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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 19:50

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

 

Rémunération des grands patrons: visualiser l'indécence

Pi.M.
Mardi, 1 Septembre, 2015
Humanite.fr

 

 

Carlos Ghosn, patron de Renault et de Nissan, s'est augmenté de 175 % cette année
AFP
 
Les salaires des grands patrons augmentent encore, sans parler des retraites chapeaux et primes exceptionelles. Comme celle Michel Combes, qui non content d'avoir touché plus de 4 millions d'euros cette année quitte son poste avec 13,7 millions de prime. Le salaire cumulé de ces PDG permettrait de créer plus de 200 000 emplois. Infographies.
 
 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 18:51

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

Joseph Stiglitz : « 91% de la croissance est capturée par 1% en haut de l’échelle »

Mercredi, 2 Septembre, 2015
Humanite.fr

 

Photo : Francine Bajande
 
De passage à Paris pour la sortie de son dernier ouvrage, le prix Nobel d’économie relève que les inégalités sont au cœur de l’instabilité économique mondiale et développe ses positions alternatives.

À l’heure où François Hollande confesse un renoncement majeur en déclarant « assume(r) pleinement », dans un livre à paraître demain, son « acceptation du traité européen » Sarkozy-Merkel, le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz dresse un réquisitoire des politiques d’austérité. Dans l’entretien qu’il a accordé à l’Humanité à l’occasion de sa visite en France pour promouvoir son nouveau livre, la Grande Fracture (éditions Les Liens qui libèrent), l’économiste dénonce une Europe engluée dans l’austérité, dans laquelle « la France a peur » d’affronter l’Allemagne, comme on l’a vu lors de la crise grecque, cet été. Un problème économique qui devient un problème démocratique, souligne le prix Nobel, quand « les électeurs se disent partout : (…) les gouvernements ont trahi ». « C’est une autre logique qu’il faut suivre », affirme encore Joseph Stiglitz à propos du pacte de responsabilité de François Hollande, qui distribue des aides sans contreparties aux entreprises. Tirant enseignement de l’exemple grec, le prix Nobel, qui a soutenu le non d’Alexis Tsipras au référendum grec de juillet, se prononce pour une réforme de la zone euro, dans un sens plus « démocratique » et « solidaire », et dit l’espoir que suscite en lui l’essor des luttes des mouvements citoyens contre les inégalités aux États-Unis.

 

Lire l'entretien intégral (version longue en exclusivité sur l'humanité.fr)

Extrait :

Le gouvernement Hollande a décidé d’offrir 40 milliards d’euros de baisses d’impôts aux entreprises pour stimuler l’économie. Qu’en pensez-vous ?

Joseph Stiglitz. François Hollande fondait son espoir sur un regain d’investissements. Or il n’existe aucune preuve qu’un allégement des impôts sur les entreprises conduise mécaniquement à plus d’investissements. Il y a d’autres mesures que de faire un cadeau aux entreprises, ce qui revient à jeter de l’argent par les fenêtres et accroître l’inégalité. Si vous dites que vous investissez et que vous créez des emplois en France, à ce moment vous pouvez avoir une réduction d’impôts. Mais si vous n’investissez pas en France il faut que vous soyez imposé plus fortement. C’est une autre logique qu’il faut suivre, celle d’une incitation à la création d’emplois. Je l’ai dit, en son temps,  au gouvernement français mais je n’ai pas été entendu….

Vous faites la démonstration que des décisions politiques sont à l’origine des dysfonctionnements du système et vous dites que les solutions sont également politiques. Mais aux Etats-Unis Wall street bénéficie d’une législation qui lui permet de financer de façon illimitée les campagnes électorales. Est ce que les dés ne sont pas fondamentalement pipés parce que Wall street est ainsi, de fait, quasiment juge et parti ?

Joseph Stiglitz. C’est ce qui, à vrai dire, entame mon optimisme. Mais c’est aussi ce qui me renforce dans la conviction que l’on ne peut agir strictement sur le terrain des réformes économiques. Il faut promouvoir d’un même mouvement des changements dans la sphère politique. Une réforme de la loi électorale sur le financement des campagnes par exemple.

D’autres choses cependant me remplissent déjà d’espoir. Il y a eu des mouvements de citoyens qui ont réussi à surmonter ces terribles handicaps. Il y a eu des hausses du salaire minimum dans certaines grandes villes comme New – York, Los Angeles ou Seatle en dépit de l’influence des banques qui y étaient totalement opposées. Et à New-York, où se trouve le cœur financier du pays, on a même pu même élire un maire, Bill De Blazio qui a mené campagne contre les inégalités. .

Précisément en termes d’espoirs concrets, comment analysez vous le phénomène Bernie Sanders, le candidat à la primaire démocrate qui se réclame du socialisme ?

Joseph Stiglitz. L’aspect positif du débat aux Etats-Unis c’est que dans les deux partis il y a une reconnaissance du problème des inégalités. Et au sein du parti démocrate tous les candidats sont en faveur de réformes pour réduire les inégalités et mettre une muselière aux banques. Il y a ici et là des différences sur ce qu’il faudrait privilégier, s’il faut mettre davantage l’accent sur l’éducation ou sur autre chose mais il n’y a aucun désaccord entre les candidats sur cette philosophie contre les règles actuelles du capitalisme. Par exemple Hillary Clinton veut responsabiliser les entreprises sur leurs résultats à long terme. Il y a sur ce point unanimité en faveur des solutions progressistes. C’est sans doute aussi un reflet de la désillusion par rapport à la politique menée par Barack Obama et la montée de la conscience des dégâts occasionnés par les inégalités.

Quant à Bernie Sanders, c’est celui qui milite sur ces questions depuis le plus longtemps. J’ai travaillé à plusieurs reprises avec lui notamment sur les questions de la couverture santé. Ce qui est intéressant c’est qu’aujourd’hui il n’est plus isolé. Il est écouté dans le pays.  

Il ne faut pas se cacher cependant que si la grande fracture a produit cette intéressante évolution au sein du parti démocrate elle génère aussi une réaction totalement opposée, ultra-conservatrice dans le parti républicain.

lire la suite

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 18:25

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

A Aubervilliers, un collectif invente un autre collège

1er septembre 2015 / Marie Astier (Reporterre)
 


 

Une petite révolution est en cours dans l’Education nationale. A Aubervilliers, un collectif d’enseignants imagine un collège différent, dont le fonctionnement serait démocratisé, l’enseignement polytechnique, les décisions collectives... Un rêve dont ils espèrent convaincre l’institution de le concrétiser dans un nouvel établissement en 2017.


Tout a commencé par une grève : en 2010, à Aubervilliers, des suppressions de postes sont annoncées, alors que le nombre d’élèves augmente. Pendant deux mois, les profs des collèges du secteur protestent, se rencontrent, débattent. « On a discuté de l’école, de ce qui n’allait pas, se rappelle Isabelle Darras, professeure de lettres classiques. Puis on a appris que le département votait le budget pour construire un nouveau collège à Aubervilliers. » C’est le déclic : et si cet établissement à naître, dont les plans ne sont même pas encore dessinés, était justement l’occasion de repenser un collège différent ?

Au départ, ils sont quelques profs et un CPE (conseiller principal d’éducation), exerçant tous en zone « difficile ». Ils se réunissent dans un collectif, puis créent l’association pour un collège coopératif et polytechnique à Aubervilliers (A2CPA). Aujourd’hui, ils sont une dizaine de permanents, plus une trentaine de curieux réguliers.

 

 

Ils mettent une contrainte à leur imagination : le collège sera public et respectera la carte scolaire. « On fait un collège pour nos élèves, insiste Vincent Boroli, professeur d’EPS dans le 19e. On a envie d’offrir un service public d’éducation de meilleure qualité, et ce dans une des villes les plus pauvres de France. »

 

L’éducation nationale, usine à élèves ?

Trop d’élèves par classe, manque de moyens, direction parfois autiste. Tous sont insatisfaits des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. « On a plus l’impression d’être dans une logique d’usinage de l’éducation que dans un métier où on prend en compte l’humain. L’éducation nationale est basée sur un modèle très vertical où l’on applique des décisions sans avoir l’impression d’en être les auteurs », dénonce Vincent.

« Aujourd’hui dans le secondaire, les conditions ne sont pas créées pour que les professeurs travaillent en équipe. Or la transmission des savoirs est une affaire collective », observe André Sirota. Ce chercheur et professeur en psychologie à l’université Paris-Ouest, spécialiste de l’éducation, soutient activement le collectif.

Mais attention, avertit Séverine Labarre, professeure de lettres modernes, « on n’a pas pensé les choses en fonction de ce qu’on n’aime pas dans l’éducation nationale, on l’a construit en fonction de ce que l’on voudrait. »

 

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Régulièrement, le collectif organise des ateliers avec la population du quartier du futur collège. Ici un atelier jardin.

 

Révolutionner le collège

Le collectif se réunit toutes les deux semaines. Il fait du « tourisme pédagogique » dans les établissements appliquant des pédagogies alternatives, prend des journées entières pour réfléchir pendant les vacances scolaires.

Peu à peu, le projet se dessine. Emploi du temps, hiérarchie au sein de l’établissement, méthodes de travail en classe ou entre profs, tout est remis à plat.

Il faut d’abord lutter contre l’anonymat dans un établissement programmé pour avoir 600 élèves. L’idée est de le diviser en trois « maisons » de 200 élèves, chacune accueillant tous les niveaux, avec ses salles, ses profs, ses activités.

Il faut aussi démocratiser la vie de l’établissement. Chaque classe tiendra conseil une fois par semaine pendant une heure. Ordre du jour, tour de parole, maître du temps : les enfants dirigent la séance. « C’est un espace pour apprendre à gérer les conflits par la parole, avec un rituel qui permet d’instituer un climat d’écoute », explique Vincent.

 

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Des conseils d’élèves à l’assemblée de classe, le but est de démocratiser le fonctionnement du collège.

Au-dessus, les conseils de maison et de collège fonctionnent sur le même système et intègrent élèves, profs, personnel de l’établissement. Ces heures de concertation sont formalisées dans l’emploi du temps des élèves et des adultes. « On passera plus de temps dans l’établissement, mais moins de temps à brasser de l’air, espère Adeline. Il s’agit de partager le pouvoir. C’est une révolution au collège. »

 

Apprentissage de la citoyenneté

Autre révolution, l’enseignement polytechnique. Au sein de l’établissement, un jardin pédagogique et un atelier vélo sont prévus. Une façon de « décloisonner les matières ». « Dès la sixième, l’élève entre dans un système avec des profs ultra-spécialisés chacun dans leur matière et n’arrive plus à articuler les savoirs, on ne fait plus le lien entre le théorique et le pratique », regrette Vincent Boroli. Ainsi, le projet propose par exemple de mesurer son rythme cardiaque en sport pour faire le lien avec les cours de biologie, ou d’apprendre les surfaces en mathématique à travers le projet de repeindre une salle de classe.

Cette organisation devra permettre un « meilleur apprentissage des savoirs et de la citoyenneté, espère le chercheur André Sirota. Des objectifs souvent affichés dans les discours de l’éducation nationale, mais peu présents dans les faits... »

 

Remettre en cause le système de l’intérieur

Le projet a été plutôt bien accueilli. In extremis, et après accord de l’éducation nationale, le département, qui gère la construction, a invité le collectif à rencontrer les architectes du futur bâtiment. « On a pu obtenir l’organisation du collège en trois escaliers pour les trois maisons, des lavabos dans toutes les salles pour les ateliers, des tables déplaçables, etc. », se félicite Adeline. Ce n’est pas pour autant que leur projet est accepté. Le collège doit officiellement ouvrir ses portes en 2017, il y a le temps, mais le chemin au sein de la hiérarchie éducative est long. L’académie de Seine-Saint-Denis semble plutôt les soutenir. Au-dessus, le rectorat de Créteil demande encore à être convaincu.

Car ce projet de collège qui se veut « différent » est d’autant plus subversif qu’il veut s’intégrer au sein de l’éducation nationale. « Cela remet en cause le système de l’intérieur », note Adeline Besson...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 18:07

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Quand un ancien tri postal devient le refuge des âmes meurtries et des âmes fleuries

2 septembre 2015 / Monique Douillet (Silence)
 


 

L’ancien bâtiment du tri postal, derrière la gare d’Avignon, devrait se transformer en un vaste bâtiment d’accueil pour les personnes en difficultés, mais aussi pour nombre d’activités associatives.


- Avignon, reportage

J’arrive dans la grande cour du centre de tri, située avenue du Blanchissage (derrière la gare centre). En face de moi, une cabane en bois aux murs de paille compressée sert de bureau d’accueil. Sur la porte une affichette : "On cherche Gilbert désespérément". Stéphane et Malek m’accueillent et saisissent mon regard interrogateur, ils m’expliquent : "On n’a pas perdu Gilbert, c’est le titre du film qui passe en boucle à l’intérieur. On a participé au tournage, il a été présenté au festival du film précaire." À l’intérieur c’est une salle de projections ou de réunions, tout en gradins. Je reviendrai voir.

Juste devant la cabane, il y a des jardins surélevés avec quelques plantations de fleurs et de légumes. On dirait que les tuteurs attendent des plants de tomates. A droite, le bâtiment du tri postal entièrement vitré sur trois niveaux... et devant, une suite de préfabriqués. Au rez-de-chaussée de l’immeuble grand ouvert, un spectacle se prépare. La salle modulable est délimitée par des pendrillons. [1] Deux comédiennes attaquent un hymne au tri postal : "Ici les âmes meurtries et les âmes fleuries se croisent."

 

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Visite du bâtiment durant la Journée du patrimoine, octobre 2014.

Nous sommes le 9 avril 2015 et la journée Portes ouvertes démarre tout juste. Cour, jardin, cabane, je tourne un moment sans comprendre comment ça fonctionne. Stéphane me propose de rencontrer Hélène qui va m’expliquer.

 

"Espèce d’espace"

Hélène est une étudiante en architecture qui a choisi d’effectuer ici son stage de fin d’études. Elle vit depuis six mois au sein de l’entreprise, participant à l’animation de jour et de nuit de tout ce qui se trame ici, autant dire entièrement polyvalente et capable de répondre à toutes les questions ! Elle a participé à la construction de la cabane. Le jardin, c’est l’œuvre de l’association Colibris qui s’occupe aussi de la santé. Les bungalows hébergent des personnes en situation précaire, il y en a d’autres ailleurs dans la ville. L’ensemble de ces logements est dénommé : "Villa Médicis".

Aujourd’hui, on fait un pas de plus. Le projet est d’aménager la bâtisse. La maquette et les plans de réhabilitation du tri postal (2 500 m²) ont été confiés à deux associations d’architectes, le Perou (Pôle d’exploration des ressources urbaines) et le Nac (Notre atelier commun) auquel appartient Hélène.

 

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La maquette du Tri postal

Nous visitons, elle m’explique : le rez-de-chaussée mutualisera un espace complémentaire pour l’accueil de nuit, un restau, des douches publiques, un espace soin et bien-être, une école de coiffure, une laverie, une crèche (la cité des bébés accueillera un tiers d’enfants en situation de handicap). Au premier et au second étages se trouveront des bureaux, des salles de répétition, une résidence d’artistes, un atelier de couture. Le tout sera assez souple pour s’adapter aux évolutions en cours car cette "espèce d’espace" n’a pas encore défini ses contours. "Cela se précisera en marchant."

Une question, par exemple, va être soumise à la prochaine assemblée consultative des Rêveurs (collectif de personnes de bonne volonté qui manifestent leur intérêt pour le projet) : "Est-ce que le festival in sera ou non invité dans ces lieux ?" Question assortie d’un préambule : "Attention ! Le Tri doit rester un lieu de co-création et de co-production tourné vers l’accessibilité à tous, avec une attention envers les publics précaires, avant d’être un lieu de diffusion. Le Tri n’est pas la Friche belle de mai à Marseille, pas la même vocation, pas les même objectifs."

 

Myriade d’associations

Actuellement, un grand nombre d’associations partenaires, à vocation sociale, culturelle et citoyenne, travaillent ici. Il y a le groupe d’entraide mutuelle qu’on appelle le Gem, deux fanfares : Lance-Croquettes et Haut les mains, le conservatoire d’art dramatique, les Beaux Arts, l’Université populaire, Latitudes qui propose des actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité à base de pédagogies actives, Colibris, qui a entrepris le potager.

 

 

L’Union des familles malades (Unafam) s’est tournée vers la production audiovisuelle. "Roulons à vélo" répare les bécanes et les met à la disposition des résidents et des gens qui travaillent. Une cantine, tous les jeudis à midi, réunit les bénévoles - dont les "résidents de l’accueil de nuit" - soit un noyau d’au moins 80 personnes.

- « Mais qui est à l’origine d’un si vaste projet ?
- « Alors là, il vaut mieux que tu questionnes Renaud
, répond Hélène, c’est le directeur de l’association CASA et de HAS Vaucluse [2] qui pilote l’ensemble. Je vais le chercher. On se retrouvera après au spectacle. »

 

Action en faveur des sans abris

Renaud Dramais, son directeur, me résume la fabuleuse histoire de CASA : "Cela commence en 2001. Nous avons choisi d’appeler cette association CASA, comme le magasin où l’on trouve tout pour la maison : Collectif, Action, Sans, Abri."

Les membres du collectif (usagers de fait des structures sociales et d’insertion), ont revendiqué un droit de parole concernant le dispositif qu’on préparait pour eux. Ils réclamaient un lieu d’accueil inconditionnel ouvert à toutes les personnes qu’elles soient alcoolisées, toxicomanes, handicapées ou accompagnées de chiens... La demande est donc venue de gens vivant à la rue, en situation d’exclusion et de grande précarité́, confrontés parfois à une perte radicale de toute protection de la vie humaine.

En 2003, après nombre de péripéties, promesses non suivies d’effets, squat de locaux, etc., le sous-préfet a entamé une discussion avec CASA afin d’aboutir à la création de ce lieu. L’adjoint municipal aux affaires sociales a proposé la cour de l’ancien tri postal. Pendant quatre ans, CASA a disposé d’un contrat d’occupation précaire de la cour exclusivement, renouvelé d’année en année, mais n’a pas lâché l’affaire. En 2007, les associations CASA, Habitat Alternatif Social et le Marabout [3] ont élaboré une charte de coopération pour lutter contre l’exclusion.

 

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Le bâtiment, vu de la gare d’Avignon

Durant l’hiver 2008/2009, signe fort, les Enfants de don Quichotte et Le Collectif Contre les Inégalités et les Exclusions ont débuté leur tour de France du mal-logement par Avignon, au côté de CASA. Cette mobilisation bien relayée par les médias oblige la Municipalité à entrer à nouveau dans un véritable dialogue. Cependant aucune solution durable n’a été trouvée. Tout au long de ces années, le cap a été tenu au prix de mobilisations extraordinaires. Comment rendre compte de la capacité de survie extraordinaire de ce collectif, dans un environnement parfois ouvertement hostile ? "Jusqu’à ce jour nous avons porté ce projet d’espace commun, notre maison commune, un monde en soi."

Ce que j’ai vu ici au cours de cette journée "portes ouvertes" qui s’est terminée par un repas partagé, m’a interrogée. Cette association Casa-Has, avec ses revendications si semblables à celles des pionniers de l’éducation populaire au XIXe siècle : la dignité de la personne, son accès à la citoyenneté, un toit pour tous et un accès à l’éducation, ne serait-elle pas la véritable héritière de ce mouvement ? Par ricochet, cela signifie aussi que depuis bientôt deux siècles la situation pour une partie de la population n’a pas changé autant qu’on le croit...


2015. LA VILLE S’ENGAGE

Vincent Delahaye, conseiller municipal délégué à l’habitat d’urgence et aux nouveaux modes d’habitat, confirme l’intérêt de ville d’Avignon. "On connaît la richesse de ce projet participatif, intergénérationnel, d’économie sociale et solidaire, qui réinterroge la vie de quartier."

La Ville a engagé les négociations avec Réseau ferré de France, propriétaire du bâtiment, pour un euro symbolique. Les collectivités et l’État devront se positionner...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 17:35

 

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EDF distille la propagande nucléaire dans les lycées avec le feu vert de l’Education nationale

21 juillet 2015 / Emilie Massemin (Reporterre)
 


 

 

EDF propose des conférences "sur le développement durable“ dans les établissements scolaires. Vantant subtilement l’énergie nucléaire et stigmatisant la transition énergétique. Reporterre s’est procuré l’enregistrement d’une de ces conférences, au lycée René Char d’Avignon. Analyse.


C’est une leçon un peu spéciale qu’ont reçue les élèves du lycée René Char d’Avignon le 20 avril dernier. A la place de leur cours de principes fondamentaux de l’économie et de la gestion (PFEG), un conférencier, Romain Gras, leur a parlé production d’électricité et développement durable pendant une heure et demie. Détail troublant, ce monsieur travaille pour l’agence Junium Diffusion, un prestataire d’EDF. Alors que la production d’électricité de ce dernier dans le monde était à 82,2 % nucléaire en 2014.

Cet enseignement était-il aussi neutre qu’on est en droit de l’attendre de l’éducation publique ? Pour le savoir, Reporterre s’est procuré un enregistrement de l’animation proposée par M. Gras aux lycéens de René Char.

En introduction, l’intervenant présente les différents types d’énergie. Il poursuit sur les véhicules électriques, puis sur le pétrole, le gaz et le charbon, dont il souligne le caractère néfaste pour le climat et l’économie française. C’est là qu’arrive le nucléaire, « moyen alternatif » de produire de l’énergie qui « coûtait moins cher » à la France, dépourvue de réserves de gaz, de charbon et de pétrole.

Puis M. Gras détaille le fonctionnement de la filière atomique, de l’extraction de l’uranium à la gestion des déchets radioactifs. Il ne dissimule pas l’impact environnemental de cette industrie même s’il souligne que « l’uranium a un avantage, c’est un minerai à la base peu cher, beaucoup moins que le pétrole ».

« Ceux qui travaillent là [dans le réacteur] sont soumis à la radioactivité, poursuit l’intervenant. On porte bien sûr des combinaisons pour s’en protéger. » Insouciant, il rapporte avoir « pris des doses de radioactivité supérieures à la normale » cet hiver. Des propos qui minimisent les risques, alors qu’une étude du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) montre que l’exposition prolongée à de faibles doses de radioactivité accroît le risque de décès par leucémie chez les travailleurs du nucléaire.

Tchernobyl, Fukushima, démantèlement, déchets : le grand déballage

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima sont évoquées, ainsi que leurs conséquences – mise en en place d’une « zone interdite » et difficultés à gérer les quantités phénoménales d’eau radioactive à Fukushima.

Le grand déballage continue avec les problèmes du démantèlement - « on ne peut pas déconstruire totalement une centrale nucléaire » - et les déchets radioactifs - « il y en a une partie, (…) on ne peut pas enlever la radioactivité, on ne sait pas quoi en faire (…) donc on les stocke ».

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Un groupe scolaire installé à proximité de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir-et-Cher.

Démontrer que le nucléaire est la solution la moins mauvaise

Le conférencier de Junium ne semble donc pas promouvoir ouvertement le nucléaire. En tout cas, il ne cache pas les dangers de ce mode de production. Son discours est plus subtil : démontrer qu’en dépit de ses défauts, l’atome reste la source d’énergie la moins mauvaise. Chose rassurante, les lycéens ne semblent pas dupes.

« Si le nucléaire c’est tellement bien, pourquoi l’Allemagne veut s’en débarrasser, de toutes ses centrales ? », demande l’un d’eux. La réponse fuse, un peu agacée : c’est un « choix politique » suite à l’accident « rarissime » de Fukushima en 2011. Et dans la bouche de M. Gras, c’est loin d’être une bonne idée : « Depuis 2011, l’Allemagne rejette énormément de CO2, parce qu’elle a lancé des centrales qui brûlent du charbon. » Ce qui est exact : les émissions de CO2 allemandes sont passées de 742,2 Mt en 2011 à 755,3 Mt en 2012 (cf p. 36 de ce document de l’IAE) - mais ont diminué en 2014. Mais il est possible que ce retour au charbon ne soit que passager : la transition énergétique est en marche outre-Rhin.

Une transition énergétique qui ne semble guère convaincre M. Gras. « [Les Allemands] ont développé massivement l’éolien. Super, ironise-t-il. Vous la contrôlez l’éolienne ? (…) Vous contrôlez rien du tout. » Les autres énergies renouvelables ne trouvent guère grâce à ses yeux. Les centrales hydrauliques, c’est bien, « c’est plus puissant, ça produit plus ». Mais « impact à mesurer (…). Vous inondez une vallée. Donc on déplace des villages ». L’énergie marémotrice, c’est pas mal, les hydroliennes aussi, « mais il y a un souci, c’est d’ordre économique. Produire de l’électricité en pleine mer, (...) techniquement, on sait faire, mais en ce moment c’est très coûteux ».

En revanche, le conférencier n’évoque pas les coûts incontrôlés de la construction de l’EPR, du stockage des déchets et des démantèlements ?

Quant aux économies d’énergie, elles ne sont tout simplement jamais mentionnées, comme si la politique énergétique se résumait au choix de la production d’électricité.

« Pas neutre », juge un parent d’élève

L’intervention de l’envoyé d’EDF au lycée a fait grincer quelques dents chez les parents d’élèves. « Je trouve que ce n’est pas neutre, juge l’un d’eux. Le lycée aurait pu faire venir plusieurs intervenants différents, un dans les énergies renouvelables, un dans le nucléaire, un dans l’efficacité énergétique, pour que les élèves puissent avoir différents points de vue. »

 

« La question sur l’Allemagne était intéressante à poser, je voulais savoir ce qu’il allait répondre. Mais je trouve qu’il a évité le sujet », relève une élève. La remarque sur les doses de radioactivité l’a laissée perplexe : « Quand il a dit qu’il avait été irradié, il essayait de dédramatiser mais je n’ai pas trouvé ça convaincant. »

De son côté, la proviseure du lycée René Char a indiqué à Reporterre qu’elle n’avait « pas de commentaire à faire sur cette intervention ».

 

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Brochure de présentation des prestations proposées par Junium Diffusion pour EDF.

Une convention signée entre EDF et l’Éducation nationale

Cette conférence n’est pas un cas isolé. Elle est délivrée dans le cadre d’une convention qui lie EDF et l’Éducation nationale depuis le 30 avril 2002. Reporterre en a demandé le texte au ministère de l’Éducation nationale, qui ne lui a pas encore envoyé. Le producteur d’électricité propose ainsi quatre types de conférences aux établissements scolaires. Cinq mille interventions ont été réalisées en France pendant l’année scolaire 2013-2014, peut-on lire dans une note envoyée par le service pédagogique d’EDF.

- Télécharger la note d’EDF :

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EDF balaie du revers de la main tout soupçon de propagande nucléariste. Les conférences ne traitent pas des activités d’EDF, mais proposent « une vision globale de ce qu’est la production d’électricité et les enjeux d’un mix énergétique, par rapport aux trois piliers du développement durable : social, économique et environnemental », y assure-t-on en réponse aux questions de Reporterre. En plus, les conférenciers ne sont pas payés par EDF, mais par Junium. Ceci, « pour pouvoir donner des conférences en toute neutralité ».

Conférencier... ou responsable d’équipe à la centrale du Tricastin ?

Pourtant, dès les premières minutes de l’enregistrement que s’est procuré Reporterre, la distinction entre conférencier Junium et salarié EDF est gommée. « Je travaille pour EDF, affirme l’intervenant. Une partie de mon métier, la principale, consiste à travailler à la centrale nucléaire du Tricastin...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 17:13

 

Source : http://www.terraeco.net

 

 

 

Comment (vraiment) sauver l’agriculture française avec 3 milliards

27-08-2015

 

 

 

Comment (vraiment) sauver l'agriculture française avec 3 milliards
(Crédit photo : Flickr - Renaud Camus )
 
Xavier Beulin, patron de la FNSEA, réclame cette somme pour sauver l'élevage. Et si, avec le même magot, on changeait de système ? L'exercice a inspiré la Confédération paysanne et l'agronome Marc Dufumier. Voici leur méthode.

L’agriculture française est en crise. Les éleveurs de porcs bretons se sont fait distancer par les allemands. Le prix du lait de Normandie ne rivalise plus avec celui d’Australie… Qu’à cela ne tienne ! Une perfusion de quelques milliards d’euros devrait remettre le système d’aplomb. C’est en tout cas ce que préconise Xavier Beulin. Dans une interview au Journal du dimanche, le président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), premier syndicat agricole français, réclame « 3 milliards d’euros sur trois ans pour retrouver la compétitivité perdue ». Cet ingrédient devrait, selon le pédégé d’Avril-Sofiprotéol, une holding spécialisée dans le financement de l’agro-industrie, permettre à la France « de rattraper l’Allemagne dans les cinq ans ». Sa recette ? « Moderniser les bâtiments, automatiser les abattoirs, organiser les regroupements d’exploitations afin qu’elles soient plus productives ». Le tout, en supprimant les charges et en gelant les normes environnementales.

Pendant que l’homme d’affaires rêve d’un élevage industriel reparti « pour quinze ans », d’autres, partisans d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement, dépenseraient cet argent autrement. L’agronome Marc Dufumier et le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, nous détaillent comment.

1. Des prix plus rondelets pour les petits volumes

Et si les premiers litres de lait d’un paysan lui rapportaient plus gros que les suivants ? Et si les fruits, légumes et céréales récoltés sur les premiers hectares d’une exploitation étaient vendus à un prix plus intéressant ? Selon Laurent Pinatel, cette seule mesure aurait au moins trois bienfaits : « soutenir les petites exploitations, limiter la concentration et éviter la surproduction ». A la Confédération paysanne, on suggère, par exemple, un prix du lait à 350 euros la tonne pour les 150 000 premiers litres, ou encore une surprime pour les 25 premiers hectares (il en existe déjà une pour les 52 premiers hectares). Ainsi, en garantissant un revenu décent dès les premiers volumes, ce système pourrait encourager les installations ou du moins « stabiliser le nombre de paysans », estime Laurent Pinatel. Dans le même temps, il mettrait un coup d’arrêt à la course aux gros volumes, limitant ainsi les risques de surproduction, qui eux-mêmes entraînent des chutes de prix qui, à leur tour, incitent à courir après les gros volumes…

2. Réorienter les primes vers la qualité plutôt que vers la quantité

Les agriculteurs français ont-ils plutôt intérêt à produire des quantités modérées de lait voué à être changé en yaourts et en fromages vendus dans l’Hexagone ? Ou de gros volumes pour exporter, en concurrence avec l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, du lait en poudre sur le marché chinois ? A la Confédération paysanne, on choisit sans hésiter la première option. Ainsi, quand Xavier Beulin mise sur les fermes XXL, d’autres considèrent que le salut de l’agriculture française passera par les labels, le bio, les AOC… « Prenons le porc : même si on rattrapait les Allemands et les Espagnols sur les prix, si l’on garde les mêmes conditions d’élevage et d’alimentation, pour quelles raisons un consommateur préfèrerait-il acheter français ? », s’interroge Laurent Pinatel. Le syndicaliste préconise donc un positionnement sur le « haut de gamme ». Un avis que partage Marc Dufumier. « Il faut remettre les animaux sur la paille, revoir le contenu de leurs gamelles, les ramener sur l’herbe », abonde l’agronome. Quant aux fruits et aux légumes, il serait bon « de réduire l’usage d’engrais de synthèse et de pesticides », poursuit-il.

Mais, ce tournant engagé, les ménages aux petits budgets pourront-ils continuer à se nourrir français ? Oui, « à condition que les aides de la PAC (politique agricole commune) soient réorientées vers la qualité », estime Laurent Pinatel. A ses yeux, l’économie française a tout à y gagner. « A la tonne de viande vendue, un poulet de Bresse ou de Loué crée plus d’emplois que de la volaille industrielle », détaille-t-il.

3. Abattoirs, fromageries : créer des infrastructures de proximité pour valoriser les produits

Pour proposer en circuit court des produits à forte valeur ajoutée, encore faut-il pouvoir les transformer. C’est alors que les régions ont un rôle à jouer, celui de « mettre en adéquation les besoin de consommation et d’emplois d’un territoire et sa production », précise Laurent Pinatel. En bénéficiant d’une partie des 3 milliards d’euros, elles pourraient soutenir l’ouverture de yaourteries, de fromageries et d’abattoirs de petits volumes permettant aux bouchers de s’approvisionner au plus près. Le tout rendu possible par « la mise en place d’aides à la collecte au ramassage ».

4. Booster la demande de bio et de produits locaux en allégeant les factures des cantines

Tandis que la France manque de légumes – le nombre de producteurs à chuté de 40% depuis 1996 –, les exploitants agricoles produisent toujours plus de céréales à exporter. De même, « alors que nos bovins élevés hors sol et nourris au soja brésilien partent vers Taïwan ou le Maghreb, nous allons chercher en Irlande des animaux engraissés à l’herbe pour répondre à la demande française », déplore Laurent Pinatel. Un système que la Confédération paysanne aimerait rééquilibrer. « Il faut arrêter de vouloir faire manger aux gens ce que l’on produit pour produire ce que les gens ont envie de manger », résume-t-il. Dans l’idée, les céréaliers devraient se faire un peu maraîchers. Partisan de ces conversions, Marc Dufumier mise sur les cantines pour donner l’impulsion. C’est alors qu’interviennent les 3 milliards. « Imaginez que, grâce à un soutien financier, collèges, lycées, maisons de retraites et restaurants d’entreprises n’aient pas à débourser plus cher pour des produits de proximité, avance-t-il. Dites ensuite à un céréalier qu’une école est prête à acheter à bon prix un volume croissant de légumes sur les six ans à venir et vous avez des chances de voir ses pratiques changer. »

5. Des revenus pour les services environnementaux rendus

Paysans, plantez des arbres dans vos champs ! Tel devrait être l’un des engagements du monde agricole en contrepartie des 3 milliards d’euros réclamés par la FNSEA. De même, la réintroduction de coccinelles pour chasser les pucerons, de scarabées pour s’en prendre aux limaces, devrait être récompensée. « En préservant les paysages, en limitant l’usage d’engrais et de pesticides, ces pratiques vont dans l’intérêt du contribuable, résume l’agronome. Les 3 milliards pourraient servir à rémunérer le producteurs pour les service rendus à la collectivité », estime Marc Dufumier. « Ce système, présent dans le second pilier de la PAC, pourrait être développé, confirme Laurent Pinatel. Il permettrait à des agriculteurs en intensif, qui, du fait de la [convergence des aides→http://www.terre-net.fr/convergence...], risquent de voir leurs primes baisser, de compenser ces pertes en changeant leurs pratiques. »

6. Soutenir l’emploi

Seul bémol, champs arborés et agriculture automatisée ne vont pas de pair. « Ce type d’agriculture est fatalement plus gourmande en main-d’œuvre, ce qui implique des coûts de production plus importants », reconnaît Laurent Pinatel. C’est précisément ce surcoût qu’une enveloppe de 3 milliards devrait également absorber.

7. Encourager la mise en culture de légumineuses pour lever le pied sur le soja

Pour fonctionner sur le modèle actuel, l’agriculture française importe beaucoup : « du soja brésilien, argentin et américain pour les protéines, du gaz naturel russe pour fabriquer les engrais de synthèses azotés… », résume Marc Dufumier. L’agronome assure que cette dépendance, et donc cette vulnérabilité aux variations des marchés mondiaux, n’est pas une fatalité. « La mise en culture de légumineuses( pois, féveroles, lentilles ) sur le territoire permettrait, en partie, de s’en libérer. » Quant aux engrais, Marc Dufumier estime qu’on peut regagner en indépendance à condition de « réassocier l’élevage et les cultures ». Ainsi, le fumier « fertiliserait les champs plutôt que les algues vertes bretonnes » . Autre technique : le « pré bois » ou l’art de planter des pommiers dans les champs de blé. « Leur racines vont chercher des minéraux très profondément dans le sol, ceux-ci se retrouvent dans les feuilles qui, quand elles tombent, nourrissent le sol et les cultures » rappelle ce partisan de l’agroforesterie.

L’ensemble de ces revirements met à mal les économies d’échelle, vocation première de l’agriculture industrielle. Mais à long terme, Marc Dufumier assure que même financièrement, ce pari sera gagnant. « Le système actuel nous coûte très cher : en importation d’aliments, d’engrais et d’énergies fossiles, en algues vertes, en traitement des eaux, en maladie d’Alzheimer et en chômeurs », résume l’agronome. Pour lui, utilisés comme l’entend la FNSEA, les 3 milliards tomberaient dans un panier percé. « La modernisation telle que l’entend M. Beulin, consiste à produire, sur le modèle des années 1950, la même merde qu’aujourd’hui avec encore moins de bras, pour au final encore moins de goût ! »

A lire aussi sur Terraeco.net :
- L’interview coup de point de Xavier Beulin
- Notre dossier « Le goût assassiné »

 
 
 
 
 
 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 16:52

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Main basse sur l’information!

|  Par Laurent Mauduit

 

 

Accélération de la concentration dans la presse quotidienne et audiovisuelle ; multiplication de faits de censure ; consanguinité de plus en plus accentuée et malsaine entre les milieux d’affaires et les médias ; verrouillage de l’information sur de nombreux médias audiovisuels, à commencer par l’audiovisuel public : la France vit une grave régression démocratique ! C'est presque le retour à la presse de l'avant-guerre, celle du Comité des forges.

Pour la liberté et le pluralisme de la presse, et plus généralement pour la liberté et le pluralisme de l’information, ce sont décidément des jours très sombres que traverse la France. Accélération de la concentration dans la presse quotidienne et la presse audiovisuelle ; multiplication de faits de censure venant s’ajouter à des comportements très répandus d’autocensure ; consanguinité de plus en plus accentuée et malsaine entre les milieux d’affaires et les médias ; verrouillage de l’information sur de nombreux médias audiovisuels, à commencer par l’audiovisuel public… C’est peu dire que notre pays connaît une évolution qu’il faut bien qualifier pour ce qu'elle est : une grave régression démocratique !

Sous le précédent quinquennat, celui de Nicolas Sarkozy, ou dans les années juste antérieures, en prévision de l’alternance, le rachat de la plupart des grands quotidiens français par de richissimes amis du chef de l’État avait déjà fait grand bruit. Au fil des mois, on avait en effet assisté à une véritable boulimie d’acquisitions de la part de milliardaires dont la plupart n’avaient pas la presse pour métier, quand leurs activités ne dépendaient pas de la commande publique et qui pour beaucoup d’entre eux entretenaient des liens de forte proximité voire d’amitié avec le chef de l’État et qui faisaient partie des célèbres invités de la soirée du Fouquet’s.

Entrée au capital du Monde, en alliance avec les Espagnols de Prisa (l’éditeur d’El País), d’Arnaud Lagardère, qui s’est souvent présenté comme le « frère » de Nicolas Sarkozy ; rachat des Échos par Bernard Arnault, le témoin de mariage (avec Cécilia) du même Nicolas Sarkozy ; rachat du Figaro par Serge Dassault, sénateur UMP, et également ami proche du même Nicolas Sarkozy en lequel il voyait le fils qu’il aurait aimé avoir ; acquisition de Libération par le banquier Édouard de Rothschild, qui a souvent passé ses vacances à La Baule avec le même Nicolas Sarkozy : dès cette époque, ce mélange des genres, cette consanguinité avaient fait à juste titre scandale. On s’était pris alors à penser que la France, du Second Empire jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’époque gaulliste, ne s’était décidément jamais départie de ses terribles travers : ceux d’un régime présidentialiste qui dispose d’une culture démocratique faible et méprise les contre-pouvoirs, à commencer par celui de la presse.

Et pourtant, il faut bien admettre que dans ce domaine de la liberté de l’information et du pluralisme – comme dans beaucoup d'autres ! –, l’alternance de 2012 n’en a pas été une. Et que la régression démocratique s’est encore accentuée. Sans doute n’y a-t-il plus de lien d’amitié visible entre le chef de l’État et les grands patrons qui ont fait main basse sur l’information. Mais c’est pourtant presque pire : la consanguinité entre les milieux d’argent et les grands médias s’est dramatiquement accentuée. Et le pluralisme en a d’autant reculé.

L’indice le plus récent de cette appropriation de la presse française, écrite et audiovisuelle, par une petite camarilla de milliardaires est l’empire immense que vient de se constituer en à peine quelques mois Patrick Drahi, le patron de Altice Media Group (AMG), la filiale domiciliée au Luxembourg du groupe d'Altice (SFR, Numericable). Que ce grand patron ait du talent pour construire un groupe gigantesque en jonglant avec les milliards, dans une folle politique d'endettement, voilà qui ne fait guère de doute – on peut lire à ce sujet la longue enquête de ma consœur Martine Orange, dont on trouvera les deux volets ici et . Mais que l'on puisse y voir la garantie d'un rebond de la presse libre et indépendante, c'est évidemment une tout autre affaire…

À la manière d’un Jules Mirès, le célèbre homme d’affaires du Second Empire, qui entre ses folles spéculations sur la bulle de l’époque, celle des chemins de fer, investissait à tout va dans la presse pour mieux consolider son influence et entretenir des relations de connivence avec le pouvoir (lire La presse dans le piège de la démocratie illibérale), Patrick Drahi a racheté à une vitesse éclair tout ce qui était à vendre. Il a d’abord mis la main sur Libération, le journal créé en 1973 par Jean-Paul Sartre et Serge July. Cela a ensuite été le tour du groupe L’Express, fondé en 1953 par Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber, c’est-à-dire l’hebdomadaire éponyme et une ribambelle d’autres titres parmi lesquels L’Étudiant ou encore L’Expansion

Et puis, pour finir, fin juillet, il y a eu l’accord avec Alain Weill, au terme duquel Patrick Drahi va progressivement prendre le contrôle du groupe NextRadioTV, c’est-à-dire, là encore, d’un portefeuille considérable de chaînes et d’antennes, parmi lesquelles BFM-TV, BFM-Business ou encore RMC (lire Alain Weill ouvre les portes de NextRadioTV au milliardaire Patrick Drahi).

Cette opération de concentration est l’aboutissement d’une longue histoire. Et le capitalisme de connivence à la française avait déjà abîmé beaucoup de ces titres, avant même que Patrick Drahi ne s’en empare. Épuisé par de longues années de crise et tout autant de plans sociaux qui ont vu des générations entières de journalistes expérimentés quitter le navire, le Libération d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec le Libération d’hier qui était la propriété de la société des journalistes (la SCPL), système de gouvernance inspiré de celui du Monde, qui garantissait son indépendance. De même, L’Express d’aujourd’hui, avec ses couvertures « Spécial immobilier » ou « Classement des hôpitaux » – voire pire, ses couvertures machistes (« Ces femmes qui lui gâchent la vie ») ou carrément xénophobes (« Le vrai coût de l’immigration ») – n’a plus grand-chose à voir, et depuis bien longtemps, avec la publication dans laquelle écrivaient Albert Camus ou Jean-Paul Sartre, et qui fut parmi les premiers journaux, avec Combat, à dénoncer la torture en Algérie.

Dans le rachat par Patrick Drahi de tous ces titres, qui ont chacun une histoire longue en même temps qu’une relation passionnée depuis longtemps avec leurs lecteurs, il y a comme un aboutissement. C’est une triste fin de cycle !

« Assurer la liberté de la presse, son honneur et son indépendance »

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une bonne partie de la presse française a vécu en effet une refondation. Pour prendre en compte le programme du Conseil national de la résistance (CNR) (on peut le consulter ici) qui fixait comme priorité le fait « d’assurer la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères », beaucoup de journaux ont, par divers moyens, cherché à l’époque les garanties de leur indépendance. Le Monde – imité vingt-cinq ans plus tard par Libération – a construit son indépendance à l’égard « des puissances d’argent » grâce à un système de gouvernance dans lequel la société des journalistes détenait le contrôle majoritaire du journal. Ailleurs, d’autres modèles ont été inventés, comme une société coopérative ouvrière pour Le Courrier picard, et d’autres modèles encore…

Pendant plusieurs décennies, le legs démocratique du CNR a survécu, dans des formes juridiques multiples. Et dans leur fonctionnement, bien des journaux ont gardé des types de fonctionnement attestant qu’ils étaient des produits hybrides : des produits, certes marchands, devant trouver leur équilibre financier, mais aussi des instruments de la démocratie, garantissant le droit à l’information des citoyens.

L’ère Drahi sonne donc la fin de cette époque. C’est en quelque sorte pour la presse la fin d’un long déclin. Avec l’irruption du roi du câble dans le secteur de la presse, il est maintenant établi que la presse n’est plus qu’un produit marchand, qui s’achète et se vend, dans de pures logiques commerciales ou d’influence. C’est le retour à l’époque d’avant le CNR : le retour à la presse de l’avant-guerre, celle du Temps, le journal du Comité des forges, avec lequel Hubert Beuve-Méry, le fondateur du Monde, voulait rompre à la fin de la guerre, au motif qu’il avait été trop près des puissances d’argent (en même temps que du Quay d’Orsay !), trop emblématique de ce qu’il qualifiait « la presse d’industrie ». La presse de connivence…

Mon confrère Antoine Perraud vient d’ailleurs de faire une trouvaille. Il a déniché dans les archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) une vidéo d’Hubert Beuve-Méry, le fondateur du Monde, qui permet de mieux comprendre l’ambition originelle de ce journal, qui rejoint celle du CNR.

Hubert Beuve-Méry (1902-1989), interrogé en 1985, revient sur la création du “Monde”

Au cours de cet entretien, Hubert Beuve-Méry répond à l’interpellation d’un journaliste :

« Quand vous avez créé ce journal en 1944, qu’avez-vous voulu faire ? » lui demande celui qui l'interroge.

— Avant tout un journal indépendant, qui ne doive rien à personne, ni à l’État, ni aux puissances d’argent, ni aux puissances constituées, que ce soient des Églises, des syndicats. Un journal qui puisse vraiment n’avoir aucune espèce de fil à la patte », répond Hubert Beuve-Méry.

Tout est dit ! C'est cette ambition, au cœur du projet de refondation de la République à la fin de l'Occupation, qui a été progressivement abîmée par des coups de boutoir successifs de ces « puissances d'argent ». Désormais, une bonne partie de la presse s'est retrouvée enlacée par ce « fil à la patte » avec lequel voulait précisément rompre Hubert Beuve-Méry.

Signe des temps et de ce naufrage que connaît la presse française, Altice, qui est la holding de tête du groupe de Patrick Drahi, multiplie donc ses emplettes dans la presse française et enrôle dans le même mouvement Michel Combes comme président de son conseil d’administration et directeur des opérations du groupe. Lequel Michel Combes vient de quitter la direction du groupe Alcatel-Lucent avec un scandaleux pactole de 14 millions d’euros. Autant dire que les directeurs des publications des titres du groupe y regarderont peut-être à deux fois désormais avant de faire des éditoriaux vengeurs contre les abus des patrons du CAC 40, quand ils se couvriront d’or, comme ils en ont la détestable habitude, sous forme de stock-options, golden hellos, golden parachutes ou autres rémunérations variables…

Si les achats en cascade de Patrick Drahi retiennent l’attention, c’est, donc, parce qu'ils sont l’achèvement d’une opération main basse sur la presse et sur l’information qui a connu d’autres épisodes, tout aussi graves. C’est, en bref, l’une des dernières pièces du puzzle qui se met en place et qui montre de la presse française est l’image de ce qu’elle est lentement devenue : une presse totalement sous le contrôle des puissances d’argent, de plus en plus prisonnière des logiques d’influence.

Si le constat saute aux yeux, c’est qu’en face de l’empire Drahi dans la presse et l’information, un autre s’est constitué auparavant, autour du milliardaire et patron de Free Xavier Niel, le banquier de chez Lazard Matthieu Pigasse et le milliardaire Pierre Bergé. Un autre empire, qui a mis la main sur le groupe Le Monde puis sur le groupe du Nouvel Observateur et qui pourrait à l’avenir avoir encore d’autres ambitions, par exemple dans l’audiovisuel. Un autre empire de presse dont les logiques internes sont les mêmes que celles d’Altice, beaucoup plus proches de ce qu’était Le Temps d’avant guerre que du Monde d’Hubert Beuve-Méry. En bref, c’est bel et bien le retour, à peu de choses près, à ce qu’était la presse du temps du Comité des forges.

Et ce n’est pas tout ! Car dans cette opération main basse sur la presse et sur l’information, il faudrait encore citer beaucoup d’autres évolutions pour le moins inquiétantes pour le pluralisme et la liberté de l’information : la prise de contrôle imminente du Parisien par le même Bernard Arnault, déjà propriétaire des Échos ; la prise de contrôle du quotidien La Provence par Bernard Tapie, bien que l’argent investi dans ce journal provienne d’un arbitrage frauduleux qui a valu à son principal bénéficiaire et quelques autres acteurs de l’affaire une mise en examen pour « escroquerie en bande organisée » et « recel de détournement de fonds publics » ; le contrôle de plus en plus spectaculaire de tous les quotidiens de la façade est de la France par le Crédit mutuel…

Bref, les milieux d’argent sont partout à l’offensive. Et ce spectaculaire appétit ne s’arrête pas à la presse écrite : les mêmes milieux d’affaires lorgnent avec de plus en plus de gourmandise les joyaux qui pourraient être à vendre dans l’audiovisuel. À preuve, la prise la prise de contrôle progressive de NextRadioTV par Patrick Drahi que nous venons d’évoquer ; à preuve encore, l’intérêt que les nouveaux propriétaires du groupe Le Monde-Nouvel Observateur ont manifesté pour la chaîne d’info en continue LCI, quand le bruit a circulé que Martin Bouygues pourrait s’en séparer…

Or, ce qu’il y a de très spectaculaire dans ce système de verrouillage de l’information en France par quelques grandes fortunes, c’est que tout y concourt, et que la puissance publique elle-même apporte de facto son appui à cet immense mouvement de spéculation et de concentration de l’information.

Comme l’a établi récemment une longue enquête de Mediapart sur le trafic des fréquences audiovisuelles délivrées par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), les tribulations récentes de la chaîne Numéro 23, fondée par Pascal Houzelot (lire Le fructueux trafic des fréquences audiovisuelles), illustrent le fonctionnement ahurissant du capitalisme de connivence à la française. Financé par une partie du gotha français des affaires ainsi que par un oligarque russe ; ami du banquier Matthieu Pigasse et du milliardaire Pierre Bergé et coopté par eux au conseil de surveillance du Monde ; par ailleurs soutenu et conseillé par David Kessler qui fut le conseiller pour les médias de François Hollande à l’Élysée après avoir été celui du même Matthieu Pigasse, Pascal Houzelot a en effet obtenu à titre gracieux au printemps 2012 une fréquence, alors que tout le monde se doutait qu’à peine le délai légal de deux ans et demi imposé par la loi serait dépassé, il revendrait la chaîne. En réalisant une formidable culbute financière.

Et c’est donc ce qui s’est effectivement passé : si le CSA – qui réexaminera l’affaire à la mi-septembre – n’y met pas le holà, Pascal Houzelot et ses alliés feront une plus-value insensée de 88,5 millions de vente, en cédant à NextRadioTV la chaîne Numéro 23, dont la fréquence a été attribuée gratuitement. Lequel groupe NextRadioTV a lui-même été revendu dans l’intervalle à Patrick Drahi, au terme de cet immense et sinistre jeu de Monopoly qui bouleverse tout le paysage de la presse audiovisuelle française…

Retour à la presse du Comité des forges

Mais dans cette enquête de Mediapart, nous soulignions aussi que l’affaire Houzelot, pour être la plus scandaleuse de toutes, n’en révélait pas moins les tares d’un système pernicieux qui permet à de richissimes hommes d’affaires de spéculer grâce à des fréquences qui leur sont attribuées gratuitement, d’arrondir ainsi leur fortune, ou d’asservir des médias audiovisuels à leurs caprices personnels.

Des exemples du même type que celui de l’affaire Houzelot, on peut en effet en citer d’autres : celui de Claude Berda (AB Productions), qui a revendu en mars 2010 une fortune – 192 millions d’euros pour être précis – ses chaînes TMC et NT1 à TF1. Et même l’État s’est mis à donner le mauvais exemple, puisqu’il a finalisé en octobre 2014 la rétrocession pour près de 25 millions d’euros au groupe Lagardère des 34 % du capital que France Télévisions détenait dans la chaîne de la TNT Gulli. Pour les plus grandes fortunes, la loi qui encadre la TNT est donc une bénédiction : elle autorise toutes les spéculations possibles et imaginables. Ou presque toutes.

Mais l’exemple le plus spectaculaire qui résume la folie du système français, c’est celui de Vincent Bolloré, le célèbre homme d’affaires qui fut l’un des invités vedettes du Fouquet’s (et celui qui prêta son jet personnel et son yacht à un Nicolas Sarkozy tout juste élu !). Car c’est précisément grâce à ce système de spéculation autour des fréquences de la TNT que l’homme d’affaires peut monter au capital du groupe Vivendi et, par ricochet, devenir le véritable patron de sa filiale, le groupe Canal+. Tout cela grâce à cette loi qui offre à titre gracieux des canaux pouvant ensuite être revendus à prix d’or.

Quand, à la fin de l’été 2011, Vincent Bolloré cède le contrôle de 60 % des deux chaînes de la TNT qu’il contrôle, Direct Star et Direct 8, il réalise une affaire en or. Direct Star, c’est l’ex-Virgin 17, qu’il a racheté au groupe Lagardère quelque 70 millions d’euros et qu’il rétrocède à Canal, pour près de 130 millions d’euros. Et Direct 8, il l’a obtenue gracieusement, au terme d’une autorisation que le CSA lui a accordée le 23 octobre 2002.

Dans le « deal » que Vincent Bolloré fait avec le groupe Vivendi, les deux chaînes sont valorisées 465 millions d’euros, alors que l’industriel breton et ami de Nicolas Sarkozy n’a investi pour elles guère plus de 200 millions d’euros. Grâce à l’État, il fait donc une culbute financière exceptionnelle…

La culbute est d’autant plus importante que Vincent Bolloré est payé en titres Vivendi, à un cours exceptionnellement bas, de 17 euros, du fait de la crise financière qui est à l’époque encore très violente – le cours est aujourd'hui à plus de 23 euros. Dès à présent, Vincent Bolloré a donc fait une culbute presque 50 % au-dessus de ce que l’on pensait à l’époque où il a vendu les deux chaînes de la TNT. Et dans la foulée, il est devenu l’homme fort du groupe Vivendi (il devient le président du conseil de surveillance en juin 2014), et donc aussi, l’homme fort de sa filiale, le groupe Canal+.

En somme, tout concourt, y compris la puissance publique, à ce que le système de l’information soit en France totalement – ou presque – verrouillé par quelques grandes fortunes. La presse dans toutes ses composantes : la presse écrite comme la presse audiovisuelle…

Et de ce système stupéfiant, on devine sans grand peine les ravages : même s’il s’agit d’une valeur fondatrice de la République, le droit à l’information des citoyens est en France sans cesse malmené – beaucoup plus qu’il ne l’est en tout cas dans les pays qui ont des cultures fortes de contrepouvoirs. Et comme par un fait exprès, de nombreux exemples sont venus illustrer ces derniers temps les risques d’un système qui livre la presse aux ambitions, aux intérêts ou aux caprices des puissances d’argent.

Le cas le plus récent et le plus flagrant est celui de la censure décidée par le même Vincent Bolloré, comme l’a révélé récemment Mediapart (A Canal+, Vincent Bolloré censure un documentaire sur le Crédit mutuel): dans son enquête, mon confrère Fabrice Arfi a révélé par le menu comment le tout-puissant patron de Vivendi et homme fort de sa filiale Canal+ a personnellement censuré d’un simple coup de téléphone un documentaire sur le Crédit mutuel et la fraude fiscale, qui devait être diffusé sur la chaîne cryptée. Lequel Vincent Bolloré a avec le Crédit mutuel de nombreux liens d’intérêt.

Dans le même registre, on peut encore citer la spectaculaire reprise en main qui se dessine pour les Guignols de l’info de Canal+ que le même Vincent Bolloré a d’abord envisagé de supprimer avant, face au tollé, d’avancer en crabe, en commençant par placer l’émission en mode crypté, en se débarrassant sinon du producteur historique du moins de toutes les signatures connues qui ont fait son succès, et en la repositionnant pour qu’elle se moque plus des « people » que des politiques.

Il ne s’agit, certes, pas ici d’information. Mais cela donne la mesure de l’humeur du nouveau maître des lieux. Et quand les saltimbanques sont remis au pas, les journalistes ont eux-mêmes tout à craindre. Vieille leçon de l’histoire : sous le Second Empire, il n’y avait pas que la presse qui devait être à la botte ! Les caricaturistes l’étaient tout autant et devaient avant parution soumettre leurs dessins au ministère de l’intérieur…

Cette spectaculaire montée en puissance des milieux d’argent dans la presse audiovisuelle a donc généré des phénomènes de désinhibition. Les patrons de la presse ou de l’audiovisuel n’hésitent plus à donner des coups de canifs publics dans le droit à l’information. Et même, sans fausse pudeur, à le revendiquer publiquement. Témoin le patron du groupe M6 Nicolas de Tavernost qui n’a pas eu le moindre scrupule, en juin dernier, à admettre exercer des pressions sur les journalistes de sa chaîne et notamment ceux qui réalisent l’émission Capital, pour « ne pas contrarier des clients ». Il était l’invité d’une émission de Canal+, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a dit les choses en toute franchise (dans une vidéo dont il est malheureusement impossible d'expurger la publicité !) :

Le néolibéralisme en terrain conquis dans l'audiovisuel public

On savait certes, déjà, que la censure existait à M6. Car l’affaire évoquée par Nicolas de Tavernost est ancienne. Dans cet entretien, il fait allusion à la censure d’une enquête de la chaîne qui portait sur Xavier Niel en 2013, et dont Mediapart s’était fait l’écho (lire Les secrets de Xavier Niel (6) : le papivore). Mais il y a aujourd’hui quelque chose de nouveau : les oligarques parisiens qui contrôlent la presse et l’audiovisuel n’hésitent plus même à admettre publiquement qu’ils répugnent à ce que leurs journaux respectifs fassent des enquêtes corrosives sur le voisin.

Et le plus inquiétant, c’est que cette pratique fait visiblement jurisprudence, même si d’autres propriétaires de médias n’osent pas encore l’avouer publiquement. Imagine-t-on une grande enquête du Monde sur l’affaire Pascal Houzelot, lequel siège au conseil de surveillance du groupe de presse ? On l’attend toujours. Espère-t-on de grandes enquêtes des innombrables quotidiens contrôlés par le Crédit mutuel sur les actes de censure de Vincent Bolloré ou sur l’écheveau opaque des sociétés holding qui lui assure le contrôle de son groupe, dont certaines sont au Luxembourg (lire à ce sujet cette autre remarquable enquête de ma consœur Martine Orange, consultable ici, , et encore ) ?

En fait, on voit bien au travers de ces questions les effets ravageurs de ce système, celui du capitalisme de la barbichette : comme dans la petite cour de récréation des milieux d’affaires parisiens, tout le monde connaît tout le monde, il est des territoires économiques entiers où même les journalistes les plus pugnaces peinent à s’aventurer. Avec au bout du compte, le triste résultat que l’on sait : si dans quelques médias, le journalisme d’investigation peut encore être pratiqué dans les affaires qui touchent à la politique, la corruption ou la fraude, l’investigation économique et financière est le plus souvent sinistrée.

Qui ose enquêter sur un Vincent Bolloré ? Les journalistes qui s’y sont risqués savent que c’est immensément compliqué. Qui ose enquêter sur l’immensément riche et puissant Xavier Niel ? À Mediapart, nous avons cette liberté (on retrouvera nos enquêtes ici, , , , ou encore ). Mais beaucoup de confrères savent qu’ils vont au-devant de grandes difficultés. Et le pire, c’est que ce verrouillage de l’information a un effet de contagion sur l’audiovisuel et tout particulièrement l’audiovisuel public, où les journalistes qui tiennent le haut du pavé sont le plus souvent ceux qui professent avec application les points de vue dominants de ces mêmes cercles des milieux d’argent parisiens. Écoute-t-on le journal de France 2 ? Pas le moindre souci de pluralisme des approches – alors que c’est la richesse de l’économie : avec François Lenglet, on a toujours un seul son de cloche – néolibéral il va sans dire. Écoute-t-on France Inter ? Pour l’éditorial du matin, les journalistes économiques qui y officient et qui sont très compétents ont depuis toujours été mis sur la touche, au profit hier de l’ultraréactionnaire Jean-Marc Sylvestre, au profit aujourd’hui de l’éditorialiste des Échos Dominique Seux qui fait des libelles à peine plus nuancés que ceux du Medef. Écoute-t-on même France Culture ? Même la « matinale » de la radio qui, plus encore que d’autres, devrait pourtant avoir le souci du débat intellectuel contradictoire et du pluralisme a lentement dérivé au fil des mois vers le « tout-libéral » et assène périodiquement un seul point de vue en économie, celui de Philippe Manière, l’ancien pamphlétaire radical du Point. Et que dire de C dans l’air, l’émission de France 5 : n’y pérorent, le plus souvent, que les mêmes imposteurs de l’économie, ceux qui défendent depuis des lustres ces mêmes points de vue, ceux de la pensée unique néolibérale.

Tout juste y a-t-il quelques poches de résistance, comme Cash Investigation sur France 2, et quelques rares autres émissions de ce type…

Ainsi vont la presse et l’audiovisuel français : même si beaucoup de journalistes qui y officient essaient, envers et contre tout, de faire dignement leur travail, ils rencontrent, pour beaucoup d’entre eux, des difficultés croissantes. Terrible constat ! Si beaucoup de journalistes souffrent de cette situation, notamment les jeunes générations qui arrivent ; si beaucoup de citoyens ont une claire conscience des systèmes de connivence qui sont à l’œuvre, le piège est en train de se refermer : la presse et l’audiovisuel auraient besoin de faire l’objet d’une ambitieuse refondation démocratique, pour garantir ce droit à l’information, mais à l’inverse, la mainmise des milieux d’argent se renforce gravement.

 

Pierre Rosanvallon: la presse et l'enjeu... par Mediapart

 

Dès le 15 décembre 2008, à l’occasion d’une soirée avec Reporters sans frontières au cours de laquelle avait notamment pris la parole l’historien et professeur au Collège de France Pierre Rosanvallon (voir ci-dessus son intervention), Mediapart avait engagé une campagne pour souligner l’enjeu démocratique majeur de ces questions du pluralisme et de la liberté de l’information.

Depuis, la situation s’est encore aggravée. Et la refondation démocratique est encore plus impérieuse…

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 16:38

 

Source : http://blogs.mediapart.fr

 

 

Demain, dès 19h: la contre-rentrée de Mediapart avec Frédéric Lordon

 

Contre le conformisme médiatique, contre les apôtres du nationalisme et de la fermeture, pour de nouvelles solidarités et pour une nouvelle Europe : nous vous proposons une édition exceptionnelle de notre émission « En direct de Mediapart », jeudi 3 septembre à partir de 19 heures. Elle sera retransmise en streaming vidéo et Mediapart sera ce jour-là en accès libre. Le détail du programme et des invités.

La contre-rentrée de Mediapart
Emission animée par Frédéric Bonnaud et la rédaction de Mediapart

1.-19h. Contre le conformisme médiatique, vive le pluralisme

Reprise en mains de Canal+, refonte des Guignols de l'Info, pensée unique en matière économique sur le service public, concentration des médias (Patrick Drahi, Vincent Bolloré, Xavier Niel). Au fil des rachats, restructurations et nominations des PDG de l'audiovisuel public, l'information n'a jamais été aussi peu pluraliste en France.

Invités :
Didier Porte, humoriste, Martine Orange, Mediapart, Laurent Mauduit, Mediapart.

2.-19h45. Contre ces intellectuels apôtres d'une France moisie

Il n'y a pas qu'Éric Zemmour ou Alain Finkielkraut. Le paysage intellectuel français est aujourd'hui dominé par quelques figures qui attisent les peurs, vantant une France fermée, conservatrice, machine à exclure toutes les différences et indifférente aux nouvelles questions sociales.

Invités :
Arlette Farge, historienne, directrice de recherche au CNRS. Parmi ses récentes publications : Le peuple et les choses.
Jean-Pierre Filiu, historien et spécialiste de l'Islam contemporain. Il publie Les Arabes, leur destin et le nôtre 
Sudhir Hazareesingh, historien et professeur à Oxford. Il publie Ce pays qui aime les idées : histoire d'une passion française (le titre en version originale : How the French Think : An affectionate Portrait of an Intellectuel People
Edwy Plenel, Mediapart.

3.- 20h30. Pour une solidarité avec les migrants et réfugiés

Une Europe impuissante, fermée, incapable de développer une politique d'accueil et d'asile : face à la crise sans précédent des migrants (300 000 personnes ont franchi la Méditerranée pour rejoindre l'Europe, selon les Nations unies), ce sont des solidarités citoyennes, des individus, des associations, qui n'ont cessé de se développer dans les différents pays européens pour aider ces personnes en détresse.

Invités :
Damra Khatba et Lama Tama, réfugiés en France après avoir fui la Syrie
Feïza Ben Mohamed, militante associative à Nice, qui intervient sur la frontière franco-italienne (voir notre vidéo ici)
Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du Monde, partenaire de notre opération #OpenEurope
Carine Fouteau, Mediapart

4. 21h30. Pour une autre Europe, faut-il sortir de l'euro ?

Crise grecque, élections le 20 septembre à Athènes, en novembre en Espagne, le débat sur la sortie de l'euro, sa possibilité, ses conditions, l'élaboration d'un « Plan B », la démocratisation des instances européennes : c'est l'ordre du jour principal de cette rentrée.

Pour en débattre, entretien avec Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, économiste et sociologue.

 

 

Source : http://blogs.mediapart.fr

 

 

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 19:22

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Education

Rentrée scolaire : la pédagogue qui voulait révolutionner le système éducatif français

par

 

 

 

 

Des enfants épanouis et solidaires, qui commencent à lire, multiplier ou diviser dès la maternelle. Ce sont les résultats étonnants d’une expérimentation menée entre 2011 et 2014 dans une classe de Gennevilliers, en banlieue parisienne, en zone prioritaire d’enseignement. Pendant trois ans, Céline Alvarez a tenté de mettre en pratique dans une école publique les principes de la pédagogue Maria Montessori, enrichis avec les neurosciences et la linguistique française. Un bouleversement des pratiques traditionnelles des enseignants, pour repenser l’école sur la base de la confiance. Malheureusement, le ministère de l’Education nationale ne lui a pas permis de poursuivre cette expérimentation. Entretien et vidéos.

 

Basta ! : Quelles compétences ont été développées par les enfants de votre classe de Maternelles, à Gennevilliers, entre 2011 et 2014 ?

Céline Alvarez [1] : Dès la première année, tous les enfants, suivis par le CNRS, ont progressé plus vite que la norme, sauf un qui était l’enfant le plus absent. Ils sont entrés très facilement dans la lecture, ont fait des mathématiques, des divisions, des soustractions. Dans certains domaines, en conscience phonologique, c’est-à-dire la capacité d’entendre les sons dans les mots, en mémoire de travail [notre capacité à retenir sur du court terme], ils étaient très au dessus de la norme. Une petite fille, à quatre ans, avait 28 mois de retard par rapport à la norme en mémoire de travail. En six mois, elle a non seulement rattrapé ces 28 mois de retard, mais elle a eu 8 mois d’avance !

Un développement social s’est aussi mis en place. Les enfants étaient capables d’avoir des relations sociales plus harmonieuses. Ils ont fait preuve d’une grande capacité de résolution de conflits et développé plus d’empathie. Ils contrôlaient mieux leurs émotions. D’après les témoignages des parents, ces enfants étaient heureux, épanouis, généreux, enthousiastes, solidaires.

Ces résultats ne sont pas là parce que je suis une enseignante merveilleuse ou parce que les enfants sont extraordinaires ou à haut potentiels. Non, on a testé leur QI : ils n’étaient pas plus élevés que la normale. Ce sont simplement des êtres humains qui ont été replacés dans un contexte favorable où on marchait dans le sens des lois de la vie, plutôt que dans un contexte où l’on lutte contre.

En vidéo : du côté des enfants

Comment a démarré cette expérience d’enseignement ?

Je n’ai jamais souhaité être enseignante. Ma démarche était de mettre un coup de pied dans la fourmilière et de dire : avec 40% d’échec scolaire chaque année à la sortie du CM2, on s’est trompés, ça suffit ! J’étais profondément indignée par le système scolaire français. Ses mauvais résultats s’expliquaient parce qu’il n’a jamais été fondé sur la connaissance des mécanismes d’apprentissage et d’épanouissement de l’être humain. Et si nous repensions la classe en fonction de ces mécanismes, que se passerait-il ? On verrait les enfants épanouir des compétences cognitives et non cognitives extraordinaires ! C’était le postulat de Maria Montessori. J’ai naturellement repris ses travaux que j’ai enrichis avec les neurosciences et la linguistique française.

 

 

J’ai souhaité mener ce travail de recherche au sein de l’éducation nationale. J’ai donc passé le concours de l’éducation nationale. C’était simplement pour moi la meilleure façon d’infiltrer le système. Une fois le concours en poche, je suis allée taper aux portes des ministères pour leur demander de me laisser une carte blanche pédagogique. En 2011, le conseiller éducation de Nicolas Sarkozy puis le cabinet de Luc Chatel et la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), à l’époque, ont été très attentifs à ma posture : la seule voie pour l’éducation de demain, c’est la voie scientifique, c’est comprendre quels sont les besoins de l’être humain. Il faut qu’on construise l’environnement scolaire autour de ça. La classe s’est ouverte en quelques mois.

Sur quels grands principes repose votre enseignement ?

J’ai repris les travaux de Maria Montessori, ses grands principes et je les ai traduits et enrichis à la lumière des neurosciences cognitives, affectives et sociales. Le premier de ces grands principes, c’est la plasticité cérébrale. Entre 0 et 5 ans, l’être humain possède une capacité cérébrale extraordinaire. Cela ne signifie absolument pas qu’il faille trop stimuler les enfants. Mais plutôt que leur environnement doit être riche, avec de grandes opportunités d’interactions langagières, soutenues et d’une grande variété. Ainsi, dans une même classe, il ne faut pas qu’un enseignant parle à 30 enfants du même âge. Mais plutôt des enfants d’âges différents, plus âgés, qui vont pouvoir parler à d’autres enfants. A la verticalité, il faut préférer l’horizontalité. Les enfants sont autonomes et peuvent parler ensemble toute la journée. Ce qui permet aux petits de développer beaucoup plus rapidement leur langage. Mais c’est aussi leur offrir une grande diversité culturelle : de la géographie, de la géométrie, des mathématiques, des occasions d’apprendre à lire et à écrire. Mais tout ça en suivant le moment où ils ont décidé de le faire et en le faisant de façon sensorielle.

 

 

C’est le deuxième grand principe : l’enfant est dans une période sensorielle. Cela ne sert à rien de lui dire : il faut faire ci, il faut faire ça. Il doit l’expérimenter lui-même. C’est ainsi que son cerveau va pouvoir se câbler. La lecture, les mathématiques, sont exercés par un biais sensoriel. L’enfant doit être actif. La classe lui offre des activités qui engagent leur concentration profonde et une répétition.

Le troisième principe, c’est que le cerveau humain apprend avec l’autre. L’apprentissage doit être horizontal : les enfants peuvent apprendre les uns des autres. Mais uniquement quand il y a une relation positive et bienveillante, pas dans une situation de stress, de compétition, ou de comparaison. Le climat doit être celui de la coopération, extrêmement bienveillant et aimant, et non jugeant. Il ne s’agit pas de juger positivement les enfants, mais de ne pas les juger tout court. C’est ni bien, ni mal, c’est ce que c’est. L’important est que l’enfant prenne du plaisir. Et l’instituteur doit encourager ce plaisir.

Concrètement, dans vos classes, comment étaient mis en œuvre ces grands principes ?

Tout d’abord, il n’y avait pas un seul niveau d’âge, mais deux ans de différence d’âges. C’est ce qui motivait les enfants. Certains « petits » se disaient : « whaou ; moi-aussi je vais être capable de faire ça, apprends moi ». Il va rester près du grand, le grand va être intéressé pour le montrer au petit. Cela crée une émulation sociale autour des apprentissages avec laquelle aucun enseignant ne peut entrer en compétition. Ensuite, les enfants étaient autonomes. De 8h30 à 16h00 le soir, ils choisissaient librement leur travail dans un cadre très structuré où les règles étaient très explicites. Ils pouvaient répéter ces activités autant de fois qu’ils le souhaitaient. Ils prenaient confiance en eux. Un enfant à Gennevilliers pouvait faire 4/5/6 activités. Ou alors une seule ou deux, parce qu’il était passionné par ce qu’il faisait.

Dans une classe traditionnelle, les enfants ne choisissent pas leur travail. C’est une activité le matin puis ils changent de groupe. Puisque l’activité est imposée, la plupart du temps les enfants ne sont pas motivés. Ils vont faire leur affaire le plus vite possible pour rejoindre le coin bibliothèque, ou le coin construction. A l’inverse, quand ils choisissent ce qu’ils veulent faire, les enfants sont passionnés, ils prennent confiance en eux... Cela leur donne des ailes !

 

 

Un autre paramètre pratique mis en place est l’accompagnement individuel : l’adulte va avoir tout son temps pour les enfants qui vont le demander. Les autres sont actifs. Dans une classe traditionnelle, on ne peut pas individualiser. Les enfants ont besoin de l’adulte en même temps. C’est épuisant ! Une autre chose, c’est la disponibilité, la bienveillance rendue possible par l’enseignant qui est moins dans une posture de stress. Ces conditions lui permettent à lui aussi de prendre plus de plaisir, et de faire réellement son travail d’accompagnement auprès des enfants.

Vous estimez que dans une classe traditionnelle, le plus souvent, le modèle d’enseignement proposé par l’ institution entrave les potentialités de l’enfant. Pourquoi ?

Par exemple, le problème de illettrisme est un non sujet. C’est juste que la plupart des outils que l’on donne aux enseignants entravent l’élan spontané d’écriture et de lecture des enfants, les enseignants s’épuisent et les enfants aussi. On ne connait, ni n’utilise les leviers de l’intelligence humaine. Par exemple, il faut permettre à l’enfant de faire ses propres expériences, en confiance, au moment où l’envie surgit, et toujours dans une relation à dimension humaine, plutôt qu’une relation à dimension didactique.

Pourquoi votre expérience a-t-elle pris fin ?

En 2012, lorsque le gouvernement est passé à gauche, le ministère de l’Éducation nationale n’était plus favorable à cette démarche. Il avait plutôt tendance à dire que quand on fait des expérimentations, on prend les enfants pour des cobayes. C’est aberrant : actuellement, tous les enfants de France sont des cobayes de méthodes qui n’ont ni été scientifiquement fondées, ni scientifiquement validées. J’ai passé les deux dernières années à me battre contre l’Institution. Les tests que je faisais passer en classe m’ont été interdits. Donc j’ai dû désobéir et les faire passer sur le temps scolaire avec la complicité des parents et d’un psychologue. Ce qui m’a valu de passer à côté de blâmes, de conseils disciplinaires. J’ai reçu de nombreuses  menaces et des humiliations...

Mais j’ai souhaité tenir pour arriver à la fin d’un cycle complet et pour accumuler de la matière à exploiter ensuite. La 3ème année, on m’a annoncé que mon matériel allait être retiré à la rentrée 2014. On m’a dit que je devais faire comme tout le monde, enseigner de façon traditionnelle si je souhaitais rester. Cela n’avait aucun sens pour moi, j’ai donc démissionné. Dans ma fiche d’inspection, il était écrit qu’il était très clair que les enfants de cette classe étaient en très grande réussite scolaire. « Tout ce qui est attendu de la maternelle est là, voire plus que là ». Mais c’est justement ce qui pose problème pour leur intégration, pour la suite de leur parcours scolaire ! m’a-t-on dit.

En vidéo : du côté des parents

 

 

Si les méthodes que vous décrivez sont si fructueuses pour le développement et l’épanouissement de l’enfant, pourquoi ne sont-elles pas plus mises en œuvre par le corps enseignant ?

La première raison tient au fait que les enseignants ne connaissent pas forcément ce genre de démarche qui vise à autonomiser les enfants. La formation initiale est d’une pauvreté affligeante. On devrait pouvoir donner aux enseignants les grands invariants théoriques des mécanismes d’apprentissages humains et leur permettre de trouver des axes pratiques les plus cohérents en fonction de leurs moyens de terrain. L’un de ces invariants est par exemple que l’être humain apprend dans l’amour et la confiance, pas dans le stress. Cela parait simple mais cela remet en cause de nombreux paramètres traditionnels d’enseignement. L’école n’est tout bonnement pas pensée sur la base de la confiance.

Mais pour mener votre expérience, vous avez bénéficié de matériels Montessori importants. Est-ce que ces moyens ne limitent pas la reproductibilité de votre démarche dans l’ensemble du système éducatif ?

Absolument pas. Comme je l’explique sur le blog, il ne s’agit pas d’avoir du matériel spécifique. Un matériel didactique plus spécifique peut entrer progressivement et dans un second temps. Le plus important est le changement de posture de l’adulte vers l’enfant et le réaménagement de l’environnement de la classe pour permettre l’autonomie des enfants. Les enseignants peuvent commencer avec le matériel dont ils disposent déjà. Je viens d’accompagner 220 enseignants de maternelles publiques, certains accompagnés de leur Atsem, pour mettre en place un tel dispositif sans ou avec peu de moyens. Je crois qu’ils sont repartis enthousiastes et motivés. Ils sont décidés à changer leur pratique pour une démarche pédagogique plus "physiologique" et donc plus respectueuse. Ce sont des pionniers, ils vont ouvrir un nouveau chemin pour l’école dès cette rentrée. Je suis certaine qu’ils seront suivis par de nombreux autres à la rentrée suivante.

Propos recueillis par Simon Gouin

Photos et vidéos : copyright Céline Alvarez

Pour aller plus loin :

 

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 19:03

 

Source : http://www.okeanews.fr

 

 

Le programme Grec de privatisations


Participants
  Nmyv66yH_400x400 Christine
  Olivier Okeanos

 

‘The Press Project’ revient sur les privatisations grecques : lors de la procédure d’approbation du plan d’aide à la Grèce par le parlement néerlandais, le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a déposé un document comportant 55 actions de privatisation que le gouvernement grec doit réaliser dans les deux mois à venir. Asteras, l’ancien aéroport d’Athènes Hellinikon, Kassiopi, Port du Pirée, Port de Thessalonique, aéroports, marinas ainsi que des clauses étranges se retrouvent dans les « petites lettres » de l’accord.

 


1 septembre 2015

   dernière mise à jour le 1/09/2015


"A louer" ( photo Konstantinos Tsakalidis / SOOC)

"A louer" ( photo Konstantinos Tsakalidis / SOOC)

 

Outre la cession pour 50 ans des 14 aéroports régionaux les plus touristiques à la société allemande Fraport (détenue en majorité par l'Etat Allemand via le Land de Hesse et la ville de Francfort), le gouvernement grec s’engage également sur d’autres privatisations forcées, telle que la cession d’Astir à Jarmyn, d’ici la fin de l’année.

 

Un élément qui frappe The Press Project dans le tableau qui suit est le style impératif, notamment dans les cas où le gouvernement s’engage à approuver les études d’impact environnemental comme le veut le cessionnaire ou de surmonter les obstacles érigés par les services archéologiques. Bien entendu, le gouvernement s’engage également à abolir des lois de l’État grec car elles entravent la planification centrale de l’exploitation des actifs publics.

 

Notons que, au moment où le quartet parle de la nécessité de collecter des recettes et d’équilibrer les charges entre les groupes sociaux, il exige une série d’actions dont le résultat est exactement opposé. Ainsi, par exemple, le gouvernement grec est tenu, dès octobre, de permettre aux yachts de naviguer sous pavillon étranger pour plus de 12 mois.

 

Enfin, l’élément le plus bouleversant de la liste, ce sont les exemptions offertes aux cessionnaires. Ainsi, par exemple, par disposition législative, les collectivités locales ne pourront pas réclamer de taxes pour les services qu’elles fourniront à ceux qui auront acheté le patrimoine grec. D’autres dispositions les exempteront d’autres taxes ennuyeuses telles que l’ENFIA [taxe sur la propriété foncière, qui a été mise en place de manière rétroactive pour le reste de la population ces dernières années NdT].

 

Bien entendu, chaque fois qu’une privatisation se trouve confrontée à des obstacles coûteux, le TAIPED (Fonds de mise en valeur du patrimoine privé de l'Etat grec) se charge toujours de payer l’addition... Les Grecs ont toujours été ainsi... accueillants et hospitaliers...

 

*Suite de l'article sur okeanews

 

 

Source : http://www.okeanews.fr

 

 

 

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