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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 20:14

 

Source : michelcollon.info

 

Le fossé entre riches et pauvres n’a jamais été aussi grand
Marc Vandepitte

 

13 mars 2014

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Jamais le monde n’a produit autant de richesses qu’à l’heure actuelle. Si cette richesse était répartie de manière égale entre tous et partout dans le monde, une famille avec trois enfants disposerait d’un revenu de 2.870 euros par mois et d’un patrimoine (épargne, valeur du logement…) de 125.000 euros.

 
 
Nous parlons bien ici de tous les gens sur la planète : Africains, Asiatiques, Européens, Américains, etc. 2.870 euros par mois et un patrimoine de 125.000 euros, voilà qui est étonnamment élevé. Ce n’est certes pas assez pour vivre dans le luxe, mais bien suffisant pour que tous les êtres humains disposent d’un logement confortable, d’électricité, d’eau potable et de sanitaires, également via des méthodes écologiques. 
 
 
Il y a donc assez pour que tout le monde puisse mener une vie plus que décente. Et, pourtant, dans le monde, un être humain sur trois ne dispose pas de dispositif sanitaire de base, et un sur quatre n’a pas accès à l’électricité. Un sur sept vit dans un bidonville, un sur huit a faim et un sur neuf n’a pas accès à l’eau potable.[1] Autre manière d’expliquer les choses : avec une répartition égale de la richesse, tout le monde disposerait de 23 dollars par jour. Et, pourtant, 2,4 milliards de gens doivent vivre avec moins de 2 dollars par jour et 1,2 milliard même avec moins de 1,25 dollar.[2]
 
 
Le problème n’est donc pas qu’il n’y a pas assez de richesse, mais que celle-ci est répartie de manière scandaleusement inégale. Aujourd’hui, 85 personnes possèdent autant que 3,6 milliards de gens ensemble.[3] Le 1% le plus riche possède près de la moitié de toute la richesse du monde alors que 70% les plus pauvres en possèdent 3%. Les très riches possèdent chacun une fortune moyenne d’1,6 million de dollars, soit 700 fois plus que la plus grande partie de la population mondiale.[4]
 
 
Un bon 32.000 milliards de dollars sont à l’abri dans les paradis fiscaux.[5] C’est 130 fois plus que ce qui est annuellement nécessaire pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies et éradiquer la pauvreté la plus forte dans le monde. Jamais auparavant le contraste entre ce que l’économie mondiale a à offrir et ce qu’elle donne effectivement pour répondre aux besoins de base n’avait été aussi grand, aussi criant qu’à l’heure actuelle.  
 
 
Prospère Belgique
 
 
En Belgique, ou j’habite, le revenu moyen disponible pour une famille avec deux enfants est de 8.000 euros par mois, et le patrimoine moyen d’une telle famille est un petit 800.000 euros.[6] Des chiffres qui paraissent également étonnamment élevés mais, à nouveau, il s’agit de moyennes qui cachent une répartition extrêmement inégale. 
 
 
D’un côté, le 1% des Belges les plus riches possèdent 40 fois autant que le Belge moyen. Les dix familles les plus riches de notre pays disposent ensemble d’un patrimoine de 42 milliards d’euros, environ autant que les 2 millions de Belges les plus pauvres. Le patrimoine des familles De Spoelberch, De Mévius et Vandamme correspond exactement au budget total de l’assurance maladie en 2012.[7]
 
 
De l’autre côté, 1 Belge sur 5 court le risque de tomber dans la pauvreté ou dans l’exclusion sociale.[8] Une famille sur 5 avec un bas revenu doit reporter des soins médicaux pour des raisons financières.[9] Et il n’est pas du tout rare que des gens doivent travailler à un rythme inhumain pour à peine 1.300 euros par mois. Au vu de la haute prospérité de la richesse de notre pays, c’est inacceptable.
 
 
Le fossé entre riches et pauvres en Belgique n’a jamais été aussi grand, et il continue de se creuser. Les dernières vingt années, les revenus des 30% les plus pauvres ont baissé de 10% alors que le pourcent le plus riche a vu son revenu augmenter de 30%.[10] Durant cette période, le nombre de pauvres a doublé.[11] C’est la conséquence de deux éléments : d’abord, les allocations et salaires ont été gelés ou augmentent moins vite que la prospérité ; ensuite, le capital bénéficie de toujours plus d’avantages fiscaux. Ces dernières trente années, la part salariale dans le PNB (la richesse nationale) a baissé de 67 à 62%, alors que la part du capital a presque doublé, passant de 6 à 10%.[12]
 
 
Pas la crise pour tout le monde
 

C’est la crise qui est ici le grand malfaiteur. Dans le capitalisme, une crise revient à un grand nettoyage brutal et chaotique de l’économie. La facture est invariablement imposée aux travailleurs et aux plus faibles de la société. En d’autres termes, une crise économique est un excellent moyen pour organiser un transfert du travail au capital, des pauvres vers les riches. Les réductions des salaires dans les années 1980 en sont un bon exemple. Si, aujourd’hui, les salaires constituaient une part aussi grande du PIB qu’en 1981, chaque travailleur gagnerait environ 950 euros de plus par mois.[13]
 
 
Le krach financier de 2008 est la répétition du même phénomène. Rien qu’en Europe, 4 millions d’emplois ont disparu à cause de la crise.[14] Dans le monde, 64 millions de gens ont été poussés dans l’extrême pauvreté.[15] Dans presque tous les pays européens, le fossé entre riches et pauvres a augmenté, et même particulièrement fort en Irlande et en Espagne.[16] Actuellement, l’Europe compte 120 millions de pauvres, et 100 à 150 millions de personnes vivent sur le fil du rasoir. Il s’agit donc au total de 43 à 53% de la population ! En outre, avoir un emploi n’est plus suffisant. En Europe, une personne qui travaille sur 10 vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.[17]
 
 
Surtout dans les pays périphériques, la politique d’économies menée depuis 2008 a causé de véritables ravages. Les revenus moyens n’ont pas non plus été épargnés. En Italie, le pouvoir d’achat a baissé de 12%, en Espagne et en Grande-Bretagne (!), de 22%, et en Grèce, même de 33%.[18] Au Portugal, les salaires ont baissé de 12% ;[19] en Grèce, les salaires des fonctionnaires ont même dégringolé de 35%.[20] Aujourd’hui, 31% des Grecs vivent sous le seuil de pauvreté et 27% risquent d’y tomber.[21] En Espagne, la pauvreté pourra atteindre 40% d’ici 2022.[22]
 
 
En Belgique aussi, la pauvreté continue à augmenter. Aujourd’hui, dans ce pays prospère, 24.000 personnes ont besoin de l’aide alimentaire de la Croix-Rouge.[23] Certes, le rythme de cette augmentation a été moins rapide que dans les pays périphériques, parce que nous sommes restés 541 jours sans gouvernement et que des économies n’ont pu être décidées durant cette période. Deuxièmement, chez nous, les syndicats sont plus forts que dans la plupart des pays voisins. 
 
 
Pour les super-riches, la crise a en tout cas été une bénédiction. Jamais auparavant il n’y a eu autant de super-riches (fortune de plus de 22 millions d’euros) dans le monde. En Europe, 4.500 ont rejoint la liste, en Belgique, 60.[24] Les « individus très riches » (high-net-worth individual, avec des moyens d’investissements de plus d’un million de dollars) ont vu leur richesse croître d’au moins 41% depuis 2008.[25] Clairement, ce n’est pas la crise pour tout le monde.
 
 
Une question de civilisation
 
 
Ce fossé est un véritable scandale. Pour l’économiste internationalement renommé Jeffrey Sachs, une redistribution fondamentale de la richesse est une question de « civilisation ».[26] Mais il y a aussi des raisons sociales, économiques et même politiques pour entamer la lutte contre ce fossé. En premier lieu, l’inégalité dans un pays entraîne toute une série d’effets néfastes. Cela raccourcit la vie des gens, les rend plus malheureux, augmente la criminalité, le nombre de grossesses d’adolescentes et d’addictions aux drogues, et cela stimule la consommation excessive.[27]
 
 
Economiquement, une grande inégalité aggrave la crise, puisque des bas revenus signifient moins de pouvoir d’achat, ce qui est néfaste pour la consommation globale et donc aussi pour les investissements.
 
 
Il y existe un important parallèle entre notre époque et la Grande Dépression des années 1930. Entre 1920 et 1928, la part des 5% les plus riches est montée de 24 à 33%. Un an plus tard, c’était l’explosion. En 1983, cette part était de 22% et, en 2008, de 33%, soit précisément le niveau de l’année avant le grand krach.[28] Pour les mêmes raisons, les économies ne sont pas une bonne idée. Elles augmentent le fossé, rallongeant et empirant donc la crise. Mais peut-être est-ce bien le but ?[29]
 
 
Pour finir, un fossé trop grand entre riches et pauvres crée également un danger politique, davantage dissimulé. L’inégalité économique croissante et le recul des revenus bas et moyens suscite le mécontentement et l’agitation dans une large couche de la population. Selon The Economist, dans au moins 65 pays, il existe une possibilité haute à très haute d’agitation et de révolte, comparable avec celles du Printemps arabe.[30] Il n’est donc guère étonnant qu’à Davos, l’élite des riches décideurs, tout comme le président Obama et le chef du FMI, commencent à vraiment s’en inquiéter.[31] 
 
 
Ils n’ont pas encore réalisé qu’il ne s’agit pas ici d’un excès ou d’un débordement, mais bien d’une erreur-système ou d’un vice de construction. Il est grand temps pour quelque chose de nouveau.
 

 
Annex 1 : Priorités du capitalisme mondiale[32]
 
 
 
Annexe 2 Un monde de différence : la China et Cuba
 

Au niveau mondial, ces vingt dernières années, on a assisté à une forte diminution de l’extrême pauvreté ($ 1,25). La chose a été toutefois due en grande partie aux efforts de la Chine sur ce plan. [33] Une telle élimination massive de la pauvreté, comme c’est le cas pour la Chine, était quoi qu’il en soit sans précédent dans l’histoire du monde. Cette diminution de pauvreté est surtout la conséquence d’une forte augmentation des salaires. Pour l’instant le salaire double chaque six ans. [34] Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de revenus moyens en Chine ait très fortement augmenté. En vingt ans, au moins 800 millions de Chinois sont passés dans la catégorie des « revenus moyens » ($ 2-13). Cela équivaut à peu près à toute la population de l’Afrique noire et c’est quatre fois plus qu’en Inde.[35] L’Indice de Développement Humaine (IDH) mesure le progrès social d’un pays. Ces trente dernières années, l’augmentation de l’IDH de la Chine a été la plus élevée du monde entier et a été trois fois supérieure à la moyenne mondiale.[36]
 
 
 
A Cuba, le revenu par habitant est six fois plus bas que dans les pays riches. Le pays subit en effet le plus long blocus économique de l’histoire mondiale. Malgré cela, les soins de santé y sont parmi les meilleurs du monde. A Cuba, personne ne doit postposer une opération ou des soins dentaires faute d’argent. Soins, prothèses et autres interventions payantes chez nous y sont gratuits. Le pays a également un des meilleurs scores au monde en matière d’enseignement. Le pourcentage d’adultes cubains qui font des études supérieures est le deuxième plus haut au monde : 95%.[37] Ce taux est dû au fait que l’enseignement, université comprise, est entièrement gratuit. A Cuba, le pouvoir d’achat ne joue aucun rôle dans le fait de faire ou non des études (supérieures). Globalement, en tant que pays pauvre, Cuba obtient un score de développement social (HDI) comparable à la Belgique et fait même mieux que la Grande-Bretagne.[38]
 
 

[1] Le calcul du revenu d’une famille moyenne est basé sur l’hypothèse vraisemblable que les revenus des ménages disponibles s’élèvent à 70% du PIB. Dans ce cas ici on utilise le Product Brut du Monde (($83.200 milliard PPA en 2012).
Dans certains pays c’est plus que 70%, dans d’autres moins. Pour une famille moyenne ça donne alors $3.440 PPA. Ce chiffre tient compte avec les différences de prix entre les pays pour les mêmes produits ou services, et exprime le pouvoir d’achat réel. Nous avons converti ce chiffre en euro selon la méthode de calcul de la Banque Mondial. http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_GDP_(PPP) ; http://stats.oecd.org/Index.aspx?datasetcode=SNA_TABLE4.
Pour le calcul du patrimoine on se base sur le rapport recent de Crédit Suisse. Selon ce rapport, la patrimoine totale du monde (Household wealth) s’élève à $240.800 milliard. Crédit Suisse, ‘Global Wealth Report 2013’, Zurich 2013, https://publications.credit-suisse.com/tasks/render/file/?fileID=BCDB1364-A105-0560-1332EC9100FF5C83, p. 5.
[12] Il y a vingt ans, ce pourcentage fluctuait entre 6 et 7 pourcent. Aujourd’hui le pourcentage a monté jusqu’ à 15 pourcent. http://www.forum.vierdewereldsyndicaat.org/index.php?topic=1171.0 ;wap2.
[17] Dans ces deux pays, respectivement le coefficient de Gini a augmenté avec 6 et 6,6 points. En Belgique il y avait une augmentation d’un point. http://im.ft-static.com/content/images/bdd220f8-6c0a-11e3-a216-00144feabdc0.img?width=687&amp ;height=1333&title=&desc.
[27] Sachs J., ‘The Price of Civilization. Reawakening American Virtue and Prosperity’,New York, 2011, p. 231.
[28] Wilkinson R. & Pickett K, The Spirit Level. Why Greater Equality Makes Societies Stronger, New York 2009, p. 20.
[33] Le coût annuel de l’éducation, de la santé et de l’éradication de la pauvreté extrême s’élève à 180 milliards de dollars. Pour éradiquer le faim on a besoin de 30 milliards de dollar ; et pour établir de l’eau potable pour tout le monde aussi 30 milliards de dollar.
 http://www.oecd.org/social/poverty/...
 ;  http://www.oecd.org/social/poverty/...
 ;  http://www.who.int/water_sanitation....
Dépenses militaires :  http://www.sipri.org/yearbook/2013/03.
Publicité et mercatique : Calculé sur base de Human Development Report 1998,New York 1998, p. 63 ; http://www.metrics2.com/blog/2006/0....
Spéculation par jour : http://www.reuters.com/article/2013....
[36] The Economist, 14 février 2009, Special report : Middle classes, p. 4 & 9 ; http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.2DAY.
[37] UNDP, Human Development Report 2013, p. 149-151.
[38] UNDP, Human Development Report 2013, p. 5.
[39] UNDP, Human Development Report 2013, p. 144-7.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:59

 

Source : weare.dyndns.biz/voyageurs.en-transition.fr

 

 

Une auberge à participation libre pour tous les voyageurs… ça existe !

 

SideWays - Ruedamondos

 

Tous les voyageurs au long cours ont rêvé un jour de pouvoir passer une nuit comme à la maison, sans aucune pression et sans avoir à dépenser d’argent. L’association AMA le propose avec son projet Ruedamondos.

AMA (Association pour l’environnement et contre le changement climatique), c’est avant tout une association écologiste militante. Afin de promouvoir l’usage du vélo, ils ont ouvert une auberge d’étape sur la route de la plus grande voie verte d’Espagne “Ojos Negros” (à 80 km de Valence). Tout le nécessaire est à disposition : chambres, cuisine, douche, salon, jardin, terrasse, atelier de réparation de vélo et même une salle “multi-usages” pour organiser des ateliers, projections, réunions ou tout autre évènement.

 

SideWays - Ruedamondos

 

Un simple mail, et il est possible à tout un chacun de venir passer une ou plusieurs nuits dans l’auberge. Tout est organisé selon les principes fondamentaux de l’association : hospitalité, durabilité, autogestion et collaboration. Une boite à dons est installée dans la cuisine pour participer aux frais de fonctionnement du projet.

 

 

La gestion et l’entretien des lieux sont effectués en commun. L’auberge étant louée, le loyer est financé par les cotisations des membres (10€ par mois) et la participation libre des personnes qui y passent une nuit. Et cela fonctionne, le réseau était bénéficiaire en 2013 !

De fait, les usagers du lieu sont essentiellement des militants écologistes qui passent le week-end sur leur vélo ou bien des associations militantes qui y organisent des événements. Pour les voyageurs de passage, cette auberge est d’autant plus “riche” qu’elle permet de rencontrer des militants locaux !


SideWays - Ruedamondos

 

Au final, l’association AMA a utilisé une passion commune à tous ses membres, le vélo, pour proposer un service utile, qui renforce les liens entre les membres et les militants de passage. Rêvons que toutes associations militantes fassent de même et que la planète soit parsemée d’auberges libres et autogérées qui favoriseraient les rencontres !

En attendant, Ruedamondos ouvrira prochainement de nouvelles auberges en Espagne, toujours sur les voies vertes, les anciennes voies de chemin de fer utilisées pour le transport du charbon, qui ont été aménagées pour les cyclo-randonneurs. Un second lieu en fait déjà parti. Il s’agit d’un refuge de montagne que l’un des membre de l’association a mis à disposition.

Toutes les informations sur : http://ruedamundos.wordpress.com/

 

Source : weare.dyndns.biz/voyageurs.en-transition.fr

 

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:48

 

Source : www.legifrance.gouv.fr

 

JORF n°0063 du 15 mars 2014 page 5340
texte n° 29


ARRETE
Arrêté du 14 mars 2014 interdisant la commercialisation, l'utilisation et la culture des variétés de
semences de maïs génétiquement modifié (Zea mays L. lignée MON 810)

NOR: AGRG1405497A


Le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt,
Vu la charte de l'environnement, notamment ses articles 1er et 5 ;
Vu le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, notamment son article 191 ;
Vu le règlement (CE) n° 178/2002 du Parlement européen et du Conseil du 28 janvier 2002 établissant les principes généraux et les prescriptions générales de la législation alimentaire, instituant l'Autorité européenne de sécurité des aliments et fixant des procédures relatives à la sécurité des denrées alimentaires ;
Vu le règlement (CE) n° 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil du 22 septembre 2003 concernant les denrées alimentaires et les aliments pour animaux génétiquement modifiés ;
Vu la directive 2002/53/CE du Conseil du 13 juin 2002 concernant le catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles ;
Vu la décision de la Commission des Communautés européennes n° 98/294/CE du 22 avril 1998 concernant la mise sur le marché de maïs génétiquement modifié (Zea mays L. lignée MON 810), conformément à la directive 90/220/CEE du Conseil ;
Vu le code de l'environnement, notamment son article L. 533-8 ;
Vu l'arrêté du 3 août 1998 portant consentement écrit au titre de l'article 13, paragraphe 4, de la directive 90/220/CE du 23 avril 1990, des décisions 98/293 et 98/294 du 22 avril 1998 concernant la mise sur le marché de maïs génétiquement modifié (Zea mays L. T 25 et MON 810) ;
Vu le catalogue officiel des variétés des espèces agricoles ;
Vu la note du 17 février 2014 par laquelle les autorités françaises ont informé la Commission européenne, au titre de l'article 34 du règlement (CE) n° 1829/2003, de la nécessité de prendre des mesures d'urgence conformément à la procédure fixée à l'article 53 du règlement (CE) n° 178/2002 ;
Vu les observations recueillies lors de la consultation du public organisée du 17 février au 9 mars 2014 en application de l'article L. 120-1 du code de l'environnement ;
1. Considérant qu'en application des articles 1er et 5 de la Charte de l'environnement, lorsqu'il existe des éléments circonstanciés de nature à accréditer l'hypothèse d'un risque de dommage grave et irréversible pour l'environnement, qui justifierait, en dépit des incertitudes subsistant quant à sa réalité et à sa portée en l'état des connaissances scientifiques, l'application du principe de précaution, il incombe à l'autorité compétente de l'Etat de prendre, eu égard à la plausibilité et à la gravité du risque, les mesures appropriées à sa prévention ;
2. Considérant, en premier lieu, que le maïs MON 810 a été autorisé en 1998 sur la base de la directive 90/220, dont les exigences en matière d'évaluation du risque sont beaucoup plus faibles que celles mises en place actuellement en application de la directive 2001/18 qui l'abroge et la remplace ;
3. Considérant que 232 variétés de semences de maïs génétiquement modifié (Zea mays L. lignée MON 810) sont inscrites au catalogue commun des variétés des espèces agricoles ;
4. Considérant que le Conseil, par l'adoption unanime des conclusions du 4 décembre 2008, a déclaré que les procédures d'évaluation du risque environnemental lié aux OGM devaient faire l'objet d'un renforcement, notamment sur les aspects liés aux impacts sur les insectes non cibles, à la définition des milieux récepteurs et aux impacts à long terme ;
5. Considérant que de nouvelles lignes directrices ont été publiées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) en 2010 et que la Commission européenne prépare une modification des annexes de la directive 2001/18/CE, qui, avant sa publication, doit faire l'objet d'échanges entre elle et les Etats membres ;
6. Considérant que, dans ses avis du 8 décembre 2011 et du 6 décembre 2012 relatifs au maïs MON 810, l'AESA conclut que la culture de ce maïs présente des impacts sur l'acquisition de résistances par les insectes ravageurs ainsi que sur la mortalité des populations de lépidoptères sensibles et qu'elle recommande en conséquence des mesures de gestion et un renforcement des mesures de surveillance ;
7. Considérant, en second lieu, que des publications récentes apportent des éléments scientifiques nouveaux mettant en évidence des risques liés au maïs MON 810 ; qu'ainsi la publication Campagne et al. (2 juillet 2013) met en évidence un mécanisme de résistance dominante à la toxine Cry1Ab chez l'insecte ravageur Busseola fusca qui a conduit à un développement rapide de cette résistance et a rendu inefficaces les stratégies de gestion appliquées ; que la publication Mezzomo et al. (16 mars 2013) démontre que les toxines Cry1 ont un effet toxique sur les cellules, nécessitant des clarifications afin d'en évaluer le risque toxicologique pour les organismes non cibles ; que la publication Zhou et al. (13 janvier 2014) montre que la toxine Cry1Ab peut être transmise à des prédateurs auxiliaires tels que les araignées et peut avoir des effets négatifs sur ces arthropodes ; que la publication Holst et al. (10 février 2013) établit que le pollen de maïs MON 810 peut conduire à une mortalité accrue des larves d'une espèce de papillon, Inachis io, en France ;
8. Considérant qu'il ressort ainsi des avis de l'AESA et de ces publications scientifiques récentes que la culture des variétés de semences du maïs MON 810 est susceptible de présenter un risque important mettant en péril de façon manifeste l'environnement, ainsi qu'un danger de propagation d'organismes nuisibles devenus résistants, en l'absence de mise en œuvre de mesures de gestion susceptibles de limiter ces risques ;
9. Considérant, en troisième lieu, qu'aucune mesure de gestion de la culture des variétés de semences de maïs MON 810, destinée à limiter les risques importants pour l'environnement identifiés par les conclusions de l'AESA du 8 décembre 2011 et du 6 décembre 2012, n'est imposée par la décision d'autorisation n° 98/294/CE délivrée au titre de la directive 90/220/CEE abrogée dont le renouvellement est toujours en cours d'examen ; que cette autorisation n'impose pas non plus de mesures de surveillance ; que les mesures de gestion recommandées par l'AESA pourraient être insuffisantes pour prévenir le risque au regard des nouveaux éléments disponibles ;
10. Considérant que la Commission européenne n'a adopté, suite à la demande des autorités françaises, ni les mesures de gestion nécessaires à la protection de l'environnement, ni la suspension de la commercialisation et de l'utilisation des variétés de semences de maïs MON 810 pour protéger l'environnement, conformément à la procédure fixée à l'article 53 du règlement (CE) n° 178/2002 ;
11. Considérant que pour les raisons ci-dessus exposées, au vu de ces données scientifiques fiables et de ces résultats très récents de la recherche internationale, la mise en culture de variétés de semences de maïs MON 810 sans mesures de gestion adéquates présenterait des risques graves pour l'environnement ainsi qu'un danger de propagation d'organismes nuisibles devenus résistants ; que, par suite, le principe de précaution justifie l'adoption de mesures restrictives ;
12. Considérant qu'il y a urgence, eu égard à la proximité du début de la période de semis, à établir une interdiction de commercialisation et d'utilisation des variétés de semences de maïs MON 810 au titre de l'article 18 de la directive 2002/53/CE et à prendre des mesures conservatoires au titre de l'article 34 du règlement (CE) n° 1829/2003, conformément à la procédure fixée à l'article 54 du règlement (CE) n° 178/2002,
Arrête :


La commercialisation, l'utilisation et la culture des variétés de semences de maïs issues de la lignée de maïs génétiquement modifié MON 810 mentionnée dans l'arrêté du 3 août 1998 susvisé sont interdites sur le territoire national jusqu'à l'adoption, d'une part, d'une décision définitive en application de l'article 18 de la directive 2002/53/CE du 13 juin 2002 susvisé et, d'autre part, des mesures communautaires mentionnées au 3 de l'article 54 du règlement (CE) n° 178/2002 du 28 janvier 2002 susvisé.

Article 2


Le présent arrêté sera publié au Journal officiel de la République française.


Fait le 14 mars 2014.


Stéphane Le Foll

 

 

Source : www.legifrance.gouv.fr

 

 


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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:06

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/edwy-plenel

 

 

« Dire non », un appel au sursaut

Dire non, qui paraît jeudi 13 mars aux éditions Don Quichotte, est un appel au sursaut afin de trouer l’épais brouillard qui, aujourd’hui, voile l’espérance. Dire non pour inventer, tous ensemble, notre oui. Ce livre est dédié à Stéphane Hessel qui fut membre de la Société des Amis de Mediapart. En voici un avant-goût avec ses premières et ses dernières lignes.

La France ressemble ces temps-ci à un Titanic dont l’équipage irait droit vers l’iceberg, le sachant et le voyant mais ne trouvant rien pour l’empêcher. Economique, sociale, démocratique, européenne, culturelle, écologique, etc. : les crises s’accumulent dans une confusion du sens et une perte de repère dont aucune force ne semble capable de dénouer les fils, à l’exception des tenants de la régression la plus obscure vers le plaisir de détester ensemble – les Juifs, les Musulmans, les Arabes, les Noirs, les Roms, les étrangers, le monde, l’Europe, mais aussi les homosexuels, sans oublier les femmes, bref les autres, tous les autres. Passions tristes de l’inégalité, des hiérarchies et des discriminations ; passions dangereuses et ravageuses qui, inéluctablement, en viennent à trier, séparer et sélectionner, parmi notre commune humanité. Passions qui ruinent l’espérance d’émancipation, dont l’égalité des droits et des possibles a toujours été le moteur.

 

 

Nous ne sommes pas condamnés à cette fatalité. Urbaine, diverse et mêlée, dynamique et inventive, la France telle qu’elle est et telle qu’elle vit n’est pas conforme à cette image de régression, de division et de repli. Mais, entre cette réalité vécue et la politique supposée la représenter, le gouffre ne cesse de se creuser. Aussi la crise française est-elle d’abord une crise politique, crise de représentation, essoufflement des institutions, fin de régime. Celle d’une République épuisée, à bout de souffle, impuissante et illisible, condamnée à vivre dans l’instant sans que le passage de l’hystérie sarkozyste à l’activisme hollandais change fondamentalement  la donne. D’un République fatiguée à force d’avoir été confisquée, réduite au pouvoir d’un seul et, de ce fait, affaiblie, étouffant ses vitalités démocratiques, démobilisant ses forces vives, démoralisant son peuple souverain.

Allons-nous continuer à subir ou nous décider enfin à réagir ? Dans la diversité de nos attentes et de nos espoirs, de nos conditions et de nos territoires, de nos croyances et de nos origines, ne nous revient-il pas de relever la France en réinventant sa République, une République enfin conforme à sa promesse de liberté étendue, d’égalité approfondie et de fraternité retrouvée ? Ne sommes-nous pas requis, sauf à définitivement accepter cette servitude volontaire des peuples qui ne savent plus dire « non » ? Et, en l’occurrence, non à cette haine de soi qui est au ressort de la haine de l’autre, cette hantise du déclin et de la chute dont l’infinie quête de boucs émissaires dit le refus de la France réelle, France qui se cherche et qui s’invente, France tissée d’ailleurs et de lointains, France du divers et du pluriel, France de l’égalité sans distinction d’origine ou de sexe, d’apparence ou de croyance, notre France.

Dire non est cet appel au sursaut, un sursaut démocratique et social qui rassemble et conforte afin de trouer l’épais brouillard qui, aujourd’hui, voile l’espérance.

(…)

Nous n’avons peut-être que nos idées, que nos mots. Mais ils dressent un idéal français. D’une France qui ne serait pas fermée à elle-même en se fermant aux autres. Et, dans la bataille d’imaginaire où se jouera l’idée que se fait notre peuple de lui-même, ces mots, ces idées sont des forces matérielles. Car il arrive que la liberté dépende d’un mot, d’un seul. Au début des Essais, écrits dans des temps de transition et de métamorphose dont les passions et les doutes évoquent les nôtres, Montaigne rappelle ce passage des Vies parallèles de Plutarque où l’on apprend « que les habitants d’Asie servaient à un seul, pour ne pas savoir prononcer une seule syllabe qui est Non ». Et c’est alors qu’il ajoute cette précision où, pour la première fois, il mentionne celui dont l’absence l’accompagnera toujours, son ami Etienne de La Boétie : la mention par Plutarque de cette soumission par incapacité à dire non, explique-t-il, « donna peut-être la matière et l’occasion à La Boétie de sa Servitude volontaire ».

Ecrit par Etienne de La Boétie (1530-1563) alors qu’il avait seize ou dix-huit ans, selon le témoignage variable de Montaigne, le Discours de la servitude volontaire a traversé les siècles comme le Sésame des émancipations, indépendamment des lieux et des circonstances. « C’est un extrême malheur d’être sujet à un maître, duquel on ne peut jamais assurer qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il voudra », lance dès les premières lignes La Boétie qui s’étonne que « tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a puissance que celles qu’ils lui donnent ». Pensant la liberté contre le pouvoir, son propos n’est pas de déploration ou de lamentation, mais d’interpellation de ceux-là mêmes qui, par leur silence ou leur obéissance, font la servitude possible. Mais aussi par envie d’être maîtres à leur tour, oppresseurs et dominateurs, tant le ressort secret de la servitude volontaire, c’est, selon le mot de Claude Lefort, que « la tyrannie traverse la société de part en part ».

Les monstres contre lesquels se dresse ce livre aiment la servitude, au point de s’identifier avec les tyrans dans le désir d’être à leur tour maîtres d’un autre. Le non que nous leur opposons n’est pas de simple indignation, mais d’invention, dans l’intelligence de ce qui, hier, les a libérés et de ce qui, aujourd’hui, les prolonge. Un non de création, animé par la certitude que, selon les mots d’Edouard Glissant et de Patrick Chamoiseau, « le temps viendra où le désir de dominer, de dicter sa loi, de bâtir son empire, la fierté d’être le plus fort, l’orgueil de détenir la vérité, seront considérés comme un des signes les plus sûrs de la barbarie à l’œuvre dans l’histoire des humanités ». Ces lignes sont extraites de la protestation qu’ils avaient lancé en 2007 depuis les Caraïbes contre la création d’un Ministère de l’identité nationale, « contre ce mur-ministère qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer peu à peu à fréquenter l’insupportable, de nous mener à fréquenter, en silence et jusqu’au risque de la complicité, l’inadmissible ».

Et d’ajouter, pour finir : « Tout le contraire de la beauté ». Car c’est aussi ce qui se joue ici : la beauté du monde, la bonté des hommes. Le poème préféré de Stéphane Hessel, ce juste dont le souvenir accompagne ce livre, était La Jolie rousse de Guillaume Apollinaire, testament poétique publié le 15 mars 1918 d’un homme « blessé à la tête trépané sous le chloroforme », victime de la folie guerrière provoquée par nos passions dominatrices. S’il le récitait volontiers en entier, il aimait aussi en citer un vers, un seul, pensant, expliquait-il, qu’il « aidera les jeunes générations à entreprendre, poétiquement et politiquement, la construction d’une société radicalement nouvelle par rapport à celle dont nous déplorons l’existence tous les jours ».

Le voici : « Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait. »

Or Nouvelle Bonté est précisément le titre du poème d’Aimé Césaire où figure la mise en garde placée en exergue de ce manifeste : « Il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube. » D’un poète l’autre, comme l’on irait d’inquiétude en espérance, nous entrevoyons le chemin du sursaut. Dire non à cette laideur, cette méchanceté. Dire non à l’abaissement de la France par ceux qui la défigurent en ne l’aimant pas telle qu’elle est et telle qu’elle vit. Dire non pour relever ce pays en élevant son langage. Dire non pour inventer notre oui.

Dire non, 188 p., 14 euros. En vente en librairie ou ici sur Mediapart. Voir la présentation du livre sur le site des éditions Don Quichotte, accompagnée de cette vidéo:

 

 

Voici le sommaire de cet essai :

Un appel

1. Les monstres

2. L’abîme

3. La démobilisation

4. La tragédie

5. L’horizon

6. La trace

Annexe

L’adresse au président

Références

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/edwy-plenel

 

 


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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 18:57

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Prothèses PIP: les chirurgiens savaient tout, ou presque

|  Par Michel de Pracontal

 

 

Bien avant que la fraude de PIP ne soit épinglée par l'Afssaps en 2010, les chirurgiens clients de l'entreprise savaient à peu près tout de ses dysfonctionnements et certains soupçonnaient que les contrôles étaient truqués. C'est ce que démontrent des documents inédits révélés par Mediapart.

 

Fin 2013, Jean-Claude Mas, patron-fondateur de PIP, et quatre dirigeants de sa société ont été condamnés pour tromperie aggravée par le tribunal de Marseille. Les médias ont décrit en détail la manière dont la société de La Seyne-sur-Mer, épinglée en mars 2010 pour avoir vendu des prothèses mammaires remplies d’un gel de silicone frauduleux, avait truqué les contrôles pour masquer l’utilisation d’un gel non médical. En revanche, on ne savait à peu près rien des relations entre PIP et sa clientèle de chirurgiens plasticiens, opérant dans des cliniques privées ou dans des hôpitaux publics, qui ont acheté et posé les prothèses frauduleuses, parfois au rythme de plusieurs centaines par an.

Mediapart a pu se procurer l’ensemble des rapports mensuels d’activité établis par la direction commerciale de PIP entre début 2005 et fin 2009, juste avant la liquidation de l’entreprise. A l'exemple de ces lignes, rédigées en novembre 2005 par un représentant commercial de PIP :

« La situation des ruptures (de stocks) est totalement incompréhensible et dure depuis… 2002. Le cas du docteur Delgove est symptomatique, plusieurs commandes non honorées, les prothèses commandées en MX remplacées par des TX (alors qu’il n’en souhaite plus…)… Tout ceci alors que la concurrence effectue le “forcing” pour nous déloger… Le Dr Delgove a posé plus de 180 paires PIP en 2004 !! À titre d’information, je viens de régler, la semaine dernière, pour lui près de 1100 € à l’occasion du congrès de la Sofcpre (société française de chirurgie plastique et reconstructrice)… ceci pour que la semaine suivante, il soit contraint de passer commande ailleurs faute de pouvoir se faire livrer par PIP. »

Ces documents internes, inédits jusqu’ici, éclairent l’affaire d’un jour nouveau. Ils montrent que lorsque la fraude a été découverte, le manque de fiabilité de PIP était depuis longtemps un secret de Polichinelle dans le milieu des chirurgiens plasticiens. Les rapports des commerciaux montrent de fortes tensions entre PIP et ses clients exaspérés par les dysfonctionnements chroniques de l’entreprise : mauvaise gestion des stocks, suivi irrégulier des commandes, qualité de fabrication instable, etc. Ils font apparaître que dès 2006 et surtout à partir de 2007, les commerciaux se sont sérieusement inquiétés de la multiplication des ruptures de prothèses. Ils révèlent que certains chirurgiens ont mis en cause le gel PIP dès 2007, et ont soupçonné une fraude aux contrôles au moins un an avant qu’elle ne soit mise en évidence, en mars 2010, par une inspection de l’Afssaps (Agence française pour la sécurité sanitaire des produits de santé, devenue l’Ansm). On découvre, enfin, que PIP a su s'assurer le soutien de certains experts et a entretenu des relations suivies avec les centres anti-cancer, qui ont continué d'acheter ses prothèses alors que de nombreux chirurgiens se détournaient de la société de Mas.

 

Le site de PIP à La Seyne-sur-Mer 
Le site de PIP à La Seyne-sur-Mer © Reuters

 

• Dès 2005, nombreux défauts de qualité ou dysfonctionnements de gestion chez PIP

En mars 2005, les commerciaux de PIP craignent de perdre un important client, le docteur Guy-Henri Muller, à Strasbourg : « Suite à de nombreux problèmes rencontrés avec PIP (extrusions, cas de formation de liquide séreux important lors de reconstructions, ruptures de stock à gérer), ce très gros client a laissé sous-entendre qu’il pourrait très prochainement aller à la concurrence. Ceci serait fort dommageable car Dr Muller a une très forte notoriété. »

Des clients de PIP protestent contre la présence, sur l’enveloppe de nombreuses prothèses, de cheveux, de bulles, de peluches, de taches ou de traces de silicone. En février 2007, à propos d’une réclamation d’un fidèle client – le docteur Dominique Antz, de Mulhouse –, concernant des défauts de texturation, le représentant pose la question : « Comment des enveloppes avec ce type de défaut peuvent-elles franchir le contrôle qualité ? » Le même rédacteur déplore que le chirurgien ait été réduit à « ouvrir 7 boîtes d’implants PIP… pour en éliminer 5… et en poser 2 !! ».

Les représentants signalent de nombreux retards de livraison et des problèmes récurrents de conditionnement ou d’étiquetage. En septembre 2005, le docteur Richard Abs, de la clinique Phénicia à Marseille, « est très mécontent de ne pouvoir obtenir des prothèses de fesses (xième relance) ». En novembre 2007, le CHU de Toulouse reçoit des « livraisons catastrophiques » de gabarits gonflables, conditionnés de façon anarchique : « Parfois, on en met 2 dans une mallette en plastique, parfois 1 seul. Ils sont parfois envoyés dans des valisettes transparentes à fond bleu. Sur une même livraison, les 2 mallettes différentes peuvent être utilisées ! Parfois, ils sont livrés sans valisette, en vrac, dans des cartons. » Avril 2008 : « Le docteur Mage a ouvert une 205 cc à la clinique Antoine de Padoue à Bordeaux. À l’intérieur, une 470 cc !… » Moins d’un an après, le même médecin subira la même mésaventure…

En avril 2005, un problème d’une autre nature : le docteur Alfred Fitoussi, qui travaille à l’institut Curie et à la clinique Saint-Jean-de-Dieu, « a réclamé à nouveau ses honoraires concernant une communication faite au congrès d’Israël en accord avec le distributeur local ». Fitoussi n’en continue pas moins à travailler sur des présentations ou des ateliers pour PIP, même si, en février 2006, il est toujours « très mécontent » de n’avoir aucun règlement.

Dans le compte rendu de mai 2005, on apprend que le docteur Fitoussi « a réitéré sa demande sur les tailles réelles de prothèses asymétriques ». Exclusivité PIP, les prothèses asymétriques sont surtout destinées à le reconstruction mammaire pour les patientes opérées lors d’un cancer du sein. Elles permettent parfois d’obtenir de meilleurs résultats que les prothèses classiques rondes, mais les clients de PIP se plaignent souvent du fait que la gamme soit trop étroite et ne comporte pas assez de tailles. Qui plus est, dans certains cas, ces prothèses asymétriques deviennent rondes…

« Un jour, l'Afssaps va trouver cela bizarre »

La raison pour laquelle Fitoussi demande les tailles réelles de ces prothèses apparaît dans le rapport d’octobre 2006, qui mentionne un échange entre chirurgiens lors d’un congrès organisé par Astra Zeneca. Un chirurgien expose qu’il a choisi un certain modèle de prothèse en se basant sur le catalogue PIP : « Le Dr Fitoussi répond que PIP lui a dit que les cotes des implants étaient fausses et que le cotes officielles avaient été définies pour l’homologation à l’Afssaps sans tenir compte des mesures réelles. » Si l’on comprend bien, le catalogue ne donne pas les vraies mesures des prothèses. L’incident en dit long sur le sérieux avec lequel la société PIP traite les aspects réglementaires.

Les rapports des commerciaux mentionnent plusieurs études cliniques sur le gel de silicone des prothèses PIP. En mai 2005, le représentant indique : « Il devient urgent de faire un point sur les dossiers d’études cliniques (gel de silicone). Médecins concernés : Dessapt et Muller. Les études ont débuté en 2001 pour une durée de deux ans ! Plusieurs demandes ont été faites au service qualité, sans succès… » En juillet, rien n’a changé : « Je relance ce jour le service Qualité pour avoir une situation des études cliniques en gel de silicone sur ce secteur (toujours pas de réponse…). »


Jean-Claude Mas 
Jean-Claude Mas © Reuters

Le gel a aussi été étudié par le docteur Maurice Félix, de la clinique Phénicia à Marseille, l’un des plus gros clients de PIP. En septembre 2005, le docteur Félix « a rendu ses dossiers “suivi patientes” concernant l’étude des gels. Demande le règlement (305 € par dossier × 29 soit un total de 8845 € ». Cette étude n’a manifestement pas détecté la composition frauduleuse du gel. En février 2006, une des patientes de Félix est victime d’une rupture de prothèse avec siliconome (inflammation due au gel), et menace d’un procès, ce qui conduit PIP à prendre en charge tous les frais de réintervention. Début 2007, Maurice Félix sera l’un des premiers à mettre en cause le gel PIP, qu’il juge insuffisamment « cohésif ».

Pour conserver sa clientèle, la société de Jean-Claude Mas a accordé à un certain nombre de chirurgiens des rabais très importants ou des délais de paiement. Les commerciaux de PIP se plaignent de l’incohérence de la politique tarifaire de l’entreprise et de l'absence de grilles de tarif en fonction des quantités commandées. En septembre 2005, PIP a des difficultés avec deux de ses clients parisiens, les frères Sidney et Jacques Ohana (clinique Pétrarque) : le représentant se plaint du fait que les frères Ohana font travailler d’autres chirurgiens avec les tarifs préférentiels que PIP leur a accordés. L’affaire finit par s’arranger. En janvier 2008, le docteur Sidney Ohana est toujours client de PIP, mais un autre incident se produit : alors que le chirurgien « enregistrait une intervention pour une émission télévisée, un implant PIP s’est rompu à l’implantation… il a finalement posé une paire d’implants de marque Sebbin ».

 

• À partir de 2006, la multiplication des ruptures d’implants PIP

En première ligne face aux chirurgiens, les représentants sont les premiers à détecter l’augmentation des cas de ruptures d’implants PIP, qui donnent souvent lieu à des réinterventions dont le fabricant assume les frais. Mai 2006 : « Vu les cas de plus en plus fréquents de ruptures des pmi en gel, l’explication que l’épaisseur est conforme aux normes n’est pas appropriée ni justifiée. Les chirurgiens parlent entre eux », écrit le représentant. Plusieurs chirurgiens signalent des cas de ruptures de prothèses avec siliconomes.

La tendance s’accentue l’année suivante. En février 2007, un représentant exprime sa crainte d’une méfiance croissante des clients, chez qui « commence à faire son chemin » l’idée que les ruptures des prothèses PIP sont dues à des défauts de l’enveloppe. Le représentant redoute que certains chirurgiens soient, « je cite, intimement convaincus d’avoir implanté des dispositifs limite ou douteux… ».

En avril 2007, un autre commercial écrit : « Nous sommes handicapés par l’instabilité des produits PIP. Les nombreuses ruptures d’implants affectent gravement notre image de marque près des chirurgiens plasticiens. Sur le secteur sud-ouest un grand nombre de chirurgiens ne souhaitent plus recevoir PIP. »

Juin 2007 : un chirurgien évoque les ruptures de prothèses alors qu’il n’en a pas personnellement subi, « preuve, si besoin était, que les informations relayées de multiples manières circulent et qu’il serait en conséquence parfaitement inconscient de mésestimer leur portée », note un représentant.

Un de ses collègues enfonce le clou : « Depuis 2 ans, je tire la sonnette d’alarme sur les problèmes de ruptures d’enveloppes : plusieurs mails à la direction et aux services concernés (qualité, R et D, production). Pas une seule fois, on ne m’a répondu. Je pense que cette année, nous allons approcher la centaine de ruptures. C’est grave et les conséquences peuvent être dramatiques pour nous. À chaque fois il y a une DMV (déclaration de matériovigilance) : un jour l’Afssaps va trouver (cela) bizarre ! Plus grave, les chirurgiens parlent entre eux : au niveau national, ils ont maintenant un forum de discussion via le net et pour avoir pu chez un client lire un échange entre eux : ils y vont bon train !! Au niveau régional : l’ACPO (45 plasticiens de l’ouest) : 2 réunions par an, plusieurs de mes clients en ont déjà parlé ! Bref je vous laisse imaginer les dégâts… »

L’inquiétude des commerciaux de PIP contraste avec l’apparente sérénité de l’Afssaps qui ne s’étonne pas de l’augmentation des déclarations d’incidents. À noter que l’un des experts en matériovigilance de l’Afssaps, le professeur Jean-Pierre Chavoin, chef de service au CHU de Toulouse, est un client de PIP. Le représentant responsable du secteur sud-ouest le cite à plusieurs reprises. En novembre 2005, il rapporte que le professeur lui a dit être « l’objet d’une cour assidue (du concurrent) Mac Gahn qui lui présente des implants nouveaux à tester pour en devenir l’expert France, et lui fait miroiter une aide exceptionnelle pour sa manifestation de vidéo-forum de 2007 » ; en octobre 2006, le commercial mentionne une vidéo sur les prothèses asymétriques en cours de réalisation par l’équipe du professeur Chavoin au CHU de Toulouse ; en mars 2007, on apprend que le marché du Centre hospitalier d’Albi a échappé à PIP, « alors que sur les conseils de JP Chavoin le gynéco était prêt à poser des (prothèses) asymétriques en reconstruction » ; en septembre 2007, il est à nouveau question de réaliser un film au CHU de Toulouse.

« Mon chiffre d'affaires s'est maintenu, mais jusqu'à quand ? »

Début 2008, le professeur Chavoin, qui était expert en matériovigilance depuis le début des années 2000, est nommé membre de la commission nationale de sécurité sanitaire des dispositifs médicaux de l’Afssaps. À la même époque, un médecin de son service, le docteur Dimitri Gangloff, vérifie l’état d’une prothèse PIP qu’il s’apprête à utiliser. L’implant lui éclate dans les mains. Une déclaration de matériovigilance est faite, et la prothèse rompue est envoyée à l’Afssaps. Mais l’agence ne réagit pas à ce signalement, pourtant effectué par l’un de ses experts ! Quant au professeur Chavoin, il finit par abandonner les prothèses PIP, son service ayant mis au point un logiciel pour réaliser des implants sur mesure fabriqués par la marque concurrente Pérouse.

 

Christian Marinetti 
Christian Marinetti © DR

 

• En 2008, l’alerte des chirurgiens de Marseille

En avril 2008, le commercial qui s’occupe du secteur sud-est signale que le docteur Félix, de la clinique Phénicia de Marseille, ne posera plus les prothèses PIP « tant que nous ne lui aurons pas apporté la preuve de l’amélioration de nos enveloppes et de notre gel (car pour lui, non seulement nous devons résoudre le problème des ruptures d’enveloppes mais également celui du gel qui, selon lui, n’est absolument pas cohésif) ». Ce chirurgien avait mis en cause le gel des prothèses PIP dès janvier 2007. Cela n’a pas empêché la clinique Phénicia de rester l’un des gros clients de PIP : elle a acheté 150 paires d’implants en octobre-novembre et détient, en 2008, un stock de prothèses PIP pour environ 50 000 €.

Mais les ruptures d’implants se poursuivent chez les patients des trois chirurgiens opérant à la clinique Phénicia, les docteurs Richard Abs, Maurice Félix et Christian Marinetti (principal actionnaire de la clinique). Les rapports entre PIP et la clinique de Marseille se tendent. Marinetti indique à Jean-Claude Mas qu’il ne veut pas garder son stock de prothèses PIP.  En mai 2008, une patiente du docteur Félix doit être opérée en urgence parce que les médecins craignent qu’elle n’ait des métastases. En fait, la patiente souffre de nombreux siliconomes, effet récurrent du gel.

À la même époque, le docteur Abs se propose de créer une base de données sur les incidents liés aux prothèses, qui serait consultable sur « Tam-tam », le forum internet des chirurgiens plasticiens. Sur ce forum, les commentaires négatifs à propos de PIP se multiplient. Les commerciaux sont de plus en plus inquiets : « Mon CA (chiffre d’affaires) s’est maintenu, mais jusqu’à quand ? » s’interroge l’un d’eux en juin 2008 ; un autre lui fait écho : « Mon CA ne tient qu’à mes relations avec (les) chirurgiens. »

En septembre 2008, Christian Marinetti parle d’un « gel toxique ». Il envoie un mail à l’Afssaps en novembre 2008, demandant à l’agence de faire une analyse physico-chimique du gel des prothèses PIP. Cet alerte n’aura pas plus d’effet que les signalements antérieurs, notamment celui de Jean-Pierre Chavoin.

Selon un rapport de février 2009, Jean-Claude Mas a racheté pour 42 000 € le stock de prothèses PIP de la clinique Phénicia. En mars 2009, Richard Abs, le collègue de Marinetti, rencontre un représentant de PIP. D’après ce dernier, Abs « a découvert qu’il existait différentes qualités de silicone médical et que les coûts étaient considérablement plus bas… ces différences (qu’il ignorait jusqu’à présent) lui ont mis un doute à notre sujet, il se demande si l’explication des siliconomes en grand nombre, à chaque rupture, n’est pas là… de ce fait ayant un certain doute il ne posera plus de PIP. Je lui ai expliqué que nous étions soumis à des contrôles rigoureux, ce à quoi il m’a répondu qu’il était possible de présenter des dossiers et des échantillons corrects et de faire ensuite différemment ! qu’il serait intéressant de faire analyser une prothèse rompue ayant entraîné des siliconomes, par un laboratoire spécialisé dans ce type de recherche, et non par nous-mêmes. Cependant, il m’a dit qu’il ne ferait pas part de ses soupçons sur Tam-tam. Le docteur m’a demandé que cette conversation reste entre lui et moi… ».

Ce récit suggère fortement que le chirurgien marseillais soupçonnait PIP de falsifier les contrôles. Mais il n’a pas ouvertement fait part de ses soupçons à l’Afssaps. En octobre 2009, Christian Marinetti envoie un courrier recommandé à la direction de l’agence, sans évoquer de fraude. À la même époque, l’Afssaps reçoit un courrier anonyme comportant des photos qui prouvent la présence sur le site PIP de produits non conformes. Il faudra encore attendre jusqu’à mars 2010 pour que l’agence se décide à effectuer une inspection sur place…

 

• Le marché des centres anti-cancer

En juin 2008, PIP remporte de haute lutte le marché des prothèses pour les centres anti-cancer (plus précisément, pour 14 CAC regroupés en une centrale d’achat qui a été créée début 2008). Ce succès inespéré survient alors que PIP est en train de perdre de nombreux clients, est en conflit avec la clinique Phénicia et fait l’objet d’une campagne de dénigrement sur le forum Tam-tam des chirurgiens plasticiens. On peut s’étonner que les centres anti-cancer, censés se montrer particulièrement rigoureux dans leurs choix de prothèses, aient retenu la candidature de PIP. Deux facteurs ont joué un rôle important : d’une part, PIP est le seul fabricant à proposer, en plus des prothèses rondes, des prothèses « asymétriques » ; d’autre part, l’entreprise de Jean-Claude Mas entretient de longue date des relations avec des chirurgiens travaillant ou ayant travaillé pour les centres anti-cancer.

« Suite à certaines rumeurs… »

Les prothèses asymétriques sont une invention de deux chirurgiens, Marie-Christine Missana et Arnaud Rochebilière. La première a exercé dans le plus grand centre anti-cancer français, institut Gustave-Roussy (IGR) de Villejuif, avant de rejoindre une clinique à Monaco ; le second possède un cabinet à Toulon. L'invention étant brevetée, PIP a régulièrement versé des royalties aux deux médecins (d’après un document comptable que Mediapart a pu consulter, ces royalties s’élevaient en 2005 à 19 700 € pour chacun des deux inventeurs).

 

Prothèse PIP défectueuse 
Prothèse PIP défectueuse © Reuters

Par ailleurs, l’entreprise de Jean-Claude Mas a entretenu des relations suivies avec plusieurs centres anti-cancer. Ainsi, PIP a travaillé avec des chirurgiens ayant exercé à l’institut Curie (Paris), notamment le docteur Alfred Fitoussi, déjà mentionné, et le docteur Krishna Clough, qui a créé l’Institut du sein à Paris. Les comptes rendus des commerciaux montrent que le docteur Fitoussi a effectué des présentations ou des ateliers pour PIP. Par exemple, à propos d’un congrès tenu en juin 2006 au Centre anti-cancer Léon-Bérard, à Lyon, le commercial de PIP note : « Lors de ce congrès, le docteur Fitoussi a fait une très bonne présentation sur nos prothèses asymétriques. Le professeur Chavoin a pris la parole pour dire qu’il était pleinement satisfait de ces implants. »

Lors d’un séminaire d’oncoplastie en mars 2007, dont PIP a subventionné le buffet, le docteur Fitoussi a fait un exposé, de même que ses collègues de l’IGR, les docteurs Marie-Christine Missana et Lise Barreau. Ces exposés ont été accompagnés de films d’interventions chirurgicales.

Il semble que PIP ait eu quelques difficultés à s’implanter à l’institut Gustave-Roussy, malgré la présence du docteur Missana, associée par son brevet à l’entreprise de Mas. D’après les rapports des commerciaux, le service pharmacie de l’IGR s’est dans un premier temps opposé au choix de PIP. Le rapport de décembre 2005 indique que le docteur Missana et sa collègue Lise Barreau avaient d’abord refusé de recevoir le représentant de PIP, qui a finalement pu présenter sa gamme de produits après une intervention de Rochebilière. Le feu vert est donné en 2006 et, en mai 2007, l’IGR est devenu le client n°1 de son secteur, avant la clinique Pétrarque du docteur Sidney Ohana…

Un troisième centre anti-cancer client de PIP est l’institut Claudius-Regaud (ICR), à Toulouse. Des chirurgiens de cet institut, le docteur Ignacio Garrido et le docteur Hélène Charitanski, ont travaillé avec PIP. Garrido a dirigé un atelier sur les prothèses asymétriques lors d’un congrès en 2006.

Par ailleurs, Françoise de Crozals, pharmacienne à l’ICR, était la coordinatrice de la centrale d’achat des centres anti-cancer en 2008. Le service commercial de PIP est entré en relation avec elle début 2008, et a ainsi pu obtenir les informations nécessaires pour répondre à l’appel d’offres.

Si PIP a remporté cet appel d’offres, la situation se gâte début 2009. Un rapport de janvier note que l’institut Claudius-Regaud « ne pose quasiment plus d’asymétriques », notamment parce que les implants se déforment et sont sujets à des rotations « en aussi grand nombre que les anatomiques ». En novembre 2009, Françoise de Crozals, la pharmacienne responsable de la centrale d’achats, se fâche. Lors d’une réunion avec les cadres de PIP, elle se plaint de ce que le gel des prothèses ne serait plus le même qu’au début du marché. Puis elle adresse à la direction de l’entreprise une lettre dans laquelle elle demande, « suite à certaines rumeurs », les éléments complets du dossier, comportant « l’assurance qualité relatif à l’origine des gels de silicone constitutifs de vos prothèses ». Bref, la confiance n’est plus au rendez-vous. Mais le marché avec les centres anti-cancer aura tout de même fonctionné plus d’un an, après avoir été conclu au moment précis où bon nombre des clients de PIP se tournaient vers la concurrence. Une anomalie parmi de nombreuses autres dans cette affaire tortueuse que la justice n’a fait jusqu’ici qu’effleurer.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 19:24

 

Source : news.radins.com

 

Les alternatives à EDF et GDF Suez progressent

Ajouté le14 mars 2014

 

La concurrence s'accélère dans le domaine de l'électricité et du gaz. La hausse des tarifs réglementés d'EDF a fait progresser les opérateurs alternatifs.

EDF et GDF Suez perdent des clients

Concernant l'électricité, le rythme d'ouverture du marché s'accélère avec 133.000 clients supplémentaires en offre de marché, contre 67.000 au troisième trimestre, a indiqué l'observatoire trimestriel de la Commission de régulation de l'énergie (CRE).

Cette hausse s'explique incontestablement par la hausse de 5 % des tarifs réglementés d'EDF. Une nouvelle hausse similaire est d'ores et déjà prévue pour l'été 2014.

Les fournisseurs alternatifs assurent désormais 18 % de la consommation d'électricité en France. Ils ont déjà ont conquis 2,47 millions de ménages, sur un total de 31,2 millions.

Des tarifs de gaz moins chers

Le rythme d'ouverture à la concurrence du gaz naturel est resté soutenu, avec 238.000 clients supplémentaires au quatrième trimestre, contre 240.000 sur les trois mois précédents. Résultat : les fournisseurs alternatifs assurent 39 % de la consommation de gaz.

Le fournisseur alternatif belge Lampiris, conseillé par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, a déjà séduit plus de 70.000 consommateurs. Cette offre permet de bénéficier d'une remise de 13 à 15% par rapport aux tarifs réglementés, soit une économie de 156 € sur la facture moyenne annuelle d'un foyer se chauffant au gaz.

Par Sylvain Leleu


En savoir plus sur http://news.radins.com/actualites/les-alternatives-a-edf-et-gdf-suez-progressent,7621.html#hfyucAkpqIaECHto.99

 

 

Source : news.radins.com

 

 

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Source : www.lemonde.fr

 

UFC-Que Choisir promeut le gaz moins cher

Le Monde.fr | 15.10.2013 à 17h49 | Par Jean-Michel Bezat

 

 

Les tarifs réglementés du gaz concernent près de 9 millions de foyers clients de GDF Suez et d'une poignée de régies locales, sur environ 11 millions de ménages français abonnés au gaz, soit près de 92 % du marché des particuliers.

 

C'est une première en France : l'association de consommateurs UFC-Que Choisir s'est associée avec le fournisseur de gaz belge Lampiris pour proposer une offre qui sera "au minimum" 13 % moins chère que le tarif réglementé offert actuellement par GDF Suez, seul à pouvoir proposer ces tarifs encadrés (mais pas forcément moins élevés que ceux de ses concurrents EDF, Direct Energie, Eni, Alterna et Antargaz).

Cette initiative intervient à la veille d'une hausse probable des prix, début novembre, pour les 9 millions de foyers clients de GDF Suez. Cette hausse pourrait être de l'ordre de 0,5 %. L'offre de l'association de consommateurs a été limitée à 100 000 souscriptions (via gazmoinscherensemble.fr) et le prix est garanti pendant un an, a expliqué Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir, mardi 15 octobre, au cours d'une conférence de presse.

M. Bazot estime que GDF Suez, l'opérateur historique, a " sclérosé " le marché du gaz, pourtant un peu plus dynamique que celui de l'électricité. Huit consommateurs sur dix (clients particuliers) sont restés clients de l'ex-Gaz de France, qui a fusionné avec Suez en juillet 2008 pour donner naissance à GDF Suez. A l'inverse, une entreprise sur deux (48 %) a quitté les tarifs réglementés.

 

Confirmant les enquêtes du médiateur de l'énergie ou de la Commission de régulation de l'énergie, M. Bazot rappelle que "la moitié des gens ne savent même pas qu'ils peuvent changer de fournisseur" et "le consommateur ne sait pas comment s'y prendre". Et ce, plus de six ans après l'ouverture à la concurrence du marché des consommateurs résidentiels, le 1er juillet 2007.

 

CAHIER DES CHARGES EXIGEANT

L'UFC-Que Choisir indique que Lampiris a été le seul opérateur à avoir répondu à l'appel d'offres lancé cet été par l'UFC-Que Choisir, les cinq autres s'étant, selon lui, "déballonnés" devant un cahier des charges trop exigeant à respecter.

Qu'apportera Lampiris France, filiale du groupe belge, très peu implanté en France mais bien connu en Belgique ? Un prix plus attractif, d'abord. Hors rabais, le tarif permettra une économie "comprise entre 124 et 132 euros selon la zone tarifaire" pour une consommation moyenne de 17 000 kilowattheures par an, répondent les responsables de l'UFC.

Ces 13 % sont, semble-t-il, supérieurs aux baisses consenties aujourd'hui par les concurrents de GDF Suez, qui oscillent entre 4 % et 9 %. Mais les clients l'ignorent souvent, tout comme ils ignorent qu'ils peuvent revenir au tarif réglementé si celui-ci redevient plus attractif. L'UFC n'exclut pas non plus d'obtenir un "rabais supplémentaire" si l'offre de Lampiris est souscrite par de nombreux consommateurs.

Lampiris proposera aussi une meilleure protection juridique, assure l'association. Le cahier des charges va, selon elle, au-delà des obligations fixées par la loi. Dans l'offre "Gaz moins cher ensemble", les recommandations des autorités compétentes (Médiateur de l'énergie, Commission des clauses abusives) s'appliquent de fait.

C'est le fournisseur qui a la " responsabilité unique " et qui ne peut donc renvoyer son client vers le gestionnaire du réseau de distribution, GrDF, en cas de problème. S'il y a un litige (raccordement, facture trop élevée…), l'UFC-Que Choisir s'engage aussi à s'impliquer directement auprès des consommateurs s'estimant lésés. Lancée mardi, la période pour s'inscrire court jusqu'au 25 novembre. A ce stade, le signataire ne s'engage à rien, l'offre définitive étant dévoilée le 26 novembre. Ce n'est qu'entre le 7 décembre et le 31 janvier 2014 qu'ils pourront y souscrire.

La facture de gaz des consommateurs a augmenté de 80 % depuis 2005 pour atteindre un montant moyen de 1 200 euros, selon l'UFC. Puisque concurrence il y a désormais, plaide M. Bazot, le consommateur doit trouver "un nouveau réflexe". Car il n'y a, selon lui, "aucun avantage" à être chez GDF Suez.

 

"PRINCIPE D'INDÉPENDANCE"

Répondant par avance à toute critique sur d'éventuels liens avec l'entreprise Lampiris, l'association souligne que l'opération se fait "dans le respect total de son principe d'indépendance". Elle rappelle qu'elle a "mis en concurrence l'ensemble des fournisseurs sans la moindre discrimination" et qu'elle ne touchera pas d'argent. Un commissaire aux comptes a été nommé pour veiller à la bonne tenue des opérations.

La précarité énergétique ne cesse de gagner du terrain et le gouvernement n'est toujours pas parvenu à enrayer ce phénomène qui touche plus de 8 millions de personnes modestes. Ce sont celles qui doivent consacrer au moins 10 % de leurs revenus pour leurs seules dépenses d'énergie - sans compter les ménages qui sont sous ce seuil des 10 % parce qu'ils coupent tout bonnement le chauffage faute de moyens pour payer leur facture.

Cette précarité est plus qu'un inconfort : avoir froid chez soi, c'est s'exposer à la maladie et à la dépression. Selon le site d'information Mediapart, la Fondation Abbé Pierre met actuellement la dernière main à une étude sur les effets dévastateurs de cette précarité.

En 2012, le gouvernement s'était engagé à agir pour réduire cette précarité énergétique frappant les consommateurs de gaz, d'électricité ou de fioul domestique. Un an plus tard et "après des mois d'un débat national qui a fait des recommandations fortes sur la dimension sociale de la transition énergétique, les discours du président et du gouvernement reprennent les mêmes intentions, sans plus de mesures concrètes que celles, partielles, mises en œuvre en début d'année", notamment l'extension des tarifs sociaux de l'électricité et du gaz, regrette la Fondation Abbé Pierre. En 2012, elle a lancé l'opération "Toits d'abord" pour aider à la construction de logements sociaux bien isolés, avec le concours financier d'EDF.

Jean-Michel Bezat
Journaliste au Monde

 


Source : www.lemonde.fr

 



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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 17:54

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com

 

 

SYRIE. 3 ans de guerre, 140.000 morts et un statu quo

Céline Lussato

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Publié le 15-03-2014 à 08h23

Le pays entame sa quatrième année de bain de sang. Un tableau catastrophique où tous les acteurs semblent figés dans un rôle dont ils ne veulent ou ne peuvent plus sortir.

 

Des hommes secourent une jeune fille blessée, à Douma, près de Damas, le 7 janvier 2014. (Bassam Khabieh / Reuters) Des hommes secourent une jeune fille blessée, à Douma, près de Damas, le 7 janvier 2014. (Bassam Khabieh / Reuters)

 

 

 

La Syrie entre ce 15 mars dans sa quatrième année de violences. De l'espoir de changement, il ne reste rien. Balayé. Comme les vies de plus de 140.000 personnes, les quartiers rasés, la volonté de la communauté internationale, aussi, de faire cesser l'horreur qui se déroule dans le pays. Portrait d'un pays en ruines.

Assad, reclu dans son palais, et candidat à sa succession 

Lorsque les premiers manifestants syriens descendent dans les rues de Damas en mars 2011 c'est, portés par la vague de ce que l'on continue d'appeler les Printemps arabes, pour demander plus de liberté. Pour les plus audacieux, il s'agit de demander que le président Bachar al-Assad, héritier du pouvoir de son père Hafez, quitte ses fonctions.

Trois ans plus tard, reclus dans son Palais, Bachar al-Assad est toujours aux commandes, même si un certain flou entoure son entourage. Il continue de promulguer des lois, comme celle, mercredi, concernant la régulation de l'entrée et la résidence des étrangers dans le pays alors même que ses forces armées ne contrôlent plus certaines zones frontalières… Une manière de montrer son opposition à l'entrée sur le sol syrien de combattants mais aussi de personnels humanitaires sans autorisation de Damas.

Une "violation de la souveraineté de l'Etat syrien", dénonce Damas qui refuse pour autant de fournir toute autorisation aux ONG qui en font la demande.

Bachar al-Assad, qui n'a aucunement l'intention de passer la main, a d'ores et déjà annoncé son intention de briguer un nouveau mandat lors du prochain scrutin. Des élections une nouvelle fois sans réelle opposition, aux résultats sans doute aussi truqués que les précédentes et, cette fois, dans un pays ravagé par la guerre.

Une opposition intérieure traquée

En trois ans de lutte, les opposants qui ont fait le choix de rester en Syrie ont soit trouvé la mort, soit croupissent en prison, soit ont disparu. L'une des dernières figures du mouvement de contestation pacifique, Razan Zaitouneh, s'est elle aussi évanouie dans la nature, arrêtée par des hommes armés à Douma où elle s'était réfugiée après des mois passés dans la clandestinité. Enlevée par les sbires de Bachar pour avoir organisé la rébellion pacifique contre lui ? Réduite au silence par les islamistes ulcérés d'entendre sa voix laïque dans la rébellion ?

Les esprits libres n'ont aucune place dans la Syrie d'aujourd'hui. Pas plus qu'il y a trois ans. Et non seulement les prisons ne désemplissent pas, mais les prisonniers politiques y subissent un sort plus atroce qu'on ne pourrait l'imaginer comme en a témoigné il y a quelques semaines un photographe employé dans l'une d'entre elle qui a fini par fuir le pays.

Non sans emporter avec lui quelque 55.000 clichés pris dans le centre pénitentiaire où il travaillait. Les images de 11.000 personnes décédées, affamées, portant des marques de tortures, de strangulation…

 

Une opposition extérieure en lambeaux 

Quant à l'opposition extérieure, minée par les divisions, sans réel contrôle sur l'Armée syrienne libre,  ayant perdu le soutien de l'intérieur du pays face à ses échecs successifs, mais aussi sans soutien financier international de poids, elle s'apparente aujourd'hui à un "machin" dont on ne sait plus quel rôle il peut bien avoir. Dernière action en date : la participation à la Conférence dite "Genève 2" : un fiasco

Non seulement, ces pourparlers n'ont abouti à rien de concret, mais ils ont en quelque sorte prouvé l'impuissance de l'opposition extérieure.

La situation sécuritaire catastrophique

La situation sur le terrain reste donc bel et bien catastrophique. Bombardements incessants, civils pris en otages au milieu des combattants, viol comme arme de guerre… la violence à son paroxysme. Les rapports successifs des ONG de défense des droits de l'homme n'y changent rien, la violence perdure dans le pays où quelque 140.000 personnes sont officiellement décédées depuis le début du conflit, des centaines de milliers blessées.

Des quartiers entiers de villes sont désormais transformés en tas de gravats soit en raison de bombardements, soit en l'absence totale de tout objectif militaire comme l'a notamment dénoncé HRW.

Le quartier de Khaldye à Homs (AFP)

Les populations civiles se retrouvent prises en otages entre forces loyalistes et djihadistes qui n'ont que faire de leurs vies.

Les combattants islamistes les plus radicaux de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) s'en prennent, de plus, directement aux populations civiles qui ne respectent pas leur vision radicales des règles de l'Islam : torture, flagellation, exécutions sommaires sont monnaie courante dans les prisons secrètes gérées par l'EIIL dans les zones qu'ils contrôlent notamment dans le nord du pays à Raqqa ou Alep.

Ces violences induisent des conditions de vies absolument catastrophiques pour l'ensemble de la population.

La situation humanitaire épouvantable

Les cas de malnutrition voire de sous-nutrition ne sont plus rares dans le pays. Conséquence des difficultés à transporter les biens de consommation dans le pays en guerre mais aussi instrumentalisation de la faim comme une arme dans le pays.

Des quartiers entiers de villes sont assiégés pour en affamer les populations. L'horreur de la vie dans le centre de Homs ou dans le camp palestinien de Yarmouk au sud de Damas sont les exemples les plus criants de cette instrumentalisation de la faim par Assad : corps émaciés, témoignages poignants, cadavres à la pelle…

Une enfant du camp de Yarmouk (AFP)

Le monde médical est aussi totalement désorganisé dans le pays. Le régime vise depuis trois ans les médecins et infirmières qui ont l'audace de soigner les blessés soupçonnés de soutenir la révolte dans le pays. Le personnel soignant est décimé et de nombreux Syriens décèdent de maladie chronique en l'absence de soin et de médicaments dont l'approvisionnement n'est plus non plus assuré.

Un immense exode est donc en cours

Selon le Haut-commissariat de l'Onu aux réfugiés, les Syriens "sont en passe de devenir les réfugiés les plus nombreux dans le monde", avec quelque 2,5 millions de personnes ayant fui les combats et la misère, dont 1,2 million d'enfants.

Des personnes qui pour beaucoup trouvent un abri dans les pays limitrophes en particulier le Liban, la Jordanie et la Turquie mais dans des conditions souvent périlleuses et misérables. Les accueils dans les plus éloignés, notamment en Europe, sont ridiculement bas et les aides de la communauté internationale d'un niveau toujours insuffisant.

L'immense camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie (AFP)

Sans travail, avec un accès limité pour leurs enfants à l'éducation, ces populations plongent dans l'anxiété. Alors qu'une écrasante majorité d'entre eux espèrent pouvoir rentrer chez eux, ils sont plus de 65%, selon une étude d'Oxfam, à craindre de ne pas pouvoir mettre leur projet à exécution.

Et leurs conditions de vie se détériorent encore dans les pays d'accueil. Selon une étude de l'Unicef par exemple, "sur les 200.000 Syriens de moins de 5 ans qui se trouvent aujourd'hui au Liban, 2.000 présentent une malnutrition sévère qui peut entraîner la mort".

Une communauté internationale impuissante

Le ballet des voitures diplomatiques du sommet de "Genève 2" qui s'est tenu en janvier dernier symbolise parfaitement l'action de la communauté internationale ces trois dernières années concernant la Syrie : de l'agitation, un peu de bruits, mais des allers-retours qui ne mènent en fait nulle part.

Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov et le médiateur de l'Onu pour la Syrie Brahimi (AFP)

En trois années, les cartes n'ont pas été redistribuées. Deux camps indéfectibles se regardent en chien de faïence : d'une part Téhéran, Pékin et surtout Moscou qui soutiennent le régime de Damas ; de l'autre les Occidentaux et les pays arabes qui affirment soutenir l'opposition syrienne. Entre les deux, le fossé s'est creusé, aucune vision commune n'a abouti.

Si les deux camps disent vouloir le retour au calme dans le pays, ce n'est pas sous les mêmes auspices. Alors que Vladimir Poutine continue de souhaiter le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, le camp adverse n'a de cesse d'affirmer que le dirigeant syrien a bien trop de sang sur les mains pour rester impuni.

Les deux camps siègent au Conseil de sécurité, seule instance susceptible de permettre une intervention quelle qu'elle soit dans le pays, et bloquent toute décision.

Si l'utilisation d'armes chimiques par Bachar al-Assad contre la population syrienne a fait penser un temps aux Occidentaux (surtout les Etats-Unis et la France) qu'ils avaient l'argument pour user de la force contre Damas, il a bien fallu qu'ils remettent leurs flingues dans leurs étuis : en brandissant la carte "diplomatie", Vladimir Poutine a convaincu chacun d'opter pour le démantèlement de l'arsenal et la tranquillité pour le dirigeant syrien. Un démantèlement toujours pas effectif.

Seule résolution à avoir finalement abouti, la 2139, exige l’arrêt des violences indiscriminées contre les civils, l’arrêt immédiat des tirs d’obus et des bombardements aériens, tels que l’utilisation des barils d’explosifs. Elle exige également que l’accès des Nations Unies et des acteurs humanitaires soit facilité et demande la levée immédiate des sièges imposés aux villes. Mais elle ne prévoit, conformément à la demande russe, aucun mécanisme de sanction en cas de non-respect.


Céline Lussato - Le Nouvel Observateur 

 

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com


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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 17:43

 

Source : www.reporterre.net

 

Les faucheurs volontaires ont pénétré au coeur du lobby français des OGM

Grégoire Souchay (Reporterre)

samedi 15 mars 2014

 

 

 

Le collectif des faucheurs volontaires est intervenue pacifiquement vendredi 14 mars à l’Association Générale des Producteurs de Maïs. Le but : mettre en pleine lumière le lobby français des OGM. Reporterre suivait l’action.

 


 

- Pau, Reportage

Les téléphones portables sont éteints. Nous n’avons pour toute information qu’un rendez-vous à la sortie de l’autoroute A64. Il est 22 heures quand, sur un rond point obscur en bordure de Pau (Pyrénées-Atlantiques), s’offre à nous une scène d’embrassades chaleureuses et fraternelles. Voici que se retrouvent les Faucheurs Volontaires, de Midi-Pyrénées, Languedoc Roussillon et même de Rhône Alpes. Tous sont là pour la même chose sans savoir exactement en quoi consistera l’action.

« On fait confiance aux copains », souffle Elsa. On nous guide plus loin vers la communauté d’Emmaüs Lescar-Pau où la troupe sera hébergée pour la nuit. Et comme de coutume chez les Faucheurs, tout commence avec un bon repas, préparé par les volontaires de la communauté pour la trentaine d’invités du soir. Enfin, minuit approchant, le briefing peut commencer. Jacques et Jacky détaillent le plan d’action, la communication et le mode opératoire. A peine l’exposé a-t-il commencé qu’on entend fuser ça-et-là une blague et l’assemblée se met à rire de bon cœur.

Ainsi sont les Faucheurs Volontaires, collectif hétéroclite d’activistes né sur le plateau du Larzac durant l’été 2003. Ils ont mené alors des actions communes d’arrachage de cultures OGM, avec pour figure de proue José Bové, jusqu’à ce que celui-ci devienne député européen. Depuis, les actions se sont diversifiées mais le fonctionnement reste inchangé.

« Ce que j’aime ici c’est la capacité du groupe à trouver des solutions même quand on a des désaccords profonds », souligne Zita, militante toulousaine. Et effectivement nous sommes surpris par la facilité avec laquelle tout s’organise. « Il y a beaucoup d’habitués pour cette action. Quand on est 150, c’est une autre paire de manche ! », tempère une militante. Finalement, tout le monde finit par aller se coucher dans un wagon aménagé pour l’occasion par les volontaires d’Emmaüs.

 

L’AGPM : un lobby qui ne dit pas son nom


L’esprit qui présidait la réunion de la veille est toujours aussi vivace au petit déjeuner. Avec les arrivées nocturnes, quarante personnes sont maintenant prêtes à partir à l’action. La cible du jour : l’Agrosite de Pau-Montardon et plus précisément l’AGPM, Association générale des producteurs de maïs. Après les faits d’armes des Faucheurs à Trèbes en janvier dernier, l’objectif veut cette fois rendre visible le rôle de l’AGPM dans la promotion de la culture des OGM. 

 

 

« Pas tous les OGM, nuance-t-on à l’AGPM, interrogé plus tard par Reporterre, il ne s’agit que des innovations qui ont démontré un intérêt pour les producteurs. Nous ne sommes pas un lobby pro-OGM ». Mais selon Jacques Dandelot, du collectif anti-OGM 31, « l’AGPM fait partie des structures qui ont systématiquement attaqué en justice les décrets interdisant la culture de maïs transgénique. » Qui plus est, l’un de ses membres, Claude Ménara, exploitant agro-industriel dans le Lot-et-Garonne affirmait ouvertement le mois dernier au salon de l’Agriculture qu’il venait « faire du lobbying » en faveur des OGM, qui permettent selon lui de « produire plus, produire mieux, varié, utile, en répondant aux exigences des industriels et des consommateurs ».

- Ecouter l’ITV de Jacques Dandelot.

Mais l’AGPM n’est pas la seule à agir ainsi. Sur le même site de Pau-Montardon, on trouve les locaux de la Fédération des Oléagineux et Protéagineux (FOP), qui défend l’utilisation d’OGM pour les agro-carburants, ainsi que le laboratoire Arvalis, spécialisé dans l’expérimentation végétale et qui a conclu à la nécessité « scientifique » de l’utilisation des OGM par les agriculteurs.

L’AGPM est elle-même, comme l’indique sa communication, « une association spécialisée de la FNSEA », syndicat agricole fortement engagé dans la promotion des OGM et des biotechnologies productivistes. Christophe Terrain, président de l’AGPM est pour sa part administrateur FNSEA, président de la confédération européenne des producteurs de maïs (Maiz’Europ) et de l’Institut du végétal (Arvalis). Rappelons par ailleurs que le président de la FNSEA, Xavier Beulin, est également président de la FOP et de la multinationale Sofiprotéol, engagée dans le monde entier dans les cultures OGM.

Chronique d’une occupation tranquille

C’est donc pour mettre en lumière le rôle de l’AGPM dans le lobbying en faveur des OGM que les faucheurs Volontaires ont décidé d’occuper ce vendredi 14 mars les locaux de l’association de producteurs.

L’effet de surprise est quasi-total, les activistes n’étant jamais intervenu sur ce site. « OGM : Citoyens contre agrobusiness, Non aux brevets sur le vivant ». En quelques minutes, les banderoles sont installées un peu partout, une délégation est envoyée pour discuter avec la direction. Un groupe occupe le hall, un autre discute avec la presse et un troisième attend à l’extérieur l’arrivée de la gendarmerie. Dans les locaux, le groupe décide d’occuper l’entrée sans pour autant bloquer le passage ni investir les bureaux.

 

 

L’objectif est de donner une visibilité médiatique, pas de faire un coup de force. Deux membres du personnel de l’AGPM de passage se retrouvent à discuter avec les manifestants. Juste à côté, dans une vitrine, on trouve bien en évidence le livre Faucheurs de science, écrit par Gil Rivière-Wekstein, pamphlet contre les faucheurs qui prétend dénoncer les coulisses du mouvement. Sauf qu’aucun des faucheurs présents, pourtant habitués des actions, n’a jamais rencontré l’auteur de cette prétendue enquête.

Après une heure d’occupation tranquille, les gendarmes arrrivent sur les lieux. Se déroule alors un rituel habituel des faucheurs : chacun (selon son souhait) écrit son identité et ses coordonnées sur une feuille, qui pourra être remise à la gendarmerie en cas d’arrestation. « Cela permet d’éviter que l’un d’entre nous soit choisi au hasard », m’explique-t-on. Et les poursuites juridiques se font collectivement : c’est pour cette raison que ce sont cinquante-sept faucheurs qui comparaitront en appel au tribunal de Colmar la semaine prochaine pour une autre action.

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 17:21

 

Source : pourdestransportsgratuits.wesign.it

 


 

Pollution : Nous voulons des transports gratuits toute l'année !

Pollution : Nous voulons des transports gratuits toute l'année !

 

Nous, citoyens, tenons à porter à la connaissance des ministres de l'écologie et de la santé que la pollution a lieu toute l'année.
 
Nous exigeons une série de mesures de lutte durable contre la pollution :
 - la gratuité dans les transports en commun,
 - la mise en place d'un chèque vélo permettant à chaque habitant d'accéder à un vélo avec ou sans assistance électrique,
 - le lancement d'états généraux de la circulation automobile afin de sortir du tout voiture, cause des politiques publiques de ces 30 dernières années.
 
Merci de signer cet appel et de le diffuser au plus grand nombre.
Même avec la gorge prise nous pouvons nous faire entendre.
Depuis quelques jours les conditions météorologiques ont provoqué un pic de pollution, relevant le niveau d'alerte dans une trentaine de départements.
 
Ce jeudi 13 mars, le ministre de l'écologie, Philippe Martin, a annoncé comme mesure exceptionnelle de lutte contre la pollution la gratuité des transports du vendredi 14 mars au dimanche 16 mars.
 
Nous, citoyens, tenons à porter à la connaissance des ministres de l'écologie et de la santé que la pollution a lieu toute l'année. 
 
Si elle est médiatisée aujourd'hui suite à des conditions météorologiques particulières, chaque jour des millions de personnes respirent l'air pollué dans les rues et les faubourgs de nos grandes villes. Ce sont bien les activités humaines qui sont la cause de la pollution, elles doivent donc être régulées. 
 
Nous exigeons une série de mesures de lutte durable contre la pollution :
 - la gratuité dans les transports en commun,
 - la mise en place d'un chèque vélo permettant à chaque habitant d'accéder à un vélo avec ou sans assistance électrique,
 - le lancement d'états généraux de la circulation automobile afin de sortir du tout voiture, cause des politiques publiques de ces 30 dernières années.
 
Merci de signer cet appel et de le diffuser au plus grand nombre.
Même avec la gorge prise nous pouvons nous faire entendre.
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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 16:54

 

Source : www.mediapart.fr

 

Comptes de l’UMP : ce qui pourrait intéresser la justice

|  Par Mathilde Mathieu et Ellen Salvi et Marine Turchi

 

 

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris à la suite des révélations du Point sur les contrats passés entre l’UMP et le groupe Bygmalion, détenu par des proches de Jean-François Copé. Mais la justice pourrait ratisser plus large encore.

 

« C’est une affaire pour la presse, mais pas pour la justice », « il n’y a aucun acte illégal là-dedans », « rien de pénalement répréhensible à faire bosser ses amis »… Voilà ce que répétaient en boucle les responsables UMP à Mediapart depuis le début de l’affaire Copé, révélée par Le Point. C’est pourtant bien à la justice que le parti d’opposition va devoir désormais rendre des comptes. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 5 mars sur les liens financiers entre l’UMP et le groupe Bygmalion, fondé en 2008 par deux proches de Jean-François Copé, Bastien Millot et Guy Alves.

Selon Le Monde, les investigations, confiées à l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, visent à identifier d'éventuelles infractions de « faux », « abus de biens sociaux » et « abus de confiance ». « L’UMP accueille avec sérénité l’ouverture de cette enquête qui permettra de tordre le cou aux allégations calomnieuses et mensongères du Point, a fait valoir le parti dans un communiqué. L’intégralité des comptes de l’UMP (que Jean-François Copé a placés sous scellés le 3 mars – ndlr) est à la disposition de la justice française. »

Le directeur de cabinet de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, a quant à lui déclaré au Monde n’avoir « rien à cacher et rien à nous reprocher » et qu’il n’y avait « aucun problème et pas matière à stresser ». En accédant à ces comptes, les enquêteurs vont donc chercher à déterminer si le patron de l’UMP a effectivement favorisé certains de ses amis au détriment du parti qu’il dirige depuis novembre 2010. Et qui a reçu près de 20 millions d’euros de fonds publics en 2013. Mais ils pourraient ratisser plus large encore.

 

Jean-François Copé le 5 mars lors d'un meeting à Strasbourg.Jean-François Copé le 5 mars lors d'un meeting à Strasbourg. © Reuters

 

  • De Bygmalion au Sarkothon

Déjà prestataire de tous les grands événements organisés par l’UMP (universités d’été, journées parlementaires, conseils nationaux…), le groupe Bygmalion a joué un rôle clé dans l’organisation de la campagne de 2012, via l’une de ses filiales, Events & Cie. Selon Le Point, cette dernière aurait empoché 8 millions d’euros au total pendant la course à l’Élysée.

Les enquêteurs devront vérifier si certaines des prestations ont été surfacturées, comme l’expliquait l’hebdomadaire. Une entreprise délicate. L’un des acteurs clés de la campagne de 2012, un copéiste, nous déclare : « Chez Bygmalion, ils étaient corvéables à merci. Cela a un prix : celui que le client est prêt à payer. Je ne suis pas choqué. Comment parler d’une surfacturation de 10 % ou 20 % ? » L’ancien trésorier de l’UMP, le filloniste Dominique Dord, interrogé par L’Express, en conviendrait presque : « J'avais alerté Nicolas Sarkozy : tu es sûr que tu ne laisses pas les copains de Jean-François (Copé) se gaver ? Il m'avait répondu : non ! Les surfacturations ? C'est improuvable ! Combien vaut un meeting qu’on organise dans des conditions d'urgence absolue ? Combien vaut le savoir-faire ? Certaines prestations sont très difficiles à évaluer. »

Si des surfacturations étaient établies, la justice ne manquerait pas, en tout cas, d’aller voir plus loin et de s’interroger sur l'hypothèse d'une contrepartie, rendue par l’heureux prestataire à celui qui lui a permis d'engranger de tels contrats.

 

Le communicant Bastien Millot, proche de Copé depuis de longues années, fut son directeur de cabinet et son conseiller. 
Le communicant Bastien Millot, proche de Copé depuis de longues années, fut son directeur de cabinet et son conseiller. © Vimeo

Outre cette question de surfacturations, les investigations porteront également sur l’éventualité de fausses factures et de prestations fictives. Le 6 mars, LePoint.fr pensait avoir mis la main sur l’une de ces prestations, facture Events & Cie à l’appui. Le site accusait la filiale d’avoir fait payer au conseil général des Alpes-Maritimes des jours de formation pour Olivier Bettati, formation que cet ex-adjoint de Christian Estrosi à Nice, et candidat dissident aux municipales, n’aurait jamais suivie.

« Selon nos informations, la formation est fictive, permettant à la société et au bénéficiaire de se partager ce montant », écrivait le site, avant de se raviser quelques heures plus tard en modifiant son propos : « Cela devient de l'enrichissement illégal quand la formation est fictive – ce qui est souvent le cas. » Contacté dans la foulée par Mediapart, Olivier Bettati annonçait qu’il allait porter plainte contre LePoint.fr. « Ces formations sont réelles ! » assurait-il, avant de décrire par le menu les locaux du centre de formation dans lequel il dit d’être rendu « deux fois en novembre et trois fois en décembre ». Bygmalion a également indiqué vouloir porter plainte.

Ce n’est pas la première fois que la société de Bastien Millot et Guy Alves se retrouve dans le viseur de la justice. En avril 2013, le parquet de Créteil avait ouvert une enquête préliminaire pour « favoritisme », « détournement de fonds », « prise illégale d'intérêts », « faux et usage de faux », dans le cadre d’une affaire impliquant la commune de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) et son maire UMP-UDI, le chiraquien Henri Plagnol, qui a côtoyé Jean-François Copé au gouvernement entre 2002 et 2004.

Entre décembre 2009 et décembre 2012, la ville a passé cinq contrats avec Idéepole, une autre filiale de Bygmalion, pour un montant global de 330 000 euros. L’agence devait réaliser plusieurs supports de communication municipaux (magazine, guides annuels, identité visuelle…). Or, selon un adjoint dissident cité par Le Parisien, près de 250 000 euros « ne correspondent pas à des prestations réalisées ».

En décembre 2012, une plainte a également été déposée par Anticor 06 pour « délit de favoritisme » contre le député et maire UMP de Menton, le filloniste Jean-Claude Guibal. Dans sa plainte, l’association anti-corruption estime qu’« une certaine opacité entoure l’attribution de (...) deux marchés », confiés par la ville – sans mise en concurrence – à deux sociétés : celle de Bastien Millot et Guy Alves, mais aussi COM1+, appartenant à Guillaume Peltier, vice-président de l’UMP et co-fondateur de La Droite forte. Selon les détails publiés par Marianne, Bygmalion a mené un « audit de communication accompagné de recommandations stratégiques » tandis que COM1+ a réalisé une « évaluation », un « accompagnement » et un « suivi des politiques publiques municipales ».

Parmi ses clients, Bygmalion compte aussi Génération France, le micro-parti de Jean-François Copé, créé à l’automne 2006 et dont Guy Alves fut trésorier au moins jusqu’en 2007. Pendant un temps, la société et le micro-parti ont même été domiciliés à la même adresse. Bygmalion a conçu le site internet de Génération France, mais aussi développé son application mobile et édité ses livres.

Tandis que les finances de l’UMP s’enfonçaient dans le rouge, le micro-parti de Copé, lui, battait des records de dons, passés de 116 065 euros en 2008 à 428 731 euros en 2010. Dans le même temps, les dépenses en « propagande et communication » de Génération France ont littéralement chuté (164 399 euros dépensés en 2008 contre 25 519 euros seulement en 2010). Comment échapper à cette question : le “parti de poche” a-t-il profité, après 2010 et l’arrivée de Jean-François Copé à la tête de l’UMP, de prestations directement financées par la maison-mère ?

Enfin, les enquêteurs pourraient s’aventurer du côté du “Sarkothon” et de ses coulisses, puisque les 11 millions d’euros de dons captés par l’UMP au lendemain du rejet du compte présidentiel de Nicolas Sarkozy sont incontournables dans la colonne “recettes” du parti.

  • Le juteux marché des formations

Bygmalion a aussi commercialisé des formations pour élus et militants UMP. Lorsque le parti lance, en 2011, son vaste plan de 22 formations décentralisées des militants, c’est à la société de Bastien Millot que Copé fait appel. Interrogé par Mediapart en juillet, il avait expliqué ne pas avoir effectué « la moindre prestation » pour l’UMP depuis « fin 2011 ».

Bygmalion a-t-il alors raflé le marché des formations proposées aux élus de droite par l'Association nationale pour la démocratie locale (ANDL) ? Cet organisme qui centralisait historiquement les formations des élus RPR puis UMP – payées sur les budgets des collectivités locales et souvent facturées plus de 1 000 euros par jour – a été confié en septembre 2011 par Copé à sa numéro deux, Michèle Tabarot.

D’après son site, « plus de 2 000 élus UMP, UDI et Divers Droite » ont participé en 2012 à des formations dispensées par l’ANDL (prise de parole, finances publiques locales, etc.). « Rien n'a jamais été signé avec l'ANDL, même si sa présidente est une amie », a assuré Bastien Millot au Point.

 

Jean-François Copé et la secrétaire générale de l'UMP, Michèle Tabarot, députée et maire du Cannet (Alpes-Maritimes).Jean-François Copé et la secrétaire générale de l'UMP, Michèle Tabarot, députée et maire du Cannet (Alpes-Maritimes). © Reuters

Plusieurs fillonistes et sarkozystes affirment à Mediapart que la nouvelle patronne de l’ANDL avait pour mission de « mettre en sommeil » l’organisme et de « réorienter » les formations vers Bygmalion. Seront-ils prêts à détailler ce mécanisme devant la justice ? Ces accusations ont en tout cas été niées par le groupe. « Cela ne s’appuie sur rien. Nous allons chercher nos clients nous-mêmes », s’était déjà défendu Bastien Millot lorsque nous l’avions interrogé en juillet, en assurant qu’il n’y avait pas « d’envolée du chiffre d’affaires » de Bygmalion.

La société a également travaillé pour le groupe UMP à l’Assemblée nationale, présidé par Jean-François Copé jusqu’en novembre 2010 (puis par son bras droit Christian Jacob). Ces prestations ont pu être directement financées par les fonds du groupe (dont les comptes n’ont jamais été rendus publics), ou ponctuellement prises en charge par l’Assemblée nationale (qui mettait jusqu’en 2012 un petit budget à disposition des parlementaires pour des séances de “media training”). Sa filiale Edition avait réalisé en 2008 des plaquettes personnalisées pour chacun des 320 députés UMP, qui présentaient leur bilan.

 

  • Du Cannet à Levallois

Bygmalion – et notamment sa filiale Idéepole – ont aussi décroché plusieurs marchés de collectivités locales UMP, souvent dirigées par des copéistes. C’est le cas du Cannet, ville de la secrétaire générale de l’UMP, Michèle Tabarot. En 2011, la mairie a attribué deux marchés publics (à hauteur de 60 000 euros) à Bygmalion pour la « recherche de mécénat », le « conseil en communication » et la « relation presse » du tout nouveau musée Bonnard. « Bygmalion a été la mieux-disante au regard des critères de la consultation engagée », avait justifié Michèle Tabarot, interrogée par Mediapart en juin.

On retrouve aussi le groupe Bygmalion en Seine-et-Marne, département où est élu Jean-François Copé. Il a réalisé le magazine municipal et le site web à Coulommiers et la communication des fêtes médiévales à Provins, les villes de deux lieutenants de Jean-François Copé : le secrétaire général adjoint de l’UMP, Franck Riester, et le patron des députés UMP, Christian Jacob. À Montereau, le député et maire UDI Yves Jégo a sollicité Bygmalion pour gérer les relations presse de son festival, en 2012.

Idéepole a également assuré des prestations pour la ville de Maisons-Alfort (le magazine municipal), dont le maire, Michel Herbillon, proche de Copé, est devenu secrétaire général adjoint de l’UMP en février 2013. À Levallois, ville de Patrick Balkany, Bygmalion s’est vu attribuer un marché de « conseil et d’accompagnement » en communication de 192 000 euros. Candidat à sa propre succession, l’élu sarkozyste a aussi confié à l'entreprise de communication la « création graphique » de certains documents de campagne.

Outre Menton et Saint-Maur-des-Fossés citées plus haut, d’autres collectivités ont fait appel aux services de Bygmalion. À Dreux (Eure-et-Loir), le maire Gérard Hamel, secrétaire national de l’UMP, a accordé à la société en juillet 2012 un marché de « conseil en communication politique de la ville » à hauteur de 107 640 euros. Le 5 mars, l’opposition de gauche lui a demandé « toute la transparence » sur ce service de « conseil en communication ». La ville de Dreux « n'a effectivement payé que 48 000 euros » pour « des prestations effectivement réalisées », avait indiqué le directeur de communication de la mairie, Éric Madelon. Pour l'opposition municipale de gauche, « le montant (de la facture est) anormalement élevé au regard de prestations floues ».

Bygmalion a réalisé le magazine municipal de plusieurs communes de Seine-et-Marne – dont Melun et Esbly –, de l'Oise (Beauvais, où Bastien Millot a été adjoint) et du Val-d’Oise, comme Soisy-sous-Montmorency et Saint-Gratien. Le groupe a également fourni des prestations à la ville d’Annecy (magazine municipal) et à deux départements, le Rhône (communication du musée gallo-romain de Lyon-Fourvière) et la Côte-d’Or (magazine du conseil général). Des élus proches de Jean-François Copé ont aussi fait appel à Bygmalion pour concevoir leur site internet personnel.

Y aurait-il un renvoi d’ascenseur pour les élus travaillant avec Bygmalion ? Plusieurs fillonistes et sarkozystes relèvent la chronologie troublante de certaines nominations à l’UMP. Exemple avec le député et maire du Val-de-Marne, Michel Herbillon. Le 3 janvier 2013, sa ville attribue un marché à Bygmalion. Un mois plus tard, il devient l’un des secrétaires généraux adjoints de l’UMP à l’occasion de l’élargissement de la direction du parti.

De fait, les postes ne manquent pas dans la direction pléthorique de l’UMP. Partagée entre fillonistes et copéistes, elle compte 20 vice-présidents, 12 secrétaires généraux adjoints, 13 délégués thématiques, 52 conseillers politiques et 263 secrétaires nationaux. Un candidat sarkozyste raconte que les dirigeants de Bygmalion lui ont gracieusement proposé leurs services pour l’aider dans sa campagne municipale. Les amis de Jean-François Copé savent que les candidats d’aujourd’hui sont susceptibles d’octroyer demain des marchés de communication.

 

  • Sarkozy à l’horizon
Nicolas Sarkozy à Nice, le 10 mars. 
Nicolas Sarkozy à Nice, le 10 mars. © Reuters

Mais au-delà du camp Copé, l’ouverture de cette enquête préliminaire pourrait inquiéter jusqu’à Nicolas Sarkozy. Car pour comprendre la trésorerie de l’UMP, les enquêteurs devront s’immiscer dans le compte de campagne présidentielle de l’ancien chef de l’État. C’est inévitable : pour 2012, dans la colonne dépenses du parti, 4,9 millions d’euros correspondent à des frais de campagne de Nicolas Sarkozy directement réglés par l’UMP (salaires de “petites mains”, frais de meeting et de communication, etc.). Bygmalion a facturé tantôt à l’un, tantôt à l’autre, sans que la clef de répartition soit toujours compréhensible.

 

En 2012, pour le meeting à Villepinte, Bygmalion a facturé 444 206€ à Sarkozy. La même somme avait été prise en charge par l'UMPEn 2012, pour le meeting à Villepinte, Bygmalion a facturé 444 206€ à Sarkozy. La même somme avait été prise en charge par l'UMP © DR

Après le meeting de Marseille du 19 février 2012, Franck Louvrier, conseiller communication à l’Élysée, serait intervenu pour imposer une seconde société d’événementiel, Agence Publics, plus proche de Nicolas Sarkozy.

Pour l’ancien chef de l’État, la perspective de voir des magistrats et policiers spécialisés plonger leur nez dans ses petites affaires est autrement plus inquiétante que de subir les vérifications comptables de la Commission nationale des financements politiques et du Conseil constitutionnel. Les “Sages” ont certes rejeté son compte, lui infligeant une amende et le privant du remboursement par l’État d’environ 11 millions d’euros, mais eux n’avaient pas les pouvoirs d’enquêter pour identifier d’éventuelles infractions pénales. La Commission nationale a bien le pouvoir de saisir la justice quand elle soupçonne la commission d’un délit, mais n’en a rien fait en 2012. Cette fois, pour Nicolas Sarkozy, c’est une autre musique.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

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