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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 20:02

 

Source : www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre

 

 

Du Grain à moudre

Syndiquer le contenu par Hervé Gardette Le site de l'émission

 

26.03.2014 - 18:20 

 

 

« J’ai bataillé pendant toute ma carrière politique pour renforcer la protection des consommateurs. Je n’ai pas l’intention de signer un accord qui l’affaiblirait » Celui qui parle, c’est Barack Obama, il y a quelques heures de cela, à Bruxelles. L’accord dont il est question, c’est le projet de partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, le TTIP, qui vise à mettre en place, à l’horizon 2015, une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne.

Si le président américain a jugé nécessaire de rassurer ses interlocuteurs européens tout à l’heure, c’est bien parce que ce projet d’accord inquiète. Une inquiétude à la mesure de ce nouveau marché, gigantesque : 820 millions de consommateurs, la moitié de la création de la richesse mondiale, le tiers des échanges commerciaux.

Mais pour en arriver là, chaque partie va devoir faire des concessions. Les droits de douane seront supprimés de part et d’autre. Surtout, les normes réglementaires qui protègent les consommateurs devront être harmonisées, avec le risque que cette harmonisation se fasse par le bas. Devrons-nous manger du bœuf aux hormones ? consommer de la volaille nettoyée au chlore ?

 

Aurélie Trouvé et Vincent Champain JCF © Radio France

Quatre rounds de négociations ont déjà eu lieu entre les deux futurs partenaires depuis l’été dernier, sans que l’on sache vraiment quels sont les termes de la discussion, ce qui alimente là aussi les réticences à voir naitre ce TTIP.

 

« A qui profite la zone de libre-échange transatlantique ? »

C’est notre sujet du jour :

 

*Pour écouter l'émission cliquer ici

 

 

Les négociations bilatérales entre l'Europe et les Etats-Unis sont-elles la preuve que les Etats préfèrent négocier directement entre eux plutôt qu'au sein de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ? Mais alors, l'OMC sert-elle encore à quelque chose ? C'est la question que Mélanie Chalandon a posé à Michel Fouquin, conseiller au CEPII (Centre d'Études Prospectives et d'Informations Internationales)

Lecture

Invité(s) :
Aurélie Trouvé, ingénieur agronome, économiste, co-présidente du Conseil scientifique d’Attac
Vincent Champain, économiste et coprésident de l'Observatoire du Long Terme

 

 

Lien(s)

 

 

Source : www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre

 



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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 22:13

 

Source : www.marianne.net

 

Pourquoi il faut sortir de l'euro

Samedi 29 Mars 2014 à 10:24

 

Propos recueillis par Hervé Nathan

 

L'économiste Frédéric Lordon publie "la Malfaçon", réflexion sur la manière dont la monnaie unique européenne a détruit les souverainetés populaires. Le livre le plus important avant les élections européennes. Il a répondu à "Marianne" en exclusivité.


Baltel/SIPA
Baltel/SIPA
Fut un temps où il était impossible d'émettre la moindre critique sur l'euro. La pensée économique était aussi unique que la monnaie et endormait les 324 millions de citoyens peuplant ladite zone euro. La crise de 2008, la plus longue et profonde depuis 1930, a balayé les certitudes au point que l'euro bashing serait presque devenu tendance. Raison de plus pour être sélectif dans la critique. Celle que nous propose aujourd'hui Frédéric Lordon sort justement du commun. Plutôt que de nous démontrer par a + b qu'on peut sortir de la monnaie unique, que cela ne nous coûtera pas trop cher, que les problèmes économiques du pays en seraient magiquement résolus et que cela ne tirerait pas à conséquences, il affirme au contraire, à raison, qu'il ne s'agira pas d'un dîner de gala.

Absence de démocratie

Si la Malfaçon s'avère, ce que nous postulons, être l'essai le plus important avant les élections européennes du 27 mai prochain, c'est qu'il élève le problème à son vrai niveau, celui de la politique, au sens de savoir qui gouverne la cité. Les traités constitutifs de l'euro ont littéralement congelé la politique économique, l'ont emprisonnée dans des rets si serrés que les peuples n'ont plus le pouvoir de choisir leur avenir, ce qui est bien l'absence de toute démocratie. Le réquisitoire implacable de Lordon, c'est que tout ça n'est pas le fait du hasard : «Que le peuple souverain puisse décider et réviser à sa guise, c'est ce que les puissances qui dominent la construction européenne ne veulent à aucun prix. Il ferait beau voir que le souverain décide contre les intérêts du capital.».

Faut-il le suivre jusqu'au bout ? Au centre de la Malfaçon, il y a l'Allemagne, purement et simplement réduite ici à l'idéologie de la Bundesbank. Or c'est pourtant d'Allemagne, de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, que nous vient l'exigence renouvelée d'un pouvoir européen réellement démocratique. Mais la primauté supposée de la banque allemande sur le pouvoir politique permet de nier toute évolution possible de l'Europe, et donc, non seulement de prôner la sortie de l'euro, mais aussi le détricotage de l'Union européenne elle-même, ce qui est encore autre chose. Lordon ne laisse aucune chance à une «autre Europe». Même s'il s'en défend, le retour au «national» n'est qu'une étape, le point de passage vers un autre monde possible, l'abolition du capitalisme, qui redeviendrait une potentialité dès lors que le peuple serait en possession du pouvoir. On pense irrésistiblement à un «programme de transition», comme aurait dit Léon Trotski, qui amènerait par étapes la société à remettre en cause tout l'ordre social établi. Il n'est pas question de s'interdire l'utopie - à l'heure de la crise, qui le pourrait ? Notre problème à tous, c'est que tandis qu'aucune formation de la gauche ne soutient pour l'heure cette solution, à l'autre bout de l'échiquier politique, une Marine Le Pen a aussi repéré «l'ouvre-boîtes» que serait une sortie de l'euro. Non pas pour aller vers l'émancipation des travailleurs, mais pour ériger à partir de la souveraineté retrouvée un modèle d'Etat autoritaire et de ségrégation. Et elle a une longueur d'avance. n Hervé Nathan

Marianne : Le débat que nous allons avoir n'a pas besoin de faire le procès de l'euro. Nous tenons pour acquis que la monnaie unique, telle qu'elle a été instituée, dysfonctionne, que les règles qui la gouvernent sont, comme vous l'affirmez, «intrinsèquement stupides». Ce qui nous intéresse d'abord, c'est que vous présentez la crise comme «politique avant d'être économique»...

Frédéric Lordon : En effet, je ne situe pas l'enjeu majeur de la sortie de l'euro dans une stratégie économique de dévaluation du change mais dans une entreprise politique de restauration de la souveraineté. Dont la monnaie unique a opéré une invraisemblable destruction. Il faut d'abord y voir l'effet de l'ordolibéralisme allemand [courant libéral apparu dans les années 30] pour lequel le caractère souverain des politiques publiques est une abomination de principe, l'arbitraire et la déraison étatiques par excellence. Sans surprise, c'est en matière de politique monétaire que cette phobie a été portée à son plus haut point. Imposée telle quelle à l'Europe par l'Allemagne, elle a conduit à un modèle qui asservit la conduite des politiques économiques à des règles a priori, celles des traités. Mais dans «politique économique» il y a bien «politique» ! Terme qui se trouve pourtant purement et simplement annulé par réduction à une automatique de la «stabilité». Pour faire bonne mesure, l'Allemagne, anticipant non sans raison que les règles pouvaient être violées, a obtenu que les politiques économiques soient exposées au jugement permanent des marchés de capitaux, instance disciplinaire à la puissance sans équivalent et infaillible garante du respect des normes de l'orthodoxie, le nom convenable dont s'habillent les intérêts de la rente. Les tares économiques de cette construction sont maintenant parfaitement connues. Mais ses tares politiques sont bien pires. L'ordolibéralisme euro-allemand a eu pour effet de barrer l'essence même de la souveraineté politique. Et l'Europe présente nous oblige à répondre à cette question : acceptons-nous de vivre dans un monde d'où toute substance politique a été retirée ?

A vous entendre, on a changé de régime, passant de la souveraineté au pouvoir du capital. Or, on n'a pas l'impression que les buts poursuivis par les gouvernements et les majorités différaient fondamentalement d'aujourd'hui. Le personnel politique du «monde d'avant» est toujours en place. Nous serions passés en dix ans de la lumière à l'ombre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

F.L. : Comme souvent, le paradoxe n'est qu'apparent. Il est tout à fait exact que les orientations présentes de la politique économique française sont en place depuis les années 80, et, en cela, ne doivent rien à l'union monétaire, qui les a redéployées dans son cadre propre. Mais avec une différence radicale : en leur donnant un caractère non seulement supranational mais constitutionnel ! La tare congénitale de l'euro se tient précisément ici : dans le fait d'avoir constitutionnalisé des contenus de politiques publiques, économique et monétaire en l'occurrence. Rêve néolibéral assurément, mais monstruosité scandaleuse à quiconque conserve un peu de sens aux mots de «souveraineté démocratique». On constitutionnalise les principes généraux de l'organisation des pouvoirs publics, ou bien des droits fondamentaux. Mais la sanctuarisation irréversible, sous la norme juridique la plus haute, donc la moins atteignable, de ce que doivent être et de ce que doivent faire les politiques publiques, c'est une infamie qui ruine jusqu'à l'idée même de modernité politique. Il nous reste donc le loisir d'organiser à notre guise la flicaille et les Vélib'. Mais de ce qui pèse le plus lourdement sur les conditions d'existence de la population, les politiques économiques, nous ne pouvons plus discuter : les réponses sont déjà tout écrites et enfermées dans d'inaccessibles traités. C'est une monstruosité politique contre laquelle il faut redire que la démocratie consiste dans le droit irrécusable à la réversibilité, à la possibilité permanente et inconditionnelle de la remise en jeu, dans le cadre de la délibération politique ordinaire. La montée générale des extrêmes droites n'est pas autre chose qu'une pathologie réactionnelle, qui doit tout ou presque à cette atteinte fondamentale à la conception que les collectivités politiques se font d'elles-mêmes comme communautés de destin souveraines.

Vous affirmez donc qu'il faut retrouver la souveraineté. Et, dites-vous, «c'est plus facile dans le cadre national, qu'au niveau européen». Certes, mais on ne parle pas de la même échelle. Au niveau national, on récupérerait les instruments de pouvoir d'un pays de 65 millions d'habitants. Au niveau de la zone euro, de la puissance de feu de 324 millions d'âmes. Par exemple, un protectionnisme européen serait plus productif vis-à-vis du reste du monde qu'un protectionnisme national...

F.L. : Je soutiens en effet que la base nationale a pour rustique vertu que les structures institutionnelles et symboliques de la souveraineté y sont là, tout armées, et prêtes à être instantanément réactivées en cas de besoin. Cependant, qu'une stratégie de protectionnisme à l'échelle européenne soit plus efficace, j'en conviens sans la moindre difficulté. Mais en principe seulement. Car, en pratique, qui peut imaginer un seul instant qu'une Commission intoxiquée de libre-échangisme jusqu'au trognon puisse jamais vouloir une chose pareille ? A moins, bien sûr, qu'il ne se produise une miraculeuse unanimité intergouvernementale pour le vouloir à sa place... Mais, si votre question est plus largement celle de la sortie «par le haut» d'un fédéralisme européen souverain, il y a malheureusement loin de l'idée générale à sa réalisation.

Certes, mais qui est réticent ? Les Allemands ? Non ! Ce sont les Français qui refusent constamment les propositions des Allemands pour rétablir un niveau de souveraineté au niveau européen. Jacques Chirac et Lionel Jospin ont refusé en 2000 les propositions démocratiques de Joschka Fischer. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe affirme périodiquement que l'on ne peut pas continuer à gouverner la zone euro sans le consentement des citoyens et demande un saut démocratique...

F.L. : Que l'Allemagne soit plus allante - très relativement - que la France pour se diriger vers un fédéralisme européen, ça ne m'est pas coûteux non plus de l'accorder. Mais quel fédéralisme l'Allemagne a-t-elle en tête exactement ? Comment imaginer qu'elle puisse le concevoir autrement qu'en y reconduisant l'absolu sine qua non du modèle de politique économique qu'elle a imposé à l'Europe, et dont elle a fait, dès le début, la condition non négociable de toute participation ?

L'idée d'un fédéralisme européen est très aimable en principe, mais ses défenseurs oublient systématiquement de s'interroger sur ses conditions de possibilité. Or on ne s'en tirera pas avec un simple bricolage institutionnel qui penserait avoir fait de la politique en posant une nouvelle chambre dotée de quelques prérogatives élargies au milieu de nulle part. Cette croyance formaliste, à laquelle le philosophe Jürgen Habermas a donné le nom de «patriotisme constitutionnel», est pour l'heure une chimère. Car les institutions n'instituent pas leurs propres prérequis, et notamment celui qui garantit un fond de communauté tel que pourra s'appliquer une loi de la majorité européenne, à laquelle une minorité consentira à se soumettre sans avoir aussitôt envie de faire sécession. Or, voici l'expérience de pensée à laquelle je conditionne toute idée fédéraliste européenne : l'Allemagne accepterait-elle, non seulement que soient réintégrées dans le périmètre de la délibération démocratique ordinaire toutes les matières qu'elle s'est évertuée à sanctuariser dans les traités, mais aussi d'être mise en minorité si d'aventure la démocratie européenne décidait de revenir sur l'indépendance de la banque centrale, de monétiser les déficits ou de rompre avec l'obsession anti-inflationniste ? Tant qu'on n'aura pas prouvé que la réponse à cette question peut être positive, l'idée de fédéralisme européen demeurera une abstraction politique nulle et non avenue.

La réponse est non aujourd'hui. Mais les choses changent historiquement. Les Allemands bougent, certes lentement et sans entrain, mais les majorités successives outre-Rhin ont toujours fait le pas nécessaire. Rien ne dit par exemple que la Cour de Karlsruhe ne finisse pas par accepter le soutien que la BCE de Mario Draghi a apporté aux Etats en difficulté... Vous désespérez un peu vite !

F.L. : Comme toute société, l'Allemagne évolue et ses invariants symboliques de longue période (pas si longue d'ailleurs, tout ça ne remonte jamais qu'aux années 20) finiront évidemment par changer, en matière monétaire comme pour le reste. Mais la question est ici toute concrète : quand ? Des peuples crèvent et l'urgence est extrême. Le seul accélérateur de l'histoire possible viendrait de ce que l'Allemagne, à son tour, se mette à souffrir des dégâts que ses principes infligent à toute l'Europe. Eventualité improbable cependant, car les principes allemands sont... adéquats à l'économie allemande !

Certains critiques de l'euro affirment qu'il faut «casser l'euro pour sauver l'Europe». Mais ce n'est pas votre propos : votre projet de monnaie commune, alternative à l'euro, exclut l'Allemagne, et de fait ses satellites : Autriche, Pays-Bas, Finlande, Belgique. Une Europe sans ces pays, ce n'est pas l'Europe...

F.L. : Oui, la monnaie commune se ferait, dans un premier temps, sans l'Allemagne ni ses satellites. Le projet européen y survivrait-il, comme à une sortie unilatérale de l'euro, d'ailleurs ? Je ne sais pas, et, pour tout vous dire, c'est une question que je ne trouve pas très importante. Ou plutôt que je trouve mal posée telle quelle. Il faut en finir avec ce fétichisme européen, qui cherche à «faire l'Europe» sans jamais s'interroger sur les conditions de possibilité politiques de ses lubies successives. Et il faut en finir aussi avec ces imprécations, moitié débiles, moitié hallucinées, qui nous promettent l'enfermement façon forteresse et la régression obsidionale en cas d'abandon de l'euro, comme si la France d'avant l'euro, comme si les 170 nations hors Union européenne n'étaient que des Corée du Nord. La bêtise d'une certaine éditocratie est sans fond. Il n'y a que des avantages à cesser de poursuivre des fantasmes de constructions mal conçues, pensée défectueuse qui a produit suffisamment de désastres pour qu'on s'en avise. On peut ne pas faire monnaie unique ni libre-échange sans rivage, et pourtant continuer d'approfondir tous les autres liens entre peuples, précisément en déshérence aujourd'hui : scientifiques, artistiques, éducatifs, culturels. Incroyable : il y a une vie possible entre les nations hors la circulation des marchandises et des capitaux !

Reste une question politique. Vos propositions, comme celles de Jacques Sapir, ne sont portées que par une formation en France, à l'extrême droite, dont vous dites que vous «l'exécrez». Vous-même, vous êtes pour la sortie du capitalisme. Alors êtes-vous «l'idiot utile» du Front national, c'est-à-dire un homme aux convictions sincères mais qui fournit à d'autres les marrons à retirer du feu ? Que faire pour ne pas être récupéré ?

F.L. : A part répéter que l'entreprise politique du FN m'est odieuse, rien. Ou plutôt si : refuser à toute force la démission intellectuelle et politique qui consent à se laisser dépouiller de tout - euro, mais aussi critique de la finance, et même lutte des classes ! - dès lors que le FN y a mis ses pattes sales. Les idiots utiles me semblent plutôt à trouver du côté des tenants de cette désertion qui a pour effet de laisser au FN le monopole et de la critique et de la défiguration de la critique. Si mon travail a un sens politique, c'est bien celui de lui ravir ce monopole, que d'autres partis, le Front de gauche notamment, s'emparent de ces idées et nous délivrent de ce fléau où d'ailleurs l'européisme abstrait trouve désormais son premier et dernier argument. Car les alliances objectives ne sont pas toujours celles qu'on croit. 


REPÈRES

Ordo-libéralisme

Ecole de pensée économique issue de la pensée chrétienne allemande qui postule que l'économie de marché doit s'inscrire dans un cadre normatif fixé par l'Etat, qui ne doit ensuite pas intervenir dans son fonctionnement. Les règles sont nécessaires et suffisantes à garantir l'ordre social. L'ordolibéralisme se distingue du libéralisme pur, qui postule le laisser-faire.

Monnaie commune

Elle se distingue de la monnaie unique en ce qu'elle permet des ajustements concertés entre les monnaies nationales qui la composent, et qu'elle sert de vecteur des échanges avec les autres économies. Elle permet aux pays membres de régler leurs compétitivités relatives par des dévaluations et d'échapper aux mouvements spéculatifs à l'intérieur de sa zone.

Jürgen Habermas

Philosophe allemand, né en 1929, pour qui un «patriotisme constitutionnel», autrement dit l'attachement à la démocratie, doit remplacer la référence à l'Etat-nation dans son pays, après le nazisme.
 

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:33

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Chaussette et démocratie 29/03/2014 à 19h16

A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour !

Emilie Brouze | Journaliste Rue89

 

Ils en avaient assez que le maire sortant décide seul : les habitants de ce village de la Drôme ont travaillé pendant des mois à une liste collégiale, et vécu une belle expérience de démocratie participative.

Sujet suggéré par
un internaute

(De Saillans, Drôme) Que ceux qui ne croient plus à la politique aillent donc passer quelques jours dans ce petit coin au sud du Vercors. Ce qui s’y est passé ces derniers mois pourrait bien les faire changer d’avis. Joachim Hirschler, l’un des nouveaux élus de Saillans, rapporte avec délice la remarque d’une habitante :

« C’est magnifique : c’est la première fois que je vote avec le sourire. »


Le pont de Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

Dans ce village de la Drôme, les municipales ont brassé une énergie formidable.

Face au maire sortant, quelques habitants ont lancé l’idée d’une « liste collégiale ». Avec l’envie de changer les choses, de ne pas voter « par dépit », ils se sont lancés dans une nouvelle manière de gérer leur commune, en sollicitant tous leurs voisins.

Une « démocratie participative » pour laquelle ils ont renversé l’organisation pyramidale de la mairie.

Hop, voilà les 1 199 habitants au sommet. Par petits groupes, ils ont imaginé ensemble des dizaines de projets et jusqu’à 250 personnes se sont réunies lors des réunions publiques – soit presque le quart de la population !

Ces deux derniers mois, on ne parlait plus que de politique, au village. Joachim Hirschler :

« A la fin on n’en pouvait plus, il fallait vraiment faire ces élections. »

La Drôme à Saillans, en mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

La Drôme à Saillans, en mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

Réveil des consciences

Cris de joie à l’annonce des résultats dimanche dernier, dans une salle bondée : la liste collégiale remporte les élections au premier tour avec 56,8% des voix (pour 1 070 inscrits) et 110 bulletins d’écart avec la liste du maire sortant, qui conserve trois sièges.

 

 

L’annonce des résultats des élections

Le soir même, les membres de la liste collégiale et ses sympathisants ont bu plus de Clairette de Die que prévu. Il ne reste que des bouteilles de jus de pomme qu’Annie Morin, la première adjointe, a mis de côté pour le conseil municipal du vendredi suivant. Le tout premier.

« Va falloir travailler ensemble, maintenant, pour l’intérêt commun ! », fait remarquer une vieille dame qui promène son caniche près du cimetière. « Les gens attendaient quelque chose de ces élections », sourit Sabine Girard, l’une des élues. Isabelle Raffner, sur la même liste, acquiesce :

« Qu’on gagne ou qu’on perde, il s’est passé un truc. Un réveil des consciences. Des rencontres, du partage. Quoi qu’il arrivait, ça allait changer. »

« Un village un peu rebelle »

A Saillans, la vie est habituellement aussi douce que les couleurs des maisons. Sur les façades, du saumon, de la menthe à l’eau ou des nuances de rose. La Drôme qui coule sous le pont de pierre à l’entrée du village est d’un bleu lagon, tout en transparence.


Deux façades à Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

Les habitants affirment qu’il y a dans ce village une énergie hors du commun. Une effervescence qui doit en partie expliquer ce qui s’est déroulé ces dernières semaines. Saillans a connu l’exode rural et ses maisons abandonnées, avant de voir sa population grossir depuis une dizaine d’années. Vincent Beillard, le nouveau maire, installé depuis 2005, fait partie de ces « néo ».

Making of

C’est une riveraine, Ludmilla, qui nous a signalé l’expérience de Saillans et la victoire de la « liste collégiale » : « ...79 % de votants, une belle mobilisation pour contrer le maire sortant François Pégon cadre-politicien, qui menait une politique mono-décisionnelle [...] S’il y a un nouveau maire c’est que la constitution l’exige, car la volonté de la nouvelle maire est tout autre ». Rue89

 

Le village foisonne aussi d’associations (une quarantaine, selon Annie Morin). Comme L’Oignon, lancé en 2011, qui propose des soirées vinyles ou des cours de langues.

Son local, sur la Grande rue, hébergeait autrefois un cercle républicain – L’Union. L’Oignon compte plus d’adhérents que d’habitants.

Confinés dans la vallée, les villageois assurent enfin qu’ils bénéficient d’un microclimat : quand ça souffle à Crest (la commune d’Hervé Mariton, réélu au premier tour), le mistral passe au-dessus des Saillansons.

« Le village est réputé pour être un peu rebelle », s’exalte Michel Gautheron.

« Il y a l’histoire de la supérette, de la carrière ou la fermeture de la gare – on s’était mis sur la voie pour arrêter les trains ! »

« Faut faire quelque chose ! »

L’aventure de « Autrement pour Saillans... tous ensemble » a démarré en juin autour d’un trio de villageois, Fernand Karagiannis, Annie Morin et André Oddon. Ils en avaient marre du coté « chef de village » du maire, François Pégon, qui prenaient des décisions sans consulter la population. Ils ont commencé à imaginer une démocratie participative.

Annie, ex-enseignante, raconte que le maire sortant était très attaché au mode électif :


Le « A » d’anarchie sous l’abri-bus (E.B./Rue89)

« J’ai dit “x fois” au maire que ça ne fonctionnait plus. De moins en moins de gens assistaient au conseil, les gens se désintéressaient. »

Dans le trio, André Oddon ne tenait pas en place : « Faut faire quelque chose ! »

IIs ont commencé à réfléchir à un projet de gestion municipale alternatif. Leur envie a commencé à s’ébruiter après les grandes vacances, par bouche à oreille.

Le supermarché, goutte d’eau de trop

Un événement a cristallisé le ras-le-bol, en 2010 : le projet d’une supérette qui devait être implantée à la sortie du village. Le maire n’a pas consulté les habitants pour cette décision importante : le supermarché, qui n’était pas accessible à pied depuis le centre, risquait d’affecter les petits commerces.

Un collectif, Pays de Saillans vivant, s’est mobilisé contre le projet, à grand renfort de pétitions, manifestations et courriers. Avec succès : le supermarché a été abandonné.

La bataille du supermarché a fourni l’énergie nécessaire aux débats sur la gestion de la commune : le succès des premières réunions publiques en a surpris plus d’un.

Au début, on ne parlait ni de liste, ni de programme. Il n’y avait, comme document de travail, qu’une feuille en papier pour que les intéressés puissent laisser leurs coordonnées.

Le 16 novembre, dans une salle polyvalente remplie (120 têtes, « un événement en soi »), les habitants ont été invités à parler de leur village – une sorte de diagnostic – avant d’avancer des idées.

Huit groupes de travail ont été constitués, encadrés par des animateurs : environnement, vivre ensemble, sport, jeunesse... Tristan Rechid, qui travaille dans un centre social, explique qu’ils ont utilisé les méthodes de l’éducation populaire, avec des gommettes et des post-it :

« On avait ce pari fou : bâtir un programme qui ne sortait pas de la tête d’un élu. On était en posture d’animateurs, à l’écoute, et trente projets ont été définis, initiés par des propositions d’habitants : de petites choses quotidiennes, de l’embellissement aux crottes de chien en passant par la redéfinition du stationnement. »

Pendant cette réunion, les habitants ont beaucoup parlé de lien social, d’écoute et de ce qu’ils pourraient faire pour décloisonner les générations et les groupes.

Les personnes âgées, par exemple, avaient envie d’être intégrées au projet de Maison de l’enfance et de la parentalité, issue de l’ancienne municipalité.


Les sympathisants de la liste collégiale, à Saillans, en février 2014 (Emmanuel Cappellin)

Les municipales, passage obligé

La liste de « Autrement pour Saillans » s’est constituée au début de l’année. Beaucoup d’associatifs et une majorité d’actifs, de 20 à 66 ans. Tout le monde est au même niveau : l’absence de hiérarchie se ressent au niveau de l’animation des réunions.

Ils n’ont jamais parlé de la « politique avec un grand P » et ignorent les penchants de leurs colistiers – le village vote plutôt à gauche. Ils disent se rassembler autour de valeurs communes, mises au propre dans une charte – on retrouve le dialogue, la transparence ou la protection de l’environnement.

Campagne

Un local de permanence sur la Grande Rue, des réunions publiques, une présence sur le marché du dimanche... la campagne de « Autrement pour Saillans... tous ensemble » a coûté 1 500 euros, financée par des dons.

 

« Ça m’a fait plaisir que de voir que des gens différents se retrouvaient ensemble, sans aucune cooptation », résume une élue, Dominique Balderanis.

Pour choisir leur tête de liste, ils ont tranché selon les disponibilités de chacun. Tristan Rechid :

« On a essayé de tenir jusqu’au bout pour ne pas avoir une personne désignée. Il y avait “la liste de Pegon” [le maire sortant, ndlr] et “la liste collégiale”.

On a gagné sur ce point : on n’a pas voté pour une personne mais pour un projet. »

Conseil des sages

Durant les réunions publiques, les habitants ont également construit le schéma de fonctionnement de leur municipalité idéale.


Le schéma de fonctionnement « collégial et participatif »

« On est même allés jusqu’à se demander si on avait besoin d’un maire », précise Tristan Rechid. Les conseillers municipaux fonctionneront en binôme autour de sept compétences communales. Les indemnités leur seront équitablement réparties, en fonction du temps investi.

Que faire des trois élus de l’opposition ? « On va les intégrer dans notre fonctionnement, leur proposer de travailler selon nos méthodes », précise Vincent Beillard, le nouveau maire.

Une à deux fois par an, la population sera invitée à donner ses idées lors d’assemblées (les « commissions participatives » du schéma). Le reste de l’année, il y aura des petits comités sur des sujets précis, comme le choix du mobilier urbain ou la question des rythmes scolaires. Et s’il faudra trancher sur une chose importante, les élus aimeraient organiser des référendums.


Des chats se la coulent douce à Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

Sabine se souvient que les beaucoup d’habitants avaient critiqué l’abattage d’arbres centenaires, sous l’ancienne municipalité :

« Peut-être que ce choix était rationnel... Si on avait eu tous les éléments du dossiers, on serait peut-être arrivé au même résultat. On veut prendre des décisions qui paraissent justes. »

Dans ce schéma de fonctionnement, il y aussi un « conseil des sages » : neuf habitants, qui veilleront au respect de la politique participative et en seront les ambassadeurs.

Car les élus veulent partager leurs méthodes, « essaimer » dans d’autres communes.


Saillans et Les Trois becs, à l’horizon (Emilie Brouze/Rue89)

« Complètement utopiste »

« Quand je suis sortie de la première réunion, je me suis dit que c’était complétement utopiste, qu’on y arriverait jamais », se souvient Sabine Girard, une géographe de 36 ans, attablée à la terrasse du Café des sports.

L’élue continue :

« Je suis quand même revenue et je me suis laissée embarquer par l’énergie du groupe. »

Les plus vieux ont joué un rôle important, juge-t-elle, alors que sa propre génération y croyait mollement.

Toutes ces réunions, ces centaines d’e-mails, cette campagne... Ça n’a pas été « un long fleuve tranquille », raconte Annie.

« Il y avait beaucoup d’interrogations. Parfois, je rentrais et j’avais l’impression de ne pas avancer. Il y avait des frictions, du débat, on savait que ça allait être épuisant mais on est restés. »

Les participants parlent tous d’un mélange d’utopie et de rigueur, de rêve et de travail.


Les élus dans la salle du conseil, le 27 mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

« Arme de discussion massive »

Ce jeudi, le maire et sa première adjointe, fraîchement élus, s’arrêtent toutes les cinq minutes pour dire bonjour, serrer des mains, faire des bises. Vincent porte un T-shirt à message de circonstance : « arme de discussion massive », est-il indiqué sous un haut-parleur.

Plus loin, un homme les interpelle déjà car sa vigne vierge a été soit-disant arrachée par du personnel communal :

« C’est toujours mieux de le dire amicalement plutôt que d’envoyer une lettre avec des photos. »


Annie Morin et Vincent Beillard (Emilie Brouze/Rue89)

Les résultats du premier tour sont encore placardés sur la porte en bois de la mairie. Le premier magistrat n’a pas encore récupéré les clés de l’entrée mais les nouveaux élus utilisent une salle au premier étage, pour leur « réunion de pilotage » hebdomadaire, ouverte au public. La première des six ans de mandat.


Hollande caché derrière un buste dans la salle du conseil (Emilie Brouze/Rue89)

Comme ils se trouvent à côté de la salle du conseil, plusieurs élus vont jeter un œil. « Ils ont caché Hollande ! », rient-ils en pointant le portrait, posé au fond derrière un buste.

Le maire prend la parole et fait le point sur le pot offert aux employés municipaux ou les travaux de la grande rue.

Ils parlent aussi de l’intercommunalité : les élus ont rencontré plusieurs maires pour parler stratégie :

« C’est vrai que dès qu’on sort de Saillans, on est obligés de rentrer dans le jeu politique. »


Lors du comité de pilotage le 27 mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

A la fin, surprise : le maire reçoit un petit cadeau de ses colistiers qu’il déballe, amusé. Une paire de chaussettes.

« On en avait marre de voir les tiennes trouées. »

Pour Sabine Girard, le pire maintenant serait de décevoir les attentes. Ou s’enliser dans une machine ingouvernable.

Puisque les habitants les ont choisi, ils vont devoir travailler ensemble. Avec Olivier, le secrétaire de mairie, ils sont en train d’étudier les obligations légales pour clarifier l’organisation de la nouvelle municipalité. Sabine Girard craint la routine, aussi :

« Le défi, ça va être aussi de maintenir cette énergie. »


Annie Morin et Vincent Beillard, première adjointe et maire, dans la salle du conseil de Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:08

 

*Note perso : un article qui date un peu mais qui reste d'actualité

 

Source : www.terraeco.net

 

28-10-2011

 

Edgar Morin : «  Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe  »

 

 

Edgar Morin : « Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe »
(Crédit photo : Olivier Roller)
 
Entretien - Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir. A 90 ans, le philosophe et sociologue nous invite à résister au diktat de l’urgence. Pour lui, l’espoir est à portée de main. Entretien.

Article publié dans le

N° 30 - novembre 2011

 

Ralentir… vite !

Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?

La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Cela est-il donc si nouveau ?

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi ?

Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance ?

Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

Décélération signifierait décroissance ?

Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?

Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre. —

Edgar Morin en dates

8 juillet 1921 Naissance à Paris

1939 Rejoint la Résistance

1941 Entre au Parti communiste, dont il s’éloigne avant d’en être exclu définitivement en 1951

1977 Publication du premier tome de La Méthode

1993 Ecrit Terre-Patrie et appelle à « une prise de conscience de la communauté du destin terrestre »

2009 Publie Edwige, l’inséparable (Fayard)

 

 

Source : www.terraeco.net

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 19:50

 

Source : france.attac.org

 

 

 

Accord transatlantique : la Commission lance une caricature de consultation publique

jeudi 27 mars 2014, par AITEC, Attac France

 

 

Nos organisations considèrent la consultation sur la protection des investissements, lancée aujourd’hui dans le cadre des négociations sur l’accord de libre-échange Union européenne-États-Unis, comme une parodie.

 

 

L’Aitec et Attac France expriment leur désapprobation face à la consultation publique lancée par la Commission européenne concernant les droits des investisseurs dans l’accord commercial prévu entre les États-Unis et l’Union européenne. Celle-ci consiste en effet en une parodie de consultation démocratique, consistant à promouvoir l’agenda propre de la DG Commerce, qui cherche à séduire le monde des affaires bien plus qu’à ouvrir un débat réel sur le sujet.

Alors que le caractère excessif des droits des investisseurs fait l’objet de critiques croissantes, la Commission propose un document de 40 pages démesurément technique, que les citoyens ordinaires ne vont pas comprendre. Et ceux qui rejettent ce système de règlement des différends Investisseur-États parce qu’il est dangereux et injuste n’auront aucune option pour l’exprimer car le questionnaire partial de la Commission n’offre aucun espace pour ce faire. La Commission devrait au contraire montrer sa disponibilité pour un vrai débat, plutôt que nous proposer une campagne publicitaire dissimulée à l’attention des multinationales.

Lors de réunions avec la Commission, les membres de son groupe consultatif « Société civile » sur l’accord transatlantique avaient pourtant insisté sur le besoin d’une consultation qui soit intelligible pour les non-experts, et sur l’importance de proposer un questionnaire équilibré. Mais le document publié aujourd’hui ne contient que des questions visant à modifier à la marge un Mécanisme d’arbitrage Investisseur-État pourtant très controversé.

Pour Geneviève Azam d’Attac France, « l’agenda “de réforme” de la Commission ne questionne en rien les problèmes posés par le Mécanisme Investisseur-Etat. Les entreprises étrangères vont continuer de jouir de privilèges par rapport à leurs homologues des pays membres et par rapport aux simples citoyens. Les tribunaux internationaux composés d’arbitres qui interviennent sur sollicitation (et rétribution) des parties engagées dans le différend vont continuer à décider quelles politiques sont bonnes ou mauvaises, au mépris des lois et des juridictions locales ».

L’analyse des textes relatifs à l’investissement – obtenus par des fuites en novembre dernier – concernant l’accord UE-Canada indique que l’approche de l’Union européenne en matière de protection des investissements n’envisage presque rien pour protéger le droit des gouvernements nationaux et locaux à réguler, qu’elle aboutit même parfois à l’exact contraire, et qu’elle établira in fine un système d’arbitrage très inférieur aux systèmes légaux existants dans l’UE comme en Amérique du Nord.

Pour Amélie Canonne de l’Aitec, « le système d’arbitrage Investisseurs-États existant ne peut être contrôlé. Les cabinets d’avocats d’affaires, avides de bénéfices, et les entreprises qui s’achètent leurs services trouveront toujours le moyen d’attaquer des gouvernements pour des politiques ou des décisions qui menacent leurs intérêts. Ces “super-droits” dont jouissent les entreprises devraient être abolis, et les populations européennes doivent se saisir de l’opportunité majeure que représentent ces négociations UE-États-Unis pour porter ce message auprès de la Commission ».

Le gouvernement français doit quant à lui :

  • préciser publiquement la position qu’il tiendra, dans le cadre du Conseil des ministres du commerce, concernant la protection des investissements dans la négociation transatlantique ;
  • saisir l’opportunité de la consultation lancée par la Commission européenne pour organiser, en France, un débat réellement ouvert et démocratique sur la question du droit des investisseurs, de sa protection et de sa limitation, qui associe à la fois élus, société civile et experts.

Compléments

  • La consultation est accessible via le communiqué officiel de la DG Commerce : http://trade.ec.europa.eu/doclib/press/index.cfm?id=1052
  • Pour contribuer à la connaissance et au débat public sur les droits des investisseurs, les membres du réseau Seattle to Brussels, dont l’Aitec et Attac font partie, ont lancé un site internet (http://eu-secretdeals.info/) qui publie les textes de négociations fuités et des analyses critiques de ceux-ci. Le réseau Seattle to Brussels Network rassemble des organisations citoyennes, des ONG, associations de consommateurs ou de défenseurs de l’environnement, mouvements paysans ou syndicats, qui travaillent ensemble pour défendre une politique commerciale réellement juste, démocratique et durable en Europe. www.s2bnetwork.org
  • Des campagnes et des action en ligne ont été initiées pour que les citoyens puissent exprimer leur refus de voir les entreprises bénéficier de droits extraordinaires dans le cadre des accords de commerce négociés par l’Union européenne : voir SumOfUs ou European Attac network.

 

 

P.-S.

Illustration : @corporateeurope

 

 

Source : france.attac.org

 

 

 

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 19:01

 

Source : www.lemonde.fr

 

Censure de la « loi Florange » : le Medef jubile, Edouard Martin est furieux

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 27.03.2014 à 16h43 • Mis à jour le 27.03.2014 à 21h23

 
 

 

Florange, le 3 décembre 2012.

 

Le Conseil constitutionnel a estimé, jeudi 27 mars, que des dispositions de la « loi Florange », qui ouvraient notamment la voie à des pénalités pour les entreprises fermant un site rentable, sont « contraires à la liberté d'entreprendre et au droit de propriété ». Il juge que cela « prive l'entreprise de sa capacité d'anticiper des difficultés économiques et de procéder à des arbitrages économiques ».

La pénalité pouvait atteindre jusqu'à vingt fois la valeur mensuelle du smic par emploi supprimé, soit plus de 28 000 euros par salarié, mais ne pouvait dépasser 2 % du chiffre d'affaires.

Le Conseil censure aussi les dispositions prévoyant une pénalité en cas de non-respect de l'obligation de recherche d'un repreneur, estimant qu'elles « portent une atteinte inconstitutionnelle au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre ». De fait, la décision du Conseil vide ainsi la loi, promesse de campagne de François Hollande, de sa substance.

Lire la note de blog : Les promesses de François Hollande à l'épreuve de l'an 2

 

 L'UMP SALUE « UNE BELLE VICTOIRE »

La décision  a provoqué la « colère » d'Edouard Martin, ex-syndicaliste CFDT et actuel candidat du PS aux élections européennes, figure emblématique de la lutte contre la fermeture des hauts-fourneaux de Florange.

L'ancien délégué du personnel de l'usine d'ArcelorMittal a dénoncé « une manœuvre politicienne et tacticienne » de l'UMP, dont certains élus avaient saisi le Conseil constitutionnel. « En quoi ont-ils défendu l'intérêt général ? », a-t-il demandé, après que le groupe UMP du Sénat eut salué cette « belle victoire pour [notre] groupe et [notre] famille politique ». Le Medef, opposé dès le départ à cette loi, s'est lui félicité d'une décision « réaliste ».

Quant au ministère du travail, il « prend acte » de la décision. « Nous jugeons la censure sévère, mais il y a des éléments importants qui demeurent », a-t-il réagi auprès de l'Agence France-presse.

 

 NOMBREUX REMANIEMENTS

La promesse initiale du candidat socialiste à la présidentielle consistait à obliger les entreprises sur le départ à céder leurs sites rentables. Confrontée au risque d'inconstitutionnalité, la majorité avait opté pour une dissuasion financière. Après plusieurs remaniements, la « loi Florange », adoptée définitivement le 24 février, obligeait seulement les entreprises de plus de mille salariés à chercher un repreneur pendant trois mois, sous peine de pénalités.

La loi prévoyait aussi que le tribunal de commerce puisse être saisi par le comité d'entreprise. Ne pouvoir motiver le refus de cession que par la seule « mise en péril de la poursuite de l'ensemble de l'activité de l'entreprise » prive l'employeur de sa capacité d'anticiper des difficultés économiques et de procéder à des arbitrages économiques, ont tranché les Sages. Ils ont aussi considéré que le juge n'avait pas à substituer son appréciation à celle du chef d'entreprise.

Pour les socialistes à l'origine du texte, la loi devait empêcher que des usines subissent le sort des hauts-fourneaux de Florange, dans la Moselle, définitivement fermés par ArcelorMittal.

Lire (édition abonnés) : Les patrons fustigent la proposition de la « loi Florange » 

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 18:45

 

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Comment les internautes turcs contournent la censure d'Internet

 

Le Monde.fr | 21.03.2014 à 12h49 • Mis à jour le 28.03.2014 à 16h28 | Par Martin Untersinger

 
 
Logo de YouTube, le 27 mars.

La Turquie se rapproche un peu plus du club très fermé des pays censeurs du Net. Après Twitter, les autorités d'Ankara ont ordonné le blocage de Youtube, jeudi 27 mars. Concrètement, le BTK, l'organisme turc de régulation d'Internet, a demandé aux fournisseurs d'accès d'interdire à leurs clients d'accéder à Twitter et à Youtube.

Mais ces mesures sont peu efficaces. Le nombre de tweets postés a ainsi augmenté de 138 % après le blocage, selon l'agence médias sociaux We are social. Dans le bras de fer entamé entre le gouvernement et les internautes, ces derniers semblent prendre le dessus. Voici comment :

  • Les VPN

Les internautes turcs peuvent contourner le blocage des sites grâce à un VPN (réseau privé virtuel), une sorte de passerelle permettant de déjouer le blocage. Dans les faits, l'utilisateur se connecte à un ordinateur hors de Turquie, qui va servir d'intermédiaire pour se connecter à Twitter ou Youtube.

Cette méthode empêche les fournisseurs d'accès de détecter que l'internaute turc visite, en réalité, un site censé être bloqué.

  • Les réglages DNS

D'autres internautes peuvent modifier les réglages DNS de leur connexion. Le système DNS est une sorte d'aiguillage permettant d'orienter les connexions sur Internet. Lorsqu'un internaute turc décide d'aller sur Twitter ou Youtube, il s'adresse aux serveurs DNS de son fournisseur d'accès à Internet pour obtenir le chemin vers les serveurs du réseau social.

En changeant ces réglages, cela empêche aussi, dans une certaine mesure, le fournisseur d'accès de détecter que son client désire se rendre sur les sites bloqués.

  • 0:35

Des graffitis indiquant l'adresse IP des serveurs DNS de Google, un réglage efficace afin d'échapper au blocage, ont même été apposés sur des murs et largement partagés sur… Twitter.

 

Voir l'image sur Twitter

Access au Twitter bloqué Un graffiti enseignant comment changer votre DNS, pic.twitter.com/gSx7NHQrjH

 

Mais cette technique s'est révélée si populaire que le gouvernement turc a bloqué les serveurs DNS de Google et durci le blocage de Twitter de manière à rendre inopérant le changement de DNS.

  • Tor

Le logiciel Tor, qui permet de rendre anonyme la navigation sur Internet, est également un outil très efficace pour échapper à la censure et au blocage d'Internet. La preuve ? L'augmentation sensible de l'utilisation de cet outil par les internautes turcs après la décision du blocage de Twitter.

L'évolution du nombre d'internautes turcs utilisant l'outil Tor.

Pendant plusieurs heures, le principal fournisseur d'accès a même bloqué le site sur lequel il est possible de télécharger le logiciel. Mais des sites « miroirs », répliquant le contenu du site originel, ont déjà été mis en place.

  • « Tweeter » par SMS

Twitter a mis en œuvre une procédure alternative, permettant aux utilisateurs turcs de tweeter en envoyant des SMS, évitant de fait le réseau Internet contrôlé. Sur un de ses comptes officiels, le réseau social a promu ce type de manœuvre :

 

Policy         @policy

Turkish users: you can send Tweets using SMS. Avea and Vodafone text START to 2444. Turkcell text START to 2555.

 

  • Des applications tierces

Enfin, certains utilisateurs ont recours à des applications tierces, comme notre correspondant sur place qui a pu, en procédant de la sorte, se connecter à Twitter :

 

Guillaume Perrier @Aufildubosphore

Me voici de nouveau sur . Pour s'y connecter depuis un smart phone ou tablette téléchargez l'application Onadio.

 

Twitter et Youtube sont loin d'être des cas isolés. Selon le site turc Engelli Web, qui répertorie les sites bloqués par les autorités, ils seraient plus de 40 000 dans ce cas. Dans son dernier rapport sur les libertés numériques, l'ONG Reporters sans frontières notait que les dernières évolutions législatives en Turquie faisaient des « fournisseurs d'accès des instruments de censure et de surveillance, les forçant à rejoindre une nouvelle organisation qui centralise les demandes de blocage et de suppression de contenus ».

Lire notre décryptage sur la situation politique  Ecoutes, purges, affaires : tout comprendre de la crise en Turquie

 Martin Untersinger
Journaliste au Monde

 

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 18:25

 

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Résistances locales

L’expansion des plantations d’huile de palme stoppée au Liberia

par Sophie Chapelle 27 mars 2014

 

 

 

Des villageois ont fait reculer de puissantes multinationales, et cela se passe au Liberia. Le 5 mars, la présidente Ellen Johnson Sirleaf s’est rangée du côté des populations rurales fermement opposées à l’expansion des plantations d’huile de palme de la compagnie britannique Equatorial Palm Oil (EPO). L’ancienne prix Nobel de la paix a déclaré qu’il revenait aux communautés locales de décider si la compagnie devait ou non étendre ses plantations. « C’est une victoire pour les autochtones qui sont parvenus à faire respecter leurs droits sur leur ressource la plus précieuse : la terre, qui est à la fois leur lieu de vie et leur patrimoine culturel », se réjouit Silas Kpanan Ayoung Siakor des Amis de la Terre Libéria (SDI).

Le groupe britannique EPO détient environ 14 000 hectares dans le comté de Grand Bassa, au centre du pays, et a déjà planté 5 600 hectares d’huile de palme. Jusqu’à présent, l’entreprise n’avait pas pris la peine d’obtenir le consentement des habitants pour défricher leurs terres, bien que la loi l’y oblige. Les habitants dénonçaient un « traitement inhumain » et déploraient le non-respect de certains engagements, comme le creusement de puits ou l’arrivée de médecins et d’enseignants. Une plainte a d’abord été rédigée par les représentants de onze villages le 18 septembre 2013, et envoyée à la très controversée « Table ronde pour une huile de palme durable ». Avant que 200 villageois n’entament une marche de protestation vers la capitale Monrovia qui s’est soldée par une répression musclée.

Les récentes déclarations de la présidente du Liberia en faveur du consentement préalable des communautés ont suscité les vives critiques de l’entreprise EPO. Ellen Johnson Sirleaf souhaite aussi renforcer le pouvoir des citoyens dans d’autres régions du pays, affirmant « ne pas être intéressée à semer les graines de nouveaux conflits ». Ce même gouvernement a pourtant signé une rafale de contrats à long terme auprès de conglomérats étrangers. L’extraction des ressources naturelles est considérée comme la pierre angulaire de la stratégie gouvernementale pour réduire la pauvreté et assurer la croissance économique du pays. Résultat, près de 40 % de la population libérienne vit actuellement à l’intérieur de concessions privées [1] ! Dans le secteur de l’huile de palme, trois compagnies étrangères se partagent 629 000 hectares de terres sur une superficie totale de 11 millions d’hectares. La route vers une pleine reconnaissance des droits fonciers des populations locales s’annonce longue.

 

P.-S.

Pour aller plus loin, voir notre enquête (ici) et notre rapport (là) réalisés à la suite d’une enquête de terrain au Libéria (janvier 2012) : Crime environnemental : sur la piste de l’huile de palme

Notes

[1D’après un rapport de janvier 2012 réalisé par le Centre international de résolution des conflits.

 

 


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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 18:10

 

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Indignés

Mouvement contre l’austérité et la corruption : vers un nouveau printemps espagnol ?

par Nathalie Pédestarres 27 mars 2014

 

 

 

 

 

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté contre l’austérité et le remboursement d’une dette jugée « odieuse », à Madrid le 22 mars. Trois ans après le « mouvement des indignés », collectifs citoyens, syndicats et partis de gauche ont réussi à s’unir pour « le droit à une vie digne pour tous ». La mobilisation réussira-t-elle à dépasser les dissensions et les nombreuses défiances vis-à-vis des organisations traditionnelles ? Une grève générale se prépare pour avril.

C’est une mobilisation sans précédent dans l’histoire de la démocratie espagnole. Près de deux millions de personnes, selon les organisateurs – 50 000 d’après les chiffres officiels... – ont convergé le 22 mars sur Madrid pour une « Marches pour la Dignité ». Objectif : reprendre le flambeau du formidable élan contestataire, le mouvement des « indignés », né le 15 mai 2011 sur la Puerta del Sol madrilène et tenter de contrer la politique d’austérité menée par le gouvernement conservateur.

Un mouvement social contre l’austérité

L’initiative, en préparation depuis six mois, vient d’une alliance improbable : celle de syndicats, de mouvements sociaux, de collectifs spontanés, et de partis politiques. Chacun s’était jusqu’alors tenu à une distance respectable les uns des autres. « Cette union d’organisations aussi diverses dans leurs doctrines, leurs pratiques et leurs stratégies représente un moment historique dans l’histoire de la démocratie espagnole ! », s’enthousiasme Ginès Fernández du Front civique (Frente Cívico), un collectif d’inspiration marxiste, créé récemment par l’ancien secrétaire général du PC espagnol, Julio Anguita. L’objectif de ces centaines de milliers de personnes ? Refuser de payer la dette « odieuse » de l’Espagne, de subir une coupe budgétaire de plus, de se laisser gouverner par la « troïka » (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) et garantir à chaque citoyen les droits fondamentaux de subsistance, de travail et d’accès à un logement digne.

Les trois années qui séparent la naissance du 15-M de celle du 22-M ont montré les limites d’un mouvement citoyen dont l’énergie transformatrice s’est épuisée dans des assemblées interminables et dont l’horizontalité intégrale a conduit à l’atomisation des luttes (voir notre analyse). « Le 22 M est une avancée manifeste par rapport à un 15-M qui n’a jamais proposé d’alternative clairement définie au gouvernement actuel », explique l’économiste d’origine argentine Jorge Fonseca, professeur à l’Université autonome de Madrid et membre du comité scientifique de l’association altermondialiste Attac.

L’économiste n’y va pas de main morte : « Avec cette formidable mobilisation, le 22-M donne un bon coup au foie de tous ces technocrates et collaborateurs des gouvernements espagnol et européen qui violent les droits de l’homme ». Il fait notamment allusion aux dernières réformes législatives du gouvernement du Parti populaire, la droite espagnole, qui creusent le fossé des inégalités et répriment toujours plus les libertés et les droits fondamentaux, pourtant inscrits dans la Constitution.

Privatisation, répression, corruption

Outre la privatisation rampante des services publics dans la gestion de l’eau, l’éducation et la santé, le gouvernement souhaite un durcissement de la loi sur l’avortement, n’autorisant l’interruption de grossesse qu’en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère. Côté répression, les nouvelles lois de « Sécurité citoyenne » (sic) imposent des amendes exorbitantes aux manifestations « non autorisées par les autorités municipales ». Celles relatives à la protection des débiteurs hypothécaires n’introduisent pas la dation en paiement – le fait de se libérer d’une dette par une prestation ou un bien différent de celui qui était initialement dû – comme le réclamaient les plateformes citoyennes de défense des personnes expulsées de leurs logements (lire notre article : Les Indignés espagnols se battent contre l’endettement à vie).

Un projet réforme de la loi du travail prévoit d’abaisser les indemnités de licenciement. En parallèle, la Justice voit son champs d’actions limité par une restriction des conditions dans lesquelles un juge espagnol peut enquêter sur des délits commis hors du territoire national. Des scandales de corruption ont récemment marqué la vie politique, comme l’affaire « Barcenas », du nom de l’ancien trésorier du Parti populaire (PP), soupçonné de fraude fiscale, corruption et blanchiment d’argent. Ou encore l’arnaque aux petits épargnants du conglomérat bancaire Bankia (lire ici) par la vente de produits financiers toxiques, vente qui a bénéficié à ses anciens dirigeants et membres du PP. Si l’on ajoute l’augmentation de taxes, comme la TVA ou les cotisations sociales, exigée par l’Union européenne pour juguler le déficit, les espagnols se sentent de plus en plus roulés dans la farine par un gouvernement, entaché par la corruption.

La difficile union des syndicats

Cette situation a décidé plusieurs syndicats de monter au créneau, comme le Syndicat andalou des travailleurs (SAT), incarné par son dirigeant charismatique Diego Cañamero et dont plus de 400 militants encourent des peines de prison et des amendes extrêmement lourdes, notamment pour des occupations de terres [1]. C’est sous l’impulsion de Diego Cañamero, que de nombreux syndicats minoritaires se sont ralliés aux marches pour la dignité.

« Il faut maintenir cette unité coûte que coûte pour parvenir à nos objectifs », prévient Ginès Fernández, du Front civique. Cela ne se fera pas sans difficultés. Dès le 23 mars, les manifestants à peine rentrés chez eux, les premières dissensions n’ont pas tardé à apparaître... En particulier sur le financement des syndicats, un sujet également épineux en France. Les syndicalistes alternatifs considèrent que vivre de subventions n’est jamais gratuit. Les deux syndicats majoritaires – et subventionnés par l’État –, la confédération syndicale CCOO et l’UGT (chacun revendique près d’un million de membres) n’ont pas été invités à participer aux marches. « Les gens ont fini par se rendre compte que ces deux grands syndicats ne font pas partie de la solution mais qu’ils contribuent au problème. Je ne fais pas là allusion à la base, aux militants, mais plutôt aux dirigeants [Ignacio Fernández Toxo, secrétaire général de la CCOO et Cándido Méndez, secrétaire général de UGT] qui tout au long de ces dernières années ont signé la reddition des travailleurs dans toutes les luttes auxquelles ils ont participé », remarque l’artiste engagé Willie Toledo.

Défiance vis-à-vis des partis de gauche et des médias

La défiance vis-à-vis des formations politiques, y compris de la gauche radicale, est encore grande. Le Parti socialiste espagnol (PSOE), au pouvoir jusqu’en 2011, n’a bien évidemment pas été invité à la marche. Au sein même des participants, des syndicats alternatifs, des collectifs non partisans et des plateformes citoyennes reprochent au SAT (également subventionné par l’État) et à la Gauche unie (Izquierda Unida), sorte de Front de gauche espagnol, de « voler la vedette » aux dépens du travail commun. Lors de la marche, aucun candidat n’était autorisé à prendre la parole pour éviter tout « racolage » électoral.

Les médias ont aussi été accusés d’imposer un « black-out » sur le mouvement et de ne pas rendre compte des violences policières qui ont marqué la fin de la manifestation. Une journaliste de El Mundo, qui a souhaité garder l’anonymat, confirme qu’il existe bel et bien « un intérêt, de la part du ministère de l’Intérieur, à ce que sa version des faits soit en priorité connue des médias ». « Cela fait partie du jeu. Les grands médias servent de canal de communication au gouvernement qui, en échange, leur donne des scoops dont ils dépendent. Il faudra donc être attentif aux prochaines unes... », dit-elle.

« Nous avons assez perdu de temps »

Malgré ces obstacles, le mouvement social est relancé. Depuis le samedi 22 mars, les campements et les manifestations se succèdent, à Madrid, devant différents ministères, en dépit de la présence policière et de la désinformation. Celle ci est d’ailleurs contournée grâce au renouveau de médias alternatifs (Diagonal, Publico...) et des réseaux sociaux. Des assemblées populaires se sont tenues sur la Puerta del Sol et sur le parvis du Musée Reina Sofia mais cette fois pour réclamer du concret : « Nous avons assez perdu de temps à nous organiser, maintenant il faut traduire les luttes politiquement ! », s’exclame un étudiant en droit.

Les jeunes, en particulier, réclament des mesures concrètes et soupirent discrètement pendant que leurs aînés empoignent le micro pour se lancer dans de longues diatribes messianiques... « Il faut renforcer les contacts avec les collectifs sociaux qui existent déjà dans toutes les régions et concrétiser des projets avec eux, sinon nous n’arriverons à rien », râle un autre étudiant. 19 des 20 manifestants arrêtés le 22 mars lors des affrontements avec la police ont été libérés grâce à une manifestation devant les tribunaux. Une première victoire. Une grève générale est en préparation pour la fin du mois d’avril.

Nathalie Pédestarres, à Madrid

Photo : source

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 17:25

 

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