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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 14:39

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Barrage de Sivens: les alertes des écolos ont été ignorées

|  Par Louise Fessard et Jade Lindgaard

 

 

 

Rémi Fraisse, le militant de 21 ans mort dimanche lors du rassemblement contre le barrage de Sivens dans le Tarn, a été tué sur le coup par une explosion, selon le procureur d'Albi. L’un des avocats de la famille dit penser « fortement à une grenade ». Début octobre, une jeune militante avait déjà failli perdre la main après le jet par un gendarme d'une grenade dans une caravane. Depuis plusieurs semaines, Cécile Duflot et d'autres écolos alertaient sur la tension entretenue par les forces de l'ordre et les pouvoirs publics.

Au moment où le ministère de l’écologie dévoilait officiellement le contenu d’un rapport d’experts très critique sur le projet de barrage de Sivens (Tarn), lundi après-midi, des manifestants bataillaient contre les forces de l’ordre à Albi, et des rassemblements se tenaient dans plusieurs dizaines de villes en hommage à Rémi Fraisse, 21 ans, mort dans la nuit de samedi à dimanche lors d’affrontements avec les gendarmes mobiles. Plus de 600 personnes ont ainsi manifesté dans le centre-ville de Nantes, pour dénoncer la « violence d'État ».

Le drame tant redouté du côté de Notre-Dame-des-Landes s’est finalement produit dans la zone humide du Testet, occupée depuis des mois par des opposants au chantier. L’annonce du décès du jeune homme provoque une grande émotion chez les militants et sympathisants écologistes, exprimée toute la journée de lundi sur les réseaux sociaux. En quarante ans, seules deux autres personnes ont perdu la vie lors d’une action pour une cause environnementale : Vital Michalon, un professeur de physique-chimie de 31 ans, lors d’un rassemblement contre le réacteur nucléaire Superphénix, à Creys-Malville, en 1977 ; et Sébastien Briat, 22 ans, écrasé par un train de déchets nucléaires qu’il tentait d’arrêter, en 2004.

Dessin en hommage à Rémi Fraisse (Tant qu'il y aura des bouilles).Dessin en hommage à Rémi Fraisse (Tant qu'il y aura des bouilles).

Cette tristesse s’est teintée d’indignation avec les témoignages de manifestants affirmant que Rémi Fraisse a pu être tué par un jet de grenade. Cette hypothèse n’est à ce stade « ni confirmée, ni infirmée » par les premiers résultats de l’autopsie. Quels que soient les résultats de l’enquête sur les conditions exactes du décès du jeune homme, cet événement tragique jette une ombre indélébile sur un projet de barrage dispendieux, destructeur de son environnement, au service d’une agriculture industrielle, entaché de conflits d’intérêts.

Ce projet a été porté à bout de bras, envers et contre presque tous, par le président du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, notable socialiste, tout juste réélu sénateur en septembre. « On ne peut que déplorer ce qui s'est passé, un décès est toujours atroce, a-t-il réagi lundi. Je suis très désolé de la tournure prise par les événements. Qui aurait imaginé un tel déchaînement ? » Il a aussi déclaré : « Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement stupide et bête ».

Sur cet immense gâchis humain, écologique et économique, la ministre de l'écologie Ségolène Royal est jusqu’ici restée très discrète. Depuis l’annonce du décès, pas un mot de compassion, ou même de condoléances, n’est venu du gouvernement. Ce n'est que lundi soir, peu avant minuit, que le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve a réagi dans un communiqué : « Je pense à la famille et aux proches de Rémi Fraisse, touchés par ce drame, et à leur peine. Ce gouvernement est attaché à ce que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette disparition. » Mardi matin, sur France Info, l'ex-ministre du logement et député écologiste Cécile Duflot a demandé une commission d'enquête sur les conditions de la mort du jeune homme qu'elle considère comme une « tache indélébile sur l'action du gouvernement ».

  • Comment Rémi Fraisse est-il mort ?

Rémi Fraisse a été projeté au sol et tué sur le coup par une explosion. « La plaie importante située en haut du dos a été causée, selon toute vraisemblance, par une explosion », a affirmé Claude Dérens, le procureur de la République d’Albi, lundi, lors d’une conférence de presse. Des analyses du laboratoire de la police scientifique doivent encore établir si « une grenade, lancée depuis la zone où les gendarmes étaient retranchés » a pu être « à l’origine de l’explosion », a-t-il indiqué.

Selon le procureur, « la déflagration a été forte puisque le jeune homme a été projeté au sol de façon violente » et « la mort a été instantanée ». « L’objet à l’origine de l’explosion n’a pas entraîné de flamme » et « aucune trace de particule métallique ou plastique n’a été retrouvée dans la plaie », a-t-il ajouté. Claude Dérens n’a pas pour autant jugé utile de nommer un juge d’instruction, se contentant d'une enquête préliminaire sous son autorité directe. De son côté, la famille de Rémi Fraisse a annoncé son intention de déposer plainte pour homicide volontaire.

Contacté, Me Arié Alimi, l’un des avocats de la famille, dit penser « fortement à une grenade ». Lundi matin, le site d'information Reporterre a publié un témoignage en ce sens. « Il était à trente mètres de moi sur ma gauche, y affirme un jeune homme, qui dit s’appeler Camille. Je l’ai vu se faire toucher alors qu’il y avait des explosions à côté. Ils ont envoyé des grenades explosives, des tirs de flashballs. Après, cette personne s’est retrouvée à terre. » « Les militaires de la gendarmerie ne sauraient être mis en cause sur la seule base de témoignages, parfois anonymes, présentés par certains médias », a réagi dans un communiqué Denis Favier, le directeur général de la gendarmerie nationale. Selon la version des gendarmes relayée dans Le Monde, « à l’heure du décès de Rémi Fraisse, une seule grenade offensive aurait été lancée par les militaires » et les gendarmes s’interrogeraient « sur le contenu du sac à dos du défunt ». 

Sur place, la journaliste de Reporterre a, elle, photographié dimanche une trace de sang, entourée de bleu, ainsi que des trous, causés selon elle par des impacts de grenade. Comment expliquer que la scène n’ait pas été protégée plus tôt à la suite de la mort de Rémi Fraisse ? « Toute la journée de dimanche, le site a été ouvert au public, affirme Pascal Barbier, un ami de Jean-Pierre Fraisse, père de la victime. Vers 16 heures, ce sont les opposants qui ont mis une barrière de sécurité autour du lieu de la mort de Rémi. À côté de la tache de sang, on a retrouvé son sac à dos avec ses papiers d’identité. »

  • Que s'est-il passé le week-end dernier dans la vallée de Sivens ?

Rémi Fraisse venait de passer son BTS en environnement. Fils d’un élu apparenté Nouvelle Donne de Plaisance-du-Touch, dans l’agglomération toulousaine, le jeune militant était botaniste bénévole à Nature Midi-Pyrénées, une association affiliée à France Nature Environnement (FNE). « On ne lui connaissait aucune pathologie cardiaque et ce n’était pas un garçon organisé pour monter au combat, explique Me Emmanuel Pierrat, l’un des avocats de la famille. Il militait pacifiquement depuis des années. »

Chez les quelque 2 000 militants anti-barrage venus ce week-end de toute la France sur l'ancienne zone humide du Testet, aujourd’hui entièrement défrichée, l’émotion était intense lundi matin. Installés autour de la métairie, à une dizaine de minutes à pied du chantier du barrage où ont eu lieu les affrontements avec les gendarmes mobiles, beaucoup n’ont appris la mort du jeune homme que le dimanche matin au réveil.

Selon le communiqué de la préfecture du Tarn, il a été découvert vers 2 heures du matin par les gendarmes. Ceux-ci auraient repéré son corps gisant et fait une sortie pour le récupérer et le soigner. « Les gendarmes présents sur site étaient retranchés dans l’aire de stockage des engins de chantier et ont été attaqués en règle par le groupe de manifestants violents, approximativement une centaine qui jetaient des cocktails Molotov, des engins pyrotechniques et des pierres sur le grillage et à l’intérieur depuis l’extérieur », a affirmé dimanche soir le procureur de la République, Claude Dérens.

« Tout le samedi après-midi, il y a eu de gros nuages de fumée de l’autre côté, avec les policiers qui lançaient des bombes lacrymos, des grenades assourdissantes, raconte une jeune militante, venue des Alpes-de-Haute-Provence, sous couvert d’anonymat. Les gens n’étaient pas au courant de ce qui se passait. C’était censé être festif, il y avait de la musique. C'était bizarre comme ambiance. Il y a eu un appel sous le chapiteau où se tenaient les conférences, pour aller voir. Les gens ont fait une chaîne humaine pour s’y rendre. C’était totalement pacifiste. Mais les flics n’arrêtaient pas de balancer. »

Plusieurs personnes seraient reparties vers minuit à l’assaut des gendarmes. « Là, la réponse est disproportionnée : flashballs, grenades assourdissantes et invalidantes en tirs tendus, dit Pascal Barbier, qui s'appuie sur le récit de la compagne de Rémi Fraisse. Rémi s’est retrouvé dans ce groupe d’opposants qui ont mené une action musclée. Il était parti sans aucune protection. Il a pris un projectile. Il s’est effondré pendant une charge policière. Ils l’ont traîné pour le ramener derrière la ligne des forces de l’ordre. »

Contactée, la préfecture du Tarn n’a pas souhaité préciser le nombre de gendarmes mobiles déployés samedi soir, ni leurs objectifs. D’après plusieurs témoins, il ne restait pourtant plus grand-chose à protéger sur le chantier du barrage. Guillaume Cros, président du groupe EELV au conseil régional Midi-Pyrénées, précise que l’Algeco et le générateur installés avaient été incendiés. « Si bien que le samedi, il n’y avait plus rien à défendre sur la zone, dit-il. Pourtant ils ont fait venir des centaines de gardes mobiles. » Selon un spécialiste en biodiversité présent sur place, neuf camionnettes de gendarmes mobiles étaient ainsi stationnées autour de l’Algeco incendié, « entouré par une grille de 2,50 mètres ». « Sachant que c'était à l'extérieur, qu'il n'y avait rien à casser donc rien à protéger, pourquoi mettre des forces de l'ordre ? » s’interroge une source policière.

Une grenade lancée dans une caravane

Ces dernières semaines, la répression exercée par les gendarmes s’était nettement durcie, au point que, le 20 octobre, plusieurs élus EELV, dont l'ex-ministre Cécile Duflot, ont, en vain, alerté le préfet d’Albi. Mediapart a notamment pu recueillir le récit d'Elsa Moulin, une militante de 25 ans, qui a failli perdre une main le 7 octobre. Elle a été grièvement blessée par une grenade de désencerclement jetée par un gendarme du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) dans la caravane où elle s’était réfugiée avec trois autres militants. La scène a été filmée par l’un d’eux.

 

 

La scène a été filmée par l'un des militants, le 7 octobre 2014.

L’épisode est à l'époque passé inaperçu, malgré sa gravité. Ce matin-là, selon son récit, une trentaine de gendarmes du PSIG, casqués et en treillis, interviennent pour expulser trois caravanes sur la zone des travaux, dite « Gazab ». « Vers 15 heures, les gendarmes du PSIG ont commencé à s’équiper, raconte Elsa Moulin. Ils ont mis à bas un tipi avec des affaires communes, du matériel de bricolage, des bâches, ont fait un tas et y ont mis le feu. Ce n’était pas la première fois qu’ils détruisaient nos affaires. » Elle poursuit : « Les gendarmes étaient venus chercher un camping-car dont ils avaient embarqué le propriétaire la veille. Nous sommes montés sur le camping-car pour faire opposition. Ils nous ont virés brutalement, puis ils ont fait un périmètre de sécurité pour que la dépanneuse vienne le prendre. Trois d’entre nous se sont réfugiés dans une caravane, qui n’était pas sur une parcelle visée par l’arrêté d’expulsion. Les autres ont été gazés et expulsés du terrain. »

C’est alors qu’un gendarme lance une bombe lacrymogène sous une des fenêtres de la caravane. « On a mis une couverture pour se protéger, mais il l’a arrachée », dit Elsa. Sur la vidéo, on voit ensuite le gendarme en treillis, avec un équipement correspondant à celui des PSIG, crier : « À trois, je vous laisse partir. » « C’est pas expulsable, putain ! », lui répond un des militants. Le gendarme recule et répète : « Je vous laisse partir. Vous avez le choix », tout en commençant son décompte. Il sort du champ de vision de la caméra, puis on entend les militants hurler. 

« Il a lancé une grenade sans voir où elle atterrissait, dit Elsa Moulin. Elle est tombée à un mètre de moi. J’ai cru que c’était une lacrymo, j’ai voulu la rejeter et elle a explosé. Avec la peur, je n’ai pas trop réfléchi. » Il s’agissait en fait, selon la jeune fille, d’une grenade de désencerclement. Cette arme de force intermédiaire provoque une forte détonation, ainsi que la projection de 18 galets en caoutchouc dans un rayon de 10 mètres. Selon les instructions des directeurs de la gendarmerie nationale et de la police nationale, elle peut être utilisée lorsque « les forces de l’ordre se trouvent en situation d’encerclement ou de prise à partie par des groupes violents ou armés ». « Son emploi en milieu fermé doit être limité à des situations particulières où les risques liés aux projections et à l’explosion sont réduits », prévoit cette directive, qui ordonne aux agents de s’assurer de l’état de santé de la personne après usage.

« Les gendarmes ne se sont absolument pas préoccupés de nous. On a rejoint la métairie où l'on a appelé les pompiers, raconte Elsa Moulin. On a été coupés à cause des brouilleurs de portable. » En état de choc, la jeune femme a été opérée le soir même à Albi, puis transférée à Toulouse. Sa main a été placée dans un caisson hyperbare pendant plusieurs jours. « Les vaisseaux sanguins ont explosé à l’intérieur de la main, ce qui détruit les tissus », explique-t-elle. Elle est aujourd'hui en rééducation : « Je pense pouvoir récupérer l'usage de ma main. »


Elsa Moulin a failli perdre sa main après un jet de grenade par un gendarme. 
Elsa Moulin a failli perdre sa main après un jet de grenade par un gendarme.

Éducatrice spécialisée, Elsa Moulin a été présente sur la zone du Testet de mi-février à mi-avril. « On a eu assez peu d’affaires de violences, les rares fois où nous voyions des gendarmes, c’étaient ceux du coin et on pouvait dialoguer avec eux. » Mais selon elle, la tension est nettement montée à son retour sur la zone début octobre. Elle décrit des humiliations, insultes et provocations de la part des gendarmes du PSIG.

« Ils m’ont dit : “Ici, c’est une déchetterie, vous en faites partie et une déchetterie ça s’évacue” ou encore: “Toi ma grande, tu n’as rien pour toi”, relate-t-elle. J’ai aussi entendu : “Même mon chien, je ne le ferais pas vivre ici”. » Le blog du collectif Tant qu’il y aura des bouilles fait état de plusieurs personnes blessées par les gendarmes depuis septembre 2014. « Pour eux, nous n’avons aucune valeur, nous ne représentons rien, donc ça leur permet d’être violents, confie Elsa Moulin. Moi, je suis non violente. Notre force, c’est d’être toujours là, malgré les humiliations, malgré nos affaires détruites. Nous ne luttons pas contre eux, mais contre le barrage. »

 


La destruction du tipi le 7 octobre 2014, filmée par un militant.

Le fantasme des drapeaux de l'Etat islamique

Depuis des mois, les opposants au projet de barrage de Sivens dénoncent la destruction en cours de la zone humide du Testet, nécessaire à l’édification d’un barrage-réservoir de 1,5 million de mètres cubes d'eau, dans la vallée de Sivens, destiné à irriguer les exploitations agricoles avoisinantes, notamment de maïs.

  • Pourquoi le barrage de Sivens est-il contesté ?

Les opposants viennent de recevoir un soutien de poids : l’avis très critique des experts mandatés par Ségolène Royal. « Le choix d’un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles, écrivent Nicolas Forray et Pierre Rathouis. Ceci est d’autant plus regrettable que le coût d’investissement rapporté au volume stocké est élevé. » Ainsi, « l’estimation des besoins a été établie sur des données anciennes et forfaitaires » : ils ont été surestimés d’environ 35 % selon eux. De plus, « le contenu de l’étude d’impact est considéré comme très moyen ».

Si bien que les deux experts concluent en souhaitant que « Sivens soit considéré comme le dernier projet d’une époque, première étape d’une évolution majeure ». Pour autant, ils considèrent qu'il serait difficile d’arrêter le chantier, « compte tenu de l’état d’avancement des travaux et des engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole ». Autrement dit : la collectivité est mise devant le fait accompli. D'après les experts, il est trop tard pour revenir en arrière.

Ce rapport est remis alors que la zone humide du Testet, qui couvre 13 hectares, a déjà en partie été détruite. Le boisement et la prairie ont été broyés. « Si les travaux s’arrêtent là, moyennant quelques opérations de génie écologique, les bois marécageux pourront redevenir ce qu’ils étaient dans 30 ou 40 ans », explique le responsable d’un bureau d’études qui connaît bien la zone. Dégâts réversibles, mais dégâts tout de même.

En visite sur le site, un bon connaisseur de la zone a découvert que sur les trois hectares de zone humide que l’État s’était engagé à préserver, un hectare a en réalité été très abîmé par le passage d’engins de chantier, le creusement d’un fossé et le déplacement de terre. Il dénonce l’amateurisme du conseil général et de la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), le maître d’ouvrage. Après la mort de Rémi Fraisse, la préfecture a informé le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet que les travaux ne reprendraient pas dans les prochains jours.

Manifestation à Albi, 18 octobre 2014 (©Collectif pour la sauvegarde du Testet). 
Manifestation à Albi, 18 octobre 2014 (©Collectif pour la sauvegarde du Testet).
  • Pourquoi les travaux ont-ils démarré en septembre ?

C’est en septembre qu’engins et pelleteuses ont rasé les arbres de la zone du Testet. « Il y a eu une accélération du processus », décrit François Simon, conseiller régional EELV, pour ne pas perdre les subventions accordées au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). Si l’ouvrage n’est pas suffisamment avancé au 30 juin 2015, il risque de perdre cette aide européenne. Elle s’élève à 2 millions d’euros, soit un quart du coût total du projet, estimé à 8 millions d’euros environ.

Le président socialiste du conseil général, Thierry Carcenac, a reconnu devant les neuf élus écologistes qu’il a reçus fin septembre que le chantier était hors délais, et que cela posait un problème. « Les contraintes pour bénéficier des fonds européens (fin des travaux à l’automne 2015 et projet réalisé en une seule tranche) ont rendu nécessaire le démarrage du chantier début septembre du fait des retards déjà pris en raison de l’occupation du site par des opposants », reconnaît-il dans un communiqué. Mais il ajoute que « contrairement aux propos tenus par certains à l’issue de cette rencontre, ni la réalisation de cette retenue, ni l’octroi de l’aide européenne de 2 millions d’euros ne sont aujourd’hui remis en cause ».

Ce n’est pas le seul problème. Les experts soulèvent une anomalie : le FEADER ne peut s’appliquer qu’aux projets qui n’augmentent pas les prélèvements des réserves en eau du territoire concerné. Or ce n’est pas le cas du barrage de Sivens qui, s’il est construit à la dimension prévue aujourd’hui, étendrait le bassin d’irrigation. « La mission s’interroge sur la compatibilité du financement actuellement retenu » avec les critères d’attribution de la subvention. « C’est une situation aberrante » pour François Simon.

« La retenue de Sivens est un projet d’aménagement équilibré d’un territoire qui vise à permettre le maintien d’une activité agricole raisonnée et la restauration d’un bon état écologique de l’eau », explique Thierry Carcenac dans un communiqué. « Reconnue d’intérêt général, elle est indispensable pour l’avenir. Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, je suis tout à fait prêt à examiner les propositions permettant de donner des garanties plus grandes concernant le partage et l’usage de l’eau ainsi que sur les conditions de gestion de cette retenue de substitution. Ce projet n’a pas fait l’objet d’une mise en œuvre dans la précipitation mais a fait l’objet d’une longue instruction administrative, technique et financière. »

  • Y a-t-il eu passage en force ?

Interrogés par téléphone, plusieurs élus écologistes dénoncent pourtant le passage en force du conseil général et de la préfecture. « Il y a eu une présence violente des gendarmes, explique ainsi François Simon, conseiller régional. Les gardes mobiles sont allés en permanence provoquer les jeunes zadistes, qui se sont fait molester, ont reçu des tirs de flashballs et de lacrymos. C’est toute une ambiance, une logique de guérilla, depuis des semaines. » Des pneus de voiture auraient été crevés, des vitres brisées et des vêtements brûlés par des gendarmes.

Ainsi, la « maison des druides », occupée par des « militants pacifistes », selon Guillaume Cros, président du groupe EELV au conseil régional, très présent sur le terrain, a subi douze interventions de gendarmes pendant les dix jours qu’a duré l’occupation, « alors qu’ils n’avaient pas le droit d’intervenir » hors décision judiciaire. Lors d’une réunion, l'élu a eu la surprise d’entendre le directeur du cabinet du préfet dire que des drapeaux de l’État islamique ont été vus dans les rangs des opposants. « Ils sont dans des fantasmes. » Début octobre, des opposants décident d’occuper le conseil général. Guillaume Cros s’y rend, ceint de son écharpe tricolore, et s’en fait expulser manu militari par les policiers. Après coup, un agent l’invective : « Élu ou pas élu, je t’emmerde. »

Ailleurs, à Fonlabour, c’est un lycée agricole qui a été réquisitionné pour héberger des gardes mobiles, alors que les élèves s’y trouvaient. Si bien que des gendarmes ont été vus prenant leur repas à la cantine, avec leurs armes. Pour François Simon, « il y a eu une obstination, une fermeture, un jusque-boutisme absolument dramatique ». Et une logique de clan assiégé des élus socialistes, dont aucun ne s’est élevé contre la réalisation du barrage à marche forcée.

L’ancienne ministre du logement, Cécile Duflot, s’est rendue sur place la semaine dernière. Elle raconte à Mediapart qu’« ayant assisté à plusieurs mobilisations comme Notre-Dame-des-Landes, j’ai été très surprise des méthodes des gendarmes. Ils (les opposants locaux) m’ont raconté, vidéos et photos à l’appui, que les gendarmes ont volé des affaires d’escalade et fait un feu avec. Ils ont détruit la nourriture des gens, piétiné des affaires. Ça a été très violent et provocateur. Nous avons alerté le préfet que nous avons rencontré. Il n’avait jamais rencontré le chef des opposants locaux, qui est un militant EELV, pas un zadiste. Puis, de retour à Paris, mardi, nous avons fait part de nos craintes à tout le monde ». Sans effet.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 14:08

 

 

 

Petit compte rendu rapide du rassemblement spontané qui a eu lieu ce soir devant la préfecture de Nîmes :

Organisée dans l'urgence en même temps que des rassemblements similaires dans d'autres villes partout en France. Une cinquantaine de personnes sont présentes à 18h devant la préf. Nous demandons qu'une délégation soit reçue. Trois personnes qui étaient présentes au Testet au moment de la manif se portent volontaires pour être reçues. Nous apprenons par les RG qui jouent l'interface entre le préfet et nous que le représentant du préfet refuse de recevoir notre délégation et qu'il faut faire une demande 72 heures avant d'être reçus (!). La presse contactée ne vient pas non plus. Du coup, notre rassemblement risque d'être "pour rien" car on n'en parlera pas et le préfet ne fera rien remonter au ministère de l'intérieur. Quelques manifestants s'en vont, d'autres s'assoient sur la voie de bus du boulevard Feuchère, filtrant-blocant les bus, amenant la police à venir nous parler. Une AG s'organise assis sur le boulevard devant un bus bloqué. Il est décidé de ne pas rester (nous ne sommes pas assez nombreux) mais de "jouer le jeu" proposé par le préfet, c'est à dire de déposer une lettre 72h avant demandant que la délégation soit reçue. Bien entendu, il faut assortir cette réunion d'un rassemblement le plus important possible. Ce sera donc jeudi soir à 17h30 (pour être dans le délai d'heure ouvrable de la préfecture). Une personne de la délégation a pris les adresses mails des personnes présentes pour nous informer de ce que lui dira éventuellement la préfecture d'ici jeudi.
Mobilisons le plus largement possible pour ce nouveau rendez-vous, jeudi 17h30 devant la préfecture.
L'un des manifestants annonce la manif organisée de longue date par la confédération paysanne en soutien aux manifestants contre la ferme des mille vaches qui vont être jugés à Amiens. Rendez-vous demain, mardi, à partir de 11h30 devant le palais de Justice de Nîmes en solidarité avec les personnes qui vont être jugés, en reliant également avec l'actualité de ce qu'il s'est passé au Testet. Tout est lié. Ceux qui ne sont pas d'accord sont partout criminalisés, blessés et maintenant tués par la police. Unissons nos forces.

A bientôt

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 19:00

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

Argentine : Succès de l’Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette

25 octobre par Maria Elena Saludas

 

 


C’est dans l’après-midi du 14 octobre 2014 et devant plus de 70 représentants d’un large éventail d’organisations sociales, syndicales, politiques, religieuses, environnementales, de défense des droits humains… que s’est déroulée avec succès l’audience publique sur la suspension du paiement et l’audit de la dette. Cette activité s’est tenue à la Chambre des députés de la nation (le parlement argentin) suite à l’invitation lancée par des membres de l’ « Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette en défense du patrimoine national et des biens communs » et des parlementaires de divers partis qui ont débattu pendant plus de trois heures sur la problématique de la dette publique en Argentine, revenue au devant de la scène suite à la résolution du juge Griesa en faveur des « fonds vautours » |1|.

Parmi les invités spéciaux, en plus d’Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international, le Prix Nobel de la Paix, Adolfo Pérez Esquivel, a souligné la nécessité de passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative avant d’expliquer qu’un audit intégral citoyen nous mettrait sur cette voie. Il a aussi posé la question du coût humain du paiement de la dette. La parole a ensuite été donnée à Nora de Cortiñas, Mère de la Plaza de Mayo – ligne fondatrice et membre de Jubilé Sud Amériques, qui a déclaré avec émotion que « les 30 000 disparus méritent que la lumière soit faite sur l’infamie de la dette ».

Le député du parti Unidad Popular (UP, Unité populaire) en charge de la présentation et de la modération de l’audience, Víctor De Gennaro, a remarqué que « beaucoup de gamins ont perdu la vie » et qu’il est nécessaire de prendre connaissance des faits, d’enquêter avant de continuer à rembourser une dette majoritairement illégitime et illégale. Aussi présents, les parlementaires du FIT (Front de Gauche et des Travailleurs) Néstor Pitrola et Pablo López ainsi que les députés de Buenos Aires, Pablo Bergel et Gustavo Vera, ont contribué au débat au travers de réflexions intéressantes.

Julio Gambina, directeur de institut de formation de la CTA et membre d’ATTAC-CADTM Argentine) avait pour mission de lire la Déclaration de l’Assemblée, « Patrie ou dette : le seul créancier est le peuple ! » (voir texte complet en espagnol) réclamant le lancement immédiat des activités de la Commission bicamérale permanente d’enquête sur l’origine et le suivi de la gestion du paiement de la dette extérieure de la nation instituée par la loi 26.984. Cette loi, adoptée le 10 septembre 2014, n’a toujours pas été mise en œuvre complètement. La déclaration lue par Julio Gambina critique par ailleurs la flagrante contradiction contenue dans les premiers articles de la loi hypocritement dite « de paiement souverain » car elle commence par déclarer comme d’« intérêt public » le paiement de la dette. Or une grande partie de cette dette a été condamnée par la justice argentine |2|.

Par ailleurs, la loi établit de nouvelles modalités pour le paiement de la dette. Enfin, elle prévoit la création d’une commission parlementaire visant à auditer les éventuelles irrégularités ayant marqué la dette argentine pendant la période 1976-2014.

Ces critiques étant faites, la décision de créer une Commission d’enquête parlementaire est considérée comme une reconnaissance dans le chef du pouvoir politique de l’impossibilité de continuer à nier et dissimuler le caractère illégitime et illégal de la dette. On ne peut continuer à berner constamment la population sur des questions évidentes et centrales pour la défense de la patrie, la récupération de notre souveraineté et le respect des droits des êtres humains et de la nature.

L’Assemblée réclame donc la création en bonne et due forme de la Commission qui devrait prendre pour point de départ la sentence Olmos (voir note 2), ainsi que les preuves accumulées lors des nombreuses enquêtes judiciaires argentines postérieures.

L’Assemblée réclame également la participation sociale et citoyenne nécessaire à l’enquête de la Commission et à l’élaboration de ses conclusions. Pour garantir sa légitimité et la force de ses résultats, la Commission devra chercher, recevoir et écouter les témoignages et contributions des divers secteurs de la population et des différentes régions du pays dont les droits ont été violés des suites du système d’endettement.

L’Assemblée s’engage à contribuer au travail de la Commission d’enquête parlementaire en partageant les résultats d’années de recherche, d’analyse, de dénonciation et de mobilisation découlant toujours des coûts énormes que l’endettement public continue de générer pour le peuple argentin, son patrimoine et ses biens naturels. Elle suivra l’action de la Commission, se réservant le droit d’adopter les stratégies pertinentes afin que cette opportunité historique ne soit ni manquée, ni manipulée. Elle s’engage à débattre largement des causes, conséquences et alternatives à ce véritable système de domination et de pillage à perpétuité, à se mobiliser en vue de ne pas payer les sommes indues, de sanctionner les responsables des crimes et violations commis au travers du système d’endettement et de pouvoir récupérer et compenser les sommes payées indûment.

Une fois cette déclaration partagée avec les tou-te-s les participant-e-s, Éric Toussaint (porte-parole du CADTM international), qui était le principal conférencier, a pris la parole sur la crise de la dette affectant la majorité des pays d’Europe et du monde. Il a déclaré qu’en Argentine, le thème de l’endettement revient aujourd’hui sur le devant de la scène suite au conflit avec les « fonds vautours ». D’après lui, cette crise de la dette au niveau mondial nous permet d’essayer d’organiser ensemble des actions de soutien aux mouvements sociaux qui luttent contre le fléau de la dette tant au Nord qu’au Sud. « Les actes souverains unilatéraux d’un gouvernement sous la pression (ou avec le soutien) populaire » constituent un axe fondamental. Dans le monde réel actuel, seul un tel acte souverain de l’État peut mener à une solution. Il a cité divers exemples parmi lesquels le cas de l’Équateur où le président Correa a créé en 2007 la Commission d’audit de la dette publique (CAIC) qui a identifié les parts illégales et illégitimes de la dette, parvenant à racheter 91% des titres avec une réduction de 70% |3|. Cet acte unilatéral à permis d’augmenter les dépenses publiques consacrées à la santé, à l’enseignement, au logement, c.-à-d. à la dette sociale vis-à-vis du peuple. Le cas de l’Islande, lors de l’effondrement du système bancaire privatisé, en 2008, a aussi été évoqué |4|. Sous la pression de la rue et après 2 référendums, le gouvernement avait refusé de payer au Royaume-Uni et aux Pays-Bas la dette injuste réclamée, prouvant qu’il est possible de désobéir aux créanciers. Éric Toussaint a, pour finir, manifesté son grand enthousiasme d’être entouré des forces sociales ainsi réunies et les a encouragées à exercer la pression nécessaire pour que le gouvernement cesse de payer religieusement les créanciers et restaure la souveraineté et la dignité nationales. Il a aussi insisté pour que ne soit plus jamais déléguée à l’étranger la juridiction liée à la résolution des conflits en revenant à la Doctrine Calvo |5|.

Pas moins de 25 interventions sont venues enrichir cette audience avec des arguments importants d’Espeche Gil (juriste et ancien diplomate) à Ricardo Peidro (de la CTA), de Beverly Keene (Dialogue 2000 / Jubilé Sud) à Moira Millán (Pueblos Originarios). La majorité des participants a exprimé la nécessité de suspendre immédiatement le paiement de la dette et d’auditer cette dernière, la dette étant une excroissance du capitalisme actuel, impayable (pas seulement en Argentine) et à l’origine de cette crise capitaliste.

Le thème de l’unité au sein du camp populaire a aussi été abordé, tout comme la nécessité de lier à la problématique de la dette les dénonciations concernant la loi sur les semences et la loi sur les hydrocarbures, passant bientôt devant les deux chambres. Cela revient à remettre en cause le modèle de développement actuel et le modèle d’insertion globale des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe comme producteurs de matières premières dans le cadre de l’approfondissement de l’ « extractivisme ».

Cette rencontre s’est terminée sur l’engagement de tou-te-s les participant-e-s d’élargir l’espace de l’Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette en défense du patrimoine national et des biens communs, de fédérer leurs luttes, de travailler sur la sensibilisation de la population pour parvenir, à partir de la mobilisation, à des décisions similaires à celles prises par le gouvernement équatorien (2007), qui en conséquence d’un audit intégral et participatif a pu prendre une « décision souveraine unilatérale » lui permettant de rejeter des portions importantes de dette illégale et illégitime et de canaliser ensuite ces ressources pour le bien-être de la population.

Traduction de l’espagnol par Sarah Weber.

Notes

|1| Voir à ce propos : Éric Toussaint, « Comment lutter contre les fonds vautours et l’impérialisme financier ? », publié le 22 septembre 2014.

|2| Voir le jugement dit « Sentencia Olmos » du nom du journaliste argentin qui a porté plainte contre l’accroissement considérable de la dette pendant la période de la dernière dictature militaire (1976-1983). Ce jugement du 13 juillet 2000 démontre clairement le caractère illégal de la dette argentine.

|3| Voir Éric Toussaint, "An III de la révolution citoyenne en Équateur", publié le 22 octobre 2009. Voir également : Éric Toussaint, "Les leçons de l’Équateur pour l’annulation de la dette illégitime", publié le 29 mai 2013. Voir aussi la version vidéo.

|4| Voir Éric Toussaint, « Argentine, Équateur et Islande : des solutions à la crise de la dette pour l’Union européenne ? », Vidéo : http://w41k.com/80011

|5| La Doctrine Calvo, du nom de son auteur Carlos Calvo (1824-1906), est une doctrine du droit international qui stipule que les personnes vivant dans un pays étranger doivent faire leurs demandes, plaintes et griefs dans le cadre de la compétence des tribunaux locaux, sans recourir à la pression diplomatique ou à l’intervention militaire. Toutes les voies juridiques locales doivent être épuisées avant d’envisager de saisir les voies diplomatiques internationales. Cette doctrine a été transposée dans plusieurs constitutions de pays de l’Amérique latine. Voir à ce propos : Éric Toussaint, « Comment lutter contre les fonds vautours et l’impérialisme financier ? », publié le 22 septembre 2014.

 

 

 

Source : cadtm.org

 

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 18:51

 

Source : cadtm.org

 


CADTM

 

 

De l’indignation au pouvoir (partie 3)

Injustice, expulsions et apartheid sanitaire

25 octobre par Jérôme Duval

 

 

 

Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. A n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

L’impunité règne

Le principe de compétence universelle (« Justicia universal »), établissant la possibilité pour les Cours espagnoles d’être saisies d’affaires concernant des personnes de quelque nationalité que ce soit, en n’importe quel lieu y compris hors de l’Espagne, pour des crimes graves (violations de droits humains, terrorisme, crimes de guerre ou génocide), est remis en question par le gouvernement |1|. La réforme approuvée en mars, retire toute compétence aux juges sur ces questions et permet d’archiver les affaires en cours, ouvrant la voie à l’impunité de responsables de crimes graves qui bénéficient déjà de la protection légale dans certains pays. Les délits en cours d’instruction, tels les cas de génocide au Guatemala (contre Efraín Ríos Montt et Carlos Mejía Víctores pour délits de génocide et tortures commis contre la population maya durant le conflit armé) et au Tibet ; les crimes de guerre à Gaza ; les tortures à Guantanamo ; l’assassinat en 2003 du cameraman espagnol de Telecinco, José Couso, par l’armée américaine en Irak ou encore la plainte contre Israël pour crime de guerre au sujet de la Flottille de la Liberté (l’assaut du commando israélien en mai 2010 s’était soldé par 9 morts), restent ainsi impunis et désormais classés sans suite. Les pressions des autorités chinoises ont semble-t-il constitué un motif déterminant dans l’élaboration de ce projet de loi. La Chine a d’ailleurs remercié chaleureusement le gouvernement espagnol pour mettre ainsi fin au mandat d’arrêt international de cinq ex-leaders chinois dont l’ex-président Jiang Zemin, impliqués dans l’affaire du génocide au Tibet. |2|

Attaques capitalistes en temps de crise

« Agosticidad », est un terme espagnol pour désigner spécifiquement les contre-réformes adoptées au mois d’août afin d’éviter tout débat public et les réactions hostiles qu’elles pourraient susciter. Ce fut le cas de la réforme de l’article 135 de la Constitution qui donne la priorité absolue au remboursement de la dette lancée en août 2011 par le PSOE et approuvée sans référendum en septembre avec l’appuie du PP. De la même manière, la contre-réforme fiscale proposée discrètement en août dernier et qui devrait entrer en application en janvier 2015, va encore aggraver les inégalités.

En dépit d’une mobilisation exceptionnelle, les expulsions de logements se poursuivent à un rythme effréné. Depuis le début de la crise, des centaines de milliers de familles ont été expulsées de leurs logements, les condamnant à la marginalisation sociale permanente due au maintient de la dette hypothécaire malgré la perte du foyer. |3| Rappelons que la législation espagnole ne permet pas d’annuler la dette de l’hypothèque en cédant son bien immobilier. Les familles expulsées sont donc toujours redevables de cette dette auprès de la banque créancière qui, de surcroît, bien souvent s’accapare l’appartement pour spéculer ou le revendre. Récemment, la Communauté de Madrid a vendu 3 000 logements sociaux aux fonds vautour Goldman Sachs – Azora. D’autre fonds comme Blackstone rachètent des appartements sans en informer leurs résidents et expulsent ceux qui ne peuvent plus payer. |4| Cependant, plus de 1 100 expulsions ont été paralysées depuis le début de la crise et près de 1 180 personnes ont pu retrouver un logement grâce à l’action de la coordination des affectés par l’hypothèque (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH) |5|.

Par ailleurs, la très controversée loi LOMCE sur l’éducation prend désormais en compte la notation en cours de religion dans tous les centres scolaires et renforce les établissements publics-privés (« concertados »).

Apartheid sanitaire

La nouvelle loi entrée en application dans les centres de santé et hôpitaux depuis le 1er septembre 2012 (Real Decreto Ley 16/2012) constitue un apartheid sanitaire qui excluent de couverture santé les plus de 26 ans qui n’ont pas cotisé à la Sécurité sociale et plus de 800 000 personnes immigrés sans papiers. Il sacrifie le concept d’universalité d’accès aux soins de santé et met en danger de nombreuses vies. Le 20 février 2013, Soledad Torrico, immigrée bolivienne, est décédée des complications d’une grippe après avoir passé 6 jours sans être reçue par le Service valencien de santé. Le 24 avril 2013, le jeune sénégalais Alpha Pam, de 28 ans, mourait chez lui d’une tuberculose après un périple de 6 mois durant lequel on lui a refusé à plusieurs occasions l’assistance de l’hôpital. |6| La célèbre revue scientifique The Lancet a déjà averti que les coupes budgétaires du gouvernement espagnol, pourraient avoir « de graves conséquences pour la santé de la population, spécialement en ce qui concerne la tuberculose et l’infection par le VIH ». |7| Comme le signale la Fédération des Associations pour la Défense de la Santé Publique, en seulement trois ans, 7,2 milliards d’euros ont été amputés du budget de la santé, et 53 000 personnes en moins travaillent dans le secteur. Pendant ce temps, comme le dit bien la coordination Yo sí sanidad universal, le secteur privé de la santé se convertit en un négoce prospère et réalise de juteux profits. |8|


Partie 1
Partie 2
Partie 3

Notes

|1| Le premier exemple connu est sans doute l’inculpation et arrestation à Londres en 1998 du dictateur chilien Augusto Pinochet par le juge Baltasar Garzón.

|2| "Acogemos con agrado los esfuerzos del Gobierno y sus departamentos competentes. China y España tienen una tradición de amistad y apoyan las preocupaciones del otro", dijo hoy la portavoz del ministerio chino de Asuntos Exteriores Hua Chunying. 24/06/2014. http://www.eldiario.es/politica/Chi... Los crímenes que pueden quedar impunes con la reforma del PP para limitar la justicia universal, Público, 12/02/2014. http://www.publico.es/politica/5013... Pour la réforme, voir : http://www.eldiario.es/desalambre/C...

|3| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2...

|4| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2...

|5| Voir le site de la PAH : http://afectadosporlahipoteca.com/

|6| Gladys Martínez López, Un año sin sanidad universal, Diagonal, 10/09/13. https://www.diagonalperiodico.net/c...

|7| « Such changes could have serious consequences for population health, especially with regard to tuberculosis and HIV infections ». Erosion of universal health coverage in Spain, The Lancet, 14 de diciembre de 2013. http://www.thelancet.com/journals/l... En espagnol : http://esmateria.com/2013/12/15/la-...

|8| Olga Rodriguez, Los recortes perjudican gravemente la salud. http://yosisanidaduniversal.net/not...

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 18:34

 

Source : www.marianne.net

 

 

Révocabilité des élus : les vertus d'une mesure subversive

Samedi 25 Octobre 2014 à 12:00

 

Clément Sénéchal

 

Pour Clément Sénéchal, "l’épée de Damoclès de la révocabilité des élus aurait plusieurs vertus indéniables". Celle-ci, explique ce membre du Parti de gauche sur son blog, "obligerait à accorder une plus grande importance au programme, au débat d’idées, à la confrontation idéologique". Cette mesure "aurait aussi un impact certain sur la conduite individuelle : elle obligerait en effet l’élu à observer une stricte éthique du pouvoir".


SIPA
SIPA
Dresser l’inventaire des trahisons de François Hollande est périlleux tant il est interminable. Ce n’est toutefois pas inutile, dans la mesure où la plupart des grands médias rechignent à lire la politique sous l’angle du respect des promesses de campagne, puisqu’il impliquerait qu’ils se placent dans une perspective critique et trahissent la norme conservatrice et le relai aveugle de sa doxa qui régissent leur jeu (« Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que “ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît”. L’attitude qu’il exige par principe est cette acceptation passive » nous rappelle Guy Debord). Mais de ces observations pouvoir tirer un geste politique dont le régime soit comptable, voici la vraie question.
 
Le crédit du pouvoir actuel souffre de quatre objections, au moins : François Hollande mène une politique néolibérale qui n’a rien de socialiste (et a ouvertement renié plusieurs points de son programme de candidat), son pouvoir a souffert de nombreuses affaires qui affectent gravement la promesse d’une République exemplaire, rien de tangible ne se passe sur le plan des « résultats » (le chômage progresse, la crise économique s’accentue), et les divers appareils de mesure de l’opinion, qu’il s’agisse des sondages, des atermoiements au sein du Parlement ou des élections intermédiaires (la dernière ayant, faut-il le rappeler, placé l’extrême droite en tête pour la France) témoignent d’une popularité en berne.
 
Mais que faire ? Rien. Dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons rien faire. Rien faire contre Thévenoud, par exemple. Les règles du jeu institutionnel telles que définies actuellement condamnent à l’impuissance. La vie politique française est en effet organisée de telle manière que l’élection apparaît comme un talisman, une immunité démocratique qui place son titulaire à l’abri de la volonté populaire le temps de son mandat. Mais s’il veut être réélu, il ne peut faire n’importe quoi, il reste sous contrôle populaire, répondrez-vous. Oui, a minima. D’abord l’élection donne à l’élu un certain nombre de ressources cumulatives (financières, constitution d’un réseau, accès aux dossiers) qui lui permet de s’inscrire dans une guerre de position contre l’opposition. Par ailleurs, dans bien des cas peut se faire ressentir le besoin de démettre un élu dans le temps même de son mandat, c’est-à-dire avant son terme. Ainsi, dans la Ve République, ce que le peuple a fait, il ne peut le défaire. Et l’élu se retrouve trop souvent dans une position d’extériorité, voire de séparation, vis-à-vis des électeurs (la quintessence de cette séparation étant bien entendu le statut actuel du chef de l’État). En démocratie, l’élection n’est pourtant qu’une délégation temporaire, pas une attribution définitive ; une commande, pas un blanc-seing.
 
Ainsi, la succession des immunités ne saurait faire l’obligation démocratique. L’élu qui déçoit se sait protégé par la similarité des pratiques de ses homologues : qu’on réélise le même ou un autre, aucun ne sera davantage contraint à partir du moment de son élection. Et sur le long terme, l’indignation vaine des citoyens laisse mécaniquement la place à l’indifférence propre à la dépossession démocratique. Un système qui repose sur la vertu individuelle plutôt que sur des mesures de contrôle adaptées ne peut être que dysfonctionnel. C’est ce que disait déjà Robespierre : compter sur les institutions plus que sur les hommes.
 
La destitution du Président de la République : un leurre
 
Pourtant, un léger infléchissement semble se produire. Le Parlement a en effet adopté le mardi 21 octobre 2014 un projet de loi organique qui permet de destituer le président de la République en cas de « manquements graves » (un mouvement enclenché par la réforme constitutionnelle de 2008). Mais la mise en pratique de cette destitution confine à la gageure.
 
D’abord la notion de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat »est on ne peut plus floue. Ensuite, pour que cet impeachment à la française se produise, il faut le vote des deux tiers des députés, celui des deux tiers des sénateurs afin de réunir les deux chambres en Haute Cour, puis celui des deux tiers des députés et des sénateurs ensemble réunis en Haute Cour. Sachant que les députés de la majorité dépendent, du fait de l’inversion du calendrier électoral, directement du président de la République, cette hypothèse n’a aucune chance d’advenir. Surtout, seuls des parlementaires aujourd’hui peu représentatifs de la diversité du corps politique seront chargés de cet examen, alors même que le président de la République est élu au suffrage universel direct.
 
La révocabilité : une garantie démocratique élémentaire
 
Au-delà de ces gesticulations cosmétiques, il existe un instrument simple mais terriblement subversif pour restituer un lien organique entre les électeurs et leurs élus, afin que ces derniers se comportent non plus en propriétaires du pouvoir mais en commissaires du peuple. Il s’agit du référendum révocatoire, qui instaure la pratique du rappel des élus. Le diable est dans les détails et la simple légalisation de cette procédure chamboulerait profondément la vie démocratique de notre système politique.
 
Il est en effet temps de retrouver cette aspiration portée lors de la Révolution française, lorsque les sans-culottes, indignés par les prises de position libérales des girondins, manifestement contradictoires avec les engagements qui les avaient fait élire à la première Convention, se mobilisèrent pour leur destitution.
 
Lire la suite sur « Lésions politiques », le blog de Clément Sénéchal
Source : www.marianne.net

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 17:05

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Politique agricole

Des paysans en grève de la faim pour soutenir une agriculture de proximité

par Sophie Chapelle 24 octobre 2014

 

 

 

Ils ont entamé une grève de la faim depuis le 15 octobre. Cinq paysans du syndicat Confédération paysanne protestent contre l’exclusion des petits paysans par la Politique agricole commune (PAC) et la Loi d’avenir agricole. « L’État et la FNSEA persistent dans leur politique d’élimination des petites fermes », déplorent-ils. En cause, un changement des conditions pour accéder aux aides de la PAC. Un éleveur devra détenir au moins 10 vaches (contre 3 auparavant), 25 chèvres ou 50 moutons, et un apiculteur exploiter au moins 72 ruches. Tous devront augmenter leur taux de productivité.

Pour se faire entendre, ils sillonnent la France en camping car [1]. D’autres paysans les accueillent pour témoigner des conséquences de ces nouvelles mesures. Dans l’Aude, Jean-Louis Biard, avec trois vaches, dégage un revenu d’environ 800€ par mois. Il explique qu’il va perdre l’équivalent de plus de deux mois de salaire sur l’année. Dans ce seul département, ils seraient une centaine dans ce cas. Après un passage par la Chambre d’agriculture de l’Aude, le président Philippe Vergnes, également secrétaire général du syndicat agricole FDSEA souligne auprès de Basta ! que « le maintien d’un seuil à trois vaches permet de soutenir les petits élevages. » Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll assume pour sa part le relèvement des planchers « dans un souci de cibler les soutiens publics sur les exploitations dont l’activité agricole constitue la principale ressource et afin de limiter les coûts administratifs ».

 

Procès de l’industrialisation de l’agriculture

Pour la Confédération paysanne, ces orientations mettent à mal l’agriculture et l’élevage de proximité au profit d’une « industrialisation agricole subventionnée ». Et de s’indigner : « C’est ainsi que des usines de 1000 vaches ou 250 000 poules sont présentées comme des modèles de compétitivité agricole ». Stéphane Le Foll s’inscrit en faux et rappelle qu’il s’est battu pour d’autres mesures, comme la dégressivité des aides en fonction de la taille des exploitations. « Ce choix a été fait car je suis convaincu que l’avenir de l’agriculture française réside dans la valeur ajoutée, la qualité et la création d’emplois et non dans la course aux hectares », insiste le ministre.

 

 

La caravane poursuivra sa route jusqu’à Amiens le 28 octobre. Une quinzaine de cyclistes partis de Notre-Dame-des-Landes le 19 octobre ont également prévu de les rejoindre [2]. Ce jour-là, au tribunal correctionnel d’Amiens, neuf militants de la Confédération paysanne seront jugés suite à une action de démontage de la ferme-usine des « milles vaches ». Le syndicat a choisi d’organiser, simultanément à l’audience des prévenus, un procès de l’industrialisation de l’agriculture [3]. « C’est l’agriculture paysanne qui fait vivre les marchés, les abattoirs et les ateliers collectifs de transformation, qui maintient une économie en zone rurale ainsi qu’un tissu social et des services publics, assurent les membres de la caravane. Pas les usines agricoles ! »

@Sophie_Chapelle
Photo : © Guillaume De Crop

Une pétition est en ligne pour soutenir la caravane des grévistes de la faim.

 

Notes

[1Pour suivre la caravane des grévistes de la faim, cliquez ici.

[3Pour en savoir plus sur cette journée de mobilisations, cliquez ici.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 16:57

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Barrage de Sivens: fortes tensions après la mort d’un opposant

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

 

 

Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a appelé au calme dimanche après la découverte du corps sans vie d'un jeune homme sur le site du projet de barrage de Sivens (Tarn), qui a entraîné des réactions virulentes de responsables politiques et de militants.

 

Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a appelé au calme dimanche après la découverte du corps sans vie d'un jeune homme sur le site du projet de barrage de Sivens (Tarn), qui a entraîné des réactions virulentes de responsables politiques et de militants. La victime, Rémi Fraisse, 21 ans, a été retrouvée vers 2 heures du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, après que des affrontements eurent opposé des manifestants et les forces de l'ordre à l'issue d'une manifestation pacifique, ont précisé la préfecture du Tarn et le ministère de l'intérieur, selon l’AFP.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de la mort du jeune homme de 21 ans, intervenue dans « un contexte de violence », selon le procureur de la république d'Albi, Claude Derens. « Les forces de l'ordre ont été attaquées en règle par un groupe de manifestants violents, approximativement une centaine », avait dit le procureur à la presse dans l'après-midi pour décrire les événements de la nuit.
Le projet de barrage-réservoir de 1,5 million de mètres cubes d'eau stockée est porté par le conseil général du Tarn. Ses partisans assurent qu'il est indispensable pour irriguer les terres agricoles alentour et qu'une autre zone humide sera recréée. Les opposants dénoncent un projet coûteux qui, selon eux, ne servira qu'à irriguer les terres d'un petit nombre d'exploitants pratiquant une agriculture intensive.

Un rapport d'experts commandé par le ministère de l'écologie critique fortement le projet de barrage de Sivens dans le Tarn. Il est dévoilé dans ce contexte très tendu.

Des besoins surestimés, une étude d'impact « de qualité très moyenne », « un financement fragile » : établi par deux ingénieurs généraux des eaux et des forêts, ce rapport doit être rendu public par la préfecture du Tarn dans le courant de cette semaine, peut-être dès lundi. Il critique tout d'abord une évaluation « contestable » des besoins « réels » d'irrigation, évoquant « une surestimation du volume de substitution destiné à l'irrigation d'au moins 35 % ». Un surdimensionnement qui s'explique par une estimation des besoins établie « sur des données anciennes et forfaitaires ».

« Le choix d'un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles », une situation d'autant « plus regrettable que le coût d'investissement rapporté au volume stocké est élevé », note le rapport. Il qualifie en outre l'étude d'impact de « qualité très moyenne » et juge le financement du projet « fragile ».

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 16:41

 

 

Source : www.reporterre.net


 

EDITO - Un crime du pouvoir socialiste

Hervé Kempf (Reporterre)

lundi 27 octobre 2014

 

 

 

 

Le décès de Rémi Fraisse au Testet est le résultat d’un crime : celui des responsables socialistes qui ont piétiné la loi et la démocratie pour ne laisser d’autre issue que la violence.


Le drame qui s’est déroulé près d’une rivière où, voici quelques semaines, s’épanouissait une forêt vivante, n’est pas un accident. C’est un crime.

Nous ne pouvons assurer définitivement ici qu’une grenade ou un autre projectile lancé par les forces de « l’ordre » a touché mortellement le jeune Rémi Fraisse. Les témoignages que nous publions incitent à le penser, mais nous attendons le résultat de l’autopsie et d’autres témoignages indiscutables pour déterminer notre conviction.

Mais nous affirmons que la mort de ce jeune homme résulte de l’obstination criminelle de hauts responsables qui ont, contre l’évidence et en piétinant l’esprit de la loi, conduit à une situation où la seule issue était la violence, une violence savamment entretenue par une police à qui l’on a lâché la bride.

Rappelons divers faits, amplement documentés par Reporterre et par les collectifs de sauvegarde de la zone humide du Testet :

- l’enquête publique avait conclu à un avis favorable, SOUS RESERVE d’un avis positif du Conseil National de Protection de la Nature. Or, celui-ci a rendu un avis nettement défavorable ;
- les travaux de défrichement se sont déroulés sans autorisation préalable de défrichement ;
- les opérations obligatoires de diagnostic archéologique préalable ont été oubliées ;
- le conflit d’intérêt est manifeste, puisque la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne a établi l’étude concluant à la nécessité des travaux, alors que c’est elle qui doit les réaliser.

Par ailleurs, l’action de la police a été extrêmement violente depuis la fin août, outrepassant largement les nécessités de l’ordre public dans un Etat républicain. De nombreux témoignages attestent de cette violence souvent gratuite, à l’encontre d’opposants installés sur la Zad essentiellement non-violents. Plusieurs des opposants ont certes, à l’occasion, lors des affrontements de début septembre, lancé des projectiles et parfois des cocktails molotov contre les forces de police. Mais l’esprit dominant, aussi bien sur la Zad que parmi les collectifs, est à la non-violence, comme l’attestent reportages et témoignages. La répression provocante menés par gendarmes et CRS à l’encontre de manifestants ou d’occupants pacifiques ne pouvait que viser à susciter des réactions violentes - servant d’alibi à la répression - chez les opposants.

Et par ailleurs, on traitait par le mépris ceux qui, s’engageant pacifiquement, mais au péril de leur santé, ont fait plus de cinquante jours de la faim afin, simplement, d’obtenir... un débat.

L’obstination du président PS du Conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, à mener les travaux quoi qu’il puisse en coûter, avec l’appui du préfet et du premier ministre Manuel Valls, est bien criminelle : elle a conduit à la mort d’un homme.

On sait la tactique suivie par les promoteurs de ce projet inutile et imposé : aller le plus vite possible pour réaliser le barrage. Ensuite, la justice pourrait bien juger de son illégalité, le barrage serait là, inamovible...

 

Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 16:29

 

Source : www.reporterre.net

 

 

EXCLUSIF - Testet : Rémi Fraisse a été touché par une grenade ou un flash-ball

Isabelle Rimbert (Reporterre)

lundi 27 octobre 2014

 

 

 

Reporterre a recueilli les témoignages de personnes ayant participé aux événements de la nuit de samedi à dimanche sur la zone du Testet. Ils attestent que les gendarmes ont emporté le corps de Rémi Fraisse, qui est décédé cette nuit-là. Un témoin dit qu’il avait été touché par une grenade ou un flash-ball.


- Lisle-sur-Tarn, reportage

Dimanche 26 octobre, avant l’aube, dans la nuit, les affrontements se déroulaient sur le Testet, près du chantier où, après avoir terrassé la forêt défrichée, des engins devaient préparer la digue du barrage de Sivens. Parmi les groupes qui se confrontaient aux gardes mobiles, il y avait Rémi Fraisse, un étudiant toulousain de vingt-un ans. Il est décédé cette nuit-là, et son corps a été emporté par la police. L’autopsie aura lieu lundi après-midi.

Les affrontements ont commencé dans l’après-midi de samedi, vers 16 heures, au lieu-dit Les Bouilles. De nombreux camions de CRS et de gardes mobiles sont arrivés en renfort sur la zone. Les affrontements ont fait une dizaine de blessés, dont cinq ont été évacués vers l’hôpital. Parmi eux, une personne a reçu un tir de flash-ball dans la figure. Le SAMU, appelé par l’équipe de secours d’urgence des opposants, a refusé de venir sur place.

Après une accalmie vers 21 heures, les affrontements ont repris dans la nuit. Les gardes mobiles (GM) étaient positionnés au lieu-dit des Bouilles, derrière la grille.

À midi, ce dimanche, sur le lieu des affrontements de la veille, il n’y avait aucune présence policière et aucune sécurisation de la zone où aurait eu lieu le décès.

Témoignages recueillis dimanche matin. Les noms sont des pseudonymes. Voici leur récit. Une personne dit avoir vu M. Fraisse être touché par une grenade et tomber.

- Baïk :

« Entre 2 heures et 3 heures du matin, il y a eu des tirs tendus de grenades lacrymogènes incapacitantes et explosives [grenades dites de désencerclement, NDLR]. La scène était éclairée par les lumières des phares des camions de GM. À un moment, après un lancer massif de grenades, un groupe de GM s’est avancé sur la dalle de béton, a attrapé une personne à terre et l’a porté près de la route. Cette personne était à deux/trois mètres du grillage, elle a pu recevoir une grenade en tir tendu. On pensait que c’était une interpellation. Les affrontements ont continué jusqu’à au moins 4 heures du matin. »


- C’est sur ce terrain, près de la digue projetée, que se sont produits les affrontements et qu’a eu lieu le drame. -

- Ju :

« À un moment, lors des affrontements nocturnes, il y a eu une grosse salve de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Six GM ont ramassé un mec qui était au sol et l’ont traîné puis porté jusque sur la route. Quand je suis rentré au campement [à la Métairie, à 1,5 km du lieu des affrontements, NDLR], il était 5 h moins le quart, il y avait encore des tirs de grenades. »


- Impact au sol d’une grenade - assourdissante ou de désencerclement -, à quelques mètres du lieu où serait tombé Rémi. -

- Christian :

« J’étais sur le lieu des affrontements, devant, près des flics, sur la gauche, près de là où ça s’est passé. Entre deux et trois heures du matin, ils ont envoyé une grosse charge sur la gauche, gazé. Il y a eu un gros nuage opaque, puis dans les lumières des phares de fourgon, six ou sept gendarmes sont arrivés sur la dalle, ont attrapé quelqu’un au sol et l’ont porté à plusieurs. À la façon dont ils l’ont attrapé, le mec semblait inerte. J’ai crié : « Attention, ils embarquent quelqu’un. » On pensait qu’ils l’emmenaient en garde à vue. Environ vingt minutes plus tard, on a vu un gyrophare bleu. Ca semblait être des pompiers. C’était avant quatre heures du matin. »

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 16:08

 

Source : www.mediapart.fr

 

Un mort au Testet : «L'État, mais de quel droit ?»

|  Par La Parisienne Liberee

 

 

Un jeune homme de 21 ans est mort dans la nuit de samedi à dimanche au Testet, sur le site du projet de barrage contesté de Sivens. La puissance publique a réagi en appelant les opposants à respecter « l'État de droit ». L'État certes, mais de quel droit ? Chronique chantée.

Cette nuit, en essayant de m'endormir, je repensais à ces images aperçues sur le site Tant qu'il y aura des bouilles : « la petite abatteuse » et « la grosse abatteuse ». Au fond, avec ses flashballs et ses grenades, l'État peut rapidement devenir une espèce dangereuse de grande abatteuse.

Le rapport d'expertise sur le projet de barrage à Sivens, rendu public ce matin, pointe une conception surdimensionnée, au financement fragile, n'ayant pas réellement pris en considération les alternatives possibles en termes d'irrigation, ni réalisé sérieusement l'étude d'impact. Et pendant ce temps-là, un opposant est mort dans la nuit de samedi à dimanche lors d'affrontements avec les gardes mobiles. Le procureur d'Albi s'est empressé de dénoncer la violence des manifestants sans questionner celle des gendarmes, pendant que Bernard Cazeneuve concluait son communiqué par la formule très vallsienne : « Aucune cause, dans un État de droit, ne peut justifier ce déchaînement de violences répétées. »

On a donc envie de lui retourner la question : est-ce que d'après lui, dans un État de droit, un projet de barrage financé par de l'argent public et contesté par de nombreux habitants justifie la mort de Rémi Fraisse, 21 ans?

Lien permanent - Télécharger le fichier audio

L'ÉTAT, MAIS DE QUEL DROIT ?


paroles et musique : la Parisienne Libérée

Cette nuit je ne dors pas
J'entends des troncs qui craquent,
Des grenades, du fracas
Et des coups de matraque

Cette nuit je suis fiévreuse
J'entends les arbres tomber
Au son des tronçonneuses
Lourdement escortées

Une grande abatteuse
Avance lentement son bras
C'est une tombe qu'elle creuse
Au beau milieu d'un bois
L'État, mais de quel droit ?

Le droit des bétonneurs
Et des élus repus ?
Le droit des assoiffeurs
Quand le maïs a bu ?

D'une préfecture pressée
De lancer des travaux ?
Du conflit d'intérêt
D'un maître d’œuvre en eau ?

Une grande abatteuse
Avance lentement son bras
C'est une tombe qu'elle creuse
Au beau milieu d'un bois
L'État, mais de quel droit ?

Dans mon rêve, au début
Il y avait une forêt
Maintenant je ne vois plus
Qu'un terrain désolé

Les engins mécaniques
Viennent retourner la terre
Leur cliquetis cynique
Laboure un cimetière

Une grande abatteuse
Avance lentement son bras
C'est une tombe qu'elle creuse
Au beau milieu d'un bois
L'État, mais de quel droit ?

Une grenade explose
La Gascogne, les coteaux
Tout se métamorphose
Il pleut des lacrymos

Cette nuit je suis en rage
La lune reste cachée
Quand les gendarmes chargent
Que s'est-il donc passé

Une grande abatteuse
Avance lentement son bras
C'est une tombe qu'elle creuse
Au beau milieu d'un bois
L'État, mais de quel droit ?

Une nuit de vertige
Perchée sur une cime
Au milieu des vestiges
D'une futaie en ruines

Le vent pousse un nuage
J'aperçois la vallée
À Sivens, le barrage
Ne se fera jamais.

DOCUMENTATION

Ce film collectif, intitulé Le conseiller général, l'arbre et le débat démocratique, donne une idée assez détaillée de la situation lorsque les déboisements ont commencé début septembre 2014 :

 



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Les précédentes chroniques de la Parisienne Libérée sont rassemblées ici.
Elles sont placées sous licence creative commons pour les usages non commerciaux.
 

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr


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