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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 18:52

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Tentative de putsch chez Veolia, saison 3

|  Par martine orange

 

 

 

Depuis sa nomination à la tête de Veolia, Antoine Frérot fait l’objet d’un procès permanent en illégitimité. Cette fois-ci, c’est la famille Dassault, actionnaire du groupe, qui mène l’attaque. Elle veut profiter du renouvellement de son mandat pour imposer à sa place le président de l’APE, David Azéma. Objectif : faire remonter le cours de la Bourse pour pouvoir mieux vendre.

Cela a commencé par une rumeur dans le petit monde parisien des affaires, comme d’habitude : les jours d’Antoine Frérot, P-DG de Veolia, seraient comptés, répétait-on d’un air de conspirateur. « Cela fait une dizaine de jours que le bruit circule. Son départ a l’air d’être considéré comme acquis, tout comme celui de Luc Oursel chez Areva d’ailleurs », commente un des habitués du microcosme parisien. Jeudi, le Point rendait publique la rumeur, en révélant le projet d’évincer le P-DG de Veolia pour le remplacer par David Azéma, qui dirige aujourd’hui l’agence des participations de l’État (APE).

C’est presque une question d’habitude pour Veolia. Depuis qu’Antoine Frérot, numéro deux d’Henri Proglio pendant plus de dix ans, lui a succédé à la tête du groupe de services aux collectivités locales, quand ce dernier a pris la direction d’EDF, il fait régulièrement l’objet d’un procès en illégitimité. Ni inspecteur des finances, ni polytechnicien, il n’a pas, de l’avis du petit monde du CAC 40, la stature pour diriger un groupe dont l’influence fait fantasmer le monde des affaires et politique depuis que son dirigeant historique, Guy Dejounay, l’a érigé en puissance tutélaire et mystérieuse.

 

© Reuters

Son ancien président, Henri Proglio, a lui-même intenté le procès d’Antoine Frérot lorsque celui-ci, héritant d’un groupe croulant sous les dettes, a commencé à remettre en cause la stratégie passée. Les deux amis d’hier sont devenus alors les pires ennemis. Le P-DG d’EDF a tenté de le débarquer par un putsch éclair, en faisant nommer à sa place l’ancien ministre de l’environnement, Jean-Louis Borloo. Échec (lire notre article : « Alain Minc m’a tué »). Par la suite, des discussions sur un éventuel rapprochement entre Suez environnement et Veolia ont fuité dans la presse. Le président de Veolia y a vu une nouvelle tentative de déstabilisation de son prédécesseur (lire À Veolia, la guerre Frérot-Proglio repart de plus belle).

Cette fois, de l’avis des connaisseurs du dossier interrogés, ce n’est pas lui qui est à la manœuvre même si, en coulisses, il a pu donner quelque avis. « Il a essayé de renverser Antoine Frérot, il n’y est pas parvenu. Depuis, il a décidé de se tenir à l’écart, même s’il n’en pense pas moins », dit un connaisseur du dossier. « Henri Proglio veut obtenir son renouvellement à la présidence d’EDF en octobre. Il sait que s’il se mêle à nouveau des affaires de son ancien groupe, cela ne peut que lui être défavorable », explique un de ses proches.

Mais la famille Dassault a pris le relais et est passée à l’attaque. Troisième saison de tentative de putsch chez Veolia. Entrée au capital de Veolia en 2008 à l’invitation d’Henri Proglio, elle est devenue un des premiers actionnaires du groupe avec 6,3 % du capital. La famille, cependant, n’est pas contente de son investissement : la valeur de sa participation – de 600 millions d’euros environ – a fondu comme neige au soleil : le cours de Veolia était à 22 euros quand la famille Dassault est entrée, il n’est plus qu’à 12. Même si elle a reçu, chaque année, entre 25 et 35 millions de dividendes, le compte n’y est pas du tout pour elle. 

S’il y a une chose que la famille Dassault déteste, c’est perdre de l’argent. Mais elle ne plaisante plus du tout quand il s’agit de l’argent de la famille. Car la participation dans Veolia est portée directement par le groupe industriel Marcel Dassault (GIMD), la holding familiale de tête qui contrôle l’empire. Déçue, elle voudrait bien maintenant sortir de Veolia. Mais à une condition : ne pas perdre d’argent, voire en gagner si possible. Ce qui pourrait prendre encore du temps. Et la famille, alors que Serge Dassault vieillit, que les difficultés judiciaires s’accumulent autour de lui, sans parler d’une succession qui n’est toujours pas réglée, est pressée. Elle a donc décidé de prendre les choses en main.

Même si la famille Dassault n’est qu’un actionnaire minoritaire chez Veolia, elle se considère un peu comme propriétaire en titre, comme à chaque fois où elle siège dans un conseil. Comme elle l’a fait chez Thalès, où elle a imposé par deux fois un nouveau dirigeant, elle pense qu’un nouveau président, plus attentif à ses intérêts et à ses vues, serait le bienvenu.

D’autant qu’une occasion rêvée se présente, qui peut permettre un changement naturel : le mandat d’Antoine Frérot arrive à expiration lors de la prochaine assemblée générale du groupe en juin. Un conseil d’administration est prévu le 12 mars sur la gouvernance du groupe. À cette date, les administrateurs doivent se prononcer sur le renouvellement ou non d’Antoine Frérot, ou sur le nom d’un autre candidat à présenter lors de l’assemblée générale. Il serait dommage de rater une telle occasion.

Selon nos informations, la famille Dassault a passé plusieurs semaines à consulter amis et proches pour trouver le candidat idéal. Ils ont finalement jeté leur dévolu sur David Azéma. À plusieurs occasions, notamment lors de la deuxième succession chez Thales justement et lors de la renégociation du pacte d’actionnaire chez EADS – Dassault était indirectement partie prenante puisque EADS détient 48 % du groupe, en place de l’État français –, ils ont pu apprécier les qualités du dirigeant de l’APE. Il n’a rien fait qui puisse les gêner. Au contraire, il a veillé à ce que l’État continue à se porter garant de la stabilité du groupe Dassault.

L’ancien directeur financier de la SNCF, nommé à ce poste par la gauche dès l’élection présidentielle, fait de toute façon l’unanimité chez les patrons. Tous félicitent ce haut fonctionnaire pour son pragmatisme et sa compréhension du monde des affaires. « Il comprend les problèmes. Il sait parler au marché », disent-ils. Ce qui dans la bouche des dirigeants n’est pas un mince compliment, bien que sa fonction première, en tant que représentant de l’État actionnaire, n’est peut-être pas de savoir parler au marché.

Le choix de David Azéma est aussi présenté comme une politesse faite au gouvernement de gauche par la famille Dassault. « Alors qu’il n’y a plus beaucoup de postes disponibles. À part la RATP, car Pierre Mongin ne va pas être reconduit, il ne reste quasiment rien. Choisir un haut fonctionnaire, marqué à gauche, est une façon d’envoyer un signal amical à l’Élysée », explique un connaisseur du dossier. Mais qu’aurait donc de plus à demander la famille Dassault, elle qui vit en concubinage notoire avec l’État depuis des décennies ? Une clémence judiciaire alors que le dossier de Corbeil-Essonnes devient de plus en plus explosif pour Serge ? (Voir notre dossier : le scandale Dassault.)

Courant janvier, David Azéma a été approché pour se voir proposer le poste de P-DG de Veolia en remplacement d’Antoine Frérot. Après avoir refusé, il aurait finalement accepté il y a une dizaine de jours, selon nos informations. La présidence de Veolia ne se refuse pas. Nous avons tenté de vérifier ces informations auprès de lui. Il n’a pas répondu.

Selon nos informations, l’Élysée aurait aussi été informée du possible départ du président de l’APE et n’aurait pas fait d’objection à ce qu’un membre de son équipe parte aussi rapidement. Interrogé, Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l’Élysée, qui est présenté comme celui qui aurait supervisé cette affaire, répond : « L’Élysée n’a pas à donner de feu vert sur ce sujet. L’État n’est pas actionnaire de Veolia. »

Perte d'influence politique

Le fait qu’un haut fonctionnaire navigue entre public et privé ne semble poser de problème à personne : le pantouflage fait désormais partie des usages bien établis de notre

 

Charles Edelstenne et Serge Dassault  
Charles Edelstenne et Serge Dassault © Reuters

oligarchie républicaine. La commission de déontologie, selon les défenseurs de sa candidature, ne devrait mettre aucune objection à ce départ de Veolia. David Azéma n’a jamais eu à traiter un dossier concernant l’entreprise privée.

Pourtant, en dépit des assurances des uns et des autres, la situation est un peu plus complexe. David Azéma siège au conseil d’administration d’EDF en tant que représentant de l’État. À ce titre, il a eu à se prononcer sur le partage de Dalkia, la société commune entre EDF et Veolia dans la gestion de l’énergie. À l’issue de négociations compliquées, les deux groupes ont entériné leur divorce : EDF a récupéré les activités de la société en France, Veolia celles à l’international. De même, difficile de croire qu’il ait été complètement exclu des dossiers de la SNCM (transports maritimes entre la Corse et le continent), dont Veolia est actionnaire ou de Transdev, la filiale commune de transports entre le groupe privé et la Caisse des dépôts. Sans parler de la gestion des participations conjointes entre l’État et la famille Dassault dans l’industrie de défense.

Mais tout cela ne sont que broutilles, à entendre les uns et les autres. Il n’y a que les suspicieux qui voient des conflits d’intérêts partout.

Dès l’accord de David Azéma, les administrateurs représentant la famille Dassault – Thierry Dassault et surtout Olivier Costa de Beauregard – se sont mis en action pour fomenter leur coup d’État au sein du conseil. Mais cela s’est fait de façon si voyante et si bruyante que tout Paris l’a su. Comme le raconte le Point, un déjeuner, censé être secret, a été organisé avec certains membres du conseil dans un grand restaurant parisien. Des démarches ont aussi été entreprises auprès des administrateurs les plus influents afin de les convaincre de débarquer Antoine Frérot et du bien-fondé de la candidature de David Azéma.

« C’est un conseil qui ne ressemble à rien, tiraillé entre diverses parties. Chacun a son agenda, son candidat », résume un grand connaisseur du dossier, pour expliquer les querelles et les tentatives de débarquement à répétition de son président. « L’ennui pour ceux qui veulent renvoyer Antoine Frérot – et ils ne semblent pas être la majorité –, est qu’ils ne savent pas comment justifier ce débarquement. Antoine Frérot a rempli tous les objectifs que le conseil lui avait fixés », poursuit-il.

En moins de trois ans, Veolia a réduit son endettement de plus d'un tiers. Il a abandonné des métiers comme le transport, cédant progressivement sa participation dans Transdev à la Caisse des dépôts. Dans les autres activités, Antoine Frérot a mis un terme à la vieille culture du groupe, cultivant l’expansion tous azimuts et les baronnies locales. Conscient que la rente de l’eau est en voie d’épuisement, il a imposé un nouvel modèle économique : le groupe s’internationalise et vise désormais les marchés de services à l’environnement (eau, gestion des déchets, gestion énergétique) auprès de grands groupes industriels. Avec un certain succès. Veolia vient de remporter plusieurs grands contrats auprès de Shell ou Novartis. C’est exactement ce que le conseil réclamait.

Tout ceci ne se fait pas sans heurt, ni sans sacrifice. Pour la première fois de son histoire, Veolia a réduit son expansion en France, réduit ses coûts et supprimé des effectifs. Un plan social de 1 600 personnes, dont 700 départs volontaires et départs naturels, a été imposé à la filiale eau française. Un choc. En décembre, l’intersyndicale du groupe (CFDT, CFE-CGC, CGT et FO) a violemment contesté la gestion du groupe. « Sachez qu'il nous faudra bien plus que des mots, mais bien des éléments économiques chiffrés, étayés et vérifiables, pour nous démontrer que l'entreprise est contrainte d'en passer par là pour garantir sa pérennité », avaient-ils écrit dans une déclaration commune. Ils demandaient à la direction de privilégier la mise en place d’une gestion prévisionnelle des emplois « avant d’envisager tout licenciement », avant de réclamer la démission d’Antoine Frérot.

Aujourd’hui, les administrateurs représentant la famille Dassault s’appuient sur cette contestation sociale pour justifier le remplacement d’Antoine Frérot. « Si les salariés savaient ce que demandait Serge Dassault ! Il réclamait 4 000 suppressions d’emplois en France. "Moi, je supprime 10 % des effectifs au Figaro chaque année, Veolia peut bien en faire autant", expliquait-il », selon un membre du conseil.

De même, les partisans du remplacement d’Antoine Frérot mettent en avant sa gestion du dossier SNCM, la société qui assure la liaison entre la Corse et le continent. Matignon, expliquent-ils, n’aurait pas apprécié les rapports orageux avec le patron de Veolia dans la gestion du dossier. Et ce serait lui qui aurait demandé son remplacement. Matignon a démenti toute intervention dans Veolia. « Antoine Frérot a hérité d’un dossier pourri. Henri Proglio n’aurait jamais dû répondre à la demande de Dominique de Villepin (alors premier ministre) et engager Veolia dans cette aventure. Maintenant, il essaie de s’en sortir le moins mal possible. Mais si l'on avait écouté les représentants de Dassault, Veolia déposait le bilan de la SNCM en juin brutalement, sans mesure d’accompagnement. Vous imaginez le désastre », poursuit cet administrateur.

Au bout du compte, si les représentants de Dassault ont un reproche à faire à Antoine Frérot, c’est de ne pas aller assez vite, assez fort dans la restructuration du groupe. Des économies partout, des plans sociaux importants sont des signaux appréciés en Bourse. Cela fait remonter le cours.

À cela s’ajoute un autre grief, plus difficile à exprimer à haute voix : certains administrateurs critiquent la gestion des relations avec les collectivités locales de la nouvelle direction. Veolia n’aurait plus la même intimité, le même rapport d’influence avec les maires. Antoine Frérot ne saurait pas y faire avec les élus, expliquent-ils à voix basse. Bref, Veolia serait en train de changer d’ADN et de se dépolitiser. Il y a encore du chemin à faire dans ce sens (voir Marseille : les 350 millions de cadeau de Gaudin à Veolia). Mais ils y voient un grand risque pour le groupe de perdre de sa valeur et de son influence.

La nomination de David Azéma permettrait de rattraper cette dérive. Lui sait ce que sont les relations avec les collectivités locales : il a été dirigeant de la SNCF. Il connaît le monde politique. Ainsi, tout pourrait redevenir comme au bon vieux temps.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 18:38

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

En Italie, on empêche l’avortement et tout le monde « s’en fiche »

Flora Zanichelli - Journaliste

Publié le 16/02/2014 à 11h46

 

 

 


Affiche sur le « mur des horreurs » à Jesi : « A deux mois de grossesse : je suis parfait, comme un grand : j’ai déjà tout, même les germes de mes petites dents. » (L’Espresso)

« Je voyais [la peau, le sang et le tissu] de mon enfant emplir le bocal [posé à côté de moi]. »

Dans le département gynécologique de l’hôpital de Jesi dans les Marches, voici ce que les femmes peuvent lire sur les murs.

Indignée, une habitante a écrit à l’hebdomadaire italien L’Espresso. Ces mots ont fait depuis le tour de la Péninsule.

L’avortement est, en Italie, un thème brûlant. Même si, observent les spécialistes, « c’est un thème brûlant pour lequel personne ne fait rien ».

Avant 90 jours, et après

Dans la Péninsule, l’avortement est réglementé par la loi 194. Voici ce qu’elle stipule dans ses trois articles les plus importants :

  • article 4 : « Pendant les 90 premiers jours, les femmes dont la grossesse, l’accouchement et la maternité comporteraient un risque pour leur santé physique ou psychiatrique, en lien avec leur état de santé ou leurs conditions économiques, sociales ou familiales ou en lien avec les circonstances dans lesquelles est advenue la conception ou en prévision de malformations et anomalies, peuvent se tourner vers un centre de consultation public ou un médecin de confiance. » ;
  • article 6 : « L’interruption volontaire de grossesse, après les premiers 90 jours de grossesse, peut être pratiquée :

– quand la grossesse ou l’accouchement comporte un grave danger de mort pour la femme ;

– quand, suite à des analyses rapportant une grave malformation de l’enfant, la santé physique et psychique de la mère sont en danger. » ;

  • article 9 : « Le personnel sanitaire, sous réserve de l’avoir déclaré au préalable, n’est pas tenu de prendre part [...] aux IVG quand il soulève l’objection de conscience. Le médecin doit le déclarer auprès du médecin en chef. [...]. L’objection peut toujours être révoquée […] mais une telle déclaration ne prendra effet qu’un mois après la présentation au médecin provincial. L’objection de conscience ne peut être soulevée quand leur intervention est indispensable pour sauver la femme d’un danger imminent. »

Des médecins objecteurs de conscience

C’est surtout ce dernier article qui fait débat. Gabriella Pacini est une sage-femme indépendante. Fondatrice de l’association Vita di donna (Vie de femme), elle défend bec et ongles le droit des femmes à avorter :

« L’objection de conscience donne la possibilité aux médecins de faire prévaloir leurs principes moraux. Ce qui a pour effet de fragiliser les patientes auxquelles les soins ne sont pas prodigués de manière objective. »

Sans compter la difficulté à s’imposer dans un hôpital, une équipe, quand la majorité des collègues prend position contre l’avortement. Carlo Flamigni, gynécologue et membre du Comité national de la bioéthique, répète souvent :

« Difficile de jouer les Don Quichotte surtout quand les moulins que vous croisez sont votre chef ou le directeur de l’hôpital. »

En Italie, selon le ministère de la santé, sept médecins sur dix seraient objecteurs de conscience. Un chiffre que l’association qui rassemble les gynécologues défendant la loi 194 – la Laiga – juge « sous-estimé ».

Gabriella continue :

« Cette situation complique tout. L’accès par exemple à la pilule du lendemain, qui ne se prend que sur prescription, et que vous devez obtenir rapidement. Que faire, quand on vous la refuse ? »

Seule, j’ai hurlé « Aidez-moi ! »

Laura Fiore cherche ses mots, bute sur les souvenirs, s’excuse. Cette Napolitaine professeure d’arts a écrit un livre au titre éloquent : « Avorter au milieu des objecteurs de conscience ». En Italie, son histoire est devenue un symbole.

Elle raconte :

« Le 4 juin, cette date restera à jamais gravée dans ma mémoire ».

Ce jour-là, Laura est transférée à l’hôpital à Naples. Elle ne souhaite et ne peut pas garder son enfant, qui souffre de graves malformations. Dans la salle d’accouchement, elle se retrouve seule.

« Ils m’ont mise sur un lit, au fond d’un couloir. Mon mari n’avait pas le droit d’entrer, les médecins étaient partis s’occuper d’autres patientes. »

S’enchaînent des heures douloureuses, jusqu’à l’expulsion du fœtus, qu’elle appelle encore aujourd’hui « sa fille ». Elle se souvient :

« J’ai hurlé “Aidez-moi”, et des médecins ont fini par arriver. »

Quelques jours plus tard, Laura apprend que le médecin chef du département néonatologie a tout fait pour tenter de sauver le fœtus, en vertu d’un paragraphe de la loi 194 qui stipule que « le médecin doit tout faire pour sauver la vie d’un enfant ».

Elle poursuit :

« Même le gynécologue qui me suivait était objecteur. Il ne m’a pas informé des possibilités qui s’offraient à moi. J’ai dû avorter dans l’urgence. »

Pilules périmées et avortements à l’étranger

Mal informées, culpabilisées, les Italiennes arrivent parfois in extremis, à la fin du délai imposé par la loi qui prévoit jusqu’à 24 semaines pour avorter. A Rome par exemple, l’un des rares hôpital public dont le praticien en chef n’est pas objecteur de conscience ne les pratique que jusqu’à 23 semaines.

Alors que les statistiques font état d’une baisse des IVG en Italie, d’autres chiffres circulent, comme les 20 000 avortements clandestins estimés en 2008. « Des chiffres jamais mis à jour depuis », précise Gabriella, « mais qui traduisent une bien triste réalité ». Comme celle de cette jeune mineure, qui, après avoir tenté un avortement médicamenteux avec des pilules périmées, a échoué à l’hôpital, l’utérus dévasté.

Sur son blog, Laura recueille aujourd’hui les témoignages de ces femmes. Sur sa page, des Italiennes lui écrivent anonymement et racontent humiliations ou départs pour l’étranger, la peur au ventre. « Nous nous sommes senties isolées et jugées », assène Laura. L’Espagne, la France et la Suisse sont, pour celles qui peuvent se le permettre, les destinations les plus prisées.

« C’est comme si on s’en fichait »

Dans son cabinet de consultation, Gabriella recueille elle aussi tous les jours ce type de témoignages. Elle qui pilote plusieurs associations et organise des conférences, se heurte à une administration hermétique aux problèmes des femmes, des adolescentes, des étrangères, surtout, privées de repères et parfois en grande difficulté financière :

« C’est comme si on s’en fichait. »


Lors d’une marche antiavortement le 13 mai 2012 à Rome (MISTRULLI LUIGI/SIPA)

Tous les jours, elle court les écoles et les services hospitaliers pour parler de contraception, d’IVG, de droits, même si les faire appliquer relève du parcours du combattant. Gabriella fait tout bénévolement. Non sans une certaine amertume :

« En Italie, dans certains établissements, on enseigne le catéchisme toutes les semaines, mais pour expliquer comment on utilise un préservatif, il faut demander l’autorisation aux parents, se battre pour obtenir une ridicule petite heure. »

Le 6 juin prochain, l’autre association qu’elle gère, « Le Bon médecin est celui qui n’objecte pas », organisera une rencontre avec les autorités concernées. « Nous avons désespérément besoin que les institutions nous soutiennent », soupire-t-elle. « Seules, nous ne sortirons jamais de l’ombre. »

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 20:13

 

Source : collectiflieuxcommuns.fr

 

Contre la Constituante (1/2)

La démocratie directe sans le peuple ?
jeudi 6 février 2014
par  Collectif
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ContreLaConstituante

« C’est ainsi qu’avance l’histoire, en se bouchant la mémoire comme on se bouche les oreilles. (…)
Mais quoi ? l’histoire n’est amère qu’à ceux qui l’attendent sucrée...
 »

Sandor Krasna, Sans Soleil, Chris Marker, 1983

 

Depuis quelques années, le relatif regain d’intérêt pour la démocratie directe a en­gendré une multi­tude d’ini­tiatives, essentiellement par l’intermédiaire de sites web, de blogs, de forums ou de listes de diffusion indépen­dants des groupuscules et partis politiques. Ces individus ou collec­tifs, issus ou non du mouvement des « indi­gnés » français du printemps 2011, pourraient à l’avenir former un milieu politique fertile, à condition de rompre leur isolement réciproque pour éprouver leurs positions [1].
Depuis peu s’y développe un courant d’idées bien par­ticulier, gravitant autour d’une idée cen­trale : la voie vers la démocratie directe passerait par la convocation d’une assemblée Constituante composée de personnes tirées au sort parmi la population et chargées d’établir une nouvelle constitution française.
Cette approche rompt, salutairement mais sans le dire, avec de nombreux présupposés idéologiques hérit­és des mouvement politiques qui ont ravagés le XXe siècle et qui visaient, eux aussi, un changement radi­cal de so­ciété. Mais c’est, nous semble-t-il, pour retomber dans d’autre illusions. C’est donc à la discussion de celles-ci que ce texte voudrait inviter.

Le courant pro-Constituante

La nébuleuse dont il est ici question paraît large­ment s’inspirer d’Étienne Chouard. Celui-ci s’est poli­tisé et fait connaître lors du référendum pour le Traité Constitutionnel Européen de 2005. Il avait alors pré­senté un contre-argumentaire qui avait rencontré un écho important. Prenant acte de la victoire du « non », et à re­bours du vide politico-intellectuel contempo­rain, il a depuis entrepris une réflexion visant à avan­cer une alternative à l’Europe techno-bureaucratique. Cela l’a amené, de manière très cohé­rente et en décou­vrant l’histoire politique de la Grèce Antique, à cette proposition de Constituante tirée au sort, moyennant un blog prolifique (« Le plan C ». Peu-à-peu, d’autres initiatives lui ont emboîté le pas (« Le Mes­sage », «  Gentils Virus », etc) ou s’en sont inspiré plus ou moins explicitement (« Vraie démocratie », « Ob­jectif dé­mocratie », « La Constituante en marche », « La démocratie », « Les citoyens constituants », etc).
Ce courant nous est proche à trois égards : d’abord, il part d’une critique du régime actuel, du mode élec­toral et du gouvernement représenta­tif, per­çus comme l’expression politique de l’oligarchie qui domine la société. Cette contestation se fait dans des termes très proches de ceux que nous employons depuis des an­nées. De même, sa référence à la Grèce Antique lui fait très clairement concevoir la démocratie directe à travers des notions ou­bliées : assemblées générales souveraines, mandats impératifs, destitution des délégués, tirage au sort, rotation des siège ou reddi­tion des comptes. Enfin, son approche détone d’avec l’encombrant héritage marxiste-léniniste qui imbibe toujours, mezzo voce, les franges gauchisantes rêvant d’un Grand Soir organisé pour porter au pouvoir quelques déten­teurs de la Vérité Historique — ou d’avec son symétrique, un spontanéisme anarchisant misant angéliquement sur le surgissement soudain de rapports sociaux harmonieux et apaisés. Ces formes de messianisme allant de pair avec le fait de re­mettre toujours à plus tard la conception d’une autre organi­sation de la société, leur refus permet donc — à nous comme au courant pro-Constituante — l’ouverture de véritables chantiers politiques.

Projet et critiques

Pour autant, à l’examen, le projet de ces militants pro-Constituante présente une multitude de lacunes, d’inco­hérences ou de contradictions — que les contre­-argumentaires proposés ne font qu’approfondir et multiplier — et qui ne peuvent que discréditer leurs porteurs et notre visée politique. Ce sont elles que nous allons pointer en sui­vant, étape par étape, le proto-scénario que l’on peut déduire de leurs écrits. Résumons ce­lui-ci en quelques mots :
1) La Constituante est convoquée par un moyen ou un autre (référendum, initiative du Chef de l’État...) ; 2) les délégués sont tirés au sort parmi la population ; 3) ils travaillent durant un temps déterminé à l’élabo­ration d’une nouvelle constitution française instaurant la démocratie directe ; 4) cette Constitution est sou­mise à ratifi­cation par référendum.

Voilà le projet, tel qu’il se présente dans sa version la plus répandue, et la plus sérieuse.

Mais avant d’entrer dans le détail, livrons d’emblée l’axe principal de notre critique : Les pro-Consti­tuantes veulent la démocratie directe mais sans l’acti­vité foisonnante d’un peuple visant une transformation sociale, idée à laquelle ils associent sans doute le dé­chaînement de la violence, alors que nous y entendons tout autre chose : l’auto-organisation des gens, c’est-à­-dire la formation d’institutions autonomes locales se substituant aux pyra­mides hiérarchiques actuelles. Ce refus du soulèvement populaire et de l’élaboration d’une autre société par les premiers concernés amène paradoxalement les pro-Constituante à évincer de leur scénario le principal acteur : le peuple. Option sans doute renforcée par la conscience, ou du moins l’intui­tion, que les aspirations de nos contemporains sont sensiblement éloignées de ces visés.
Cette éviction tacite des gens ordinaires porte donc les pro-Constituante à viser une action uniquement insti­tutionnelle, légaliste et technique, sans qu’il ne soit jamais exigé du peuple, relégué au statut d’entité abstraite, autre chose qu’une adhésion for­melle à l’idée surplombante d’une Constituante tirée au sort [2]. Jamais, nulle part, n’est envisagée sérieusement une pratique autonome des gens telle qu’elle a pu se déployer dans toutes les révolutions depuis deux ou trois siècles, en s’opposant à d’autres forces sociales. C’est pourtant par ce processus constituant que la collectivité invente une autre organisation sociale, et se crée elle-même en tant que sujet politique. En ne citant qu’à titre d’illustration l’histoire, l’héri­tage et l’expérience de la démocratie directe légué théoriquement par les Lumières, puis pratiquement par les révolutions, le mouvement ouvrier et ses suites, nos pro-Constituante en évacuent le trait essentiel : la praxis, ce lien indissoluble entre la pensée et l’action politique populaire, qui fonde la légi­timité de chacun à s’occuper des affaires de tous. Leur approche, on le verra, ne protège des crises et de la violence qu’au prix de l’échec et de la récupération politique. Elle s’interdit de penser réellement une auto-transforma­tion ra­dicale de la société, qui ne peut demeurer à cette heure, faut-il le préciser, qu’une interroga­tion ou­verte.

Avant d’avancer quelques pistes en conclusion, nous évoquerons les soubassements idéologiques de cette mouvance qui prône une « révolution par le haut », à l’instar des tenants du « revenu garanti », qui apporte­ront quelques éléments de compréhension quant à l’aveuglement d’É. Chouard et de ses plus proches défen­seurs vis-à­-vis des milieux d’extrême droite ou complotistes [3].

1 — Processus de convocation de la Constituante

Tel que le présente les pro-Constituante, le proces­sus amenant à la formation de l’assemblée Consti­tuante est très flou : il est question de « pression popu­laire » et/ou de l’élection d’un Président de la Répu­blique qui s’enga­gerait à convoquer ladite Consti­tuante, sans plus de détail, comme beaucoup l’ont fait depuis (Mélenchon, Montebourg,...). Un peu plus conséquents et sérieux, des sites évoquent, mais par des processus identiques, l’établis­sement préliminaire de Référen­dums d’Initia­tives Po­pulaires, consul­tations initiées par une part significa­tive de l’électorat, dont le mo­dèle suisse est le plus connu.

Improbabilité du Référendum d’Initiative Popu­laire (RIP)
Ce 19 novembre 2013, l’Assemblée Nationale a bel et bien adopté le RIP... mais en le rendant totalement in­applicable [4] ! Cet épisode laisse entrevoir ce qu’une telle initiative peut devenir dans le contexte actuel, avec d’un côté un pouvoir en panne de légitimité et de l’autre une population marquée par le chacun-pour-soi et qu’aucun projet commun ne rassemble plus. Les domi­nants seront d’autant plus enclins à récupérer ce type de consultation que dans les années qui viennent, les réactions de la population vont aller croissant face à la dégradation permanente de ses condi­tions de vie. Ces référendums ne seront alors qu’un moyen d’acheter momentané­ment la paix sociale au prix de quelques concessions, au coup par coup et sans remettre en question l’ordre social existant. Cela peut aussi de­venir un moyen effi­cace de s’allier la population par un chantage à « l’una­nimisme républicain » face aux mul­tiples crises qui convergent et commencent à faire sentir leurs effets très concrète­ment. De son côté, une population conserva­trice et pa­niquée peut transformer ce genre de consultation po­pulaire en instrument au service du maintien de ses privilèges ou à l’adoption de mesures réactionnaires. L’exemple suisse, sans être univoque, est tout de même instructif.
C’est pourquoi faire du RIP un fétiche est particu­lièrement mal venu. L’essentiel ici est moins le dispo­sitif en lui-même que l’état d’esprit de la population, qui s’en empare (ou pas) pour en faire en fait (ou pas) un ins­trument dé­mocratique au service du bien commun.

Improbabilité d’un référendum sur une Consti­tuante tirée au sort
Mais passons sur les modalités de déclenchement d’un tel référendum, et abordons la question des résis­tances que pourrait soulever une question référendaire portant sur rien moins qu’un changement de régime poli­tique.
Il semble évident que toute initiative met­tant sérieusement en cause les échelles de souveraineté en place verra se mobiliser contre elle l’État et tous ses services officiels ou secrets, tous les lobbys écono­miques internationaux, les médias et les per­sonnalités et bien entendu tous les appareils politiques et syndi­caux qui ne peuvent être qu’oligarchique par essence [5]. Si jamais une campagne de référendum pour la dési­gnation d’une as­semblée Constituante tirée au sort a lieu, elle subira une offensive de dénigrement telle qu’on en a rarement vu dans l’histoire, renouant avec des pratiques immémoriales mais oubliées des euro­péens repus (à noter que la so­ciété est à ce point déla­brée qu’il suffirait même au pouvoir de suspendre simplement ses activités de maintien de l’ordre pour voir s’ins­taurer une terreur par en bas et susciter une panique sociale). A moins qu’elle ne subisse un escamotage ulté­rieur : l’expé­rience, inaugurale pour certains, du référendum de 2005 sur la constitution européenne finalement impo­sée deux ans plus tard par le parlement est édifiante. Que la population se révolte alors et le pays se retrouvera dans une situation de crise politique in­édite. Son issue est prévisible : L’oligarchie en sortira par la voie royale ouverte par les contestataires eux­-mêmes en convoquant effectivement une Consti­tuante, mais com­posée cette fois de personnalités nommées par élections.
C’est ce que propose par exemple actuellement le Par­ti de Gauche, qui y trouvera l’occasion d’y placer de nouvelles têtes fraîchement encartés et fermement tenues par la nomenklatura. Rien n’en sortira hormis la consolidation du pouvoir de quelques-uns. L’exemple, tant van­té, de « la révolution islan­daise », et notamment sa Constituante invali­dée en 2011 après trois mois de travail, devrait servir de leçon tant le feuilleton des forfaiture des briscards de la politique y est paradigmatique.

2 — Désignation des délégués

Mais admettons que le principe initial d’une Constituante tirée au sort soit finalement adopté. Un tel mode de désignation, résolument novateur dans la France d’aujourd’hui, pose un certain nombre de pro­blème, et notam­ment celui de la représentativité, qui est pourtant le principal argument de ses partisans.

L’auto-sélectivité des délégués
Soit ce tirage se fait a priori au sein du corps élec­toral, soit il se fait parmi une liste de volontaires. Pla­çons-nous dans le second cas (ou dans les deux en ad­mettant le refus de siéger serait scrupuleusement res­pecté et qu’il sera un recours d’autant plus utilisé que chacun saura qu’il s’agit d’une magistra­ture absolu­ment dé­terminante pour l’histoire du pays et que chacun sera au centre de toutes les atten­tions) : le filtre de l’auto­-désignation sera un biais inévitable. Nous retrouve­rons donc ces biais déjà biens connus par les ju­rés d’assises, mais démulti­pliés au cen­tuple : ne siégeront que ceux qui considèrent leurs opinions présentables et s’estiment apte à siéger, c’est-à­-dire à faire partie de l’élite qui de facto dessinera l’avenir pour des décen­nies. Faut-il alors préciser que l’assemblée sera en ma­jorité composée par la classe moyenne, masculine, blanche, éduquée, insérée, va­lide, ci­tadine, etc. [6] ? Les exceptions seront ramenées à leurs statuts de déviants lors des toutes premières délibérations solennelles par les mé­canismes bien connus de disqualification et de conformisme groupal. Telle est la société actuelle et telle sera l’assemblée Constituante, si aucun processus ne vient bousculer au sein du peuple lui-même les représentat­ions sociales qui maintiennent l’organisation sociale telle qu’elle est.

Représentativité problématique
Mais faisons momentanément fi de ces considéra­tion psycho-sociologiques, et admettons que les quelques milliers de délé­gués seront « représentatifs » de la société actuelle, au pourcentage près — on atten­dra pour sa­voir les cri­tères de cette « représentativi­té ».... Ils compterons alors, comme le pointe par exemple très perti­nemment « Objectif Démocratie » sans y répondre convenablement, 7 % d’illettrés et près de 30 % ne maîtrisant pas la lecture, facteurs qui ne disqualifient certainement pas à l’exercice démo­cratique mais qui rend éminem­ment probléma­tique un travail constitutionnel de type parlementaire. Bien plus : la Consti­tuante sera, à l’image du pays, profon­dément et irrécus­ablement divisée entre classes sociales, classes d’âge, affiliation idéologiques voire appartenances religieuses ou ethniques, corpora­tions, lobbys, etc.

Sans aucun rema­niement des opinions provoqué, comme en Mai 68, par la créativité collective d’un bouillonnement social de la société , d’un peuple ex­périmentant et mettant à l’épreuve par son action même les idées, les principes et les affiliations les plus diverses, sans l’immense effort popu­laire nécessaire pour sortir des impasses idéologiques en inventant des idées nouvelles et en se réappropriant les expériences du passé, les dé­bats de l’assemblée Constituante ne pourront que s’embourber dans tous les faux clivages contemporains ou en créer de nouveaux dans lesquels la population ne se reconnaîtra pas.

3 — Travail de la Constituante

Mais passons outre une fois de plus : voilà nos dé­légués lambda assis sur leurs sièges de l’assemblée, tra­vaillant pour le bien du peuple, mais sans aucun contrôle de celui-ci... La situation rappelle celle dénoncée : Car on retrouve ici intacte l’idée selon la­quelle le pou­voir de décision repose toujours entre les mains de quelques-uns, tandis que le peuple est invité à per­durer dans sa passivité, selon le prin­cipe fondamental du système représentatif [7].

Des délégués incontrôlables
Car que la population se passionne pour ces débats ou en attende patiemment des solutions à ses pro­blèmes, elle n’a rien à en dire, ces tirés au sort étant absolument souverains de leur jugement, s’informant, dé­libérant et décidant en leur for intérieur. Il faut être clair : Ils ont été nommés, eux, pour élaborer une nou­velle constitu­tion, et on ne voit pas au nom de quoi ils auraient des comptes à rendre quant à leurs choix, ni à qui, pendant leur mandat comme après. Certes, cer­tains parlent « d’ateliers constituants lo­caux » compo­sés de ci­toyens chargé d’épauler les délégués dans leur travail. Mais si ces délégués décident sous influence, alors ces « ateliers », qu’ils soient de gauche ou d’extrême-droite, seront de bien peu de poids face aux pressions extraordinaires auxquelles seront soumis nos élus, de la part de tout ce que l’oligarchie compte de think tanks, de groupes d’intérêts, de ré­seaux d’influence, de lobbys plus ou moins officiels, de circuits de corruption, de pressions mafieuses, etc. C’est, très exactement, ce qu’ont vécu les tunisiens, ou même les français devant le spectacle régulier de l’ascension hiérarchique dans l’entreprise ou dans les institutions républicaines... A moins d’isoler totale­ment les délégués de toute in­fluence, donc de les couper radicalement d’une vie sociale qui faisait d’eux autre chose que des profes­sionnels de la poli­tique.

Une constitution enfin démocratique ?
Ces quelques milliers de personnes chargées d’écrire « seules » une constitution pour la France ont été désignées parce qu’elles ne sont jus­tement pas spécialistes de la poli­tique. Sans aucune prépara­tion et provenant d’un peuple vivant dans l’apathie depuis des générations, sans aucune expé­rience du pou­voir réelle­ment démocratique, ni même de pratiques sociales ou politiques un tant soit peu dé­gagées de la mentalité oligar­chique, elles auront à fixer l’organisation de la vie politique d’un pays habité par 70 millions d’habitants et comptant parmi les dix grandes puissances mondiales. En­fants de De Gaulle, de Mitterrand et de Sarkozy, on voit mal nos délégués systématiser l’amateurisme en politique, instituer des assemblées sou­veraines, et dé­manteler l’État comme organe séparé du corps social, re­quisit minima pour parler raisonnablement de démo­cratie di­recte.
Il y a fort à pa­rier que nos repré­sentants ne façonneront qu’une constitution qui ressemblera fort à celles que nous avons connues, sans doute agré­mentée de quelques organes consultatifs ou contre­-pouvoirs citoyens — c’est d’ailleurs la perspective ex­plicite d’E. Chouard lui-même [8].

(.../...)

Voir la seconde partie

 

[1] On lira à ce propos l’Introduction générale dans la brochure Démocratie directe : principes, enjeux perspectives, première partie : Contre l’oligarchie, ses fondements politiques, sociaux et idéologiques, Avril 2013, disponible sur note site : https://collectiflieuxcommuns.fr/sp...

[2] On lira par exemple « Objections contre une Assemblée Constituante Tirée au Sort » http://projetgentilsvirus.ouvaton.o...

[3] Même sans avaliser l’hystérie collective des prétendus « anti­fascistes » qu’unit la haine gauchiste pour les réalités popu­laires, il est difficile d’admettre que l’inté­ressé refuse explici­tement de clarifier ses positions vis-à-vis de gens tels qu’Alain Soral, Robert Mé­nard, Yvan Blot ou en­core Robert Faurisson, par exemple.

[4] Cf. l’article de Hélène Bekmezian dans Le Monde du 19.11.13 (repris sur notre site : https://collectiflieuxcommuns.fr/sp...), sobrement intitulé : « Le référendum d’initiative partagée, trop com­pliqué pour être vraiment efficace », et celui de Ro­seline Letteron du site Contrepoints.org] dont l’intitulé est plus évoca­teur : « Adoption du référendum d’initiative popu­laire, sans initiative populaire ». La nou­velle n’a étrange­ment pas été re­layée sur les sites en question.

[5] Voir l’inusable R. Michels Les partis politiques - Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, (1914, Flam­marion, 1971), dont un chapitre est disponible sur notre site.

[6] On lira par exemple avec intérêt « La Cour d’assises en exa­men. Réflexion-témoignage d’un juré sociologue » d’André­-Marcel d’Ans, paru dans la revue Droit et Société n° 54, 2003, pp. 403 — 432, consultable ici : http://www.reds.msh-­paris.fr/publ...

[7] On nous pardonnera de renvoyer les pro-Constituantes à leur bible, Principes du gouvernement représentatif de B. Manin (1995, Flammarion 1996), qui, rappelons-le, comporte plu­sieurs parties, dont certaines traitant de « la marge d’indépen­dance des gouver­nements ».

[8] « Les grands principes d’une bonne Constitution, qui prou­veraient la guérison de notre démocratie », octobre 2005 — 2007, pp. 7 sqq. consultable ici : http://etienne.chouard.free.fr/Euro.... Ou alors, comme l’intéressé l’envi­sage, nos délégués n’auront pas à se « renseigner » eux­-mêmes sur toutes ces questions, mais seront « conseillés » par « des parlementaires et ministres » (id.)... Est-ce sérieux ?

 

 

Source : collectiflieuxcommuns.fr

 

 

 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 19:14

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Vladimir Poutine : combien de milliards ?

|  Par Agathe Duparc

 

 

 

En 2012, le président russe a déclaré 100 000 euros de revenus. Mais au vu de l'enrichissement fulgurant de ses anciens camarades et proches, sa fortune pourrait atteindre des milliards. Tour d'horizon des épisodes et affaires troubles qui ont rythmé la carrière de Vladimir Poutine.

Quatorze ans de pouvoir et toujours les mêmes interrogations et les mêmes soupçons sur la fortune du président russe. « L’homme le plus riche d'Europe », selon les rares francs-tireurs qui osent s’aventurer sur ce terrain. Doublé d’un businessman hors pair. Depuis son parachutage en qualité de président par intérim le 31 décembre 1999, puis sa première élection en mars 2000, le faisceau de présomptions n’a fait que se renforcer. À mesure que ses anciens camarades, pour la plupart natifs de Saint-Pétersbourg et anciens du KGB, devenaient eux-mêmes milliardaires, aujourd’hui à la tête d’empires dans la banque, les matières premières, les médias, etc. Et que son premier cercle noyautait toutes les plus grandes entreprises d’État.

 

Vladimir Poutine à Sotchi 
Vladimir Poutine à Sotchi © Reuters

Fin 2007, le politologue Stanislav Belkovski avait été le premier à articuler un chiffre, estimant que Vladimir Poutine, businessman de l’ombre, pesait près de 40 milliards de dollars à travers diverses participations secrètement détenues dans des sociétés pétrolières et gazières. Sans cependant fournir ni preuves, ni documents.

Depuis, certaines pièces du puzzle sont apparues. Comme celles apportées fin 2010 par un ancien homme d’affaires, Sergeï Kolesnikov, qui fut directement impliqué dans d’opaques montages autour d’une société d’importation de matériel médical – Petromed – qui aurait permis d’alimenter en centaines de millions les comptes du président dans des paradis offshore. Il a raconté son histoire dans de nombreux médias, révélant l’existence du « palais de Poutine » : une forteresse à la James Bond construite au bord de la mer Noire. Il a créé son propre site internet. Mais dans aucun des nombreux documents (lire ici) qu'il met en ligne ne figure le nom de Poutine, preuve qu'il s'agit d'un des secrets les mieux gardés.

En 2010, la fuite de câbles diplomatiques dans Wikileaks a montré à quel point les Américains disposaient de peu d’informations, reprenant celles publiées dans les médias sur la possible « fortune secrète » de Poutine, ses liens avec certains hommes d’affaires, ou encore son amitié particulière avec Silvio Berlusconi, sur fond de mirobolants contrats entre les géants gaziers Eni et Gazprom (voir la liste des câbles consacrés à Poutine).

Les jeux Olympiques de Sotchi et leur débauche de dépenses (37 milliards d'euros) au profit d’oligarques poutiniens (voir ici le rapport en anglais de l’opposant Boris Nemtsov sur les coûts des JO), ravivent la question du magot du président russe.

Tour d’horizon des principaux épisodes troubles de la carrière de Vladimir Poutine, pour la plupart relatés dans les médias russes.

UNE « VIEILLE » AFFAIRE DE TROC À SAINT-PÉTERSBOURG

C’est le scandale, déjà largement prescrit du point de vue de la justice, qui a marqué le début de la carrière de Vladimir Poutine, alors qu’il était adjoint du maire « démocrate » Anatoly Sobtchak, et dirigeait le Comité des relations extérieures de Saint-Pétersbourg.

 

Vladimir Poutine, officier du KGB 
Vladimir Poutine, officier du KGB

En 1991, l’ex-officier du KGB, ancien élève du professeur Sobtchak à la faculté de droit, découvre le pouvoir et les affaires. Le voilà autorisé par le vice-premier ministre Egor Gaïdar à recevoir des quotas pour l’exportation de produits pétroliers et de matières premières, dans le cadre d’une vaste opération de « barter » (troc). Alors que l’URSS vient de disparaître et que les réseaux d’approvisionnement sont totalement désorganisés, le but est d’obtenir en échange des produits alimentaires pour les habitants de la ville.

L’opération prévoit l'exportation de 150 000 tonnes de produits pétroliers, 750 000 m3 de bois, des métaux rares et ferreux, de l'aluminium, du ciment et du coton. Soit l'équivalent de 124 millions de dollars. En échange, la ville recevra, en janvier, février et mars 1992, de la viande, du beurre et de l'huile, du lait en poudre, de la nourriture pour enfants, du sucre, des pommes de terre.

Tout aurait pu se passer à l’abri des regards si, en 1992, la députée du soviet local Marina Salié – disparue en mars 2012 – n’avait décidé d’y mettre son nez. La commission d’enquête parlementaire qu’elle préside obtient alors une partie des contrats signés entre le Comité des relations extérieures de Poutine et douze sociétés intermédiaires chargées de mettre en place le troc, choisies sans appel d’offres.

 

Anatoly Sobtchak et Vladimir Poutine, années 90 
Anatoly Sobtchak et Vladimir Poutine, années 90

Le rapport qu’elle rédige le 23 mars 1992, avec le député Iouri Gladkov, relève une accumulation d'« infractions » ou d'« étrangetés » (voir ici). Les contrats de troc sont lacunaires et imprécis. Certains ne comportent aucune indication sur les prix et bénéfices escomptés, ne sont ni datés, ni signés. Dans le barter n° 11 (métaux rares contre viande), signé avec la société Djikop (qui a été enregistrée fin octobre 2001), les prix des métaux à l'exportation sont 7, 10, 20 et 2 000 fois inférieurs à ceux pratiqués sur le marché mondial. Une différence de plus de 8 millions de dollars. Dans nombre de contrats, les sanctions en cas de non-respect du contrat sont ridicules, et les commissions perçues par les sociétés intermédiaires exceptionnellement élevées, de 25 à 50 % des bénéfices en devises. Un contrat au moins porte la signature de Vladimir Poutine (voir ci-dessous). 


Le contrat qui porte la signature de Vladimir Poutine, à gauche 
Le contrat qui porte la signature de Vladimir Poutine, à gauche

Combien de produits ont été exportés, et combien livrés ? Dans une première réponse à la commission d’enquête, Vladimir Poutine a affirmé que 20 tonnes de nourriture pour enfants avaient déjà été livrées. Une lettre signée par son adjoint indique qu'au 3 février 1992, deux mois après le début de l'opération, 125 tonnes d'huile sont arrivées. Les quotas, et les licences à l'exportation pour les produits pétroliers, la moitié du bois, les métaux rares, le ciment ont en revanche été distribués.

La question n’a jamais été résolue. Dans ses conclusions, Marina Salié recommande de transmettre l’affaire à la justice et d’écarter Poutine de ses fonctions. Aucune enquête n’est finalement ouverte. Mieux encore : quelques mois après, le ministre des relations extérieures, le banquier oligarque Piotr Aven, fait du Comité des relations extérieures de Poutine le seul organisme municipal autorisé à mener des opérations de commerce extérieur. Entre politique et business, la carrière de Poutine peut décoller. 

LA MYSTÉRIEUSE NOTE SUR MONSIEUR POUTINE

En 1996, après la défaite aux élections municipales de son mentor Anatoly Sobtchak, Vladimir Poutine, encore largement inconnu, est appelé à Moscou. Au sein de l’administration présidentielle, il progresse vite et le voilà nommé à la direction du contrôle, position stratégique pour garder l’œil sur les régions et accumuler des kompromaty (documents compromettants) sur les gouverneurs. Il s’acquitte si bien de cette tâche qu’il est propulsé en 1998 à la tête du FBS, à la surprise de ceux qui ont en mémoire sa terne carrière d’officier du KGB au sein de la 1re direction (contre-espionnage et surveillance des dissidents).

À l’été 1999, l’entourage de Boris Eltsine, dont le redoutable Boris Berezovski, cherche de toute urgence un successeur au président malade. Deux candidats sont pressentis : le ministre de l’intérieur Mikhaïl Rouchaïlo et Vladimir Poutine à qui les intrigants prêtent, à tort, un caractère conciliant et « fidèle ».

C’est alors qu’apparaît dans deux médias, Versia et Moskovski Komsomolets, une étrange note sur Vladimir Poutine, émanant visiblement des services de sécurité.

 

La note "blanche" sur Vladimir Poutine 
La note "blanche" sur Vladimir Poutine

Le document le dépeint déjà comme fortement impliqué dans les affaires, et couvrant de nombreuses malversations. « Selon des gens de l’entourage proche de Poutine, son désir de s’enrichir personnellement et l’absence de barrières morales (qui le caractérisent) sont apparus dès le début de sa carrière », indique la note. Outre le rappel du fameux troc à Saint-Pétersbourg, le document recense les différentes opérations qu’il aurait chapeautées. Dont le dépeçage au milieu des années 1990 de la Baltic Shipping Compagny (BMP) dont la flotte comptait, du temps de l’URSS, 170 grands cargos et navires et 46 000 employés.

Des centaines de navires russes auraient alors été vendus à des prix sous-évalués, sous le contrôle d’un proche de Poutine. La privatisation du grand hôtel Astoria, le palace de Saint-Pétersbourg, aurait permis au futur président d’empocher quelque 800 000 dollars.

Tout au long des années pétersbourgeoises, Vladimir Poutine aurait flirté avec les milieux du crime organisé, tirant toujours son épingle du jeu, et aidant même Anatoly Sobtchak à échapper à des poursuites judiciaires au lendemain de sa défaite en 1996 à la tête de la mairie de Saint-Pétersbourg.

En 2003, Boris Berezovski, de son exil londonien, avait dressé dans Kommersant (le journal qu'il contrôlait alors) « la liste des crimes de Poutine » qu’il avait lui-même contribué à installer au pouvoir. Alors fin connaisseur des turpitudes des uns et des autres dans les plus hautes sphère de l’État, il reprenait largement le contenu de la note de 1999. L'ancien intrigant du Kremlin a été retrouvé mort dans sa salle de bains le 23 mars 2013, à Londres. L'enquête a conclu à un suicide, mais nombre de ses proches estiment qu'il a été assassiné.

 

Boris Berezovski 
Boris Berezovski © Reuters

LES CAMARADES DE LA COOPÉRATIVE « OZERO »

La couverture du rapport : Poutine et la corruption 
La couverture du rapport : Poutine et la corruption

La liste des camarades, anciennes connaissances ou amis de Vladimir Poutine devenus milliardaires ou occupant des postes de premier plan est longue. L'opposant Boris Nemtsov, ancien ministre sous Eltsine et fondateur du mouvement démocratique Solidarnost, publie depuis 2008 d’épais rapports sur la question. Le dernier en date, financé en partie par les dons des internautes – Poutine et la Corruption 2 – passe en revue les mirobolantes carrières des proches du président russe.

Il y a d’abord les membres de la coopérative Ozero. En 1996, huit camarades, dont Vladimir Poutine, décidaient de créer cette structure pour se faire construire des datchas sur les bords du lac de Komsomolskoye, dans la région de Leningrad. Figure parmi eux Vladimir Iakounine, le P-DG de l'entreprise publique RJD, les chemins de fer russes, à qui l’on prête une immense fortune. Il a remporté une médaille d’or dans la carte interactive de la corruption de Sotchi – « Sotchi 2014 : l’encyclopédie des dépenses » – récemment faite par l'activiste et blogueur Alexeï Navalny.

 

Vladimir Iakounine et Vladimir Poutine, 2010 
Vladimir Iakounine et Vladimir Poutine, 2010 © Reuters

C’est Iakounine qui a supervisé la construction de la route combinée (route et chemin de fer) de 48 km qui relie la ville d’Adler, sur les bords de la mer Noire, à la station de sports d’hiver Krasnaya Polyana, où se déroulent les compétitions olympiques. Son coût a augmenté de 93 % pour arriver à la somme astronomique de 8,7 milliards de dollars. La société de construction SK-Most, dont Guennadi Timtchenko (une autre vieille connaissance de Poutine, voir ci-dessous) est actionnaire depuis 2012, a remporté une partie de ce juteux marché. 

 

Iouri Kovaltchouk, actionnaire majoritaire de la banque Rossiya 
Iouri Kovaltchouk, actionnaire majoritaire de la banque Rossiya

Autres gagnants de la coopérative Ozero : les milliardaires Iouri Kovaltchouk et Nikolaï Shamalov, qui contrôlent respectivement 33,5 % et 12,7 % de la banque Rossiya laquelle, de petit établissement, est devenu une banque de tout premier plan. La banque a pu, dès 2004, récupérer certains actifs de Gazprom dont 50 % de Sogaz, l’une des plus grandes compagnies d’assurances russes, à un prix nettement sous-évalué. Boris Nemtsov estime à 60 milliards de dollars le montant total des actifs de Gazprom ainsi transférés à la banque Rossya, ou à d’autres structures contrôlées par des proches de Poutine.

La banque Rossiya contrôle aussi la holding de presse National Media Groug, propriétaire de plusieurs chaînes de télévision, du quotidien Izvestia et de 25 % de Pervyi Kanal, la chaîne la plus regardée en Russie. Ce qui fait de Iouri Kovaltchouk une sorte de Murdoch à la russe.

Autres camarades de datcha : les frères Sergeï et Andreï Fursenko. Le premier après avoir été directeur de Lentransgaz, l’une des filiales de Gazprom, a pris de 2008 à 2010 la tête du National Media Group, et dirige aujourd'hui la Ligue de football russe. Le second est ministre de l’éducation et des sciences. 

SES AMIS LES OLIGARQUES MILLIARDAIRES

À peine propulsé au pouvoir, le président par intérim Poutine signait un oukase pour offrir à la famille Eltsine l’immunité judiciaire. À la tête du FSB, il avait déjà torpillé l’enquête du procureur général Iouri Skouratov sur l’affaire Mabetex, ce scandale de pots-de-vin lié à la restauration du Kremlin qui touchait de près les Eltsine.

Mais une fois installé dans ses fonctions, Vladimir Poutine change rapidement de cap. Il promet d’instaurer la « dictature de la loi » et de tenir à « égale distance » du Kremlin les oligarques de l’époque Eltsine, désormais interdits de politique. En 2003, l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovski donne la mesure de sa volonté. Certains milliardaires, comme Roman Abramovitch, se soumettent aux nouvelles règles. D’autres, comme Vladimir Goussinski et Boris Berezovski, s’exilent, suivis par les principaux actionnaires de Ioukos. Alors qu’un cercle de proches de Poutine les remplace peu à peu.

Guennadi Timtchenko et Gunvor

C’est à cette époque qu’émerge la figure de Guennadi Timtchenko, actionnaire principal et fondateur du géant du négoce des matières premières Gunvor (93 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2012, voir ici la brochure du groupe), et dont la fortune s’élève aujourd’hui à 14,1 milliards de dollars selon le magazine Forbes

 

Guennadi Timtchenko en 2013 
Guennadi Timtchenko en 2013 © Journal Forbes

Le 4 juillet 2013, Guennadi Timtchenko, qui préside le conseil économique de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR), a été élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur.

En 2003, le Russo-Finlandais, ancien camarade de Poutine à Saint-Pétersbourg, est encore un parfait inconnu dont il n’existe même pas une photo sur Internet. Le magazine suisse l’Hebdo est le premier média à l’avoir débusqué sur les bords du Léman, à Cologny, dans la banlieue chic de Genève où il s’est installé depuis 2001 avec sa femme et ses enfants. Il bénéficie d'un forfait fiscal et se présente alors comme un businessman peu important, retiré des affaires. 

À l'époque, les milieux genevois du pétrole bruissent d’interrogations sur ses sociétés de commerce d'hydrocarbures et de produits pétroliers – International Petroleum Products (IPP) et Gunvor, présentes à Genève – qui ne cessent de progresser, déjà partenaires privilégiés de deux compagnies pétrolières, Rosneft et Surgutnefgazet du géant Gazprom.

Les rumeurs se répandent sur ses liens privilégiés avec Vladimir Poutine. Les deux hommes se sont connus à Saint-Pétersbourg à la fin des années 1980. Ils font du judo ensemble dans le club Yavara-Neva dont Poutine est président d’honneur. Timtchenko est alors employé de la société étatique Kirishineftekhimexport, qui exporte les produits pétroliers de la raffinerie du même nom. Lors de la fameuse opération de troc (voir ci-dessus), une petite société nommée Golden Gates (créée par Kirishineftekhimexport et le Comité des relations extérieures de la ville dirigé par Poutine) avait obtenu des quotas à l’exportation de 100 000 tonnes de produits pétrolier (à l’époque 70 millions de dollars), sans qu’aucun produit alimentaire ne soit livré, selon le Financial Times. Une accusation que le fondateur de Gunvor a réfutée, dans l’une de ses nombreuses lettres de rectification adressées aux médias.

Guennadi Timtchenko se lancera ensuite dans le business privé, avec la création de Kinex qui exporte les produits de Surgutneftegaz, via deux sociétés offshore dont la fameuse Gunvor enregistrée à Chypre en 1997. En 1999, il s’installe en Finlande.

C'est pendant le second mandat de Vladimir Poutine, à partir de 2004, que sa carrière décolle. Durant la campagne électorale, le candidat Ivan Rybkine, la marionnette de Boris Berezovski, qui s’est exilé à Londres, brandit à plusieurs reprises le nom encore inconnu de Guennadi Timtcheko, qualifié de « caissier noir du Kremlin ».

Les affaires de Gunvor explosent comme prévu, alors que le dépeçage de Ioukos commence. Fin 2004, Rosneft rachète aux enchères le gisement Iougansneftegaz – l’un des joyaux de l’empire de Khodorkovski –, après qu’il est passé entre les mains d’une mystérieuse société écran : Baikal Finance Group. À partir de cette date, Guennadi Timtchenko remporte une grande partie des « appels d’offres » de Rosneft. Sa compagnie commercialise aussi le brut de Gazpromneft, de Surgutneftegaz et de BP TNK.

Il faudra attendre trois ans pour que ces succès fulgurants et les questions qu’elles posent sur l’implication directe de Vladimir Poutine soient relatés dans les médias. Des articles paraissent dans Le Monde, The Guardian et le Financial Times

Les diplomates américains s’y mettent avec passablement de retard. Une note datée du 24 novembre 2008 (voir ici) – publiée en 2010 sur Wikileaks – estime que « Gunvor pourrait contrôler jusqu’à 50 % du total des exportations de brut russe ». « Selon les rumeurs, la compagnie est l’une des sources de la fortune secrète de Poutine. Elle est détenue par Guennadi Timtchenko qui serait un ancien collègue du KGB de Poutine », lit-on également. Le fondateur de Gunvor vient alors de faire son entrée dans la liste du magazine américain Forbes, avec 2,5 milliards de dollars. En 1999, année de son départ de Russie, il déclarait au fisc finlandais 327 000 euros. En 2000 : 1,5 million, et en 2001 : 5 millions, selon Boris Nemtsov.

Aujourd’hui, le Russo-Finlandais ne rate jamais l’occasion de marteler qu’il ne doit en rien ses fulgurants succès aux liens d’amitié qu’il avait avec Poutine. Il met un point d'honneur à répondre à tous ceux qui l'écrivent. En 2011, il a déposé plainte pour atteinte à l'honneur contre Boris Nemtsov, obtenant d'une cour moscovite que deux phrases soient retirées du rapport Poutine 10 ans : le bilan. Dont celle qui disait que « les vieux amis de Poutine (dont Timtchenko) sont devenus des milliardaires en dollars ». Nemtsov a immédiatement lancé sur Internet un concours de périphrases pour dire la même chose. 

Dans un droit de réponse au Nouvel Observateur en 2012, Guennadi Timtchenko écrit que « Gunvor est transparente. Monsieur Poutine n'en est pas actionnaire ni directement ni indirectement et n'y a aucun intérêt. Elle est détenue à hauteur de 45 % par chacun de ses fondateurs, messieurs Guennadi Timtchenko et Torbjörn Törnqvist, le reste des parts sociales étant détenues par un trust au bénéfice des employés ». En 2007, dans une lettre au Guardian, son associé, Torbjorn Tornqvist, mentionnait à la place de ce trust, un « troisième investisseur » dont l’identité n’a jamais été formellement établie.

En septembre 2011, devant des rumeurs insistantes, Vladimir Poutine avait démenti tout lien avec Gunvor, qui aujourd'hui s'est développée bien au-delà du commerce de brut russe, s'activant dans le gaz, le charbon et le LNG (liquefied natural gas), en Afrique et en Asie. 

La structure du groupe est complexe : une holding enregistrée aux Pays-Bas – Gunvor International BV –, détenue par une offshore, Gunvor Cyprus Holding Ltd. Depuis avril 2007, cette compagnie chypriote mène, selon le Financial Times, à une autre structure enregistrée dans les îles Vierges britanniques (BVI) et nommée EIS Clearwater Advisors Corp. 

Les frères Rotenberg

Ce sont les amis d’enfance du président, ceux avec qui il a fait du judo toute sa jeunesse.

 

Poutine écolier (à gauche), Arcady Rotenberg au premier plan 
Poutine écolier (à gauche), Arcady Rotenberg au premier plan

Les frères Arcadi et Boris Rotenberg pèsent aujourd’hui respectivement 3,3 milliards et 1,4 milliard de dollars. Ils ont créé le groupe Stroygazmontazh, qui compte six sociétés de construction, spécialisées dans les pipe-lines et gazoducs, et dont le principal client est Gazprom. Ils sont aussi les actionnaires principaux de la SMP Bank


Arcady Rotenberg 
Arcady Rotenberg © Rapport "Poutine et la Corruption"

À Sotchi, les Rotenberg ont reçu des morceaux de choix. Comme l’indique la carte de la corruption d’Alexeï Navalny, une de leur sociétés a construit 17 km d’une route escarpée de Sotchi pour 2,5 milliards de dollars, ainsi qu’une partie de la route combinée rejoignant la mer à la montagne dont le montant est astronomique.

 

Boris Rotenberg 
Boris Rotenberg © Rapport "Poutine et la Corruption"

Ils sont aussi actionnaires de Mostotrest, la société qui construit la nouvelle autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg. Dès 2006, ce tracé qui traverse la forêt de Khimi a provoqué une forte résistance chez les écologistes et les habitants de la région. Un journaliste local qui dénonçait la corruption, Mikhaïl Beketov, était resté infirme après avoir été tabassé. Il est mort en avril 2013. 

LE TÉMOIGNAGE DE SERGEI KOLESNIKOV ET LE « PALAIS DE POUTINE »

C’est le premier témoin à lever le voile sur la manière dont Vladimir Poutine a pu amasser, via ses anciens camarades, une fortune considérable. En décembre 2010, Sergeï Kolesnikov, un homme d’affaires de 64 ans, quitte précipitamment la Russie. Trois mois auparavant, il avait adressé une lettre au président Dmitri Medvedev (voir ici la version en russe 1, 2, 3, 4). Il y détaille les malversations à grande échelle qui se sont déroulées autour de la société Petromed, créée en 1992 à Saint-Pétersbourg avec le concours du Comité des relations extérieures de la ville alors dirigé par Vladimir Poutine.

 

Sergeï Kolesnikov 
Sergeï Kolesnikov © New York Times

Kolesnikov est alors l’un des actionnaires. En 2000, Nikolaï Shamalov, un ancien de la coopérative Ozero (voir ci-dessus), alors représentant de Siemens AG en Europe de l’Est et en Russie, lui propose de gérer de gros contrats d’importation de matériel médical. La proposition émane de Vladimir Poutine lui-même : « Comme l’a expliqué plus tard Shamalov, la condition avancée par Poutine était que Petromed reverse 35 % du financement reçu sur des comptes à l’étranger », écrit Sergeï Kolesnikov. Il est prévu que des oligarques financent gracieusement le projet et que les 35 % accumulés sur les comptes de sociétés offshore reviennent ensuite en Russie sous forme d’investissements, sous le contrôle direct du président russe.

En 2001, le milliardaire Boris Abramovitch offre 203 millions de dollars à travers son fond Polious Nadejdi (pôle de l'espoir), créé pour venir en aide aux habitants de la Tchoukotka. Puis Alexeï Mordachov, de Servestal (le géant de l'extraction de métaux et de la sidérurgie), donne 14,9 millions de dollars. D'autres oligarques s'y mettent aussi. Soit un total de quelque 400 millions. Du matériel médical est bien livré en Russie. Comme convenu, 148 millions de dollars atterrissent sur le compte d’une offshore enregistrée à Tortola, (BVI) Rollings International, et d’une panaméenne, Santal Trading. Une compagnie d’investissement est alors créée, Rosinvest, une société avec des actions aux porteurs, ce qui permet aux bénéficiaires de rester anonymes.

 

Le cheminement de l'argent 
Le cheminement de l'argent © Sergeï Kolesnikov

Des projets sont développés, dans la construction navale et l’immobilier. Mais en 2009, toujours sur demande de Poutine, toutes les forces sont mises sur le développement d’un chantier baptisé Projet Sud. Il prévoyait au départ la construction d’une zone de repos sur les bords de la mer Noire près de Praskoveyevka, et la plantation de vignes. Dès 2009, l’ensemble prend des allures de chantier de la démesure. « Tout cela a abouti à la construction d’un énorme palais, dans le style italien, avec un casino, des théâtres, des piscines, un complexe de sport, des pistes d’atterrissage pour hélicoptères (...), des maisons pour le personnel », écrit l’ancien de Petromed, qui estime à près d’un milliard de dollars les dépenses. En 2009, tout cet ensemble passe entre les mains d’une société privée proche de Nikolaï Shamalov. Serge Kolesnikov comprend qu’il est impliqué dans une vaste opération de détournement. Il reçoit des menaces et quitte le navire.


Le "palais de Poutine" sur Google Earth 
Le "palais de Poutine" sur Google Earth

Sa lettre très détaillée adressée à Medvedev est restée sans effet. Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a apporté un démenti en disant que « M. Poutine n’entretient aucun rapport avec cet édifice ». Quelque chose qui pourrait ressembler au « palais de Poutine » a été localisé sur les bords de la mer Noire à Gelendjik, près de l'endroit indiqué par Kolesnikov. Une forteresse gardée par les FSO (services d'ordre de la présidence), auxquels se sont heurtés des activistes locaux.

RuLeaks, le site russe de Wikileaks, avait en 2011 posté des photos, tout en précisant ne pas savoir s’il s’agissait bien du même palais. Aujourd’hui, les clichés sont inaccessibles à cette adresse, mais on peut les retrouver ici. 

Selon la Novaya Gazeta, le palais a finalement été vendu, en mars 2011, à Alexandre Ponomarenko, un proche des frères Rotenberg, via une compagnie chypriote.

 

Un des clichés du prétendu "palais de Poutine" 
Un des clichés du prétendu "palais de Poutine"

En prenant la fuite, Sergeï Kolesnikov a emmené avec lui des documents qui prouvent son implication dans les projets avec Nikolaï Shamalov, et de nombreux enregistrements.

Il a raconté son histoire à plusieurs médias dont le Washington Post, le New York Times, la Novaïa Gazeta et, plus récemment, il apparaît dans un reportage de l'agence Capa, La fortune cachée de Poutine, diffusé le 3 février sur Canal +. On peut aussi voir son témoignage en russe, filmé par Golos Amerika (la Voix de l'Amérique). En mai 2012, il était auditionné devant le parlement britannique (voir ici).

Mais c’est au journal New Times et à sa directrice Evguenia Albats qu’il a donné, en février 2012, les éléments les plus intéressants, dont deux heures et demie d’enregistrements effectués au siège de la société Petromed. Dans une des conversations, on entend Nikolaï Shamalov et un autre camarade de Poutine faire le point sur « l’argent de Mikhaïl Ivanovitch », soit 439 millions de dollars déposés sur les comptes de la offshore Rollings. Or, comme l’affirme Sergeï Kolesnikov, « Mikhaïl Ivanovitch » est le nom de code utilisé pour désigner le président. À ce jour, aucune poursuite n'a été lancée contre le “whistleblower” russe. Joint aux États-Unis par Mediapart, Sergeï Kolesnikov explique être désormais « obligé de changer très souvent de lieu d'habitation » pour assurer sa sécurité. 

LES GOÛTS DE LUXE DE VLADIMIR VLADIMOROVITCH

Si « Mikhaïl Ivanovitch » n’a pas été formellement identifié, les goûts de luxe du président russe apparaissent, eux, au grand jour. Dans un rapport de 2012, Boris Nemtsov s’attaque aux signes extérieurs de richesse du président, sous le titre Une vie de galérien : palais, yachts, automobiles, avions et autres accessoires (voir ici le rapport en russe).

 

La vie d'un galérien : palais, yachts, automobiles, avions et autres accessoires 
La vie d'un galérien : palais, yachts, automobiles, avions et autres accessoires © Boris Nemtsov

Toutes les résidences du président y sont recensées, ainsi que les somptueux achats faits ces dernières années par l’administration présidentielle, comme deux énormes yachts, Sirius et Olympia, acquis pour 87 millions de dollars.

Sa passion pour les montres de luxe est particulièrement connue. Le mouvement Solidarnorst a réalisé un petit film intitulé « Les Montres d’un kleptocrate » (voir ici).  

À deux reprises, en 2009, le leader russe a fait cadeau à de simples citoyens de la montre suisse qu’il portait au poignet. Un modèle qui coûte 10 500 dollars. En 2010, il en a jeté une autre dans le ciment alors qu’il visitait un chantier. Solidarnost en a recensé une quatrième du même modèle, ainsi que d’autres coûtant respectivement 65 000 et 500 000 dollars. Ce qui fait un total de 22 millions de roubles (à l’époque 545 000 euros), alors que la dernière déclaration de revenus produite en 2012 par Vladimir Poutine indique la somme de 3,6 millions de roubles (108 000 euros pour l'année 2011).

 

Déclaration de revenus du candidat Poutine en 2012

Déclaration de revenus du candidat Poutine en 2012 © Solidarnost

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 18:22

 

Source : www.eurojournal.net

 

Coup de geule : Honte à l’Europe !

13. Februar 2014
Bravo, l'Europe de Bruxelles ! Tu vas arriver à dégoûter les plus fervents défenseurs de l'Europe. Foto: BiiJii / Wiki Commons
Bravo, l'Europe de Bruxelles ! Tu vas arriver à dégoûter les plus fervents défenseurs de l'Europe.
Foto: BiiJii / Wiki Commons

                                                                                                                                                                                                             L’Europe trahit les principes des Droits de l’Homme

(KL) – Honte aux dirigeants européens ! Hier, à Bruxelles, la Commission des Affaires Intérieures du Parlement Européen a porté un coup grave à l’Europe des Droits de l’Homme. Avec 33 voix (et 17 abstentions), cette commission a refusé la motion 182 du rapport européen sur la protection de données et l’affaire de la NSA, rapport qui sera voté au Parlement à Strasbourg lors de la session du mois de Mars. Cette motion demandait «à tous les états-membres de l’UE de laisser tomber d’éventuelles poursuites judiciaires contre Edward Snowden et de lui proposer la protection contre les poursuites, l’extradition ou des verdicts de tiers parties, en reconnaissance de son statut de lanceur d’alerte et de défenseur international des Droits de l’Homme.» En refusant l’intégration de ce passage dans le rapport, les eurodéputés ont réussi la quadrature du cercle – ils ont produit un rapport sur le scandale de la NSA, sans même mentionner Edward Snowden (sans qui le monde n’aurait même pas connu l’étendue des activités de la NSA). Et surtout, ce vote constitue une trahison des Droits de l’Homme – en dehors de tout discours diplomatique, malgré l’annonce de la fin du scandale de la NSA décrétée aux Etats-Unis par François Hollande, tout le monde sait pertinemment que les USA organisent une chasse à l’homme. L’Europe humaniste préfère tourner le regard. Nous avons du être saoul lorsque nous avons voté pour ces 33 et 17 dirigeants-là.

On se demande pourquoi nos élus lêchent ainsi les bottes des Américains. Vous vous rendez compte ? Dans cette commission du Parlement Européen, pas une seule voix ne s’est levée pour défendre la sécurité et la liberté de celui qui a ouvert les yeux au monde ! On se fiche des raisons politiques et stratégiques qui ont poussé 33 élus à voter contre la motion 182, on se fiche des 17 abstentions (qui sont aussi graves que les votes contre – avons-nous élu des dirigeants pour que ceux-ci n‘aient même pas le courage d’avoir une opinion ?!) – la prestation de nos eurodéputés est de nature à dégoûter les Européens des prochaines élections.

Ils ont beau organiser des tables rondes et des colloques pour tenter de mobiliser les citoyens européens à aller voter – cela ne servira à rien, tant que nos dirigeants mènent une politique aussi lamentable. L’intox organisée autour de la personne d’Edward Snowden a prise, au moins chez ceux qui l’ont organisée. Pour la plupart des citoyens, par contre, Edward Snowden est et restera un héros, une sorte de Che Guevara de l’ère numérique et nos élus le sacrifient au profit d’une soi-disante amitié transatlantique ?

Si l’Europe défendait les valeurs humanistes, elle aurait protégé Edward Snowden depuis longtemps. Même les conservateurs auraient du voter pour la protection d’une vie humaine, car la chasse à l’homme à la sauce américaine n’est pas exactement autorisée par la Bible. Et que se passe-t-il ? Pas un seul parmi 50 eurodéputés siègeant dans cette commission n’a eu le courage d’agir pour les Droits de l’Homme ?

Le manque de courage de nos élus, la soumissions aux Américains qui eux, en échange, nous privent de nos libertés citoyennes, les stratégies négociées derrière les portes fermées de Bruxelles entre les représentants des groupes d’intérêts et leurs agents sur la scène politique – si vous cherchez des raisons pour le désamour entre les Européens et leurs institutions, ne cherchez pas plus loin. C’est avec ce visage inhumain, cynique, intéressé que nos dirigeants veulent nous faire cautionner leur politique par notre vote ? Et quoi encore ?

Et nous, au Rhin Supérieur, qui nous vantons sans cesse de vivre dans la région qui est le berceau de l’humanisme rhénan, Strasbourg, qui s’est auto-proclamée «capitale des Droits de l’Homme», nous avons fait quoi pour Edward Snowden ? Est-ce qu’on l’a convié au «Forum Mondial de la Démocratie» au mois de décembre à Strasbourg, en lui délivrant un sauf-conduit, que cela plaise ou non à ceux qui nous espionnent 24/24 ? Non. On y a discuté SUR Edward Snowden, mais on n’avait pas le courage de discuter AVEC Edward Snowden. Est-ce que Edward Snowden a été nommé «citoyen d’honneur» par la «capitale des droits de l’homme» ? Non. Est-ce qu’il a été retenu pour l’un des prix honorant des défenseurs des libertés et des Droits de l’Homme ? Bien sur que non. L’Europe préfère se prosterner devant les Américains.

Et est-ce que tous ces fins tacticiens sur le clavier politique ne comprennent pas que ce sont eux qui poussent les électeurs dans les bras des séducteurs qui nous guettent à l’extrême-droite ? Est-ce qu’ils ne comprennent pas qu’ils sont en train de mettre en péril le projet «Europe» ? Est-ce qu’ils ne comprennent vraiment pas que c’est leur attitude molle, lamentable et incompréhensible qui fait que les gens se détournent des institutions européennes?

Nos dirigeants se trompent en pensant que les gens ne veulent pas de l’Europe. Les gens ne veulent plus de cette Europe qui les trahit à répétition, les gens s’attendent à une Europe effectivement humaniste, sociale, solidaire – donc, une société radicalement opposée à l’idéal américain qui lui, mise sur la violence, l’uniformisation, la surveillance totale et une vie de robot.

Mais pour mieux faire, nos dirigeants européens devraient se remettre en question pour changer de cap. Les Européens ne veulent plus d’une Europe au service des intérêts financiers, des banques, des fabriquants d’armes, des Américains qui chassent et menacent ceux qui disent la vérité, les Européens ne veulent plus d’une Europe qui laisse en rade toute une génération de jeunes talents dans le Sud du continent, les Européens veulent que TOUS les Européens puissent mener une vie digne – mais nous ne voulons plus de cette Europe qui ferme les yeux devant des crimes et injustices cyniques.

Chers dirigeants, il vous reste 100 jours pour comprendre cela et pour nous proposer de vraies visions européennes. Si vous n’y arrivez pas, vous pourrez regarder avec nous la prise du pouvoir en Europe par ceux qui prêchent la haine, la violence, le nationalisme. Et si cela devait se produire, vous en serez entièrement responsables. 100 jours. Pas plus.

 

 

Source : www.eurojournal.net

 


 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 18:17

 

Source : leilachaibi.fr

 

Virée collective à la CAF, histoire d’une petite victoire

 

 

 

Le 13 février 2013, Djamal Chaar, chômeur en fin de droits, s’était immolé devant un Pôle Emploi à Nantes. Un an après son suicide, des milliers de victimes du chômage et de la crise continuent de souffrir en silence. Radiations abusives de la liste des demandeurs d’emploi, « trop-perçus » réclamés alors que leur compte bancaire est largement dans le rouge, RSA coupé au mépris du droit…. Les précaires au chômage, isolés, éparpillés, n’ont pas de collègues de travail ou de délégué syndical avec qui s’organiser pour faire respecter leurs droits. Ils se retrouvent seuls, souvent sans aucun revenu, l’oreille pendue au serveur vocal de la CAF, ou face au guichet devant un agent de la machine administrative lui aussi victime du système, parce que dépourvu de moyen face à l’afflux des personnes qui défilent. Hier, une petite dizaine de personnes issues de divers réseaux militants (DRM, l’Appel et la Pioche, collectifs anti-précarité, etc.) a prouvé qu’en cassant cet isolement et en s’organisant collectivement, il était possible de faire face à la machine institutionnelle administrative et de faire respecter des droits bafoués. Petit compte-rendu de cette opération.

Au mois d’août 2013, la CAF a cessé de verser à Fahima le RSA activité qu’elle touchait en complément des heures de ménages qu’elle effectuait chaque semaine. Elle ne comptait plus les courriers envoyés depuis 6 mois, les entretiens au guichet avec les agents, les justificatifs fournis prouvant qu’elle était bel et bien dans ses droits, les faux prétexte qui lui avaient été donnés oralement puis démentis ensuite par un autre fonctionnaire. Toutes ces démarches individuelles n’avait abouti à rien, et Fahima n’avait jamais réussi à obtenir ne serait-ce qu’une notification écrite de la raison de la suspension de son RSA. 

Nous avons décidé de débarquer en groupe à la CAF de la rue Nationale, dans le 13e arrondissement de Paris, dans l’objectif de débloquer le dossier de Fahima.

La dernière fois que j’avais mis les pieds dans cette CAF remontait à deux ans. Je me souviens qu’il suffisait de rentrer, prendre un ticket, puis attendre son tour assis dans la salle d’attente. Hier j’ai immédiatement été frappée par l’affluence, apparemment devenue quotidienne. Il y avait énormément de monde. Une heure de queue sur le trottoir à l’extérieur. Puis une demi-heure de queue à l’intérieur, jusqu’à un premier guichet d’accueil filtrant qui nous donne accès aux fauteuils de la salle d’attente. Là, encore une bonne demi-heure avant que le nom de famille de Fahima apparaisse sur l’écran, lui indiquant que c’était son tour d’être reçue par un agent de la CAF. Au total, nous avions donc patienter plus de deux heures.photo-3

Quand le nom de Fahima s’affiche, celle-ci se rend au guichet indiqué, comme elle le fait d’habitude quand nous ne ne sommes pas dix à l’accompagner. Au bout de quelques minutes, je la vois et l’entend (je l’entend surtout en fait, Fahima a la voix qui porte) se retourner vers la salle d’attente et crier : « Je ne partirai pas avant d’être reçue par un responsable ! ». 

Le signal est lancé, notre action peut démarrer. Un complice sort de son sac une grande bâche en plastique transparente et un rouleau de rubalise. Au départ, les services de sécurité restent de marbre face aux protestations de Fahima. Les autres usagers qui patientent ne réagissent pas vraiment non plus. Tout le monde semble blasé par ce genre d’esclandre, qui a tout l’air d’être très fréquent.

Benjamin et moi lançons le mouvement en déroulant de la rubalise entre les poteaux, à travers les bancs et sur tout le mobilier de la salle d’attente : « Attention il y a une épidémie de précarité ici, la zone doit être mise en quarantaine pour empêcher la propagation du virus à toute la société ». Puis des acolytes se lèvent aussi et installent la bâche sur un guichet.

photo 2

Les autres accompagnateurs incognito de Fahima sortent aussi de l’anonymat de la salle d’attente pour prendre part à l’action en distribuant des tracts en hommage à Djamal Chaar. Notre petit spectacle fait son effet et perturbe le fonctionnement de la CAF. Plusieurs usagers se joignent à nous : « Vous avez raison, c’est la même galère pour moi ». Un ou deux autres se plaignent du boucan, Fahima leur lance : « On est tous dans le même sac, l’égoïsme nous affaibli ! » 
Nous crions : « Nous partirons quand le dossier de Fahima sera débloqué ». Fahima enchaîne : « Je veux sortir d’ici avec un papier qui m’explique pourquoi mon RSA activité a été coupé ».

A peine cinq minutes après le début de notre happening, un homme en costume-cravate apparaît. Il s’agit du responsable de la CAF. Il nous annonce qu’il accepte de recevoir Fahima pour débloquer son dossier. Deux autres personnes qui attendaient dans la salle d’attente souhaitent elles aussi profiter de l’arrivée du responsable pour accélérer leurs démarches. Nous les intégrons au groupe et demandons à ce que leurs dossiers soient traités aussi.

photo 4

Soudain deux policiers débarquent et nous demandent de quitter les lieux. L’un de nous leur explique : « Nous sommes là pour que des droits soient appliqués. Vous devriez être de notre côté, c’est votre boulot de faire appliquer la loi, non ? ».  Au bout de quelques minutes, après avoir parlé au monsieur à cravate de la CAF,  les flics s’écartent.

Sous la pression de la « mise en quarantaine anti-précarité » qui continue autour, Fahima est reçue dans un bureau. Avec mon ami Serge, nous l’accompagnons. Sur la table, elle étale le contenu de sa chemise cartonnée, preuves de sa bonne foi : les photocopies des formulaires complétés et des courriers envoyés, les accusés de réception des recommandés. Sur l’ordinateur, son dossier est examiné.

photo 3

Vingt minutes plus tard, le verdict tombe : un agent zélé avait bloqué son dossier et suspendu le RSA sans aucun motif valable. Je demande : « Mais pourquoi ce que vous nous dites là, Fahima n’a pas pu le savoir toutes les autres fois où elle est venue au guichet ? ». Le responsable me répond : « Les agents qui sont au guichet ont la consigne de ne pas passer plus de 15 minutes par dossier, parce que sinon on ne pourrait jamais recevoir tout le monde. Ils n’ont pas accès au fond du dossier pour retrouver l’origine du problème comme je l’ai fait aujourd’hui. Et je ne peux pas m’occuper de tous ceux qui demandent à voir le responsable ». Et puis, il lance : « C’est bon, vos droits sont rétablis, vous allez recevoir par virement ce qu’on vous doit ».

Soulagement. Nous repartons avec un sentiment de victoire. Qu’a-t’on gagné ? Simplement, l’application des droits existants. L’action collective a permis de faire valoir les droits bafoués d’une précaire. Si le collectif est décidément la plus efficace des armes, je pense à tous ceux qui, anonymes et seuls sont en train de faire la queue à la CAF parce qu’ils se retrouvent sans ressources à cause d’un RSA coupé, sans savoir pourquoi. Que ces personnes nous contactent, notre petite action d’hier nous a donné envie de renouveler l’expérience !

 

Source : leilachaibi.fr


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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 17:54

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Croissance : la gueule de bois des déclinistes

|  Par Hubert Huertas

 

 

 

Les économistes officiels disaient donc des âneries. Ils s’étranglaient avec des mines de fossoyeurs excédés, en assurant que la France était à la traîne de l’Europe, et que le différentiel avec l’Allemagne ne cessait de se creuser. Ils ont tout faux depuis ce matin, après la publication des chiffres de la croissance.

À entendre la plupart des économistes, la sagesse et le réalisme conduisent à engager “la réforme structurelle”, c’est-à-dire à imposer des mesures de rigueur, comme en Allemagne. Or la France ne se porte pas bien, mais pas plus mal que son voisin, et même un peu mieux que la moyenne de l’Europe. Ce n’est pas le modèle français qui est en cause, c’est celui de l’austérité.

Tous ces savants ont donc la gueule de bois. Depuis le temps qu’ils se saoûlaient à la mauvaise nouvelle, les résultats de 2013, pourtant fragiles, leur font l’effet d’une douche glacée.

Quelle catastrophe, il n’y a pas de catastrophe !

Ils rament donc pour trouver des raisons d’espérer, c’est-à-dire de désespérer.

Dans le Nouvelobs.com, Philippe Crevel, économiste chez l’assureur Generali, met en garde comme la plupart de ses collègues contre un “risque de stagnation”, et souligne que « si le résultat est supérieur aux attentes du gouvernement, il est tout de même inférieur à sa prévision initiale, qui était de 0,9 % en janvier ».

Ouf !

Ne lui dites pas qu’en Allemagne la prévision initiale était de 1,8 % pour 2013, avant d’être ramenée à 0,8 cet automne, puis à 0,4... Il croit que la France est un cas unique en Europe.

D’ailleurs, il précise sa pensée : si la France a surpris positivement, c’est « grâce à la politique européenne » qui aurait accordé un délai pour réduire le déficit. Ne lui dites pas que les vingt-huit pays de l’Union européenne ont affronté une récession moyenne de - 0,4, donc que la France fait partie des moins malades sur un vieux continent anémique.

Dans le journal La Tribune, un éditorialiste du marché des changes a mis en ligne ses prévisions et commentaires, une heure avant la publication de l’Insee. Il annonçait « une croissance atone de 0,1 % et un résultat qui aurait pu être bien pire s’il n’y avait eu un léger mieux au niveau de la consommation des ménages ». Il a dû faire la grimace en apprenant que l’investissement des entreprises était redevenu positif après deux ans de régression, et que le nombre d’emplois salariés avait un peu progressé au dernier trimestre 2013.

Pas de quoi pavoiser, certes, et Pierre Moscovici, bien que légèrement euphorique, s’efforçait à la modestie. Mais il y a comme un contraste : quand on prédit le désastre à longueur d’éditos, comme Nicolas Baverez, une annonce à peine passable a l’air d’être une bonne nouvelle…

Au-delà de l’anecdote, c’est-à-dire de la bisbille politicienne entre un gouvernement qui essaiera de s’attribuer les mérites d’un timide redémarrage, et une opposition qui voudra les minimiser, cette modeste embellie met en avant l’une des questions les plus politiques du moment, et sans doute les plus taboues.

Le déclin de la France est devenu un discours obsédant. Une espèce d’évidence officiellement technique. Un raisonnement de bon sens, implacable dans l’énumération des faits et des réalités. Ne pas y croire, et ne pas s’y soumettre, est une forme de sacrilège. Il faudrait « ouvrir les yeux », et admettre que la France « a pris du retard », notamment vis-à-vis de l’Allemagne, en refusant de mener à bien les fameuses « réformes structurelles » qui auraient permis à notre voisin d’outre-Rhin de résister à la crise et de connaître une croissance remarquable.

Selon cette « évidence », la France devrait faire du Gerhard Schröder. Le chœur des économistes le dit, le Medef aussi, la droite le répète, et François Hollande le confirme. Pour faire court (mais à peine…), il faudrait s’attaquer à l’État-providence, en réduisant le nombre de fonctionnaires, en limitant les services, en sabrant dans les allocations (chômage, santé, ou retraites par exemple)...

Officiellement, ce programme de “réformes” pieusement dissimulé sous l’expression de “Réduction des dépenses de l’État” ne serait pas politique, mais simplement comptable. Ce serait la seule voie possible pour équilibrer le budget, réduire l’endettement, rendre aux entreprises leur dynamique, et au pays sa souveraineté. S’y opposer serait un acte idéologique et antipatriote, une manière de condamner la France. Il faudrait accepter les sacrifices, les boulots à un euro, la précarité, l’écart croissant entre les riches et les pauvres, ce serait un investissement, la preuve : l’insolente réussite de l’Allemagne !

Il se trouve que depuis trois ans, contrairement au catéchisme ambiant, l’écart ne se creuse pas entre le pays qui n’a pas su faire “la réforme”, et celui qui a su. En 2010, le différentiel de croissance entre la France et son modèle était de deux points, en 2013 il n’est plus que de 0,1 point !

Il se trouve aussi que la France n’est pas la seule à stagner, et que son fameux modèle social, ce damné, ce galeux, dénoncé comme un conservatisme et une antiquité, n’est pas un problème majeur. Le problème fondamental dont nous souffrons court à travers tous les pays d’Europe, Allemagne comprise. Ce n’est pas un “modèle social”, c’est une politique européenne qui ne ferait pas de politique mais seulement de l’économie…

La croissance mondiale repart, l’Europe est à la traîne, mais le problème viendrait de ce que la France est trop frileuse, et qu’elle ne taille pas, ou pas encore, à la Gerhard Schröder, dans ses services publics et son système de protection sociale !

Si les chiffres publiés par l’Insee ne sont pas une victoire pour le gouvernement français, ils sont une défaite cinglante pour tous ceux qui brandissent l’Allemagne comme un modèle absolu, et la France comme un repoussoir.

Se tairont-ils enfin, ces prédicateurs d’apocalypse, ou se montreront-ils modestes ? Ils parleront encore plus fort, comme d’habitude. Le désastre économique et financier de 2008, qu’ils n’ont pas vu venir, n’a fait qu’amplifier leurs demandes de “réformes” libérales, et leur mépris pour les États qu’ils ont appelés au secours.

La preuve de l’échec de leur orthodoxie ne fera donc que les galvaniser. Déjà, ce soir, ils expliquent que compte tenu de la démographie française, la croissance de 0,3 rapportée au nombre d’habitants est en fait une récession !

Sauvés, nous sommes perdus !

Déjà, ils admettent que l’Allemagne a calé en 2013, mais se tournent vers 2014, et s’enthousiasment avec une statistique toute chaude : notre pays ferait du surplace tandis que son partenaire frôlerait les 2 %.

Quand on veut tuer sa France, on dit qu’elle a l’Allemagne ! Si cette controverse officiellement économique n’est pas une immense bataille politique, une vraie guerre 14-18, c’est que Newton a capturé sa pomme au lasso, et qu’Archimède a inventé l’aéroplane.

 

Source : www.mediapart.fr

 


 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 17:29

 

Source : www.marianne.net

 

"Le néolibéralisme ne tiendra plus très longtemps"

Samedi 15 Février 2014 à 05:00

 

RICHARD SENNETT

 

Auteur du "Travail sans qualités", le philosophe américain, qui fut l'élève d'Hannah Arendt, revient avec un nouveau livre, "Ensemble", réflexion sur la faillite de la coopération dans les sociétés libérales avancées

. Sébastien Lapaque l'a rencontré à Paris.


"Le néolibéralisme ne tiendra plus très longtemps"
Ensemble est le deuxième volume d'une trilogie dont le sociologue et historien des idées Richard Sennett avait annoncé le plan dans son précédent livre, Ce que sait la main, la culture de l'artisanat (Albin Michel, 2010). Après s'être penché sur le goût du travail bien fait et sur l'élan spontané de solidarité, Richard Sennett s'intéresse au sentiment d'étrangeté. «Si grands sont les changements nécessaires pour modifier les rapports de l'humanité avec le monde matériel, explique-t-il, que ce seul sentiment d'être déplacé et étranger peut inspirer les pratiques effectives du changement et réduire nos désirs dévorants.» Ces «pratiques du changement» sont au cœur de son dernier livre. Comment faire en sorte que le bonheur et l'avantage d'être ensemble prennent le pas sur le repli tribal du «nous contre eux» ? Nous avons posé la question à ce phare de la pensée critique contemporaine, dont l'œuvre riche et variée est publiée en France depuis plus de trente ans.

Marianne : Au début de votre livre, vous évoquez la Politique d'Aristote : «L'homme est un animal social.» Ce retour à des choses très anciennes est-il une façon de rappeler que la coopération est une donnée anthropologique universelle ?

Richard Sennett : Oui. Je voulais d'abord montrer que la mise en relation de chaque individu avec des gens différents, et même étrangers, fonde l'expérience humaine. C'est une réalité qui a été occultée. Je suis un peu troublé par le sous-titre de la version française de mon livre : Pour une éthique de la coopération. Car il ne s'agit pas d'éthique, en fait ! Ce mot fait oublier que la coopération est une chose naturelle. Ce n'est pas un choix. Pour survivre, les animaux coopèrent, les hommes coopèrent... L'important, c'est de regarder comment ils coopèrent.

Et l'important, également, est de comprendre pourquoi ils ne coopèrent plus autant ?

R.S. : Pourquoi cette évolution contre nature ? A cette question, il n'y a pas une seule réponse, mais plusieurs réponses possibles. On ne peut pas se contenter de dire que c'est la faute du capitalisme. J'essaie de comprendre ce qui s'est passé en me souvenant de l'organisation sociale des Grecs et des Romains. Chez eux, la coopération était un devoir et un rituel interactif. A aucun moment, il n'était question de choix. C'est aujourd'hui que la coopération est devenue un choix.

Pourquoi vous intéressez-vous au socialisme français du XIXe siècle ?

R.S. : En France, aux XVIIIe et XIXe siècles, il existait, dans la société civile, un réseau riche et varié d'institutions coopératives, d'ateliers et de petites organisations qui constituaient une sorte de socialisme de fait, même si on n'employait pas alors ce mot-là. Je crois que c'est de là que vient la séparation, au début du XXe siècle, entre la gauche politique, celle des partis, et la gauche sociale, celle des syndicats. La chose qui m'étonne dans votre pays, la France, et que je ne comprends pas, c'est la raison pour laquelle ces institutions sociales et coopératives se sont brutalement effondrées.

Dans un chapitre intitulé «Le grand chambardement», vous esquissez une réponse : l'accroissement des inégalités. Selon vous, c'est ce phénomène qui explique le repli tribal auquel nous sommes confrontés ?

R.S. : Dans une certaine mesure, mais regardez comment étaient autrefois organisées les armées sur les champs de bataille. Il y avait à la fois des soldats et des officiers. Mais l'inégalité n'empêchait pas la coopération. Ce qui est nécessaire, pour que cela fonctionne, c'est une formule qui légitime les relations sociales. Ce que j'ai appelé le «triangle social», dont les trois côtés sont l'autorité acquise, le respect mutuel et la coopération. Le problème, c'est quand l'espace de légitimation est vide. A ce moment-là, l'inégalité est brute et la possibilité de coopération, détruite. C'est une observation pratique. On l'a vu dans les entreprises financières de Wall Street que j'ai étudiées au moment de la crise de 2008. Avec leur mentalité très agressive, très individualiste et très inégalitaire, beaucoup de ces entreprises se sont effondrées par manque de cohésion sociale. Au premier problème, tout le monde a fui. Il manquait le triangle social capable de soutenir l'ensemble. Je dis cela parce qu'on a tendance à le négliger. Nous sommes disposés à considérer que la compétition est plus fondamentale que la coopération. C'est une forme de romantisme. Car la coopération, mêlée avec la compétition individuelle, est nécessaire aux affaires humaines. L'idée que ce serait un choix ou un luxe, et non quelque chose de fondamental, est fausse.

C'est drôle que vous parliez de romantisme. Ne sommes-nous pas plutôt tentés de penser que c'est la morale de l'atelier qui est romantique ?

R.S. : Je ne suis pas d'accord. Regardez ce qui se passe en Asie avec la microfinance et les petites coopératives. Dans ce qu'on appelait autrefois le tiers-monde, on voit émerger tout un réseau de petits artisans extrêmement efficaces. Est-ce que cela va perdurer ? Est-ce que cela va réussir ? Je n'ai pas la réponse, mais on voit bien que c'est un moyen de développement qui suit exactement l'esprit des coopératives du XIXe siècle. Nous avons une réponse extraordinaire au néolibéralisme. Derrière le flux global se dessine un futur possible. Il y a des leçons à prendre dans l'organisation sociale du XIXe siècle et dans ces expériences contemporaines.

Vous parlez vous-même de «bête capitaliste». Comment pouvez-vous croire que cette bête qui privatise le vivant, prétend que les semences et l'eau lui appartiennent, va laisser prospérer des petites mutuelles agricoles ?

R.S. : Parce qu'elles sont trop petites ! Ces associations locales sont invisibles pour le capitalisme prédateur. Elles ne sont pas de taille à intéresser les gens qui travaillent en milliards de dollars. Certains pensent que je rêve, mais j'y crois absolument.

Dans votre livre, ce que vous dites du narcissisme contemporain, notamment à propos de Facebook, des comportements sociaux négatifs, de la «comparaison envieuse», de l'impossibilité, voire de l'interdiction du travail bien fait dans les sociétés libérales avancées, ne laisse-t-il pas l'impression d'un saccage culturel qui rend impossible le retour aux solidarités concrètes ?

R.S. : Pour les autres, oui, mais pas pour moi ! C'est vrai que, parmi les jeunes, les déçus de la gauche politique se sentent vraiment écrasés. Il y a peu de jeunes gens qui croient que l'action politique peut être efficace dans la vie. Mon espoir est dans les associations, les coopératives et les syndicats. Je crois qu'il existe aujourd'hui une alternative pour la gauche, et je ne crois pas que, pour vous, ce soit François Hollande.

Vous évoquez la conversion de la gauche politique au marché et parlez de la puissance d'intégration culturelle du néolibéralisme. Ne faut-il pas discerner quelque chose d'implacable, peut-être même de totalitaire, dans l'évolution actuelle du monde et de la vie ?

R.S. : Peut-être que le néolibéralisme sera une chose très courte dans l'histoire des hommes. Ce n'est pas un système viable. Je persiste à croire qu'il est mauvais pour l'individu, destructeur de soi et des autres. Je suis persuadé que tout cela ne durera pas. Très court, je vous dis. Comptez. Depuis combien de temps vivons-nous sous ce régime ? Trente ans, quarante ans ? C'est restreint. C'est presque fini. Cela ne va pas durer beaucoup plus longtemps. Même le capitalisme va s'épuiser et se détruire. Nier la profondeur du social n'a aucun avenir. Je n'aime pas le mot «naturel», mais c'est bien à cela que nous avons affaire : la négation des dispositions naturelles des individus. Maintenant, le problème sociologique fondamental à résoudre, c'est de comprendre comment deux phénomènes peuvent exister en même temps : l'inégalité et le respect mutuel. Il a existé des sociétés dans lesquelles c'était possible. Pourquoi cela serait-il devenu impossible ? C'est en me posant cette question que je me dis que le néolibéralisme est vraiment à court terme. On voit bien qu'il lui manque quelque chose, que tout cet édifice est fragile et impossible politiquement.

C'est peut-être ici que vous allez me parler d'Hannah Arendt, dont vous avez été l'élève. Ce qui manque aux sociétés humaines, c'est l'autorité ?

R.S. : Je dirais plutôt la légitimité. Et je tiens cela de ma lecture de Max Weber. C'est un de ses principes fondamentaux : un système de pouvoir brut, sans principe de légitimité, est impossible. Voyez ce qu'on observe en ce moment en Afrique, avec des guerres civiles qui éclatent sans cesse. C'est la même chose dans l'entreprise capitaliste moderne. On voit bien qu'il est impossible de se passer de légitimité.

Comment expliquez-vous le fait que le management contemporain, que vous avez longuement étudié dans le Travail sans qualités, a aujourd'hui autant de partisans ? A lire vos livres, par exemple Ce que sait la main, on a vraiment l'impression qu'il est destructeur et contre-productif. Comment éclairer sa permanence dans une société obsédée par le profit et la productivité ?

R.S. :J'y reviens toujours. Cela s'explique directement par le manque d'autorité. Aujourd'hui, le commandement n'est plus un moyen, même pas un but. C'est devenu un objet. Il n'a plus aucun lien avec l'autorité. Pour Hannah Arendt, c'est là qu'on observe la banalité du mal. C'est parce qu'on s'habitue à ne pas y penser que l'absurde est possible. Mais, dès lors qu'il y a une réflexion critique, tout s'effondre et on peut s'en sortir. Je le remarque aujourd'hui chez les jeunes, en France, en Espagne, en Grèce, en Italie, et cela me donne beaucoup d'espoir. Il est impossible d'obéir longtemps sans avenir, sans raison et sans aucune chance d'améliorer son sort. Il est impossible de ne pas penser. Et, dès lors qu'on se met à penser, la proposition néolibérale est finie. Elle n'a tenu jusque-là que parce qu'elle est sans critique.

En valorisant la coopération, n'êtes-vous pas à la recherche d'une organisation sociale qui tiendrait à égale distance le profit, dont on peut bien voir qu'il est négateur de toutes les architectures sociales, et le don, un peu utopique ?

R.S. : C'est vrai que la coopération est différente du don. Contrairement au don, ce n'est pas une expérience totalisante. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi dans mon livre l'exemple du guanxi, ce système de réseaux de solidarité et de coopération qui existe en Chine entre les individus, bien au-delà du cercle familial. Et le problème, avec l'idée de l'échange, c'est qu'on veut toujours quantifier ce qui est donné et reçu. La coopération est un phénomène plus complexe et plus ambigu, comme je l'observe chez les Chinois. Et en même temps quelque chose de très efficace. Si je vous aide aujourd'hui, peut-être que vos fils ou vos petits-fils aideront mes fils ou mes petits-fils. C'est pourtant un système qui ne repose sur aucune obligation. Mais je crois que c'était le même système dans la chrétienté d'avant la Réforme.

On en revient donc à Aristote, qui explique dans l'Ethique à Nicomaque que l'altruisme n'est rien d'autre qu'un intérêt personnel bien compris ?

R.S. : Non. Le mutualisme, l'association, la participation, ce n'est pas de l'altruisme. C'est une quête de cohésion sociale. Dépendre des autres, pouvoir les aider n'est ni une chance, comme dans le don, ni un signe de faiblesse. Cela ouvre simplement la possibilité d'un vivre-ensemble où le «combien tu me dois» n'existe plus.


repères bio

1943 naissance à Chicago, le 1er janvier.

1979 les Tyrannies de l'intimité (Seuil).

1980 traduction en français de sa thèse de sociologie intitulée la Famille contre la ville. Les classes moyennes de Chicago à l'ère industrielle (1872-1890), publiée en France par les éditions Encres, avec une préface de Philippe Ariès.

1982 sortie aux Etats-Unis du premier de ses trois romans, The Frog Who Dared To Croak, traduit en français sous le titre les Grenouilles de Transylvanie.

1998 publication aux Etats-Unis de The Corrosion Of Character, livre à l'audience internationale, traduit en français sous le titre le Travail sans qualités (Albin Michel, 2010).

2010 Ce que sait la main (Albin Michel).

2014 Ensemble, pour une éthique de la coopération (Albin Michel).
 

 

 

Source : www.marianne.net

 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 17:09

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

« Bullshit » 15/02/2014 à 10h40

La micro-croissance de 2013 n’éloigne pas le risque de méga-déflation

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 


Une scène du film « Dr Jekyll And Mr Hyde » (REX FEATURES/SIPA)

Une « bonne nouvelle », selon Jean-Marc Ayrault. Le témoignage d’une « confiance retrouvée », selon François Hollande. Le signe que « l’économie repart », renchérit Najat Vallaud-Belkacem... Wow, wow, wow, stop, doucement, de quoi parlent-ils ?

Des chiffres de la croissance en 2013, si on peut appeler cela une croissance. Elle a été de 0,3% sur l’année, un dixième de poil plus que prévu. « Je ne m’en satisfais pas », a déclaré Pierre Moscovici, jouant les modestes. S’il l’avait été vraiment été, modeste, il aurait dit :

« Bullshit, ce chiffre ne veut rien dire, la vérité c’est que la croissance est à plat depuis six ans et qu’on est incapables de la requinquer. »

Un si petit chiffre ne fait pas le printemps

Voici un graphique fourni par Philippe Waechter – directeur des études économiques chez Natixis – qui résume ce qui se passe en France. Le décrochage est très net en 2008, et le redémarrage attendu vers 2009 fait long feu... Et il est difficile d’être béat en contemplant la fin de la courbe violette : les fameux +0,3% présentés par le gouvernement avec autant d’emphase que s’il s’agissait des quarantièmes rugissants.


La croissance en France (Natixis)

La France ne devrait pas se réjouir trop vite. La zone euro est loin d’être sortie de l’ornière où elle s’est mise en 2008. Au quatrième trimestre, la croissance a été dans cette zone de 0,3%, selon un communiqué publié vendredi [PDF].

« La reprise se confirme », en conclut-on déjà : sonnez hautbois, résonnez musettes. Pourtant, là encore, un si petit chiffre ne fait pas le printemps. Même si la zone euro est « techniquement » sortie de la récession, elle reste au bord d’un gouffre, celui de la déflation.


La croissance dans la zone euro (Natixis)

Un économiste sur deux craint la déflation

La Banque centrale européenne affirme qu’elle ne croit pas à la déflation, bien qu’elle soit incapable d’atteindre son objectif d’inflation de 2% (on est sur une pente de 1%) et que les prix baissent même dans certains pays (en Grèce : -1,8% sur un an). Après la dernière réunion de son conseil, le 6 février, le président de la banque centrale, Mario Draghi a déclaré :

« Nous ne sommes clairement pas en situation de déflation, mais sur une inflation faible pour une période prolongée. »

Mais il a ajouté un post-scriptum, assez inquiétant quand même de la part d’un responsable de banque centrale :

« La déflation reste un risque en soi qu’il ne faut pas ignorer, ce qui suppose une attention particulière de la part de la BCE ».

A la suite de quoi l’agence de presse financière Reuters a posé la question à 46 économistes de divers pays entre le 7 et le 23 février. Le résultat de ce pointage a été publié jeudi : 22 d’entre eux, soit près de la moitié, considèrent que la menace de déflation dans la zone euro est « sérieuse » ou « assez sérieuse ». Quatorze jugent qu’elle n’est « pas sérieuse » et seulement deux sont persuadés qu’elle n’existe pas. Conclusion de Reuters :

« La menace de déflation dans la zone euro est plus sérieuse que la Banque centrale européenne ne le dit, l’austérité imposée aux pays périphériques se traduisant déjà par une baisse des prix ».

Pourquoi la déflation serait un cauchemar

La déflation (baisse des prix et des salaires) est à la désinflation (ralentissement de l’inflation) ce que Mr Hyde est au Dr Jekyll. La seconde est ennuyeuse mais parfois nécessaire ; la première est un cauchemar absolu.

La déflation est en effet un phénomène qui, lorsqu’il se déclenche, a des effets ravageurs. Les Japonais, qui ont connu plus de dix ans de déflation, et qui en sortent tout juste, en savent quelque chose :


L’inflation au Japon et dans la zone euro

La France, elle, a réussi à éviter la baisse des prix depuis les années 30, comme le montre ce graphique proposé par Olivier Berruyer.


Les prix en France depuis 1900 (capture d’ecran/Olivier Berruyer)

Pourquoi la déflation est si redoutée ? Pour deux raisons :

  • les gens et les entreprises reportent toutes leurs décisions économiques. Pourquoi acheter une auto, une machine, réserver un hôtel si l’on pense que les prix vont baisser dans trois mois ? Résultat : l’économie se grippe complètement ;
  • les ménages et les entreprises endettés sont asphyxiés. Car si les prix et salaires baissent, ce n’est pas le cas du montrant des dettes à rembourser.

La spirale de la déflation

La déflation salariale du sud se diffuse

Il y a près d’un an, l’OFCE avait titré sa note de conjoncture annuelle « Le Commencement de la déflation » [PDF]. Xavier Timbeau, directeur du Département analyse et prévision écrivait alors :

« La poursuite de cette stratégie d’austérité budgétaire porte en elle le germe de la déflation salariale dans les pays les plus touchés. [...] cette déflation n’est pas subie, mais encouragée, avec pour objectif la restauration de la compétitivité des pays en crise. Mais, puisque la zone euro est un espace de change fixe, cette déflation salariale ne pourra que se transmettre aux autres pays. »

Xavier Timbeau cherche le titre pour la note 2014 qu’il prépare. Peut-être « La Continuation de la déflation », dit-il. Car selon lui, la situation n’a guère changé :

« Les mécanismes déflationnistes se sont confirmés. La déflation salariale que l’on constate dans les pays du sud, en Espagne, au Portugal, en Grèce ont tendance à se diffuser. Elle induit un renchérissement en termes réels des dettes privées et entretient les effets récessifs. »

En France, l’inflation reste très basse. Hors prix du pétrole, l’augmentation des prix ne dépasse pas 0,5% par an depuis plus de deux ans. La France, certes, est épargnée d’une baisse des salaires, pour l’instant (même si les génies de Goldman Sachs suggère déjà de baisser les salaires de 30% !) Mais la déflation venue du sud n’est pas sans effets, selon l’économiste :

« Si les salaires baissent dans les autres pays, la compétitivité des entreprises française est menacée. Le pacte de responsabilité, qui vise à baisser le coût du travail, est une première réaction à cette situation. »

Les salaires minimum ne sont pas des freins

Si ces pressions déflationnistes se poursuivent, il faudra changer du tout au tout la façon dont les politiques raisonnent. Il faudra qu’ils comprennent qu’il faut :

  • mettre l’accent sur la coopération plus que sur la compétition des pays ;
  • arrêter de considérer les salaires minimum comme des freins à l’économie : ce sont des remparts contre la déflation (la création d’un tel salaire minimum en Allemagne est une bonne nouvelle) ;
  • arrêter l’austérité fiscale et budgétaire généralisée, la marche forcée vers l’équilibre budgétaire (qui, même sur le plan purement comptable, n’a pas donné de résultats brillants) ;
  • enfin, pousser la Banque centrale européenne à aller beaucoup plus loin qu’elle ne l’a fait en matière de mesures « non conventionnelles », afin d’alléger les taux d’intérêt, notamment ceux qui sont pratiqués dans les pays du sud.

Dans le contexte actuel, on voit mal les gouvernants accepter ces recommandations. Mais si la zone euro continue à s’enfoncer dans le chômage, elles s’imposeront. Ou alors, c’est l’euro qui explosera.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 16:21

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com


 

SVOBODA 15/02/2014 à 13h36

A Kiev, dans le « village » des irréductibles ukrainiens

Tania Sollogoub | Economiste

 


Maïdan, à Kiev, face aux forces de l’ordre ukrainiennes (Tania Sollogoub)

Il faut aller à Kiev le dimanche. Il faut voir ça. Le taxi vous laissera avenue Kreschiatik, devant un portrait de Gandhi, dessiné hâtivement sur une grande banderole sale qui décorent l’une des premières barricades.

Tout le centre-ville est bloqué. Les barricades sont faites de sacs de sable, de vieux vêtements, de chaises et d’un peu n’importe à vrai dire (les sacs Leroy Merlin, très solides, sont d’ailleurs l’une des présences les plus évidentes de la France en Ukraine aujourd’hui…).

Ensuite, en vous rapprochant de la place centrale, vous verrez de loin une mer de drapeaux bleus avec des étoiles d’or. Et ce mot, « Europe », associé à celui qui veut dire liberté en Ukrainien : « SVOBODA ».

« Ukraine », « Europe », « Liberté »… C’est écrit partout. Sur les murs mais aussi sur les joues des jeunes femmes, comme pendant les matchs de foot. Les Ukrainiens ont réussi à faire tomber leur gouvernement.

« On est les seuls à s’opposer à Poutine »

A présent, ils veulent une nouvelle constitution et des élections anticipées. Ils veulent leur liberté et ils ne veulent pas de Poutine. Igor, le chauffeur de taxi se retourne, et me dit en souriant :

« Alors comme ça, on est les seuls à s’opposer à lui, en Europe, aujourd’hui ! »

Surtout, ils veulent mettre fin à cette corruption qui dévore le pays depuis son indépendance en 1991. C’est vrai. Il faut les croire. L’ambassadeur de France me l’avait dit, en off, il y a trois ans :

« Dites aux gens, dans votre société, que ce pays est dangereux politiquement, que les élites sont totalement corrompues ».

Comme ailleurs ? Non : plus qu’ailleurs, et mieux qu’ailleurs. Et les gens en crèvent. Donc, avec le mot « SVOBODA », il y en a un autre qu’on entend très souvent : « Des bandits, tous des bandits ». N’importe quel investisseur sait bien que c’est la vérité.

Le vrai grand ras le bol du siècle

Cette fois, me dit-on, ça ne sera pas comme la révolution orange en 2004. A l’époque, c’était un parti contre un autre. Là, c’est le bazar, c’est certain, mais c’est le changement ! Le vrai grand ras le bol qui soulève les pays une fois par siècle.

Il faut dire que l’Ukraine a vécu vingt ans de transition pour rien du tout ou presque, des revenus qui sont au niveau de ceux de l’Algérie et une situation catastrophique dans l’éducation et la santé.


La foule, tous les dimanches, sur Maïdan (Tania Sollogoub)

Bien sûr, les gens qui manifestent ne savent pas encore pour qui ils pourraient voter (les représentants de l’opposition sont souvent en prison) mais ils sont là comme l’explique Igor :

« On verra après. Les partis vont s’organiser. On sait bien que ça prendra du temps, ce sera dur, mais on est prêts. C’est une révolution vous savez. C’est comme ça les révolutions. »

Le dimanche dans la « ville libre de Kiev »

Igor sourit tout le temps. Il lui manque une dent à droite, en plein milieu du sourire, mais le dentiste c’est cher. Au fond, je crois qu’il a raison. Les vrais leaders apparaissent souvent quand l’histoire a besoin d’eux et en général, on ne les connaît pas avant !

Ceux qu’on connaît, les hommes politiques normaux, ceux-là n’ont pas la trempe pour sauver les pays.

Alors, tous les dimanches depuis la fin novembre, on se retrouve à Maïdan et on refait encore et toujours le même pied de nez à Poutine. Non, l’Ukraine ne sera pas à la botte de Moscou, même si la moitié des Ukrainiens sont russophones…

Il y a tout de même une différence entre parler une langue ou avoir des origines, et décider de s’asservir. Les russophones sont mécontents, partagés, mais silencieux et inquiets. Et comme les autres, ils regardent ce peuple immense, calme et résolu, qui converge vers le centre-ville, tous les dimanches matins, vers la « ville libre de Kiev »...

Maïdan, c’est un village de gaulois

Maïdan, c’est un village de gaulois. Des tentes hétéroclites, des baraques en bois, et tout ce qui peut servir au campement. Il y a des quartiers et des commandants de quartier, qui vous font visiter ce qui ressemble à des yourtes.


Maïdan, à Kiev, la ville des irrédictibles ukrainiens (Tania Sollogoub)

On entre en soulevant un rideau ou un vieux tapis. Des gens dorment les uns à côté des autres, par terre. Dans un coin, des amas de vêtements. Chaque tente arbore bien sûr des drapeaux européens et ukrainiens, mais aussi une pancarte avec une appartenance politique, ou bien le nom de la ville dont on vient.

Toute l’Ukraine est là d’ailleurs, y compris les fameuses villes russophones de l’Est telles Dinepopetrovsk, Kharkov…

Partout, des hommes coupent du bois – c’est aussi la grande bataille de l’hiver – et comme sur les chantiers, des feux sont allumés dans de grands containers qui brûlent la peau quand on s’en approche trop.


La soupe collective sur Maïdan (Tania Sollogoub)

Des hommes et des femmes touillent la soupe en plein air dans d’immenses bassines. Ça sent la Kacha. Ça fume parce qu’il fait froid. On étale du miel sur de grandes tartines.

Tout est sale, à la fois triste le matin et réjouissant le soir, quand les citoyens ordinaires apportent aux insurgés leurs bocaux de cornichons fabriqués maison.

Ils ont tenu là par -20° en décembre, mais à présent que cela se réchauffe un peu, il y de la gadoue partout. Et des rangées de latrines qui puent.

Les visages sont fatigués, pauvres. Beaucoup de vieux, bien sûr, qui ont ressortis leurs uniformes militaires ; ces marginaux dont ne cesse de parler le gouvernement (mais les marginaux aussi, ont droit à la colère), des étudiants, des artistes (je tombe sur une table de ping-pong à côté d’une tente de jeunes peintres) et des agriculteurs paraît-il, parce que c’est une saison calme pour eux.

Ces gars là savent manier la barre de fer

Les visages sont noirs, rudes, les mains épaisses. A force de voir des films qui montrent de fausses guerres, on n’imagine pas les révolutionnaires comme ça.

Mais quand ils disent : « Je suis prêt à mourir » (et ils le disent tous), on se souvient que c’est vrai. Ils peuvent mourir. Je passe la soirée avec eux, assise sur une bûche. Au fond, il vaut mieux que ce ne soient pas des révolutionnaires de salon. Ces gars-là doivent effectivement savoir manier une barre en fer.


Un visage souriant dans la révolution (Tania Sollogoub)

Et puis parfois, une image miraculeuse : une femme avec le visage de Marina Vlady sort devant moi d’une tente, dans un long manteau de fourrure noire. « I’m a guest », me dit-elle. On se sourit. Elle va fumer une cigarette en regardant la place. Un peu plus loin, un type est en train de couper les cheveux d’un autre.

Très vite, on ne peut plus bouger. De l’ordre de 100 000 personnes sont sur place, et cela a grimpé jusqu’au million en janvier. Des grands-mères, beaucoup de grand-mères ! Car elles ont tout vu du siècle, m’expliquent-elles, elles n’en peuvent plus.

L’une d’entre elles, qui distribue les tracts, me dit :

« Taniouchka, on n’a plus rien à perdre tu sais ! Alors, en semaine, pendant que Kiev travaille normalement, nous, on garde Maïdan. »

Il y a aussi ces mamans en chapka, avec leurs petites filles à la main (bonnets à pompon roses, nattes blondes et délicieuses petites filles slaves), des étudiants, des filles incroyablement belles (Marina, sur la barricade, avec des ongles peints en doré !).

Evidemment pas des extrémistes. Cela, c’est juste la propagande russe qui fonctionne à plein, comme les Chinois l’ont fait pendant vingt ans, pour réécrire Tian’AnMen. Et il paraît d’ailleurs qu’ils ont réussi, puisque certains jeunes chinois ne connaissent même pas l’existence du massacre [du 4 juin 1989, ndlr].

C’est toujours la même arme que les régimes autoritaires ressortent quand ils veulent effacer l’histoire : la grande bataille de la désinformation, contre laquelle les démocraties sont bien trop honnêtes.

Sur Télé-Poutine, que des hommes cagoulés

Il suffit de regarder la télévision russe en ce moment pour comprendre : Poutine sous toutes les coutures, Poutine avec des gosses, des sportifs, des scientifiques, un visage rond, une voix douce. Et de Maïdan, on ne montre que des hommes en cagoule, avec des barres de fer. Moscou inonde les réseaux sociaux. Ils savent faire. Mais c’est tout simplement faux.


Maïdan, à Kiev, face aux forces de l’ordre ukrainiennes (Tania Sollogoub)

Il suffit d’aller à Kiev le dimanche. « Dites-leur que c’est faux », me demandent les gens. Alors bien sûr, à deux rues près, la ville est calme. Mais que vaut cet argument ? C’est normal ! C’est ce qu’on appelle une insurrection ! C’était déjà comme cela au XIXe siècle en France !

A Maïdan, on écoute les discours qui se succèdent sans arrêt sur l’estrade géante de la place centrale (ça commence à 7 heures du matin !). Klitchko, le boxeur, a une très belle gueule et une voix qui fait trembler. On sait bien qu’il n’est pas très compétent en politique mais il est bien entouré, paraît-il.

Igor, encore :

« C’est un gars correct, c’est un boxeur. Un loyal celui-là, tu comprends ? Son fric, il l’a gagné avec ses poings. »

Et puis, on chante, on chante beaucoup. Et même (parce qu’on est slave), des gens récitent des poèmes à la tribune, devant 100 000 personnes au bord des larmes. Force ou faiblesse de ces peuples, je ne sais pas, mais je pleure avec les autres.

Un peu partout, sont affichées des caricatures du président Yanoukovitch et de Poutine. Le Président, c’est un pantin de Moscou ! me dit-on.

Lui, il est très bête, tout le monde le sait, même ses amis oligarques. Mais ils peuvent nous en sortir un autre plus dur du chapeau, un vrai petit Poutine.

Que se passera-t-il après Sotchi ?

Parce que le problème de l’Ukraine, c’est Poutine. Le problème, c’est ce qui va se passer à la fin des jeux de Sotchi : le président russe est en échec à Kiev mais comment peut-il l’accepter ?

Difficile d’appliquer des méthodes dures face à des grands-mères, ça pourrait être un bain de sang. Evidemment jouer l’épuisement (d’où l’importance de la communication) ? Mais pour l’instant, le mouvement ne s’épuise pas.


Maïdan, à Kiev, la ville des irrédictibles ukrainiens (Tania Sollogoub)

Alors quel genre de compromis Poutine peut-il trouver pour éviter de perdre la face ? Un référendum d’autodétermination qui lui permettrait de récupérer quelques régions de l’Est ? C’est possible.

Mais si l’Ukraine éclate, ce ne sera donc pas le résultat d’une guerre civile comme on l’entend trop souvent. C’est complètement faux. Il n’y pas de manifestations pro-russes aujourd’hui. Aucun affrontement au sein de la population.

En fait, les russophones aimeraient surtout revenir au statu quo géopolitique (ni russe, ni européen). Malheureusement ils seront peut-être obligés de choisir, et ils choisiront peut-être la Russie… Mais à ce jour, ils ne l’ont pas réclamé. On les entend peu. Si l’Ukraine implose, si cela arrive, ce sera pour que Poutine n’ait pas perdu la face. Ce sera surtout pour cela.

« Regarde ça, c’est de la vraie guerre ! »

Dans l’après-midi, tout le monde se dirige vers la barricade devant l’Hôtel Dniepro, pour regarder à quelques mètres la ligne noire des forces de l’ordre. Immobile, surréelle. Mais c’est pourtant vrai et ça peut chauffer (les vendeurs de magnets me disent : « Regarde, ça c’est la vraie guerre ! tu m’achètes ? Pour ton frigo ? »).

Vraies aussi les tentatives pour dégager Maïdan par la force, à deux reprises depuis deux mois, à 4 heures du matin. Un échec (et des morts) car les Ukrainiens sont tous venus, prévenus on ne sait comment par les réseaux sociaux. Il paraît que les taxis descendaient gratuitement les gens vers le centre-ville.

Aujourd’hui Maïdan a donc ses héros, dont on voit les portraits un peu partout. A l’entrée d’une des barricades, un stand expose les balles utilisées par le pouvoir.

Il paraît aussi que lors de l’adoption des lois liberticides (abrogées depuis peu), interdisant notamment de manifester et de porter un casque pendant les rassemblements, tout le monde est sorti le dimanche suivant avec une casserole ou un seau sur la tête ! Slava Ukraïna !

La démocratie tirée par les dents

Vraies enfin, les tentatives d’assassinat au fond des bois, la présence de troupes russes d’élite (les « Berkut »), la torture de ce type qui a eu l’idée géniale de « l’auto Maïdan » (un rassemblement de voitures bloquant le quartier du Président).


Les Babouchkas contre Poutine (Tania Sollogoub)

Tout cela, c’est vrai et ça dure. Il faut en parler. Dire que les Babouchkas ukrainiennes, tous les dimanches, sont les seules capables de s’opposer à Poutine ! Dire que tout cela peut évidemment disparaître dans le sang ou même le froid, mais que cela existe, a existé.

Sur la barricade, dimanche dernier, tout le monde a ouvert des parapluies, pour faire un signe aux démocrates russes, dont une radio vient d’être fermée. Elle s’appelait « la pluie ».

La monnaie est attaquée, le pays est au bord du défaut de paiement, la croissance risque de s’effondrer, et on espère que certains oligarques vont enfin bouger au Parlement (cette semaine peut-être ?).

Reste que ce dimanche, comme tous les dimanches, les Ukrainiens s’en foutaient. Ils tiraient le changement et la démocratie par les dents. Et beaucoup de Russes les regardent avec intérêt, ces petits parapluies qui tournent, qui tournent sur les barricades, pour leur dire bonjour de loin.


Les parapluies, en référence à la télé russe (Tania Sollogoub)

Et d’autres aussi, mes deux jeunes amis allemands, venus pour trois jours, Anna et Georg, juste trois jours :

« On voulait être là à côté des Ukrainiens, vous comprenez ? »

Bien sûr. Nous sommes nombreux, à Kiev, venus pour écouter le cœur de l’Europe qui palpite encore là-bas…

Alors, quand le douanier français me demande au retour ce que j’ai dans mon sac à dos (et flute il y a la grève des taxis !), j’ai envie de lui dire : une furieuse sensation de fraternité !

Rappelez-vous que Tian’AnMen n’a duré que deux mois. Mais c’est profond les racines d’une idée. Slava Ukraïna…

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

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