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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 17:56

 

 

Source : www.reporterre.net

 

Société

On pourrait passer de 15 000 médicaments à 150 sans dommage pour la santé

Jean Gadrey

vendredi 10 janvier 2014

 

 

150 médicaments suffisent à guérir 95 % des maladies, ‏selon une étude scientifique. La décroissance de la consommation médicamenteuses pourrait se faire sans perte de bien-être.

 


 

On pourrait passer de 15 000 médicaments à 150 sans dommage pour la santé !

C’est ce qu’affirment des médecins désormais assez nombreux et organisés. J’ai tendance à les croire : comme le montre la fin de ce billet, leur démarche est très sérieuse, ce qui ne veut pas dire incontestable. Ils précisent certes que cette modalité inouïe de « décroissance » sans diminution du bien-être, voire avec une progression de la qualité des soins, ne concerne que 95 % des pathologies, les plus courantes, dont certaines très lourdes (cancer, etc.).

Cela ne change pas grand-chose à l’intérêt de leur évaluation. Peu importe d’ailleurs qu’à l’arrivée le processus engagé aboutisse à un chiffre de 100, 150 ou 200. Ce qui compte est l’ordre de grandeur. Il est stupéfiant.

J’avais publié il y a cinq ans un billet sur la production de « l’avidité médicamenteuse ». Il commençait par cette question : « Comment l’industrie pharmaceutique parvient-elle à créer de toutes pièces des demandeurs et prescripteurs de médicaments pour continuer à faire croître sa production ? ». Je suis convaincu depuis longtemps que le marché du médicament est obèse et source de gaspillages considérables. Mais là, je suis bluffé.

Je dois cette information à un ami, Jean-Claude Salomon, médecin et Directeur de recherches honoraire au CNRS, membre du Conseil scientifique d’Attac. Il est l’un des animateurs du réseau Princeps, qui a mené ces travaux, avec entre autres Michel Thomas (professeur émérite, médecin interniste, ancien chef de service, Faculté de médecine de Bobigny), grand spécialiste des « médicaments essentiels », et Omar Brixi (médecin, enseignant et consultant en Santé Publique).

- Voir l’article "Les 100 médicaments essentiels. Une approche de médecine interne".

Des travaux menés… sans financement. Rares sont les recherches bien financées visant à montrer que, dans un domaine donné, une vive décroissance de la production et de la consommation ne conduit à aucune diminution du bien-être, mais permet en revanche d’énormes économies pour la collectivité. Des économies qu’on pourrait réorienter vers des activités à forte utilité sanitaire et sociale, notamment pour réduire les inégalités de santé.

L’enjeu financier d’une telle décroissance du superflu n’est pas mince ! Le marché des médicaments en France représente selon les sources entre 27 et 34 milliards d’euros/an (Insee, Tableaux de l’économie française, et Vidal). Pour ce qui est de la Sécu (régime général), les seuls « médicaments délivrés en ville » comptent pour dix-sept milliards dans ses dépenses en 2013 (CNAM, communiqué du 20/12/13).

Or, les cent médicaments essentiels (environ) qui ont commencé à être recensés par ces médecins volontaires sont dans leur majorité des génériques, donc moins chers, et pourraient d’ailleurs être encore moins chers si la marge bénéficiaire des génériqueurs était simplement raisonnable.

Risque-t-on, avec une telle démarche, de « priver » les gens de médicaments dits « de confort » (une catégorie aux frontières éminemment discutables) dont certains ne sont peut-être pas inutiles pour le bien-être ? Non, car la plupart de ces médicaments ont été exclus des travaux en question. Ils relèveraient d’autres réflexions. Les auteurs de ces travaux ne se prononcent pas sur ce point, mais proposent en revanche le remboursement systématique à 100 % des médicaments essentiels selon eux.

En Suède, moins de médicaments, meilleure santé

La France semble encore détenir le record d’Europe en matière de consommation de médicaments par habitant (CNAM, point d’information, novembre 2011). La Suède a une espérance de vie supérieure d’un an à celle de la France (source). Ses dépenses publiques de santé représentent 7,8 % du PIB, contre 9,3 % en France, et, selon l’OCDE, les dépenses annuelles de médicaments par habitant y sont de 341 euros, contre 461 en France (source). Certes, de multiples facteurs interviennent pour expliquer un écart d’espérance de vie entre deux pays, mais la surconsommation de médicaments en France est patente.

L’objection attendue du lobby pharmaceutique : l’emploi

On peut s’attendre à deux types d’objections. La première se réfugiera derrière la « liberté », celle des patients et celle des médecins. Elle ne sera pas la plus difficile à combattre si la preuve est faite qu’on peut soigner aussi bien (et probablement mieux, en réduisant les risques liés aux effets indésirables des médicaments) avec beaucoup moins de médicaments en circulation

 

*Suite de l'article sur reporterre.net

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 17:39

 

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et toi, toi, tu viens pour le gaz

Publiée le 1 janv. 2014

d'après la chanson de Jacques Brel "le gaz"

musique : Gérard Jouannest
paroles, chant et images : Jofroi
réorchestration : Line Adam
prise de son : Colin Burton - Omp studio
réalisation : les ateliers de Victor

avec l'aimable autorisation et le soutien chaleureux
des Editions Jacques Brel et de Gérard Jouannest

La menace qui pèse sur nos têtes, ici et dans bien d'autres régions,  menace de forages et de recherche d'hydrocarbures, huiles et gaz de schistes, non conventionnels ou conventionnels, est loin d'être écartée.
Sous prétexte d'indépendance énergétique, de libre concurrence et de ressources économiques, les lobbys pétroliers influencent les hommes politiques, les médias et l'opinion publique, occultant les désastres écologiques,
humains et finalement économiques que cela entraînerait...
Lobbys pétroliers et financiers prêts à ravager des régions entières pour leurs jolis profits.

En 2014
ici comme ailleurs,
faut qu'on se libère, qu'on se décarcasse,y a d'autres choses à mettre en place !

En savoir plus sur le gaz de schiste :
http://www.stopaugazdeschiste07.org/
et aussi :
http://bassindales.fr/

 

 

bassindales

VOUS ETES 536 A AIMER NOTRE PAGE ALORS PARTAGEZ CE LIEN QU'IL APPARAISSE SUR 536 MURS AFIN QU'IL SOIT ENCORE PARTAGE ET QUE CETTE CHANSON ET CE CLIP SOIT CONNU PAR LE PLUS GRAND NOMBRE

 

 

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 17:20

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Débattre Initiative citoyenne européenne

Un revenu pour tous, sans conditions

par Collectif 10 janvier 2014

 

 

 

 

 

Chômage de masse, pauvreté, précarité, pression insoutenable sur les ressources naturelles et sur les hommes... La bataille pour l’emploi et la course à la croissance menées depuis plus de 30 ans semblent conduire à une impasse. Face à ce constat, des personnalités de différents bords politiques suggèrent de changer de logiciel de pensée et soutiennent l’instauration d’un revenu de base : le droit à un revenu pour tous, sans condition. Ils appellent à signer l’Initiative Citoyenne Européenne en cours, afin d"obliger l’Union européenne à ouvrir le débat sur le sujet.

Notre pays n’a jamais été aussi riche. Pourtant, 8,5 millions de Français, dont 2,5 millions d’enfants, vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Nous sommes installés depuis quarante ans dans une situation de chômage de masse qui touche près de 5 millions de personnes. De nombreux travailleurs sont en situation précaire, occupent des temps partiels subis ou des emplois trop mal payés pour les sortir de la pauvreté. Sans compter l’explosion de la souffrance au travail qui, en plus de coûter 3 à 4% du PIB, détruit des vies.

La solution à ces problèmes, nous dit-on, serait la croissance économique. Or malgré tous les efforts mis en œuvre pour la retrouver depuis quarante ans, celle-ci n’a jamais suffi à résorber le chômage. Au contraire, les gains de productivité réalisés au cours du dernier siècle ont permis d’automatiser de nombreuses tâches, réduisant ainsi le besoin de main d’œuvre. En outre, l’explosion de la production industrielle nous a conduits à accroître notre pression sur les ressources naturelles et nos émissions de gaz à effet de serre.

Notre proposition : le revenu de base

Mais ce constat ne constitue pas un horizon indépassable. Nos sociétés modernes sont en mesure d’assurer à tous une vie digne. Pour y parvenir dès maintenant, nous, citoyens français et européens de tous bords politiques, demandons l’instauration d’un revenu de base. Il s’agit de distribuer à tous, de la naissance à la mort, un revenu inaliénable, inconditionnel, individuel et cumulable avec les revenus du travail salarié et du patrimoine, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie.

Il ne faut pas voir dans le revenu de base une nouvelle forme de charité ou un simple outil pour gérer la pauvreté, mais un nouveau droit humain garanti par la société au même titre que le droit à l’éducation ou le droit de vote.

Le revenu de base donne sens à l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : “Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille”. Le Conseil européen a d’ailleurs reconnu l’existence d’un "droit fondamental de la personne à des ressources et prestations suffisantes pour vivre conformément à la dignité humaine".

Sans revenu, pas de citoyen

L’idée du revenu de base n’est pas nouvelle. Dès la fin du XVIIIème siècle, l’homme politique franco-américain Thomas Paine la défendait dans son essai sur La Justice Agraire en expliquant que “sans revenu, point de citoyen”. Depuis, de nombreux penseurs lui ont emboîté le pas, dont 5 prix Nobel d’économie (James Meade, James Tobin, Milton Friedman, Jan Tinbergen et Herbert Simon).

Le revenu de base a été expérimenté au Canada, en Inde en Namibie et en Alaska, avec des résultats notables sur le développement de petites activités productives, l’éducation des enfants, l’accès aux soins, la diminution de la délinquance et une construction positive de soi. Et ce projet séculaire pourrait bientôt devenir réalité. Suite à une forte mobilisation citoyenne, les citoyens suisses décideront par référendum d’ici 2015 d’inscrire dans la loi le versement d’un revenu de base 2500 francs suisses [1] à tous les résidents du pays.

Le revenu de base libère le travail et les initiatives humaines

Le revenu de base est un vecteur de transformations positives pour notre économie et notre société. Il ne permet pas seulement d’éradiquer la misère et de relancer une économie laissée atone par l’insuffisance de la demande. Il libère également des énergies nouvelles en donnant la possibilité à chacun de choisir librement une activité réellement épanouissante et enrichissante, utile socialement et économiquement.
En nous soulageant du travail subi et de la contrainte vitale que représente la recherche d’un moyen de subsistance, le revenu de base permettrait de travailler autrement. Il libère du temps pour donner un nouveau souffle à l’activité associative, l’engagement citoyen, les projets professionnels, la création artistique et ainsi recréer du lien social, familial et de la confiance dans nos villes, nos quartiers et nos villages.

Au-delà de ses effets positifs sur la pauvreté, l’activité économique et le lien social, le revenu de base permet de mettre fin aux effets pervers du système actuel d’aides sociales générant humiliations et stigmatisations injustifiées [2]. Inconditionnel, le revenu de base est distribué automatiquement, sans qu’aucune démarche ne soit nécessaire pour le percevoir. On peut en outre accepter un emploi sans craindre de perdre son revenu de base, ni même de le voir diminué, contrairement au RSA. Ainsi, avec le revenu de base, le travail paie toujours.

Une proposition économique équilibrée

Le revenu de base n’a pas vocation à se substituer à notre modèle social mais plutôt à le parfaire pour le rendre plus émancipateur. Les travaux d’experts sur son financement ne manquent pas. Seule la volonté politique fait encore défaut. C’est pourquoi nous, citoyens français, suisses et européens, au-delà de nos clivages politiques et idéologiques, soutenons et signons l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) pour le revenu de base. Nous avons jusqu’au 14 janvier pour récolter 800 000 signatures à travers l’Europe et ainsi contraindre la Commission Européenne à étudier cette proposition.

Le Revenu de Base n’est pas une solution clé en main à tous les problèmes actuels. Mais il pose les bases d’une société plus juste, plus humaine, et propose enfin une vision positive du 21ème siècle.

Pour signer l’initiative citoyenne européenne : http://basicincome2013.eu/ubi/fr/

Voir le mouvement français pour un revenu de base

Premiers signataires : Yves Cochet (eurodéputé écologiste, ancien ministre), José Bové, Eva Joly, Karima Delli, Michèle Rivasi (eurodéputé(e)s), Jean Desessard (Sénateur EELV), Christophe Girard (Maire PS du 4ème arrondissement de Paris, Conseiller régional IDF), Corinne Morel Darleux (Conseillère régionale Rhône Alpes PG - FdG), Paul Ariès (rédacteur en chef de la revue les Z’indigné(e)s), Jean-Paul Jouary (philosophe), Vincent Liegey, Stéphane Madeleine, Anne-Isabelle Veillot et Christophe Ondet (auteurs du manifeste pour une dotation inconditionnelle d’autonomie), Yves Citton (enseignant et philosophe) et la revue Multitudes, Baptiste Mylondo (enseignant en économie et philosophie politique), Marie Pezé (docteur en psychologie, spécialiste de la souffrance au travail), Marc de Basquiat (docteur en économie), Étienne Chouard (enseignant, blogueur), David Poryngier (Président du Mouvement des libéraux de gauche), Thierry Crouzet (écrivain, blogueur).

 

Notes

[1Soit environ 2000 €, ce qui correspond au seuil de pauvreté suisse

[2Complexité administrative, fort taux de non recours, effets de seuil économiquement néfastes

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 16:23

 

Source : www.mediapart.fr

Le parlement européen se décide à enquêter sur la Troïka

|  Par Ludovic Lamant et Amélie Poinssot

 

 

 

À quelques mois des élections européennes, des élus se lancent dans une enquête sulfureuse sur « le rôle et les agissements de la Troïka » en Grèce, au Portugal, en Irlande et à Chypre. Mais la partie est loin d'être gagnée, dans ce parlement majoritairement à droite. Les responsables de la BCE ou du FMI traînent des pieds, et les délais sont serrés.

Après des années d'impuissance face à la crise, sur fond d'une gestion intergouvernementale symbolisée par le tandem « Merkozy », le parlement de Strasbourg tente de reprendre la main, dans la dernière ligne droite avant les élections européennes de mai. Des eurodéputés enquêtent, depuis la fin 2013, sur le bilan de la Troïka, ce curieux attelage composé de la Commission européenne, de la BCE et du FMI, dans les quatre pays où cette structure inédite est intervenue – Grèce, Portugal, Irlande et Chypre. Le constat s'annonce sévère, si l'on en croit les premiers textes qui circulent.

Une délégation d'élus de la Commission des affaires économiques s'est rendue à Lisbonne en début de semaine, avant de rejoindre Nicosie à partir de vendredi. Des déplacements à Athènes et Dublin sont aussi prévus. À Strasbourg la semaine prochaine, des auditions publiques de plusieurs « poids lourds » sont attendues, à commencer, le 13 janvier, par Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques, Klaus Regling, le patron du mécanisme européen de stabilité (l'entité qui réalise les prêts aux États menacés de faillite), le 14, ou encore Jean-Claude Trichet (ex-président de la Banque centrale européenne) le 15.

L'entreprise, supervisée de concert par le conservateur autrichien Othmar Karas (PPE) et le socialiste français Liêm Hoang-Ngoc (S&D), doit déboucher sur un rapport qui sera débattu et soumis à un vote en séance plénière à Strasbourg, au plus tard en avril. Parallèlement, au sein d'une autre commission du parlement, celle des affaires sociales, le socialiste espagnol Alejandro Cercas s'est lui aussi lancé dans un rapport qui se concentre sur les conséquences sociales de l'action de la Troïka, et s'inquiète par exemple de l'affaiblissement des conventions collectives sous l'influence de la Troïka.

Dans leur projet de conclusions (encore parcellaires), Karas et Hoang-Ngoc « déplorent l'impréparation de l'UE » face à la crise, et rappellent que le taux de chômage des jeunes, comme les inégalités de revenus, ont grimpé dans les quatre pays sous assistance. En vrac, ils disent « regretter le manque de transparence lors des négociations » sur le contenu du mémorandum (l'inventaire des politiques qu'un pays s'engage à mettre en œuvre, en l'échange d'un prêt), mais aussi « regretter que les programmes intègrent des prescriptions détaillées en matière de réforme des systèmes de santé ou de coupes budgétaires ». Ils s'interrogent, plus loin, sur un éventuel conflit d'intérêts de la BCE, à la fois “conseiller technique” au sein de la Troïka et créditrice des quatre pays sous assistance.

 

José Manuel Barroso, le président de la Commission, à Athènes le 8 octobre, avec Antonis Samaras, premier ministre grec. ©CE. 
José Manuel Barroso, le président de la Commission, à Athènes le 8 octobre, avec Antonis Samaras, premier ministre grec. ©CE.

Le parlement de Strasbourg n'en est pas tout à fait à son coup d'essai en la matière. En mars 2012, le groupe socialiste (deuxième force du parlement) avait convoqué trois représentants de la Troïka, qui s'étaient fait bousculer, le temps d'un échange avec la salle (lire notre compte-rendu). Au printemps 2012, le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels s'était déplacé à Athènes avec une « troïka alternative », censée formuler des recommandations différentes de celles avancées par l'actuelle Troïka. Mais l'initiative en cours est plus ambitieuse puisqu'elle implique, a priori, l'ensemble des formations de l'hémicycle. Dans l'idéal, il s'agira de dégager la position officielle d'un parlement qui, statistiquement, penche à droite.

En l'état, la partie est loin d'être gagnée. Les délais sont serrés et c'est peu dire que certains traînent des pieds. Au 8 janvier, ni la BCE ni le FMI n'avaient répondu au questionnaire envoyé le 22 novembre dernier par les eurodéputés. Mario Draghi, dont le rôle dans la gestion de crise est décisif, ne semble pas pressé d'accepter une audition sur le sujet à Strasbourg. Si l'Italien se montre sur la défensive, c'est en partie parce que la BCE est de plus en plus mal à l'aise dans son rôle au sein de la Troïka (lire notre article). Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a poliment refusé de répondre aux sollicitations des élus, arguant du fait qu'il n'est pas directement « impliqué dans les interactions de ces institutions » membres de la Troïka (télécharger sa lettre ici).

Le Néerlandais Jeroen Djisselbloem, président de l'Eurogroupe, a quant à lui répondu au questionnaire (télécharger la lettre ici), mais ne semble pas enthousiaste à l'idée de se soumettre à une audition au parlement. Quant aux services d'Olli Rehn, du côté de la Commission, sans doute plus habitués à faire l'objet de questions de la part des eurodéputés, ils ont répondu dans les temps aux sollicitations des élus. Mais la démarche continue d'en agacer certains. « Je trouve ça bizarre que des parlementaires enquêtent sur le travail de fonctionnaires, alors qu'il y a bien des politiques – des commissaires européens, ou le patron de la BCE – qui sont responsables pour eux », râle un économiste membre des services du commissaire finlandais.

Vers une bataille sur « le multiplicateur keynésien »?

Au-delà de ces difficultés, les débats entre eurodéputés, d'ordinaire très divisés sur ces questions, s'annoncent musclés. Scénario probable : une majorité devrait se former, pour condamner le manque de transparence du fonctionnement de la Troïka, et son statut problématique au regard du droit. Les socialistes, les verts, la gauche unitaire européenne (GUE, groupe auquel appartient le Front de gauche), mais aussi les libéraux (centre droit) devraient se retrouver sur cet enjeu. En novembre 2012, le parlement européen exigeait déjà, dans une résolution adoptée à une large majorité (482 pour, 160 contre), de « renforcer les standards de “responsabilité devant les citoyens” » (democratic accountability), pour mieux encadrer les experts de la Troïka.

Pour le reste, il sera sans doute compliqué de concilier la position des socialistes – dont Hannes Swoboda, le président du groupe au parlement, vient d'appeler à l'« abolition des troïkas » en 2014 –, et celle des conservateurs du PPE pour qui, selon un document de travail de novembre, il convient de « se féliciter des succès accomplis par le déblocage des aides financières, qui a permis de répondre aux objectifs initiaux, à commencer par l'évitement d'un défaut désordonné, qui aurait eu des conséquences sociales et économiques très importantes ». En clair, il ne faut pas s'attendre à une condamnation massive des politiques d'austérité en place depuis des années.

Parmi les points attendus : les parlementaires vont-ils se risquer à prendre position dans le débat explosif sur le « multiplicateur keynésien » ? Le FMI (avec Olivier Blanchard, son économiste en chef) et la Commission (avec son « Monsieur euro », Olli Rehn) se livrent une bataille théorique depuis plus d'un an, lourde de conséquences pour l'avenir des pays concernés. Le FMI a reconnu en 2012 que ses services avaient eu tendance à sous-estimer l'impact récessif des coupes budgétaires, surtout lorsque plusieurs États voisins pratiquent la rigueur budgétaire en même temps. Ce que dément Rehn. Dans le projet de rapport de décembre, les auteurs, très prudents (et visiblement en désaccord), se contentent de « considérer que les multiplicateurs budgétaires sont difficiles à évaluer avec certitude », en référence à la querelle FMI-Bruxelles.

Autre sujet épineux : les élus oseront-ils enquêter sur les tensions internes à la Troïka ? Celles-ci sont manifestes depuis des mois (lire notre article) et recoupent – en partie – des débats économiques de fond. Ainsi, dans leur prérapport, les deux eurodéputés constatent par exemple que les priorités du FMI – la dévaluation interne, pour doper la compétitivité – et de la Commission – la réduction du déficit public – diffèrent. Ce qui pourrait aussi donner lieu à des échanges houleux lors des auditions.

 

Mario Draghi, président de la BCE, n'a pas répondu à l'invitation des eurodéputés pour débattre de la Troïka. © BCE. 
Mario Draghi, président de la BCE, n'a pas répondu à l'invitation des eurodéputés pour débattre de la Troïka. © BCE.

Dans chacun des quatre pays sous assistance (l'Irlande vient de sortir du programme), les ministères des finances ont eux aussi répondu au questionnaire des eurodéputés. La démarche est bienvenue, mais les réponses fournies dépassent-elles le simple exercice de communication poli ? À en juger par le cas de la Grèce, dont nous avons décortiqué les réponses, il est permis d'en douter. Tout se passe comme si Athènes tremblait à l'idée de dresser, en grand, le bilan des trois premières années de programme (télécharger les réponses ici).

Voici d'abord comment l'exécutif grec justifie, après coup, le manque de légitimité démocratique du premier « mémorandum » d'austérité, signé en mai 2010. « La discussion au Parlement autour du projet de loi a été menée dans une procédure d'urgence », rappelle le ministre grec des finances, Yannis Stournaras, dans sa réponse au parlement. Les différents programmes d'austérité qui ont suivi ont d'ailleurs été adoptés de la même manière, en l'absence de tout dialogue social. « L’urgence de la situation et le délai extrêmement court imposé pour la signature de la convention d'emprunt, ainsi que le besoin de déboursement d'une première tranche de prêt avant le 16 mai 2010 (date de l'arrivée à échéance de 18 milliards d'euros d'obligations que l'État grec était dans l'incapacité de rembourser, ndlr) n'ont pas permis de consulter les partenaires sociaux sur les mesures », justifie le ministre.

Invoquer l'urgence : un peu facile ? Les partenaires n'ont pas été davantage entendus par la suite et les syndicats décident alors, à l'été 2011, de ne plus participer aux réunions organisée par la Troïka. « Il n'y a jamais eu de négociation », regrette Savvas Robolis, directeur de l'Institut du travail, centre de recherche des syndicats grecs. Or tout ce que prédisait ce centre de recherche s'est avéré par la suite. « Dès 2010, nous avons indiqué que les mesures allaient aggraver la récession et conduire à un million de chômeurs. La Troïka ne nous croyait pas. » Aujourd'hui, ce sont plus de 1,3 million de chômeurs que compte ce petit pays de 11 millions d'habitants... « La Troïka a imposé des mesures sans même consulter le principal centre de recherche économique du pays. Cela prouve bien que la Troïka a fondé sa politique sur des considérations idéologiques, sans s'appuyer sur un travail scientifique et documenté », dénonce Savvas Robolis.

L'exercice de contrition d'Athènes

Plus loin dans ses réponses, le ministre des finances reconnaît des erreurs d'appréciation macroéconomiques. « La zone euro n'a pas diagnostiqué à temps les raisons de la crise en Grèce et dans le Sud européen, en particulier leurs déficits croissants dans la balance des comptes courants », écrit Yannis Stournaras. Mais la Troïka a certainement aussi mal évalué la structure de l'économie grecque, qui repose en grande partie sur des micro-entreprises et des travailleurs indépendants, faisant peser le poids des mesures essentiellement sur les salariés, en premier lieu desquels les fonctionnaires – qui constituent une minorité de la population active. Dans le premier mémorandum d'austérité, la Troïka tablait ainsi sur un retour à la croissance en 2012 et un niveau de dette publique ramené à 150 % du PIB en 2013. Mais en 2013, la Grèce plonge dans une sixième année consécutive de récession et sa dette culmine à 175 % du PIB, malgré deux opérations d’effacement partiel de dette dans le courant de l'année 2012 !

Le ministre reconnaît « le coût socio-économique extrêmement élevé » de cette politique d'ajustement budgétaire : le revenu moyen disponible des ménages a baissé de 35 % depuis 2010, et le PIB a chuté d'un quart. Il reconnaît également que l'accent a été mis dans un premier temps sur les mesures budgétaires plutôt que sur les réformes structurelles : la réforme fiscale, écrit-il, aurait dû commencer plus tôt. Ce n'est pas une surprise pour nombre d'observateurs de la Grèce, qui soulignent depuis longtemps les incohérences de cette politique : dans une administration qui fonctionne désormais avec un personnel réduit et des salaires amputés de moitié, il est bien difficile de mettre en place des réformes de fond (lire notre reportage en mars 2012).
    
De là à dire que la Troïka a eu faux sur toute la ligne, le ministre des finances ne s'y risque pas. Selon lui, cet intense programme d'ajustement budgétaire – « le plus vaste et le plus rapide jamais entrepris dans un pays membre de l'OCDE » – a permis au pays de retrouver progressivement de la compétitivité et de créer un environnement favorable aux investissements. Des arguments qui auront du mal à convaincre, tant les entreprises étrangères hésitent encore à s'installer dans le pays. La lenteur du programme des privatisations en cours en est un exemple frappant (lire notre article). Sans parler du taux de chômage, qui continue de caracoler à 27 % : la baisse du coût du travail n'a à l'évidence pas relancé l'emploi.

Car l'effondrement des salaires a fini par toucher aussi le secteur privé, avec la baisse du salaire minimum à 580 euros brut par mois décidée dans le deuxième mémorandum d'austérité (mars 2012) et la suppression des conventions collectives. Le ministre des finances se défend, en indiquant les mesures prises par la suite pour aider les foyers en difficulté : des allocations, écrit-il, pour les chômeurs de longue durée et des revenus minimaux garantis en fonction des ressources des ménages. Des mesures dont les personnes concernées n'ont pas encore vu la couleur en ce début 2014. Au contraire, la casse sociale continue : aujourd'hui, un tiers de la population ne dispose plus de couverture santé (pour avoir un aperçu de la dégringolade sociale, voir nos précédents articles ici et ).
    
L'exercice de contrition sur le rôle et les conséquences de l'intervention de la Troïka en Grèce apparaît bien tardif. La visite prévue à partir de mercredi à Athènes des eurodéputés chargés de ce rapport d'évaluation a d'ailleurs été reportée – à la demande, d'après la presse grecque, du premier ministre Antonis Samaras. Il est vrai que cette visite coïncidait avec l'inauguration officielle de la présidence grecque de l'UE... La visite aurait « gâché la fête de la prétendue success story de Samaras et Stournaras, écrit dans un communiqué Nikos Chountis, le député Syriza (gauche) au parlement européen, car elle aurait été l'occasion d'entendre à nouveau des questions au sujet des énormes responsabilités de ceux qui nous ont liés aux mémorandums d'austérité et de ceux qui utilisent le peuple grec comme le cobaye d'une Europe néolibérale et autoritaire ».

Le porte-parole du Syriza Panos Skourletis renchérit : le gouvernement est « paniqué, a t-il indiqué, il tremble devant l'éventualité d'une discussion sur l'objectif et les conséquences du mémorandum ». Et le rapport de Yannis Sournaras ne change rien au programme : les représentants de la Troïka sont attendus à Athènes dans les prochains jours pour l'évaluation, comme de coutume depuis trois ans, de l'application des mesures d'austérité en échange du décaissement d'une nouvelle tranche des prêts UE-FMI. À moins de cinq mois des élections européennes, nul doute qu'une remise en cause complète de la mission de la Troïka ne serait pas de bon augure pour les deux partis qui ont mis en œuvre sa politique, PASOK et Nouvelle Démocratie.

C'est toute la question qui se pose aux eurodéputés : parviendront-ils à dresser un bilan objectif, à l'approche des élections, alors que la campagne électorale va exacerber les rivalités partisanes ? Les délais sont en tout cas si serrés, que certains redoutent un travail « bâclé ». À moins que les élus, prudents, ne se contentent de prendre date, afin de poursuivre le travail amorcé lors de la prochaine législature. De ce point de vue, le signal envoyé par le PS, qui a choisi de ne pas reconduire en position éligible l'eurodéputé Liêm Hoang-Ngoc pour les échéances de mai, n'est pas le bon.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 16:09

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Tribune 10/01/2014 à 13h15

Brisons le silence sur ce qui se passe en Espagne

Astrid Menasanch Tobieson, dramaturge

 

 

Tribune

Sous couvert de l’inattaquable excuse de la sécurité, le gouvernement de Mariano Rajoy considère préventivement le manifestant comme dangereux. Il est ainsi automatiquement regardé comme une menace à la loi grâce au nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne » adopté par le conseil des ministres le 29 novembre dernier.

 


Des policiers arrêtent des manifestants lors d’un défilé contre la réforme du droit à l’avortement, le 20 décembre 2013 à Madrid (Andres Kudacki/AP/SIPA)

 

Metteur en scène et dramaturge, Astrid Menasanch Tobieson travaille entre la Suède et l’Espagne. Elle est membre du groupe de théâtre Sta ! Gerillan. La lettre ci-dessous était initialement adressée aux journalistes suédois et a été publiée le 19 décembre. Avec l’autorisation de l’auteure, la traductrice a pu la retranscrire en français.

Mathilde Rambourg

La lettre d’Astrid Menasanch Tobieson

Bouleversée, je vous écris sous le coup de l’indignation. L’Espagne, dans peu de temps, empruntera le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie fasciste et autoritaire.

Je vous écris après les événements qui se sont produits dans le quartier de Kärrtorp à Stockholm (où un groupe néonazi ultraviolent a attaqué une manifestation antirasciste il y a quelques jours).

Je vous écris à propos de qui se trame en Espagne. Je crois en tout cas que la Suède et l’Espagne se ressemblent en un point : l’avancée du fascisme devant l’indifférence de la société. Le 19 novembre, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi dont le but est d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. La méthode est classique : instaurer le silence grâce à la répression.

Avortement non, sécurité citoyenne oui ?

Le 29 novembre dernier, le Conseil des ministres du gouvernement conservateur espagnol a approuvé le projet de loi « Sécurité citoyenne » qui réforme le code pénal. Le texte, qui réduit les droits et libertés civiles (mais pas celle de faire l’apologie du franquisme) est unanimement rejeté par les mouvements sociaux, les syndicats, l’opposition, les organisations professionnelles comme celles des juges pour la démocratie, l’association unifiée des gardes civils ou la fédération des journalistes d’Espagne.

 

Alors que le Parti socialiste espagnol a demandé à ses alliés européens de se mobiliser contre le projet de loi réduisant les droits d’accès des femmes à l’avortement, certains se demandent pourquoi il n’a pas entrepris la même démarche sur la loi « Sécurité citoyenne ». Blandine Grosjean

 

 

Je vous demande maintenant de l’aide, je vous demande d’informer. Le samedi 14 décembre à Madrid s’est déroulé une des 6 000 manifestations qui se sont organisées cette année en Espagne. Je le répète : une des 6 000.

Ces dernières années, le réseau de protection sociale a été ébranlé : privatisation des théâtres, tentatives de privatiser les hôpitaux, droit du travail ébranlé et transformé depuis sa base, licenciements innombrables, familles chassées de leur domicile, éducation civique suspendue dans les écoles, etc. Et afin de clore une longue liste, le vendredi 20 décembre, le gouvernement a approuvé la réforme du droit à l’avortement.

Ce que l’on a désigné comme une crise économique est, depuis le début, avant tout une crise démocratique. La couverture médiatique en Suède et en France sur la situation en Espagne a été très faible, et son analyse d’un point de vue social, inexistante.

La manifestation qui s’est tenue au pied du Congrès de Madrid le samedi 14 décembre, avait pour but de protester contre une nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.

Un groupe Facebook : 30 000 euros

Cette loi, qui contient 55 articles et punit autant d’actes différents, prévoit des amendes pour le manifestant, allant de 100 à 600 000 euros. Les infractions ?

  • Pour commencer, toutes les manifestations non-déclarées et prenant place devant le Congrès ou autre édifice appartenant à l’Etat – comme celle qui s’est déroulée samedi 14 à Madrid – seront interdites et la sanction ira jusqu’à 30 000 euros par participant. Cela sera le cas lorsque plusieurs personnes seront considérées comme un groupe.
  • L’interdiction des manifestations non-déclarées s’appliquera également aux réseaux sociaux. Se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionné de 30 000 euros. Créer un groupe, sur les réseaux sociaux ou dans un lieu public, autour de symboles ou de drapeaux, sera interdit : 30 000 euros d’amende.
  • Si dans une manifestation, un citoyen manifeste avec une capuche ou avec le visage couvert : 30 000 euros d’amende.

Capture d’écran du Huffington Post espagnol qui montre huit photos prises en 2013, qui ne pourront être diffusées en 2014 (Huffingtonpost.es)

  • Refuser de décliner son identité devant un policier : 30 000 euros.
  • Empêcher un policier de remplir sa fonction : 30 000 euros, ce qui, dans la pratique, signifie que les sit-in comme ceux qui initièrent le mouvement du 15-M en Espagne [ « Les Indignés », ndlr], seront strictement interdits.
  • Déshonorer le drapeau espagnol : 30 000 euros [en France, cet acte est passible de 1 500 euros d’amende, ndlr].
  • Réaliser un dessin satirique, prenant pour sujet, par exemple, un politique, sera interdit.
  • Utiliser des pancartes critiquant la nation espagnole : 30 000 euros.
  • Filmer ou photographier un policier en service : 30 000 euros.
Note de la traductrice

Les dénonciations faites par des policiers bénéficient de la présomption de véracité. Par conséquent, c’est celui qui fait l’objet de l’accusation qui devra démontrer la non-véracité de ce qui est avancé par les agents. Le système d’accusation fonctionnait ainsi également sous la dictature franquiste.

 

Selon l’écrivain Javier Marias, c’est une négation de la justice : cela revient à condamner directement l’accusé car il sera incapable de démontrer qu’il n’a pas pas commis l’acte dont on l’accuse puisque l’on part de la base que si, il l’a fait. Il sera d’autant plus difficile à l’accusé d’apporter des preuves à cause de la loi qui interdit de photographier ou de filmer des agents de l’ordre.

Et la liste n’est pas exhaustive. Dans tous les cas, le témoignage d’un policier ou d’un agent de sécurité sera suffisant pour infliger une amende au citoyen.

D’aucuns peuvent par conséquent se demander : l’Espagne fait-elle face à un mouvement de manifestations violentes ? Eh bien non. Le chef de la police Ignacio Casido a déclaré que ces 6 000 manifestations sont jusqu’à ce jour le mouvement le plus pacifique de l’histoire de l’Espagne.

Il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était encore une dictature. Il n’y a pas si longtemps non plus que la guerre civile a eu lieu. Tous les débats sont politiques. Informer d’un événement est un acte politique. Ne pas le faire est un acte politique. Le silence est, au plus haut point, un acte politique. Le choix de garder le silence se fige dans la mémoire des générations. Cette loi néofasciste qui va être votée n’est pas sans lien avec la montée des fascismes en Europe. Cela nous concerne tous.

Je m’adresse à tous les journalistes, aux éditorialistes en France. Vous qui détenez l’espace médiatique. Je vous demande sincèrement de briser le silence vis-à-vis du régime qui est en train de s’imposer en Espagne.

Je vous demande de commencer à informer. Je vous demande de soutenir la liberté d’expression avec vos articles et vos apports au débat, je vous demande d’y apporter des analyses rigoureuses et profondes. Informez ! Informez sur tout !

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:41

 

Source : www.amisdelaterre.org

 

Quand les entreprises recyclent les initiatives citoyennes

Partager ses biens, une bonne idée pour en finir avec notre société de surconsommation... à condition de bien choisir ses plate-formes d’échange.

 

 

En privilégiant l’usage sur la propriété, en mettant en commun et en partageant leurs biens, depuis quelques années, des citoyens ont fait le choix de la « consommation collaborative », un mode de consommation en pleine expansion qui compte de plus en plus adeptes, 3 millions de covoitureurs en 2012. Depuis quelques mois, de nouveaux sites se créent et s’ouvrent à un public plus large, en offrant de nouvelles garanties de paiement ou en lançant des campagnes de communication grand public. Une question se pose néanmoins : qui se cache derrière ces sites qui surfent sur la vague de la consommation collaborative  ?

Loin des initiatives citoyennes ou locales qui ont popularisé le covoiturage, ces sites sont dirigés par des sociétés attirées par l’appât du gain ou la recherche de nouveaux marchés. Blablacar est devenu en quelques mois la nouvelle référence du covoiturage en France et en Europe, après le rachat des sites concurrents (covoiturage.fr ou 123-voiture. org) et poursuit son développement avec la conclusion de partenariats avec des entreprises comme Total.

Une autre start-up bien connue des adeptes du partage d’appartement, AirBnb, mise sur des commissions élevées, 12 %, payées par les usagers pour accroître son chiffre d’affaires et satisfaire l’intérêt des actionnaires de cette société cotée en bourse. Rappelons que ces sites ne sont que des plate-formes de mise en relation, les entreprises qui sont derrière ne gèrent pas l’entretien des voitures ou des logements, l’augmentation des commissions ne poursuit qu’une logique spéculative.

Pour que la consommation collaborative continue d’être porteuse de valeurs éthiques et de reposer sur l’idée de moins consommer, soutenons donc les plate-formes associatives comme Covoiturage-libre.fr ou des plate-formes d’hébergements qui privilégient l’échange.

 

> CAMILLE LECOMTE

 

 

Source : www.amisdelaterre.org


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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:34

 

Source : www.bastamag.net

 

La Constitution protège les fraudeurs du fisc, pas les chômeurs

par Ivan du Roy 9 janvier 2014

 

 

 

Le Conseil constitutionnel a censuré début décembre plusieurs articles de la loi relative à la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière. Cette loi, présentée par le gouvernement comme « un enjeu de souveraineté et de redressement des comptes publics », veut instaurer plus de « sévérité » et de « détermination » contre la délinquance en col blanc : corruption, blanchiment d’argent ou fraude fiscale « sophistiquée ».

Mais le Conseil constitutionnel a jugé que plusieurs articles portaient atteinte aux droits. La loi renforçait notamment le montant des amendes prévues pour les délits financiers. Lorsqu’une entreprise – une société écran par exemple – est impliquée dans une fraude avérée « ayant procuré un profit direct ou indirect », les amendes pouvaient s’élever à 10%, voire 20%, du chiffre d’affaires de la « personne morale », l’entreprise, concernée. La fixation de l’amende ne dépend donc plus de la gravité du délit mais de la capacité financière de la personne morale – son chiffre d’affaires – commettant le délit.

 

Deux poids, deux mesures

Ce nouveau mode de calcul d’une amende a ainsi été jugée « contraire au principe de proportionnalité des peines », qui découle de l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Le Conseil constitutionnel estime qu’il pourrait, dans ce cas, ne pas exister de lien entre la peine encourue, calculée au prorata du chiffre d’affaires, et la gravité de l’infraction. L’amende risquait donc d’être « manifestement hors de proportion avec la gravité de l’infraction constatée ».

Sauf que cette proportionnalité entre la peine et le délit n’est pas respectée pour les chômeurs. Quand un demandeur d’emploi commet « la faute » d’oublier de se rendre à un entretien suite à une convocation, « il écopera de deux mois de suspension de ses revenus et d’une radiation de même durée », réagit l’équipe du site Recours radiation, qui défend les droits des demandeurs d’emploi face aux radiations abusives perpétrées par Pôle emploi. « On est loin du crime ou du délit ayant procuré un profit direct ou indirect, vous en conviendrez. Pourtant, l’article 8 de la déclaration des droits de l’homme ne s’applique pas au citoyen-chômeur. »


Pas de droit à la vie privée pour les allocataires

Deux autres articles censurés de la loi illustrent ce « deux poids, deux mesures » entre délinquants financiers et demandeurs d’emploi. Ces articles prévoient que l’administration fiscale ou les douanes puissent procéder à des « visites domiciliaires » (à domicile) autorisées par le juge, y compris sur la foi de documents « illégaux » – témoignage anonyme ou document fourni par une source non identifiée. Il s’agit de donner aux enquêteurs une partie des « techniques spéciales d’enquête » prévues pour lutter contre la criminalité organisée. Le Conseil constitutionnel a jugé ces dispositions contraires à la Constitution, « le droit au respect de la vie privée et, en particulier, de l’inviolabilité du domicile », ainsi que les droits de la défense n’étant pas garantis par le législateur.

Des droits dont les allocataires de prestations sociales – allocations logement, allocations familiales, RSA... – sont, de leur côté, privés. « Les visites domiciliaires sont, dans leur cas, des pratiques courantes. Elles sont, pour ce qui les concerne, réalisées sans aucune demande d’autorisation à un juge. Présumés coupables, ils doivent apporter la preuve de leur innocence, même après une dénonciation anonyme », rappelle Recours radiation. « Les lois les concernant n’ont pas été censurées. Pour ces citoyens-là, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ne s’applique pas. Ce qui est anticonstitutionnel pour les uns, doit l’être pour tous, sans distinction d’origine sociale ou de tenue vestimentaire. » Quelqu’un au ministère de la Justice entendra-t-il ce message ?

 

Source : www.bastamag.net

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:22

 

Source : leplus.nouvelobs.com/contribution

 

 

Avenir de l'agriculture : libérons les semences paysannes de l'appétit des multinationales

 

Publié le 07-01-2014 à 10h28 - Modifié le 07-01-2014 à 11h52

Avatar de Lucas Nédélec

Par 
Jeune écolo

LE PLUS. L'avenir de l'agriculture sera débattu à l'Assemblée nationale ce mardi. Au programme : l'examen d'un projet de loi qui veut renforcer la compétitivité tout en prenant le tournant de l'agroécologie. Ce texte proposé par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll est-il assez ambitieux ? Pas pour Lucas Nédélec et Laura Chatel, secrétaires fédéraux des Jeunes écologistes.

Édité et parrainé par Rozenn Le Carboulec

 

Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, a promis d'aborder la question des semences paysannes (M.GILE/SIPA)

 

Il est des sujets qui ne sont a priori pas voués à faire la une des médias. L'appropriation des semences agricoles en est un.

 

Complexe, difficile à cerner, il doit pourtant aujourd'hui être mis au centre du débat car il est à la fois symbolique et symptomatique. Symptomatique d'une société qui ne raisonne qu'en terme de droit de propriété et a poussé la logique du tout juridique dans ses retranchements les plus absurdes. Symbolique du combat que mènent les puissances de l'argent, bien décidées à s'approprier l'inappropriable, et les mouvements citoyens, qui refusent que le vivant puisse être considéré comme une marchandise.

 

Aujourd'hui, dans de nombreux cas, un paysan français ne peut plus réutiliser d'une année sur l'autre les graines issues des plantes qu'il a lui même fait pousser sur son exploitation. Pire, il ne peut pas non plus les échanger ou les donner à d'autres agriculteurs, sous peine d'être considéré comme un dangereux contrefacteur.

 

Un système de privatisation du vivant

 

Les raisons à cela sont simples : les semences agricoles, pour être librement utilisables par les agriculteurs, doivent être répertoriées dans un catalogue au niveau français ou européen. Des milliers de variétés, pourtant cultivées de manière traditionnelle dans les champs, ne figurent pas sur ce catalogue. Dans le même temps, des entreprises y inscrivent des semences qu'elles se sont appropriées par un brevet ou un certificat d'obtention végétal

 

Ce système, censé protéger l'innovation des entreprises, oblige tout paysan utilisant des semences agricoles sélectionnées à verser une redevance, quand il ne lui interdit pas tout simplement de les utiliser. Une fois de plus, le but est d'alimenter les caisses de multinationales plus soucieuses d'engranger des profits que de protéger la diversité biologique de nos cultures.

 

Face à une législation spolieuse, enrayons le processus

 

Mais ne soyons pas dupes, si les grandes entreprises semencières peuvent se livrer à ce genre de manœuvres, c'est que les législations européennes et nationales leur facilitent grandement la tâche. Dernière en date, une loi votée au Sénat en novembre visant à renforcer l'arsenal juridique français de lutte contre la contrefaçon. Ce texte pourrait obliger les services de l'État à saisir et à détruire des récoltes, sous prétexte de la présence de gènes brevetés, à la moindre injonction de l'industrie.

 

Nous nous devons d'enrayer ce processus. Non seulement pour des raisons éthiques relatives aux semences, fruit du travail des paysans, mais aussi pour des raisons bien plus pragmatiques. À l'heure où notre modèle agricole doit changer de cap, s'adapter au changement climatique, utiliser moins d'intrants chimiques pour respecter la vie, la préservation de la diversité des semences agricoles devient vitale. Seules des variétés adaptées et sélectionnées par les paysans eux-même pourront garantir cette diversité, là où les entreprises semencières ne proposent que des produits toujours plus homogénéisés.

 

Pour la libération des semences paysannes

 

La loi d'avenir agricole, examinée à partir du 7 janvier à l'Assemblée nationale, doit être l'occasion d'inverser la tendance. À l'issue du vote du texte anti-contrefaçon, Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, a promis de revenir sur la question des semences paysannes en ce début d'année. La jeunesse est là pour lui rappeler cette promesse !

 

À l'occasion des débats parlementaires, nous demandons ainsi à nos député-e-s de voter des amendements permettant la libre production et utilisation des semences par les paysans, leur libre échange à des fins non-commerciales, ainsi que la redéfinition des critères permettant à des variétés d'être inscrites sur le catalogue (inscription des semences traditionnelles, exclusion des variétés hybrides et issues de la métagenèse).

 

Aucune multinationale n'est capable de nous offrir ce que la nature nous offre. Aucun actionnaire ne peut s'approprier le fruit d'une sélection ancestrale. Ce changement de législation est donc un enjeu de bien commun : pour permettre à l'agriculture de remplir sa mission nourricière, pour valoriser les savoir-faire des paysans, pour assurer à tous et à toutes une alimentation diversifiée qui soit adaptée aux climats, aux saisons et aux sols, l'utilisation des semences doit être et demeurer libre !

 

 

Tribune co-signée par Lucas Nédélec et Laura Chatel, secrétaires fédéraux des Jeunes écologistes.

 

 


Source : leplus.nouvelobs.com/contribution

 

 


 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:06

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

L'Europe en grave déficit d'abeilles pour polliniser ses cultures

Le Monde.fr avec AFP | 09.01.2014 à 18h48 • Mis à jour le 09.01.2014 à 19h09

 

 

L'Europe affiche un déficit de 7 milliards d'abeilles pour correctement polliniser ses cultures.

 

L'Europe affiche un déficit de 13,4 millions de colonies d'abeilles, soit 7 milliards d'individus, pour correctement polliniser ses cultures. Ce sont les conclusions de chercheurs de l'université de Reading (Royaume-Uni), publiées mercredi 8 janvier dans la revue Plos One.

La cause ? En raison du développement des cultures oléagineuses notamment utilisées dans les agrocarburants, les besoins de pollinisation ont crû cinq fois plus vite que le nombre de colonies d'abeilles entre 2005 et 2010.

D'où, aujourd'hui, une situation de déficit : « L'Europe a seulement deux tiers des colonies d'abeilles dont elle a besoin », indiquent les auteurs. Dans la moitié des 41 pays étudiés, « il n'y a pas assez d'abeilles pour polliniser correctement les cultures, notamment en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie », précisent-ils.

 

Stock d'abeilles nécessaires à la pollinisation par pays en 2010.

 

Le cas de la Grande-Bretagne est particulièrement préoccupant avec moins d'un quart des abeilles nécessaires à la pollinisation. En France et en Allemagne, entre 25 et 50 % des colonies d'abeilles nécessaires sont présentes.

Lire la note de blog : A quoi ressembleraient nos supermarchés sans les abeilles ?

 

AGRICULTURE DÉPENDANTE DES POLLINISATEURS SAUVAGES

Du coup, soulignent les scientifiques, l'agriculture est de plus en plus dépendante des pollinisateurs sauvages (bourdons, etc.), des espèces qui peuvent se révéler vulnérables, notamment dans le cas de monocultures.
 

Lire (édition abonnés) : Le déclin des insectes pollinisateurs menace les rendements agricoles

« Cette étude montre que la politique européenne en matière d'agrocarburants a pour conséquence imprévue de nous rendre plus dépendants des pollinisateurs sauvages », relève Tom Breeze, l'un des auteurs de l'étude. Selon son collègue Simon Potts, « nous allons vers une catastrophe à moins d'agir maintenant : les pollinisateurs sauvages doivent être mieux protégés ».
 

« Il y a une déconnexion entre les politiques environnementales et agricoles en Europe : les agriculteurs sont encouragés à cultiver des oléagineux, mais il n'y a pas suffisamment de réflexion sur la manière d'aider les insectes à assurer la pollinisation », estime M. Potts.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 21:01

 

Source : www.mediapart.fr

Dassault : le jour où les sénateurs ont fermé les yeux

|  Par Fabrice Arfi et Michaël Hajdenberg et Mathilde Mathieu et Pascale Pascariello

 

 


Alors que la gauche est majoritaire au Sénat, la levée de l’immunité du sénateur UMP et homme d'affaires Serge Dassault, demandée par deux juges anti-curruption, a été rejetée mercredi. Entre leurs mains, les élus avaient pourtant un document rédigé par les magistrats, qui révèle l’existence d’un compte au Liban, baptisé “Iskandia”, duquel ont été retirés 3 millions d’euros au cœur des soupçons de corruption électorale à Corbeil-Essonnes.

Une petite poignée de sénateurs aura suffi pour empêcher la justice de poursuivre son enquête comme bon lui semble dans l’un des plus importants scandales de corruption de ces dernières années, l’affaire Dassault. En refusant, mercredi 8 janvier, de lever l’immunité parlementaire du sénateur UMP et industriel Serge Dassault, les membres du bureau du Sénat ont adressé un camouflet aux juges d’instruction parisiens Serge Tournaire et Guillaume Daïeff, qui enquêtent sur un vaste système d’achats de votes électoraux dans la commune de Corbeil-Essonnes (Essonne) avec des conséquences aujourd’hui criminelles.

Les magistrats, que cette décision prive de moyens d’investigation décisifs (arrestation, garde à vue, contrôle judiciaire, détention provisoire…) concernant le sénateur milliardaire, avaient pourtant documenté leur demande de levée d’immunité de manière circonstanciée, laissant peu de doutes sur l’implication de Serge Dassault dans le dossier, selon plusieurs sources parlementaires qui ont pu consulter le document.

 

Serge Dassault, au Sénat, le 28 octobre 2010. 
Serge Dassault, au Sénat, le 28 octobre 2010. © Reuters

Les sénateurs ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Les juges, qui avaient le soutien du parquet et du parquet général de Paris dans leur démarche, évoquent notamment dans leur requête l’existence d’un compte au Liban, baptisé “Iskandia”, comme le nom d’une société dont M. Dassault est actionnaire, duquel avaient été retirés plus de 3 millions d’euros pour acheter des élections locales à Corbeil, ont affirmé à Mediapart plusieurs personnes informées du dossier. Des mouvements suspects avaient d’ailleurs été repérés dès 2010 par la cellule anti-blanchiment du ministère des finances, Tracfin, d’après d’autres sources sénatoriales et administratives.  

Mieux : l’un des agents électoraux du système Dassault, Mamadou Kebbeh, qui a convoyé les fonds depuis le Liban jusqu’à Corbeil, a reconnu devant la justice avoir utilisé une partie de cet argent pour convaincre les habitants de “bien” voter, avaient précisé les juges dans leur requête aux sénateurs. Dans un entretien au Journal du dimanche, Serge Dassault avait d’ailleurs reconnu, le 8 décembre dernier, avoir versé 1,2 million d’euros depuis le Liban à Mamadou Kebbeh pour « avoir la paix »… Le jeune homme était alors accusé par le milliardaire de « harcèlement ». 

L’autre principal bénéficiaire des fonds est un certain Younès Bounouara, un protégé de Dassault aujourd’hui mis en examen pour tentative d’assassinat. En février 2013, Younès Bounouara avait manqué de peu de tuer de trois balles un habitant de Corbeil, Fatah Hou, co-auteur deux mois plus tôt d’une vidéo clandestine accablante pour le sénateur. Dans des extraits de cet enregistrement, révélé en septembre par Mediapart, on pouvait notamment entendre le milliardaire reconnaître avoir opéré des paiements occultes depuis le Liban en faveur du même Younès Bounouara. M. Dassault confiait à ses interlocuteurs ne plus pouvoir sortir d’argent parce qu’il était désormais « surveillé par la police ».

Une partie de l’argent versé aux habitants de Corbeil, notamment pour 2010, aurait été maquillé par des prêts dont l’authenticité pose aujourd’hui question, selon des sénateurs favorables à la levée de l’immunité parlementaire de Serge Dassault. En effet, certains n’auraient été déclarés officiellement que trois ans plus tard, en juin 2013, d’après ces mêmes sources. Soit au moment où l’affaire devenait de plus en plus dangereuse judiciairement pour le sénateur.

Mais tous ces éléments n’ont pas suffi à emporter la conviction de la majorité du bureau du Sénat, qui consacre de fait Serge Dassault comme un citoyen à part. Au-dessus des autres et protégé par les siens. Dans l’entourage du président du Sénat, Jean-Pierre Bel, on se disait « effondré » après le résultat du vote, qui vient jeter un lourd discrédit sur l’assemblée (voir le parti pris de François Bonnet). « On a pris un coup sur le casque », ajoutait-on au cabinet de la présidence.

A gauche, la chasse au “traître”

Les vingt-six membres du bureau ont voté à bulletin secret, alors qu'aucun règlement n'impose cette pratique. « Il s'agit d'un simple usage », reconnaît le Sénat, qui n'a procédé qu'à une seule nouveauté : communiquer officiellement le décompte des voix. Sous les yeux des deux secrétaires généraux du Sénat, accompagnés de la directrice de cabinet du président de la Haute Assemblée, il est revenu au sénateur centriste Jean-Léonce Dupont de faire une présentation orale de la requête des juges, passée par la Chancellerie avant d’atterrir au Palais du Luxembourg.

Si le document a été distribué au début de la séance, les élus avaient interdiction de faire la moindre copie du document, couvert par le secret de l’instruction et qui dort aujourd’hui dans un coffre au Sénat. Les membres du bureau avaient toutefois eu la possibilité de consulter en amont la requête, avant les vacances de Noël – et certains l'ont fait.

Mercredi, dans le secret du vote, seuls douze des vingt-six présents ont déposé un bulletin « Oui » dans l’urne, alors même que les groupes socialiste, communiste et écologiste, officiellement partisans de la levée, avaient treize élus dans la pièce – sans compter le représentant du groupe RSDE (majoritairement issu du parti radical de gauche).

Des « sénateurs de gauche ont manqué à ce vote (…), je suis scandalisé », a illico tancé le patron du PCF, Pierre Laurent, dans un communiqué, en promettant que “les siens” avaient suivi la consigne. Il y aurait donc un traître à gauche. Comme dans Les Dix Petits Nègres, le roman policier d’Agatha Christie, les sénateurs de la majorité ont passé la journée à soupçonner le voisin et à jurer, chacun leur tour, de leur bonne foi.

 

Serge Dassault, dans les jardins du Sénat. 
Serge Dassault, dans les jardins du Sénat. © Reuters

« J’ai voté pour la levée, certifie ainsi le seul écologiste du bureau, Jean Desessard, vite suspecté de duplicité à cause de l’amitié du patron du groupe Verts, Jean-Vincent Placé, pour Serge Dassualt (deux Essonniens). D’ailleurs j’ai laissé mon bulletin en évidence sur la table, bien visible pour mes deux voisins, la socialiste Marie-Noëlle Lienemann et le communiste Gérard Le Cam ! »

Chez les écologistes, à l’inverse, on calcule qu’au minimum un socialiste a rejeté la levée. En refusant de communiquer le sens de son vote à la presse, la sénatrice PS Bariza Khiari ne s’est pas facilité la tâche… « Tant pis, assumait-elle mercredi soir. Je suis attachée au principe du secret des délibérations et je regrette qu’il ne soit pas davantage respecté. » Dès jeudi matin, cependant, « devant l'hystérie collective», Bariza Khiari recontactait Mediapart pour préciser qu'elle avait, bien évidemment, soutenu la levée d'immunité.

Au groupe PS, certains préfèrent souffler à la presse que « Pierre Laurent a été bien rapide à dégainer son communiqué et à accuser les autres. Ce ne serait pas la première fois que les communistes voteraient contre leur camp… » Ambiance.

À vrai dire, l’énigme est insoluble et les conjectures un peu vaines. « Chacun dit ce qu’il veut à l’extérieur, personne ne pourra jamais dire avec certitude qui a voté quoi », résume un vieux routier du Sénat. 

Avant les vacances de Noël, le patron du groupe PS, François Rebsamen, avait pourtant pris soin de demander aux membres du bureau de siéger mercredi sans faute (à l’inverse de juillet dernier, lors de la première demande de levée d’immunité), toute absence risquant « de prendre cette fois une connotation politique ».

Le vice-président socialiste du Sénat, Didier Guillaume, avait certes accepté une discussion avec Serge Dassault (qui a par ailleurs plaidé sa cause dans une lettre adressée le 20 décembre à chacun des membres du bureau), mais ce fut à la buvette, au vu et su de tous, pour ne pas avoir l’air de négocier…

« Il est déplorable que deux voix de gauche sur quatorze aient fait défection », résumait mercredi soir le porte-parole du PS, David Assouline, tout en renvoyant la balle vers l'UMP : « Il est particulièrement révoltant, au regard des valeurs républicaines, que la droite ait préféré protéger un des siens au nom de ses intérêts partisans, en faisant bloc contre la levée de l’immunité. » À ce stade de la farce, en effet, aucun sénateur UMP n’a fait savoir qu’il aurait voté pour.

 

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Source : www.mediapart.fr

 


 

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