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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 16:17

 

 

Source : www.mediapart.fr

Comment une filiale de la SNCF a viré son lanceur d'alerte

|  Par Dan Israel

 

 

Cadre dirigeant d'une filiale de la SNCF, Geodis BM, Loïc R. a été licencié en 2009. Quatre ans plus tard, les prud'hommes ont jugé qu'il avait été écarté pour avoir dénoncé des pratiques illégales. Et l'on découvre les coulisses peu reluisantes du transport routier, dumping social, sociétés au Luxembourg...

Jusqu’au bout, il a espéré que sa loyauté paierait. Ou qu’elle lui permettrait au moins de faire cesser les pratiques tolérées par ses supérieurs. Il n’en a rien été. Loïc R. (qui souhaite garder l’anonymat, voir notre boîte noire) a été licencié en décembre 2009, après avoir alerté sa direction sur plusieurs pratiques illicites au sein d’une agence alsacienne de Geodis BM, une filiale de la SNCF spécialisée dans le transport routier. Il y était cadre dirigeant depuis un an. Avant de le virer, ses supérieurs avaient admis connaître ces dérives, mais officiellement, ni Geodis, ni la SNCF ne reconnaissent que ce lanceur d’alerte avait raison, et qu’il a été écarté pour avoir dit la vérité.

Début 2010, Loïc R. avait pourtant alerté la direction de l’éthique de la SNCF. Sans résultat. En février 2013, il reprend espoir : le conseil des prud’hommes de Strasbourg condamne Geodis, jugeant que son licenciement « ne repose pas sur une cause réelle et sérieuse ». Pour les juges, « le lien de causalité » entre les alertes lancées par l’ancien cadre et le début de sa procédure de licenciement « est manifeste ». Fort de ce jugement, Loïc R. tente de renouer le contact avec la direction de la SNCF, par courrier et par téléphone, pour lui exposer une fois de plus les faits. La réponse arrive, en juin 2013, sous la forme d’une lettre menaçante du DRH de Geodis, qui se déclare « surpris par le ton employé dans [son] courrier et les graves accusations qu’il comporte ».

 

 

« Votre licenciement n’est aucunement en rapport avec vos insinuations sur les pratiques frauduleuses que vous dénoncez, assure le courrier. En effet, la décision que nous avons prise à votre endroit repose sur une insuffisance professionnelle caractérisée. » Une argumentation que les prud’hommes avaient justement balayée quatre mois plus tôt ! Depuis, rien ne bouge. La position de la SNCF et de sa filiale reste celle qui a été arrêtée dans ce courrier : les accusations de Loïc R. seraient « à la fois déplacées, iniques et mensongères ». C’est ce que des représentants de la SNCF et de Geodis ont confirmé à Mediapart, qui les a sollicités à plusieurs reprises.

Officieusement, on fait savoir que ce dossier est celui d’un ex-salarié pas à la hauteur, qui a tenté de masquer ses insuffisances en agitant des accusations. Officiellement, personne ne souhaite s’exprimer, car le cas va être examiné en appel aux prud’hommes. Et pourtant, ce n’est pas l’ex-employeur qui a fait appel, mais Loïc R. lui-même, estimant que son ancienneté à la SNCF, où il travaillait depuis 2001, n’a pas été prise en compte et que les quelque 32 000 euros qui lui ont été accordés ne sont pas à la hauteur de son préjudice.

 

Marc Vollet, directeur des opérations 
Marc Vollet, directeur des opérations © L. Zylberman - Geodis BM

Mais devant l’insistance de Mediapart, un des dirigeants de Geodis BM a fini par concéder que les accusations de l’ancien cadre reposent bien sur des faits réels. Après plusieurs sollicitations, Marc Vollet, directeur des opérations de la société et membre de son comité exécutif, a en effet indiqué dans un e-mail : « Comme vous le savez, les "situations illicites" que vous citez étaient très localisées et ont été traitées comme il se doit. » Une victoire pour Loïc R., certainement. Mais pas une surprise, loin de là…

« Contrairement aux dénégations de Geodis lors du procès aux prud'hommes, Marc Vollet m’avait indiqué dès 2009 qu’il était au courant des situations illicites, voire frauduleuses, sur lesquelles je souhaitais l'alerter afin d'y mettre un terme, explique le cadre licencié. Il l’a reconnu, tout comme le DRH de l’époque David Chomel, lors de la réunion que nous avons tenue à trois le 29 octobre 2009, au siège de Geodis BM, en Savoie. »

Ce jour-là, Loïc R. a rendez-vous avec ses deux supérieurs pour évoquer la relation tendue qu’il entretient avec son responsable hiérarchique direct, Gérald Wissemberg, directeur régional Est de Geodis BM, qui a quitté l’entreprise depuis. Outre des comportements de son « N+1 » qu’il estime relever du harcèlement moral envers ses équipes, Loïc R. veut aussi pointer les pratiques mises en place sous la supervision du directeur régional, contraires à la législation et qu’il a découvertes au fur et à mesure pendant un an.

Le cadre licencié a gardé des traces précises de cette réunion, où il a notamment évoqué l’usage illicite d’un sous-traitant allemand pour transporter des marchandises en France. Autre point signalé : un système interne de création de fausses provisions, censées correspondre à des transports de marchandises effectués par des sous-traitants, mais qui n’ont en fait jamais existé. L’entourloupe, qui concerne au moins les régions Alsace et Lorraine, permettait de faire baisser fictivement les résultats, et de faire réapparaître des bénéfices quelques années plus tard, lorsque les résultats étaient moins bons.

« Marc Vollet et David Chomel ont reconnu que ce que je racontais était une réalité, mais ils m'ont fait comprendre que ça n'évoluerait pas, se remémore le cadre. Entre les lignes, ils m’ont proposé un départ négocié. Je ne m’y attendais pas du tout. » Le directeur des opérations lui explique en effet pendant la réunion que bien que l’entreprise « respecte très fortement la légalité », « effectivement il y a des choses où on dépasse, par moment, la ligne jaune ». Et pas seulement en Alsace, puisqu’il assure que dans « d'autres régions où il y a [un] sentiment de confiance », « ça arrive, ça se passe ». Jugeant toutefois que « globalement par rapport à ce que je connais sur le marché, on est bien plus rigoureux ». Après ces déclarations, il lui était logiquement difficile de rester silencieux face aux questions de Mediapart.

« Dans le transport, parfois on s'arrange »

Le DRH de l’époque, lui, s’est plaint amèrement au téléphone qu’on le dérange pour évoquer cette vieille histoire, et n’a pas répondu à nos questions. Pourtant, lors de la réunion, il avait reconnu couvrir les actions illicites, et avait même adressé des reproches à Loïc R. : « C’est ton approche légaliste. Elle est peut être poussée à l’extrême, et dans ce cas, tu vas être déçu, dans le transport, tu vas être déçu ! Moi quand j'ai vu Olivier Mélot [directeur général de Geodis BM à l’époque, ndlr] pour le recrutement, pendant l’entretien il m'a dit : “Dans le transport, parfois on s'arrange, il y a des choses qui ne sont pas toujours forcément nickel, etc.” (…) Moi je l'ai accepté. »


 
© Geodis BM

Le premier « arrangement » évoqué lors de la réunion concerne le cabotage. Un terme technique qui désigne l’autorisation temporaire, pour un transporteur étranger, de faire rouler ses camions en France. Pour éviter tout dumping social, la loi veut que le cabotage soit autorisé seulement lorsque le camion arrive d’un pays étranger pour apporter une marchandise dans l'Hexagone. Or, chez Geodis BM, un sous-traitant allemand effectuait des transports exclusivement en France, depuis le siège alsacien d’un fabricant de cuisines jusqu’à Rennes, Marseille et Toulouse. Treize rotations hebdomadaires, au moins de novembre 2008 à juillet 2009.

À cette date, l’entreprise allemande se fend d’un courrier pour signaler qu’elle vient d’apprendre qu’elle était hors la loi, et qu’elle comptait arrêter la collaboration, car « les amendes ne seraient pas supportables » en cas de contrôle. Ce qui n’empêche pas la direction régionale de continuer à réfléchir à haute voix, notamment lors d’une réunion de septembre 2009, à remplacer des chauffeurs permanents par des Tchèques ou des Polonais, moins chers, même pour des transports franco-français.

« C’était une politique bien plus qu’une erreur », estime aujourd’hui Loïc R, qui affirme que les seules rotations du sous-traitant allemand « rapportaient environ 10 000 euros par mois de marge ». La pratique a été reconnue par Marc Vollet lors de la réunion d’octobre 2009 : « Le coup du cabotage… Oui, je vais pas cautionner, [mais] je dis oui, à certains endroits, à certains moments, on l'a fait. Maintenant il ne faut pas que ça dure dans le temps », déclarait alors le directeur des opérations.

L’autre point est tout aussi embarrassant, car il relève de la présentation de comptes annuels inexacts, infraction passible au maximum de cinq ans de prison et d'une amende de 375 000 euros. Le détail est expliqué par Loïc R., qui dispose de documents appuyant ses dires : « En 2007-2008, Geodis dépassait ses objectifs. Tous les mois, avant la clôture des comptes, si les résultats étaient trop bons, il était possible de créer dans les comptes une ligne simulant un transport qui n’avait jamais eu lieu, afin de créer une dette fictive de sous-traitance. Bien sûr, la facture du sous-traitant imaginaire ne venait jamais. Au bout de deux ans, des règles opportunément inscrites dans le fonctionnement du groupe rendaient possible la réintégration de ces “provisions” pour fausses dettes dans les comptes de l'entreprise, et de ressortir ainsi les bénéfices cachés. »

Ces faits ont aussi été reconnus par le directeur des opérations lors de la réunion fatidique : « À certains moments, et pour des raisons au niveau du groupe, (…) on est éventuellement amenés (…) à faire de-ci de-là... pas des fausses factures, mais un bout de provisions. À dire : “Tant que je gagne, on en met un petit peu de côté pour pouvoir à un moment où c'est plus compliqué le ressortir”. »

Les tripatouillages des comptes n’étaient pas réellement cachés, puisque les fausses provisions pour sous-traitance (signalées par le sigle « SST ») étaient mentionnées dans les tableaux de résultats de la direction générale, accessibles via l’intranet par tous les dirigeants de sites. « Mais le lendemain de la réunion, ces tableaux ont été retirés du site », assure Loïc R.

La liste des étranges pratiques de l'époque de Geodis BM dans l’Est ne s’arrête pas là. Mediapart a ainsi mis la main sur un courrier très sévère de la section transport de la direction départementale du travail de Moselle. Datée du 28 janvier 2009, la lettre fait suite à deux contrôles, des 21 et 26 janvier 2009. L’inspecteur du travail qui la signe s’étonne que les trois directeurs de Geodis BM Lorraine, à Metz, soient officiellement employés par une filiale luxembourgeoise de l’entreprise. Tout comme une vingtaine de conducteurs, officiellement luxembourgeois, mais opérant en fait dans l’Hexagone.

Une filiale luxembourgeoise bien pratique

« Le coût des charges sociales et fiscales étant inférieur au Luxembourg, ce prêt de main-d’œuvre est donc effectué dans un but lucratif », indique le courrier, pour qui la société a « commis l’infraction de travail dissimulé par dissimulation d’emploi salarié pour non-déclaration de ces salariés aux organismes de sécurité sociale française ». Quant à la filiale luxembourgeoise, elle « effectue sur le territoire français une activité de transport intérieur de façon habituelle, continuelle et régulière sans être inscrite au registre des transporteurs, ce qui constitue un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ».

Selon ses statuts, cette filiale luxembourgeoise, BM Lux SA, a été constituée le 23 décembre 2003, et comptait parmi ses premiers administrateurs Marc Vollet, mais aussi un autre cadre, Olivier Royer, qui est aujourd’hui le directeur général de Geodis BM. « En 2008-2009, c’était la ruée vers le Luxembourg dans la région, presque tous les transporteurs lorrains l’ont fait », relativise un inspecteur du travail très au fait de ces pratiques. À notre connaissance, ce courrier n’a eu aucune conséquence juridique, mais la fausse domiciliation des salariés a cessé. « Nous avons vite remis les choses d’aplomb, se rappelle un des cadres concernés. Le retour en France a été un peu douloureux au niveau des coûts. Pour nous, le Luxembourg permettait de maintenir la compétitivité de l’entreprise, puisque d’autres y étaient. Mais l’inspection du travail se doit de préserver les emplois français, c’est logique. »


 
© Geodis BM

Dans ce contexte, on imagine l’embarras de la direction lorsqu’un de ses cadres tente d’attirer son attention sur ces irrégularités. D’autant plus s'il les met par écrit… Après la réunion du 29 octobre, Loïc R. a en effet envoyé à plusieurs dirigeants de la société une lettre reprenant les anomalies qu’il avait constatées. « Ces lettres sont parvenues à destination le 2 novembre. Le 4, j’avais une réunion avec le DRH, détaille-t-il. Il était en rage, il m’a dit que mes écrits étaient une déclaration de guerre. Il m’a proposé une nouvelle fois de partir, contre paiement de six mois de salaire. J’ai refusé. » Moins de 24 heures après son refus, sa lettre de convocation pour entretien préalable à un licenciement était envoyée.

Manifestement, le cadre rétif gêne : sa lettre de convocation est assortie d’une mise à pied conservatoire lui interdisant l'accès aux locaux de l'entreprise. Et dans la foulée, on annonce son « indisponibilité » à ses équipes. Mais la mise à l’index n’est pas terminée. Lors de l’entretien préalable, « le délégué syndical CGC qui m’accompagnait est sorti avant que je détaille les anomalies que j'avais constatées, raconte Loïc R. Je n’avais jamais vu ça. Il m’a dit que s’il “savait” officiellement, il aurait des problèmes. D’autres syndicalistes, proches de la Direction, le lui avaient fait savoir quelques heures avant la tenue de l'entretien. »

Aux prud’hommes, l’ancien cadre viré a aussi produit une attestation étonnante. Abdelkader O., un ancien délégué syndical qu’il connaissait, y raconte qu’un autre syndicaliste lui a suggéré de se renseigner sur les informations exactes détenues par le lanceur d’alerte. « À la mi-novembre [2009], j’ai été contacté téléphoniquement par mon ex-délégué syndical central (…). Lors de cet entretien, il me demandait d’utiliser mes bonnes relations avec Monsieur Loïc R., afin de connaître quelles étaient les preuves que pouvait détenir celui-ci sur des affaires évoquées avec la Direction générale concernant BM Alsace, écrit l'ancien syndicaliste. L’existence de ces preuves pouvait embarrasser Monsieur Gérald Wissemberg (Direction générale) et donc par extension, Olivier Mélot. » Abdelkader O. n' pas donné suite à cette étrange demande.

Finalement, Loïc R. sera bien licencié, le 7 décembre 2009. L’entreprise lui fait grief de toute une série d’insuffisances professionnelles. « Avant ces accusations, je n’avais eu aucune remarque en ce sens, au contraire, constate-t-il. Jusqu’à l’été, j’avais récolté plusieurs félicitations officielles, et mon entretien annuel n’avait fait apparaître aucun souci. En mai, lors d’un CE, Gérald Wissemberg avait même fait mon éloge. » Les prud’hommes ont logiquement jugé cette version de l’incompétence professionnelle fort peu crédible, mais elle est encore aujourd’hui officiellement défendue par Geodis.

Loïc R. cherche toujours à faire reconnaître qu’il a agi de façon loyale, conformément au code de déontologie de la SNCF et de ses filiales, qui préconise d’informer sa hiérarchie de pratiques illégales. « Déjà entre décembre 2009 et janvier 2010, j’ai rencontré trois fois des représentants du contrôle interne de la SNCF, rebaptisée depuis direction de l’éthique. Lors d'une de ces réunions, j'étais accompagné d'un témoin confirmant les manipulations financières. Mais il n’y a eu aucune suite, rappelle-t-il. J’ai laissé toute latitude à l’entreprise de régler la situation. Je ne voulais pas qu’elle soit entachée à cause de dérives d’une de ses filiales si elle n’était pas au courant. Aujourd’hui, je ne peux que constater que je ne suis pas écouté. »

 

Source : www.mediapart.fr

 


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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 16:02

 

Source : www.mediapart.fr

 

Sarkozy enregistré par Buisson: les premières révélations

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Réalisés clandestinement en 2011 par le conseiller ultra-droitier Patrick Buisson, les différents extraits du Canard enchaîné et d'Atlantico révèlent des conversations entre Nicolas Sarkozy et ses principaux conseillers.

Le Canard enchaîné et le site internet Atlantico publient ce mercredi les premiers extraits d'enregistrements d'échanges entre Nicolas Sarkozy et ses conseillers, réalisés à leur insu en 2011 par son conseiller ultra-droitier Patrick Buisson. Dans son édition du 5 mars, l'hebdomadaire publie le verbatim de l'enregistrement d'une réunion à l'Élysée, le 27 février 2011, autour de Nicolas Sarkozy.

L'enregistrement rend compte des propos échangés à quelques heures du remaniement que le président doit annoncer. Outre le président et son conseiller controversé, sont présents à l'Élysée le secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, le conseiller spécial Henri Guaino, le conseiller en communication Franck Louvrier, le publicitaire Jean-Michel Goudard et le sondeur Pierre Giacometti.

Selon Le Canard enchaîné, après l'enregistrement télévisé de l'allocution, dans laquelle il annonce le remaniement, M. Sarkozy à son retour lance : « On n'a pas entendu ces connards de chiens qui aboyaient [dans les jardins élyséens] ? » Et l'hebdomadaire satirique de poursuivre : « Buisson spirituel : “Tu parlais des journalistes ?” Puis courtisan : “C'était très bien ! Tu avais les bonnes intonations. Tu as bien détaché les phrases importantes. Faut pas y toucher. »

À l'idée de se séparer du ministre de l'intérieur Brice Hortefeux lors du remaniement, Nicolas Sarkozy lâche : « Vous n'avez pas d'états d'âme sur Brice ? » Patrick Buisson explique alors : « On en a tous. On aime tous Brice. Le problème est de faire un choix politique », avant que le président ne concède : « Brice dit que le sentiment d'insécurité a régressé. Toutes les études montrent que ce n'est pas vrai. » « En matière d'immigration, Brice est inhibé. Une partie de notre électorat manifeste une certaine impatience », conclut l'ancien journaliste du quotidien d'extrême droite Minute.

 

Patrick Buisson 
Patrick Buisson © Reuters

Le site Atlantico a également mis en ligne les enregistrements sonores et les verbatims d'au moins quatre enregistrements, effectués la veille (26 février 2011) lors d'une autre réunion de Nicolas Sarkozy et de ses conseillers à la Lanterne à Versailles, consacré au remaniement qui devait être annoncé le 27 février 2011 : Brice Hortefeux va être remplacé par Claude Guéant à l'Intérieur et Michèle Alliot-Marie par Alain Juppé au Quai d'Orsay.

« Remplacer (le premier ministre François) Fillon par (Jean-Louis) Borloo, c'est grotesque », déclare Sarkozy lors de la réunion (écouter ici). « Y'a qu'une seule personne qui pourrait remplacer Fillon aujourd'hui, c'est Juppé. Je m'entends très bien avec Alain... Même si Fillon n'est pas décevant, il est comme on le sait. »

Dans la voiture qui les ramène de Versailles à Paris après la réunion, M. Buisson et le publicitaire Jean-Michel Goudard, conseiller en communication, ne se privent pas de commenter les décisions et propos de la réunion : « C'est dur, hein ? » demande notamment M. Buisson à propos de la présence de Carla Sarkozy à Versailles (écouter ici). « Ah t'es amusant. Si je la connaissais pas un peu mieux depuis la télé j'aurais trouvé ça “lamentable”, interventions percutantes quand même hein », lui répond M. Goudard.

Angoissé par la plainte d'Anticor dans l'affaire des sondages de l'Élysée, où son nom est cité, Patrick Buisson s'inquiète ensuite du changement de fonction de Claude Guéant, qui passe du secrétariat de l'Élysée à l'Intérieur (écouter ici), et son remplacement par Xavier Musca à ce poste sensible. « Tu vois l’avantage de Guéant, là depuis 3 mois, c’est qu’il connaissait un petit peu les dossiers, notamment pour les affaires auprès du parquet. Il se mouillait un petit peu », explique M. Buisson, mis en cause dans l'affaire des marchés des sondages de l'Élysée. « Ben ça l’intéresse quand même directement parce que… l’Élysée c’était lui à cette époque-là », lui rétorque M. Goudard.

Patrick Buisson, « royaliste » comme il se définit dans l'un des enregistrements (écouter ici), se plaint aussi à propos du remaniement de ne pas avoir « réussi à entraîner la tête » du ministre de la justice Michel Mercier, qu'il qualifie de « totalement calamiteux ». « Il y a plus calamiteux encore », assène Goudard, en nommant la ministre de la santé Roselyne Bachelot qui, selon lui, « ne dit que des conneries ».

M. Buisson est au cœur de l'affaire des sondages, dans laquelle un juge enquête sur la régularité des contrats conclus sous la présidence Sarkozy, sans appel d'offres, entre l’Élysée et neuf instituts de sondage, dont la société de conseil Publifact de M. Buisson.

Les révélations des verbatims et extraits audios ont suscité de nombreuses réactions politiques : au micro de France info, l'ancien conseiller spécial Henri Guaino a dénoncé une « sorte de viol », expliquant ne pas avoir imaginé qu'un conseiller du président de la République puisse « faire une chose pareille. (...) Il y a apparemment des dizaines, des centaines d'heures (d'enregistrement), il faut être malade ». L'ancien secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant s'est dit de son côté « surpris, déçu et choqué ». « C'est pour moi une énorme surprise, je ne m'attendais pas à une chose pareille. Il s'agit d'un procédé incompréhensible et inacceptable », a-t-il déclaré au JDD. L'ancien premier ministre François Fillon a lui qualifié de « répugnants » les enregistrements, selon l'AFP. « Inacceptable » et « détestable », a ajouté sur i-télé le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob.

Invitée de la matinale de France inter ce mercredi, la garde des sceaux Christiane Taubira s'est dit « atterrée », parlant de « déloyauté » et d'une atteinte à « la morale publique » et aux « institutions ». De leur côté, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir et le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Bruno Le Roux, dénonçant les « atteintes aux institutions » ont tous les deux évoqués, mercredi matin (sur le site du PS et sur LCP), la possibilité pour leur parti de demander la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire.

Patrick Buisson, accusé mi-février par Le Point d'avoir enregistré certaines de ses conversations avec l'ancien président, avait alors indiqué qu'il comptait porter plainte contre l'hebdomadaire. Une plainte maintenue selon son avocat Gilles-William Goldnadel, pour qui l'article du Canard enchaîné « ne change rien à la plainte déposée par Patrick Buisson contre l'hebdomadaire Le Point le 21 février ».

Sondages de l'Elysée : plainte pour détournement de fonds publics

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 14:47

 

 

 

Municipales 2014, une vraie démocratie
Saint-André-de-Valborgne,

l'un des villages pionniers !

 

○ Un tirage au sort est effectué ce samedi 1 mars sur la base des citoyens vivant toute l'année dans notre commune.


○ Les tirés au sort acceptent de remplir les fonctions de :
● conseiller municipal – désaisi de ses activités habituelles car elles sont rendues aux citoyens – sa seule fonction est d'enregistrer administrativement des décisions prises lors de référendums ;
● maire de la commune, pendant 6 mois puis il démissionne pour laisser la place au suivant, afin de partager dans le temps et entre tous les quelques charges restant attachées à cette fonction pour cause de responsabilité.

Ces fonctions peuvent être remplies par tout un chacun, notamment car les élus locaux ont un droit à la formation, des autorisations d'absence, des crédits d'heures.
Cependant, les tirés au sort peuvent refuser, ils se désistent et les suivants sont sélectionnés à leur place.

○ Les 11 premières personnes tirées au sort et acceptant de remplir les fonctions constitueront une liste officiellement présentée à l'élection municipale du 23 mars 2014.


Ce projet est compatible avec le cadre légal actuel.


Le tirage au sort empêche la professionnalisation politique, la monopolisation du pouvoir par un groupe d'individus (oligarchie). Il permet l'égalité politique de chacun : toute personne possède la même quantité de pouvoir politique et participe égalitairement au pouvoir.


Nous pouvons envisager des mandats de maire plus ou moins longs, prévoir des groupes de citoyens tirés au sort et/ou volontaires pour préparer les projets à soumettre aux référendums (les commissions municipales actuelles, avec les citoyens en plus et en place centrale), choisir les sujets comme les conditions de déclenchement de ces référendums citoyens, voter ensemble le budget de la commune (fait à Grigny – 69 depuis une dizaine d'années)...


Dans une vraie démocratie, l'organisation d'une commune est établie pour les citoyens, par les citoyens.


Retrouvons-nous très prochainement :
◊ Discussions citoyennes, pour construire ensemble le projet suggéré ici.
Samedi 22 février à 18h et lundi 24 février à 20h30
A la salle polyvalente des écoles.

 

◊ T irage au sort
Samedi 1er mars, à 18h
Toujours à la salle polyvalente des écoles (qui pourrait devenir le lieu de
nos prises de décisions collectives)

Contact : camille.halut@hotmail.fr / 06 33 41 45 95

 

 

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 14:34

 

 

 

Alternatives municipales: vers des communes en transition (petit "pense-pas-bête" d’ATTAC pour les élections municipales)

 
À l'occasion des élections municipales Attac publie un petit mais indispensable "pense-pas-bête":
 
Alternatives municipales: vers des communes en transition

Les élections municipales de mars 2014 donnent l'occasion à chacun de se poser la question : comment agir à l'échelle de notre territoire pour la transition vers un monde soutenable ?
Nous, citoyens de base, conservons un certain pouvoir sur nos élus locaux. En collaboration ou en tension avec eux, nous pouvons proposer des mesures concrètes, immédiatement réalisables, qui engagent un changement de logiques. Nous pouvons même, le plus souvent, commencer à les mettre en œuvre sans attendre les élus municipaux. 

Il n'avance à rien de se lamenter sur l'égoïsme des riches et les trahisons des représentants : nous pouvons commencer à changer le cours des choses nous-mêmes.

Attac propose ici à la réflexion des citoyen-ne-s une vingtaine de fiches décrivant des enjeux immédiats de politiques municipales et d'action citoyenne à l'échelle locale. Ce « pense-(pas)-bête » se veut un outil pour le débat lors de la campagne électorale de 2014 et surtout, par la suite, pour l'action citoyenne à l'échelle des territoires.

Les chantiers ici présentés s'articulent autour de 3 grands thèmes : la démocratie, la finance, la transition écologique. Pour chaque thème, cinq points d'entrée sont évoqués:
·     Quel est le problème ?
·     C'est possible dès demain
·     C'est nécessaire juste après
·     Nous pouvons le faire sans attendre
·     Ils l'ont fait : des exemples de "bonnes pratiques"  qui peuvent servir d'inspiration !
 
Brochure "Alternatives municipales: vers des communes en transition" à télécharger


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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 22:45

Sui

Source : www.reporterre.net

 

 

"L’agriculture biologique peut nourrir le monde"

Entretien avec Jacques Caplat

mardi 4 mars 2014

 

 

 

L’agriculture biologique n’est pas une aimable fantaisie de bobos en mal de verdure, mais une démarche apte à sortir l’agriculture européenne de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Enjeu : nourrir neuf milliards d’habitants. Moyen : changer de paradigme, et sortir de la subvention aux machines. Entretien bousculant avec l’agronome Jacques Caplat.

 


 

L’agriculture biologique pourrait alimenter neuf milliards d’êtres humains et être plus productive que notre agriculture conventionnelle. C’est l’idée iconoclaste défendue par Jacques Caplat. Il est agronome, ancien conseiller agricole, fils d’agriculteur et auteur d’un ouvrage intitulé L’Agriculture biologique pour nourrir l’humanité (Actes Sud). Il y démonte les idées reçues sur l’agriculture biologique et rappelle que notre agriculture occidentale contemporaine n’est pas le seul modèle possible.

 

Reporterre – Voici peu, nous révélions qu’un collectif de scientifiques conteste le grand rapport de l’INRA (Institution national de recherche agronomique) sur l’agriculture biologique. Qu’est-ce que cela vous inspire-t-il ?

Jacques Caplat - Cette affaire témoigne du retard de l’INRA en matière de bio. L’INRA est une institution encore bloquée. Ceux qui ont signé cette lettre savent qu’au sein de cet institut quand on l’ouvre, ce n’est pas une bonne chose pour sa carrière.

Mais cela va encore plus loin. Le fait que dans un rapport prétendument sérieux, ils aient pris en compte le pamphlet d’un lobbyiste [Gil Rivière Wekstein, Le bio, fausses promesses et vrai marketing, Le Publieur éditions, 2011 - NDLR], pose un vrai problème de fond. Dans la plupart des centres de recherche dans le monde, si une structure ose mettre dans ses références un pamphlet politicien comme celui-là, c’est un discrédit complet et immédiat. Je ne peux pas prendre l’INRA au sérieux après un rapport comme ça.

La direction de l’INRA dit investir dans la recherche sur l’agriculture bio... Mais elle n’a jamais mis un centime de plus. Les rares travaux sur la bio à l’INRA ont quasiment tous été réalisés par des francs-tireurs. La direction de l’INRA est méprisante et désinvolte sur ce sujet.

Le Salon de l’agriculture vient de s’achever : que représente ce grand événement annuel, pour vous ?

Le Salon de l’agriculture est une opération de communication de l’agriculture conventionnelle et de l’agroalimentaire vis à vis du grand public.

Le salon donne au grand public une image fantasmée de l’agriculture : champêtre, sympathique, de terroir et proche des gens. L’entretien de ce mythe est un des fers de lance du mensonge autour de l’agriculture française. On cache sa vraie nature pour que le grand public ne se mobilise pas contre. On constate lors de chaque scandale sanitaire, ou sur les pesticides, que le grand public ne veut pas de l’agriculture telle qu’elle est aujourd’hui. Si l’agriculture était telle qu’on la voit au salon, ce serait génial !

Au milieu de cet immense salon, on trouve un petit stand dédié à l’agriculture biologique : est-il représentatif de la place de la bio en France ?

Cela représente la place de la bio au sein du monde agricole : minime. Si l’agriculture voulait vraiment laisser une place à la bio, celle-ci devrait être présente dans chaque partie du salon. Actuellement, il n’y a qu’un espace bio en un point donné, et quelques comme si c’était pittoresque.

Dans la préface de votre ouvrage, l’agronome Claude Aubert explique que l’agriculture conventionnelle ne peut pas nourrir le monde. Pourquoi ?

L’agriculture conventionnelle a été conçue en Europe pour l’Europe. On a un peu tendance en Europe à penser que l’agriculture, c’est notre agriculture. Mais il y a mille agricultures possibles. En Asie et en Amérique Latine, l’agriculture s’est construite autour des cultures associées. En Europe et au Moyen-Orient, elle s’est construite autour des cultures pures, telle que dans un champ de céréales, il y a une seule plante. Même les élevages sont spécialisés.

On a construit un système de sélection des semences uniquement basé sur le rendement, qui a totalement coupé les plantes de toute interaction avec le milieu : on se débrouille pour qu’il n’y ait pas le moindre animal ni la moindre maladie dans le champ.

Ensuite, ces plantes sont mises en culture. Si on les mettait dans la nature telles quelles, elles mourraient sans doute. Donc pour pouvoir les cultiver on est obligé de mettre énormément d’engrais et de pesticides afin de se rapprocher des conditions de la sélection.

De plus, les cultures pures permettent la mécanisation, ce qui supprime des emplois. A la fin de la seconde guerre mondiale, c’était considéré comme un avantage car cela permettait de libérer des bras pour reconstruire l’Europe – mais on n’est plus du tout dans cette problématique.

Donc, le système conventionnel c’est cela : des variétés sélectionnées complètement irréelles, que l’on cultive avec des engrais et des pesticides chimiques, dans un système très mécanisé. Le problème de ce modèle est qu’il demande que l’on reproduise au champ les conditions idéales de la sélection. C’est possible dans les milieux tempérés. Mais les trois quarts de la planète ne sont pas tempérés. Et c’est la grande imposture de l’agriculture conventionnelle quand elle a voulu se généraliser à l’ensemble de la planète sous le nom de "Révolution verte" : on a développé une agriculture conçue dans un contexte particulier et on l’a appliquée au monde entier.

Je suis effaré d’entendre des gens dire que le riz amélioré en Inde fait dix tonnes par hectare. Les paysans indiens que je connais ne font en moyenne que trois tonnes par hectare en conventionnel. Effectivement, les bonnes années, ils sortent dix tonnes. Mais deux années sur trois sont mauvaises... Et ces années-là, ils ne produisent qu’une tonne par hectare parce que, quand ça ne marche pas, ces variétés conventionnelles, ça ne marche vraiment pas...

 

- Culture de riz en Inde -

 

Donc ce système ne peut pas nourrir la planète. C’est pour cela qu’il y a entre 800 millions et un milliard de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

Votre ouvrage dénonce les idées reçues sur l’agriculture biologique. La plus répandue est sans doute que la bio serait juste une agriculture sans pesticides...

Si l’agriculture bio consistait simplement à supprimer la chimie, elle serait incapable de nourrir le monde. Si on garde l’agriculture conventionnelle, les variétés sélectionnées pour la chimie, des champs sans écosystème en culture pure, et que l’on enlève seulement la chimie, cela ne va pas être performant.

Alors qu’est-ce que l’agriculture bio ?

Il s’agit de remettre de l’agronomie dans l’agriculture. Le premier livre sur la bio (Fécondité de la Terre, par Ehrenfried Pfeiffer, publié en 1937) l’a définie comme la constitution d’un organisme agricole. C’est-à-dire en mettant en relation l’ensemble des éléments constituant une ferme. C’est un changement considérable, une démarche systémique, alors que la démarche européeenne était réductionniste.

Au lieu de se battre contre le milieu, l’agriculture biologique se sert du milieu. Un des points de départ est d’avoir des variétés ou des races d’animaux adaptées au milieu, qui doivent pouvoir y évoluer.

Deuxième élément fondamental : arrêter de partir des cultures pures qui sont le mode de production le moins performant du point de vue agronomique et chercher plutôt des cultures associées, c’est-à-dire plusieurs cultures sur la même parcelle, ensemble ou en rotation.

Mais l’agriculture bio ne perd-elle pas en performance ?

 

 

 

 


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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 22:30

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Entre facture astronomique et EPR pataugeant, il est temps de programmer l’arrêt des réacteurs

Réseau Sortir du nucléaire

mardi 4 mars 2014

 

 

 

 

Le Journal du Dimanche vient de dévoiler des documents internes à EDF attestant des vrais coûts de la « cure de jouvence » des réacteurs et de la construction d’un nouveau parc. En Finlande, le chaniter de l’EPR cumule les retards. Les décideurs devraient commencer à programmer l’arrêt des réacteurs, pour protéger les populations et éviter de ruiner les consommateurs.

 


 

Des documents internes à EDF parvenus au Journal du Dimanche confirment que poursuivre dans la voie du nucléaire coûtera horriblement cher. La « cure de jouvence » des réacteurs pour porter leur durée de fonctionnement à cinquante ans s’élèverait à près de cent milliards d’euros, soit l’équivalent des coûts de construction du parc actuel. Quant à la construction de nouvelles centrales, elle atteindrait deux cents à deux cent quarante milliards d’euros ! Il n’est pas indiqué si ces estimations prennent en compte les coûts du démantèlement des réacteurs, ni ceux de l’ensemble des installations de la chaîne du combustible nucléaire, ni des déchets ingérables qui seront produits.

Ces éléments, qui confortent les analyses produites par l’agence WISE Paris pour Greenpeace dévoilées la semaine dernière, confirment également le penchant d’EDF à dissimuler des informations cruciales. EDF, qui pousse pour la mise en œuvre de la prolongation du nucléaire en taisant ses coûts, s’apprête à faire supporter à la collectivité des dépassements de budget colossaux… et/ou à effectuer des travaux au rabais, au mépris des risques pour la population - et des coûts d’un éventuel accident !

Il est en effet à craindre que les projets d’EDF garantissent à la fois les dépassements de coûts et une sureté "low cost", les derniers déboires des chantiers nucléaires laissant entrevoir le pire.

Les travaux de l’EPR de Flamanville sont pour une bonne partie suspendus suite à de nombreuses malfaçons et affaires de travail illégal. Selon le journal finlandais Kauppalehti, ceux de l’EPR d’Olkiluoto seraient également en stand-by et promettraient neuf ans de retard au moins pour la tête de série du « fleuron » de l’industrie nucléaire française.

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:20

 

Source : www.la-croix.com

 

François Fillon : « Il faut restreindre les possibilités d’adoption pour les couples homosexuels »

Le député UMP de Paris expose dans « La Croix » sa vision de la famille. 

3/3/14 - 18 H 07

François Fillon, ici dans son bureau l'Assemblée nationale, à l'occasion d'un entretien avec « Le...

François BOUCHON / Le Figaro

 

François Fillon, ici dans son bureau l'Assemblée nationale, à l'occasion d'un entretien avec « Le Figaro ». 

Avec cet article

Hostile au « mariage pour tous », il est favorable à une réécriture de la loi Taubira distinguant les droits des couples hétérosexuels et homosexuels en matière de filiation. Pour l’ancien premier ministre, lancer un débat sur l’euthanasie aujourd’hui serait « irresponsable ».

Vous avez voté contre l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels. Que feriez-vous en cas de retour au pouvoir ?

François Fillon  : J’ai été le premier à dire, dès octobre 2012, qu’il faudra réécrire le texte. L’idéal serait de réintroduire une distinction entre le mariage hétérosexuel et l’union homosexuelle avec une égalité des droits excepté les droits sur la filiation. Les adoptions par les couples homosexuels et hétérosexuels ne peuvent être placées sur le même plan. Les possibilités d’adoption par les couples homosexuels doivent être restreintes. Je ne suis pas favorable à ce que la loi autorise la possibilité de procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples homosexuels. Cette pratique médicale doit être réservée aux couples hétérosexuels dont l’infertilité est diagnostiquée. Et il faut bien entendu aussi conserver l’interdiction de la gestation pour autrui (GPA).

« Réécrire », mais pas abroger…

F. F. : L’option de l’abrogation et du retour pur et simple à la situation antérieure aboutirait à une nouvelle fracture de la société française qui n'est pas souhaitable. En voulant faire table rase du passé par dogmatisme, et à la hussarde, François Hollande a divisé très profondément le pays. Au moment de l'alternance, notre première mission ne sera pas d’attiser ces divisions mais au contraire d’apaiser et de rassembler. Face au déclin, l’urgence c’est le redressement économique. La Président de la République a pour responsabilité de hiérarchiser les priorités. Quelles que soient ses convictions personnelles sur le mariage, la famille ou la fin de vie, je préconise une pause sur les questions de société. Lorsque le pouvoir est perçu comme illégitime, il y a un risque de révolte. On l’a vu en Bretagne sur l’écotaxe ou à Nantes sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Je connais mon pays. C'est parce que je sais a quel point il est éruptif, que je suis préoccupé par tout ce qui vient le diviser et réticent à manifester.

 Qu’il s’agisse de couples homosexuels ou de couples hétérosexuels recomposés, comment sécuriser le lien entre l’enfant et la personne sans lien biologique avec lui mais qui l’a élevé ?

F. F. : Il faut partir des principes. On est parent jusqu’à la fin de ses jours. Ce n’est pas parce qu’il y a divorce qu’il faudrait retirer les liens du père ou de la mère biologiques avec l’enfant pour les transférer à un beau-parent.

La jurisprudence permet déjà, sur décision de justice, d’attribuer une délégation de l’autorité parentale à un tiers. La situation actuelle est donc satisfaisante. Je suis néanmoins éventuellement ouvert à ce qu’on consacre dans la loi un statut de beau-parent, à condition toutefois que ce ne soit pas un droit automatique. L’intervention du juge aux affaires familiales, qui examine la situation en fonction de l’intérêt de l’enfant, doit impérativement être maintenue.

 Faut-il transcrire en France l’état civil des enfants conçus à l’étranger par GPA ?

F. F.  : Non, car on ne peut pas être contre une pratique et valider sur le territoire français les effets juridiques de son recours à l’étranger. Sinon, qu’on le veuille ou non, cela reviendrait à la légitimer. À ce sujet, la circulaire Taubira sur la nationalité des enfants nés à l’étranger par GPA constitue un pas plus significatif que le gouvernement le prétend vers la légalisation de la GPA en France. Elle devrait être abrogée.

 Que pensez-vous de l’ABCD de l’égalité filles-garçons, expérimenté à l’école ?

F. F. : Il faut distinguer deux choses. Il y a d’un côté la lutte pour l’égalité hommes-femmes, conformément aux valeurs de la République. Il y a de l’autre une théorie fumeuse qui vise à nier les différences sexuelles. Cela ne me choque pas qu’il y ait à l’école un effort de lutte contre les stéréotypes. Je fais confiance aux enseignants : dans leur immense majorité, ils ne sont pas tentés de transformer ce débat sur l’égalité hommes - femmes en débat idéologique sur la théorie du genre.

Pour moi, cette affaire a mis en évidence un sujet essentiel : l’État ne doit pas s’immiscer de façon excessive dans la sphère privée et ne doit pas se substituer aux familles. Il y a là une différence idéologique fondamentale entre la droite et la gauche. Certains ministres actuels auraient tendance à vouloir outrepasser le rôle de l’école en niant celui des parents. Cette dérive s’oppose aux valeurs républicaines exposées par Jules Ferry dans sa « lettre aux instituteurs ». L’école est là pour transmettre des savoirs et les valeurs de la République. L’Etat n'a ni les moyens, ni les compétences, ni la légitimité pour remplacer la famille et assurer l'éducation de nos enfants.

 La suppression de la notion de détresse pour l’IVG constitue-elle une rupture symbolique ?

F. F.  : C’était une provocation inutile. Chacun sait que, dans la pratique, on ne demande jamais aux femmes de prouver une situation de détresse. Surtout, cette réforme vient rompre l’équilibre de la loi Veil. L’avortement ne sera jamais pour une femme un acte anodin. Enfin, qui dit provocation dit en retour réactions excessives : la proposition de certains parlementaires UMP de dérembourser l’IVG était choquante.

 La plupart des évolutions sur les sujets de société, à l’exception du Pacs, ont été votés sous des présidents de la République de droite : la contraception sous De Gaulle, l’IVG sous Giscard, la fin de vie sous Chirac. La gauche voudrait effacer l’histoire afin de prétendre qu’elle serait la seule à faire évoluer le droit avec la société. On reproche parfois à la droite de ne pas avoir de projet sur les sujets de société. Cela ne veut rien dire : on n’est pas obligé de vouloir bouleverser en permanence les règles pour faire moderne. Personne ne nie par exemple que la famille a changé, mais cela ne veut pas dire pour autant que la famille serait dépassée. Au contraire, on n’en a selon moi jamais eu autant besoin pour combler le manque d’éducation et de solidarité dans la société.

 Faut-il rompre avec la loi Leonetti en allant vers une aide active à mourir ?

F. F.  : La loi Leonetti répond globalement aux questions soulevées et la décision du Conseil d’Etat sur la situation de Vincent Lambert en atteste. S’il faut la faire évoluer, c’est uniquement sur la sédation en phase terminale et les directives anticipées. Mais il faut surtout laisser la jurisprudence se consolider et le débat s’apaiser. Ouvrir maintenant un débat sur l’euthanasie, ce serait irresponsable de la part d’une majorité qui s’est disqualifiée sur les sujets de société.

 Si le gouvernement rompait tout de même avec l’esprit de la loi Leonetti, au pouvoir la droite devrait-elle y revenir ?

F. F.  : Je pars d’un principe : le législateur n’a pas la légitimité pour écrire dans un texte les conditions dans lesquelles on donne la mort. Rompre avec cet esprit serait pour moi irresponsable et inacceptable. Donc, oui, je serais dans cette hypothèse pour une réécriture afin de revenir à l’esprit de la loi Leonetti.

 Souhaitez-vous rencontrer le pape François ?

F. F. : J’irai à la canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII. J’ai rencontré quatre fois Benoît XVI et deux fois Jean-Paul II. Ce sont des rencontres qui comptent dans mon existence. Je souhaiterais bien entendu rencontrer le pape François. C’est un pape de rupture, qui symbolise les changements intervenus dans le monde. Son idée d’une « joie de l’Évangile » est stimulante. Il est un modèle de convictions spirituelles pour les chrétiens, et sans doute pour beaucoup de citoyens qui ne le sont pas.

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENT DE BOISSIEU ET MARINE LAMOUREUX
Source : www.la-croix.com

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:09

 

Source : zad.nadir.org

 

Infos du 3 mars au 9 mars

vendredi 7 mars 2014, par zadist

 


Tant que la situation est calme, on continue les infos régulières, mais sur un rythme plus détendu d’un article par semaine, mis à jour tous les jours. Si quelque chose s’accélère, on donnera de nouveau les nouvelles en temps réel et vous pouvez écouter les nouvelles transmises par radio klaxon en streaming.

Si vous voyez des mouvements de police anormaux autour de la zone n’hésitez pas à nous contacter en appelant le numéro d’urgence au 06.43.92.07.01


[URGENT]

La ZAD du Testet a été expulsée illégallement ce jeudi 27 février 2014, mais l’occupation continue ! (lire les nouvelles du 8 mars ici et l’appel complet ici)

Le chapiteau 5 cabanes ont été remontées sur la parcelle de l’ONF non expulsable.

En prévention d’une nouvelle expulsion, les occupants appellent du soutien AVANT le 10 mars car le chantier de déboisement commencera le lundi 10 mars.

Faites tourner l’appel !


Dimanche 9 mars

- Il fait très beau :), très calme sur la ZAD....

Samedi 8 mars

ZAD

- Manif Notre-Dame-des-Landes : les Bigoudens déçus (Lire ici)

- Un communiqué de presse envoyé par un certain nombre de comités à la suite de la manifestation du 22 février dernier : À Notre-Dame-des-Landes comme ailleurs, le pouvoir nous a à l’oeil !

- Communiqué des Bouilles

Les occupant-E-s de la ZAD du Testet remercient les militaires pour leur participation à l’exercice de ce jour. Nous avons pesé nos forces et nos faiblesses et sommes prêt-E-s et déterminé-E-s pour la prochaine rencontre. Du coup nous filtrons désormais les accès au site.

Bonjour,

On est de plus en plus nombreux au Bouillon. L’ambiance est joyeuse mais la résistance déterminée.

On a besoin de matelas, de bois de construction, de bâches, de grosse ficelle et cordelette, de grandes casseroles, de tôles et à manger !

On s’attend à voir encore des naturalistes tous les jours, préparez à l’avance votre kit "Testet" : Bottes, casse-croûte, appareil photo, etc ...

À bientôt !

Infos de la ZAD du Testet 8 mars 2014 - CHAUD BOUILLANT !

Il resterait maintenant un passage de prélèvement d’amphibiens avant de pouvoir tenter de déboiser. Quant aux reptiles, à la lecture de l’arrêté préfectoral, c’est au bruit des tronçonneuses que les "employés qui font le sale boulot" pourraient les capturer. Ajouté à cela une info de l’intérieur de la machine à détruire nous indique que la tentative de déboisement est prévue pour ce début de semaine, dès lundi 10 mars, soit après-demain. Ces gens sont pressés par leur calendrier.

Aussi, le collectif "tant qu’il y aura des bouilles" renouvelle son appel à venir occuper la zone humide dès que possible pour résister collectivement à cette tentative de saccage de notre environnement pour des intérêts privés.

- Reçu : http://www.isabellerimbert.com/tous-camille-notre-dame-des-landes/ quelque portraits des occupant-e-s / habitant-e-s de la ZAD

- Presse Océan : Lol étudier quoi ? Oo Ça se voit qu’il y a des élections bientôt. On fourni des illusions et fantasmes au pauvre citoyens de la France.

- PIRATA : Complices avec les luttes

- Communiqué OC FR suite à la manif du 22 - Notre-Dame-des-Landes : contre la répression, solidarité !

- Réunion-débat à la fac - Retour sur la manif du 22 février

Coucou,
Pour info, le collectif de l’université de Nantes contre l’aéroport organise mercredi 12 mars une réunion-débat à la fac pour revenir sur la manif du 22 février, son traitement médiatique, la répression qu’elle a subie et la place qu’y a joué la violence. Ça se passe à 12h30 en salle 2012, bâtiment Censive. Je joins l’affiche au mail.
Bonne journée !

Ailleurs

- ISRAELI APARTHEID WEEK 2014 - NANTES

Word - 15 ko

Vendredi 7 mars

Ici

- À lire : le Communiqué de Sème ta ZAD après la manifestation du 22 favrier à Nantes.

- Original : Jean-Marc Ayrault rejette la paternité du projet d’aéroport sur Lionel Jospin et l’écologiste Dominique Voynet

Jeudi 6 mars

Ici

- St. Antoine : l’audience pour expulsion est reportée !

- InfotraFlic  : ce matin vu bac posté à Couëron - la Chabossière postée de 8h00 à 9h45 : il s’agit d’un 406 grise métalisée N° de plaque 638 AJM 44

Dans la lutte contre l’aéroport...

Nous vous faisons suivre les nouvelles de Quentin qui a perdu un oil lors de la manifestation du 22 février à Nantes. Ces nouvelles émanent directement de sa famille.

5 mars 2014

La santé : L’opération d’hier s’est bien passée. Les multiples fractures ont été soignées, tout doit se consolider maintenant. C’est très douloureux pour l’instant.

Soins infirmiers 3 fois par jour pendant 15 jours pour l’oil.

ITT jusqu’au 4 avril pour l’instant.

Le moral : sans commentaire pour l’instant.

La justice : Quentin a déposé plainte le 27 février dernier.

Un appel aux blessés du 22 février

- Chanson de la Parisienne Libérée : Flashballes Merci !

- Les camarades de La Roche sur Yon ont fait une petite manif contre le projet d’’aéroport lundi. Voir les récits d’actions.

Manif du 22...

- demande à relayer : "Tu m’as donner ton tract, je l’ai oublié au fond de ma poche et quelques jours plus tard découvert. Nous l’avons lu et on en a conclu qu’on aurait bien aimé bavarder avec toi, homme seul, de la vie sur terre au début du 21eme siècle et de bien d’autres choses." pour contacter la personne, "homme seul", envoi une mail a zad at riseup dot net

- reçu  : photo prise à la manif du samedi 22/02 à Nantes : on y voit clairement un flic en civil tirer au lance-pierre, sur qui ?

- À écouter : Les prises de paroles du 22 Février sur la place (de la petite) du Petit Hollande

- À regarder : Comment qu’on fait du journalisme ! Nantes, manifestation NDDL, le 22 février 2014. Avec nos p’tits bras, à deux (à quatre bras, donc), on a fait à l’arrache en deux jours une petite vidéo analysant le saccage de l’information par la PQR nantaise, Ouest France et Presse Océan. C’est bricolé, imparfait, mais ça donne quelques idées du travail idéologique de journalistes, celles et ceux dont les mots sont l’essence du métier, et qui les utilisent n’importe comment, ou plutôt non, qui forcent le trait du sensationnel et voient l’apocalypse partout…

Mercredi 5 mars

Par ici...

- Au sujet de la manif du 22 février à nantes, vous pouvez voir l’Appel aux blessé-e-s de la manifestation du 22 février 2014 surt le blog de la manif

Ailleurs...

- Sauvons les Serres d’Auteuil

Lundi 3 mars

Ici

- On nous signale 4 cars et 3 camionnettes à Treillères. Envie d’une p’tite balade dans le bocage ? On reste vigilant.e.s

- Quelqu’un.e cherche le contact de la personne ayant écrit le texte "pacifiste mais pas non violent", si c’est toi, envoie nous un petit mail !

- Un projet de table d’hôte mijotte sur la zad, illes cherchent un peu de matos et des producteurs

Ailleurs

Le collectif anti fasciste du pays de Saint brieuc appelle à l’occasion de la venue de Marine le pen Mardi 4 mars à Pledran à un Carnaval antifasciste : rassemblement place de l’église à 17h30 à Pledran

Documents joints

 

Source : zad.nadir.org

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:07

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

L'économie zombie et la politique de l'offrande

|  Par christian salmon

 

 

 

C'est le moment zombie de la politique et des choix économiques. Les idées mortes marchent encore parmi nous… La social-démocratie de François Hollande ayant de longue date muté en un néolibéralisme mal assumé, voilà la « politique de l’offre » devenue une politique de l’offrande. C'est l'objet du « pacte de responsabilité », pensée magique qui veut échanger des chèvres contre des déclarations d’amour.

Yvon Gattaz, le père de l’actuel président du Medef et ancien président du CNPF de 1981 à 1986, plaisantait un jour en parlant de François Mitterrand : « Quand je suis arrivé au CNPF, j’avais devant moi un SUT, "socialiste utopique et tranchant", qui s’est transformé en SAR, "socialiste arrondi et responsable". » Vingt-cinq ans plus tard, son fils Pierre n’a pas trouvé en la personne de François Hollande un « SUT » ni même un « SAR » mais un « SOGEM », socialiste génétiquement modifié.

La mutation du génome socialiste, et sa conversion aux idées du néolibéralisme, ne s’est pas faite en un jour. Elle s’est accomplie en trente ans sous l’effet de la révolution néolibérale. Elle n'est pas une anomalie de l’histoire mais, bien au contraire, un produit de l’histoire, non pas une trahison qu’il faudrait dénoncer mais une mutation qu’il reste à  analyser.

 

François Mitterrand et Yvon Gattaz au début des années 1980. 
François Mitterrand et Yvon Gattaz au début des années 1980. © (dr)

François Hollande et Pierre Gattaz, au mois de janvier. 
François Hollande et Pierre Gattaz, au mois de janvier. © (Reuters)

Yvon Gattaz, qui se vantait d’avoir administré à François Mitterrand des leçons d’économie au cours de rencontres secrètes, considérait que « la conversion des socialistes à l’entreprise » s’était effectuée tout naturellement, au contact du réel, ce qu’il appelait dans une tribune publiée en 2012 « la falaise granitique des réalités ». La vérité, c’est que cette « falaise granitique » n’avait rien d’un relief naturel. Bien au contraire, c’était une construction virtuelle, un échafaudage idéologique, un ensemble d’idées patiemment élaborées et assemblées par la « Société du Mont-Pèlerin », du nom de ce village suisse où se réunissait le groupe d’intellectuels qui ont refondé la pensée néolibérale à l’initiative de Friedrich Hayek et qui sera mis en œuvre par Thatcher et Reagan au début des années 1980.

François Cusset a raconté dans La Décennie, le grand cauchemar des années 1980 (La Découverte, 2006) la lente pénétration du milieu socialiste par les idées néolibérales, l’apprentissage du pouvoir, le rôle d’incubateur des think tanks comme la fondation Saint-Simon, le retournement d’une certaine intelligentsia médiatique, la diffusion de la vulgate libérale-libertaire par Libération ou Le Nouvel Observateur. Ce processus a imposé un nouvel agenda politique et une nouvelle syntaxe…

« Quand on cède sur les mots, on finit par céder sur les choses », écrivait Freud. Dans les années 1980, les socialistes ont cédé tout en même temps. Le boa néolibéral les a avalés tout crus, tête et jambes, mots et choses confondus, praxis et poïesis. Les socialistes se sont convertis au néolibéralisme comme à une religion naturelle. Ils en ont adopté la langue et les pratiques, ils en ont embrassé la foi avec l’enthousiasme des néophytes, allant jusqu’à adopter les articles les plus contestables, parfois même ceux abandonnés par les vieux croyants libéraux, instruits des leçons de l’expérience. Ainsi de la loi de Jean-Baptiste Say, exhumée par François Hollande lors de sa conférence de presse, selon laquelle « l’offre crée la demande », une vieillerie de la théorie économique discréditée et abandonnée depuis longtemps…

Depuis 2008, le prix Nobel Paul Krugman a dénoncé à maintes reprises la survivance d’une série de croyances et d’idées que la crise financière a discréditées. Il les a qualifiées d’« idées zombies », des idées mortes qui continuent à hanter les couloirs des parlements, des gouvernements et des départements de sciences économiques. « Les corrections du marché fonctionnent très lentement sur les marchés universitaires, a récemment déclaré Richard Posner, un économiste libéral devenu keynésien depuis la crise de 2008. Les professeurs ont leur chaire ; ils dirigent toute une armée de doctorants, ils connaissent le métier et ils ont leurs habitudes. Il n’est pas facile de les amener à changer leur façon de faire… » (son article « Comment je suis devenu keynésien » est à lire ici).

L’économiste australien John Quiggin (son site ici) a fait une enquête fouillée et argumentée sur ces « idées zombies » qu’on croyait définitivement discréditées par la crise financière de 2008 et qui continuent à inspirer les discours et les hypothèses de travail des décideurs, des commentateurs et des experts… Il en a retracé la naissance, l’évolution, la mort et la réapparition spectrale dans un livre intitulé Économie Zombie, récemment traduit en français.

Moment néolibéral

 

 

« Les zombies des films d’horreur, écrit-il, ont la réputation d’être des durs à cuire. Étant déjà morts, ils sont inattaquables et avancent impitoyablement vers leurs proies. Les idées zombies sont tout aussi résilientes… » Mais Quiggin donne une autre explication à leur résistance : elles se déplacent toujours en bande, contrairement aux loups-garous et aux vampires. « Un zombie solitaire est relativement facile à tuer, plaisante-t-il, mais lorsqu’il est en groupe, il devient redoutable. »

Dans son livre, ce « chasseur de zombies » dénombre au moins cinq idées néolibérales qui auraient dû disparaître avec la crise et qui continuent à hanter le cerveau des décideurs et des experts.

-   1.  Le mythe de « la grande modération », selon lequel les banques centrales avant la crise avaient trouvé le moyen de jouer avec les taux d'intérêt de manière à assurer à nos économies une croissance et une stabilité quasi éternelles, à condition que les gouvernements gardent leurs finances en ordre et ne se mêlent pas de leurs affaires. Un mythe que les taux de chômage à deux chiffres et la pire récession depuis les années 1930 ont pulvérisé. Pourtant, banques centrales et décideurs politiques continuent à prôner l’indépendance des banques centrales, le ciblage de l’inflation, et le fait de s’en remettre aux ajustements des taux d’intérêt – mesures qui ont échoué lamentablement pendant la crise financière.

 

La réserve fédérale américaine 
La réserve fédérale américaine © Reuters

-  2.  Le credo des « marchés efficients », selon lequel les marchés sont les mieux placés pour déterminer le juste prix de n'importe quel actif (maisons, actions, etc.) parce qu'ils savent faire la synthèse de toute l'information disponible. En conséquence, les gouvernements doivent laisser le secteur financier à ses tours de magie, sans ingérence aucune. L’hypothèse des marchés efficients devrait aujourd’hui être discréditée une fois pour toutes. L’importance que l’on donne en Europe aux agences de notation et aux marchés obligataires dans le débat entourant la crise de la dette souveraine démontre qu’il n’en est rien. C’est pourtant l’échec de ces institutions, qui a précipité le monde dans la crise.

-  3. Le mystère de « l’équilibre général dynamique et stochastique » (EGDS), selon lequel l’analyse « macroéconomique » ne devrait pas tenir compte de réalités observables, comme les booms et les effondrements du marché, et qu’elle devrait se concentrer exclusivement sur les conséquences théoriques de l’optimisation des comportements des consommateurs, des entreprises et des employés parfaitement raisonnables (ou presque).

-   4. Le miracle du « ruissellement », en vertu duquel l'enrichissement des mieux nantis finit fatalement par profiter aussi aux plus pauvres. Ce ruissellement est démenti par la façon dont les bénéfices de la croissance ont été partagés depuis les années 1970. Aux États-Unis, la majorité des bénéfices de la croissance est allée aux Américains appartenant au premier centile de la répartition des revenus. En 2007, un quart des revenus des particuliers est allé à 1 % de la population ; soit plus que les 50 % de ménages américains les plus pauvres.

 

Le classement 2014 des milliardaires de ForbesLe classement 2014 des milliardaires de Forbes © DR

-  5. Le dogme des privatisations, selon lequel toute fonction remplie par le gouvernement pourrait être assurée de manière plus efficace par une société privée. « Dans les films, les zombies ne parlent pas, écrit Quiggin, ils émettent des borborygmes incompréhensibles. Si nos zombies économiques pouvaient parler, ils prononceraient sans doute le mot privatisation. » Ce dogme a inspiré une politique générale de déréglementation et de privatisation sur laquelle même les pays qui se sont avancés le plus loin dans cette voie sont revenus en arrière et ont été obligés de renationaliser, comme la Grande-Bretagne avec ses chemins de fer…

L’économie mondiale est en récession, le chômage atteint des sommets et les agences de notation verbalisent les gouvernements quels que soient leurs efforts pour réduire leur dette. Mais l’économie zombie est florissante ; ses think tanks n’ont jamais été aussi nombreux et productifs. Ses lobbyistes s’affairent, diffusant les idées zombies de Washington à Bruxelles et de Wall Street à Bercy. Ses intellectuels-zombies publient des chroniques-zombies dans les grands quotidiens du monde qui ne sont plus, eux-mêmes, tout à fait sûrs d’être encore en vie.

Loin d'être sur la défensive, les néolibéraux ont le vent en poupe à Washington. Ils harcèlent Obama, l’accusant d’être responsable de la situation économique et le poussant à consentir des baisses d'impôt pour les plus riches. Ils pourraient même l’obliger à revenir sur ses réformes, pourtant modestes, du système de santé et du secteur financier.

En Europe, les théories zombies inspirent partout des politiques d’« austérité » comme le récent « Pacte de responsabilité », un croisement zombie entre une détaxation des cotisations familiales des entreprises et la promesse de créer des emplois. Ce marchandage est voué à l’échec car le Medef, qui exige des exonérations de charges, ne peut s’engager à créer des emplois, une décision qui appartient à ses adhérents et qui est indexée sur leur carnet de commandes (un bon vieux principe pas du tout zombie et qui continue à régir la vie des entreprises).

Los de sa dernière conférence de presse, François Hollande s’est revendiqué social-démocrate dans une sorte de « coming out » audacieux, une conversion précipitée peut-être par ses aventures extraconjugales dévoilées quelques jours auparavant par le magazine Closer. Mais dans sa précipitation, il s’est trompé de  religion. Ce n’est pas la cause sociale-démocrate qu’il a embrassée avec ferveur, mais l’orthodoxie néolibérale et jusqu’à son lexique (« coût du  travail », « compétitivité », « charges sociales »). Il rêvait d’un Bad Godesberg à la française... la presse people l’a flashé en bon roi Dagobert qui a mis son lexique à l’envers.

 

 

Sorcellerie et culte vaudou

Qualifier de social-démocrate le « pacte de responsabilité » constitue un abus de langage et un anachronisme. Car le « moment social-démocrate » associé à la figure de l’État-providence et aux politiques keynésiennes s’est achevé pour l’essentiel dans les années 1970. Il reposait sur l’idée qu’il est plus efficace de répartir et de gérer les risques, qu’il s’agisse de santé ou d’opportunités, en tant que société qu’à titre individuel.

Depuis le début des années 1980, c’est une autre logique qui est à l’œuvre, celle du « moment néolibéral », selon laquelle la gestion du risque par les marchés financiers est plus efficace qu’un système où l’État intervient pour stabiliser l’économie globale et amortir les risques individuels. Cette croyance gouverne la construction européenne. Elle constitue un véritable piège pour les nations qui la composent car, en imposant la monnaie unique, elle les a privées des moyens de réduire le différentiel de compétitivité entre économies de la zone euro. La baisse des cotisations patronales associée à la hausse de la TVA n’est rien d’autre qu’un substitut à une dévaluation rendue impossible par l’euro.

La politique de l’offre ? Tout au plus une politique de l’offrande à l’intention du patronat qui relève moins de la théorie économique que de la pensée magique, puisqu’il s’agit d’échanger des promesses d’embauche contre des exonérations de cotisation. Autant échanger des chèvres contre des déclarations d’amour. Cet échange inégal s’apparente moins au gagnant-gagnant évoqué par François Hollande qu’à une forme de sorcellerie ou de culte vaudou dont le « pacte de responsabilité » serait la figure déconcertante : tout à la fois un « acte de foi » dans les vertus canoniques de la baisse du coût du travail, et un « acte de contrition » à l’endroit d’un patronat trop longtemps fustigé pour sa cupidité…

Dans ces conditions, le mirage du million d’emplois apparaît comme une mise en scène grossière. L'Observatoire des contreparties est aux contreparties ce que l’Osservatore Romano est aux miracles et aux apparitions, une instance aussi fantomatique que les phénomènes qu’elle est chargée d’observer.

 

Patrouille le long de la frontière en Arizona 
Patrouille le long de la frontière en Arizona © Reuters

N’ayant plus les moyens de provoquer la croissance, de contrôler la monnaie, les frontières, les gouvernements zombies essaient de susciter des effets de croyance. Comme le disait un riverain de l’Arizona vivant à proximité du mur construit sur la frontière avec le Mexique, « le gouvernement ne contrôle pas la frontière. Il contrôle ce que les Américains pensent de la frontière » (Wendy Brown, Murs, Les Prairies Ordinaires, p. 143). On peut en dire autant de la monnaie, de l’emploi et de l’activité…

Gouverner aujourd’hui, c’est contrôler la perception des gouvernés. Lorsque le président réunit au sein du « conseil stratégique de l’attractivité » 34 représentants du monde économique, réputés détenir, à l’instar des 40 voleurs de la fable d’Ali Baba, le « sésame » de la croissance, l’objectif n’est pas de bâtir un programme d’investissement mais de « rendre la France plus désirable », résume-t-on à l’Élysée.

De la promesse d’une inversion (de la courbe du chômage) au retour sans cesse différé (de la croissance), de l’annonce d’un remaniement entretenue par les rumeurs et les pronostics à l’attente d’un rebond dans les sondages, de « chocs » de simplification en « sursaut » courageux et de « cap » en « tournant », la vie politique de ce quinquennat se dévoile comme une gestion stratégique des attentes non satisfaites… À l’instar des incantations supposées faire advenir un climat favorable, des chants rituels en faveur des moissons ou d’une bonne récolte, l’efficacité magique apparaît comme un objet de croyance. D’ailleurs, les grandes voix de ce gouvernement, celles qu’on entend le plus, ne jouent-elles pas sur le mode de l’incantation ? Valls l’exorciste de l’insécurité ; Montebourg le grand shaman du made in France ; Taubira la prêtresse qui convoque les esprits absents, l’imagination, la poésie, la justice…

L’action du gouvernement se donne à lire non plus comme la rencontre raisonnée d’une délibération collective et d’une puissance d’agir, mais comme une forme de pensée magique, tout entière vouée à convoquer par incantations et imprécations le retour définitif et durable de la croissance « aimée ».

Le néolibéralisme n’est pas seulement une idéologie et une politique, c’est une croyance collective, une religion profane qui demande à chacun d’être non seulement un producteur et un consommateur de soi, mais aussi un produit qui se vend, un publicitaire et un manager : le biographe de sa vie, le performer de ses attentes, l’entrepreneur de ses possibilités, tout à la fois sujet et objet et spectateur de soi… Nous sommes tous devenus d’une certaine manière des auto-entrepreneurs néolibéraux. Si les idées zombies du néolibéralisme n’arrivent pas à mourir, c’est qu’elles vivent dans nos têtes. C’est le secret bien gardé de leur longévité.

L'encre rouge de nos libertés

Après « le moment social-démocrate » des Trente Glorieuses, après « le moment néolibéral » des trois dernières décennies, comment qualifier le moment actuel ? Pour certains, la crise de 2008 nous ramènerait à celle de 1929. Pour les uns, nous sommes en 1928, pour d’autres en 1933, à la veille de la victoire électorale des nazis… Pour d’autres encore, en 1936, avec le Front populaire ; ou en 1938 pour ceux qui stigmatisent la ligne Maginot des politiques austéritaires et l’incompétence des Gamelin de la politique et des élites au pouvoir…

Selon le point de vue où l’on se place, la perspective historique change et il est bien difficile de synchroniser ces agendas mémoriels. Nous vivons dans un scénario intitulé « les années trente ». Nous sommes enrôlés, immergés dans une reconstitution historique, une fiction costumée peuplée de zombies à croix gammées et de revenants. C’est l’éternel rebond de l’impuissance patriote sur le mur tricolore, un patriotisme de pacotille, une cocardiopathie légendaire. C’est la France engluée dans ses mythes nationaux, un lyrisme de préau.

Il ne s’agit pas seulement des nostalgies d’un « vieux pays » mais du recyclage des vieux mythes, le « Checkpoint Charlie » de nos médailles et uniformes. Douglas Coupland, l’auteur du roman Génération X, appelait cette rémanence des habitus et des mythes le « mixage des décennies ». Lorsqu’on se trouve dans une situation d’impasse narrative, on se tourne vers les modes et les expériences passées et on se bricole une identité à partir d’emprunts aux décennies passées. Cela fut vrai depuis les années 1990 de la mode, de la scène musicale, de la culture de masse. C’est désormais aussi le cas de la politique. L’un se grime en Clemenceau. L’autre en Chevènement. Une troisième se verrait bien Jeanne d’Arc. Jaurès ou Léon Blum font des émules. L’écharpe rouge et le chapeau noir de François Mitterrand sautent d’une tête à l’autre… 

 

Ségolène Royal et Laurent Fabius en 2007 
Ségolène Royal et Laurent Fabius en 2007

C’est le moment « zombie » du politique, entre l’ancien qui est mort et le nouveau qui n’est pas encore né, et que l’on observe, comme l’écrivait Gramsci dans une phrase souvent citée et mal traduite, « les phénomènes morbides les plus variés ». C’est ainsi que les idées mortes marchent encore parmi nous…

Au mois d’octobre 2011, le philosophe Slavoj Zizek, qui s'était rendu sur Liberty Place pour rencontrer les militants d’Occupy Wall Street, leur a raconté une vieille blague de l’époque communiste :

« Un gars fut envoyé d'Allemagne de l'Est pour travailler en Sibérie. Il savait que son courrier serait lu par les censeurs, alors il dit à ses amis : "Nous allons établir un code. Si une lettre que vous recevez de moi est écrite à l'encre bleue, ce que je dis est vrai. Si elle est écrite à l'encre rouge, c'est faux." Un mois après, ses amis reçoivent la première lettre. Tout est en bleu. Elle dit, cette lettre : "Tout est merveilleux ici. Les magasins sont remplis de bonne nourriture. Les cinémas montrent des bons films de l'Ouest. Les appartements sont grands et luxueux. La seule chose que vous ne pouvez pas acheter, c'est de l'encre rouge." »


Slavoj Zizek à Occupy Wall Street 
Slavoj Zizek à Occupy Wall Street

« Voilà comment nous vivons, concluait Zizek. Nous avons toutes les libertés que nous voulons. Mais ce qui nous manque, c'est l'encre rouge : le langage pour exprimer notre non-liberté… »

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 


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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:02

 

Source : www.marianne.net

 

Le crime paie !

Mardi 4 Mars 2014 à 05:00

 

Michel Santi*

 

Ceux qui respectent la loi et la morale sont appelés à disparaître alors que leurs rivaux peu scrupuleux se maintiennent grâce à des artifices et à des manipulations qui compriment leurs coûts, ou qui gonflent leurs bénéfices. En d’autres termes, il devient « trop cher » aujourd’hui d’être honnête !


Le crime paie !

La justice – ou plutôt les déficiences de la justice – serait-elle sur le point de déstabiliser le système économique et financier ? N’avez-vous pas remarqué comment les responsables des petites entreprises sont impitoyablement poursuivis – parfois jusqu’au harcèlement – pendant que la justice pénale peine à trouver des justifications et des motifs légaux dès lors qu’elle doit traiter le cas des intouchables, ces « too big to fails » ? Ce n’est pourtant pas les qualifications requises par nos juristes, analystes et autres experts qui font défaut ! L’Autorité des marchés financiers et les spécialistes du Code monétaire et financier en France, comme le « United States Attorney’s Office » aux USA ont en effet souvent décortiqué, démêlé et enquêté avec succès nombre d’affaires complexes dès lors qu’il s’agissait de crucifier le « menu fretin ». Une certitude, un constat : nous ne sommes pas tous égaux face à la justice, et les pouvoirs publics ne nous traitent pas tous pareils.

 

De quoi décourager les futurs créateurs d’entreprises et autres petits investisseurs car un système juridique partial – voire arbitraire – nuit fondamentalement à l’économie. Ciment de notre société, l’égalité face à la loi représente pourtant le préalable indispensable à un contexte économique et financier sain et équilibré. Dès lors que la prison n’est réservée qu’aux petits poissons et qu’à ceux qui, ma foi, n’ont « pas eu de chance », dès lors que le lien de cause à effet entre crime et punition est rompu ou même affaibli, la malfaisance et le vice sont érigés au rang de normes. Pourquoi être honnête et pourquoi se prescrire aux règles du jeu si les chances d’être mis à l’écart s’amenuisent ? N’est-il pas compréhensible – ou tout bonnement humain – que celles et ceux qui sont tentés par le délit empruntent cette voie si la sanction n’est pas systématiquement au rendez-vous ? Avec des conséquences dévastatrices car ceux qui se prescrivent aux lois sont incontestablement désavantagés et affaiblis dans une économie où règne la compétition féroce.

 

Ce rouleau compresseur des escroqueries et des malversations porte un nom, la théorie de « Gresham », qui fut décrite par George Akerlof et pour laquelle il obtint le prix Nobel d’économie en 2001 : « Les transactions malhonnêtes tendent à faire disparaître du marché les transactions honnêtes. Voilà pourquoi le coût lié à la malhonnêteté est supérieur au montant de la tricherie ; ce coût doit aussi inclure la perte relative à la faillite de l’intervenant légitime. » Cette contre-dynamique de Gresham – devenue aujourd’hui une dominante dans les marchés financiers – a donc pour conséquence une volatilisation de l’éthique au profit de la fraude, laquelle devient dès lors endémique. Ceux qui respectent la loi et la morale sont donc appelés à disparaître alors que leurs rivaux peu scrupuleux se maintiennent grâce à des artifices et à des manipulations qui compriment leurs coûts, ou qui gonflent leurs bénéfices. En d’autres termes, il devient « trop cher » aujourd’hui d’être honnête !

 

Pourquoi s’étonner dans un tel contexte que les intervenants et acteurs du système modifient progressivement leurs comportements du fait du glissement de ce ratio « risque-récompense » ? Ce déséquilibre de la justice n’est-il pas une aubaine pour celles et ceux qui, violant les règles, sont néanmoins en mal de justification morale ? La société dans son ensemble doit dès lors s’adapter à ce nouveau paradigme qui enseigne qu’il est « acceptable » de transgresser la loi. Selon cette même logique imparable, les « too big to fails » deviennent des « too big to jails », c’est-à-dire trop importants pour être emprisonnés… Ce constant très perturbant qui remet en cause la confiance en le système ne démontre-t-il pas aussi – en creux – que la protection de l’argent et des intérêts passe avant la protection des citoyens et de la société ? Véritable exhortation lancée en direction des établissements (financiers et autres) et de leurs directions pour former des cartels, pour manipuler les cours et les prix, escroquer et, ce, au mépris de la stabilité de nos économies. Même si cette clémence est souvent invoquée, précisément au nom de cette stabilité économique et financière, tant nos responsables sont hantés par les conséquences que pourraient avoir la mise en faillite d’une banque, ou la comparution en justice d’un personnage (économique ou politique) éminent.

 

A quoi bon dès lors obéir aux lois et aux règlementations si seuls les plus faibles et les moins protégés passent en jugement ? Quand le crime est légitimé, c’est l’Etat qui perd naturellement toute légitimité. Et il devient impossible de reconstruire le système financier sur le seul fondement qui compte et sur lequel il puisse prospérer : la confiance.

 

(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique », « Capitalism without conscience » . Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»  (l’Harmattan).

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

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