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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 17:54

 

 

CATDM

 

CADTM

19 juin par Éric Toussaint

 

 


 

Si une banque essuie des pertes importantes (par exemple par le non-remboursement de crédits suite à la faillite d’une grande entreprise, ou plus souvent, par des pertes sur les produits financiers échangés sur les marchés dérivés, ABS-RMBS, CDO… - notamment liées à la crise de l’immobilier ou à de mauvais paris sur l’évolution des taux de change, des taux d’intérêt… quelquefois pertes sur des titres souverains…), elle doit absorber ses pertes en ayant recours à son capital (ses fonds propres) |1|.

Si ce capital est insuffisant, alors elle se retrouve en faillite… ! En principe, selon les règles de prudence en vigueur, une banque ne peut pas prêter plus de 12,5 fois son capital. Cette règle est basée sur le postulat qu’avec 8% de capital par rapport à ses actifs totaux |2|, une banque ne peut pas faire faillite car il est fort probable que ses pertes soient inférieures à 8 % et donc qu’elle pourra y faire face. Nous allons montrer qu’en réalité, les banques peuvent développer des activités (c’est-à-dire prendre des risques) qui dépassent de très loin ce ratio. Au lieu de 1 / 12,5 (8%), le ratio Fonds propres/Actifs ne dépasse pas souvent 1/20 (5%). De plus, plusieurs très grandes banques ont un ratio de 1/25 (4%), voir 1/33 (3,33%) jusqu’à 1/50 (2%). Nous allons montrer comment, en toute légalité, c’est possible.

Le Comité de Bâle (voir encadré) envisage de baisser la limite à 1/33, ce qui est scandaleusement exagéré. Autoriser une banque à « prêter » 33 fois son capital laisse subsister une situation dans laquelle une (petite) perte de 3,33% sur les actifs entraîne la faillite. Une telle décision rend la poursuite des crises bancaires quasiment garantie.

 

Le Comité de Bâle et la Banque des règlements internationaux

Les accords de Bâle sont élaborés par le Comité de Bâle sur la supervision bancaire. Ce Comité dont la composition a évolué depuis les années 1980 rassemble aujourd’hui les banquiers centraux des pays du G20 sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI, voir plus bas) à Bâle. Il est responsable de quatre missions principales : le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier, l’établissement de standards minimaux en matière de contrôle prudentiel bancaire, la diffusion et la promotion de meilleures pratiques bancaires et de surveillance, et la promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel. La BRI est quant à elle une organisation internationale créée en 1930, chargée de promouvoir la coopération monétaire et financière internationale. Elle joue également le rôle de banque des banques centrales. Son mandat s’articule autour de plusieurs axes : forum de discussion et d’analyse des politiques monétaires des banques centrales, centre de recherche économique et monétaire, première contrepartie des banques centrales dans leurs transactions internationales et agent financier. Elle associe 56 banques centrales dont celles du G10. Plusieurs comités et organisations voués à la stabilité monétaire et financière ou au système financier international ont été institués en son sein, comme le Comité de Bâle et le Committee on the Global Financial System (CGFS). |3|

Mais avant cela, nous allons expliquer pourquoi les banques sont à la recherche d’un effet de levier élevé, l’implication que cela a sur le gonflement des actifs des banques, l’augmentation du recours des banques à l’emprunt et les risques qui en découlent.

 

L’effet de levier

A partir de la dérèglementation néolibérale des années 1980, on a assisté à une baisse radicale du ratio entre les fonds propres (capital+réserves) que les banques doivent réunir et le volume de leurs dettes (les fonds propres + les dettes = le passif). Pour 1000 euros de capital, le nombre d’euros que les banques pouvaient emprunter a considérablement augmenté : c’est ce que l’on appelle l’effet de levier. Les banques ont progressivement augmenté cet effet de levier avec l’autorisation des autorités de contrôle. Le but est d’augmenter la rentabilité que les actionnaires retirent de leur investissement dans la banque en augmentant les montants empruntés. Pourquoi l’effet de levier le plus élevé possible constitue-t-il un objectif poursuivi par les grandes banques ? En quoi cela augmente-il la rentabilité de la banque du point de vue des actionnaires ?

 

A la poursuite du « ROE » maximum

La notion de ROE (« Return on Equity », ou rendement sur fonds propres) constitue une clé de compréhension. Schématiquement, les fonds propres d’une banque sont constitués du capital apporté par les actionnaires |4|. Il y a 25 ans, en principe, ils représentaient environ 8 % du bilan de la banque. Prenons une banque qui avait des actifs qui atteignaient 100 milliards d’euros (qui se répartissent en crédits aux ménages et aux entreprises, en titres de la dette souveraine, en obligations d’entreprises et autres titres financiers), son capital équivalait à 8 milliards d’euros.

Dans ces conditions, pour atteindre un rendement sur fonds propres (ROE) de 15%, il faut un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros (soit 15% de 8 milliards). Obtenir un tel bénéfice net à partir d’actifs qui s’élèvent à 100 milliards d’euros paraît aisé : cela représente 1,2% de la somme.

 

Le gonflement exponentiel du bilan des banques afin d’augmenter le ROE

A partir du milieu des années 1990, se développent très rapidement de nouveaux produits financiers : des dérivés de différents types, des produits structurés… Les grandes banques veulent leurs parts de marché de ce secteur en plein développement. Elles sont convaincues que si elles ne s’y lancent pas, elles seront dépassées et peut-être absorbées par des concurrents. Le rendement de ces produits est relativement faible, ils rapportent en général moins de 1%. Du coup, une banque dont les actionnaires veulent que le ROE passe de 20 à 30% est poussée à augmenter de manière exponentielle ses actifs et simultanément à recourir de plus en plus à des emprunts pour faire jouer au maximum l’effet de levier. Dans l’exemple mentionné précédemment, le bilan de la banque est alors multiplié par 3 en une dizaine d’années pour atteindre 300 milliards tandis que le capital n’est pas augmenté. Il représente toujours 8 milliards, soit 2,66% du bilan. Le financement de cette croissance du bilan est passé par le recours à l’endettement.

 

Entre 2002 et 2011, les banques ont multiplié leurs actifs par 2,5

Selon le FMI |5|, les actifs bancaires mondiaux sont passés de 40.000 à 97.000 milliards de dollars entre 2002 et 2007. Entre 2007 et 2011, ils ont encore augmenté pour atteindre 105.000 milliards de dollars |6|.

Si on considère l’ensemble du secteur bancaire européen, les actifs sont passés de 25.000 milliards d’euros en 2001 à 43.000 milliards en 2008, soit 3,5 fois le PIB de l’UE |7| !

Vu la sévérité de la crise, on aurait pu s’attendre à une rapide restructuration du secteur bancaire avec un dégonflement des bilans des banques et la fermeture des firmes les plus faibles. Cela ne s’est pas produit, le volume des actifs n’a pas diminué depuis l’éclatement de la crise en 2008 |8|. En effet, alors que le volume de leurs actifs atteignait 43.000 milliards euros en 2008, il a atteint 45.000 milliards euros en 2011. Tandis que le PIB européen diminuait légèrement, les actifs des banques européennes poursuivaient leur augmentation pour atteindre 370% du PIB européen en 2011 ! |9|

Entre 2007 et 2011, les actifs de la Deutsche Bank ont augmenté de 12,4% (la plus grande banque à l’échelle mondiale), ceux de la britannique HSBC de 22,2% (deuxième banque mondiale), ceux de la principale banque française BNP Paribas de 16%, ceux du Crédit Agricole de 22%, ceux de Barclays de 12%, ceux de la principale banque espagnole Santander de 37,1%, ceux de la principale banque suédoise Nordéa de 84,1%, ceux de la deuxième banque allemande Commerzbank de 7,3%, ceux de la banque italienne Intesa de 11,6%, ceux de la deuxième banque espagnole BBVA de 19,1%. Sur les 18 principales banques européennes, seules trois ont connu une baisse des actifs : Royal Bank of Scotland (-28%), la principale banque hollandaise ING (-3,3%) et la principale banque italienne Unicredit (-9,3%) |10|.

 

Conséquences de l’augmentation de l’effet de levier

Première conséquence : une prise de risque de plus en plus élevée |11| et des débâcles bancaires à répétition. Deuxième conséquence : le sauvetage des banques par les pouvoirs publics qui mettent le peuple à contribution. Dans nombre de pays (Irlande, Islande, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Etats-Unis, Chypre, Grèce…), la dette publique a augmenté fortement depuis 2008 en raison des sauvetages bancaires.

Pourtant, comme mentionné plus haut, six années après le démarrage de la plus grande crise bancaire depuis les années 1930, les gouvernements et les autorités de contrôle se proposent de ramener l’effet de levier à 1/33. La banque qui a 1 euro en fonds propres peut donc emprunter 32 euros et mener des activités pour 33 euros. Cela promet inévitablement la poursuite des crises bancaires.

Le recours à l’effet de levier a été favorisé en plusieurs étapes.

 

Bâle 1 : un encouragement à la dérèglementation voulue par les banques

Première étape : à partir de 1988, les accords de Bâle 1 prévoient que les banques doivent avoir à leur disposition sous forme de fonds propres l’équivalent de 8% de leur bilan. Cela veut dire que si elles disposent de 1 euro en fonds propres (apporté en principe par les actionnaires), elles peuvent prêter 12,5. Cela signifie également que pour prêter 12,5 alors qu’elles n’ont que 1 de fonds propres, elles peuvent emprunter 11,5. Par rapport aux normes en vigueur depuis les années 1930, il s’agissait déjà d’un important encouragement à recourir à l’endettement pour augmenter le volume des activités de la banque. Or ces 8% apparaissent comme un montant élevé depuis les accords de Bâle 2 que nous verrons plus loin.

Attention, il faut nuancer de manière importante la description qui vient d’être faite. En effet, ce n’est pas 12,5 qu’elles peuvent prêter… En réalité, elles peuvent « prêter » 25 (c’est le cas de BNP Paribas), voire 50 (c’est le cas de Deutsche Bank ou de Barclays) tout en respectant Bâle 1 (et Bâle 2 actuellement en vigueur). Pourquoi est-ce possible ? Parce qu’elles peuvent jouer sur le dénominateur |12| du ratio fonds propres / actifs, car ce ratio n’est pas appliqué au total des actifs. En effet, Bâle 1 (tout comme Bâle 2 et Bâle 3 que nous analyserons plus loin) permet à la banque de « réduire » la valeur des actifs en considérant qu’une grande partie d’entre eux ne sont pas risqués. La valeur des actifs est calculée en fonction du risque qu’ils représentent. Les titres de dette souveraine émise par des Etats membres de l’OCDE sont considérés comme ne présentant aucun risque. Les prêts aux banques cotées entre AAA et AA- ne présentent que 20% de risque. Bâle 1 établissait 5 catégories de risque en fonction du débiteur ou de la contrepartie : 1) Etats et pouvoirs publics, 2) grandes entreprises non financières, 3) banques, 4) particuliers et petites entreprises (retail) et 5) autres.

 

Comment un ratio de 4% peut être transformé en un ratio de 10%

Si la banque Banxia a 4 de fonds propres et 100 d’actifs, cela représente un ratio de 4% alors qu’elle doit atteindre 8% dans le cadre de Bâle 1 (et de Bâle 2 qui est d’application en 2013-2014). Comme fait-elle pour l’atteindre sans rien changer ? Elle va pondérer ses actifs en fonction du risque. Prenons le cas théorique suivant : sur les 100, elle détient des titres souverains de pays qui disposent d’une note comprise entre AAA et AA- pour un montant de 30. Elle peut alors soustraire ces 30 du total de ses actifs. Pourquoi ? Parce que la législation en vigueur considère que des créances sur des pays notés entre AAA et AA- ne nécessitent aucun capital pour amortir des pertes éventuelles. Il lui reste 70 d’actifs en face desquels elle doit mettre un montant suffisant de capital. Son ratio capital / actifs (4/70) s’établit maintenant à 5,7% : c’est encore insuffisant.

Continuons le raisonnement. Sur les 70 restants, 30 sont constitués de créances |13| sur des banques ou à des entreprises notées entre AAA et AA-. Dans ce cas, puisque les règles de Bale 1 (et de Bâle 2) considèrent que ces prêts ne présentent que 20% de risque, la banque Banxia peut considérer que les 30 de créances ne comptent que 6 (20% de 30). Ce n’est donc plus pour des actifs équivalents à 70 que Banxia doit rassembler des fonds propres, mais des actifs de 70 moins 24, c’est-à-dire 46. Le ratio fonds propres / actifs s’améliore donc nettement, il atteint 8,7% (4 de fonds propres pour 46 d’actifs pondérés par le risque).

Admettons maintenant que sur les 40 d’autres actifs, 2 soient des prêts à des entreprises ou à des banques auxquelles les agences attribuent une mauvaise note, c’est à dire inférieure à B-. Dans ce cas, le risque s’établit à 150%. Ces 2 de créances comptent alors pour 3 (150% de 2). Il faudra calculer les fonds propres requis pour faire face au risque par rapport à 3 et non par rapport à 2.

Supposons que sur les 38 d’actifs restants, 10 représentent des prêts à des PME. Dans ce cas, 10 comptent pour 10 car les créances des banques sur les PME ne peuvent pas être allégées, elles sont considérées par les autorités de Bâle comme présentant un risque élevé. Le « risque » s’établit à 100%.

Les 28 d’actifs restants sont constitués de prêts aux particuliers. Le risque pour les prêts aux particuliers s’établit à 75%, donc ces 28 d’actifs pèsent 21 (75% de 28) .

Dans ce cas théorique, les actifs calculés en fonction du risque représentent finalement 40 (0+6+3+10+21) sur un actif total de 100. Le ratio fonds propres / actifs vaut 4/40, c’est-à-dire 10%.

 

 

Bingo ! La banque dont les fonds propres ne représentaient que 4% des actifs peut déclarer que son ratio atteint en réalité 10% . Elle sera félicitée par les autorités de contrôle.

Vous croyez que ce n’est que théorique ? Que ce qui vient d’être décrit ne correspond pas à ce que font les banques et les autorités de contrôle ? Détrompez-vous. Vous trouverez dans la partie suivante un exemple bien réel et des exemples comme celui-là, il y en a beaucoup. En attendant voici ci-dessous un tableau qui résume les taux applicables pour la pondération du risque tant dans le cadre de Bâle 1 que de Bâle 2.

Tableau récapitulatif de la pondération des risques |14|


 

Comme indiqué plus haut, le Comité de Bâle fait la part belle aux agences de notation. Or c’est établi, ces agences se sont trompées de manière répétée. Elles ont attribué des notes AAA jusqu’à AA- à des entreprises comme Enron, Lehman Brothers, AIG, RBS, Northern Rock… jusqu’à la veille de leur faillite. De même, les agences de notation ont attribué des notes AAA aux produits structurés toxiques comme les CDO jusqu’en 2007-2008 avant leur effondrement. Par ailleurs, les autorités de Bâle ont adopté des mesures discriminatoires à l’égard des prêts aux PME (qui bien sûr ne sont pas cotées par les agences de notation et donc présentent 100% de risque selon les normes établies) et aux ménages (75% de risque selon Bâle), ce qui a poussé les banques à réduire les crédits directs à ces acteurs de l’économie réelle. Une grande partie des prêts aux ménages ont été titrisés, c’est-à-dire sortis des bilans des banques et vendus à d’autres institutions financières. Si depuis 2008, les banques restreignent le crédit aux PME et aux ménages, c’est que les prêts qu’elles leur accordent pèsent beaucoup trop lourd en terme d’actifs pondérés. Les banques privées ont obtenu des autorités de Bâle qu’elles favorisent le développement des produits financiers titrisés plutôt que les prêts directs aux acteurs de l’économie productive.

 

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5
Partie 6
Partie 7
Partie 8


Notes

|1| L’auteur remercie Aline Fares pour les conseils qu’elle a prodigués et pour l’aide qu’elle a apportée à la recherche. Il remercie également Damien Millet pour la relecture et Pierre Gottiniaux pour l’infographie. L’auteur prend l’entière responsabilité des opinions exprimées dans ce texte.

|2| En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges et les dettes). Voir : http://www.banque-info.com/lexique-...

|3| Source : Banque de France.

|4| Ce sont les capitaux dont dispose une entreprise, autres que ceux qu’elle a empruntés. Les fonds propres sont repris au passif d’un bilan de société. Source : http://www.lesclesdelabanque.fr/Web.... Les fonds propres comprennent également les réserves, c’est-à-dire les bénéfices qui n’ont pas été redistribués et qui sont donc mis en réserve.

|5| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, octobre 2012, http://www.imf.org/External/Pubs/FT... , p. 82.

|6| Plus de la moitié des actifs bancaires mondiaux sont entre les mains des banques de l’UE. Bien sûr, si on y ajoute les banques suisses, la part des banques européennes augmente encore.

|7| Ces chiffres proviennent du Rapport Liikanen (voir plus loin). Voir également : Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, « Les chiffres de la dette 2012 », tableau 30, p. 23, qui donnent des données concordantes à partir d’une autre source.

|8| La situation peut varier d’un État à l’autre : dans certains pays, on constate une diminution des actifs des banques qui est contrebalancée par une augmentation dans d’autres.

|9| En Irlande, en 2011, les actifs des banques représentaient 8 fois le produit intérieur brut du pays. A Chypre, début 2013, les actifs représentaient 9 fois le PIB. Au Royaume-Uni, les actifs des banques s’élèvent à 11 fois le PIB. Au Grand Duché de Luxembourg, les actifs bancaires représentent 29 fois le PIB.

|10| Rapport Liikanen,. (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, octobre 2012, tableau 3.4.1., p. 39.
Le Rapport Liikanen doit son nom à Erkki Liikanen, gouverneur de la banque centrale de Finlande, qui a présidé en 2011-2012 un groupe de travail de onze experts créé par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme par une voie officielle les manipulations auxquelles se livrent les banques, les risques ahurissants pris pour faire un maximum de profit. Voir le texte complet du rapport : http://ec.europa.eu/internal_market...

|11| Petit rappel sur l’effet de levier dans la débâcle de Northern Rock au Royaume-Uni. Northern Rock était à l’origine une banque coopérative qui a changé de statut en 1997 et adopté une stratégie agressive dans le domaine immobilier. Entre 1997 et sa chute en 2007, elle a connu une croissance de 23% par an pour devenir la 5e banque hypothécaire britannique, dont 90% des prêts étaient concentrés dans le secteur immobilier. Pour financer son développement, elle a marginalisé les dépôts de clients comme moyen de financement et s’est mise à dépendre d’emprunts à court terme. Elle a joué à fond sur l’effet de levier qui a dépassé le ratio de 90 pour 1. La banque a été nationalisée en février 2008 aux frais du Trésor public et des contribuables.

|12| On verra plus loin qu’elles peuvent jouer sur le numérateur, à savoir les fonds propres.

|13| Il peut s’agit de prêts ou de titres financiers. Il peut s’agir aussi de produits structurés CDO cotés AAA à AA- avant la crise qui a éclaté en 2007-2008.

|14| Ce tableau est élaboré à partir des documents adoptés par le Comité de Bâle : voir version Bâle 2 de 2004 : http://www.bis.org/publ/bcbs107fre.... ; voir version Bâle 2 révisée en 2006 : http://www.bis.org/publ/bcbs128fre.pdf Concernant la pondération de risques, lire à partir de la page 20.

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

 

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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 17:44

 

Okeanews

 

  

Publiée le 19 juin 2013

Chercheur, professeur en philosophie politique au King's College de Londres et membre du Comité central de Syriza, Stathis Kouvelakis était un des invités de Mediapart et Reporters Sans Frontières, mardi 18 juin au Théâtre du Châtelet, lors de la soirée de soutien à la Grèce faisant suite à la fermeture brutale de l'audiovisuel public, ERT.

Voici son intervention.

(merci à Mediapart et RSF d'avoir autorisé Okeanews à publier cette partie de la soirée)

 

 

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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 17:07

 

Le Monde.fr

 19.06.2013 à 11h27

 

 

 

Durée : 01:00  |  Images : AFP

 

Selon Datafolha, un institut brésilien de sondage, 50 000 manifestants se sont rassemblés, mardi soir, dans le centre de la ville de Sao Paulo, sur la Praça da Sé. Plus tard dans la soirée, des protestataires se sont dirigés vers la mairie. Tandis que des manifestants envahissaient le bâtiment, après avoir brûlé un pantin, la police procédait dans l'urgence à l'évacuation du maire, Fernando Haddad.

Le Monde.fr

 


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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 15:43

 

Le Monde.fr avec AFP

19.06.2013 à 12h32 • Mis à jour le 19.06.2013 à 12h59

 

 

 

 
Une commission parlementaire britannique recommande de durcir les sanctions contre les banquiers fautifs.

La commission parlementaire britannique chargée de formuler des propositions pour éviter un nouveau scandale du Libor préconise de faciliter l'envoi de banquiers en prison en cas de faute, ainsi que de pouvoir différer leurs bonus pendant dix ans.

La commission, établie l'été dernier après l'affaire des manipulations du taux interbancaire qui a ébranlé le monde de la finance, a publié mercredi son rapport final, intitulé "Changer la banque pour de bon".

DES FAUTES "CHOQUANTES ET RÉPANDUES"

Elle blâme en des termes parfois très durs le "manque de responsabilité individuelle" dans le secteur mais aussi le laxisme des régulateurs et du gouvernement. "Les récents scandales, à commencer par la fixation du taux Libor qui a poussé le Parlement à établir cette commission, ont mis en évidence des fautes choquantes et répandues" dans le milieu, a commenté son président, le député conservateur Andrew Tyrie.

Lire : Changement des règles de fixation du Libor

Le rapport propose tout d'abord de préciser et d'accroître la responsabilité des banquiers, qui devront le cas échéant avoir à répondre de leurs manquements. "Nous proposons que les cadres dirigeants du secteur bancaire qui nuisent gravement à leur banque ou qui risquent l'argent du contribuable puissent s'attendre à payer une amende, être interdits d'exercer dans le secteur ou, dans le pire des cas, aller en prison", a déclaré M. Tyrie.

VERS UNE RÉFORME DES BONUS

Il souligne aussi que les régulateurs, c'est-à-dire la nouvelle Autorité de conduite financière (FCA) ainsi que l'Autorité de contrôle prudentiel (PRA) et la Banque d'Angleterre, doivent utiliser tous leurs pouvoirs de façon plus agressive afin d'améliorer les pratiques dans le secteur.

Les parlementaires proposent également de réformer le régimes des bonus, accusés sous leur forme actuelle d'encourager la prise de risque et la logique de court terme, et très impopulaires dans l'opinion. Le régulateur doit ainsi pouvoir exiger leur ajournement pendant dix ans au maximum.

Le gouvernement a aussitôt salué ces propositions, promettant des réponses avant l'été. "Il y a de nombreuses recommandations qui vont aider le gouvernement à créer un système bancaire plus sûr et solide", a réagi un porte-parole du Trésor. Le directeur général de l'Association des banquiers britanniques (BBA), Anthony Browne, a pour sa part dit avoir "hâte de travailler avec le gouvernement et les régulateurs pour faire avancer les propositions constructives contenues dans ce rapport".

UNE SÉRIE DE SCANDALES

Les recommandations interviennent alors que les banques britanniques ont été impliquées récemment dans une série de scandales, dont les ventes forcées d'assurance crédit au Royaume-Uni et la manipulation du taux interbancaire Libor.

Cette affaire avait éclaté il y a un an avec Barclays, dont le directeur général emblématique, Bob Diamond, avait été contraint à la démission devant l'ampleur du scandale. Celui-ci a depuis touché d'autres banques et les enquêtes continuent à travers le monde.

Lire : Régulation : Bruxelles veut délocaliser le Libor à Paris

L'office britannique de lutte contre la délinquance financière (SFO) vient justement d'annoncer mardi sa première inculpation, visant Tom Hayes, ancien courtier des banques suisse UBS et américaine Citigroup. Les lords et députés se penchent par ailleurs particulièrement sur le cas de la Royal Bank of Scotland (RBS), contrôlée par l'Etat britannique depuis son sauvetage durant la crise financière en 2008.

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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 15:32

 

Médiapart - Blog

 

Depuis février dernier, les travailleurs d'une usine de Thessalonique abandonnée par son propriétaire, Vio Me, ont remis en marche la production pour s'organiser en coopérative. Rencontres avec leur porte-parole, Makis Anagnostou, au moment où la radio-télévision publique grecque est elle aussi autogérée par ses salariés.

 

Manifestation de soutien aux travailleurs de Vio Me à Thessalonique, en février 2013 
Manifestation de soutien aux travailleurs de Vio Me à Thessalonique, en février 2013

 

Quand la direction de Viomijaniki Metaleftiki (Vio Me), entreprise de fabrication de carreaux de faïence et de matériaux de construction, filiale de Filkeram & Johnson, abandonne son usine de Thessalonique en mai 2011, les travailleurs réclament le versement de leur salaire, refusent les licenciements puis occupent leur usine en septembre 2011. Leur lutte, qui a attiré l'attention et la solidarité en Grèce et dans le monde entier, passe au cran supérieur lorsqu'ils décident de redémarrer la production et de faire fonctionner l'entreprise sous le contrôle des travailleurs, en démocratie directe, le 12 février 2013, suite à trois jours de manifestations intenses. Tout en préparant la constitution d’une coopérative ouvrière, ils revendiquent, en parallèle, l’argent qui leur est dû pour faire fonctionner l’usine.

 

 SOIRÉES-DÉBAT avec MAKIS ANAGNOSTOU

porte-parole des travailleurs de Vio Me


 

- Quelles sont les chances de pérennisation de la coopérative Vio Me ?

- Pouvons-nous voir l’émergence d’une vague d’entreprises récupérées en Grèce comme nous avons pu le constater en Argentine ?

- Quelle complémentarité avec les autres initiatives auto-organisées qui se multiplient actuellement dans la Grèce en crise ?

 

• À LYON, le mercredi 19 juin à 19 h,

Maison des passages, 44 rue Saint-Georges, Lyon V

• À PARIS, le jeudi 20 juin à 19h,

Librairie Résistances, 4 Villa Compoint, 75017 Paris

(Métro Guy Mocquet ou Brochant)

(réunions co-organisées par l'association Autogestion

et l'Initiative des étudiants et travailleurs-ses

grecques à Paris

 

Concert de soutien aux travailleurs de Vio Me à Thessalonique 
Concert de soutien aux travailleurs de Vio Me à Thessalonique

LIENS :

• L'association Autogestion, récit de la lutte des travailleurs de Vio Me et vidéo : http://www.autogestion.asso.fr/?p=2935

• Le site de solidarité en langue française : http://www.viome.org/p/francais.html

• Le site des travailleurs de Vio Me, en grec : http://biom-metal.blogspot.gr/

• L'article du 14 février 2013 de l'Édition de Mediapart, Coopératives, mutuelles, mode d'emploi : http://blogs.mediapart.fr/edition/cooperatives-mutuelles-mode-demploi/article/140213/grece-l-usine-viome-commence-sa-production-sous-controle-ouvrier

 

Affiche grecque de soutien à Vio Me 
Affiche grecque de soutien à Vio Me

 

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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 15:27

 

 

Médiapart - Blog

 

 

 

C’était il y a déjà plus de trois ans. La Grèce se voyait accorder un premier « sauvetage » qui allait l’entraîner avec une vitesse fulgurante dans une crise sociale, économique et politique d’une violence considérable. A la récession et au chômage sans précédents s’ajoutent désormais les velléités autoritaires du Premier ministre Antonis Samaras, illustrées par sa décision brutale de fermer l’audiovisuel public grec.

Une décision qui s’inscrit dans un contexte déjà lourd : menaces de mobilisation forcée voire d’arrestation de grévistes, suspension des conventions collectives, ratonnades organisées par le parti néo-nazi Aube dorée dans une impunité presque totale… Aucun de ces signes avant-coureurs du pire ne semble toutefois ébranler la volonté des gouvernements européens et de la Troïka (Commission, Banque centrale européenne et FMI) de conduire la Grèce plus avant dans l’abîme. Et pourtant, les remises en cause se multiplient, y compris au sein même de la Troïka...

Les potions magiques des « cures de rigueur » ? Plutôt des remèdes empoisonnés, reconnaissait en janvier le chef économiste du FMI Olivier Blanchard. Les grecs, quant à eux, n’avaient pas attendu son mea culpa pour constater les effets destructeurs de l’austérité...

Les « plans de sauvetage » et la « solidarité européenne » ? Vaste plaisanterie, démontre un rapport du FMI publié le 5 juin, qui dénonce des plans qui ont « sacrifié » les pays surendettés en faisant porter par eux tout le poids de l’ajustement au profit des économies du « cœur » de la zone euro.

Drôle de conception de la solidarité, qui a moins consisté à renflouer les comptes publics grecs qu’à sauver l’industrie financière : un rapport publié par Attac Autriche permet de mesurer l’utilisation des sommes débloquées pour les « plans de sauvetage » en Grèce, sur la base de données publiques, consultables notamment sur le site de la commission européenne : sur les 206,9 milliards versés depuis mars 2010, au moins 77% de cet argent a bénéficié directement ou indirectement au secteur financier.

Le tout dans une certaine opacité quant à l’attribution finale de ces montants et sans qu’aucune contrepartie n’ait été demandée aux banques en échange du versement de ces sommes.

 

 

Voilà que les masques tombent. A commencer par celui des économistes orthodoxes et autres idéologues à gages de la finance, dont la rhétorique n’est plus capable de justifier la catastrophe économique et sociale dans laquelle leurs bonnes potions ont plongé la Grèce. Celui des gouvernements européens et des institutions de l’Union européenne, qui ont donné au terme de « solidarité européenne » une nouvelle définition, celle d’une mise à sac brutale d’un pays.

Que penser, en effet, lorsque François Hollande, un mois à peine après avoir déclaré que « l’austérité ne pouvait plus être une fatalité », vient en Grèce pour inciter les électeurs, dans une menace à peine voilée, à « tenir leurs engagements », c’est-à-dire à voter en faveur du conservateur pro-austérité Antonis Samaras, ou alors à se préparer à sortir à leurs frais de la zone euro [1] ?

Et que penser lorsque l’entourage de Georges Papandreou, premier chef d’Etat grec à avoir négocié les conditions du « sauvetage » de la Grèce avec la Troïka, est mis en cause pour évasion fiscale en Suisse (suite à la publication de la fameuse « liste Lagarde » qui a valu au journaliste Kostas Vaxevanis une arrestation expresse) ?

Lorsqu’en Grèce comme en France, les plus fervents défenseurs de la rigueur s’avèrent être les plus corrompus (ce qui fait dire à Emmanuel Todd, en pleine affaire Cahuzac, que « la notion même d’austérité est véhiculée par des pourris ») ?

Les masques tombent… mais cela ne semble pas embarrasser davantage les gouvernements et institutions de l’Union européenne. Les créanciers européens de la Grèce – dont la brutalité et le cynisme sont à même de tirer des remords au FMI – continuent en effet d’imposer des conditions drastiques au gouvernement grec : réduction à la hussarde des effectifs de la fonction publique, taille dans les budgets, réformes antisociales…

Il faut imaginer le degré de stupéfaction dans lequel se trouve plongé le peuple grec, depuis trois ans pris dans le piège de « cette catastrophe nommée sauvetage [2] » ; confronté à un rouleau compresseur que rien ne semble être en mesure d’arrêter, ni la preuve des conséquences désastreuses de l’austérité, ni des mobilisations sociales sans précédents.

C’est que le rapport de force avec les institutions et gouvernements européens semble disproportionné. Dans un contexte où la résignation et la survie semblent les seules options possibles, l’extrême droite progresse de manière spectaculaire en désignant les immigrés comme bouc-émissaires [3]. Un récent sondage montre une progression spectaculaire du parti néo-nazi Aube dorée, donné comme troisième force politique du pays.

Dans le même temps, la mise en œuvre de l’austérité en l’absence de toute légitimité démocratique, nécessite de recourir à des méthodes autoritaires. En janvier 2013, le gouvernement grec a décrété la loi martiale et mobilisé la police anti-émeute pour briser la grève de neuf jours des employés du métro d’Athènes. Mesure impensable il y a quelques années, les conventions collectives ont été suspendues fin mars 2013, dans l’indifférence presque totale des grandes confédérations syndicales européennes, tandis que les attaques sur les droits du travail se multiplient [4].

La récente fermeture de l’audiovisuel public grec (qui a provoqué l’émotion des médias, mais aussi une importante mobilisation populaire en Grèce) est symptomatique de la manière discrétionnaire dont le gouvernement Samaras impose l’austérité : par décret. Epiphénomène de la rigueur sauvage imposée à la Grèce, elle pourrait néanmoins constituer un symbole, et provoquer une prise de conscience de l’alternative qui se présente en Grèce et en Europe : le lent glissement vers le pire, ou la rupture avec les diktats de l’austérité.

Si les tenants du néolibéralisme affirmaient en 1975 qu’il y avait « des limites désirables à l’extension de la démocratie politique [5] », il est désormais certain que la politique imposée à la Grèce et la démocratie ne sont plus compatibles.

Frédéric Lemaire

[1] Lire : http://www.leparisien.fr/crise-euro...

[2] Lire : http://www.presseurop.eu/fr/content...

[3] Lire : http://alencontre.org/europe/grece/...

[4] Lire : http://alternatives-economiques.fr/...

[5] Rapport de la Commission trilatérale, 1975

 

 

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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 15:12

 

Rue89

 

Documents 18/06/2013 à 11h39
Camille Polloni | Journaliste Rue89

 

 


Un cadenas rouillé (Thristian/Flickr/CC)

 

Quand, au bout de dix appels insistants, la conversation se termine par « on vous recontacte », « il est en réunion » ou, plus sec, « je n’ai pas cette information », le journaliste lit dans les pensées de son interlocuteur : « va mourir », « on ne te répondra jamais, [insulte au choix] », « arrête de téléphoner maintenant ».

Lundi, un journaliste du Monde fait part à ses lecteurs d’un article en cours, bloqué par le manque d’empressement de l’administration à lui répondre. Un cas d’école.

Depuis plusieurs mois, il cherche à dresser un bilan détaillé du nombre de chômeurs suivis par chaque conseiller Pôle emploi. Il a déjà la moyenne – un conseiller pour 161 chômeurs – mais sait que « dans certaines agences, ce chiffre monte jusqu’à 500 ».

Malgré ses demandes insistantes, Pôle emploi ne lui a jamais donné les chiffres par agence. Joint par Rue89, Jean-Baptiste Chastand explique :

« C’est la première fois que j’ai autant de mal à obtenir des données de la part d’une institution publique. »

Pour mettre la main dessus, Le Monde a décidé de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). N’importe quel citoyen, association, personne morale peut avoir recours à cette commission quand l’administration refuse de lui fournir des données publiques (ou si elle n’a pas répondu passé un mois).

Faute de loi, en France, sur l’accès à l’information (contrairement à plus de 75 pays dans le monde), les journalistes utilisent parfois cette commission pour contraindre un service administratif à répondre. Même si son avis n’est que consultatif.

Comptes de campagne de Nicolas Sarkozy

En mai, Mediapart a obtenu le feu vert de la Cada pour récupérer un document important : la décision de décembre 2012 qui a invalidé les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. La Cada a estimé qu’elle était « communicable à toute personne qui le demande » puisqu’elle « présente le caractère d’un document administratif ».

Et sa lecture permettrait, écrit la journaliste de Mediapart chargée du dossier, de répondre à plusieurs questions :

« Quelles règles l’ex-Président a-t-il enfreintes exactement ? Quelles dépenses (sondages, meetings, etc.) a-t-il “omis” de déclarer ? De combien a-t-il enfoncé le plafond légal ?

A ce stade, les seules “ informations ” disponibles ont été soufflées aux médias par le camp Sarkozy (son trésorier, ses avocats, etc.) : comment ne pas soupçonner qu’elles aient été triées, minorées, déformées ? »

Dans deux articles, Mediapart a raconté ses démêlés avec l’administration, au point de parler de black-out. La journaliste Mathilde Mathieu a sollicité pendant plusieurs mois la Commission des comptes de campagne, sans succès. Malgré l’avis favorable de la Cada, l’institution refuse toujours de lui fournir le document demandé.

En 2012, la journaliste avait déjà tenté d’obtenir certains documents relatifs à la première campagne de Nicolas Sarkozy, celle de 2007. Déjà, la Cada avait donné son feu vert sans qu’il soit suivi d’effets. Mediapart est passé à l’étape supérieure, en portant l’affaire devant la justice administrative.

L’une de ses collègues de Mediapart, Louise Fessard, a obtenu deux fois des documents (concernant des subventions versées par le conseil général des Bouches-du-Rhône) après l’intervention de la Cada.

Crack de la Cada

Certains, surtout des journalistes web semble-t-il, deviennent des cracks dans les lettres types. C’est le cas de Nicolas Kayser-Bril, ancien datajournaliste du site Owni et heureux possesseur d’un classeur Cada. Pour cet article, il a remis la main sur neuf demandes (mais pense en avoir envoyé une quinzaine). Elles concernent des refus de transmission sur des sujets aussi variés que :

  • les accidents de la circulation ;
  • les inspections sanitaires dans les restaurants parisiens ;
  • la criminalité ;
  • les impôts.

Nicolas Kayser-Bril ne sollicitait pas un document isolé auprès des administrations, mais plutôt des bases de données entières, détaillées, pour faire des data-visualisations.

La plupart du temps, la Cada lui a donné raison. Mais le service concerné n’a pas changé d’avis, et a continué à séquestrer les données. Le journaliste se dit frappé par « le niveau de mépris » de certaines administrations, qui prennent de haut les demandeurs ou ne répondent jamais. La solution jusqu’au-boutiste est alors de saisir le tribunal administratif.

46% d’avis favorables aux usagers

Si la Cada peut se révéler d’un précieux secours pour obtenir des informations précises, elle présente certaines limites, comme nous l’écrivions en 2007 :

« Comme aux Etats-Unis, toutes les demandes ayant un rapport avec la sécurité nationale ou la protection de la vie privée sont rejetées. Mais à la différence des Etats-Unis cette fois, la France a aussi écarté les textes relevant des processus de décision du Parlement, ainsi que les documents judiciaires. Rien de plus difficile aujourd’hui que de se procurer un vieux jugement d’un tribunal de grande instance. Sans oublier les télégrammes diplomatiques qui, dans l’Hexagone, restent à l’abri de la curiosité publique. »

Les contrats de vaccins contre la grippe H1N1 avaient ainsi été dévoilés après la saisine de la Cada par Le Point, mais les prix retirés du document en vertu du « secret en matière commerciale et industrielle ».

 


Les avis rendus (cliquez pour agrandir) (Cada)

 

Le dispositif reste surtout méconnu et sous-utilisé. La Cada reçoit environ 5 000 demandes par an, selon son dernier rapport d’activité (2011). Dans 46,5% des cas, elle donne raison à l’usager, dont elle dresse le portrait :

« On ne peut que souligner l’extrême variété des demandeurs, toutes les catégories socioprofessionnelles y étant représentées. Les motivations sont également extrêmement variées, même si la défense d’intérêts particuliers est plus fréquente (probablement plus des deux tiers des saisines) que la poursuite d’intérêts d’ordre général.

Il est fréquent que le demandeur découvre l’existence de la Cada dans le cadre d’une recherche visant à se défendre à l’encontre d’une décision administrative qui ne lui est pas favorable, ou à mieux connaître ses droits. »

En clair, la Cada n’attend que vous.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 15:05

 

Rue89

 

Arrêt sur images 19/06/2013 à 10h18
Arretsurimages.net"
Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images

 

 

Entre deux figures de l’actualité du moment, le manifestant de pays émergent, et le lanceur d’alerte, faut-il, pour le plaisir de la gamberge matinale, chercher des points communs, des passerelles ?

Bernard Guetta s’y exerçait ce matin sur France Inter, entre les manifestants brésiliens qui protestent contre le coût du Mondial 2014, les Turcs contre le bétonnage d’un parc urbain, et puis aussi les Canadiens et leur « printemps érable », et les « Indignés » de partout. Encore oubliait-il les électeurs de Grillo en Italie, et quelques autres.

Jeunes, urbains et tertiaires

Points communs ? Jeunes, urbains, tertiaires, pour ne pas dire bourgeois, et surtout, extérieurs aux structures politiques traditionnelles. Et alors ? Sans doute existe-t-il des points communs entre tous ces mouvements sociaux, et sans doute chacun est-il singulier.

Il faut se méfier des rapprochements trop faciles. Seul constat évident : gouvernements, partis et médias traditionnels, face à ces mouvements, sont d’abord désarmés. Les antennes de l’ancien monde ne l’avaient pas préparé à ça. Tant mieux.

Simultanément, surgissent comme des champignons les lanceurs d’alerte. Assange, Manning, Snowden, sur la divulgation de secrets politiques, ou, sur l’évasion fiscale, Falciani ou l’étrange hypertémoin Condamin-Gerbier.

Pas de réseaux sociaux, pas de manifs

Leurs points communs avec les indignés des rues de São Paulo ou d’Istanbul ? Peut-être aucun autre que le ressort de l’indignation, justement, qui trouve son média d’excellence sur Facebook et Twitter. Sans réseaux sociaux, pas de manifs à Istanbul et São Paulo. En Turquie, les Anonymous attaquent les sites du gouvernement. Quant à la presse, elle suit comme elle peut.

Il faut faire attention aux rapprochements éditorialisants trop rapides. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’Internet, sous nos yeux, accouche d’un monde nouveau. L’avenir de ces indignations ? Imprévisible.

La finance, les Etats, trouveront peut-être des parades pour préserver leurs secrets et leur omnipotence, et peut-être pas. Le match sera au moins aussi intéressant que le Mondial 2014.

 

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 14:53

 

 

Rue89

 

Syllogomanie 19/06/2013 à 09h29
Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

 

 

Certains pensent que l’imprimante 3D n’est qu’un gadget pour technophile utopiste ou CSP+ qui bricole dans son garage. D’autres la considèrent comme la troisième révolution industrielle.

Parmi ces derniers, beaucoup parient que la prochaine étape pour cette technologie sera le salon du particulier. Dans le monde qu’ils imaginent, chaque individu pourrait concevoir et imprimer ses propres objets directement chez lui.

Délire de geek ? L’incroyable succès de l’imprimante Buccaneer semble prouver le contraire, du moins à première vue.


Un million d’euros collectés sur le Net

En réalité, l’imprimante 3D Buccaneer n’existe encore qu’au stade de prototype fonctionnel, en attendant son industrialisation aux Etats-Unis. Pirate3D, la start-up singapourienne derrière le projet, a lancé le 30 mai dernier une campagne sur le site de financement participatif KickStarter.com.

Objectif : 100 000 dollars. A la fin de la journée, elle en avait collecté le triple. Aujourd’hui, la somme avoisine le million de dollars, et il reste encore dix jours.

La recette du succès : le prix de la machine. Si on cherche sur Amazon, les tarifs vont de 800 à 1 800 euros. Pour la RepRap, l’imprimante 3D autoréplicative et libre (sans brevet), il faut compter autour de 600 euros.

La Buccaneer, elle, est promise à un prix qui défie les projections de nombreux spécialistes : 270 euros.

 


 

Présentation de l’imprimante 3DThe Buccaneer (en anglais)

Vaisselle et animaux en plastique

Les créations issues de la technologie d’impression tridimensionnelle fourmillent sur Internet. On entend parler d’un bâtiment d’architecte entièrement imprimé en Hollande, d’une fillette équipée d’un exosquelette en plastique aux Etats-Unis, d’armes fonctionnelles et potentiellement indétectables...

Mais concrètement, dans son salon, on en ferait quoi ? Le modèle Buccaneer propose d’imprimer des objets en plastique de petite taille (15x10x12 cm maximum). Sur la page KickStarter de cette imprimante on peut ainsi trouver toute une série de contenants, allant du bol au verre à pied, en passant par le vase, les animaux ou les pièces emboîtables façon Lego.

A moins d’avoir des enfants en bas âge et particulièrement maladroits ou exigeants, il ne paraît pas vital d’investir 300 euros dans la machine (puis dix euros par bobine de plastique de 300 grammes) pour garnir sa vaisselle incassable et enrichir la collection de jouets du bambin.



Illustration promotionnelle de l’imprimante Buccaneer

 

Plus gadget que révolution ?

Ce qui fait dire à ses détracteurs que l’imprimante 3D de salon n’a finalement qu’une application très limitée et superficielle, loin de la révolution quasi communiste promise par ses promoteurs. Certains comparent même l’arrivée de l’engin sur le marché aux années 20, durant lesquelles un déferlement de gadgets inutiles s’était abattu sur les foyers américains.

Pour ses défenseurs en revanche, la pénétration de l’imprimante 3D dans le salon de « monsieur tout le monde » dépasse le cadre du joujou hi-tech qu’on montre le samedi soir à ses invités ébahis.

Par exemple, une pièce de votre machine à laver tombe en panne, le bouton du micro-onde casse, et cerise sur le gâteau, le constructeur vous annonce que ces éléments ne sont plus édités. Pas de panique, il suffit de passer une heure ou deux sur votre PC pour confectionner la pièce manquante et l’imprimer en un rien de temps.

Privilégier la réparation des objets, fin de l’obsolescence programmée, abandon de l’ultra-consumérisme, stimulation de l’inventivité et de la création artistique... les arguments pleuvent.

 

 

Vidéo de « The Creators Project » sur l’imprimante 3D (en anglais)

L’avènement de la solidarité numérique

Les « makers » – nom que se donnent les amateurs et concepteurs d’objets par impression 3D – croient surtout en l’avènement du « sharing », du partage, où tous les individus mettront en commun leurs créations, reproductions et inventions dans des bases de données communautaires.

En somme, l’imprimante 3D de salon prendra toute sa signification lorsque que les gens feront converger leur créativité et s’entraideront pour résoudre leurs problèmes.

Pour ceux qui seraient intrigués par les potentialités de la Buccaneer, les développeurs de Pirate3D proposent de tester gratuitement leur logiciel d’aide à la conception d’objets. Cet aperçu des fonctionnalités de l’engin – dont la commercialisation est prévue pour décembre – est, il faut le dire, très amusant.


Illustration promotionnelle du logiciel de conception de la Buccaneer

Difficile pourtant de ne pas penser qu’avoir une imprimante tridimensionnelle dans son salon risque surtout de transformer une partie de la population en une armée de concepteurs du dimanche, entassant des objets à ne plus savoir quoi en faire. Cela a même un nom : la syllogomanie.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Consommer et agir autrement
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