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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:57

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Bilan environnemental

Numérique : cette empreinte écologique que les consommateurs ont bien du mal à voir

par Nolwenn Weiler 20 janvier 2014

 

 

 

 

L’économie virtuelle consomme une énergie bien réelle. Les « data centers », qui regroupent les serveurs indispensables à la navigation sur le Web et à la circulation des 300 milliards de courriels, pourriels, photos ou vidéos envoyés quotidiennement, peuvent consommer autant d’énergie qu’une ville de 200 000 habitants. Sans compter le coût environnemental de la fabrication d’équipements toujours plus nombreux. De quoi relativiser l’apport apparemment écologique de l’économie dématérialisée, avec ses « télé-réunions », son commerce en ligne ou ses téléchargements.

Envoyer un mail, transférer ou répondre à un message... Autant de banals clics qui génèrent pourtant une quantité non négligeable d’émissions de CO2. L’envoi de courrier électronique dans une entreprise de 100 personnes équivaut à quatorze allers-retours Paris – New York (13,6 tonnes de CO2) chaque année. Quant aux requêtes Internet, via un moteur de recherche, elles représentent en moyenne 9,9 kg de CO2 par an et par internaute. Soit un total d’environ 450 000 tonnes de CO2 pour les 46 millions d’internautes français [1]. Apparemment virtuel, le web inclut des équipements très concrets qui consomment beaucoup d’énergie, à commencer par les serveurs et les centres de stockage des données. Ces ordinateurs sur lesquels s’accumulent les centaines de milliers de textes, images et vidéos postés chaque jour, ont besoin de beaucoup d’électricité pour fonctionner mais aussi pour être refroidis.

« On estime qu’un data center moyen consomme autour de quatre mégawatts par heure, ce qui équivaut environ à la consommation de 3 000 foyers américains », remarquent les auteurs de La face cachée du numérique [2]. Ces consommations génèrent d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Car 46% de la production électrique mondiale repose sur le charbon et 23% sur le gaz. En Inde, la multiplication des centres de stockage est devenue l’un des principaux facteurs de demande en diesel, indispensable pour alimenter d’énormes groupes électrogènes.

Le poids de la Toile dans la consommation énergétique mondiale pourrait paraître négligeable aux côtés de celui des transports ou du chauffage. « A l’échelle mondiale, les data centers représentent 1,5% de la consommation électrique, soit l’équivalent de la production de 30 centrales nucléaires », rappelle cependant Fabrice Flipo, co-auteur de La face cachée du numérique. L’Europe abrite environ sept millions de serveurs. Google en possède à lui seul près de 900 000. Ceux-ci sont regroupés par centaines ou milliers dans des data centers, dont le plus gros consomme autant qu’une ville de 200 000 habitants. « Avec l’essor spectaculaire du stockage en ligne, ces chiffres sont appelés à croître sans cesse, précise Fabrice Flipo. La production de données pourrait être multipliée par 50 dans le monde d’ici à 2020 ».


Réduire la part des énergies fossiles

Greenpeace, qui fait partie des rares organisations qui travaillent sur l’impact environnemental des technologies de l’information et de la communication (ou TIC) [3], a rappelé à leurs responsabilités les géants du secteur : Apple, Microsoft, Google, Facebook et Amazon. Elle leur a demandé de réduire la part des énergies fossiles dans la production d’électricité nécessaire au fonctionnement de leurs fermes de données. C’était en 2010.

Trois ans plus tard, et suite aux pressions de centaines de milliers d’internautes, les mastodontes du net ont apparemment accompli de vrais progrès, quelles que soient leurs motivations réelles, écologiques ou financières. Certains groupes, dont Google, investissent massivement dans les énergies renouvelables et signent des contrats à long terme avec des fournisseurs d’électricité propre. En mai 2013, Apple promet que ses fermes de données deviendraient progressivement « sans charbon ». Facebook a construit en Suède un date center pouvant être entièrement alimenté par des énergies renouvelables.

 

Des calculs de consommation difficiles

Les méthodes de calculs de l’empreinte écologique des TIC suscitent de nombreux débats, parfois passionnés. En août dernier une étude américaine financée par les lobbies des industriels du charbon, (évoquée par Basta ! ici) a ainsi fait grand bruit parmi les experts en annonçant des consommations d’énergie très élevées, à partir de données que certains spécialistes jugeaient très surestimées [4]. De ce côté-ci de l’Atlantique, la Commission européenne reste sur les résultats d’un rapport qu’elle avait publié en 2008 pour estimer la contribution des TIC aux émissions de gaz à effet de serre [5] : les nouvelles technologies représentent « officiellement » entre 2,5% et 4% des émissions de dioxyde de carbone des pays de l’Union et entre 8 et 10% de la consommation électrique du vieux continent.

« Le travail d’estimation des consommations d’énergie devrait se faire avec les grands opérateurs mais ils sont peu enclins à diffuser leurs données », remarque Françoise Berthoud, ingénieur en informatique et directrice du groupe de recherche Ecoinfo [6]. Quand les études sont produites par des constructeurs, sans regard indépendant, elles semblent avoir tendance à minimiser leur impact.« De plus, il est difficile de connaître le champs des études. Tiennent-elles compte de la fabrication des différents équipements qui servent à se connecter ? De la mise en place du réseau ? De la fin de vie ? Tout cela rend l’analyse très compliquée. »


La fabrication, une phase très polluante

« Actuellement, reprend Françoise Berthoud, les TIC représentent environ 10% de la consommation d’électricité dans le monde ». Mais ce chiffre ne concerne que la phase d’usage. Il n’inclut pas la phase de fabrication, dont le bilan environnemental est pourtant très élevé, notamment à cause de l’extraction des minerais nécessaires. « Les analyses de cycle de vie montrent que sur les quatre étapes du cycle (fabrication, transport, utilisation, rebut), c’est la fabrication qui domine très largement dans sa contribution à l’ensemble des impacts environnementaux », soulignent les auteurs de La face cachée du numérique.

La fabrication concentre plus de 80% des impacts, selon les variables considérées (épuisement des ressources, effet de serre, destruction de la couche d’ozone, consommation d’énergie, etc.). « La pollution générée par l’extraction des matières premières et la fabrication des équipements est très importante », insiste Françoise Berthoud. Les métaux lourds et certains perturbateurs endocriniens contenus par exemple dans les retardateurs de flammes posent de sérieux problèmes de santé publique. En Chine et Thaïlande, aux Philippines ou encore au Mexique – pays où sont fabriquées cartes mères et puces –, des taux très élevés de pollution aux phtalates, solvants chlorés et métaux lourds sont enregistrés. En particulier dans les eaux de rejet.

Ailleurs, l’extraction de silicium, utilisé pour fabriquer les écrans de portables et d’iPad nécessite beaucoup d’eau, ce qui oblige les riverains des mines à s’approvisionner beaucoup plus loin. Quand aux 180 étapes parcourues par nos puces, elles sont très coûteuses en énergie. Pour une puce de 2 grammes, il faut brûler une quantité de combustibles fossiles plusieurs centaines de fois supérieure à ce poids. Rallonger la durée de vie des équipements de haute technologie, ou faire en sorte qu’ils soient réutilisés, amoindrirait leur impact environnemental.

 

Le coût écologique est invisible

« Actuellement, les appareils sont renouvelés tous les 18 mois en moyenne, alors que leur durée de vie technique est de 7 à 8 ans », déplore Fabrice Flipo. Qui relève que « côté consommateur, les TIC ne sont pas perçues comme étant un problème, au contraire. Nous avons l’impression que cela consomme très peu au regard des services rendus. Le coût écologique est invisible ». « Nos sociétés restent fondamentalement basées sur la croissance. Or, s’il y a un secteur en croissance en ce moment, c’est bien celui des TIC », renchérit Françoise Berthoud. « On essaie donc de le mettre en avant, et d’en souligner les avantages, on maximise leurs effets positifs, et on omet le reste. »

« On ne cesse par exemple de s’extasier sur les progrès en terme de consommation électrique de chacun de nos petits gadgets [7], en oubliant ce que l’on appelle "l’effet rebond". » L’effet rebond ? C’est quand les progrès réalisés en matière de performance énergétique d’un bien sont annulés par la quantité croissante de biens consommés. Voire même lorsque cela annule les efforts réalisés dans d’autres secteurs. En France, par exemple, selon le cabinet d’étude Carbone 4, le fait que l’empreinte carbone des Français ait stagné, et non baissé, ces cinq dernières années est en grande partie due au poste « informatique », dont les consommations augmentent, contrebalançant entièrement les gains réalisés sur la consommation d’énergie des logements.

C’est l’équipement des Français en smartphones et tablettes qui fait exploser la note. Quasi inexistants en 2008, 3,6 millions de tablettes et 15 millions de smartphones sont sur le marché en 2012. Autre aspect de "l’effet rebond" : la performance accrue des logiciels dont le fonctionnement demande des machines de plus en plus puissantes et énergivores. Windows 7 et Office 2010, de Microsoft, nécessitent ainsi quinze fois plus de puissance processeur, 71 fois plus de mémoire vive et 47 fois plus d’espace disque que leurs ancêtres, Windows et Office 97... De quoi réduire à néant tous les efforts en matière de performance énergétique des microprocesseurs depuis un demi-siècle ! « Les logiciels libres, plus légers permettent de faire durer les appareils », relève Fabrice Flipo.

 

Peu de contre-pouvoirs

Au quotidien, on peut penser à éteindre ses équipements, précise Françoise Berthoud. Éviter les écrans de veille en 3D qui consomment beaucoup, ou encore taper directement l’adresse url plutôt que de passer systématiquement par Google. Lequel doit, pour donner une réponse rapide, dupliquer le web tout entier sur ses deux millions de serveurs ! Autre source d’économie potentielle : la rationalisation de l’usage des mails, parmi lesquels on compte entre 80 et 90% de spams. Envoi, stockage et tri de ces « pourriels » engendrent d’importantes émissions de gaz à effet de serre (GES).

« Le poids environnement pourrait aussi être revu à la baisse avec le recyclage », affirme Françoise Berthoud. L’extraction des matières premières de nos vieux ordinateurs émet dix à vingt fois moins de GES que l’extraction de nouvelles ressources. Mais tant que les matières premières restent bon marché, il n’y a aucun intérêt économique à pousser au recyclage. Sur ce dossier, la balle est dans le camp des producteurs et des décideurs politiques. Mais ceux-ci ne sont pas très motivés pour bousculer un secteur économique qu’ils cajolent, compte tenu de ses belles courbes de croissance.

« Dans le domaine de l’exigence environnementale vis-à-vis des TIC, les contre-pouvoirs sont faibles », regrette Françoise Berthoud. On compte quelques ONG, et de petits groupes indépendants, rares et assez faibles. Leur puissance de frappe est infiniment moindre que celle des poids lourds du secteur. Le discours est donc assez déséquilibré et peu d’actes sont réellement posés. Le récent échec de tentative d’encadrement de l’obsolescence programmée, sur lequel le groupe EcoInfo avait travaillé, illustre parfaitement ce rapport de force très favorable aux industriels.

Nolwenn Weiler

Photo : CC Leonardo Rizzi

 

Notes

[1Présentés par l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) en juillet 2011, ces chiffres sont basés sur une méthodologie de l’analyse du cycle de vie, qui prend en compte de nombreux éléments tels que l’exploitation des matériaux nécessaires à la fabrication des « terminaux » que sont les ordinateurs et autres portables et tablettes, la durée de vie de ces terminaux ou encore l’énergie nécessaire au fonctionnement et refroidissement des centres des stockage où sont amassées les milliards de données disponibles sur le net.

[2La Face cachée du numérique, l’impact environnemental des nouvelles technologies, par Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot, aux éditions L’Échappée.

[3A voir notamment : « How dirty is your data »

[419 kWh pour un Go de données vs 2 kWh par Go, par exemple.

[6Ecoinfo est un groupement de service qui réunit des ingénieurs et des chercheurs (CNRS, INRIA, ParisTech, Institut Mines Télécom...) travaillant sur la réductions des impacts écologiques et sociétaux des TIC. En 2012, ils ont publié un ouvrage très complet intitulé Les impacts écologiques des technologies de l’information et de la communication. On peut le commander ici.

[7La consommation électrique des microprocesseurs a été divisée par quarante en soixante ans, et le nombre de calculs effectués par kilowattheure double tous les dix-huit mois depuis 1946.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:49

 

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Strasbourg : les abris d'urgence pour SDF inventés par deux architectes

le 25/01/2014 à 17:14 AFP
Les architectes Nicolas Wojcik et Nicolas Roth présentent le prototype de leur capsule pourt les sans abris. AFP PHOTO/FREDERICK FLORIN

Les architectes Nicolas Wojcik et Nicolas Roth présentent le prototype de leur capsule pourt les sans abris. AFP PHOTO/FREDERICK FLORIN

 

Une porte, un toit et un lit individuel, le tout installé dans une capsule fermée aussi grande qu’une demi-place de parking, c’est le pari de deux Strasbourgeois qui veulent proposer une solution aux SDF notamment en période de froid. Un projet récemment récompensé par le dispositif « Alsace Terre de Jeunes Talents ».

«C’est comme une tente mais en plus solide», expliquent Nicolas Roth, 24 ans, et Nicolas Wojcik, 23 ans, deux jeunes architectes formés à Strasbourg, en retirant sous la pluie la bâche qui recouvre le prototype de ce box visible sur le parking de l’association Emmaüs. Un projet récemment récompensé par le dispositif « Alsace Terre de Jeunes Talents ».

Sur une surface de 3,75 mètres carrés, le plus petit modèle qui comprend un lit en hamac, une porte fermée à clé, des rangements et une fenêtre, a vocation d’abriter une personne et un chien. Quatre panneaux de particules en bois forment la structure de ce toit au confort certes spartiate, mais raccordable à l’électricité.

«C’est un abri d’urgence, notamment pour les périodes de grand froid (...) Sa fonction principale, c’est de dormir, avec la possibilité d’installer un petit chauffage», précise Nicolas Roth.

Les deux Nicolas y voient un moyen de «sécuriser» les personnes à la rue. «Ces personnes peuvent se faire voler dans les dortoirs. Ici l’idée est de créer un cocon intime», souligne le duo assis au sec dans sa capsule.
Selon Emmaüs, la France comptait fin 2013, 141.500 personnes privées de domicile fixe.

D’un coût de fabrication estimé entre 2.400 et 2.600 euros, ces abris ont vocation à être empruntés successivement par plusieurs personnes.

Les deux hommes ont aussi dans leurs tiroirs des modèles plus grands et modulables, d’une surface de 12 m2, pouvant être équipés de sanitaires, d’une kitchenette, d’un bureau ou d’un deuxième lit.

Malgré l’accueil favorable de sans-abri, ils ont aussi rencontré des réserves. «Certains nous on dit qu’à force de dormir dehors, il leur serait difficile de dormir dans un endroit clos.»

 

Un compromis entre la rue et le foyer
Leur idée, quoi qu’il en soit, tombe à pic eu égard à la situation de l’hébergement d’urgence qui fait partie des priorités de la ministre du Logement, Cécile Duflot. Un projet de loi visant à réformer l’hébergement d’urgence attend actuellement le feu vert définitif de l’Assemblée nationale. Le texte consacre une place aux idées innovantes pour lesquelles l’Etat lancerait un appel à projet.

Selon la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars), plusieurs sociétés développent actuellement des abris d’urgence.

A Lille et à Lyon, des constructions en préfabriqués ont permis de mettre en place des «villages d’insertion» pour personnes en détresse. A Marseille, c’est un village de bungalows en bois pour grands marginaux qui a ouvert en 2009.

«Ce type d’initiative est toujours une bonne chose quand on connaît la tension aujourd’hui sur la situation de l’hébergement d’urgence», fait remarquer Laura Charrier, chargée de mission en veille sociale et hébergement auprès de la Fnars.

Une récente enquête a montré que les sans domicile fixe étaient nombreux en effet à trouver porte close devant les foyers d’hébergement. En décembre, 43% des sans-abri qui avaient sollicité le 115, numéro d’appel d’urgence, n’avaient pas obtenu de place à Paris, et 61% en province, selon la Fnars.

Mme Charrier y voit «une solution pertinente qui peut être mobilisée de manière ponctuelle face à des publics qui aujourd’hui sont à la rue et hébergés dans des hôtels et des gymnases».

«L’idée de la cabane n’est pas nouvelle, mais le fait de lui donner une vraie structure, ça c’est une très bonne chose», note Jean Olekhnovitch, responsable de l’Armée du Salut à Strasbourg. «La cabane est un bon compromis entre la rue et les quatre murs (du foyer) qui sont insupportables» pour une partie des sans-abri.
Mais des questions subsistent: «Où la poser?», s’interroge-il. A cela s’ajoute le volet accompagnement et encadrement. Sans protection, ces box risquent aussi de devenir des «lieux convoités pour lesquels on va se bagarrer», prévient-il.

Ces box pourraient trouver preneur parmi les marginaux isolés. A Strasbourg ils seraient une trentaine. A charge pour la société de faire «une petite place à ces +Indiens dans la ville+», souligne M. Olekhnovitch.  

le 25/01/2014 à 17:14 AFP
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:32

 

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Innovation

Ces villes qui expérimentent les services publics gratuits

par Anthony Laurent 6 décembre 2012

 

 

 

 

 

Les expériences de gratuité se multiplient dans les services publics locaux. Transports en commun totalement gratuits à Aubagne ou Châteauroux, premiers litres d’eau gratuits dans des communes de l’Essonne ou des Bouches-du Rhône... A qui profite cette gratuité ? Comment est-elle financée ? Implique-t-elle une baisse de la qualité du service ? Incarne-t-elle une alternative face au dogme de la « consommation marchande » ? Réponses par les faits.

Monter dans un bus sans composter un ticket, et sans risquer de passer pour fraudeur, tel est le quotidien des Aubagnais. Depuis trois ans, l’agglomération du Pays d’Aubagne – 104 000 habitants – en périphérie de Marseille, a fait le choix de la gratuité totale dans les transports en commun. Cette gratuité était auparavant réservée aux demandeurs d’emplois, aux allocataires du RMI et aux personnes âgées et handicapées. S’inspirant de l’esprit du « droit au transport pour tous » énoncé par la loi d’orientation des transports intérieurs votés par la gauche en 1982, le maire communiste d’Aubagne, Daniel Fontaine, et son équipe proposent cette mesure à leurs administrés lors des élections municipales de 2008.

Réélue, la municipalité entame alors un bras de fer avec la société des Autobus Aubagnais, propriété du groupe Veolia, qui exploite le réseau depuis 2007 dans le cadre d’une délégation de service public. Pour que Veolia accepte de mettre en œuvre la gratuité, les élus demandent à l’entreprise de revoir les objectifs de fréquentation à la hausse. Et les objectifs sont largement dépassés : durant les six premiers mois de gratuité, la fréquentation fait un bon de 70%. Entre 2008 et fin 2011, le nombre d’usagers progresse de 146% ! Bien au-dessus des objectifs initiaux, fixés dans le cadre de la délégation de service public avec des transports payants (+2% par an). Une enquête réalisée en mars 2010 par l’agglomération aubagnaise [1] montre que la gratuité, en plus de créer de la mobilité, attire de nouveaux usagers, parmi lesquels les jeunes de moins de 18 ans et les personnes « non captives » disposant d’un véhicule motorisé (deux-roues ou voiture).

 

A qui profite la gratuité ?

Dans l’agglomération de Châteauroux (76 000 habitants), les transports collectifs sont gratuits depuis une décennie. A la différence d’Aubagne, ce sont des considérations d’ordre économique qui ont conduit le maire UMP Jean-François Mayet à faire de la gratuité un thème de campagne pour les élections municipales. Son intention ? Dynamiser l’économie locale – notamment les commerces du centre-ville – sans remettre en cause l’usage de la voiture.

Dix ans après l’instauration de la gratuité, la fréquentation sur le réseau géré par Keolis, filiale de la SNCF, a progressé de 208% ! Selon une étude menée par la Communauté d’agglomération castelroussine [2], la gratuité profite surtout aux bénéficiaires de la Couverture maladie universelle (CMU) et de l’Aide médicale d’État [3]. Plus de la moitié des usagers dispose de revenus mensuels inférieurs à 1 100 euros. Près d’un nouveau voyageur sur dix n’utilisait pas auparavant les transports en commun en raison du prix des tickets.

 

Qui finance les transports gratuits ?

En plus d’Aubagne et de Châteauroux, 23 réseaux de transports urbains, sur 290, ont fait le choix de la gratuité totale pour les usagers (dont sept communes de plus de 40 000 habitants [4]). Et donc de se passer des recettes de billetterie. Les ventes de ticket couvrent en moyenne 20% des besoins de financement d’un réseau de transport urbain, rappelle le Groupement des autorités responsables de transport (GART), derrière les impôts locaux (30%), et les contributions des entreprises et des administrations (48%). Le GART, qui rassemble les villes et collectivités disposant d’un réseau de transport public, « n’encourage pas cette pratique » : la gratuité ne serait pertinente que pour les petits réseaux.

Pour remplacer les recettes de billetterie, Aubagne et Châteauroux ont décidé d’augmenter la contribution « versement transport » (VT). Celle-ci est payée par les entreprises privées ou publiques situées sur le territoire et employant plus de neuf salariés. Dans les deux villes, cette contribution a été portée respectivement à 1,8 et 0,6% de la masse salariale de l’entreprise [5]. S’y ajoute une ponction limitée au budget général de la collevctivité. Alors que la billetterie rapportait 710 000 euros, la hausse de la contribution des entreprises aux infrastructures de transports rapporte 5 millions d’euros supplémentaires. La Communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile projette même de construire un tramway totalement gratuit d’ici cinq ans. La gratuité totale n’interdit pas non plus les investissements futurs.

 

La gratuité, une « fausse bonne idée » ?

Malgré ces expériences, les méfiances à l’égard de la gratuité des transports collectifs demeurent fortes. Sans surprise, l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), qui regroupe les grandes entreprises du secteur – SNCF, RATP, Veolia-Transdev, Keolis (filiale privée de la SNCF)… –, considère la gratuité comme un « épiphénomène ». Et affiche son hostilité. Trop onéreuse, ne facilitant pas le report de la voiture vers les transports collectifs, menaçant la qualité de service, « la gratuité pour tous ne répond pas aux objectifs de développement d’un réseau de transport », juge l’UTP dans un rapport.

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) partage également ces critiques. La gratuité est une « fausse bonne idée » qui « induit des déplacements inutiles, encourage l’étalement urbain et prive de ressources le système de transport au moment où la clientèle augmente et où les recettes fiscales des collectivités diminuent », estime l’association d’usagers. Elle lui préfère le système de tarification sociale pour les jeunes, les sans emplois ou les familles nombreuses. [6].

 

La gratuité entraîne-t-elle une baisse de la qualité ?

A Châteauroux, la mise en place de la gratuité a pour conséquence « une très légère baisse de la qualité » du service, constate Bruno Cordier, directeur du bureau d’études Adetec. Une qualité moindre qui se manifeste surtout, selon les usagers, par une dégradation de la propreté des bus, le fait qu’ils sont plus souvent bondés et moins ponctuels. C’est l’un des arguments contre la gratuité : elle favoriserait l’irrespect vis-à-vis des infrastructures, voire le vandalisme, suivant l’a priori « ce qui est gratuit n’a pas de valeur » (selon l’UTP). « La hausse du vandalisme observé à Châteauroux ne peut être imputée uniquement à la gratuité en tant que telle. Elle correspond malheureusement à une évolution de la société. Par ailleurs, il est logique que le vandalisme augmente quand la fréquentation augmente », tempère Bruno Cordier.

L’expert nuance également les critiques estimant que la gratuité ne favoriserait pas vraiment le report de la voiture vers les transports en commun. Pour être efficace, la gratuité « doit s’accompagner de contrainte sur l’automobile (circulation et stationnement) et d’un urbanisme cohérent [...]. Rendre les transports publics financièrement plus attractifs passe également par une information sur les coûts réels de la voiture et par une hausse de ces coûts (carburant, stationnement, péage urbain...) », explique-t-il [7]. Précisons que les transports – voitures comprises – restent le deuxième poste de dépense des ménages (14%), derrière le logement (25%) et devant l’alimentation (13%). Selon l’étude réalisée à Aubagne, l’instauration de la gratuité a permis de réduire de 63% les déplacements polluants, que ce soit pour se rendre à son travail, ou pour les loisirs.

 

Trois litres d’eau potable gratuits par jour et par personne

L’expérience de la gratuité se retrouve également dans le secteur de l’eau potable. Depuis décembre 2011, la ville de Roquevaire (8 700 habitants), située, elle aussi, dans la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile, applique la « quasi-gratuité » de l’eau vitale : les 30 premiers mètres cubes sont facturés 1 euro HT – soit 0,03 euro le mètre cube –, les prix variant ensuite en fonction de la consommation [8]. Désireuse de s’affranchir des groupes privés, Roquevaire a opté pour une gestion en régie publique. Ce choix lui permet de réaliser ses propres forages à grande profondeur, de mobiliser son propre personnel et de financer elle-même les équipements nécessaires.

En Île-de-France, la Communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne (CALE), qui regroupe les villes de Grigny et Viry-Châtillon (60 000 habitants), est allée plus loin en instaurant la gratuité pour les premiers mètres cubes d’eau consommés, indispensables à la vie, soit trois litres par jour et par personne. Cette décision a été prise par son président, Gabriel Amard (Parti de Gauche), suite à la tenue d’une votation citoyenne en juin 2010 au cours de laquelle 95% des 4 949 votants se sont exprimés en faveur du passage en régie publique autonome. Cette dernière a été créée, après délibération, et en rompant le contrat alors en vigueur avec Veolia, le 1er juillet suivant.

 

Guerre de l’eau contre Suez et Veolia

Ce n’est pas tout. Gabriel Amard projette désormais de se passer des services de Eau du Sud Parisien, branche régionale de la Lyonnaise des Eaux (groupe Suez Environnement), pour l’approvisionnement en eau et de se tourner vers la régie publique Eau de Paris. Une décision qui n’est pas du goût de l’entreprise, qui a fait appel, en 2011, au cabinet de conseil en stratégie de communication et gestion de crise Vae Solis Corporate pour « limiter et réduire, en la discréditant sur le fond, la communication », jugée « agressive » et « outrancière » du président de la communauté d’agglomération (lire notre article). Soutenu par Eau de Paris, l’élu a porté plainte en juillet dernier contre Eau du Sud Parisien et le cabinet pour « trafic d’influence actif ». La Lyonnaise des Eaux, qui a condamné officiellement les pratiques de sa filiale Eau du Sud Parisien, a demandé le lancement d’une enquête interne… Tout en déclarant à son tour vouloir porter plainte contre Gabriel Amard pour « dénonciation calomnieuse ». L’affaire suit son cours.

« Pour nous, la gratuité permet de redistribuer l’impôt en cohérence avec notre planification écologique, affirme Nathanaël Uhl, le directeur de la communication de la CALE. Nous désirons aussi montrer par là que l’eau est un bien commun et qu’il est de notre responsabilité collective d’en prendre soin. » Et d’ajouter : « Nous avons pris le parti de rompre avec une certaine idée qui prévaut parmi les élus de gauche disant que la seule façon de responsabiliser les gens est de les faire payer... » Pour la CALE, la distribution de l’eau potable a été la première expérience de la gratuité. Aujourd’hui, la communauté d’agglomération de l’Essonne loue des vélos et fournit des composteurs gratuitement à ses administrés. « Nous voulons être un exemple car nous proposons des alternatives politiques concrètes. Ce ne sont pas uniquement des mots, ce sont des actes ! », insiste Nathanaël Uhl.

 

Quand la gratuité pulvérise « le dogme du libéralisme »

« Chaque fois que l’on prend une initiative dans le domaine de la gratuité, on fait revenir les gens à la politique, y compris lorsque c’est un échec », observe Paul Ariès (lire aussi notre entretien). Pour le politologue et objecteur de croissance, l’un des enjeux de la gratuité est de « sortir de l’économisme ». « De même qu’il n’y a pas de société marchande sans culture du marché, il ne peut advenir de société de la gratuité, sans culture de la gratuité », souligne-t-il.

« Saisir le capitalisme par la queue », non pas en s’en prenant directement à la propriété du capital, mais « en subvertissant le principe de consommation marchande » sur lequel elle se fonde. Voilà à quoi nous invite la gratuité selon Magali Giovannangeli, présidente de la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile, et le philosophe Jean-Louis Sagot-Duvauroux, auteur de Voyageurs sans ticket [9] Avec l’instauration de la gratuité – cette « forme supérieure de dérégulation » qui n’établit aucune distinction entre les riches et les pauvres –, « le dogme du libéralisme, qui a pris une telle assise dans nos têtes, est pulvérisé par l’expérience », estiment-ils.

 

La gratuité contre la croissance ?

La gratuité de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire, des services funéraires comme des services culturels, permet, selon Paul Ariès, de mettre en place des « modes de vie radicalement différents », de « repenser un projet global », devant être « au cœur de nos rêves, de nos réflexions et de nos actions ». Dans cette optique, Paul Ariès suggère, par exemple, la création d’une Agence nationale de la gratuité qui mutualiserait les expériences existantes. « Le système rend invisibles un certain nombre d’alternatives ; la gratuité en fait partie. Or, il nous faut rendre visible l’invisible », suggère-t-il.

Projet d’émancipation, la gratuité fait cependant débat au sein de la gauche, notamment entre partisans et opposants au revenu inconditionnel. « Pourtant, le combat de la gratuité permet de dépasser ce conflit, dans le sens où ce revenu social peut être donné à la fois en monnaie nationale, en monnaie régionale – à inventer – mais aussi sous forme de droit d’accès démonétarisé aux services publics et aux biens communs », indique Paul Ariès. « La gratuité doit notamment permettre de faire passer le discours de l’objection de croissance dans toute une culture de gauche. » Sa refondation est à ce prix.

Anthony Laurent

 

P.-S.

Solidair TV a consacré une série de reportages vidéos sur l’expérience de gratuité à Aubagne

Notes

[1Télécharger l’enquête.

[2L’étude ici.

[3L’article 123 de la loi relative à la Solidarité et au renouvellement urbains (SRU) impose aux Autorités organisatrices de transport urbain (AOTU) d’accorder une réduction d’au moins 50% aux personnes bénéficiant de la CMU complémentaire et de l’Aide médicale d’État.

[4Aubagne et son agglomération, Castres, Châteauroux, Compiègne, Muret, Vitré, Gap.

[5Le VT est plafonné à 0,6% de la masse salariale pour les agglomérations de moins de 100 000 habitants ; à 1,05% jusqu’à 400 000 habitants ; à 1,8% au-delà, et à 2,6% pour Paris et les Hauts-de-Seine. Les collectivités disposant en outre de transports collectifs en site propre (tramway, métro, tram-train, etc.) peuvent appliquer un taux de 1,8%.

[6Lire ici.

[7Dans un rapport remis à l’Ademe.

[8De 0,75 à 1,15 euro HT le mètre cube de 31 à 120 m3 consommés (« eau utile ») et de 1,4 à 3 euros HT le mètre cube de 121 à 10 000 m3 consommés (« eau de confort »). Un abonnement spécial à 0,25 euro HT le mètre cube est prévu pour une consommation d’eau excédant les 10 000 m3.

[9Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Voyageurs sans ticket, Liberté, Égalité, Gratuité, une expérience sociale à Aubagne, Au diable vauvert, août 2012, 240 p., 15 euros.


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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:23

 

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Magasin gratuit. Un espace sans monnaie, ni troc à Rennes

Rennes - 24 Janvier

 

Le collectif La souris verte propose un espace de gratuité 19 rue Legraverend. Objectif : changer les rapports à la consommation.

Éviter le gaspillage et les déchets en redonnant une seconde vie à des objets encore en bon état, telle est l’idée du magasin gratuit.
Deux fois par semaine, le mercredi et samedi après-midi (de 14 h 30 à 18 h), le collectif La souris verte installe le magasin gratuit, 19 rue Legraverend, dans les locaux de l'association "Et si on se parlait."
Chacun amène ce qu’il veut et prend ce qu’il souhaite. Tout est en accès libre. Pas de monnaie d’échange, pas de troc. "C’est ouvert à tout le monde, on ne pose aucune question. Pas de critères de ressources, de situation, avec ou sans papier. Ce n’est pas un espace caritatif", explique Erwan, membre du collectif libertaire écologique « La Souris verte ».
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:16

 

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Et si le contrôle du gaz de schiste nous échappait...

ARNAUD BOUCOMONT
28/01/2014, 06 h 00 | Mis à jour le 28/01/2014, 07 h 10
Le gaz de schiste (ici aux USA, dans le Dakota du Nord) sera-t-il imposé d’en haut ?
Le gaz de schiste (ici aux USA, dans le Dakota du Nord) sera-t-il imposé d’en haut ? (AFP)

La France, qui est avec la Bulgarie le seul pays en Europe à s’opposer aux pétroliers sur les gaz de schiste, pourra-t-elle résister longtemps ?Un accord Europe/Etats-Unis peut-il imposer sa loi ? Point de vue de l’altermondialiste Raoul-Marc Jennar.

La semaine dernière, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, estimait "dommage" qu’on ne puisse pas lancer de recherche sur les gaz de schiste en France. "Mon travail, c’est de convaincre" qu’il faut le faire, assurait-il. Convaincre "le Président" et les Français. Son intervention sur Europe 1 avait d’ailleurs tout d’un terrain qu’on prépare. Et, en écho, le patron de Total, Christophe de Margerie, pouvait depuis le forum économique de Davos exhorter la France à édulcorer ses positions.

 

“Paquet climat-énergie 2030”

Fin de non-recevoir d’un autre ministre, de l’Écologie celui-là... Philippe Martin s’est agacé de l’insistance de ceux, Montebourg compris, "qui sempiternellement reviennent à la charge". Les plus sceptiques pourront y voir un numéro de duettistes : Montebourg et Martin s’écharpant gentiment, façon fausses notes mais pourtant vrai play-back... La vraie musique serait jouée ailleurs, à l’échelle européenne et même mondiale.

Mercredi dernier, la commission européenne a en effet adopté son “paquet climat-énergie 2030”, qui prévoit notamment d’entériner l’exploitation des gaz de schiste en Europe, à condition de respecter des "principes communs" minimaux, notamment sanitaires et environnementaux.

 

"Ce qu’on a essayé de construire péniblement risque d’être balayé comme un tsunami"

La France, qui est avec la Bulgarie le seul pays en Europe à s’opposer aux pétroliers sur les gaz de schiste, pourra-t-elle résister longtemps ? Non, assure Raoul-Marc Jennar, docteur en science politique et militant du Parti de gauche, fervent altermondialiste vivant à Mosset, dans les Pyrénées-Orientales.

 

Un grand marché transatlantique

La position de la France, déjà fragilisée au sein de l’Union européenne, pourrait être encore plus inconfortable à l’échelle mondiale, selon lui. Le 18 janvier dernier, sur France culture, il alertait sur le Transatlantic free trade area (Tafta), un grand marché transatlantique entre l’Europe et les USA en cours de discussion. Les premières réunions, débutées en juillet dernier, doivent déboucher sur des négociations et une perspective d’accord en 2015.

 

"Hydrocarbures dits non conventionnels"

Voici l’une des idées sous-jacentes, résumée par Raoul-Marc Jennar : "En cas de conflit sur une norme, sur une loi (...), on aura recours à un groupe d’arbitrage privé pour régler les différends." La formule, déjà en vigueur au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), serait d’une certaine façon généralisée, insiste Raoul-Marc Jennar. "Les investisseurs privés pourraient ainsi contourner les lois et les décisions qui les gêneraient, permettant par exemple aux pétroliers d’imposer en France l’exploitation des gaz de schiste et autres hydrocarbures dits non conventionnels."

Si d’aventure l’option libérale devait l’emporter, "tout ce qu’on a essayé de construire péniblement, en dépit des lobbys qui agissent avec force pour faire passer le profit avant la santé, risque d’être balayé comme un tsunami", affirme Raoul-Marc Jennar.

Les collectifs français “Non au pétrole et gaz de schiste et de houille” étaient réunis en coordination nationale à Valence ce week-end. Ils « refusent catégoriquement que le gouvernement, comme il l’envisage, fasse délibérer par ordonnance » sur la réforme prochaine du code minier. 

DANS LA RÉGION : Cévenols mobilisés

Douze maires gardois, concernés par le permis de recherche d’hydrocarbures de Navacelles, aux portes d’Alès, ont manifesté la semaine dernière leur féroce opposition à une potentielle exploration du sous-sol, craignant des atteintes à l’environnement, dont les ressources en eau. Un autre permis, celui du bassin d’Alès, est aussi en suspens.

Le ministre de l’Écologie a demandé une étude complémentaire au rapport d’expert rendu l’été dernier. Sans que rien ne bouge pour l’instant. Mais les militants anti-gaz de schiste se mobilisent surtout autour de la réforme du code minier, qui pourrait aboutir au printemps.

Leurs craintes : que les avancées en termes écologiques soient atténuées par le cadre réglementaire : des enquêtes publiques devraient être généralisées pour chaque nouveau permis, « mais le choc de simplification souhaité par le gouvernement prévoit des temps de traitement des dossiers très courts et de simples enquêtes publiques ne suffiront pas à évacuer tous les risques », assure Sébastien Espagne, militant membre du collectif Basta ! Gaz Alès.

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 17:08

 

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Quand des multinationales du BTP imaginent la manière dont vous allez vivre demain...

par Le Postillon 28 janvier 2014

 

 

 

Des « hubs multimodaux », des « nœuds de mobilité décarbonnée », des Modul’air et des UrbanBridge : pour 286 000 euros, Eiffage a été chargée d’imaginer la ville durable à l’horizon 2030, par la communauté d’agglomération de Grenoble. Une ville où la mobilité serait reine, chaque déplacement contrôlé, et les évolutions techniques imposées. Reste à rendre tout cela « acceptable » pour les habitants. Voici le meilleur des mondes imaginé par Eiffage, raconté par le journal grenoblois Le Postillon, qui a assisté à la soirée de présentation des conclusions de l’étude.

Cela fait plusieurs années que l’entreprise de BTP Eiffage « imagine la ville durable à l’horizon 2030 »  [1]. Depuis 2007, l’entreprise a monté un laboratoire de prospective en développement urbain durable, nommé Phosphore. Ce laboratoire avait besoin de « terrains de jeu virtuels » ou de « bac à sable », selon les propres mots d’Eiffage. C’est-à-dire des vraies villes avec de vrais habitants. Les programmes Phosphore 1 et 2 ont été élaborés sur le petit quartier d’Arenc à Marseille, Phosphore 3 a eu pour théâtre 200 hectares à Strasbourg. Depuis 2011, Phosphore 4 travaille sur l’agglomération grenobloise, un territoire autrement plus grand : « 31 000 hectares et plus de 400 000 habitants. Avec ce nouveau terrain de jeu virtuel, les défis et champs d’analyse de Phosphore 4 ont, une nouvelle fois, été largement renouvelés ».

En introduction de la soirée de présentation des conclusions de l’étude, le 17 septembre 2013, Marc Baietto, président de la Métro – la communauté d’agglomération de Grenoble – se félicite d’avoir eu le « courage » de confier cette étude à une entreprise privée, « pour nous permettre de réfléchir librement (sic). (…) Il nous faut sortir de nos ornières, de nos cercles, de nos habitudes de pensée. La réflexion est libre. Travailler avec un groupe comme Eiffage, c’est un gros avantage. »


Une étude à 286 000 euros mais un esprit « non mercantile »...

Pour Eiffage, travailler avec un groupe comme la Métro est un gros avantage, qui s’évalue, cette fois-ci, à 286 000 euros payés par la communauté de communes (le tarif initial était de 885 000 euros, revu ensuite à la baisse) [2]. A ce prix-là, Valérie David, directrice du développement durable chez Eiffage, s’extasie, lors de la soirée de présentation des conclusions de l’étude : « On a travaillé avec un esprit d’enfant, candide. (…) Trente-cinq professionnels tous différents, tous motivés ont travaillé pendant dix-huit mois, et ont laissé libre cours à leurs idées. » Avant d’assurer, sans rire : « L’objectif de ce laboratoire n’est pas mercantile. » Pour Phosphore 4, la boîte s’est donc associée avec des entreprises aussi désintéressées qu’elle : Poma, leader du transport par câble et Dassault Systèmes, qui s’est occupé de réaliser les maquettes.

Quelles sont donc ces fameuses idées [3] ? Pour résumer, Eiffage propose de réorganiser totalement les déplacements grenoblois, en installant à chaque entrée de l’agglomération des « hubs multimodaux » (hub signifiant plate-forme de correspondance en novlangue) qui seront des « filtres, plate-formes logistiques et nœuds de mobilité décarbonée ». Dans le projet, le plus grand d’entre eux est situé au nord-ouest de l’agglomération, sur la commune du Fontanil-Cornillon et occupe une surface de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés et plus de huit cent mètres de long. Il propose des commerces, des services et un « parking de 8 000 places ». On peut s’y garer et ensuite prendre un des « transports en commun non émissifs ou de déplacement ‘‘doux’’ (TER, transport urbain par câble, tramway, vélos et véhicules électriques en autopartage) » qui pourra nous mener un peu partout dans l’agglomération.

 

 

Dans chaque quartier sont implantées des « halles universelles », qui sont – attention langage technocratique – des « équipements multifonctionnels qui agissent comme relais locaux au sein de schéma de décongestion structuré dès l’entrée de ville par les hubs multimodaux ». Vous n’avez pas compris ? C’est pourtant limpide : elles seront « de nouvelles centralités rayonnantes qui apportent mixité et vitalité au sein des quartiers », implantées à moins de cinq minutes à pied de tous les habitants.

 

Breveter la Haute Qualité de Vie®

On passe rapidement sur les autres facettes de ce délire prospectif : les Modul’air (cabines pouvant aussi bien être utilisées en tant que téléphérique ou accrochées à l’arrière d’un tramway), les Urbanbridge (ponts montables et démontables rapidement), les panneaux solaires recouvrant entièrement la « voie tangentielle », les « services rendus » au voyageur pendant le temps de transport par le développement de gadgets entièrement connectés et « intelligents », et les quelques « must » écolos pour faire joli (toits végétalisés, ressourceries-recycleries). La plupart de ces idées, recyclées par ce laboratoire dont « l’objectif n’est pas mercantile » sont bien entendu déjà brevetées. Il faut donc écrire Modul’air®, Urbanbridge®, et surtout HQVie® : un des concepts centraux de Phosphore est en effet le référentiel Haute Qualité de Vie®, censé « définir un ensemble de principes directeurs applicables aux écomobilités ». Si les modalités restent très floues, au moins la marque est déposée !

En gros, les deux entreprises proposent un plan qui leur permettra de réaliser le maximum de bénéfices. Eiffage s’occupera des nouveaux immenses bâtiments, des parkings et de la requalification des routes ; Poma s’appropriera bien naturellement le juteux marché des transports par câble omniprésents. Résultat pas si mauvais pour un labo non « mercantile ».

D’ailleurs, les retombées économiques sont déjà là : Eiffage est parvenu à obtenir deux chantiers très importants sur la presqu’île scientifique, quartier en pleine mutation appelé à être le futur centre-ville de Grenoble. Le « leader européen du BTP » va construire l’ « îlot Cambridge », comprenant 140 logements, 344 m2 d’activités, 210 m2 de locaux partagés et une crèche. En plus de ce « premier prototype du référentiel Haute Qualité de Vie d’Eiffage », l’entreprise a également été lauréate d’un Partenariat public privé (PPP) conclu dans le cadre de la juteuse « opération Campus ». Eiffage s’occupera donc de la construction et de la gestion du futur « pôle mondial de l’énergie », répondant au doux nom de « GreEn-Er », situé également sur la presqu’île et dont la première pierre (qui était un arbre, pour faire plus « développement durable » – sans avoir peur du ridicule) a été posée début septembre par Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

 

Un problème central : « l’acceptabilité sociale »

Au-delà de l’étude, les destins d’Eiffage, Poma et de la métropole grenobloise semblent donc très liés. Ce qui fait penser que beaucoup d’idées de Phosphore, jugées très « fantaisistes » par certains, ont quand même quelques solides chances de voir le jour. Eiffage assure que « tout ce qui est proposé est réalisable techniquement ». Le problème, c’est qu’il n’y a pas que la technique à prendre en compte, mais aussi cet affreux paramètre que sont les habitants. C’est pour ça que la question de « l’acceptabilité » est revenue plusieurs fois lors de la soirée de présentation du 17 septembre 2013.

Valérie David, directrice du développement durable chez Eiffage : « L’acceptabilité sociale de l’équipement aussi lourd qu’un hub – vous avez entendu les chiffres de dimensionnement – c’est pas rien. On fait le pari que d’ici une vingtaine d’années il y aura une prise de conscience suffisamment importante parmi les citoyens pour accepter l’idée d’infrastructures aussi importantes qui permettent de rendre un éventail de services économiques, sanitaires ou environnementaux. Le pari qu’on fait aussi, c’est l’augmentation dans la population de l’appétence forte pour des politiques publiques qui préservent d’avantage la santé des citoyens. »


L’immobilité n’est pas un business

Rappelons qu’avant de faire de la prospective, le groupe Eiffage – troisième groupe de BTP français derrière Vinci et Bouygues – est surtout connu pour avoir construit des autoroutes, des ponts (dont le viaduc de Millau) et même des centrales pétrolières. D’ailleurs, l’entreprise – en même temps qu’elle phosphore sur la « ville post-carbone » – continue de construire ce genre d’équipements ne préservant pas franchement « la santé des citoyens ». Encore récemment, Pierre Berger, le nouveau président d’Eiffage (qui est un homonyme du propriétaire du Monde) intriguait dans Les Echos (30/08/2013) pour « la relance du plan autoroutier », incluant notamment « la réalisation des contournements autoroutiers de villes comme Lyon et Grenoble ».

Le lancement de Phosphore est donc une stratégie du groupe pour jouer sur tous les tableaux. Et être perçu comme un précurseur quand les effets du réchauffement climatique se feront plus durement ressentir. Remarquons au passage que le meilleur des mondes selon Eiffage ne propose jamais de diminuer drastiquement les déplacements, seule solution évidente pour lutter contre le réchauffement climatique. Dans le livre Des villes et des hommes, distribué à l’ensemble des participants à la fin de la soirée, le chercheur Jean Viard, pape universitaire de la mobilité, assure que « la mobilité est notre nouvelle culture, comme hier la sédentarité ». Pour Eiffage et Poma, la sédentarité, c’est has been. Et surtout, l’immobilité n’est pas un business.

 

Des déplacements contrôlés, réglementés, enregistrés

Cette société de la « mobilité décarbonée » sera très réglementée, notamment grâce à une « gestion centralisée des déplacements ». En clair : tous les déplacements seront fliqués. Selon Fabrice Ollier, chef de centre chez APRR (Autoroutes Paris Rhin Rhône) – une filiale d’Eiffage, également présent à la soirée : « Le mode d’acheminement des marchandises devra répondre à un cahier des charges. (…) Comme une tournée de transports en commun est écrite et portée sur un plan, les tournées de marchandises doivent être aussi répertoriées, référencées, bien identifiées et bien cadrées. Dans le cas contraire si on ne rentre pas dans le cahier des charges, la marchandise est invitée à être arrêtée au silo-hub, à être reconditionnée en fonction de sa destination finale, à être ainsi acheminée par des moyens décarbonés dans les centralités, les halles universelles, qui assurent la logistique du dernier kilomètre. »

Sous prétexte d’inventer la société de la « mobilité décarbonée », Eiffage imagine donc une ville où il ne sera plus possible d’amener des marchandises sans que le voyage ait été « validé » par des techniciens. On peut raisonnablement supposer que ce contrôle ne s’arrêtera pas au transport des marchandises et qu’il concernera bientôt toutes les formes de déplacements, répertoriés et analysés grâce aux multiples puces RFID dont l’habitant lambda devra se servir pour emprunter les transports. C’est le monde de l’Enfer vert, du titre d’un livre de Tomjo [4], qui décrit à partir du cas de Lille-Métropole, l’instauration d’« une dictature technique au nom de l’urgence écologique. Laquelle utilise l’effondrement de la société, du lien social jusqu’à la biodiversité, pour justifier son emprise totale ».

Instaurer cette dictature technique ne se fera pas sans vague. Valérie David l’a bien compris et prévient : « Il faut inciter à entrer dans des logiques vertueuses de massification et réduire les possibilités de déroger ou de faire comme on veut. C’est un langage coercitif, mais bon. » Si on ne peut pas savoir aujourd’hui si les délires prospectifs d’Eiffage aboutiront en 2030, 2050 ou 2084, une chose est certaine : la métropole qui vient est bien partie pour se construire sur les mêmes logiques de contrôle total des déplacements.

Le Postillon (voir le site du journal local)

Photo : CC kopp38

 

Le journal Le Postillon ? : « Après avoir existé entre 1885 et 1886, Le Postillon a ressurgi depuis mai 2009, avec pour unique business plan d’occuper le créneau porteur et néanmoins complètement délaissé de la presse locale critique. Devant l’ampleur de la tâche, nous nous concentrons sur des sujets locaux et parlons presque exclusivement de Grenoble et sa cuvette. Aucune association, organisation ou parti politique n’est parvenu jusqu’ici à nous convaincre de devenir son journal de propagande. Et malgré les nombreuses sollicitations, nous avons refusé toute entrée dans notre capital : nous sommes donc complètement indépendants. Depuis peu, le Postillon a aussi un site Internet. »

 

Notes

[1Toutes les citations non sourcées de ce texte sont issues du livre d’Eiffage Des villes et des hommes, contributions du laboratoire Phosphore d’Eiffage à la ville durable, 2013.

[2Initialement la Métro devait subventionner Eiffage à hauteur de 885 000 euros pour réaliser l’étude Phosphore 4, qui devait durer un an, entre juin 2011 et juin 2012. Ce qui a fait pas mal grincer des dents à l’intérieur même de la communauté de communes, qui possède son propre service de « prospective ». Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu : l’étude a traîné en longueur et finalement la Métro a résilié une grande partie du contrat. Ce dernier s’est uniquement concentré sur « les systèmes des éco-mobilités douces et rapides » et n’a finalement coûté « que » 286 000 euros à la Métro.

[3Sur son site, l’Association démocratie écologie solidarité (Ades) dénonce le « Pillage du public par le privé (PPP) » et déplore que cette étude soit « un pot-pourri de toutes les idées circulant depuis 30 ans autour de la ville durable, produites le plus souvent par des structures publiques, des universités, et même les services techniques de la Métro dont le capital culturel a été carrément siphonné par Eiffage pour réaliser cette étude. Le tout sans un mot sur la faisabilité financière de cette prospective. Donc sans utilité pour les élus décideurs ».

[4Tomjo, L’Enfer vert, L’échappée, 2013.


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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 16:53

 

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Les grandes banques françaises profiteraient de l’équivalent d’une subvention de 48 milliards !

par Agnès Rousseaux 28 janvier 2014

 

 

 

Les banques européennes bénéficient d’un « soutien » de 200 à 300 milliards d’euros par an, grâce à la garantie implicite que les États leur fournissent. L’équivalent de 1,5% du PIB européen ! Et près de deux fois le budget annuel de l’Union européenne ! Telle est la conclusion d’une étude réalisée par l’expert financier indépendant Alexander Kloeck, à la demande des eurodéputés écologistes.

Cette garantie implicite concerne principalement les banques « mixtes », qui combinent deux types d’activités au sein d’une seule entité juridique : banques de dépôts, elles gèrent l’épargne des particuliers ou des entreprises, et leur octroient des prêts ; banques d’affaires, elles interviennent sur les marchés financiers. En cas de faillite bancaire, les États sont garants « en dernier recours » des dépôts des épargnants. Sauf que dans le cas de ces banques mixtes, cette garantie de l’État s’étend de fait au département « marché » de ces mêmes banques. Car les investisseurs anticipent le fait que malgré les risques pris par une banque d’affaire, l’État sera toujours là en cas de faillite. Une telle garantie permet aux banques mixtes de bénéficier sur les marchés financiers de taux d’intérêts plus bas que ceux des banques d’affaires « pures » (celles qui ne sont pas aussi des banques de dépôt).

Les agences de notation évaluent deux fois ces banques mixtes : une évaluation « stand alone », sur la banque seule, et une évaluation « all-in » – bien plus favorable – qui intègre la garantie des États. L’étude d’Alexander Kloeck se base notamment sur cet écart de note et les taux d’intérêt différents qui en résultent, en faisant la synthèse de nombreuses études déjà réalisées sur le sujet. Résultat : grâce à ces taux d’intérêt plus favorables, en 2012, le secteur bancaire européen a perçu l’équivalent de 234 milliards d’euros de subvention implicite des États, selon l’estimation moyenne la plus probable.

 

Réformer le secteur bancaire

En France, les quatre plus grands établissements bancaires sont des banques mixtes : BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale et BPCE (Banque populaire - Caisse d’épargne). Cette garantie implicite de l’État français leur rapporterait l’équivalent d’une subvention annuelle de 48 milliards d’euros, selon l’économiste Gaël Giraud, chercheur au CNRS (lire notre enquête : Réforme bancaire : comment le gouvernement s’est écrasé devant le monde de la finance). En plus de ce cadeau substantiel, ces taux d’intérêt préférentiels encouragent les banques à développer leurs activités de marché et à prendre davantage de risques, analyse Alexander Kloeck. Ils favorisent ainsi la déconnexion entre spéculation financière et économie réelle. C’est également une distorsion de concurrence flagrante en faveur des banques mixtes par rapport aux autres banques.

Une façon de mettre fin à cet incroyable avantage serait d’opérer une claire séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires – en revenant ainsi à la situation qui prévalait dans les années 1990. Les banques mixtes ont été autorisées en France par la loi bancaire de 1984. Les premières banques mixtes françaises sont nées avec la fusion du Crédit Agricole et du Crédit Lyonnais, et celle de BNP et Paribas en 2000. Le gouvernement français, avec la réforme bancaire votée en 2013, n’a pas voulu s’opposer aux intérêts privés des puissantes banques françaises. L’Union européenne, qui planche actuellement sur une réforme des activités bancaires, osera-t-elle aller un peu plus loin ?

 

- Lire l’étude ici (en anglais).

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 16:39

 

Source : www.mediapart.fr

Et revoici la RGPP !

|  Par Laurent Mauduit

 

 

François Hollande a mis en place son « conseil stratégique de la dépense publique ». Avec la RGPP de Nicolas Sarkozy, le mimétisme est total : même procédure ; même objectif de 50 milliards d'économies ; priorité donnée aux coupes dans les dépenses sociales ; et McKinsey a plus que jamais ses entrées à l'Élysée.

La révision générale des politiques publiques, autrement connue sous son sobriquet de « RGPP », est assurément l’une des réformes clés du sarkozysme, l’une de celles qui ont suscité dans le pays un fort rejet durant le précédent quinquennat et ont contribué à la défaite du champion de l’UMP. Réforme symbolique ! On avait pu y voir la preuve de l’autoritarisme de ce régime, de son libéralisme doctrinaire et de son égoïsme social. On aurait donc pu penser que le projet serait définitivement abandonné.

Et pourtant, il est au contraire plus que jamais d’actualité. Et la réforme prend toujours valeur de symbole – même si ce dernier fonctionne aujourd’hui différemment : on peut y voir la preuve que François Hollande ne fait que dupliquer les unes après les autres toutes les réformes économiques que Nicolas Sarkozy avait dans sa besace. Ce fut le cas d’abord du « choc de compétitivité », avec, à la clef, les 20 milliards d’euros de crédit d’impôt offerts sans la moindre contrepartie aux entreprises et une hausse de la TVA, notamment, pour les financer ; ce fut le cas ensuite avec les 35 milliards d’euros de cadeaux, liés à la suppression progressive des cotisations familiales à la charge des entreprises ; et c’est donc maintenant le cas avec le plan d’économie de 50 milliards d’euros que François Hollande veut mettre en chantier.

Avec cette nouvelle « RGPP » qui ressort des cartons – même si la réforme n’a pas repris le même nom –, c’est encore plus caricatural que cela : c’est exactement le même projet que sous Nicolas Sarkozy que l’Élysée a réactivé, comme s’il n’y avait pas eu d’alternance. Le même projet, exactement le même : nous sommes en mesure, documents confidentiels à l’appui, de l’établir. Le même projet de 50 milliards d’euros d’économies, qui était déjà secrètement en chantier sous le précédent quinquennat ! Et affichant, d’un quinquennat à l’autre, le même but : couper d’abord dans les dépenses sociales. S'appuyant sur les mêmes conseillers de l’ombre, et notamment le cabinet McKinsey qui s’est goinfré de commissions sous le précédent quinquennat et a plus que jamais ses entrées dans les coulisses du nouveau pouvoir socialiste, et tout particulièrement auprès du secrétaire général adjoint de l’Élysée, Emmanuel Macron.

* La même procédure, avec l’Élysée aux commandes. Un premier constat saute aux yeux : François Hollande procède par mimétisme et a d’abord copié strictement les mêmes procédures que celles retenues sous le précédent quinquennat. Il a en effet annoncé, mardi 14 janvier, lors de sa conférence de presse « la création d'un Conseil stratégique de la dépense publique », qui se réunira chaque mois pour évaluer les politiques publiques. C’est cette structure qui va diriger le plan d’austérité voulu par François Hollande, avec les réformes structurelles qu’il impose.

Et de la parole aux actes ! Le Journal officiel du 23 janvier a publié un décret, signé la veille par le président de la République (on peut le consulter ici), précisant comment les choses vont se passer. Le texte annonce qu’il est « créé un Conseil stratégique de la dépense publique » et ajoute : « Le Conseil est chargé de proposer et de suivre le programme de réalisation des économies structurelles qui sont présentées dans le cadre du programme de stabilité de la France. Il assure le redressement des comptes de la Nation tout en veillant à favoriser la croissance et l'emploi. »

Le décret précise ensuite que « le Conseil stratégique de la dépense publique est présidé par le Président de la République », et qu’il est composé du premier ministre, flanqué de quelques autres ministres. « Le Président de la République peut également inviter à participer au Conseil les représentants des organismes ayant à connaître de la dépense publique ainsi que toute personnalité qualifiée », indique encore le décret.

En clair, c’est l’Élysée qui est aux manettes. Selon les règles autoritaires de la monarchie républicaine, c’est le chef de l’État qui commande et décide de tout, y compris avec le concours de « toute personne qualifiée » choisie par lui. Le coup d’État permanent, en quelque sorte…

Les choses n’ont d’ailleurs pas traîné. À peine le décret était-il paru au J.O., que le chef de l’État a présidé, ce même 23 janvier, un premier Conseil stratégique de la dépense publique, étant entendu qu’une réunion du même type se déroulera chaque mois.

Or c’est exactement la même organisation – le même coup d’État permanent… – qu’avait choisi Nicolas Sarkozy quand, au lendemain de sa victoire de 2007, il avait donné le coup d’envoi de la RGPP (lire Réforme de l’État : préparé en catimini, l’acte II doit attaquer l’os). Tout juste le nom de la structure était-il différent : sous Nicolas Sarkozy, c’est un « Comité de modernisation des politiques publiques » qui avait la charge de trouver les nouveaux gisements d’économies. Mais à cette différence près, c’était la même organisation : la présidence était assurée par le chef de l’État, flanqué du premier ministre et de quelques autres ministres – les mêmes qu’aujourd’hui. En clair, François Hollande n’a effectivement fait que dupliquer le mode de travail voulu initialement par Nicolas Sarkozy. Un mode de travail détestable puisqu’il avait conduit à court-circuiter le travail normal du gouvernement. Et on sait comment tout cela s’est terminé : c’est finalement le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, qui avait hérité du « bébé » et qui était devenu le grand ordonnateur de la RGPP.

À l’époque, le Comité de modernisation comprenait aussi une autre personnalité : Michel Pébereau, l’ancien président de BNP Paribas. Ce qui avait beaucoup choqué. Que venait faire l’ex-patron d’une banque, porte-parole d'intérêts privés, dans une instance publique, en charge de l’intérêt général. Beaucoup y avait vu un détestable mélange des genres. « La composition de ce comité est ubuesque », s’agaçait ainsi le député socialiste Christian Eckert (devenu depuis rapporteur général du budget à l’Assemblée), qui ne comprenait pas « la présence d’un grand financier dans une telle instance ».

Alors, maintenant que l’Élysée s’arroge toujours le droit de décider de tout, jusqu’à inviter dans ce comité une « personnalité qualifiée » – tiens, tiens !… –, les dirigeants socialistes diront-ils que ce mimétisme, jusque dans les moindres détails, est « ubuesque » ? Le qualificatif ne serait pas exagéré…

McKinsey, de droite à gauche

* Le même objectif : 50 milliards d’euros d’économies. C’est le second constat qui saute aux yeux : y compris dans le choix de l’objectif d’économies à réaliser, le mimétisme est total.

Lors de cette même conférence de presse, mardi 14 janvier, François Hollande a en effet annoncé son intention de procéder à 50 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques d'ici 2017, venant s’ajouter aux 15 milliards d’euros d’économies décidées pour 2014 ; et il a laissé entendre que cela était un « préalable à toute baisse d’impôts ». Depuis, on a appris que le plan d’austérité devrait se décomposer de la manière suivante : 18 milliards d’euros d’économies en 2015, puis de nouveau 18 milliards d’économies en 2016 et enfin 14 milliards en 2017.

Mais d’où vient ce chiffre de 50 milliards que François Hollande a subrepticement sorti de son chapeau ? En réalité, il n’a pas fait preuve de beaucoup d’imagination : c’est dans un dossier de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant qu’il est allé le puiser. Le 14 octobre 2010, le Bulletin officiel des annonces de marchés publics lance ainsi un appel d’offres (on peut le consulter ici), dont l’intitulé est le suivant : « Assistance à la mise en œuvre opérationnelle du programme de révision générale des politiques publiques. » Il s’agit de l’un de ces innombrables appels d’offres que l’Élysée lance pour se faire assister par des cabinets de conseil, le plus souvent anglo-saxons, dans la réforme à la hache de l’État qu’il a entreprise.

Parmi d’autres, le cabinet McKinsey répond à l’appel d’offres et finit par le gagner. Ce cabinet présente la singularité d’être très bien introduit dans les coulisses du pouvoir sarkozyste. L’un de ses dirigeants, Karim Tadjeddine, est un proche d’un haut fonctionnaire, François-Daniel Migeon, que Nicolas Sarkozy a intronisé comme patron de la direction générale de la modernisation de l’État (DGME) pour épauler, de Bercy, sa grande œuvre, la RGPP. Ancien du cabinet d’Éric Woerth et également ancien de ce même cabinet McKinsey, François-Daniel Migeon a de bonnes raisons de s’entendre avec ce Karim Tadjeddine.

Les deux hommes s’entendent d’ailleurs si bien que l’on peut retrouver sur le site Internet du cabinet McKinsey un entretien du premier réalisé par le second (il est ici), qui est un chef-d’œuvre de complicité (lire Le conflit d’intérêts se loge au cœur de la réforme de l’État).

Le cabinet McKinsey est l’un de ceux qui ont été au centre d’une âpre controverse pour s’être enrichis grâce à la RGPP, en monnayant leurs conseils par des commissions astronomiques. On a ainsi appris, grâce au rapport d’information publié en décembre 2011 par le député UMP François Cornut-Gentille et le député socialiste Christian Eckert (il peut être téléchargé ici), que le total des commission a atteint de 2006 à 2011 la somme astronomique de 111,64 millions d’euros. Le chiffre figure à la page 63 du rapport parlementaire ou peut être consulté ci-dessous :


 

Et sur ce montant, McKinsey est celui qui a été le plus boulimique puisque, en association avec le cabinet Accenture, il a reçu 38,99 millions d’euros d'honoraires, ce qui a fait de lui le cabinet le plus engagé dans la RGPP.

Or il est du plus haut intérêt de comprendre dans quelle condition le cabinet McKinsey a répondu à l’appel d’offres de l’État du 14 octobre 2010, que nous venons d’évoquer. Le document qu’il a soumis à l’État pour essayer de gagner l’appel d’offres était resté jusqu’à ce jour confidentiel, mais Mediapart est parvenu à s’en procurer une copie. On peut consulter ci-dessous les passages les plus importants de ce document :

Et bingo ! On a tôt fait de constater que l’objectif de 50 milliards d’euros d’économies est l’obsession qui parcourt ce document. On le lit à la page 5/33 : « D’ici à 2013, dans l’hypothèse où la croissance du PIB apporterait 50 milliards de recettes supplémentaires, 50 milliards d’euros d’économies doivent être consenties de manière récurrente. » On le lit encore à la page 9/33 : « Cette trajectoire suppose une réduction des dépenses récurrentes de l’ordre de 50 à 100 milliards d’euros en fonction de la croissance du PIB. » Et ainsi de suite, page après page…

CQFD ! François Hollande n’a pas seulement recopié les procédures choisies par Nicolas Sarkozy pour mettre en œuvre la RGPP ; il a aussi fait sien son objectif central, celui des 50 milliards défendus par McKinsey. Et ce n’est pas tout…

Les amitiés d'Emmanuel Macron

* La même obsession : tailler dans les dépenses sociales. D’un quinquennat à l’autre, le mimétisme va de fait encore au-delà. Sous Nicolas Sarkozy, la RGPP se fixait pour première priorité de tailler dans les dépenses sociales ou celles des collectivités territoriales. On en trouve trace dans le document de McKinsey que nous venons d’évoquer : il invite ainsi l’État à réfléchir – délicieux jargon ! – à « une refocalisation des prestations sociales sur la base d’une analyse par bénéficiaire », ou encore (bigre !) « la mise en place de nouvelles règles de gouvernance » pour les hôpitaux.

Or, si l’on ne sait encore que peu de choses sur la nouvelle RGPP à la sauce socialiste, on comprend tout de même que cette fois encore, ce sont très exactement les mêmes cibles qui seront visées. Dans le cas des collectivités locales, c’est le chef de l’État lui-même qui a précisé qu’elles seraient les premières concernées par le plan d’austérité.

Et avant même la conférence de presse du mardi 14 janvier, Bercy s’est répandu en indiscrétions auprès de nombreux médias pour expliquer que ce seraient bel et bien les dépenses sociales qui seraient les premières concernées par le plan de 50 milliards d’euros d’économies. Toute la presse s’en est donc fait l’écho. Tel BFMTV, qui faisait ces annonces : « Il n'y a pas de temps à perdre car l'ampleur de la tâche est historique. L'idée est qu'à partir de l'année prochaine, 100 % des efforts budgétaires reposent uniquement sur les économies sur les dépenses. Au niveau de la méthode, François Hollande veut en finir avec les coupes budgétaires aveugles. Il compte s'appuyer sur des réformes structurelles. Le logement en ligne de mire. À Bercy, on se fait épauler par le cabinet de conseil McKinsey. On a déjà dans le viseur la Sécurité sociale et le logement, deux champs sur lesquels on pourrait faire des économies le plus rapidement. Le budget de l'État va être sérieusement mis à contribution. Chaque ministre doit présenter au plus vite un plan d'économies. François Hollande va donc présider tous les mois cet observatoire de la dépense, afin de faire des points d'étape et trancher lui-même sur des sujets comme les dépenses sociales ou le millefeuille territorial où les lignes ont toujours beaucoup de mal à bouger. »

Et dans L’Expansion, c’était, au même moment, presque la même petite musique : ce sont les dépenses sociales et les dépenses des collectivités locales qui seront d’abord mises à contribution.

* Les mêmes exécutants. Mais il y a encore autre chose qui n’a pas changé : ce sont les mêmes conseils que sous Sarkozy qui sont à la manœuvre pour proposer à l’Élysée les ingrédients du plan d’austérité.

Au détour de l’article de BFMTV que nous venons de citer, nous venons de voir réapparaître le nom de McKinsey, chargé selon ce média d'épauler Bercy. Et c’est effectivement le cas. Selon nos informations, si le patron de la DGME, François-Daniel Migeon, a été remercié au lendemain de l’alternance (lire Le Monsieur RGPP de l’ère Sarkozy va quitter Bercy), les contrats liant l’État aux si gourmands cabinets de conseil ont été reconduits. Et notamment celui de McKinsey.

Malgré l’alternance, McKinsey a même désormais ses entrées en direct à l’Élysée, pour des raisons qui ne manquent pas d’intérêt. L’un des ténors du cabinet, Karim Tadjeddine, y compte en effet un ami précieux, en la personne d’Emmanuel Macron, qui est le plus proche collaborateur de François Hollande sur ces sujets, en sa qualité de secrétaire général adjoint de l’Élysée.

 

Karim Tadjeddine 
Karim Tadjeddine

Il faut dire que les deux amis ont fait un long chemin ensemble. D’abord, Karim Tadjeddine et Emmanuel Macron sont, l’un et l’autre, membres de l’association « En temps réel » qui regroupe quelques financiers en mal de notoriété et des strauss-kahniens reconvertis dans la vie des affaires. Mais les deux amis ont aussi pour point commun d’avoir participé aux travaux de la commission Attali, qui s’était distinguée en janvier 2008 en faisant 216 propositions sulfureuses, prétendument pour « libérer » la croissance française – des propositions néolibérales que Nicolas Sarkozy, dans les violentes turbulences de la crise financière, s’était empressé de jeter à la poubelle.

 

Emmanuel Macron 
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron était ainsi le secrétaire général de cette commission et, comme sa biographie sur le site Internet de McKinsey le confirme, Karim Tadjeddine en était le rapporteur.

Elle est pas belle, la vie ? Les deux amis ont cheminé ensemble, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, pour promouvoir une politique de déréglementation. Et les voilà qui continuent, avec la bénédiction de François Hollande, pour tailler l’État en pièces, et dans la foulée l’État-providence…

Non, décidément rien n’a changé. Absolument rien. François Hollande a tout recopié de la RGPP, jusqu’aux moindres détails…

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 16:24

 

Source : www.marianne.net

 

Le fossoyeur de la gauche française

Mardi 28 Janvier 2014 à 05:00

 

Michel Santi*

 

La reconversion abrupte du Président français à la loi de l’offre est époustouflante car désormais François Hollande conditionne la croissance à la production. Une observation simple de la conjoncture française aurait pourtant montré que le travail et que l’investissement y sont déficients, non du fait d’un manque de ressources ou de biens produits, mais bien du fait d’une consommation et d’une demande agrégée anémiques


Christophe Ena/AP/SIPA
Christophe Ena/AP/SIPA

«  Le temps est venu de régler le principal problème de la France : sa production. (…) C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre ! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande. » Tel est le verbatim de François Hollande lors de sa conférence de presse du 14 janvier dernier. L’électrochoc qu’il entend appliquer à l’économie française afin de la tirer de sa profonde récession se décline donc en mesures visant essentiellement à s’attirer les faveurs du patronat et du milieu des affaires en général, tout en rétrécissant l’Etat.
 

Ce ne sont cependant pas les 30 milliards d’euros d’économies (fin des cotisations familiales) offertes aux entreprises à l’horizon 2017 qui sont choquantes. Pas plus que la servilité française vis-à-vis des diktats allemands et bruxellois pour la poursuite, voire pour l’amplification, d’une austérité dont on sait pourtant désormais qu’elle précipitera la France dans une nouvelle dépression. En effet, qui est aujourd’hui capable de nier que c’est les économies et autres réductions budgétaires de l’ordre de 1.8 points de P.I.B. réalisées en France en 2013 qui y ont propulsé le chômage à des niveaux records de près de 11% ?
 

En réalité, cette reconversion abrupte du Président français à la loi de l’offre est surtout époustouflante car François Hollande conditionne la croissance à la production. En d’autres termes, il part du principe selon lequel la croissance ne repartira que dès lors que les entreprises produiront plus ! Et adopte ainsi les enseignements pour le moins controversés de Jean-Baptiste Say (1767-1832) selon lesquels seules l’offre et la production stimulent la croissance. La demande, quant à elle, étant supposée suivre nécessairement…
 

Ce faisant, François Hollande dépasse sur sa droite les néoclassiques comme John Stuart Mill qui reconnaissait dans ses « Principes d’économie politique » qu’il n’était possible de doubler les capacités de production d’un pays qu’en doublant le pouvoir d’achat des consommateurs ! A moins que le Président ne destine en fait l’ensemble de l’augmentation de la production de nos entreprises à l’exportation, transformant ainsi la France en une seconde Allemagne ? Toujours est-il que François Hollande ignore ostensiblement la révolution keynésienne ayant ringardisé Say et Ricardo, et ayant décrédibilisé le dogme selon lequel c’est l’offre qui induit sa demande propre. Les économistes néoclassiques ne vont-ils pas jusqu’à affirmer qu’il ne peut y avoir de réduction de la consommation car les gens doivent bien dépenser leur revenu pour acheter des biens… ?
 

Une observation simple de la conjoncture française aurait pourtant montré que le travail et que l’investissement y sont déficients, non du fait d’un manque de ressources ou de biens produits, mais bien du fait d’une consommation et d’une demande agrégée anémiques. En réalité, la conversion de l’exécutif français à cette loi de l’offre – qui réfute catégoriquement qu’une économie puisse souffrir d’un déclin de la demande agrégée – justifie du coup la posture des néolibéraux qui sont convaincus que le chômage est accentué par les aides sociales. Ce tournant idéologique de François Hollande passe également sous silence l’existence de phénomènes appelés « récessions » – comme celle que nous subissons depuis 2007 – et qui ont pour effet d’appauvrir les nations.
 

On sait pourtant depuis Keynes qu’une économie peut bel et bien souffrir d’un effondrement généralisé de sa consommation et de son investissement, et que la dépense publique n’est nullement en compétition avec la dépense privée. Au contraire, le tassement de la dépense publique conduit nécessairement à une régression de la dépense privée, dans le cadre de crises aigües comme celle que nous traversons aujourd’hui. C’est, du reste, exactement ce que nous conte l’histoire de l’austérité appliquée dans nombre de pays européens, et qui se traduit aujourd’hui par une menace très sérieuse de déflation à la japonaise en Europe périphérique, y compris en France.
 

Car seules la relance de sa consommation et de sa demande agrégée – et non la réduction de ses dépenses – permettront de rétablir la croissance en France. Comme il va de soi que le rétrécissement du champ d’action de l’Etat dans un contexte où notre économie est loin – très loin ! – du plein emploi est absolument contre-productif. Il est certes crucial d’améliorer la compétitivité de nos entreprises et d’alléger certaines de leurs charges, mais il est tout aussi fondamental pour un gouvernement de séquencer judicieusement les réformes. En l’occurrence, la priorité des priorités reste le rétablissement de la consommation, qui se répercutera forcément sur une amélioration de la production, et donc de l’offre.
 

Dans la conjoncture catastrophique actuelle où l’Europe se retrouve : privée de munitions traditionnelles (du fait de taux d’intérêt à zéro) pour combattre un taux de chômage épouvantable. La déclaration extraordinaire du Président français selon laquelle l’offre induit naturellement sa demande prouve en creux l’incapacité de la gauche à articuler une politique économique qui tienne la route. Et nous indique que nos déboires actuels ne sont pas uniquement la faute de politiques mises en œuvre en leur temps par des gouvernements de droite.
 

(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique »« Capitalism without conscience »   . Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»    (l’Harmattan)

 

Source : www.marianne.net

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 15:55

 

Source :rue89.nouvelobs.com

 

 

« Tir aux pigeons » 27/01/2014 à 18h30

Municipales : crève-cœur au village, on ne pourra plus rayer de noms aux élections

Emilie Brouze | Journaliste Rue89

 

C’est l’une des nouveautés des municipales 2014 : .dans les communes de 1 000 à 3 500 habitants, les électeurs n’auront plus la possibilité d’ajouter ou de rayer des candidats sur les listes

C’est la douloureuse fin du coup de stylo dans l’isoloir. Pour des centaines de milliers d’électeurs, aux prochaines municipales, le panachage des listes ne sera plus possible dans les communes de 1 000 à 3 500 habitants. Avant la réforme, la pratique concernait 33 000 communes.

Ce qui va changer

Pour les communes de moins de 1 000 habitants, il ne sera plus possible de voter pour une personne qui n’est pas candidate.

 

Pour les communes de 1 000 à 3 499 habitants, le mode de scrutin change : les conseillers municipaux sont élus au scrutin de liste bloquée. Le panachage n’est plus autorisé. Les électeurs voteront également pour un ou plusieurs conseillers communautaires.

Plus question donc d’ajouter ou de rayer des noms sur les listes pour proposer dans l’enveloppe son équipe municipale idéale, ou régler ses comptes. Ou encore de présenter des candidatures isolées : les listes devront êtres complètes et strictement paritaires.

Le dépouillement va être moins casse-tête (et plus rapide). Il risque aussi d’être un peu moins marrant.

Sébastien P., 36 ans, vote à Volmerange-les-Mines (Moselle), 2 036 habitants, le 23 mars prochain. Il est bien embêté :

« Il y a des gens que j’aime et que je déteste dans les deux listes ! »

D’habitude, il « panachait ». Ça lui plaisait de fabriquer sa liste idéale, un peu comme le sélectionneur de l’équipe de France. Cette réforme lui « fait mal » :

« A ce niveau-là, les programmes sont plus ou moins similaires. On votait pour des personnes. Maintenant je vais devoir voter pour des gens que j’’estime incompétents. »


Des vaches holstein à Laqueuille (Puy-de-Dôme), en juin 2013 - voir plus bas (THIERRY ZOCCOLAN/AFP)

 

Dans son village, comme bien souvent dans les communes de cette taille, les candidats se présentent « sans étiquette ». « Pas de PS ou d’UMP ici, mais des villageois qui ont des petites ambitions personnelles », écrit-il. Des listes qui comportent un « noyau de motivés » et le reste qui fait tapisserie.

« Parfois, c’est assez moche »

Aurélie, 31 ans, a rayé une fois le nom d’un candidat : il ne lui inspirait pas confiance. Plus jeune, elle a participé au dépouillement de son village, dans la Nièvre :

« C’est assez moche, parfois, quand les gens règlent leurs comptes ou balancent. Dans un petit village, plein de choses se cristallisent au moment des élections. »

C’est l’une des raisons avancées par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls pour justifier la réforme, en plus de la question de la parité : empêcher « les conflits personnels de prospérer au détriment des choix politiques ».

Mais pour Aurélie, comme Sébastien, les municipales sont avant tout une histoire de personnes où, dans l’isoloir, les convictions politiques n’entrent pas forcément en ligne de compte.

Non, ce n’est pas le tir aux pigeons

Pour Alain Daziron, professeur d’histoire-géo et responsable de la maison de la culture de Larrazet (Tarn-et-Garonne), 640 habitants, cette réforme n’est pas un simple changement mais « une mutation en profondeur du regard que notre temps porte sur la commune ». Il insiste :

« C’est une sacrée mise à distance. La liste bloquée limite l’incertitude qui est pourtant un élément-clé de la démocratie. »

Voir le document

(Fichier PDF)

Il a adressé à Rue89 un document [PDF] où il énumère et contrecarre les principaux reproches du panachage.

  • C’est le « tir aux pigeons » : Jean-Marc Boyer, maire de Laqueuille (Puy-de-Dôme), explicite à La Montagne :

« Dans les petites communes, le panachage est une imbécillité [...] c’est souvent du n’importe quoi avec des gens qui se défoulent, rayent des noms pour mettre celui de la grand-mère ou de l’idiot du village. »

Contre-argument : le « défouloir » est marginal, affirme Alain Daziron. Si le panachage peut heurter certains égos, il est surtout un excellent « thermomètre de la ville communale ».

  • C’est un bricolage électoral qui peut bousculer la cohérence d’une équipe candidate.

Contre-argument : « C’est le meilleur stimulant de la vie municipale », rétorque Alain Daziron : « Il permet, notamment dans les petites communes, l’émergence de listes incomplètes et de candidatures individuelles là où le monolithisme et le clientélisme peuvent anesthésier tout le champ communal. »

  • C’est une règle qui échappe aux nouveaux habitants.

Contre-argument  : « C’est dramatique de penser qu’une communauté ne peut pas se réinventer . [...] Y aurait-il des électeurs de seconde zone exonérés de tendre l’oreille à ce qui se passe dans leur commune d’adoption et à qui il faudrait flécher le vote ou mettre le bulletin dans l’urne ? »

  • Le panachage ne panacherait pas tant que ça les conseils municipaux.

Contre-argument : « C’est la réserve la plus inattendue », commente Alain Daziron, « quand on sait que le panachage est de loin, dans son principe, le mode de scrutin le plus ouvert ».

Bulletins nuls

A moins de deux mois des municipales, la fin du panachage fait craindre aussi un afflux de bulletins nuls, si crayonnés.

« Tout un public risque d’être déboussolé », témoigne dans La Voix du Nord René Decodts, maire de Cassel (Nord). « Surtout les personnes âgées, elles avaient l’habitude de faire leurs listes. »

 

 

Source :rue89.nouvelobs.com

 


 

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