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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 15:13

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

Arret sur images 18/02/2014 à 10h19

On a (peut-être) trouvé à quoi va servir le pacte de responsabilité

Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images

 


Des cartes (Ralph Unden/Flickr/CC)

 

Enfumer Bruxelles. Ce serait le but – le seul – du « pacte de responsabilité » de Hollande, annoncé à grands sons de trompe lors de sa dernière conférence de presse. Lequel Hollande saurait très bien que la France n’a aucun moyen de faire les « cinquante milliards d’économies nécessaires ».

Le « pacte de responsabilité » n’aurait donc pour but que de pérenniser les 20 milliards de baisse de cotisation du CICE, accordés au patronat sans aucune contrepartie.

De qui vient cette théorie conspirationniste ? D’un obscur internaute sur son blog ? Non. De Gaëtan Gorce, sénateur socialiste de la Nièvre, et maire de La Charité sur Loire. Lequel salue l’habileté de Hollande à tirer le meilleur parti des cartes qu’il a en main, tout en regrettant qu’il n’ait pas le courage de changer les règles du jeu.

Bref, mon ami Patrick Cohen a balancé ce matin cette théorie de l’enfumage à Montebourg, lequel s’en est sorti par une pirouette.

Tous complices ?

Gattaz-Hollande complices contre la Commission ? La théorie est séduisante. Elle expliquerait bien des incohérences apparentes. Comment Gattaz, par ses maladresses, a failli « vendre la mèche » aux Etats-Unis. Vous vous souvenez ?

Un jour, au sortir de l’avion, il s’énerve – non, il n’y aura aucune contrepartie aux baisses de charges – avant de se dédire le lendemain : bien sûr, nous allons créer un million d’emplois.

Cette théorie est vertigineuse. Si elle est exacte, c’est à dire si le décrypteur de La Charité sur Loire n’a pas seulement des intuitions, mais des informations, alors jusqu’où s’étendent les complicités ? La cohorte de brillants journalistes, comme mon confrère Patrick Roger du Monde, qui se demandent (abonnés) à longueur de paragraphes où Hollande va trouver ces 50 milliards d’économie, sont-ils les idiots utiles du jeu de rôles ?

Et les ministres comme Peillon, qui lancent des ballons d’essai sur le gel de l’avancement des fonctionnaires, pour les démentir le lendemain : complices ? Et les journalistes qui les répercutent : complices ?

Mais allons plus loin. Mélenchon, par exemple, procureur de la rigueur à la mode Hollande : complice lui aussi, tenant simplement son rôle d’opposant dans le grand jeu de rôles général ? Le Pen, dénonciatrice des capitulations européennes de Hollande : complice ? Et la Commission elle-même, cette enfumée potentielle ?

Un bombe à fragmentation

Si on lit le blog de Gaëtan Gorce à Bruxelles – et cela va bien arriver, avec la mondialisation de l’information – elle sera coincée dans une alternative impossible :

  • convoquer Hollande, et lui faire les gros yeux (« Comment ? Qu’apprenons-nous ? Vos cinquante milliards d’économie ne seraient que de la poudre aux yeux ? ») ;
  • ou bien, faire semblant de n’avoir rien entendu, nourrissant à son tour le soupçon d’être de mèche avec les enfumeurs français. Aux yeux de qui ? Des Allemands, bien entendu. Dont il faut espérer qu’ils ne lisent pas le blog du sénateur socialiste de la Nièvre.

Mais les Allemands eux-mêmes, comment pourraient-ils réagir ? En déclarant la guerre ? Même si la théorie Gorce aurait tout pour être une bombe à fragmentation, le plus probable, est qu’il ne se passera rien, tant le jeu de rôles arrange finalement tout le monde, ne présentant que l’inconvénient minime de renforcer chez le citoyen la certitude de vivre dans le faux-semblant général, dans un monde où l’habileté a supplanté toute forme de courage.

 

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 14:56

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Payer pour travailler 17/02/2014 à 18h51

580 euros la convention : le business des « marchands de stage »


 

Les stages hors cursus universitaire étant interdits pour éviter les « étudiants fantômes », des écoles privées proposent contre paiement des conventions de stage en urgence. Une pratique « en marge de la loi ».

 


Un jouet démasqué (JD Hancock/Flickr/CC)

 

Derrière la petite porte du 22 rue du cloître Saint-Merri, dans le IVe arrondissement de Paris, un vieil escalier en bois aux marches inégales conduit péniblement jusqu’au cinquième étage. Arrivé sur le palier, hormis une plaque discrète et une boîte aux lettres, rien n’indique la présence du siège social du Central Business Langage Education (CBLE), un établissement d’enseignement supérieur privé.

 

 


L’immeuble abritant le CBLE (Mathieu Cantorné/Rue89)

 

Il est possible d’y étudier la communication, la finance, le droit, mais aussi l’audiovisuel, l’architecture, la couture ou l’histoire de l’art occidental. Pour attirer les futurs étudiants, le site internet de l’école explique :

« Une école sympathique avec une forte personnalité. Dans le centre de Paris, CBLE est tout près d’endroits intéressants, magasins, restaurants, galeries, musées, théâtres et plus encore. »

C’est vrai. L’école est à deux pas du centre Pompidou et de la kyrielle de cafés qui l’entoure, des Halles et des théâtres de Châtelet. Sauf que des cours, au 22 de la rue du cloître Saint-Merri, il n’y en a jamais eu.

Ecoles spécialisées dans les conventions

Les stages hors cursus interdits

Depuis un décret publié en août 2010, tout stage en entreprise doit s’inscrire dans le cadre d’un cursus pédagogique. Ses modalités et finalités doivent être définies dans l’organisation de la formation et le stage doit donner lieu à une restitution de la part de l’étudiant, évaluée par l’établissement. Il s’agit d’empêcher les entreprises de proposer des stages à des personnes déjà diplômées, qui pourraient prétendre à un emploi salarié.

En l’espace d’une grosse demi-heure, deux clients se succèdent à la porte du CBLE. Le premier est un étudiant en année de césure, la seconde une femme d’un certain âge, mère d’un étudiant bientôt diplômé.

Les deux sont venus chercher la même chose : une convention de stage, document indispensable à l’obtention d’un stage en entreprise depuis un décret de 2010 (voir encadré).

Effet pervers de ce décret destiné à protéger les jeunes diplômés du travail déguisé en stage : l’apparition d’écoles plus ou moins sérieuses dont l’unique objectif est de délivrer le document si convoité. Il suffit de chercher « convention de stage » sur n’importe quel moteur de recherche pour les trouver.

C’est le cas du CBLE, qui apparaît en tête des réponses sur Google. L’école a payé le moteur de recherche pour cela. Avant même de cliquer sur le lien qui mène au site de l’école, un message apparaît :

« Vous cherchez une convention pour votre stage, contactez-nous ! »

« Même si votre stage a déjà commencé »

Ici, pas de confusion sur les services proposés par l’école, clairement affichés en page d’accueil. Il s’agit d’obtenir des conventions de stage dans l’urgence, en échange de la somme de 580 euros. Soit près d’une fois et demie le salaire mensuel d’un stagiaire rémunéré à hauteur de l’indemnité légale (436,05 euros). Pour un peu plus de 200 euros supplémentaires, les clients ont également droit à une mutuelle étudiante.

Lorsque l’on contacte le standard sous une fausse identité pour obtenir des renseignements sur la possibilité de régulariser un stage débuté depuis quelques jours, la réponse est sans ambiguïté :

« Oui, pas de problème, même si votre stage a déjà commencé. A partir du moment où vous nous avez envoyé les pièces justificatives et le chèque de 580 euros, votre convention vous parvient dans les quatre jours, pré-remplie et signée par l’école. »

Le fondateur et dirigeant du CBLE, Maxime Volle, semble être passé maître dans l’art de la délivrance des conventions de stage. Avant le CBLE, il dirigeait l’entreprise Stage Inn, liquidée et radiée du registre du commerce en mars 2011, après moins d’un an d’existence. Aujourd’hui, la recherche « Stage Inn » sur Google renvoie vers le site du CBLE.

« Vous viendrez en cours l’année prochaine »

Pour bénéficier du droit de fournir des conventions, l’école se doit de dispenser des cours. D’où l’existence de formations en couture ou communication évoquées en introduction. Les cours n’ont pas lieu dans le petit appartement qui tient lieu de siège social, mais dans un local du XVIe arrondissement. L’école refuse cependant de dévoiler l’adresse à ses clients avant qu’ils aient finalisé leur inscription. Et se montre dans tous les cas particulièrement coulante quant à l’assiduité de ses élèves.

 


Panneau indiquant le CBLE

 

A la rentrée 2013, Camille (c’est un prénom d’emprunt) souhaitait profiter d’une année de césure pour faire un stage de neuf mois. A la suite du refus de son université de lui fournir des conventions de stage, elle a été contrainte de faire appel au CBLE « en dernier recours ». Elle n’ira pas au bout du processus, puisque l’organisme où elle devait effectuer son stage refusera de signer une convention d’une école non reconnue par l’Etat, mais explique :

« Sachant que mon stage devait se dérouler à l’étranger, j’ai prévenu que je n’étais pas intéressée par les cours et que je ne pourrais de toute façon pas m’y rendre. La personne de l’école m’a alors répondu que ça ne posait aucun problème et que si je voulais vraiment, je pourrais toujours venir en cours l’année suivante. »

Le rapport de stage ? Optionnel

Ce que le CBLE ne lui dit pas, c’est que si elle souhaite vraiment aller en cours, il lui faudra débourser un « léger » supplément. Croisé à la sortie de l’école, Romain (prénom d’emprunt) raconte son expérience :

« J’étais un peu méfiant au départ, et ai donc appelé à plusieurs reprises pour me renseigner sur les cours. Le gérant avait l’air à la fois surpris et particulièrement gêné par la question. Il a fini par m’expliquer que les 580 euros ne couvraient que les frais pour l’inscription administrative et la convention de stage. Si je veux me rendre en cours, il faut que je rajoute 2 500 euros, pour une formation de trois mois [le site du CBLE indique que les formations durent neuf mois, ndlr]. »

La somme, clairement dissuasive, n’est mentionnée nulle part sur le site. Et pour cause : parmi les clients du CBLE contactés lors de la rédaction de cet article, tous ont pris contact avec l’école pour obtenir des conventions de stage, jamais pour les cours. Même conclusion en épluchant les nombreux forums mentionnant le CBLE : jamais les formations n’y sont évoquées.

Et quand Thomas, étonné de voir que les cours ne sont jamais mentionnés lors de ses entretiens avec le personnel de l’école, aborde la question du rapport de stage, la réponse est surprenante :

« Ils m’ont dit que je pouvais en faire un si je voulais mais qu’eux n’en avaient pas besoin. »

Le décret de 2010 stipule pourtant noir sur blanc que tout stage « doit donner lieu à une restitution de la part de l’étudiant, évaluée par l’établissement ».

Le contenu des cours ? Ce sera 2 500 euros

« Empêcher les abus »

Le 19 février, les députés examineront une proposition de loi socialiste visant à « empêcher les abus » dans le domaine de stages en entreprise, conformément à l’engagement 39 du candidat Hollande. A l’origine de la proposition de loi, la députée de Meurthe-et-Moselle Chaynesse Khirouni pointe un développement exponentiel de la pratique des stages : 600 000 par an en 2006, 1,6 million aujourd’hui.

 

Pour limiter les dérives, la proposition de loi entend imposer une proportion maximale de stagiaires par entreprise, une protection relative aux durées de présence et aux périodes de repos ou encore la limitation de tous les stages à six mois consécutifs dans la même entreprise. Elle devrait être complétée d’un décret, indiquant « un volume pédagogique minimal de formation en établissement ».

 

Si la proposition de loi est adoptée, les établissements comme le CBLE ne pourraient de fait plus continuer à dissocier l’inscription administrative et la délivrance de la convention de stage de l’inscription à une formation.

Impossible d’en savoir plus sur la réalité des formations et si des élèves s’y rendent, ni même sur le contenu des cours dispensés. L’école propose bien de la documentation, mais refuse de la donner avant le règlement des frais d’inscription. De quoi décourager les plus curieux.

Le site internet de l’école indique :

« Les professeurs au sein de CBLE sont des spécialistes dans leur domaine avec des diplômes très élevés (M2 ou doctorat) des universités renommées mondialement.

Nos professeurs ont déjà une grande expérience dans l’enseignement supérieur (université et école privée) et savent transmettre des connaissances à leurs élèves. »

Au fil des recherches sur Internet, on peut cependant découvrir une offre d’emploi émanant du CBLE. L’annonce indique que l’école recherche un professeur d’histoire de l’art occidental, pour une rémunération de 18 euros brut de l’heure. Précisons que les chargés de cours vacataires à l’université, souvent des étudiants préparant leur thèse, touchent 40,91 euros brut de l’heure...

Contacté par Rue89, le fondateur et dirigeant du CBLE n’a pas souhaité donner suite à nos questions.

Mutuelle, fast-food et brushing

Au-delà de la délivrance des conventions de stage, certaines entreprises commercialisent les nombreux avantages attachés au statut étudiant.

Pour la somme de 480 euros, le site Be Student Again (redevenez étudiant) propose d’inscrire ses clients dans une université étrangère pour une durée de six mois. Les cours sont en espagnol, mais le site ne communique le nom des universités partenaires qu’une fois l’inscription définitivement validée.

« Ces universités proposent leurs cours en direct sur leur site au plein tarif. Il leur serait dommageable d’apparaître à tarifs réduits sur un site tiers, même français. »

Officiellement, il s’agit donc de suivre des cours pas correspondance. Il suffit de contacter l’école en indiquant le poste du stage convoité, et l’équipe vous indique le cours dans lequel s’inscrire pour que le stage soit en adéquation avec la formation. Le site précise également :

« Une fois inscrit(e) dans l’une de nos universités partenaires, il ne tient qu’à vous de suivre les cours auxquels vous avez accès. Nous vous conseillons vivement de suivre ces cours qui vous permettront d’améliorer vos connaissances et que vous pourrez mettre en valeur sur votre CV. Chaque université a ses règles, mais il n’est généralement pas nécessaire de suivre ou valider les cours, ni même de réussir l’examen final, pendant votre stage. »

 


Capture d’écran d’une page de Be Student Again listant les avantages du statut étudiant

 

Mieux : sur une page intitulée « Découvrez comment économiser plus de 1 400 euros par an grâce au statut étudiant », l’entreprise détaille les avantages obtenus après inscription.

Pêle-mêle, on y trouve bien sûr l’accès à une mutuelle étudiante, une réduction de 50% sur l’abonnement aux transports en commun, mais aussi des ristournes dans les fast-foods, chez le coiffeur ou au cinéma.

Sur une autre page détaillant les entreprises ayant accepté des stagiaires passés par Be Student Again, on s’étonne de voir, entre autres, la direction générale du Trésor public, la municipalité de Tignes, ou l’UMP.

La chasse aux « marchands de stage »

La traque aux « étudiants fantômes »

A la suite du décret de 2010, de jeunes diplômés continuaient à contourner la loi grâce à des inscriptions fictives dans certaines universités particulièrement conciliantes. Epinglés par le gouvernement, la plupart de ces établissements ont progressivement mis en place différents dispositifs visant à décourager ces « étudiants fantômes » :

  • interdiction de faire des stages avant la fin du premier semestre de cours dans certaines filières ;
  • obligation d’obtenir l’autorisation écrite d’un professeur ;
  • adéquation des missions du stage avec l’intitulé de la formation...

En 2011, dans une interview donnée à Libération, Laurent Wauquiez, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avait pourtant déclaré ouverte la chasse aux « marchands de stage » :

« Je compte axer mon action sur ce sujet, notamment en traquant les “marchands de stage”, […] les organismes privés qui vendent des fausses formations pour délivrer de fausses conventions de stage. Ce sont des arnaques. Ces organismes s’exposent à des sanctions extrêmement importantes. »

Pourtant, les « marchands de stage » profitent de la mise en place de plusieurs dispositifs visant à empêcher l’inscription « d’étudiants fantômes » dans les universités, jusqu’alors filière privilégiée pour obtenir des conventions de stage sans avoir à se rendre en cours ou payer les milliers d’euros que coûte l’inscription dans une école privée traditionnelle (voir encadré).

En réalité, il est très difficile de prouver l’existence des « fausses formations » évoquées par Laurent Wauquiez, tous les organismes visés faisant bien attention à proposer des formations, pour se mettre à l’abri d’éventuelles sanctions. Que leurs étudiants ne se rendent pas en cours n’est plus de leur responsabilité.

« En marge de la loi », mais rien à y faire

Contacté par Rue89, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche martèle que « tout stage doit être intégré dans la maquette pédagogique de la formation, on ne peut pas faire des stages quand on veut ». Avant d’admettre à mots couverts que « vous pensez bien que la plupart de ces établissement sont en marge de la loi mais étant hors contrat, ils échappent au contrôle de l’Etat ».

Inquiet de la légalité du CBLE, Thomas a appelé le ministère du Travail pour se renseigner. En substance, la réponse est la même :

« Nous savons que ces pratiques existent, mais les écoles qui s’y livrent bénéficient d’un vide juridique. »

L’ensemble des personnes interrogées lors de la rédaction de cet article s’accordent tout de même sur un point : le CBLE leur a rendu un fier service. Romain est conscient que « ces pratiques court-circuitent la loi voulant que les diplômés ne soient pas employés à des postes de stagiaires, qui est une bonne loi », mais rejoint Camille quand elle explique ne pas « blâmer » le CBLE :

« Ces établissement répondent à un réel besoin, étant donné que l’université nous met des bâtons dans les roues. »

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 14:22

 

 

Source : sniadecki.wordpress.com

 

San Francisco contre la Silicon Valley

17 février 2014  


Depuis le mois de décembre 2013, des habitants de la ville de San Francisco (Californie, USA) manifestent contre les bus qui emmènent les « techies », ces employés des entreprises high-tech de la Silicon Valley, sur leurs lieux de leur travail.

Les autobus privés de Google, de Facebook, Genentech, Apple, Yahoo et d’autres sociétés sont un outil de travail, permettant de prolonger la journée de leurs employés : tous sont très confortables et proposent tout l’équipement pour travailler connecté pendant les longues heures de trajets dans une métropole où la circulation est difficile.

Pour les manifestants, ils sont le symbole de la gentrification de San Francisco. Celle-ci se fait d’abord au détriment du transport public, car ces autobus empruntent les lignes de bus publiques, s’arrêtent aux mêmes arrêts, ce qui a des effets d’engorgement sur le reste du réseau. Ensuite elle se traduit par l’accroissement des différences sociales, notamment à travers la hausse spectaculaire des loyers et la multiplication des expulsions (+25% en 2012) et les saisies, avec son lot de drames humains.  

Il faut dire que les techies sont particulièrement bien payés (« Le salaire moyen à San Francisco est de 46 000 dollars, dans la high-tech, cela grimpe à 130 000 dollars. ») et les propriétaires veulent profiter de cette manne : les loyers, à proximité des arrêts des navettes augmentent plus vite qu’ailleurs. Dans les quartiers populaires les plus prisés, les projets de résidence haut de gamme se multiplient. Les restaurants et cafés de luxe chassent le petit commerce local.

La tenancière d’un café réputé où les promoteurs y amènent leurs clients quand ils veulent montrer à quel point le quartier est pittoresque déclare :

« Je n’ai rien contre les jeunes techies. Je n’ai pas grand-chose de commun avec eux non plus. Ils parlent comme des robots. »

Pourquoi s’obstinent-ils à vouloir habiter San Francisco alors que leur mode de communication (messages plutôt que contact direct) est si étranger à la culture locale ? La tenancière explique :

« Ils veulent les bars, le jazz, l’exacte culture qu’ils détruisent sans s’en rendre compte. »

Pourquoi la colère se déchaîne-t-elle contre les bus ? La législation de San Francisco interdit aux bus privés d’utiliser le réseau d’arrêt public (une loi prévoit même une amende de 271$). Depuis que ces navettes ont commencé à utiliser le réseau, elles ont surtout montré un grand déni de la réglementation en vigueur. Non seulement la ville a permis pendant longtemps à ces entreprises de violer la loi, mais elle vient de régulariser la situation à leur avantage, puisqu’elle vient de décider que les bus privés devraient payer 1$ par arrêt utilisé et par navette. «Faire payer 1 dollar par bus quand un seul ticket en coûte 2, c’est une blague», a réagi la porte-parole de la San Francisco League of Pissed-Off Voters [Ligue des Electeurs de San Francisco qui en ont Ras-le-Bol], l’une des associations de citoyens en colère. De fait, la dime imposée à Google est plus que symbolique quand on sait que la firme a engrangé plus de 10 milliards de dollars de profits en 2012.

C’est clairement une politique à deux vitesses, car les populations ouvrières et de couleurs sont les premières victimes de la chasse à la fraude dans le transport public : un jeune homme a même été abattu par la police récemment pour avoir pris la fuite sans produire son ticket de transport. Ce programme de chasse aux resquilleurs coûteux (9,5 millions de dollars par an) a surtout généré un climat de peur et de méfiance des usagers des autobus, notamment des plus pauvres. Pour une journaliste de San Francisco :

« D’un côté les usagers du transport en commun se sentent comme des criminels dans leur propre ville alors que de l’autre, celle-ci ferme les yeux sur les infractions commises par les bus privés. […] Le Google Bus est l’incarnation d’un système qui subventionne les sociétés alors qu’il ne cesse de criminaliser et punir les individus. Google et ses semblables ont toujours su qu’ils pouvaient contourner la loi jusqu’à être invité à en faire de nouvelles. »

Bien que certains qualifient les manifestations de « Google Bus Riots » (émeutes contre les bus Google), les blocages sont pacifiques : les manifestants déploient des banderoles « Fuck off Google », distribuent des tracts et tentent de discuter avec des techies qui, dans l’ensemble font semblant de ne pas être sur la défensive (cf. “A San Francisco, les techies sur la défensive à l’arrêt de bus”, Le Monde, 1er février 2014).

Une chanson de rap les ridiculise : « J’ai laissé ma Porsche à la maison pour prendre le Google Bus ». Des affichettes sont apparues : «Google, Twitter: dehors!». Le journal Business Insider qualifie les techies d’« arrogants » (cf. Courrier International n°1200, 31 octobre 2013, dossier “Google, Facebook, Apple… Le pire des mondes. Pourquoi la Silicon Valley ne fait plus rêver”).

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Tract distribué par les manifestants à West Oakland

Au cas où vous vous demandez ce qui se passe, nous serons extrêmement clair.

Les gens à l’extérieur de votre bus Google vous servent le café, gardent vos enfants, ont des relations sexuelles avec vous pour de l’argent, préparent vos repas, et sont chassés de leurs quartiers. Pendant que vous vivez comme de gros porcs avec vos buffets gratuits permanents, tout le monde en est à racler le fond de son porte-monnaie, vivotant dans ce monde onéreux que vous et vos potes avez contribué à créer.

Vous n’êtes pas des victimes innocentes. Sans vous, les prix des logements ne seraient pas à la hausse et nous ne serions pas menacés d’expulsion. Vous, vos employeurs, et les spéculateurs immobiliers sont à blâmer pour cette nouvelle crise, encore plus terrible que la précédente. Vous vivez votre vie, entourés par la pauvreté, le déracinement et la mort, apparemment inconscients de ce qui se passe autour de vous, a fond dans vos gros salaires et le succès. Mais regardez autour de vous, voyez-vous la violence et la destruction ? C’est le monde que vous avez créé, et vous êtes clairement du mauvais côté.

De manière prévisible, vous pensez certainement que les technologies que vous créez servent le mieux-être de tous les humains. Mais en réalité, ceux qui bénéficient de ces développements technologiques sont les publicitaires, les riches, les puissants, et les analystes de la NSA et leur réseau de surveillance des e-mails, des téléphones, et des médias sociaux.

Si vous voulez une région de la baie de San Francisco où les ultra-riches affrontent des centaines de milliers de pauvres, continuez à faire ce dont vous avez l’habitude. Vous obtiendrez une jolie révolution à votre porte. Mais si vous ne voulez pas de ça, alors vous devriez quitter votre job, encaisser vos primes, et aller vivre une vie qui ne pourri pas entièrement celle des autres.

Et foutez le camp d’Oakland! (décembre 2013)

Source : <http://blogs.kqed.org/newsfix/2013/12/20/google-bus-protesters-manifesto-get-o/&gt;


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En décembre 2013, Greg Gopman, ancien patron d’une start-up installée en ville, mettait de l’huile sur le feu en postant sur Facebook un message contre ces autochtones antigeeks « qui urinent, vendent de la drogue et se comportent comme si San Francisco leur appartenait ». Dans une ville jusque-là réputée calme et tolérante, ce post a été perçu comme une preuve suplémentaire de l’arrogance de la nouvelle élite high-tech : faudra-t-il rétablir l’obligation de faire la révérence devant les bourgeois ? ou simplement le chapeau-bas ?

Fin janvier, des manifestants se sont installés devant l’antenne de Google Engineer, à Berkeley. Sur une banderole on pouvait lire « Gentrification & Eviction Technologies OUT » (« technologies d’embourgeoisement et d’expulsion : DÉGAGE ») en lettres imitant le graphisme du logo de Google.

D’autres cherchent à donner un tour plus politique à leurs actions de blocage en dénonçant le numérique et le « monde inadmissible de surveillance, de contrôle et d’automatisation » que les techies contribuent à construire. Ils ont effectuée une enquête très détaillée sur un développeur de Google X, le secteur “innovation et prospective” de Google, comme une sorte de reflet aux données que Google accumule sur chacun d’entre nous, pour mieux dénoncer les transformations sociales répressives et ségrégationnistes auxquelles il participe.

Ci-dessous le communiqué qui raconte leur blocage, puis le texte du tract distribué à ce techie et aux personnes sur place :

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Manifestation devant la maison d’un développeur de Google X

San Francisco, 21 janvier 2014.

« Dialectiquement … un certain antagonisme [counterforce] aurait dû se produire. »
- Thomas Pynchon, 1973.

 

Maison d'Anthony Levandowski 

Anthony Levandowski
construit un monde inadmissible de surveillance, de contrôle et d’automatisation.
C’est aussi votre voisin.

À 7 heures ce matin, un groupe de gens se sont pointé à la maison d’Anthony Levandowski, un développeur de Google X. Sa maison est un fastueux palace minimalement décoré avec deux lions de pierre qui gardent l’entrée. Après avoir sonné à sa porte pour le prévenir de la manifestation, une bannière fut levée face à sa maison qui disait: « Le futur de Google s’arrête ici » et des tracts d’information sur sa personne furent distribués dans le voisinage. Ces tracts décrivent son travail avec l’industrie de la défense et ses plans de développement de condos de luxe à Berkeley.

À un moment, sa voisine est sortie de chez elle. Elle affirma être au courant de sa collaboration avec l’Armée mais insista sur le fait qu’il est « une personne sympa » [nice person]. Nous ne voyons aucune contradiction ici. C’est fort probable que Levandowski, qui développe des robots de guerre pour l’armée et bâtit une infrastructure de surveillance, est un agréable voisin. Et puis après ?

À la suite des précédentes actions contre les autobus de Google, plusieurs commentateurs ont prétendu que les individus employés par Google ne sont pas à blâmer. Prenant la chose profondément à cœur, nous avons choisi de bloquer le transport-navette personnel de Anthony Levandowski. Nous sommes ainsi respectueusement en désaccord avec cette critique : nous ne voyons pas que la première action soit meilleure que l’autre ! Tous les employés de Google devraient être empêchés d’aller travailler. Toute infrastructure de surveillance devrait être détruite. Pas un seul condo de luxe ne devrait être bâti. Personne ne devrait être expulsé de son logement.

Après avoir distribué des tracts dans le voisinage et bloqué l’entrée de sa cour durant environ 45 minutes, le groupe est descendu dans le centre-ville et a bloqué un autobus de Google à la station BART de Ashby. Ce blocage a duré environ 30 minutes et s’est dispersé quand les flics de la BPD [Berkeley Police Department] sont arrivés. Plusieurs discussions ont eu lieu avec des employés de Google.

Heureusement, les défections ont déjà commencé. Hier, une personne plutôt « sympa » employée par Google nous a révélé les « éléments de langage » [talking points] envoyés par la compagnie a ses employés dans l’attente d’un prochain conseil municipal de San Francisco ou dans l’éventualité de nouvelles perturbations des autobus de Google. La rhétorique de ce mémo présente les employés de Google comme des contributeurs positifs à l’environnement dans lequel ils vivent. Il ne fait nullement mention des expulsions qu’ils causent, de la présence policière qu’ils amènent avec eux et de la large classe de gens qui travaillent pour soutenir leurs styles de vie extravagants et déconnectés ; et qui sont leur soutien technique à leur existence.

Nous ne nous laisserons pas prendre en otage par la menace qu’agite Google des quantités massives de CO2 qui seraient relâchés dans l’atmosphère si le service d’autobus était interrompu. Notre problème est Google lui-même, ses capacités de surveillance invasive dont la NSA fait usage, les technologies qu’ils développent, et la gentrification que ses employés engendrent dans toutes les villes qu’ils occupent. Mais notre problème ne s’arrête pas à Google. Il s’étend à toutes les autres compagnies des hautes technologies, à tous les autres développeurs et à tous les autres gens qui bâtissent ce nouvel État de surveillance : on s’occupera de vous bientôt !

The CounterForce [L’Antagonisme]


La voiture sans chauffeur de Google:
construite pour l’industrie de la défense

« Conduite sans les mains, des voitures qui se garent elles-mêmes, une voiture sans pilote dirigée par un moteur de recherche ? Nous avons déjà vu ce film. Il se termine par des robots qui utilisent notre corps pour produire de l’énergie. » [Référence au film Matrix]
- Publicité pour les automobiles Dodge, 2011.

« Ma fiancée est une danseuse dans l’âme. Je suis un robot. »
- Anthony Levandowski.

Anthony Levandowski est actuellement l’ingénieur qui dirige le programme de développement de la voiture sans chauffeur de Google. Le projet a progressé rapidement et il y a déjà des États, dont la Californie, qui ont légalisé ces véhicules autonomes.

Il a également été l’un des architectes de Google Streetview – le projet de cartographie du monde réel qui a envoyé les voitures pour documenter et photographier chaque bâtiment le long de toutes les rues. Ces voitures ont également enregistré des adresses IP (qui identifient des réseaux informatiques) et les adresses MAC (qui identifient des éléments spécifiques de matériel). Ce projet de surveillance massive a rencontré occasionnellement des oppositions : ces voitures ont été bloquées, vandalisées et, dans un cas, l’une d’entre elle a attaquée par un homme de 70 ans avec une hache.

« Don’t be evil » [littéralement, « Ne soyez pas malveillants » ; c’est le sixième point du “décalogue philosophique” de Google qui stipule : « Il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable ».] est la devise de Google et, comme de juste, ils ont une vision utopique de notre futur. Absent de leur utopie, les travailleurs dans les usines de Foxconn – où des filets ont été installés récemment pour éviter les suicides réguliers provoqués par les conditions de travail. Absentes de leur vision, les familles payées quelques centimes par jour à recycler de petites quantités de métaux précieux à partir de vastes décharges électroniques. Même le Googleplex (le parc de bureaux de Google à Mountain View) reproduit une division similaire : les employés à badge rouge – qui nettoient les salles de bains, préparent des expresso, cuisinent des repas gastronomiques et essuient les miettes des tables de ping-pong – n’ont aucun des avantages et des privilèges du techie [diminutif qui désigne les salariés des entreprises high-tech de la Silicon Valley] à Badge blanc.

Ce n’est pas la naïveté qui pousse les chefs de Google et des gens comme Anthony Levandowski à aller de l’avant dans le développement des technologies qui ne font que renforcer la domination existant dans la société. Google collabore activement avec l’industrie de la défense, une industrie qui met de plus en plus l’accent sur la répression de la dissidence sociale.

Google vient d’acquérir Boston Dynamics, un entrepreneur militaire qui a créé une douzaine de robots de guerre. Le plus inquiétant d’entre eux a pour nom WildCat [chat sauvage], un robot qui ressemble à un sanglier, pouvant courir 30 miles à l’heure et se redresser rapidement après être tombé. Ce robot de guerre a été parrainé par la Defense Advanced Research Projects (DARPA), l’organisation même qui a inventé l’Internet.

La voiture sans chauffeur est l’autre projet favori de la DARPA depuis de nombreuses années. Elle parraine régulièrement un Grand Challenge [grand défi] rassemblant les personnes qui conçoivent les véhicules sans chauffeur, en espérant que l’un d’entre elles parviendra à mettre au point cette nouvelle technologie. Anthony Levandowski est l’un des enfants terribles qui se précipite à chacun de ces concours, avide d’un diplôme fédéral et de gloire. Maintenant, avec Google qui lui donne plus d’argent qu’il ne pourrait jamais rêver, Levandowski travaille de longues heures à concrétiser ce rêve des militaires.

Les espaces gardés des Condos de luxe de Levandowski

Anthony Levandowski tente actuellement de créer sa propre utopie cyber-capitaliste dans la grande ville de Berkeley. Après avoir grandi dans la banlieue aisée de Marin, il a commencé sa carrière dans la ville en 1998, sur les bancs de l’Université de Berkeley. Avant cela, il avait déjà monté une petite entreprise de technologie qui a permis à Petco [société de vente de fournitures et d’aliments pour animaux domestiques] de vendre ses produits par Internet, par payement avec une carte de crédit.

Alors qu’il poursuivait ses études en science pour sa maîtrise, Levandowski a créé une entreprise qui a mis au point des tablettes informatiques conçues pour afficher des plans sur les chantiers de construction. L’idée avec cette entreprise est que la mise à jour et l’impression des nouveaux plans prend quelques jours et ralenti le temps de construction. Avec ce nouveau produit, les entreprises de construction pourraient créer des condominiums [immeubles dont les appartements sont vendus séparément et gérés en copropriété], des centres commerciaux, etc. dans les délais les plus brefs possibles et avec un maximum de profit. Comme éloge de son sens prodigieux des affaires, le journal de l’administration de l’université de Berkeley a publié un article sur lui en 2003, lui décernant le titre de champion pour sa capacité à gagner de l’argent et sa contribution à la bulle immobilière qui commençait tout juste à se développer.

Revenons brièvement à ce qui se passe aujourd’hui. Levandowski a acheté une maison pour sa femme et ses enfants près de College et Ashby. En plus de cette affaire confortable de deux étages, Levandowski a aussi acheté une propriété à l’angle de Dwight et Fulton, à seulement un pâté de Shattuck Avenue. À cet endroit, il a engagé le Groupe de Nautilus pour un projet de construction d’immeuble de 77 logements, appelé Garden Village – car il y a des jardins sur les toits – avec la surveillance 24 heures sur 24, une sécurité privée et une flotte de véhicules électriques en stationnement dans un garage souterrain. Les résidents auront la possibilité de louer ces voitures quand ils le veulent pour faire un saut à la plage et se baigner.

Le Groupe Nautilus est composé d’architectes et de constructeurs qui ont créé des installations militaires, des centres commerciaux et des hôpitaux. Levandowski est en train d’apporter sa contribution à la poursuite de la stérilisation et de l’embourgeoisement [gentrification] du centre-ville de Berkeley et de Shattuck Avenue .

Ce projet est un témoignage de l’arrogance, de la déconnexion de la réalité, et du luxe de la classe dirigeante. Faire pousser des légumes dans le jardin sur le toit et les vendre à des riches permet, en quelque sorte, de prétendre que la planète n’est pas en train d’être ravagée par la même économie qui est à l’origine de leur richesse, de leur confort et de leur sécurité.

Les habitants de Garden Village habiteront un micro-monde dans lequel leurs mouvements seront constamment surveillés et encadrés par le personnel de sécurité. Les étudiants fortunés ou les professionnels bien rémunérés vivront dans de petites boîtes reliées par des passerelles. Sept de ces unités seront consacrés au logement social. Ces unités n’ont pas été ajoutées parce que Levandowski ou Nautilus le désiraient, mais parce que la loi de la ville de Berkeley leur en fait l’obligation. Nul doute que, dans le plan de développement de cet immeuble, la surveillance et la sécurité est dirigée vers ces résidents autant que vers les autres.

Développement et surveillance vont de pair. L’omniprésence de la surveillance dans le milieu urbain est implicite dans le Garden Village de Levandowski. Ces objectifs sont explicites dans d’autres programmes, comme le domaine Awareness Center à Oakland et le programme international de surveillance TrapWire [logiciel prédictif conçu par une société nommée également TrapWire, pour repérer des ensembles d’expressions et de mots clefs circulant sur Internet et susceptibles de signaler une attaque terroriste]. Surveillance et contrôle sont au cœur de l’avenir technologique proposé par Google et les autres futuristes pro-tech.

L’antagonisme

Berkeley a longtemps souffert sous l’emprise de la police de Berkeley et le système de communications unifiées. L’administration de l’université et la police ont réprimé la rébellion, harcelé les sans-abri et facilité le développement des affaires depuis des décennies. Dans les années 1960 et 70, des milliers de personnes ont été entraînés dans diverses rébellions, du Free Speech Movement [mouvement de contestation étudiant du campus de l’université de Berkeley, né durant l’année scolaire 1964-1965, contre l’interdiction faite par l’administration de l’université d’exercer des activités politiques sur le campus ; il a été un moment charnière dans le mouvement des libertés civiles aux USA] jusqu’aux aux communes et aux groupes armés quelques années plus tard. À cette époque, l’université était un phare de la recherche nucléaire, de la collaboration avec l’armée et de la répression ouverte contre la dissidence intérieure. Des jeunes gens se sont révoltés contre l’ordre de la société, face à des monstres comme Ronald Reagan, le FBI et la Garde nationale.

A quelques pâtés de maisons d’Ashby et de la maison de Levandowski se trouve l’ancien site où un ensemble de communes existaient dans les années 1960 et 70. Dans une de ces maisons communales, un groupe de rebelles, des monstres [freaks], des communistes et des amoureux ont écrit le Programme de Libération de Berkeley. En voici un extrait :

« La civilisation du béton et du plastique sera mise à bas et les choses naturelles respectées. […] Nous allons transformer cette machine meurtrière qui vole notre terre et viole nos esprits, ou bien nous arrêteront son fonctionnement. […] La révolution concerne nos vies. Nous lutterons contre la domination du style de vie de riches de Berkeley, contre l’égoïsme et l’apathie sociale – et aussi contre l’individualisme complaisant qui se déguise derrière le “doing your own thing” [littéralement « fait ton propre truc » ; ou « fait ce qu’il te plait »]. »

Afin d’honorer la mémoire de tous ceux qui sont morts, sont devenus fous, ou ont disparu dans les rues de Berkeley, nous souhaitons démasquer Anthony Levandowski et le mal qu’il apporte dans ce monde.

Lors de la préparation de notre manifestation, nous avons pu observer Levandowski sortant de chez lui. Il avait des Google Glasses [les lunettes connectées à Internet, dont les verres servent d’écran] sur les yeux, portait son bébé dans un bras, et une tablette dans sa main libre. En descendant l’escalier avec son enfant, ses yeux étaient fixé sur la tablette à travers les verres de ses Google Glasses, pas sur la vie contre sa poitrine. Il apparaissait alors exactement comme le robot qu’il admet être.

Il y a des hommes et des femmes au Congo qui triment dans des mines géantes afin d’en extraire l’or et autres métaux précieux de la terre. Cet or est utilisé dans les téléphones et les tablettes fabriqués par des sociétés comme Google, Apple et Microsoft. Anthony Levandowski ne travaillera jamais dans une mine, pas plus que son enfant. Les gens comme lui ne connaissent pas ces formes d’exploitation et de travaux dégradant. Ainsi, il peut, de manière désinvolte, regarder fixement ses écrans comme s’il n’y avait pas de sang humain pour rendre ces technologies possibles ; comme s’il n’y avait pas une vie entre ses mains.

Levandowski vit sa vie normale, en construisant sa famille nucléaire, pendant qu’une indicible horreur se déroule. Tout ce qu’il construit contribuera uniquement à faire durer un peu plus longtemps ce système économique désastreux. La voiture sans chauffeur permettra a ses usagers de gagner une heure de sommeil, de parlent sur leur téléphone dans la voiture, et de continuer à ce que l’économie tourne.

Une vidéo promotionnelle pour la voiture sans chauffeur de Google montre un aveugle qui va là où il veut avec cette nouvelle technologie. Dans cette vidéo, l’homme décide d’aller à Taco Bell [chaîne de restauration rapide américaine, leader mondial sur le secteur des restaurants à thème mexicain]. Une autre vidéo promotionnelle pour les Google Glasses montre un utilisateur qui achète des produits, qui acheter des choses, puis qui en achète encore plus. À la toute fin de la vidéo, l’utilisateur découvre son père étendu sur le sol, atteint d’une crise cardiaque. L’homme appelle les pompiers avec ses Google Glasses et sauve son père. Cette surprise émotionnelle de la fin est destinée à mettre dans la tête du spectateur que le produit est indispensable et bon.

L’aveugle qui va à Taco Bell et le consommateur qui sauve son père sont les héros de cette utopie technologique. Les mineurs sont ignorés et les travailleurs des usines oubliés. Tant que le capitalisme fonctionne, tout ce qui lui est liée sera empoisonné par sa maladie. Des gens comme Levandowski participent à l’embourgeoisent des quartiers, inondent le marché avec des produits nuisibles, et créent les infrastructures d’un totalitarisme inimaginable. Ce sont toutes ces nuisances que nous voulons chasser de nos vies.

Nous sommes la force antagoniste, et vous pouvez en être. Désengagez-vous de l’économie capitaliste du mieux que vous pouvez. Créez des zones autonomes où les lois et les injonctions du capitalisme sont ignorées. Ne vous laissez pas séduire par ce qui brille. Développez des relations avec vos voisins. Défendez la terre. Utilisez votre place dans la société, que ce soit en tant que criminel, barman, immigrant ou quel que soit votre expérience, comme point de départ pour votre révolte contre elle. Ayez du courage. Trouvez d’autres personnes qui partagent vos sentiments et bloquez un bus de techies. Volez les techies dont vous gardez les enfants. Abattez les caméras de surveillance. Allons-y : c’est le moment.

Combattez le mal.

Rejoignez la révolution.

The CounterForce

Source : Demonstration at Home of Google Developer.


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Les réactions ne se sont pas fait attendre :

La gauche prépare-t-elle sa Nuit de cristal ?

C’est depuis l’épicentre de la pensée progressiste aux Etats-Unis, San Francisco, que je veux attirer l’attention sur les parallèles entre d’une part l’Allemagne nazie et sa guerre contre ses “1%” – à savoir les Juifs – et d’autre part la guerre de la gauche contre les 1% de l’Amérique – à savoir les riches.

Du mouvement Occupy à la diabolisation des riches qui transpire dans le moindre mot de notre quotidien local, The San Francisco Chronicle, je sens monter une vague de haine contre ces 1% qui réussissent. L’opinion est scandalisée par les navettes Google qui transportent les employés du secteur high-tech de San Francisco vers les sociétés [de la Silicon Valley] qui les emploient.

Il y a de l’indignation également contre la hausse des prix de l’immobilier, qu’alimente le pouvoir d’achat de ces “techno-geeks”.

C’est là une très dangereuse dérive de la pensée américaine. La Nuit de cristal était impensable en 1930 ; le radicalisme “progressiste” qui en est issu est-il impensable aujourd’hui ?

Tom Perkins, courrier des lecteurs, The Wall Street Journal, le 24 janvier 2014.

Source : Courrier International n°1214, 6 février 2014.

Alors que les nazis désignaient à la vindicte populaire les juifs afin de détourner les ouvriers de la lutte des classes, le richard Tom Perkins reprend le même procédé de détournement en se faisant passer pour une victime innocente d’une « lutte des races » (entre riches et pauvres ? sachant le rôle qu’accorde la pensée ultra-libérale américaine au déterminisme génétique ?) alors qu’il s’agit justement et de manière très explicite d’une lutte des classes. Quoi qu’il en soit, ce parallèle est en tout point ignoble (et surfe sur les clichés anti-sémites : car, c’est bien connu, tous les juifs sont riches…).

Quoiqu’il en soit, l’économie du virtuel, qui repose sur une innovation sans emplois – en tout cas sans emplois intermédiaires – tant elle est automatisée et algorythmisée, ne va pas se dérouler sans conflits. Car si cette froide inégalité est l’avenir de l’Amérique et du monde, alors il n’est pas sûr que grand monde la souhaite.

« Quand les financiers affirment qu’ils font le travail de Dieu en fournissant un crédit bon marché et que les pétroliers se disent des patriotes qui permettent l’indépendance énergétique du pays, personne ne les prend au sérieux : c’est une chose acquise que leur motivation est avant tout le profit. Mais quand les entrepreneurs de la technologie décrivent leurs nobles objectifs il n’y a aucun sourire ou clin d’oeil amusé. »

Le temps de l’émancipation par l’informatique et des utopies autour d’Internet sont terminés. La Silicon Valley n’a pas réduit les inégalités sociales ni diminué le pouvoir des puissants, au contraire, elle les a renforcés dans des proportions inimaginables.

« Lorsque l’Internet est partout, la politique n’est nulle part. Ce qui est à l’œuvre  ce n’est pas une révolution technologique, mais les effets d’une politique néolibérale. »

Les rêves des pionniers sont bien morts.

Ned Ludd


Cette chronique de Ned Ludd est réalisée à partir de la compilation des articles suivants :

Hubert Guillaud, “Ce que l’Internet n’a pas réussi: renverser les inégalités”, InternetActu, 5 février 2014.

Corine Lesnes, “San Francisco contre la Silicon Valley”, Le Monde, 1er février 2014.

Corine Lesnes, “A San Francisco, les techies sur la défensive à l’arrêt de bus”, Le Monde, 1er février 2014.

Yann Perreau, “Google met le feu aux loyers”, Libération, 2 février 2014.

Traduction des tracts américains inédite.

 

 

 

Source : sniadecki.wordpress.com

 

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 14:11

 

 

Les Alternatifs


 

Communiqué 17 février 2014


Face à l'offensive du MEDEF contre les (maigres) droits des chômeurs et le régime indemnitaire des intermittents,
 

Contre le chômage, pour le partage des richesse et la réduction du temps de travail.

C'est dans la rue que ça se passe !

 

La mutation de l'économie capitaliste entraîne des gains de productivité  Mais ce système conduit aussi à la précarisation et à l'appauvrissement de nombreux/ses salarié.e.s, la multiplication des temps partiels subis, et un niveau de chômage élevé. Si beaucoup chôment, certain.e.s triment. Et, sous la pression du capitalisme managérial,  la souffrance au travail augmente. 

Une alternative est donc urgente. Elle passe par le partage des richesse et la réduction du temps de travail.

 

La négociation UNEDIC s'est engagée en janvier. Et, fort de ses pas de deux avec Hollande-Ayrault, le MEDEF est à l'offensive. Le régime indemnitaire des intermittent-e-s du spectacle vivant lui est insupportable, au même titre que les autres formes de salaire socialisé - donc de solidarité sociale. Pus globalement, il considère les droits des chômeurs comme un obstacle au redéploiement libéral qu'il entend imposer en concertation avec le gouvernement.


La mobilisation solidaire des chômeurs et chômeuses, précaires, salarié.e.s est seule en mesure d'empêcher le recul des droits des chômeurs.ses et de porter des propositions d'urgence.


 Plusieurs revendications sont portées par les organisation de chômeurs.ses, parmi celles-ci :
- Un revenu personnel de remplacement pour toutes et tous, à hauteur de 80% du SMIC

 - La redéfinition du fonctionnement et des fonctions de Pôle Emploi,  lui permettant de jouer pleinement le rôle de service public de l'emploi

- Des formations réellement au service des sans-emploi plutôt que des stages bidon.


 

Une grande partie de ces revendications d'urgence nécessitent un partage des richesses, l'élargissement du financement de l'UNEDIC par la taxation de tous les revenus du capital, une action résolue contre les contrats courts et précaires.

Autour des intermittents du spectacle, la mobilisation contre les diktat du MEDEF et le recul des droits est en marche : de nouvelles manifestations auront lieu le 27 février prochain. Les Alternatifs en sont solidaires.


 

Face à un système qui continuera à produire précarité et emplois low cost, les incantations à la croissance sont une voie sans issue. C'est un nouveau modèle de développement qui faut inventer, liant justice sociale et transition écologique.

La sécurisation des parcours professionnels, défendue par plusieurs organisations syndicales, est un premier objectif de transformation. Et une réduction forte du temps de travail tout au long  de la vie (vers les 30 heures hebdomadaires) un point de passage obligé pour ne pas continuer à subir un système où beaucoup chôment et d'autres triment pour qu'une petite minorité profite.   

 

 


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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:50

 

Source : www.midilibre.fr

 

OGM : des producteurs de maïs pourraient planter du MON810 dans le sud-ouest

Midilibre.fr
17/02/2014, 11 h 32 | Mis à jour le 17/02/2014, 11 h 46
Les opposants aux OGM stigmatisent les champs de culture expérimentale.
Les opposants aux OGM stigmatisent les champs de culture expérimentale. (LIONEL BONAVENTURE / AFP )

La FNSEA prévient que des producteurs pourraient planter du maïs transgénique MON810 cette année puisque le moratoire qui l'interdisait a été suspendu. Le sénateur socialiste de l'Aveyron Alain Fauconnier a déposé une proposition de loi visant à interdire la culture de tous les maïs transgéniques dans l'Hexagone.

Des producteurs de maïs du sud-ouest de la France pourraient planter du maïs transgénique MON810 cette année puisque le moratoire qui l'interdisait a été suspendu et qu'aucune nouvelle interdiction ne devrait être prononcée avant le début des semis. "Il y a des producteurs qui manifestent encore leur intérêt pour le MON810, principalement en Midi-Pyrénées ou en Aquitaine. Car le MON810 résiste à plusieurs insectes dont le taupin qui touche particulièrement 400 000 à 450 000 hectares dans ces régions", explique Luc Esprit, directeur général de l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM), branche spécialisée de la FNSEA, principal syndicat agricole du pays.

Le Conseil d'État a annulé l'été dernier le moratoire sur la culture du MON810 de l'américain Monsanto dans l'Hexagone pour non conformité au droit européen. Le gouvernement ne pouvait donc pas prononcer à nouveau un moratoire, qui aurait été caduque juridiquement.

Une proposition de loi déposée pour interdire la culture de tous les maïs transgéniques

Le sénateur socialiste de l'Aveyron Alain Fauconnier, soutenu par le gouvernement, a donc déposé le 4 février une proposition de loi visant à interdire la culture de tous les maïs transgéniques dans l'Hexagone. Son examen a commencé lundi au Sénat mais son adoption par le Parlement ne devrait pas se faire avant le 10 avril, c'est-à-dire juste après la pause parlementaire liée aux élections municipales.

Un calendrier de semis avant un vote de la loi 

Or les semis de maïs vont commencer le 15 mars, affirme Luc Esprit. Et après une année de retard végétatif lié au froid du printemps dernier, il y a fort à parier que les producteurs vont anticiper cette année et semer tôt, selon lui. Donc, il est possible que des producteurs sèment du MON810 avant que ne soit prononcée une nouvelle interdiction. "La question va se poser", assure le représentant des producteurs. Et si Monsanto refuse de fournir des semences MON810 aux producteurs, ils sauront aller les chercher, notamment en Espagne où il est cultivé, laisse entendre Luc Esprit.

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:25

 

Source : www.adaa-ase.com



Pour se détendre et faire fonctionner les neuronnes, une devinette!!!!
A quoi cela sert-il ?




Réponse: Cet objet sert à tracer une ligne horizontale sur un terrain en pente.
Que ce soit pour faire une terrasse pour des cultures, pour faire une fondation pour une habitation ou pour  faire une ligne d’arbres fruitiers, faire une ligne parfaitement horizontale n’est pas une chose aisée.

        Avec ce procédé rien de plus simple ! Construire un triangle d’un mètre de côté, sur un des coté tracez au milieu un repère. Puis de la pointe opposée attachez un fil avec un petit poids (Par exemple un gros clou, etc.) (voir photo ci-dessus).

       
Placez-vous sur votre pente, au point de départ de la ligne que vous voulez tracer. Si vous partez de la gauche, mettez un piquet de départ. De ce piquet, placez votre triangle avec le coté ou vous avez tracé un point de repère, bien à plat sur le sol (mettez la pointe du côté gauche de votre triangle à coté de votre repère qui est sur la pente).
Si le clou qui pend de son fil est aligné sur votre repère que vous avez dessiné. (Voir photo ci-dessous). C’est que vous êtes à l’horizontal. Placez un piquet à côté de la pointe droite de votre triangle et répétez l’opération, en plaçant la pointe gauche de votre triangle à côté de ce deuxième piquet.
 
Si votre clou se trouve à droite (photo ci-dessous), c’est que votre triangle « penche » vers le bas et que votre tracé ne sera pas à l’horizontal, mais descendra vers le bas de votre terrain. Pour récupérer l’horizontal il vous suffit de remonter le côté droit de votre triangle vers le haut jusqu’au moment où votre clou sera en face de votre repère.
       Si votre clou se trouve à gauche, c’est que votre triangle « penche » vers le haut et que votre tracé montera vers le haut de votre terrain. Pour récupérer l’horizontal il vous suffit de descendre le côté droit de votre triangle vers le bas jusqu’au moment où votre clou sera en face de votre repère. Là vous aurez « récupéré » l’horizontal.

       Répétez  l’opération, autant de fois que nécessaire, les piquets que vous aurez plantés seront aligné horizontalement par rapport à la pente de votre terrain.
 
G.O (posté le 18/11/2013)

 

 

 




Alerte!!! L'association est en difficultée financière!
Comme vous vous en douter, alimenter un site avec des documents nécessite des heures de recherche et d'expérimentations. Notre équipe est composée d'acteurs de terrain, mais pas de spécialiste dans la recherche de financements. Alors si vous étes compétent dans ce domaine et que vous avez du temps pour nous aider, n'hésitez pas! Contactez nous


Nous cherchons toujours soit un terrain à louer, soit un éco-lieu afin de faire à plusieurs ce qu'il est difficile de faire seul, que ce soit dans un pays tropical ou pas.
Si vous avez des idées, des conseils, des pistes, n'hésitez pas à nous les proposer.

Source : www.adaa-ase.com

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:15

 

Source : www.lagedefaire-lejournal.fr

 

A Brest, un café associatif « Au coin d’la rue » !

A Brest, un quartier jadis malfamé attire aujourd’hui les touristes. Ceci grâce à la mobilisation des habitants qui ont redonné vie à l’une des plus anciennes rues brestoises, notamment grâce à un bâtiment municipal transformé en café associatif, QG des habitants du quartier.

Quand on remonte les pavés de la rue de Saint-Malo, la plus ancienne de Brest, on trouve à une intersection un café sobrement nommé « Au coin d’la rue ». A l’intérieur, un groupe de jeunes d’un quartier voisin apprend à tricoter sur de confortables canapés. Quelques tables plus loin, des femmes s’initient à l’origami tout en riant à gorge déployée tandis que, derrière le comptoir, l’inépuisable Mireille prépare des boissons chaudes, bios et issues du commerce équitable.

 

Derrière l'atelier tricot, les ordinateurs en libre service.

Derrière l’atelier tricot, les ordinateurs en libre service.

 

Un peu plus tard, Gégé, la soixantaine bien tassée, pousse la porte et va de table en table pour saluer les clients. Il s’arrête ici et là pour discuter ou observer une famille jouant aux jeux de société. Dans ce petit microcosme, il semble tout à fait naturel de parler à des inconnus. « On passe voir les gens, rencontrer de nouvelles personnes et se vider l’esprit », résume un habitué.

Mais derrière le calme serein de ce salon de thé associatif se cache une histoire haute en couleur. En  2010, Mireille, une figure du quartier,  cherche un lieu pour organiser des projections de films. Elle repère ce bâtiment inoccupé appartenant à la mairie. « Quand j’ai été leur demander la clé, ils ne savaient même pas qu’ils l’avaient ! Alors on l’a récupérée, et on ne l’a jamais rendue », raconte-t-elle, le sourire jusqu’aux oreilles.

Café participatif

Avec quelques acolytes, Mireille commence par remettre en état ce bâtiment, alors « totalement détérioré ». L’idée est d’en faire « un lieu où l’on se sent bien, bâti à partir des désirs de chacun ». Et dans ce quartier populaire, les envies sont parfois très pragmatiques. « Au début, les gens avaient besoin d’une connexion à internet. On a donc mis des ordinateurs à disposition. Et les personnes qui se faisaient couper le téléphone venaient ici pour passer des coups de fil et rétablir leur ligne. »


Chacun peut organiser les ateliers de son choix au Coin d'la rue. Ici, trois habituées s'initient à l'origami.

Chacun peut organiser les ateliers de son choix au Coin d’la rue. Ici, trois habituées s’initient à l’origami.

 

Reconnaissant l’utilité sociale du lieu, la mairie a laissé coulé et a même mis à disposition de nouvelles machines et un animateur pour guider les moins à l’aise avec les nouvelles technologies.« Puis naturellement, c’est devenu un café, on y a installé une bibliothèque, une épicerie, des ateliers, des concerts… On voit ce qui manque et on le met en place », résume Mireille.

Et la programmation n’est pas la chasse gardée de la petite équipe du Coin de la rue composée d’un service civique et de volontaires, dont l’infatigable Mireille. « Les voisins proposent un truc le jeudi et le samedi s’organise une soirée Guadeloupe avec des odeurs de friture partout dans la cuisine et du rhum. Ils avaient complètement investi le lieu. Ici, les gens du quartier se retrouvent. L’endroit est à tout le monde. Quand ils ont besoin de quelque chose, ils demandent et ils le trouvent souvent ici ».

Lieu de rendez-vous

Même si les prix sont abordables, personne n’est obligé de consommer et le « coin d’la rue » est vite devenu un lieu de réunion pour ceux qui n’en avaient pas, et notamment les enfants. « On vient pour les ordinateurs et pour la bonne ambiance. Ça nous fait une sortie, un un endroit pour se retrouver. On vient 3 ou 4 fois par semaine depuis que c’est ouvert », racontent David et Ismae, deux garçons d’une dizaine d’années. « Ça permet aux gamins du quartier qui n’ont pas d’activité culturelle à proximité d’aller sur internet, de se retrouver ou de lire des bouquins », confirme Isabelle, une prof d’histoire très attachée au projet.

Mais bien qu’il soit toléré par l’équipe municipale, le statut du café reste flou. « C’est plus ou moins un squat. Nous n’avons pas de bail mais on s’entend bien. La mairie a bien compris que c’était dans l’intérêt de tous et a financé la mise aux normes des locaux. Ils nous font confiance et voient que ce qu’on fait marche. On organise beaucoup de fêtes sans jamais demander l’autorisation et ça se passe toujours très bien », argue-t-elle.

Ni bordel, ni bistro

 

Aux beaux jours, cet estrade construite par les habitants accueille spectacles et concerts.

Aux beaux jours, cet estrade construite par les habitants accueille spectacles et concerts.

 

Et cette énergie nouvelle a fait un bien fou a un quartier qui agonisait.« Avant il y avait des marins, des bistros, des bordels, La marine a périclité, le quartier est resté populaire mais les bistros ont disparu », résume Mireille. Mais son arrivée à changé la donne. C’est par hasard qu’elle tombe sur cette rue et découvre que c’est la plus vieille de Brest, une des rares a avoir survécu aux bombardements qu’a essuyés la ville pendant la seconde guerre mondiale.

« A l’époque c’était un énorme dépotoir, mais je suis quand même tombée amoureuse. On l’a progressivement nettoyée, on a enlevé des tonnes de déchets. Je me suis installée en squat il y a 24 ans dans une des maisons abandonnées et je suis toujours là aujourd’hui », raconte Mireille qui a créé une association pour mettre en valeur le patrimoine bâti et historique tombé dans l’oubli de cette rue plus que centenaire.

Fierté retrouvée

 

La maison squattée par Mireille qui est également devenu le siège de l'association

La maison squattée par Mireille qui est également devenu le siège de l’association

 

« C’est devenu un lieu de balade connu de tous les Brestois. J’y emmène mes élèves en sortie patrimoine car à Brest, il n’y a plus rien à part cette rue », abonde Isabelle, la professeur d’histoire membre de l’association. Et les gens n’y viennent pas que pour les vieilles pierres. Sur les estrades et les bars construits lors de chantiers collectifs, se déroulent des fêtes qui réunissent plusieurs générations. « C’est la meilleure ambiance de Brest. C’est familial, les gens sont contents de s’y voir », affirme un voisin qui ne loupe pas une édition.

En un quart de siècle, Mireille et ses compères ont transformé la rue  et ceux qui y vivent aussi. « Le quartier avait la réputation d’être pauvre et violent. Maintenant, les habitants voient que leur rue est connue et qu’ils n’habitent plus le quartier où personne ne va. Ça leur redonne une certaine fierté ».


Emmanuel Daniel
31/01/2014


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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:09

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Protection sociale

Les handicapés, ces « assistés » que les conservateurs britanniques veulent remettre au travail

par Ivan du Roy 17 février 2014

 

 

 

 

 

Sous prétexte de coupes budgétaires, le Royaume-Uni recourt à des sociétés privées pour sous-traiter des missions auparavant réalisées par son administration publique. La société française Atos s’est vue confier la tâche de mettre en œuvre la réforme des pensions que perçoivent invalides et handicapés. Et d’évaluer leur aptitude au travail. Résultat : malgré des pathologies lourdes, plusieurs dizaines de milliers de bénéficiaires ont été recalés et exclus de ce système de protection sociale. Les recours se multiplient et la colère gronde contre les méthodes d’Atos.

Evaluer l’aptitude au travail des personnes invalides et handicapées. Telle est la mission que le gouvernement britannique a confiée à l’entreprise française Atos, dirigée par l’ancien ministre de l’Economie Thierry Breton, à l’occasion d’une réforme de cette protection sociale, entamée en 2011. Les 2,6 millions de personnes qui bénéficiaient de ces différentes pensions d’invalidité et d’aides aux handicapés basculent dans un nouveau système de prise en charge, l’Employment and Support Allowance (ESA), censé simplifier et unifier l’ensemble de ces aides.

Ce n’est donc plus à l’administration britannique de vérifier que les bénéficiaires des anciennes aides ne sont vraiment pas en mesure de travailler, à cause de leur état de santé ou de leur handicap, et de leur attribuer une pension en conséquence. Mais à Atos. Si une personne est jugée apte, elle n’aura plus le droit de percevoir cette allocation – d’un montant moyen de 500 euros mensuels pour une personne de plus de 25 ans. Elle sera alors considérée comme demandeur d’emploi. Et pourra seulement prétendre à une aide de 350 euros pendant six mois. Elle coûtera donc moins cher à la sécurité sociale britannique... Gestion des prestations sociales, du droit d’asile, des prisons (lire notre article), du système de justice : le Royaume-Uni fait figure de pionnier européen pour confier la sous-traitance des services publics à des sociétés privées.

 

Trier les aptes et les inaptes au travail

Réaliser ce tri entre aptes et inaptes pour le compte du Département du travail et des retraites britannique (Department of Work and Pensions, DWP) rapporterait 134 millions d’euros par an à Atos. Qui s’est attelé à la tâche avec zèle depuis 2011, d’autant que tout doit être terminé cette année. Ses « évaluateurs » examinent plus de 700 000 dossiers d’allocataires chaque année, sur la foi d’une méthodologie de plus en plus contestée, l’« évaluation d’aptitude au travail » (Work Capacity Assessment, WCA). Celle-ci consiste à noter le niveau d’invalidité des demandeurs avec un système de points, qui déterminera le montant de la pension. Une note trop faible, et vous basculez dans la catégorie demandeur d’emploi. Résultat : plus de la moitié des demandes seraient désormais refusées. Les témoignages de personnes invalides subissant ces contrôles ou confrontées à la lenteur administrative d’Atos font désormais régulièrement la une des journaux britanniques. Et les histoires tragiques se multiplient : des personnes handicapées « évaluées » se sont suicidées, d’autres sont jugées « aptes au travail » alors qu’elles agonisent sur un lit d’hôpital.

« J’ai reçu l’instruction de modifier mes dossiers, et de réduire le nombre de points dont auraient pu bénéficier les ayant droits. Cela m’a semblé une faute, professionnellement et éthiquement », raconte Greg Wood, ex-évaluateur chez Atos, dans un documentaire diffusée par la BBC [1]. « Une autre lanceuse d’alerte, Joyce Drummund, ancienne infirmière chez Atos, a raconté à un journal écossais, le Daily Record, avoir reçu l’instruction de réduire la note d’ayant droits dont elle savait qu’ils étaient inaptes au travail », relate Jennifer Kennedy, contributrice du site OpenDemocracy [2]. « Nulle part dans le système il n’y a d’objectifs chiffrés [de réduction des allocations] », avait démenti l’ancien ministre de l’Emploi, le conservateur Chris Grayling. Mais l’intégralité du contrat d’externalisation passé entre le gouvernement et Atos n’a pas été dévoilé.

Protestation de la British Medical Association, rapport très critique d’une commission d’enquête parlementaire en 2013, reportages accablants, rien n’y fait, les évaluations continuent. Les radiations massives aussi. Et les recours d’allocataires lésés contre Atos se multiplient. Les Citizen Advice Bureaux, des associations qui assistent les citoyens britanniques dans leurs démarches administratives, déclarent avoir traité un demi-million de contestations liés à l’allocation handicap depuis trois ans et la mise en place du nouveau système d’évaluation.

 

Mauvaises décisions

42% des procédures en appel aboutissent, contredisant les décisions d’Atos de reclasser des invalides en demandeurs d’emploi. Une marge d’erreur impressionnante, surtout quand elle pénalise la vie de dizaines de milliers de citoyens. « Je ne peux plus supporter le stress, la douleur et la fatigue qu’Atos n’arrête pas de m’occasionner... Il n’y a absolument aucun doute sur le fait que j’ai droit à cette allocation, même Atos a admis dans une de ses réponses qu’ils avaient assez d’attestations dès le départ pour confirmer que j’étais inapte au travail. On ne peut que se demander pourquoi ils font tout ça », témoigne une personne invalide.

Selon des chiffres dévoilés par le Parti travailliste, les frais judiciaires liés aux procédures ont triplé en quatre ans, passant de 21 à 66 millions de livres (de 25,5 à 80 millions d’euros). « Le système actuel produit trop de mauvaises décisions, qui occasionnent inévitablement des coûts supérieurs pour le contribuable », accuse, en août dernier Sarah Lambert, responsable des politiques publiques pour la National Autistic Society (NAS, Société nationale pour l’autisme).

Le gouvernement britannique et la firme française viennent de répondre à leur manière à la multiplication de ces contestations en justice. Selon The Independent, les demandeurs qui feraient appel à la décision d’Atos se verront désormais privés de leur allocation durant toute la durée de la procédure. Et contraints de faire réévaluer l’ensemble de leur dossier avant de pouvoir saisir les Citizen Advice Bureaux. Pour le directeur général de ces structures d’appui aux citoyens, ces nouveaux obstacles « signifient que des milliers de gens seront forcés de se débrouiller tout seuls, sans source de revenus. Le meilleur moyen de réduire le nombre et le coût des appels est de s’assurer que les décisions prises sont bonnes au premier coup, plutôt que de les forcer à passer par des étapes supplémentaires inutiles et stressantes. » Pour le porte-parole de l’entreprise, « les appels se font contre les décisions [de l’administration britannique], pas contre Atos. » Une journée nationale d’action est prévue outre-Manche le 19 février prochain, soutenue par des organisations de défense des personnes handicapées, des mouvements sociaux, des syndicats et des partis politiques (Verts, Labour).

Ivan du Roy, avec l’Observatoire des multinationales

Photo : CC James Clear

 

Notes

[1Intitulé Disabled or Faking it ? (« Handicapé pour de vrai ou pour de faux ? »), diffusé en 2012.

 

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:02

 

Source : www.mediapart.fr

 

CIPAV : ce que la Cour des comptes ne dit pas

|  Par Philippe Riès

 

 

Dans sa démolition de la gestion de la CIPAV, principale caisse de retraites des “libéraux”, la Cour des comptes dénonce mais n'explique guère. Et ignore la responsabilité de la tutelle étatique. Pour le gouvernement, il est urgent d'attendre.

Dans ses critiques et ses recommandations, le chapitre du Rapport général 2014 de la Cour des comptes consacré à la CIPAV, principale caisse de retraites des professionnels libéraux, est accablant puisqu’il dénonce « une gestion désordonnée », une gouvernance défaillante et « un service aux assurés déplorables ». Mais les magistrats de la rue Cambon, selon une tradition assez contestable, se gardent bien de désigner nommément ceux qu'ils jugent responsables de cette situation et d’en expliquer les origines.

Avec la CIPAV, ses dysfonctionnements et ses dérives, on est en fait au cœur du système institutionnel français dans lequel des organismes dits « privés », jaloux de leur « autonomie », sont autorisés à gérer des monopoles « obligatoires » (illégaux au regard du droit européen) par délégation aveugle de l’État et du législateur. État et législateur qui multiplient les obligations et modifient les règles, au gré de leurs objectifs politiques et contraintes financières, sans en mesurer ou en assumer les conséquences. Une conception très hexagonale et tout à fait singulière du « libéralisme ».

 

J. Escourrou, président de la CIPAV 
J. Escourrou, président de la CIPAV © CIPAV

Des noms, donc. Au sommet de la pyramide, Jacques Escourrou, de son état architecte à Mazamet. M. Escourrou est non seulement président de la CIPAV, de très loin la plus importante des quatre caisses regroupées dans le « groupe Berri », du nom de cette rue des beaux quartiers parisiens où cette nébuleuse avait son siège social, avant de se lancer dans des opérations immobilières dont la Cour des comptes critique sévèrement le coût et la gestion. Mais M. Escourrou est aussi président de la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL), institution qui gère la retraite dite « de base » et coiffe les nombreuses caisses de retraites complémentaires des professions libérales (dont la CIPAV), éparpillement qui serait justifié par la diversité et l’hétérogénéité des catégories affiliées. Mais la CIPAV gère aussi le régime de base, par délégation de la CNAVPL. 

Cette ubiquité de M. Escourrou donne une dimension étrange à la réponse à la Cour de la ministre des affaires sociales et de la santé. Marisol Touraine, résolument tournée vers l’avenir radieux promis par une nouvelle législation, y affirme en effet que « la loi confie à ce titre à la CNAVPL les missions et les pouvoirs propres à lui permettre de redresser les dérives aujourd’hui constatées au sein du groupe Berri, dérives dont elle sera personnellement responsable auprès de l’État… ». En somme, c’est de Escourrou Jacques que la ministre attend qu’il remette dans le droit chemin… Jacques Escourrou.

Interrogé par Médiapart, M. Escourrou se demande d’ailleurs « si la Ministre est au courant du dossier ». Et souligne que les caisses sont autonomes, que la nouvelle loi n’y changera rien. « La tutelle, c’est le directeur de la Sécurité sociale, Thomas Fatome, et ses services », destinataires de toutes les délibérations du conseil d’administration, explique-t-il. Selon lui, cette tutelle (curieusement absente du rapport de la Cour des comptes) n’a jamais rien trouvé à redire à une gestion qu’il « assume ». Comme à l'habitude, la Cour publie les réponses argumentées des personnes mises en cause. 

Autre cumulard dans le système CIPAV, Jean-Pierre Espagne. Architecte également, à Saint-Flour. Activité qui, accuse l’Association des victimes de la CIPAV (son site ici), lui laisse le loisir d’exercer à la CIPAV la fonction de médiateur, celle de président de la commission de recours amiable et de président de la commission des invalidités. Autrement dit, si un adhérent s’estime victime de certains des dysfonctionnements identifiés dans le rapport de la Cour des comptes (retraites non versées ou avec un retard se comptant en mois ou années, cotisations abusives, absences de réponses aux courriers ou appels téléphoniques, etc.), il peut s’adresser en première instance à Jean-Pierre Espagne, médiateur, et en appel à Espagne Jean-Pierre, président. Même chose pour les décisions d’invalidité.

Cette présentation est formellement contestée par M. Espagne, également interrogé par Mediapart. « Les gens fantasment sur le rôle du médiateur de la CIPAV, qu’ils confondent avec celui de la République. » Selon lui, ce rôle, établi en 2008 et qu’il partage avec Michel Brun, consiste à faciliter les rapports, parfois difficiles, entre les adhérents et les services de la CIPAV, débordés par une crise de croissance qui a vu les effectifs passer en quelques années de 80 000 adhérents à 250 000 (sans compter le cas particulier des auto-entrepreneurs). Le médiateur, dit-il, ne prend aucune décision sur le fond des dossiers. Quant à la commission de recours amiable, dont il a la signature sans être formellement président, elle opère selon le code de la sécurité sociale, sous le contrôle de l’État, en l’occurrence Charlie Suedile, auditeur de l’antenne de Paris de la Mission nationale de contrôle et d’audit des OSS (organismes de sécurité sociale). S’agissant enfin des invalidités, la commission, est, selon M. Espagne, « dans 97 % des cas, une chambre d’enregistrement des décisions du médecin-conseil de la caisse », un praticien indépendant.

Jean-Marie Saunier, lui, n’est pas architecte, mais statisticien. Après son parachutage en 2010 sur la planète « Berri » depuis le cabinet d’Éric Woerth, ministre du budget de Nicolas Sarkozy, il a connu une trajectoire ascensionnelle mais controversée. De simple conseiller technique chargé des relations avec le Parlement, il est devenu directeur délégué de la CAVEC, une des quatre caisses du groupe Berri, et directeur des trois autres (CIPAV, Cavom et IRCEC). Comme « directeur du groupe Berri » (c’est la Cour des comptes qui le désigne ainsi), il fut notamment responsable du vaste chantier de refonte de l’informatique. Une bérézina technique et financière, affirme la Cour, dont le diagnostic serait cependant loin de traduire l’ampleur du désastre. La Cour mentionne un décuplement du coût prévu initialement, qui bondira de 2,5 millions d’euros budgétés en 2005 à 24 millions dépensés en 2013. Des sources internes (notamment un ancien administrateur) évoquent une dépense totale de 96 millions d’euros, résultant d’une conduite du chantier incohérente, avec 48 intervenants différents. Depuis, M. Saunier a été propulsé à la direction générale de la CNAVPL.

Selon M. Escourrou, M. Saunier « a fait du bon boulot à la CIPAV » et a été choisi pour diriger la caisse nationale à l’unanimité des présidents des caisses représentés au conseil d’administration de la CNAVPL. Les difficultés informatiques résulteraient avant tout, selon lui, de la légèreté du législateur qui a décidé en 2004 de faire de la CIPAV, parce qu’elle était déjà « interprofessionnelle », l’organisme de prise en charge de toutes les professions libérales non réglementées. Des professionnels empruntant souvent tardivement la voie libérale et présentant des profils de carrière irréguliers et bien plus complexes à gérer que ceux des salariés ou des membres de professions réglementées. C'est ce système informatique qui aurait été laissé en déshérence par le précédent directeur général.

Un régime électoral censitaire

Cependant, la Cour des comptes ne limite pas ses critiques à la gestion financière, immobilière ou informatique. Quand il s’agit du respect des règles de la commande publique, à commencer par la mise en concurrence par appels d’offres, la Cour des comptes parle de « refus délibéré ». Un des principaux bénéficiaires de ce mépris est celui qu’un fondateur de l’Association des victimes qualifie de « plus vieil ami de la CIPAV », l'étude des huissiers de justice Nocquet Salomon Flutre. Depuis des lustres, ces messieurs, sis avenue de l’Opéra à Paris, jouissent du monopole des procédures engagées par la CIPAV. Ce qui, compte tenu du désordre et de l’arbitraire qui président à l’établissement et au recouvrement des cotisations, selon la Cour des comptes, constitue une véritable rente : 32 000 mises en demeure en 2011. La Cour, sans nommer l'étude, met en cause cette situation. Cette absence de mise en concurrence, curieuse s’agissant de « libéraux » (mais nous sommes en France), aboutirait à une performance désastreuse. Toujours en 2011, 38 000 débiteurs, affirme la Cour, ont échappé aux griffes de la CIPAV « souvent pour une absence de mise à jour des adresses ». Ce qui ne surprendra que ceux qui ignorent la manière archaïque de travailler des huissiers, une des professions « réglementées » (et protégées) dont la France a le secret. Fin 2012, affirme la Cour, la CIPAV détenait pour 92 millions d’euros de créances douteuses.

Mais à la CIPAV, messieurs Nocquet, Salomon et Flutre ne font pas que courir après l’argent que les assujettis refusent (parfois à bon droit) de verser. Ils certifient également le bon déroulement des élections au conseil d’administration. Ils gèrent la boîte postale permettant aux adhérents de voter, assurent le dépouillement électronique et valident le résultat. Les victimes de la CIPAV affirment que les élections de 2011 ont été l’objet d’une fraude significative. « Je ne suis pas au courant. Je ne me suis jamais occupé des élections », affirme à Mediapart M. Escourrou. Mais il ajoute que le monopole de Nocquet Salomon Flutre a vécu. « Nous avons lancé une adjudication par appel d’offres, pour une période de trois ans. » À suivre.

Autre sujet de curiosité, la composition du corps électoral, qui est organisé pour donner une prime à la catégorie professionnelle à laquelle appartient le président, comme le dénonce l’Association des victimes. Le conseil d’administration de la CIPAV est composé de 26 membres, élus pour six ans. Dont 12 réservés au groupe 1, celui de… M. Escourrou. Ce groupe, lors des élections de 2011, a élu un administrateur pour 2 654 adhérents. Contre un administrateur pour 28 291 adhérents chez les prestataires, manifestement les « intouchables » de ce système de caste à quatre étages. Là, Jacques Escourrou est au courant et assume. « C’est moi qui ai fait le partage en collèges, en prenant en compte le niveau et la durée des cotisations. » Les professions du « bâti » sont les plus anciennes à la CIPAV, développée à partir d’une caisse initialement réservée aux architectes, la CAVA. 

On comprend peut-être mieux pourquoi les dirigeants de la CIPAV ont vu débarquer les auto-entrepreneurs, par dizaines de milliers, comme des chiens dans un jeu de quille. Le mauvais traitement des auto-entrepreneurs par la CIPAV est d’ailleurs un des thèmes majeurs du rapport de la Cour des comptes, qui parle de « refus d’intégration » et d’exclusion du corps électoral pour les plus modestes. Selon les « libéraux » de la CIPAV, les auto-entrepreneurs seraient avant tout une charge puisqu’ils contribuent insuffisamment, imposant aux autres professions, même modestes, comme les infirmières, de cotiser pour eux et menaçant à terme l’équilibre financier des caisses. « La caisse poubelle, c’est ainsi que les autres caisses qualifient aujourd'hui la CIPAV », s’indigne son président.  

À noter, comme le fait la Cour des comptes, que la CIPAV n’avait toutefois pas attendu l’apparition récente de cette nouvelle catégorie d’assujettis pour réduire drastiquement le taux de rendement de son régime complémentaire, tombé de 14,5 % à 8,81 % entre 2002 et 2012, puis 7,90 % en 2013. Ce qui a permis un doublement des réserves, à 2,1 milliards d’euros, selon la Cour (3,4 milliards, dit Jacques Escourrou). La gestion en était, jusqu’à très récemment, confiée en très grande partie à un seul opérateur privilégié (comme pour les huissiers), la société de gestion Oddo AM. Ce que la Cour des comptes critique.  

Le 24 mars 2010, Jacques Escourrou avait eu l’occasion de dire tout le mal qu’il pensait des auto-entrepreneurs devant la Commission des finances du Sénat, présidée par Jean Arthuis (expert comptable dans la Mayenne et ancien ministre des finances), animée par l’incontournable Philippe Marini, pilier du RPR de l’Oise (et mentor d’Éric Woerth), dont le dialogue badin avec M. Escourrou vaut le détour, en présence du ministre libéral Hervé Novelli, créateur du statut d’auto-entrepreneur. Où l’on apprend, de la bouche même du président de la CIPAV, que lui-même détourne ce statut tant décrié afin de faire travailler à bon compte un dessinateur industriel et des stagiaires dans son entreprise d’architecture (la vidéo est ici) !

Tout ce folklore hexagonal serait risible si la gestion de la CIPAV ne débouchait pas sur certaines situations personnelles difficiles, voire dramatiques. En conclusion de son rapport, la Cour des comptes recommande la nomination d’un administrateur provisoire au cas où la CIPAV ne mettait pas en œuvre, « sans délai », un plan de redressement de sa gestion. Marisol Touraine répond que « si toutefois un constat d’échec devait être réalisé, le Gouvernement prendra les mesures propres à pallier les carences du groupe Berri (…) le cas échéant par la nomination d’un administrateur provisoire ». Autrement dit, il est urgent d’attendre.

Qualifiant le rapport de la Cour de « scandaleux » et ignorant des réformes déjà mises en œuvre, Jacques Escourrou y voit surtout un règlement… de comptes, la CIPAV ayant eu dans un passé récent le tort de licencier après quelques mois un directeur général issu de ce grand corps de l’État, « tellement il était bon ! ». Mais le président de la CNAVPL va plus loin. « L’enjeu, ce sont les réserves des caisses des libéraux, 24 milliards d’euros au total », dit-il, suggérant que l'État impécunieux aurait des visées sur cette cagnotte.

Conclusion (provisoire) : le cas de la CIPAV est révélateur de l’épuisement d’un « modèle » de protection sociale qui mélange, dans le désordre et l’opacité, assurance et solidarité, monopoles étatiques et gestion privée, le tout sous la tutelle défaillante d’un État débordé par la diversité et la complexité des sociétés contemporaines. Et, tout particulièrement dans le cas des professions dites « libérales », un système hérité des corporations et des ordres nés sous le régime de Vichy, mâtiné du dirigisme égalitaire de la Libération. Ce n’est pas d'un administrateur provisoire qu'ont besoin la CIPAV et plus généralement la protection sociale en France. C’est d’entrer dans le XXIe siècle.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 


 

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 17:52

 

Source : www.lalibre.be

 

 

GDF Suez conteste des accusations d'évasion fiscale en Belgique

Belga   Publié le dimanche 16 février 2014 à 10h26 - Mis à jour le lundi 17 février 2014 à 16h16

 


Actualité "La fraude est importante et doit être rectifiée", estime Geert Bourgeois.

 

 

 

Le groupe français GDF Suez a vivement contesté dimanche des informations de presse l'accusant d'évasion fiscale en Belgique via sa filiale Electrabel.

Dans son édition du week-end, le journal économique l'Echo indique que la Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg) a rédigé un rapport confidentiel selon lequel GDF Suez aurait en 2012 facturé plusieurs centaines de millions de trop à sa filiale belge pour ses fournitures de gaz.

Après transmission du rapport aux autorités compétentes, l'Inspection spéciale des impôts (ISI) a ouvert une enquête, assure l'Echo.

"GDF Suez s'étonne des articles publiés et en conteste formellement le contenu", a assuré le groupe dans un communiqué. "GDF Suez n'a aucune connaissance d'une éventuelle enquête auprès de l'inspection spéciale des impôts. Si une telle enquête devait s'ouvrir, comme à son habitude GDF Suez offrirait sa pleine et entière collaboration aux enquêteurs".

Selon l'Echo, citant le rapport, les surfacturations auraient amputé le bénéfice imposable d'Electrabel de quelque 500 millions d'euros, soit une perte de près de 170 millions d'impôts pour l'Etat belge, au profit des actionnaires de GDF Suez.

Elles auraient aussi privé les communes belges associées à Electrabel dans ECS (Electrabel Customer Solutions), filiale spécialisée dans la fourniture d'électricité et de gaz, d'une participation à hauteur de 40% à ce bénéfice, sur le dos des clients particuliers et PME.

Cependant, le quotidien prévient que des spécialistes émettent des réserves sur la méthodologie employée par le gendarme de l'énergie, qui n'a pas eu accès à tous les contrats passés par GDF Suez. "L'entrée en jeu de l'ISI (...) devrait permettre d'affiner, de confirmer ou d'infirmer ces chiffres", ajoute l'Echo.

A trois mois des élections législatives en Belgique, ces informations ont suscité des réactions de l'opposition. "Si ces faits sont avérés, c'est hallucinant, nous pouvons parler de tromperie", a déclaré le ministre flamand des Affaires intérieures, le nationaliste (N-VA) Geert Bourgeois. Les écologistes ont réclamé la clarté et la "transparence".

 

Geert Bourgeois : "Les communes sont elles aussi dupées"

Dans une réaction aux informations révélées samedi par L'Echo et De Tijd selon lesquelles l'Inspection spéciale des Impôts (ISI) a ouvert une enquête pour évasion fiscale à l'encontre de GDF Suez et de sa filiale belge Electrabel, le ministre flamand des Affaires intérieures Geert Bourgeois (N-VA) a conseillé aux communes d'entreprendre des actions si les faits sont avérés. "Outre le fisc et les consommateurs, les communes sont elles aussi dupées. Je leur conseille, en tant qu'actionnaires, de réclamer des explications lors de l'assemblée générale extraordinaire d'Electrabel Customer Solutions" (ECS, la filiale belge spécialisée dans la fourniture d'électricité et de gaz au sein de laquelle sont associés Electrabel et les communes), déclare-t-il.

"La fraude est importante et doit être rectifiée", estime Geert Bourgeois. "Il s'agit ici d'importantes sommes d'argent qui ne sont pas versées aux communes. Si j'examine la période 2009-2012, on parle pour la plus mauvaise année de 9 millions d'euros" de dividende. Les autres années, ce montant a atteint environ 50 millions d'euros.

 

 

 

 

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Source : www.lalibre.be

 

 

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