Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 21:27

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Zoé Konstantopoulou : “On instaure en Europe un état d’urgence antidémocratique”

5 février par Zoe Konstantopoulou

 
 

 

Intervention à la conférence « Un bouclier pour l’Europe : la Charte des droits fondamentaux de l’UE » organisée à Bruxelles par la GUE/NGL, à l’initiative de l’eurodéputée italienne Barbara Spinelli.

La conférence internationale sur le thème « Un bouclier pour l’Europe : la Charte des droits fondamentaux de l’UE » qui s’est déroulée à Bruxelles le 13 janvier 2016 était organisée à l’initiative de l’eurodéputée italienne Barbara Spinelli par le groupe parlementaire de la gauche au parlement européen, la GUE/NGL. Dans son intervention, Zoé Konstantopoulou a développé la thèse selon laquelle l’austérité, la dette publique et le refus de la BCE de fournir des liquidités sont instrumentalisés pour faire disparaître les procédures démocratiques.

Zoé Konstantopoulou, qui intervenait dans la session « Crise économique et austérité : un état d’urgence antidémocratique ? », a souligné le fait que « depuis 2010, la démocratie en Grèce, lentement mais régulièrement, est suspendue pour être remplacée par un nouveau régime, le régime des mémorandums, » instauré par les gouvernements grecs et la troïka. « Un régime, selon elle, dans le cadre duquel chaque gouvernement assume l’engagement d’adopter des politiques précises fixées dans le mémorandum, en échange de prêts destinés au remboursement de la dette publique présumée du pays. Le parlement est contraint de légiférer en violation du mandat populaire et des droits de l’homme pour mettre en œuvre ces politiques. Et la Troïka, par l’intermédiaire de son personnel - nommé et non élu - détient le pouvoir de superviser et de surveiller les politiques menées dans le pays ».

Bien que les mémorandums aient été baptisés « programmes de sauvetage », a-t-elle ajouté, il s’agit en réalité d’accords qui condamnent à mort le peuple grec et les peuples européens, et aussi d’un coup d’État direct contre la démocratie. « Ce régime, ou bien il sera renversé par les peuples européens et leurs représentants élus, ou bien il dominera en Europe et se substituera aux acquis européens que sont les droits de l’homme et la démocratie qui ne peut être fondée que sur le respect des libertés humaines, de la vie humaine, et de la dignité. » Personne ne peut faire comme s’il ne comprenait pas ce qui arrive aujourd’hui en Europe. Les représentants élus du peuple ne peuvent faire semblant de ne pas avoir le choix. En aucun cas la tradition de la démocratie, de la souveraineté du parlement, de l’État de droit et la disparition des droits humains fondamentaux ne peuvent être un choix. Ni le sacrifice d’hommes et de générations entières pour sauver les banques et les banquiers. Ni la violation du mandat populaire pour satisfaire les créanciers. »

« Un état d’exception contraire à la démocratie se met en place en Europe, a souligné Zoé Konstantopoulou, avec la crise économique pour prétexte et comme instrument, l’austérité, la dette publique et le refus de la BCE de fournir des liquidités. L’objectif est la disparition des procédures démocratiques et parlementaires, la destruction des droits de l’homme, et l’asservissement des populations, dont les gouvernements doivent obéir à des directives provenant d’organismes qui ne relèvent d’aucune légitimité démocratique, qui ne sont soumis à aucune procédure de transparence ni à aucune obligation légale de rendre des comptes. »

« Depuis 2010, les citoyens sont victimes d’une propagande selon laquelle l’exercice de la démocratie - les élections et les référendums par exemple - déstabilise l’économie », a observé Zoé Konstantopoulou, ajoutant : « Tout ce qui a suivi le résultat du référendum, et le magnifique NON du peuple grec à 62%, constitue une honte pour l’Europe, le monde et la démocratie. Le gouvernement lorsqu’il a signé a accepté des mesures pires que celles qui avaient été repoussées par le peuple. Le NON du peuple s’est transformé en OUI du gouvernement », assure-t-elle.

Par la suite, elle a mentionné les événements politiques et les changements en Grèce depuis 2010, ainsi que les conséquences destructrices des mesures issues des mémorandums sur le niveau de vie de la population. Elle a observé que leur application avait conduit, entre autres choses, à une violation des droits humains fondamentaux : coupes claires dans les salaires et les retraites, déclenchement d’une épidémie de suicides par désespoir, coupes claires dans la santé, explosion du chômage à des niveaux record, augmentation vertigineuse de la proportion de citoyens qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, avec 300 000 familles qui vivent sans électricité et une dette de 40 000 € environ pour chaque enfant qui naît aujourd’hui, la part d’une dette publique que l’on s’efforce de reporter sur la société.

En ce qui concerne les travaux et les conclusions de la Commission pour la vérité sur la dette publique, elle a mentionné le fait que le gouvernement grec et le nouveau président du parlement ont déchaîné une chasse aux sorcières contre la commission, mais elle a aussi rappelé les points fondamentaux des conclusions préalables.

Zoé Konstantopoulou a clos son intervention en évoquant le devoir de résistance face à ces chantages et à la violence économique qui étouffe la démocratie, « un devoir inscrit dans le tout dernier article de la constitution grecque, l’article 120 - 114 dans notre ancienne constitution –, devenu un symbole et un signe de ralliement pour des combats démocratiques historiques. La défense de la démocratie constitue une obligation fondamentale pour les citoyens européens, qui ont le droit et le devoir d’organiser la résistance collective face à ces violations de la démocratie ».

Elle a chaleureusement remercié Barbara Spinelli pour l’invitation qui lui avait été adressée, mais aussi pour l’initiative qu’elle avait prise d’organiser une conférence sur les enjeux les plus importants aujourd’hui de la construction européenne : la démocratie, les libertés et les droits humains fondamentaux en période de crise économique, de crise due à la dette et à l’austérité.

Dans la même session a pris la parole le professeur Olivier de Schutter, membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU et de la Commission grecque pour la vérité sur la dette publique, qui a traité des violations des droits sociaux en Grèce à l’époque des mémorandums. Le débat a été animé par l’eurodéputée française Marie-Christine Vergiat et l’eurodéputé allemand Helmut Scholz

En marge de la conférence, Zoé Konstantopoulou a assisté à la manifestation contre la privatisation des 14 aéroports, coorganisée par les eurodéputés Sophia Sakorafa, Nikos Hountis et Jean-Luc Mélenchon. Elle a également rencontré des eurodéputés de la Gauche et les membres de la Commission pour la vérité sur la dette publique : Éric Toussaint, Sofia Sakorafa, Olivier de Schutter, Sergi Cutillas, Renaud Vivien, Daniel Albarracin. De plus, elle a participé à une rencontre pour l’initiative européenne de Madrid qui se déroulera en février, et dont elle est partie prenante. Elle a participé pour finir à la manifestation au parlement européen sur les responsabilités de la Banque Centrale Européenne, avec pour orateur le coordinateur scientifique de la Commission pour la vérité, Éric Toussaint.

Traduit par Jean-Marie Réveillon

 

Auteur.e

 

Zoe Konstantopoulou

avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction.

 

Autres articles en français de Zoe Konstantopoulou (18)

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social Ils réagissent
commenter cet article
5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 21:17

 

Info reçue par mail

 

 

" Concrétisation d'une proposition émise à la VACHERIT le mardi 26 janvier 2016" :


"L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est emblématique de deux choix de  société opposés, d'un coté, des politiciens animés d'une hystérie de  progrès et de croissance infinie, ruineuse, de l'autre des citoyens cherchant à promouvoir une société au service du peuple, économe, heureuse.

 C'est le combat de l'irresponsabilité contre la sagesse.

 C'est le combat de politiciens hors la loi contre des Citoyens respectueux de la loi.

 En effet la loi sur l'eau de 1992 interdit de détruire les zones humides, celle de Notre-Dame- des-Landes ne peut être détruite parcequ'elle est incompensable du fait de son étendue.

  Dans ce conflit, les politiciens gonflés de leur puissance ont choisi de combler d'argent VINCI, aux dépens du peuple que l'on ruine.
  Face à ce drame des Citoyens s'insurgent ,se révoltent depuis des années.
  Ce combat mené par ceux que l'on appelle " les historiques ", est devenu le combat des JUSTES contre la corruption.
  Une composante de ce combat, les Zadistes, jeunes idéalistes, sont en pointe de la lutte, ils s'exposent à la répression avec courage.
  La génération des anciens, consciente d'avoir contribuée à la mise en place d'un système politique dévoyé, doit réparation aux générations présentes et futures.
   Ainsi, ayant observé la jeunesse toujours en première ligne au combat, elle se doit d'y prendre une plus grande part.
  L'imminence d'une attaque suivie de l'expulsion de la ZAD, demande un renforcement de l'opposition.
  Dans l'espérance que la sagesse l'emporte, qu'il faut montrer sa force pour ne pas avoir à s'en servir, les anciens décident d'afficher leur détermination à empêcher tout commencement de travaux à NDDL.
  En conséquence ils s'affichent comme une force de dissuasion, en photo, cocktails molotof à la main.
  Ces armes ne pourront être  utilisées qu'en dernier recours, lorsque les hordes policières du pouvoir envahiront la ZAD pour détruire par la violence les lieux de vie et de travail des familles.
  Ces armes ne seront pas utilisé contre les personnes, mais  contre les engins mécaniques de destruction, après semonce de ne pas détruire et de se  retirer.

   CENT anciens lancent un avertissement aux gouvernants d'abandonner le projet néfaste d'aéroport de NDDL."

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Notre Dame des Landes Ils réagissent
commenter cet article
5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 19:54

 

Source : http://reporterre.net

 

 

« Xavier Beulin, vous êtes, pieds et mains liés, du côté des industriels »

5 février 2016 / Gaspard D’Allens

 

 

 

Le patron de la FNSEA et agrobusinessman menace d’envoyer ses gros bras « déloger » les Zad. Alors que de nouvelles solidarités naissent dans les campagnes, Xavier Beulin, estime l’auteur de cette tribune, a en fait abandonné la défense des paysans pour celle des industriels.

Gaspard D’Allens est coauteur, avec Lucile Leclair, du livre à paraître au Seuil en partenariat avec Reporterre, Les Néo-paysans.


 

« Face à toute nouvelle tentative de Zad, on n’attendra pas les forces de l’ordre, on ira nous-mêmes les déloger », a déclaré Xavier Beulin, président du groupe agro-industriel Avril et président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles).

On connaissait Xavier Beulin en homme d’affaires, les cheveux gominés et la cravate serrée, nous le découvrons milicien. Prêt à devancer le tournant répressif du pouvoir et ouvrant agressivement la voie vers le fascisme.

Alors que le monde agricole se débat dans la crise, étranglé par les dettes et soumis aux impasses du productivisme, l’agrobusinessman ne trouve rien de mieux que de criminaliser le mouvement social qui naît dans les Zad contre la bétonisation de notre monde.

Nous ne nous laisserons pas instrumentaliser. Opposer les uns aux autres, les paysans aux écologistes, aux anars, aux zadistes. La loi des puissants a toujours été de diviser pour mieux régner. Xavier Beulin, vos gros bras ne nous cacheront pas votre impuissance et vos mensonges. Vous n’êtes plus du côté des agriculteurs, vous êtes, pieds et mains liés, avec les industriels.

Bientôt, les agriculteurs ne seront plus dupes. Comment pourrait-on se sentir représenté par son propre fossoyeur ? Xavier Beulin est à la tête de l’empire agroalimentaire Avril, plus proche du grand patronat que de l’agriculture. Il a négocié cet été un plan qui signe la disparition annoncée des petits éleveurs et joue sur sa double casquette de syndicaliste et d’industriel pour capter les aides.

 

 Les centaines de tracteurs et les mobilisations du collectif d’agriculteurs Copain

À l’inverse du corporatisme fermé de la FNSEA, une nouvelle force émerge partout dans nos campagnes, où paysans, militants, occupants, s’unissent pour réinventer une existence digne hors de l’aménagement capitaliste du territoire et de la métropolisation. Ils ne demandent pas des primes, ils s’approprient directement les terres et font pousser avec espoir, fougue et joie leur révolte.

À Notre-Dame-des-Landes, tandis que 1.650 hectares sont menacés par le projet d’aéroport, les occupants ont avec les paysans historiques tissé des liens forts, cultivé en commun des légumes, des céréales, des pommes de terre, pour mieux résister contre les aérocrates. Au contact du monde agricole, les occupants se sont peu à peu empaysannés et les frontières sont devenues poreuses. Si la FNSEA veut déloger la Zad, elle devra faire face à des centaines de tracteurs et aux mobilisations du collectif d’agriculteurs Copain – un mouvement transversal d’organismes agricoles opposés à l’aéroport.

img11652|center>

À Agen, c’est un paysan, Joseph Bonotto, qui a appelé les « zadistes » à la rescousse. Ils se sont installés sur ses terres et luttent ensemble contre un projet de technopole de 220 ha et le passage de LGV. Joseph Bonotto se dit « moins seul, heureux, soulagé ». À Saint-Victor-et-Melvieu, dans l’Aveyron, la cabane de l’Amassada, s’est, elle aussi, construite sur une parcelle prêtée par un agriculteur opposé à un projet de transformateur électrique.

 

« Le monstre, Monsieur Xavier Beulin, c’est vous »

À Bure, le 15 novembre 2015, les opposants à la poubelle nucléaire ont, avec des paysans, semé de l’orge, de l’avoine, de la moutarde et planté des arbres fruitiers sur les terres du laboratoire de l’Andra. À travers la charge symbolique du geste agricole, ils ont voulu faire converger les luttes et se réapproprier le territoire.

Alors que les terres agricoles se font de plus en plus rares, de nouvelles alliances apparaissent, à l’avant garde d’une ruralité vivante, choisie, heureuse. Et face à ces forces progressistes, le syndicat majoritaire, la FNSEA, joue les caïds, attise les haines, en préférant laisser le bitume et l’asphalte avaler nos terres nourricières...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

 

5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 19:29

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Les paysans maintiennent la pression contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

5 février 2016 / Nicolas de La Casinière (Reporterre)
 


 

Pour demander au président de la République de choisir entre les postures guerrières de Manuel Valls et la volonté d’apaisement de Ségolène Royal, les opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes se sont invités jeudi 4 février dans sept sous-préfectures. Qui ont souvent accepté de les recevoir.

 

- Nantes, correspondance

Les opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne désarment pas malgré l’apparente annonce d’un sursis obtenu par la demande de Ségolène Royal d’une remise à plat du dossier.

Inflexibles et déterminés, paysans et militants de comités locaux ont mené, jeudi 4 février, une opération « anti-Damoclès » dans sept sous-préfectures. Sans heurt, sans bousculade. Même si Ségolène Royal a affirmé qu’aucune évacuation de la Zad par la force n’aurait lieu, les menaces planent toujours sur les paysans historiques et les zadistes depuis la décision du 25 janvier du juge des expropriations autorisant les expulsions.

Les paysans et autres opposants ont évidemment remarqué la contradiction du gouvernement entre la volonté guerrière de Manuel Valls et l’apaisement souhaité par Ségolène Royal. Ils maintiennent la pression pour obtenir de François Hollande une « réponse claire et sans ambiguïté quant au sort des habitants et paysans, historiques ou non, de la zad de Notre-Dame-des-Landes », comme le demande le communiqué de Copain 44 (Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport), organisateur des actions. « Nous ne pouvons pas admettre que le couperet de l’expulsion plane au-dessus de leur tête au quotidien. Nous décidons, donc, de poursuivre notre programme d’actions tant que M. Hollande n’aura pas réaffirmé clairement et fermement qu’il n’y aura aucune expulsion de la zad et qu’il n’y aura aucun début de travaux entrepris avant l’aboutissement de la totalité des recours juridiques auprès des instances françaises et européennes ! » « On ne se laissera pas endormir par des déclarations contradictoires », a souligné Vincent Delabouglise, pour le collectif Copain 44.

 

Il leur a fallu parfois ruser pour se faire ouvrir les portes

« Il faut enfoncer le clou maintenant, il y a danger pour les paysans ! On a insisté sur les dix-neuf voitures et les trois tracteurs confisqués après les opérations escargot, en liant ça à la répression anti-syndicale, comme pour les Goodyear », dit à Reporterre Michel Thuault, paysan bio et membre du collectif Copain 44. « On maintient la pression jusqu’à l’abandon du projet. D’autres actions sont prévues », prévient-il.

Il leur a fallu parfois ruser pour se faire ouvrir les portes des sous-préfectures, « mentir un peu, se faire passer pour une association bidon », montrer fausse patte blanche. À Ancenis et à Saint-Nazaire en Loire-Atlantique, à Redon en Ille-et-Vilaine, aux Sables d’Olonne en Vendée, à Segré, à Cholet et à Saumur en Maine-et-Loire, les sous préfets ont le plus souvent bien voulu recevoir des délégations et entendre les doléances. À Saint-Nazaire, les manifestants ont attendu jusqu’à l’arrivée de la mobilisation de soutien aux huit syndicalistes de Goodyear.

 

JPEG - 87.7 ko
Sortie d’une délégation reçu dans une sous-préfecture, jeudi 4 février.

« Pour nous, à Ancenis, la sous-préfète n’était d’abord pas là. Et puis, soudain, elle était là. On l’a sentie, non pas énervée, mais disons, un peu saturée par le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, surtout qu’on lui a redit que si on devait revenir dix fois, on reviendrait dix fois. C’est un dossier qui pollue le bon fonctionnement de tout, qui mobilise des forces de police qui auraient bien d’autres choses à faire. Elle en a un peu ras la casquette », dit Michel Thuault.

À Saumur, une délégation est vite reçue pendant que le reste du groupe sirote du vin chaud au rez-de-chaussée. « Le sous-préfet nous a même filé sa carte de visite après une grosse demi-heure de discussion. Et, promis juré, il remontera tout ce qu’on lui a dit avant le coucher du soleil. On a eu un échange un peu vif sur ce qu’il appelle des “individus violents”, mais on lui a rappelé la mort de Rémi Fraisse à Sivens. Et on lui a souligné que la Zad, gelée depuis 40 ans [par le projet d’aéroport] est sauvegardée de l’industrie et du béton, elle offre un terrain à de belles expérimentations agricoles et innovantes. Le sous-préfet a aussi lâché que, selon lui, tous les recours ne sont pas encore utilisés », rapporte Alain Guiffes, producteur laitier bio « Tout le monde sait que c’est une lutte qui va durer longtemps. On pense au Larzac, bien sûr. En tous cas, il faut garder ce qu’il y a de positif, les bonnes relations entre les paysans d’origine et les zadistes qui ont des projets agricoles concrets. »

 

Un échantillon de la vigueur de la mobilisation 

Ils étaient une cinquantaine à Redon, vingt-cinq à Saumur, une trentaine à Ancenis, une quarantaine à Saint-Nazaire, une trentaine à Segré - plus une poule picorant le bitume et volant dans les plumes des élus régionaux « qui jettent de l’huile sur le feu », évoquant Bruno Retailleau, le nouveau président de la région Pays de la Loire, qui réclame instamment l’évacuation de la Zad. Les manifestant veulent croire qu’« il y a des voies médianes, qu’il y a matière à débat et au dialogue, où chacun peut trouver une porte de sortie ». À Cholet, l’action a été menée par une quarantaine de personnes. « Le double de ce qui était prévu. Pas mal pour une opération improvisée le matin même en passant deux ou trois coups de fil ! » note un militant.

L’autre message du jour est non verbal : c’est un échantillon de la vigueur de la mobilisation...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Notre Dame des Landes
commenter cet article
5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:55

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Pollution

Vivre au sein d’une famille zéro déchet : un nouveau luxe pas si contraignant

par

 

 

 

Terminées les poubelles qui débordent tous les deux jours : produire moins de cinq kilos de déchets par an, soit cent fois moins que la plupart des Français, est tout à fait possible. Et même avec des enfants. Une famille de la région nantaise réalise cette prouesse depuis quelques années. Sans frustrations et en mangeant bien. Leur secret ? Refuser l’inutile, réduire la quantité de ce que l’on possède et achète, réutiliser, recycler, composter, et quelques bons réflexes lors des courses. Récit de l’intérieur.

Dans la famille Poirier, il y a la mère, le père, trois enfants, un chat et … très peu de déchets. Installés à proximité de Nantes, Claire, Emmanuel, Matthias, Elsa et Jade génèrent chacun cinq kilos de déchets par an. Soit presque cinquante fois moins que ce que jettent en moyenne la plupart des Français dans leurs poubelles ! [1] Une belle performance. Mais quel est leur secret ?

Tout commence il y a six ans. « À cette période, nos revenus ont diminué, retrace Claire. Mon mari est licencié puis il retrouve une activité qui lui rapporte trois fois moins. De mon côté, je décide de me mettre en congé parental pour m’occuper de nos deux filles. » Habituée à consommer sans trop compter, la famille doit revoir son organisation. Les Poirier se tournent d’abord vers les premiers prix proposés en grande distribution et en discount, mais n’en sont pas satisfaits. « On trouvait que les conserves étaient de mauvaise qualité, que les produits étaient trop gras », se souvient Claire.

 

Mieux manger pour moins cher

« On a donc réfléchi et décidé de faire autrement. Nous avons la chance d’habiter à la campagne, dans un village où il y a une Amap [2] qui propose des légumes bio et pas trop chers. Cela nous plaisait de faire vivre un maraîcher du coin. » Claire retrouve alors le goût des légumes de son enfance, tirés du potager que son père cultivait. « Nous avons ensuite trouvé des plans pour acheter des colis de viande directement aux producteurs. Avec toujours ce souci de trouver des produits de bonne qualité à des prix pas trop élevés. Nous avons aussi réduit les quantités consommées. Nos portions de viande sont passées de 150 à 110 grammes, environ. Mais elle fond moins à la cuisson, donc on s’y retrouve. »

Alors que la famille Poirier se met aux légumes bio et locaux, leur commune lance une taxe incitative pour les ordures ménagères. « On paie en fonction du volume produit, explique Claire. Cela nous a poussés à réfléchir sur notre production de déchets. » Pour ne pas dépasser les douze conteneurs de 180 litres par an, le forfait le moins cher proposé par la commune, la famille réorganise un peu la maison. « Pour optimiser le tri, on a mis le sceau à compost sous l’évier, et changé les poubelles de place, de façon à ce qu’elles soient plus accessibles, pour que le tri se fasse vraiment à chaque fois que l’on jette quelque chose. »

 

Bocaux et sacs en tissu pour les courses

Claire et sa petite troupe descendent à 20 kilos de déchets par personne et par an, alors que la moyenne nationale s’élève à 230 kilos de déchets environ ! Mais la jeune femme est décidée à faire mieux. Elle fait des recherches et tombe sur le livre de Béa Johnson, Zéro déchet, comment j’ai réalisé 40 % d’économie en réduisant mes déchets à un litre par an ! Dans cet ouvrage témoignage, une Française, installée aux États-Unis avec sa famille, raconte comment elle est parvenue à réduire considérablement ses déchets du quotidien. Aujourd’hui les déchets annuels des Johnson tiennent dans un bocal de... un litre !

En janvier 2014, Claire fait ses premiers pas de consommatrice zéro déchet. « Je suis assez timide et j’ai dû prendre sur moi pour oser demander aux commerçants de mettre leurs produits dans mes boîtes et bocaux plutôt que dans leurs papiers et plastiques. » Elle commence donc par la petite boutique bio de son village, en choisissant un moment où il n’y a pas trop de clients pour avoir le temps d’expliquer sa démarche. Puis elle enchaîne sur le marché. À chaque fois, l’accueil est chaleureux. Le marchand de poulets s’est vite habitué à sa grande boîte à gâteaux, et le crémier à ses bocaux. « Une fois, chez le poissonnier, j’ai eu affaire à un salarié qui ne me connaissait pas. Quand je lui ai tendu mon bocal pour qu’il y pose les filets, il m’a regardée avec un air très étonné : Ah bon ! Sans papier ? Vous êtes sûre ? Il a eu un échange rapide avec son collègue sur le sujet. Ce sont de petits moments très intéressants. »

 

Expliquer encore et encore

Claire a aussi fait des essais en grande surface, en tendant des boîtes en plastique pour transporter jambon et fromage. « Mais la personne n’a pas du tout compris ce que je voulais. On a eu un véritable échange de sourdes, c’était très désagréable, pour elle comme pour moi. En plus, cela a aussi été compliqué en caisse. Mais je sais que dans certaines grandes surfaces, cela ne pose aucun problème. » Au marché, c’est plus facile. « Beaucoup de personnes âgées viennent avec des sacs qu’elles réutilisent. En grande surface, c’est très rare, voire inexistant. A-t-on déjà vu des gens ramener leurs sacs en plastique pour y remettre des fruits ou des légumes ? Ce sont des gestes que l’on a perdus. »

En plus de ses boîtes et bocaux, Claire s’est fabriqué des sacs en tissu de diverses tailles, qu’elle remplit une fois par mois à la « biocoop » de Nantes, avec des produits secs – pâtes, riz, légumineuses – proposés en vrac [3]. « Une fois tous les quinze jours, je vais aussi au drive de la grande surface qui est près de chez moi pour acheter ce que je ne trouve pas sans emballages : du lait, quelques conserves, des jus de fruits. Je ne rentre jamais dans le magasin, cela m’évite d’être tentée. » Elle se souvient de l’époque, pas si lointaine, où elle passait deux heures par semaine en grande surface, quand elle arpentait tous les rayons « pour être sûre de ne rien oublier ». « Je passais beaucoup de temps dans les rayons promos. Du coup, j’achetais des choses dont je n’avais pas vraiment besoin : vêtements, petits ustensiles de cuisine, déco, etc. En fait, on a amélioré notre consommation alimentaire et on a réduit nos autres achats. »

 

Refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter

La famille Poirier s’est vite habituée à la « règle des cinq R », résumée par Béa Johnson : refuser (ce dont nous n’avons pas besoin), réduire (ce dont nous avons besoin), réutiliser, recycler, composter (on dit rot en anglais). « On diffère au maximum les achats, dit Claire, histoire de s’assurer que l’on en a vraiment besoin. On privilégie au maximum l’occasion, même pour les cadeaux. » Claire et Emmanuel ont réalisé que, chaque année au moment de Noël, ils se demandaient quoi offrir à leurs enfants, s’apercevant qu’ils n’avaient besoin de rien. « Il ne s’agit pas de ne pas fêter Noël, nous n’avons pas envie de les frustrer. Mais nous avons largement réduit la quantité de cadeaux. Cela dit, on ne trouve pas de solutions pour tout. Cette année, le grand a eu la console de jeux, dont il rêvait. »

Claire reconnaît qu’avec un ado, la démarche zéro déchet est parfois compliquée. « En plus, le mien a connu la période où j’allais en magasin lui acheter des gâteaux qu’il adorait... Il a dû prendre de nouvelles habitudes. En même temps, il perçoit très bien l’enjeu environnemental. » Quand sa mère lui cuisine des gâteaux, il lui arrive même de dire qu’il les préfère à ceux vendus en grande surface, « même si je soupçonne que ce n’est pas tout à fait vrai », glisse Claire. Il y a, bien sûr, des sujets de tension. Pour les vêtements par exemple. « Je trouve presque tout en braderie pour mes filles, mais, pour un enfant de 14 ans, c’est plus rare. Il y a en plus une forte pression sociale au collège, qui oblige les enfants à porter des marques. » Claire et Emmanuel font donc un effort pour Matthias, en lui achetant des vêtements de marque neufs. « Mais il en a moins, ce qui entre aussi dans la démarche zéro déchet. »

 

Un anniversaire sans déchets, c’est possible !

« Pour que cela fonctionne, il faut prendre le temps d’échanger, d’expliquer et de s’organiser à l’avance », analyse Claire. Il y a quelques temps, le jeune homme a voulu organiser une petite fête pour son anniversaire. Ses parents ont accepté à condition que cela ne pèse pas trop lourd dans la poubelle. « Nous avons acheté un kilo de bonbons en vrac à Nantes, nous avons trouvé des recettes pour faire des petits toasts maison », décrit Claire.

Mais Matthias rêvait de petits gâteaux que l’on ne trouve qu’en paquets jetables. « Je me suis d’abord fermement opposée à cet achat, avant de revenir sur ma décision, me disant que c’était son anniversaire et qu’il fallait lui faire plaisir. L’objectif, ce n’est pas non plus de le dégoûter de la démarche, et qu’il ait envie de tout arrêter une fois qu’il quittera la maison. » Entretemps, l’ado s’était décidé pour des pop-corns. « On a donc acheté du maïs à pop-corn en vrac et avons réussi à organiser sa fête comme il l’entendait, mais sans déchets. »

 

« J’achète local, je valorise donc aussi des emplois »

Béa Johnson, qui s’inspire elle-même du film et du blog No Impact Man, insiste beaucoup sur la prévention des déchets. No impact Man raconte comment Colin Beavan, américain et jeune père de famille, vivant au neuvième étage d’un building de Manhattan, a relevé le défi de vivre un an en réduisant au maximum son empreinte environnementale. Pas d’ascenseur, pas de réfrigérateur, pas de transport motorisé, pas de plats préparés, etc. L’expérience menée en 2009 a depuis beaucoup essaimé : un mouvement international « No Impact Project » est né, qui reprend les méthodes mises en place par Colin Beavan.

« Avant, je me concentrais plutôt sur le traitement de ces déchets, reprend Claire. Je me disais que je n’avais pas le choix, que si j’avais un fort impact écologique, ce n’était pas de ma faute, que les politiciens n’avaient qu’à changer les règles en imposant moins de plastiques. Je ne faisais pas le lien entre mon mode de consommation et ma production de déchets. » Claire croise parfois des esprits chagrins qui lui disent qu’elle va détruire l’économie. « On nous rabâche tellement que, pour qu’il y ait des emplois, il faut de la croissance et de la consommation. Mais je réponds que j’achète local, et valorise donc aussi des emplois, sans doute pas les mêmes... »

La jeune mère de famille reçoit surtout beaucoup d’encouragements des clients, des commerçants, de ses proches. « Je suis le mouvement de zéro déchet, et je vois que cela a de plus en plus de succès. » Johanna Le Mau, jeune entrepreneuse nantaise qui s’apprête à ouvrir Ô Bocal, une boutique sans emballages, confirme :« Le réseau des acteurs du vrac, porté notamment par le mouvement Zero Waste France, est en plein développement. Fin 2015, nous étions 150 porteurs de projets ! »

 

« Je ne reviendrai certainement pas en arrière »

« À la maison, on ne trouve pas de solutions pour tout », tempère Claire. Des déchets entrent chez elle contre son gré : la pub dans la boîte aux lettres, ce que les enfants ramènent de l’école ou ce que la famille et les amis offrent à différentes occasions. « Aujourd’hui, nous produisons l’équivalent de 3 containers par an, soit 5 kilos par personne et par an. » Bien moins que la moyenne des Français, qui produisent 365 kg d’ordures ménagères (poubelles et tri) chaque année [4]. Le défi de Claire, en 2016, vise à passer à 2 conteneurs par an. Soit 16 litres pour toute la famille, 100 fois moins que la moyenne nationale !

« Je suis tellement contente de m’être lancée dans cette démarche, résume-t-elle. Je suis désormais moins attachée aux choses, et moins attachée aussi à mon apparence, même si j’aime être bien habillée. Paradoxalement, j’ai moins de frustrations. Avant, je ne me posais pas la question de savoir si je pouvais acheter ou non. Je pensais que c’était un luxe. Aujourd’hui, mon luxe, c’est que je n’ai plus besoin d’acheter tout le temps des choses. Je ne reviendrai certainement pas en arrière. » Elle se sent libérée de la prison consommation [[Voir le blog de Claire ici].].

Nolwenn Weiler

Photo : CC US Department of Agriculture

Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
commenter cet article
5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:40

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Scandale sanitaire

Pourquoi le ministère de l’Agriculture continue-t-il d’entraver les alternatives aux pesticides ?

par , Sophie Chapelle

 

 

L’enquête de Cash Investigation diffusée le 2 février rappelle un scandale sanitaire toujours à l’œuvre : les pesticides cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques qui sont déversés par milliers de tonnes chaque année, dans tous les départements. Qu’en est-il des alternatives à ces molécules chimiques de synthèse ? La loi d’avenir agricole de juillet 2014 devait favoriser la commercialisation des préparations naturelles comme le vinaigre blanc, le sucre ou l’argile. Or, le décret permettant leur mise sur le marché traîne au milieu des piles de dossiers du ministère... À ce jour, pulvériser sur ses cultures une tisane de plantes reste passible de poursuites. Quant à l’agriculture bio, sans pesticides, elle n’est pas suffisamment soutenue.

La France reste le premier consommateur de pesticides en Europe et le troisième au niveau mondial. Selon les informations recueillies par les équipes de Cash Investigation et de francetv info, près de 100 000 tonnes de pesticides très toxiques sont épandus en France dans les champs, les vignes ou les vergers. Sur la base de données confidentielles provenant du ministère de l’Écologie, Cash Investigation a identifié 71 substances jugées « dangereuses » ou « potentiellement dangereuses » par différents organismes [1]. C’est en Gironde, dans la Marne et en Loire-Atlantique qu’est épandue la plus grande quantité de pesticides (en noir sur la carte) [2] :

 

JPEG - 83.9 ko
© Cash Investigation - France 2 - Premières Lignes

 

Qu’entend t-on exactement par « substances dangereuses » ? La carte ci-dessus recense les pesticides qualifiés de « CMR » (cancérogène, mutagène, reprotoxique) ou contenant des perturbateurs endocriniens (un poison qui attaque les hormones). Ces molécules peuvent entrainer un cancer, des mutations génétiques, des possibilités de stérilité, voire plusieurs de ces effets à la fois. Contrairement aux autres toxiques, ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais plutôt le moment. Ainsi, l’exposition des fœtus aux perturbateurs endocriniens présente le plus grand risque, car l’organisme est en pleine formation. Les effets d’une exposition in utero peuvent se voir à la naissance, avec par exemple des malformations génitales, mais aussi des années plus tard avec l’apparition de cancers, de diabètes, de problèmes d’obésité ou d’infertilité.

 

Des pesticides dans les cours d’école

Ces effets néfastes sont désormais très documentés, mais la bataille pour établir le lien entre les pesticides et leurs conséquences sanitaires est loin d’être gagnée. Les agriculteurs malades qui osent désormais briser l’omerta, et tentent de faire reconnaître leurs cancers comme maladies professionnelles sont confrontés à de véritables parcours du combattant. Idem pour les ouvriers agricoles malades et leurs familles contaminées. Les professionnels de l’agriculture ne sont pas les seules victimes des pesticides qu’ils épandent. On estime que 40 à 60% des produits pulvérisés n’atteignent pas le sol, et restent en suspension dans l’air... Ainsi, dans les communes viticoles, particulièrement consommatrices de produits phytosanitaires, l’atmosphère est souvent chargée en chimie, et pas seulement dans les champs [3].

Il arrive ainsi que des vignes soient plantées au pied des écoles, ce qui inquiète certains parents d’élèves et élus. Dans la commune viticole de Preignac, en Gironde, quatre enfants ont été atteints d’un cancer entre 1990 et 2012, soit cinq fois plus que la moyenne nationale qui se devrait se situer – vu le nombre d’enfants sur la commune – à un seul cancer infantile. Le maire a tiré la sonnette d’alarme, et réclamé une enquête, en plus d’intervenir auprès des viticulteurs pour qu’ils cessent de traiter pendant les heures de récréation (!). Réponse de l’Institut national de veille sanitaire qui s’est penché sur ces cas : la contribution des pesticides « ne peut être exclue »... (lire notre article).

 

Comment évaluer des « substances dangereuses » ?

Derrière la prudence des institutions publiques, se cachent parfois des conflits d’intérêts, notamment au niveau européen, et plus particulièrement au sein de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Près de 60 % des experts de l’Efsa sont en situation de conflits d’intérêts selon l’ONG Corporate Europe Observatory et la journaliste Stéphane Horel (lire notre article). Or, les avis de l’Efsa sont censés éclairer la Commission européenne, qui décide, ou non, d’autoriser des substances. L’Efsa a fait beaucoup parler d’elle en novembre dernier, en émettant de sérieux doutes sur la toxicité cancérigène du glyphosate, ingrédient principal du désherbant roundup. Six mois plus tôt, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) ajoutait pourtant le roundup dans sa liste des substances « cancérogènes probables ». Pourquoi une telle divergence ? L’agence européenne n’a tout simplement pas pris en compte les études concernant les effets cumulés du glyphosate avec d’autres substances, ce qui est le cas dans le Round Up et lui donne son caractère toxique.

En France, le ministère de l’Agriculture a décidé de confier en 2014 l’évaluation et l’autorisation des pesticides à un seul et même organisme, l’Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Avant, l’Anses se contentait d’évaluer des produits que le ministère de l’Agriculture décidait ou non d’autoriser. Cette responsabilité revient maintenant aux experts, pas toujours à l’abri des conflits d’intérêts.

 

L’agriculture bio insuffisamment soutenue

Pour fuir le tout chimique, de plus en plus de consommateurs se tournent vers les produits issus de l’agriculture biologique. Le marché augmente en France de 10% par an. De nombreux agriculteurs souhaitent se convertir à ces modes de production. Mais la surface agricole utile cultivée sans phytos reste très faible en France (moins de 5%). « Les aides aux changements de pratiques, et en particulier à la conversion à l’agriculture biologique, sont aujourd’hui insuffisantes pour accompagner tous ceux qui veulent franchir le pas », estiment la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) et Greenpeace, dans un communiqué faisant suite au documentaire de Cash Investigation. « Les sommes allouées sur la période 2015-2020 pour la conversion par l’État et les régions seront dès cette année insuffisantes. Ainsi certaines enveloppes vont être consommées en deux ans alors qu’elles étaient prévues pour cinq ans. Par ailleurs, les aides dites de « maintien », qui rémunèrent le service environnemental rendu par les agriculteurs bio pour la dépollution des sols, de l’air et de l’eau, sont dans certains cas menacées de suppression ! »

Autre terrain de lutte : l’obtention du droit d’utiliser des préparations naturelles dites « peu préoccupantes », type purin d’ortie ou vinaigre blanc. « On peut boire une tisane de plantes, mais la pulvériser sur ses cultures est passible de poursuites », nous confiaient des militants lors d’un épandage d’une décoction de prêle sur des vergers (lire notre reportage). Impossible pour les professionnels d’utiliser officiellement le vinaigre blanc alors qu’il peut servir de répulsif contre les insectes, ou le sucre qui permettrait pourtant de réduire de moitié la dose de cuivre selon des arboriculteurs... « Les paysans n’ont pas le droit d’utiliser ce type de produits, même chez eux », expliquait Jean-François Lyphout qui préside une association défendant l’utilisation de ces préparations naturelles dites « peu préoccupantes » (Aspro-PNPP). « Selon la réglementation en vigueur, si l’agriculteur passe ces produits sur sa production, celle-ci peut être saisie et les produits peuvent être retirés de la vente » (Voir nos précédents articles).

 

Un décret sous pression des lobbies chimiques ?

Il a fallu une intense pression citoyenne pour obtenir des députés et sénateurs la possibilité de développer ces alternatives aux pesticides de synthèse. En juillet 2014, un pas législatif a été franchi avec l’adoption de la loi d’avenir agricole qui reconnaît un régime simplifié pour l’utilisation et la commercialisation des PNPP, comme le purin d’ortie, de prêle mais aussi l’argile ou le vinaigre blanc (lire notre article). Suite à cette loi, les préparations naturelles ne devaient plus être soumises aux mêmes règles que les substances chimiques de synthèse pour être mises sur le marché. L’homologation se révélait jusque-là non seulement coûteuse – 40 000 euros en moyenne pour le dépôt d’un dossier – mais aussi très chronophage – plusieurs années pour obtenir l’homologation. Cette simplification est demeurée virtuelle...

Car un an et demi plus tard, le ministère de l’Agriculture n’a toujours pas publié le décret qui doit dresser la liste des produits naturels entrant dans la catégorie « biostimulants ». La direction générale de l’alimentation en charge du dossier n’a, pour l’heure, pas donné suite aux sollicitations de Basta ! pour expliquer ce délai. Selon une source, ce projet serait actuellement expertisé par le service des affaires juridiques du ministère... « Ils ne cessent de repousser la publication du décret mais on ne va pas les lâcher », confie le sénateur écologiste Joël Labbé qui a obtenu l’interdiction de l’usage des pesticides par les collectivités locales. « On soupçonne le lobbying des firmes de vouloir éviter que ces produits naturels ne viennent concurrencer leurs produits chimiques sur le marché. » « Tant que le décret n’est pas publié, la pulvérisation sur les cultures d’une tisane de plantes reste passible de poursuites », complète Jean-François Lyphout de l’Aspro-Pnpp.

 

Continuer à se battre

Ce manque de volonté politique s’est récemment traduit par le refus des sénateurs d’interdire l’utilisation des néonicotinoïdes, famille d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes, lors de l’examen de la loi sur la biodiversité le 22 janvier. Sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas, à l’image de ces riverains corréziens reconnus « victimes des pesticides » par le tribunal correctionnel de Brive après quatre ans de procédures (voir ici). Ou la détermination de Paul François, céréalier en Charente, contre le géant Monsanto (voir là). Les plaintes au pénal se multiplient : une salariée agricole du Limousin dénonce le non respect des règles de sécurité liées à l’usage des pesticides, et la famille d’un viticulteur porte plainte contre X pour « homicide involontaire, omission de porter secours, abstention délictueuse et délit de tromperie ».

Face aux blocages administratifs, des villes comme Paris prennent également les devants. Pour réduire l’exposition aux pesticides des jardiniers, deux adjoints d’Anne Hidalgo ont demandé à la Commission européenne d’autoriser l’usage du vinaigre blanc pour désinfecter les outils horticoles. Un règlement européen a fini par être publié, permettant l’usage du vinaigre blanc depuis juillet 2015 comme fongicide et bactéricide... Sans que la Ville de Paris ne précise combien la demande d’homologation avait coûté. Le recours pour les professionnels à des préparations naturelles dites peu préoccupantes continue donc de relever du parcours du combattant. Seule consolation en attendant la publication du décret : vous pouvez continuer à assaisonner en toute légalité votre salade avec de l’huile et du vinaigre...

@Sophie_Chapelle et @Nolwenn Weiler

 

Pour aller plus loin :
- Pesticides : le changement, c’est pour quand ?
- Pourquoi tous les gouvernements échouent à réduire la présence des pesticides
- « Face à l’industrie chimique, tout le monde est tétanisé » : notre entretien avec le journaliste Fabrice Nicolino sur son livre Un empoisonnement universel
- « À Bruxelles, la vie des personnes est moins prioritaire que la bonne santé de l’industrie chimique » : notre entretien avec la journaliste Stéphane Horel sur son livre Intoxications

Photo de Une : CC Pascal Ruyskart

Notes

[1L’Environmental Protection Agency aux États-Unis notamment, la base de données gérée par la Commission européenne ou le Centre international de recherche sur le cancer dépendant de l’Organisation mondiale de la Santé.

[2Entre 2008 et 2013. Si vous souhaitez connaître le détail des cinq pesticides dangereux les plus vendus près de chez vous, leur mode d’utilisation et les risques qu’ils comportent, cliquez sur la carte.

[3La vigne ne représente que 3,7% de la surface agricole utile mais consomme près de 20% (en masse) des pesticides pulvérisés chaque année en France.

 

Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

 

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:27

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

«Les Cartels du lait»: Le Foll, ministre sous influence

5 février 2016 | Par La rédaction de Mediapart

 

 

En juillet dernier, le ministre de l’agriculture a cédé au lobby agroalimentaire en faisant pression sur sa collègue de la santé Marisol Touraine contre le projet d’étiquetage nutritionnel préconisé par ses services. Un livre Les Cartels du lait dévoile les courriers et les notes internes des lobbyistes de l’industrie.

Qui a donc tenu la main du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll ? Un membre de son cabinet ? Un directeur de l’administration centrale chargé de l’agroalimentaire ? Ou encore quelqu’un d’autre ? Le 8 juillet 2015, Stéphane Le Foll décide de s’opposer par écrit au projet d’étiquetage nutritionnel que sa collègue et ministre de la santé Marisol Touraine défend depuis plus d’un an. Une étiquette faite d’une gamme de cinq couleurs, qui pourrait classer en rouge les produits à plus faible valeur nutritionnelle. Stéphane Le Foll, qui n’a aucune responsabilité ni compétence en matière de santé publique, rejoint ainsi la stratégie d’une puissante organisation professionnelle qui s’oppose pied à pied aux projets de prévention nutritionnelle de la ministre de la santé : l’Ania (Association nationale des industries alimentaires).

 

couv2 couv2
 

Dans leur livre Les Cartels du lait (éditions Don Quichotte), paru en librairie le 4 février, les journalistes Elsa Casalegno (France Agricole), Karl Laske (Mediapart) et Nicolas Cori (Les Jours) dévoilent les courriers et les notes internes des lobbyistes de l’industrie qui ont forcé la main du ministre.

 

Basée boulevard Malesherbes à Paris, l’Ania réunit les patrons des plus importants groupes laitiers de l’Hexagone : Antoine Fiévet, PDG du groupe Bel, Olivier Delamea, directeur général de Danone produits frais, Michel Nalet, directeur des relations extérieures du groupe Lactalis, Jean-Paul Torris, directeur général délégué de Savencia (ex-Bongrain), Richard Girardot, PDG de Nestlé France, et Frédéric Rostand, directeur général du géant coopératif Sodiaal. De 2004 à 2013, l’Ania a eu à sa tête l’ancien DGRH de Danone, Jean-René Buisson, connu comme le « porte-flingue » de la famille Riboud. Chargé de la fermeture des usines du groupe – Kanterbräu, Kronenbourg, Lu… – ce dirigeant musclé se souvenait d’avoir appris « à mener une compagnie de CRS au talkie-walkie », tandis que des salariés écrasaient symboliquement des buissons avec des camions devant les usines. En 2013, Buisson a été remplacé par un patron de PME, fabricant d’ingrédients pour la meunerie et la boulangerie, Jean-Philippe Girard. Mais la ligne de l’Ania est restée la même : inflexible.

Dans une synthèse du mois de septembre, l’Ania se fixe plusieurs objectifs : « Pas d’interdiction de la publicité enfants. Pas d’interdiction des promotions. Pas d’élargissement de l’interdiction des distributeurs automatiques (hôpitaux, administrations…). »

 

Les objectifs de l'Ania en matière de réglementation résumés par ses lobbyistes. © DR Les objectifs de l'Ania en matière de réglementation résumés par ses lobbyistes. © DR

 

L’Ania se mobilise aussi pour influencer le Programme national de prévention nutrition santé (PNNS), en vue de « faire passer » leurs « positions aux administrations concernées » et « aux membres du comité de pilotage du PNNS » pour « obtenir des nouveaux repères et messages sanitaires non stigmatisants ».

 

Les objectifs de l'Ania en matière de publicité, résumés par son équipe de lobbyistes. © DR Les objectifs de l'Ania en matière de publicité, résumés par son équipe de lobbyistes. © DR

 

Le sujet qui fâche l’industrie reste le projet d’étiquetage nutritionnel qui va découler de la loi sur la modernisation du système de santé défendue par Marisol Touraine. L’article 5 du projet de loi vise à créer une « déclaration nutritionnelle obligatoire », « accompagnée d’une présentation », « au moyen de graphiques ou symboles sur la face avant des emballages » pour faciliter « l’information du consommateur et l’aider à choisir en toute connaissance de cause » – conformément au règlement européen UE 1169/2011 (règlement Inco) concernant l’information du consommateur sur les denrées alimentaires. Or, jusqu’à aujourd’hui la ministre de la santé retient la préconisation du professeur Serge Hercberg, épidémiologiste de la nutrition, et coordinateur, depuis 2001, des programmes de prévention nutritionnelle, qui propose d’installer un code à cinq couleurs, dit 5-C, en classant, par des pastilles allant du vert au rouge, les produits alimentaires selon leur qualité nutritionnelle – définie par une formule et un calcul établissant un score. Mais elle s’inscrit aussi dans un processus réglementaire européen qui rend obligatoire, d’ici au 13 décembre 2016, l’étiquetage nutritionnel uniformisé sur les denrées alimentaires – sans toutefois imposer de simplification ou d’orientation nutritionnelle.

 

L'étiquetage 5 Couleurs. © DR L'étiquetage 5 Couleurs. © DR

 

Cette proposition du système 5-C en France a été présentée, fin 2013, par le professeur Hercberg, dans son rapport à la ministre de la santé sur les mesures de prévention nutritionnelle à mettre en œuvre dans le cadre du futur programme national de prévention santé (PNNS). Ce classement à cinq couleurs repose sur le calcul d’un score de qualité, élaboré par la Food Standards Agency – l’autorité de sécurité alimentaire du Royaume-Uni – qui prend en compte pour 100 grammes de produit les éléments favorables (protéines, fibres, pourcentage de fruits, légumes, légumineuses et fruits oléagineux) et défavorables (calories, sucres simples, acides gras saturés, sodium) pour définir un indicateur unique de la qualité nutritionnelle de l’aliment.

« C’est une mécanique anglaise, basé sur un algorithme très compliqué, qui présente l’intérêt de pondérer tous ces nutriments en plus et en moins, explique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC Que Choisir. C’est un back-office, un moteur qui a fait ses preuves sur lequel Serge Hercberg a mis une carrosserie neuve qui le rend plus simple : les cinq couleurs. On a une seule information colorée, qui peut prendre cinq couleurs différentes. Cela marche très bien. On l’a testé en février. On voit tout de suite en un coup d’œil la qualité nutritionnelle de ces produits ; et c’est probablement ce qui contrarie l’industrie agroalimentaire. »

 

« Opposition totale au système de score nutritionnel et de pastilles de couleurs stigmatisantes »

L’Ania se mobilise très tôt contre cette proposition, n’hésitant pas à s’allier avec son adversaire habituel, la puissante Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Le 25 novembre 2014, l’association des industriels organise une réunion avec la FCD pour examiner les possibilités d’actions communes. L’objet de la réunion est « très confidentiel », selon un procès-verbal établi par l’Ania. Les lobbyistes des deux camps ne veulent « pas de sortie médiatique ». Leur idée est de se saisir d’un contre-projet, celui de Carrefour, fondé sur des fréquences idéales de consommation – et contesté par les professionnels de santé.

 

Procès verbal de la réunion de concertation des industriels et de la distribution en 2014. © DR Procès verbal de la réunion de concertation des industriels et de la distribution en 2014. © DR

 

Le véhicule projet de logo élaboré par Carrefour, baptisé « À quelle fréquence », devient le véhicule de la contre-offensive. C’est un système d’étiquetage nutritionnel à quatre couleurs au lieu de cinq. « L’algorithme n’a pas été dévoilé, déplore l’expert de Que Choisir. Et Carrefour a expliqué qu’il procédait à des ajustements selon ce qu’ils appelaient “le bon sens nutritionnel”. Des fréquences de consommation – entre une, deux ou trois fois par jour – sont associées à chaque couleur. On a vu une pizza au fromage qui d’après l’étiquette pouvait être consommée 1 fois par jour… Le dessert Stracciatella "deux fois par jour", et la boîte de petits pois "trois fois par jour". Par ailleurs, les couleurs ne sont pas logiques : il y a du bleu et du mauve qui ne correspondent à rien. Et le rouge a été supprimé. » Le projet de Carrefour provoque une levée de boucliers. En octobre 2014, les sociétés savantes soulignent que « les messages d’accompagnement de type prescriptif (une fois par jour, deux fois par jour, trois fois par jour) sont indéfendables sur le plan scientifique ». « Les seuils, la forme et les messages ont été fixés sans aucune validation scientifique par des experts indépendants », relèvent-elles.

 

Le logo Le logo "A quelle fréquence" préconisé par Carrefour et soutenu par l'Ania © DR

 

Le 19 février 2015, le conseil d’administration de l’Ania fixe le cap : « Opposition totale au système de score nutritionnel et de pastilles de couleurs stigmatisantes proposé par le professeur Hercberg. » Le débat sur le projet de loi, prévu courant mars, donne lieu à d’intenses préparatifs au siège de l’Ania, qui a rédigé des amendements « pour contribuer au débat ». Dans un mail à leurs soutiens, les industriels réaffirment leur objectif : « Combattre les systèmes type score nutritionnel-pastilles de couleurs-traffic lights [appellation anglo-saxonne du système]. » Et dans ce but, « mettre tout en œuvre pour maintenir la cohésion de la filière entre nous et avec la FCD-distributeurs ».

Dans un dossier communiqué aux parlementaires amis (lire ci-dessous), l’Ania diffuse sept projets d’amendement sur papier à en-tête de l’Assemblée nationale, mais sans date, ni numéro, ni auteur. Elle obtient que le groupe UMP en présente deux en commission, le 25 mars 2015. Les amendements 197 et 198, et leur mise en perspective – présentés entre autres par les anciens ministres Bruno Le Maire, Hervé Gaymard, Dominique Bussereau, Xavier Bertrand, Éric Woerth, Valérie Pécresse… – sont la recopie à peine modifiée des modèles établis par l’Ania. L’amendement 197 vise à inscrire dans la loi « l’avis du Conseil national de l’alimentation » au moment du choix du fameux étiquetage. L’Ania et la FCD siègent dans cette instance consultative étroitement gérée par le ministère de l’agriculture aux côtés d’autres organisations socioprofessionnelles, mais elles y sont toujours très écoutées. L’amendement 198 vise à inscrire dans la loi « la promotion du modèle alimentaire français ». Ces amendements sont soutenus et rejetés à l’Assemblée le 31 mars. L’un d’eux sera repris et quand même adopté au Sénat le 14 septembre.

 

 

Après vote de la loi en première lecture, le lobbying repart à l’offensive. Il est piloté par le groupe « politiques nutritionnelles » de l’Ania, présidé par Bruno Thévenin, directeur général de PepsiCo France, chargé de la veille « tant sur les risques de taxes, de restriction de publicité ou encore de logos nutritionnels ». Les taxes… C’est le sujet qui inquiète vraiment. En effet, outre l’étiquetage nutritionnel, retenu dans son principe par la ministre de la santé et les rapporteurs du projet de loi, Serge Hercberg a proposé d’utiliser les calculs obtenus par l’algorithme pour « mettre en place un système de taxation conditionnelle et proportionnelle pour les aliments dont la qualité nutritionnelle est la moins favorable », couplée à « une réduction de la TVA pour ceux dont la qualité nutritionnelle est la plus favorable ». L’objectif est de faciliter l’accès aux meilleurs aliments, et d’inciter les industriels à améliorer leurs produits. La mesure n’a pas été retenue par les pouvoirs publics, à peine sortis de la crise de l’écotaxe. Mais elle est dans tous les esprits.

Le groupe « politiques nutritionnelles » de l’Ania s’est donc concentré sur les deux « risques » qui figurent à ses yeux dans le projet de loi santé tel que présenté par le gouvernement : « L’article 4 – lutte contre l’alcoolisation excessive des jeunes ; L’article 5 – proposition d’un étiquetage nutritionnel complémentaire. »

Le 6 mai, « une réunion bilatérale » a lieu entre l’Ania et la Direction générale de la santé (DGS). Les industriels réaffirment leur opposition aux cinq couleurs. Mais ils soutiennent la création d’un groupe de travail au ministère de la santé, et proposent aussitôt les noms de six experts qui leur sont proches pour y prendre part. « Il est parfaitement clair que le système proposé par le professeur Hercberg fait l’unanimité contre lui : à notre connaissance, aucun industriel ou distributeur n’y est favorable », écrit peu après la directrice générale de l’Ania, Catherine Chapalain, au DGS.

Sur les différents fronts qu’elle a ouverts, les efforts de l’Ania portent leurs fruits. Le Conseil national de l’alimentation (CNA), qui a déjà été mis dans la boucle du lobbying des industriels, décide de prendre position à travers un courrier de son président à Marisol Touraine le 20 mai 2015, et une « note de questionnement » qui demande, en juin, aux pouvoirs publics de « prendre le temps d’étudier les différentes options possibles ». En particulier l’option alternative soutenue par l’Ania et la FCD.

 

« Le système 5-C m'apparaît comme une piste qu'il convient d'écarter aujourd'hui » (S. Le Foll)

Le 8 juillet 2015, le ministre de l’agriculture entre à son tour dans la danse et annonce à Marisol Touraine qu’il souhaite « l’alerter » quant aux discussions en cours sur l’étiquetage nutritionnel. De l’avis de Stéphane Le Foll, « deux conditions » paraissent « indispensables à remplir » si le gouvernement « veut pouvoir aboutir » sur ce sujet de santé publique : « L’étiquetage ne doit pas stigmatiser les produits, écrit le ministre de l’agriculture. Le régime alimentaire français s’appuie sur la diversité des produits. Il n’y a pas de produits “interdits” (ou alors ils sont interdits à la commercialisation par anticipation) mais des produits à consommer en plus ou moins grande quantité et plus ou moins régulièrement. »

 

Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture © Reuters Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture © Reuters

 

 

C’est le rouge, bien sûr, qui « stigmatiserait » les produits aux yeux des industriels et du ministre. Stéphane Le Foll explique donc à sa collègue que l’étiquetage « efficace » sera plutôt celui qui donnera l’information sur le « bon usage » et la « fréquence de consommation conseillée ». Il prend donc position pour l'option Carrefour. Il propose de « faire de la pédagogie » « mais sans culpabilisation ».

La seconde condition avancée par le ministre, c’est l’accord de l’industrie : « Dans la mesure où l’usage de l’étiquetage est volontaire, il doit être soutenu par les fabricants de produits alimentaires et par les distributeurs », précise le ministre. Il faut « construire avec les distributeurs et les industriels » une solution « consensuelle et pertinente ». Il poursuit en faisant peser sur certains mots toute son autorité de porte-parole du gouvernement : « Le système dit “5-C” ou “Hercberg” du nom de son principal promoteur, qui semble avoir la faveur de vos services, ne me semble pas de nature à remplir ces conditions et m’apparaît par conséquent comme une piste qu’il convient d’écarter aujourd’hui, même si elle a pu être utile au débat. »

 

 

Le débat est clos pour le ministre de l'agriculture. C’est le sens de sa lettre en forme d’oukase à Marisol Touraine. Tout pourtant semblait présager le contraire. En mars, un rapport d’appui scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a conclu à une « bonne faisabilité » du système 5-C. Fin juin, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a jugé que celui-ci était « le seul » à répondre « aux critères de pertinence et de faisabilité d’un système d’information nutritionnelle synthétique ».

Au mois d’août, une étude réalisée sur un échantillon de 14 230 adultes afin de tester l’effet de quatre signalétiques nutritionnelles apposées sur la face avant des emballages est rendue publique. « Le logo à cinq couleurs (5-C) s’avère être le mieux compris chez l’ensemble des individus », résume cette étude. « Les différentes signalétiques d’information nutritionnelle augmentent de façon significative la capacité des individus, y compris ceux à risque, à classer trois aliments en fonction de leur qualité nutritionnelle, par rapport à une situation sans logo. » Mais le système 5-C a « les meilleures performances y compris chez les individus ayant une alimentation plutôt “défavorable” sur le plan nutritionnel et la santé », et il « augmente, de façon très importante (plus de vingt fois par rapport à la situation sans logo), la capacité des individus n’ayant pas de connaissances en nutrition à classer correctement les produits ».

En septembre, Stéphane Le Foll dévoile son intervention dans ce dossier dans un entretien à LSA-conso.fr. « Au lieu de privilégier un étiquetage avec des couleurs, qui pour certaines renvoient une image négative, nous proposons de privilégier des informations sur la fréquence de consommation, déclare-t-il. Ce système, qui rencontre l’adhésion de l’Ania, permettrait de dire ce qui peut être consommé de façon occasionnelle ou plus régulière. Je l’ai déjà dit à l’Ania : il est temps de se mettre au travail et finaliser ce projet. » 

Non seulement le ministre de l’agriculture ne cache pas son accord avec l’Ania, mais il lui suggère publiquement de se hâter, et de finaliser sa contre-proposition. En choisissant d’avancer main dans la main avec ce lobby industriel, dans ce dossier de santé publique, Stéphane Le Foll tourne le dos à de nombreux acteurs qui ont manifesté, dès 2014, leur soutien au projet d’étiquetage 5-C.

En mai 2014, déjà, la Société française de santé publique (SFSP), associée à cinq sociétés savantes, des associations de consommateurs et de malades, avait lancé un appel « Pour un étiquetage nutritionnel simple, intuitif, et compréhensible par tous sur la face avant des emballages des aliments », signé par 85 spécialistes de la nutrition, de la santé publique, de pédiatrie, de cardiologie et d’autres spécialités, et plusieurs dizaines de sociétés savantes et d’associations professionnelles. Ce texte souligne que, si l’échelle nutritionnelle a l’intérêt d’« aider le consommateur à orienter ses choix », elle peut permettre aussi d’inciter les industriels à « améliorer la composition de leurs produits pour changer de classe » et ainsi obtenir un « positionnement plus favorable » sur l’échelle cinq couleurs. L’enjeu sociétal est quand même de faire reculer la « malbouffe », que l’on sait responsable de nombreuses pathologies. Le ministère de l’agriculture a d’autres priorités.

Fort du soutien public de Stéphane Le Foll, le président de l’Ania Jean-Philippe Girard envoie à son tour un mot à la ministre de la santé, le 25 septembre 2015. Il salue « la dynamique constructive » engagée « avec l’appui » de Stéphane Le Foll, « chez l’ensemble des opérateurs économiques concernés ». « La mesure étant volontaire, il ne saurait être question d’imposer un système sans qu’aucun industriel ni aucun distributeur n’y soient favorables, prévient l’Ania. […] C’est malheureusement le cas de la solution à laquelle vous semblez la plus sensible : en l’occurrence le système de pastilles de cinq couleurs de Serge Hercberg qui serait à la fois stigmatisant pour nos savoir-faire, culpabilisant pour les consommateurs et sans garantie aucune de son efficacité. »

Le porte-parole des industriels demande une expérimentation préalable en conditions réelles d’achat, et met en copie… le ministre de l’agriculture. L’Ania bat le rappel de ses adhérents. Son objectif est d’obtenir que le système FCD-Carrefour soit expertisé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), comme l’a déjà été celui des cinq couleurs. Le 28 octobre, un feu vert à cet examen est finalement donné par le directeur général de la santé, lors d’une nouvelle réunion de concertation. Selon le représentant des consommateurs, « Carrefour a commencé à donner quelques informations sur son algorithme mais pas tout ». Cependant, les industriels font un premier bilan très positif de leur lobbying.

« Les actions menées tout au long des débats parlementaires et des réunions de concertation ont permis :

Que le système 5-C ne soit plus considéré comme le seul système et soit donc écarté du texte de loi et challengé avec une rédaction neutre et ouverte du projet de décret.

Que le principe de l’expérimentation soit désormais retenu avant tout déploiement d’un système.

Qu’enfin nous ayons maintenu jusqu’à présent l’unité avec nos partenaires de la filière et en premier lieu avec la distribution.

Le débat touche à sa fin avec le vote probable du projet de loi avant la fin de l’année, et il va donc falloir prendre position sur l’expérimentation des différents systèmes. »

L’Ania a décidé de noyer le système cinq couleurs sous une vague de propositions alternatives. Outre le système porté par la FCD avec plusieurs industriels, baptisé Sens, trois systèmes devraient être mis sur la table : le système GADs, les traffic lights anglais, et le Health Star Rising australien. Stéphane Le Foll certifie qu’il n’est pas « sous la pression du lobby de l’Ania », mais qu’il a « un différend », « qui s’assume », avec Marisol Touraine au sujet de la politique nutritionnelle. Replacée dans son contexte, sa lettre du 8 juillet à Marisol Touraine s’apparente pourtant à une pression politique. Le ministre de l’agriculture juge que le système dit « 5-C » ou « Hercberg », est « une piste qu’il convient d’écarter », au moment précis où la concertation s’engage, et avant même l’expertise de systèmes alternatifs. Les industriels lui ont tenu la main. Et ils savent très bien faire ça.

 

Boîte noire : Parmi les auteurs de ce livre Karl Laske est journaliste à Mediapart. Elsa Casalegno est journaliste à La France agricole, tandis que Nicolas Cori est journaliste aux Jours.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:13

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Les Conseils d’urgence citoyenne se forment contre la « confiscation du pouvoir »

4 février 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)
 


 

 

Comment revitaliser la vie politique française, lutter contre la dérive autoritaire du pouvoir et reprendre la main ? C’est pour répondre à ces questions que se construit le mouvement des « conseils d’urgence citoyenne », lancé il y a un mois. Avec une idée phare pour faire entendre son opposition : la grève citoyenne.

À Nice, Carpentras, Douai ou Caen, ils appellent à la « grève citoyenne ». Ils, ce sont des artistes, des avocats, des responsables associatifs, des universitaires ou des élus, mais toujours et avant tout des citoyens. « Au sens de celui qui affirme sa liberté politique », dit l’historienne Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS et membre fondatrice de ces « conseils d’urgence citoyenne ». Depuis un mois que le mouvement a été lancé à Paris, plus de vingt conseils se seraient déjà formés dans le pays.

Alors que le texte de prolongation de l’état d’urgence et de réforme du code de procédure pénale a été adopté en Conseil des ministres mercredi 3 février, les conseils d’urgence citoyenne expriment leur opposition à ces mesures. Ce « déploiement de l’état d’urgence a conduit sans délai et conduira à une confiscation des libertés publiques politiques », affirme son manifeste de création.

 

JPEG - 326 ko
L’historienne Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS et membre fondatrice des conseils d’urgence citoyenne.

Comment faire entendre son opposition ? Par une « grève citoyenne », donc. Du message sur les réseaux sociaux au jeûne, il est fait appel à la créativité de chacun pour mener « une grève perlée », dans la durée. Un logo avec une colombe en forme de V – comme vigilance – a été créé et pourra être utilisé sur n’importe quel insigne, à la façon des grèves à la japonaise – lorsque les ouvriers nippons interdits de grève utilisaient un brassard pour exprimer leur mécontentement. Il n’est pas prévu de cessation de travail, mais plutôt des formes de boycott : « Cela peut consister à refuser de consommer pendant un certain temps, propose Séverine Tessier, fondatrice d’Anticor, également à l’initiative de cette démarche. Chacun est libre d’agir comme il le sent, c’est aux esprits libres et volontaires que l’on fait appel. »

 

 « Unir la population autour de valeurs communes »

« Cela peut paraître flou, mais le principal est d’oser dire son opposition à l’état d’urgence », insiste Isabelle Attard. En tant que députée, l’une des six à avoir refusé de voter pour l’état d’urgence en novembre, elle ne pourra pas porter le brassard dans l’hémicycle mais compte sur la diffusion des visuels libres de droits. « C’est une approche finalement plus poétique de la grève, s’amuse Nicolas Lambert, auteur et acteur de pièces de théâtre sur le pétrole ou le nucléaire. On improvise, mais ni plus ni moins que le gouvernement, en somme ! »

L’objectif est de rassembler un certain nombre d’opposants pour mieux faire corps. « On instrumentalise la division du peuple, sur de multiples sujets. Avec cette grève citoyenne, nous cherchons l’effet inverse : unir la population autour de valeurs communes, en partant de la première d’entre elles, la démocratie », résume Séverine Tessier.

 

JPEG - 267.6 ko
Séverine Tessier, fondatrice d’Anticor et à l’origine des conseils d’urgence citoyenne.

La contestation du régime d’exception recouvre un autre enjeu : « Sonner la riposte démocratique », selon l’expression de Sophie Wahnich. « Comment entrer en résistance, comment reprendre la main, comment reparticiper au débat… L’état d’urgence nous pose des questions au cœur d’une problématique politique beaucoup plus large. C’est un élément déclencheur », dit Isabelle Attard.

La dynamique s’est enclenchée bien avant les attentats du 13 novembre. Depuis plusieurs mois, différentes structures se retrouvaient pour réfléchir à la revitalisation politique de la société française. Il y a eu une réunion à la fin de l’été 2015 à Jarnac, organisée par le mouvement de la Convention pour la VIe République, il y a eu les assises citoyennes dAnticor à Nancy, à l’automne, et plus récemment une journée de travail à l’appel du conseil municipal de Saillans, expérience-pilote sur le sujet.

 

« L’urgence de refaire État »

À chaque fois a été constaté le basculement du système politique vers un régime autoritaire, ce que Sophie Wahnich appelle, après Colin Crouch et Chantal Mouffe, « une politique post-démocratique » : « Des politiques qui ne sont plus pensées en faveur du bien commun tandis que les décisions ne dépendent plus du contrôle démocratique. » Face à cette évolution et hors des partis politiques assimilés à la Ve République, « une volonté citoyenne s’affirme pour lutter contre la confiscation du pouvoir », assure Séverine Tessier. Rejet des pratiques politiques actuelles et recherche d’une meilleure éthique en politique sont « les deux plus petits dénominateurs communs à ces mouvements », selon Isabelle Attard, qui a successivement quitté EELV et Nouvelle Donne pour se tourner vers ces autres milieux politiques.

 

JPEG - 380 ko
Lors de la manifestation contre l’état d’urgence, samedi 30 janvier, à Paris.

À l’état d’urgence, Nicolas Lambert oppose « l’urgence de refaire État ». L’artiste compte parmi les pionniers du processus, bien sûr par opposition à l’état d’urgence – « supprimer les libertés publiques jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de méchants, ça ne peut pas marcher » – mais aussi parce qu’« on ne peut plus se sentir à ce point dépossédé de la chose publique ; et la vraie question que l’on se pose est : comment réintéresser les citoyens à la vie de la Cité ? »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent Economie et social
commenter cet article
2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 19:30

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Des allocations chômage dégressives ? La musique de fond du gouvernement

 
 
La ministre du Travail Myriam El Khomri est entrée dimanche dans un petit jeu que pratique le gouvernement depuis plus d'un an au sujet des allocations chômage : braquer les projecteurs sur le retour à la dégressivité, tout en prenant garde de ne pas la prôner ouvertement…
 
Myriam El Khomri n'exclut pas de réintroduire la dégressivité des allocations chômage. - Sipa
 

Cela n'a pas fonctionné une première fois… mais pourquoi pas y revenir quand même ? C'est ce qu'a dit en substance la ministre du Travail dimanche au sujet de la dégressivité des allocations chômage. Interrogée sur BMTV, Myriam El Khomri a en effet reconnu que l'option n'était pas écartée par le gouvernement. Et ce, tout en rappelant que les études montrent que "la dégressivité mise en œuvre entre 1992 et 2001" n’avait pas "joué un rôle sur les personnes les plus en difficulté".

Si le sujet est de nouveau sur la table, c'est parce que les partenaires sociaux doivent entamer à la mi-février leurs tractations pour une nouvelle convention de l'assurance chômage, l'actuelle expirant le 1er juillet. Or, outre son rôle "d'amortisseur social" et de favorisation du "retour à l'emploi", la ministre du Travail a rappelé que le nouvel accord devrait améliorer la "trajectoire financière" du dispositif, qui devrait accuser fin 2016 une dette de 29,4 milliards d'euros. Elle préconise donc de "regarder les chose de façon non passionnée"...

Consciente que la dégressivité n'est pas une idée très populaire à gauche, Myriam El Khomri s'est bien sûr gardée de la prôner ouvertement. Renvoyant les partenaires sociaux à leurs responsabilités, en insistant simplement sur le fait qu'ils devront "travailler sur une diminution de la dette". Ce n'est que s'ils ne parviennent pas à se mettre d'accord, a-t-elle précisé, que "le gouvernement prendra ses responsabilités", en vue de prendre "un décret". A ce moment-là, "toutes les pistes" seront étudiées.

Cette petite musique sur le sujet commence à devenir familière dans la bouche des représentants du gouvernement. En octobre 2014, lors d'un déplacement à Londres, Manuel Valls avait déclaré devant des journalistes britanniques que la question "doit être reposée". Avant que François Hollande ne calme le jeu. Il y a un an, en février 2015, le Premier ministre avait assuré que la dégressivité n'était "pas aujourd'hui (son) sujet"… mais constituait un "défi" pour les partenaires sociaux : "Il faudra bien trouver des solutions (...), je les invite à prendre pleinement leurs responsabilités".

Le 18 janvier dernier, en présentant son plan pour l'emploi, François Hollande n'a pas abordé le sujet de front. Mais il a souligné qu'en France, "la durée d'indemnisation est la plus longue d'Europe" tandis que la "durée de formation des chômeurs" est "la plus courte". Suivez son regard…

Aujourd'hui, Myriam El Khomri assure donc, comme Manuel Valls l'an dernier, que ce n'est pas à elle d'orienter la réflexion vers la dégressivité, tout en martelant : "Les partenaires soicaux doivent regarder toutes les possibilités". La dégressivité n'est pas "un tabou", a abondé le ministre des Finances Michel Sapin, lundi matin sur . Si les partenaires sociaux ne sont pas sourds, on voit mal comment ils n'auraient pas reçu le message.

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 19:07

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Etat d’urgence

Pour les Européens, il devient risqué de manifester en France

par

 

 

 

Après trois jours en centre de rétention sous le coup d’une mesure d’expulsion pour avoir participé à une manifestation en soutien au migrants à Calais, trois étudiantes italiennes ont finalement été relâchées. Sur fond d’état d’urgence, l’exécutif fragilise le pouvoir des juges afin de mettre la pression sur des manifestants étrangers, y compris Européens. « Ce cas illustre bien la manière dont l’autorité administrative fait fi des décisions judiciaires voire contourne la justice pour appliquer sa propre répression », explique l’universitaire Vanessa Codaccioni.

 

« Jamais on ne se serait attendu à ce qui nous est arrivé, avoue Valentina. La France est devenue complètement malade. » Samedi 23 janvier, Valentina se trouve avec ses deux compatriotes à Calais pour la manifestation de solidarité avec les migrants. Près de 2000 personnes, membres d’associations, d’organisations politiques, citoyens solidaires, riverains et migrants se sont rassemblés à la « Jungle », territoire du bout du monde jouxtant le port. C’est ici que survivent, dans une grande précarité, près de 7000 personnes tentant depuis des mois de passer en Angleterre (lire aussi notre reportage : Calais, au sein d’un bidonville en état d’urgence, devenu la honte de la France).

 

Le cortège bigarré s’élance de cet endroit désolé où femmes, hommes et enfants sont arrosés, la nuit, de gaz lacrymogènes par les CRS depuis début janvier. « Nous dénonçons les politiques française et européenne qui créent ces situations à Calais comme aux portes de l’Europe, souligne l’appel au rassemblement. Nous demandons immédiatement des conditions d’accueil dignes pour tous et toutes. Qu’ils/elles soient nommé-e-s réfugié-e-s, migrant-e-s ou sans-papiers, nous exigeons des droits égaux pour tou-t-e-s, des titres de séjour, l’accès aux soins et au logement. »

 

En fin de manifestation, une centaine de migrants se mettent à courir vers le port. « Nous les avons suivis en solidarité, raconte Martina. Et puis il y a eu une grande confusion. Face à nous, un horizon de tirs de lacrymo. Derrière, des fourgons de police qui se rapprochent. Des gens passaient sous un grillage, on a fait pareil pour se sortir de là. » Alors qu’elles entrent dans des toilettes toujours situées dans la zone portuaire, la police aux frontières les interpelle, avec quatre personnes françaises. Les voilà parties pour 24 heures de garde-à-vue à l’hôtel de police de Coquelles, une ville qui jouxte Calais.

 

« La police nous faisait croire que des migrants étaient morts et que c’était de notre faute »

Les sept interpellés sont accusés de « dégradation volontaire en réunion » et d’avoir « pénétré illégalement dans le port ». « Nous ne savions pas où nous allions ! », s’exclament les filles. L’ambiance au commissariat est tendue. « La police nous faisait croire que des migrants étaient morts et que c’était de notre faute. »  Les agents aimeraient les classer « no border » (pas de frontière), un terme péjoratif dans la bouche des forces de l’ordre, qui désigne chez eux des activistes radicaux menaçant la sécurité du territoire. « Nous étions là en soutien aux migrants », préfère asséner Ornella. À l’issue des interrogatoires, aucune poursuite pénale n’est retenue contre les sept imprudents : les Français sont libérés et les Italiennes se préparent à sortir dans la foulée. Deux autres manifestants et six migrants accusés d’être montés illégalement sur un ferry à la fin de la manifestation seront, eux, jugés, le 22 février.

Pour les trois Italiennes, l’histoire aurait dû s’arrêter là. Sauf que Bernard Cazeneuve a « donné des instructions pour que les no-border qui ont participé à ces opérations fassent l’objet d’une expulsion » , comme il le déclare à la presse dès le dimanche. « Dix minutes avant la fin de la garde-à-vue, nous apprenons que la préfecture ordonne notre obligation de quitter le territoire français (OQTF) et que nous sommes transférés dans un centre de rétention administrative (CRA) », relate Martina.

 

« Menace réelle, actuelle et grave »

Au CRA de Lesquin, à quelques kilomètres de Lille, les jeunes femmes reçoivent, incrédules, leur notification d’obligation de quitter le territoire et les faits qui leur sont reprochés par l’exécutif, alors même que le procureur a d’ores et déjà estimé que rien ne permettait de les poursuivre.

 

 

La France peut donc motiver des avis d’expulsion avec des allégations infondées, non vérifiées, n’ayant donné lieu à aucune poursuite pénale. « Comment mes clientes peuvent-elles représenter une "menace réelle, actuelle et grave" alors qu’elles n’ont jamais été inquiétées par la justice ou la police en France comme en Italie ? », demande leur avocate Murielle Ruef.

Ce motif de la « menace pour la société française » avait déjà été mobilisé durant la COP21, pour mettre en rétention et menacer d’expulsion deux militants écologistes belges après qu’ils aient participé à la manifestation interdite de place de la République, le 29 novembre dernier à Paris. « J’avais pu faire annuler par le tribunal l’OQTF en démontrant qu’ils ne représentaient pas une menace grave, témoigne leur avocat Bruno Vinay. Comme pour mes clients, la situation des italiennes semble bien liée à une décision politique. »

 

Un acte qui n’aurait jamais dû exister

Dans ce qui ressemble à une croisade zélée contre d’improbables perturbatrices étrangères, la préfecture recourt à un second arbitraire : pour les placer en rétention, elle invoque le fait que les Italiennes n’auraient pas fourni d’éléments justifiant qu’elles résident en France depuis plus de trois mois. « Elles ont indiqué qu’elles étaient étudiantes dès la garde-à-vue », rétorque Murielle Ruef, qui a déposé un recours devant le tribunal administratif. « Nous avons transmis les preuves de résidence en France depuis plus de deux ans : des preuves d’adresse fixe, d’inscription à l’université, d’emploi pour l’une d’entre elles. »

Après les communiqués des universités, les lettres de soutien des professeurs, les pressions au Consul italien et les articles dans les médias, la France a finalement décidé d’écourter une situation difficilement tenable : le soir du troisième jour de rétention, le 27 janvier, la préfecture du Pas de Calais libère les Italiennes et « retire » l’OQTF. « Elles ont les bons justificatifs », confirme Steve Barbet, de la préfecture du Pas-de-Calais. Il ajoute même qu’« elles n’ont commis aucun délit ». Que deviennent alors les graves accusations inscrites sur la notification d’OQTF ? Elles disparaissent, tout simplement. « Le retrait, ce n’est pas l’abrogation, précise leur avocate. Cela veut dire que l’acte n’aurait jamais dû exister, que la Préfecture acquiesce à son illégalité. »

 

Un moyen de pression sur les manifestants étrangers

Sur fond d’état d’urgence, dans un contexte actuel où l’exécutif fragilise le pouvoir des juges, se garder la possibilité de mettre quelques jours en rétention des manifestants étrangers pour les relâcher ensuite sans passage devant le tribunal relève d’une méthode qui met une nouvelle fois à mal l’idée d’un « État de droit ». « Ce cas illustre bien la manière dont l’autorité administrative fait fi des décisions judiciaires voire contourne la justice pour appliquer sa propre répression, analyse Vanessa Codaccioni, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Paris 8 [1] « C’est un classique des "moments d’exception", rappelle-t-elle. Pendant la guerre d’Algérie, de très nombreux individus ont été relâchés par la justice mais immédiatement transférés dans des camps d’internement par la volonté des seuls préfets. »

En attendant, l’expérience de l’enfermement n’a fait qu’accroître l’indignation des Italiennes face à l’existence des prisons pour migrants. « Même enfermées, on ressentait fortement nos privilèges d’européennes », racontent-elles sur la route qui les ramène à Paris. « Les femmes que nous avons rencontrées ne connaissaient pas leurs droits, elles étaient très isolées. Les migrantes ne savaient même pas qu’elles avaient droit au portable. Elles vivent des situations d’insécurité : c’est un homme qui effectue la ronde de 5 heures du matin et vient compter les détenues jusque dans leurs chambres ! »

Autour des trois Italiennes, il y avait une Camerounaise, fille de diplomate, qui vivait en Grande Bretagne depuis dix ans et ne pouvait pas y retourner et une Dominicaine qui sortait de prison mais ne pouvait rejoindre son mari et ses enfants catalans en Espagne car l’administration avait perdu son permis de séjour espagnol. « Ces situations sont hallucinantes. Faut-il rappeler que ces femmes n’ont commis aucun crime et qu’elles souhaitent juste se rendre là où vivent leurs familles ? »

Naïké Desquesnes 

Photo : CC Rasande Tyskar

 

 

A lire sur Basta ! :

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22