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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 19:43

 

Source : http://www.lefigaro.fr/retraite/2015/03/01/05004-20150301ARTFIG00042-hopitaux-des-coupes-colossales-a-venir-dans-les-budgets.php?fb_ref=Default

 

 

Hôpitaux : des coupes colossales à venir dans les budgets

 

 

Marisol Touraine, ministre de la Santé. Crédit: Sébastien Soriano/Le Figaro.

Le ministère de la Santé table sur une maîtrise de la masse salariale de l'ordre de 860 millions soit l'équivalent de 22.000 postes et 2% des effectifs de la fonction publique hospitalière

 

Le gouvernement a étayé son plan d'économies de 3 milliards d'euros pour les hôpitaux d'ici à 2017, la maîtrise de la masse salariale devant notamment rapporter à elle seule 860 millions d'euros, selon le quotidien en ligne Challenge Soir. «Le ministère de la Santé table sur une maîtrise de la masse salariale de l'ordre de 860 millions soit l'équivalent de 22.000 postes et 2% des effectifs de la fonction publique hospitalière», affirme le quotidien dans un article publié vendredi soir, s'appuyant sur un «document du ministère».

Par ailleurs, «la mutualisation des achats des hôpitaux et l'obtention de meilleurs tarifs auprès des fournisseurs doivent dégager 1,2 milliard», et «les rapprochements entre hôpitaux voisins quelque 450 millions d'euros». Le développement de la chirurgie ambulatoire, qui permet une sortie de l'hôpital le jour de l'intervention, «doit générer 400 millions» d'euros et «la réduction des durées d'hospitalisations 600 millions».

Contacté par l'AFP, le ministère de la Santé a précisé que «les économies doivent s'entendre non pas comme une réduction des dépenses mais comme une évolution maîtrisée de l'augmentation des dépenses». Les efforts ne vont donc pas forcément se traduire par des coupes budgétaires ou des réductions de personnels, mais par un frein à la hausse des dépenses de santé.

 

10 milliards d'économies pour l'Assurance maladie d'ici à 2017

Celles-ci augmentent naturellement chaque année en raison du vieillissement de la population et de l'augmentation des pathologies chroniques. Leur progression est limitée chaque année par l'Objectif national des dépenses de l'Assurance maladie (Ondam). Elle a été fixée par le gouvernement à 2,1% pour 2015. «Les efforts visent tout les secteurs d'activité, pas seulement le secteur hospitalier» a commenté le ministère, assurant que «des travaux visant l'amélioration des organisations et des pratiques sont toujours en cours».

En avril dernier, la ministre de la Santé Marisol Touraine avait présenté dans les grandes lignes son plan pour dégager 10 milliards d'euros d'économies pour l'Assurance maladie d'ici à 2017, dont 2 milliards d'euros pour l'hôpital et 1 milliard grâce au développement des soins ambulatoires. La Fédération hospitalière de France (FHF) rappelle de son côté que, dans un contexte budgétaire contraint, la masse salariale peut devenir un levier, les dépenses de personnel représentant près de 70% du budget des établissements de santé.

 

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr/retraite/2015/03/01/05004-20150301ARTFIG00042-hopitaux-des-coupes-colossales-a-venir-dans-les-budgets.php?fb_ref=Default

 

 

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 19:04

 

Source : https://mrmondialisation.org/effarant-il-doit-detruire-100kg-de-nourriture-chaque-jour/

 

 

 

Effarant ! Il doit détruire 100kg de nourriture chaque jour !

 

Ce sont des tomates. Des kilos et des kilos de tomates comestibles, passées à la broyeuses sous nos yeux. Cette vidéo a été prise dans le sud de la France en février 2015. Selon la personne qui l’a publiée, ce spectacle est tristement quotidien. Témoignage.

 

Selon les chiffres officiels, en France, plus de 7 millions de tonnes de déchets alimentaires sont jetés tout au long de la chaîne de production/vente/consommation chaque année. Si une part importante de ce gaspillage provient des déchets alimentaires des ménages, une part tout aussi importante vient des invendus jetés par les supermarchés. Mais difficile de mettre une image sur un chiffre. La destruction des denrées alimentaires est un sujet tabou et il n’existe pratiquement aucune scène filmée de ces opérations de destruction pourtant quotidiennes. Jusqu’à aujourd’hui.

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C’est avec une profonde tristesse et beaucoup de crainte que Jean-Marc (nom d’emprunt), travailleur dans la grande distribution, nous a contacté cette semaine avec un message simple : « Le gâchis, y’en a marre. Il faut que cela s’arrête ! » accompagné de cette vidéo où on peut le voir passer à la broyeuse des dizaines de kilos de tomates, sous ordre d’un supérieur. Pourquoi un tel gâchis ? Nous avons voulu en savoir plus et Jean-Marc s’est livré à nous.

Jean-Marc travaille depuis plus de dix ans pour une grande chaîne de supermarchés dont il préfère conserver le nom pour sa sécurité. Selon ses dires, la tendance est au licenciement dans l’entreprise et il craint pour son avenir. Cependant, la charge psychologique était trop lourde pour ses épaules. En tant que responsable de rayon, Jean-Marc est chargé de faire « disparaitre » de la marchandise proche de la date limite de consommation, mais toujours consommable. En moyenne, c’est un caddie de 100kg qui part « à la casse » chaque jour, nous précise-t-il.

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« Cette vidéo n’est qu’un petit échantillon, car il faut s’imaginer que chaque jour le rayon fruit et légumes « casse » en moyenne pour 200€ de produits, soit environ un peu moins de 100kg de fruits & légumes. » nous affirme-t-il. Même tarif pour la viande sous barquette jetée au broyeur alors qu’il reste jusqu’à 2 jours pour la consommer. Par an, on demande à Jean-Marc de détruire des dizaines de tonnes de produits consommables. Conscient des enjeux environnementaux, du gaspillage colossal mais aussi du nombre important de gens ayant faim, Jean-Marc cède sous le poids des remords. Il nous explique en effet qu’il n’avait pas le choix. Les ordres sont clairs. « Il faut obéir ou prendre la porte » nous suggère-t-il.

S’il est vrai que certains produits sont effectivement impropres à la consommation, il précise que la majorité reste dans les dates légales de consommation, assez pour être distribué à des associations. Ce serait donc une volonté du grand magasin de ne pas en faire profiter les autres. Beaucoup d’aliments sont également détruits en raison de critères de beauté. Les employés ne peuvent évidemment pas se fournir des fruits et légumes abimés. Ceux-ci terminent à la broyeuse, avec le reste, selon lui.

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« Je trouve assez dur psychologiquement d’être confronté à ce gâchis monstre tout les jours. » nous exprime Jean-Marc dans une lettre. « Comment peut on accepter, en tant qu’employé, en ayant parfois l’obligation de faire des sacrifices pour pouvoir diversifier sa propre alimentation, de devoir jeter des fruits, des légumes, des yaourts ou des barquettes de viandes qui sont encore consommables alors qu’on pourrait très bien les brader, les donner aux employés ou fournir des associations ? C’est incompréhensible ! » On ne pourra pas le contredire. Ce type de pratique va à contre-courant des mentalités et même des décisions gouvernementales.

Rappelons que le ministère délégué à l’Agroalimentaire a lancé en 2013 un pacte « Anti gaspi » avec pour objectif est de réduire de moitié le gaspillage alimentaire en France d’ici à 2025. Le plus gros de l’action consiste à pousser les consommateurs à moins gaspiller. Mais est-ce bien raisonnable si en amont, à l’abri des regards, certains supermarchés continuent de détruire à tour de bras des tonnes de nourriture ? Jean-Marc souhaite aujourd’hui que son histoire soit partagée partout en France, qu’on en parle jusqu’à réveiller le monde politique sur ces pratiques inqualifiables.

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Jean-Marc conclut son message par ces mots : « Quand on connait les moyens énormes mis en place pour pouvoir produire des fruits, des légumes, ou bien l’abattage « en série » pour la viande, voir tout ça partir à la poubelle comme une vulgaire poussière indésirable est profondément consternant. Parfois, chez moi, je suis en colère en pensant à ceux qui ont des familles à nourrir et pour qui ce gâchis représenterait une mine d’or. Peut-être que si les gens qui dictent ces règles étaient un peu plus conscients de leur erreur, peut-être pourrions-nous faire l’économie de cet effroyable gâchis. » Reste à espérer que le monde politique prenne en main ce dossier pour imposer des réglementations strictes sur la manière de détruire les denrées alimentaires. Dans les idées étudiées par les associations on trouve : imposer un rabais automatique des produits qui approchent la DLC; imposer une mise à disposition facultative aux associations; interdire la destruction avant DLC (date limite de consommation). D’ici là, Jean-Marc compte sur nous pour faire entendre son histoire.

 

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NB : C’est devant une telle information qu’on peut aisément imaginer les dégâts que ferait une loi de type « secrets d’affaires » si elle était votée. Quant aux déchets plastiques, ces images donnent une fois de plus raison aux magasins sans emballage qui fleurissent partout en France !

 

Source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Stop-au-gaspillage-alimentaire.html / Chaque photographie fut fournie par Jean-Marc dont nous conservons l’anonymat.

 

Source : https://mrmondialisation.org/effarant-il-doit-detruire-100kg-de-nourriture-chaque-jour/

 

 

 

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 18:37


Source : http://www.francetvinfo.fr/societe/salon-de-l-agriculture/paul-francois-l-agriculteur-qui-defie-monsanto-j-etais-un-pur-produit-du-tout-chimique_828111.html

 

 

Paul François, l'agriculteur qui défie Monsanto : "J'étais un pur produit du tout-chimique"

 

 

Le céréalier Paul François dans un de ses champs, à Bernac (Charente), le 17 février 2015.

 

A l'occasion du Salon de l'agriculture, francetv info est allé à la rencontre d'agriculteurs qui ont été sous le feu des projecteurs.

 

 

Par Benoît Zagdoun

Mis à jour le 23/02/2015 | 15:10 , publié le 23/02/2015 | 15:09

 

 

 

Pour un agriculteur, Paul François a un agenda de ministre. Par chance, il n'a jamais eu besoin de beaucoup de sommeil. Le céréalier parcourt des milliers de kilomètres par an, et passe presque autant de temps à Paris que dans sa ferme. Il reçoit le visiteur dans cette bâtisse proprette, avec ses dépendances aux murs de vieilles pierres, à l'entrée de Bernac, un petit village de Charente, entre Poitiers et Angoulême.

Habillé d'un camaïeu de gris assorti à ses cheveux poivre et sel, le quinquagénaire parle d'une voix rapide et passionnée. De sa bataille judiciaire contre Monsanto. De son combat pour les agriculteurs victimes, comme lui, des produits phytosanitaires. Et de sa lutte contre l'agriculture intensive nourrie aux pesticides.

"Je vis avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête"

Paul François a cessé d'en manipuler depuis bientôt onze ans. Depuis le 27 avril 2004, précisément. Ce jour-là, il vient d'épandre du Lasso, un puissant herbicide, sur son champ de maïs. Il ouvre la cuve de son pulvérisateur et se penche pour vérifier qu'elle est vide. Mais l'engin est resté au soleil tout l'après-midi et sous l'effet de la chaleur, le liquide s'est évaporé. Paul François inhale le gaz toxique. La suite ? Une amnésie de onze jours, de redoutables migraines, des comas à répétition, cinq mois d'hospitalisation et neuf mois d'arrêt de travail.

Je me souviendrai toujours de ce que m’a dit un médecin : 'Vous auriez dû mourir dans l’heure qui a suivi votre accident.'

francetv info

Aujourd'hui, il évoque ses séquelles avec pudeur. A 51 ans, il souffre de lésions neurologiques, immunitaires et rénales, de problèmes d'élocution, de douleurs dans les membres et toujours de terribles maux de tête. Son taux d’incapacité est de 40%, et il doit passer un check-up complet tous les six mois. "Il y a des jours où je ne peux pas travailler", dit-il sans s'apitoyer. "Je vis avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais je n’y pense pas en me réveillant chaque matin." Il sort sur le pas de la porte donner des consignes à ses deux ouvriers agricoles. Il faudrait traiter un champ, mais aujourd'hui, il y a trop de vent.

"Pragmatique avant tout", il a organisé sa succession, "comme si tout pouvait s’arrêter demain". Ses deux filles étudiantes ne se destinent pas à devenir agricultrices, mais l'aînée sait déjà qu'elle reprendra la gestion de l'exploitation. Dans la grande cuisine, les bûches crépitent dans le poêle à bois. Le téléphone allumé sur la table, Paul François participe par textos à une réunion.

 

Paul François à son bureau, à Bernac (Charente), le 17 février 2015. Au mur, une photo de ses filles.

 

Paul François est un battant. Son premier combat a été la reconnaissance de ses maux comme maladie professionnelle par la Mutuelle sociale agricole (MSA). Il l'a remporté en 2010, au bout de cinq longues années de procédure. En parallèle, il s'est lancé dans une bataille d'une toute autre ampleur : attaquer en justice le fabricant du Lasso, le géant américain Monsanto.

En février 2012, en première instance, Monsanto a été jugé responsable de son intoxication et condamné à l'indemniser. Une expertise médicale doit évaluer le montant du préjudice. Monsanto décide de faire appel.

 

Paul François avec son épouse et l'une de ses filles à l'ouverture du procès contre Monsanto pour son intoxication, au palais de justice de Lyon (Rhône), le 12 décembre 2011.

 

"Cela a a été très dur, mais je n'avais encore rien vu, confie l'agriculteur. Pendant l'expertise, les avocats de Monsanto ont refait le procès, mettant en cause ma bonne foi, contestant toutes les décisions devant le tribunal. C'est une pression énorme, psychologique et financière. Tous les frais de justice sont à ma charge. Cela représente plusieurs dizaines de milliers d'euros." Ses avocats l'avaient mis en garde. Il s'exposait à dix à quinze années de procédure. Il s'en approche. L'affaire revient devant le tribunal le 28 mai prochain.

Aujourd'hui, s'il fallait recommencer, je me demande si je le ferais. Ce n'est pas sûr.

francetv info

Paul François est devenu agriculteur "un peu par défaut" en travaillant dès 14 ans dans la ferme de ses parents. "Je n'ai pas été très longtemps à l'école, je n'aimais pas ça. J'ai bac moins 5", plaisante-t-il. En 1987, il s'est installé à quelques champs de là. Il a débuté avec 20 hectares. Il en gère aujourd'hui 400 avec son associé. "J'ai tout fait à la force du poignet", s'enorgueillit-il. Sous les appentis, devant et derrière le corps de ferme, des tonnes de maïs séchés sont entreposées.

"J'ai cru à cette agriculture intensive"

Paul François est à la tête d'une grosse exploitation. "J'ai cru à cette agriculture intensive. J'étais formaté, un pur produit du tout-chimique. Je considérais qu'on ne pouvait pas se passer de ces produits qui apportaient une solution à tout", confesse-t-il. Mais dès les années 1990, "le modèle montre ses limites". La monoculture et les produits phytosanitaires épuisent les sols. Les rendements stagnent. Il décide de réduire les doses dans "une démarche purement économique".

 

Paul François dans l'un de ses champs, à Bernac (Charente), le 7 novembre 2008.

 

"Il m'a fallu dix ans pour ramener de la vie dans le sol. Je sais combien il est difficile de sortir de ces méthodes-là", déplore-t-il. "Il m'a fallu ce que j'ai vécu pour comprendre que tous ceux qui nous disaient : 'On ne peut pas faire autrement' étaient ceux qui en profitaient."

Désormais, il a diminué "de façon drastique" le recours au chimique. Il a remplacé les sempiternels maïs, blé et colza par une douzaine d’espèces végétales cultivées en alternance, réintroduit des engrais verts, fumier, paillage et couverts végétaux, qui apportent de l'azote et font vivre le sol. Sa coopérative agricole, elle aussi, a réduit la dose, et sélectionne les produits les moins toxiques possibles.

Il faut changer notre agriculture dans sa globalité. Il faut retrouver le bon sens paysan. Ce n’est pas rétrograde. Au contraire, c’est l’avenir.

francetv info

Cette "agriculture durable", il la prêche dans les lycées agricoles. "Je leur dis : 'Vous avez l’un des plus beaux métiers du monde entre les mains. Ma génération a été stigmatisée. On nous disait qu’on vivait des subventions de la PAC. Et maintenant, nous sommes les empoisonneurs. Retrouvez cette fierté d’être agriculteurs, parce que nous, on rase les murs.'"

"L'agriculture biologique est beaucoup plus technique"

Cette année, il va passer une centaine d'hectares en agriculture biologique. "Ce n'est pas un petit challenge, reconnaît-il. L'agriculture biologique est beaucoup plus technique." Il le fait par conviction. Et par intérêts. Parce qu'il est dans une zone semi-urbaine et qu'il ne peut pas utiliser de produits chimiques trop près des habitations.

Il reste encore des produits phytosanitaires sur son exploitation. Ils sont stockés dans un conteneur à l'arrière de la ferme, à côté du hangar des engins agricoles. Ses employés n'y touchent pas sans avoir revêtu leur tenue de protection, gants, bottes et masque intégral.

 

Un écriteau met en garde contre les dangers des produits stockés dans le local phytosanitaire de l'exploitation de Paul François, à Bernac (Charente) le 17 février 2015.

Avec d'autres victimes des produits phytosanitaires, il a créé, en 2011, une association, Phyto-Victimes, pour venir en aide aux agriculteurs atteints de Parkinson, de lymphomes et de cancers après avoir été exposés, souvent de longues années, aux produits phytosanitaires. Il veut éveiller les consciences.

"Des agriculteurs ont perdu la santé et se retrouvent dans un gouffre financier, et on les laisse crever la gueule ouverte", s'insurge-t-il, renvoyant industriels et politiques dos à dos. "On a parfois travaillé n'importe comment avec ces produits, c'est vrai. Mais on a fait avec les préconisations qu'on avait. Et les pouvoirs publics ont fait preuve de laxisme." Le Lasso n'a été interdit qu'en 2007 par la France, alors que le Canada et le Royaume-Uni l'avaient banni depuis 25 et 15 ans.

La Légion d'honneur épinglée à la veste

"Les produits les plus dangereux ont été retirés, mais ceux qui restent entre les mains des agriculteurs sont bien trop nombreux. Il faut une politique d'élimination très rapide", lance-t-il, pointant les carences du plan Ecophyto. Il met en garde contre une bombe à retardement : "Les agriculteurs qui ont aujourd'hui entre 40 et 70 ans sont la génération qui aura utilisé la plus grande quantité de produits et le plus de molécules différentes."

En 2014, il a été décoré de la Légion d’honneur, à sa "grande surprise". "J’ai mis longtemps à savoir si j’allais l’accepter, assure-t-il. Je l’ai acceptée au nom de mon combat et de mon association. Et aussi pour dire aux politiques : 'Vous me l’avez donnée, alors maintenant, vous allez m’écouter.'"

 

 

Source : http://www.francetvinfo.fr/societe/salon-de-l-agriculture/paul-francois-l-agriculteur-qui-defie-monsanto-j-etais-un-pur-produit-du-tout-chimique_828111.html

 

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 23:18

 

Source : http://journaldelenergie.com

 

 

Surgénérateur : le passé comme seul avenir ?

Par Martin Leers - le 26 février 2015 à 16:48

 

 

 

Pour le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), l’avenir énergétique du pays passe par un réacteur nucléaire alimenté au plutonium et refroidi par un métal liquide (le sodium), qui explose au contact de l’eau et s’enflamme au contact de l’air : le projet ASTRID, prototype d’une filière de réacteurs dits « surgénérateurs ». Technologie des années 1950, le surgénérateur est mondialement connu pour ses défaillances et ses surcoûts, illustrés en France par le réacteur Superphénix abandonné en 1997 et dont le coût a été estimé à douze milliards d’euros, hors démantèlement, par la Cour des comptes[1]. Les trois derniers présidents de la République ont pourtant décidé le financement d’un nouveau surgénérateur très controversé. Prise à l’écart de tout débat démocratique sur la politique énergétique, comme cela avait été le cas pour Superphénix, cette décision n’est pas sans risques pour la France.

Un article de Bernard Laponche[2] à partir de documents du CEA, de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur ce projet et publié récemment[3] par Global Chance fait le point sur la dangerosité d’ASTRID, l’inachèvement du projet et son coût exorbitant. En voici la synthèse.

 

 

La combinaison du combustible fortement chargé en plutonium et du sodium fait d’ASTRID une machine particulièrement dangereuse. Le plutonium est un élément radioactif très toxique. Tout ce qui touche à l’industrie du combustible au plutonium est par conséquent à haut risque : extraction du plutonium par le retraitement, transport du plutonium et des combustibles neufs ou irradiés, fabrication des combustibles et gestion des déchets radioactifs. Par ailleurs, le plutonium est le matériau de choix pour la réalisation d’armes nucléaires. C’est pour cette raison que les espoirs de vente d’un réacteur au plutonium à l’étranger sont quasiment nuls, la communauté internationale s’y opposerait de facto.

 

D’autre part la technologie du surgénérateur ne laisse pas de droit à l’erreur. Un défaut de refroidissement du réacteur peut se traduire par une augmentation de réactivité et donc de puissance. Si, pour une raison quelconque (secousse sismique par exemple) les assemblages combustibles se rapprochaient les uns des autres ou si, à la suite d’une fusion partielle, les combustibles se rassemblaient dans une région du cœur, la formation de masses critiques conduisant à une accélération de la réaction en chaîne (excursion nucléaire) et libérant une grande quantité d’énergie sous forme explosive est envisageable. Un tel accident conduirait, en cas de rupture de l’enceinte de confinement, à la diffusion d’aérosols de plutonium hautement toxiques dans l’atmosphère.

 

 

Alors que le prototype ASTRID devrait selon son cahier des charges présenter une sûreté améliorée par rapport au réacteur EPR, la liste des demandes de l’ASN à prendre en compte pour la poursuite du projet en dit long sur le caractère flou d’ASTRID. Dans un courrier[4] daté d’avril 2014, le directeur de l’ASN annonçait à l’administrateur du CEA : « Au stade actuel de définition des orientations, le caractère synthétique et préliminaire des informations transmises ne me permet pas de prendre une position complète et définitive concernant la sûreté de votre projet ». Et cela ne concerne que le prototype de réacteur et non les industries et activités liées au combustible, dont on ignore tout.

 

Autre point gênant, le CEA ne mentionne pas la présence d’une enceinte de confinement autour du réacteur dans son document de présentation d’ASTRID. « Il manque principalement dans la monographie du CEA la description de l’enceinte de confinement et sa conception pour éviter toute sortie de produits radioactifs » remarque le Groupement de Scientifiques sur l’Information Nucléaire (GSIEN)[5].

 

 

Au stade d’avant-projet, ce projet de réacteur de 600 MWe[6] est déjà doté d’un budget dépassant les 600 millions d’euros, argent public issu du programme des investissements d’avenir[7]. Les informations fournies par le CEA sur le coût total de la filière des surgénérateurs sont laconiques. Rien n’est dit sur le coût d’ASTRID et de celui de la chaîne du combustible qui en est le complément indispensable et donc, in fine, sur le coût du kWh que produirait un tel réacteur. Une seule certitude pour le CEA : les réacteurs issus du prototype ASTRID coûteraient beaucoup plus cher qu’un réacteur classique. Le promoteur du réacteur estime « un surcoût de 30% de l’investissement pour un RNR[8], par rapport à un réacteur à eau classique, tout en notant les très fortes incertitudes sur cette valeur »[9]. Le coût du kWh se situerait, en ne prenant en compte que le réacteur, et en fonction des connaissances actuelles sur le coût d’investissement de l’EPR, à environ 150 € par MWh, ce qui est totalement rédhibitoire. Et ces calculs ne tiennent pas compte des coûts supplémentaires des usines dédiées au combustible d’ASTRID. On arrive alors à des estimations encore plus élevées du coût du kWh.

 

 

L’argument mis en avant par les tenants des surgénérateurs est le remplacement du combustible à l’uranium par le combustible au plutonium pour économiser les ressources en uranium. Mais le désastre nucléaire de Fukushima, la concurrence des énergies renouvelables et du gaz, le déclin du nombre de réacteurs dans le monde et l’effondrement du cours de l’uranium ont considérablement diminué les tensions d’approvisionnement sur ce minerai.

 

De surcroît, le surgénérateur doit produire plus de combustible qu’il n’en consomme (il « surgénère » du plutonium). Pour que le réacteur accomplisse ce miracle, il faut extraire le plutonium produit en son sein et en faire un nouveau combustible. Mais les capacités techniques qui permettraient au réacteur de produire plus de plutonium qu’il n’en consomme n’existent pas aujourd’hui en France. Pour que la filière fonctionne il faudrait, outre la présence d’ASTRID, produire du plutonium en retraitant les combustibles irradiés des réacteurs existants puis, ensuite, extraire le plutonium du combustible irradié du réacteur surgénérateur lui-même, et enfin fabriquer le nouveau combustible afin d’alimenter le réacteur concerné. Une usine à gaz. Le raccourci de la présentation du surgénérateur comme la technique permettant l’utilisation « illimitée » de l’uranium masque la réalité et la complexité des opérations que cela implique et donc les coûts et les risques de l’ensemble des techniques à mettre en œuvre. Le CEA explique que ASTRID ne sera pas « surgénérateur » : « Bien que les centrales à neutrons rapides du futur puissent avoir vocation à être surgénératrices, ASTRID sera « isogénérateur » [10]. Ce qui veut dire que le réacteur produirait autant de plutonium qu’il en consommerait mais pas plus. La justification du choix technologique d’ASTRID s’en trouve dès lors amoindrie.

 

Les éléments fournis par le CEA ne font que confirmer le sentiment d’une filière à la fois dangereuse et extrêmement coûteuse. N’y a-t-il pas mieux à faire avec l’argent public ? Pourquoi les dirigeants s’obstinent-ils à soutenir un projet de réacteur dangereux et hors de prix porté par une poignée d’ingénieurs responsables de l’échec de Superphénix ?

 

 

Retrouvez l’analyse complète de Bernard Laponche sur le site de Global Chance :

ASTRID : une filière nucléaire à haut risque et coût exorbitant

 

 

[1] Les coûts de la filière électro nucléaire, Cour des comptes, 2012. https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Les-couts-de-la-filiere-electro-nucleaire

[2] Bernard Laponche préside l’association qui édite le Journal de l’énergie.

[3] ASTRID : une filière nucléaire à haut risque et coût exorbitant, Bernard Laponche, février 2014. http://www.global-chance.org/ASTRID-une-filiere-nucleaire-a-haut-risque-et-cout-exorbitant

[4] Courrier ASN CODEP-DRC-2013-062807. http://www.asn.fr/content/download/91899/628478/version/2/file/2013-06-27-GPR-Position.pdf

[5] ASTRID : une filière nucléaire à haut risque et coût exorbitant, Bernard Laponche, février 2015 (p.15). http://www.global-chance.org/ASTRID-une-filiere-nucleaire-a-haut-risque-et-cout-exorbitant

[6] Puissance électrique du réacteur.

[7] Rapport relatif à la mise en œuvre et au suivi des investissements d’avenir, ministère des Finances, 2015.

http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/sites/performance_publique/files/farandole/ressources/2015/pap/pdf/jaunes/jaune2015_investissements_avenir.pdf

[8] RNR : réacteur à neutron rapide, technologie d’ASTRID.

[9] Les réacteurs nucléaires à caloporteur sodium, CEA, novembre 2014 (p.197). http://www.cea.fr/energie/les-reacteurs-nucleaires-a-caloporteur-sodium/projets-pour-le-futur

[10] Les réacteurs nucléaires à caloporteur sodium, CEA, novembre 2014 (p.190). http://www.cea.fr/energie/les-reacteurs-nucleaires-a-caloporteur-sodium/projets-pour-le-futur

 

Photo : Endless Stairs (Kuhn/Flickr/CC)

 

 

 

Source : http://journaldelenergie.com

 

 

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 20:02

Source : http://www.franceinter.fr/emission-geopolitique-la-tres-grande-sagesse-de-la-grece

l'émission du jeudi 26 février 2015

La très grande sagesse de la Grèce

Ce compromis passé entre la Grèce et ses partenaires de la zone euro, il faudrait l’applaudir et s’en réjouir mais non, ce n’est bizarrement pas ce qu’on lit ou entend. Il y a ceux qui s’étonnent qu’un gouvernement considéré comme radical ou d’extrême gauche s’engage à ne pas augmenter l’endettement de son pays. Il y a ceux qui estiment, et en manchette, que la Grèce se serait « pliée aux exigences de Bruxelles » et il y a ceux enfin, Mme Le Pen en tête mais également à l’autre extrême des échiquiers politiques, qui en sont à déjà dénoncer ou craindre une « trahison » du gouvernement grec.

         Bon… Chacun est libre de penser ce qu’il veut mais l’ignorance que dénotent ces réactions est proprement stupéfiante. Car enfin est-ce sur un projet de sortie de l’Union européenne ou même de l’euro que Syriza, le parti d’Alexis Tsipras, a remporté les élections ?

Non. Ce parti et ses dirigeants ont toujours dit, au contraire, qu’ils voulaient que la Grèce reste dans la zone euro « dont nous ne sommes pas locataires, disaient-ils, mais copropriétaires ». Ce qu’ils voulaient, en revanche, c’est que les conditions mises à l’aide reçue par la Grèce ne soient plus dictées par des fonctionnaires mais débattues au niveau politique entre partenaires européens, qu’elles soient moins brutales afin de permettre à la Grèce d’alléger le poids de sa dette en relançant sa croissance économique par l’augmentation du pouvoir d’achat et que ce soit donc la Grèce elle-même et non pas le reste de la zone euro qui décide où et comment elle devait réduire ses dépenses.

         Il était dès lors évident qu’on arriverait à un compromis qui ne serait par définition pas ce que ce gouvernement aurait ambitionné dans l’absolu. Comme dans toute négociation, le gouvernement Tsipras avait mis haut la barre puisqu’il allait avoir, bien sûr, à la descendre. Il est absurde et même choquant de le critiquer d’avoir su faire des concessions - au demeurant pas si grandes - et la seule question à se poser, le seul doute qu’on puisse nourrir, est de savoir si la réforme de l’Etat et la lutte contre la fraude fiscale auxquelles Syriza entend s’atteler au plus vite lui permettront vraiment de tenir ces promesses de relance par le pouvoir d’achat qu’il a réitérées dans ce compromis.

C’est tout, sauf évident. Ce gouvernement peut échouer. Il le sait et le dit mais comment peut-on ne pas se féliciter qu’un parti venu de l’extrême gauche sache conclure un compromis et veuille faire évoluer, en Grèce et dans toute l’Europe, par la négociation et non pas par la rupture, des politiques communes que le FMI, la nouvelle Commission, toute la gauche européenne, une grande partie de la droite aussi et les Etats-Unis également jugent aujourd’hui socialement intenables et surtout contreproductives ?

La Grèce ne plie pas. Elle s’inscrit dans une évolution en cours en Europe, une bien trop lente évolution qu’elle accélère tout en n’oubliant pas qu’à trop vouloir brusquer les choses, elle ne ferait que tout briser et, d’abord, elle-même. Libre à chacun de penser que ce gouvernement se déjuge, trahit ou se rend mais le fait est que ces nouveaux venus en politique ont infiniment plus de sagesse et de vision que ceux qui les critiquent ou les moquent avec tant de légèreté.

 

 

 

Source : http://www.franceinter.fr

 

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 19:03

 

Source : http://www.pauljorion.com/blog/2015/02/28/la-troika-les-banques-et-nous-par-zebu/

 

 

La Troïka, les banques et nous, par Zébu

28 février 2015 par Paul Jorion |

Billet invité.

 

Le documentaire qu’Arte a diffusé ce mardi, « Puissante et incontrôlée : la Troïka », est un très bon documentaire.

D’abord parce qu’il est réalisé par une chaîne franco-allemande, que c’est une production allemande et qu’il est présenté par un journaliste allemand, en allemand [1]. Ce type de documentaire participe justement à cette nécessité de ‘parler aux Allemands’, sur ce qu’est la réalité et non sur ce qu’en disent leurs représentants élus ou leurs medias. Il n’est alors pas plus étonnant qu’avec un tel matraquage idéologique seulement 21% des Allemands soient d’accord avec l’accord récemment dessiné avec la Grèce (et ‘seulement’ 36% pour ceux proches de Die Linke) …

Ensuite, ce documentaire est très récent et intègre les derniers bouleversements politiques en Grèce, et même une interview de M. Varoufakis, Ministre des finances grec, qui explicite ainsi très clairement, avec d’autres acteurs politiques actuels ou passés, ce qu’est la représentation politique grecque de la Troïka et sans doute une part de vérité sur ce qu’elle fut et ce qu’elle va probablement continuer d’être, mutatis mutandis.

Et bien qu’il soit instruit en bonne partie ‘à charge’ contre la Troïka, ce documentaire prend aussi le soin de donner la parole à certains acteurs, en Grèce ou au Portugal, qui continuent de défendre la nécessité d’un tel programme et d’une telle ‘institution’, si tant est que l’on puisse dénommer ainsi ‘quelque chose’ qui n’a pas d’existence légale. Certaines institutions ont pu, par le biais des acteurs qui ont pu être approchés, comme le FMI et l’Eurogroupe, délivrer leurs certitudes pour certains, voir leur morgue, leur obstination quant à la détention de la vérité, ou leurs doutes et même leurs critiques, comme ce fut le cas avec l’administrateur brésilien du FMI sur la transformation des règles du jeu pour l’adapter au cas grec. Ceci démontre en tout cas, le documentaire évitant ainsi le manichéisme simplificateur, que la complexité est aussi du côté de la Troïka.

Il n’en reste pas moins que deux institutions majeures de la Troïka n’ont pas souhaité participer à ce film et répondre à ses questions : la BCE et la Commission européenne. L’une et l’autre sans doute parce qu’in fine, ce qui apparaît dans ce reportage, c’est bien le fait que cette Troïka fut initiée et gérée par les nations européennes, par le Conseil européen et surtout l’Eurogroupe (l’autre ‘institution’ avec la Troïka qui ne soit pas communautaire et donc européenne), en lieu et place d’une gestion communautaire strictement, a fortiori en lieu et place des seuls représentants élus à qui ce type d’action aurait dû être dévolu, le Parlement européen. Quelque part, ce sont bien des nations européennes, souveraines, qui ont décidé d’assujettir d’autres nations souveraines, puisque le documentaire aborde aussi d’autres réalités européennes de cette Troïka : Portugal surtout, mais aussi Irlande et Chypre (on peut néanmoins regretter que l’Espagne n’ait pas été intégrée, sauf de manière allusive à cette présentation de la Troïka).

 

Ce film ne révèle pourtant pas de choses, de faits que le public qui s’intéresse un tant soit peu à ce sujet ne sache pas dans ses grandes lignes, et notamment sur ses effets, sauf sans doute ce que l’on pourrait qualifier de ‘vol organisé’ lors de la vente des filiales chypriotes en Grèce à une banque grecque (Pyraeus Bank) et l’énorme profit qu’elle en tira (3 milliards d’euros, l’équivalent de 14% du PIB annuel de Chypre en 2013 !).

Ce qu’il révèle par contre, ce sont les visages et les noms de cette Troïka pour certains, et surtout les modes d’action de la Troïka qui n’apparaît jamais véritablement autrement que sous le vocable pratique (et parfois faux) de ‘technocrates’ et de ‘fonctionnaires européens’.

Ce qu’on y voit, surtout, c’est l’affleurement de ce que l’on pourrait dénommer tranquillement sans se voir contredire outre-mesure d’un fascisme en col blanc, dont les caractéristiques seraient les suivantes : un pouvoir auto-construit, en dehors de la loi (communautaire ou nationale), pouvant imposer ses décisions au pouvoir politique démocratiquement élu (y compris d’ailleurs à ceux qui étaient censés ou pensaient pouvoir le réguler), au profit de bénéficiaires cachés, qu’ils soient collectifs ou individuels.

Un fascisme d’un genre nouveau donc, sans nom et en apparence sans chef(s), seuls les exécutants apparaissant, éventuellement, sur l’écran radar des citoyens.

Un fascisme sans parti unique mais avec une idéologie unique, celle de l’ordo-libéralisme, dirigiste néanmoins puisque sa ‘loi’ s’impose à tous et sur tout (totalitaire donc), raciste puisque le racisme social (ou darwinisme social) lui tient lieu d’éthique, réduisant les individus, les nations et la démocratie à de simples ‘mécanismes’ ou rouages lui permettant d’appliquer l’ordre défini, ce nouvel idéal social et politique érigé comme horizon indépassable. Et tout comme le fascisme historique, issu lui aussi de la crise économique engendrée par la crise financière ou la guerre (économique, pour le coup, aujourd’hui).

C’est bien cela que révèle ce documentaire, dans toute sa laideur et sa froide détermination, c’est bien cela auquel se confronte actuellement le gouvernement grec en Europe, pour l’instant, ce qui permet par ailleurs de remettre à sa juste proportion le combat qu’il est en train d’effectuer.

 

Pour autant, on aurait tort, comme pourrait le laisser à penser le documentaire, de se focaliser comme le font les pseudos ‘nationalistes’ d’extrême-droite et même une partie de l’extrême gauche en Europe sur ces ‘technocrates’, européens (mais pas que), cette Europe non ou a-démocratique, car viser des exécutants ne permet pas de dégager une compréhension globale du processus de la Troïka : sauf à ce que ces exécutants aient un niveau de sadisme supérieur à la moyenne, ceux-ci restent des exécutants et les gifler intellectuellement ne peut qu’apporter une satisfaction à bon compte.

De la même manière, il est bon de rappeler comme le fait ce film que ce sont bien des nations souveraines qui ont exécuté ces politiques et créé le ‘monstre’ : viser la responsabilité de la construction européenne dans la Troïka tendrait ainsi à blanchir les lourdes responsabilités des gouvernements nationaux, ce qui ne signifie évidemment pas qu’il ne faille pas, aussi, rechercher les responsabilités et les impérities des institutions communautaires en l’espèce. Mais comme pour tout, c’est bien surtout de hiérarchie de responsabilités dont il s’agit de parler.

 

Ce qui affleure en effet avec ce fascisme en col blanc dans le documentaire, c’est bien dans le même mouvement ‘autre chose’, quelque chose de bien plus structurel et décisionnel que tous ces technocrates et ces gouvernements démocratiquement élus agissant pour et dans la Troïka, à savoir les banques.

Car si la Grèce fut intégrée, in extremis, dans la zone euro, ce fut bien selon le souhait des nations et des gouvernements, et rappelons-le, de la France en particulier. Ce fut en connaissance de cause des difficultés structurelles de ce pays, que les gouvernements occultèrent jusqu’à ce qu’ils ‘découvrent’ la réalité fin 2009 mais que l’Eurostat, sur ordre de l’EcoFin (réelle institution, communautaire, qui doit gérer les problématiques financières en Europe) se chargea de rappeler début 2010, en démontrant, preuves à l’appui dans un rapport que nombre de ses alertes sur les dissimulations statistiques de la réalité grecque avaient été ignorées par ce même EcoFin. Un temps mis en cause, on ne parla plus jamais de ce rapport de l’Eurostat …

Une banque, encore, mais américaine celle-là, qui avait maquillé les comptes publics grecs avec un swap, pour lui permettre d’intégrer l’euro.

Car l’intégration de la Grèce dans la zone euro était surtout une très bonne affaire pour les banques, européennes, notamment avec les jeux olympiques dont le choix porta sur Athènes en 1997. Des banques qui ont prêté massivement à l’Etat grec, en toute connaissance de cause quant à son insolvabilité, à un point tel où certaines banques, comme le Crédit Agricole, avait une exposition de 29,5 milliards d’euros lorsque la crise financière survint et la crise politique et économique en Grèce plus particulièrement [2]. Et alors même que certains institutions, comme le déclare dans le documentaire, l’administrateur brésilien du FMI, savaient que la Grèce n’avait pas un problème de liquidité mais bien de solvabilité, et qu’il faudrait bien passer par un défaut partiel, on décida donc d’attendre [3], afin de permettre aux banques européennes de pouvoir transférer massivement leur exposition vers les institutions publiques, comme la BCE et les futurs outils financiers qui seront créés pour que les États reprennent à leur compte ces créances des banques sur la Grèce.

‘Mieux’, la spéculation financière par le biais des CDS a ‘permis’ d’obtenir un retour sur investissement de ces mêmes banques, qui utilisèrent ces CDS à des fins spéculatives, tout en se garantissant contre le risque de défaut sur les titres de la dette grecque.

Et quand le transfert des risques fut effectué entre les banques et les institutions financières (FMI, BCE) et les gouvernements européens, on réalisa alors le ‘haircut’ (défaut partiel) qui aurait dû être fait, de l’avis même du FMI, dès le départ pour la Grèce et ce qui lui aurait permis très certainement d’avoir une trajectoire différente de celle qui fut prise par la suite.

Une suite qui fut d’ailleurs ‘exécutée’ par la Troïka, au bénéfice de ces mêmes banques ou de ceux-là même qui ont des intérêts dans ces banques (comme le montre l’exemple chypriote de Pyraeus Bank) lors des privatisations, qui ‘immanquablement’ eurent lieu pour ‘solvabiliser’ le budget de l’état grec, au plus grand détriment des classes moyennes et des plus fragiles en Grèce.

Des banques, européennes encore comme HSBC, qui participèrent et facilitèrent l’évasion fiscale des Grecs les plus riches dont se moquait la Troïka, à croire que les recettes fiscales issues de cette évasion ne la concernait pas …

 

Les banques, européennes, donc.

Ce que montre ainsi indirectement le documentaire c’est que ce fascisme en col blanc a bien des chefs (et non un seul), les banques, et un parti unique, celui du secteur financier.

C’est à ce niveau de responsabilité qu’il est donc nécessaire de se hisser quant à la Troïka.

Car c’est à ce niveau de responsabilité que se sont décidées les choses, décidée la création de la Troïka et décidée l’application des politiques austéritaires et meurtrières, en Grèce et ailleurs en Europe.

 

Que faire pour faire face à cet ‘ordre nouveau’ qui s’est instauré progressivement en Europe depuis quelques décennies mais qui a profité de la crise financière pour s’imposer, d’abord en pratiquant la vivisection, puis en établissant les règles nécessaires à sa pérennisation (déficit des budgets publics en Europe maximal de 0,5%) ?

Tout simplement : imposer la loi.

Pas celle qui fut édictée en Europe, comme la ‘loi bancaire’ dite de ‘séparation bancaire’ ne séparant au mieux que 3% du chiffre d’affaire, ou même, plus structurée, comme la loi Dodd-Franck, mais détricotée par les lobbys bancaires américains.

Pas celle non plus qui prévalut à l’après-guerre et lors de la crise financière de 2008, avec des nationalisations de banques : l’État ne fut pas meilleur gérant de l’intérêt général (le Crédit Lyonnais en France) ni même le garant de celui-ci (refus de devenir actionnaire si ce n’est par des actions de référence, création de ‘bad bank’ dont les actifs pourris sont à la charge de la collectivité publique comme avec Dexia, etc.).

Pas celle non plus du Glass Steagall Act, qui permit dans le cadre qui existait alors aux États-Unis de garantir pendant plusieurs décennies la stabilité financière en séparant les activités spéculatives des activités bancaires et en cassant les conglomérats, car le monde d’aujourd’hui, plus globalisé et automatisé, rend illusoire une telle séparation.

Mais bien plutôt celle de l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, paris qui ont plombé des pays comme la Grèce et le Portugal en Europe et qui ont profité largement à ceux-là même qui les avaient inondés de leur crédit à taux d’intérêt faible, comme un dealer prodigue le ferait pour saturer un marché et s’attacher la dépendance de junkies.

Mais bien plutôt celle de la compensation monétaire entre les différents pays d’une même zone monétaire afin de remédier aux effets structurels de la compétitivité exacerbée entre pays membres, évitant ainsi l’accumulation de différentiels, positifs ou négatifs, comme c’est le cas entre l’Allemagne et le reste de l’Europe. Cela permettrait d’ailleurs de contrôler efficacement l’interdiction des paris entre les différents pays.

 

On aurait tort de surévaluer le rapport de force néanmoins, manière ainsi d’anticiper un éventuel débat sur cette application de la loi dans un sens négatif, puisqu’en apparence perdu d’avance.

Pour preuve, il n’y a qu’à demander à la BNP Paribas si l’action du régulateur américain ne s’est pas faite sentir, tordant le bras aussi bien à une des banques (française) les plus puissantes en Europe, mais aussi à la légende urbaine que les banques sont intouchables. Certes, la BNP avait quelque peu ‘abusé’, tant dans les montants que sur ce que l’on pourrait dénommer les intérêts stratégiques du gendarme du monde. Il n’empêche. L’UBS a aussi été visée par la justice française l’année dernière pour blanchiment aggravé de fraude fiscale et des anciens dirigeants de la banque (suisse) sont poursuivis pénalement, avec une caution jamais vue d’1 milliard d’euros. La banque (anglaise) HSBC est elle aussi poursuivie pour blanchiment de fraude et démarchage illégal. D’autres pourraient suivre.

Le FACTA, dispositif américain obligeant les banques étrangères à déclarer les comptes d’Américains, a fait tâche d’huile et les échanges automatiques de données deviendront la règle.

Les outils juridiques existent donc, la volonté des juges également.

Mais ces actions sont longues à mettre en œuvre et à ce jeu, du voleur et du policier, le voleur à toujours un temps d’avance, puisque le cadre permet toujours de spéculer sans limites véritables, même et toujours sur les matières premières, sans oublier le shadow banking.

Si le rapport de force a ainsi pu être modifié, grâce aux ‘lanceurs d’alerte’ par exemple et à la ténacité de certains juges, il reste que celui-ci est largement en faveur des banques, en l’absence de règles structurelles réellement appliquées.

 

Mais il reste encore un dernier niveau de responsabilité, à la fois le plus basique et le plus élevé : celui qui nous incombe.

En effet, c’est en notre nom que certaines décisions, notamment celles montrées concernant la Grèce, furent prises, afin de ‘sauver le secteur bancaire’, à chaque fois selon les intérêts bien pesés de leur ‘nationalité’ supposée, afin de ‘sauver les petits épargnants’.

Plus prosaïquement, ce fut aussi l’occasion de produire des rendements élevés avec les niveaux de spéculation qui apparurent en Europe sur les titres de dettes, rendements dont une partie fut reversée aux rentiers. Sauver les banques, c’était donc sauver les épargnants, ou plus précisément, sauvegarder les intérêts que le système bancaire ‘se doit’ de verser à ceux qui détiennent un capital : l’argent se doit d’être rémunéré, par le simple fait qu’il est présent ici et maintenant et qu’il doit être dédommagé pour sa temporaire ‘mise à disposition’.

Nous sommes, de fait, les créanciers des banques car c’est avec notre épargne que le système fonctionne : pas d’épargne, pas de capital, pas de casinos, pas de paris financiers, mais pas non plus de Troïka, qui n’est que le ‘fondé de pouvoir’ du secteur bancaire, le bras ‘temporel’ qui agit pour leur bénéfice. C’est pourquoi nous ne dénonçons pas ce système (et la Troïka par conséquent) parce que nous en recevons un ‘petit quelque chose’, un intérêt versé, une part de miettes dans l’amoncellement des richesses qu’en tirent les banques.

 

La véritable question qui se pose est donc de savoir si nous devons continuer à fonctionner ainsi ou si nous devons décider d’abandonner la rémunération que nous pouvons tirer de l’épargne.

Cette question se pose à une partie de la population bien spécifique : pas celle la plus pauvre (les 16% en dessous du seuil de pauvreté en Europe par exemple), qui a déjà du mal à subvenir à ses besoins pour ne pas être très concernée par l’épargne, pas non plus celle appartenant aux 10% et encore moins aux 1% les plus riches, qui ont un intérêt ‘objectif’ à ce que ce système perdure, mais bien à celle dite ‘des classes moyennes’, soit les 75% de la population européenne, celle par ailleurs qui constitue le gros des troupes électorales (mais de moins en moins) lors des différents votes.

À cette question, on peut d’ores et déjà répondre qu’objectivement, ces classes moyennes n’ont pas intérêt à faire perdurer un tel système, parce que les intérêts qu’ils en tirent doivent être déduits des intérêts qu’ils payent lorsqu’ils contractent un crédit, dont le taux d’intérêt reflétera le risque qu’ils font porter à leur contrepartie (bancaire), un risque bien plus élevé que celui que ne feront jamais porter aux banques les 10% les plus riches. Un crédit dont ces classes moyennes auront à un moment ou un autre besoin pour subvenir à leurs besoins immédiats (crédits à la consommation) et importants (crédit immobilier), un crédit qui devient de plus en plus important au fur et à mesure que les revenus se réduisent en termes de pouvoir d’achat et que l’inégale répartition des richesses progresse.

Refuser donc la rémunération de l’épargne pour accéder à un crédit non pas gratuit mais dont le taux d’intérêt sera structurellement faible (les taux d’intérêts actuels sont faibles parce que les banques centrales ont inondé les marchés financiers de leurs liquidités, provoquant d’ailleurs des dysfonctionnements graves à terme) serait de l’intérêt de touts ceux qui n’appartiennent pas aux 10% les plus riches.

La contrepartie d’un tel renoncement est désormais claire pour tous ceux-là : l’acceptation, consciente ou non, de cet ‘ordre nouveau’, qui tôt ou tard les broiera aussi dans ses politiques d’austérité, par le chômage et la raréfaction des aides sociales ou des services publics auxquels ils continuent d’accéder. La Grèce, mais aussi le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et l’Italie dans une moindre mesure, en sont des exemples concrets, en attendant d’en voir les effets concrets en France dès cette année.

On ne pourra pas, on ne pourra plus très longtemps continuer cette vie schizophrénique où l’on échappe à la Troïka (et ce quel que soit son visage ou son nom ainsi que sa localisation) tout en bénéficiant des intérêts qu’un tel système veut bien nous octroyer, avec notre argent.

On ne pourra plus non plus exiger, à raison, que la fraude fiscale des plus puissants soit traquée dans ses moindres recoins sans que l’on renonce aussi aux avantages fiscaux que l’État, nous, consentons aux intérêts de l’épargne.

 

Le fascisme avait deux atouts majeurs pour assurer son émergence et sa pérennité : la peur et l’attractivité.

Le système actuel ne renie aucun de ces deux atouts et les applique consciencieusement, notamment en Grèce. La peur, d’abord dans les pays soumis à la Troïka, qui paralyse et disloque les solidarités. Cette peur a aussi une vertu ‘pédagogique’ pour ceux à qui un tel châtiment est exposé car elle les instruit de la puissance exercée. Elle incite ceux qui ne sont pas concernés directement par la Troïka à s’insérer dans ‘l’ordre nouveau’, que l’adhésion soit ou non d’ailleurs effective.

Mais un régime fasciste ne peut pas non plus tenir uniquement sur la peur, même totalitaire. Il lui faut obtenir le consentement, l’adhésion, du moins d’une partie de la population. Cette attractivité sera rendue possible par la garantie à ceux qui possèdent un capital, même faible, que celui-ci ne sera pas réduit comme ce fut le cas à Chypre (bail-in), la garantie aussi que même faible une rémunération de l’épargne sera effective.

Si on parachève en outre l’ensemble par une répartition entre ceux qui échouent et ceux qui réussissent, répartition que l’on essentialise (la Grèce est en faillite parce que les Grecs sont cela, ils sont ceci, par ‘nature’), on permet ainsi d’attribuer une place à chacun dans ce nouvel ordre social. Il n’y a qu’à constater par exemple combien sont valorisés les Allemands dans leur fierté de produire, d’exporter le plus possible, de travailler, propagande se servant du sentiment nationaliste pour mieux différencier les Allemands des Grecs quand bon nombre d’Allemands n’ont rien à leur envier parfois en termes de pauvreté. Et peu importe l’identité des ‘bons’ et des ‘mauvais’ dans cet ordre, l’essentiel étant que l’ordre perdure : hier les Allemands étaient les ‘mauvais’, aujourd’hui ce sont les ‘bons’, demain …

 

La rupture essentielle qui a eu lieu dans cet ‘ordre nouveau’ tient principalement au fait que les Grecs ont fait face à cette peur en élisant Syriza au pouvoir. Ils n’ont certes pas ‘gagné’ dans le combat qu’ils ont récemment mené mais ils ont au moins gagné cette bataille sur la peur.

Il reste surtout aujourd’hui à engager la bataille de l’attractivité, pour montrer toute la nocivité de cet ‘ordre’ masqué par l’opacité, cette opacité qui se lit si bien dans le documentaire sur la Troïka.

 

Pour cela, il y a plusieurs moyens.

Paul Jorion appelle à un Tribunal d’opinion sur la Troïka, non pas tant pour juger en droit les protagonistes mais bien pour juger un système pervers et fasciste : le donner à voir à tous, à commencer aux Allemands et aux Européens, aux classes moyennes, aux épargnants, aux pauvres pour qu’ils sachent qui et quoi les appauvrit et les opprime.

On peut aussi exiger l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix et la mise en œuvre d’un système monétaire européen de compensation.

On peut aussi décider de placer son épargne sur des comptes non rémunérés et exiger l’absence de rémunération du crédit à la consommation.

On peut, si on recherche une rémunération qui serait afférente au risque pris, décider d’utiliser les multiples plates-formes de crowdfunding solidaire ou non, en prêtant une partie de son épargne pour des entreprises qui en ont cruellement besoin.

On peut aussi exiger de l’État qu’il intervienne en garantie et en co-financement à parité pour les coopératives financières qui ne rémunéreraient pas l’épargne et pratiqueraient un taux d’intérêt très bas, coopératives qui devront avoir les mêmes capacités que les banques à offrir les différents services dont les sociétaires pourraient avoir besoin.

 

On peut faire et exiger plein de choses.

 

Mais on doit en premier lieu décider si l’on continue ou non à cautionner ce ‘nouvel ordre’, d’essence fasciste, qui s’est imposé grâce à la crise et qui se défendra bec et ongles pour sa survie, comme l’ont montré les événements récents sur la Grèce.

La Troïka est ‘notre’ monstre, à nous de décider qu’en faire.

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[1] Et aussi, rassurez-vous lecteurs francophones, sous-titrés en français évidemment : c’est une chaîne franco-allemande, qu’on vous dit.

[2] 57 milliards pour les banques françaises, 45 milliards pour les banques allemandes, 11 milliards pour la Grande-Bretagne et 9 milliards pour les Pays-Bas, soit un total de 122 milliards pour ces seuls pays et 142 milliards pour les banques européennes (sources BRI).

[3] L’autre ‘révélation’ du documentaire est que l’administrateur du FMI précise bien que c’est Dominique Strauss Kahn qui imposa au FMI la modification des règles pour prêter à une Grèce insolvable, en toute connaissance de cause, pour avoir à éviter de restructurer le secteur bancaire français, étant déjà dans la course élyséenne. Cela en dit long sur les rapports entre les politiques et ces mêmes banques et la puissance du pouvoir des secondes sur les premiers.

 

 

Source : http://www.pauljorion.com/blog/2015/02/28/la-troika-les-banques-et-nous-par-zebu/

 

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 18:43

 

Source : www.mediapart.fr

 

Adieu la prime pour l’emploi, place à la prime d’activité

28 février 2015 | Par La rédaction de Mediapart

 

 

La nouvelle prime, remplaçant la prime pour l’emploi et le RSA activité, serait réservée aux travailleurs touchant entre 0,5 et 1,2 fois le Smic.

 

Le gouvernement devrait annoncer mardi 3 mars la création d’une prime d’activité. Ce nouveau dispositif est censé remplacer la prime pour l’emploi et le RSA activité, jugés inefficaces. Il devrait être réservé aux travailleurs gagnant entre 570 et 1 360 euros net, soit entre 0,5 et 1,2 fois le Smic, selon Le Monde. Tous les bénéficiaires actuels de la PPE au-delà de ce seuil ne percevront plus rien.

Cette nouvelle prime, qui entrera en vigueur début 2016, devrait coûter environ 4 milliards d’euros par an, le même coût que la PPE et le RSA cumulés. Environ 7 millions de personnes y seraient éligibles, mais Matignon a fondé ses calculs sur le fait que seulement 50 % des bénéficiaires potentiels en feront la demande effective.

Lire dans Le Monde

 

Source : www.mediapart.fr

 

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Source :www.lemonde.fr

 

Comment la nouvelle prime d’activité va fonctionner

Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par

 
 

La prime pour l’emploi (PPE) et le RSA activité sont bientôt morts, bienvenue à la nouvelle « prime d’activité ». Le Monde a eu connaissance des modalités précises de cette nouvelle prestation, qui devraient être présentées mardi 3 mars par le premier ministre, Manuel Valls. Elle entérine la fusion des dispositifs du PPE et du RSA, dont la complexité et le manque d’efficacité étaient critiqués depuis longtemps, mais qui avait jusqu’ici toujours été ajournée par crainte de faire trop de perdants.

  • Fin de la PPE et du RSA activité

La PPE, qui consiste en un crédit d’impôt versé en septembre, bénéficie en effet à 6,3 millions de foyers qui gagnent entre 0,3 et 1,3 smic, mais son montant moyen mensuel était de seulement 36 euros. Trop de bénéficiaires pour un montant trop faible, versé trop tard : la PPE était critiquée pour son absence d’effet incitatif. Elle sera versée pour la dernière fois en septembre 2015. De son côté, le RSA activité (à différencier du RSA socle pour les personnes qui ne travaillent pas du tout et qui va continuer d’exister) bénéficiait lui à seulement 700 000 personnes, mais pour un montant moyen de 176 euros.

Jugée trop complexe, cette prestation est sous-utilisée, avec à peine un tiers des bénéficiaires potentiels qui en font la demande. « Le bénéficiaire doit effectuer deux déplacements physiques, remplir 6 pages de formulaires et fournir de nombreuses pièces justificatives pour déposer une demande », dénonçait le député PS Christophe Sirugue, dans un rapport remis en juillet 2013 et qui a servi de base à la réforme du gouvernement.

  • Entre 215 et 250 euros maximum

Selon les informations du Monde, M. Valls devrait annoncer que la nouvelle prime, dont le fonctionnement sera très proche du RSA activité, sera concentrée sur les travailleurs gagnant entre 570 et 1 360 euros net, soit entre 0,5 et 1,2 smic. Tous les bénéficiaires actuels de la PPE au-delà de ce seuil ne percevront plus rien, mais le gouvernement estime que la perte sera très faible, de l’ordre de quelques dizaines d’euros par an.

La prime d’activité sera bien versée dès le 1er euro gagné mais les salariés touchant jusqu’à 0,5 smic (soit environ 570 euros) ne devraient pas voir de grand bouleversement, le montant de la nouvelle prime d’activité restant pour eux à peu près le même que celui du RSA activité. « Il s’agit de ne pas inciter les tout petits contrats à temps partiel » justifie un des acteurs du dossier. « Le dispositif doit fonctionner comme une incitation à travailler davantage », abonde Matignon. Quitte à ne pas aider les travailleurs les plus pauvres. Le montant devrait être maximum pour les salariés gagnant autour de 800 euros. Le collectif Alerte, qui regroupe les associations de lutte contre la pauvreté, a demandé que ce maximum soit de 250 euros, mais le rapport Sirugue n’évoque de son côté qu’un montant de 215 euros.

  • Fin des trop-perçus

La simplification devrait être acquise car les CAF, qui géreront le dispositif, cesseront de demander aux salariés ayant « trop » travaillé les mois précédents de rembourser de l’argent. La situation sera en effet réexaminée tous les trois mois, et le montant de la prime évoluera seulement pour les trois mois suivant. Contrairement au RSA activité, le montant de la prime ne dépendra plus non plus de complexes barèmes de ressources selon la structure du foyer, mais sera le même quelle que soit la situation familiale. La prime ne sera toutefois versée qu’en dessous d’un certain plafond de revenu du foyer. Pour éviter de désavantager les parents de famille monoparentale, qui auraient perdu pour cette raison dans la fusion, ceux-ci bénéficieront d’une allocation majorée.

  • Accessible aux jeunes

La prime d’activité sera ouverte aux jeunes entre 18 et 25 ans, qui n’ont aujourd’hui pas accès au RSA. Selon le rapport Sirugue, environ 300 000 jeunes pourraient ainsi toucher cette prestation. Mais les derniers arbitrages du gouvernement pourraient finalement être bien moins généreux car les jeunes résidant chez leurs parents verront les revenus de l’ensemble du foyer fiscal pris en compte. « Nous voulons que les jeunes de moins de 25 ans qui travaillent puissent en bénéficier quoi qu’il arrive de manière autonome, sinon seulement 200 000 jeunes pourront en profiter », critique François Soulage, président du collectif Alerte. Le gouvernement s’y oppose pour l’instant, mais serait prêt à faire un geste pour les apprentis, qui au départ ne devaient pas bénéficier de la prime. « C’est un point qui pourra bouger lors de l’examen parlementaire [prévu cet été] et faire l’objet d’amendement », confirme Matignon.

Cette nouvelle prime, qui entrera en vigueur début 2016, devrait coûter environ 4 milliards d’euros par an, le même coût que la PPE et le RSA cumulés. Environ 7 millions de personnes y seraient éligibles, mais Matignon a fondé ses calculs sur le fait que seulement 50 % des bénéficiaires potentiels en feront au final la demande. En revanche, l’allocation spécifique de solidarité (ASS), versée par Pôle emploi à 450 000 chômeurs en fin de droit, ne sera pas incluse dans la réforme et gardera donc pour l’instant son − complexe − fonctionnement propre. Au grand regret des associations de lutte contre la pauvreté.

 

 Jean-Baptiste Chastand
Journaliste en charge du social et de l'emploi


 

Source :www.lemonde.fr

 

 

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 18:31

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Sauvegarde de l’emploi ?

Derrière les plans sociaux, le business des cabinets de « reclassement »

par Ludo Simbille 25 février 2015

 

 

 

Ils ont fait l’actualité pendant des semaines, puis plus rien. Que sont devenus les salariés du volailler Doux, du groupe pharmaceutique Sanofi ou de l’enseigne culturelle Virgin qui ont lutté contre la fermeture de leurs entreprises ? Des millions d’euros ont été dépensés dans le cadre de « plans de sauvegarde de l’emploi » pour leur assurer une « sortie positive » après les licenciements et les restructurations. Des sociétés privées de reclassement ont été généreusement rémunérées. « L’État prendra ses responsabilités pour qu’aucun ne soit abandonné sur le bord de la route », avait promis François Hollande. Selon nos estimations, la majorité de ces salariés navigue entre chômage et contrats précaires. Enquête sur une vaste arnaque.

« Il reste 230 salariés à qui il faut trouver une solution, mais je ne doute pas un seul instant que ce sera fait. » En visite à l’abattoir porcin Gad, à Josselin (Morbihan), menacé de liquidation judiciaire, Manuel Valls est plein d’enthousiasme en cette froide matinée de décembre 2014. Mais pour les salariés de l’abattoir qui restent sur le carreau, après la reprise d’une partie de l’activité par Intermarché, son discours a un air de déjà vu. La manière dont se sont conclus trois des plus retentissants plans « sociaux » des dernières années ont de quoi rendre méfiants les employés en sursis.

En juin 2013, l’enseigne culturelle Virgin Megastore, trop endettée, dépose le bilan : 960 disquaires et libraires se retrouvent à la porte des 26 magasins. Un an plus tôt, c’est le leader du poulet industriel Doux, plombé par des erreurs d’investissements et des délocalisations hasardeuses, après avoir été le premier bénéficiaire des subventions agricoles – 50,5 millions d’euros en 2012 (lire notre article) ! Le spécialiste du poulet surgelé place son pôle de produits frais en liquidation judiciaire : un millier de volaillers sont licenciés. En 2012, l’entreprise pharmaceutique Sanofi scie sa branche recherche : ce champion du versement de dividendes à ses actionnaires et des « bonus de bienvenue » (4 millions d’euros pour le nouveau PDG Olivier Brandicourt) annonce la suppression d’un millier d’emplois d’ici fin 2015. Sur ses sites de Montpellier et de Toulouse, les effectifs – respectivement 1 500 et 600 salariés – sont réduits de moitié (lire ici).

 

Des millions d’euros pour reclasser les salariés

Face à ces restructurations, le gouvernement brandit sa parade : le reclassement. « L’État prendra ses responsabilités pour qu’aucun ne soit abandonné sur le bord de la route », promet François Hollande aux volaillers de Doux. « Le gouvernement sera vigilant sur le sort des salariés afin qu’ils soient tous reclassés », assure aux salariés de Virgin Aurélie Filipetti, alors ministre de la Culture. Toute entreprise de plus de 50 salariés qui en licencie au moins dix est tenue de prévoir un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour aider les salariés remerciés à trouver un nouveau job. Ces plans intègrent de nombreux dispositifs : contrat de sécurisation professionnelle (CSP), formations, congés de reclassement, aides à la mobilité ou à la création d’entreprise…

L’intersyndicale de Virgin a ainsi signé un PSE « digne et décent ». 15 millions d’euros obtenus à l’issue de l’occupation de magasins par les salariés, dont un tiers consacré à la formation. Soit trois fois plus qu’initialement prévu [1]. « Un budget énorme par rapport à d’autres plans », diagnostique Anthéa, l’organisme rémunéré par l’enseigne culturelle pour accompagner le millier de futurs chômeurs. Ces budgets prévus pour sauvegarder l’emploi bénéficient en partie aux « opérateurs privés de placement » (OPP) chargés d’accompagner les futurs chômeurs dans leur quête d’un nouvel emploi et d’organiser les formations ou les mobilités professionnelles. Elles sont devenues incontournables en cas de plan social. PME ou grandes entreprises y recourent pour reclasser les salariés remerciés.

Elles s’appellent Anthéa pour Virgin, Altédia pour Sanofi, Catalys Conseil et Sodie pour Doux. Toutes vantent leur expertise en matière d’accompagnement des sans-emploi et la vendent au prix fort : Anthéa facture ses services 1,8 millions d’euros à l’enseigne culturelle, et brandit d’impressionnantes performances avec un taux de reclassement de 80 % [2]. « Le reclassement des chômeurs et des salariés est devenu un véritable business. Les tarifs pratiqués varient entre 2 000 et 3 000 euros par salarié suivi. A ce prix-là, la note globale affole rapidement les compteurs. A titre d’exemple, lorsqu’une usine de 1 000 salariés met la clé sous la porte, une société de reclassement peut espérer toucher plus de deux millions d’euros », décrit Cyprien Boganda, auteur du livre « Le business des faillites » [3]. Les politiques ont multiplié les promesses, les millions ont coulé à flots. Mais trois ans plus tard, que sont ces salariés devenus ? Ont-il vraiment été reclassés, ou sont-ils allés grossir le cortège interminable des chômeurs ? L’argent a-t-il été utilisé à bon escient ?

 

Seuls 10 à 15 % des salariés licenciés retrouvent un CDI

« Le réveil est douloureux », lance un ex-salarié de Virgin. Un coup d’œil aux chiffres suffit pour comprendre. 10 à 15 % des personnes qui ont été licenciées retrouvent un CDI [4]. Que font les autres ? Une petite moitié alterne contrats courts et inactivité... L’autre moitié est au chômage, certains vivotent au RSA. Mais cela ne se voit pas de suite. Grâce au contrat de sécurisation professionnelle qui maintient la quasi-totalité du salaire pendant un an, « le traumatisme n’est pas immédiat », commente Nadine Hourmant, déléguée FO de Doux. Une fois l’année écoulée, l’allocation chômage, moins avantageuse, est censée prendre le relais.

Chez Doux, la situation est tellement critique que les syndicats ont négocié en tout douze mois complémentaires, soit deux ans de CSP. Tout le contraire du « reclassement rapide » promis par la direction au moment de la faillite... Plutôt âgés, après trente ans dans la même entreprise, les abatteurs de poulet breton ont pourtant bénéficié d’un « accueil prioritaire » dans les agences locales de l’emploi. Mais seul un licencié sur cinq a décroché un emploi de plus de six mois dans des secteurs relativement variés. Deux ans après le plan social, 40 % des 3,5 millions d’euros de budget n’étaient toujours pas dépensés. Ces 1,4 millions d’euros restants seront redistribués aux licenciés de Doux en avril prochain [5]. Rien de surprenant pour Joseph d’Angelo, de la fédération agroalimentaire CGT qui militait pour une réappropriation collective de l’entreprise. « La conjoncture est catastrophique », tonne-t-il.

 

Hémorragie de « départs volontaires » chez Sanofi

La crise touche aussi le secteur culturel. La moitié des 845 anciens de Virgin inscrits au programme de reclassement ont signé un contrat de travail, selon l’association des anciens salariés « les Gilets Rouges ». Mais un peu moins de 20 % sont en CDI. Au prix d’une longue attente, certains s’en sortent. À 50 ans, Philippe Royet, ancien responsable des stocks du magasin des Champs-Élysées, a d’abord tenté le secteur immobilier. Puis il a quitté le « melting-pot du chômage » en octobre pour devenir éditeur à la boutique-vidéo parisienne des éditions L’Harmattan. Un CDI, enfin.

Sanofi-Aventis a opté pour une autre stratégie : zéro licenciement affiché, du moins officiellement. Ce qui n’a nullement empêché l’hémorragie de « départs volontaires ». Avec ses 33 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la multinationale de la santé a « les moyens d’acheter la paix sociale et de débourser assez pour convaincre les collègues de partir », regrette Marion Layssac, syndicaliste Sud sur le site de Montpellier. Son homologue toulousain, Laurent Besson, accuse la « big pharma » d’avoir joué le « pourrissement de la situation ». Les chiffres sont éloquents : 700 personnes sont parties volontairement du site de Montpellier, et 340 de Toulouse. Destination : la retraite anticipée ou le déménagement vers un autre site de l’entreprise. Ou l’aventure : la moitié des partants tente sa chance avec les grandes entreprises locales, ou se forme à de nouveaux métiers.

 

Un « mini Pôle-Emploi » débordé

« On commence à peine à utiliser les 5 millions consacrés à la formation », s’étrangle Christian Allègre, syndicaliste de Sud à Montpellier. Chacun cherche la « moins mauvaise solution » non sans stress, anxiété ou « pétages de plomb ». Heureusement, les experts de la reconversion professionnelle veillent à limiter le désastre social. « Rebondir après un licenciement économique, c’est possible », s’enthousiasme Catalys Conseil sur son site internet. Et de poursuivre, psychologue : « Il faut accepter un temps nécessaire à la reconstruction mentale du salarié. Il y a un fort sentiment d’appartenance à la grande entreprise. » Ces marchands de nouvelles vies professionnelles sont-ils à la hauteur ?

Altedia, le prestataire de Sanofi, a mis sur pied une sorte de « mini Pôle Emploi », témoignent des salariés montpelliérains. Ceux-ci y présentent leur projet personnel et leur éventuel intérêt pour un autre poste. Un logiciel répartit les postulants en fonction de leurs caractéristiques – âge, ancienneté, salaire. 40 consultants accompagnent les 350 salariés. Mais gérer des métiers aussi spécifiques que chimiste ou biologiste requiert une certaine compétence. Et Altedia se révèle bientôt n’être qu’une simple « boîte de messagerie », renvoyant les questions précises à la direction des ressources humaines de Sanofi. « On attendait parfois la réponse deux ou trois mois », poursuivent des employés. Sans parler des nombreuses erreurs de gestion à la limite de la confidentialité. Un salarié reçoit même une lettre d’avertissement de Sanofi pour avoir proposé une idée d’atelier à Altedia. Son sujet : « Comment éviter les plans sociaux ? »

 

Dix mois d’attente « pour rien »

« On redonne confiance à ceux qui sont cassés moralement », défend Valérie Garau, du cabinet Anthéa, qui accompagne les salariés de Virgin. Au téléphone, elle décrit le suivi individualisé de ces néo-chômeurs. « Redonner confiance » à Zeff, 23 ans passés à conseiller les amateurs de musique du « Megastore » Champs-Élysées, n’a pas été facile. Lors du premier rendez-vous, Anthéa se présente aux anciens employés parisiens de l’enseigne dans le sous-sol d’un bâtiment cossu de la capitale. « C’était comme un dieu capable de nous sauver des eaux », se souvient Zeff. Cela ne dure pas. Alors que débutent les entretiens individuels pour cerner le projet professionnel, « on m’a demandé de faire mon CV tout seul, de l’organiser moi-même ». Il faudra une mise au point ferme entre l’association des anciens salariés de l’enseigne culturelle pour que le suivi s’améliore : « Ma conseillère m’a obtenu des formations coûteuses, je lui dois beaucoup », reconnaît aujourd’hui Zeff. À 49 ans, il a pu lancer son label de musique et a écrit un livre en hommage aux salariés, Virgin Mega Story.

 

 

Beaucoup n’ont pas eu droit à la même sollicitude. Licenciée après 8 ans passés au siège social de Clichy, Virginie Sako souhaitait monter sa boutique de prêt-à-porter féminin. Elle demande à cumuler l’aide à la création d’entreprise avec le budget de sa formation manquée, car sa conseillère, malade, n’avait pas été remplacée. Le refus tombe... dix mois plus tard. « C’est de l’arnaque : ils m’ont fait miroiter un projet qu’ils ont rejeté. J’ai passé tout ce temps dessus pour rien. J’ai subi un préjudice. » Virginie vient de prendre un avocat pour obtenir d’Anthéa des dommages et intérêts. À 37 ans, elle est désormais gestionnaire d’auxiliaire de vie par intérim.

 

Atelier « image de soi » et « relooking » pour futurs chômeurs

Ignorance, incompétence ou pur abandon des salariés, les dieux du coaching ne semblent pas aussi présents que promis. À tel point que « la plupart de ceux qui ont un boulot l’ont trouvé par eux-mêmes », relève Nadine Hourmant, du côté du volailler Doux. Un nouveau job décroché sans l’aide de Pôle Emploi ni des cellules de reclassement. Celles-ci vantent pourtant leurs « techniques de recherche de l’emploi », comme cet atelier « image de soi » ou « relooking » pour plaire aux employeurs. « Je n’ai pas besoin de me changer, je suis moi », raille Nathalie Griffon, qui a travaillé pendant 23 ans sur la chaîne de poulets Doux à l’usine de Pleucadeuc (Morbihan). Une formation lui a bien été proposée : à 120 km de son domicile, dans un organisme non agréé par Pôle Emploi, sans aucun frais de déplacement remboursé.

Inemployables chômeurs ? Pas vraiment : CAP en poche, Nathalie exerce depuis mai dernier comme cariste-magasinière chez un transporteur breton. À la première vague de licenciements d’octobre 2012, elle part suivre une formation de trois mois, et envoie... un seul CV. A 44 ans, elle a dégoté seule son CDD de 6 mois renouvelable, loin du monde de l’outplacement individualisé. Les cabinets de reclassement ? « Cela peut être pratique pour les CV ou les lettres de motivation. Mais ceux qui croient en ces cabinets vont vite déchanter », prévient-elle.

Si certains voient dans ces cabinets un « mal nécessaire » au « bilan mitigé », la plupart les accusent d’être « largement sur-vendus ». « Ce sont des marchands de soupe qui servent à déresponsabiliser l’État », accuse la syndicaliste Nadine Hourmant. Pour se défendre, des organismes invoquent la loi qui « oblige les entreprises à faire appel à des opérateurs pour accompagner les salariés ». En réalité, si le code du travail impose aux entreprises une obligation de reclassement, il n’évoque le recours à ce type de service qu’à titre indicatif.

 

Le « business du chômage », évalué à 250 millions d’euros

C’est dans les années 1980, lors des grandes restructurations de l’industrie métallurgique, que ces entités émergent. Internes à l’origine, le reclassement s’externalise progressivement. « Nous avons la conviction que c’est un marché fantastique », s’exalte en 1995 le PDG de Sodie, Jacques Périès, dans Libération. Sodie est alors une filiale d’Usinor, avant d’être intégré au groupe Alpha dont les activités vont du conseil aux comités d’entreprises à la gestion de restructuration... Une filiale du groupe, Secafi, conseille les représentants des salariés en cas de restructuration, Sodie s’en occupe ensuite pour les reclasser.

Des dizaines d’entreprises se partagent aujourd’hui le marché, de la petite association d’insertion à la holding, en passant par la filiale d’intérim. Un véritable « business du chômage », évalué à 250 millions d’euros, selon France Inter. Avec plus de 5 millions d’inscrits, Pôle Emploi opère depuis 2009 une « sous-traitance de capacité ». Traduction de cette novlangue managériale : l’accompagnement par le privé de 300 000 chômeurs, dont 60 000 licenciés économiques, en 2013. A la sortie d’un « plan social », nombre de licenciés émargent à la fois au chômage et aux programmes des cellules de reclassement. Plan social ou Pôle Emploi, on prend les mêmes et on recommence... Exemple ? Virginie Sako, ancienne de Virgin, était suivie par Sodie, qui s’occupe d’une partie des « reclassés » de Doux. Certains de ses collègues franciliens étaient accompagnés par Altedia, également en charge du plan de sauvegarde de l’emploi de Sanofi. D’autres encore avaient pour interlocuteurs Anveol, qui sous-traite pour Pôle Emploi le suivi des salariés de l’enseigne culturel.

 

Le public plus performant que le privé

« Les cabinets privés ont davantage intérêt à gérer des plans de sauvegarde de l’emploi car l’enveloppe budgétaire est plus grande », avance la sociologue Claire Vives, auteure d’une thèse sur le sujet. Pour un « accompagnement renforcé », un sous-traitant de Pôle Emploi est rémunéré en trois fois par l’agence publique si le chômeur retrouve un travail, autour de 2 000 euros par personne suivie [6]. D’où l’empressement des professionnels à trouver n’importe quelle « sortie positive » afin de toucher la timbale. « Ils ne font pas dans la pérennité de l’emploi, glisse un ex-salarié. Le seul atelier qu’ils m’ont proposé a été la visite d’un salon de l’intérim. »

« C’est scandaleux : on ferait mieux de renforcer le secteur public, plutôt que de donner tant d’argent au secteur privé qui n’a pas de meilleurs résultats », gronde Joseph D’Angelo, de la CGT. En juillet dernier, la Cour des Comptes a épinglé l’inefficacité des « opérateurs privés de placement », illustrant leurs faibles performances en matière de retour à l’emploi, inférieures à celles de Pôle emploi. En 2011 déjà, un rapporteur de la mission travail et emploi dénonçait « une pratique coûteuse et à l’efficacité économique contestable ».

 

Le sale boulot réservé à Pôle emploi

La loi de 2005 a mis fin au monopole public du placement. Avant, l’accompagnement des demandeurs d’emploi demeurait une activité hors marché pour protéger justement les chômeurs, considérés comme vulnérables, d’ un business de la misère. L’État ne semble pas vouloir tirer les leçons d’une décennie de dérégulation. Bien au contraire : le plan stratégique « Pôle Emploi 2015 » consiste à confier un « flux » plus important de chômeurs au privé. Le pôle public de l’emploi s’occupera des effectifs les « plus éloignés du marché du travail » tandis que le privé se concentrera sur les plus « autonomes ». Pour lui réserver de meilleures marges bénéficiaires ?

Les restructurations, elles, continuent. Sanofi cherche à vendre le site de Toulouse à la société Evotec, sans garantir l’avenir des salariés qui y travaillent encore. « On nous laisse mourir à petit feu », déplore de son côté Nadine Hourmant, de Doux, qui a vu disparaître en août dernier le comité de pilotage national pour les volaillers bretons. Sanofi a pourtant bénéficié de 150 millions d’euros en crédits d’impôt emploi (CICE) et recherche (CIR), sans aucune contrepartie. Quant au poulailler Doux, il a touché un milliard d’euros d’aides publiques en 15 ans. Pour combien d’emplois supprimés ?

Ludo Simbille

Photos : manifestation de salariés de Sanofi à Paris, en janvier 2013 (Photothèque Rouge/JMB) / Un salarié de Virgin, en janvier 2013 (Source : France Bleu)

 

Notes

[1] La présidente du groupe s’est elle aussi octroyée un départ « digne et décent » à hauteur de 330 000 euros, alors que le budget du PSE prévoyait 15 000 euros par salarié. Voir Mediapart

[2] Sodie n’a pas souhaité nous répondre par souci de « déontologie » et de « confidentialité ».

[3] « Le Business des faillites », Cyprien Boganda, La Découverte, janvier 2015.

[4] 14 % dans le cas de Doux, 15 % pour Virgin. Les chiffres sont légèrement plus élevés pour les cellules conventionnées par l’État : 18 % de CDI, selon la Dares.

[5] Chez Virgin, le liquidateur MJA a soldé le PSE en janvier 2015 sous forme d’indemnité versée aux salariés.

[6] Le prestataire perçoit 50 % de la somme une fois le chômeur accompagné. 25 % s’il trouve un travail en CDI ou un CDD de 6 mois, puis 25 % s’il est toujours en activité six mois après. Les OPP calculent leur rentabilité seulement sur les premiers versements, car les derniers sont trop aléatoires.

 

 

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Source : www.bastamag.net

 

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 19:43

 

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/03/HALIMI/52699

 

 

Contre l’austérité à perpétuité

Soutenir la Grèce

 

Appuyée par la plupart des capitales européennes, l’Allemagne n’accepte pas l’arrivée au pouvoir à Athènes d’un gouvernement de gauche déterminé à appliquer son programme. Elle prétend tirer argument de sa domination économique et financière pour contraindre la Grèce à tenir le cap d’une politique d’austérité qui l’a ruinée.

par Serge Halimi, mars 2015

 

Les Grecs n’ont pas besoin qu’on leur explique la signification du terme « démocratie ». Pourtant, les leçons pleuvent sur leurs têtes depuis qu’ils ont porté au pouvoir une force de gauche déterminée à tourner le dos aux politiques d’austérité qui depuis six ans les tourmentent. Les admonestations leur sont dispensées d’autant plus copieusement que les maîtres d’école savent de quoi ils parlent. Eux qui ont imposé des traités rejetés par le suffrage populaire et renié leurs engagements de campagne sitôt leur élection acquise. Désormais, une épreuve de force les oppose à ceux qui veulent tenir ce qu’ils ont promis, et à quoi ils croient. Elle sera d’autant plus rude que ces derniers pourraient diffuser à des tiers, jusqu’alors résignés à leur impuissance, des idées menaçantes pour l’ordre social. Au-delà du sort de la Grèce, cet affrontement engage le destin de la démocratie européenne (1).

Sitôt connue la victoire de Syriza, chacun semblait s’être donné le mot sur le Vieux Continent. Sur un mode arrogant, Berlin mais aussi Madrid, La Haye, Lisbonne et Helsinki expliquèrent que l’alternance à Athènes ne changeait rien, puisque la politique rejetée par les Grecs devrait être poursuivie sans aucune modification. Sur un ton plus doucereux, on susurrait la même chose à Rome, Bruxelles et Paris : « Il faut, estima par exemple le ministre des affaires étrangères français Laurent Fabius, concilier le respect du vote par l’électeur et le respect des engagements de la Grèce en matière de réformes. » Mais tous les gouvernements de l’Union européenne semblent ne se soucier que du second terme de l’équation. Et s’offusquer quand M. Alexis Tsipras insiste pour rappeler le premier.

Le mérite de Syriza est immense. Pas seulement parce que son choix l’amène à réhabiliter des termes devenus aussi insolites dans la vie démocratique que « souveraineté », « dignité », « fierté », « espoir ». Mais aussi parce que les instruments destinés à garrotter la volonté d’une Grèce indocile sont exhibés aux yeux de tous. Faute d’un accord avec ses partenaires européens et avec le Fonds monétaire international (FMI), le pays risque de se retrouver à court d’argent. Ses options les plus évidentes ne seraient alors guère enviables : quitter la zone euro, emprunter à des taux prohibitifs auprès des marchés financiers.

M. Tsipras l’a compris : on attend de lui qu’il capitule. Car tant qu’il se cabre, tant qu’il mobilise l’enthousiasme de sa population, il défie un ordre économique et sa camisole de force, il chamboule les usages politiques les mieux installés. Après tout, M. François Hollande n’a pas eu besoin de plus de vingt-quatre heures pour se rendre à Berlin et piétiner ses promesses de campagne — la renégociation du pacte de stabilité européen, le combat contre son « véritable adversaire », la finance — et endosser sans broncher la politique de son prédécesseur.

Moins de dix jours après la victoire de Syriza, les banquiers centraux de la zone euro envoyaient leur première salve punitive en privant subitement les banques grecques de leur principal canal de financement. C’était un moyen pour eux d’obliger Athènes à négocier dans l’urgence un accord avec ses créanciers, essentiellement les Etats européens et le FMI, et à reprendre le programme d’austérité là où le précédent gouvernement l’avait laissé. M. Hollande jugea aussitôt « légitime » le coup de force de la Banque centrale européenne (BCE). Tout comme le premier ministre italien, M. Matteo Renzi. Si l’on ne sait jamais très précisément où se trouve le président français, du moins comprend-on désormais où il ne se situe pas : avec le peuple grec.

Pendant que le garrot européen se resserre, que les marchés financiers accentuent leur pression sur le gouvernement d’Athènes, les termes du jeu deviennent terriblement clairs. La Grèce est soumise à un diktat. En échange des financements dont elle a besoin, on exige qu’elle entérine sur-le-champ une avalanche d’exigences dogmatiques et inefficaces, toutes contraires au programme de son gouvernement : réduire une fois de plus les retraites et les salaires, augmenter encore le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), engager la privatisation de quatorze aéroports, affaiblir davantage le pouvoir de négociation des syndicats, affecter des excédents budgétaires croissants au remboursement de ses créanciers alors même que la détresse sociale de son peuple est immense. « Les ministres [de l’Eurogroupe], a précisé M. Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques, étaient tous d’accord sur le fait qu’il n’existe pas d’alternative à la demande d’une extension du programme actuel. » Avant de répéter le célèbre slogan de Margaret Thatcher, M. Moscovici, se souvenant peut-être qu’il était membre d’un parti socialiste, avait néanmoins tenu à préciser : « Ce que nous voulons, c’est aider le peuple grec » (2). L’aider, mais en lui interdisant de dévier de la politique d’austérité qui l’a ruiné.

La Grèce, fait savoir son ministre des finances Yanis Varoufakis, est « déterminée à ne pas être traitée comme une colonie de la dette dont le destin est de souffrir (3) ». L’enjeu en cause dépasse ainsi celui du droit d’un peuple à choisir son destin, y compris quand un arbitre des élégances démocratiques aussi délicat que le ministre des finances allemand, M. Wolfgang Schäuble, estime qu’il « a élu un gouvernement qui agit de manière un peu irresponsable (4) » Car la question posée porte aussi sur la possibilité pour un Etat de s’extraire de stratégies destructrices, au lieu de devoir les durcir chaque fois qu’elles échouent.

Vingt-sept assassins de l’espérance

Depuis que les institutions européennes ont jeté leur dévolu sur la Grèce et soumis l’économie la plus déprimée de l’Union à la politique d’austérité la plus draconienne, de quel bilan peuvent-elles se prévaloir ? Celui qu’on pouvait attendre et qui fut d’ailleurs annoncé : une dette qui ne cesse d’enfler, un pouvoir d’achat qui s’effondre, une croissance atone, un taux de chômage qui s’envole, un état sanitaire dégradé. Mais peu importe, le Gramophone européen ne cesse de répéter : « La Grèce doit respecter ses engagements ! » (lire « Dette publique, un siècle de bras de fer »). Sclérosée dans ses certitudes, la sainte alliance refuse même d’entendre le président des Etats-Unis quand il explique, encouragé dans son analyse par une armada d’économistes et d’historiens : « On ne peut pas continuer à pressurer des pays en dépression. A un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes (5). »

L’effondrement économique que la Grèce a subi depuis six ans est comparable à celui que quatre ans de destructions militaires et une occupation étrangère avaient infligé à la France pendant la première guerre mondiale (6). On comprend alors que le gouvernement de M. Tsipras bénéficie dans son pays, y compris à droite, d’un énorme appui populaire quand il refuse de prolonger une politique aussi destructrice. Et de se résigner à survivre « comme un drogué qui attend sa prochaine dose (7) ». Hélas, Syriza compte moins d’appuis ailleurs. Un peu à la manière du roman d’Agatha Christie Le Crime de l’Orient-Express, enquêter sur les assassins potentiels de l’espérance grecque obligerait à interroger la totalité des gouvernements européens. Et d’abord l’Allemagne : les règles disciplinaires qui ont échoué sont les siennes ; elle entend écraser les peuples qui renâclent à les subir indéfiniment, surtout quand ils sont méditerranéens (8). Avec l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, le mobile du crime est encore plus sordide. Les populations de ces Etats auraient en effet intérêt à ce que la main de fer de l’austérité cesse enfin de les broyer. Mais leurs gouvernements ont peur, en particulier quand chez eux une force de gauche les menace, qu’un Etat ne démontre enfin qu’on peut refuser d’emprunter « un chemin balisé, un chemin connu, un chemin connu des marchés, comme des institutions et de l’ensemble des autorités européennes », celui dont M. Michel Sapin, ministre des finances français, continue de prétendre qu’on doit « l’explorer jusqu’au bout » (9). Or une éventuelle échappée belle d’Athènes démontrerait que tous ces gouvernements se sont fourvoyés en faisant souffrir leur peuple.

Chacun sait en effet qu’à moins de parvenir à « tirer du sang à une pierre », la dette grecque ne sera jamais remboursée. Comment ne pas comprendre également que la stratégie économique de Syriza consistant à financer des dépenses sociales urgentes grâce à une lutte contre la fraude fiscale pourrait enfin s’appuyer sur une jeune force politique, populaire, déterminée, issue des mouvements sociaux, dégagée des compromissions du passé. A défaut d’être « balisée », la voie est donc tracée. Et l’avenir fait penser à ce qu’écrivait la philosophe Simone Weil à propos des grèves ouvrières de juin 1936 en France : « Nul ne sait comment les choses tourneront. (…) Mais aucune crainte n’efface la joie de voir ceux qui toujours, par définition, courbent la tête la redresser. (…) Ils ont enfin fait sentir à leurs maîtres qu’ils existent. (…) Quoi qu’il puisse arriver par la suite, on aura toujours eu ça. Enfin, pour la première fois, et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d’autres souvenirs que le silence, la contrainte, la soumission (10). » Le combat des Grecs est universel. Il ne suffit plus que nos vœux l’accompagnent. La solidarité qu’il mérite doit s’exprimer en actes. Le temps est compté.

Serge Halimi

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(1) Lire « La gauche grecque peut-elle changer l’Europe ? », Le Monde diplomatique, février 2015.

(2) Respectivement cité par Les Echos, Paris, 17 février 2015, et interrogé par Europe 1, 12 février 2015.

(3) The New York Times, 17 février 2015.

(4) Entretien avec la radio publique allemande Deutschlandfunk, 16 février 2015.

(5) M. Barack Obama, interrogé par Cable News Network (CNN) le 1er février 2015.

(6) Sur une base 100 en 1913, le produit national brut français est tombé à 75,3 en 1919 (Jean-Paul Barrière, La France au XXe siècle, Hachette, Paris, 2000). De son côté, l’économiste américain Paul Krugman relève dans le New York Times du 17 février 2015 que la Grèce a perdu 26 % de son produit intérieur brut entre 2007 et 2013, contre 29 % dans le cas de l’Allemagne entre 1913 et 1919.

(7) Entretien avec M. Varoufakis, Le Monde, 3 février 2015.

(8) Depuis 1997, l’Allemagne a pourtant été mise en procédure de déficit excessif huit fois par les autorités européennes, la France, onze fois.

(9) « Réunion de l’Eurogroupe sur la Grèce (Bruxelles, 16 février 2015) », Représentation permanente auprès de l’Union européenne, www.rpfrance.eu

(10) Simone Weil, « La vie et la grève des ouvrières métallos », Œuvres complètes. Ecrits historiques et politiques, vol. II, Gallimard, Paris, 1991.

 

 

 

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/03/HALIMI/52699

 

 

 

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 19:31

 

Source : http://gard.demosphere.eu

 

mercredi 11 mars 2015 à 20h

Lieu : Nîmes

Cinéma le Sémaphore, 25 Rue Porte de France, 30900 Nîmes

 

carte

 

Mercredi 11 mars à 20h : Master of the universe

Documentaire (Allemagne, Autriche) 2014 - 1h28

Réalisé par Marc Bauder.

 

Un ancien banquier décide de livrer son expérience. De ses grands débuts à sa fulgurante ascension dans les années 1980, il revient sur l'évolution du système financier, tout en dévoilant l'envers du déco

 

Débat avec, Patrick Saurin: CADTM; comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde, CAC collectif pour l'audit citoyen de la dette, SUD-BPCE et co-auteur du "Livre noir des banques".

 

 

 

 

 

Source : http://gard.demosphere.eu

 

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