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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 13:05

 

 

Rue89

 

Polémique 17/05/2013 à 15h29
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

 

La France a-t-elle refusé un visa à l’ancienne ministre malienne Aminata Traoré, qui critique vivement la politique française vis-à-vis de son pays ? L’affaire fait grand bruit dans une partie de l’opinion, choquée que la France refuse d’entendre une des voix plurielles de ce pays tout en affirmant l’avoir sauvé.

L’affaire est toutefois plus complexe qu’un simple refus de visa. Vincent Floréani, porte parole adjoint du Quai d’Orsay, déclare à Rue89 :

« Mme Traoré n’a déposé aucune demande de visa à l’ambassade de France. Il n’y a pas d’opposition politique à sa venue en France ».

Contactée par Rue89, Aminata Traoré en convient : ce n’est pas à la France qu’elle avait demandé un visa, mais à l’Allemagne, pour répondre à une invitation de la Fondation Rosa Luxembourg, liée au parti de gauche Die Linke. Elle devait ensuite venir à Paris pour participer à une réunion publique, coïncidant avec le débat parlementaire sur le prolongement de l’opération Serval.

Pas de visa Schengen

C’est là que s’est produit le problème. Au lieu d’avoir un visa Schengen, lui permettant de circuler ailleurs en Europe, elle s’est vue délivrer un visa exclusif pour l’Allemagne, avec obligation de se présenter à l’ambassade allemande à Bamako dès son retour pour prouver qu’elle avait respecté l’interdit. Une mesure qui l’a obligée à modifier son itinéraire via Istanbul au lieu d’Amsterdam comme prévu.

Aminata Traoré a été informée officieusement que c’est la France qui a mis son véto, comme elle en a le droit, à l’extension Schengen de ce visa pour l’Allemagne. Au Quai d’Orsay, on déclare ne pas être au courant...

Alors initiative locale d’une ambassade trop zélée, ou décision politique du gouvernement français ne souhaitant pas avoir cette voix dissonante à Paris au moment du débat parlementaire ?

L’ancienne ministre malienne, agée de 66 ans et qui a fait ses études à Caen, est d’autant plus surprise, déçue, et même, nous a-t-elle dit, « humiliée » (un mot qui évoque l’un de ses livres, « L’Afrique humiliée ») par cet interdit, qu’elle était hier encore invitée et fêtée par le PS.

Martine Aubry, alors premier Secrétaire, l’avait invitée à l’université d’été de La Rochelle en 2010, où elle avait cotoyé Laurent Fabius, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères et donc responsable de l’administration consulaire... Et elle se souvient d’avoir hébergé chez elle Danielle Mitterrand lors d’un Forum social mondial à Bamako

 


Aminata Traoré et Martine Aubry à l’Université d’été du PS à La Rochelle en 2010 (BISSON/JDD/SIPA)

 

Voix dissonante

L’affaire n’est pas anodine. Jeudi, François Hollande a démarré sa conférence de presse par une référence au Mali, et il se trouvait la veille à Bruxelles pour une réunion internationale qui a généré 3 milliards d’euros d’aide au Mali.

Or Aminata Traoré, altermondialiste engagée, personnalité de la société civile malienne qui n’a pas peur des polémiques et des combats politiques, s’insurge contre la manière dont la France dicte les termes du processus politique au Mali.

Sans nécessairement être d’accord avec elle, il faut écouter ce qu’elle a à dire sur la manière dont Paris, comme s’en est encore félicité jeudi François Hollande, bâtit une démocratie de façade à Bamako, dont le point d’orgue sera l’élection présidentielle de juillet.

Aminata Traoré s’insurge contre ce scrutin qui, selon elle, ne résoudra rien :

« Nous avons eu pendant plus de deux décennies le titre de démocratie exemplaire. Nous étions les bons élèves de la démocratie et du FMI, les bons élèves d’un libéralisme dont nous n’avions pas les moyens...

Le Mali a engrangé un maximum de soutiens financiers entre 1992 et 2002, mais qu’ont-ils fait de cet argent ? Il est allé à des projets qui n’ont créé ni richesses ni emplois.

La démocratie libérale telle qu’elle est définie par l’Occident, nous n’en voulons plus. Nous préférons nous poser la question de savoir comment démocratiser autrement, donner un vrai contrôle aux citoyens. »

« Pour élire qui ? »

Aminata Traoré, qui a été ministre de la Culture de 1997 à 2000 avant de démissionner pour récupérer sa liberté de parole, met en cause la décision d’organiser les élections en juillet, en pleine saison des pluies, en plein mois de ramadan, avant même le retour des réfugiés.

« Et pour élire qui ? » s’interroge Aminata Traoré qui dénonce la classe politique malienne dont elle estime qu’elle n’est pas crédible aux yeux de la population.

La pasionaria malienne pense que la France a surtout besoin, pour son opinion publique, de « faire coincider le temps politique avec le temps militaire, afin de compléter ce qui est considéré comme un succès militaire ». Elle a manqué de s’étrangler en entendant François Hollande dire qu’il serait « intraitable » sur le respect du calendrier électoral.

Et elle dénonce la « volte face » de tous ceux qui étaient contre cette date de scrutin, dès lors qu’il y a eu de l’argent sur la table.

« On va voter pour 3 milliards d’euros ! Etonnant comment l’Occident parvient à obtenir ce qu’il veut en mettant de l’argent dans la balance. Nous allons vendre notre âme au diable »...

On peut comprendre que le gouvernement français n’apprécie pas ce discours, et soit même en désaccord ouvert sur la conception de la démocratie de cette altermondialiste malienne.

Mais la France peut difficilement prétendre avoir sauvé le Mali du fondamentalisme et de l’obscurantisme, et dans la foulée refuser son territoire à l’une des voix de la société malienne, même dérangeante et accusatrice.

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:55

 

Rue89 - Blog

 Benjamin Sourice - Journaliste

 

Publié le 15/05/2013 à 12h23

 

Depuis le chaos politique provoqué par l’affaire Cahuzac, le gouvernement affiche sa « volonté implacable » de « moraliser la vie publique ». Dans cet entretien, le magistrat Eric Alt, vice président d’Anticor, association de lutte contre la corruption en politique depuis 2002, s’interroge sur la portée réelle de la futur législation anti-conflit d’intérêt bientôt présentée à l’Assemblée.

D’après vos statuts, l’action d’Anticor vise à lutter contre le constat d’impuissance du « tous pourri » en menant des actions ciblées dans des affaires de « délinquance politique ». Quel est le constat de votre organisation aujourd’hui ?

La situation est aujourd’hui très dégradée. En avril 2013, 77% des Français pensaient que les hommes politiques sont « plutôt corrompus ». Quand ils pensent à la politique, ils éprouvent du dégoût (36%) et de la méfiance (32%).

Pour Anticor, l’objectif est n’est pas une « moralisation » de la vie publique mais simplement de revenir aux fondamentaux de la République, inscrits dans préambule de la déclaration des droits de l’homme de 1789 : l’égalité devant la loi, l’égalité devant l’impôt, le droit pour les citoyens de demander compte aux agents publics de leur administration, l’égale admissibilité aux emplois publics....

Ce n’est pas seulement une question de principes.

Aujourd’hui, les oligarchies refusent de payer l’impôt, comme la noblesse de l’ancien régime. Cela appauvrit le pays de 60 à 80 milliards d’euros chaque année (Il faut rappeler que le service annuel de la dette est de 47 milliards par an).

La corruption et la fraude appauvrissent le pays et l’Europe toute entière (1000 milliards de perdus rien que par la fraude fiscale). La France et l’Europe ne sauraient donc combattre efficacement la crise sans livrer bataille contre la grande corruption et la fraude.

Le gouvernement Ayrault et le Président ont annoncé une « moralisation de la vie publique » en encadrant mieux le lobbying et les conflits d’intérêts. Quelle est la position de votre organisation vis-à-vis de ces deux thématiques ?

Dans l’affaire du Médiator, l’inspection générale des affaires sociales a constaté que l’Agence des produits de santé se trouve structurellement et culturellement dans une situation de conflit d’intérêts, par sa coopération institutionnelle avec l’industrie pharmaceutique.

Des personnes sont mortes de ces conflits d’intérêts, d’autres en subiront les conséquences toute leur vie.

Surtout, la démocratie, c’est définir les conditions de vivre ensemble, c’est choisir un destin commun.

Il n’y a plus de démocratie si les puissances économiques déterminent les décisions essentielles par leur pouvoir d’influence.

Anticor approuve donc le projet de loi qui organise la publicité des déclarations d’intérêts. Nous demandons aussi une stricte règlementation du lobbyisme, une meilleure protection des lanceurs d’alerte, un renforcement du Service central de prévention de la corruption. C’est vraiment un minimum démocratique.

Vous avez été reçu lundi 13 mai à l’Élysée pour évoquer la moralisation de la vie publique et émettre quelques réserves sur les projets de lois qui seront prochainement débattus au Parlement. Quelles sont d’après votre organisation les forces et les faiblesses de ce projet ?

Ce projet vient un peu tard. Le gouvernement a ignoré l’appel des juristes à Agir contre la corruption en juin 2012.

Après le scandale Cahuzac, les projets de loi ont été rédigés avec hâte, sans concertation et avec peu de réflexion.

Cela explique peut-être la création d’un parquet financier, que personne ne demandait, qui n’apporte rien et qui va sans doute complexifier l’administration de la justice : tout changer pour que rien ne change...

Mais tout n’est pas encore perdu. Nous allons porter notre action de plaidoyer au Parlement, proposer des amendements. Nous espérons que les députés et sénateurs sauront s’en emparer. Je crois que l’Elysée est conscient des imperfections de ces projets ; le gouvernement devrait donc avoir une position constructive lors des débats parlementaires.

Si la France veut vraiment devenir « exemplaire en matière de transparence » et de bonne gestion des conflits d’intérêts, quelle ligne de conduite devrait-elle suivre pour sa future législation ?

Le déficit de confiance dans les institutions est considérable. C’est pourquoi, au-delà des mesures techniques indispensables pour lutter contre la corruption et de la fraude, l’ambition doit être de restituer au citoyen son pouvoir dans la démocratie, qu’il s’agisse de se constituer partie civile en cas d’infraction à la probité publique, d’exercer un contrôle sur l’administration de sa commune, de permettre un référendum....

Entre les urnes et la manifestation de rue, il faut repenser le pouvoir et le rapport du citoyen au pouvoir.

L’affaire Cahuzac révèle une confusion entre pouvoir et argent, ce qui est le propre de l’oligarchie. Cette oligarchie considère qu’elle n’a pas besoin de la démocratie. Elle manie avec cynisme un double langage qui traduit le mépris du peuple. Il faut se délivrer de cette pathologie de la démocratie.

Montesquieu qui écrivait « il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est un enjeu essentiel. Et pour commencer, la France doit donner à sa justice les moyens humains et juridiques de jouer son rôle.

Eric Alt est également co-auteur de l’Esprit de corruption (éd. du Bord de l’eau, oct. 2012).

 


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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:39

 

Rue89

 

à lire sur The Independent (en anglais) 17/05/2013 à 10h57

 

 

Les révélations sur les conditions de travail chez Ryanair semblent plus scandaleuses à chaque nouveau témoignage.

Une ancienne membre du personnel de cabine, sous contrat avec un sous-traitant, témoigne dans le quotidien anglais The Independent. Elle raconte notamment avoir dû :

  • Prendre trois moins de congés sans soldes - obligatoires - dans l’année. Pendant ce temps-là, interdiction de travailler ailleurs.
  • Payer 360 livres (environ 425 euros) pour son uniforme et 1 800 livres (environ 2 130 euros) pour prendre un cours de sécurité - obligatoire.

De vol quatre jours par semaines, elle devait rester d’astreinte le cinquième jour sans que cela ne lui soit payé.

Elle raconte s’être rendu à l’aéroport un jour d’astreinte, à 4 heures du matin, pour finalement apprendre que le vol était annulé. Le trajet aller-retour en taxi a été pour sa poche et aucune compensation ne lui a été payé.

Même sur ses quatre jours de travail, seules les heures passées en vol étaient rémunérées pour 13,07 livres de l’heure (15,47 euros environ). Rien pour les réunion d’information avant vols, les heures de rotations, les rendez-vous commerciaux et les heures passées au sol à cause des délais et des annulations de vols.

 

Lire sur The Independent (en anglais)

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:26

 

 

Rue89

 

Le grand entretien 16/05/2013 à 18h37

Galbraith : « Vous avez besoin d’un grand plan collectif d’assurance sociale »

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 

James Galbraith est un économiste américain, situé à gauche du parti démocrate. Il est professeur à l’université d’Austin, au Texas, spécialiste des questions d’inégalités et proche de l’Institut Roosevelt, cofondé par son père, le célèbre économiste John Kenneth Galbraith, dont il s’inscrit dans la lignée.

Selon lui, l’Union européenne ne pourra s’en sortir qu’en adoptant un vaste filet social financé par le budget européen, comme l’avait fait Roosevelt en 1933. Entretien décoiffant.

Rue89. L’économie américaine a redémarré, l’économie de la zone euro reste embourbée. Qu’ont fait les Etats-Unis que l’Europe aurait dû faire ?

James Galbraith. La réponse n’est pas compliquée : nous disposons d’un gros gouvernement fédéral à l’échelle du continent, ce qui n’existe pas en Europe.

Il reste aux Etats-Unis des problèmes sociaux, liés aux mesures d’austérité que nous appelons « séquestration » et de nombreuses personnes ont perdu leur emploi ces dernières années. Mais le système n’est pas en chute libre : il n’est pas dans un Etat de déclin non contrôlé.

Nous avons profité de l’effet stabilisateur d’importants déficits budgétaires au niveau fédéral. Nous n’avons pas cherché, à la différence de ce qui s’est passé en Europe, à les réduire de façon brutale. Ce n’est de toute façon pas possible en période de stagnation, car si vous coupez les dépenses publiques, la croissance est affectée et les recettes fiscales baissent... avec pour conséquence que le déficit reste le même.

C’est assez impressionnant de constater, quand vous vous replongez dans les chiffres de 2009, comment le recul de la demande privée a été compensé automatiquement par l’augmentation des déboursements pour financer les pensions de retraite, pensions d’invalidité, allocations chômage ou par les réductions d’impôts.

Le système économique américain serait donc, selon vous, plus keynésien que le système européen dans lequel il existe pourtant de larges filets sociaux ?

Sur le plan institutionnel, oui, je le pense. Et particulièrement si vous observez les pays périphériques de l’Europe, dans lesquels ces filets sont faibles. Le problème en Europe, c’est que vous disposez de tels mécanismes stabilisateurs en Allemagne, en France, mais pas en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Irlande. Et ces pays ont donc connu ces effondrements.

Qu’aurait-il fallu faire ? Un plan de relance à l’échelle européenne ?

Je n’aime pas le concept de « plan de relance », qui n’est à mon avis pas adapté à la situation. Ce dont vous avez besoin, c’est d’un plan de stabilisation. Un grand plan collectif d’assurance sociale. La première chose que je ferais, c’est de fournir des allocations chômage, financées par un budget européen commun. Puis, je procurerais des suppléments-retraite, financés eux aussi par le budget européen, destinés à ceux qui en ont besoin. Je distribuerais des bons alimentaires, par exemple dans les écoles des pays qui n’ont pas de cantines, comme c’est le cas de la Grèce. Des gens commencent à avoir faim : vous devez vous occuper de ces situations. Cela aidera à stabiliser la situation, à la fois sur le plan économique et politique.

L’idée du simple « plan de relance », selon laquelle il suffirait d’injecter de la monnaie pour revenir spontanément à la prospérité du plein emploi est un leurre. Ce n’est pas ainsi que les économistes keynésiens devraient raisonner et ce n’est pas ainsi que, dans nos économies modernes, on pourra affronter efficacement ces situations.

Toutefois, financer un vaste filet social est également une sorte de plan de relance.

Le problème de l’expression « plan de relance », c’est qu’elle implique une initiative temporaire. On ne peut pas créer une nouvelle situation par un simple « stimulus ». Ce dont on a besoin, c’est d’une organisation sociale permanente. A la limite, les allocations chômage peuvent être temporaires, si vous parvenez à relancer l’emploi. Mais ce n’est pas le cas des retraites : vous devez vous préparer à distribuer des pensions pour une longue période... Toute l’idée du plan de stabilisation est de procurer à des gens qui ont de faibles moyens économiques la capacité de vivre décemment, et pendant longtemps. Pas seulement pour quelques mois.

Comment financez-vous un tel plan de stabilisation ?

Eh bien, en envoyant des chèques.

Hum ?

Vous avez une monnaie, l’euro, vous pouvez envoyer des chèques en euros. C’est ce qu’on a fait ici : on a envoyé des chèques en dollars. L’administration sociale a envoyé des chèques du Trésor public, les gens les ont encaissés, il n’y a pas eu de problème.

Vous êtes en train de parler de création monétaire...

Ben oui. Est-ce pour vous une surprise que les gouvernements créent de la monnaie ? Ils ont fait cela depuis des milliers d’années. Les Mésopotamiens ont inventé cela ! Il est temps de le réapprendre.

Vous savez très bien que les gouvernements, aujourd’hui, se méfient de la création monétaire, qui comporte des risques inflationnistes. En tout cas, c’est la conviction des dirigeants européens, à commencer par les dirigeants allemands qui détestent l’idée.

Je n’y peux rien s’ils la détestent. C’est comme s’ils détestaient l’idée que l’eau est faite d’hydrogène et d’oxygène. S’ils n’admettent vraiment pas cette vérité, il faut accepter la proposition de Hans-Olaf Henkel [un économiste allemand, ancien président de la fédération de l’industrie, ndlr], qui suggère une sortie de l’euro.

Si les Allemands ne veulent pas participer à une économie européenne qui fonctionne normalement, ils peuvent la quitter. Il faut bien prendre conscience que vous ne pouvez pas être dirigés par des gens qui ont une vision complètement irréaliste de la façon dont fonctionnent les économies modernes sans que cela ne conduise à une catastrophe. C’est ce qui se passe en Europe actuellement. Je ne dis pas que nous n’avons pas, aux Etats-Unis, des gens qui raisonnent de la même façon, mais au moins, ils n’ont pas encore détruit nos institutions.


Un billet de 20 euros (Images_of_money/Flickr/CC)

De nombreux économistes, aux Etats-Unis comme en Europe, considèrent que la création monétaire, si elle est trop importante, ne peut que conduire à une inflation où à des bulles spéculatives...

Il existe effectivement un groupe de personnes convaincues que le principal danger actuel est de perdre le contrôle de l’inflation. Mais parmi les gens qui sont en contact avec le monde réel, personne à ma connaissance ne les prend au sérieux. Eux savent que le problème, c’est le chômage, l’effondrement social et politique en cours... Cela s’appelle la déflation, pas l’inflation ! C’est un peu comme si, au milieu d’un incendie, quelqu’un débarquait pour clamer que le principal problème était le risque de pluie. Ces personnes ont le droit de s’exprimer, bien sûr, mais leur confier la conduite de la politique économique n’est pas une bonne idée.

En France, les médias comparent la situation actuelle avec les années 30. Cette comparaison a-t-elle du sens ?

Il y a des similarités entre les deux périodes, mais il faut garder en tête que nous sommes plus riches que dans les années 30, que nous disposons d’institutions qui protègent les citoyens et que le risque d’une guerre européenne n’est pas présent. Ce qui est comparable, c’est que les situations désespérées que l’on observe dans certains pays européens ont entraîné des pressions séparatistes, des violences, de la xénophobie, des votes protestataires qui profitent à l’extrême droite, etc. Si vous cherchez d’autres parallèles historiques, on pourrait aussi se souvenir de ce qui s’est passé en Yougoslavie dans les années 90. La situation, dans certaines régions d’Europe, peut dégénérer très rapidement.

Hum... la guerre en Yougoslavie s’inscrivait dans un contexte bien particulier. C’était une situation de guerre...

Oui, mais ce genre de guerre commence lorsqu’une violence est organisée et qu’elle est dirigée contre des communautés particulières. C’est ce qui s’était passé en Bosnie, et c’est ce qui se passe aujourd’hui dans certains quartiers en Grèce, où l’on assiste à l’émergence d’un parti nazi.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de la façon dont la crise des années 30 a été surmontée ?

La leçon, c’est qu’il faut combattre la crise par la solidarité, la démocratie, la flexibilité et le pragmatisme, pas par l’idéologie ou le dogmatisme. Et surtout pas en acceptant que les créanciers financiers aient le contrôle complet des mécanismes économiques. Leur seul but est de prendre possession d’actifs publics pour se rembourser d’une dette qui ne peut de toute façon pas être remboursée. Cette politique détruit la fabrique même de l’Europe et dépossède les citoyens de leurs biens les plus précieux. C’est ce qui se passe très concrètement : des équipes ont été dépêchées à Athènes pour demander à ce que soient vendus ce qui reste à l’Etat grec comme actifs de valeur. Ce n’est pas cela qui va renforcer l’Union européenne...

A vous écouter, l’Europe devrait s’inspirer du New Deal de Roosevelt...

Je n’aime pas trop proposer des « modèles », les situations sont différentes. Mais il y a des principes dont on peut s’inspirer. La solidarité sociale est un de ces principes. Vous devez organiser des transferts vers les gens qui sont vulnérables, ce qui permettrait de stabiliser leur situation. Sinon, ils souffrent et s’ils sont mobiles, ils déménagent, minant les fondations sociales de leur pays.

L’Europe ne peut pas se permettre qu’un de ses pays s’effondre. C’est un peu différent de ce qui se passe ici aux Etats-Unis : si le Nord-Dakota perd une grande partie de sa population à la suite d’une crise, c’est grave, mais le gouvernement fédéral ne s’est pas engagé à garantir la taille de la population de chaque Etat. Si c’est la population d’un pays membre de l’Union européenne qui déménage, Portugal, Irlande ou Grèce, ce serait beaucoup plus problématique : l’Union ne peut se le permettre.

Pensez-vous que les travailleurs de ces pays peuvent déménager dans des pays plus prospères comme l’Allemagne ?

L’histoire de l’Europe montre que ces mouvements sont possibles. Il y avait plus d’un million d’Espagnols hors des frontières avant la mort de Franco. Et la deuxième ville portugaise est Paris [troisième en réalité, derrière Lisbonne et Porto, ndlr]. Mais les professionnels des pays en crise ne vont pas seulement vers l’Europe, ils vont aussi en Australie, aux Etats-Unis, en Amérique latine... Et ces pays perdent leurs médecins, leurs professeurs, leurs ingénieurs. Ce qui affaiblit encore plus leur situation.

Concernant la dette de ces pays, ne pensez-vous pas qu’un plan plus audacieux de restructuration, voire d’écrêtement, devrait être conçu ?

Le mieux serait de restructurer la dette de l’ensemble des pays de la zone euro, ce qui permettrait de ne pas stigmatiser les pays fragilisés. Et le meilleur moyen d’y parvenir serait de mutualiser une partie de la dette des pays, par exemple jusqu’à un montant de 60% du PIB, comme cela a pu être proposé. Ainsi chaque pays profiterait de taux d’intérêt modérés. Si l’Union européenne prend au sérieux la question de sa propre survie, c’est une mesure qui devrait être engagée. J’ai posé récemment une question sur le sujet à votre ministre de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici, et sa réponse a été intéressante. Il n’était pas hostile à l’idée, mais il pense que cela prendra du temps.

Sans ces mesures radicales que vous prônez, l’euro peut-il survivre ?

Non. Tel que c’est parti, il court à sa perte, même si cela peut prendre du temps. Sans un changement fondamental d’approche, l’euro va terminer son existence dans des circonstances dramatiques. Il faut sortir l’Europe de la logique purement commerciale, dans laquelle on en arrive à prêter des fonds à des taux d’intérêt supérieurs à la croissance des pays vulnérables : cette logique ne peut qu’aggraver la dette de ces pays. Il faut entrer dans une autre logique, dans laquelle les échanges commerciaux sont modérés par un programme de stabilisation sociale de solidarité.

Qui est responsable de la situation actuelle ?

Friedrich Von Hayek et la société du Mont Pellerin : les architectes de cette vision néoclassique de l’économie qui régit la zone euro aujourd’hui ! Et tous les économistes ou technocrates européens – qu’ils soient allemands comme Jens Wiedmann [président de la Bundesbank, ndlr] ou français comme Jean-Claude Trichet [ex-président de la BCE, ndlr] –- qui ont adopté ces idées.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:07

 

 

 

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mercredi 17 avril 2013

 

 

Un nouveau rapport sur l’accaparement des terres en Europe

 

 

 

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17 Avril 2013 – Journée internationale des luttes paysannes –

Un nouveau rapport affirme :

La concentration et l’accaparement des terres prennent en Europe un caractère inquiétant

La concentration et l’accaparement des terres n’adviennent pas seulement dans les pays en développement ; en effet, ces deux phénomènes ont aussi cours en Europe aujourd’hui. Un nouveau rapport du réseau Coordination Européenne Via Campesina et Hands off the Land montre que l’accaparement des terres et l’accès à la terre sont, aujourd’hui en Europe, des questions cruciales, et révèle aussi les implications variées que peuvent avoir le régime des subventions et les autres mesures de la politique agricole commune (PAC) .

Ce rapport, impliquant 25 auteurs originaires de 11 pays différents, intitulé « La concentration et l’accaparement des terres et les luttes paysannes en Europe » révèle le scandale tenu secret, à savoir que seulement 3% des propriétaires terriens sont arrivés à contrôler la moitié des terres cultivables. Cette concentration massive de la propriété et des richesses foncières est comparable à celle ayant cours au Brésil, en Colombie ou aux Philippines.

Certains de ces processus de concentration croissante des terres ne sont pas nouveaux, bien qu’ils aient, ces dernières décennies, surtout pris de l’ampleur dans les pays d’Europe de l’Est. Beaucoup de compagnies européennes, de même que des nouveaux acteurs, y compris les compagnies chinoises et les Hedge Funds du Moyen-Orient, sont liés à des filières mondiales de plus en plus concentrées , tous cherchant à profiter de la spéculation grandissante sur les produits agricoles de base.

Le rapport de l’étude de cas approfondie observe les tendances à une forte concentration des terres en Espagne, en Allemagne, en Italie, en France et en Autriche, il fait aussi état de différentes formes d’accaparement des terres en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, en Serbie et en Ukraine. Tout comme dans le cas de situations analogues en Éthiopie, au Cambodge, ou au Paraguay, beaucoup de ces transactions foncières à grande échelle sont réalisées de manière secrète et non transparente.

Le rapport révèle que l’un des moteurs principaux de la concentration et de l’accaparement des terres en Europe sont les subventions versées dans le cadre de la politique agricole commune ; celles-ci favorisent explicitement les grandes exploitations, marginalisent les petites fermes et bloquent l’installation d’agriculteurs potentiels. En Espagne, par exemple, en 2009, 75% des subventions ont été touchées par 16 % des plus grands producteurs.

Les autres domaines jouant un rôle clé dans l’accaparement des terres sont l’industrie extractive, l’extension urbaine, les intérêts immobiliers, les enclaves touristiques, et autres entreprises commerciales.

Le prof. Dr. Jan Douwe van der Ploeg, de l’université de Wageningen, membre de l’équipe de recherche, dit : « Il s’agit d’une dynamique de concentration et d’accaparement progressif des terres sans précédent. Cela a fait empirer la situation existante, à savoir que de nombreux jeunes voudraient pouvoir rester pauysan(ne)s ou s’installer en agriculture mais ne peuvent ni se maintenir sur les terres ni y accéder. C’était déjà, par le passé un problème important, mais cela n’a fait qu’empirer. Les subventions actuelles, accordées et planifiées par la Politique Agricole Commune, sont susceptibles de renforcer les obstacles à un accès plus démocratique à la terre et à l’installation des jeunes. L’accès à la terre est une des conditions primordiales pour parvenir à la souveraineté alimentaire en Europe. En effet, aujourd’hui, les trois problèmes les plus préoccupants en ce qui concerne le foncier en Europe, sont ceux relatifs à la concentration et l’accaparement des terres , et à l’impossibilité, pour les jeunes, de se maintenir ou d’accéder à la terre afin de pratiquer une agriculture paysanne. Leur caractère interdépendant et trilatéral rend ces problèmes relativement similaires à ceux que l’on rencontre actuellement en Afrique, en Amérique Latine et en Asie.

Ce rapport montre que la concentration et l’accaparement des terres ne vont pas sans susciter d’opposition, mais, au contraire, inspirent une vague de résistance massive. Cette année, la concentration et l’accaparement des terres sont au centre de cette journée des luttes paysannes. L’étude présente le cas de la communauté de Narbolia, en Sardaigne, qui se mobilise contre l’utilisation de terres agricoles de première qualité pour d’immenses projets d’implantation de serres solaires, et le cas de l’opposition au projet d’aéroport à Notre Dames des Landes, à Nantes, en France.

Il y a encore beaucoup d’autre cas d’occupation collective de terres, reflétant les actions de beaucoup de mouvements sociaux du Sud. Le rapport souligne le cas du « SOC », en Andalousie, où des paysans sans terres occupent collectivement la terre et la cultivent selon des méthodes agroécologiques, et de SoLiLA, à Vienne, où des jeunes gens se retrouvent afin de « squatter » des terres urbaines fertiles pour pratiquer une agriculture soutenue par la communauté et un jardinage urbain destiné à la production de nourriture, tout en évitant que ces terres ne soient transformées pour un usage commercial.

Jeanne Verlinden, de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC), nous dit que cette étude nous montre ceci : « La terre doit être à nouveau considérée comme un bien public. Nous devons réduire la marchandisation des terres et promouvoir la gestion publique de cette ressource commune de laquelle nous dépendons tous. La priorité devrait être donnée à une utilisation par des petits paysan(ne)s, pour une agriculture paysanne et pour la production de nourriture, plutôt qu’à un transfert à des intérêts commerciaux privés qui cherchent des terres pour la spéculation, accentuant ainsi la concentration croissante des richesses. L’accès à la terre devrait être donné à ceux et celles qui la travaillent. »

Pour plus d’informations, contacter :

ECVC : Jeanne Verlinden : +32497605884

TNI : hildevanderpas@tni.org ;+31 20 6626608

ISS : Jun Borras

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 12:02

 

Reporterre.net

 

Agir pour la Crau

vendredi 17 mai 2013

 

 


Pour les habitants du Mas de Gouin, le bonheur tient en trois lettres : NON ! Celui opposé par la 8ème chambre du Tribunal Administratif de Marseille qui, par un jugement qui fera date, annule le "permis de détruire" accordée par la mairie de Saint-Martin-de-Crau au groupe Carnivor.

Par une décision en date du 22 avril 2013, le Tribunal administratif de Marseille vient d’annuler l’arrêté en date du 17 juin 2010 par lequel le maire de la commune de Saint-Martin-de-Crau a accordé à la SARL La Thominière un permis de construire en vue de la réalisation d’une construction à vocation logistique.

Le projet porté par le groupe Carnivor prévoyait la construction de 77.000 m² d’entrepôts sur près de 24 hectares de terres, actuellement utilisées au titre de vergers. Implantés à moins de 50 mètres des habitations actuelles, ce dernier avait soulevé une profonde indignation des habitants du « Mas de Gouin », colère compréhensible quand on sait que leur maison devait être encerclée par des hangars à camions de 14m de haut.

Il aura fallu donc attendre l’issue d’une bataille juridique de plus de 2 ans pour que la justice leur donne enfin raison. Le Tribunal a considéré que ce projet était contraire à l’article 1Nab13 du règlement du plan d’occupation des sols qui stipule que « les constructions, voies d’accès et toutes utilisations du sol doivent être implantées de manière à préserver les plantations existantes. Dans la mesure où l’abattage d’arbres s’avérerait indispensable, ces derniers devront être soit transplantés, soit remplacés ».

Or, il est mentionné dans cette audience que « la commune de Saint-Martin-de-Crau reconnaît elle-même que, pour permettre l’implantation de constructions litigieuses sur un secteur planté de vergers intensifs, de nombreux arbres devront être nécessairement abattus et qu’ils ne seront pas systématiquement remplacés ». C’est donc le non respect des règles liées aux espaces libres, plantations et espaces boisés classés qui a prévalu.

Les associations Agir pour la Crau et Nacicca se félicitent de cette décision sachant que la disparition des espaces agricoles était un des arguments utilisés par elles lors de l’enquête publique menée en avril 2012, enquête qui rappelons le avait déjà débouché sur un avis défavorable du commissaire enquêteur.

Désireuses de protéger les terres fertiles, la biodiversité locale et la santé des habitants face à la pollution du « tout-camion », Agir pour la Crau et Nacicca s’opposent également aux autres projets d’entrepôts destructeurs dans la plaine de la Crau et saisiront la justice à chaque fois qu’elles le jugeront opportun. Rappelons que plus d’1 million de m² de hangars logistiques ont été dressés ou sont en en cours de réalisation.



Source : Agir pour la Crau

Photo : Ornitho 83

Lire aussi : Dans les Alpes, des travaux ravageurs commencent pour le Tour de France

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 11:50

 

 

Reporterre.net

Alternatives

 

Martine et Lucas

mercredi 15 mai 2013

 

 

 


Ce n’est surement pas un hasard si la jeune équipe militante de cette boulangerie a choisi comme nom le titre éponyme du livre de Kropotkine, anarchiste communiste russe (1842-1921).

Cette Scop créée en avril 2010 (ouverture en septembre 2010) est composée de cinq salariés, Pierre, Thomas, Mathieu, Florence et Benoît, chacun étant responsable d’un secteur d’activité. Ici, l’autogestion n’est pas qu’une utopie mais est vécue quotidiennement.

Au cours de l’Assemblée générale qui a lieu tous les quinze jours, chacun fait un compte-rendu du mandat reçu pour les quinze jours précédents et les décisions sont prises pour la quinzaine suivante. Tout le monde touche le même salaire. Chacun travaille ici de 50 à 55 heures par semaine.

Le pain est issu de farine biologique provenant de Seine-et-Marne

Si la volonté est clairement affichée de fabriquer des produits de qualité, « la démarche est d’abord sociale, d’où le refus du ’tout bio’ pour les viennoiseries et pâtisseries car l’utilisation de beurre bio entraînerait une augmentation considérablement des prix, ce que nous ne souhaitons pas », nous dit Pierre, boulanger de formation.

Un tarif social existe d’ailleurs pour le pain, sur demande et sans justificatif de revenu, qui fait passer la baguette de 1 euro à 0,75 euro et le pain d’1 kg de 5,50 à 4,20 euros.
La démarche est également politique et une caisse de solidarité existe pour offrir du pain en soutien aux luttes (expulsés, squats, grévistes, etc.).

Cependant, pas de primitivisme, le pain est pétri en machine, et pas à la main, et le four électrique à basse consommation énergétique exclut le four à bois !

D’ailleurs, la consommation de farine par semaine s’élève à 1,7 tonne pour une production de 2,5 tonnes de pain.

Plusieurs gammes de pain sont proposées, toutes aussi appétissantes les unes que les autres : pain au levain et miel, pain aux graines de lin, baguette « préhistorique », clin d’œil ironique à la mode du retour à l’ancien et du « vintage ». Des sandwichs également aux noms évocateurs, Engels, Marx ou Bakounine ! Ou encore, les formules « Sortie de l’euro », payables en drachmes et en pesetas !

Pour rester dans les sous, notons que le budget de départ de l’équipe (achat du fonds de commerce, etc.) fut de 80.000 euros, monté à 240.000 avec les travaux (aide familiale, aide des réseaux et emprunt).

Cette petite entreprise autogérée s’inscrit-elle dans une démarche anti-productiviste ?

On le voit, la durée du travail excède largement la durée légale, mais ce travail a un sens, et l’absence de patron y contribue. La production est importante, mais c’est une production de qualité utilisant des farines biologiques et locales dans une démarche sociale et solidaire ouverte à tous.

Un seul souhait, que s’ouvrent un peu partout des boulangeries comme celle-ci !

Adresse : 47 rue de la Beaune , 93100, Montreuil.

Leur site



Source : Article : La Conquête du pain

Photo : La Conquête du pain

Lire aussi : Favi, l’usine qui tourne sans chefs

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 11:43

 

Reporterre.net

Ecologie

 

 

Débat sur les déchets nucléaires : une fumisterie, à laquelle les associations ne participeront pas

Bure Stop

 

jeudi 16 mai 2013

 

 

 

Le "débat public" sur le projet Cigeo d’enfouissement des déchets nucléaires s’ouvre le 15 mai. Mais il n’a de débat que le nom : la décision de fond est déjà prise, et les associations refusent d’y participer.


Communiqué BureStop 55 (Collectif Meuse contre l’enfouissement des déchets nucléaires), BZL (Bure Zone Libre), EODRA (Association des élus opposés à l’enfouissement des déchets radioactifs), Les Habitants vigilants de Gondrecourt-le-Château, Mirabel Lorraine Nature Environnement, Meuse Nature Environnement

42 associations et organisations dénoncent ce rendez-vous de dupes

1994, les conseillers généraux de Meuse et Haute-Marne mettaient le doigt dans l’engrenage de l’enfouissement des déchets nucléaires de Haute et Moyenne Activité à Vie Longue Activité dans leur sous-sol. La thèse officielle du "laboratoire de recherches géologiques, mais pas de déchets radioactifs chez vous" s’est transformée en Cigéo, "centre industriel de stockage géologique" imminent.

2013. Depuis près de 20 ans les populations de ces deux départements sont confrontées à une main-mise sur leur territoire de vie, orchestrée par les opérateurs du stockage nucléaire au sein d’un long processus qui :

- vend, sous couvert de recherche géologique, avancée scientifique et prouesses technologiques une immense décharge atomique appelée à fuir un jour,

- anesthésie le bon sens de nos élus et des structures locales avec des millions d’euros (argent public),

- minimise et nie les risques graves spécifiques liés à la grande profondeur, révélés par des experts indépendants,

- délivre au compte-goutte la réalité : un immense site d’entreposage nucléaire séculaire en surface, entre 4 villages du sud-meusien, sera le prélude au stockage souterrain,

- joue la non-information totale quant aux risques réels et aux nuisances que vont subir les riverains (rejets radioactifs, dangers des multiples transports de matières nucléaires, impact négatif sur l’économie locale, dépréciation des biens, transformation profonde de l’identité du territoire, etc.),

- pratique une véritable politique du chantage au développement économique, à "l’excellence et au développement durable" et au sens du sacrifice des riverains,

- cache l’enjeu majeur de l’enfouissement définitif des pires déchets nucléaires, à savoir la poursuite absurde d’un programme électro-nucléaire abusivement qualifié de "propre et pas cher".

Jamais aucune possibilité n’a été offerte aux habitants locaux et aux citoyens français d’accéder à une information complète et transparente, de choisir et de peser sur leur destin. Les arguments développés sur les risques majeurs que présente l’enfouissement de ces déchets nucléaires n’ont pas trouvé de relais auprès des élus qui se succèdent tant au plan local que national.

45 000 électeurs Hauts-Marnais et Meusiens ont demandé en 2005 la tenue d’un référendum pour donner leur avis. Démarche classée sans suite par les élus des deux départements. Des recours juridiques ont été déposés, rejetés sans appel.

Faire croire maintenant que le moment est arrivé de "débattre" est un piège grossier de plus

Le débat public national de 2005 sur la gestion des déchets nucléaires mettait en avant la préférence pour l’étude du maintien de ceux-ci en surface, la loi qui a suivi en 2006 n’a retenu que l’enfouissement... à Bure. Le débat public n’intègre pas de pouvoir décisionnel citoyen.

Celui de 2013 est clairement annoncé comme une campagne d’information sur Cigéo, pilotée par l’Andra. En présupposé, sa finalité -enfouir- est acquise pour le gouvernement. Il arrive, alors que le projet est déjà en phase de conception industrielle et que l’Andra, seul maître à bord, ne remet rien en question, malgré toutes les incertitudes majeures sur le sous-sol, les failles et risques mis en évidence par des analyses critiques indépendantes.

Ce débat public n’est pas prévu pour agir sur le projet tant controversé de stockage souterrain des pires déchets radioactifs, mais pour faire accepter la future poubelle atomique avec tous ses risques majeurs et prévisibles. Il permettra uniquement de recueillir (et d’encadrer) toutes les questions et peurs que suscite BURE : "Ce n’est pas un référendum, mais une photographie," dit le président de la Commission Particulière du débat public fin 2012.

 

Faire croire à la population qu’elle a son mot à dire, aujourd’hui, relève de la supercherie

C’est la raison pour laquelle les associations ci-dessus ont décidé de ne pas y participer, que ce soit à la rédaction des cahiers d’"acteurs", aux 15 réunions publiques, aux réactions sur le site internet spécifique,... Pour autant elles ne seront pas inactives.

Diverses actions sont prévues pour agir en dénonçant vivement ce nouveau rendez-vous de dupes. Il est crucial aujourd’hui de faire entendre et notre refus de ce faux espace démocratique et notre refus de l’enfouissement de ces poisons nucléaires qui nous concernent tous.

 

Les associations et organisations qui soutiennent notre appel :

ADELP (Association agréée pour la Défense de l’Environnement et la Lutte contre la Pollution en Moselle-Est) - ADEPRA (Association de Défense de l’Environnement de Petite Rosselle et Alentours) - ADECO - ADPSE (Association de Défense contre la Pollution de Sarreguemines et Environs) - Air Vigilance - Alsace Nature - AMPER (Association Mosellane pour la Promotion des Energies Renouvelables et l’efficacité énergétique) - APEQUA (Association pour la Préservation de la Qualité de Vie) - Association pour la Préservation du Massif de Haye - ASVM (Association pour la sauvegarde de la vallée de la Moselle ) - ASVPP (Association de Sauvegarde de la Vallée de Pierre-Percée) - ATTAC 55 - AVOINE du Saulnois - CADEMOVI (Décharge de Villoncourt) - CACENDR (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs meurthe et Moselle) - CITD (Centre d’information sur le traitement des déchets) - Confédération Paysanne 55 - CREPAN (Comité Régional d’Étude pour la Protection et l’Aménagement de la Nature en Basse-Normandie) La CRISE Nancy (Coordination Révoltée des Invisibles Solidaires Enragé-e-s ) - Empreinte Positive - FLORE 54 - GECNAL de Sarreguemines-Forbach - Marne Nature Environnement - Nature Haute-Marne - Oiseaux Nature - PAVE (Protection Amélioration Vie Environnement) - Sortons du nucléaire Ardennes - Sortons du Nucléaire Moselle - Vosges Alternatives au Nucléaire - Vosges Nature Environnement - Réseau Sortir du Nucléaire - Lorraine Energies Renouvelables - FNE France Comté - FNE Midi-Pyrénées - FRAPNA - NPA Meuse



Source : Bure Stop !

Lire aussi : Un trésor géothermique sous le site prévu pour les déchets nucléaires !

 

 

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 17:25

 

 

Médiapart

 

 

 

 

Le grand oral de François Hollande devant la Commission européenne s’est passé sans surprise. Face à une assemblée dont il a loué le « pragmatisme », François Hollande a pris tous les engagements que Bruxelles souhaitait : la France allait se conformer à la feuille de route dressée par Bruxelles. En contrepartie du sursis de deux ans obtenu pour redresser les comptes publics et ramener le déficit budgétaire en dessous de la barre symbolique des 3 %, elle allait mener les fameuses réformes structurelles exigées. « En France, nous avons engagé des réformes de compétitivité et nous allons continuer, non parce que l'Europe nous le demanderait mais parce que c'est l'intérêt de la France », a déclaré le président de la République, dans l’espoir de réfuter la thèse que le gouvernement français n’a aucune marge de manœuvre face à Bruxelles.

Une impression que s’est vite empressé de dissiper José Manuel Barroso, lors de la conférence de presse commune. La France vit désormais sous le régime du Mécanisme européen de stabilité et de la Troïka. Sans divulguer les points précis que la commission va présenter le 29 mai au gouvernement français, le président de la Commission européenne a averti le gouvernement français qu’il devait s’engager sans tarder vers de nouvelles réformes structurelles en contrepartie du sursis accordé. Soulignant le « poids exorbitant de la dette », Barroso a déclaré que la France devait rattraper deux décennies de compétitivité économique perdue.

Avant même de connaître le déroulement de ce grand oral à Bruxelles, de nombreux économistes en avaient anticipé le résultat.  Trois d'entre eux s'en expliquent dans Mediapart. « Ce gouvernement n’a aucune boussole pour sortir de la crise. Il fait des ajustements à la marge. Mais la rupture de fond est sans cesse repoussée », constate Christophe Ramaux, chercheur au centre économique de la Sorbonne. « Depuis vingt ans, la France a une tactique perdante en Europe. Elle dit oui et tente de ne pas le faire. Alors que la bonne tactique serait de s’opposer, mais la France refuse de le faire. Elle se tait. On a accepté le traité budgétaire, on va faire les réformes demandées mais en essayant de les limiter. C’est une politique peu glorieuse et assurément perdante », renchérit Henri Sterdyniak, économiste à l'Office français des conjonctures économiques (OFCE).

Pour eux, la France, contrairement à la version présentée, est pourtant dans une situation de rapport de force qui lui est favorable. Car la politique d’austérité et d’ajustement budgétaire imposée par Bruxelles est en train de tourner au fiasco. Là encore, sans surprise selon eux, « mener une politique d’ajustement budgétaire en période de récession ne fonctionne pas. Cela ne conduit qu’à la catastrophe. Toutes les expériences économiques le prouvent », insiste Christophe Ramaux.

Trimestre après trimestre, la catastrophe annoncée se précise. Toute la zone euro s’enfonce dans la crise comme le prouvent les derniers chiffres publiés ce mercredi. À l’exception de l’Allemagne qui affiche un symbolique 0,1 % de croissance au premier trimestre, tous les autres pays sont à nouveau en récession. La zone euro est en train de connaître la plus longue période de destruction économique depuis la seconde guerre mondiale.

Face à un tel bilan, il y avait moyen pour la France de faire entendre sa voix et mener le combat pour une autre politique. Elle a préféré esquiver et avaliser le discours bruxellois d’une formidable faveur consentie à la France, en lui accordant un sursis de deux ans. « Le temps qui nous a été donné doit être mis au service de réformes de compétitivité et de croissance. Ce ne sont pas tant les déficits budgétaires que les écarts de compétitivité (entre les économies européennes - ndlr) qu'il faut corriger », a soutenu François Hollande.

 

Contre-révolution néolibérale

Cette acceptation sans nuances par François Hollande de la présentation des faits donnés par la commission ne laisse de surprendre. « Il n’y a eu ni “pragmatisme”, ni “concession et encore moins de cadeau. Si la commission a accepté de changer son calendrier sur la réduction des déficits, c’est qu’elle n’avait tout simplement pas le choix. Son programme d’ajustement budgétaire est irréaliste. Elle tente maintenant de faire passer ses erreurs manifestes d’appréciation comme un cadeau. Mais il n’y en a aucun. La réalité l’a simplement rattrapée », relève l’économiste Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévisions à l’OFCE.

« Présenter le sursis obtenu comme une victoire de la France est faux, ajoute Christophe Ramaux. La commission n’avait pas les moyens de faire autrement. De plus, ce n’est pas la France mais les Pays-Bas, un des gardiens du temple du néolibéralisme, qui ont mené le combat. Ils ont mené un débat interne très large avec toutes les forces politiques et sociales sur la conduite à tenir face à la récession. Et ils ont décidé unilatéralement de surseoir au plan d’austérité qui les menait à la catastrophe, sans rien demander à la commission. Non seulement, ils ont décidé de ne pas réaliser les économies de 4 milliards d’euros supplémentaires imposés pour revenir aux 3 % de déficit budgétaire mais ils ont différé aussi les réformes structurelles. » Curieusement, la Commission européenne ne parle pas des entorses néerlandaises et n’a pas l’air de formuler les mêmes exigences vis-à-vis des Pays-Bas. 

Mais cet allongement du calendrier ne change rien selon eux : la Commission européenne obéit toujours au même logiciel néolibéral. « Il n’y a pas d’inflexion. Nous sommes toujours dans les mêmes objectifs arbitraires sans lien avec la situation économique. Là où il faudrait des programmes de relance, on poursuit l’austérité par d’autres moyens », insiste Henri Sterdyniak. Des réformes, il en voit de nombreuses qui s’imposent, mais pas celles préconisées par la commission. « Limiter la domination de la finance, faire une vraie séparation bancaire entre les banques de dépôts et d’investissement, en finir avec la concurrence fiscale… Cela devrait être des réformes impératives. On oublie les origines de la crise. Elle n’a pas été causée par les allocs et les retraites, mais la faillite du modèle néolibéral financier. On utilise la crise pour faire avancer les réformes néolibérales », insiste-t-il.

Cette amnésie des faits, cette inversion des causes et des responsabilités les frappent. « Alors qu’en 2007, tous les néolibéraux étaient sous la table, peinant à trouver le moindre argument pour défendre un système en faillite, nous assistons depuis 2010 à une vraie contre-révolution néolibérale en Europe », rappelle Christophe Ramaux. Pour lui, les mots ont un sens. « Parler de réformes structurelles est fortement connoté. On reste dans la vision néo-classique de l’État : les structures sont le problème et il faut à tout prix poursuivre leur démantèlement, déstabiliser un peu plus l’État social. »

Là encore, les premiers résultats de cette politique de démantèlement social ne sont pas ceux escomptés. En Espagne, en Grèce, au Portugal, en Irlande, où les recettes préconisées par Bruxelles ont été appliquées à la lettre, les taux de chômage atteignent des records, et il en est de même pour les faillites d’entreprises. Les économies sont entraînées dans des spirales dépressives qui semblent sans fin. Il faut remonter à l’expérience de la stratégie du choc libérale menée en Russie au début des années 1990, après la chute de l’URSS, pour retrouver un tel effondrement économique.

Déflation salariale

Dans le même temps, les déficits et l’endettement public, qui étaient censés diminuer, explosent au contraire. En cinq ans, l’endettement de l’Espagne est passé de 58 % à presque 100 % du PIB. Celui de la Grèce dépasse les 170 %. Celui du Portugal a augmenté de 25 % depuis le plan de sauvetage.

Les économistes interrogés en sont sûrs : en s’engageant dans la même voie que ses voisins du Sud, la France est condamnée à connaître la même catastrophe. Car tous les stabilisateurs économiques, qui ont joué lors de la dernière crise de 2008 et qui avaient permis à l’économie française d’être un peu préservée, semblent être appelés à disparaître.

Le silence du gouvernement français face au dogmatisme européen les frappe d’autant plus que des réformes ont déjà été engagées mais ne sont jamais mises en avant. « La réforme de l’emploi est déjà en train. La partie sécurité est assez alléchante. Mais il est à craindre qu’elle ne soit jamais réellement mise en œuvre, au moins dans le contexte de crise actuelle. Cette réforme masque un déplacement du curseur vers les entreprises. Sans le dire, on est en train d’organiser la déflation salariale », pointe Xavier Timbeau.

Le plus surprenant, pour eux, est l’absence de réaction de la France face aux demandes sur la libéralisation des services publics. « La commission profite de la situation pour nous refourguer ces vieilles recettes. Mais qu’a à voir la libéralisation de l’énergie avec la crise ? Rien. C’est d’autant plus grave que ce débat sur l’énergie n’a pas à être mené sur un coin de table. Il y a des enjeux de sécurité, de compétitivité sur le long terme. Un débat doit être mené avec le reste de l’Europe sur le nucléaire, les gaz de schiste, les approvisionnements. On sait qu’on est dans un contexte de grandes incertitudes, qui va requérir des investissements très lourds. Et on nous ressort des concepts inadaptés des années 1990 », s’impatiente Xavier Timbeau.

« La commission reste dans le dogme néolibéral. Mais il est des biens collectifs, des situations de monopole naturel, comme typiquement l’énergie ou le ferroviaire, où le public est moins cher que le privé, pour le profit de tous, et pour une simple raison : il n’a pas le même coût du capital que le privé, il n’est pas obligé de rémunérer ses actionnaires », rappelle Christophe Ramaux. Mais là encore, cette leçon d’économie a été volontairement oubliée.

« Si la France accepte sans discuter la vision néolibérale de Bruxelles, ce n’est pas seulement par tactique ou par faiblesse. Le mal est plus profond que cela. Toute une partie des élites, notamment à Bercy, est persuadée que ces réformes structurelles sont exactement ce qu’il faut faire. On est en train de payer des années de régression intellectuelle, d'absence de débat théorique », dit Christophe Ramaux. Cette carence risque de se payer au prix fort.

 


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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 17:18

 

Médiapart

 

 

Lire aussi

 

 

 

La fièvre médiatique autour de l’expérience controversée du biologiste Gilles-Éric Séralini sur la toxicité du maïs OGM NK 603 de Monsanto et de l'herbicide Roundup (voir ici et ici), en septembre dernier, avait passé sous le silence les dimensions économique et juridique de la transgenèse végétale.

La Cour suprême américaine vient de rappeler à quel point les OGM posent le problème de la brevetabilité du vivant : à l’unanimité, elle confirme l’obligation de payer une redevance pour l’usage de semences OGM, même dans le cas d’une réutilisation pour créer de nouvelles graines (lire ici son avis). Elle donne ainsi raison à Monsanto qui poursuivait un cultivateur de l’Indiana, Vernon Hugh Bowman, âgé de 75 ans, déjà condamné pour avoir replanté du soja transgénique sans payer pour ce nouvel usage. « Les cultivateurs peuvent consommer ou vendre » leur récolte de soja résistant à l’herbicide Round up ready, « mais n’ont pas le droit d’en conserver une partie pour la replanter ensuite », affirme la Cour, qui précise que les semences vendues sont soumises à un brevet « qui autorise les agriculteurs à les semer pour une récolte et une seule ».

 

Vernon Hugh Bowman (©Jason Reed/Reuters) 
Vernon Hugh Bowman (©Jason Reed/Reuters)

Le cas de ce paysan est particulier : pendant huit ans, il a chaque année acheté des semences de soja en en payant les droits. Mais il a aussi acquis en vrac des graines destinées à l’alimentation animale, les a plantées et les a traitées au Round up. Exposées au glyphosate, le principal composant chimique de cet herbicide, seules les pousses OGM ont survécu. Il en a ensuite recueilli les graines, replantées à nouveau l’année suivante. Pour sa défense, il a plaidé « l’épuisement du brevet », qui autorise l’acheteur à user du produit tel qu’il lui sied, du moment qu’il en a acquitté la redevance. Mais pour le juge suprême des États-Unis, Bowman s’est placé lui-même en dehors de cette doctrine juridique, car en cultivant des graines OGM non rétribuées à Monsanto, il s’est rendu coupable de copie d’un produit protégé par le droit de la propriété. Devant la Cour, le cultivateur a reconnu ne pas connaître d’autres agriculteurs pratiquant la même méthode que lui, justifiée à ses yeux par le risque économique lié à l'exploitation de sa ferme. 

« Cette décision est un revers pour les paysans de notre pays », a réagi Andrew Kimbrell, directeur exécutif de l’ONG Center for food safety (CFS), qui a soutenu Bowman dans le litige, et dénonce « la persécution au nom des brevets » (voir ici son communiqué). Pour l’association, « la décision de la Cour est contraire à la logique et à l’agronomie en attribuant indûment la reproduction de la semence aux agriculteurs, alors que c’est le travail de la nature »

 

Des brevets partout

Mais en réalité « cette décision entre dans la logique de la brevetabilité du vivant : à partir du moment qu’on en accepte le principe, il est logique d’accepter que le brevet soit aussi reproductible », analyse Christophe Noisette, de l’association Inf’OGM. Sa portée symbolique n’en est pas moins forte : « La Cour suprême donne le pouvoir absolu aux brevets. Il n’y a aucun moyen de ne pas repasser par la case semencier », ajoute-t-il.

Aux États-Unis, la plupart des cultivateurs de soja utilisent des semences OGM, plus productives que les conventionnelles dans leur ensemble, tant les laboratoires de recherche ont cessé de pratiquer la sélection végétale sur les espèces non génétiquement modifiées.

 

En 30 ans, le prix des semences a explosé (CFS/SOS) 
En 30 ans, le prix des semences a explosé (CFS/SOS)

Plusieurs centaines de procès opposent Monsanto à des agriculteurs, mais dans leur immense majorité ils finissent par un accord à l’amiable. Le rapport de force n'est pas équitable entre le géant agrochimique et un mode paysan très endetté, remarque Christophe Noisette. Monsanto a obligé les agriculteurs à lui payer des centaines de millions de dollars lors de ce type de deals de gré à gré, estiment les ONG Center for food safety et Save our seeds, dans un rapport sur « les géants des semences contre les agriculteurs américains » (à lire en cliquant ici). 

Toujours selon leurs estimations, fin 2012, Monsanto avait reçu plus de 23,5 millions de dollars (environ 18,3 millions d’euros) à l’issue de litiges sur les brevets. Si bien que le cas Bowman constitue à leurs yeux « un microcosme du problème des procès générés par le système actuel ». Monsanto, DuPont et Syngenta contrôlent environ 53 % du marché mondial des semences. Leur prix ne cesse de grimper. En 2011, planter un acre (environ un demi-hectare) de soja coûtait 325 % plus cher qu’en 1995, 516 % plus cher pour le coton et 259 % de plus pour le maïs.  

Breveter le vivant n’est plus l’apanage des fabricants de végétaux génétiquement modifiés. En 2013, l’office européen des brevets (OEB) a décidé d’accorder une douzaine de brevets sur des plantes conventionnelles (brocoli, oignon, melon, laitue, piment, concombre), comme s'en inquiète Anne-Charlotte Moy de l’association Semences paysannes (voir ici). Issues de procédés de sélection, elles sont en effet considérées comme des « inventions ». Le modèle juridico-commercial des plantes génétiquement modifiées, si favorable aux  intérêts des nouveaux géants de l’industrie agro-alimentaire, s’étend progressivement au reste du monde agricole.

 

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