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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 20:35

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Conflit à la SNCF : « Hollande est plus ferme à l’égard des cheminots que de la finance »

|  Par Rachida El Azzouzi

 

 

 

L'exécutif – François Hollande en tête – a appelé vendredi les cheminots à cesser la grève. Mais ces derniers durcissent le ton et reconduisent la grève samedi. Entretien avec le sociologue Marnix Dressen, spécialiste des conditions de travail des agents du rail, sur les raisons de la colère qui dépasse, selon lui, le simple cadre de la réforme ferroviaire

Le 11 juin 1936, alors que les grèves du Front populaire paralysaient la France depuis des semaines, Maurice Thorez, le patron du parti communiste, appelait la gauche prolétarienne et trotskyste à « savoir terminer la grève ». Soixante-dix-huit ans plus tard, c’est François Hollande, le président le plus impopulaire que la cinquième République et la gauche aient connu, qui reprend ses termes pour monter l’opinion publique contre les cheminots à l’origine du premier grand mouvement social à la SNCF de l’ère Hollande.

Depuis la principauté d’Andorre qu’il visite en « co-prince », le chef de l’État a déclaré ce vendredi 13 juin : « Il y a un moment où il faut savoir arrêter un mouvement et être conscient des intérêts de tous (...). À un moment, c'est le travail qui doit reprendre. » Comme dans le dossier des intermittents du spectacle où la tension ne faiblit pas et menace les festivals culturels, moteur de croissance quand l’été venu, l’économie tourne au ralenti (lire nos articles ici et ), le gouvernement a choisi la fermeté. Quitte à s’installer dans l’impasse et envenimer ce conflit qu’il n’a pas vu venir et qui perturbe fortement depuis trois jours l'ensemble du trafic ferroviaire en France, les grandes comme les petites lignes, en Ile-de-France et en province, pénalisant des millions d'usagers au point que certains lancent à leur tour une grève des billets. « Il n'y a aucune raison que la grève continue », a martelé de son côté le premier ministre Manuel Valls.

 

 
© reuters

La ligne dure est risquée à l’heure où la CGT-Cheminots et Sud-Rail, majoritaires dans l'entreprise et à l’origine de la grève avant d'être rejointes par FO et UNSA-Rail, durcissent le ton en ce vendredi 13, appelant à poursuivre et amplifier le mouvement entamé mardi 10 juin. D'assemblées générales en manifestations jusque sur les rails des gares, les cheminots (17,49 % de grévistes aujourd'hui selon la SNCF) ne décolèrent pas. Ils ont voté la reconduction de la grève ce samedi 14 et il n'est pas exclu que les perturbations soient encore très fortes lundi, menaçant les candidats au baccalauréat.

Au centre de la contestation : la réforme ferroviaire qui arrive en discussion mardi 17 juin à l’Assemblée nationale après plus de deux ans de débats, d’assises et de rapports. Destinée à stabiliser la dette du secteur ferroviaire (44 milliards d'euros) et à préparer son ouverture totale à la concurrence, elle prévoit de regrouper dans une nouvelle structure la SNCF et Réseau ferré de France (RFF), qui gère avec déjà de nombreux dysfonctionnements le réseau.

La CGT-cheminots demande « un grand débat télévisé » avec le secrétaire d’État Frédéric Cuvillier. Thierry Nier, secrétaire de l'organisation syndicale, entend qu'y soit évoqué l'avenir de la SNCF « pour que les Français aient l'ensemble des éléments pour juger ». Selon lui, les Français ignorent certaines conséquences qu'aurait la réforme ferroviaire du gouvernement. « Ils ne savent pas que la SNCF va être complètement éclatée et incapable de répondre à leurs besoins de transport, qu'il y aura des milliers de camions supplémentaires sur les routes, de plus en plus de gares et de lignes fermées. »

Mais comme nous l’explique ci-dessous dans un entretien à Mediapart Marnix Dressen, sociologue spécialiste des conditions de travail des agents de transport ferroviaire, enseignant à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, derrière ce conflit – le plus important depuis celui de 2010 contre la réforme des retraites Sarkozy –, se cachent d’autres frustrations et inquiétudes. À commencer par le délitement et le traumatisme d'une corporation pour qui la question de la sécurité importe plus que la compétitivité depuis le déraillement du Paris-Limoges en juillet 2013, déraillement dû à de graves défaillances de la SNCF selon un rapport indépendant dévoilé cette semaine.

Les cheminots ont voté la reconduction de la grève pour ce samedi 14 juin pour la quatrième journée consécutive. Pourquoi cette grève maintenant ?


© dr

On pourrait se demander au contraire, pourquoi une grève seulement maintenant ? Non pas qu’elle arrive trop tard, mais il est vrai que ce qui se profile, à savoir la mise en place de trois établissements publics industriels et commerciaux (EPIC), était sur les rails de longue date. La question de la dette de la SNCF et du devenir du statut des cheminots ne date pas d’aujourd’hui non plus. En fait, si la grève n’a été déclenchée que cette semaine, c’est qu’organiser une grève à la SNCF est beaucoup plus compliqué que ce que s’imaginent beaucoup de nos concitoyens. Ils se représentent volontiers les cheminots comme étant toujours entre deux grèves. Or, il n’en est rien.

D’une part, toute une série de verrous ont été mis en place, tout particulièrement à la SNCF, pour contraindre les acteurs sociaux, direction et organisations syndicales, à s’assoir autour d’une table avant d’engager un bras de fer. De ce point de vue, ceux qui disent qu’à la SNCF, on commence par s’affronter avant de discuter, ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent. À moins de se livrer à des grèves sauvages – et on n’est pas en ce moment dans ce cas de figure –, ce n’est pas faisable. Mais plus fondamentalement, pour comprendre pourquoi la grève a été longue à se déclencher, il faut imaginer le long travail de maturation des idées au sein de chaque organisation syndicale, des échanges internes et des discussions intersyndicales et aussi des rencontres formelles ou informelles avec la direction de la SNCF et son ministère de tutelle.

Les organisations syndicales prennent aussi le pouls de la base. Les cheminots sont-ils « chauds », c’est-à-dire prêts à la mobilisation, à « prendre la parole » comme on dit dans notre jargon de sociologue ou au contraire, la « loyauté » domine-t-elle, c’est-à-dire la passivité par pragmatisme ou par découragement ? Il n’est pas rare aussi que la compétition entre syndicats joue un rôle lorsqu’un nombre significatif de cheminots se montrent prêts à en découdre. On est très loin du stéréotype de la grève presse-bouton.

On remarquera d’ailleurs que les élections professionnelles ne sont pas en jeu puisqu’elles ont eu lieu le 20 mars dernier à la SNCF. Lorsqu’il y a de la rivalité dans l’air entre les syndicats, la question peut être de déterminer qui est le meilleur défenseur des salariés et du service public ferroviaire dans le camp des organisations les plus radicales – la CGT et SUD-Rail – ou au contraire qui est le plus raisonnable du côté des réformistes – l’UNSA et la CFDT. Parfois, les clivages connaissent de petits déplacements et des syndicats réformistes haussent un peu le ton, signe que leur base, fût-elle grandement composée de l’encadrement – agents de maîtrise et cadres – comme c’est le cas de l’UNSA à la SNCF, est aussi tentée par la mobilisation.

«La corporation cheminote menacée de délitement éprouve le besoin de ressouder ses rangs»

Le mouvement se durcit partout en France, mais la communication de la SNCF et du gouvernement visent à dire l’inverse en s'appuyant sur les statistiques… Quelle est votre lecture ?

N’étant pas dans le secret des dieux, il vaut mieux se borner à dire qu’on peut compter les trains qui roulent et ceux qui ne roulent pas. Cela donne des indications sur la mobilisation de catégories particulières qui sont susceptibles de bloquer les trafics : les conducteurs et les contrôleurs, ainsi que les aiguilleurs. Mais il y a bien d’autres professions à la SNCF, les commerciaux, les services administratifs, etc., qui peuvent ou non être en grève mais avec moins de visibilité immédiate.

On constate en tout cas une fois de plus que les statistiques des grèves sont des enjeux de lutte et que les nombres de grévistes sont des projectiles utilisés dans la guerre psychologique que se livrent les protagonistes. Cela fait partie de la construction ou du maintien du rapport de force. Ce n’est pas d’aujourd’hui et ce n’est pas spécifique à la SNCF, même si recourir à cette arme est plus banal dans les conflits des chemins de fer.

Si vraiment ces questions sont importantes, il conviendrait de mettre en place un dispositif d’observation comme celui dont on parle régulièrement à propos du nombre des manifestants, quels que soient les objets des défilés.

 

© reuters

 

«  Il y a un moment où il faut savoir arrêter un mouvement et être conscient des intérêts de tous (…). À un moment, c’est le travail qui doit reprendre », a déclaré ce vendredi matin François Hollande, reprenant à son compte une formule célèbre de l’ancien leader communiste Maurice Thorez en 1936 (« Il faut savoir terminer une grève »). Ne prend-il pas un gros risque politique en mettant la pression sur les grévistes et en s’impliquant de la sorte dans le conflit ?

Aura-t-on la cruauté de faire remarquer que le président Hollande est plus ferme à l’égard des cheminots que de la finance, dont il avait prétendu faire son adversaire au moment où il essayait de rassembler sur son nom le peuple de ce pays et donc notamment les cheminots ? Mais l’essentiel n’est pas là. Je ne pense pas qu’il prenne un gros risque politique, je crains même qu’il ne joue sur du velours. Attendons de voir ce que révéleront les enquêtes sur la perception de cette grève. Mais il faut bien convenir que les cheminots souffrent, comme diraient les agences de communication, d’un « déficit d’image », et lorsque les circulations sont perturbées, on sent souvent à leur égard de la part d’une partie au moins des usagers et des clients une sorte d’hostilité, surtout d’ailleurs du côté de ceux à qui l'on donne la parole ou qui la prennent.

La lecture des blogs de la grande presse permet de mesurer la dose d’animosité que suscitent les travailleurs du rail. Les rumeurs les plus invraisemblables sont colportées à leur encontre, comme par exemple que la dette de RFF résulterait du « statut en or massif » des cheminots… Il est vrai aussi que dans certaines circonstances – cela avait été souligné en 1995 lors de la mobilisation contre le plan Juppé, les sondages montraient que les salariés non cheminots étaient contents de « faire grève par délégation ».

Il y a là, du point de vue des syndicats grévistes, un vrai enjeu. Se donnent-ils la peine de se faire comprendre, d’expliquer les raisons du conflit et par exemple la nature du lien qui peut exister entre conservation d’un statut social protecteur et défense du service public « à la française » ? La tâche est vaste, car nombre d’organes de presse et de chaînes de télévision d’informations continues ou non sont très hostiles a priori aux conflits du travail en général et aux conflits des cheminots en particulier. Elles seront plus crédibles le jour où elles donneront aussi la parole à des usagers solidaires du conflit. Il y en a, mais on ne leur tend pas souvent le micro… En prenant d’ailleurs un peu de recul, force est de constater que si les grèves sont si perturbatrices, c’est bien que le service ferroviaire est d’une certaine utilité…

La dernière grande grève à la SNCF remonte à 2010, sous Nicolas Sarkozy, contre la réforme des retraites. Celle-ci peut-elle connaître la même ampleur au vu de l’impasse actuelle ?

Gardons-nous de tout prophétisme, il est encore trop tôt pour le dire. Pour l’heure, observons seulement que comme le remarque l’historien sociologue Georges Ribeill, la corporation cheminote menacée de délitement par la nature des restructurations permanentes, éprouve très régulièrement le besoin de ressouder ses rangs autour de grandes revendications mobilisatrices.  

La réforme ferroviaire et la politique d’austérité conduite par Guillaume Pepy cristallisent toutes les craintes des cheminots. Mais n’y a-t-il pas, derrière ce conflit, d’autres frustrations et colères ?

En l’occurrence, il ne s’agit pas seulement de la politique de Guillaume Pepy, mais aussi de celle du gouvernement Valls et des orientations vraiment très libérales de la Commission européenne. Oui, bien sûr, vous avez raison, les inquiétudes sont multiples. Dans toute lutte sociale, les composantes du mouvement sont hétérogènes. Et justement, en dehors des luttes contre les fermetures d’entreprise – et encore – la lutte se déclare lorsque des groupes aux attentes diverses se mobilisent simultanément et trouvent un dénominateur commun.

La création d’un troisième EPIC alors que deux ont montré de manière assez éclatante leur caractère dysfonctionnel, la question de la dette que personne ne veut assécher et du devenir du statut ne sont pas seuls en cause. L’ouverture à la concurrence du transport voyageur international, les appels d’offres qui se profilent pour le marché des TER dans les régions, la multiplication des filiales dans le groupe SNCF (près d’un millier à travers le monde dont deux filiales de fret qui, en France même, concurrencent Fret-SNCF), sont aussi des motifs d’inquiétude.

N’oublions pas non plus que la productivité des cheminots a été considérablement accrue à peu près sans discontinuer depuis 1945 et que les travailleurs du rail conservent néanmoins l’image de petits travailleurs tranquilles. Eux savent bien cependant ce qu’ils vivent en interne et les restructurations incessantes. Avec un collègue, Dominique Andolfatto, nous préparons une communication sur les structurations et restructurations internes de l’opérateur historique. Et un des premiers résultats de notre enquête en cours est que nombre de cheminots, à tous les niveaux de cette entreprise de 150 000 personnes, sont incapables de dire quel est aujourd’hui le découpage interne de la SNCF.

Que reste-t-il par exemple de l’échelon régional ? On entend même dire que certains cheminots sont incapables d’identifier leur hiérarchie, car les organigrammes vont moins vite que les recettes miracles vendues par les cabinets de consultants et achetées très cher par la SNCF. Chacun de ces génies de l’organisation tire à hue et à dia et parvient à imposer sa panacée, mais personne ne parvient à donner une cohérence d’ensemble à tout ça. Finalement, on peut dire des grévistes d’aujourd’hui ce que Georges Ribeill écrivait déjà de leurs prédécesseurs de 1986 : « Les agents de conduite ont en particulier la sacoche pleine de revendications précises, et d’aspirations plus floues. »

«Même au plus haut niveau du statut du cheminot, on est très loin des salaires du privé»

Au moment même où la grève démarrait, un rapport pointait les graves défaillances et négligences de la part de la SNCF dans le déraillement du Paris-Limoges à Brétigny-sur-Orge, qui a fait en juillet 2013 sept morts et trente-deux blessés. Est-ce que cela contribue à durcir le mouvement ?

Durcir le mouvement, c’est difficile à dire, mais ce qui est bien probable, c’est que c’est une grande souffrance pour les cheminots qui ont été socialisés à la culture de la sécurité – sécurité des circulations, du travail, etc. – de constater que faute de crédits suffisants et du fait du caractère aberrant de la séparation entre la roue (la SNCF) et le rail (RFF), les contrôles de fiabilité des installations ne sont plus à la hauteur de ce qu’ils devraient être. Il ne s'agit donc pas ou pas seulement de graves défaillances et négligences de la SNCF – on verra si le procès conclura en ce sens –, mais de tout un système qui semble se déliter et porter atteinte à l’identité professionnelle d’une corporation. Or, on le sait, les conflits sur le symbolique sont parfois plus déterminés et reposent sur des soubassements plus profonds que les revendications matérielles.

Temps de travail inférieur à la durée légale, augmentation de salaire, gratuité des transports, etc., les agents de la SNCF sont souvent dépeints à l’image de la Cour des comptes en 2010 comme une caste de privilégiés arc-boutée sur ses acquis sociaux. Qu’en est-il réellement ?

Il est probablement nécessaire qu’une institution se livre à l’exercice de repérage de l’affectation de l’argent public et dispose de moyens importants pour mener ses investigations. Et c’est un fait que les rapports de la Cour des comptes sont souvent bien documentés. Mais on aimerait bien que ces magistrats s’indignent d’autre chose que des « privilèges » des couches populaires. Car le moins que l’on puisse dire est qu’ils ont l’indignation sélective. Que ne comparent-ils pas les ressources qui sont les leurs avec celles des universités ? Mais bon, n’esquivons pas la question. Il se peut que certains cheminots, comme c’est le cas dans toutes les entreprises de certains salariés, aient une durée de travail effective inférieure à ce que prévoient les textes.

En ce qui concerne les cheminots, cela peut tenir à des organisations du travail complexes, par exemple celle des conducteurs de train. Une fois un TGV amené de Paris à Nice, le temps de travail écoulé n’épuise pas complètement la journée de travail mais le solde ne leur permet pas non plus de tracter un nouveau train avant de bénéficier d’un repos. Il y a donc conflit de règles. Il semble préférable qu’un agent de conduite ne fasse pas tout à fait son temps réglementaire plutôt que dépasser ses horaires comme c’est très souvent le cas chez les opérateurs privés, où l'on voit des conducteurs de trains exploser leurs horaires au mépris d’une réglementation du travail en théorie particulièrement stricte dans le transport ferroviaire pour des raisons de sécurité.

Au rang du temps de travail perdu, on pourrait aussi examiner les réorganisations déficientes. Mesurons que les restructurations permanentes et à jet continu, bien souvent chaotiques on l’a dit, génèrent souvent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Un documentaire comme Les cheminots, de Luc Joullé et Sébastien Jousse, réalisé en  2010, montre bien le caractère absurde du découpage de l’entreprise par branche d’activité. Que de temps perdu à chercher du matériel depuis la disparition de la mutualisation entre « le transport voyageur » et le « transport du fret » ! Ce temps-là, absurde, stressant, coûteux psychologiquement et financièrement, brille par son absence dans les rapports de la Cour des comptes.

Et tant qu’à parler de temps de travail, parlons aussi de ceux qui dans les bureaux ramènent du travail à la maison, ce travail gratuit se pratiquant dans certaines fonctions à la SNCF comme dans toujours plus d’organisations professionnelles, publiques ou privées. Enfin on pourrait aussi conseiller aux auteurs de rapports, d’enquêter comme nous l’avons fait sur les sociétés de gardiennage sous-traitantes de la SNCF il y a encore quelques mois et qui pouvaient faire travailler des maîtres-chiens, sans papiers, trente jours d’affilée et quinze heures par jour. C’est vrai, il faut sérier les problèmes, mais si l'on ouvre le dossier du temps de travail, il faudra recueillir toutes les pièces pertinentes.

Et les salaires ?

Alors là, il est plaisant d’en dénoncer le niveau. Les recrutements dans l’exécution se font à peine au SMIC. Comparons aussi les salaires des conducteurs de TGV avec celui des pilotes du transport aérien, du moins dans les compagnies héritières des opérateurs historiques, Air France par exemple. Et même au plus haut niveau du statut du cheminot, on est très loin des salaires qui se pratiquent dans les entreprises privées. Comparons ce que gagne un polytechnicien qui a décidé de faire carrière dans le transport ferroviaire avec les revenus de ses camarades de promotion qui ont opté pour l’industrie pétrolière… Comparons aussi les dix plus hauts salaires de la SNCF avec celui de leurs homologues des banques…

Ce qui est vrai, c'est que jusqu’à présent, les cheminots gravissent des échelons au fil de leur carrière mais c’est aussi le cas des universitaires titulaires et des… magistrats de la Cour des comptes. En fait, derrière toutes ces polémiques, se joue bien autre chose : ce que beaucoup reprochent aux grévistes de la SNCF, c’est de résister, de ne pas se laisser plumer et ravaler au niveau de leurs camarades cheminots des sociétés ferroviaires privées comme Euro Cargo Rail, premier concurrent de la SNCF dans le fret ferroviaire.

Toutes ces querelles faites aux cheminots évoquent le passé. De tous côtés, même Nicolas Sarkozy ne s’en était pas privé, on célèbre, un siècle après sa mort, le grand homme qu’a été Jean Jaurès. Eh bien écoutons-le affronter Clemenceau le 13 mars 1906, et on percevra peut-être mieux les luttes des cheminots, même si Jaurès ne pensait pas particulièrement à eux. « Ces hommes donc, quand ils luttent sont des forces de civilisation. Et ce qu’il y a de beau chez eux, ce qu’il y a de grand, et d’admirable, c’est qu’ils ne luttent pas que pour eux-mêmes, c’est qu’ils luttent pour tous leurs camarades, pour toute leur classe, c’est souvent qu’ils luttent, qu’ils continuent le combat, sentant bien qu’eux-mêmes vont être vaincus mais sachant aussi qu’ils préparent pour des efforts nouveaux et pour des générations nouvelles, des conditions d’existence meilleures. »

 

 

Source : www.mediapart.fr

 


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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 17:52

 

Source : www.reporterre.net

 

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

Le nucléaire coûte de plus en plus cher, selon la Commission d’enquête parlementaire

Barnabé Binctin (Reporterre)

mercredi 11 juin 2014

 

 

La Commission d’enquête parlementaire sur les coûts de la filière nucléaire a rendu ses travaux hier. Conclusion : largement sous-évalué, le coût du nucléaire augmente alors que celui du démantèlement ou du stockage ne sont pas connus.


Créée en décembre 2013 à la demande du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, la Commission d’enquête sur les coûts de la filière nucléaire (1) a remis mardi 10 juin ses conclusions au président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.

- Le voici en téléchargement :

PDF - 3 Mo

C’est pour l’heure, mercredi après-midi, une exclusivité Reporterre, puisque l’Assemblée nationale ne l’a pas encore édité sur son site

Après six mois d’enquête qui auront permis d’entendre cent-dix interlocuteurs et de visiter les centrales de Fessenheim et Tricastin, le chantier de l’EPR de Flamanville ou encore l’usine de retraitement de La Hague, c’est un rapport riche de plus de deux cents pages et de seize recommandations que le président de la Commission d’enquête, le député PS François Brottes, et le rapporteur, le député EELV Denis Baupin, ont présenté.


- Au micro, François Brottes, à sa droite Claude Bartolone et Denis Baupin. -

« La commission d’enquête n’a pas pour rôle de prendre position ’pour’ ou ’contre’ le nucléaire », selon le premier, mais bien « d’aider à la transparence et à la décision des responsables politiques » pour le second. Leurs présentations respectives révèlent cependant des analyses très différentes.

François Brottes pointe du doigt trois enseignements principaux : la sécurité de l’approvisionnement en uranium - « Nous sommes loin de la pénurie : les réserves d’uranium sont abondantes et diversifiées à l’échelle du globe » - ; le poids des « coûts cachés » du nucléaire ; et un prix à la production, aujourd’hui évalué à 62 euros le mégawatt/heure, qui met « l’énergie nucléaire en tête de liste des coûts de production de l’électricité les plus intéressants en France ».

Denis Baupin, de son côté, insiste sur l’évolution à la hausse des coûts de production du nucléaire : « Une augmentation de 21 % en trois ans, selon la Cour des Comptes, c’est beaucoup ». Une tendance à la hausse qui devrait se poursuivre, alors même que ces évaluations ne prennent pas en compte « l’explosion du coût de l’EPR ».


- Le déatil du coût du "grand carénage" selon EDF (2) -

Des frais de maintenance très lourds

Le député fustige l’absence de maintenance du parc nucléaire entre les années 1970 et 2000, qui met désormais ce même parc face à des besoins d’investissement très importants – c’est le « mur d’investissement » – pour compenser le retard pris sur les travaux de maintenance, mais aussi intégrer les mesures complémentaires issues des ECS (Evaluations complémentaires de sûreté, entreprises suite à Fukushima) et renforcer la sûreté des installations sur les sites nucléaires.

La Cour des Comptes a évalué le montant de tous ces investissements : cent dix milliards d’euros. Et Denis Baupin de préciser que ce chiffre ne prend pas en compte une prolongation au-delà des quarante ans de durée de fonctionnement des réacteurs : « Si on décide de prolonger, alors il faudra intégrer d’autres investissements, de l’ordre de cinquante millions d’euros par an, par réacteur. Vous pouvez calculer le coût global des investissements que représente la poursuite en l’état du parc nucléaire français… ».

Tous les chiffres ne sont pas, par ailleurs, connus. L’enquête a fait jaillir la difficulté d’accès à l’information sur certains points. « L’ASN ne se prononce pas sur les coûts des mesures qu’elle préconise », explique Denis Baupin, qui en appelle sur ce point à la création d’une structure d’expertise indépendante permettant à l’Etat de planifier ces choix d’investissement au vu des enjeux de sûreté.

Gestion des déchets radioactifs : le flou comptable...

 

 

*Suite de l'article sur reporterre


 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 17:26

 

 

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Accueil > Ecologie > Au Brésil, la décroissance fait son chemin

Ecologie

 

Au Brésil, la décroissance fait son chemin

Anthony Laurent (Reporterre)

jeudi 12 juin 2014

 

 

 

Au Brésil, alors que la Coupe du monde débute ce soir, les mouvements sociaux exigeant de meilleurs services de santé, d’éducation et de transport ne désarment pas. En marge de ceux-ci, des revendications pour un changement radical de société, basé sur la « décroissance soutenable », se font de plus en plus entendre.


« L’un des faits marquants de Rio+20 [la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable qui s’est tenue dans la capitale brésilienne du 20 au 22 juin 2012, NDLR], et peut-être le plus prometteur, a été la création du Réseau Brésilien pour une Décroissance Soutenable (RBDS). »

Pour Philippe Léna, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), cet « ovni » peut contribuer à remettre en cause un certain nombre de croyances – à commencer par les prétendus bienfaits de la croissance économique – dans un pays obnubilé par l’« idéologie du rattrapage » et « croyant fermement dans sa vocation de future grande puissance ».

« La croissance fait partie des tabous de la société brésilienne, observe-t-il. Pourtant, le Brésil dispose des ressources matérielles, techniques et financières pour mettre en place un autre modèle de société avant qu’il ne soit complètement prisonnier du système, comme c’est le cas pour l’Europe, les États-Unis et le Japon. »

Un pays profondément inégalitaire

Devenu en 2011 la sixième puissance économique mondiale – avec un PIB atteignant 2 469 milliards de dollars –, le Brésil reste un pays profondément inégalitaire, gangrené par une corruption endémique. « La concentration du revenu y est d’une injustice flagrante », commente Alan Ainer Boccato-Franco, l’un des fondateurs du RBDS (Rede Brasileira pelo Decrescimento Sustentavèl, en portugais [1]).

En 2011, le quintile des plus riches détenait 57,7 % du revenu national, tandis que le quintile des plus pauvres, à peine 3,5 %. En outre, la fortune des 49 Brésiliens les plus riches atteint 300 milliards d’euros, l’équivalent du revenu annuel de près de 90 % des ménages brésiliens (environ 57 millions de ménages) [2].

« Cette minorité richissime ne s’approprie pas seulement le revenu, mais aussi la propriété de la terre, le contrôle des médias, du marché de détail et du système politico-institutionnel », s’insurge le décroissant brésilien. Pour lui, « parler de décroissance, c’est remettre en cause cette concentration de la richesse et du pouvoir, et s’attaquer aux structures et à l’idéologie qui soutiennent le consumérisme et le productivisme irresponsables et générateurs d’exclusion. »

Comme le rappelle Philippe Léna, « la décroissance vise, entre autres objectifs, la réduction radicale des inégalités entre pays, et au sein de chaque pays, en préconisant des mesures comme le revenu maximum et la disparition du chômage par la réduction du temps de travail et un revenu pour tous. »

La décroissance : un frein à la frénésie extractiviste

Outre le contexte socio-économique, la situation environnementale du Brésil offre également un terrain favorable aux idées de la décroissance. A l’instar du Bolivien Evo Morales, de l’Équatorien Rafael Correa et du Vénézuelien Nicolas Maduro – réputés « de gauche » –, le gouvernement de Dilma Rousseff poursuit sa frénésie extractiviste et continue d’exporter massivement des ressources minières et agricoles à destination des pays du Nord.

« Or, avec l’exploitation minière, pétrolière, gazière et forestière, la construction des barrages hydroélectriques, l’expansion de l’agro-business, etc., la pression sur les aires protégées et les terres indigènes s’accentue et les Brésiliens commencent à associer cela à la croissance. Ils acceptent de moins en moins que ce soit "la rançon du progrès". Il y a donc un créneau pour discuter de la décroissance », relève Philippe Léna.


- Le site de Belo Monte -

Avec une croissance annuelle s’effondrant de 7,5 % en 2010 à 2,3 % en 2013 – 2014 devrait être à l’avenant –, le modèle de développement brésilien, élaboré pour des taux de croissance d’au moins 3,5 %, commence à montrer ses limites.

En outre, via des baisses d’impôts consenties aux constructeurs, des taux d’intérêts favorables et le maintien artificiellement bas du prix de l’essence, Brasilia favorise l’industrie automobile. Entre 2008 et 2011, le pays a produit environ 10 millions de véhicules.

« Les villes brésiliennes, déjà conçues pour la voiture, sont paralysées par l’augmentation exponentielle du nombre de véhicules. De plus en plus de citoyens en voient les inconvénients », note le chercheur.

Les classes moyennes cultivées, davantage que les classes populaires – qui bénéficient directement des politiques de redistribution sociale du gouvernement fédéral –, s’avèrent être les plus sensibles à la dégradation de l’environnement et au sort des populations indigènes. « La décroissance est un thème qui commence à émerger dans cette catégorie de la population », précise Philippe Léna.

Un mouvement en construction pour initier une société post-croissance

C’est dans ce contexte que le RBDS a pris racine. D’abord officieux, le réseau a été lancé officiellement – sans faire l’unanimité toutefois – à la veille de Rio+20 [3]. Même s’il a gagné en visibilité, « le mouvement en soi n’est pas structuré ni organisé, explique Mildred Gustack Delambre, cofondatrice du RBDS et permacultrice au sein du projet Nova Oikos. Nous nous retrouvons surtout pour écrire des articles, traduire des livres [4], nous entraider lors de travaux ponctuels et participer à des rencontres locales. Les distances entre nous sont trop grandes pour mener des actions collectives plus fortes. Néanmoins, nous souhaitons consolider notre groupe et organiser une grande rencontre nationale dès 2015. »

Selon elle, la décroissance redéfinit les besoins réels des Brésiliens face à ceux créés artificiellement par le marché. « La redéfinition de la notion de besoin devrait être au centre des stratégies pour résoudre les problèmes auxquels font face les pays du Sud, affirme Alan Ainer Boccato-Franco. Contrairement à la croissance, qui sert les besoins du système économique, la décroissance se préoccupe des besoins humains. Et dans les pays du Sud, ceux-ci sont énormes. »

Dans le même temps, cette dernière ouvre la voie aux « alternatives concrètes de transition vers une société post-croissance », avance Mildred Gustack Delambre, qui rejoint en cela Serge Latouche, pour qui la décroissance, « matrice autorisant un foisonnement d’alternatives […], rouvre les espaces de l’inventivité et de la créativité bloqués par le totalitarisme économiciste, développementiste et progressiste » [5].

Des échos académiques et politiques...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 


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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 17:09

 

 

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Coupe du monde 2014

La grand fête du "foot mafia" débute aujourd'hui

Jeudi 12 Juin 2014 à 05:00

 

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Alors que commence la Coupe du monde et que vient de s'achever le 64e congrès de la FIFA à São Paulo, le journaliste écossais Andrew Jennings publie "Omerta, la FIFA de Blatter, une histoire de mafia". Une enquête autoéditée qui revient sur l'achat des votes lors de l'attribution des événements internationaux, le trafic de billets et décrit la direction de la fédération sportive en "syndicat du crime".

 

Jean-christophe Bott/AP/SIPA
Jean-christophe Bott/AP/SIPA

Prise entre un « Qatargate », une campagne présidentielle qui s’annonce mouvementée et l’organisation d’une Coupe du monde sur fond de mouvements sociaux, la FIFA a tenu son 64e congrès annuel à São Paulo sous tension. Il y a dix jours, le Sunday Times affirmait détenir des preuves que des votes avaient été achetés par Mohammed bin Hammam, ex-président de la Confédération asiatique de football, exclu à vie de la FIFA en 2011, dans le cadre d’un autre scandale de corruption.

 

Michael Garcia, le président de la chambre d’investigation du Comité d’éthique, s’était donné jusqu’à lundi pour boucler une investigation de presque deux ans sur l’attribution des Coupes du Monde 2018 à la Russie et 2022 au Qatar. Certaines sources évoquent la possibilité d’un « Russiagate » sur l’attribution de la Coupe 2018 qui ferait l’objet de pressions diplomatiques, notamment de négociations d’un apaisement des tensions en Ukraine. 

 

Depuis dimanche, la pression sur la FIFA est encore montée d’un cran. Cette fois-ci, les risques sont financiers. Les grands sponsors que sont Adidas, Visa et Sony ont tous demandé que cette affaire soit rapidement jugée, estimant qu’elle nuisait aussi à leur image. 

 

Récemment, le journaliste écossais Andrew Jennings, lui, a publié une enquête sur le système à l’œuvre à l’intérieur de l’association qui régente le football mondial. Préfacée par l’ancienne gloire brésilienne Romario, devenu député de gauche au Brésil, le journaliste y retrace l’histoire de cette association devenue, selon lui, une mafia internationale sous la présidence du brésilien Joao Havelange. Achats de votes, trafics de billets, valises de lingots, dépenses somptuaires, gestion truquée des droits télés, liens avec la pègre locale, le journaliste décrit par le menu tous les travers du foot business moderne dans une enquête qu'il a préféré autoéditer pour échapper aux pressions. Sortie en 2006, son précédent livre Carton rouge avait fait l’objet d’une tentative d’interdiction par la FIFA. 

 

Comment Blatter a installé le « système Bin Hammam » avant de le faire tomber

 

Andrew Jennings révèle ainsi que le Qatari Mohammed Bin Hammam, ancien président de la Confédération asiatique de football, accusé aujourd’hui par le Sunday Times  d’avoir distribué des enveloppes pour l’obtention du Mondial 2022, avait financé les campagnes électorales 2002 et 2006 de Sepp Blatter, actuel président de la FIFA : « Depuis douze ans, il allonge le cash nécessaire pour acheter des votes qui ont permis à Blatter de rester sur son trône », affirme le journaliste qui décrit comment Sepp Blatter s’est assuré les votes de l’Europe et de l’Afrique aux élections présidentielles de 2011 en attribuant les compétitions de 2006 et 2010. C’est le même Bin Hamman qui a mené la candidature victorieuse du Qatar pour l’organisation de la Coupe du monde 2022 à coups de millions d'euros : 1, 7 millions pour s’assurer les votes asiatiques, 5 millions pour les votes africains et des cadeaux en nature très réguliers, détaillés dans l’enquête, à plusieurs membres de fédérations. 

 

Les relations entre Blatter et Bin Hamman se seraient dégradées lorsque le qatari a souhaité se présenter contre lui à la présidence de la FIFA en 2011. Blatter serait alors allé chercher des financements pour sa campagne chez la fédération rivale saoudienne qui ne souhaitait pas voir un qatari à la tête du foot mondial. Blatter installera à la même époque un comité anticorruption... Les affaires concernant Bin Hammam ont alors commencé à apparaître en pleine lumière avant que le porteur de valises de la FIFA ne soit finalement banni pour « usage d’argent ». Blatter espérait, lui, passer à travers les gouttes jusqu’à la prochaine échéance électorale de 2015, musclant le Comité d’éthique, désignant un expert anti-corruption chargé de rendre un rapport et multipliant la sortie d’affaires pour faire diversion.

Le pari a failli être gagnant et pourrait encore l’être même si, ces dernières semaines, le ciel s’est nettement assombri au-dessus de la tête de Blatter. Certaines voix commencent à se faire entendre à l’intérieur de la pourtant pas très courageuse FIFA et celles-ci demandent le départ du « parrain » du ballon rond. Mais rien n’est moins sûr donc. Car Blatter avait déjà été mis en difficultés en 2002 avec la faillite de la société de contrats de droits télés ISL. Soutenu par les représentants du « tiers-monde du football » qu’il sait récompenser, Blatter a réussi à tenir son rang.    

 

Un trafic de billets... organisé par la FIFA

 

Andrew Jennings décrit aussi les liens de consanguinité dans la gestion des droits marketing du foot. La Confédération brésilienne du football, a par exemple, longtemps été dirigée jusqu’en 2010 par Ricardo Teixeira, l‘ancien gendre de Havelange, qui fera razzia sur tout le foot brésilien avec la pègre locale et auquel l'auteur consacre un chapitre entier.

Un mode de gestion reproduit par Sepp Blatter dont le neveu, Philippe Blatter, dirige Infront sports media, une société internationale leader dans le marketing sportif et la gestion des droits audiovisuels. Cette société est actionnaire minoritaire, à hauteur de 5%, de Match Services, qui a obtenu l’intégralité des contrats de vente de billets pour tous les événements FIFA jusqu’en 2023... Match Services, qui a été créée en 2002, est directement basée à Zurich, en voisin du siège de la FIFA.

La société mère Byrom, elle, aurait une holding sur l’Île de Man et est gérée par les frères mexicains Jaime et Enrique Byrom, deux vieilles connaissances de Blatter, installés luxueusement à Manchester et qui travaillent en partenariat avec la Fifa depuis 1994, au départ en tant que simple tour operator avant de se développer dans la vente de billets d’événements sportifs. 

 

Jennings raconte que la vente des tickets pour l’Afrique du Sud a été un fiasco financier (50 millions de dollars de perte) pour les deux businessmen mexicains compte tenu du prix prohibitif des billets. Pour rattraper le coup, ils comptent bien se refaire au Brésil notamment avec la vente des 450 000 « package VIP » (une loge VIP vaudrait autour de 2 millions de dollars). De toutes façons, les deux frères auraient l'habitude d'établir un marché parallèle dans chaque nouveau pays organisateur. En général, c’est ce marché qui fait exploser les tarifs. En 2010, seulement 60% des billets auraient été vendus au prix initial prévu. Avec une profusion de détails, l’auteur accuse les vendeurs officiels d’alimenter eux-mêmes les circuits parallèles et de racketter les supporters, grâce à des amis douteux, et ce avec la bienveillance du président de la FIFA, qui clame pourtant haut et fort combattre le marché noir…

 
Difficile à accepter pour les populations locales. D'autant que les Brésiliens doivent faire, depuis mars 2012, avec la Lei geral da Copa, une loi imposée par la FIFA à leur pays. Entre autres joyeusetés, celle-ci stipule que porter atteinte à l’image de la Fifa ou à ses sponsors est un crime fédéral ! Ou bien encore que c'en est fini des tarifs réduits au stade...

Pendant ce temps-là, selon des estimations, la FIFA devrait engranger un bénéfice de 2 milliards de dollars.

 

 

La FIFA vue de Suisse : pouvoir, patronage et patriarches...

Dans une interview donnée le 3 juin au quotidien suisse Le Temps, Mark Pieth, professeur de droit de l’université de Bâle qui a réalisé un audit de la FIFA pendant deux ans au sein d’une Commission indépendante (CIG) fait un bilan critique de l’organisation: « A notre arrivée, en 2011, nous avons fait connaissance avec un univers dominé par les jeux de pouvoir, le patronage et les patriarches, installés depuis des décennies. Trop de personnes à la FIFA ont accumulé des dettes et des faveurs à recevoir ». 
 

Il décrit un système totalement dérégulé que l’Etat suisse n’a jamais surveillé, notamment d’un point de vue fiscal : « En vingt ans, la FIFA est passée d’une association qui vivotait à une entité qui génère des milliards de bénéfices. Mais comme elle a un statut d’organisation à but non lucratif, il a bien fallu les reverser. C’est ainsi que s’est installé un système de redistribution aux pays ou aux membres du comité, sans véritables critères. Les sommes vont et viennent en fonction des pouvoirs ».
 

Ce juriste estime que les révélations encore à venir sur le Qatar « vont provoquer un séisme au sein de la FIFA »« Cette affaire va constituer un premier grand test pour le travail de la CIG, et notamment pour les différents comités dont nous avons recommandé la mise en place. Mais c’est la première fois qu’il faudra se poser la question de l’attribution de la Coupe du monde. Va-t-on la retirer au Qatar ? Va-t-on revoter ? Tout n’est pas si simple. Les enjeux financiers sont énormes. Qui va payer les tierces parties qui ont déjà commencé à y travailler ? ».

Des questions auxquelles la FIFA va devoir apporter des réponses rapidement et auxquelles la Suisse, longtemps indifférente, commence à s'intéresser. Charles Poncet, célèbre avocat genevois et ancien politicien suisse, a ainsi demandé mercredi la dissolution de la FIFA compte tenu du niveau de corruption atteint dans l’association.

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 16:32

 

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Racisme environnemental

Écologie des pauvres, écologie des riches : quand les inégalités sont aussi environnementales

par Sophie Chapelle 12 juin 2014

 

 

 

 

 

 

Les catastrophes naturelles et pollutions industrielles ne frappent pas de la même manière toutes les populations. Au contraire. « Si vous voulez savoir où un stock de déchets a le plus de chances d’être enfoui, demandez-vous où vivent les Noirs, les Hispaniques, les Amérindiens et autres minorités raciales », interpelle le sociologue Razmig Keucheyan dans son dernier ouvrage La nature est un champ de bataille. Saturnisme, mal-logement, précarité énergétique… Autant de facettes d’un « racisme environnemental » qu’il propose de combattre. En s’attaquant aux racines du capitalisme. Entretien.

Basta ! : Votre ouvrage, La nature est un champ de bataille, bat en brèche l’idée que l’humanité subit uniformément les conséquences de la crise écologique. Qu’entendez-vous par « inégalités environnementales » ?

Razmig Keucheyan [1] : Les inégalités sont classiquement associées à trois dimensions : les inégalités de classes, de genres (inégalités entre hommes et femmes) et ethno-raciales. Je propose d’en ajouter une quatrième, la dimension environnementale. On ne subit pas les effets de la crise environnementale de la même manière, selon la classe sociale, le genre ou la minorité ethno-raciale à laquelle on appartient. Or le discours écologique dominant décrit souvent la question écologique comme étant vécue uniformément par la population mondiale. La notion d’« inégalités écologiques » permet de montrer que les différentes catégories de population ne sont pas égales face au changement climatique par exemple.

Une des facettes de ces inégalités, c’est le « racisme environnemental »...

Exactement. Le concept de « racisme environnemental » est né aux États-Unis au début des années 80 dans le cadre du mouvement pour la justice environnementale, qui est une bifurcation tardive du mouvement des droits civiques (pour l’égalité des droits entre Noirs et Blancs, ndlr). Les animateurs de ce mouvement s’aperçoivent que les entreprises privées et l’État ont tendance à stocker les déchets toxiques à proximité de quartiers noirs. Et à protéger les catégories sociales les plus favorisées, les blancs en particulier, des nuisances environnementales. Le concept de racisme environnemental permet de penser ensemble discriminations racistes et questions environnementales.

En quoi l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans en 2005 est-il le révélateur de ce racisme environnemental ?

Ces inégalités environnementales s’inscrivent dans la durée. Et parfois, cette temporalité s’accélère, notamment lors des catastrophes naturelles. L’ouragan Katrina a été une expression extrêmement visible, y compris médiatiquement, du racisme environnemental. Les personnes âgées et les Noirs, issus majoritairement des classes populaires, ont particulièrement souffert au moment où l’ouragan a frappé, mais aussi dans la durée. Comme le montre Naomi Klein dans La Stratégie du choc, Katrina a été l’occasion pour la municipalité de gentrifier le centre-ville, et d’empêcher le retour des populations noires pauvres.

Le racisme environnemental existe-t-il en Europe et en France ? Sous quelles formes ?

La littérature sur cette question porte beaucoup sur le monde anglo-saxon. Du fait de la centralité de l’esclavage dans l’histoire des États-Unis, la problématique du racisme environnemental y tient une place plus forte que dans d’autres pays. Mais ces problèmes existent aussi en France sous des dénominations différentes. Par exemple, j’évoque dans le livre le cas du saturnisme, lié aux peintures dans les logements anciens dégradés qui ont souvent été habités par des immigrés africains subsahariens [2]. Une étude statistique de 2012 sur la justice spatiale en France révèle également que si la population étrangère d’une ville augmente de 1 %, il y a 29 % de chances en plus pour qu’un incinérateur à déchets, émetteur de différents types de pollutions comme les dioxines [3], soit installé. Les incinérateurs ont donc tendance à se trouver à proximité de quartiers populaires ou d’immigration récente, car les populations qui s’y trouvent ont une capacité moindre à se défendre face à l’installation par les autorités de ce genre de nuisances environnementales. Ou parce que les autorités préfèrent préserver les catégories aisées ou blanches de ces nuisances.

Le cas de la Grèce montre aussi comment une crise économique peut se transformer en crise écologique. Là-bas comme ailleurs, se chauffer au fioul coûte beaucoup plus cher que de se chauffer au bois. La crise économique a accéléré les coupes illégales en Grèce et la déforestation. Dans le même temps, les licenciements des gardes forestiers du fait des mesures d’austérité ont accéléré indirectement la déforestation. Crise économique et crise écologique sont une seule et même crise.

Certains estiment que les pauvres polluent beaucoup plus que les riches, en particulier du fait du poids démographique des pays les plus pauvres. Que répondez-vous à cela ?

Ce que j’appellerai « écologie de droite » repose sur deux piliers. D’une part, la confiance dans les mécanismes de marché pour régler le problème du réchauffement climatique (marchés carbone, de produits financiers comme les obligations catastrophe ou les dérivés climatiques...), et d’autre part l’obsession pour la démographie. « L’écologie de gauche » devrait être extrêmement critique vis-à-vis de tous les arguments démographiques. Il faut admettre que des populations qui sont en situation de survie, notamment dans les pays du Sud, peuvent engendrer des dévastations écologiques. Dès lors que la survie de populations est en jeu, la question environnementale est secondaire. Développement et écologie sont intimement mêlés. Mais il existe par ailleurs des travaux qui montrent que l’empreinte écologique des populations les plus riches est bien supérieure, du fait de leur consommation, à celle des populations pauvres. La question n’est pas démographique mais relève de la dynamique du système. La crise environnementale est liée au capitalisme et aux inégalités qu’il génère.

S’attaquer au capitalisme serait donc une façon de résoudre la question environnementale ?

Oui, tout à fait ! Quatre caractéristiques du capitalisme en font un système néfaste pour l’environnement. D’abord, le capitalisme est productiviste : il cherche en permanence à augmenter la productivité pour générer des profits. Il n’y a pas dans le capitalisme de mécanisme d’auto-limitation, mais une logique de fuite en avant permanente. Le deuxième aspect est la dimension prédatrice du capitalisme : il ne peut survivre que grâce à la prédation sur les ressources naturelles. La troisième caractéristique est que le capitalisme – industriel en particulier – est lié à un système énergétique basé sur les énergies fossiles, le carbone (charbon, pétrole, gaz). Enfin, il repose sur une injonction permanente à consommer toujours plus, qui a des effets catastrophiques sur l’environnement. Le problème est donc fondamentalement lié à la dynamique du capitalisme et à ses effets sur l’environnement et les inégalités.

Remettre en cause le capitalisme suppose de mettre en question l’avenir de secteurs industriels polluants – pétrole, chimie, automobile... – et donc l’avenir de leurs salariés. Comment résoudre ce dilemme ?

J’ai essayé dans mon ouvrage de construire un langage, des concepts et un imaginaire qui puissent être partagés par deux mouvements souvent séparés, les mouvements écologistes au sens large et le mouvement ouvrier. Pour cela, je me suis beaucoup appuyé sur l’approche marxiste. Le marxisme parle aux mouvements ouvriers au travers de catégories comme les inégalités, l’impérialisme, la lutte des classes. Et ces catégories aident à comprendre la crise environnementale. L’évolution des secteurs de l’industrie doit être réfléchie par les acteurs et syndicats de ces secteurs. Mais le préalable, quand on travaille dans une perspective marxiste écologique, est d’essayer de construire une grille d’analyse commune qui parle aux uns et aux autres, et qui permette de trouver des solutions.

Comment faire prendre conscience aux classes populaires des pays « riches », actrices de la consommation de masse, que les inégalités écologiques sont aussi mondiales ?

Il y a un travail à faire de réactivation du concept marxiste d’impérialisme. Il faut parvenir à montrer que cette exploitation des pays du Sud par les pays du Nord, et l’exploitation des classes moyennes et populaires dans les pays du Nord sont le fruit d’une même logique, d’un même mécanisme. Le capitalisme est producteur d’inégalités. Quelque chose de crucial se joue autour des notions de dette écologique et de dette économique. Il suffit de voir le succès du livre du chercheur états-unien David Graeber (lire notre entretien) : la dette et l’austérité, toutes deux extrêmement liées, sont des questions politiques centrales aujourd’hui. Il faudrait étudier la manière dont la dette économique entraine des réformes de l’État et des privatisations, et dont la dette écologique, via l’exploitation du Sud par le Nord, vient accentuer ce phénomène.

Selon vous, qu’est-ce que « l’écologie qui vient » ?

« L’écologie politique qui vient » est une écologie qui se fond dans les autres problématiques. Elle n’est pas cloisonnée mais se mêle de ce qui ne la regarde pas : inégalités, finance, guerre, lutte des classes... La question écologique doit être pensée à partir des catégories habituelles de la gauche radicale. Le mouvement sur le racisme environnemental, ou la manière dont certains syndicats – comme Sud – se réinventent au contact des catégories populaires, semblent préfigurer un lien accru entre la question écologique et la problématique des inégalités par exemple. Poser la question du changement climatique en rapport avec les inégalités environnementales permet de rendre les choses concrètes et peut constituer un véritable levier de mobilisations.

Propos recueillis par Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle

Photo : CC Eden Politte (Parc Bellevue, Washington) Duane Romanell (La Nouvelle Orléans après Katrina) / Thibaud Saintin (une décharge quelque part en Thaïlande)

A lire : Razmig KEUCHEYAN, La nature est un champ de bataille. Essai d’écologie politique, Hors Collection ZONES/La Découverte, mars 2014. Pour commander ce livre dans la librairie la plus proche de chez vous, rendez-vous sur le site lalibrairie.com.

 

Notes

[1Razmig Keucheyan est docteur en sociologie et maître de conférences à l’université de Paris-IV-Sorbonne. Il est l’auteur de Constructivisme. Des origines à nos jours (Hermann, 2007), d’une anthologie des Cahiers de prison d’Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position (La Fabrique, 2012) ainsi que de Hémisphère gauche, cartographie des nouvelles pensées critiques, Zones/La Découverte, 2013, 2eéd..

[2« Le saturnisme est une maladie ancienne qui a refait son apparition à Paris dans les années 1980. On l’observe principalement dans l’habitat ancien dégradé. Les catégories de la population affectées sont celles qui résident dans ces immeubles : principalement à cette époque des immigrés africains subsahariens. C’est l’absorption des écailles et des poussières de peinture qui provoque le saturnisme. L’air que l’on respire, on le voit, a une teneur éminemment politique. » Note de l’auteur.

[3Voir cette publication du CNIID (Centre national d’information indépendante sur les déchets).


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 16:14

 

Source : www.mediapart.fr

 

Pendant le Mondial, le Brésil déploie l'armée pour tenir la rue

|  Par Lamia Oualalou

 

 

 

Il y a d'abord une criminalité galopante. Il y a aussi une multiplication des mouvements sociaux qui menace de déborder le pouvoir. Pour renforcer une police mal formée et accusée de violences, les autorités brésiliennes ont décidé de recourir à l'armée. En tout, près de 200 000 hommes vont être mobilisés durant la Coupe du monde de football.

Rio de Janeiro, de notre correspondante.  C’est un petit fascicule de trois pages élaboré par la police civile de São Paulo. Destiné aux touristes étrangers en partance pour le Brésil, il est distribué depuis quelques jours dans leurs aéroports d’origine et dans les principaux consulats. Ne pas se balader dans la rue avec des objets précieux ; faire attention à ne pas être suivi ; en cas de tentative de larcin, « ne pas réagir, ne pas crier, ne pas discuter ». L’angoisse des autorités, c’est le vol suivi de meurtre, provoqué par une réaction « inadaptée » de la victime.

En 2012, le Brésil a enregistré 56 337 assassinats, un record historique. Pour une population de 100 000 habitants, 29 personnes sont victimes d’homicides, un taux digne d’un pays en guerre. « Les vols à main armée sont la principale préoccupation du gouvernement, d’où toutes les recommandations et le déploiement de ressources humaines considérables dans les zones touristiques et autour des stades », explique Laurence Allan, qui dirige la branche latino-américaine du cabinet de conseil IHS Country Risk.

La police compte sur la traditionnelle trêve des factions criminelles, à l’image de celle qui a été constatée à Rio de Janeiro, en 2007, pendant les Jeux panaméricains. À São Paulo, une source au sein du gouvernement local explique que le temps de la Coupe du monde, la police cessera les opérations antidrogue pour que le gang tout puissant Primeiro Comando da Capital, le PCC, évite les agressions et les hold-up qu’il ordonne généralement pour compenser la perte d’un chargement de stupéfiants.

Le fait que les touristes brésiliens et étrangers vont beaucoup se déplacer – les uns comme les autres devraient visiter en moyenne trois régions – inquiète les autorités, tant la géographie de la violence a changé ces dernières années. En diminution dans les grandes capitales du sud-est, comme Rio et São Paulo, le nombre d’assassinats s’est envolé dans les métropoles du Nordeste et, de façon générale, dans les villes moyennes de l’intérieur. Si Rio de Janeiro a démontré à plusieurs reprises sa capacité à organiser des méga-événements sans incidents majeurs – comme le sommet sur la terre Rio + 20 en 2012 ou les Journées mondiales de la jeunesse qui ont attiré 600 000 visiteurs l’année dernière –, des villes comme Recife, Salvador ou Fortaleza sont loin d’avoir ce savoir-faire.

 

Manifestation des employés du métro en grève, fin mai.Manifestation des employés du métro en grève, fin mai. © Midia Ninja
 Professeurs en grève à Rio de Janeiro, le 30 mai 2014. Professeurs en grève à Rio de Janeiro, le 30 mai 2014. © Midia Ninja
Professeur interpellée lors de la manifestation de Rio. 
Professeur interpellée lors de la manifestation de Rio. © Midia Ninja

Bien que moins visitées par la presse étrangère et locale, concentrées sur Rio et São Paulo, ces villes sont également le théâtre, depuis plusieurs semaines, de grèves et de manifestations. Alors que 55 % de la population juge que la Coupe du monde sera plus nuisible que positive au pays, l’insatisfaction s’exprime moins dans la rue que l’année dernière. Les mouvements anti-coupe n’attirent plus que quelques centaines de personnes. Ce sont désormais les syndicats plus organisés qui prennent le relais, pour des revendications de hausse de salaires et d’améliorations des conditions de travail.

Professeurs, conducteurs de bus, agents du métro, policiers fédéraux : ces rassemblements corporatistes s’expliquent surtout par la proximité des élections générales, en octobre prochain, mais ils tablent sur la surexposition médiatique de la Coupe pour faire pression sur les gouvernants.

Répression disproportionnée

« Le véritable risque pour la sécurité viendrait d’un incident provoqué par une répression disproportionnée de la part des forces de l’ordre, qui pourrait rameuter la société civile, surtout si parallèlement, l’équipe nationale n’est pas à la hauteur des attentes », analyse Ignacio Cano, spécialiste de la violence urbaine à l’Université d’État de l’État de São Paulo. L’année dernière, alors que les principaux médias locaux minimisaient l’impact des premières manifestations en faveur d’une amélioration des services publics, c’est l’agression des journalistes par la police qui les a fait changer de ton, mobilisant des pans entiers de la classe moyenne.

 

Manifestation des populations indiennes devant les stades, fin mai.Manifestation des populations indiennes devant les stades, fin mai. © Midia Ninja
La police à cheval charge les manifestants indiens. 
La police à cheval charge les manifestants indiens. © Midia Ninja

Les autorités ont beau multiplier les avertissements et les appels à la collaboration de collègues étrangers – des CRS français et des équipes du FBI américain sont notamment venus assister la police militaire de Rio –, à chaque rassemblement, des informations concernant des blessés ou des interpellations abusives font le tour des réseaux sociaux. Les images, il y a deux semaines, de policiers lançant des bombes lacrymogènes sur 500 Indiens en peintures de guerre lors d’une manifestation anti-Mondial à Brasilia ont choqué. Une récente étude de la Fondation Getulio Vargas, citée par le quotidien carioca O Globo, révèle que 64 % des policiers de Rio de Janeiro confessaient n’avoir reçu aucune formation pour faire face aux manifestations et qu’ils étaient contraints à l’improvisation.

Pour éviter tout dérapage, le gouvernement joue sur le nombre. Il va déployer un contingent de 157 000 personnes, entre agents municipaux, policiers et militaires dans les douze villes hôtes de la compétition. En outre, 20 000 vigiles privés officieront dans les stades, soit 1 800 par match. Le recours à l’armée de terre a été décidé à la mi-mai par la présidente Dilma Rousseff quand, après avoir promis que « personne ne toucherait un cheveu des sélections », elle a vu le bus de l’équipe nationale cerné par des professeurs en grève. Le renfort militaire va plus loin, jusqu’à l’occupation de territoires entiers. C’est le cas à Rio de Janeiro, où 2 700 militaires sont installés dans le Complexe de la Maré, un ensemble de seize favelas proche de l'aéroport international.

« Le gouvernement fait le choix de la militarisation de la sécurité, qui est déjà un gros problème au Brésil », dénonce Christopher Gaffney, géographe spécialiste des méga-événements à l’Université fédérale. « On renforce ce modèle qui consiste à faire des masses populaires l’ennemi, il faudrait au contraire repenser toute la politique de sécurité publique », poursuit-il.

C’est en effet ce que suggère le regain de violence dans les favelas de Rio de Janeiro, dont une partie a enregistré un certain apaisement depuis la fin de 2008, quand elles ont accueilli des « unités de police pacificatrices », les UPP. Ces commissariats de proximité installés au cœur de la communauté n’avaient pas pour vocation d’expulser le narcotrafic, mais au moins d’en finir avec le contrôle du territoire par des gangs surarmés, avec succès : les assassinats ont chuté de 26,5 % l’année dernière dans les UPP.

Les critiques persistent, à l’égard d’un projet qui privilégie les quartiers riches et touristiques, et contre l’attitude autoritaire de la police, qui interdit notamment les « bals funk », principal loisir dans les favelas. Reste que pour la première fois depuis vingt ans, Rio de Janeiro semblait avoir trouvé une nouvelle politique de sécurité, avec la participation des trois niveaux de pouvoir – État fédéral, État régional et municipalités –, un fait rarissime dans l’histoire de la « Ville merveilleuse ».

« On s’est trop rapidement reposés sur nos lauriers, comme si ces premières expériences allaient résoudre tous nos problèmes », regrette le colonel Robson Rodrigues, qui a dirigé les UPP entre 2010 et 2011. Ces dernières semaines, les narcotrafiquants ont profité de la pression provoquée par l’arrivée de la Coupe du monde, la proximité des élections et la multiplication des manifestations pour récupérer les territoires dont ils ont perdu le contrôle depuis 2008. Leurs attaques de plusieurs postes de police implantés dans ces favelas ont provoqué la mort de six agents.

Accusations de torture et d'assassinats

Les gangs ont également profité de la mauvaise humeur de la population à l’égard d’une police accusée de brutalité, voire de torture et d'assassinats. En juillet 2013, la disparition du maçon Amarildo Dias de Souza après son interpellation par des policiers de l’UPP de Rocinha, la principale favela de la ville, a fait scandale. Dans tous le pays, des manifestants ont arboré des banderoles « Où est Amarildo ? » pour dénoncer une police qui tue en moyenne cinq personnes par jour.

En avril, Douglas Rafael da Silva Pereira, un jeune danseur, est mort d'un coup de feu qu'on présume tiré par un policier, à Cantagalo, une favela de Copacabana, le quartier le plus touristique de Rio de Janeiro. Son décès avait déclenché une violente émeute. « Entre 2002 et 2011, plus de 10 000 personnes ont été tuées par la police dans l’État de Rio, au nom de la légitime défense », dénonce Alexandre Ciconello, responsable des droits de l’homme à l’antenne locale d’Amnesty International.

 

Un journaliste attaqué par une patrouille militaire lors d'une manifestation fin mai. 
Un journaliste attaqué par une patrouille militaire lors d'une manifestation fin mai. © Midia Ninja
Patrouille dans les rues de Rio de Janeiro.Patrouille dans les rues de Rio de Janeiro. 
Patrouille dans les rues de Rio de Janeiro.Patrouille dans les rues de Rio de Janeiro. © Lamia Oualalou

« Ces épisodes de violence policière sont lamentables, parce qu’ils mettent en péril la politique de proximité qu’il faudrait bâtir », regrette le colonel Robson Rodrigues. Alors qu’elles semblaient faire partie du paysage, les UPP sont désormais menacées. Même si la sécurité des touristes n’est pas en jeu, c’est celle de la population, en particulier dans les quartiers défavorisés, qui inquiète. La police a d’autant plus de mal à gagner la confiance de la population et à être plus efficace, que les expériences dans les commissariats, positives ou négatives, ne sont recensées nulle part, poursuit Robson Rodrigues : « Tout fonctionne à l’intuition, ça marche dans certaines favelas parce que les chefs des UPP favorisent le dialogue, mais ce n’est pas une politique de proximité. »

En tablant sur la militarisation à l’échelle nationale, le gouvernement fédéral devrait obtenir une certaine tranquillité mais sans garantie pour l’avenir. En termes d’images, les dégâts risquent en revanche d’être considérables : il n’est pas sûr que des patrouilles surarmées et des policiers avançant sous des carapaces à la Robocop constituent la meilleure publicité pour le Brésil.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 15:30

 

*Info reçue par mail

 

 

Nous accueillerons la caravane à vélos initiée par Erwan à 17h30 sur la place de l'Horloge. Puis à 20h, au Spot (8, rue Enclos Rey), retrouvons-nous autour d'une projection retraçant des moments forts de la lutte contre l'aéroport de Vinci.
Vous vous souvenez peut-être d'Erwan ?
Le 23 novembre 2012, devant la violence policière sur la Zad, il décidait avec Elise de s'opposer à l'avancée des gendarmes en faisant barrage avec leurs corps nus, sans violence.
https://encrypted-tbn2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRpgAUj-xEhb2G7lTSv0KUnJRi3yKf22Y3cCtS-yzB-IbkJpprj
Aujourd'hui, Erwan est à l'origine d'une "caravane à vélos" qui partira d'Ardèche le 15 juin pour rallier Notre Dame des Landes le 5 juillet.
En effet les 5 et 6 juillet aura lieu sur la Zad une rencontre de soutien destinée à faire converger les combats contre les projets inutiles et imposés.

 

 

 

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 21:45

 

Info reçue par mail

 

"On va brûler des forêts, transporter du bois sur 400 bornes et perdre 60 % de l’énergie. C’est un gâchis qui profite à une multinationale. C’est de l’opportunisme, du greenwashing : on repeint en vert une démarche économique. Leur boulot, ce n’est pas de retaper la châtaigneraie cévenole."

 

Cévennes : une multinationale veut exploiter la châtaigneraie

  ARNAUD BOUCOMONT

 La multinationale E.On propose d'exploiter le bois cévenol et de le transformer en électricité dans son usine de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Eldorado ou massacre ? Pros et antis s'affrontent.

Voilà des décennies que pas grand monde ne se souciait de la châtaigneraie cévenole. "C'est une belle endormie à moitié morte, elle a été abandonnée depuis une cinquantaine d'années", insiste Christophe Gleize, patron de l'entreprise forestière UFV au Vigan et président d'Arfobois, l'interprofession rassemblant la filière en Languedoc-Roussillon.
Et voilà qu'un groupe allemand, E.On, se penche au chevet de la belle mourante. Pour la réveiller, au terme d'intérêts communs bien compris. Un mariage de raison plus que d'amour, mais au moins une perspective : fournir la multinationale en bois cévenol, pour brûler ce bois mort ou mal conformé aujourd'hui difficilement valorisable et le transformer en électricité, au sein de l'usine de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Et assurer ainsi une seconde vie aux Cévennes.

A Gardanne, l'usine E.On attend le bois cévenol

Si E.On marche sur des œufs en Cévennes, il fait face à un contexte également polémique en interne : les grèves se sont succédé sur le site de Gardanne, dans le cadre de la restructuration de cette usine spécialisée dans le charbon qui se reconvertit à la biomasse… Avec une réduction d’effectifs à la clé. Une visite de presse de l’usine était prévue vendredi. Elle a été annulée au dernier moment, sur fond de négociations sociales tendues.
35 000 tonnes de bois des Cévennes
La mise en service industrielle est prévue pour la mi-2015. La moitié de l’approvisionnement forestier se fera via des importations, dans un premier temps. "Notre engagement est de voir ces importations disparaître dans dix ans", indique Stéphane Morel, le secrétaire général d’E.On France. Un chiffre annuel de 35 000 tonnes est avancé pour les Cévennes, mais c’est "une estimation crédible", qui peut être revue à la hausse ou à la baisse. "45 000 tonnes, pourquoi pas. Sur 300 000 hectares, la superficie totale des Cévennes, ça correspond à une surface entre 500 et 2 000 hectares", précise-t-il.
Après des réunions un brin tendues, sur le mode "E.On dehors !", rappelle le secrétaire général, la situation s’est apaisée, estime-t-il, à force de pédagogie. Un appel à initiatives a été lancé, doté d’une "somme modeste", reconnaît Stéphane Morel, de 200 000 €. Objectif : faire émerger des solutions pour extraire le bois dans les pentes, ou encore amener les petits propriétaires à se regrouper dans des unités de gestion.
Stockage à Gardanne
À Gardanne, le bâtiment de stockage du bois sera prêt à la fin du mois. Turbine vapeur et alternateur seront installés dans l’été. Même si la phase vraiment opérationnelle n’est prévue qu’en 2015, il faut déjà préparer les arrivées : une vingtaine de contrats ont été signés avec différents opérateurs, sur la totalité des zones d’approvisionnement. Quatre l’ont été sur le Gard et la Lozère, "pour un total de 21 000 tonnes" qui atteint déjà les deux tiers de l’objectif cévenol.
E.On justifie ses prix d’achat inférieurs à celui des petites chaufferies : "C’est le prix normal des gros tonnages, avec une visibilité garantie sur quatre ou cinq ans." Quant au fait que l’usine ne fasse que de l’électricité, et pas de la cogénération électricité-chauffage, M. Morel précise que "cette dérogation a été actée par l’État en fonction de l’enjeu électrique pour la région Paca". Et, selon lui, l’efficacité énergétique, qui sera à Gardanne "de 41 %", pourrait passer à "50 % si nous contractualisons de la vente de vapeur".
Opposition de militants associatifs
Mais ne serait-ce pas là le baiser de la mort ? Des militants associatifs dénoncent en tout cas un remake de "la déforestation du XIXe siècle, avec ses conséquences désastreuses, dégradation des sols, inondations, désertification rurale". Nuançons la vision de mort des Cassandre : E.On compte se fournir en bois dans un rayon de 400 kilomètres autour de Gardanne. La part cévenole ne pèserait, annuellement, que pour 40 000 tonnes, sur un total d'environ 400 000. Soit 10 %. Et sur une surface qui va du Vigan à l'Ardèche. Une goutte d'eau, a priori : un grumier peut transporter 40 tonnes de bois. Voilà qui ferait 1 000 camions par an, trois par jour.
5 millions de tonnes de châtaigniers dépérissent dans les Cévennes
"La filière bois estime qu'il y a cinq millions de tonnes de châtaigniers dépérissant dans les Cévennes, assure Christophe Gleize. E.On et la bioénergie en général, c'est une chance, celle de créer des emplois et de protéger la châtaigneraie. Les gens parlent du gaz de schiste, mais notre pétrole, il est là. 1 000 tonnes, c'est un emploi. 40 000 tonnes, c'est 40 emplois."
Bien maigre récolte, pourrait-on dire. Mais le marché de la bioénergie dépasse largement le cadre d'E.On. En 2016, des taxes seront instituées sur les industries polluantes en CO2. De nombreuses collectivités activent donc la bascule vers la biomasse pour leurs chaudières. Les Cévennes pourraient donc profiter d'un marché bien plus large qu'E.On. Et les concurrences commencent à s'aiguiser, tirant les prix vers le haut.
Des prix jugés trop bas
Les acteurs de la filière forestière s'épient, jaloux de leurs territoires. L'usine de papier de Tarascon voit d'un très mauvais œil l'arrivée d'E.On. Le rapport de forces va aussi s'établir entre zones d'approvisionnement : les forestiers provençaux résistent pour l'instant aux offres d'E.On, jugeant les prix trop bas.
Si la bioénergie perturbe le marché du bois, encore faut-il que la forêt cévenole puisse entrer dans le jeu. "Qui va aller couper les arbres ?, interroge Christophe Gleize. Les forestiers préfèrent couper du résineux, beaucoup mieux conformé. Le châtaignier, c'est un bordel innommable." Ils n'ont pas des engins adaptés, les pentes sont sévères et le contexte, une succession de taillis, n'aide pas à un accès facile et à une rentabilisation optimale.
Christophe Gleize plaide pour "un dispositif de compensation" pris en charge par l'État. L'argument fait bondir un autre Viganais, Pierre Muller, adjoint à l'environnement de la ville : "Je ne vois pas pourquoi l'État irait mettre du fric pour faire tenir un projet bancal : il n'y a pas de cogénération, il faut du transport. Et, en plus, on ferait payer le contribuable ? Ce serait du Kafka !"
Christophe Gleize se veut en tout cas rassurant sur un point : les Cévennes ne seront pas massacrées. "On ne va pas faire un gros trou, assure-t-il. On connaît le poids des médias, des locaux qui vont se mettre en association et tout bloquer." Un protocole a été signé entre E.On et le Parc national des Cévennes pour encadrer les exploitations possibles.
L'élue Sophie Pantel : "On ne crache pas dessus, mais on reste vigilant"
Mais il s'agit surtout d'une déclaration d'intentions. Rien n'est cartographié, quantifié. Et ni le PNC ni l'État n'auront les moyens de tout vérifier. "On est protégé par les demandes d'autorisation", se rassure la conseillère régionale Sophie Pantel. "On ne crache pas dessus, mais on reste vigilant, poursuit-elle. Les quantités prélevées sont bien inférieures à ce que prélèvent déjà les entreprises locales. Et ce sont elles qui défoncent les routes et les barrières de dégel, ce n'est pas E.On."
Si le châtaignier n'était pas exploitable, l'usine de Gardanne "n'exclura pas d'exploiter du résineux, dans des zones plus faciles d'accès", note le Mendois Jean-Pierre Lafont, ex-directeur de la Forêt privée lozérienne et gardoise. Ça peut d'ailleurs être une piste : éradiquer la présence des pins qui ont souvent colonisé des pans entiers de montagne.
Redonner de la vigueur aux châtaigniers
Mais pour Jean-Pierre Lafont, il est urgent d'agir sur le châtaignier. "Il faut leur redonner de la vigueur. Et si l'on coupe, l'année d'après, il y a déjà des repousses d'un mètre. C'est une essence qui a besoin d'être renouvelée tous les trente ans. Ça fait soixante ans qu'il ne s'y passe plus rien. J'ai fait beaucoup de réunions sur la châtaigneraie dans ma carrière. Ça intéressait les gens, mais après, rien ! L'amour des Cévenols pour le châtaignier est platonique."
Originaire de Saint-Germain-de-Calberte, au cœur des Cévennes, Jean-Pierre Lafont se navre de voir sa châtaigneraie "crever à petit feu". C'était déjà, dans les années 70, le titre d'un livre de Jean-Pierre Chabrol, Le Crève-Cévenne. Les genêts, envahissants, qui étouffent le pays. La vie qui se retire. À petit feu. Le grand feu de la biomasse parviendra-t-il à la faire renaître de ses cendres ?

Pierre Muller, adjoint à l'environnement au Vigan : "Un gâchis"

Quelle est votre position quant au projet d’E.On ?
Je ne me fais pas trop d’illusions sur la stratégie de ce groupe transnational qui a besoin de points carbone parce qu’il pollue beaucoup sur d’autres sites. Ils ne font pas de cogénération à Gardanne : ils ne font que de l’électricité, pas de chauffage. On va brûler des forêts, transporter du bois sur 400 bornes et perdre 60 % de l’énergie. C’est un gâchis qui profite à une multinationale. C’est de l’opportunisme, du greenwashing : on repeint en vert une démarche économique. Leur boulot, ce n’est pas de retaper la châtaigneraie cévenole.
Ce n’est pas une mauvaise idée en soi de s’y intéresser…

Oui, tout le monde sera d’accord pour dire que la châtaigneraie cévenole est dégénérative. Quelques écolos babas défendent les châtaigniers mais cette châtaigneraie n’est pas défendable. Ça ne peut lui faire que du bien d’être régénérée. Mais il y a beaucoup de nuages sur ce beau projet. Les propriétaires vont prendre leurs 500 € l’hectare et ils achèteront un nouvel écran plat ! Si on fait ça, on aura loupé quelque chose : il faut, au contraire, que les gens se rassemblent, en groupements forestiers ou en coopératives, il faut un suivi de la régénérescence, pour éclaircir, sélectionner les rejets. Et il faut aussi parvenir à brûler le bois localement : pourquoi donner à E.On ce qu’on pourrait utiliser dans des chaudières collectives ici ? On est fauché. Le premier qui se pointe avec un Mickey ou un Disneyland, les maires vont se jeter sur lui. C’est le danger, comme celui du gaz de schiste ou des éoliennes.

 

 

 

 

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 21:30

 

 

Source : www.marianne.net


 

Le traité transatlantique menace aussi le peuple américain

Mardi 10 Juin 2014 à 14:00

 

Alexandre Coste
Journaliste à Marianne chargé de l'animation de la communauté des Mariannautes En savoir plus sur cet auteur

 

Le "Monde Diplomatique", comme l’a fait "Marianne" il y a quelques semaines, propose ce mois-ci à ses lecteurs un grand dossier sur le traité transatlantique. Parmi les points abordés, l’un s’avère très intéressant car peu évoqué dans les autres médias : les dangers que font courir aux citoyens américains ces négociations commerciales si elles aboutissent.

 

Thomas Graning/AP/SIPA
Thomas Graning/AP/SIPA

Non, les Européens ne sont pas les seuls à être menacés par la signature du traité transatlantique. La population nord-américaine a également du mouron à se faire. Dans le grand dossier sur le Grand Marché Transatlantique (GMT) qui paraît ce mois-ci dans le Monde Diplomatique, un article fait le point sur les dix principales menaces qui planent sur le peuple américain.
 
Si la perspective de trouver des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans les assiettes est une crainte légitime des opposants au traité en Europe, il faut savoir que le danger est partagé avec les Américains. En effet, aux Etats-Unis, près de la moitié des Etats imposent l’étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM. Mais les compagnies agro-industrielles du type Monsanto font pression pour que ces avertissements passent à la trappe à l’issue des négociations.

Ce n’est pas tout. On apprend que les entreprises pharmaceutiques européennes souhaitent que l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux renonce à ses contrôles indépendants préalables à la vente de médicaments sur le territoire des Etats-Unis. Et le lobby américain Pharmaceutical Research and Manufacturers of America (PHRMA) fait pression pour que le traité limite la capacité des gouvernements américains et européens à négocier la baisse du coût des soins pour les programmes publics de santé...
 
Mais le point le plus spectaculaire et le plus inattendu évoqué dans l'article du Monde diplo est la volonté des négociateurs européens de démanteler les réformes de Barack Obama pour encadrer le secteur financier, en s’attaquant notamment à « la règle Volcker, qui limite la capacité des banques commerciales à développer des activités spéculatives » ou bien encore à « la régulation publique des assurances »

Ironiquement, c’est le merveilleux monde de la banque qui pourrait sonner le glas du GMT. Du moins, c'est ce que prétend aujourd'hui l'exécutif français. La BNP pourrait être condamnée par le gouvernement américain à verser une amende de plus de 7 milliards d’euros pour avoir développé des activités avec des pays sous embargo (Cuba, l’Iran…). Une sanction qui n’est pas du goût de Laurent Fabius et François Hollande. Le président a annoncé qu’il mettrait le traité transatlantique dans la balance lors de sa rencontre avec Barack Obama qui a eu lieu jeudi dernier, lors de la commémoration du Débarquement en Normandie. Le même président qui avait expliqué, par le passé, qu'il fallait « aller vite » dans les négociations car « sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations »...

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 21:15

 

 

 

*Avant de rédiger une "Charte", présentation rapide et explication plus en détail du "comment" procéder, voici un préambule pour poser les bases de ce qui me paraît nous mouvoir, le pourquoi en quelque sorte du projet "Terre", devenu en cours de route, vous comprendrez peut-être comment, un non-projet (et ce qu'est un non- projet).
C'est un peu rapide, imparfait. J'espère formuler les pensées de tous...et je synthétise, comme d'hab, des pensées mieux et plus formulées ailleurs (en ces jours, importante contribution de Takis Fotopoulos, "Vers une démocratie générale, Seuil 2002", merci Willy...).
Ce n'est pas destiné à nous présenter, "officiellement" tout du moins...ce serait plus un constat d'impasse
, le refus du dictat, la fin des négociations, une déclaration de guerre...
Mais ce ne sera pas un "Sentier Lumineux", nos mains sont nos seules armes!

Biz,
Tina

Apparté (PS est proscrit): Le moto pompe, tout Bernard qu'il était, s'est révélé rétif malgré tous nos efforts mais la pompe à main du Mazet de la Font du Sorbier fonctionne désormais, remplis en 10 mn un bidon de 200 l d'eau. Du coup 12 m de haricots "Kokopelli" ont été semés, les tomates prospèrent...Mais la terre grille et cuit au soleil, vient la canicule, plus question de parler "plantation"...un très grand merci à celui qui a planté le mûrier et le figuier devant le Mazet!
Venez donc sous l'arbre à palabres écouter le bruit de l'eau fraîche qui jaillit. Avec un peu de chance, un fruit vous tomberas dans le bec...plotch!
Bye.

 

 

 

Terre, non-projet associatif, préambule présentatif, à ne pas mettre entre toutes les mains, non destinés aux « décideurs », à l’attention de tous les « dépossédés » :

 

Urbanisation, automatisation, réglementation, mondialisation. Que devient le territoire, celui qui nous entoure au présent sous l’effet de ces puissants mouvements ?

Il se privatise, se spécialise, se marchandise, rétrécit, échappe à tous.

Il n’est plus qu’un cadre anonyme, au mieux une vitrine, une Google map, succession de coordonnées géographiques imprécises et mal renseignées, sur une uniforme toile mondiale gérée ailleurs, dans « le nuage ».

 

Nous devons habiter, créer (produire), échanger…sans territoire rien ne peut se faire.

Est-il obligatoire que ces fonctions se traduisent sur le concret géographique et dans nos vies quotidiennes qu’il conditionne (tout « dématérialisés » que nous croyons devenir) par lotissements pavillonnaires « garage piscine », ZUP et bidonvilles, bureaux climatisés ou hangars surchauffés selon la classe, bitume et parking à peine agrémenté de Disneylands en plastique où on nous vends, en sachet et en poudre,  fabriquée en Syldavie par une firme du Kwandong, la bonne soupe paysanne bien de chez nous? Il en est des nourritures « célestes » comme des nourritures terrestres et on nous vend donc aussi indifféremment Rome, Las Vegas…et même la Démocratie.

 

Terre, quelle place te reste t-il, quelle place nous reste t-il ?  Comment contrecarrer artificialisation et dépossession pour trouver toute notre place, rien que notre place d’insignifiants et merveilleux humains dans l’infinie multitude du vivant ?

 

Terre, c’est ici et maintenant là où tout se passe, mais c’est aussi dans nos fantasmes qu’il faut que le ménage se fasse. Terre, nous n’aurons donc aucun projet pour toi ni pour nous même d’ailleurs, pas de « plan de carrière » ou de « projet personnalisé », pas plus qu’il n’y a de « dessin intelligent »  d’aucun « Grand Architecte ». Nous n’allons pas planifier, nous allons vivre et créer, notre chemin se fera en marchant et il commencera là où nous nous sommes arrêté.

 

Car à l’heure de l’e-commerce, quand sous nos yeux et en urgence TGV, autoroutes, aéroports arrachent les derniers bocages au nom de la vitesse et de la « modernité », pour relier « nulle part » à « nulle part », puisque l’espace est indifférencié, quand il devient moins cher de voler jusqu’à Vladivostok que de traverser, en tram-bus, la moindre Métropole, nous nous sommes de fait arrêtés.

Nous avons cessés de croire au futur parce que celui qu’on nous désigne ressemble à un mur qui nous enferme dans des cases inégales, nous barre tout horizon et sur lequel nous irons tous nous fracasser (et plus grande sera la case, plus grand sera le choc…).

Nous avons aussi cessé de croire qu’autour de nous il y a de l’amour et de l’eau fraîche en suffisance pour en bien vivre, nous avons cessé de croire que le fort doit protéger le faible, que chacun est libre, égal et fraternel…

Quand brûlent les dernières forêts vierges et qu’il n’y a plus place ni pour les vrais loups ni pour les vrai renards et que les poules, même « bio », vivent dans 20 cm2, nous nous sommes inventé une « Loi de la Jungle » selon laquelle il faut, pour toujours croître et ne jamais mourir, que l’homme soit un loup pour l’homme, le renard le plus libre possible dans le poulailler le plus réglementé possible, défense de s’unir pour s’en défendre.

Quand entre les peuples et les continents il ne reste plus que des océans de plastique dans lesquels s’engluent les réfugiés des guerres économiques et se perdent les avions supersoniques, en vérité l’humanité s’est arrêtée et nous devons la remettre en marche.

 

De la « voie royale du Progrès », nous ne voyons plus qu’un chemin miné, bordé des panneaux de la propagande pour un « Meilleur des Mondes », pubs glacées et fictives qui nous voilent ce que nous sommes devenus, détritus surnuméraires, déchets aussi encombrants et inutiles que les objets qu’on ne nous fait plus fabriquer mais qu’il nous faut, pour Sainte Croissance, à tout prix vendre et acheter.

 

Nous prendrons donc les chemins de traverse, sans balisage. Nous croirons donc au présent et en nous mêmes, la suite est aussi simple que mettre un pied devant l’autre, il faut juste le faire et commencer.

 

Puisqu’on nous veut atomes individualistes, nous serons alliage collectif. Puisqu’on nous pense « Equivalent Temps-Travail » ou « Unité de Consommation » nous serons « improductifs » et nous pratiquerons le don gratuit et réciproque. Puisqu’on prétend nous diriger, « Nation » par « Nation », dans un simulacre universel de démocratie représentative  à laquelle ne participent que les Rois d’un Marché mondialisé et leurs acolytes « communicants », nous créerons « Démos » par « Démos », la fédération autogérée des peuples pour discuter et décider, dans des usines sans patrons, des bureaux sans cadres, des écoles sans maîtres, des familles sans Pater, que produire, pourquoi le produire, comment le produire par qui et pour qui le produire.

 

Nous reprendrons le territoire et les biens communs, nous repeuplerons et unirons villes et campagnes, construirons un espace ou tout être vivant aura sa place pour vivre sous un même soleil sur notre unique Terre et pourra croître selon sa propre nature.

 

Concrètement et dans le but de s’extirper de la fange qui nous englue et nous aspire vers l’abîme nous devons, là ou nous sommes, nous constituer, comme l’ont fait les « Indignés », en Assemblée locales, discussives et exécutives, pour des actions « contre » leur système et des réalisations « pour » un autre système, notre système. Notre propagande, ce sera non plus uniquement des slogans, aussi éducatif, jouissif et festif soit-il de les lancer à la face des puissants, mais aussi des réalisations concrètes, ici, dans le pays et parmi la population qui nous entoure, notre démos.

 

Portés par la dernière vague des révolutions et des mouvements « Occupy quelque chose », nous, « Indignés », avions commencé des projets dont beaucoup ont avortés. Certains, parmi ceux que nous avons échoués à construire sont et seront, ici ou ailleurs, immanquablement repris et réussis par d’autres. Que nous importe que ce soit nous qui réussissions, c’est la construction de ces projets qui compte, pour l’exemple, pour dire à tous que ce nouveau monde est non seulement possible mais désirable. Marinaleda, c’est loin, Alternatiba c’est à Bayonne…mais ici, autour de nous se sont crées des dizaines de « Marinaleda », moins célèbres mais tout aussi réels. Ces gens ne nous ont pas attendu, ils ont fait.

Nous aussi avons cependant impulsé deux réalisations concrètes, qui ne sont pas des « terrains de loisir » mais des lieux pour produire (créer) que ce soit des légumes ou du lien, nous les feront vivre chacun à sa  manière et un bel avenir leur est promis. C’est ici, entre la ville et sa périphérie, ce sont nos bases, nos laboratoires d’où nous irons « contaminer » le monde alentour. Ce sont là nos non-projets associatifs, qu’ils vivent !

 

Une autre vague va se lever, elle gronde  et déferle déjà à l’horizon, si c’est son impact qui détruit le mur (transatlantique… tout en commémorant la chute du dernier, « on » nous en bâtit un autre…) qui nous emprisonne ce ne sera pas elle qui l’aura pulvérisé, mais l’impact de toutes celles qui l’auront ébranlé auparavant. Nous, « gouttes d’eau » ou « autres colibris », si le choc nous disperse encore et que, comme à cette heure, nous flottons au hasard portés par les remous désordonnés de la mer qui se reforme, nous devons, enthousiastes particules, avec toutes autres « gouttes d’eau » ou « colibris » qui nous entourent, nous soulever encore à nouveau.

Il va tomber !

 

TINA

 

 


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