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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 17:34

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

Vallée de la Roya : un agriculteur devant les juges pour avoir aidé des réfugiés

 

 

 

 

 

Vallée de la Roya : un agriculteur devant les juges pour avoir aidé des réfugiés

Cédric Herrou, agriculteur de 37 ans qui vient en aide aux réfugiés, est poursuivi par la justice pour aide à l'entrée et à la circulation des personnes en situation irrégulière. ((Yann COATSALIOU / AFP))

Cédric Herrou est devenu l'emblème de la désobéissance civile en faveur des migrants.

 

Avec son allure de baroudeur, ses petites lunettes rondes fines, son catogan et sa barbe de trois jours, Cédric Herrou est devenu un symbole médiatique de la désobéissance civile en faveur des migrants. De figure de héros local, il est passé d'emblème humanitaire jusqu'aux Etats-Unis où le "New York Times" lui a consacré un long portrait en octobre dernier.

Prêt à tout pour venir en aide aux réfugiés qui passaient près de chez lui, à Breil-sur-Roya, au nord-est de Nice (Alpes-Maritimes), en les faisant traverser la frontière franco-italienne, il est poursuivi pour aide à l'entrée, à la circulation et au séjour de personnes en situation irrégulière. Ce mercredi 4 janvier, cet agriculteur de 37 ans doit passer devant le tribunal correctionnel de Nice, le parquet estimant qu'il n'a pas agi à titre humanitaire mais par militantisme.

La justice lui reproche également l'occupation illégale de locaux privés, un bâtiment désaffecté pour colonies de vacances de la SNCF à Saint-Dalmas-de-Tende, dans lesquels Cédric Herrou et son association "Roya citoyenne" avaient mis à l'abri des dizaines de migrants, dont de nombreux mineurs isolés. Convoqué une première fois en novembre dernier devant les tribunaux, le jeune homme avait obtenu le renvoi de son procès.

La médiatisation de son dossier avait poussé le président du Conseil départemental, Eric Ciotti, et le président de la région Paca, Christian Estrosi, à s'inviter dans le débat, et à réclamer la fermeture du camp.

Le justicier de la Roya

Cedric Herrou n'a jamais caché avoir aidé des réfugiés, bloqués à Breil-sur-Roya à cause des nombreux contrôles. La vallée de la Roya, enclave montagneuse entre la France et l'Italie, décor de carte postale, est un véritable piège pour les réfugiés qui s'y perdent facilement et les accidents ne sont pas rares. Ce chemin est devenu l'un des points de passage privilégiés après la fermeture de la frontière à Vintimille, une vingtaine de kilomètres plus au sud côté italien. Cédric Herrou n'a donc pas hésité, aidé par plusieurs habitants, à les faire retraverser la frontière pour les faire revenir sur le territoire français par un autre chemin moins surveillé. 

Cédric Herrou n'a pas hésité non plus à les conduire jusque dans des lieux sûrs pour que les réfugiés puissent se restaurer et se reposer. Le plus souvent, les migrants, des Soudanais, des Erythréens, des Tchadiens pour la plupart, qui ont traversé la Libye et la mer Méditerranée pour arriver en Europe, prenaient ensuite un train pour gagner les grandes villes de France. 

"Quand vous voyez des familles avec des bébés, des mineurs dans les rues, en situation d'hypervulnérabilité face aux réseaux en tous genre, vous faites quoi ? Vous passez votre chemin ?", disait-il à "la Croix" il y a quelques jours. 

 

"J'ai écouté mon cœur"

En août 2016, il s'est fait arrêter une première fois lors d'un contrôle avec huit Erythréens à bord de son véhicule. A l'époque, aucune poursuite n'avait été lancée car la justice avait considéré que son aide était humanitaire puisqu'il ne touchait pas d'argent, contrairement à des passeurs classiques.  

Son camarade, Pierre-Alain Mannoni, un enseignant-chercheur de l'université de Nice, que nous avions interrogé, n'a pas bénéficié d'un tel traitement. Le parquet a requis une peine de six mois de prison avec sursis. Il attend désormais son jugement. "Mon geste n'était ni politique, ni militant, il était simplement humain. Ce que j'ai fait était en accord avec mon éducation, avec les valeurs qu'on m'a inculquées. J'ai écouté mon cœur. Des gens avaient besoin de mon aide, je les ai aidés. C'est aussi simple que ça", nous avait-il dit. 

Une solidarité visiblement mal comprise par les autorités. En décembre, Eric Ciotti les a désignés comme une "poignée d'activistes", "de passeurs", de "délinquants". Le département, pourtant, a l'obligation de prendre en charge les mineurs, ce qui, selon l'association de Cédric Herrou, n'est jamais entrepris. "Je me suis mis dans l'illégalité, parce que l'Etat ne respecte pas la légalité", estime Cédric Herrou, interrogé par LCI. Ce dernier encourt 5 ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. 

Sarah Diffalah

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 17:19

 

 

Source : https://www.dailymotion.com/video/x57bpe0_tel-le-gibbon-de-toutes-les-campagnes-le-billet-de-nicole-ferroni_fun#tab_embed

 

 

Tel le gibbon, de toutes les campagnes - Le billet de Nicole Ferroni

 

 

Date de publication : 04/01/2017

Durée : 05:42

 
 
Nicole est très étonnée : elle a connu Benoit Apparu comme soutien d'Alain Juppé. Et maintenant que c'est François Fillon qui est en tête, c'est lui qu'il soutient.

Comme un gibbon, il lâche une branche pour en attraper une autre ! Mais en matière d'opportunisme, il n'est pas le seul.
Le billet d'humeur de Nicole Ferroni dans le 7/9, l’invité était Benoist Apparu (8h55 - 4 Janvier 2017)
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-nicole-ferroni/le-billet-de-nicole-ferroni-04-janvier-2017
Retrouvez tous les billets de Nicole Ferroni sur https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-
 
 
 
 
 
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 17:07

 

 

Source : http://consocollaborative.com

 

Reprendre le pouvoir par le collaboratif

Sikana.tv, ou comment partager gratuitement tous les savoir-faire du monde

Le 4 janvier 2017

 

 
A propos de l’auteur Come Bastin
 
 

Guetteur d'innovations sociales, technologiques et environnementales, j'écris pour Ouishare, Socialter, WeDemain et parle sur Nova. Suis de près l'économie collaborative et les mutations du capitalisme. Prix Reporters d'Espoirs 2015.

 

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La plateforme héberge déjà des milliers de micro vidéos traduites dans de nombreuses langues. Objectif : diffuser, notamment vers les pays du Sud, des connaissances pratiques et gratuites dans des domaines aussi divers que la couture, l'électricité ou l’alimentation.

Apprendre et enseigner : c’est la traduction du mot hindi « Sikana ». C’est aussi le leitmotiv de Sikana.tv, une plateforme vidéo de « micro éducation » lancée en 2012 par Gregory Filipo après un voyage dans les pays du Sud. « Notre objectif est de permettre aux individus de mieux agir localement et de changer leur monde, avec une approche à mi-chemin entre les vidéos inspirantes de TED et l’ambition encyclopédique de Wikipédia », explique le fondateur.

 

Travail discret

Le projet a beau être discret – l’équipe a choisi de peu communiquer pour l’instant – il n’en est pas moins ambitieux. Des milliers de petites vidéos ont déjà été produites par Sikana.tv et sa communauté, sur des thèmes aussi divers qu’apprendre à nager le crawl, coudre un vêtement, ou réaliser un générateur photovoltaïque. Traduite dans plusieurs langues, chaque vidéo est réalisée en interne, dans les studios de 1000m2 de Saint-Denis (93), ou dans les antennes internationales de la plateforme, Inde et Brésil en tête. Au total, une cinquantaine de personnes planchent sur le projet, après 5 ans d’existence.

Les vidéos éducatives de Sikana.tv durent entre 1 et 2 minutes et sont articulées autour de 200 problématiques identifiées par l’équipe dans le domaine de l’habitat, du sport, de l’artisanat, de la santé ou de l’environnement. Cette approche permet d’aller chercher de grands groupes pour dégager des fonds : Décathlon va financer l’éducation au sport ou Danone des vidéos qui touchent à la santé et l’alimentation. « C’est pour eux l’opportunité de communiquer autrement qu’avec des bannières publicitaires, en soutenant des causes », juge Grégory Filipo.

 

Vers les pays du Sud

Au total, quelques 20 millions de cours ont été « dispensés » – comprendre 20 millions de vidéos visionnées, en moyenne 50 000 fois chacune selon Sikana.tv. Grégory et son équipe souhaitent aujourd’hui aller plus loin que d’être simplement producteur de contenu. « Avoir des vues sur Internet, c’est bien. Mais ce qu’on souhaite c’est de pouvoir évaluer l’impact de nos vidéos sur le terrain ».

Accéder à ces savoirs est le meilleur moyen de sortir de la pauvreté. 

Et le terrain visé est en priorité celui des pays du Sud. « En Inde, on fait des programmes professionnalisants, avec Schneider sur l’électricité ou avec Ushuaïa sur la couture. Accéder à ces savoirs est le meilleur moyen de sortir de la pauvreté. » Principal enjeu pour aller plus loin : favoriser l’emploi de Sikana.tv par les professeurs dans les centres éducatifs. « L’objectif n’est pas de les remplacer mais au contraire de les outiller, et qu’ils nous fassent des retours pour améliorer nos programmes », précise Grégory.

 

 

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Pour révolutionner l’accès au savoir, l’équipe table sur une approche collaborative. « Comme les scouts qui en 100 ans ont réussi à impliquer 50 millions de personnes, on aimerait que les citoyens engagés, les professeurs, les volontaires dans les associations s’emparent de Sikana et produisent eux aussi des vidéos », détaille Grégory.

On doit passer d’un rôle de producteur de contenu à un rôle d’accompagnateur.

Dernier exemple en date : un partenariat avec La Croix Rouge pour transcrire en vidéo les gestes de premiers secours dispensés par l’association. Ou le lancement de la Sikana Factory, une plateforme sur laquelle qui le veut peut aider à traduire les vidéos ou à repérer des sujets. Mais le chemin est encore long. « On doit passer d’un rôle de producteur de contenu à un rôle d’accompagnateur où l’on encadre et finance tout ceux qui veulent diffuser des savoirs-faires », résume Grégory. La disruption dans l’éducation passe par là. »

 

 

 

Source : http://consocollaborative.com

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 18:31

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

Grèce : démocratie introuvable !

28 décembre 2016 par Yorgos Mitralias

 

 

 

 

En matière de déni de démocratie, il y a eu évidemment l’illustre précédent du résultat, jamais respecté, du referendum français de 2005 sur la constitution européenne. Mais quand même, ce qui s’est passé en Grèce en ce funeste mois de juillet 2015 n’a pas son pareil dans l’histoire de l’Europe (anti)démocratique. Jugez-en vous-même…

La foule en délire devant le Parlement grec était en train de fêter l’écrasante victoire du Non à l’austérité, aux memoranda et à la Troïka, quand, à deux pas de là, celui qui était alors ministre des Finances, Yanis Varoufakis, entrait dans le Palais Maximou et… restait figé, bouche bée : le noyau dirigeant de ses collègues, le Premier ministre Tsipras en tête, offrait un spectacle à l’opposé de la liesse populaire de la place Syntagma. Tête baissée et répétant « et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », les ministres du gouvernement de la « gauche radicale » (Syriza) semblaient désespérés et abattus par la victoire du Non. Un Non qu’ils avaient tant souhaité en public durant toute la semaine précédente ! |1|

Les événements qui ont suivi cette scène si didactique ont constitué un des dénis de démocratie les plus éclatants de l’histoire moderne. Moins d’une semaine (!) après le Non catégorique (61,5 %) du peuple grec, le même Premier ministre et le même gouvernement de la gauche dite « radicale », qui avaient défendu ce Non publiquement de toute leur force, acceptaient, pratiquement sans conditions, toutes les exigences des créanciers du pays. C’était comme si le referendum n’avait jamais existé, comme si le peuple grec n’avait jamais exprimé sa volonté…

En réalité, tout avait été méthodiquement préparé et organisé pour illustrer et rendre crédible la célèbre phrase du président de la Commission J.C. Juncker « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ! D’ailleurs, comme le cas grec était devenu emblématique pour tout le monde (de gauche comme de droite), il fallait que la leçon soit exemplaire, dépourvue de toute ambiguïté, aussi claire et nette qu’un coup de massue sur la tête non seulement des pauvres citoyens grecs, mais aussi des citoyens de toute l’Europe !

Nous voici donc au cœur de la question brûlante du déni de démocratie au temps de la grande crise existentielle du capitalisme néolibéral. À la différence de ce qui se passait jadis, ou même il y a encore une décennie, les besoins actuels du système lui imposent maintenant de pratiquer le déni de démocratie comme une provocation quasi quotidienne, de façon systématique et avec la plus grande arrogance, comme un défi lancé en permanence à ses malheureux sujets tentés par le désir de (lui) résister. Quoi de mieux, alors, qu’un gouvernement de gauche, et même de la gauche radicale, pour faire le sale boulot et servir d’instrument de cette provocation. La leçon donnée aux peuples européens devait être implacable et, manifestement, elle l’a été au-delà de tout attente de ceux d’en haut qui nous gouvernent.

Cependant, en ces temps de guerre sociale déclarée, de telles leçons doivent être répétées à l’infini et continuellement renouvelées. D’où la « mode » de nos gouvernements européens de contourner, ou plutôt d’ignorer systématiquement les parlements, de gouverner par ordonnances sans même chercher à sauver les apparences. En somme, de bafouer ce qui reste de « leur » démocratie parlementaire moribonde…

Mais, pour nos gouvernants, il ne s’agit pas seulement de gouverner par ordonnances. L’entreprise de démolition du système parlementaire (bourgeois) exige de le rendre aussi inopérant, inutile et même ridicule que possible aux yeux de nos sociétés. D’où, par exemple, l’ « exploit » surhumain des 152 ou 153 députés de la majorité parlementaire grecque qui votent toujours « comme un bloc » en faveur des projets de lois de 1 000 ou 1 200 pages… qu’ils ont lus, compris et approuvés dans la seule nuit précédant le vote ! L’apothéose de la démocratie (bourgeoise) dans toute sa splendeur décadente…

Ceci étant dit, rien n’illustre mieux ce déni néolibéral de démocratie que le sort que nos gouvernants réservent habituellement au désir (bien légitime) de leurs sujets de connaître en profondeur ce qu’est et en quoi consiste la source de leurs malheurs, la tristement célèbre dette publique de leurs pays. Nous voici donc devant le désir populaire d’auditer cette dette publique qui nous accable, réalisé - dans le cas grec - par la très sérieuse Commission pour la Vérité instituée à l’initiative de celle qui était alors la présidente du Parlement grec.

Comme il s’agissait d’une première européenne et la contagion se profilait à tout instant à l’horizon, ce sacrilège impardonnable, cette tentative de « pénétrer dans la zone interdite, dans le saint des saints du système capitaliste, là où, par définition, n’est toléré aucun intrus ! » |2|, méritait toute la sévérité des gouvernants grecs et européens. Et la suite des événements a confirmé les pires craintes. Non content d’ignorer les conclusions des travaux de cette commission indépendante, internationale et tout à fait respectable, le gouvernement Tsipras, tous les partis parlementaires, les grands médias et évidemment leurs patrons européens, ont fait du zèle quand il s’agissait de la calomnier et même de la ridiculiser. Et pour compléter le tableau, le nouveau président du Parlement grec procédait à la dissolution de la Commission, allant même jusqu’à saisir ses locaux et ses archives ! Et, comble de l’acharnement, il effaçait toute trace de son existence des registres de la chaîne parlementaire. L’intrus non seulement n’avait pas été toléré, mais il avait aussi été châtié de façon exemplaire pour que la Commission d’audit grecque ne fasse pas d’émules…

Après cette litanie d’horreurs antidémocratiques, on serait en droit de se demander le pourquoi de cet extraordinaire acharnement antidémocratique, à première vue inexplicable. Ce n’est pas alors un hasard que la réponse la plus autorisée nous vienne de l’intérieur du saint des saints de l’Union européenne, du cœur même de la Commission, de la baronne, dirigeante des Travaillistes britanniques et – surtout – « Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » Catherine Ashton ! Dans le rapport du très officiel Institut d’Études de Sécurité de l’Union Européenne, daté de 2010 et intitulé « Quelle défense européenne en 2020 ? », dont notre bonne baronne Ashton – qui était alors n° 2 de l’Union européenne - avait écrit la longue introduction, nous lisons que la mission de l’UE est de… « Protéger les riches du monde contre les tensions et les problèmes des pauvres. Puisque la proportion de la population mondiale vivant dans la misère et la frustration continuera d’être très élevée, et les tensions entre ce monde et le monde des riches continueront de s’accentuer, avec les conséquences que cela suppose. »

La conclusion n’est pas difficile et même plutôt évidente : quand les plus haut dirigeants de l’UE, son président de la Commission et son ministre des affaires étrangères et de la défense, font preuve d’un tel cynisme, avouant publiquement et sans mâcher leurs mots, que l’UE se fout éperdument de la démocratie parce qu’elle se soucie en toute priorité de protéger les riches de la colère des pauvres, alors personne ne peut dire qu’on n’a pas été prévenu. Quand ceux d’en haut déclarent la guerre sociale à ceux d’en bas, la démocratie devient inexorablement un luxe réservée à l’oligarchie… mais aussi un cri de guerre des opprimés.

 

Cet article a été commandé et publié par l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB)

Notes

|1| Interview de Y.Varoufakis aux médias australiens (13 juillet 2015)

|2| Voir le texte « Face à la dette : l’appétit vient en auditant »

 

 

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

 

 

Source : http://www.cadtm.org

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 17:27

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

La révolte des esclaves modernes dans les campagnes

29 décembre 2016 par Marc Ducassé , François Favre

 

 

Les ouvriers de la cave viticole Robertson Winery (RW) on fait une grève pendant quatorze semaines pour un salaire minimum. Récit.

 

Roberston est une petite bourgade sud-africaine située dans la vallée de la Breerivier à deux heures de route du Cap. Elle est surnommée la vallée du vin et des roses et la viticulture y joue un rôle économique important. 61 % des 28 000 habitants sont « coloured » pour reprendre la terminologie sud-africaine, 23 % sont des Africains noirs et 15 % sont blancs. Inutile de préciser que les gens « de couleur » n’habitent pas le joli centre-ville édouardien mais les « townships » aux abords de la ville.

 

Les ouvriers de la cave viticole Robertson Winery (RW) sont restés en grève pendant quatorze semaines. Alors que l’Afrique du Sud est secouée par des mouvements sociaux d’ampleur contre l’ANC et le Président Zuma dont la popularité ne fait que chuter, la lutte à RW est emblématique des conditions de travail des ouvriers dans les zones rurales.

 

Pour essayer de comprendre la situation, nous avons interviewé un militante et un militant que nous avions rencontrés en 2015 et qui nous avaient fait constater les conditions de travail et de vie extrêmement dures des travailleurs agricoles et des ouvriers de l’agroalimentaire. Mercia Andrews, membre de Democratic Left Front |1|, consacre son énergie à défendre les travailleurs agricoles, les droits des femmes et l’accès à la terre, et Deneco Dube, syndicaliste de CSAAWU |2|, travaille à RW.

 

Depuis leur syndicalisation très récente, les ouvriers de RW ont discuté de leurs conditions de travail et de leurs rémunérations. Les inégalités et la faiblesse des salaires ont été l’élément déclencheur de la grève. Dès le moment de leur embauche, les travailleurs noirs (et Mercia Andrews explique que par « noirs » elle entend tous ceux qui, historiquement, ont été opprimés) sont discriminés et sont traités d’une manière qui n’est pas loin de l’esclavage. Cette lutte ne se limite donc pas à demander une augmentation de salaire, mais elle dénonce le fait que les travailleurs ne sont pas mieux traités que lors de l’apartheid.

 

À l’embauche, Deneco Dube nous explique que les jeunes de 19-20 ans sont sélectionnés à l’aide de détecteurs de mensonge. De nombreuses entreprises sud-africaines utilisent ce procédé ignoble venu des États-Unis, mais seuls les noirs y sont soumis, ce qui sous-entend que les noirs sont des menteurs alors que les blancs, eux, ne sauraient mentir… Les salariés noirs sont alors ghettoïsés dans une unité de négociation et représentés par leur syndicat. Les cadres, tous blancs, ne peuvent pas être syndiqués et négocient directement avec leur direction, ce qui est illégal mais il s’agit avant tout pour la direction de s’assurer que CSAAWU ne soit pas un interlocuteur pour les salariés blancs.

 

Le salaire de base à RW est de 3 200 rands (approximativement 200 €) par mois, quelques ouvriers plus qualifiés comme les conducteurs d’engin et les mécaniciens sont un peu mieux payés. Mais tous les ouvriers ne sont pas à la même enseigne : ainsi un mécanicien noir avec 15 ans d’expérience peut prétendre à 8 500 R (± 550 €) alors qu’un mécanicien blanc sans expérience touche, lui, 18 000-19 000 R (± 1 200 €) avec une charge de travail moins élevée.

 

Les horaires de travail, de 8 h 30 à 17 h 30, ne reflètent pas la réalité car les ouvriers doivent pointer trois fois avant d’arriver sur leur poste de travail : une fois dehors quel que soit le temps, une fois avant le vestiaire et une troisième fois avant l’atelier. Avec plus de 200 ouvriers, les queues sont longues et il faut donc rajouter une heure le matin et une heure le soir. Ces heures ne sont pas payées et les ouvriers n’ont droit qu’à vingt minutes de pause en tout dans la journée (pause-pipi, repas, clope), un dépassement d’une seconde donne lieu à un avertissement écrit et à une retenue sur salaire. Mais surtout, seuls les noirs doivent pointer, et la colère de Deneco Dube quand nous le questionnons sur la légalité de ce système est patente : « Non, ce n’est pas légal, et je ne comprends pas que le ministère du Travail tolère ces discriminations, celles-ci devraient être notées dans ses rapports, même les audits sur les inégalités que les entreprises transmettent annuellement au ministère montrent que les ouvriers noirs sont beaucoup moins payés que les ouvriers blancs, sans même parler des discriminations que subissent les femmes. »

 

Les entreprises ont dû abandonner le système par lequel elles payaient en partie leurs salariés en nature avec du vin. Mais comme Mercia Andrews nous l’explique : « Certes ce système n’est plus légal, mais ses effets délétères n’ont pas cessé. Dans beaucoup de secteurs où nous intervenons, la consommation d’alcool est très élevée et de nombreux ouvriers sont complètement dépendants. Les patrons ne paient plus avec du vin, mais ils vendent directement aux ouvriers de l’alcool de mauvaise qualité. Pour nous, combattre l’alcoolisme est une cause majeure car plus les gens sont dépendants à l’alcool plus il leur est difficile de combattre l’oppression et l’exploitation qu’ils subissent. »

 

Face à la détermination des grévistes, nous nous interrogeons sur la réponse de l’industrie viticole. Mercia Andrews : « C’est une activité très bien organisée, les patrons se sont regroupés dans une organisation patronale, VinPro, et c’est en son sein que sont décidées les politiques salariales de toutes les entreprises. Cette année ils ont décidé de ne pas dépasser 8 % d’augmentation, et il n’est donc pas question pour eux que RW cède aux pressions des grévistes qui voudraient voir le salaire de base passer à 8 500 R, car tous les ouvriers du secteur pourraient alors prétendre à la même augmentation. »

 

Pour CSAAWU, il est primordial de ne pas limiter la lutte aux 227 ouvriers de RW mais de l’étendre en amont, dans les vignobles qui fournissent la distillerie en vin brut, et en aval, chez les distributeurs mais aussi transversalement dans les autres distilleries. Bien que CSAAWU représente 80 % des travailleurs, la lutte est rude et les risques élevés. Mercia Andrews : « La direction a essayé de faire interdire la grève, puis elle a voulu dicter au syndicat et aux ouvriers comment ils pouvaient se battre, elle a menacé les leaders de prison et CSAAWU d’une amende de 500 000 R s’ils gênaient les camions ou les briseurs de grève qu’elle a recrutés. »

 

Face à un rapport de forces très défavorable, les grévistes ont essayé d’élargir leurs soutiens que ce soit dans la société civile en Afrique du Sud ou à l’international. DLF et ses membres se sont très impliqués dès le début, et leur rôle est central dans cette lutte. Les « red brigades » |3| ont aussi affiché leur soutien et ont invité les travailleurs au Parlement du Cap occidental où ils ont lu une déclaration condamnant les employeurs. Quant à l’attitude de l’ANC, la réponse de Mercia est cinglante : « Rien ! ». Ce qui confirme combien les préoccupations des dirigeants de l’ANC sont maintenant éloignées de celles du peuple sud-africain. Des collectes d’argent et de nourriture ont été organisées par d’autres syndicats ou des groupes comme les étudiants de l’université du Cap. Des syndicats nord-européens sont aussi impliqués particulièrement en Suède et Norvège où les vins de RW sont commercialisés. Les grévistes ont en effet décidé de réactiver un mode de lutte utilisé pour faire tomber l’apartheid, le boycott des produits de RW. Une page Facebook a été ouverte à cet effet.

 

Pour Deneco Dube, dont c’est la deuxième grève après le soulèvement des ouvriers agricoles en 2012, l’aide internationale est essentielle car les grévistes ne pourront pas tenir indéfiniment sans paie, et le boycott est le meilleur moyen pour mettre la pression sur la direction. « Pour nous, le vin de RW est un vin de sang, c’est notre sang qui produit ce vin, et nous n’en tirons aucun profit, nous sommes payés comme des esclaves alors que le patronat s’enrichit de plus en plus. Boire ce vin aujourd’hui, c’est boire notre sang. »

 

À la douzième semaine, alors que les grévistes avaient accepté la proposition patronale d’une hausse des bas salaires de 400 R, approximativement 12,5 %, la direction a refusé d’inclure une clause de « paix » par laquelle elle se serait engagée à ne pas procéder à des licenciements, les négociations sont interrompues. Il ne faisait aucun doute que l’entreprise voulait casser la confiance des travailleurs et détruire leur syndicat. CSAAWU a donc renouvelé son appel à la solidarité internationale pour continuer et intensifier le boycott de tous les produits de RW et à protester directement auprès de la société et par tout autre moyen.

 

Les travailleurs de Robertson ont refusé de céder à la peur et aux menaces des employeurs et tenu bon. À la quatorzième semaine, ils ont décidé d’arrêter la grève et de signer un accord avec la direction.

 

L’accord comprend une augmentation des salaires de 8 % ou d’un forfait de 400 R par mois selon ce qui est le plus avantageux. Cette augmentation sera de plus rétroactive au 8 août dernier. En outre, il sera payé une prime annuelle équivalente à un mois de salaire, payable au 15 novembre. Surtout et cela était très important, les menaces de sanction à l’encontre de 16 des « meneurs » ont été définitivement levées.

 

Si les grévistes sont loin d’avoir obtenu les augmentations de salaires qu’ils souhaitaient initialement, ils ont obtenu de grandes victoires sur pas mal de points. On peut même dire que l’industrie viticole ne sera plus jamais la même. Le gouvernement a dû se résoudre à examiner les conditions d’esclavage qui existent dans les exploitations agricoles et l’industrie viticole. Les travailleurs et travailleuses des caves viticoles de ce pays vont ainsi pouvoir s’inspirer des succès que les travailleurs de Robertson ont obtenus. Ils vont tous y trouver un encouragement à se battre pour leur camp social et se défaire des mêmes conditions que ceux de Robertson ont eu à subir.

 

Le syndicat CSAAWU sort grandement renforcé de ce conflit et de son issue victorieuse, il va, on peut l’espérer, montrer la voie à suivre pour les travailleurs des campagnes sud-africaines qui souffrent tout autant que ceux des zones urbaines sinon plus à cause de leur isolement. C’est aussi une leçon pour nous tous à l’heure où l’Europe et le monde s’engagent dans les nationalismes nauséabonds. Plus que jamais il est clair que la lutte doit aussi encore et toujours se conduire dans la solidarité internationale.

 

Source : Inprecor

 

Notes

|1| Democratic Left Front (DLF, Front de la gauche démocratique) est un mouvement qui s’est formé en 2008. Il regroupe des militants qui avaient fait partie de la direction du Parti communiste ou qui venaient de différents courants et mouvements populaires de la gauche indépendante sud-africaine. DLF participe au regroupement en cours à gauche avec comme ligne de mire le Projet d’un mouvement pour le socialisme. Il est aussi lié au regroupement du mouvement syndical indépendant de l’ANC.

|2| CSAAWU : Commercial, Stevedoring, Agricultural and Allied Workers Union (Syndicat des travailleurs du commerce, de l’agriculture, des dockers et affiliés).

|3| Les « red brigades » (brigades rouges) est le nom donné aux militants activistes du parti de gauche Economic Freedom Fighters (Combattants pour la liberté économique, EFF), formé en 2013 par d’anciens membres de l’ANC et dirigé par Julius Malema.

 

Marc Ducassé

formateur et syndicaliste retraité, militant du NPA, France

François Favre

agriculteur et syndicaliste, membre de la Confédération paysanne, militant du NPA, France

 

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 17:13

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

Info Marianne

Présidentielle : comment Hugues Aufray se fait instrumentaliser par un groupuscule d'extrême droite

 

 

Une collecte de parrainages s'organise actuellement pour promouvoir la candidature d'Hugues Aufray à l'élection présidentielle de 2017, avec l'aval du chanteur. Ce qu'il affirme ignorer, en revanche, c'est que derrière ce projet se cache un groupuscule d'extrême droite, dirigé par un obsédé du coup d'Etat militaire...

L'affaire, rocambolesque à souhait, pourrait tout aussi bien garnir les pages culture des gazettes que des encarts réservés à la politique ou aux faits divers. On y croise pêle-mêle un chanteur populaire de 87 ans, un putschiste d'extrême droite, des activistes d'extrême gauche et des maires de petites communes. Le tout sur fond d'élection présidentielle en 2017.

L'information a été ébruitée le 29 décembre dernier : le quotidien Sud-Ouest révèle que le chanteur Hugues Aufray "se démène" pour se présenter à la présidentielle de 2017. Dans cette optique, on apprend qu'il fait distribuer dans de nombreuses mairies, notamment dans le sud-ouest, un journal de candidat. Depuis, l'auteur de  fait le tour des médias pour réfuter tout acte de candidature... tout en reconnaissant qu'une collecte de signatures s'organise.

 

Le hic, c'est que le chanteur a oublié de vérifier l'identité de ses supporters. Joint par Marianne, Hugues Aufray raconte avoir été contacté au printemps dernier par un mystérieux groupe, "le Cercle des gens de peu" :

"Ils m'ont envoyé une belle lettre, courtoise, signée d'un certain Rodolphe. Elle était accompagnée d'un livret de 40 pages, présentant le 'Mouvement Santiano', censé porter ma candidature à la présidentielle. Le nom 'Cercle des gens de peu' m'a touché, alors j'ai rappelé Rodolphe. On a convenu de se rencontrer, à Marnes-la-Coquette, vers chez moi. Ils sont venus à six. J'ai bien sûr refusé d'être candidat mais ils m'ont dit qu'ils s'occuperaient de récolter les signatures eux-mêmes. Je leur ai donné mon accord".

Ce que le Cercle des gens de peu a soigneusement caché à Hugues Aufray, c'est que leur organisation est… le faux nez d'un groupuscule d'extrême droite ouvertement raciste et islamophobe, favorable à un coup d'Etat fasciste en France : le Lys noir. Différents documents publiés par ce petit groupe, que Marianne a pu consulter, font état de cette double appellation :

 

 

 

Projet de coup d'Etat en 2013

Son fondateur et cerveau n'est autre que Rodolphe Crevelle, 61 ans, celui-là même qui a écrit à Hugues Aufray. Militant royaliste et nationaliste, l'homme est proche de l'activiste d'extrême droite Serge Ayoub et implanté dans le Languedoc. Ses états de service ? Une trentaine d'années de militantisme dans les milieux radicaux violents, quelques années de prison pour braquages, des tentatives de coups d'Etat complètement ratées en Andorre et dans le Val d'Aoste italien dans les années 1990 et un appel au coup de force militaire en 2013, dans le sillage de la Manif pour Tous, qui a inquiété jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste des milieux d'extrême-droite décrit le personnage comme "un agitateur qui fantasme depuis trente ans sur un coup d'Etat militaire en France, sans en avoir les moyens". Selon nos informations, l'homme est suivi de près par les services de renseignement français.

Un CV gratiné qu'Hugues Aufray affirme à Marianne ignorer dans les grandes largeurs. "Ils m'ont juste dit qu'ils étaient monarchistes, affirme le chanteur. Ça ne me choquait pas, puisque j'ai un jour proposé de mettre la fleur de lys sur le drapeau français. Pour le reste, je leur ai fait confiance, je n'ai pas voulu faire une enquête sur eux." Le Lys noir est effectivement partisan d'un retour à la royauté, mais pas seulement. Dans son journal, auquel Marianne a eu accès, le groupuscule prône, entre autres, la partition de la France entre territoire réservés aux "blancs" et territoires réservés à ceux que l'organisation nomme les "bougnoules", l'interdiction du mariage homosexuel et la gay pride, au nom de la lutte contre les "mutants", ou encore l'interdiction du sport professionnel et de la télévision privée.

 
 

 

Miltants du mouvement de Mélenchon

Là encore, Hugues Aufray dit tomber des nues : "Si c'est vrai, ils m'ont trompé. Je ne suis pas d'accord avec ces choses. Nous n'en avons jamais parlé ensemble." Le chanteur se refuse pourtant à jeter l'opprobre sur l'ensemble de ses supporters. "Je crois qu'il y a aussi des gens vraiment d'extrême gauche dans mes soutiens", pointe-t-il. Ce qui s'avère exact. L'artiste explique à Marianne avoir rencontré Rodolphe Crevelle à trois reprises, notamment le 11 juillet à Notre-Dame-des-Landes. Ce jour-là, l'obsédé du putsch convainc un petit groupe d'une vingtaine de personnes de l'aider à récolter les parrainages pour Hugues Aufray. Parmi eux, plusieurs militants… de la France insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Ces quelque dix militants sont dirigés par Pierre Blondeau, 63 ans, un ancien parachutiste.

Ce buraliste de Saint-Pons-de-Thomières (Hérault) est lui aussi un personnage haut en couleurs. Il tient depuis une dizaine d'années un local associatif dans sa ville, la Cigale. Activiste d'extrême gauche revendiqué, cet ancien militant a été soupçonné en 2009 de fomenter un projet terroriste, avant d'être innocenté. Il a récemment été investi candidat de la France insoumise aux législatives de 2017. Contacté par Marianne, il confirme œuvrer à la candidature d'Hugues Aufray, mais est visiblement mal à l'aise avec le nom de Rodolphe Crevelle. Il affirme qu'un certain "Marc Dorcet" est derrière la candidature Aufray. "C'est Marc Dorcet qui m'a présenté Hugues Aufray à Notre-Dame-des-Landes", précise le commerçant.

Marc Dorcet, soit… un des nombreux alias de Rodolphe Crevelle. Quand on le lui fait remarquer, Pierre Blondeau feint l'incrédulité… avant d'avouer au bout de quelques minutes : "Oui, c'est bien son pseudo. Je ne vous le disais pas parce que je me demandais si vous n'étiez pas de la police". Le buraliste raconte être ami depuis plusieurs années avec l'agitateur d'extrême droite, voisin de quelques kilomètres, qu'il décrit comme "un fou furieux mais brillant". Lorsque son ami lui a fait part de son projet "Aufray 2017", Pierre Blondeau y a vu une opportunité de "mettre fin à la Cinquième République".

 

"Aufray s'est dégonflé"

S'il dit ne pas croire au coup d'Etat militaire rêvé par Crevelle, le commerçant n'est pas offusqué par les idées d'extrême droite de son ami : "On n'est pas sectaires dans le coin". Il assume par ailleurs être un "révolutionnaire", intéressé par un "coup d'Etat du peuple".

Dans la plaquette de candidat transmise aux maires,  il est effectivement question de convoquer des Etats généraux, puis de mettre fin à la République pour faire élire les représentants nationaux par tirage au sort. "Hugues Aufray élu, ce serait le pouvoir au peuple", affirme Pierre Blondeau, qui raconte avoir été "vexé" par le refus de l'artiste d'assumer cette candidature. "Il s'est dégonflé, c'est peu élégant de sa part", explique l'ancien militaire, qui certifie que le compositeur-interprète était "enthousiaste" à l'idée de se présenter en 2017. "Il s'est déplacé dans des mairies de région parisienne pour présenter le projet", assure ce militant. Ce qu'Hugues Aufray nie en bloc.

 

"Simultanéisme"

Si cette association de circonstance entre l'extrême gauche et l'extrême droite ne manque pas d'étonner, Crevelle l'a récemment théorisée dans ses publications sous le nom de "simultanéisme". Au moment de la Cop21, en décembre 2015, le Lys noir a déjà tenté de se faire passer pour un mouvement anarchiste de gauche afin de susciter l'adhésion autour de son projet de toujours : renverser la République. Sans grand succès.

A ce titre, la personne consensuelle d'Hugues Aufray a pu servir d'appât pour la réalisation de cette stratégie. Un spécialiste du financement de l'extrême droite radicale pointe lui les "besoins d'argent fréquents de ce type de militants". "Ils ont pu vouloir escroquer quelques milliers d'euros à un vieux monsieur de 87 ans", estime cet expert. Le chanteur réfute quant à lui avoir versé la moindre somme d'argent au Cercle des gens de peu.

Aucunement atteint par cette affaire improbable, l'artiste cherche à positiver, en évoquant plusieurs de ses idées politiques, comme le don du sang obligatoire ou la production d'éthanol à base de topinambour. "Tout cela me permet au moins de mettre en avant des propositions dont personne ne parle", veut-il croire. Au point d'accepter une alliance contre-nature avec des fadas du coup d'Etat ? Invité de RMC ce mardi , après avoir été informé de ces différents élements, le chanteur ne s'est en tout cas aucunement dissocié de ceux qu'il nomme toujours "les gens de peu".

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 17:02

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Primaire à gauche

Hamon, Valls, Montebourg, Peillon... qui dit quoi sur le revenu universel ?

 

 

 

Les quatre principaux candidats à la primaire de la gauche se divisent sur un sujet bien précis : le versement d'un éventuel revenu universel à tous les Français.

 

 
Benoît Hamon est parvenu à imposer le thème du revenu universel dans la campagne à gauche. - SIPA

Il est parvenu à incarner une thématique forte lors de cette primaire à gauche : l'un des sept prétendants, Benoît Hamon, porte l'instauration d'un revenu universel, obligeant les autres candidats à se positionner sur cette question. Manuel Valls le premier a dû évoluer sur le sujet afin de se démarquer de son conccurent : lui qui utilisait également le terme de "revenu universel" , a changé de sémantique ce 3 janvier lors de la présention de son programme. Il évoque désormais un "revenu décent" différent de celui de Benoît Hamon. Il faut dire que le sien n'a absolument rien d'universel... A côté, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon ne veulent pas en entendre parler. Tour d'horizon de leurs points de vue.

 

 

 Hamon et son "revenu universel d'existence" à 750 euros

Celui qui souhaite "refonder notre rapport au travail et au temps libre" avec un "travail choisi et non subi", "en finir avec la précarité et doner la possibilité à tous de s'émanciper et de s'engager librement dans l'activité qui répond à ses aspirations", celui qui veut également passer aux 32 heures, propose l'instauration d'un revenu universel d'existence en trois temps, comme décrit ainsi dans son :

 

"Dès 2017, le RSA sera augmenté de 10% à hauteur de 600€. Il sera versé automatiquement à tous les ayant-droits ainsi qu’à tous les jeunes de 18 à 25 ans quel que soit leur niveau de ressources. Ce revenu sera ensuite étendu à l’ensemble de la population. A terme, il atteindra la somme de 750 euros.​"

Hamon convient que cette "révolution" ne pourrait pas se mettre en place du jour au lendemain. Le 2 janvier sur , il expliquait encore : "Ça n’est pas une mesure qui, par ordonnance, fera en sorte qu’en 2018 tout le monde ait le revenu universel du jour au lendemain. Evidemment, ça n’est pas possible à ces conditions-là."

 

 

 Valls dégaine le "revenu décent"

La logique de ce revenu n'est pas le même. Manuel Valls ne veut pas revoir "notre rapport au travail et au temps libre" mais constate que "le monde évolue à toute vitesse, avec des carrières plus mobiles" et "le recul du salariat au profit du travail indépendant". S'il souhaite mettre en place "un revenu décent", c'est pour "accompagner les ruptures, les transitions". Que les individus soient plus libres d'avoir une vie professionnelle remplie de changements. Son revenu de base ne sera pas universel mais sera distribué "sous conditions de ressources". Il remplace les aides sociales déjà existantes, comme expliqué dans son  :

"Les minima sociaux, outils de la solidarité nationale, sont aujourd’hui nombreux, complexes, difficilement lisibles. C’est une source d’inégalités supplémentaire dont pâtissent les plus modestes. Créer un revenu décent issu de la fusion de minimas sociaux qui sera attribué, sous conditions de ressources, à toute personne âgée de plus de 18 ans résidant régulièrement sur le territoire national.

L’accès devra être aussi simple et légitime que de bénéficier d’allocations familiales lorsqu’on a des enfants ou du remboursement de ses soins lorsqu’on est malade." 

 

 Montebourg et le "travail fier"

Pas de revenu décent ou d'existence pour Montebourg. L'ancien ministre du Redressement productif préfère citer Victor Hugo ce 3 janvier au matin sur RTL :
"Je suis un petit peu comme Victor Hugo lorsqu’il exaltait le travail fier. Je crois à la société du travail car c’est l’outil de dignité du citoyen."

S'il ne souhaite pas complètement s'opposer à Benoît Hamon - "il y a des éléments positifs dans ce qu'il propose" - Montebourg juge irréaliste l'idée d'un revenu universel, qu'il décrit volontairement comme "un état social à côté de celui qui existe déjà" et non comme un modèle de substitution :

"Je dirais que c’est une solution pour après-demain car elle est infaisable. Si vous décidez de verser un revenu universel pour tout le monde, de 700 et quelques euros, ça coûte l’équivalent de la totalité du budget de l’Etat. On va pas créer avec 35 points de CSG de prélèvements supplémentaires un état social à côté de celui qui existe déjà, cela me parait irréalisable."

 

Surtout, Arnaud Montebourg juge que le revenu d'existence n'est pas, à ses yeux, "un modèle de société".

 

 

 Peillon "philosophiquement opposé" au revenu universel

A la manière d'un Montebourg, Vincent Peillon, entré le plus tardivement en campagne, évoque la "dignité du travail" pour expliquer son refus d'un tel revenu de base. Invité sur BFMTV le 2 janvier, il développe :
"Je crois à la dignité par le travail et dans le travail. Je veux une solidarité qui inclut, pas qui exclut: 'je te donne de l'argent et tu restes chez toi."
"Philosophiquement opposé" à cette mesure, il considère également que son coût - chiffré à quelque 300 milliards d'euros par Benoît Hamon - le rend "impraticable". Lui se distingue davantage de ses camarades en promettant de ramener le déficit public à 1,5% du PIB d'ici à 2022. On comprend mieux son opposition au versement d'un tel revenu.

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:46

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Spoliation de nos données : ce que la gauche pourrait proposer

 

 

Le chercheur biélorusse Evgeny Morozov propose une alternative de gauche à l’exploitation des données numériques.

 

Initialement publié sur 

 

 

 

Mi-décembre, le chercheur biélorusse Evgueny Morozov publiait sur son blog hébergé par le Monde diplomatique un article qui a le grand mérite d’enjoindre la gauche à réfléchir.

Morozov part d’un constat partagé. Cinq entreprises américaines ont aujourd’hui « extrait, traité et digéré une grande partie des données mondiales » (Amazon, Google, Microsoft, Facebook et IBM).

 

Evgeny Morozov, en septembre 2016, en Italie

Evgeny Morozov, en septembre 2016, en Italie - Leonardo Cendamo/Leemage

Grâce à nos données, ces entreprises ont développé un savoir hors du commun en Intelligence artificielle et une quasi mainmise sur le monde numérique. Et Morozov de faire l’analogie suivante :

« Imaginez que la surface de la terre soit soudain devenue la propriété [...] de cinq gros bonnets du BTP, et que nous autres humains soyons obligés de payer un droit d’utilisation chaque fois que nous posons un pied au sol. »

Ce serait insupportable, c’est pourtant la condition de notre vie numérique. La question est donc : comment réagir ? Comment trouver une réponse équivalent à ce que fut la taxe foncière, dont l’invention vint contrecarrer l’accaparement des terres par une élite aristocratique et financière ?

Morozov distingue deux stratégies.

 

Limiter la taille de ces entreprises

La première, c’est la création d’un modèle alternatif. Par exemple, les chauffeurs d’une ville qui vont s’organiser en coopérative pour contrer Uber. C’est sans doute beaucoup mieux pour les conditions de travail, mais ça ne peut être qu’une solution locale et à court terme.

Aucune coopérative de chauffeurs n’aura les fonds suffisants, et la quantité de données suffisante, pour développer des voitures autonomes par exemple.

L’autre solution est celle prônée par les populistes de gauche du type Bernie Sanders. Elle consiste à limiter la taille de ces géants économiques, pour éviter qu’ils étendent leur mainmise sur trop de secteurs. Mais, au dire de Morozov - et on ne saurait lui donner tort sur ce point -, c’est ne pas comprendre la particularité de cette ressource qu’est la donnée. Et il fait encore une analogie signifiante : à l’inverse du pétrole, qui ne prend pas de valeur quand on augmente les stocks, plus on a de données, plus on peut les analyser finement, plus on est à même de développer des services performants et bon marché.

Limiter la taille des entreprises, garantir la concurrence ne sont plus les conditions d’une politique plus juste.

 

Les données dans le domaine public

Morozov propose donc une autre voie. Ce qu’il faut, dit-il, c’est faire des données un bien qui relève du domaine public. Il faudrait donc inverser le paradigme. Au lieu que ce soit nous qui devions payer pour utiliser des services qui fonctionnent grâce aux données que nous avons fournies gratuitement, nous devrions faire payer les entreprises qui utilisent ces données qui sont notre bien commun (libre ensuite à ces entreprises de nous vendre leurs services si elles le veulent).

Morozov considère cette voie comme le ferment d’un nouveau populisme de gauche, un populisme qui ne prône plus le retour illusoire au plein emploi, un populisme qui n’ait plus la nostalgie d’un « Etat providence hautement interventionniste ».

Un populisme qui ne promette pas seulement ce que nous avons aujourd’hui en un peu amélioré, mais un populisme qui ose affirmer que les données appartiennent au peuple. Il invite donc le camp progressiste à se saisir de cette question, dont il estime qu’elle est un boulevard pour la gauche, la droite n’ayant de rien de nouveau à proposer sur ces questions (du simple fait que l’on vit dans un régime de la donnée de droite).

 

Populisme

Je sais bien que cette question des données peut sembler secondaire par rapport à bien des questions qu’affrontent nos sociétés, et qui divisent la gauche aujourd’hui. Néanmoins, je trouve l’idée de Morozov à creuser (tout comme il faudrait sans doute déterrer le rapport Colin et Collin sur la fiscalité numérique qui contenait des aspects intéressants au sujet de l’exploitation des données).

Parce que les mutations que le numérique fait subir à l’économie apparaissent soudain plus seulement comme des fatalités qui ne font que creuser inéluctablement les inégalités, mais comme l’occasion de penser des politiques économiques qui soient vraiment de gauche.

Reste l’emploi que fait Morozov du mot « populisme », qui peut paraître un peu étrange dans ce contexte. Mon hypothèse est que Morozov l’emploie pour ne pas employer le mot « communisme », un peu trop marqué historiquement, et que ce « populisme » auquel il se réfère n’est pas celui qui flatte le peuple, mais celui qui voit d’abord les intérêts du peuple.

Et il n’est pas faux de considérer aujourd’hui que toutes ces données que nous fournissons aux géants de l’économie numérique par le moindre de nos actes numériques (tout simplement, par exemple en nous déplaçant avec un téléphone géolocalisé), et qui nous sont revendues ensuite sous la forme de services divers, constitue une des spoliations du bien du peuple la plus spectaculaire de l’Histoire.

Retrouvez les podcasts de l’émission via iTunes ou en RSS.

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:32

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

Pas de pause pour les attaques du capital

Des mesures de la Loi Travail sont entrées en application ce 1er janvier

Publié le 2 janvier 2017

 

 

Dimanche 1er janvier rentraient en vigueur de nombreux éléments de la fameuse “Loi Travail”, ayant mobilisé des centaines de milliers de personnes pendant plus de 5 mois. Quelles en sont les conséquences ?

Dylan Leonard

Tout d’abord, la “Loi Travail” signe la fin des 35 heures puisque cette dernière met en avant l’accord d’entreprise sur l’accord de branche. Cela signifie que si un accord majoritaire est trouvé au sein d’une entreprise, celui ci primera sur l’accord de branche. De plus, bien que la durée légale de travail reste techniquement à 35 heures, sur simple accord d’entreprise, ce temps pourra être de 46 heures par semaine pendant 12 semaines, contre 44 avant l’application de cette loi. Pour ce qui est de la majoration des heures supplémentaires, elles est elle aussi fixée par accord d’entreprise (qui prévaut donc, de fait, sur l’accord de branche) et pourra passer de 25 à 10% minimum. En matière de congés payés, si aucun accord d’entreprise n’est trouvé entre les différents acteurs (doit-on cependant rappeler qu’une relation employeur/employé implique, de fait, une relation ou le salarié se trouve de toute façon subordonné ?) alors l’employé se verra contraint de prendre ses congés entre le 1er mai et le 31 octobre.

Autre élément tendancieux mis en place avec cette loi, la médecine du travail se voit vidée de sa substance. Désormais, la visite médicale à l’embauche disparaît pour laisser place à un “suivi individuel du salarié” qui n’aura pas pour but de vérifier l’aptitude du salarié vis-à-vis de son activité, mais qui l’informera des risques inhérents à son emploi. De plus, cela ne sera pas obligatoirement effectué par un médecin du travail, mais par un “professionnel de la santé”.

Il ne s’agit ici que de quelques exemples, non exhaustifs, mais qui permettent de dresser un portrait d’une loi combattue et refusée par une immense majorité de la population - lors des nombreux mois de mobilisation, les sondages annonçaient que plus de 70 % de la population ne voulait pas de cette loi. Pourtant, la réforme qui faisait alors le plus grand bruit et était le plus souvent relayée par les médias traditionnels n’est pas un des exemples ci-dessus, mais concerne l’article 55 du projet de loi : “Le droit à la déconnexion”, qui vise à rendre moins floue la frontière entre la vie privée du salarié et sa vie au sein de son entreprise. Si, sur le papier, cette réforme semble être une avancée pour les droits des travailleurs, il n’en reste pas moins qu’elle ne contrebalance en aucun cas les mesures liberticides et scandaleuses qui font le gros de ce texte, un texte adopté à coups de 49.3 contre l’avis même de la population qui le subit.

Lorsque l’on sait que, dorénavant, Manuel Valls, candidat à la primaire de la gauche, souhaite « Supprimer purement et simplement le 49.3 » après l’avoir utilisé à de multiples reprises pendant la mobilisation contre la Loi Travail et après avoir parlé de « prises d’otages » vis-à-vis des syndicalistes en grève reconductible, il semble évident que, plus que jamais, nous devons lutter pour nos droits et nos acquis sociaux avant qu’ils ne soient détruits et donnés en pâture à un capitalisme toujours plus meurtrier.

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 16:00

 

 

*Note perso:

Analyse pertinente, "NuitDeboutNîmes" continue mais il faut le reconnaître, après l'engouement des premiers mois, le mouvement est beaucoup plus modeste aujourd'hui. S'inventer c'est aussi accepter les maladresses et apprendre de nos erreurs. Ce n'est pas tant le mouvement "NuitDebout" qui a son importance mais bien les idées qu'il draine et qui, elles subsistent !

 

 

 

Source : http://bibliobs.nouvelobs.com

 

 

Pourquoi Nuit debout n’a pas tenu ses promesses : le récit inédit de Patrice Maniglier

 

 

Pourquoi Nuit debout n’a pas tenu ses promesses : le récit inédit de Patrice Maniglier

 

Au printemps dernier, place de la République, le philosophe a participé activement à la commission qui tentait d’organiser les débats. Dans ce texte, écrit pour "les Temps Modernes", il raconte sans fard ce moment marquant de l'année 2016.

 

 

 

Nuit Debout a-t-elle été un échec déprimant par son absence de résultat? Ou une victoire enthousiasmante par le simple fait d’avoir eu lieu? C’est la question qu’aborde frontalement la revue des «Temps Modernes», qui publie un numéro spécial aussi inattendu que passionnant. L’une des pièces de choix est le texte du philosophe Patrice Maniglier, qui a piloté ce numéro: dans un long texte, il raconte en détail son engagement quotidien à Nuit debout, en particulier dans la commission Démocratie. En exclusivité, BibliObs en publie un long extrait (lire ci-dessous).

Le reste du dossier est tout aussi captivant. Démarche originale: au lieu de se contenter de solliciter les chercheurs reconnus ès -«révoltes politiques», l’équipe des «Temps modernes» a lancé un appel à contributions sur les réseaux sociaux, ce qui lui permet de rassembler dans ce numéro des textes d’étudiants ou de militants. Ceux-ci racontent de l’intérieur Nuit debout, les manifestations contre la loi Travail et même ces fameux «cortèges de tête» qui, à l’avant des défilés, allaient à l’affrontement avec les forces de l’ordre dans une logique clairement insurrectionnelle.

Autre innovation : le numéro contient également un cahier de graffitis et de slogans qui captent bien l’esprit de ce printemps électrique: «Une autre fin du monde est possible», «En cendres, tout devient possible», «On s’est radicalisés sur internet», «On fait comme DAB»… 

Eric Aeschimann

Nuit debout : une expérience de pensée

Par Patrice Maniglier

« La Commission « Démocratie » (…) était chargée de l’organisation des assemblées et d’une réflexion plus générale sur le sens du mot «démocratie». J’y suis allé un peu par hasard, pour répondre à la contingence d’un appel: lorsque j’étais venu à l’accueil, le 32 ou le 33 mars, pour demander comment je pouvais me rendre utile, on m’avait demandé ce que je faisais dans la vie. J’avais répondu que cela n’allait pas vraiment nous avancer car, étant professeur de philosophie, ce que je faisais n’avait aucune utilité directe. On m’a cependant opposé que la commission «démocratie» avait justement besoin de philosophes et que j’y serai sans doute utile. Je me suis de bonne grâce soumis à cette suggestion.

Je me suis d’abord livré à des tâches pratiques: j’écoutais, rédigeais des compte-rendu des réunions, participais à la modération des assemblées du soir (et à la formation de celles et ceux qui, toujours différents, devaient chaque jour modérer), aidais à monter et démonter les barnums, trouver les micros, apporter les gaffeurs, j’allais acheter du matériel, l’emportais chez moi à minuit, le rapportais à 16h, etc. – bref je me livrais corps et âme à des tâches d’organisation, qui convenaient à l’idée que je m’étais faite d’une certaine neutralité politique et intellectuelle dans laquelle je devais, du moins dans un premier temps, me tenir, ayant pour ma part d’autres lieux d’expression aisément accessibles. De ce point de vue, j’étais un typique nuitdeboutiste: je m’intéressais à faire vivre le cadre pour lui-même, en déléguant à d’autres le soin de définir les orientations de contenu. Mais je pris néanmoins assez rapidement conscience de la nécessité de sortir de cette réserve.

La commission semblait en effet s’embourber dans une tentative hors-sol pour élaborer ce qui s’était mis à ressembler à une sorte de «constitution idéale» de la Place de République, avec des documents qui ont fait jusqu’à 14 pages. Il s’agissait de régler le fonctionnement des assemblées, les rapports entre les commissions et même jusqu’au fonctionnement de chaque commission en particulier – bref d’imaginer un petit État doté d’honnêtes statuts et réglementant tous les comportements internes des membres. Je considérais ce projet absurde et pédant, mais une étrange dynamique de groupe, mélange de politesse et de mollesse, faisait qu’il semblait brave et honnête d’en discuter puisqu’une personne l’avait proposé.

La difficulté même à le discuter en commission montrait bien cependant combien ce petit délire hyper-formaliste était inadapté. On y retrouvait, comme dans les autres commissions, deux groupes: littéralement et physiquement un premier cercle, composé d’habitués, puis, dans un deuxième cercle, des gens qui s’y agrégeaient, certains s’asseyant, d’autres restant debout, des passants, des curieux, des âmes errantes aussi. Les seconds accusaient facilement les premiers d’avoir déjà pris le pouvoir. De fait, les gens qui étaient là depuis plusieurs jours voulaient discuter de ce qui avait été présenté la veille, ils voulaient avancer, aller plus loin, ne pas sans cesse repartir de zéro. Les autres au contraire protestaient que «démocratie» voulait dire que chacun avait un pouvoir égal, et que ce n’était manifestement pas le cas dans ces conditions, ceux qui venaient d’arriver devant se taire et écouter, étant nécessairement hors-sujet, puisqu’il aurait fallu qu’ils prennent connaissance d’un texte de 14 pages avant même de prendre la parole et que ce texte, d’ailleurs, n’était disponible qu’en un seul exemplaire…

Ceux du premier cercle répondaient parfois, non sans une certaine condescendance, mais souvent avec un sincère désir de prendre en compte les nouveaux venus, que ceux-ci pouvaient écouter aujourd’hui et revenir demain, après avoir lu le texte pour participer aux réunions de manière plus informée. La thèse, en somme, était: le groupe est ouvert, vous pouvez y entrer sans condition – mais pas le bloquer. Le principe me paraissait raisonnable, la question intéressante (comment faire naître une véritable organisation collective sur la place, à partir de rien, assis par terre autour de bouts de carton, et donc dans une temporalité non cumulative?). Mais, outre le manque de bon sens sur le contenu des discussions proposées, je voyais de clairs problèmes d’organisation.

Cette commission, qui semblait pourtant si importante pour l’ensemble du mouvement, puisqu’elle était censée être le lieu où l’on réfléchissait au fonctionnement des assemblées, à mes yeux un moment essentiel de notre vie collective, et qui en plus se croyait chargée d’élaborer une petite constitution collective, paraissait aussi l’une des plus démunies. Il n’y avait pas d’accueil, contrairement à ce qu’on voyait pour d’autres commissions. Les documents dont nous parlions n’étaient pas disponibles, ni sur papier, ni en ligne : certains les avaient reçus par email, mais on ne savait comment, les autres non. J’essayais d’ailleurs de m’inscrire sur des listes d’email, mais sans succès: je ne recevais toujours pas les documents en question.

©Les Temps Modernes

Certains disaient qu’on leur cachait des choses; d’autres invoquaient le «joyeux bordel» qu’était censée être Nuit debout, garantie supposée de son fonctionnement «démocratique». Bref, je pensais avoir trouver là de quoi me rendre utile. Pour cela, il fallait être, semble-t-il, «référent». Les référents étaient des personnes désignées par chaque commission pour faire le lien avec les autres commissions, passer des informations, éventuellement veiller à ces problèmes pratiques. En principe, les référents devaient tourner, avoir un rôle strictement administratif. Dans le cas de la commission «Démocratie», cela n’était pas le cas, pour une raison assez amusante: nous étions si procéduriers, si vigilants envers toute impureté démocratique, qu’il fallut plusieurs semaines pour se mettre d’accord sur la procédure de désignation.

Je devins malgré tout finalement «référent» à mon tour. Je découvris alors l’existence de Telegram. Cette application pour smartphones permet en somme d’avoir des conversations comme on en trouve sur les forums mais par textos, à travers des «fils» de conversation thématiques. Longtemps, je n’ai pas compris à quoi elle nous servait concrètement, car il faut être invité sur ces fils pour pouvoir y avoir accès et notre référente n’avait pas pensé à m’y inviter…

Finalement je découvris qu’il existait en fait toutes sortes de conversations parallèles à celles qui se trouvaient sur la place. Sur le principe, cela n’a rien de malsain: les niveaux d’échange peuvent se démultiplier sans se nuire. Mais dans les faits, je comprenais pourquoi un certain nombre de gens des commissions, les «insiders», ne ressentaient pas le besoin de venir en Assemblée: ils étaient déjà en contact les uns avec les autres ailleurs et de différentes manières L’Assemblée était faite pour les «outsiders», qui devenait une sorte de «public». Pire: au lieu de les informer correctement des conditions pour passer de la passivité à l’activité, on continuait son affaire entre soi. Je commençais à découvrir ce qui devait devenir, à mes yeux, un des ingrédients principaux de l’échec.

Ma priorité fut dès lors d’essayer de refaire des Assemblées un enjeu important pour le mouvement et de remettre la question du fonctionnement des assemblées quotidiennes au cœur des préoccupations de la commission «Démocratie», dont ça me semblait la vocation. La commission s’était divisée en deux groupes thématiques distincts: l’un s’occupait des «outils de modération», l’autre du «processus de vote». Les vastes projets de «Constitution de la place de la République» avaient été recentrés sur des choses plus raisonnables mais encore très décalées à mes yeux, en l’occurrence mettre en place un «processus de vote» permettant de prendre des décisions au nom de «Nuit Debout République» dans son ensemble.

J’étais plutôt hostile sur le principe à cette démarche. Je trouvais qu’elle ne convenait pas au genre de collectif fragile et éphémère que nous étions: les gens qui venaient un jour en Assemblée ne venaient pas le lendemain; nous n’étions pas sûrs d’être encore là dans quelques semaines; les assemblées se vidaient; la place aussi se vidait; il fallait des mécanismes rapides capables de recréer de la cohésion avant qu’il ne soit trop tard.

En fait, l’affaissement de la capacité de mobilisation du mouvement s’est fait sentir dès les vacances d’avril: peut-être à cause de la pluie, du froid, des vacances, des persécutions policières, de la fatigue des uns et des autres, des premiers désenchantements – je ne sais. Mais il me semblait que pendant qu’on réfléchissait à mettre en place un protocole pour donner de la légitimité à des décisions collectives – c’est-à-dire pour faire que des décisions prises par des gens particuliers valent comme si elles étaient légitimement imposées à tous, autrement dit pour reconstruire un instrument de pouvoir –, pendant qu’on faisait assaut dans cette tâche de prudence et de pureté, nous laissions à l’abandon et à la ruine notre propre maison.

 

Je voyais mes camarades comme un petit groupe de gens fort distingués en train de prendre le thé et de discuter les détails du règlement de la copropriété entre voisins, lentement, avec une bienveillance appuyée et un pointillisme éclatant de vertu, pendant que, tout autour d’eux, leur immeuble s’effondre…

J’étais d’autant plus agacé qu’il y avait, me semblait-il, des solutions pour au moins essayer de faire revivre les assemblées autrement et même inventer un fonctionnement démocratique qui soit adapté à notre contexte. Un débat, en effet, avait très vite divisé passionnément la place: l’Assemblée était-elle souveraine? Pouvait-elle voter? Il y avait d’un côté ceux qui protestaient, généralement pendant les Assemblées, qu’il n’y avait pas d’autre source de pouvoir que les Assemblées, de sorte que ce qui était approuvé ici et maintenant devait valoir comme «loi» ou décision de tous; et, de l’autre, ceux qui rappelaient que les gens assemblés un jour ne représentaient personne, qu’ils ne pouvaient prendre des décisions pour ceux du lendemain, qu’il fallait encore décider collectivement d’un processus de vote.

Je croyais comprendre ce que ces derniers voulaient dire, mais ils avaient des arguments parfois révoltants. Par exemple, ils disaient qu’il fallait éviter ce genre de vote immédiat, parce que (c’était écrit en toute lettre dans le document même que nous utilisions pour expliquer aux nouveaux modérateurs les quelques règles qui avaient été mises au point sur le tas) nous devions éviter les propositions «démagogiques» que ferait voter un bon tribun en manipulant la foule hébétée… Il fallait donc forcer l’assemblée à prendre son temps, à réfléchir à ce qu’on lui propose, à ne pas prendre de décision immédiate.

 

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On imagine ce que ce genre d’argument peut avoir de déplaisant pour toute personne animée par l’esprit que je croyais être au cœur des motivations potentiellement hégémoniques de Nuit debout, l’esprit de défiance à l’égard des pouvoirs. Car il reproduit de toute évidence l’état de minoration des masses par une minorité supposée savoir mieux qu’elles leur propre bien. Il reconduit parfaitement le sophisme de «l’émancipation» tel que Jacques Rancière l’a joliment analysé. Kant, déjà, avait bien vu ce problème: ce n’est que par l’expérience démocratique qu’un collectif peut faire ses propres progrès. La position défendue devenait ainsi horriblement paternaliste.

Autre argument assuré de susciter la légitime colère des esprits de bonne volonté: il existait des gens mandatés pour s’occuper du processus de vote, ceux qui participent à la commission «Démocratie». Celle-ci avait de fait été mandatée par une Assemblée, un jour, pour réfléchir à mettre au point un processus de vote qui serait proposé à l’Assemblée. Mais le paradoxe de la situation aurait dû sauter aux yeux de tout esprit de bon sens. Pourquoi cette décision d’une assemblée d’un jour aurait-elle dû contraindre celle d’une assemblée d’un autre jour? Et comment allait-on faire accepter ce processus de vote sinon par un mécanisme de légitimation qui n’existait pas de toutes manières? Vieux problème, que les savants connaissent bien: c’est la question du «Premier Législateur», qu’on retrouve notamment chez Rousseau, et plus généralement le problème de la constitution. Je me souvenais de mes lectures de Negri, de Derrida et de bien d’autres et je leur trouvais en l’instance une heureuse utilité…

 

Il y avait encore une autre manière de refuser le vote aux assemblées, qui ne péchait pas tant sur le fond que dans sa formulation, mais qui provoquait les mêmes conflits inutiles. On disait en effet qu’on pouvait voter lors des assemblées du soir, mais que le vote aurait alors une valeur purement consultative. On appelait même cela parfois un sondage. Que des gens emportés dans une tentative pour reconstruire l’activité collective de fabrication du collectif puissent se retrouver à imaginer que leur dispositif majeur de rassemblement soit réduit à un simple sondage, autrement dit à la forme de la séparation du collectif d’avec lui-même la plus caractéristique de notre temps – cela me laissait rêveur… C’est évidemment la preuve de la difficulté immense qu’il y a à être à la hauteur en pensée de ce que l’on invente dans les faits. Comment ne pas sentir que la notion même d’« assemblée consultative » impliquait qu’il y eût, ailleurs, une autre instance, mais devait prendre, elle, les vraies décisions, quand nous ne ferions que la conseiller ? Et ne confirmait-on pas alors une fois de plus que le véritable pouvoir était ailleurs ? Or la plupart des gens assemblés ici l’étaient pour reprendre de la puissance contre les pouvoirs.

Ce genre d’arguments, lorsqu’ils étaient prononcés en assemblée, ne manquaient pas de provoquer de violentes réactions. Quelqu’un lançait une proposition et demandait un vote. La modération l’interrompait. Elle donnait une des «explications» que je viens de rapporter. Des «oppositions radicales» fusaient alors immanquablement. L’équipe de modération ne les prenait guère en compte. On estimait le débat clos. Ceux qui avaient protesté partaient en criant à l’imposture: quelle démocratie était-ce là? Pour ceux qui étaient là et qui venaient peut-être pour la première fois ou qui, comme moi, n’étaient juste pas présents au moment où la décision en question avait été prise, on clôturait autoritairement le débat avec tous les effets désastreux que cela pouvait avoir sur l’esprit même de notre mouvement.

Or je croyais avoir trouvé une solution à ce problème. Grâce, d’ailleurs, à une certaine forme d’intelligence collective. J’entends ce mot en un sens très simple : je veux dire que certains donnent une idée, mais que d’autres la comprennent mieux que les premiers ne la formulent, ou inversement, la formulent mieux que les autres ne la comprennent, et peut-être cela en chaîne, de sorte qu’il apparaît qu’ensemble nous pensons mieux que seuls.

En l’occurrence, l’idée m’était venue d’un homme qui, un jour, avait voulu faire voter en Assemblée une proposition soutenant une pétition demandant à Hollande d’offrir l’asile politique à Snowden. L’Assemblée avait voté pour à l’unanimité. Comme j’étais responsable ce soir-là de coordonner l’équipe de modération et que je voulais être loyal envers ma commission, j’étais intervenu pour expliquer que nous ne pouvions pas prendre de décision au nom de Nuit debout. J’avais donné la seule explication qui me semblât valide: «De même que nous ne voulons pas qu’on prenne des décisions à notre place et que nous n’aurions pas voulu que l’Assemblée d’hier, où nous n’étions pas, prenne une décision qui nous engage, nous, alors que nous n’avons pas participé à la discussion, de même nous ne voulons pas prendre des décisions en leur absence pour ceux d’hier et demain, et encore moins d’ailleurs que la Place de la République se prononce au nom de Nuit debout en général. Car Nuit debout n’est appropriable par personne en particulier.»

Mon explication ne souleva aucune difficulté. Aucune opposition radicale. Aucune insulte. Je sentais les gens un peu déçus, mais guère révoltés. Soudain, l’homme qui avait fait la proposition revint me voir et me dit: «Je n’ai jamais demandé qu’on décide de déclarer que Nuit debout soutient la demande d’asile politique à Snowden. J’ai demandé à cette Assemblée si elle était d’accord pour appuyer cette proposition et la soumettre aux autres assemblées de Nuit debout.»

J’ai trouvé l’idée excellente. C’était tout à fait ce dont nous avions besoin. Nous n’avions pas besoin de créer une entité transcendante appelée «Nuit debout», une sorte de personne morale qui aurait une unité supérieure à la multitude précaire et événementielle qui se retrouvait tous les jours sur la place. Nous pouvions dire que l’ensemble des gens rassemblés sur la place de la République, tel jour, à telle heure, approuvait telle ou telle déclaration, ce qui voulait dire en somme qu’il la soumettait à tous les autres collectifs précaires de Nuit debout (assemblées quotidiennes et commissions). La légitimité d’une position (quel qu’en soit le contenu) viendrait de ce qu’elle serait approuvée non pas seulement une fois, mais chaque fois qu’elle serait présentée – et présentée non seulement dans les Assemblées communes, mais aussi dans plusieurs commissions, et pas seulement place de la République, mais partout où des groupes se rassemblent sous le nom de «Nuit debout».

C’était de fait ainsi que les décisions délicates, susceptibles de susciter une forte hostilité de la part de certains, avaient été prises. Ainsi, lorsque la commission «Convergence des luttes», connaissant l’hostilité d’un grand nombre d’entre nous aux syndicats comme aux partis, avait entrepris néanmoins de faire venir des représentants syndicaux sur la place après la manifestation du 14 avril, ils en avaient présenté le projet en Assemblée plusieurs jours de suite, ainsi que dans le plus grand nombre possible de commissions (ils en avaient visité une trentaine, dans mon souvenir). L’initiative ayant été approuvée à chaque fois à l’unanimité, elle avait acquis, de fait, une certaine légitimité.

La légitimité ne devait donc jamais être détachée de la multiplicité des actes de consentement. Elle ne devait pas être non plus considérée comme acquise une fois pour toutes. Elle était affaire non pas de «oui» et de «non», mais de degrés: une décision sera d’autant plus légitime qu’elle a été plus largement approuvée. Mais jamais le débat ne serait en principe clos. Il se trouve seulement que la multitude finit par l’abandonner dans les faits. (…)

 

Cette petite proposition n’avait pas seulement à mes yeux les charmes d’une belle idée philosophique. Elle me semblait aussi riche de promesses concrètes pour notre mouvement, car elle permettait de dissiper bien des faux problèmes. Bien sûr, je ne comptais pas expliquer ma théorie des tropes souverains à mes camarades, mais je vérifiais à l’occasion de plusieurs conversations que cette proposition de «déclarations ponctuelles» arrivait à convaincre et qu’elle rencontrait des intuitions morales et politiques assez solides. Elle fut d’ailleurs introduite dans l’éventail des ressources de modération, même si je doute qu’elle fût souvent utilisée. Elle permettait surtout de redonner des enjeux aux assemblées, puisque quelque chose de la légitimité des propositions y était effectivement éprouvé.

Or, de fait, les assemblées quotidiennes perdaient de plus en plus leur intérêt. Ce point a été remarqué par tous les observateurs et participants. Une succession de prises de parole limitées à deux minutes et jamais suivies de discussion ne pouvait que finir par lasser. Une fois passée la surprise de voir tant de gens se passionner pour leurs propres désirs d’expression, l’absence de tout enjeu devait vider ces rencontres de leur sens même. La règle des deux minutes de tour de parole, qui avait été posée pour conjurer les mécanismes de formation de pouvoir et assurer un égal traitement au plus grand nombre possible d’orateurs, finissait par se retourner contre le sens même de notre présence ici. Nous étions ici pour nous retrouver; la règle nous séparait. Nous étions ici pour conjurer la malédiction de nos solitudes respectives; les assemblées lui donnaient au contraire une visibilité éclatante.

L’assemblée devait être pour moi le lieu où le collectif s’éprouve, se ressent, se tâte, se cherche, et finalement, ne serait-ce que ponctuellement, se déclare. Mais pour cela, il fallait qu’il y eût effectivement des discussions. Or nous ne nous parlions pas; nous parlions les uns après les autres. Le pire de ce que nous cherchions à conjurer sur la Place s’y déployait dans l’incompréhension générale: l’impuissance collective qui confond le spectacle des solitudes assemblées avec l’invention d’un collectif actif. Un orateur s’avance; il fait son discours ; il est formellement applaudi par une assemblée silencieuse et largement amorphe (les signes, d’approbation, d’opposition, d’impatience, étaient de moins en moins utilisés); un autre vient faire son petit tour de piste et ça recommence. Aucune épreuve, aucune interrogation. Un tel format assurait notre échec.

Réintroduire des prises de décisions, même ponctuelles, eût permis de redonner du sens à ces prises de parole. Toutes n’étaient assurément pas obligées de proposer des décisions. Mais il ne fallait pas interdire que certaines se le proposent, et l’obtiennent. Le but de cette procédure de décision n’était donc pas seulement de régler un problème théorique de légitimité, mais bien de refaire de nos rassemblements des lieux d’éclaircissement de notre propre volonté collective, sans rompre avec le mouvement qui nous avait conduits, ici, à savoir notre inquiétude envers toute figure du pouvoir. Il s’agissait en somme d’être fidèle à ce que j’identifiais comme notre raison d’être: répondre à la crise de légitimité des pouvoirs par la mise en place d’un processus de construction d’une puissance qui ne se sépare pas de la multitude ouverte qu’elle exprime et étend sans cesse en même temps.

Je n’eus pas l’occasion de voir si cette proposition avait effectivement les mérites éminents que je lui attribuais. Une petite conjuration de blocages eut finalement raison de ma patience. La référente de notre commission, sans doute dépourvue de toute malveillance intentionnelle, avait un don tout à fait particulier pour décourager avec toutes sortes d’arguties logistiques et procédurales la moindre tentative pour réintroduire un peu d’enjeu dans le fonctionnement des assemblées. Elle faisait partie de ces acteurs de Nuit debout qui ne semblaient pas particulièrement portés par des soucis de contenu, mais qui s’intéressaient à faire vivre le cadre du mouvement pour lui-même. Cependant, à force de mettre en avant les formes, on tuait les contenus. Les assemblées ressemblaient de plus en plus à d’étranges rituels où l’on rendait hommage à une Idée passablement abstraite, celle de l’égalité de toutes les paroles. Mais à quoi bon des paroles égales si on les a au préalable rendues indifférentes à autrui?

Les autres camarades de la commission étaient si occupés à rédiger leur «processus de vote» qu’ils n’étaient guère attentifs à ce qui pouvait concerner le quotidien de nos rassemblements. Ils aboutirent d’ailleurs, après plusieurs semaines, à un document fort bien rédigé, qui prévoyait la procédure suivante. Il devait y avoir trois moments distincts: le premier serait un moment de proposition; le second un moment de discussion des propositions par les membres des commissions structurelles qui, puisqu’elles étaient occupées au moment des grandes assemblées du soir, n’auraient pas pu venir à la première discussion; le troisième serait le moment de la prise de décision.

Entre le premier et le troisième moment, une semaine devait s’écouler. La sélection des propositions examinées se ferait au tirage au sort, de sorte que l’on s’empêchait de se donner des priorités. Et encore n’était-ce qu’un test. Il permettrait de mettre à l’épreuve cette procédure, qui ne deviendrait officielle que bien plus tard, après de nouvelles discussions… Peut-être une procédure de prise de décision avait-elle quelque chance de voir le jour vers l’automne, me disais-je tristement. Je m’étonnais que des gens souvent de qualité, comme l’étaient incontestablement beaucoup de mes camarades, puissent s’aveugler ainsi de concert.

 

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Bref, la commission «Démocratie» dépensait beaucoup d’énergie pour aggraver l’état de passivation de plus en plus endémique des assemblées. Elle s’arcboutait sur des idéaux formalistes tout à fait déconnectés de la temporalité du mouvement. Au lieu d’essayer de dégager de ce qui se faisait en réalité des formes et des principes, elle tentait d’y plaquer un idéal de pureté qui ne faisait que nous absenter, tous, de notre propre histoire. Je perdis patience, démissionnai de mon rôle de référent, et retournai à mes occupations. Pour moi, ce fut un échec.

Sans doute il serait exagéré d’attribuer à l’impossibilité de donner une force à ces Assemblées quotidiennes la responsabilité de l’échec de Nuit debout. Pourtant, je crois qu’elle y a largement contribué. Car Nuit debout n’avait de sens qu’à s’adresser au grand nombre, c’est-à-dire à s’installer sur le vecteur hégémonique de la contestation de la loi Travail afin de lui permettre de devenir autre chose, de devenir un point de crise généralisée des pouvoirs. Or les Assemblées étaient la première expérience que les curieux, les sympathisants, les âmes en quête de puissance collective, allaient rencontrer. Qu’y trouvaient-ils? Beaucoup d’ennui, une certaine tristesse, un sentiment de vanité.

Combien sont ainsi passés qui ne sont jamais revenus, et pour de bonnes raisons? Je crois qu’une des raisons pour lesquelles Nuit debout n’a pas tenu sa promesse hégémonique est qu’elle n’a pas trouvé le format pour ces moments de réunion de tous que devaient être les Assemblées du soir. Ne mobilisant pas le grand nombre, Nuit debout s’est étiolé, le processus hégémonique s’est épuisé, la lutte a migré vers d’autres lieux, le cortège de tête (qui fut lui aussi un processus hégémonique à sa manière), le blocage des raffineries, les nouvelles formes de manifestation. Nuit debout en tant que tel était fini.

Patrice Maniglier*

(*) Patrice Maniglier est philosophe. Ce texte est composé d'extraits de l’article «Nuit debout: une expérience de pensée», paru dans le numéro 691 des «Temps modernes», entièrement consacré au mouvement du printemps 2016 (258 p, 20 euros).

 

 

Source : http://bibliobs.nouvelobs.com

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