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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 18:35

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Vu à la télé 05/11/2014 à 19h09

Mines de la mort, espions chinois : le docu qui dégoûte des smartphones

Clément Guillou | Journaliste Rue89

 

 

 

Précédée d’une énorme campagne de presse, l’émission « Cash investigation » a fait un joli score, mardi soir : 3,6 millions de téléspectateurs, deuxième audience de la soirée et des commentaires positifs en pagaille sur les réseaux sociaux. Avec un peu de saracasme, même.

 

Xavier Alberti @xavier_alberti

La schizophrénie: tweeter depuis un smartphone fabriqué par des enfants, son indignation sur le travail des enfants.

 

Le contenu n’a pas surpris ceux qui s’étaient déjà intéressés à la question des conditions de production des smartphones :

  • sur tout cela, les fabricants ferment les yeux.

Mais la force de « Cash investigation », c’est la mise en scène de ses enquêtes. Le même sujet sur Arte n’aurait peut-être déclenché qu’un long bâillement. Ici, le documentaire se déguste comme un bon film. Du suspense, de l’humour, parfois même un peu d’action.

Elise Lucet, pugnace et taquine

La mise en scène de l’enquête du journaliste en chef de l’enquête, Martin Boudot, et des interviews d’Elise Lucet, pugnace et taquine, fait le sel de l’émission. Elle peut énerver mais deux heures plus tard, le grand public est au courant des conditions de fabrication de ce qu’il a dans les mains, et c’est ce qui compte.

Pour ceux qui n’ont pas vu l’émission, que vous pouvez retrouver en replay ici, nous avons retenu cinq séquences fortes et demandé à Martin Boudot de nous les commenter. On l’a appelé sur son portable :

« C’est un iPhone 5S mais j’ai décidé de le filer à quelqu’un et j’ai commandé le dernier Fairphone [qui se revendique smartphone équitable, ndlr]. Je n’aurai plus jamais d’iPhone, compte tenu de ce que j’ai appris sur la marge d’Apple, 340 euros hors marketing sur un 5S, et la façon dont l’information est cadenassée. »

1 Quand l’iPhone avoue tout seul ne pas respecter les droits de l’homme

« Comme Apple ne voulait pas nous répondre, on a interviewé Siri »

 

 

 

L’enquête s’ouvre (à 7’30 ») sur une séquence très drôle, un dialogue entre Elise Lucet et Siri, le système de commande vocale d’Apple :

« Comment es-tu fabriqué ?

– Qui, moi ?

– Oui, toi.

– Je préfère ne pas en parler.

– Respectes-tu les droits de l’homme ?

– OK, peut-être pas en effet.

– Et pourquoi ?

– Je n’en sais rien. Pour vous dire la vérité, je me demande moi aussi.

– Es-tu fabriqué par des enfants ?

– Je suis désolé.

– Désolé de quoi ?

– Faute avouée est à moitié pardonnée. »

La scène est anecdotique et légère mais on entre avec envie dans le sujet.

Martin Boudot  :

« Comme Apple ne voulait pas nous répondre – ils ont été très clairs dès le début –, on s’est dit qu’on allait interviewer Siri avec les questions qu’on avait. On a essayé de faire avec la version Androïd mais ça marche moins bien.

Siri a des réponses beaucoup plus gratinées. Ce n’est pas dans la séquence mais quand on demande s’il finance les conflits armés, Siri dit : “Mystère et boule de gomme.” »

2  Huawei et son « usine aux enfants » en Chine

« Le salaire est tellement faible que ça n’intéresse pas les adultes »

 

 

Dans le centre de la Chine, à Nanchang, « Cash investigation » s’est intéressé à une usine travaillant pour plusieurs fabricants (à 12’30 »). Un spécialiste de l’infiltration dans les usines s’y fait embaucher. Les cadences de travail sont infernales : des journées de dix à treize heures, de nuit pour certains. Xhang, l’infiltré, vérifie 6 000 écrans de portables par service, soit dix écrans par minute, pour un salaire de 70 centimes d’euro de l’heure.

Surtout, une bonne partie des travailleurs ont moins de 16 ans, l’employeur contrevenant ainsi à la loi chinoise. Ce sont souvent des enfants qui travaillent pour aider leur famille. Leur âge n’est jamais vérifié. Ainsi de Jiajia, 13 ans, qui accepte de témoigner car elle s’apprêter à quitter l’usine.

La vitrine Shenzhen : « Les usines y sont quasi parfaites »

A Paris, Elise Lucet court derrière le président de Huawei France pour lui demander ce qu’il en pense. Le responsable fuit. Il demande aussi à la journaliste qui elle est, et on se dit alors que c’est le patron le moins informé du monde. Ou qu’il prend France 2 pour des cons, au choix.

Un autre dirigeant, celui de Wiko, accepte de répondre et en sort plutôt grandi.

 

 

Martin Boudot :

« Dans un premier temps, on s’est rendu à Shenzhen, où se trouvent les plus grandes usines de Nokia, Samsung ou Foxconn, le sous-traitant d’Apple. Mais c’est une vitrine. Les usines y sont quasiment parfaites : quand vous voulez faire une séquence autorisée, c’est là-bas qu’on vous envoie.

On nous a vite dit que l’activité avait été délocalisée en dehors de Chine ou dans le centre du pays, où certaines provinces attirent des entreprises en réduisant les impôts de manière significative et où le salaire minimum n’est pas toujours respecté.

Plusieurs personnes nous ont parlé de cette usine comme “l’usine aux enfants”. Le salaire est tellement faible que même les adultes, ça ne les intéresse plus. La cadence, l’intensité, un jour de congé toutes les deux semaines : c’est pour ça qu’on se tourne vers les petits jeunes. La grande majorité des ouvriers qui n’avaient pas moins de 16 ans avaient entre 16 et 19. »

3 Les mines de coltan du Congo, où l’on est « candidat à la mort »

« C’est l’anarchie totale, très impressionnant »

 

 

Le tantale, dont est fait un condensateur indispensable au fonctionnement du smartphone, est un minerai obtenu en raffinant le coltan. La plupart des mines de coltan se trouvent en République démocratique du Congo. L’un des sous-sols les plus riches du monde. Et le deuxième pays le plus pauvre du globe.

Les mines sont, comme le constate le journaliste en descendant au fond, soutenues par de fragiles piliers de bois. Les éboulements sont fréquents, les blessés nombreux, mais l’hôpital ne voit jamais passer de cadavres. Pourquoi ? Parce que les mineurs morts restent au fond. « Ce sont les morts fantômes », dit un docteur. Un ancien mineur raconte :

« [Après un éboulement], on laisse les corps à côté et on continue la recherche. Ceux qui meurent dans les trous, c’est déjà leur tombeau. C’est ça, le quotidien de la carrière. [...] Vous pouvez entrer dans la mine à 8 heures et être mort à 8h05. Vous êtes candidat à la mort, là-bas. »

Evidemment, il y a aussi des enfants qui descendent.

Martin Boudot :

« Je suis resté 30 minutes dans la mine, et dix minutes en bas, jusqu’au début de l’éboulement qui fait que tout le monde nous dit de remonter très vite. Personne n’a de casque, il n’y a strictement aucune mesure de sécurité. On entend des cris en swahili, puis on me dit “grand danger”. Je n’étais pas super équipé, je glissais, je me faisais engueuler par les ouvriers que je ralentissais.

C’est l’anarchie totale, c’est très impressionnant. On comprend mieux les incidents quand on a vu ça. Trois mille personnes travaillent dans la mine mais ils sont entre 100 et 150 creuseurs, de nuit comme de jour, même quand il pleut. Depuis notre passage, il y a eu des petits progrès : ils ont des pompes à oxygène pour envoyer de l’air dans le trou.

Il y a des entreprises qui font en sorte d’être sûres que le minerai qui vient alimenter leur portable ne sert pas à financer la guerre en RDC. C’est le cas de la mine de Roubaya. Mais il y a un autre type de sang versé, celui des gens qui meurent dans les mines. »

4 Le silence des fabricants

« J’ai l’impression que les marques ne savent pas comment travaillent leurs sous-traitants »

 

 

Une partie conséquente du documentaire, trop longue sans doute, s’attache à montrer les chefs d’entreprise fuyant leurs responsabilités et la caméra de « Cash investigation ». Ce qui donne quelques scènes cocasses, comme celle du président de Huawei France plus haut ou l’interview à la hussarde du numéro deux de Samsung, à la fin d’une présentation devant la presse high-tech du monde entier.

Le président de Nokia France a, lui, accepté une interview dans un premier temps, vantant la transparence de son entreprise. Problème : pendant l’interview, Elise Lucet lui montre l’e-mail envoyé par son responsable de la communication dans lequel il reconnaît n’être « pas si transparent que cela ». Malaise. Avec l’industrie du smartphone, la corporation des attachés de presse est l’autre victime de ce « Cash investigation ».

Martin Boudot  :

« Nokia, il faut le reconnaître, a accepté de nous rencontrer une première fois, et fait beaucoup d’efforts sur l’environnement. Ils s’intéressent moins aux conditions de travail.

Ce n’est pas un milieu particulièrement secret. Mais j’ai vraiment l’impression que les marques ne savent pas comment travaillent leurs sous-traitants. Elles nous disaient : “Il y a tellement de sous-traitants, comment voulez-vous qu’on sache ça ?” Parfois, leur ignorance semble honnête. Parfois, elle est tout à fait fallacieuse. La vraie difficulté de l’enquête a été de remonter la chaîne de production d’un téléphone portable. »

5 A la frontière mongole, « la ville du cancer » et les services de sécurité chinois

« On a joué de malchance »

 

 

Le reportage des journalistes à la frontière sino-mongole les a conduits au poste de police à deux reprises. Ils ont aussi été suivis pendant trois jours par la sécurité intérieure chinoise, ce qui donne lieu à des scènes comiques et formidablement racontées.

A Baotou, on trouve des réserves de terres rares. Dix-sept éléments chimiques dont la Chine possède 90% des réserves mondiales, mais dont l’extraction produit une pollution immense. Le néodyme, une terre rare, sert à fabriquer les aimants que l’on trouve en quantité dans les portables.

Une tonne de néodyme produite, c’est une tonne de déchets et 75 000 litres d’eau acide rejetés. Les journalistes visitent un village fantôme, à proximité d’un lac de déchets de 11 km2.

« C’est totalement confidentiel »

« Plus rien n’est comestible et la plupart des villageois meurent avant 40 ans », dit l’une des dernières habitantes. Baotou, la ville du coin, est surnommée la « ville du cancer » par les médecins de l’hôpital local. Un policier local sermonne les reporters :

« Tout ce qui concerne notre industrie et l’entreprise Baogang, c’est très important pour la Chine, c’est totalement confidentiel. »

Martin Boudot :

« On a commencé notre tournage en Chine par Baotou. On est arrêtés le premier jour alors qu’on devait rester là-bas un mois. On a joué de malchance : des caméras venaient d’être installées quatre mois plus tôt, avant, il n’y avait aucun problème pour accéder au lac.

Quand on a mis le doigt dedans, ça va vite : la sécurité privée appelle la police locale, qui appelle le Parti, qui appelle le service de sécurité nationale. Ce n’étaient pas les agents les plus expérimentés de Chine, donc on a pu les semer trois jours de suite. »

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 17:51

 

Source : www.mediapart.fr

 

Espagne: l'alternative citoyenne Guanyem veut «dynamiter le système catalan»

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Comme leurs cousins du mouvement Podemos, les Guanyem (« Gagnons ») sont des héritiers du mouvement des indignés qui se lancent dans l'arène électorale. Mais eux ont opté pour le local. Ils visent la mairie de Barcelone en 2015. Leur stratégie: importer les méthodes des mouvements sociaux pour rénover la politique institutionnelle. Reportage dans l'ébullition catalane.

De notre envoyé spécial à Barcelone. Oubliez les débats enflammés sur l'indépendance de la Catalogne, et les élections régionales anticipées qui pourraient s'y dérouler dans quelques mois. C'est à l'approche des scrutins municipaux – en mai 2015 à travers toute l'Espagne – qu'a surgi à Barcelone l'une des initiatives « post-indignés » les plus inventives du moment : Guanyem (« Gagnons », en catalan), une plateforme citoyenne, emmenée par des acteurs des mouvements sociaux, qui a des chances de ravir la mairie à la droite nationaliste.

À l'instar de leurs collègues de Podemos, les Guanyem veulent recycler dans les urnes l'esprit du « 15-M », le mouvement « indigné » qui a bousculé l'Espagne en 2011. Mais le collectif, né au début de l'été, s'y prend différemment pour négocier ce virage institutionnel : là où la formation Podemos de Pablo Iglesias s'est présentée d'entrée de jeu aux européennes avec l'ambition de sortir l'Espagne du marasme, les activistes catalans jouent la carte de l'ancrage local. Ils misent sur un travail de fond, depuis les quartiers de Barcelone, pour préparer l'alternative.

« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c'est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s'engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l'ont saisie à l'échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation », explique Ada Colau, porte-parole de Guanyem, dans un entretien à Mediapart.

« La mobilisation citoyenne est sans précédent. Les gens comprennent que la délégation de la politique à des “professionnels” nous a conduits à la ruine. La démocratie ne peut plus se résumer à un vote tous les quatre ans. Il faut profiter de ces énergies-là. C'est maintenant ou jamais », poursuit Colau. Cette Barcelonaise de 40 ans, brune et énergique, est connue dans toute l'Espagne pour avoir été la voix de la Plateforme des personnes touchées par l'hypothèque (PAH), un mouvement qui a empêché des centaines d'expulsions immobilières dans le pays.

 

 

Le discours d'Ada Colau lors du lancement de Guanyem en juin 2014.

Ce jeudi soir d'octobre, dans un square du quartier résidentiel San Antoni dans l'Eixample, ils sont une grosse centaine à s'être rassemblés pour écouter Ada Colau débattre avec des « voisins ». La table, les chaises et les amplis ont été installés un peu plus tôt, il fait encore chaud alors que la nuit tombe. Dans le public, beaucoup de retraités, mais tous les âges sont représentés. À l'un des angles de la place, on vend des badges, des sacs et des T-shirts « Guanyem » – cela sent déjà la campagne électorale. La réunion est filmée et diffusée en direct sur le site du mouvement.

Une photo de campagne d'Ada Colau. 
Une photo de campagne d'Ada Colau. © Francesc Maseguer

Depuis la publication, en juin dernier, de leur manifeste, qui a récolté 30 000 signatures, l'équipe enchaîne les rencontres dans les quartiers de la capitale, pour présenter son projet et dresser l'inventaire des doléances. Ce soir-là, Ada Colau parle (en catalan) des méfaits du tourisme de masse qui n'enrichissent que « les élites », des multinationales étrangères qui construisent des hôtels à Barcelone mais paient leurs impôts dans des paradis fiscaux, et des inégalités qui se creusent dans cette ville de 1,6 million d'habitants (« L'espérance de vie varie de huit années selon le quartier de Barcelone où l'on naît »). 

À ses côtés, l'avocat des droits de l'homme Jaume Assens, un autre porte-parole de Guanyem, diagnostique, lui, la « crise de régime » que traverse l'Espagne, et tempête contre le « clan Pujol », référence à Jordi Pujol, l'ex-président de la Catalogne, et sa famille, aujourd'hui empêtrés dans un vaste scandale de corruption.

Dans le public, on écoute et, parfois, on se lève pour prendre la parole au micro. « Barcelone est une ville qui a toujours beaucoup discuté d'elle-même. Il y a toujours eu d'intenses débats pour savoir ce que devient la ville, si la ville d'aujourd'hui nous plaît, etc. Le mouvement des vecinos (voisins – Ndlr) est très vivant. Le mouvement du “15-M” (indigné – Ndlr) fut très intense ici. C'est l'un des éléments qui nous fait dire que Guanyem est possible, et peut gagner », commente Joan Subirats, un universitaire spécialiste des questions d'exclusion sociale à Barcelone, et chroniqueur réputé dans la presse locale.

Subirats a milité, à la fin des années 1960, au sein d'un groupe anti-franquiste proche des communistes catalans, l'éphémère Bandera roja. Il n'a plus jamais, depuis, adhéré à un parti traditionnel. À 53 ans, cette figure de la vie intellectuelle barcelonaise est l'un des initiateurs de Guanyem, pour dit-il, « rénover la politique ». « Barcelone n'est pas n'importe quelle ville de Méditerranée : ce qui se construit ici peut créer un précédent pour d'autres villes ailleurs en Espagne et en Europe », s'enthousiasme-t-il. À la seule annonce du lancement de Guanyem à Barcelone, en juin, des dizaines de « Ganemos » (la traduction en castillan) ont surgi partout en Espagne. 

« Faire tenir les pièces du puzzle »

Affiche de campagne de Guanyem qui exploite le scandale de corruption qui frappe Jordi Pujol. 
Affiche de campagne de Guanyem qui exploite le scandale de corruption qui frappe Jordi Pujol.

Ce jeudi soir-là dans l'Eixample, à la fin de son intervention, l'avocat Jaume Assens finit par lâcher l'un des concepts-clés de la jeune formation : la « confluence ». La plateforme, pour former une majorité dans les urnes, applique une méthode “boule de neige” : agréger du vieux et du neuf, des partis institutionnels comme des mouvements sociaux. En clair, s'entendre, par-delà les identités politiques des uns et des autres, sur des objectifs concrets, pour « récupérer Barcelone ». C'est à leurs yeux la seule manière efficace pour transformer un mouvement citoyen participatif en une majorité dans les urnes.

Depuis la sortie de l'été, les négociations sont intenses. La liste des soutiens à Guanyem ne sera définitive qu'à la fin de l'année, mais on en connaît déjà les principales têtes d'affiche. Aux côtés de jeunes formations surgies pendant la crise, comme Podemos Barcelona ou le parti X (une autre structure héritière des « indignés », sans leader, qu'avait soutenue un temps le Français Hervé Falciani), figurent des partis de la gauche alternative plus traditionnelle, comme les écologistes d'ICV, le parti vert EQUO, ou encore – ce n'est pas acquis – les indépendantistes catalans de la CUP. S'il se débrouille bien, cet attelage hétéroclite, sur lequel se greffe une population d'activistes très mobilisés à Barcelone, pourrait finir par propulser Ada Colau à la tête de Barcelone.

D'autant que la liste ne s'arrête pas là. Guanyem pourra aussi compter sur le soutien d'un drôle de collectif, révélateur de l'ébullition catalane des derniers mois : le Proces constituent. Lancé en 2013, ce mouvement social, qui prône à la fois l'indépendance de la Catalogne, la transparence absolue de la vie politique et la fin du capitalisme financier, fédère très largement sur le terrain, emmené par un économiste de renom, Arcadi Oliveres, et une religieuse habituée des plateaux de télévision, Teresa Forcades. Cette dernière s'était fait connaître du grand public en 2009, pour avoir dénoncé la gestion de l'épidémie de la grippe aviaire, et la manière dont l'industrie pharmaceutique a dopé ses profits pendant cette période.

 

 

En août 2013, la religieuse Teresa Forcades (Proces Constituent) dénonce les « sauvetages » des banques en Europe.

« Nous voulons dynamiter le système politique catalan », raconte Josep Maria Antentas, professeur de sociologie de l'université autonome de Barcelone, qui intègre le comité exécutif du Proces – et votera Guanyem aux municipales. « Podemos peut le faire à lui tout seul en Espagne, contre le bipartisme PP-PSOE. Mais en Catalogne, c'est plus compliqué, parce que le paysage politique est plus éclaté : il y a toujours eu beaucoup plus d'acteurs politiques qu'ailleurs dans le pays. »

« À Guanyem comme au sein du Proces, il y a de la place pour tout le monde, y compris pour les “anciens” partis. Mais l'important, c'est que les nouvelles pratiques soient majoritaires au sein du collectif. Ce sera le grand défi des semaines à venir : faire que les pièces du puzzle catalan tiennent ensemble, que les vieilles pièces trouvent leur place aux côtés des nouvelles…, poursuit Antentas. Nous sommes dans un moment de transition, où les initiatives sont nombreuses. Parce que l'époque que l'on vit est très difficile. Il faudra que cela se stabilise, à terme, d'une manière ou d'une autre. »

 

 

Mais comment, concrètement, parvenir à faire dialoguer des représentants de la « vieille » et de la « nouvelle » politique, au sein d'une plate-forme électorale ? Comment s'entendre sur un programme précis ? Ici ou là, des microfissures apparaissent. Certains secteurs des indépendantistes de la CUP, une formation de la gauche radicale, rechignent à rejoindre Guanyem si les écologistes d'ICV, qui ont longtemps gouverné en Catalogne aux côtés des socialistes, y sont également. « Il y a de la place pour tout le monde, tente de désamorcer l'eurodéputé d'ICV Ernest Urtasun. L'important, c'est de construire une dynamique gagnante. Si l'on commence à s'exclure les uns les autres, on ne va pas y arriver. »

Ada Colau semble, elle aussi, confiante sur sa méthode, misant sur les acquis des batailles passées : « Nous avons appris du cycle des mobilisations antérieures, des mouvements altermondialistes aux mobilisations contre la guerre en Irak (en 2003 – Ndlr), puis, plus tard, dans les actions pour le droit au logement, comme V de Vivienda (à partir de 2006 – Ndlr). Cela fait plus d'une décennie que l'on teste de nouvelles manières de s'organiser, de mener des campagnes citoyennes. Le dernier exemple en date, c'est la PAH : une organisation horizontale, la plus ouverte possible, mêlant des gens de tous les horizons, mais qui a su se montrer efficace sur le terrain en obtenant des résultats concrets. Nous voulons faire de même avec Guanyem. »

Les leçons de la PAH, plateforme anti-expulsions

 

 

Si l'on veut mieux comprendre la stratégie de Guanyem, il faut ici s'autoriser un détour, et revenir aux sources de la PAH, success story des mouvements sociaux espagnols. La structure a été créée en Catalogne dès 2009, et s'étend au reste du pays grâce au surgissement des « indignés » à partir de 2011. Pendant la crise, de nombreux ménages ont perdu leur emploi et n'ont pu rembourser leurs prêts immobiliers. Beaucoup d'entre eux se sont trouvés piégés par des clauses abusives dans leur contrat : les banques ont été autorisées à récupérer les biens immobiliers aux prix du marché, alors que ce marché s'était, entre temps, effondré, à cause de la crise immobilière. Il restait encore aux ménages à rembourser la différence. Des milliers d'Espagnols se sont donc trouvés expulsés, sans emploi, mais aussi endettés à vie.

Dans ce contexte, la PAH va devenir l'un des mouvements les plus populaires d'Espagne, en réclamant :

  • La suppression de l'ensemble de la dette des ménages, en cas de saisie d'un bien immobilier,
  • Un moratoire sur les expulsions,
  • La transformation des biens immobiliers saisis par les banques en un parc de logements sociaux.

Parmi ses faits d'armes, la plate-forme a rassemblé l'an dernier plus de 1,4 million de signatures pour inscrire son « initiative législative populaire » sur l'agenda du congrès espagnol, malgré l'opposition du PP, parti de droite, majoritaire aux Cortes. Elle mène aussi des « scratches » spectaculaires, des rassemblements d'activistes devant les domiciles d'élus opposés à une modification de la loi sur les expulsions. Et, à côté de ces actions « coups de poing », la PAH remplit, presque sans aucun moyen financier, des fonctions proches du travail d'une administration : aide juridique et psychologique pour les ménages endettés, suivi juridique des dossiers et négociations avec les banques, etc. Elle a bloqué des centaines d'expulsions dans le pays.

En 2013, la Cour de justice européenne a reconnu, comme le clamait la PAH depuis le départ, que la loi hypothécaire espagnole violait les droits fondamentaux : la législation a dû être modifiée. C'est l'une des grandes victoires de Colau (elle parle d'une « petite grande victoire », parce que, sur le fond, rien n'est encore réglé). La Catalane finit par abandonner le porte-parolat de la PAH en mai 2014, pour lancer Guanyem le mois suivant.

Aujourd'hui, la dynamique de rassemblement autour de Guanyem doit beaucoup à la figure consensuelle d'Ada Colau, dont les batailles des années passées ont marqué la population et les acteurs sociaux. Des partis politiques ont souvent essayé de l'enrôler, mais elle a toujours décliné. Son nom avait aussi circulé au moment du lancement de Podemos.

Affiche de campagne de Guanyem : « Ils le savaient » (Lire la Boîte noire). 
Affiche de campagne de Guanyem : « Ils le savaient » (Lire la Boîte noire).

Pour l'universitaire Joan Subirats, Guanyem est un cas typique de « leadership “quincemayista” (issu du 15-M, le mouvement indigné – Ndlr) » : « D'un côté, on met en avant des porte-parole plutôt qu'un leader unique, qui sont tous reconnus pour leur capacité à créer des liens, à articuler les luttes, sur le terrain comme sur internet. Et de l'autre, on assume un message très personnalisé, un “hyper-leadership”, en la personne d'Ada Colau, qui nous sert de raccourci, pour attirer des gens venus d'horizons très différents. »

Porté par la figure médiatisée de Pablo Iglesias, qui vient, lui, du champ universitaire, Podemos s'y prend à peu près de la même façon. Mais Ada Colau garde ses distances, en douceur, avec son collègue madrilène : elle ne va pas aussi loin que le patron des Podemos, qui dénonce la « caste » au pouvoir, appelle désormais à la défense de la « patrie » espagnole et refuse de se placer sur un échiquier gauche-droite. Ada Colau s'en tient à critiquer les « élites » du pays et, surtout, continue de revendiquer des « valeurs de gauche » pendant sa campagne, soucieuse de conserver un ancrage dans les mouvements sociaux dont elle est issue.

Contrer le « tourisme de masse »

Au-delà des discours, le programme de Podemos semble, jusqu'à présent, plus étatiste sur le front économique, quand celui de Guanyem paraît plus poreux aux modèles alternatifs, par exemple dans sa défense des coopératives. « Nous sommes moins centrés sur le rôle de l'État, c'est sans doute l'influence du terreau anarchiste à Barcelone », sourit Joan Subirats. « Guanyem a déjà réussi à dépasser le côté “anti” : ils sont en train de devenir une force de propositions. Ils ont un côté positif, que n'a pas Podemos. Et ils articulent, ce qui est très important pour EQUO, les questions de justice sociale et de crise environnementale », juge de son côté Florent Marcellesi, l'un des dirigeants de ce parti écolo.

 

Préparatifs de l'« assemblée citoyenne » de Podemos, en octobre. Podemos devrait soutenir Guanyem à Barcelone aux municipales. 
Préparatifs de l'« assemblée citoyenne » de Podemos, en octobre. Podemos devrait soutenir Guanyem à Barcelone aux municipales. © Podemos.

Mais le programme de Guanyem, comme celui de Podemos, est encore flou, lenteurs de la démocratie participative obligent. Une vingtaine de commissions – certaines thématiques, d'autres par quartier – travaillent à élaborer des « pré-propositions », qui devront ensuite fusionner, sans doute en début d'année prochaine, avec les « propositions » des partis qui soutiendront officiellement Guanyem… De longues discussions – et foires d'empoigne ? – en perspective.

Certains axes de travail ont été déblayés. Guanyem est sur le point de se doter d'un « code éthique » (lire le document en chantier, en catalan et en espagnol). Les élus municipaux devront être transparents sur l'intégralité de leurs revenus et rendre publics leurs agendas professionnels. Ils ne pourront pas travailler, dans les cinq ans suivant la fin de leur mandat, pour des secteurs du privé avec lesquels ils ont été en contact. La charte prévoit aussi de limiter la durée dans le temps du travail d'un élu (mais la période maximale de huit ans, fixée par certains, ne fait pas consensus) et veut aussi plafonner les salaires des élus (le chiffre de 2,5 fois le Smic espagnol, soit 1 600 euros par mois, en plus des défraiements, figure dans le texte, mais ne recueille pas non plus l'unanimité).

En matière d'urbanisme, Guanyem veut contrer les « ravages » du tourisme de masse. « Le maire Xavier Trias a marchandisé la ville dans tous les sens, il a privatisé à tout-va. Une partie du port va être privatisée pour accueillir des paquebots de luxe », énonce l'écologiste Ernest Urtasun. Ada Colau est sur la même longueur d'ondes : « Le modèle actuel est suicidaire : exactement comme l'Espagne a connu une bulle immobilière il y a quelques années, une bulle touristique menace d'éclater à Barcelone qui risque, à moyen terme, de tuer le tourisme… Le centre est devenu un parc d'attractions », juge-t-elle. Avant d'énumérer ses idées : moratoire sur la construction de nouveaux équipements touristiques, débat citoyen sur l'utilisation de la taxe touristique pour redistribuer les revenus du tourisme aux habitants, incitations fiscales pour des entreprises touristiques plus écolos…

Avec Madrid, Barcelone est la seule ville d'Espagne à disposer de compétences élargies en matière d'éducation et de santé. « Cette loi spéciale doit nous permettre de construire un bouclier, pour les habitants de Barcelone, contre les politiques d'austérité décidées à Madrid », promet Joan Subirats. Sur le front du logement, sans surprise, l'ex-porte-parole de la PAH veut transformer en logements sociaux l'ensemble des biens immobiliers qui ont été confisqués par les banques depuis le début de la crise. « Cela peut se faire très rapidement, il manque simplement de la volonté politique aujourd'hui », assure-t-elle.

Les propositions commencent à se mettre en place, mais la route de Guanyem vers la mairie de Barcelone est encore longue. Principale inconnue : les aléas du mouvement indépendantiste en Catalogne. Guanyem est loin d'avoir la maîtrise de l'agenda électoral. À tout moment, le patron de la Generalitat, Artur Mas (un conservateur de CiU, du même parti que l'actuel maire de la capitale), peut accélérer les choses, et décider de convoquer des élections régionales anticipées, dès 2015 (en théorie, les Autonomicas se tiendront en Catalogne en 2016). Ce scénario compliquerait la donne pour Guanyem, qui n'a pas fait de l'indépendance un marqueur prioritaire.

« Il n'y a pas, pour le moment, d'unité au sein de Guanyem sur le sujet », reconnaît Joan Subirats. Un consensus se dégage pour défendre « le droit à décider » – c'est-à-dire la possibilité pour les Catalans de se prononcer par référendum sur l'indépendance, ce que refuse Madrid. Mais au-delà (l'indépendance ? une nouvelle fédération ?), c'est très incertain, et le collectif se garde d'aller plus loin sur ce terrain miné. « C'est vrai que le scénario catalan est très ouvert, qu'il peut se passer beaucoup de choses, y compris des élections anticipées. Il va falloir se montrer agiles… », sourit Ada Colau, qui en a vu d'autres.

 

 

 

 

 

Boîte noire :

Les entretiens avec les porte-parole de Guanyem, dont celui avec Ada Colau, ont été réalisés mi-octobre à Barcelone. J'ai échangé avec Ernest Urtasun et Florent Marcellesi à Bruxelles (au Parlement européen, où ils travaillent tous les deux).

Concernant les vidéos dans l'article :

page 1 : le discours d'Ada Colau lors du lancement de Guanyem, en juin 2014 à Barcelone

page 2 : une intervention sur la crise économique de Teresa Forcades, religieuse à la tête du Proces Constituent qui soutient Guanyem

page 2 : un clip de campagne de Guanyem Barcelona

page 4 : l'audition « historique » d'Ada Colau, à l'époque porte-parole de la PAH, devant la commission parlementaire des affaires économiques, à Madrid, en février 2013. Elle traite de « criminel » le responsable de l'association bancaire espagnole, Javier Rodríguez Pellitero, qui vient de justifier, lors de son audition, la nécessité des expulsions immobilières qui se multiplient alors en Espagne. Cette séquence, qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux, a permis à Ada Colau de franchir une étape majeure en terme de notoriété dans toute l'Espagne. Voici un extrait de sa déclaration, devant ce parterre de députés : « Je n'ai pas lancé ma chaussure sur cet homme, parce que je crois que c'est important que je puisse participer à cette audition. Mais cet homme est un criminel et vous devriez le traiter comme tel. Ce n'est pas un expert. Les représentants des structures financières sont à l'origine du problème. Ce sont eux qui l'ont provoqué, qui ont ruiné l'économie entière de ce pays, et vous continuez à les considérer comme des experts. »

Dernière précision, en page 3 de l'article : le slogan de l'affiche, « Ils le savaient », fait référence à Jordi Pujol (à gauche sur l'image) et Felipe Gonzalez (à droite). Le conservateur Pujol, ex-président de la Generalitat catalane, a reconnu cet été avoir fraudé le fisc espagnol pendant plus de trente ans, via un compte bancaire en Andorre. Guanyem accuse Felipe Gonzalez, ex-chef de gouvernement espagnol, grande figure du PSOE (socialistes), d'avoir fermé les yeux.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

 

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 16:19

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Rémi Fraisse, victime d’une guerre de civilisation

LE MONDE | 04.11.2014 à 14h38 • Mis à jour le 05.11.2014 à 17h05 | Par Edgar Morin (Sociologue et philosophe)

 
 

 

Le sociologue et philosophe Edgar Morin, le 20 octobre 2012.

 

A l’image d’Astérix défendant un petit bout périphérique de Bretagne face à un immense empire, les opposants au barrage de Sivens semblent mener une résistance dérisoire à une énorme machine bulldozerisante qui ravage la planète animée par la soif effrénée du gain. Ils luttent pour garder un territoire vivant, empêcher la machine d’installer l’agriculture industrialisée du maïs, conserver leur terroir, leur zone boisée, sauver une oasis alors que se déchaîne la désertification monoculturelle avec ses engrais tueurs de sols, tueurs de vie, où plus un ver de terre ne se tortille ou plus un oiseau ne chante.

Cette machine croit détruire un passé arriéré, elle détruit par contre une alternative humaine d’avenir. Elle a détruit la paysannerie, l’exploitation fermière à dimension humaine. Elle veut répandre partout l’agriculture et l’élevage à grande échelle. Elle veut empêcher l’agro-écologie pionnière. Elle a la bénédiction de l’Etat, du gouvernement, de la classe politique. Elle ne sait pas que l’agro-écologie crée les premiers bourgeons d’un futur social qui veut naître, elle ne sait pas que les « écolos » défendent le « vouloir vivre ensemble ».

Elle ne sait pas que les îlots de résistance sont des îlots d’espérance. Les tenants de l’économie libérale, de l’entreprise über alles, de la compétitivité, de l’hyper-rentabilité, se croient réalistes alors que le calcul qui est leur instrument de connaissance les aveugle sur les vraies et incalculables réalités des vies humaines, joie, peine, bonheur, malheur, amour et amitié.

Le caractère abstrait, anonyme et anonymisant de cette machine énorme, lourdement armée pour défendre son barrage, a déclenché le meurtre d’un jeune homme bien concret, bien pacifique, animé par le respect de la vie et l’aspiration à une autre vie.

Nouvel avenir

A part les violents se disant anarchistes, enragés et inconscients saboteurs, les protestataires, habitants locaux et écologistes venus de diverses régions de France, étaient, en résistant à l’énorme machine, les porteurs et porteuses d’un nouvel avenir.

Le problème du barrage de Sivens est apparemment mineur, local. Mais par l’entêtement à vouloir imposer ce barrage sans tenir compte des réserves et critiques, par l’entêtement de l’Etat à vouloir le défendre par ses forces armées, allant jusqu’à utiliser les grenades, par l’entêtement des opposants de la cause du barrage dans une petite vallée d’une petite région, la guerre du barrage de Sivens est devenue le symbole et le microcosme de la vraie guerre de civilisation qui se mène dans le pays et plus largement sur la planète.

L’eau, qui, comme le soleil, était un bien commun à tous les humains, est devenue objet marchand sur notre planète. Les eaux sont appropriées et captées par des puissances financières et/ou colonisatrices, dérobées aux communautés locales pour bénéficier à des multinationales agricoles ou minières. Partout, au Brésil, au Pérou, au Canada, en Chine… les indigènes et régionaux sont dépouillés de leurs eaux et de leurs terres par la machine infernale, le bulldozer nommé croissance.

Dans le Tarn, une majorité d’élus, aveuglée par la vulgate économique des possédants adoptée par le gouvernement, croient œuvrer pour la prospérité de leur territoire sans savoir qu’ils contribuent à sa désertification humaine et biologique. Et il est accablant que le gouvernement puisse aujourd’hui combattre avec une détermination impavide une juste rébellion de bonnes volontés issue de la société civile.

Pire, il a fait silence officiel embarrassé sur la mort d’un jeune homme de 21 ans, amoureux de la vie, communiste candide, solidaire des victimes de la terrible machine, venu en témoin et non en combattant. Quoi, pas une émotion, pas un désarroi ? Il faut attendre une semaine l’oraison funèbre du président de la République pour lui laisser choisir des mots bien mesurés et équilibrés alors que la force de la machine est démesurée et que la situation est déséquilibrée en défaveur des lésés et des victimes.

Ce ne sont pas les lancers de pavés et les ­vitres brisées qui exprimeront la cause non violente de la civilisation écologisée dont la mort de Rémi Fraisse est devenue le ­symbole, l’emblème et le martyre. C’est avec une grande prise de conscience, capable de relier toutes les initiatives alternatives au productivisme aveugle, qu’un véritable hommage peut être rendu à Rémi Fraisse.

Edgar Morin (Sociologue et philosophe)

 

 

Source : www.lemonde.fr

 


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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 18:05

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Du liquide en vrac pour éviter le gaspillage des bouteilles

Côme Bastin (We Demain)

mardi 4 novembre 2014

 

 

 

Laver et réutiliser les bouteilles plutôt que de les jeter à la poubelle : c’est possible grâce à Jean Bouteille, une start-up nordiste qui propose des liquides en vrac dans les magasins.


Recycler les bouteilles en verre et plastique, c’est bien. Les réutiliser, c’est encore mieux. Tel est le constat de Gérard Bellet (photo), un entrepreneur lillois de 29 ans. Il a pour cela créé Jean Bouteille, une entreprise qui propose un nouveau mode de consommation associant vente de liquide en vrac et bouteille consignée.

« Durant mes voyages, j’avais remarqué le succès de la vente d’aliments secs en vrac, notamment en Inde où rien ne se perd, où tout est recyclé. Je me suis dit, pourquoi ne pas faire pareil avec du liquide ? », raconte-t-il à La Voix du Nord.

Laver plutôt que recycler

Le principe est simple : lorsqu’un client arrive en magasin il achète une (Jean) bouteille en verre à un euro qu’il remplit d’huile, de vinaigre, de jus, de soda, de vin ou – bientôt – de bière. Il paie alors uniquement le prix au litre de ce dont il s’est servi et rapporte le tout chez lui.

À proximité du lieu de vente, une station de lavage permet de donner une seconde vie aux bouteilles. Lorsque le client revient au magasin, sa bouteille sale lui est alors gratuitement échangée contre une autre qu’il peut remplir avec le liquide de son choix.

- Jean Bouteille en vidéo :

 


 

 

« Les consommateurs sont clairement séduits par l’aspect écologiste de Jean Bouteille. Mais c’est aussi moins cher : cela varie selon le produit mais sur le vin, on peut faire jusqu’à 20 % d’économies par rapport à des bouteilles classiques ! », explique Gerard Bellet.

Des économies qui s’expliquent par un coût d’acheminement des liquides réduit pour le producteur. En moyenne, une bouteille peut être lavée et réutilisée vingt fois, avant de devoir être recyclée. Jean Bouteille se finance grâce à une commission sur la vente des liquides en vrac et en louant son unité de lavage et ses bouteilles réutilisables à des producteurs locaux ou lors d’évènements à fibre écologiste. En juillet, la start-up a été désignée mention coup-de-cœur du jury des Premières éditions des trophées de l’économie circulaire....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 17:12

 

Source : www.reporterre.net

 

« L’origine des problèmes aujourd’hui réside dans le dogme de la croissance économique »

Entretien avec Marie-Monique Robin

mardi 4 novembre 2014

 

 

 

Ce mardi 4 novembre, Arte diffuse à 20h50 « Sacrée croissance ! », le nouveau documentaire de Marie-Monique Robin. Rencontre avec une journaliste, une réalisatrice et une écrivaine engagée.


Reporterre – Pourquoi avez-vous consacré un documentaire à la croissance ?

Marie-Monique Robin - L’idée de ce documentaire m’est venue, à la suite de ceux que j’avais réalisés sur l’agro-industrie, parce qu’il me paraît évident que l’origine de tous les problèmes dans lesquels nous sommes aujourd’hui réside dans le dogme de la croissance économique. Tous les jours, nos hommes politiques et les journalistes ne cessent de déplorer l’absence de croissance ou sa faiblesse. A la radio, à la télévision, il y a une incantation permanente, quasi-pathologique, à la croissance parce que, selon eux, elle résoudrait les problèmes du chômage et de la pauvreté. J’ai voulu faire ce documentaire précisément pour comprendre comment on en était arrivé là et pourquoi la croissance est devenue le paradigme indépassable. Parallèlement, nous avons atteint les limites de notre modèle économique, comme en témoignent de façon inouïe le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, l’effondrement des écosystèmes, la sixième extinction des espèces. Pour la première fois de son histoire, l’humanité toute entière est dans une situation gravissime. L’enjeu aujourd’hui, c’est sa survie et il y a urgence !

Je voulais aussi montrer que, partout dans le monde, des gens avaient compris cette situation et qu’ils dessinaient à leur échelle ce que pourrait être la société post-croissance en s’engageant dans des alternatives concrètes, dans les domaines de l’agriculture urbaine, des énergies renouvelables, des monnaies locales et sociales. Cette société, qui est déjà en marche, n’est pas basée sur le toujours plus mais sur le toujours mieux en prônant des valeurs telles que la convivialité, le partage, la coopération, l’échange, la créativité, etc.

Est-ce un documentaire sur la décroissance ?

J’ai beaucoup d’estime pour le mouvement de la décroissance car je trouve qu’il a été courageux de lancer ce mot-obus à un moment où le consensus sur la croissance paraissait inébranlable. Mais je préfère parler de société post-croissance parce que je pense que le terme de décroissance fait peur à beaucoup de gens, qu’il est pour eux synonyme d’austérité, de récession. Alors que post-croissance, cela veut dire que la croissance en tant que dogme économique – né il y a seulement deux siècles avec les économistes classiques, Adam Smith, John Stuart Mill, David Ricardo – n’est qu’une parenthèse dans l’histoire. J’ai d’ailleurs été surprise de voir durant mes recherches qu’eux-mêmes considéraient déjà à l’époque la croissance, c’est-à-dire l’augmentation de la production, comme un processus limité devant déboucher sur un état stationnaire. Les libéraux actuels ont l’air de l’avoir oublié.

Que représente, pour vous, la croissance ?

Quand on parle de croissance, il ne faut jamais oublier qu’on parle de l’augmentation du produit intérieur brut (PIB), un concept économique né durant la Grande Dépression en 1929 aux États-Unis pour mesurer l’évolution de la production nationale. Cet indicateur traduit donc dès le départ une vision très productiviste de la réalité. Une vision qui fait aujourd’hui encore consensus dans tous les partis politiques, de droite comme de gauche. J’aime beaucoup l’image qu’emploie Herman Daly, le père fondateur de l’économie écologique et auteur du livre Beyond Growth Au-delà de la croissance », NDLR]. Pour lui, nous vivions avant la Seconde Guerre mondiale dans un monde vide avec seulement deux milliards d’habitants et énormément de besoins à satisfaire. Désormais, nous vivons dans un monde plein. La croissance a consisté à remplir le vide.

En réalité, la croissance a été possible à la sortie de la guerre, durant la période dite des « Trente Glorieuses », uniquement parce que l’énergie, et surtout le pétrole, était bon marché. Or, ce n’est plus le cas depuis le choc pétrolier de 1973. Pire, comme le pic pétrolier, c’est-à-dire le moment où la consommation dépasse la production, a été atteint en 2006, le prix du pétrole s’envole. La croissance repose aussi sur l’utilisation excessive des ressources naturelles, et plus particulièrement des minerais. Or là aussi le pic de production se rapproche dangereusement. L’exploitation des gisements est de plus en plus difficile et de plus en plus coûteux, le prix des matières premières ne peut donc que grimper. Comme ces limites sont aujourd’hui atteintes, la croissance ne peut plus revenir. C’est évident.

Quel regard portez-vous sur la période que nous traversons actuellement ?

L’historienne Naomi Oreskes [co-auteure, avec Erik Conway, de L’effondrement de la civilisation occidentale, NDLR] parle de « l’âge de la pénombre ». Je pense en effet que nous marchons vers l’effondrement. En vérité, nous ne traversons pas une simple crise, il ne s’agit pas d’une situation conjoncturelle, temporaire, nous sommes emportés dans des bouleversements systémiques, qui se sont accélérés depuis 2007 avec la crise financière, et où les conditions mêmes de la vie ne sont plus garanties. L’effondrement de la production alimentaire est par exemple extrêmement inquiétant. En Europe, des études montrent que le rendement des cultures de maïs et de blé ont chuté de près de 10 %. Nourrir les populations sera de plus en plus problématique.

Malgré cela, les hommes politiques continuent d’implorer, de sacraliser la croissance comme si de rien n’était. Mais ce n’est matériellement plus possible ! Ils sont incapables de penser dans un cadre différent de celui qui prévaut depuis deux siècles et dans lequel ils ont été formés, dans les grandes écoles, à l’ENA. Ils sont dans ce que j’appelle « le grand déni ». Notre système de démocratie parlementaire présente lui aussi ses limites dans la mesure où les élections empêchent nos représentants d’avoir la vision à moyen et long termes dont nous avons cruellement besoin. Malheureusement, nos élus ne pensent bien souvent qu’à leur prochain mandat...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 16:52

 

Source : www.arte.tv/guide/fr

 

Sacrée croissance !

mardi 04 novembre à 20h50 (93 min)

 

 

 

 

© Marc Duployer
Des écoliers à Kandebas au Népal.

 

Sacrée croissance !

mardi 04 novembre à 20h50 (93 min)

  Rediffusion vendredi 07.11 à 8h55
  Rediffusion samedi 15.11 à 11h55

 

Face à la crise et aux risques écologiques, il faut repenser de fond en comble notre modèle de société fondé sur la croissance. Locales et solidaires, des solutions alternatives existent. Le nouveau documentaire de Marie-Monique Robin témoigne de celles qui vont – peut-être – orienter notre futur.

Le nouveau documentaire de Marie-Monique Robin est avant tout l’histoire d’une cassure. Entre les décideurs politiques et une partie de la population réticente à se laisser imposer les doxas libérales, les visions du monde tel qu’il doit être mené semblent irréconciliables. Lorsque les premiers ne jurent que par la croissance, répétant le terme comme une formule incantatoire, les seconds espèrent en d'autres solutions et réfutent le productivisme et la consommation à tout prix. Les experts intervenant dans le film sont formels : sous la forme qu'elle a connue au XXe siècle, la croissance est terminée, elle ne reviendra pas. De nombreux paramètres ne leur laissent aucun doute, dont la fin de l’ère des énergies bon marché ou la dépendance croissante à la dette.

Fous et insoumis

"Celui qui pense qu’une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini est soit un fou soit un économiste" déclare un... économiste, non sans humour. Alors, pendant que les États s’enfoncent dans la crise, des insoumis créent les prémices d’une société fondée sur la sauvegarde écologique et le développement durable. Avec Sacrée croissance !, la réalisatrice présente une sélection d’initiatives réussies et de modèles alternatifs viables. Son film élargit ainsi le champ des possibles en montrant comment on peut réfuter en action, et pas seulement en paroles, le modèle économique dominant. Avec une idée force : face au gaspillage mondial, la réponse doit être locale et solidaire. À Toronto, une coopérative de fermiers produit des légumes bio près du centre-ville et vise la souveraineté alimentaire. À Rosario (Argentine), on lutte contre l’exclusion sociale en fertilisant d'anciennes décharges pour embaucher des maraîchers débutants. Certains villages népalais s’approchent de l’autosuffisance énergétique grâce au biogaz et à la micro-hydro-électricité. Au Brésil ou en Bavière, des banques communautaires et des monnaies locales bouleversent le rapport à l’argent d’un public qui se fait "prosommateur" (producteur et consommateur). Quant au Bhoutan, il développe une politique publique révolutionnaire instaurant le concept du "Bonheur national brut" (BNB). "L’abondance matérielle finira par s’arrêter", rappelle un des intervenants. Et c'est avant qu'il faut changer de paradigme économique, insiste Marie-Monique Robin.

 

 

 

 

 

 

 

Source : www.arte.tv/guide/fr

 

 

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 16:37

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Sivens: 400 grenades ont été tirées la nuit de la mort de Rémi Fraisse

|  Par Louise Fessard

 

 

 

Les questions se multiplient sur l'engagement massif et violent des CRS et gendarmes à Sivens, le 25 octobre, alors qu'il ne restait rien à protéger et que la préfecture s'était engagée à une présence policière discrète. Selon une source proche de l'enquête, des consignes d’«extrême fermeté» ont été données par le préfet du Tarn. Ce qui explique que, selon cette même source, quelque 400 grenades, au total, ont été utilisées dans la nuit du 25 octobre.

Après la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive lancée par un gendarme, de nombreuses questions se posent autour des choix tactiques de maintien de l’ordre sur le chantier du barrage de Sivens le week-end des 25 et 26 octobre. Quelque 5 000 personnes, dont José Bové et Jean-Luc Mélenchon, étaient attendues pour un rassemblement festif contre le barrage. Après deux mois de tension entre zadistes et gendarmes, les forces de l’ordre étaient censées se faire discrètes. Comment en est-on arrivé à une bataille rangée avec l’utilisation de grenades offensives ?

Vidéo publiée par le groupe Groix, tournée sur la zone du Testet, le 25 octobre 2014.

  • Pourquoi déployer des policiers et gendarmes le 25 octobre ?

Les organisateurs tablaient sur la venue, ce samedi, de 5 000 opposants au barrage sur la ZAD du Testet. Entre 5 000 et 7000 feront en fait le déplacement, selon les organisateurs. « Nous avions un accord avec la préfecture pour qu’il n’y ait pas de gendarmes sur place », affirme Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. Le 21 octobre, une réunion de préparation présidée par le sous-préfet Yves Mathis, le directeur de cabinet du préfet du Tarn, se tient à la préfecture, à Albi. Sont présents des représentants de la gendarmerie, le chef du service de renseignement territorial (qui s’est fait casser le nez quelques semaines plus tôt par un opposant), la maire de Lisle-sur-Tarn et les organisateurs de la manifestation.

La discussion est surtout focalisée sur le problème du stationnement des bus et voitures des militants. Selon le compte-rendu officiel de cette réunion signé de sa propre main, Yves Mathis promet que « les gendarmes ne seront pas placés au milieu des manifestants pour éviter les provocations ». Il « met en garde les manifestants contre d’éventuels actes de violence ou de dégradation ». « Les gendarmes seront présents sur les routes et ailleurs prêts à intervenir en cas de besoin », précise-t-il plus avant dans la réunion.

« En fin de semaine dernière, nous avons eu des signes d’inquiétude qui faisaient état de rassemblements importants de personnes venues pour en découdre, pour casser du gendarme », a rapporté Denis Favier, le directeur général de la gendarmerie nationale, interviewé sur BFMTV le 29 octobre. « Nous avons pris des dispositions pour que la manifestation qui était prévue samedi se déroule dans les conditions les plus apaisées possible, ce qui a été le cas, avec une présence discrète des forces de l’ordre. »

Cet accord sera rompu dès le vendredi soir, au prétexte de l’incendie d’un Algeco et d’un générateur récemment installés sur le chantier. « Vers 3 h 30 du matin, le sous-préfet Yves Mathis m’a appelé pour me dire qu’on était face à 200 hooligans et qu’il ne pourrait pas respecter l’accord », raconte Ben Lefetey. Au bout de la vallée déboisée, tous les engins de chantier avaient pourtant été enlevés à la demande du collectif. Ne restaient que cet Algeco et ce générateur gardés par trois vigiles, sur un terre-plein entouré d’une douve et d’un grillage, façon camp retranché.

« Le vendredi soir, on montait les scènes à la nuit tombante et on a vu passer un groupe non identifié d’une trentaine de personnes aller y mettre le feu », raconte Marc, 56 ans, ancien fonctionnaire de la DRIRE. « Les vigiles ont pris peur et se sont cassés dans leur voiture, là des copains ont brûlé les trois trucs qui restaient », complète une zadiste.

Interrogations de policiers

Les gendarmes mobiles débarquent dans la foulée. Des CRS arrivent en renfort le samedi, eux aussi par le fond de la vallée, à l’opposé du lieu du rassemblement. Dans l’après-midi du samedi, les zadistes dénombrent 32 à 34 fourgons de CRS et de gendarmes mobiles sur le parking du chantier. Pourquoi ce déploiement ? Quel était l’enjeu de ce maintien de l’ordre en pleine nature, alors que les conférences se déroulaient à une bonne quinzaine de minutes à pied de là, sur la partie encore en herbe ?

« Il n’y avait plus rien à protéger, il n’y avait strictement aucune raison d’avoir une présence policière, dit Ben Lefetey. Le rapport entre ce qu’il y avait à protéger et les moyens déclenchés n’est pas cohérent. Par contre, ça allait tout à fait dans le sens du conseil général qui voulait donner une mauvaise image de nous et détourner l’attention des journalistes des débats de fond. Et c’était mettre en danger pour rien des forces de l’ordre. »

Les spécialistes du maintien de l’ordre contactés partagent les mêmes interrogations sur ces choix tactiques. « Pourquoi le commandement militaire de la gendarmerie est-il allé jeter ses hommes de nuit dans ce combat sur un terrain tenu par des gens venus exprès pour en découdre alors qu’il n’y avait ni risque ni d’atteinte aux biens et aux personnes ? » s’étonne un syndicaliste officier de police. « Il ne s’agissait pas d’un milieu urbain avec des commerces, des bâtiments publics à protéger. » La question mérite d'être posée mais relève du préfet, nuance un officier CRS : « Ce sont des décisions politiques qui relèvent de l'autorité civile, car elles peuvent avoir des effets de visibilité contraires au but recherché. »

C’est un simple capitaine de gendarmerie mobile qui semblait diriger les opérations sur place, en liaison téléphonique avec la préfecture. « Mais les gendarmes ne font qu’exécuter les ordres, ils ont peu d’initiative, c’est l’autorité civile qui décide », rappelle le général de gendarmerie Bertrand Cavallier, qui a dirigé le Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne) et a quitté le service actif en 2011.

« Il y a deux conceptions du maintien de l’ordre, confirme le sociologue Fabien Jobard, chercheur au Centre Marc Bloch. Celle britannique selon laquelle la police est autonome dans les choix stratégiques et de moyens, et celle qui prévaut en France où le maintien de l’ordre, sauf cas de légitime défense, est entièrement dirigé par l’autorité civile, c’est-à-dire le préfet. Le maintien de l'ordre est aussi le reflet d'un rapport de force politique. Un préfet qui vient de recevoir la visite martiale d'un premier ministre peut considérer les protestataires comme quantité négligeable. »

Selon une source proche du dossier, des consignes d’« extrême fermeté » avaient été données aux gendarmes par le préfet du Tarn. Ce qui explique peut-être que, selon cette même source, quelque 400 grenades, au total, ont été utilisées dans la nuit du 25 octobre. Sur le terrain, on les ramassait encore à chaque pas une semaine après les faits.

 

Caisses de grenades pour la plupart lacrymogènes, déversées après le 25 octobre devant la préfecture par les zadistes. 
Caisses de grenades pour la plupart lacrymogènes, déversées après le 25 octobre devant la préfecture par les zadistes.

À écouter les récits des opposants qui ont participé à l’affrontement, l’enjeu de cette débauche de moyens en pleine nature paraît incompréhensible. Christian, 37 ans, montre les traces de départs de feux sur la colline, là où sont tombées les grenades offensives. « Je n’avais jamais vu ça et je ne suis pas venu pour ça, dit ce père de famille. Mais, après ça, vous ne pouvez que rester. »

Il explique qu’en fin d’après-midi, les forces de l’ordre les ont poursuivis jusque dans la forêt où les échauffourées ont continué. « Ils étaient par groupes de trois, un avec le Flashball, un avec une caméra et le dernier avec le bouclier, ils ont joué à la guerre, dit-il. Ils nous visaient au Flashball. On est ressortis quand il a commencé à faire nuit et on a allumé des feux de barrage. Là, ça s’est calmé. Puis on a refait une bataille rangée jusqu’à 4-5 heures. »

  • L’utilisation de grenades offensives était-elle nécessaire et proportionnée ?

Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a suspendu jeudi l’usage des grenades offensives OF F1, ainsi que, pour faire bonne mesure, les grenades lacrymogènes instantanées (GLI) utilisées par les policiers et les grenades instantanées (GI), leur équivalent gendarmesque. Lancées à la main, les grenades offensives dites OF F1 sont des armes militaires datant de la guerre de 1914 en dotation uniquement chez les gendarmes. « Je les ai découvertes en faisant mon service militaire, explique un policier. En temps de guerre, on les balance dans un lieu clos, ce qui fige les gens et permet d’intervenir. »



Schéma de la grenade OF F1 utilisée par les gendarmes mobiles. 
Schéma de la grenade OF F1 utilisée par les gendarmes mobiles.

Contacté pour en savoir plus sur ces grenades, le Service d'informations et de relations publiques des armées (Sirpa) renvoie d’ailleurs... vers le musée de l’infanterie et une photo de grenade OF F1 datant de la Première Guerre mondiale. Une mission a été confiée aux inspections générales de la gendarmerie nationale et de la police nationale sur l’usage de ces grenades offensives. Trois jours après la mort de Rémi Fraisse, la fiche d’instruction concernant ces grenades était inaccessible sur l’intranet de la gendarmerie nationale, « en cours de refonte avec le CNEFG (Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie à Saint-Astier - ndlr) ».

« A qui profite le désordre ? »

Sur place, les gendarmes mobiles et les CRS ont fait face dans l’après-midi de samedi à  environ 150 « individus casqués, cagoulés, porteurs pour certains de boucliers de fortune et qui agressent les forces de l’ordre avec une violence qui n’a, d’après les témoignages qui m’ont été rapportés, jamais été rencontrée par les gendarmes engagés dans une opération de maintien de l’ordre », a relaté Denis Favier, directeur général de la gendarmerie nationale. « Beaucoup de gendarmes, qui avaient été sur le site de Notre-Dame-des-Landes auparavant, m’ont dit que c’était plus dur à Sivens », dit le général Bertrand Cavallier. Les affrontements qui ont lieu sur la butte tout l’après-midi s’apaisent en début de soirée, avant de reprendre de plus belle sur le terre-plein vers 23 heures, après le départ des CRS.

En milieu urbain, les policiers peuvent compter sur les gros bras des services d’ordre. Pas à Sivens, où ils ne disposaient d’aucun relais. « La manifestation sous le chapiteau se déroulait calmement, donc je ne voulais pas m’impliquer dans les affrontements à l'autre bout : ça n’aurait servi à rien, nous n’avions aucune influence sur les gens partis là-bas », explique Ben Lefetey.

En cas de violences contre les représentants de la force publique ou s'ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu'ils occupent, le commandant du dispositif peut décider lui-même de l'emploi de ces grenades. Le 2 novembre, sur TF1, le capitaine qui a donné l’ordre d’utiliser les grenades offensives s'est justifié par la violence des « assaillants ». Il a indiqué que son escadron de 72 gendarmes mobiles a été la cible de « fusées de détresse, de fusées très puissantes assourdissantes, de tirs de mortier artisanaux et de bombes incendiaires avec de l’acide et de l’aluminium ».

Après le tir de « plus de 200 grenades lacrymogènes », « la pression est telle » selon Denis Favier que les gendarmes passent aux grenades offensives. C’est l’une d’entre elles qui tuera Rémi Fraisse, atteint dans le dos vers 2 heures du matin.

« Il faut savoir que lorsque le gradé lance sa grenade, il fait nuit, on bénéficie d’un éclairage sommaire et les assaillants sont très mobiles », a indiqué le capitaine de gendarmerie sur TF1. D’après plusieurs récits recueillis par Mediapart, ce soir-là, les gendarmes éteignaient et allumaient régulièrement leurs lumières (projecteurs, phares de camions, torches Maglite). Cette nuit-là, au moins cinq autres personnes ont été blessées parmi les zadistes, selon le décompte en cours de leur avocate. Il y aurait plusieurs blessés côté forces de l’ordre, sans qu'il soit possible d’obtenir des chiffres.

« Le code de sécurité publique autorise les gendarmes à utiliser ces moyens s’ils ne peuvent défendre autrement un terrain occupé, mais défendre cette zone était-il d’un intérêt vital ? », s’interroge un haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur, spécialiste du maintien de l’ordre. « Il ne s’agissait pas de sauver un gendarme dont l’intégrité physique était en cause. » Et même en cas de légitime défense, l'usage de la force doit rester proportionnel au danger encouru.

Si CRS et GM ont été progressivement déguisés en Robocops, c’est justement pour pouvoir tenir et faire jouer le facteur temps en leur faveur. « Ils ont aujourd’hui des attributs vestimentaires et des protections qui leur permettent de faire face à des agressions sérieuses », rappelle ce policier qui a géré plusieurs maintiens de l’ordre « très durs ». « En maintien de l’ordre, les gendarmes et policiers ont le temps pour eux, souvent il suffit d’attendre l’épuisement de l’adversaire », explique Fabien Jobard.

« Au final, à qui profite le désordre ? Aux extrémistes, aux black blocs dont l'objectif est d'arriver à cette escalade. On parvient à un résultat dramatique : la grande base des manifestants se radicalise et les extrémistes gagnent sur le fond », regrette notre policier, déjà cité. 

Contactée dès le 27 octobre pour tenter d’obtenir des réponses à toutes ces questions, la préfecture du Tarn nous a renvoyés vers la direction générale de la gendarmerie nationale. Laquelle nous a répondu, de même que le cabinet du ministère de l'intérieur, que la préfecture était responsable du dispositif de maintien de l'ordre.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 16:26

 

 

Source : npa2009.org

 

 

Besancenot avec Reporterre à propos des "policiers-casseurs"

 

 

 

 

 

Source : npa2009.org

 

 

 


 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 00:24

 

Vu sur : www.facebook.com

 

 

Objet: Courrier envoyé à Xavier Beulin

Bonsoir à tous,

Ci-dessous le texte d'un courrier envoyé au patron de la FNSEA suite à un article paru dans Midi-Libre P.O.

A Sivens, un jeune homme s'est fait tuer. Partout en France, des gens se réunissent en hommage à Rémi. A l'étranger également. Et là, dans le journal local, tout contre l'article qui revient sur ce drame honteux, une déclaration, plutôt une menace, de Xavier Beulin, patron de la FNSEA.
Comme j'aimerais avoir en face de moi cette personne et lui dire ceci :
Vous déclarez : "je n'ai qu'à lever le petit doigt pour mobiliser 3.000 ou 4.000 agriculteurs sur le site". Lever le petit doigt, comme vous y allez, Monsieur Beulin ! Mais qui sont donc ces gens qui se mobilisent lorsque vous "levez le petit doigt" ? Ne se sentent-ils pas humiliés lorsque vous parlez ainsi ? N'ont-ils pas l'impression que vous les prenez pour quelques pauvres animaux domestiques maltraités, habitués à obéir.... au doigt et à l'oeil ? J'entends aussi dire que ces zadistes qui occupent le site du Testet ne sont qu'une bande de gens à la dérive, des fainéants, des bons à rien, vivant à coup de RSA et s'en trouvant très bien. Au crochet de ceux qui paient des impôts et des charges sociales, ceux qui travaillent, quoi !
Je voudrais éclaircir deux points :
1°/ Monsieur Beulin, pourriez-vous nous préciser combien de ces agriculteurs qui vous sont si fidèles seraient obligés de cesser leur activité s'il n'y avait pas les subventions pour leur permettre de s'en sortir ? Et ces subventions, tombent-elles du ciel ? Est-ce que cet argent ne viendrait pas plutôt de ce qui est versé dans d'innombrables tonneaux des danaïdes par les citoyens imposables ? Qui vous dit, Monsieur Beulin, que les citoyens en question ne préfèrent pas voir leur argent servir à la survie de tous ces gens courageux qui défendent la Terre plutôt qu'à arrondir les revenus de ceux qui la massacrent à coup de pesticides ; à ceux qui se battent pour sauver la Vie plutôt qu'à ceux à qui nous devons tant de ces maladies dont, au demeurant, ils meurent eux aussi. L'Europe, c'est nous, Mr Beulin, c'est aussi notre argent qui est versé aux grands agriculteurs, aux grands éleveurs, tandis que les seuils planchers sont là pour exclure des subventions, et donc éliminer, les petits éleveurs, les petits agriculteurs, apiculteurs, viticulteurs. Ceux à qui bien souvent revient l'honneur d'élever dignement leurs bêtes, de cultiver avec respect leurs terres.... et de ne pas empoisonner leurs congénères.
> 2°/ Vous trouvez sans doute que les violences policières ne sont pas allées assez loin (voilà encore l'argent des contribuables à nouveau détourné : ceux que nous payons pour nous protéger protègent en réalité les intérêts privés. Quant à nous, ils nous matraquent, nous gazent, utilisent leurs flashballs. Et pire encore hélàs !). Non, ça ne vous suffit pas : vous voulez ajouter 3 à 4.000 de vos esclaves, ceux qui obéissent lorsque vous levez le petit doigt ! Croyez-vous vraiment que votre menace puisse faire s'échapper ceux qui défendent le Testet ? Alors, c'est que vous les connaissez bien mal ! Oui, la peur existe, mais on apprend à la gérer. Après le meurtre de Rémi, j'ai vu arriver des gens qui ont monté leurs tentes sur cette sinistre zone de terre morte, sur ce poste avancé. Ils l'ont fait calmement, avec détermination. Et s'il en était besoin, ne vous y trompez pas, Mr Beulin, il en viendrait des quatre coins de France. Il en viendrait d'autres pays aussi. La solidarité du coeur et de l'esprit est bien plus puissante et fidèle que celle du fric.
Leur lutte est belle, Mr Beulin. Elle restera gravée dans nos mémoires en lettres couleur d'arc en ciel. Tous se battent pour sauver la Terre tant qu'il en est encore temps ; pour qu'une Vie qui vaille la peine d'être vécue envahisse notre planète encore merveilleuse.
Et même si cette lutte devait parfois s'interrompre, ici, ou là, pour quelques jours, pour quelques mois, elle jaillirait à nouveau de plus belle, ici, ailleurs, plus tard, bientôt, partout, encore plus forte, encore plus lumineuse.


Ce qui est en marche, rien ne pourra l'arrêter.

 

Vu sur : www.facebook.com

 

 

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 22:43

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

Il est urgent de préparer la décroissance !

Lundi 3 Novembre 2014 à 05:00

 

Thierry Brulavoine, Michel Lepesant et Christine Poilly*

 

Pour Thierry Brulavoine, Michel Lepesant et Christine Poilly, tous trois membres du Mouvement des objecteurs de croissance, "les partis médiatiques prouvent tous les jours leur incapacité à proposer la moindre mesure qui ose accepter la réalité d'un monde fini". "C'est pourquoi, écrivent-ils, il faut appeler politiquement à une recomposition électorale autour d'un pôle antiproductiviste et anticonsumériste, donc anticapitaliste et révolutionnaire".


REX/Stuart Forster/REX/SIPA
REX/Stuart Forster/REX/SIPA

Il est urgent de préparer la décroissance !
>>> Article paru dans Marianne daté du 24 octobre

Les partis de gouvernement et d'opposition, de la droite à la gauche, se sont engagés depuis des décennies dans une quête effrénée de croissance, par la promotion du consumérisme et du « progrès » technoscientiste. Les effets de ces politiques sont pourtant implacables : les 67 milliardaires les plus riches de la planète détiennent autant de richesse que les 3,5 milliards d'humains les plus pauvres ; le 5e rapport du Giec annonce une augmentation de 4,8 °C d'ici à la fin du siècle, induisant des événements climatiques extrêmes, une insécurité alimentaire, une perte de biodiversité, plus de migrations contraintes...

A moins d'afficher le plus grand cynisme présent ou le plus absurde aveuglement sur le futur, comment ne serait-il pas urgent de penser un autre modèle de société, pour revenir sous les plafonds de la richesse indécente et de l'insoutenabilité écologique ? La richesse des plus riches doit décroître, notre poids écologique global doit décroître. Ce qui revient à envisager une décroissance de l'empreinte écologique et donc du PIB, qui lui est mécaniquement associé.

Quand les plafonds sont dépassés, la responsabilité n'est plus de se demander comment rester dans le même monde avec une croissance nulle : il faut maintenant avancer vers une société dont les indicateurs écologiques et économiques repasseront sous les seuils de l'injustice sociale, de l'absurdité économique et de l'irresponsabilité écologique.

Partout et déjà, des objecteurs de croissance se mobilisent pour mettre en œuvre et expérimenter des alternatives concrètes (Amap, monnaies locales, SEL, écoconstruction, agriculture urbaine, habitats partagés ou mobiles...). Beaucoup d'entre nous luttent contre les grands projets inutiles (aéroport de Notre-Dame-des-Landes, usine des 1 000 vaches, barrage de Sivens...) ou les projets extractivistes (gaz de schiste, biomasse...) qui tuent l'agriculture paysanne, détruisent la biodiversité, polluent l'eau, l'atmosphère, les sols, et qui engloutissent l'argent public au nom de la croissance, dans un parfait déni de la démocratie réelle. A partir de ces expérimentations minoritaires et de ces luttes, les décroissants produisent leurs propres théories de la pratique : ainsi vient de se tenir à Leipzig une conférence internationale autour du slogan « Votre récession n'est pas notre décroissance » qui a réuni 3 000 chercheurs du monde entier ; à Cerbère (France), les 9es Rencontres de l'objection de croissance ont rassemblé de nombreux pionniers sur le thème : « La croissance, c'est terminé. Vive la décroissance ! »

Les partis médiatiques prouvent tous les jours leur incapacité à proposer la moindre mesure qui ose accepter la réalité d'un monde fini : au mieux, ils oscillent entre « croissance verte » et « développement durable ». Au pis, ils continuent de promettre une croissance messianique qui ne ferait qu'approfondir les difficultés. C'est pourquoi il faut appeler politiquement à une recomposition électorale autour d'un pôle antiproductiviste et anticonsumériste, donc anticapitaliste et révolutionnaire, et contribuer au débat pour mener des politiques au service d'une vie bonne au sein d'une société juste. La décroissance est un vrai défi collectif, elle doit être sereine et démocratique, portée par de « belles propositions » en vue d'une nouvelle organisation sociale.

Alors que le chômage continue d'augmenter, la logique capitaliste conduit les salariés français (à plein temps) à travailler 1 660 heures par an pour produire des objets vite obsolètes et achetés à crédit : il faudrait « travailler tous pour travailler moins », par une RTT drastique, par un droit inconditionnel au temps partiel choisi, par la garantie d'un revenu inconditionnel d'un montant décent. Une production n'est justifiée que si elle est tournée vers la réalisation de biens socialement utiles, sobres en énergie, utilisant les ressources locales et renouvelables, autogérés dans une démocratie de proximité.

La reconversion écologique de la société passera par une économie relocalisée, par des territoires redynamisés (services publics de qualité, transports de proximité...), par des reconversions drastiques (décidées unilatéralement) dans les secteurs « nuisibles » comme l'armement, l'automobile, l'agro-industrie, le nucléaire ; elle pourra être financée par l'instauration d'un revenu maximal (plancher/plafond de un à cinq).

Ralentissons le rythme de nos consommations : en interdisant l'obsolescence programmée et en coupant net le bras armé du capitalisme qu'est la publicité. Ralentissons nos déplacements : à l'heure de la transition énergétique, nouveaux aéroports et nouvelles lignes TGV sont des escroqueries. Retrouvons le temps du partage et de la démocratie. Non à leur récession imposée, oui à une décroissance sereine et démocratique.

* Thierry Brulavoine, Michel Lepesant et Christine Poilly sont membres du Mouvement des objecteurs de croissance.

 

Source : www.marianne.net

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