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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 21:26

 

Source : www.lemonde.fr

 

Notre-Dame-des-Landes : la France « mise en demeure » par l'UE

Le Monde.fr | 17.04.2014 à 17h24 • Mis à jour le 17.04.2014 à 17h58 | Par Rémi Barroux

 
 

 

Dans la ZAD à Notre-Dame-des-Landes, en mars 2013

 

Le dossier du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'a pas fini d'empoisonner le gouvernement, y compris après le départ de Jean-Marc Ayrault, ex-premier ministre et ardent défenseur du projet nantais.

La Commission européenne a envoyé, mercredi, une mise en demeure aux autorités françaises, « première étape d'une procédure d'infraction » comme l'a précisé au Monde, jeudi 17 avril,  Jo Hennon, porte-parole du commissaire européen à l'environnement.

 IMPACT ENVIRONNEMENTAL

Bruxelles s'interroge, dans un courrier révélé par le quotidien Presse Océan, sur « l'absence de certaines évaluations d'impact environnemental, qui doivent notamment faire figurer les effets notables probables sur l'environnement, y compris les effets secondaires et cumulatifs ». La directive 2001/42/CE impose aux Etats membres de soumettre à une évaluation stratégique environnementale (ESE) les plans et programmes fixant le cadre pour la construction d'un aéroport.

« Cette évaluation doit être effectuée avant que le plan-programme ne soit adopté », explique M. Hennon. Cette étude n'a pas été faite avant la publication des arrêtés « loi sur l'eau » et « espèces protégées » de décembre 2013 qui « permettent d'initier les travaux d'aménagement de l'aéroport du Grand-Ouest et de desserte routière désormais à tout moment », estime Bruxelles.

C'est une bonne nouvelle pour les opposants à la future plate-forme aéroportuaire qui doit être construite et gérée par Vinci Airports, en remplacement de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique. Malgré le succès de leur manifestation du 22 février, les occupants de la ZAD, zone d'aménagement différé devenue zone à défendre, et leurs soutiens (écologistes, anticapitalistes, agriculteurs) craignaient que les travaux ne démarrent prochainement, la plupart des recours juridiques ayant été épuisés.

PAS D'INGÉRENCE DE L'EUROPE

La mise en demeure de Bruxelles impose au gouvernement de répondre dans les deux mois. Et pourrait, en cas de constatation d'infraction à la réglementation européenne, déboucher sur une astreinte financière. La procédure est encore longue. Et la Commission européenne se garde bien de toute ingérence sur le projet d'aéroport. « Le droit de l'Union européenne, notamment le droit de l'environnement, n'empêche pas la construction d'un aéroport ou de tout autre projet d'infrastructure, précise Jo Hennon. Il n'appartient pas à la Commission de trancher quant à l'opportunite politique ou économique d'un projet d'infrastructure. »

 Mais les projets doivent répondre à des critères, notamment en termes d'impact environnemental, et prévoir les mesures permettant de les réduire. « Cela aboutit à une meilleure prise de décisions, à des projets durables qui suscitent moins de polémiques et de contestations », dit encore le porte-parole du commissaire à l'environnement.

Lire l'enquête : La bataille de "Notre-Dame-des-Colères"

 MANQUEMENT À LA RÉGLEMENTATION

En février 2013, Bruxelles avait déjà demandé au gouvernement français des informations sur le respect des réglementations européennes, à propos de Notre-Dame-des-Landes, notamment sur l'évaluation des incidences du projet sur l'environnement. Après la réponse de la France, la Commission avait dit attendre la publication des derniers arrêtés permettant le début des travaux. Aujourd'hui, la commission précise, dans une note dont Le Monde a eu connaissance, que « les impacts sur l'eau et le milieu aquatique semblent avoir été correctement évalués,  des mesures de compensation semblent avoir été prévues et l'impact résiduel sera à priori limité ».

A la préfecture de Nantes, on se veut serein. « Nous sommes dans la continuité d'un dialogue avec la Commission européenne, explique Mickaël Doré, sous-préfet en charge du dossier de Notre-Dame-des-Landes. Nous avons deux mois pour répondre aux questions et nous y travaillons. Si à la lecture de nos précisions, la Commission se montre insatisfaite, nous pourrions alors entrer dans une démarche contentieuse ».

Il reste le défaut d'évaluation des impacts cumulés de l'ensemble des infrastructures, non pris en compte lors de l'étape de la procédure d'autorisation. Le chantier de l'aéroport et ceux des différentes dessertes, routières ou ferroviaires, n'ont pas été considérés dans leur ensemble mais séparément. Une faute selon Bruxelles et un manquement à la réglementation.

Regarder la situation de Notre-Dame-des-Landes en une carte

 

Carte de situation de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.  Rémi Barroux
Journaliste au Monde

 


 

Source : www.lemonde.fr

 



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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 21:11

 

 

Ce qui nous arrive sur la Toile 16/04/2014 à 14h45

A la turque : 3 petits trucs très simples pour échapper à la cybersurveillance

Xavier de La Porte | France Culture

 

 

Vous souvenez-vous de « War Games » ? Dans ce film du début des années 80, un jeune garçon proto-hacker manque de déclencher une guerre nucléaire en piratant l’ordinateur qui contrôle les missiles américains. Quel moyen le jeune trouve-t-il pour empêcher l’intelligence artificielle joueuse qui commande les missiles de passer à l’action ? En la faisant au morpion, jeu où il n’y a pas de gagnant. La stratégie du jeune hacker est simple : comprendre la machine et la prendre à son propre jeu.

Et s’il nous fallait aujourd’hui engager des stratégies similaires ? Et si pour échapper aux algorithmes qui collectent nos conversations et nos actions numériques pour le compte des agences de surveillance ou pour les revendre à des boîtes de marketing, on se mettait à penser comme des algorithmes ? C’est l’hypothèse qu’émet une chercheuse d’origine turque, Zeynep Tufekci, qui de l’université de Caroline du Nord documente depuis des mois les mouvements politiques qui ont lieu en Turquie, en particulier dans le versant numérique.

Capturons, capturons...

Dans un papier récent, elle fait état de quelques stratégies employées par les manifestants turcs pour échapper aux algorithmes qui surveillent les conversations sur les réseaux. Et son papier est si fin, il décrit des pratiques si malines qu’elles intéressent les Américains – on comprend pourquoi – et en particulier le très bon journaliste Alexis Madrigal, qui se délecte dans le revue The Atlantic des trouvailles turques.

Comme nous autres Français sommes tout autant concernés par ces programmes qui surveillent les conversations sur les réseaux sociaux : trois petits trucs très simples.

  • ne pas mentionner les gens : sur les réseaux sociaux (Twitter en particulier), vous savez qu’il est possible de mentionner les gens (avec l’arrobase @). C’est très pratique. Mais c’est très facilement traçable. Donc, première chose, vous pouvez ne pas avoir recours à l’arrobase sur Twitter. Zeynep Tufekci appelle le « subtweeting », belle expression qu’on pourrait traduire par « tweeter sous les radars ». On peut exercer un art similaire sur Facebook : là aussi, on peut ne pas la tagguer la personne dont on parle, mais on peut aussi mal orthographier son nom (en inversant deux lettres) ou carrément ne pas citer son nom, les algorithmes ayant un mal fou à déduire la personne dont on parle à partir d’un contexte ;
  • autre moyen d’échapper à la surveillance des algorithmes : la capture d’écran. Des humains peuvent lire très facilement ce qui est écrit sur une capture d’écran, la plupart des algorithmes ne le peuvent pas car une capture d’écran, c’est une image, pas un texte et les algorithmes ont plus de mal avec la reconnaissance d’image qu’avec la reconnaissance des mots. Pour les programmes informatiques, des gens qui discuteraient à partir de captures d’écran, ce serait comme des gens s’échangeant des photos ;
  • encore un moyen, ce que Zeynep Tufekci nomme le « hatelinking », le lien sans intérêt. A l’inverse des deux moyens précédents qui ont recours à l’invisibilité, celui-ci consiste à faire du bruit. Faire du bruit, en informatique, c’est produire de la donnée inutile. En l’occurrence, c’est jouer sur l’intentionnalité du lien. Les algorithmes postulent que si un utilisateur met un contenu en lien, c’est parce qu’il l’intéresse. Il est possible de jouer avec ce postulat et défaire le lien de causalité, en faisant des liens qui ne reposent plus sur l’intérêt.

Evidemment ces trouvailles peuvent apparaître dérisoires au regard des outils dont disposent les grandes plateformes pour tracer nos conversations et nos centres d’intérêt. Et elles ne suffisent évidemment pas. Mais dans leur logique, elles sont intéressantes. Parce qu’elles sont pragmatiques, parce qu’elles permettent de profiter du bon, en limitant le mauvais et surtout parce qu’elles reposent sur la compréhension du fonctionnement des algorithmes. Le pouvoir des ordinateurs est impressionnant par bien des aspects, mais il a ses failles. Une que j’aime beaucoup et que je soumets aux praticiens de la guérilla numérique.

Le « not-knowning », petit plus humain

Une des fonctionnalités de la mémoire humaine arrache les cheveux des informaticiens, on lui donne parfois le nom de « not-knowning ». Le « not-knowing », c’est ce mystère qui veut que quand on nous pose une question, nous savons presque immédiatement si nous connaissons la réponse ou pas.

Nous n’avons pas besoin de passer en revue tout le savoir que nous avons en mémoire pour savoir que nous ne savons pas. Nous savons ce que nous n’avons pas – ou plus – en mémoire. C’est une fonctionnalité très mystérieuse et très pratique car elle évite de perdre un temps et une énergie monumentaux que les ordinateurs sont, eux, obligés de dépenser pour répondre à une requête.

Je ne sais pas ce qu’il est possible de faire de cela, mais il me semble que plus les ordinateurs auront de données à leur disposition, plus cette faille s’élargira, plus cette fonctionnalité pour l’instant inprogrammable de notre intelligence nous offrira une supériorité dans la guérilla à mener contre le pouvoir des algorithmes.

Publié initialement sur
France Culture
                                                                                                                                                                                                                            Source : rue89.nouvelobs.com

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 20:57

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

Les bénéfices d’une sortie de l’euro selon Jacques Sapir

 

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 16/04/2014 à 09h20

 

 

Intéressante étude de Jacques Sapir sur les mérites et inconvénients d’une sortie de l’euro. Il ressort de son texte court mais dense que les avantages d’un retour aux monnaies nationales primeraient largement sur les risques que les eurolâtres déchaînés montent en mayonnaise pour affoler la foule (des électeurs).

L’enterrement de quelques idées reçues

Jacques Sapir tord d’abord le cou à quelques grossières idées reçues :

  • non, ni l’Union européenne, ni la zone euro ne peuvent prétendre représenter toute l’Europe à elles seules ;
  • non, ni l’une ni l’autre n’ont été des « forces de paix » sur le vieux continent, mais « cause de conflit en précipitant hier la désintégration de l’ex-Yougoslavie et la guerre civile qui en a résulté » (on pourrait rajouter l’exemple tout frais de la dissolution de l’Ukraine par des putschistes « pro-euro ») ;
  • enfin, plutôt que de faciliter la coopération entre les pays membres, UE et zone euro ont surtout figé leurs relations entre ceux-là, favorisé la contagion de la crise financière de 2008 et ouvert toutes grandes les vannes du chômage de masse.

Les trois avantages d’un retour à une monnaie nationale

Sortir de l’UE et de sa monnaie unique implique naturellement un retour à des monnaies nationales. Jacques Sapir en a mesuré précisément les trois avantages :

  • une dévaluation de fait d’environ 20 % du Franc entraînerait ce « choc de compétitivité » si recherché et bénéficierait à la croissance, même en cas de dévaluation plus importantes des monnaies espagnoles et italiennes ;
  • l’effet bénéfique immédiat sur les recettes fiscales diminuerait fortement le poids de la dette ;
  • l’impact bénéfique de la reprise sur l’emploi serait également et rapidement conséquent.

Ne pas surévaluer les inconvénients d’une dévaluation

Jacques Sapir ne néglige pas les inconvénients résultants d’une sortie de l’Euro et d’une forte dépréciation du Franc. Inconvénients « qu’il ne faut cependant pas s’exagérer ». Sapir en répertorie quatre :

  • la hausse du prix des carburants, résultant d’une dépréciation de 20 % du Franc, n’excéderait pas 6 % ;
  • la perte des détenteurs étrangers d’obligations françaises seraient en partie compensée par la hausse des taux d’intérêts ; il n’y aurait aucun changement pour les détenteurs français de cette dette puisque celle-ci est essentiellement détenue par des banques françaises ;
  • l’inflation due à la dévaluation serait limitée à 5 % la première année, 3 % la suivante ;
  • enfin, le risque politique concernerait surtout les pays membres qui prendraient trop tard et en marche le train du retour inévitable aux monnaies nationales.

Une analyse pertinente et philosophiquement satisfaisante

On peut reprocher à Jacques Sapir de fonder son analyse sur les credos du monde d’avant : la reprise, la croissance, la compétitivité, le mythe du retour à l’emploi. Mais tant qu’à faire de rester dans une certaine logique économique, le choix de Sapir paraît infiniment plus sain que les hérésies malsaines imposées par la Troïka.

On pourrait trouver un brin excessif son recours systématique à une modélisation mathématique qui ne prend guère en compte l’impondérable des réactions humaines.

Les grotesques études, catastrophistes à l’extrême, comme celles de l’Institut Montaigne, brandissant leurs épouvantails dans le seul but, idéologique, de discréditer toute remise en cause des vieilles structures finissantes, montrent que l’oligarchie dominante est absolument prête à tout, même au pire, pour préserver ses intérêts et son pouvoir.

Il n’en demeure pas moins que les conclusions de Jacques Sapir restent bien plus pertinentes – et philosophiquement bien plus satisfaisantes – que les cris d’orfraies pathétiques poussés par les tenants d’un monde révolu et d’un ordre détestable.

Aller plus loin

 

 


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Sortir de l’Euro

14 avril 2014
 

Les élections européennes vont être l’occasion de faire le point sur le sentiment des peuples face à la construction de l’Union Européenne. On sait que cette opinion s’est fortement dégradée depuis 2009, ce que montrent nombre de sondages. Le problème est particulièrement aiguë en France où, pour la première fois, le nombre d’opinions défavorables à l’Union Européenne est majoritaire.

Il convient tout d’abord de rappeler que l’Union Européenne n’est pas l’Europe, quoi qu’elle puisse le prétendre. L’Europe est une réalité géographique, une réalité politique – même et y compris dans ses conflits – et, bien entendu, elle est une réalité culturelle. Cette réalité a existé bien avant que ne naissent les premiers projets d’union ou de fédération.

L’Union européenne n’est pas l’Europe…

L’Europe a existé, culturellement et d’une certaine manière politiquement, bien avant la Communauté Économique Européenne (ce que l’on appelait le « Marché Commun » et qui est l’ancêtre de l’UE) et bien entendu avant l’UE. L’UE a institutionnalisé des mécanismes de coopération, mais elle a aussi figé les relations entre les pays Européens qui en faisaient par et a déstabilisé largement ceux qui étaient à sa périphérie. L’UE, et la CEE avant elle, n’ont pas été des « forces de paix » à l’échelle du continent européen. Le prétendre, c’et oublier le rôle fondamental de la dissuasion nucléaire, assurée par des Etats (le couple URSS-Etats-Unis puis la Grande-Bretagne et la France). La dissuasion nucléaire, en rendant impossible une guerre majeure en Europe, et ceci en particulier dès que la dissuasion française est devenue effective (milieu des années 1960) a joué un rôle bien plus décisif que la CEE et l’UE dans le maintien de la paix. C’est à ce moment là que la réflexion militaire en Union soviétique commence à argumenter que toute guerre majeure débouchera sur une guerre nucléaire et  que l’on ne peut pas gagner une guerre nucléaire[1]. De ce point de vue, la contribution de la CEE et de l’UE au maintien de la paix en Europe est plus que discutable. L’UE a été une cause de conflit, en précipitant hier la désintégration de l’ex-Yougoslavie et la guerre civile qui en a résulté. Il faut se souvenir que la cause essentielle de cette désintégration fut l’attraction de l’UE sur la Slovénie et la Croatie. La mise ne place d’un plan de stabilisation, dont les effets étaient perçus de manière inégale entre les Républiques de la Yougoslavie, a attisé l’opposition entre la Croatie et la Serbie. Mais, c’est bien la perspective d’une adhésion rapide à l’UE qui a convaincu les dirigeants slovènes et croates de faire sécession. Le même phénomène est aujourd’hui à l’œuvre en Ukraine.

Enfin, la politique économique menée par l’UE depuis 2009 (et même depuis en réalité 2000 dans la zone Euro) est la cause de la faible croissance européenne et de la montée astronomique du chômage en Grèce (plus de 28%) en Espagne, au Portugal, mais aussi en Italie et en France. Loin de protéger les populations, l’UE s’est trop ouverte et elle a favorisé la contagion de la crise financière de 2007-2008[2]. On peut comprendre, dans ces conditions, le ressentiment que de nombreux électeurs éprouvent, qu’il s’agisse de l’UE ou plus précisément de la zone Euro qui est elle directement en cause dans la stagnation économique et la crise que connaissent certains pays. C’est l’une des raisons du mécontentement anti-européen qui monte aujourd’hui dans divers pays. C’est pourquoi, les élections européennes de mai 2014 porteront entre autres sur la question de l’Euro. Cette question est en réalité posée depuis le début des années 2000[3], mais il est vrai qu’elle n’a pris la dimension d’un problème central que depuis la crise de la Grèce fin 2009[4].

Les avantages d’une dissolution de l’Euro

Une sortie de l’Euro, qu’elle résulte d’une dissolution coordonnée de la zone Euro ou d’une sortie « sèche », aurait de nombreux avantages pour les pays de l’Europe du Sud et en particulier pour la France. On a tenté d’en mesurer les effets dans un ouvrage publié en septembre 2013[5].

Tout d’abord, à travers une dépréciation du Franc retrouvé qui pourrait être de 20% à 30% (et tout concourt à penser qu’en réalité on sera autour de 20%) cela reconstituerait immédiatement la compétitivité des entreprises françaises, tant à l’export que sur le marché intérieur français. C’est le « choc de compétitivité » dont l’économie française et l’industrie en particulier ont besoin. Par rapport à cela le fameux « pacte de responsabilité » du gouvernement ne représente qu’une pichenette. Notons ici qu’une dévaluation de l’Euro, telle qu’elle est défendue par le Ministre de l’Économie M. Arnault Montebourg, n’aurait que des effets bien plus réduit. Elle ne jouerait que par rapport aux pays de la zone Dollar. C’est certes important, et le Ministère des Finances a calculé qu’une dépréciation de 10% entraînerait un gain de 1,2% à 1,8% de croissance du PIB. Ceci valide d’ailleurs les hypothèses de calcul qui ont été utilisées dans l’ouvrage paru en septembre[6]. Notons aussi que ces calculs donnent tort à tous ceux, et ils sont nombreux, qui prétendent que aujourd’hui la compétitivité n’est plus mesurée par le coût du produit.

Mais la France ne fait qu’environ 50% de son commerce international avec la zone Dollar. Le reste se fait avec la zone Euro, et concerne pour l’essentiel nos échanges avec l’Allemagne, mais aussi avec l’Italie et l’Espagne. C’est bien pourquoi une sortie de l’Euro serait bien plus avantageuse qu’une simple dépréciation de l’Euro. Les calculs qui ont été réalisés avec P. Murer et C. Durand montrent que dans une telle hypothèse, et en admettant que la dépréciation de la monnaie italienne et de la monnaie espagnole soit plus importante que celle du Franc, autrement dit en adoptant une hypothèse de dévaluations compétitives des divers autres pays de l’Europe du Sud, cela donnerait un coup de fouet impressionnant à l’économie française, entraînant une croissance – toute chose étant égale par ailleurs – de 15% à 22% sur une durée de 4 ans. Il faut ici signaler que non seulement l’industrie serait la grande bénéficiaire de cette dépréciation, mais que son effet bénéfique se ferait aussi sentir dans les services, soit dans les services associés à l’industrie soit dans des branches qui sont très sensibles à des mouvements de taux de change, comme le tourisme, l’hôtellerie et la restauration.

Un deuxième avantage induit serait une forte réduction du poids de la dette, sous l’effet des recettes fiscales engendrées par cette croissance. Il deviendrait possible d’alléger le fardeau de la fiscalité pesant sur les ménages et sur les entreprises. Dans les quatre années suivant la décision de sortir de l’Euro, nous verrions le poids de la dette publique passer de 93% du PIB à 80%-66% suivant les hypothèses. C’est bien plus que ce que l’on pourra jamais réaliser en restant dans l’Euro.

Un troisième avantage, et de mon point de vue c’est le plus important, serait de faire reculer massivement le chômage, et de créer en grande quantités des emplois dans l’industrie. Ici encore, nous avons estimé – sur la base des demandeurs d’emploi de catégorie A – que l’on aurait une création nette d’emploi de 1,5 à 2,2 millions en trois ans. Rapporté aux autres catégories utilisées par la DARES, le gain devrait être encore plus important car la croissance permettrait de pérenniser nombre d’emplois précaires. Si l’on considère le total des catégories A, B et D, le gain pourrait se monter de 2,5 millions à 3 millions d’emplois. Notons qu’un tel retour massif à une situation de plein emploi améliorerait immédiatement le financement des caisses d’assurance-chômage, mais aussi celles de l’assurance-vieillesse.

Les inconvénients potentiels d’une sortie de l’Euro

Une sortie de l’Euro et une forte dépréciation de la monnaie (le Franc) auraient aussi des inconvénients, qu’il ne faut cependant pas s’exagérer.

Tout d’abord, il y aurait une hausse des produits importés quand ils proviennent de pays par rapport auxquels le Franc se serait déprécié (Allemagne, pays de la zone Dollar). C’est d’ailleurs le but de toute dépréciation de la monnaie. Mais, cet inconvénient est fortement surestimé par des politiciens sans scrupules qui ne cherchent qu’à affoler la population pour défendre l’Euro. Ainsi, dans le cas des carburants, compte tenu du poids immense des taxes, une dépréciation de 20% du taux de change du Franc par rapport au taux actuel de l’Euro face au Dollar, ne provoquerait qu’une hausse de 6% du prix à la pompe. On voit que ceci est très raisonnable.

Il y a ensuite la dimension financière des conséquences d’une telle dépréciation. Regardons tout d’abord ce qu’il en est en ce qui concerne la dette publique. On sait que les Obligations émises par le Trésor public, quand elles sont émises depuis le territoire français, doivent être remboursées dans la monnaie ayant cours légal en France. C’est la seule obligation légale les concernant. Si cette monnaie n’est plus l’Euro mais le Franc, elles seront remboursées en Franc. Et, si le Franc s’est déprécié vis à vis de l’Euro les détenteurs étrangers d’obligations françaises prendront leurs pertes, tout comme un détenteur français de bonds du Trésor américain prend ses pertes quand le Dollar se déprécie fortement face à l’Euro. Cependant, il est clair que cela provoquera par la suite une hausse des taux d’intérêts (ce que l’on appelle dans le jargon financier une « prime de risque ») pour toute nouvelle émission. Mais, on peut parfaitement contourner ce problème. Il faudra réintroduire le mécanisme qui existait jusqu’au début des années 1980, et qui obligeait les banques françaises (ou toute banque souhaitant travailler en France) à avoir dans leur bilan un certain montant d’obligations du Trésor (mécanisme du plancher obligatoire des effets publics).

Pour les dettes mais aussi l’épargne des particuliers et des entreprises, comme cette épargne et ces dettes sont essentiellement détenues dans des banques françaises, il n’y aurait pas de changement. Il est ainsi criminel, comme le font certains politiciens tant de l’UMP que du PS, d’aller affirmer – en cherchant à affoler une nouvelle fois la population – qu’une dépréciation de 20% du Franc se traduirait par une perte de 20% de l’épargne. En réalité, et tous les économistes le savent, il n’y a de perte de valeur que dans la mesure où l’on achète, avec son épargne, des biens provenant de pays par rapport à la monnaie desquels le Franc s’est déprécié. Pour les achats réalisés en France, ou de produits (et de services) français, ce qui représente plus de 60% des transactions en volume, il n’y aurait aucun changement. De plus, certains pays ayant une monnaie se dépréciant plus que le Franc (l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce), l’épargne française verrait son pouvoir d’achat se réévaluer pour des opérations dans ces pays.

Le seul véritable inconvénient est une poussée d’inflation qui se fera sentir dans les 24 mois succédant à cette sortie de l’Euro et cette dépréciation du Franc. L’inflation induite par la dépréciation du France devrait être de 5% la première année et de 3% la seconde. Il faudra, pour y faire face, rétablir très probablement des mécanismes d’indexation des salaires et des pensions. Néanmoins, toute hausse de l’inflation, aura aussi pour effet de faire baisser mécaniquement les taux d’intérêts réels (par la différence entre le taux nominal et le taux d’inflation). Ceci pourrait avoir un effet très positif sur l’investissement des ménages et des entreprises. De plus, l’inflation efface mécaniquement une partie de la dette accumulée. Aussi, même la perspective de connaître à nouveau une période de relative inflation ne doit pas être vue comme uniquement un inconvénient, mais bien comme quelque chose qui pourrait être utile pour l’économie.

Il faut enfin ajouter que, bien entendu, des réformes sont nécessaires en France. Mais, tous les pays qui ont fait des réformes de profondeur l’ont fait APRÈS une forte dépréciation de la monnaie. Sortir de l’Euro, laisser le Franc se déprécier, cela peut être un premier pas décisif sur la voie des réformes.

Le risque politique d’une sortie de l’Euro

Le risque politique n’est pas à négliger, mais il convient de dire que le risque d’une séparation est d’autant plus facile à envisager qu’il est anticipé. C’est le paradoxe central d’une dissolution de la zone Euro. Personne ne veut, au niveau des gouvernements, l’envisager ouvertement. Pourtant, cette attitude est profondément autodestructrice. En effet, si cette dissolution pouvait se faire de manière coordonnée, le choc serait minime. Mais, le refus actuel des gouvernements à envisager cette solution ne laisse plus comme solution qu’une sortie de l’Euro par un ou deux pays (l’Italie et la France) entraînant à sa suite une désintégration générale de l’Euro qui pourrait prendre entre 6 mois et un an. Dans ces conditions, il est clair que les pays qui souffriront le plus seront ceux qui sortiront de l’Euro les derniers. Dans une telle situation, il y a en effet une prime au « premier sorti », qui bénéficie à plein de l’effet de dépréciation de sa monnaie. C’est d’ailleurs pour cette raison que dès qu’un pays important aura quitté l’Euro le mouvement de sortie deviendra rapidement irréversible. S’il s’agit de la France, l’Italie se verra obligé de nous imiter en quelques semaines. La sortie de la 2ème et de la 3ème économie de la zone Euro entraînera celle de l’Espagne (4ème économie), et en chapelet le Portugal, la Grèce, mais aussi la Belgique et les Pays-bas. Si l’Italie sort la première, la pression sur l’économie française deviendra telle que nous devrons nous aussi sortir dans les trois mois qui suivent. Quelle que soit l’origine, la chaîne des sorties successives sera activée et deviendra une réalité en moins de douze mois.

La dissolution de la Zone Euro, ou des sorties de certains pays, ont bien été étudiées dans de nombreux pays : Allemagne, France, Italie, Espagne et Pays-Bas. Dans les études officielles, que ce soit celles qui ont été réalisées par les Banques Centrales, ou par les Ministères des Finances, et dont j’ai pu avoir connaissance, le bilan d’une telle sortie est globalement positif. Il est même très positif pour la France et l’Italie, et c’est ce qui inquiète les partisans d’une défense absolue de l’Euro. Toutes ces études mettent en avant le caractère positif d’une dépréciation du taux de change. L’obstacle se situe donc au niveau politique. Des études « privées » ont aussi été réalisées, et mon centre de recherches y a contribué[7]. Certaines de ces études ont été faites dans le but de discréditer une sortie de l’euro, et elles font état de résultats aberrants. Ainsi, l’Institut Montaigne envisage une chute importante du PIB sans donner d’indication sur le pourquoi ni le comment du calcul. Cela jette un grand doute sur certaines de ces études. On peut penser que les chercheurs supposent un effondrement du commerce à l’intérieur de la zone Euro. Mais, le retour aux monnaies nationales – qui est d’ailleurs largement anticipé dans nombre de banques et d’entreprises – ne compromettra nullement ce commerce, tout comme le passage à la monnaie unique n’a pas produit le surcroît de commerce et de croissance que certains prédisaient.

En ce qui concerne la fraction de la dette publique détenue par des « non-résidents », toutes les personnes interrogées, qu’elles appartiennent à des administrations ou à des banques privées, reconnaissent que le principe de la « Lex Monetae », soit le fait que la dette d’un pays, si elle émise dans ce pays doit être remboursée dans la monnaie du pays, que cette monnaie s’appelle l’Euro ou un autre nom (Franc, Lire Italienne, Pesetas espagnole…) s’appliquera. Il n’y aura pas d’espace pour des procès en droit international.

Reste alors un argument souvent évoqué : quel serait le poids d’un pays comme la France dans la « mondialisation » si nous sortions de l’Euro. Mais, cette mondialisation n’empêche pas la Corée du Sud (44 millions d’habitants) ou même Taiwan, de bien fonctionner. En Europe, la Suède et la Grande-Bretagne ne se portent pas plus mal de n’être pas dans la zone Euro. En fait, ceux qui tiennent ce discours sont les héritiers indirects du régime de Vichy, en ceci qu’ils ne font pas confiance en notre pays, en ses valeurs et en ses capacités. Il faut avoir confiance dans les points forts de la France, qui sont nombreux. Il est de plus important de préserver notre modèle social, qui fait désormais partie de notre culture politique ce que reconnaît le préambule de notre Constitution ce que l’on a trop tendance à oublier. De ce point de vue, la pratique du Conseil Constitutionnel a été honteuse dans l’accommodation à des règles étrangères.

Dire cela ce n’est nullement refuser de coopérer avec les autres pays d’Europe. Dire cela ce n’est nullement refuser de coopérer avec des pays européens qui ne font pas partie de l’UE comme la Russie qui est à la fois en Europe et en Asie. Dire cela, ce n’est nullement refuser de coopérer avec les pays d’Afrique. Aujourd’hui, l’Union Européenne fait obstacle à une vision plus large de nos coopérations. Où est l’UE quand la France s’engage au Mali ? Par contre, la Russie est à nos côtés, et ce sont des avions russes qui assurent une bonne part de la logistique de nos opérations extérieures. Il faut en tirer les leçons, aussi déplaisantes qu’elles puissent être pour certains.

La posture de l’État-Nation est, par ailleurs, et il faut le rappeler sans cesse et sans faiblir, la seule à garantir la démocratie, car il ne saurait y avoir de démocratie sans souveraineté ni légitimité. Ici encore, qu’il s’agisse de raisons conjoncturelles, et ce sont des raisons importantes, ou de raisons de principe, il est clair que la France doit s’attacher à retrouver sa souveraineté.

De la solidarité entre les pays européens

C’est un véritable problème, mais il est très mal posé. Tout d’abord reconnaissons qu’avec une budget de l’UE égal à 1,26% du PIB, et dont une large partie est dévorée par la bureaucratie bruxelloise, cette solidarité ne peut être financière. On l’a vu avec le cas de la Grèce et de l’Espagne. L’aide n’a pas été fournie aux populations, mais aux créditeurs des banques et de l’État, soit avant tout aux banques françaises et allemandes. Il faut dire et redire ici que l’on a fait payer aux populations de ces deux pays le soutien à nos banques. Ni plus ni moins.

De plus, sans doute exige-t-on trop de la solidarité de peuples qui ne se connaissent que peu et mal. La solution du fédéralisme intégral doit être rejetée en raison de la charge financière qu’un tel fédéralisme ferait porter sur certains pays, comme l’Allemagne en particulier. Il n’est pas réaliste de penser que les Allemands pourraient contribuer à hauteur de 8% à 12% de leur PIB pendant plusieurs années aux budgets des pays du Sud de l’Europe. Cette solidarité doit donc être déplacée sur le terrain du politique et doit pouvoir s’incarner dans des projets, tant industriels que scientifiques, menés dans des cadres bi ou multilatéraux. Tel fut, il faut s’en souvenir, l’origine d’Airbus et d’Ariane.

L’Euro est condamné

Aujourd’hui, nous avons la possibilité de dire que la monnaie unique est condamnée, tant pour des raisons conjoncturelles (le poids de l’austérité qu’elle impose aux peuples du Sud de l’Europe) que pour des raisons principielles. Ce fut folie que de faire la monnaie unique sans réaliser au préalable l’Europe sociale et fiscale. Ce fut folie en effet que de faire une monnaie unique entre des pays dont les structures, tant économiques que sociales et démographiques étaient aussi différentes et divergentes. Ce fut folie que de faire une monnaie unique entre des pays qui, en conséquence, avaient des taux de gains de productivité très différents et des inflations structurelles (ainsi qu’un rapport entre l’inflation et la croissance) aussi différent. L’Euro a été réalisé pour des raisons politiques. On a cru qu’en imposant un premier élément d’Europe fédérale, alors que les populations en refusaient le principe, on arriverait, par petits  bouts, à construire subrepticement cette Europe fédérale. On a vu le désastre auquel cette politique du fédéralisme furtif a conduit. Les dirigeants, et M. Jacques Delors en premier, ont cru que l’économie se plierait à la politique. Mais, les faits sont tétus. Quand on les méprise, ils se vengent. La divergence macroéconomique entre les pays de la zone Euro était évidente dès 2006. J’avais tiré la sonnette d’alarme à cette époque[8]. Elle est devenue insupportable avec la crise financière et ses conséquences. Avant que la crise de l’Euro n’emporte tout, il serait plus sage de dissoudre l’Euro et de commencer à voir entre quels pays il serait possible d’organiser une convergence tant sociale que fiscale, qui pourrait permettre de reconstruire, dans un délai qui reste à préciser, un instrument monétaire commun.

On nos dira alors qu’il faut « changer l’Europe ». Vieille antienne devenue une véritable scie. Mais, c’est un discours que l’on tient depuis plus de vingt ans et qui n’a aucun effet, pour des raisons qui sont d’ailleurs simples à expliquer. Pour changer l’Union Européenne, il faudrait que les 27 autres pays se convertissent à nos valeurs, et à notre situation. Tache impossible et même tache malsaine, car la différence peut être source d’enrichissement. Mais alors, il faut trouver des solutions permettant à ces différences de s’exprimer sans que nous ayons à en payer les frais. Cela impose des changements institutionnels substantiels. Ce n’est pas « changer l’Europe » qu’il faut, mais bien « Changer d’Europe », et pour cela ne pas hésiter à détruire ce qui est un obstacle, comme l’Euro. Tel est le point capital qui doit guider notre vote lors de ces élections européennes.


[1] Les Voroshilov Lectures le confirment, à partir de 1971-72.

[2] Sapir J., « From Financial Crisis to Turning Point. How the US ‘Subprime Crisis’ turned into a worldwide One and Will Change the World Economy » in Internationale Politik und Gesellschaft, n°1/2009, pp. 27-44.

[3] Sapir J., « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

[4] Sapir J., « Is the Eurozone doomed to fail », pp. 23-27, in Making Sense of Europe’s Turmoil, CSE, Bruxelles, 2012.

[5] Sapir J., Les scénarii de dissolution de l’Euro, (avec P. Murer et C. Durand) Fondation ResPublica, Paris, septembre 2013.

[6] Sapir J., Les scénarii de dissolution de l’Euro, (avec P. Murer et C. Durand), op.cit..

[7] Voir Sapir J., Les scénarii de dissolution de l’Euro, (avec P. Murer et C. Durand), op.cit..

[8] Voir mon article « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.


Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

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Source : russeurope.hypotheses.org

 


 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 20:49

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Moins pire 17/04/2014 à 15h52

Mozilla Firefox aussi vendu que les autres ? 3 raisons de penser le contraire

Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

 

Un matin, à Rue89, ma réd’ chef m’a lancé un défi : lui prouver que, contrairement à Google, Microsoft et consorts, Mozilla n’était pas du genre à fouiller dans nos données ou à nous surveiller. Voici ma réponse.

Un matin en conférence de rédaction, nous discutions du sort du patron de Mozilla, la fondation derrière le navigateur Firefox, poussé à la démission pour avoir soutenu une proposition de loi contre le mariage gay en Californie en 2008. Une position que ses employés ont jugé non conforme aux valeurs de Mozilla.

Ma rédactrice en chef a alors lâché :

« De toute manière, Mozilla ou les autres [Google, Microsoft, ndlr], ils sont tous pareils. »

Et moi de nier tout en bloc, une expression outrée figeant mon visage.


Un panda roux, symbole de Mozilla Firefox (NICOLAS ARMER/DPA/AFP)

C’est à ce moment là qu’elle m’a mis au défi de prouver que la fondation ne participait pas de ce système de surveillance généralisée.

                                                                                                                                                                                                                             1 Mozilla est indépendant

Même si sa survie dépend de Google

 

Pour commencer, Mozilla n’est pas une entreprise. La « Mozilla Foundation » est un organisme à but non lucratif, née en 2003 après la disparition de Netscape, premier navigateur internet grand public (taillé en pièces par Microsoft et son Internet Explorer).

La mission que Mozilla s’est donnée face aux pratiques du géant de Redmond : « Préserver le choix et l’innovation sur l’Internet. » Mozilla Foundation a donc créé « Mozilla Corporation », et plus tard « Mozilla Messaging ». Deux entreprises qu’elle détient à 100%, et qui sont chargées de développer, vendre et marketer les produits.

Les rentrées d’argent sont très minces ; pour compenser, Mozilla fonctionne grâce à des dons.

Mozilla « We’re building a better Internet » (en anglais)

La main invisible de Google

Les dons viennent de particuliers soutenant l’initiative, et – bien entendu –, d’entreprises. Je vous le donne en mille : Google est aux avant-postes des donateurs.

La firme de Mountain View a passé un accord en 2011 et s’est engagée à verser 300 millions de dollars (soit plus de 216 millions d’euros) annuels, pendant trois ans. Il y a une contrepartie : faire du moteur de recherche de Google le moteur par défaut du navigateur Firefox.

Libre à l’utilisateur d’en changer ensuite, mais on imagine l’avantage compétitif gagné face aux concurrents dans des pays comme l’Allemagne, où le navigateur au panda roux [non, ce n’est pas un renard mais bien une espèce de panda, information officielle après débat de plusieurs années] est numéro 1, avec plus d’un tiers du marché.

Pour autant, même si les royalties versées par Google représentent 90% du chiffre d’affaires de Mozilla, cela ne doit pas être interprété comme une prise de contrôle. (OK, on frise ici la mauvaise foi.)

Une dépendance relative

Goliath a tout à gagner à entretenir David :

  • le deal aurait pu être passé avec un concurrent (Microsoft et son moteur Bing, au hasard) ;
  • Firefox ne menace pas tant que ça l’hégémonie du navigateur maison Google Chrome ;
  • ce « partenariat » entretient une image de jeunesse, d’innovation et de proximité avec le petit univers des développeurs indépendants, à laquelle Google a toujours tenu.

Cette situation délicate n’est pourtant pas nécessairement éternelle, comme l’explique Philippe Scoffoni, cofondateur d’Open-Dsi, une entreprise de logiciels libres :

« Trouver un jour un autre modèle de financement reste la priorité pour Mozilla. Cela peut passer par exemple par le succès d’un Firefox OS sur smartphone, qu’ils développent actuellement, et des accords avec des constructeurs qui généreraient de nouvelles sources de revenus. »

                                                                                                                                                                                                                             2 Mozilla est votre ami

Même s’il s’est laissé intimider par le lobby de la pub

 

Dès le début, Mozilla a choisi le camp des internautes. Les dix points de son manifeste soulignent l’importance d’un Internet enrichissant, libre, ouvert, sûr et respectueux de la vie privée.

La fondation a aussi pris des engagements stricts en matière de respect de la vie privée. Par exemple, elle demande généralement l’accord pour accéder à vos données, les anonymisant lorsqu’elle le peut avant de les utiliser.

Une protection des données efficace

En somme, Firefox vous observe, au même titre que les autres navigateurs, mais toujours avec le souci de ne prendre que ce qui est nécessaire pour développer ses produits, et sans faire un usage commercial de ces données.

Philippe Scoffoni confirme :

« Utiliser Firefox, c’est une bonne base de départ pour être tranquille sur le pistage. Ce n’est pas le cas de Chrome, par exemple, qui vous trace dans votre activité, permet de vous identifier, et ajoute ces données à celles obtenues par Google, via les cookies et l’historique de recherche. »

A cela s’ajoute une myriade de modules développés souvent bénévolement pour aider les individus à effacer leurs traces (on peut citer ici Ghostery, Cryptocat, DoNotTrackMe, Disconnect, HTTPS EveryWhere, Self-Destructing Cookies...). Mozilla en a même développé un lui-même : Lightbeam.

L’outil identifie les « cookies tiers ». Un cookie est un petit fichier placé dans votre ordinateur par le site que vous visitez, et qui retient une information sur vous : mot de passe, identifiant, recherches, produits dans votre panier... Le cookie tiers, lui, est placé sur votre ordinateur lorsque vous visitez un site A, mais collecte des infos pour un site tiers B : c’est l’arme et l’outil de pistage des publicitaires par exemple.

Une hostilité marquée envers les cookies tiers

En 2013, Mozilla a fait une annonce fracassante : le réglage sur le navigateur permettant de bloquer ces cookies de manière assez efficace serait activé par défaut, à l’installation de Firefox.

Une démarche « opt-in », où l’internaute est supposé refuser par défaut, autoriser s’il le désire, s’opposant à la démarche très répandue du « opt-out », où l’internaute accepte les règles imposées par les entreprises, et peut y déroger en réglant ses paramètres par la suite.

Hélas, cette fonction est aujourd’hui encore dans les cartons.

Entre-temps, l’industrie est montée sur ses grands chevaux, qualifiant l’annonce de « frappe nucléaire » qui allait ruiner l’économie du Web et les emplois qui lui sont liés. L’intense lobbying des publicitaires a porté ses fruits et Mozilla a finalement cédé sur ce point, révélant à la fois la noblesse de ses intentions et les limites de son pouvoir.

Mais cette annonce et la multiplication des modules permettant de bloquer plus efficacement ces petits espions ont fait mouche : les géants du Net, Google en tête, réfléchissent déjà à « l’après-cookie tiers », envisageant par exemple d’attribuer une « identité publicitaire » à chaque internaute...

                                                                                                                                                                                                                             3 Mozilla est transparent

Sauf si les autorités américaines le lui demandent

 

Dernier avantage et pas des moindres : les produits de Mozilla sont des logiciels libres, « open source » en anglais. Le code de Firefox est ouvert : ceux qui ont les compétences nécessaires peuvent l’éditer, ou du moins vérifier ce qu’il fait. Chose impossible avec Chrome.

Puisqu’il est possible de repérer toutes les modifications du code des logiciels libres, la probabilité que des « backdoors » y soient insérées est faible.

Ces portes permettent à une entreprise ou des services de renseignement qui en connaissent l’existence de pénétrer votre machine sans laisser de traces, une discipline dans laquelle la NSA n’a pas son pareil.

Malgré les nombreux avantages du logiciel libre, Mozilla reste une entreprise américaine, répondant au droit américain :

« Nous respectons la loi chaque fois que nous recevons une requête sur vous d’un gouvernement ou liée à des poursuites judiciaires. Nous vous notifierons lorsqu’il nous est demandé de transmettre vos données personnelles, à moins qu’il nous soit légalement interdit de le faire. »

La mauvaise nouvelle, c’est que la loi américaine est très lâche à ce sujet, et que les services de renseignement sont très intéressés par ces informations. La bonne nouvelle, c’est que Mozilla récolte le moins possible de données sur vous.

Mozilla n’est pas parfait. Mais comme le résume bien Philippe Scoffoni, la fondation est « moins pire que les autres ».

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 20:35

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

Explicateur 17/04/2014 à 16h40

Alors l’austérité, ce serait couper un doigt à chaque Français ?

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 


Outils de torture

 

Manuel Valls, Premier ministre, chez Pujadas, mercredi soir : « Il ne s’agit pas d’un plan d’austérité. L’austérité, ce serait d’empêcher la création d’emplois publics. »

Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales ce jeudi matin, sur Inter  : « L’effort, il ne consiste pas à baisser les prestations, ça ce serait l’austérité. L’austérité, c’est la baisse des salaires, des ressources, des rémunérations. »

Michel Sapin, ministre des Finances, ce jeudi matin sur RTL : « On n’est pas dans une politique d’austérité, on est dans une politique sérieuse. [...] On ne va pas baisser les prestations. »

⏪ Rewind

Vendredi 5 juillet 2013, lors d’une conférence, le premier ministre Jean-Marc Ayrault : « Ce que nous faisons ce n’est pas de l’austérité, c’est le sérieux budgétaire. [...] L’austérité, c’est autre chose. C’est la déconstruction d’un système social historique. »

⏪ ⏪ ⏪ Rewind

Discours à l’Assemblée du premier ministre Jacques Chaban Delmas, le 16 septembre 1969 : « Rien ne sera facile, certes. Les mesures prises doivent nous permettre de limiter à quelques mois la phase d’austérité, d’ailleurs toute relative et de retrouver des bases économiques saines. »

Forward ⏩ ⏩

Nicolas Sarkozy, dans L’Express, le 3 mai 2011 : « Nous avons réduit cette année notre déficit de 14 milliards d’euros de plus que prévu : il faut continuer. Ce n’est pas de l’austérité, c’est de la raison. »

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Bon. Qu’est-ce que l’austérité, terme que détestent visiblement les gouvernants, quel que soit leur bord ? Quand commence-t-elle ? Comment la mesure-t-on ?

                                                                                                                                                                                                                             1 Austérité, tentative de définition

 

Ce n’est pas, comme le suggèrent presque Manuel Valls, Marisol Touraine ou Michel Sapin, trancher la gorge des Français ou leur couper des doigts ni baisser leurs salaires.

On parle généralement d’austérité en période de difficultés économiques : les déficits publics s’accroissent car lorsque la croissance est en berne, les recettes fiscales (TVA...) entrent moins bien et les dépenses sociales (allocations chômage...) sont plus importantes.

L’austérité consiste à lutter contre cette tendance, en augmentant les impôts et/ou en empêchant la hausse des dépenses. Ce choix n’est pas neutre : ces politiques d’austérité freinent la croissance déjà faible. Les économistes parlent de politiques « récessives » (car elles affectent la croissance) ou « procycliques » (car elles vont dans le sens du cycle économique, au lieu de le contrecarrer).

L’austérité, ce n’est donc pas forcément « baisser » les dépenses publiques. Geler les salaires dans la fonction publique, geler les prestations sociales, geler les revalorisations du RSA... C’est déjà un choix « procyclique ».

Oui, Manuel Valls, Michel Sapin, Marisol Touraine, vous faites de l’austérité.

                                                                                                                                                                                                                             2 A partir de quand l’austérité commence ?

 

Vous tombez du canoë, dans la Loire : vous pouvez nager vigoureusement dans le sens du courant pour arriver le plus rapidement possible vers la rive ; vous pouvez vous laisser porter paresseusement par le courant ; vous pouvez vous épuiser à essayer de le remonter.

De même, trois politiques sont possibles en période de ralentissement :

  • les politiques de relance ;
  • les politiques « neutres » ;
  • l’austérité.

L’austérité ne commence pas quand « on baisse les prestations » ou « quand on baisse les salaires » : elle commence quand on cesse d’être neutre face à la dégradation des déficits liée à la mauvaise conjoncture. Quand on commence à s’épuiser à remonter le courant.

  • Relance  : c’est ce que prônent les économistes keynésiens : on ne se soucie pas, à court terme, du déficit public, car il disparaîtra plus facilement si l’on fait redémarrer la croissance. Au lieu de freiner celle-ci, il vaut mieux l’encourager par une politique « contracyclique » (une politique qui va à l’encontre du cycle économique). On peut baisser des impôts et augmenter des dépenses publiques.
  • Politique neutre  : si la croissance ralentit, une politique neutre consiste à ne pas chercher à « compenser » les baisses de recettes ou les hausses de dépenses qu’entraîne mécaniquement ce ralentissement. On laisse jouer les stabilisateurs automatiques : par exemple les allocations chômage augmentent, ce qui amortit l’impact de la disparition des salaires.
  • Austérité  : malgré la mauvaise conjoncture, on maintient un cap chiffré de réduction du déficit. Et si l’économie flanche un peu plus, on accroît encore l’effort pour parvenir à l’objectif – ce qui le plus souvent aggrave la situation... Cela semble déraisonnable. Mais c’est pourtant au nom de la « raison », du « sérieux », que les gouvernements européens suivent cette politique. Ils cherchent à séduire les marchés (et obtenir de meilleurs taux d’intérêt) et à contenir la dette publique.

 


Le cercle vicieux de l’austérité (Rue89)

                                                                                                                                                                                                                             3 Comment mesure-t-on le degré d’austérité ?

 

La mesure la plus simple est de calculer les hausses d’impôts et les baisses de dépenses engagées volontairement par les gouvernements. Puis on observe si ces mesures ont été accentuées ou non.

Ainsi, au début de l’année dernière, la comparaison des politiques budgetaire et fiscale montrait que la France se distinguait par l’accentuation de l’austérité.

 


L’austérité budgétaire en France en 2013 (Via Sober Look)

 


La consolidation fiscale entre 2011 et 2013 (OCDE/The Economist)

 

Le tableau ci-contre, proposé par The Economist, donne une idée de la « consolidation fiscale » entre 2011 et 2013 : les mesures visant à augmenter les recettes sont en bleu foncé, les coupes budgétaires en bleu clair.

Autre méthode simple, pour mesurer l’intensité des politiques d’austérité, observer l’évolution du déficit budgétaire « structurel ». Il s’agit du déficit qui n’est pas lié à la détérioration de la conjoncture : le déficit qui serait constaté même si la croissance était sur sa pente habituelle.

Si la courbe de ce déficit est plate, c’est le signe que la politique budgétaire adoptée est neutre.

Voici l’évolution du déficit structurel primaire (primaire = hors intérêt de la dette) dans la zone euro. On y voit que les pays ont creusé les déficits au début de la crise, suivant en cela des politiques contracycliques, conformes à ce que préconise la théorie économique.

Puis, au début de l’année 2010, ils ont brutalement inversé leurs politiques, pour adopter tous ensemble des mesures d’austérité, ce qui n’a pas manqué d’étouffer toute chance de reprise économique.

 


Déficit structurel primaire de la zone euro (IMF/Paul Krugman)

 

La politique économique de la France a suivi le même chemin. Sur la courbe ci-dessous, le Crédit Agricole montre les deux composantes du déficit : la partie conjoncturelle et la partie structurelle. On voit que la baisse du déficit public (vert) ne tient aujourd’hui qu’à la réduction du déficit structurel (orange), c’est-à-dire aux mesures dites de « sérieux budgétaire ».

 


Le déficit structurel de la France, en orange (Crédit agricole)

 

Ces politiques d’austérité sont un désastre : même les institutions comme le FMI ou l’OCDE s’en rendent compte. Mais les gouvernements européens, après quelques mois de lucidité en 2008, persistent à les poursuivre, fétichisant les critères absurdes prévus par leurs traités, au détriment de leurs populations.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 20:23

 

Source : www.mediapart.fr

 

Travailleurs détachés: la fin du «dumping social» n'est pas pour demain

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Une majorité d'eurodéputés a approuvé mercredi le compromis final sur les travailleurs détachés, avec le soutien des socialistes français. La portée limitée du texte ne mettra pas un terme aux multiples abus des dernières années.

Après des années de débats électriques, une large majorité d'eurodéputés a fini par donner son feu vert, mardi à Strasbourg, à un tout petit accord sur les travailleurs détachés. Le compromis final, adopté à 474 voix contre 158 (39 abstentions), avec le soutien des socialistes français, ne fait qu'aménager à la marge la directive fondatrice de 1996. La commission avait, dès le départ, refusé de proposer une nouvelle directive qui puisse répondre à l'ensemble des abus constatés sur le terrain. Pas de quoi mettre fin, pour de bon, à la rivalité entre travailleurs européens.

Comme attendu, le groupe des socialistes au parlement s'est fortement divisé sur la question : si le PS a voté pour, des élus socialistes d'Italie, d'Espagne ou de Belgique ont eux rejeté le compromis. La majorité s'est constituée autour d'une alliance de circonstance entre le PPE (droite, majoritaire), les libéraux, les Verts et donc une partie des socialistes. La gauche unitaire européenne (GUE) a voté contre ce texte, qui n'a pratiquement pas bougé par rapport au compromis scellé par les ministres des 28 en décembre, et qui s'efforce de préciser, par exemple, la définition juridique du « détaché » pour éviter certains abus. 

Sur le front institutionnel, le dossier est désormais classé. Mais il pourrait resurgir à tout moment, durant la campagne des européennes jusqu'à fin mai, alors que le Front national de Marine Le Pen a fait de ce texte l'un des symboles d'une Europe qui organiserait le « dumping social », sourde aux intérêts des travailleurs nationaux – c'est un texte « criminel », a-t-elle jugé mardi.

Sur le terrain, les dégâts provoqués par la directive de 1996 sont profonds. Environ 1,2 million de travailleurs étaient considérés comme « détachés » en 2011 sur le continent – c'est-à-dire envoyés dans un autre État membre par leur entreprise, au nom de la « libre prestation des services » prévue par les traités. À l'origine, le texte, entré en vigueur en 1999, encadrait surtout l'arrivée de travailleurs grecs ou portugais dans les pays d'Europe du Nord. Mais l'élargissement à l'Est à partir de 2004 a changé la donne, et accéléré le phénomène, tout comme l'évolution de la jurisprudence européenne (lire notre article : Pourquoi l'Union peine à lutter contre le dumping social).  

Dans les principaux pays d'accueil (l'Allemagne, la France et les Pays-Bas), des entreprises ont recours à ces travailleurs « low cost », sans toujours respecter la durée maximale du temps de travail, ou encore les règles salariales en vigueur. Une forme de concurrence déloyale pour les travailleurs « locaux » des États membres en question, alors que les taux de chômage enregistrent des pics, sous l'effet de la crise. La situation est particulièrement sensible dans le secteur du BTP, qui emploie au moins le quart des « détachés » (lire notre reportage sur un chantier en Auvergne). C'est pour répondre à ces abus que la commission a proposé de « toiletter » sa directive de 1996.

 

Le secteur du BTP est l'un de ceux qui emploient le plus de salariés détachés. Ici, un chantier à Madrid en janvier 2014. 
Le secteur du BTP est l'un de ceux qui emploient le plus de salariés détachés. Ici, un chantier à Madrid en janvier 2014. © Reuters


En décembre, les ministres de l'emploi des 28 étaient parvenus à s'entendre sur un « deal » provisoire. C'était loin d'être une mince affaire, tant l'Europe, sur cette question emblématique, est écartelée. D'un côté, des exécutifs soucieux d'imposer davantage de garanties sociales et de contrôles pour les entreprises. De l'autre, des gouvernements, surtout à l'Est (Pologne en tête), pour qui ce principe de libre circulation des travailleurs est un pilier de l'Union, qu'il n'est pas question d'affaiblir, en renforçant le recours aux contrôles par des inspecteurs du travail, par exemple.

À la sortie du conseil de décembre, Michel Sapin avait paradé, vantant un « accord satisfaisant et ambitieux, conforme à la position défendue avec constance par la France ». Dans la foulée se sont ouvertes des négociations à trois, ces « trilogues » bruxellois à huis clos (avec des représentants du parlement, du conseil et de la commission), dont rien ne filtre jamais, et dont il n'est pas sorti – pour cette fois – grand-chose. Les marges de manœuvre, côté parlement, semblaient particulièrement faibles pour améliorer la copie, tant l'accord de décembre s'est fait à l'arraché.

Facteur supplémentaire de l'équation : c'est Pervenche Berès, une socialiste française, qui supervisait les négociations au nom du parlement – et qui semble avoir tout fait pour protéger le compromis dégagé en décembre par son collègue Michel Sapin, qui était alors ministre de l'emploi.

Ce qui fait dire aujourd'hui à Jean-Luc Mélenchon, dans un communiqué particulièrement vif : « Pervenche Berès, la présidente PS de la commission de l'emploi et des affaires sociales, a trahi sa commission en donnant l'accord du parlement aux chefs d'État sur ce contenu au rabais, alors que sa commission était bien plus exigeante ». Le co-président du Front de gauche fait référence au texte voté en juin 2013 par la commission Emploi, qui était effectivement plus ambitieux que le compromis voté ce mercredi.

Réponse de l'intéressée : « Oui, l'accord a ses limites. C'est pour cette raison que notre programme pour les élections européennes appelle à une révision du texte de 1996. Une simple directive d'application ne peut pas tout régler. » Et de poursuivre : « L'art de la critique est facile pour ceux qui voient en permanence le verre à moitié vide. Le remplir à moitié plein est déjà bien plus difficile… »

« Communiquer » plutôt que « notifier »...

Au chapitre des avancées, les négociations en trilogue du début d'année ont permis de clarifier un point de vocabulaire – décisif aux yeux de certains. Les États membres qui souhaitent muscler les contrôles des inspecteurs du travail, ou de l'Urssaf, pourront le faire, à condition qu'ils « communiquent » les nouveaux critères en vigueur, en amont, à la commission. Jusqu'à présent, le texte parlait de « notifier » ces critères à l'exécutif bruxellois, laissant entendre que la commission pouvait juger de la pertinence, ou non, de certains critères. Désormais, cette inquiétude est évacuée, et les capitales feront ce qu'elles veulent en la matière. Le changement de terme peut paraître anecdotique, mais la confédération européenne des syndicats (CES), par exemple, en avait fait l'un de ses chevaux de bataille.

C'est tout ? Oui, ou presque. Le renoncement le plus spectaculaire, côté parlement, porte sur le champ d'application de la « responsabilité conjointe et solidaire ». En décembre, c'était l'un des volets les plus ambitieux du compromis: si un sous-traitant met la clé sous la porte, du jour au lendemain, le travailleur détaché qui en était l'employé peut se retourner, juridiquement, à l'échelon du dessus. Pour le dire vite : Bouygues devient responsable, en dernier ressort, de tous les salariés détachés d'un chantier Bouygues. Mais cette avancée n'est obligatoire que dans un seul secteur, celui du BTP. Pour les autres, c'est facultatif...

Or en juin 2013, une majorité d'eurodéputés de la commission emploi avait plaidé pour que l'obligation porte sur l'ensemble des secteurs de l'économie – y compris dans l'agroalimentaire, ou les transports, où les fraudes, là aussi, sont nombreuses. La position était plutôt audacieuse, quand on connaît les équilibres européens sur le sujet. Il y avait donc un enjeu, pour le parlement, à jouer sa carte dans les « trilogues ». Mais l'affaire n'a rien donné, les négociateurs ayant, semble-t-il, capitulé d'entrée de jeu sur ce dossier très sensible.

De ce point de vue, la manœuvre rappelle les négociations sur le budget pluriannuel de l'Union, en 2013. Le parlement, qui avait fixé une position beaucoup plus ambitieuse à l'origine, avait fini par se coucher, et accepter les grandes lignes de l'accord conclu quelques mois plus tôt lors d'un conseil européen de chefs d'État et de gouvernement, incapable de dégager des marges de négociations sur un dossier très délicat. À chaque sujet très sensible pour les capitales, les élus peinent toujours autant à exister.

« Tout n'est pas résolu », reconnaît l'eurodéputée EELV Karima Delli, qui s'est impliquée tôt dans ce dossier, et a voté pour le compromis. Mais « toutes les formations politiques, dont le Front national, qui demandent "l'annulation" de la directive, se trompent. Détruire ce texte, arraché au forceps, condamnerait l'Union européenne à l'immobilisme, c'est-à-dire à la "loi de la jungle" et à la concurrence déloyale entre travailleurs européens, qui font le lit des populismes d'extrême droite et des eurosceptiques ». Karima Delli mise en particulier sur le texte sur les détachés en cours d'adoption en France, pour combler certaines des lacunes de la législation européenne (lire ici et pour les discussions côté français).

Comme souvent à Bruxelles, l'alternative se répète, quand il s'agit de dossiers de cette complexité. Soit accepter quelques avancées, même modestes, qui vont dans le bon sens, mais qui peuvent aussi paraître bien dérisoires par rapport à l'ampleur du problème. Soit refuser en bloc, pour ne pas cautionner ces compromis forcément frustrants, et ne rien renier de ses ambitions de départ.

 

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 20:13

 

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Xavier Timbeau (OFCE): «Hollande fait ce que Sarkozy voulait faire»

|  Par Rachida El Azzouzi

 

 

 

Pour Xavier Timbeau, directeur de l'OFCE, le pacte de responsabilité de François Hollande ne créera pas d'emploi. « Donner de l’argent en échange de bonnes volontés, c'est l'histoire qu'on raconte aux Français », explique l'économiste, qui préconise ardemment d'en finir avec l'austérité.

Xavier Timbeau est directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Pour cet économiste français de premier plan, les choix économiques faits par le gouvernement, à l’initiative de François Hollande, sont une grave erreur de stratégie. À commencer par le pacte de responsabilité. « Les élections européennes vont montrer que cette austérité aura été un échec économique mais aussi politique, un échec grave », s'alarme-t-il. Entretien.

L’inversion de la courbe du chômage en 2013 n’a pas eu lieu. François Hollande mise tout sur le pacte de responsabilité : 30 milliards d’euros de baisses de charges aux entreprises. Après les avantages fiscaux du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) de l’automne 2012 (20 milliards en 2015), faut-il voir dans ce dispositif un nouveau cadeau du gouvernement au patronat, comme le pointent des syndicats (FO, CGT) mais aussi des voix dans les rangs de la majorité ?

Le pacte est dans la lignée du CICE. C’est son extension, son approfondissement. Il est présenté comme de la politique de l'offre, des mesures structurelles. En fait, il s'agit de mesures conjoncturelles pour redonner de l'oxygène aux entreprises dont la situation est malgré tout ce qu'on peut en dire très détériorée. Ces mesures apparaissent opportunes. On ne doit pas être manichéen, et il ne faut pas oublier que les entreprises, c’est le vecteur de l’emploi des ménages et de leurs revenus. Pour juger de l’orientation de la politique de François Hollande, c’est plutôt dans ce qui n’est pas fait et dans les politiques impliquées par le pacte qu’il faut rechercher.

 

Manifestation contre le pacte de responsabilité, mardi 18 mars, à Paris.Manifestation contre le pacte de responsabilité, mardi 18 mars, à Paris. © Rachida El Azzouzi

Après une campagne sur le thème « Je ne ferai pas ce qu’a fait mon prédécesseur », Hollande fait finalement ce que Nicolas Sarkozy voulait faire. D’un côté, il accorde 30 milliards d'euros de baisses de charges aux entreprises et, de l’autre, il annonce 50 milliards d’économies de dépenses publiques. Cette réorientation nette de sa politique, avec des impôts sur les ménages et pas sur les riches, alors qu'au départ sa promesse était de ne faire payer que les 10 % les plus riches, touche à l'héritage du modèle social de la gauche.

C'est en cela que le pacte prend sa couleur politique : dans la façon dont il est financé et dans les autres cadeaux qui ne sont pas faits. Il apparaît à gauche comme la trahison d’une orientation politique qui n’était pas celle espérée et traduit l’influence ou la victoire du patronat, qui obtient ce qu’il avait demandé et qui d'ailleurs continue à obtenir des choses.

Il y a 30 ans, sous Mitterrand après le tournant de la rigueur, un autre Gattaz promettait des embauches contre des allègements du coût du travail et plus de flexibilité dans une France qui comptait 2 millions de chômeurs. Le pacte réclamé aujourd'hui par son fils va-t-il créer des emplois ? Sans contrepartie, les patrons peuvent-ils tenir cet engagement ?

Ce discours remonte à la France du général de Gaulle. Il est aussi maladroit que celui sur les contreparties. Les entreprises ne créeront pas d’emplois parce qu'il y a un pacte. Elles créeront des emplois parce qu'il y aura de la demande, que le coût du travail sera plus bas en France que dans les pays voisins, car elles embaucheront plus de personnes à bas salaires. Elles créeront des emplois pour des raisons économiques dans le jeu de la globalisation. Donner de l’argent en échange de bonnes volontés, ça, c’est une histoire qu’on raconte aux Français. Et ce discours est maladroit, parce qu’il entretient le sentiment de la connivence entre les représentants patronaux et le gouvernement.

Concernant les baisses de dépenses publiques, l’État et ses agences en prendront la plus grande part, 18 milliards d’euros. 10 milliards proviendront de l’assurance maladie, 11 milliards des collectivités locales, 10 milliards en rognant sur les prestations sociales. Que vous inspire ce projet d'austérité, qui prévoit notamment le maintien du gel du point d'indice des fonctionnaires et zéro revalorisation des prestations sociales, sinon leur diminution ?

La raison pour laquelle on s’engage dans cette ligne est que la France doit faire la preuve auprès de ses partenaires européens que son modèle de protection sociale est sous contrôle. Limiter le jugement sur la bonne gestion publique à la capacité à réduire les dépenses publiques est choquant. À cela s’ajoute que la pression semble venir de l’extérieur : si l'on ne demande pas de façon répétée à la France de réduire ses dépenses, alors rien ne sera jamais fait. « Prouvez que vous gérez bien en dépensant moins » est devenu la bonne mesure en matière de gestion des deniers publics.

Pourtant, la Grèce a divisé par deux ou trois ses dépenses publiques et elle n’est pas devenue un modèle d’administration publique, encore moins de fonctionnement de la société. Il est idiot de s’intéresser à la réduction sans aborder la question de la qualité et des modes d’organisation qui conduisent à cette qualité. C’est ce chantier-là qui n’est pas abordé.

 

Tableau extrait de l'étude de l'OFCE 
Tableau extrait de l'étude de l'OFCE © @dr

On justifie les 18 milliards d'économies pour l’État et ses agences par un argument : le fait que cela a trop augmenté les années précédentes. En Angleterre, des efforts importants ont été faits avec une grande brutalité, mais cela partait d’une refonte complète du modèle d'évaluation, de décision, de confirmation des dépenses, de la notion des contrats passés avec les différents agents. Ce n’est pas ce genre de réflexion qui est menée en France. C’est du rabot sans réflexion sur la qualité pour faire plaisir à nos partenaires.

D’un autre côté, l’engagement de réduire de 50 milliards la dépense devait être concrétisé. C’est le slogan publicitaire de Schweppes : « What did you expect? » Dans cet exercice, Valls a été plus habile que son prédécesseur dans le discours : il a passé des messages. Il dit : « Je gèle le point d’indice mais je garde l’avancement, je gèle les prestations sociales mais je ne m’attaque pas aux plus pauvres en revalorisant le minimum vieillesse », comme une logique d’efforts partagés. Le non-dit est : comment arrive-t-on au bout du compte aux 50 milliards ? Quelles sont les mesures non encore annoncées ? Seront-elles encore plus brutales ?

Dernier point : en donnant des gages à nos partenaires européens, on gagne en crédibilité et on peut obtenir un assouplissement de nos engagements budgétaires. Ceci laisse de la marge pour ne pas complètement financer le pacte de responsabilité, donc baisser les prélèvements et éventuellement aller au-delà en ajoutant des baisses de prélèvement ou des dépenses d’investissement. Mais il n’est pas clair que l’on va gagner de grandes marges de manœuvre. C’est très important pour savoir au bout du compte si l'on s’installe dans l’austérité jusqu’en 2017 ou si globalement, parce que la baisse de prélèvement est supérieure à l’économie de dépenses, on stimule l’activité en France.

«Les mécanismes de trappe à bas salaire»

Après la version Balladur (CIP) ou Villepin (CPE), le président du Medef, Pierre Gattaz, réclame l'instauration à titre “temporaire” d'un sous-Smic, pour laisser rentrer sur le marché du travail les jeunes. « Une logique esclavagiste », dénonce même Laurence Parisot, sa prédécesseure...

Pierre Gattaz a le sentiment d’avoir l’oreille du gouvernement. Il a demandé, il a obtenu. Autant continuer à jouer. Mais ce serait une très mauvaise idée. La France se caractérise par un salaire minimum relativement plus élevé que celui qui est pratiqué en Europe. Pour « compenser » cela, on a abaissé les cotisations sociales sur les bas salaires. Et d’ailleurs, le pacte de responsabilité prolonge cette logique en aménageant une nouvelle réduction du coût du travail au niveau du salaire minimum.

Aller au-delà, c’est entrer dans la pauvreté laborieuse, et la concentrer sur les jeunes. Difficile de concilier cette approche du marché du travail avec un discours pour la jeunesse. Si les jeunes sont au chômage, ce n’est pas parce qu’ils sont « trop » payés. C’est parce qu’il y a du chômage et que la réduction des déficits publics alimente la récession. Baisser le salaire des plus jeunes pourrait diminuer leur chômage, mais nous conduirait à entériner la pauvreté laborieuse et l’entrée dans la déflation. Ce que le pacte de responsabilité veut éviter.

 

Paris, Invalides, 18 mars 2014. 
Paris, Invalides, 18 mars 2014. © Rachida El Azzouzi

La suppression des cotisations patronales pour les salaires au niveau du Smic fait craindre l'ouverture d'une trappe à bas salaire, soit un encouragement pour les employeurs à n’embaucher qu’au niveau du Smic, et le moins possible au-dessus, contribuant à un écrasement des hiérarchies salariales. Est-on en train de la rouvrir ?

La question de la trappe à bas salaire est l’autre versant du débat sur la réduction du Smic. Au passage, réduire le Smic, pour les jeunes, c’est aussi accentuer les mécanismes de trappe à bas salaire s’ils existent. Les mesures prises aujourd’hui visent surtout à rétablir les marges des entreprises. Quant à la trappe à bas salaire, elle est plus alimentée par les jeunes qui sortent avec peu ou pas de qualification du système scolaire que par la structure des allègements. La causalité est probablement inverse : la faible qualification d’une partie de la main-d’œuvre oblige à réduire le coût du travail, et non pas : la réduction du coût du travail induit l’échec scolaire et la faible qualification.

De plus, le système français propose rarement une seconde chance à ceux qui sortent sans qualification du système éducatif. Là encore, la structure des allègements est un débat secondaire par rapport à ce que provoque cet échec de la formation et de la qualification tout au long de la vie.

 

Tableau extrait de l'étude de l'OFCE 
Tableau extrait de l'étude de l'OFCE © @dr

Pourtant Martine Aubry, alors ministre du travail, avait bien ouvert ces trappes à bas salaire en 1992, en ciblant ces allègements sur le travail féminin ; et ses successeurs de droite ont suivi son exemple…

Avant les 35 heures, il existait des dispositifs favorisant le temps partiel. Ces mesures sont sans doute efficaces pour réduire le chômage, mais elles ont un effet désastreux sur la situation des femmes sur le marché du travail (temps de travail, rémunération horaire et type de secteur ou d’activité qu’elles occupent). Cette discrimination les met dans une situation d’inégalité et compromet leurs possibilités d’émancipation financière par le travail. C’est un des effets positifs des 35 heures que d’avoir fermé la porte à ces trappes à temps partiel !

Certains économistes prônent le gel du Smic, misent sur le RSA et la prime pour l'emploi en vue de lutter contre la pauvreté. Qu'en pensez-vous ?

On peut imaginer passer de notre triptyque (SMIC « élevé », baisse de charges sur les bas salaires, temps plein) à un schéma où le SMIC est plus bas, où le temps plein n’est pas garanti et où l'on complète le revenu des plus pauvres par le RSA ou la PPE. On peut imaginer que la situation familiale soit prise en compte pour compléter le revenu afin de concentrer le complément de revenu sur les familles les plus pauvres. Mais faire de cette façon, c’est renoncer à l’individualisation de notre choix actuel, ce qui sera désastreux pour l’égalité femmes/hommes, et éventuellement jouera sur l’égalité entre générations. C’est également renoncer aux droits ouverts à la retraite ou au chômage que notre système accorde aux bas salaires. Le complément de revenu par le RSA ne contribue pas au calcul de l’allocation chômage ou ne donne pas lieu à cotisation retraite. On sort les foyers de la pauvreté, mais on occulte le devenir des individus au-delà de leur ménage et de leur période d’activité. C’est moins cher, mais bien moins juste.

«L'austérité aura été un échec grave »

Le « pacte de responsabilité » serait complété par un « pacte de solidarité »…

La partie « pacte de solidarité » masque, à la manière d’un « cache-misère », le caractère déséquilibré du pacte initial. Austérité, baisse du coût du travail… c’est difficile à avaler. Mais là aussi, il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Ce qui compte, c'est de savoir quelle est la trajectoire globale des finances publiques d’ici à 2017. Si elle reste restrictive comme acté en mai 2013 avec la commission, alors les pactes n’y changeront rien, le chômage augmentera et nous ne sortirons pas de la nasse dans laquelle nous sommes. Le pacte apparaîtra comme un échec et le gouvernement sera désavoué.

L’habileté du gouvernement est de concentrer le débat sur les 3 % de déficit public en 2015 et de taire le reste de la trajectoire en 2016 et 2017. Si l’on ajoute le pacte de solidarité au pacte de responsabilité et à la réduction de l’impôt sur les sociétés entérinée aux assises de la fiscalité, alors les 50 milliards de réduction du déficit structurel en 2017 ne seront pas tenus. Les 50 milliards d’euros de réduction du déficit structurel se sont mués en 50 milliards d’économies de dépenses publiques, mais ne tiennent pas compte des 30 à 40 milliards de « dépenses fiscales » des différents pactes. Au lieu de 50 milliards de réduction du déficit structurel en 2017, ce sont plutôt 10 à 20 milliards d’effort, un écart important par rapport à ce que nous avions négocié au cours du semestre européen de 2013.

Pour 2015, les 3 % ne pourront pas être contournés. Un collectif budgétaire à l’été 2014 ajoutera sans doute quelques mesures pour s’en assurer. Le projet de loi de finance de l’automne 2014 sera lui aussi orienté vers cet objectif. Mais l’échéance électorale, c’est 2017. Pour avoir une chance de réélection, François Hollande doit avoir un bilan positif. La marge gagnée en 2016 et 2017 pourra alors être utilisée dans cette courte fenêtre. Le calendrier est pour le moins serré.

Pour redresser les comptes publics, quelle alternative au pacte de responsabilité ? N’est-ce pas contre-productif de faire de l'austérité, d'autant plus à la veille des élections européennes dans une Europe qui compte près de 20 millions de chômeurs ?

Le mal a été fait. L’austérité a été faite au plus mauvais des moments. Elle a produit le maximum de dégâts sans apporter de francs résultats. Elle ouvre aujourd’hui la porte à la déflation. L'Espagne, le Portugal, la Grèce, dans une certaine mesure la France et l’Italie sont emblématiques de cet échec. Les élections européennes vont montrer que cette austérité aura été un échec économique mais aussi politique, un échec grave. On a infligé l’austérité brutale pour sauver l’Europe mais, en alimentant une défiance justifiée des citoyens vis-à-vis de l’Europe, on risque aujourd’hui l’éclatement de la zone euro, non pas par le canal de la finance, mais par celui de l’économie (réelle) et de la politique, par la montée spectaculaire du souverainisme.

L’alternative était d’étaler l’austérité budgétaire, de laisser les bilans privés (entreprises et ménages) se rétablir en réduisant leur endettement et en leur permettant d’encaisser le choc sur leurs revenus. Pour étaler l’ajustement des finances publiques, il fallait être crédible quant au fait de la faire plus tard. Sinon, la sanction des marchés aurait rendu caduque le gain de l’étalement. La zone euro n’avait ni les institutions ni les instruments pour un tel étalement, d’autant que pour que cela fonctionne il faut sortir de la logique intergouvernementale et entrer dans un contrôle démocratique à la fois de la politique budgétaire et monétaire en zone euro.

On peut encore corriger le tir : c’est le débat sur le desserrement de la contrainte en France, mais aussi en Espagne ou en Italie. En desserrant cette contrainte simultanément en zone euro dans plusieurs pays, il y aurait un effet d’amplification. On peut aussi se lancer dans un plan d’investissement public. S’il est productif, rentable et donc bien piloté, alors la dette que l’on contracte pour le financer est couverte par un actif. C’est de la dette brute mais pas de la dette nette.

 

Extrait de l'étude de l'OFCE 
Extrait de l'étude de l'OFCE © @dr

Contrats d’avenir, de génération, accord sur l'emploi (ANI), CICE… L'OFCE a simulé les effets des grandes mesures en matière de politique de l’emploi menées par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir. Sont-ils positifs ? A-t-on tout essayé pour lutter contre le chômage ?

La stabilisation du chômage observée début 2014 est en fait liée à ces politiques. D'après nos calculs, si elles n'avaient pas été menées, il y aurait un point de chômage en plus. Hollande n'a pas eu tort en pensant que ces mesures auraient un effet sur la courbe du chômage, mais elles n’ont pas suffi à compenser la hausse du chômage liée aux effets de l’austérité. Il a sous-estimé les dégâts de l’austérité et surestimé les effets des dispositifs d’accompagnement. Mais ces dispositifs ne vont pas permettre de retrouver le plein emploi et, pour certains, ne créent pas de l’emploi pérenne. On le verra très vite lorsqu'ils s'arrêteront et que le chômage repartira à la hausse.

Ce qui vient est terrible. Le chômage va progressivement baisser, comme les salaires. Le marché du travail va se rééquilibrer par la diminution des salaires. Le chômage va se transformer en moins de revenus. On ne commentera pas les revenus comme les chiffres du chômage tout les mois. Au bout du compte, la promesse qu’on n'aura pas tenue, c’est celle de la prospérité. On aura une France enkystée avec encore moins de justice sociale, plus d’inégalités, moins d’égalité des chances.

Vous publiez aujourd'hui vos prévisions pour l’économie mondiale, européenne et française en 2015. En 2013, elles étaient marquées par une croissance zéro, en 2014, par un retour à une croissance positive, 1,3 %. À quoi ressemblera 2015 ?

L'année 2015 sera du même acabit que 2014 même si la croissance sera positive, de l'ordre de 1,6 %. Nous nous installons doucement dans notre décennie perdue avec un chômage élevé, une hausse du chômage de longue durée, des salaires qui baissent dans un contexte où l'on rabote sur la protection sociale et la dépense publique.

Ce n'est pas parce que la croissance redevient positive que nous retrouvons une dynamique de sortie de crise. Nous allons au contraire entrer dans la phase où nous allons découvrir toutes les fragilités accumulées et leurs conséquences. Au plus fort de la crise de 2009, il y avait eu une communauté de destins entre riches et pauvres. Là, nous entrons dans une séquence où celui qui a un emploi, une qualification, un patrimoine ne pourra se plaindre que d’une augmentation d’impôts. Les autres subiront les ajustements de façon diffuse mais pour longtemps.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 19:55

 

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Un plan d’austérité injuste, dangereux et illégitime

|  Par Laurent Mauduit

 

 

Blocage des rémunérations des fonctionnaires, gel des retraites et des prestations sociales, mesures d'économies sur les pauvres : Manuel Valls détaille un plan d'austérité de 50 milliards d'euros d'une violence à laquelle même la droite n'a pas eu recours. À croire que la France a été placée sous la tutelle de la Troïka européenne.

La rupture de François Hollande avec la gauche est décidément consommée ! Après avoir décidé d’organiser un plan d’allègements fiscaux et sociaux d’une ampleur historique en faveur des entreprises sans leur demander la moindre contrepartie ; après avoir nommé à Matignon le premier ministre le plus à même de mettre en œuvre cette politique néolibérale, en l’occurrence Manuel Valls, il a donné son imprimatur, mercredi 16 avril, au cours du conseil des ministres, à l’un des plans d’austérité les plus violents que la France ait connus depuis la Libération, de même nature que ceux de 1982 ou 1983. Ce plan d’austérité, dont Manuel Valls a décliné les grandes lignes en milieu de journée, présente la triple caractéristique d’être économiquement dangereux, socialement injuste et démocratiquement illégitime.

Voici ci-dessous les deux documents qui permettent de découvrir les détails de ce plan d’austérité. Le premier document est l’allocution que Manuel Valls a prononcée à l’issue du conseil des ministres, pour présenter ces mesures. Le second document a été publié dans la foulée par ses services pour présenter le détail des dispositions.

 

* Un plan d’austérité injuste

À l’examen de ce plan, qui n’est encore guère détaillé, le premier constat qui saute aux yeux est, de fait, son caractère socialement injuste. Portant sur 50 milliards d’euros d’économies qui devront être réalisées en 2015, 2016 et 2017, à hauteur de 18 milliards sur le budget de l’État, 11 milliards sur les collectivités locales, 10 milliards sur l’assurance maladie et 11 milliards sur les autres dépenses de protection sociale, il vise en somme à faire financer par les salariés modestes, les fonctionnaires, ou encore les retraités les cadeaux de plus de 36 milliards d’euros (30 au titre du « pacte de responsabilité », auxquels s’ajoutent d’autres baisses d’impôt) qui viennent d’être annoncés en faveur des entreprises.

C’est cela, la principale injustice de ce plan : il vise à organiser le plus gigantesque transfert de revenus qui ait jamais eu lieu en France des ménages, notamment les plus pauvres, vers les entreprises, y compris les plus riches.

Ce plan, qui ressemble strictement en tous points à celui qu’aurait pu présenter en des circonstances identiques un François Fillon sous la présidence de Nicolas Sarkozy, comporte, ensuite, quand on l’examine poste par poste, de nombreuses autres injustices.

– 18 milliards d’euros d’économies sur l’État. Ce premier volet du plan d’austérité, ce sont les 5,2 millions de fonctionnaires qui vont en faire les frais puisque leurs rémunérations de base vont continuer à être bloquées. « Nous confirmons le gel du point d’indice », a en effet déclaré Manuel Valls. Ce gel a commencé en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy et devrait donc se poursuivre. Jusqu’à quand ? Jusqu’en 2017 ? La formulation utilisée par le premier ministre est assez ambiguë pour le suggérer.

Cette disposition sera socialement très lourde de conséquences, puisque les rémunérations de base des trois fonctions publiques sont bloquées continûment depuis plus de quatre ans. Ce gel va contribuer à un effondrement du pouvoir d’achat de catégories sociales dont les revenus sont souvent faibles. À titre d’indication, l’Insee vient de publier une étude (elle est ici) qui révèle que les salaires net moyens des trois fonctions publiques ont baissé en euros constants en 2012.

Explication de l’institut : « Dans la fonction publique de l’État (FPE), ministères et établissements publics confondus, le salaire net moyen en équivalent-temps plein (EQTP) a augmenté de 1,1 % en euros courants entre 2011 et 2012. Compte tenu de l’inflation, il a baissé de 0,8 % en euros constants. Il atteint en moyenne 2 460 euros net par mois en 2012.  Dans la fonction publique territoriale (FPT), l’évolution entre 2011 et 2012 est de + 1,4 % en euros courants, soit - 0,5 % en euros constants. Le salaire net moyen en EQTP est de 1 850 euros par mois en 2012. Dans le secteur hospitalier public (SHP), le salaire net moyen croît de 1,3 % en euros courants entre 2011 et 2012  et baisse de 0,6 % en euros constants. Le salaire net moyen en EQTP est de 2 240 euros par mois en 2012. »

Les fonctionnaires, qui ont très majoritairement voté pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, vont donc payer un lourd tribut au plan d’austérité. L’Élysée et Matignon n’ont, toutefois, pas osé aller au-delà, en mettant en application une autre mesure sulfureuse qui avait été aussi mise à l’étude dans le groupe de réflexion constitué autour de François Hollande : un blocage des mesures de promotion ou d’avancement dans la fonction publique.

Pour ce qui concerne l’État, les autres dispositions évoquées par Manuel Valls lors de son allocution, ou dans le document publié par Matignon, restent particulièrement imprécises. Si imprécises qu’il ne faut pas exclure d’autres très mauvaises surprises lorsque le véritable détail du dispositif sera transmis au Parlement et ne pourra plus être entouré de fortes zones d’ombre.

Dans le cas des effectifs de la fonction publique, les 60 000 créations de postes dans l’éducation nationale, qui constituaient la promesse phare du candidat François Hollande, sont-elles ainsi toujours d’actualité ? Ou, comme y a réfléchi secrètement ces dernières semaines l’Élysée, ces créations pourraient-elles être légèrement revues à la baisse, d’environ 15 000 postes ?

Dans son allocution, Manuel Valls est resté très évasif, sans mentionner le moindre chiffre : « Les effectifs des ministères, hors éducation nationale, sécurité et justice continueront de diminuer. Ces diminutions s’accompagneront toutefois de redéploiements afin de préserver nos services publics. » Le communiqué de Matignon est, lui, un tout petit peu plus précis : « Les créations d’emplois prévues dans l’Éducation nationale, la sécurité et la justice seront maintenues, dans le cadre de la priorité donnée à la jeunesse, et à la sécurité des Français. »

Toujours au titre de l’État, le document de Matignon fait cette mention qui n’a pas été remarquée parce qu’elle est très elliptique : « Les interventions de l’État seront également recentrées pour être plus efficaces. » Énoncée de la sorte, la formule passe, effectivement, inaperçue. Mais c’est un tort car il faut avoir à l’esprit que ce que les têtes d’œuf de Bercy, dans leur jargon, appellent « dépenses d’intervention » constitue une immense enveloppe budgétaire de plus de 60 milliards d’euros, soit plus que les recettes de l’impôt sur le revenu, et dans ce montant sont compris de nombreux crédit sociaux. Dans le lot, il y a ainsi ce que l’on appelle les interventions de guichet (minima sociaux, aides au logement, prestations versées aux anciens combattants, bourses scolaires ou universitaires...), mais aussi les subventions d’équilibre aux régimes spéciaux de retraite ou transferts aux collectivités locales…

Même si le gouvernement a démenti depuis plusieurs jours toute suppression des aides au logement pour les étudiants non boursiers, il faudra donc encore attendre pour savoir qui d’autre sera visé par les coupes claires dans ces crédits.

Enfin, dans ce chapitre, une dernière formulation évasive peut susciter une légitime inquiétude et inviter à penser que quelques mauvais coups sont en gestation : « Les opérateurs et autres agences de l’État verront leurs dépenses de fonctionnement et leurs interventions revues à la baisse », peut-on lire dans le document. Dit de la sorte, cela passe aussi inaperçu. Mais il faut avoir à l’esprit que les opérateurs de l’État sont au nombre de 550 (on peut télécharger la liste ici) et jouent un rôle économique et social souvent décisif (on trouvera ici beaucoup de données à leur sujet).

Un plan avec beaucoup de zones d'ombre

– 11 milliards d’euros d’économies sur les collectivités locales. Ce second volet est encore plus évasif et imprécis que le premier. Lors de son intervention, Manuel Valls n'a guère donné de détails. Et le document de Matignon se cantonne, lui aussi, à des généralités, du genre : « La Dotation Globale de Fonctionnement sera reformée dans le projet de loi de finances (PLF 2015), pour encourager les comportements vertueux et renforcer les mécanismes de solidarité financière entre collectivités riches et défavorisées. »

Mais il est fort probable que dans les semaines et les mois qui viennent, lorsque l’on aura une idée plus concrète de ce qui se trame, on découvrira des mesures lourdes de conséquences. Soit parce qu’elles contribuent à l’asphyxie financière de certaines collectivités, soit parce qu’elles poussent à des dispositions impopulaires.

– 10 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie. Ce troisième volet du plan d’austérité entretient, lui aussi, de grandes zones d’ombre sur ce que veut réellement faire le gouvernement. Le document de Matignon indique en effet trois pistes pour réaliser ces économies – mais trois pistes singulièrement floues : « - mieux organiser les parcours de soins, en renforçant les soins de premier recours, en développant la chirurgie ambulatoire, en facilitant le retour à domicile après une hospitalisation, en améliorant le suivi des personnes âgées en risque de perte d’autonomie ; - agir sur la pertinence médicale pour réduire le nombre d’actes et améliorer notre dépense de médicaments, grâce à une consommation plus raisonnée, à un plus grand recours aux génériques et à des prix davantage en adéquation avec l'innovation thérapeutique ; d’interventions inutiles ou évitables. »

Là encore, il faut donc attendre pour savoir ce que cachent ces formulations langue de bois.

– 11 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie. Ce quatrième paquet du plan d’austérité est, lui, dès à présent un peu plus précis et comprend des mesures qui auront aussi des conséquences sociales graves.

D’abord, les prestations sociales ne seront pas revalorisées pendant un an. Explication du document de Bercy : « Cette stabilité concernera les pensions du régime de retraite de base (1,3 milliard d’euros). Le même effort pourrait être réalisé s’agissant des retraites complémentaires qui relèvent des partenaires sociaux (2 milliards d’euros). Cet effort temporaire épargnera les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera, lui, d’être revalorisé. Le niveau des autres prestations sociales (logement, famille, invalidité) sera également stable jusqu’en octobre 2015 (0,7 milliard d’euros). Cette mesure ne touchera pas les minima sociaux (RSA, ASS, AAH, minimum vieillesse), dont la revalorisation sera garantie. »

Cette décision va donc avoir de très graves répercussions sur les 15 millions de Français qui sont retraités, dont le pouvoir d’achat, de l’avis de tous les spécialistes, risque de s’effondrer, car cette disposition de gel des retraites de base va venir se cumuler avec l’accord survenu entre les partenaires sociaux, prévoyant que les retraites complémentaires (Agirc-Arrco) soient revalorisées d'un point de moins que l'inflation en 2013, 2014 et 2015 (lire L'accord sur les retraites rogne le pouvoir d'achat).

Sus donc aux retraités ! Mais sus aussi aux pauvres… Ne prenant visiblement soin de n’épargner aucune catégorie de Français, même les plus pauvres, François Hollande et Manuel Valls ont décidé que les bénéficiaires du RSA apporteront aussi leur quote-part au plan d’austérité. « Décidés dans le plan pauvreté de janvier 2013, les engagements de revalorisation exceptionnelle pour le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial sont confirmés. Mais elles seront décalées d’une année », a dit le premier ministre.

Décryptons, pour que cela soit plus clair. Lors de sa campagne, le candidat socialiste avait pris des engagements énergiques pour faire reculer la pauvreté. Et en application de ces promesses, une conférence nationale de lutte contre la pauvreté s'est tenue à Paris les 11 et 12 décembre 2012. C’est à cette occasion qu’un plan avait été présenté, prévoyant toute une série de mesures comme la revalorisation de 10 % du RSA (Revenu de solidarité active) sur cinq ans et la création de 8 000 places d'hébergement d'urgence. Dans la vidéo ci-dessous, on peut visionner Jean-Marc Ayrault résumant les décisions de cette conférence pour le RSA.

 

 

En clair, la hausse de 1,3 % du Revenu de solidarité active (RSA) « socle » (revenu minimum pour personnes sans ressources) intervenue au 1er janvier 2014 aurait dû être complétée par une augmentation exceptionnelle de 2 % le 1er septembre 2014. Dans le cadre de ce plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, le gouvernement avait en effet décidé une augmentation de 10 % d'ici à la fin du quinquennat.

Au terme du plan d’austérité, c’est donc cette hausse de 2 % qui est finalement annulée. Et du même coup, le plan pauvreté est gravement remis en cause.

Usant toujours de la langue de bois, le document de Matignon apporte aussi cette autre précision, un tantinet elliptique : « La modernisation de la politique familiale engagée en 2013 sera poursuivie, en renforçant l'équité des aides aux familles, et en orientant davantage les prestations vers l'emploi des femmes (0,8 milliard d’euros). » Traduction : cette mesure qui vise à renforcer « l’équité » – il faut être gonflé pour oser écrire cela ! – permettra de dégager 800 millions d’euros d’économies. Mais la formule est encore trop tordue pour que l’on puisse comprendre quelle disposition de la politique familiale va être rabotée…

* Un plan d’austérité dangereux

Socialement explosif, ce plan d’austérité est aussi économiquement dangereux, pour de multiples raisons.

D’abord, le gouvernement soumet les fonctionnaires, les retraités ou encore les pauvres à un violent plan d’austérité dans un seul but : trouver les financements nécessaires pour apporter les 36 milliards d’euros de cadeaux annoncés aux entreprises. Sans ces cadeaux, il n’aurait pas eu besoin de soumettre le pays à une telle purge. En clair, le plan d’austérité ne vise en rien à réduire les déficits publics, pour être en conformité avec les engagements pris auprès de Bruxelles.

Or, le gouvernement va offrir ces 36 milliards d’euros aux entreprises sans la moindre contrepartie. Sans obtenir des entreprises des engagements en termes d’emploi ou d’investissement. Il est donc probable que ces cadeaux provoquent surtout des effets d’aubaine et viennent gonfler profits et dividendes au profit des actionnaires. C’est ce que suggérait une étude récente de l’Insee (lire Le choc de compétitivité stimulera d’abord... les profits !).

En clair, le plan d’austérité n’a aucune justification économique. À l’inverse, il risque d’avoir de nombreux effets pervers. Poussant à la baisse le pouvoir d’achat des Français, qui a subi depuis deux ans une chute sans précédent depuis 1984, il risque de replonger le pays dans l’anémie, alors que les signes de reprises sont encore extrêmement ténus.

Il y a donc une forme de dogmatisme de la part du gouvernement, dans la décision qu’il a prise de mettre en œuvre ce plan d’austérité, et dans les modalités. Car, à bien des égards, on sent la patte de la « Troïka » dans ce plan d’austérité : il est très proche de ces fameuses réformes dites structurelles dont raffolent le FMI, Bruxelles et la Banque centrale européenne. Voici donc, en somme, la France en train de suivre une voie assez proche de celle de l’Espagne. Une sorte de cercle vicieux : davantage d’austérité qui conduira à moins de croissance qui conduira à plus de déficits, qui conduira à plus d’austérité…

Ce cercle vicieux, c’est le prix Nobel d’économie Paul Krugman qui l’a le mieux décrit dans l’une de ses chroniques récentes du New York Times : « François Hollande a cessé de m’intéresser dès que j’ai compris qu’il n’allait pas rompre avec l’orthodoxie destructrice de l’Europe et son parti pris d’austérité. Mais maintenant, il a fait quelque chose de vraiment scandaleux. Ce qui me choque, c’est qu’il souscrive désormais aux doctrines économiques de droite, pourtant discréditées. (…) Quand François Hollande est arrivé à la tête de la deuxième économie de la zone euro, nous sommes quelques-uns à avoir espéré qu’il se dresse contre cette tendance. Mais comme les autres, il s’est soumis, soumission qui vire désormais à la faillite intellectuelle. L’Europe n’est pas près de sortir de sa deuxième “grande dépression”. »

* Un plan d’austérité illégitime

C’est la dernière réflexion à laquelle invite ce plan d’austérité : s’il apparaît stupéfiant, c’est aussi parce qu’il est mis en œuvre, comme dans une folle fuite en avant, par un pouvoir qui vient d’être gravement sanctionné, précisément pour avoir ébauché cette politique d’austérité.

Ce plan prend donc des allures de provocation. Alors que la gauche est fracturée comme elle ne l’a jamais été ; alors que la majorité présidentielle vient d’imploser et que les Verts viennent de sortir du gouvernement ; alors que la fronde a gagné jusqu’aux rangs socialistes, avec des députés de l’aile gauche qui refusent de voter la confiance au nouveau gouvernement, François Hollande, plus isolé que jamais, continue, tête baissée, dans son impasse. Pas un geste social en direction des pauvres, pas un geste en direction des députés de son propre parti, il use des pouvoirs exorbitants que lui confèrent les institutions de la Ve République pour faire l’exact contraire de ce que semble vouloir le pays.

Cet entêtement-là, où conduira-t-il ? Depuis de longs mois, François Hollande attise contre lui une colère qu'il fait mine de ne pas entendre. Une colère qui va encore grossir…

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 19:34

 

Source : france.attac.org

 

 

Journée européenne des résistances et des alternatives

 


 

Journée européenne des résistances et des alternatives samedi 17 mai 2014

 

Contre les politiques d’austérité, le pouvoir des multinationales et de la finance :

Démocratie, solidarité et biens communs !

  • Partage des richesses et égalité
  • Logement, santé, services publics
  • Préservation des ressources naturelles
  • Pour une Europe démocratique, sociale et écologique !

Paris, le samedi 17 mai à 14 h au métro Opéra :
Faisons du bruit pour faire entendre nos résistances et nos solidarités

Avec nos ami-e-s d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne, d’Italie...

Prendront part à cette action : Collectif contre le grand marché transatlantique Stop TAFTA - Collectif AlterSommet - Attac - DAL - Coordination européenne pour le droit au logement - Les Engraineurs - Transform Europe - FSU - Union Syndicale Solidaires - Ensemble - Jeunes Écologistes - Collectif Roosevelt - ...

Plus d’infos sur la mobilisation européenne : http://mayofsolidarity.org/

 

 

Source : france.attac.org

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 19:27

 

Info reçu par mail

 

Vous aussi vous aimez le business de la guerre ? des armes ?

Alors comme moi, vous adorerez Eurosatory, rien de moins que "Le plus grand salon International
de la Défense et de la Sécurité Terrestres et Aéroterrestre"

Comme moi vous pouvez vous y inscrire : http://www.eurosatory.com/visiter/conditions-dadmission.aspx

Et comme moi noter les dates : du 16 au 20 juin dans notre belle ville de Paris...

D'après mes renseignements généreux, de nombreux groupes et personnes se préparent pour cette grande occasion, des clowns activistes bien entendu mais aussi des oligarches adeptes des "manif de droite", des infiltrés qui préparent des "choses" à l'intérieur... et tout ce que toi, vous aussi pourrez préparer !

Ce message, cette invitation, je l'envoie volontairement sur plusieurs listes liées aux Zone À Défendre (si souvent aux prises avec les armements), aux squats (idem), aux activistes divers que j'ai la chance d'avoir dans mes contacts....

N'étant pas à Paris ces jours ci, j'en profite pour demander si certain.e.s d'entre vous auraient un lieu à proposer pour servir de QG cette semaine là pour les activistes venant de loin (et il y en aura), ainsi que pour nous rencontrer, préparer des actions, bref... nous organiser contre les armes, les guerres, la fausse démocratie véritablement imposée à coup de missiles un peu partout, et les immenses projets supers inutiles également imposés grâce à ces belles armes, ces gentils madames et messieurs de la soit disant défense nationale...


Ce qui est certain c'est que ce triste salon de la guerre nous concerne toutes et tous... et que quel que soit notre terrain de lutte, nous avons de plus en plus à faire face aux tirs, aux gaz, et à une police qui tire de plus en plus avec des armes de guerre sur les manifestants, si bien qu'hier une conférence de presse se tenait à Nantes (ou je suis) par 3 jeunes hommes ayant perdu un œil à Nantes le 22 février 2014 à la manifestation contre l'aéroport, ainsi qu'un 4ème ayant lui perdu son œil 7 ans plus tôt... aucun policier condamné, pire : celui qui a tiré il y a 7 ans; identifié, reconnu responsable par la pseudo "justice" de notre pays a été... RELAXÉ ! Si, si... et pour quel motif ? pour avoir obéi à un ordre...

Moralité : carte blanche pour tirer dans les yeux des manifestants... quand ce n'est pas directement tuer, et là je fais référence au collectif "urgence notre police assassine" dont je vous laisse décourvrir, ou re découvrir le site ici (ainsi que d'autre sur cette thématique) : http://generationsfutur.zici.fr/ogm/qui-surveille-la-police/
De plus en plus de gens voient bien qu'appeler la France "démocratie" n'est qu'une illusion... que c'est "comme liberté, égalité, fraternité" partout sur nos murs, de la belle hypocrisie, pour rester poli...

Chères et chers complices, il en va de nos responsabilité de ne pas laisser les business man & women de la guerre tranquille... Dévoilons au grand jour la réalité si bien cachée : la guerre est un business et extrêmement rentable, la fameuse "crise" idem... et la démocratie est à construire...

Dernier cadeau pour la route, surprise ici

Merci d'avoir lu jusqu'ici... et à bientôt !

 

 

Baptiste Camille

 

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