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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 22:49

 

Source : www.mediapart.fr

 

Le FMI facilite une arnaque au Cameroun et se venge contre un lanceur d'alerte

|  Par Fanny Pigeaud

 

 

 

Sous DSK, le Fonds monétaire international a autorisé un projet de mine au Cameroun, qui n'a jamais vu le jour. Depuis, l'institution, désormais présidée par Christine Lagarde, s'échine à enterrer l'affaire en menaçant un de ses anciens employés qui avait alerté à propos des risques liés à ce projet.

Si Christine Lagarde ne connaissait pas Geovic Mining Corp. lorsqu’elle a pris la tête du FMI, en 2011, la situation a dû bien changer depuis : cette petite compagnie minière américaine est devenue un caillou dans sa chaussure depuis qu’elle est soupçonnée d’avoir détourné des fonds publics camerounais, avec la caution du FMI. Ces derniers mois, les procédures judiciaires se multiplient contre elle. Dernière action en date : le tribunal criminel spécial (TCS) du Cameroun, une structure qui traite les dossiers de détournement de deniers publics, vient de lancer une enquête. Il a six mois pour déterminer ce qui s’est passé.

L’affaire est déjà connue dans les grandes lignes (voir notre article ici) : en 2008, le gouvernement du Cameroun a demandé au FMI l’autorisation d’investir dans un projet d’exploitation d’une mine de cobalt-nickel à Nkamouna, dans l’est du pays. L’objectif officiel était d’accélérer la mise en production du gisement, dont Geovic Mining Corp. détenait depuis 2003 les droits d’exploitation, pour 25 ans renouvelables, à travers sa filiale camerounaise, Geovic Cameroon (Geocam). Sous « ajustement structurel », le Cameroun avait impérativement besoin de l’assentiment du FMI pour réaliser cet investissement. Le FMI, alors dirigé par Dominique Strauss-Kahn, a donné son accord. Soixante millions de dollars, prélevés sur des fonds destinés à la « lutte contre la pauvreté », sont allés dans les caisses de Geocam, détenue à 39,5 % par l’État du Cameroun – dont 20 % au portage pour quatre individus mal identifiés.

Pourtant, l’opération s’annonçait très risquée : Geovic Mining Corp. n’avait aucune expérience dans l’exploitation minière, pas d’argent, pas de plan de financement viable et présentait une gestion douteuse. En 2005, un actionnaire de Geocam évoquait ainsi, dans une correspondance adressée à un haut responsable camerounais, de « faux bilans financiers », dressés par l’entreprise. De plus, le projet d’exploitation menaçait le parc national voisin du Dja, classé au patrimoine mondial par l’Unesco.

Mais Geovic Mining Corp., immatriculée dans les paradis fiscaux de l'État de Delaware aux États-Unis et des îles Caïmans, était fortement soutenue par l’ambassade des États-Unis à Yaoundé et avait de nombreuses connexions au sein de la classe dirigeante du Cameroun et d’ailleurs. Lorsque le Cameroun a demandé au FMI la permission d’investir dans le projet de Nkamouna, le ministre de l’économie, Lazare Essimi Menye, était d’ailleurs un ancien employé de l’institution financière internationale.

Ce qui devait arriver arriva : le gisement de Nkamouna n’a jamais connu la moindre mise en production. Les 60 millions de dollars débloqués par le Cameroun ont été dilapidés par les responsables de Geovic Mining Corp., ont alimenté leurs comptes bancaires aux îles Caïmans et leur ont vraisemblablement servi à acquérir de nouveaux droits miniers en Nouvelle-Calédonie.

 

 
© Ecofin

Au fil des années, la situation financière de Geovic Mining Corp. s’est fortement dégradée. Au point qu’elle a été exclue de la bourse de Toronto en juin 2014. Le prix de son action dans le compartiment hors cote de la bourse de New York s’est quant à lui effondré : le 8 décembre 2014, il se négociait à 0,0081 dollar. Un dossier a été déposé auprès de la commission boursière américaine pour qu’une enquête soit ouverte sur les pratiques de l’entreprise : elle a pour le moins trompé ses actionnaires en faisant croire qu’elle allait exploiter la mine de Nkamouna.

Fin 2013, Geovic Mining Corp. annonçait avoir revendu ses parts (60,5 %) de Geocam à une société chinoise, Jiangxi Rare Metals Tungsten Holdings Group Company Ltd (JXTC). Mais la presse camerounaise rapportait, début décembre 2014, que le projet avait échoué : le partenaire chinois n’aurait pas respecté les conditions posées par l’État camerounais. « Ce dernier épisode n’est que le énième d’un long feuilleton fait de promesses non tenues et d’annonces juteuses, qui, depuis onze ans, entretiennent le rêve de plus en plus lointain de voir le projet de Nkamouna finalement prendre corps », a commenté Ecofin, un site d’informations camerounais.

Au Cameroun, la fin du projet de Geovic Mining Corp. est évidente pour tout le monde. « Les engins qu’elle a acquis vont être réexportés vers les États-Unis : c’est vraiment la confirmation de son départ », explique un ancien employé de Geocam. Le site internet de Geovic Mining Corp. aux États-Unis ne fonctionne plus, lui, depuis plusieurs jours.

Le FMI n’a pas apprécié de se retrouver devant un tribunal

Geovic Mining Corp., un modèle d’escroquerie internationale ? C’est ce que pensent tous ceux qui se sont penchés sur l’affaire. En 2013, la Banque africaine de développement (BAD) a ainsi refusé de lui accorder un financement de 170 millions de dollars : une ONG américaine réputée, Government Accountability Project (GAP), avait prévenu les dirigeants de l’institution panafricaine des risques de corruption.

Seul le FMI semble voir les choses différemment. En avril 2013, il a expliqué à Mediapart que les « allégations » de corruption « étaient sans fondement ». Christine Lagarde n’a, par contre, jamais répondu à un collectif d’ONG d’Afrique centrale, de Belgique et des États-Unis qui lui a écrit, fin 2013, espérant avoir des explications. « Le FMI était-il en mesure de fournir au Cameroun des informations susceptibles d’éclairer sa décision, voire éventuellement de ne pas procéder au paiement sollicité par Geovic ? » demandaient ces ONG dans leur courrier. Elles posaient aussi la question de savoir s’il existe des mécanismes pouvant aider le Cameroun à « récupérer les sommes indûment versées à la société Geovic ». Silence radio, donc, de la part de Lagarde et du FMI. La déclaration de la directrice générale de l’institution faite à Maputo, au Mozambique, en mai 2014, résonne pour le coup un peu étrangement : elle avait plaidé pour plus de « transparence » et une meilleure gestion des ressources dans le secteur des industries extractives…

 

Le cours de l'action Geovic sur 5 ans, jusqu'à ce que l'entreprise soit “délistée”. 
Le cours de l'action Geovic sur 5 ans, jusqu'à ce que l'entreprise soit “délistée”.

Pour l’instant, le FMI a évité que le scandale ne l’éclabousse : il a réussi à faire échec à une première plainte, déposée en 2012 aux États-Unis, contre lui par un de ses anciens employés, Eugène Nyambal. Ce dernier, conseiller principal de l’administrateur du FMI pour l’Afrique, a été limogé en 2009 et accuse depuis le Fonds de s’être débarrassé de lui à cause de ses critiques du projet Geovic Mining Corp. au Cameroun.

L’institution financière a eu chaud : alors qu’elle s’est prévalue, pour échapper à cette plainte, de l’immunité absolue dont elle jouit normalement, le tribunal fédéral du district de Columbia a donné l’autorisation de contester cette protection. Mais, fin novembre 2014, la cour fédérale d’appel est revenue sur cette décision : l’immunité du FMI reste valable, a-t-elle jugé. L’affaire n’est cependant pas terminée : Eugène Nyambal prévoit de porter l’affaire devant la Cour suprême des États-Unis.

Cette partie de l’histoire s’est aussi compliquée : le FMI n’a visiblement pas apprécié de se retrouver devant un tribunal et a pris des mesures de représailles contre Nyambal. Peu après le premier jugement du tribunal de Columbia, en juillet 2013, l’économiste s’est en effet rendu compte qu’il avait été placé sur une « Do Not Admit List », une liste noire, par la Banque mondiale cette fois. À deux reprises, il s’est vu refuser l’accès à son siège, à Washington, alors qu’il travaille régulièrement comme consultant pour elle. La liste « Do Not Admit » est normalement réservée aux personnes présentant un risque sécuritaire pour la Banque mondiale et son personnel. La mesure a été appliquée par Allied Barton, une compagnie de sécurité qui travaille pour la Banque mondiale et… le FMI. Il a fallu du temps pour que les responsables de la Banque mondiale reconnaissent avoir blacklisté Nyambal à la demande du FMI. En juillet 2014, le vice-président de la Banque chargé de la gestion des ressources humaines a adressé à Nyambal une lettre d’excuses, lui proposant un dédommagement financier. Le 8 décembre, la Banque lui a finalement permis d’accéder de nouveau librement à ses locaux. Le Government Accountability Project, qui défend les lanceurs d’alerte, a conclu à propos de cet épisode : « Le FMI et la Banque mondiale continuent de confondre immunité légale et impunité. »

Silence, de nouveau, de la part du FMI et de Lagarde : ils n’ont pas répondu aux demandes d’explication de Nyambal sur cette « Do Not Admit List ». Résultat, il a déposé une deuxième plainte contre le FMI, cette fois auprès du ministère américain de la justice, pour « représailles, discrimination et violations » de ses droits. « En m’inscrivant sur la liste noire d’autres organisations internationales sans notification préalable ni motif et en me soumettant publiquement à l’humiliation, le FMI a violé ses propres règles ainsi que les lois américaines », déplore-t-il. Interrogé par Mediapart sur cette nouvelle affaire, le FMI s’est contenté de répondre : « En matière de sécurité, nous ne discutons pas des procédures d’accès aux bâtiments. » 

 

 

Dans la foulée, Nyambal a aussi porté plainte contre la société de sécurité Allied Barton pour « conspiration, diffamation, interférence dans les relations commerciales et inflictions de dommages émotionnels relatifs à son blacklisting et aux répercussions sur sa réputation et sa carrière ». Depuis ce litige, Nyambal a de plus en plus de mal à travailler : les « contrats de consultance » sont devenus rares, comme si tout le monde se passait le mot pour le laisser à l’écart de ce milieu fermé des institutions financières internationales.

Décidé à utiliser toutes les voies de recours possibles, Nyambal a aussi envoyé le 14 décembre une requête auprès du ministère américain de la justice pour l’ouverture d’une enquête criminelle sur toute l’affaire Geovic. Avec le soutien d'une ONG camerounaise, il projette également de déposer une plainte auprès de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples contre le FMI et sa directrice générale pour demander la rétrocession des fonds détournés et l'annulation du contrat minier de Geocam.

Que se passera-t-il si le Tribunal criminel spécial du Cameroun conclut dans quelques mois qu’il y a eu corruption dans l’affaire Geovic Mining Corp. ? Le FMI, qui se veut le champion de la bonne gouvernance, aura vraisemblablement du mal à continuer d'ignorer le problème. Et il pourra difficilement nier qu’il a couvert une vaste escroquerie, malgré des signes inquiétants et des alertes répétées, y compris de ses propres salariés.

Une autre question se pose : étant donné le manque de transparence, les faiblesses dans la supervision et le suivi du projet dont le FMI a fait preuve, on peut se demander si l’affaire Geovic est un cas isolé ou bien un cas… parmi beaucoup d’autres.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 22:40

 

Source : transatlantique.blog.lemonde.fr

 

 

Comment la France a laissé la voie libre aux tribunaux privés internationaux

 
in Share32

 

CC BY 2.0/Tori Rector

C'est l'histoire d'un coup de force franco-allemand avorté qui aurait pu abattre un totem du commerce mondial. L'histoire de quelques semaines décisives où la timidité du gouvernement français a conduit à laisser l'Union européenne avaliser un choix qu'elle regrettera peut-être dans quelques années : l'inclusion d'un mécanisme d'arbitrage privé dans l'accord commercial CETA conclu entre l'UE et le Canada le 26 septembre. 

Selon les informations du Monde, une montée au créneau de Paris aurait pu faire basculer le rapport de force européen pour enterrer l'ISDS (Investor-State Dispute Settlement), un système de tribunaux privés fréquemment intégré dans les accords commerciaux internationaux. Mis en lumière ces derniers mois par la négociation du traité transatlantique TTIP/Tafta, ce mécanisme est de plus en plus contesté, dans la société civile comme dans le champ politique, car il permet aux grandes entreprises de réclamer des dommages et intérêts aux Etats lorsqu'ils prennent certaines décisions allant à l'encontre de leurs intérêts.

>> Pour en savoir plus sur les risques, lire : Pourquoi le traité Europe-Canada est inquiétant

L'Allemagne, attaquée à deux reprises par le géant suédois de l'énergie Vattenfal (notamment pour avoir décidé de sortir du nucléaire), est fermement opposée à la signature de nouveaux traités avec ISDS. Jusqu'à la veille de la signature officielle du CETA, son ministre de l'économie, Sigmar Gabriel, menaçait de torpiller l'accord si la clause d'ISDS n'était pas retirée. Le 10 novembre, après avoir rencontré la nouvelle commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström à Berlin, le social-démocrate a dû admettre l'échec de sa croisade : « Si le reste de l'Europe veut cet accord, alors l'Allemagne doit l'approuver, s'est justifié le social-démocrate quelques jours plus tard devant le Bundestag. Nous n'avons pas le choix. »

Dans la dernière ligne droite, Berlin s'est donc retrouvé seul pour contester l'ISDS. En face, 14 Etats européens – Royaume-Uni, Espagne et Scandinaves en tête – ont écrit à la Commission européenne pour la sommer de défendre l'arbitrage privé.

Où se situait la France dans ce débat ? Nulle part. Se contentant devant le Sénat de rappeler les « réserves » de Paris sur la question, le secrétaire d'Etat chargé du commerce extérieur, Matthias Fekl, n'est jamais monté au créneau pour défendre son homologue allemand – pas plus que ses supérieurs. Le 10 novembre, dans Marianne, il s'est justifié dans ces termes :

« Je pourrais très bien aller demain devant les caméras et dire qu'on dénonce ce mécanisme et qu'on le refuse. Mais ça, c'est du spectacle ! Ce n'est pas ça la politique. »

Selon nos informations, une alliance franco-allemande aurait pourtant pu changer la donne. « Si la France était entrée dans l'arène aux côtés de l'Allemagne, l'ISDS aurait vécu ses derniers moments », aurait ainsi reproché une homologue européenne à Matthias Fekl lors d'une séance de travail à Bruxelles, le 21 novembre. « La Commission a réellement hésité, se demandant si elle ne devait pas se débarrasser de ce fardeau politiquement coûteux », confie une source proche du gouvernement français. Si la France et l'Allemagne n'ont officiellement pas le pouvoir d'imposer un veto au Conseil de l'Union européenne, le poids politique du couple aurait sans nul doute pesé dans la balance, et pu entraîner des Etats hésitants, comme les Pays-Bas, où un important débat sur l'ISDS a saisi l'opinion publique.

L'Allemand Sigmar Gabriel, contraint de faire avaler son renoncement à ses troupes social-démocrates, a gardé en travers de la gorge ce lâchage français en rase campagne. Il aurait même demandé – sans succès – des explications à Paris sur son silence lors du conseil « Ecofin » franco-allemand du 3 décembre.

Ces hésitations françaises sont d'autant plus surprenantes que Paris avait été parmi les premiers à critiquer l'ISDS dans le cadre du Tafta/TTIP, en janvier 2014, par la voix de l'ancienne ministre du commerce extérieur Nicole Bricq. Les remaniements successifs, conjugués à la reprise en main du dossier par le quai d'Orsay et la direction du trésor, ont achevé d'édulcorer cette position.

Fleur Pellerin a ainsi vanté les mérites du mécanisme devant les députés en juin, Laurent Fabius s'en remettant aux conclusions d'une consultation publique en juillet, Matthias Fekl refusant de se positionner en octobre… Le moins que l'on puisse dire est que le gouvernement socialiste n'est guère en phase avec sa majorité, qui a demandé à l'Assemblée le rejet du chapitre ISDS du CETA, dans une résolution du 23 novembre.

« Si le texte ne bouge pas, je voterai contre lorsqu'il arrivera pour ratification au Parlement », promet la députée socialiste Chantal Guitet, la rapporteure de la résolution à l'Assemblée. Et je ne suis pas la seule, car le scepticisme se retrouve aussi bien à droite qu'à gauche. » Or, un vote négatif du parlement d'un des vingt-huit Etats de l'UE, et c'est le CETA tout entier qui s'effondrera, car l'accord ne peut être amendé. « Il y a un gros déficit démocratique dans cette façon de traiter les parlements et l'opinion publique », poursuit Mme Guitet.

On peut dès lors se demander si Bruxelles et Paris entendent prendre le même risque dans le cadre du traité transatlantique négocié avec les Etats-Unis, qui doit comporter le même type de mécanisme d'arbitrage ISDS. Les conséquences d'un échec de la ratification du Tafta/TTIP seraient autrement plus dramatiques pour la Commission européenne, qui en a fait l'une de ses priorités pour relancer l'Europe dans le jeu mondial.

Maxime Vaudano

Lire également : Traité transatlantique : les coupables hésitations françaises

 

 

Source : transatlantique.blog.lemonde.fr

 

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 22:25

 


Source : www.lemonde.fr

 

 

Comment la taxe sur les transactions financières est torpillée par la France

Le Monde.fr | 22.12.2014 à 12h38 • Mis à jour le 23.12.2014 à 16h13 | Par Mathilde Damgé

 
 
La taxe sur les transactions financières, qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2016 en Europe, est loin de voir le jour.

C'était la promesse n° 7 du candidat François Hollande : soutenir une « action coordonnée au niveau européen pour imposer l'ensemble des transactions, y compris donc les produits dérivés ».

La taxe sur les transactions financières (TTF), aussi appelée « Robin des bois » ou Tobin, du nom de l'économiste qui l'a imaginée dans les années 1970, devait entrer en vigueur au 1er janvier 2016 en Europe. Mais elle semble, sinon enterrée, du moins s'éloigner de plus en plus.

Pourtant, le chef de l'Etat et son premier ministre ont été rappelés à l'ordre par 140 députés de leurs propres rangs, qui ont signé une lettre jeudi demandant à ce « que notre pays conserve intacte l'ambition initiale du projet qui inclut “toutes les transactions financières” ». Parmi ces derniers figurent entre autres l'ancien premier ministre Jean-Marc-Ayrault, Karine Berger, Aurélie Filippetti, Elisabeth Guigou, François Lamy…

CHANTAGE À LA DÉLOCALISATION

Cette lettre a été largement partagée pendant le week-end, alors que les 11 pays européens désireux de créer un tel impôt ne sont pas parvenus à se mettre d'accord le 9 décembre dernier à Bruxelles

Lancée au lendemain de la crise financière de 2008, l'idée de la TTF était de prélever 0,1 % sur les échanges d'actions et 0,01 % sur les produits dérivés. Ceux-là, destinés à assurer leurs acheteurs contre des risques financiers (de change, de taux…), ont connu ces dernières années une croissance exponentielle.

Une banque française, BNP Paribas, en est un des champions européens, voire mondiaux. Et l'ensemble du secteur a brandi la menace des délocalisations si la taxe s'appliquait en l'état.

Lire notre enquête : Comment les lobbies détricotent la taxe sur les transactions financières

LES SOCIALISTES DEMANDENT DES COMPTES

La taxe, qui ne visait pas à « tuer » l'activité bancaire, mais à l'encadrer (en rendant moins intéressants les échanges les plus spéculatifs), avait aussi pour object de redistribuer une partie de ces profits (environ 35 milliards d'euros par an si l'on incluait tous les produits dérivés dans l'assiette taxable) vers le développement humanitaire, les projets écologiques et la recherche sur les maladies, comme le sida.

Les associations militant pour cette taxe (Aides, Oxfam et Attac, notamment) ont rappelé que cette mesure devait au départ, selon les vœux de François Hollande, entrer en vigueur… en 2013. Elle se sont également félicité de l'initiative des députés, demandant au président de la République de « recadrer [le ministre des finances] Michel Sapin ».

Dans leur lettre de jeudi, les socialistes signataires expliquent :

« C'est la France qui a proposé de réduire l'assiette d'une telle taxe, la limitant aux actions et aux contrats d'assurance contre le risque de défaut de paiement [CDS – credit default swap], soit 3 % des produits dérivés. Cette proposition réduirait largement le rendement de cette taxe, le rendant encore plus limité que la taxe française créée en 2012. »

LES RENONCEMENTS DE BERCY

Le projet de loi de finances 2015 table sur un rendement de 700 millions d'euros pour la version française de la taxe Tobin, en vigueur depuis trois ans. Loin des premières estimations qui tablaient sur un rendement de l'ordre de 1,5 milliard d'euros annuel.

En cause, un torpillage en règle de l'assiette taxable : alors que la taxe aurait pu être renforcée par la taxation du trading haute fréquence, c'est aussi un gouvernement Hollande qui l'a fait échouer en France. Bercy a fait pression sur sa majorité et son rapporteur, Christian Eckert, a depuis été nommé secrétaire d'Etat au budget.

Lire : Trading haute fréquence, l'histoire d'un renoncement

Même les autorités britanniques ont été plus ambitieuses dans leur décision de taxer le secteur bancaire : le stamp duty (« droit de timbre ») rapporte quelque 3 milliards d'euros par an, grâce à une large assiette de 0,5 % sur tous les échanges d'actions, contre 700 millions d'euros pour la taxe française (entrée en vigueur en 2012).

Hongkong, Singapour ou encore Taïwan ont également mis en place, à des degrés divers, une telle taxation de leur place financière.

Lire aussi : Loi bancaire : la spéculation a-t-elle réellement été interdite en France ?

Cet article a fait l'objet d'une chronique dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et RMC   découverte.lien

Source : www.lemonde.fr

 

 
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 22:10

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

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Poissons et crustacés : comment s’assurer d’une consommation responsable ?

par Marie-Christine Monfort, Sophie Chapelle 24 décembre 2014

 

 

 

 

 

 

Comment être sûr, quand on achète du poisson ou des crustacés, de ne pas encourager la surpêche ? Que recouvrent les labels ? Sur quels critères peut-on distinguer les poissons dont les modes de production ont un impact limité sur l’environnement et sont le plus générateur d’emplois ? En France, avec plus de 200 espèces consommées provenant de plus d’une centaine de pays, la réponse n’est pas immédiate. A l’approche des fêtes, Basta ! et Kaizen vous aident à décrypter les dessous des étals des poissonniers. Ce qui n’est pas toujours évident.

Cet article a initialement été publié sur Kaizen. La vidéo en complément a été réalisée par Basta !.

Les règles pour acheter des produits aquatiques (poissons, coquillages, crustacés) de manière responsable sont aujourd’hui assez bien connues. Il convient de renoncer aux espèces dont les stocks sont épuisés, ou qui ne sont plus en capacité de se régénérer (notre enquête sur la surpêche et une tribune à ce sujet). Il est aussi préférable d’acheter des poissons ayant eu au moins une fois la chance de se reproduire, en les choisissant de la « bonne » taille. Mais quelle est-elle ? Et comment savoir si le filet que l’on s’apprête à acheter provient bien d’un poisson mature ? De plus cette règle n’est pas pertinente pour toutes les espèces, le prélèvement des gros individus pouvant entraîner des déséquilibres dans les populations.

Pour vous aider, voici une vidéo qui décrypte les dessous des étals des poissonniers :

 

 

— 
Éviter d’acheter pendant la période de reproduction – à nouveau, à supposer qu’on la connaisse – est aussi recommandé, mais il faudrait élargir cette période de repos à quelques mois avant, pour éviter de prendre les individus qui, à ladite période, vont se reproduire. Enfin, il vaut mieux donner sa préférence aux poissons dont les modes de production ont un impact limité sur l’environnement (privilégier certains engins de pêche comme la ligne, le filet droit, le casier, etc.) et un bénéfice social maximisé (emplois locaux) [1].

Un peu de pragmatisme

Devant un étal de poissonnerie, l’acheteur peut-il suivre ces règles ? Concrètement, non ! Parce que ces informations de nature scientifique, lorsqu’elles existent, ne sont pas accessibles. Alors, que faire ? À défaut d’un idéal inatteignable, Kaizen vous propose quelques règles pragmatiques, à utiliser sans modération.

1. Limitez votre consommation de produits aquatiques sauvages. La limite biologique de la ressource halieutique mondiale nous invite à diminuer cette pêche.

2. Limitez votre consommation de produits aquatiques d’élevage carnivores (saumon, bar, daurade) et privilégiez les produits biologiques (notre enquête sur le saumon gavé aux pesticides).

3. Régalez-vous de moules et d’huîtres d’élevage français (lire à ce sujet Ce mal mystérieux qui décime les huîtres).

4. Renoncez aux espèces de pêche de grands fonds (grenadier, lingue bleue), aux requins et aux raies.

5. Au rayon surgelé, achetez de préférence les produits portant le logo MSC ou le logo AB.

6. Pensez à varier vos consommations.

7. Questionnez le détaillant sur l’origine du produit, sur le mode de capture, sur la période de reproduction. Qu’il sente que vous n’achetez pas les yeux fermés et partage avec vous la responsabilité de la durabilité.

Les valeurs sûres

Quelques associations ont établi des listes de poissons à éviter ou à privilégier. Mais ces listes sont plus ou moins solidement établies, et rarement mises à jour. Aujourd’hui (automne 2014), la seule liste fiable et à peu près à jour est celle établie en juin 2013 par l’Alliance Produits de la Mer. Elle indique qu’on peut se régaler sans trop hésiter de lieu noir, de lieu jaune, de merlu, de sardine, de maquereau, de sole, de plie, de limande, de langoustine, de crabe tourteau, d’huîtres et de moules.

Un label ?

Depuis quelques années, les produits vendus sur les bancs des poissonniers et dans les rayons surgelés des grandes surfaces ou des magasins spécialisés arborent des labels, des logos destinés à informer ou à orienter les consommateurs. Qu’en faire ?

Dans l’univers du rayon frais, les mentions prennent la forme d’une petite étiquette accrochée à l’ouïe du poisson, ou sur les contenants. Elle informe d’un aspect particulier de la vie du produit (l’engin de pêche utilisé, la criée de débarquement, le bassin d’origine (AOP) ou le pays d’origine, le nom du bateau, le caractère durable de la pêcherie (MSC), les conditions d’élevage biologique… Les cahiers des charges tiennent en une ligne ou en dix pages et les contrôles sont inexistants ou sérieusement menés par des experts. Vous pouvez faire confiance à ces petites informations, mais ne leur faites pas dire ce qu’elles ne disent pas. Un poisson pêché localement n’est pas forcément issu d’un stock pérenne ; un label bio ne signifie pas que le produit est issu d’un élevage artisanal ni qu’il est doté d’un goût supérieur.

Favoriser les circuits courts

Vendre le poisson frais directement aux consommateurs, plutôt qu’à travers le circuit traditionnel (pêcheur, criée, mareyeur, grossistes, détaillants), est expérimenté par un nombre croissant de pêcheurs, plutôt jeunes, au parcours atypique. Poiscaille, l’un de ces réseaux, vous propose de suivre la route du poisson de la mer à Paris.

Texte : Marie-Christine Monfort
Vidéo : Sophie Chapelle
Photo : Kaizen

 

 

 

 

 

 

 

Cet article est extrait du numéro 17 du magazine Kaizen, dont Basta ! est partenaire (voir la description de Kaizen sur notre page Nos partenaires médias). Le dossier Peut-on encore manger du poisson ? a été réalisé en partenariat avec la rédaction de Basta !. Il est disponible dans les kiosques jusqu’à fin décembre 2014.

 

 

 

 

 

 

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Source : www.bastamag.net

 


 

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 22:03

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Liberté de semer

Monsanto ne pourra pas déposer son brevet sur une tomate naturelle

par Sophie Chapelle 23 décembre 2014

 

 

 

 

Monsanto, le géant américain des semences, visait l’obtention d’un brevet portant sur des tomates issues de sélection traditionnelle et naturellement résistantes à un champignon appelé Botrytis cinerea. Mais c’était sans compter l’opposition de la coalition No Patent on seeds ! (pas de brevets sur les semences), un collectif d’associations engagées contre le brevetage des végétaux, des graines et des animaux d’élevage [1].

« Les tomates originales utilisées pour ce brevet proviennent de la banque internationale de gènes de Gatersleben en Allemagne, explique la coalition. La résistance recherchée était déjà connue chez ces plantes. Or, Monsanto a publié un brevet formulé de façon à créer l’impression que des techniques de génie génétique avaient été utilisées pour produire lesdites tomates. » Il ne s’agirait donc pas d’une invention, critère incontournable pour obtenir un brevet. L’argument a été semble t-il retenu par l’Office européen des brevets – chargé d’étudier les demandes de brevets principalement déposées par les grandes firmes – qui vient de « révoquer » le brevet EP1812575 de Monsanto.

« Maintenant les sélectionneurs, cultivateurs et consommateurs pourront bénéficier d’une diversité de tomates plus importante à travers de futures sélections », se réjouit Christopher Then de No Patent on Seeds. Néanmoins, la coalition rappelle que plus d’une centaine de brevets ont déjà été accordés par l’Office européen des brevets sur des plantes issues de méthodes de sélection conventionnelles (voir nos articles sur le brevetage de melons ou de poivrons). Les organisations demandent une révision de la réglementation européenne sur les brevets afin d’exclure de la brevetabilité le matériel de sélection, les plantes, les animaux et la nourriture qui en est issue. Afin de freiner la main-mise de quelques grandes multinationales sur la chaine alimentaire.

Sur le même sujet : Industrie chimique, sociétés de biotechnologies et géants du trading contrôlent la chaîne alimentaire mondiale 

 

Photo : © Réseau Semences Paysannes

 

Notes

[1Les organisations de la coalition No Patent on Seeds ! sont Bionext (Pays-Bas), La déclaration de Berne (Suisse), GeneWatch (Grande-Bretagne), Greenpeace, Misereor (Allemagne), Development Fund (Norvège), No Patents on Life (Allemagne), Red de Semillas (Espagne ), Rete Semi Rurali (Italie), Réseau Semences Paysannes (France) et Swissaid (Suisse).


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Source : www.bastamag.net

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 21:47

 

 

Source : www.bastamag.net


 

 

Expérimentations

La carte de France des alternatives écologiques et sociales

par Rédaction 23 décembre 2014

 

 

 

 

Des énergies renouvelables à la finance solidaire, de l’habitat écologique à l’éducation populaire, des fermes agro-écologiques aux coopératives ouvrières, découvrez notre carte des alternatives. Un tour de l’Hexagone qui montre qu’une transformation écologique et sociale de la société est non seulement possible mais déjà à l’œuvre localement. Passez votre souris sur l’icône pour voir de quelle alternative il s’agit et cliquez sur l’icône pour accéder à l’article détaillé. Et n’hésitez pas à nous suggérer d’autres alternatives, cette carte n’étant pas exhaustive. Bonne visite !

 

 

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Lire aussi notre chronique : 89 révolutions locales pour un changement global


 


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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 21:38

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Déclaration d'intérêts de Macron : 2,4 millions € chez Rothschild en 18 mois

|  Par Mathilde Mathieu

 

 

 

Les déclarations de patrimoine et d'intérêts des ministres entrés au gouvernement fin août viennent d'être publiées. On y découvre qu'Emmanuel Macron (Économie), qui ne paie pas l'ISF d'après L'Express, a gagné 2,4 millions d'euros à la banque Rothschild entre 2011 et mai-2012.

Tant attendue, la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron, ministre de l’économie et ancien banquier chez Rothschild & Cie, a été publiée en toute discrétion vendredi 19 décembre, veille de départs en vacances, par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HAT), en même temps que les déclarations de ses collègues entrés au gouvernement lors du remaniement du 26 août dernier.

 

 

La déclaration de patrimoine d'Emmanuel Macron n'est assortie d'aucune appréciation de la HAT, qui n'a donc relevé aucune omission ni sous-évaluation notable de ses biens (à l'inverse du cas de Jean-Marie Le Guen, le secrétaire d'État chargé des relations avec le parlement toujours en poste, épinglé en juin dernier pour avoir minoré son patrimoine immobilier de 700 000 euros).

Cette validation, cependant, ne préjuge en rien des résultats de la vérification fiscale subie par ailleurs par Emmanuel Macron, selon la procédure automatique qui vise désormais tous les nouveaux ministres et qui a provoqué la démission de Thomas Thévenoud.

Depuis que L’Express a révélé en septembre que le ministre de l'économie ne « paie pas l'ISF » (ce qu'il n'a jamais démenti), une même interrogation agite en tout cas le "tout-Paris": comment l’ancien banquier, qui a touché plus de deux millions d’euros comme associé-gérant chez Rothschild en 2011 et 2012, qui possède (lui ou sa femme) des biens immobiliers à Paris et dans la ville huppée du Touquet-Paris-Plage, peut-il échapper à l'impôt de solidarité sur la fortune ? Pour rappel, tout foyer fiscal est redevable de l'ISF quand son « patrimoine net taxable » dépasse 1,3 million d’euros.

Les deux déclarations de patrimoine et d’intérêts signées le 24 octobre par le ministre (à deux jours de la date limite) apportent aujourd'hui quelques pièces supplémentaires au puzzle, mais ne permettent absolument pas de résoudre l’énigme, puisqu'elles n'indiquent pas les biens possédés en propre par son épouse, les dettes de celles-ci, les exonérations et réductions fiscales possibles, etc.

Emmanuel Macron y déclare 1,4 million de revenus pour l’année 2011, époque où il a travaillé comme associé-gérant chez Rothschild : 403 600 euros de « traitements et salaires », 706 300 de « bénéfices industriels et commerciaux », plus 291 300 euros de « revenus de capitaux mobiliers » (des « parts de dividendes dans les sociétés du groupe Rothschild »).

Pour 2012, il indique 1,09 million d’euros, d'abord gagnés à la banque, puis comme secrétaire général adjoint de François Hollande à l’Élysée (100 900 euros entre mai et décembre 2012).

En clair, en un an et demi, Emmanuel Macron a ainsi empoché 2,4 millions d’euros chez Rothschild – une somme qui étonne certains observateurs par sa relative "médiocrité", au regard des gains habituels dans le secteur.

Ensuite, en 2013, ses revenus imposables sont logiquement retombés à 162 000 euros (soit tout de même 13 500 euros par mois), en tant que collaborateur du chef de l’État.

Par ailleurs, quand on additionne ses différents comptes bancaires, ses placements, la valeur de sa voiture, etc., le ministre de l’économie affiche un actif personnel d’environ 1,2 million d’euros, pour 1,05 million d’euros d'emprunts à rembourser.

Mais pour tenter de comprendre si le seuil de 1,3 million d’euros de « patrimoine net taxable » est franchi (susceptible de faire basculer le ministre dans l’ISF), il faut surtout scanner ses biens immobiliers.

 

Emmanuel Macron 
Emmanuel Macron © Reuters

Dans cette catégorie, Emmanuel Macron déclare un appartement de 83 m2 situé dans le XVe arrondissement de Paris (cité Falguière), acheté en 2007 pour quelque 820 000 euros. Il indique, sur la base d’une « expertise en date du 17 octobre 2014 », que ses parts dans cette résidence comprenant une terrasse et un parking vaudraient aujourd’hui 935 000 euros, compte tenu des travaux réalisés pour 70 000 euros et de l’évolution des prix de l’immobilier.

D’après des documents du Service de publicité foncière de Paris, que Mediapart a consultés, Emmanuel Macron était l’acquéreur de ce bien à hauteur de « 94,7 % » en 2007, et sa femme de 5,3 %.

À ce jour, c'est le seul bien déclaré par le ministre, qui n'évoque pas la maison de famille de son épouse au Touquet – à juste titre, puisqu’il n’en possède aucune part personnellement. Ce bien mérite pourtant qu’on s’y arrête.

D’après des documents consultés par Mediapart, sa femme (professeur de français et de latin) a en effet récupéré la « nue-propriété » de cette maison de famille en 1985, à la suite d’une « donation-partage » qui a vu deux membres de sa famille en conserver l’usufruit (c’est-à-dire l’usage).

Depuis lors, de deux choses l’une : soit ces parents (nés respectivement en 1909 et 1913) sont toujours vivants et conservent l'usufruit, et le bien ne doit pas rentrer dans le patrimoine taxable du couple Macron. Soit, dans le cas contraire, la valeur actualisée de la maison doit être prise en compte.

Lors de la donation, la propriété valait en tout cas 900 000 francs, une grosse somme pour l’époque. Combien vaut-elle trois décennies plus tard ? À cette question clef, parmi d'autres, la déclaration publiée vendredi ne peut fournir aucune réponse.

Sollicité par Mediapart, Emmanuel Macron n'a pas apporté de précision sur sa situation fiscale.

 

Lire aussi

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 21:24

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Belgique, des collectifs anti-austérité réclament «tout autre chose»

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

 

Ils veulent peser dans le débat public pour faire émerger des « alternatives » à la politique d'austérité du nouveau gouvernement belge. Portés par des figures du monde associatif, universitaire et culturel, deux collectifs citoyens viennent de se lancer coup sur coup. « Le cœur, pas la rigueur », entonnent-ils, sur fond de blocage politique dans le royaume.

De notre envoyé spécial à Bruxelles.-   Manifestations monstres, grèves tournantes dans les provinces, grève générale le 15 décembre… La Belgique traverse une période de turbulences sociales depuis le début de l'automne, qui tranche avec cette pratique du « compromis politique » dont le royaume s'était fait une spécialité. Tout le monde est suspendu à l'issue incertaine du bras de fer entre le gouvernement de droite de Charles Michel, convaincu qu'« il n'y a pas d'alternative », et des syndicats qui, à la surprise quasi générale, font front commun pour dénoncer les mesures de rigueur.

En cette fin d'année, le blocage s'est durci. Mais d'autres acteurs cherchent à bousculer les règles du jeu. Deux collectifs citoyens anti-austérité, en Flandre d'abord, en Wallonie et à Bruxelles ensuite, ont surgi. À peine apparus, ils ont séduit des milliers de Belges, déjà fatigués par les discours officiels des partis au pouvoir. Leurs appels respectifs, qui misent sur les vertus de l'éducation populaire pour élever le débat, tournent sur les réseaux sociaux.

« Cela fait des années que l'on nous dit qu'il n'y a pas d'alternatives, comme si l'on jouait dans une tragédie grecque, où les dieux ont décidé de ce qu'on devait faire, que notre destin est tracé, que l'on n'y échappera pas. Nous, nous disons que c'est avant tout une affaire de choix politique, qu'il y a de la place pour le débat et la réflexion », avance Wouter Hillaert, un journaliste culturel de 36 ans, à l'origine du lancement de Hart Boven Hard (« Le cœur, pas la rigueur »).

Côté francophone, l'esprit est à peu près identique : « J'ai 26 ans et je n'avais jamais connu, jusqu'alors, de front commun syndical dans mon pays. C'est la première fois que je vois un tel clivage se dessiner aussi clairement, avec des forces qui ne parviennent pas à se neutraliser, comme c'est souvent arrivé avec des gouvernements précédents. Avec "Tout autre chose", nous voulons travailler un troisième espace, aux côtés des partis et des syndicats, pour mettre un coup de projecteur sur les alternatives », assure David Murgia, un comédien belge de premier plan, devenu l'un des porte-parole de Tout autre chose. 

Dans la manifestation d'Anvers, le 15 décembre. © Hart Boven Hard - Katja PIre. 
Dans la manifestation d'Anvers, le 15 décembre. © Hart Boven Hard - Katja PIre.

Les Flamands de Hart Boven Hard se sont lancés au grand jour le 22 septembre, date de la présentation de la « feuille de route » du nouveau gouvernement régional flamand (dirigé par les indépendantistes de la N-VA, en coalition avec d'autres formations de droite). Ce jour-là, ils ont publié, dans le quotidien De Morgen, un texte alternatif à l'accord de coalition. Le soir même, des débats citoyens faisaient salle comble, dans trois capitales, Anvers, Gand et Bruxelles. Aujourd'hui, la pétition compte sur le soutien de plus de 1 300 structures et associations, qui forment le gros du Middenveld, cette société civile flamande très structurée et influente.  

« L'austérité aggrave la crise, plutôt que de la résorber. Va-t-on copier en Belgique ce même modèle, qui ne marche pas ? Non, nous ne paierons pas », prévient l'appel flamand, qui a également été signé, à titre individuel, par plus de 15 000 citoyens. Parmi les signataires, on trouve aussi bien des grands noms de la culture belge (le metteur en scène Guy Cassiers, l'écrivain Tom Lanoye, le performeur Benjamin Verdonck, le comédien et metteur en scène Josse de Pauw, le patron de l'Opéra de Bruxelles, Peter de Caluwe) et des représentants de syndicats (les chrétiens d'ACV, les socialistes d'ABVV, etc.). Mais aussi, et c'est plus surprenant, tout un réseau de collectifs chrétiens-démocrates, proches du CD&V (le grand parti chrétien-démocrate flamand, au pouvoir au niveau régional et fédéral), qui ont décidé de « se rebeller » contre leur parti de toujours.

Au nord comme au sud de ce pays de 11 millions d'habitants, le milieu culturel joue un rôle clé dans cette dynamique. Celui-ci s'était déjà fait entendre en octobre, au moment des premières annonces des coupes massives dans les budgets alloués à la culture au niveau fédéral. « Depuis plusieurs années, nous avons pris l'habitude de nous mobiliser pour défendre le milieu de la culture contre les coupes budgétaires. Mais c'est devenu contre-productif. L'idée, ici, est d'envoyer un message plus large, qui dépasse notre simple pré carré culturel, parce que d'autres secteurs sont confrontés aux mêmes problèmes que nous », précise Wouter Hillaert, qui se donne pour objectif de « faire le lien », « relayer des idées », d'un secteur à l'autre. 

Avec un logo quasi identique, Tout autre chose a emboîté le pas de Hart Boven Hard, pour surgir en décembre, à la veille de la grève générale du 15. « Nous croyons qu'il ne suffit pas de résister, de défendre les acquis, de préserver un modèle de société essoufflé. Que c'est d'un vrai débat démocratique que surgiront les alternatives. Qu'il faut bâtir tout autre chose », lit-on dans l'appel francophone. Parmi les signataires initiaux, on trouve là encore des figures du monde de la culture (les réalisateurs Jaco Van Dormael et Jorge Leon, le comédien habitué des frères Dardenne Fabrizio Rongione, etc.), des universitaires respectés (l'économiste Paul Jorion, la philosophe Isabelle Stengers, le juriste Olivier de Schutter, etc.), et enfin des acteurs du secteur social et patrons d'ONG.

« Il y a une prise de conscience collective de la situation absurde dans laquelle nous sommes : non seulement on subit l'austérité, mais en plus cette soi-disant solution nous enfonce encore plus », juge l'activiste Arnaud Zacharie, l'un des animateurs du collectif francophone, à la tête de l'ONG CNCD - 11.11.11. Il plaide pour une réforme fiscale d'envergure et la lutte contre l'évasion fiscale, pour retrouver des marges de manœuvre budgétaire. Le collectif flamand, lui, défend l'introduction d'un impôt sur la fortune, qui n'existe pas en Belgique.

Officiellement, il n'est pas question, ni pour Hart Boven Hard, ni pour Tout autre chose, de se substituer aux syndicats ou partis déjà existants. Encore moins d'accéder, un jour, au pouvoir. Tout au plus acceptent-ils de se reconnaître sous l'étiquette de « progressistes », préférant éviter de se positionner sur l'échiquier traditionnel gauche-droite, qu'ils jugent réducteur. « L'un des enjeux, c'est de déconstruire le langage dominant, avance David Murgia. Il y a par exemple une phrase qui revient en boucle dans le débat public, ces jours-ci. L'espérance de vie augmente, donc on peut travailler plus longtemps. Mais qu'est-ce que cela veut dire, cette phrase ? Qu'est-ce qu'on essaie de nous faire croire ? Est-ce qu'on peut s'y prendre autrement ? Voilà notre travail… »

« On ne va pas faire un parti, on ne se présente pas à des élections, mais on veut être la mouche du coche (…), l'espiègle, l'empêcheur de toucher en rond, pour ceux qui sont là, qui ont fait carrière dans la paralysie des décisions à prendre », s'enthousiasme de son côté, sur son blog, Paul Jorion. L'objectif est de peser dans le débat, pour en finir avec les certitudes de la pensée économique dominante. Et tous jurent qu'ils n'ont rien à voir avec les socialistes du PS-SPA ou les militants du PTB-PVDA (gauche radicale), des formations dans l'opposition au fédéral qui ont tout intérêt à encourager la contestation. « On ne veut pas marcher sur les plates-bandes des autres, on ne veut pas réinventer la roue non plus, on veut fédérer ce qui existe, au-delà du front syndical », tranche Arnaud Zacharie.

Au pays du G1000, imaginé par l'historien David Van Reybrouck, qui réhabilitait le tirage au sort, certains n'ont pas manqué de rapprocher le surgissement de ces collectifs anti-austérité des mouvements Occupy aux États-Unis ou des Indignés en Espagne. La comparaison, à ce stade, semble fragile. Notamment parce que les deux groupes belges n'excluent pas de travailler avec les partis politiques et les syndicats déjà en place. « Les syndicats sont utiles et indispensables, les partis aussi. Mais nous assistons à une telle défaite des idéaux, que l'on doit voir, nous citoyens, comment se réapproprier les choses », résume David Murgia.

Certains seront sans doute, à ce stade, déçus par le flou de quelques-unes des revendications. L'initiative peine parfois à dépasser le catalogue de bonnes intentions. Mais la dynamique est lancée. « L'équilibre n'est pas facile à trouver, entre la nécessité de préciser nos revendications, et l'envie, aussi, de faire tenir tout le monde ensemble. Si l'on se fait trop précis, nous allons nous transformer en parti politique. Nous fonctionnons donc comme un parapluie, qui accueille les propositions des uns et des autres, et les renforce. Nous voulons élargir le débat: quelle société voulons-nous ensemble? », explique Wouter Hillaert. Des antennes des deux collectifs sont en train de voir le jour dans des dizaines de villes belges. Les deux mouvements préparent une « parade nationale », le 29 mars 2015 à Bruxelles.

 

Lire aussi

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 18:38

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

ça bouge ! Inégalités

Un Noël des mal-logés pour rappeler que « le droit au relogement, prévu dans la loi, est bafoué »

par Collectif 24 décembre 2014

 

 

 

 

 

L’association Droit au logement (DAL) fête Noël à sa manière, en rappelant à la ministre du Logement Sylvia Pinel qu’en France 3,5 millions de personnes sont mal logées malgré l’existence de plus de deux millions de logements vacants. Le DAL organise le 25 décembre un Noël des mal-logés, en présence notamment de l’actrice Josiane Balasko et de l’évêque Jacques Gaillot. Voici leur appel.

Cette année, la France bat encore de tristes records :

- 2,64 millions de logements vacants, dont 329 000 en ile de France, et 122 700 à Paris !
- 3,524 millions de mal logés et de sans logis, dont 600 000 enfants !
- 125 000 familles expulsées de leur logement par un jugement d’expulsion !
- 140 000 sans logis, dont 30 000 enfants !
- 55 000 familles prioritaires DALO à reloger !
- 6 millions de chômeurs

- Et 2,44 millions de millionnaires ! …

A Marseille, ils ont voulu faire porter le triangle de la honte aux sans abris. A Paris, les familles sans logis sont évincées vers la banlieue, et les services sociaux les renvoient vers le 115, dispositif complètement saturé. Ailleurs, les Préfets s’activent pour détruire les bidonvilles, sans reloger les habitants. Partout, le droit à l’hébergement jusqu’au relogement, prévu dans la loi, est bafoué.

Les mal logés prioritaires DALO sont toujours plus nombreux à attendre un relogement, surtout en Ile de France, malgré la loi (lire aussi ici). Des propriétaires expulsent illégalement leur locataire, en toute impunité, malgré la loi également.

Pourtant au lieu de financer la construction de vrais logements sociaux, le Gouvernement préfère aider les riches à loger leurs enfants, réduire les aides à la construction de HLM et les allocations logement, faire de l’encadrement des loyers une simple « expérimentation » limitée à Paris, ou remettre en cause les avancées pour les locataires sur les congés… Le gouvernement mène une politique du logement : il faut bien secourir nos 2,44 millions de millionnaires !

Madame Pinel, Mr Valls réveillez vous !

Une demande de rendez vous et un cadeau de noël des enfants est transmise à Madame Pinel.

RV le 25 déc. 15h, sortie du Métro Varenne (ligne 13)

(Sapin, chants, animations, personnalités, enfants et parents en galère de logement, d’école et tout le reste)

Nous demandons :
· La réquisition ou la mobilisation de 100 000 logements vacants
· Le relogement de tout les prioritaires DALO
· L’accueil des sans abris et des familles sans toit à proximité des écoles des enfants, jusqu’au relogement,
· L’arrêt des expulsions, la baisse des loyers et des charges
· La taxation de la spéculation et la réalisation massive de vrais logements sociaux

Des personnalités telles que Mgr Gaillot et Josiane Balasko sont annoncées.

Voir le site de l’association Droit au logement

Photo : CC Alain Bachellier

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 14:45

 

 

Source :  dernier numéro de la revue de Solidaires 30, Solidaritat. Un numéro 5 (Automne-hiver 2014)  riche de 76 pages !

Nous envoyons des exemplaires sur demande. Les envois comme la revue seront pris en charge par Solidaires 30. Nous contacter à : solidaritat@outlook.fr

 

 


20 ans de lutte et
d'expérience autogestionnaire au Chiapas
Malgré le silence des grands médias, les zapatis-tes, indigènes mayas qui se sont soulevés
le 1 er janvier 1994 au cri de « Ya Basta ! » (ça suffit!),sont toujours bel et bien là. Et même
plus que jamais, comme le montrent les dernières initiatives qu'ils et elles ont organisées
pour réaffirmer le sens de leur lutte pour la démocratie, la justice et la liberté.

Le 21 décembre 2012 (le jour de la soi-disant fin du monde selon le calendrier maya préhispanique),
ils et elles étaient plusieurs dizaines de milliers à défiler dans les rues de cinq grandes villes du Chiapas (dont San Cristobal de las Casas), en silence, poings levés, montant toutes et tous successivement sur des estrades. Après les passe-montagnes pour être vu-es, le silence pour
être entendu-es. Un communiqué de l'EZLN est sorti le jour même :

« VOUS AVEZ ENTENDU ?
C’est le bruit de votre monde qui s’écroule.
C’est celui du nôtre qui resurgit.
Le jour où le jour fut, c’était la nuit.
Et ce sera la nuit le jour où ce sera le jour.
DÉMOCRATIE ! LIBERTÉ ! JUSTICE ! »

Quelques jours plus tard, le 30 décembre 2012, les zapatistes s'appuyant sur la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone (EZLN, 2005) annoncent la réactivation de leurs relations nationales et internationales. Des initiatives civiles et pacifiques, précédées d'une série de textes d'analyse politique anticapitaliste, et portant sur la résistance et l'autonomie (« Eux et Nous » et « les plus petit-es »), commencent dès l'été 2013 et se poursuivent à l'été 2014.

Malgré la répression qui continue, les zapatistes ouvrent les portes de leurs communautés aux mem-
bres des organisations et aux individus avec lesquels ils et elles ont des liens. Les Zapatistes les invitent dans leurs communautés à suivre « la Escuelita » (Petite École) pour apprendre « la liberté selon les zapatistes » (août & décembre 2013 et janvier 2014). Dans le même temps, ils réaffirment l'importance du Congrès National Indigène (qui réunit des représentant-es de la majeure partie des peuples indigènes du Mexique) qui est réuni à San Cristobal de las Casas en août 2013 à l'issue de la Petite École, puis à l'été 2014 à La Realidad.

Il est important de rappeler que leur nom fait référence au héros de la Révolution Mexicaine, Emiliano Zapata car les zapatistes se revendiquent comme étant des héritier-ères des luttes indigènes et révolu-
tionnaires mexicaines. L'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), organisation clandestine et
armée, est née de la rencontre de révolutionnaires métis et d'indigènes mayas dans la Forêt Lacandone au Chiapas, au sud du Mexique dans les années 1980. C'est cette rencontre qui a fait la richesse de cette organisation : à la fois indigène dans son essence et ouverte sur le reste du monde.

Le Chiapas est un des 32 États fédérés du Mexique, dont la population indigène est une des plus importantes mais aussi une des plus pauvres du pays. Paradoxalement, c'est aussi un des États du Mexique aux ressources les plus « prometteuses » pour les capitalistes, tant du point de vue des ressources naturelles (pétrole, bois, eau, plantes) que touristiques (nombreux sites archéologiques et naturels). Les enjeux économiques et politiques pour les gouvernements de l'État fédéral et de l'État du Chiapas sont donc majeurs.

Les zapatistes sont présent-es sur une grande partie du territoire de l'État du Chiapas, cohabitant avec le reste de la population, indigènes ou non, parfois dans les mêmes communautés. Il n'y a pas de terri-
toire zapatiste à proprement parler, sinon un territoire (découpé en 5 régions autonomes) dans lequel
les zapatistes vivent et construisent leur autonomie, plus ou moins pacifiquement, aux côtés des autres habitant-es du Chiapas
Bref historique
Les Zapatistes se sont soulevé-es le 1 er janvier 1994, jour de l'entrée en vigueur du traité de libre-échange d'Amérique du nord (ALENA). Ils ont occupé cinq des plus grandes villes du Chiapas, puis ils ont affronté l'armée mexicaine plusieurs jours (plusieurs centaines de morts) avant un cessez-le-feu sous la pression du mouvement social mexicain. S'en suivent plusieurs mois de négociations avec le gouvernement, entrecoupés par des phases de discussions et de consultations entre les zapatistes, la société civile et les autres peuples indigènes.
En 1996, le gouvernement mexicain et l’EZLN signent les Accords de San Andrés sur les Droits et
Cultures Indigènes. Le gouvernement (du PRI puis du PAN, tous deux des partis de droite conservatrice ou néolibérale) n'a jamais mis en application ces accords, ce qui a mèné les Zapatistes à la rupture politique définitive. Les Zapatistes décident donc de prendre leur autonomie et de la construire malgré tout.
Construction de l'autonomie
Après la mise en place des communes autonomes et rebelles zapatistes (MAREZ) dès 1994, les zapatistes annoncent, en 2003, la création des cinq Caracoles (« escargot », centres administratifs et politiques régionaux, anciens « Aguascalientes » : La Realidad, Oventik, La Garrucha, Morelia et Roberto Barrios) correspondant aux cinq régions du territoire zapatiste et des Conseils de Bon Gouvernement, chargés de l'administration, de la justice et des relations extérieures de l'organisation civile. Ils organisent aujourd'hui leur autonomie à trois échelles : la communauté, la commune et la région. Toutes les décisions se prennent en assemblée générale dans laquelle toutes et tous participent.

Des mandats sont donnés pour les différentes tâches (politique, administration, santé, éducation, etc...) dans la communauté, mais aussi pour représenter la communauté dans la commune (assemblée municipale constituée de deux représentant-es par communauté) et dans la région (Conseil de Bon Gouvernement mais aussi éducation, santé, formation…). Les mandats sont en général de trois années (sauf pour la santé et l'éducation qui demandent davantage de formation) et ne sont compensés par aucun salaire.

La communauté prend à sa charge la culture des terres, l'alimentation et le transport des mandaté-es afin de leur permettre d'assumer les tâches collectives qui leur incombent. Le principe général est celui du « mandar obedeciendo » (décider en obéissant) dans lequel « el pueblo manda, y el gobierno obedece » (le peuple décide et le gouvernement obéit). Tout mandat est révocable à tout moment si l'assemblée le décide.

Les principales tâches des conseils communaux et des conseils de bon gouvernement (CBG) sont d'administrer leur territoire (agriculture, éducation, santé), de rendre la justice (litiges internes mais aussi externes pour les CBG) et pour les CBG d'assurer le lien avec l'extérieur (localement mais aussi avec les visiteurs nationaux et internationaux).

Les femmes jouent un rôle fondamental dans l'organisation zapatiste dès le départ. En effet, en 1993,
alors qu'une consultation interne avait lieu pour préparer le soulèvement armé, les femmes ont posé leurs conditions. Elles ne seraient actrices du mouvement qu'à la condition que la « Loi Révolutionnaire des Femmes » soit actée, ce qui fut le cas. Entre autres revendications, l'égalité et le respect, mais aussi l'accès à l'éducation et aux responsabilités collectives, ou encore le choix de son partenaire, d'avoir ou non des enfants et combien… De fait, les femmes ont toute leur place à tous les niveaux d'organisation zapatiste, aussi bien dans l'EZLN que dans la société civile. Elles ont encore parfois des difficultés à pouvoir assumer des charges communales et régionales mais
cela change progressivement.

En ce qui concerne l'économie, les zapatistes sont presque tou-tes des paysan-nes qui vivent de leur
production (qui repose essentiellement sur la culture traditionnelle du maïs et des haricots rouges, mais aussi du café, de la canne à sucre, des courges et sur l'élevage de poulets, d'ovins et/ou de bovins selon les régions). Généralement, chaque famille cultive un lopin de terre qui lui a été attribué (en interne sur les terres récupérées en 1994, parfois dans le cadre des « ejidos », terres communales issues de la réforme agraire « officielle »). D'autres terres sont cultivées collectivement, au bénéfice de la communauté, de la commune ou de la région afin de financer les frais communs (notamment les charges liées aux mandats) mais aussi des projets (construction, aménagement, fêtes…). Enfin, il existe des coopératives qui permettent essentiellement de regrouper et de vendre la production à l'extérieur (café, cuir, artisanat des femmes).
La santé et l'éducation occupent une place toute particulière dans la construction de l'autonomie. En effet, dès la Première Déclaration de la Forêt Lacandone le 1 er janvier 1994, elles font partie des principales revendications zapatistes. Les communautés indigènes ont toujours été ignorées et mises à l'écart du système de santé et d'éducation officiels. Ces deux éléments fondamentaux pour toute société ont donc été au cœur de la réflexion et de la mise en œuvre de l'autonomie. Chacune des cinq régions a mis en place son propre système d'éducation et de santé, mais on peut retrouver des grands principes généraux.

L'éducation est obligatoire et ouverte à tou-tes (y compris les enfants non zapatistes). Toutes les com-
munautés sont désormais dotées d'une école et d'un-e promoteur-trice d'éducation (nom donné aux personnes chargées de l'éducation). L'enseignement est bilingue (voire trilingue) : la langue maternelle (tzotzil, tzeltal, tojolabal, chol ou mam) est privilégiée mais le castillan est aussi enseigné. Certaines régions ont mis en place des écoles secondaires et/ou techniques pour  former à certains métiers (notamment les promoteurs et promotrices). Des « programmes » sont définis régionalement, basés sur les besoins du peuple : « l'histoire réelle des peuples » (selon leur propre définition) et leurs treize revendications (le travail, la terre, le logement, l’alimentation, la santé, l’éducation, l'information, la culture, l’indépendance, la liberté, la démocratie, la justice et la paix). Il n'y a pas d'évaluation, les enfants sont respectés dans leur rythme et leur personnalité, l'idée étant que les savoirs n'ont de valeur qu'en étant partagés et mis au service de la communauté.

Le système de santé, quant à lui, repose sur une double organisation par échelle. La médecine traditionnelle est mise en valeur (« trois aires : sage-femmes, plantes médicinales, rebouteux ») complétée par la médecine allopathique (promotrice et promoteur de santé). Toutes les communautés ont un-e promotrice-teur et un dispensaire.
Des cliniques sont en activité dans quasiment toutes les communes autonomes (médecine générale, analyses biologiques et parfois petites chirurgies, dentistes, gynécologie, ambulances) et sont ouvertes à tou-tes, y compris aux non zapatistes qui eux doivent payer (des sommes modiques) pour y avoir accès. Il existe une clinique de la femme à La Garrucha, tenue uniquement par et pour les femmes, pratiquant des accouchements mais aussi tout ce qui relève de la planification familiale (contraception, conseils, suivis de grossesse…).
Au niveau régional, des responsables sont chargé-es de répartir le matériel et les médicaments arrivés de l'extérieur, de coordonner les campagnes de vaccination et de faire le lien avec les cliniques extérieures en cas de besoin (chirurgies importantes ou soins particuliers). On peut dire aujourd’hui que la mortalité infantile a considérablement baissé, que l'état de santé général des populations s'est beaucoup amélioré et que tout-es les zapatistes ont accès aux soins.
La Sexta
La lutte zapatiste a toujours été tournée vers l'extérieur, mais avec la Sixième Déclaration de la Forêt
Lacandone (2005), l'objectif est clairement de lancer une campagne pour unir les luttes dans un mouvement civil et pacifiste « en-bas, à gauche », indépendant des partis politiques, , au Mexique et dans le reste du monde. Après avoir pris le nom de l'Autre Campagne, elle se nomme désormais la Sexta à laquelle celles et ceux qui le souhaitent peuvent participer.

« Pour l'EZLN, être de la Sexta ne requiert pas d'affiliation ni de cotisation, ni d'inscription sur une liste,
d'original ou de copie d'une identification officielle, de reddition de comptes, d'être à la place du juge ou
du jury, ou de l'accusé ou du bourreau. Il n'y a pas de drapeau. Il y a des engagements et des conséquences de ces engagements. Les « non » qui nous appellent, la construction des « oui » nous met en mouvement » (…). Ceux qui, avec le re-surgissement de l’EZLN, espèrent une nouvelle période de tribunes, et de grandes concentrations, et les masses mettant le nez à la fenêtre de l’avenir, et les équivalents à la prise du palais d’hiver, seront déçus. Il vaut mieux qu’ils s’en aillent une bonne fois (...) Nous, nous ne voulons pas changer seulement de gouvernement, nous voulons changer de monde. » (« Eux et Nous V : La Sexta », 2013)

C'est dans cette perspective que les Zapatistes ont invité leurs contacts à participer à la Escuelita, la Petite École, l'été puis l'hiver 2013. Ils invitaient ainsi à « écouter, ce qui est le premier pas pour comprendre » les zapatistes dans leur vie quotidienne mais aussi dans la résistance et la construction de leur autonomie. Il ne faut pas oublier que le contexte de répression n'a jamais cessé, entre provocations militaires et policières, instrumentalisations d'autres communautés indigènes (sur la question des terres et à travers des « programmes d'aides financières »), attaques de groupes paramilitaires (entraînés et armés par la police et/ou l'armée).

En mai 2014, une attaque ciblée au Caracol de la Realidad a fait un mort chez les Zapatistes. Le
Conseil de Bon Gouvernement a fait appel à l'EZLN pour rendre la justice. Après cette violente agression, le sous-commandant Marcos a cessé d'exister pour prendre le nom de sous-commandant Galeano (nom du compañero assassiné).
Avec le sous-commandant Moisés, ils ont tenu une conférence de presse à l'issue du « premier échange des peuples originaires du Mexique avec les peuples zapatistes ». Un des messages est le suivant : « nous devons nous unir, nous devons nous prendre par la main les un-es les autres. […] Chacun-e lutte mais nous sommes uni-es ».

L'autre message concerne l'importance des médias libres, alternatifs et autonomes pour s'informer au
contraire des grands médias dont le seul but est de gagner de l'argent. Les zapatistes, par la voix du sous-commandant Galeano considèrent que le meilleur niveau de communication, malgré toute la technologie actuelle, est celui de l'échange direct. C'est pour cette raison, sans aucun doute, que le CNI et l'EZLN organisent un Festival mondial des résistances et des rébellions fin décembre 2014.

DÉMOCRATIE ! LIBERTÉ ! JUSTICE
Cybèle David,
Commission Internationale de Solidaires.
Soutenons les zapatistes et leurs coopératives de café
Par l'intermédiaire de l'association Échanges Solidaires qui importe directement du café de deux coopératives de café zapatistes ( Yachil Xojobal Chulchan et Ssit Lequil Lum), vous pouvez commander du café dans le cadre du regroupement de Solidaires (soit auprès de votre syndicat ou de
votre Solidaires local s'il en commande, soit auprès de Pascal Devernay : devernay.pascal@wanadoo.fr).

Non seulement vous dégusterez un très bon café arabica rebelle et zapatiste, mais vous soutiendrez aussi les producteurs et leurs coopératives ainsi que la construction de l'autonomie plus largement. En effet, en plus de pratiquer un prix juste, tous les bénéfices de la vente du café sont reversés aux cinq Conseils de Bon Gouvernement afin de financer les projets que l'assemblée des peuples décide.
Pour des informations plus complètes et plus précises, vous pouvez consulter, en français, le site du CSPCL (cspcl.ouvaton.org) et le dernier numéro de la Revue internationale de Solidaires : Mexique, Chiapas et Zapatistes (disponible à votre Solidaires local ou sur commande à Solidaires national) et bien entendu, en castillan le site officiel de l'EZLN : http://enlacezapatista

 

 

Nous envoyons des exemplaires sur demande. Les envois comme la revue seront pris en charge par Solidaires 30. Nous contacter à : solidaritat@outlook.fr
Le sommaire : 
● Notre camarade et amie Armelle…p.2
● Editorial : l’enjeu en question, p3
● « Un syndicalisme de transformation sociale, anticapitaliste et internationaliste». Entretien croisé d'Annick Coupé et Christian Mahieux, p.4-15
● Répressions syndicales   p.16-20
● Situation des syndicats  p.21-24
● Lutte de classe à l’Hôpital Careiron, chez les Intermittent-e-s et à Sirven  p.24-32
● Dossier retraites p.33-35
● Parole à la conf. ; billet picard, p.36-38
● Dossier psy p.38-40
● Les révoltes logiques (4), Retour sur une revue : Socialisme ou Barbarie p.41-44
● Dossier autogestion () p.45-56
● Dossier Palestine (2) p.57-63
● Dossier antifascisme  p.64-68
● Culture p.69-75
● Los patrons… nos ne podèm passar ? p.76

 

Le Comité de rédaction de Solidaritat.

 

 

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