Mais les médias n’en parlent pas, à l’exception notable du Nouvel Observateur : « Manif pro-Gaza : partie de cache-cache dans les rues de Paris », article qui s’étend sur les trois cortèges de manifestation spontanée, et qui souligne leur réussite et leur pacifisme. Citons la fin de l’article : « A Barbès, le principal rassemblement de la journée, la manif spontanée a pris fin de façon beaucoup plus musclée. (…) Mais, ailleurs, toute la journée, de la gare du Nord aux Halles en passant par la place de Clichy, des cortèges plus ou moins spontanés, déterminés sans être violents, auront tourné la tête aux vieux routards du maintien de l'ordre de la préfecture de police, plus rompus à la surveillance de cortège organisés qu'à la partie de cache-cache inhérente aux manifestations soi-disant “interdites”. »

Pourquoi, à part au Nouvel Observateur, les journalistes ne parlent-ils pas de ces manifestations ? Pourquoi les journalistes ont-ils choisi de rester place Barbès et de photographier ou de filmer quelques jeunes lançant des pavés plutôt que de mettre par écrit et en images ce fait : une fois libérés de l’assaut policier, nous avons marché dans Paris dans la plus grande tranquillité. Ne serait-ce pas parce qu’il serait ennuyeux pour le gouvernement de constater que, sans pression policière, les manifestants pro-palestiniens de Paris sont tout à fait capables de manifester dans le calme, comme cela a été fait à Londres et à Marseille par exemple ? Ne serait-ce pas parce que Valls serait alors forcé d’avouer que cette interdiction n’avait pas lieu d’être et qu’elle n’était qu’un coup de force scandaleux et liberticide ? Pourquoi ne voyons-nous aucune photo de ces milliers de manifestants pacifistes, qui s’excusent auprès des automobilistes coincés et qui expliquent leur démarche aux touristes attablés aux terrasses des cafés ? De même, l'épisode qui vit les manifestants reformer le cortège en haut de la butte Montmartre, reprendre les drapeaux avec détermination, et entamer une descente pour le moins audacieuse, a été passé sous silence. Tous les mensonges médiatiques ne pourront pas faire oublier le véritable enseignement de cette manifestation : le peuple est capable de braver les interdictions et les violences policières pour se réapproprier les rues de sa ville et défendre l’intérêt général. Gageons que ce qui s’est passé hier n’est qu’un début, et que les manœuvres du gouvernement n’auront pas raison de l’immense enthousiasme populaire qui soutient la lutte des Palestiniens contre la colonisation.

Nous demandons à ce que les médias ne se comportent pas comme des chiens de garde à la botte d’un pouvoir à la déroute. Et qu’une rigueur journalistique effective leur permette de revenir sur ce traitement biaisé de la réalité et de réellement faire état de ce que nous et l’ensemble des manifestants avons vécu. Après nous être vus privés de la liberté fondamentale de manifester, nous citoyen-ne-s, nous voyons bafouer le droit à une information indépendante. Nous refusons l’odieux chantage à l’antisémitisme du gouvernement pour faire taire notre voix et celle du peuple palestinien Il faut faire savoir ce qu’il s’est vraiment passé à Barbès : la manifestation libre, populaire et pacifiste et solidaire a bien eu lieu, et nous y étions ! 

Les auteurs sont militants du Parti de Gauche :
Danièle Atala
Daoud Baccouche
Boris Bilia
Fethi Chouder
Julie Dusseaux
Guillaume Etiévant
Bruno Fialho
Annick Flageollet
Hugo Hanry
Nourredine Kaddouri
Ramzi Kebaili
Bylal Khellouf
Djordje Kuzmanovic
Mathilde Larrère
Nathalie Levallois
Hugo Lycurgue
Maximilien Perret
Christian Rodriguez
Aissa Terchi
Jean-Sébastien Thirard
Laélia Véron

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart

 

 


 

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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:35

 

Source : www.tv5.org

 

 

Espagne : une loi au parfum de franquisme
 
17.07.2014par Pascal Priestley
Malgré les nombreuses oppositions, le gouvernement conservateur espagnol a finalement adopté son projet de loi sur la "sécurité citoyenne", en suspens depuis l'automne dernier. Celui-ci prévoit pour des fait de manifestations des amendes sans jugement pouvant atteindre une soixantaine d'années du salaire minimum.
Manifestation contre l'austérité à Madrid en juillet 2012 (photo © AFP – PEDRO ARMESTRE)

Ordre

Ni les protestations de la société civile, ni les réserves des autorités judiciaires ou du Conseil d'Etat, ni les inquiétudes d'organisations internationales (Amnesty, OXFAM, Greenpeace...), ni la (molle) opposition du Parti Socialiste (PSOE) n'ont finalement fait réellement fléchir Mariano Rajoy.

Légèrement atténué mais confirmé dans ses grandes lignes et sa philosophie répressive, son projet sur la « sécurité citoyenne » a été adopté par son gouvernement conservateur le 11 juillet, après neuf mois de controverses et dans la torpeur de l'été. Celle-ci se révélant propice aux réformes à problèmes et le Parti Populaire au pouvoir (droite) disposant de la majorité absolue au parlement, le vote définitif pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Pour le ministre de l'intérieur, le nouveau dispositif - qui couvre un vaste champ mêlant les perquisitions, fouilles, manifestations de rue et ... prostitution - garantira « plus et mieux la sécurité citoyenne, avec d'avantage de sécurité juridique ». Pour ses opposants qui l'ont qualifiée de « loi-muselière », c'est un monstre juridique liberticide. Son objectif, estime Joaquim Bosch, porte parole de l'association de magistrats « Juges pour la démocratie » est de donner « au gouvernement un instrument pour faire taire les critiques sociales ».
Zoom:
Rassemblement contre une expulsion en 2012 (photo AFP)

Sur mesure


Ses dispositions, en tout cas, semblent clairement taillées sur mesure pour répondre aux diverses formes de protestations nées avec la crise, en accordant à l'administration un pouvoir punitif arbitraire sans précédent depuis Franco.

Contre les campements dans des lieux publics popularisés par le mouvement des Indignés en 2011-2012 et sporadiquement réitérés depuis, le texte punit le « refus de dissolution de réunions et de manifestations dans des lieux de passage public ».

Contre les rassemblements visant à empêcher les expulsions immobilières, innombrables avec la crise et combattues par différents collectifs, la nouvelle loi punit « l'obstruction visant à empêcher à toute autorité ou employé public » l'exécution des « résolutions administratives ou judiciaires ».

Contre les débordements qui ont émaillé les fins de manifestations au cours des dernières années : un article dédié à « la perturbation au déroulement d'une réunion ou manifestation », définition vague qui ouvre le champ libre aux interprétations policières.

Pour ces différentes atteintes à l'ordre public, la sanction encourue s'échelonne de 600 à 30.000 euros, selon l'humeur de l'administration. Le même tarif s'applique aux rassemblements non-autorisés aux abords du Congrès des députés, du Sénat ou des Assemblées régionales.

Contre les escalades spectaculaires de bâtiments publics, particulièrement prisées par l'organisation Greenpeace, le nouveau texte double les peines encourues en les faisant passer à 600 euros. Des militants de cette ONG n'ont d'ailleurs pas tardé à y répondre par l'escalade d'une tour de 90 mètres près de Palais de la Moncloa, résidence officielle du chef du gouvernement.
Zoom:
Affrontements à Madrid le 22 mars 2014 (photo AFP)

Soixante-six ans de salaire d'amende


On passe à une autre échelle de répression pour les fautes qualifiées de « très graves » : parmi elles, l'organisation de manifestations non autorisées dans des infrastructures publiques susceptibles de mettre en danger les personnes ou simplement de « perturber le fonctionnement des services publics » (article 35.1). Amende encourue : 600.000 euros, soixante-six ans du salaire minimum espagnol. Bon prince, la loi précise qu'elle doit tenir compte des ressources du réprimé.

Ces peines n'ont pas besoin de juge pour être prononcées. Elles sont à la discrétion du Ministère de l'intérieur pour les plus graves, voire du Secrétaire d’État à la sécurité pour les autres.

Le gouvernement affirme par cette loi sécuritaire répondre à une « demande de la population », argument qui peut sembler plaisant dans un pays surtout dévasté par un chômage de près de 30 % - 50 % dans la jeunesse et certaines régions - et par l’appauvrissement de couches entières de la dite population.

Selon la dernière étude du Centre d'études sociologiques, la question de la sécurité n'est la priorité première que pour … 0,4 % des Espagnols et l'une des trois priorités pour 2,8 % d'entre eux.

 

 

Source : www.tv5.org

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:17

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Pays pauvres

Comment l’aide au développement se privatise au profit des grandes multinationales

par Thomas Clerget 21 juillet 2014

 

 

 

 

 

Un réseau d’ONG s’alarme de la montée en puissance des « institutions financières de développement » (IFD), mandatées pour soutenir les investissements du secteur privé dans les pays émergents. Ces banques dépendent de l’argent que leur versent États ou organisations internationales. Mais, peu contrôlées, elles auraient une fâcheuse tendance à favoriser les multinationales des pays riches, voire à financer des projet privilégiant la rentabilité économique plutôt que l’utilité sociale des investissements. Quitte à solliciter, si nécessaire, des fonds implantés dans les paradis fiscaux...

L’aide publique au développement (APD), en direction des pays pauvres, connaît-elle une privatisation silencieuse, déconnectée des besoins des populations mais conduite au plus grand bénéfice des entreprises multinationales ? Tandis que les parlementaires français entendent réduire le budget national consacré à cette aide publique, un rapport publié vendredi 11 juillet par le Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad) s’inquiète de la montée en puissance et de l’opacité de fonctionnement des institutions financières de développement (IFD). Celles-ci sont en charge des aides orientées vers le secteur privé des pays émergents. Et pour elles, entreprises et marchés sont désormais considérés comme les principaux leviers de leur développement.

100 milliards pour « favoriser les investissements privés »

Qui sont ces « IFD » ? Banque européenne d’investissement (BEI), Société financière internationale (SFI) rattachée à la Banque mondiale, ou encore, en France, la société Proparco [1], une filiale de l’Agence française de développement (AFD). Elles mobilisent des capitaux en augmentation constante depuis le début des années 2000. Selon Eurodad, ces montants devraient atteindre, à l’échelle mondiale, les 100 milliards de dollars en 2015, soit l’équivalent des deux tiers de l’aide publique au développement. Fournie directement par les États pour, par exemple, soutenir l’accès à l’éducation ou la lutte contre le paludisme, l’aide publique tend à diminuer dans la plupart des pays européens. Au contraire des financements destinés, via les « IFD », à investir sur des projets portés par les entreprises dans les pays pauvres, en leur apportant des prêts, des garanties, voire une participation directe à leur capital.

Illustration de ce dispositif, la BEI et Proparco vont avancer respectivement 200 millions et 50 millions d’euros, sous forme de prêts, pour le financement du « plus grand parc éolien d’Afrique subsaharienne », qui doit s’implanter près du lac Turkana dans le Nord du Kenya [2]. Le projet prévoit l’installation de 350 turbines, qui seront exploitées par un consortium réunissant des entreprises privées et des agences d’investissement européennes, tandis que « les français Siemens et Bolloré assureront respectivement la partie électrique et le transport des éoliennes ». « Les investissements réalisés par le secteur privé européen offrent d’immenses perspectives au Kenya ainsi que pour le développement de l’ensemble de la région », a commenté Lodewijk Briet, ambassadeur de l’Union européenne.

Les multinationales au service du développement ?

Cette stratégie du « développement par le marché » est-elle profitable aux pays concernés ? Dans son rapport, issu d’une enquête menée pendant deux ans, Eurodad dénonce, chiffres à l’appui, une distribution des aides orientée en priorité vers les société multinationales des États les plus riches. L’organisation met en doute leur pertinence pour la satisfaction effective des besoins sociaux des populations. Entre 2006 et 2010, seules 25 % des entreprises aidées par la BEI et la SFI appartenaient à des pays à bas revenu, tandis que 50 % des aides étaient distribuées à des sociétés des pays de l’OCDE, voire même domiciliées dans les paradis fiscaux ! 40 % de ces aides concernent des entreprises de très grande taille, cotées sur les plus grandes places boursières de la planète. Ces nouvelles formes de financements ont donc tendance à sous-traiter le « développement » des pays pauvres auprès des entreprises multinationales des pays riches.

Ce qui s’explique aisément, si l’on considère la très faible représentation des pays en développement dans les comités de décision de ces institutions. Ces derniers ne pèsent que 1,4 % des voix au sein de la BEI, tandis que la SFI leur autorise 28 % des droits de votes. L’ambiguïté des missions confiées est également pointée du doigt : « Bien que la plupart de [ces institutions financières] aient reçu un mandat en faveur du développement, elles sont organisées comme des entreprises privées, avec des objectifs de rentabilité commerciale impliquant des compromis entre ces différentes considérations », relève Eurodad.

Hôtellerie de luxe et lotissements pour riches

L’impact réel des projets financés sur les conditions de vie des populations concernées pose question. Ces politiques d’inspiration très libérale conduisent en effet les IFD à orienter 50 % des subsides en direction du secteur financier des pays émergents, qui n’est pas spécialement connu pour ses velléités redistributives. Autre exemple d’investissements à la portée plus que discutable, la SFI aurait financé deux multinationales de l’hôtellerie de luxe, Mövenpick et Marriot, à hauteur de 79 millions de dollars, pour les aider à s’implanter au Ghana et en Jamaïque, tandis que la banque de développement de Grande-Bretagne soutenait la construction de lotissement fermés, des gated communities, dans plusieurs pays pauvres.

Côté français, la nature et les investissements de Proparco attirent également l’attention. Comme l’indique le site internet de l’agence, des groupes comme BNP Paribas, Bouygues, ou encore Bolloré Africa Logistics, figurent à son capital, aux côtés de l’AFD qui en est l’actionnaire majoritaire. « Potentiellement, ces entreprises peuvent aussi solliciter des financements, relève Mathilde Dupré, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Cela peut soulever quelques interrogations. » Le groupe Veolia, lui-aussi actionnaire de Proparco, est précisément dans ce cas de figure. Fin 2007, Proparco est en effet entrée au capital de Veolia Water AMI, « filiale de Veolia Eau, opérateur des services de l’eau, de l’assainissement et de l’électricité sur l’Afrique, le Moyen-Orient et le sous-Continent Indien ». L’indépendance et l’intérêt des actions menées par cette agence, qui n’utilise pas d’argent public mais est adossée à l’AFD, demanderaient à être examinées dans les détails.

Quand l’aide au développement passe par les paradis fiscaux

Dans le cadre de discussions sur la loi d’orientation des politiques de développement adoptée le 7 juillet dernier, les parlementaires ont pourtant bloqué deux propositions d’amendement introduites à la demande des ONG, qui réclamaient une plus grande transparence des critères de sélection des projets financés, ainsi que sur la liste des bénéficiaires de ces aides. Pourtant, députés et sénateurs ont été informés des dérives de Proparco, via un article du Canard enchaîné du 11 juin 2014, révélant comment l’agence avait investi plus de 400 millions d’euros dans des sociétés situées à l’Île Maurice, aux Caïmans, au Luxembourg, ou encore à Chypre et à Jersey, tous des paradis fiscaux. Ces fonds d’investissement étaient ensuite chargés de réinvestir les montants alloués dans les pays en développement. Pour le plus grand bénéfice de leurs populations, comme on peut l’imaginer.

« Proparco, malgré son mandat de développement, agit comme n’importe quel investisseur privé, guidé par la rentabilité des projets plus que par leur impact réel sur l’amélioration des conditions de vie des populations des pays du Sud », constatent, dans un communiqué, les membres de la Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires, composée d’ONG, d’associations et de syndicats français. Le réseau Eurodad s’inquiète de son côté de « l’expansion rapide » des IFD et « des nombreuses questions posées par leurs pratiques ». « Elles sont contrôlées par les pays riches, et leur stratégie comme leur gouvernance intègrent très peu le point de vue des pays en développement. Le temps est venu d’une évaluation indépendante de ces institutions et de leurs opérations ».

Thomas Clerget

Photo : CC Julien Harneis

 

Notes

[1Société de promotion et de participation pour la coopération économique, créée en 1977 pour « favoriser les investissements privés dans les pays en développement ».

[2Voir sur le site internet de la BEI, ainsi que sur celui de PROPARCO.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:03

 

Source : www.marianne.net

 

 

Les Etats européens pourront-ils dire non au traité transatlantique ?

Lundi 21 Juillet 2014 à 05:00

 

Alexandre Coste
Journaliste à Marianne chargé de l'animation de la communauté des Mariannautes En savoir plus sur cet auteur

 

Laurent Fabius a affirmé que notre pays refuserait le traité transatlantique si nos exigences, notamment en matière de respect des normes, n’étaient pas respectées. Mais un tel refus est-il seulement possible ? L'affaire semble plus compliqué que ne le laisse entendre le ministre des Affaires étrangères.

 

Laurent Fabius au côté du secrétaire d'Etat américain John Kerry - Molly Riley/AP/SIPA
Laurent Fabius au côté du secrétaire d'Etat américain John Kerry - Molly Riley/AP/SIPA

Interrogé mercredi dernier sur France culture au sujet du traité transatlantique, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a expliqué qu'il n'avait « pas a priori de position pour ou contre. » Et le chef de la diplomatie française de poursuivre, sans sourciller : « Si la négociation est positive pour nous, on dira oui. Si la négociation n’est pas satisfaisante on dira non. » Dans les faits, pourtant, il semblerait que « dire non » au traité transatlantique soit un petit peu plus compliqué pour les Etats européens que ne le laisse entendre Laurent Fabius.

Au mois de mai dernier, les députés du Front de gauche avaient déposé une proposition de résolution européenne, pour que l’Assemblée nationale se saisisse du dossier concernant le projet d’accord de libre-échange entre L’Union européenne et les Etats-Unis. Sans succès. Lors du passage en commission des Affaires étrangères, étape préalable d’un texte parlementaire avant de passer dans l’hémicycle, un échange entre la présidente de la commission, Elisabeth Guigou, et l’ancien secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche, vient mettre à mal cette affirmation de Laurent Fabius.
 
Elisabeth Giguou évoquait la possibilité de rejeter l’accord lorsque celui-ci « sera soumis aux 28 parlements nationaux pour ratification. » Un cas de figure impossible pour Pierre Lellouche : « Notre présidente vient de nous dire que le Parlement ratifierait le traité de libre-échange, mais je ne vois pas quel article du traité sur l’Union européenne l’impose. En effet, dans la mesure où il s’agit d’un accord commercial qui ne contient pas de clause politique, il relève de la compétence exclusive de l’Union. »
 
Mais pour la présidente de la commission, « la question sera de savoir si l’accord sera ou non qualifié de mixte et elle sera examinée en dernier ressort, une fois l’accord définitif. » Et, s’adressant à M. Lellouche : « Je vous signale que le gouvernement allemand part du principe qu’il s’agira d’un accord mixte, c’est une orientation importante. » Un accord est en effet qualifié de « mixte » lorsqu’il comporte des dispositions autres que spécifiquement commerciales. Un accord mixte doit être ratifié par les parlements nationaux, contrairement aux accords purement commerciaux qui sont l'affaire de la seule Union européenne. Henri Weber, ancien député européen et secrétaire national du PS en charge des affaires européennes, approuve les propos de Mme Guigou et considère lui aussi que cet accord est mixte « puisqu’il y a la clause sur le tribunal indépendant », qui prévoit la création d’un tribunal arbitral privé pour juger des litiges entre les entreprises et les Etats, au nom de la protection des investissements.

Toutefois, selon un document publié il y a quelques jours par les négociateurs européens sur le traité transatlantique, il semblerait que les discussions sur ce fameux tribunal soient arrêtées, « en attendant l’issue de la consultation publique de l’Union Européenne. » Si cette clause devait sortir du mandat de négociation, ce dernier serait-il encore considéré comme « mixte » ? Et à ce moment-là, le gouvernement pourrait-t-il refuser l’application du traité sur notre territoire, et ce quand bien même « nos intérêts », pour reprendre les mots de Laurent Fabius, ne seraient pas respectés ?

 

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : TAFTA - Traité transatlantique - TISA
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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 00:47

 

Source : kokopelli-semences.fr

 

 

Cher(e)s ami(e)s de Kokopelli,

 

L'organisation américaine AVAAZ a lancé il y a quelques jours une nouvelle campagne de levée de fonds, intitulée « La meilleure manière d’arrêter Monsanto », et diffusée largement sur Internet et par mail, visant supposément à créer le « tout premier eBay pour semences à but non lucratif ».

L'association KOKOPELLI n'est absolument pas à l'origine de cette campagne et ne connaît aucune organisation française ou européenne qui y participerait.

De plus, le courriel faisant la promotion de cette campagne prétend que « une coalition de 20 groupes et personnalités de l’agriculture durable tels que le Center for Food Safety et l’activiste Vandana Shiva sont prêts à lancer le projet. » Nous ne connaissons pas ces groupes, qui ne sont pas nommés, mais nous avons contacté Vandana Shiva à ce sujet et elle nous a répondu ceci : “I am not involved in this initiative, have never been contacted or consulted about it.” (je ne suis pas engagée dans cette initiative, et n'ai jamais été contactée ou consultée à son sujet) !!! Elle a également manifesté son indignation face à la récupération de ses nom et notoriété sur son blog SeedFreedom.

Si, sur ce blog, l’organisation américaine Center for Food Safety endosse ces manœuvres grotesques et parle « d’erreur » et de « malentendu », nous n’y croyons pas du tout. De quel type d’erreur peut-il s’agir lorsqu’il est question de lancer une campagne mondiale, dans 17 langues, pour récolter plusieurs centaines de milliers de dollars, voire des millions – car les sommes globales récoltées sont soigneusement occultées, mais ce sont déjà plus de 55.000 personnes qui ont donné - ?

Nous remarquons, de plus, que le texte de présentation de la campagne est très mal rédigé ; que ses termes sont particulièrement évasifs ; qu'il n'existe aucun site Internet relatif au projet évoqué ; que les “fermiers” et “organisations” partenaires ne sont pas nommés ; que les éventuels fournisseurs et bénéficiaires des semences ne sont pas identifiés ; que les actions projetées ne tiennent aucun compte des contraintes réglementaires qui nous obèrent depuis 60 ans, etc.

Tout cela n'est pas sérieux, et il semble donc que cette campagne soit une nouvelle imposture de l'organisation AVAAZ - dont nous-même, et d’autres, avons déjà dénoncé le caractère plus que douteux par le passé - destinée seulement à récolter des fonds auprès d'internautes généreux mais bien trop crédules.

Nous demandons donc le retrait immédiat de cette campagne - ou bien le détail exact et complet du projet évoqué dans celle-ci, s’il existe - et la transparence la plus totale sur l’utilisation des sommes récoltées, ou leur restitution aux donateurs trompés !

Nous vous recommandons donc la plus grande prudence vis-à-vis de cette campagne, et, de manière générale, vis-à-vis de l’organisation AVAAZ, et vous invitons à faire circuler ce message au plus grand nombre de destinataires possible.

L'équipe de Kokopelli - le 16 juillet 2014.

 

 

Source : kokopelli-semences.fr

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Alertes- Ce que vous devriez savoir
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Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 23:50

 

 

 

L'association DRÔLE D'IMMEUBLE présente :

Dans le pré d'Equinox

à 3 km de SAUVE
Dirett° Villesèque par la D. 182

 

 

FESTIVAL SATOURNE


Mardi 22
19h-1h

Mercredi 23
16h-1h

JUILLET

 

GRATUIT

 

VILLAGE ARTISTIQUE ITINÉRANT

 



CONCERT 17 GROUPES et DJ's styles variés
CINEMA projection de court-métrages indépendants
FRIPERIE retouches et customisation de vos vieux habits
PERFORMANCES LIVE vidéos, sculptures, photos...

 

BUVETTE ET PETITE RESTAURATION SUR PLACE
Site web : www.Satourne.org

 

 

Team Member

 

 

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