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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 18:48

 

Info reçue par mail

 



URGENT : INFOS IMPORTANTES SUR LA SITUATION EN GRÈCE !

(alors que les médias européens n'en parlent pas du tout, n'hésitez pas à faire circuler, merci de votre soutien)

Texte et photos envoyés par Yannis Youlountas depuis Athènes, cette nuit (5-6 décembre 2014)

Résumé :
Les manifestations, émeutes et occupations se multiplient chaque jour à Athènes et ailleurs en Grèce, depuis fin novembre. Notamment à cause de la tyrannie du pouvoir à l'égard de Nikos Romanos, jeune prisonnier de 21 ans en grève de la faim, privé de la possibilité d'étudier et particulièrement maltraité. Nikos est, de surcroît, l'ami d'enfance d'Alexis Grigoropoulos, tué le 6 décembre 2008, à l'âge de 15 ans, par un policier dans le quartier d'Exarcheia à Athènes, ce qui avait provoqué un mois d'émeutes retentissantes dans toute la Grèce. Nikos est naturellement devenu le nouveau symbole de toutes les violences actuellement subies par la population, mais aussi du profond désir de lutter, quelle que soit la forme, et de refuser la torpeur et la résignation.

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Photos
envoyées par Yannis Youlountas depuis Athènes (Yannis est membre de l'assemblée de réoccupation de l'Ecole Polytechnique et tourne également, caméra au poing, au cœur des événements, avec l'appui des insurgés).
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article54

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Texte
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article55

ATHÈNES SUR UN VOLCAN

Six ans après le mois de décembre 2008, l'atmosphère est à nouveau insurrectionnelle à Athènes et ailleurs en Grèce. Tous les ingrédients sont réunis pour faire du mois de décembre 2014, peut-être, un grand moment historique. Jusqu'à quel point et à quelles conditions ?

Depuis la fin du mois de novembre, les manifestations, émeutes, actions ciblées et occupations se multiplient un peu partout en Grèce (dans le silence total des medias européens, plus que jamais des merdias à boycotter ou à bloquer et occuper). La cause principale est la situation du jeune prisonnier anarchiste de 21 ans, Nikos Romanos, qui est devenu un symbole de toutes les violences actuellement subies par la population, mais aussi du profond désir de lutter, quelle que soit la forme, et de refuser la torpeur et la résignation.

Nikos, l'ami d'Alexis Grigoropoulos, symbole des émeutes de 2008

Nikos est l'ami d'enfance d'Alexis Grigoropoulos, assassiné à l'âge de 15 ans par un policier dans le quartier d'Exarcheia à Athènes. Un quartier réputé pour ses révoltes historiques et ses nombreuses initiatives autogestionnaires et solidaires. Un quartier dans lequel la liberté, l'égalité et la fraternité ne sont pas des mots jetés à l'abandon au frontispice de monuments publics glacés de marbre. Nikos a vu son ami mourir dans ses bras le soir du 6 décembre 2008. Profondément révolté, il s'est par la suite engagé dans l'anarchisme révolutionnaire et a dévalisé une banque pour financer son groupe qualifié de terroriste par le pouvoir. Après avoir été torturé, notamment au visage, lors de son arrestation, il a finalement réussi à obtenir son bac en prison, mais se voit aujourd'hui refuser la possibilité de poursuivre ses études. C'est pourquoi, depuis le 10 novembre dernier, Nikos est en grève de la faim. Son état s'est progressivement dégradé, notamment au niveau cardiaque, malgré ses 21 ans, et il a été transféré sous haute surveillance à l'hôpital Gennimatas d'Athènes devant lequel manifestent régulièrement des milliers de personnes qui parviennent parfois à dialoguer avec lui à travers les grilles de sa fenêtre (voir la première photo de l'article connexe, dans la même rubrique). En solidarité avec Nikos, un autre prisonnier politique, Yannis Michailidis, s'est mis en grève de la faim le 17 novembre au Pirée, suivi par deux autres, Andreas Dimitris Bourzoukos et Dimitris Politis, depuis le 1er décembre. Le gouvernement grec vient de confirmer son refus de permettre à Nikos de poursuivre ses études et préfère le laisser mourir, non sans faire preuve d'ironie. Des petites phrases assassines et provocatrices qui ne font qu'augmenter la colère populaire et les nombreuses protestations des organisations anarchistes et antiautoritaires jusqu'à celles de SYRIZA, principal parti de la gauche critique, qui est annoncé vainqueur des prochains élections en Grèce. Bref, le contexte politique est particulièrement tendu, à tous points de vue.

L'Ecole Polytechnique, symbole de la chute de la dictature des Colonels

Dans cette ambiance de fin de règne, parmi d'autres initiatives solidaires, l'Ecole Polytechnique est à nouveau occupée depuis le premier décembre, 41 ans après avoir défié avec succès la Dictature des Colonels en novembre 1973, au cours d'une occupation similaire pour défendre une radio libre qui s'opposait au régime autoritaire. Les CRS suréquipés viennent d'échouer par deux fois dans leurs tentatives de nous déloger, notamment le 2 décembre au soir, à la fin d'une manifestation fleuve qui s'est terminé avec plusieurs banques dégradées ou brûlées. Parmi d'autres obstacles de circonstance, un bus a même été transformé en barricade incandescente sur l'avenue Stournari, à Exarcheia (voir les photos dans l'article connexe), et les affrontements ont duré une bonne partie de la nuit. Douze insurgés arrêtés ont été violemment frappés, au point que trois d'entre eux souffrent de fractures du crâne. L'occupation de l'Ecole Polytechnique n'a pas cédé, malgré le deversement de quantités énormes de gaz lacrymogène depuis l'extérieur, tel du napalm sur toute la zone devenue une zone à défendre. Une ZAD jumelée, ces dernières heures, avec d'autres ZAD dans le monde, notamment celles de NDDL et du Testet en France qui ont rapidement transmis leur soutien fraternel, ainsi que de nombreuses personnes et organisations de France et d'ailleurs (soutiens que j'ai tous affichés sur l'un de nos murs et annoncés en assemblée à tous les compagnons et camarades).

Ce soir-là, alors que la distribution solidaire de sérum, de mallox et de citrons battait son plein, j'ai remarqué plus de filles que jamais parmi les insurgés (voir la photo de « l'autre statue de la liberté » dans l'article connexe) et une diversité à tous les niveaux qui augure d'une ampleur et d'une radicalité sans précédent. J'ai vu et ressenti une détermination et une fraternité rarement rencontrées jusqu'ici, dans mes voyages en Grèce et ailleurs, là où l'humanité ne se résoud pas à vivre à genoux et tente, diversement, de se lever. J'ai vu la vie s'organiser autrement dès le lendemain et la chaleur des barricades se transformer en chaleur des cœurs parmi les occupants de l'Ecole Polytechnique et d'ailleurs.

Rien n'est fini, tout commence !

Car durant ces dernières heures, les lieux d'occupations se sont multipliés, rappelant le processus de décembre 2008 qui avait amené la Grèce à connaître les émeutes sans doute les plus puissantes en Europe depuis plusieurs dizaines d'années (sans toutefois parvenir à renverser un pouvoir qui s'était finalement maintenu de justesse, notamment en distillant la peur et la désinformation dans les médias). Des occupations de bâtiments publics et de groupes financiers, de chaînes de télévision et de radios, d'universités et de mairies, depuis Thessalonique jusqu'à Héraklion. Des occupations toujours plus nombreuses, ainsi commentées par Yannis Michailidis dans son dernier communiqué de gréviste de la faim, très relayé sur Internet : « c'est ce qui brise la solitude de ma cellule et me fait sourire, parce que la nuit de mardi [2 décembre], je n'étais pas prisonnier, j'étais parmi vous et je sentais la chaleur des barricades brûlantes ». Avant de conclure avec une phrase rappelant le titre du dernier livre de Raoul Vaneigem : « Rien n'est fini, tout commence ! »

Une émotion immense

Parmi les événements qui m'ont également marqué ces jours-ci, certaines assemblées de collectifs ont montré à quel point la tension est à son comble. Notamment celle de l'occupation de l'Ecole Polytechnique dans la soirée puis toute la nuit du 3 au 4 décembre. Une assemblée qui a duré plus de 9 heures, jusqu'à 5h30 du matin. Certes, quelques divergences ont justifié cette durée jusqu'au consensus finalement trouvé au petit matin et je ne rentrerai évidemment pas dans les détails de ce qui s'est dit, notamment pour ce qui est des projets en cours. Mais je peux témoigner d'une atmosphère électrique ponctuée de longs silences qui en disent long. Je peux vous dire également que le grand amphi de l'Ecole Polytechnique était, une fois de plus, plein à craquer, avec des compagnons et des camarades debout et assis un peu partout, devant des murs fraichement repeints de graffitis. Je peux vous dire que la présence du papa de Nikos Romanos, assis au milieu de la salle, avec sa chevelure longue et grise et son regard profond et digne, ne pouvait que contribuer à une émotion déjà immense, alors que son fils se rapproche chaque jour d'une mort certaine.

« Agir comme si notre propre vie était en jeu… »

Le stress et la nervosité, la gravité du moment, l'importance des enjeux, faisaient fumer presque tout le monde beaucoup plus qu'à l'habitude, au point que j'en étais presque à regretter l'irritation causée par les gazs lacrymogènes dans les rues alentours. Parmi les paroles qui ont résoné : « ce n'est plus l'heure de mettre la pression, mais de rentrer en insurrection » ou encore des appels à « agir comme si notre propre vie était en jeu, car en vérité, c'est bien le cas pour nous tous qui vivons comme damnés, comme des esclaves, comme des lâches » ; « il faut retrouver pleinement confiance en nous-mêmes pour parvenir à redonner partout confiance aux gens et, en particulier, pour rassembler les laissés pour compte qui devraient être les premiers à descendre dans la rue, au lieu d'attendre que la libération vienne du ciel ». J'ai aussi parfois entendu des paroles jusqu'au boutistes que je ne préciserai pas ici, mais qui témoignent bien du ras-le-bol immense qui traverse une grande partie de la population et la conduit à tout envisager pour se libérer des tyrans du XXIème siècle.

Des tags à la mémoire de Rémi Fraisse

J'ai vu un ancien de 1973 avoir les larmes aux yeux et songer que nous vivons peut-être un autre moment historique. J'ai lu d'innombrables tags en soutien à la grève de la faim de Nikos Romanos, mais aussi à la mémoire de Rémi Fraisse, tué par le bras armé du pouvoir sur la ZAD du Testet.

Cette nuit encore, à la veille du 6 décembre très attendu, avec une grande inquiétude par les uns et avec un profond désir par les autres, le quartier d'Exarcheia est encerclé par les camions de CRS (MAT) et les voltigeurs (Delta, Dias). Plusieurs rues sont barrées. On ne peut entrer et sortir d'Exarcheia que par certaines avenues, plutôt larges et très surveillées. La situation prend des allures de guerre civile et rappelle certaines régions du monde. A l'intérieur du quartier, comme dans beaucoup d'autres coins d'Athènes, la musique résonne dans le soir qui tombe : du rock, du punk, du rap, du reggae, des vieux chants de lutte. Dans l'Ecole Polytechnique, on a même installé deux immenses enceintes du côté de l'avenue Patission et on balance ces musiques pour le plus grand bonheur des passants qui nous soutiennent et lèvent parfois le poing ou le V de la victoire tant désirée. D'autres baissent la tête et ne veulent pas y croire, ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir, murés dans la prison d'une existence absurde et pauvre à mourir d'ennui, si ce n'est de faim.

Le spectacle d'un monde à réinventer

Ici, ça dépave, ça débat, ça écrit sur les murs et sur les corps, ça chante, ça s'organise. La fête a déjà commencé ! Certes, elle est encore modeste et incertaine, mais une nouvelle page de l'histoire des luttes est peut-être en train de s'écrire à Athènes et au-delà. Une nouvelle page qui ne pourra s'écrire qu'en sortant de chez soi, par-delà les écrans, les « j'aime » des réseaux sociaux et le spectacle d'un monde tout entier à réinventer. Une nouvelle page qui ne pourra s'écrire qu'ensemble, en se débarrassant de la peur, du pessimisme et de la résignation.

Rester assis, c'est se mettre à genoux.

Yannis Youlountas
membre de l'assemblée d'occupation de l'Ecole Polytechnique à Athènes

N'hésitez pas à faire circuler. Merci de votre soutien.
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article55 (texte)
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article54 (photos)
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 18:47

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

« Cher M., chère Mme » 05/12/2014 à 17h26

Ça va devenir trop facile de repérer les amendements dictés par les lobbies

Rémi Noyon | Journaliste Rue89

Envoyer l'article par email
 

Parfois, les députés sont pris d’un coup de flemme. Ils ne réécrivent même pas les suggestions de lobbyistes, ce qui nous permet, ensuite, de les griller. Exemple avec le tabac.


Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, le 5 novembre 2014 (PATRICK KOVARIK/AFP)

C’est la marque des lobbies : un phrasé inspiré que l’on retrouve saupoudré à l’identique dans les débats de l’Assemblée.

Le Journal du dimanche souligne avec amusement que « pas moins de vingt amendements identiques ont été déposés en commission des Finances de l’Assemblée nationale » dans le cadre du projet de loi de finances rectificatif (PLFR). Déposées par des parlementaires de droite comme de gauche (sauf les écolos), ces dispositions ont pour objectif de limiter la fiscalité sur le tabac.

Refusés en commission, ils pourraient théoriquement être réintroduits dans le texte, lors du débat dans l’hémicycle ce vendredi.

Aux Finances, ça n’arrête pas

Les collaborateurs des députés reçoivent régulièrement des propositions d’amendements ou de questions écrites rédigées par des lobbyistes (ou « représentants d’intérêts » dans le chaste vocabulaire de l’Assemblée nationale). L’assistant d’une députée socialiste dit ainsi recevoir une « dizaine d’ e-mails chaque jour ».

Bien sûr, la fréquence de ces e-mails dépend des commissions. C’est là que se trouve le centre de gravité du travail législatif depuis la réforme constitutionnelle de 2008. C’est donc là que se concentre le feu des cabinets, des entreprises, des fédérations, des ONG, des syndicats, etc., lorsqu’ils n’ont pas obtenu satisfaction auprès des ministères.

Certaines commissions sont plus rock ’n’ roll que d’autres. Aux Finances, vous recevrez plus d’e-mails ou de courriers personnalisés (en plus des invitations à déjeuner). Car l’examen des textes budgétaires est une période d’intense activité dans les cabinets de relations publiques. Les enjeux y sont très importants.

« J’attire votre attention »

Par exemple, lors des discussions, à la fin 2013, sur le projet de loi sur la consommation, la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME) a envoyé un joli e-mail farci de propositions d’amendements [document] :

Voir le document

(Fichier PDF)

« Monsieur le député,

Dans la perspective de la deuxième lecture du projet de loi relatif à la consommation, subsistent de nombreuses problématiques touchant les TPE-PME.

C’est pourquoi, je me permets d’attirer votre attention sur les propositions d’amendements de la CGPME. »

Les amendements déjà rédigés figurent sur un document Word en pièce-jointe. Il n’y a plus qu’à remplacer « Présenté par M. Député/Députée » par le nom du parlementaire.

En effectuant quelques recherches dans la liste des amendements déposés à l’époque, on retrouve facilement les copiés-collés. Prenons pour exemple l’amendement qui vise à « supprimer l’action de groupe » (class action). L’exposé des motifs suggéré par la CGPME se retrouve quasi mot pour mot dans deux amendements :

  • CE79 : Damien Abad et de Catherine Vautrin (UMP)
  • CE191 : Thierry Benoit, Franck Reynier, François Sauvadet et Jean-Paul Tuaiva (UDI).

Le courriel envoyé par la CGPME

Cette recherche est encore un peu artisanale, mais l’association Regards citoyens travaille à un outil qui permet de comparer les documents de lobbyistes aux amendements déposés. Au Parlement européen, une initiative similaire – LobbyPlag – avait permis d’illustrer l’influence des lobbies sur les décisions publiques. Mais, il s’agissait d’un coup « ponctuel », non reproductible.

Grâce à sa base, Regards citoyens peut aussi identifier les amendements identiques déposés par plusieurs groupes. Ainsi, sur le projet de loi sur l’agriculture, on s’aperçoit qu’un amendement visant à établir une « compensation agricole » a été déposé, quasi à l’identique, par des députés PS, PC, UMP et FN. On peut facilement imaginer qu’il a été soufflé par un même acteur.

« En pièce-jointe, les conséquences de... »

Pour ce qui est des amendements sur le tabac évoqués par Le JDD, il semble bien que la Confédération des buralistes se soit adjoint les services du cabinet Rivington. Ce dernier organise « des conférences parlementaires sur les thèmes qui font l’actualité ». Mais, contrairement à d’autres cabinets, il ne s’est pas inscrit au registre des représentants d’intérêt de l’Assemblée.

Jeudi, le lobbyiste de Rivington a envoyé l’e-mail ci-dessous, en prévision du débat en séance publique, pour soutenir les amendements pro-tabac, déposés par les 40 élus repérés par Le JDD. Joint par Rue89, il refuse poliment de répondre à nos questions et de confirmer qu’il travaille pour les buralistes (ou pour un cigarettier). Il faut dire que les mecs sont de vrais pros, comme le souligne un collaborateur de député : le message est à la fois personnalisé et précédé d’un coup de fil.

Voir le document

(Fichier PDF)

« D​ans l’optique de l’examen du PLFR demain, vous trouverez en pièce-jointe trois notes relatives aux amendements concernant le tabac.

Une note et une FAQ concernant des amendements soutenus par 40 députés, qui visent à protéger les buralistes des accroissements mécaniques des écarts de prix avec les pays frontaliers (notamment les amendements SRC 322 et 323 ainsi que 151 et 152).

Par une évolution technique qui harmonisera notre fiscalité avec 26 des 28 autres Etats-membres, nos 26 000 buralistes seront protégés des augmentations automatiques de la fiscalité du tabac.

Cette réforme, qui ne modifie en aucun cas le niveau de fiscalité actuel, est fortement soutenue par la Confédération des buralistes. »


Capture d’écran de l’e-mail envoyé par Rivington

Les notes qui accompagnent cet e-mail [exemple en PDF] dégomment aussi certains amendements qui « visent à augmenter de façon considérable la fiscalité » sur le tabac. Dans la ligne de mire, l’amendement 419 de Michèle Delaunay [PDF], qui visait à réduire la consommation. Rappelons que l’ancienne ministre est médecin de profession.

Pour convaincre les députés de la nécessité d’enterrer cette proposition, Rivington évoque sur un ton apocalyptique « l’explosion du marché parallèle, la mise en péril du réseau des buralistes et la baisse des recettes de l’Etat ».

Il ne reste plus qu’à guetter ces éléments de langage dans les discussions budgétaires de l’après-midi. Dans la bouche, par exemple, du député socialiste Razzy Hammadi, qui a répondu aux critiques dans la soirée en assumant ses « contacts avec les buralistes » au même titre qu’avec des « associations de consommateurs » :

« Quand, à l’extérieur de cet hémicycle, sont évoqués des parlementaires sous influence parce qu’ils ont défendu leurs convictions, je trouve cela inacceptable. »

 

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com



 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 18:23

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Avec Center Parcs, deviens gardien de la forêt...

Association PCSCP

vendredi 5 décembre 2014

 

 

 

Devenir « gardien de la forêt ». C’est l’animation que propose sans rire et sans honte la société Center Parcs pour éduquer les enfants au respect de la nature. Au même moment, les travaux pour le Center Parcs de Roybon détruisent des centaines d’hectares de zones humides. Le greenwashing atteint des sommets de cynisme.


Sur son blog, la société Center Parcs présente une nouvelle animation proposée aux touristes :

"Désormais présente dans les 4 domaines Center Parcs français, l’animation’Quand j’serai grand j’serai Gardien de la Forêt’ attend vos enfants pour deux heures d’exploration et de respect de l’environnement combinant aspect ludique et apprentissage.

 

Accompagnés de Bing, l’ami des enfants et le gardien de la forêt, vos enfants se glisseront dans la peau d’un explorateur curieux et respectueux de la nature…

 

Par cette activité nous avons souhaité apprendre aux enfants à combiner exploration avec des gestes pour se « débrouiller » en forêt, mais également leur apprendre les gestes écologiques qu’ils pourront reproduire après leurs vacances et leur transmettre des informations liées à la protection de la biodiversité.

Les enfants apprennent à reconnaître les empreintes des animaux, à regarder, toucher et sentir la nature qui les entoure et prennent ainsi conscience des éco-gestes important à retenir et à pratiquer, même en dehors de la forêt.

 

Enfin, ils se verront chacun à leur tour recevoir le diplôme du meilleur gardien de la forêt à la fin de cette activité pour les féliciter de leur travail, de leur engagement et de leur aide pour protéger la nature !"

Le « marketing vert », manipulation psychologique

Des gamins qui découvrent la biodiversité en regardant avec une loupe des insectes sur une dalle en béton !

Est-ce cette "biodiversité" que l’on veut transmettre et apprendre à nos "générations futures" ?

Ah c’est sûr, si l’on continue de tout imperméabiliser, de détruire la biodiversité qu’aucune technologie humaine ne sera capable de reproduire à l’échelle macroscopique, les enfants du futur se laveront les yeux sur des dalles et des murs horizontaux, verticaux, de belles coupoles de verre et de plastique où le bruit du vent sera monocorde, où les mille bruits enchanteurs d’une forêt vivante ne seront plus...

Et pour cause, ce marketing vise une clientèle peu érudite en matière d’environnement, se croyant dans un modèle de « vacances écologiques » transmettant des valeurs à leurs enfants, pendant qu’ils se reposent dans un espace « naturel » aménagé, aseptisé pour leur confort !

En consommateurs bien éduqués ils ont mordu à l’hameçon du message que fait passer la société Pierre et Vacances, la maison-mère de Center Parcs. Car cette population a besoin de se « réparer » du mal-être qu’elle vit dans un modèle qui broie l’humain et l’amène à se lâcher sans plus penser.

Mais la réalité, celle qui n’est pas portée à l’écran, invisible donc pour les potentiels clients qui se baladent sur le site (internet) de la compagnie, est toute autre.

Dans la réalité, l’environnement n’a plus droit au chapitre face aux intérêts financiers générés par les opérations foncières du groupe Pierre et Vacances.

Destruction avérée de la nature

En effet, pour pouvoir réaliser la construction du « Center Parcs de la Forêt de Chambaran » d’une emprise de 202 hectares dans l’Isère, Pierre et Vacances a commencé en Rhône-Alpes une très importante destruction de zones humides, stratégiques pour la fourniture en eau potable de toute une région et participant au fonctionnement d’un aquifère reconnu à forte valeur patrimoniale par le SDAGE.

Ces zones humides abritent et assurent une biodiversité à l’ensemble du massif des Chambaran, biodiversité reconnue par le Schéma de Cohérence Ecologique Rhône-Alpes. Tant au niveau des espèces aquatiques que terrestres, elles entretiennent un milieu très riche, de par sa morphologie et sa couverture végétale spécifiques, au service du plus petit micro-organisme jusqu’au plus grand cervidé.

Leur nature, leur fonctionnalité ne sont pas reproductibles, il est impossible de recréer à l’identique ce que la géologie a permis, sur des millions d’années, d’offrir aux espèces vivantes (dont nous).

Pour construire le cinquième Center Parcs français à cet endroit, il faudra donc aussi détruire les espèces protégées, patrimoniales pour certaines, qui habitent ce territoire et figurent sur les listes de protection au niveau national et européen.

Il faudra également mettre en péril la pérennité de rivières classées qui font l’objet de contrats de rivière au niveau du SDAGE. Il faudra également pomper d’énormes quantités d’eau sur des nappes en déficit là où les études préconisent des baisses de prélèvement incontournables pour préserver la ressource !

Rappelons que le dossier du « Center Parcs de la Forêt de Chambaran » a reçu les avis négatifs :

- du CNPN (Conseil national de protection de la nature - Ministère de l’Environnement) pour la demande de dérogation pour la destruction d’espèces protégées (procédure obligatoire prévue au Code de l’environnement) ;

- de l’ONEMA (Office national d’études des milieux aquatiques - organisme qui contribue à la surveillance des milieux aquatiques et de leur bon usage, intégré à la Police de l’Eau) sur l’insuffisance des études sur les espèces et les milieux ;

- de la Commission d’Enquête Publique du dossier Loi sur l’Eau sur douze points rédhibitoires (voir l’avis complet)..

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 18:19

 

Source : www.reporterre.net

 

Ecologie

Projets inutiles, la victoire est possible : le récit de la Rencontre de Reporterre

Lorène Lavocat (Reporterre)

vendredi 5 décembre 2014

 

 

 

Une rencontre sous le signe de l’écoute et du partage. La soirée organisée par Reporterre et Agir pour l’environnement a montré que face à la profusion des projets inutiles, les citoyens sont de plus en plus mobilisés. Lundi 1er décembre, ils sont venus en nombre écouter les opposants aux projets inutiles témoigner de leur lutte. Reportage audio et photographique.


Le silence coupable des autorités, la violence de la répression, ou l’inextricable complexité des recours juridiques... mais aussi la créativité et la détermination des militants. La Rencontre de Reporterre, organisée le 1 décembre avec Agir pour l’Environnement, a été une soirée vivifiante : elle a permis de poser les bases d’une victoire de l’écologie contre les intérêts privés.

Six collectifs d’opposants à des projets inutiles ont répondu présents, ainsi que le public qui a largement empli la salle Jean Dame, prêtée par la Mairie du IIe arrondissement de Paris. Certains luttent contre des centres commerciaux, d’autres contre un barrage ou un aéroport. Ils occupent parfois le terrain, formant des Zad (zone à défendre), ou multiplient les manifestations originales. Au-delà de leurs différences, la discusion, animée par Antoine Lagneau, a montré qu’ils amorcent des stratégies communes pour gagner leur combat. Tour d’horizon sonore...


- Françoise Verchère, Antoine Lagneau et Stéphane Peron -

Le barrage de Sivens, au Testet

Le projet de barrage sur une zone humide est sérieusement remis en cause, depuis la mort de Rémi Fraisse. Pour en savoir plus, voir notre Dossier : La bataille pour sauver la zone humide du Testet.

Pour Ben Lefetey, porte-parole des collectifs pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, « nous ne pourrons jamais célébrer la victoire, puisque l’un des nôtres est mort. » Pour autant, il y a bien aujourd’hui « une reconnaissance officielle que c’est un mauvais projet ».


- Ben Lefetey au micro -

Mais « la résistance est aujourd’hui trop forte » pour que le projet continue. « Ils ne peuvent plus nous imposer un projet que l’on refuse. » Reste désormais à « gagner au niveau national », sur trois points : exiger plus de démocratie, interdire les armes létales et réorienter notre agriculture vers un modèle plus soutenable.

- Écouter Ben Lefetey :

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Notre Dame des Landes est La « mère des batailles », dit Françoise Verchère, du collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Cedpa). Pour tout savoir : le Dossier Notre-Dame-des-Landes.


- Françoise Verchère -

Un projet né dans les années 1970, une Zad active depuis 2008, et pourtant « aujourd’hui, on s’enlise ». En cause, « le silence des autorités » et « l’indépendance relative du Conseil d’État », qui complique les recours juridiques. « La victoire est possible, mais elle n’est pas acquise », ajoute Françoise Verchère. Alors comment gagner ? « Il faut instaurer un rapport de force, avec le soutien de la société. »

- Écouter Françoise Verchère :

Le centre Europa City de Gonesse

De quoi s’agit-il ? D’un centre commercial promu par le groupe Auchan, avec piste de ski, dans une zone déjà très bien pourvue en grandes surfaces. Pour en savoir plus.

La lutte à Gonesse en est à ses balbutiements. « Nous avons organisé des manifestations, avec Alternatiba Île-de-France, explique Bernard Loup, du collectif pour le Triangle de Gonesse. Nous cherchons à proposer des alternatives, montrer qu’au niveau de notre territoire, on peut faire autre chose qu’un centre commercial. »

- Écouter Bernard Loup :

Le centre Val Tolosa, à Toulouse

Dans la même veine qu’à Gonesse, le centre Val Tolosa, près de Toulouse, fait l’objet d’une opposition déterminée depuis presque dix ans. Tout savoir.


- Jutta Dumas -

« Les promoteurs disent défendre l’intérêt général, dénonce Jutta Dumas, du collectif Non à Val Tolosa. Mais en fait, à part quelques créations d’emplois, souvent précaires, ils ne défendent que leurs intérêts privés. » Quant à proposer des alternatives, elle s’interroge : « Est-ce notre rôle ? Nous ne sommes pas là pour pallier aux insuffisances des élus. »

- Écouter Jutta Dumas :

Le village Oxylane de Saint-Jean-de-Braye

Un immense magasin Décathlon, et plein de boutiques de sport. Et là encore, des surfaces agricoles et des zones humides menacées. Tout savoir.

« Le but, c’est de gagner la bataille de l’opinion, rappelle Fabrice Tassard, du collectif SPLF45. Pour cela, « il faut rester positif, être ludique et créatif dans nos manifestations et nos luttes. »

- Écouter Fabrice Tassard :

Le Center parcs de Roybon

« La ferme des 1000 cottages », voilà comment Stéphane Peron présente le village que Pierre et Vacances veut construire à Roybon, dans l’Isère. Lire notre dossier.

Une bagarre commencée il y a sept ans, qui aboutit aujourd’hui à « un carnage légal ». Car, malgré un revirement récent des autorités (2 décembre), notamment du président de région Jean-Jacques Queyranne, « tous les garde-fous, les recours juridiques n’ont servi à rien », le préfet est passé outre. Pour Stéphane Peron, pour remporter une victoire « très difficile », la désobéissance civile s’avère nécessaire.

- Écouter Stéphane Peron :

À travers les témoignages de ces militants du terrain, se dessine une trame commune. Pour Stephen Kerckhove, d’Agir pour l’environnement, les convergences ne manquent pas : le choc des légitimités, le culte pour des projets d’infrastructures nés dans les années 1960-70, le déni écologique ou l’ambivalence des élus.

- Écouter Stephen Kerckhove :

La folie des GPII (grands projets inutiles et imposés) n’est pas une maladie franco-française. Partout en Europe et dans le monde, des mines, des barrages ou des infrastructures ferroviaires défigurent la nature. Mais « un mouvement de convergence est en train de s’opérer », rappelle Barnabé Binctin, journaliste à Reporterre. Un mouvement qui s’organise autour de trois axes principaux : le rejet du néolibéralisme, matrice idéologique de ces GPII, la proposition d’alternatives, et le recours au droit communautaire, européen pour faire avancer le combat.

- Écouter Barnabé Binctin :

Dans la salle, des luttes par dizaines

Dans la salle, le public bruisse d’indignation. Les témoignages fusent. Une carrière dans le Vexin, une ligne de haute tension en Haute-Durance, une ferme usine de 1000 veaux dans le Limousin. Le nucléaire, le ferroviaire ou les déchets posent très souvent des problèmes sociaux, environnementaux et démocratiques. La France semble gangrenée par les projets inutiles...

Chacun énumère ses bons plans et ses pistes : écrire une chanson, créer des ateliers citoyens, mettre en commun des contacts et des outils. Un seul mot d’ordre : l’entraide et la coordination. À ce propos, il existe d’ores et déjà une adresse : contact@gpii.fr, pour être mis en relation avec d’autres luttes.

L’entraide, oui, mais cela ne suffit pas. « Nous avons tous une responsabilité. Il faut que chacun ait le courage de faire très discrètement ce qu’il y a à faire », lance une dame. « Il faut aller sur place, ne pas attendre qu’on nous dise quoi faire, prendre l’initiative », ajoute un autre spectateur...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:56

 

 

Source : www.mediapart.fr/portfolios

 

Une ferme coopérative, lieu d'accueil pour enfants et adolescents en difficulté

Photographe : Patrick Artinian

 

 

 

 

Les lieux de vie et d'accueil (LVA) sont des petites structures sociales ou médico-sociales qui offrent un accueil et un accompagnement personnalisé à un petit nombre d'enfants, d'adolescents ou d'adultes en situation problématique. On en compte 467 en France. Seuls deux fonctionnent sous forme de coopérative. La Ferme aux animaux, dans l'Allier, est l'un de ceux-là.

  1. © Patrick Artinian

    Les lieux de vie et d’accueil répertoriés en France fonctionnent, pour une grande majorité, sous statut associatif (loi 1901). L'originalité de la Ferme aux animaux est de fonctionner sous forme de coopérative, un statut compliqué pour ce type d’entreprises qui n’a pas pour vocation à générer des profits. Emiliano Soldati, éducateur spécialisé, explique ce choix :

 

 

  1. © Patrick Artinian

    Milena Soldati et son conjoint ont fondé, dans les années 1990, une ferme pédagogique aujourd'hui devenue lieu de vie et d'accueil. Admirateurs de George Orwell, ils l’ont appelée La Ferme aux animaux, en référence au roman de l’écrivain anglais, Animal Farm.

  2. © Patrick Artinian

    La Ferme aux animaux est située à Treban, dans l'Allier. Elle est habilitée à recevoir six jeunes de 4 à 18 ans relevant des services d’aide sociale à l’enfance de toute la France. Les enfants sont encadrés par une équipe pluridisciplinaire dont une psychologue à plein temps. Emma Soldati explique le fonctionnement du centre :

 

 

  1. © Patrick Artinian

    2 700 places pour des jeunes en difficulté sociale ou familiale sont offertes en France par les lieux de vie et d’accueil. Ce sont généralement des lieux paisibles, à la campagne, souvent bien loin des villes.

  2. © Patrick Artinian

    Les jeunes accueillis doivent poursuivre une formation scolaire ou professionnelle. Les travaux collectifs à la ferme permettent d'apprendre à vivre ensemble, et pas seulement côte à côte.

  3. © Patrick Artinian

    Ces travaux permettent aussi d'acquérir une autonomie.

  4. © Patrick Artinian

    En ce mois d'octobre 2014, la ferme accueille cinq adolescents.

  5. © Patrick Artinian

    Emma Soldati, psychologue (à gauche), et son frère Emiliano, éducateur spécialisé (barbu au centre), sont à l'origine de la transformation de la ferme pédagogique de leurs parents en un lieu de vie et d’accueil.

  6. © Patrick Artinian

    Après le déjeuner. Les jeunes accueillis doivent participer à toute la vie collective.

  7. © Patrick Artinian

    Réunion des coopérateurs. Les salaires des sept membres sont tous de 1 700 € net sauf celui d’Emma Soldati, initiatrice du projet, qui est légèrement supérieur.

  8. © Patrick Artinian

    Lors de leurs moments de loisirs, les jeunes peuvent rester sur place mais ils ont aussi souvent la liberté de se rendre dans le village de Treban rencontrer leurs amis.

  9. © Patrick Artinian

    À l'intérieur de la ferme.

  10. © Patrick Artinian

    Aujourd'hui, on construit une palissade.

  11. © Patrick Artinian

    Afin de responsabiliser les jeunes, on leur permet, sous surveillance, d’utiliser des outils parfois relativement dangereux, scie, perceuse, etc.

  12. © Patrick Artinian

    Un des jeunes vient de se fabriquer un nunchaku, arme utilisée notamment en art martial et composée de deux branches reliées entre elles par une chaîne ou une corde.

  13. © Patrick Artinian

    Dans les jardins de la ferme.

  14. © Patrick Artinian

    La ferme est située à Treban, à une demi-heure de route au sud de Moulins.

  15. © Patrick ArtinianFin de journée d'automne, à la Ferme aux animaux.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr/portfolios

 

 


 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:47

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/la-mort-est-dans-le-pre

 

 

Le vigneron condamné pour refus d'usage de pesticides est relaxé en appel !

 

C'est une super bonne nouvelle ! Monsieur Giboulot, un vigneron de Côte d'Or, qui, en première instance, avait été condamné pour avoir refusé d'obéir aux ordres de la Préfecture lui imposant l'emploi de pesticides (lire ici), vient d'être relaxé en appel (lire ici).

Le bon sens a donc prévalu sur  une administration tatillonne.

Est admis l'idée qu'il n'est pas indispensable d'avoir recours automatiquement à des pesticides en cas d'attaque parasitaire. Est reconnu le droit à se défendre en employant des moyens adaptés, autres que certains pesticides ayant des effets secondaires potentiellement dangereux.

« C'est une victoire de la mobilisation citoyenne, c'est être lanceur d'alerte », a déclaré à l'issue du prononcé de l'arrêt de la cour M. Giboulot, acclamé par son comité de soutien. « Il y a une prise de conscience de plus en plus forte quant à l'importance de réduire l'usage des pesticides qui me donne des espoirs pour l'avenir de l'agriculture ».

Interrogés sur ce verdict, d'autres viticulteurs (qui avaient obéi au Préfet) ont fait profil bas, minimisant la portée de ce jugement.

Un regret : que nous soyons obligé de considérer comme une victoire le seul fait, pour une personne, d'avoir refusé l'emploi de pesticides alors que, dans la réalité, la France reste un utilisateur immodéré de ces produits. Avec une législation toujours soumise au lobby des céréaliers industriels. Lire ici tout ce qui concerne les pesticides.

Comme quoi, la fin du combat n'est pas pour demain.

En attendant, bravo, Monsieur Giboulot !

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/la-mort-est-dans-le-pre

 

 

 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:32

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

ça bouge ! Mobilisations

5000 kilomètres en vélo... et 1000 manières de soutenir le Tour Alternatiba !

par Collectif 5 décembre 2014

 

 

 

 

 

Quelques mois avant le sommet international sur le climat à Paris, fin 2015, un drôle de vélo va traverser six pays européens et parcourir 5000 kilomètres pour porter le message d’Alternatiba : non seulement les alternatives au dérèglement climatique existent, mais elles contribuent à construire un monde plus juste, plus solidaire, plus convivial. Pour préparer chaque étape de cette aventure collective, un appel à volontaires et une opération de financement participatif sont lancés. Comment donner un coup de pouce, ou de pédale ? Toutes les infos ci-dessous.

Du 5 juin au 26 septembre 2015, un vélo 4 places parcourra 5 000 kilomètres pour le climat entre Bayonne et Paris. Symbole d’Alternatiba, ce drôle de vélo traversera 180 territoires de 6 pays Européens, pour porter encore plus fort le message d’Alternatiba : non seulement les alternatives au dérèglement climatique existent, mais en plus, elles construisent un monde meilleur !

Ce tour mobilisera des milliers de collectifs locaux et des dizaines de milliers de citoyens, à quelques mois de l’important sommet mondial sur le climat qui se déroulera à Paris en décembre 2015 (COP21). Or, la solution ne peut pas venir que d’en haut, mais doit aussi être enclenchée depuis nos territoires : c’est le sens de ce Tour Alternatiba. Et pour en faire un grand événement populaire, nous avons besoin de vous dès maintenant !

Nous avons besoin de 100, 500, 1000 volontaires, répartis tout au long du parcours (et même au-delà !), pour nous aider à préparer chaque étape de cette grande aventure collective (toutes les étapes ici). Vous pouvez faire du vélo autour de chez vous pour nous aider à repérer les meilleures routes ou les lieux d’affichage les plus visibles ? Vous êtes plutôt du genre bricoleur, ou bien à l’aise sur un ordinateur pour relayer sur les réseaux sociaux ? Vous n’avez pas beaucoup de temps, mais vous pouvez héberger des cyclistes à leur passage près de chez vous ? Il y a mille et une manières pour que chacun donne un coup de pouce afin que ce Tour Alternatiba prenne le meilleur départ ! Même ceux qui n’habitent pas près d’une étape du Tour Alternatiba pourront aider.

Comme le disait Stéphane Hessel en parrainant le mouvement Alternatiba, nous pouvons relever le défi climatique en construisant un monde meilleur. Alors n’attendons plus pour développer les milliers d’alternatives qui sont déjà à notre portée. Vous aussi, participez à cette grande aventure humaine en rejoignant les volontaires du Tour Alternatiba sur www.alternatiba.eu/volontaire !

Une opération de financement participatif #coup2pouce est lancée depuis le 3 décembre : toutes les infos ici.

Tous les articles de Basta ! sur la dynamique Alternatiba.

 

 

 

Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:15

 

 

Info reçue par mail :

 

insurrection à Athènes, en ce moment même !!!

Aux cuisiniers autonomes des rues grecques :

   Les seules frontières réelles sont celles qui séparent celles et ceux qui ont la conscience et le respect du Vivant, de celles et ceux qui exploitent les peuples et la planète.

   Du Testet à Exarcheia, unité solidarité et autogestion !




Le 03/12/2014 02:24, Yannis Youlountas a écrit :

Athènes, en ce moment même :
Réoccupation populaire de l'Ecole Polytechnique à Exarcheia, 41 ans après les événements de novembre 1973 (des anciens ont les larmes aux yeux et pensent que nous vivons un autre moment historique), et barbecues de bus et banques aux fines herbes aux alentours.L'ambiance dans l'enceinte de ce lieu historique est extraordinaire.Les CRS suréquipés n'arrivent pas nous déloger. Beaucoup de tags à lamémoire de Rémi Fraisse et en soutien à la grève de la faim du jeuneemprisonné Nikos Romanos. Distribution solidaire de sérum, citrons,mallox contre les lacrymogènes balancés comme du napalm depuisl'extérieur. Ça dépave, ça débat, ça écrit sur les murs et sur lescorps, ça chante. Que la fête commence !
On attend vos messages de soutien !

Yannis Y, membre de l'assemblée d'occupation de l'Ecole Polytechnique

 

 

                                                               ******************************************

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/les-indignes-mouvement-15m

 

 

« On occupe l’École polytechnique!» ZAD à Exarcheia, Athènes

Yannis Youlountas, d’Athènes : EN CE MOMENT MÊME, LUNDI 2 DÉCEMBRE 2014, RÉOCCUPATION POPULAIRE DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE, À EXARCHEIA, 41 ANS APRÈS !...

Barbecues de bus aux fines herbes. L’ambiance dans l’enceinte de ce lieu historique est extraordinaire. Suréquipés, les policiers n'arrivent pas à nous déloger. Beaucoup de tags à la mémoire de Rémi Fraisse. Distribution solidaire de sérum, ctitrons, mallox contre les lacrymos balancés comme du napalm. Ça dépave, ça débat, ça écrit sur les murs et sur les corps, ça chante ! QUE LA FÊTE COMMENCE !...

Yannis Youlountas, des ZAD du monde entier, Athènes, Val de Suza, Le Testet, etc. Bises de nous tous à Exarcheia...

NE VIVONS PLUS COMME DES ESCLAVES !


En novembre 2014, encore (et déjà !) :

Athènes : Intervention anarchiste à l’Institut Français pour l’assassinat de Rémi Fraisse

Le samedi 15 novembre 2014, une vingtaine de compagnon-ne-s ont bloqué l’entrée de l’Institut Français d’Athènes dans le quartier d’Exarchia et sont intervenus dans la cour et dans les amphis en lisant plusieurs choses au mégaphone, en distribuant des textes, jetant des tracts et en criant des slogans. L’action a commencé à 11h40 et a pris fin une heure plus tard.

http://fr.contrainfo.espiv.net/2014/11/19/athenes-intervention-anarchiste-a-linstitut-francais-pour-lassassinat-de-remi-fraisse/

 

HISTORIQUE

Communiqué de l’Occupation de l’École polytechnique, Exarcheia, Athènes, en décembre 2009, déjà :

Des nouvelles d'Athènes (6 décembre 2009)

Un an après l'assassinat d'Alexandros Grigoropoulos par l’État grec, l'armée d'occupation du régime essaie de contrôler chaque coin de rue.
Les assassins armés ont envahi le squat autogéré Resalto et la mairie du quartier occupée suite à l'entrée des flics dans le squat.

Ils ont isolé les espaces de lutte politique et sociale, ils ont encerclé le quartier d'Exarcheia et l'École polytechnique en procédant à un grand nombre d'interpellations et d'arrestations (pour des contrôles d'identité et certains avec des chefs d'inculpation) et cela continue en ce moment. Les porte-parole du régime, les médias, reproduisent la propagande d'État en créant un climat de terreur.

Un an après la revolte sociale de décembre, le système d'oppression et d'exploitation tente de regagner du terrain.
Il tente d'imposer un état d'urgence afon de museler la rage populaire et d'imposer un silence de cimetière dans la société.

Prenant acte que la ville est sous occupation, nous occupons l'École polytechnique. Nous appelons chacun qui résiste à continuer la lutte par tous les moyens.
Nous tenons cet espace et nous déclarons notre solidarité à tous ceux qui subissent la répression d'État.

NOUS EXIGEONS LA LIBÉRATION IMMÉDIATE DE TOUS LES INTERPELLÉS ET DES INCULPÉS
TOUS DANS LA RUE !!!

ON N’OUBLIE PAS, ON NE PARDONNE PAS
TOUT CONTINUE !

Ré-occupation de Villa Amalia, l'École polytechnique d'Athènes, et expulsion policière (daté de janvier 2013)

http://fr.contrainfo.espiv.net/2013/01/09/athenes-re-occupation-et-expulsion-de-villa-amalias/

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/les-indignes-mouvement-15m

 

 

 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:04

 

Source : www.mediapart.fr

 

Scandale Uramin : omerta chez Areva

|  Par martine orange

 

 

 

Alors que les enquêtes judiciaires avancent sur le scandale Uramin, les témoignages de salariés sont accablants. Ministère des finances, CEA, DCRI, Quai d’Orsay... ont été avertis par des cadres désespérés de ne pouvoir faire passer leur message dans le groupe : les mines rachetées étaient inexploitables. Les responsables de l’acquisition ont préféré ignorer les études.

Uramin. Le seul nom est explosif, radioactif. Il a à peine été prononcé qu’un silence pesant s’installe dans la conversation, que les téléphones brusquement raccrochent. Les plus aguerris tentent de donner le change quelques minutes, en demandant comment leur nom est apparu, comment il a été possible de retrouver leurs traces. Mais la discussion ne va jamais très loin : ils ne sont au courant de rien, ne se souviennent de rien. À les entendre, ces salariés d’Areva n’ont jamais été impliqués ni de près ni de loin dans le scandale de ce groupe minier, racheté 2,5 milliards de dollars en 2007. Ou s’ils l’ont été, c’est par hasard, par raccroc.

Ils sont nombreux, ces cadres d’Areva à vouloir enterrer le dossier Uramin au fond de leur mémoire, à chercher à se faire oublier. Mais il y a aussi les autres, qui aimeraient comprendre après coup ce qui a pu se passer dans leur groupe, qui racontent tout ce qu’ils ont pu voir ou savoir, parce que, comme dit l’un d’entre eux, « la lumière doit être faite sur ce dossier ». Sept ans après, le mystère, pour eux, reste entier. Comment Areva a-t-il pu perdre 3 milliards d’euros dans le rachat d’une société minière aux actifs inexploitables et dans des études complémentaires pour tenter de justifier cette acquisition calamiteuse ? 

En 2013, la Cour des comptes a commencé à examiner – bien tardivement – les comptes du groupe public. Un pré-rapport a déjà été rédigé dont Mediapart a donné de larges extraits (lire ici), en attendant le rapport définitif toujours pas publié. Au vu de ses premières découvertes, la Cour des comptes a fait un signalement auprès du procureur national financier sur le dossier Uramin. Depuis avril, une enquête préliminaire a été ouverte auprès de la brigade financière. Le dossier intéresse aussi le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, certains éléments et certaines personnes pouvant être liées au dossier qu'il instruit sur des versements reçus par M. Balkany. Des salariés, des témoins qui jusque-là n’avaient jamais été entendus, ont été auditionnés.

Les premiers constats qui ressortent de ces auditions sont détonants, selon nos informations : tous ceux qui avaient un intérêt de près ou de loin à suivre la gestion d’Areva savaient depuis très longtemps qu’Uramin était une société minière inexploitable. Avant même le rachat mais surtout après, des salariés du groupe ont d’abord sonné l’alerte en interne auprès des responsables du groupe. Ne constatant aucune réaction, ils sont allés plus loin, ont tiré toutes les sonnettes qu’ils pouvaient pour avertir du danger couru par Areva. Le ministère des finances, le CEA (premier actionnaire d’Areva), la DRCI, le Quai d’Orsay, ont été avertis, par des moyens plus ou moins directs, de l’inexistence de réserves minières exploitables dans les gisements rachetés. Des notes blanches ont été adressées à des responsables représentants de l’État afin de les informer de la réalité de la situation, dans l’espoir que l’information remonte jusqu’au sommet. Aucune de leurs interventions n’a eu de suite. Tous ont feint de ne pas savoir, se sont tus ou ont préféré ne pas savoir. Une omerta s’est installée sur le groupe et n’a toujours pas été levée.

Les premiers à avoir sonné l’alarme au sein du groupe ont été les géologues. Ils connaissent les gisements d’uranium du monde entier. Très vite, ils s’inquiètent quand ils entendent parler d’un éventuel rachat d’Uramin. « Le monde de l’uranium est tout petit. C’était une junior minière que nous connaissions bien. Nous sortions de l’échec du rachat d’Olympic Dam (une société minière australienne de cuivre et d’uranium rachetée par le géant BHP Billiton en 2005 – ndlr). Nous regardions alors toutes les sociétés minières susceptibles d’être rachetées », raconte Anatole, un des géologues du groupe. (Le prénom a été anonymisé. Voir Boîte noire.)


La production d'Uramin en 2011 et 2012 provient des usines pilotes de Trekkopje abandonnées depuis 
La production d'Uramin en 2011 et 2012 provient des usines pilotes de Trekkopje abandonnées depuis © dr

À l’époque, Areva a décidé de pousser les feux sur son activité minière, la plus rentable du groupe. Un plan dit Turbo a été élaboré en 2005 dans ce cadre. Son but : repérer toutes les sociétés minières qu’Areva pourrait racheter afin d’élargir son portefeuille de production et de diminuer la dépendance du groupe par rapport au Niger. Dans la liste des cibles potentielles, figurent notamment trois noms : Uranium One, Paladin et Uramin. Les deux premières sociétés ont déjà commencé à exploiter des mines d’uranium. Uramin, elle, qui s’est constituée en 2005, n’a que des droits miniers et aucune exploitation. Mais c’est elle qu’Areva privilégiera.

Si les géologues d’Areva s’alarment de la possibilité du rachat de la junior canadienne, c’est qu’ils connaissent sur le bout des doigts les gisements que celle-ci a en portefeuille. Ceux-ci ont été répertoriés et analysés par le CEA et Minatom, une ancienne filiale de Total, dans les années 1960. Tous leurs travaux et leurs archives ont été transférés par la suite à la Cogema puis chez Areva. « La Cogema avait travaillé notamment sur le site de Bakouma en Centrafrique », se rappelle Aurélien, un ancien salarié de BU (pour Business Unit) Mines.

 

 
© DR

Une importante somme – La Mine et les mineurs de l’uranium français, dont le dernier tome a été préfacé par Anne Lauvergeon –, réalisée par un ancien géologue du groupe, Antoine Paucard, raconte cette recherche éperdue du minerai radioactif depuis 1946. Dans le tome 3, publié en 1996, il reprend l’histoire du gisement de Bakouma, commencée en 1958. Le chapitre s’intitule « Aventure et échec à Bakouma » ! Il raconte l’enthousiasme du début, lors de la découverte du gisement, puis les déconvenues multiples par la suite. Le CEA, PUK (Pechiney Ugine Kuhlmann) puis le groupe Alusuisse – associés aux recherches car l’exploitation de la mine aurait dégagé du fluor et du chlore en sous-produits de l’uranium – s’y sont tous cassé les dents.

Car la mine n’est pas seulement difficile à exploiter en raison des difficultés du terrain (une large partie du gisement est sous l’eau, dans des marais), de son éloignement géographique (à plus de 800 kilomètres du premier port), de l’absence d’infrastructures, elle l'est aussi pour des raisons géologiques jusqu’à présent insurmontables. Le minerai d’uranium est en effet entouré d’un réseau cristallin, l’apatite. « Les techniques minières que nous avons à disposition ne permettent pas d’extraire le minerai à un coût acceptable. Ni le broyage ni les méthodes chimiques de dissolution ne parviennent à venir à bout de cette roche dure », explique Anatole.

Des archives si parlantes

Leurs connaissances sont toutes aussi assurées sur le site namibien de Trekkopje, présenté par Areva, au moment du rachat d’Uramin, comme le gisement le plus prometteur. Le site avait été exploré dans les années 1960 par Minatom. Là encore, les géologues avaient conclu qu’il était inexploitable. Les couches étaient très disparates et très minces. Surtout, la teneur en minerai était des plus faibles : de l’ordre de 120 ppm (parties par million) d’uranium. « Par comparaison, les minerais que nous classons stériles dans le Limousin sont des trésors. Ils ont des teneurs supérieures à 200 ppm d’uranium », poursuit Anatole. 

La faible teneur des gisements de Trekkopje, de toute façon, n’est un secret pour personne dans le monde minier à l’époque du rachat d’Uramin. La société minière, qui exploite un gisement voisin un peu plus riche, connaît alors de graves difficultés et sera presque acculée à la faillite avant de recentrer son exploitation sur la partie où le minerai est le plus concentré, mais sans grand espoir de rentabiliser la totalité de ses investissements. Même Uramin ne cache pas les difficultés d’exploitation de ce gisement, compte tenu de sa faible teneur en minerai. Dans un document de présentation daté du 26 février 2007, la société minière publie une coupe géologique de Trekkopje. Sur un gisement de 14 kilomètres, seule une petite partie, entourée en pointillés rouges sur la photo, est considérée comme exploitable.

 

 
© Uramin

Quant au dernier site, Ryst Kuil en Afrique du Sud, présent dans le portefeuille d’Uramin, il n’est pas connu des géologues de la maison. Ce qui constitue déjà un indice : les grands gisements d’uranium dans le monde sont pratiquement tous répertoriés et connus des géologues du monde entier.

La société canadienne avait d’autres droits, sur le site de Saraya au Sénégal, qui n’ont jamais été mentionnés. Ce gisement est également bien connu du CEA et des géologues d’Areva. Il a lui aussi été prospecté par la Cogema dans les années 1970. Les campagnes de prospection avaient toutes abouti aux mêmes conclusions : gisement inexploitable compte tenu de la faible teneur en minerai et des discontinuités géologiques.

Par la suite, la direction d’Areva a invoqué les détails contraints et les obligations de secret liés à l’opération boursière pour justifier les déboires d’Uramin. Le groupe n’aurait pas pu avoir les informations nécessaires à temps. Dans les faits, l’inintérêt de ces mines est parfaitement connu et documenté chez Areva au moment du rachat d’Uramin. Il suffisait de vouloir chercher pour trouver. Mais les responsables de ce rachat voulaient-ils vraiment savoir ?

Lors des discussions de rachat, aucun des responsables n’a éprouvé le besoin de consulter les archives du groupe, selon nos informations. Aucun ne poussera la porte des géologues de la maison pour leur demander leur avis. Une équipe interne a bien été constituée pour faire des « due diligence » sur les gisements d’Uramin entre mars et mai 2007, juste avant le rachat. Quelques géologues faisant partie de cette équipe avaient émis certaines réserves. Mais celles-ci n’ont, semble-t-il, jamais été communiquées aux actionnaires ni aux membres du conseil de surveillance. Areva avait, à cette époque, préféré s’en remettre aux expertises minières, très optimistes, réalisées par le vendeur.

De nombreux observateurs se sont interrogés sur le fait qu’Areva, pourtant référence mondiale en matière d’uranium, n’ait mené aucun travail interne et se soit appuyé sans retenue sur les documents fournis par le cabinet SRK, payé par les vendeurs. Interrogés dans le cadre de la commission d’information parlementaire menée en 2012, les responsables d’Areva invoqueront le manque de temps lié à l’OPA pour mener une contre-expertise indépendante. Bruno Bezard, directeur de l’Agence des participations de l’État (APE) à l’époque du rachat d’Uramin et membre du conseil de surveillance d’Areva, avait aussi volé à leur secours. « L’ancien directeur général de l’APE observe qu’un tel lien ne pose pas de problème a priori : il est en effet d’usage que l’entreprise vendeuse supporte elle-même les coûts d’expertise. Il observe en outre que la société SRK effectue des travaux dont la valeur est reconnue par les marchés financiers, et semble continuer à être une référence en la matière. Enfin, UraMin étant une société cotée, les informations contenues dans le rapport devaient se conformer à la norme comptable IFRS 6 ainsi qu’aux fortes exigences du code de la Bourse de Toronto », note le rapport de la commission parlementaire.

Les « grandes références de SRK » et les « fortes exigences du code de la Bourse de Toronto » ont été de parfaites protections, comme on le constate aujourd’hui : tout était faux, archi-faux à la fois dans les teneurs, les qualités, les conditions d’exploitation établies par le cabinet d’expertise. « C’est normal, c’est un cabinet anglo-saxon. Il écrit ce que lui demande le client et se fait payer pour cela », explique Arthur, autre salarié d’Areva. Curieusement, alors que les erreurs de SRK sont désormais constatées, aucune plainte n’a été déposée contre ce cabinet pour informations trompeuses par la direction d’Areva, ou par son conseil de surveillance ou ses principaux actionnaires, le CEA et l’État.

 

Anne Lauvergeon 
Anne Lauvergeon © Reuters

Les réserves émises par l’équipe chargée de faire les premières expertises au moment de la négociation n’ayant pas été entendues, d’autres salariés sont montés au créneau. Selon nos informations, pas moins de six personnes ont averti soit leurs responsables hiérarchiques, soit la direction, soit les personnes susceptibles d’avoir l’oreille de la présidente. Les messages ont-ils été transmis à Anne Lauvergeon ? Mystère. Mais au moins trois personnes proches d’elle ont été alertées, selon  nos informations : Sébastien de Montessus, directeur de la branche minière (BU Mines), Gérard Arbola, très discret membre du directoire, et l’amiral Thierry d’Arbonneau, responsable de la sécurité du groupe.

«On a acheté du vent»

Fâché avec Anne Lauvergeon depuis 2010 – celle-ci l’accuse de l’avoir fait espionner – après avoir été très proche de l’ancienne présidente d’Areva – ce qui lui a permis d’avoir une carrière éclair dans le groupe –, Sébastien de Montessus explique aujourd’hui qu’il n’a pas été associé au rachat d’Uramin, qu’il a seulement géré l’intégration de la société par la suite. De fait, Sébastien de Montessus n'a pris ses fonctions de directeur de la branche minière qu’à partir du 1er juillet 2007, date à laquelle l’OPA boursière avait été lancée. Cette version des faits, cependant, ne convainc pas des salariés du groupe nucléaire. « Comment peut-il dire qu’il ne connaissait pas le dossier Uramin ? À l’époque des faits, il était sous-directeur de la direction de la stratégie. À ce titre, il était au courant de toutes les acquisitions projetées par le groupe. C’était même sa fonction. De plus, il est arrivé à la BU Mines bien avant de prendre officiellement ses fonctions, afin de se familiariser avec ses nouvelles fonctions », se rappelle Aurélien, qui travaillait à l’époque dans cette branche.

 

Sébastien de Montessus 
Sébastien de Montessus © Reuters

Même s’il n’a pas été associé au rachat de la société minière canadienne, il a reçu des alertes par la suite. « Tout de suite après l’achat d’Uramin, j’ai averti Sébastien de Montessus. Je lui ai remis une note pour lui dire que les gisements achetés étaient inexploitables. Je lui ai dit que nous avions acheté du vent. Il n’a rien dit. Il n’a rien fait. Ou plutôt si, j’ai été mis au placard », raconte Anatole. Contacté à plusieurs reprises pour avoir sa version des faits, son avocat, Me Patrick Maisonneuve, n’a pas retourné nos appels.

D’autres alertes suivront de plus en plus pressantes, d’abord à l’intérieur du groupe, puis à l’extérieur. Selon nos informations, des salariés ont multiplié les mises en garde auprès de tous ceux qui pouvaient avoir une influence ou faire passer des messages auprès des responsables de l’État. La DCRI a été informée par plusieurs interlocuteurs de la mauvaise affaire du rachat d’Uramin. La direction des affaires stratégiques a été mise en garde quant au caractère explosif de cette opération et en a informé l’APE. Le Quai d’Orsay,  par l’intermédiaire de plusieurs ambassadeurs, a été informé de l’inexistence des gisements miniers rachetés par Areva. Pour finir, des responsables du CEA, principal actionnaire du groupe nucléaire, ont été destinataires de notes précises sur Uramin. Les messages ont-ils été transmis ? En tout cas, rien n’a bougé.

La direction d’Areva, elle, continue pendant ce temps d’envoyer des messages euphoriques. Dans une présentation faite aux responsables de la branche minière, Sébastien de Montessus vante le formidable succès de l’OPA sur Uramin. « Des actifs majeurs », « une production de plus de 7 000 tonnes d’uranium par an attendue à partir de ces gisements à partir de 2012 », explique la présentation. 

 

 

Les premiers travaux de prospection sont lancés. Sans attendre, des équipements miniers sont achetés à grands frais pour le site de Trekkopje. Une usine de dessalement d’un coût de 250 millions de dollars y est lancée. Un pilote pour exploiter le minerai est construit. Mais les résultats sont décevants. Comme ils sont décevants en Centrafrique, au Sénégal, en Afrique du Sud. Sur ces gisements aussi, des campagnes de prospection sont menées, des équipements achetés, alors que les résultats sont prévisibles. Au total, près d’un milliard d’euros supplémentaires a été dépensé en pure perte dans les années suivantes, dans l’espoir de prouver que les 2,5 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) dépensés lors de l’acquisition d’Uramin étaient justifiés.

Dès la fin 2009, le groupe abandonne les gisements du Sénégal et d’Afrique du Sud, les jugeant inexploitables. Pourtant, il n’en souffle mot. Rien n’apparaît dans les comptes. Mais cela n’a pas posé, semble-t-il, le moindre problème aux commissaires aux comptes, dont la mission, pourtant, est de s’assurer des comptes véridiques et sincères.

Ce n’est qu’en février 2011 que le groupe commence à reconnaître du bout des lèvres qu’Uramin ne tient peut-être pas toutes ses promesses. Dans les comptes de 2010, apparaît une provision de 426 millions de dollars sur les actifs d’Uramin. Elle aurait été imposée par René Ricol, nommé par Nicolas Sarkozy au conseil de surveillance pour faire la clarté sur les comptes. Il démissionnera de son poste en avril 2011. « Il estime sa mission terminée. Si cette mission était la clarification des comptes du groupe, cette affirmation paraît hasardeuse : le provisionnement massif d’Uramin va être décidé huit mois plus tard », a insisté le pré-rapport de la Cour des comptes. Et encore, les seuls actifs liés à Uramin ont été dépréciés. Le groupe a passé sous silence les dépenses d’exploration et les achats qui ont été réalisés par la suite.

La catastrophe d’Uramin devenant chaque jour plus manifeste, les rumeurs sur le scandale toujours plus fortes, le directoire et le conseil de surveillance ont commencé à se diviser, se disputer. Chacun a tenté de se protéger. Des enquêtes internes ont commencé à être réalisées sur les uns et les autres. Des audits ont été commandés pour faire la lumière sur cette opération. En même temps que la mission Ricol, le conseil de surveillance, alors présidé par Jean-Cyril Spinetta, a demandé une mission d’expertise d’interne – le rapport Boissard, dont nous avons publié de larges extraits ici – pour faire l’examen de ce qui s’était passé. Le scandale menaçant de devenir public, un rapport parlementaire d’information a aussi été rédigé début 2012, sous la haute surveillance de Jérôme Cahuzac, alors président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Aucune de ces missions n’a vraiment trouvé grand-chose à redire à l’époque, si ce n’est une concentration excessive des pouvoirs aux mains d’Anne Lauvergeon, et des défauts de gouvernance.

Aujourd’hui, ces rapports, ces missions révèlent leur véritable objet : des tentatives des responsables pour se dédouaner et éviter toute responsabilité ; des écrans de fumée pour tenter de masquer le plus longtemps possible le scandale Uramin, pour essayer de le gérer dans le temps. 

À l’intérieur du groupe, certains qui avaient émis des réserves ou des critiques sur ce rachat ont été placardisés. Beaucoup sont partis. Par la suite, alors que le scandale devenait plus évident, de nombreuses personnes qui ont eu à traiter de près ou de loin le dossier ont été éloignées du siège. Certains se sont vu offrir des préretraites ou des départs négociés avec un solide chèque et une clause très stricte de confidentialité à la clé. D’autres ont été envoyés à l’étranger, au Kazakhstan notamment. 

Après sa démission du directoire en mars 2012, Sébastien de Montessus a pris la direction de La Mancha, une filiale d’Areva spécialisée dans les mines d’or. Il y a accueilli quelques anciens cadres d’Areva. Alors que la brigade financière s’apprêtait à mener des perquisitions au siège de cette filiale en juin, un d'entre eux a été précipitamment exfiltré hors de France, vers la Chine. Très loin des éventuelles curiosités de la justice.

 Deuxième volet de la série : cache-cache avec Bercy

 

Boîte noire :

Des salariés et d'anciens salariés d'Areva ont accepté de témoigner sur la période du rachat d'Uramin et la suite, qui les a profondément marqués. Pour d'évidentes raisons de sécurité – le dossier fait peur à de nombreuses personnes – tous leurs témoignages ont été anonymisés. Je les remercie ici du courage dont ils font preuve et pour le temps qu'ils ont bien voulu m'accorder

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 


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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 16:47

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Nouvelle ZAD ?

Subventions indécentes, destruction de l’environnement, précarité de l’emploi : un « Center Parcs » suscite la colère

par Sophie Chapelle 4 décembre 2014

 

 

 

 

 

En Isère, la construction d’un village touristique artificiel « Center Parcs » par le groupe Pierre et Vacances, en plein coeur d’une zone humide, suscite une opposition croissante. Malgré les avis négatifs des experts et les recours judiciaires, le défrichage de la forêt s’accélère sur fond de millions d’euros d’aides publiques, de niche fiscale et de création d’emplois largement subventionnée. Comme à Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens, les opposants sont révoltés par le simulacre de démocratie. Alors qu’une nouvelle « zone à défendre » vient de s’implanter pour freiner le chantier, les élus socialistes se divisent.

Les pieds s’enfoncent dans la tourbe, les visages sont graves. Des tas de troncs de châtaigniers, de bouleaux et d’aulnes jonchent à perte de vue le sol du plateau de Chambaran, une zone forestière censée être préservée, située entre Grenoble et Lyon. Depuis le 20 octobre, quand les premiers bulldozers ont fait leur entrée dans le bois des Avenières en Isère, plus de 40 hectares ont déjà été défrichés. « Avec cette chaleur automnale, bon nombre de batraciens ne sont toujours pas en période d’hibernation et se font broyer par les chenilles des machines », déplore Stéphane Peron, pilier de la lutte contre le projet de Center Parcs des Chambaran. « Comment le groupe Pierre et Vacances peut-il parler d’un chantier vert ? »

C’est là, sur ce plateau permettant d’apercevoir les contreforts du Vercors et de la Chartreuse, que le numéro un européen du « tourisme de proximité » projette de construire 1021 cottages sur 200 hectares. L’équivalent d’une ville moyenne posée... au beau milieu d’une zone humide ! Ce sera une zone « sans voiture », plaide Pierre et Vacances qui prévoit la construction de cottages « en bois », « certifiés haute qualité environnementale », « en parfaite harmonie avec la forêt ». Ce futur Center Parcs accueillera également un « Aqua Mundo », un « paradis tropical » de 9000 m3 maintenu à 29°C toute l’année, où le client pourra pratiquer de multiples activités sportives... et « écologiques » !

« Déni de démocratie »

Décidé en 2007, le projet de Center Parcs a été retardé par les nombreux recours déposés par l’association d’opposants Pour Chambaran sans Center Parcs (PCSCP). Avec 90 hectares défrichés, 31 hectares recouverts de béton, 110 à 120 hectares de zones humides dégradées, l’impact environnemental du complexe touristique a fait l’objet d’avis négatifs de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, de la Direction régionale de l’environnement et du Conseil national de protection de la nature. Fin juillet, le projet a aussi été retoqué par la commission d’enquête publique au titre de la « loi sur l’eau ». L’enquête publique [1] a recueilli 727 observations dont 60 % étaient défavorables au projet.

Problème : ces avis ne sont que « consultatifs », le préfet de l’Isère restant décisionnaire. Le représentant de l’État a finalement publié en octobre deux arrêtés préfectoraux au titre de la loi sur l’eau et des espèces protégées autorisant Pierre et Vacances à commencer les travaux. Entre-temps, le groupe touristique assure avoir pris en compte les observations de la commission d’enquête et réaliser un ouvrage respectant l’écosystème local [2]. Et le groupe n’a pas l’intention de perdre du temps. « L’autorisation est tombée le 16 octobre, Pierre et Vacances a acheté le terrain le lendemain et les travaux de défrichement ont commencé le 20 octobre, commente Stéphane Peron. Des recours sont en cours mais Pierre et Vacances espère sans doute mettre la justice devant le fait accompli. »

Les autorités redoutent « un nouveau Sivens »

« Les avis rendus sont négatifs, le préfet passe outre, c’est un déni de démocratie révoltant », confie Sylvain, un jeune militant originaire de Montrigaud, une commune voisine. « Sur le chantier, ça travaille de jour comme de nuit, la semaine et les weekends, et même les jours fériés, renchérit Daphné. On n’a plus vraiment le temps d’attendre les recours légaux et on est un peu forcés de désobéir à la loi pour stopper ce chantier. » Ces dernières semaines, elle a agi à visage découvert avec d’autres militants en enlevant des piquets de balisage du chantier de défrichage afin de ralentir les travaux. Contacté par l’AFP, Eric Magnier, directeur des grands projets au groupe Pierre et Vacances, dénonce des actes de « vandalisme » sur le chantier et constate que les travaux auraient déjà pris « quinze jours à trois semaines de retard ».

Sur place, la mobilisation contre ce projet ne cesse de s’amplifier. 500 personnes ont manifesté le 16 novembre, plus d’un millier fin novembre... Au point que les autorités redoutent « un nouveau Sivens » (nos précédents articles). « Notre association a reçu des messages de soutien des opposants à Notre-Dame-des-Landes et de ceux qui combattent d’autres Center Parcs en projet », souligne Stéphane Peron.

Quel type d’emplois et à quel prix ?

Mi-novembre, Véronique Guislain, originaire de Poligny dans le Jura, a parcouru 240 kilomètres pour se rendre au rassemblement et marquer son soutien à la lutte. « Le projet de Center Parcs dans le Jura n’en est qu’à son début mais il s’est monté dans notre dos. Notre volonté c’est de tisser un vrai réseau de solidarité face à ces projets qui se multiplient partout sur le territoire. » Depuis le 30 novembre, des opposants occupent une maison forestière de l’Office national des forêts, située en lisière du site. « Cette maison nous servira de base arrière pour organiser notre lutte pour une forêt sans Center Parcs », soulignent ces nouveaux « zadistes » [3].

Le projet de Center Parcs suscite des divisions entre les riverains. Au moment même où se constitue la ZAD, environ 200 habitants de la commune de Roybon (sur 1400) se rassemblaient pour défendre le Center Parcs [4]. Les promoteurs du projet n’ont cessé de communiquer sur les « centaines d’emplois créés » dans une « région à l’agonie ». Un investissement de 387 millions d’euros est promis par Pierre et Vacances [5]. Les collectivités locales espèrent d’importantes retombées fiscales.

Un système qui repose sur une niche fiscale

« Ce qu’il faut retenir, c’est que le projet va générer 468 équivalents temps plein », a récemment déclaré le maire, Serge Perraud, sur France 3 Alpes. Soit 697 contrats au total, d’après les chiffres communiqués par Pierre et Vacances. Des promesses d’emplois qui auraient conduit la commune de Roybon à « brader » au groupe 200 hectares de terrain « à 30 centimes d’euros le mètre carré au lieu de 18 euros pour le terrain constructible », selon le collectif Pour Chambaran sans Center Parcs. Le maire refuse pour l’heure de préciser le prix de la vente [6].

Une bouffée d’oxygène pour l’économie locale ? 48 % des emplois seront dans le secteur du nettoyage. Et certains seront très précaires : douze heures par semaine en moyenne, soit 370 euros par mois.« Ce projet ne tend-il pas plutôt à faire accepter définitivement une misère sociale pour que certains comme monsieur Brémond, PDG de Pierre et Vacances, continuent à s’enrichir sur le dos de tous ? », interroge Stéphane Peron. Les collectivités – région Rhône-Alpes, Conseil général de l’Isère, communauté de communes, syndicat des eaux... – misent pourtant sur le projet en débloquant plus de 37 millions d’euros d’argent public.

113,9 millions d’euros de subventions directes ou indirectes

Les contribuables mettent aussi la main à la poche via les niches fiscales qui permettent au groupe Pierre et Vacances d’attirer de petits épargnants pour acheter puis louer ses cottages aux vacanciers. Venez « investir dans l’avenir vert » invite ainsi ses dépliants. Acheter des locations meublées permet de bénéficier « jusqu’à 8 333 euros par an de réduction d’impôt pendant 9 ans ». Et ce, grâce au dispositif « Censi-Bouvard », une niche fiscale pour les loueurs de logement meublé que Pierre et Vacances met allègrement en avant pour revendre ses logements 230 000 euros minimum [7].

« Le système permet de bénéficier d’un avantage fiscal de 11 % sur le prix de revient d’un investissement (plafonné à 300 000 €) et d’une récupération de la TVA », décryptent des élus Europe Écologie-les Verts, farouchement opposés au projet. Pour cela, l’investisseur, qui peut être un particulier, doit s’engager à louer son bien pendant 9 ans à un gestionnaire, en l’occurrence le groupe Pierre et Vacances. L’investisseur peut ensuite déduire de ses impôts jusqu’à 3 660 euros par an, et récupérer également la TVA (19,6 % sur la valeur du bien).

243 000 euros par emploi à plein temps créé

L’association d’opposants estime le montant cumulé des subventions publiques directes et indirectes à 113,9 millions d’euros. « Ramené au nombre d’emplois allégué (468 équivalents temps plein), cela donne un ratio de plus de 243 000 euros par emploi, dénonce Stéphane Peron. C’est plus de dix années de salaire payé d’avance, charges incluses : de quoi aider de nombreuses entreprises locales à embaucher du personnel de proximité à temps plein ! ». Le dispositif Censier Bouvard est vertement contesté par les élus et militants EELV. « Ce système a été maintenu par un amendement en séance de M. Cahuzac », dénonce Olivier Bertrand, conseiller général écologiste de l’Isère.

L’amendement au projet de loi de Finance 2013 a en effet été déposé le 14 novembre en séance par l’ancien ministre du budget, seulement quelques jours après avoir reçu en entretien le PDG de la multinationale Pierre et Vacances [8]. « Le lobbying a dû être intense en coulisse », dénonce EELV qui a commandé un rapport sur cette niche fiscale.« Si ce dispositif tombe, c’est le financement même de Center Parcs qui s’écroule », assure Olivier Bertrand.

Menaces sur l’eau potable

Ces subventions publiques directes ou indirectes ont, en plus, de potentielles conséquences environnementales. Le Center Parcs sera situé sur une colline, qui joue un rôle crucial dans l’équilibre des sources et ruisseaux qui alimentent le plateau ainsi que deux rivières. « Il n’y a pas plus mauvais endroit pour créer une ville de 5 600 habitants, s’insurge Stéphane Peron. Si ça c’est possible, il n’y a plus de limite ! » La Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) a déposé un recours demandant la suspension de deux arrêtés préfectoraux relatif aux espèces protégées et à la loi sur l’eau. Un recours a également été déposé par la fédération de pêche de la Drôme pour laquelle « le site d’implantation est trop vulnérable, incapable d’absorber la pression d’origine humaine d’un tel aménagement, qui aura des effets irréversibles sur l’environnement et les milieux aquatiques ».

Le village touristique artificiel menace l’alimentation en eau potable de 100 communes de la Drôme et de 40 de l’Isère. Comme le montre une vidéo publiée par le département de la Drôme, la forêt des Chambaran constitue un véritable château d’eau naturel, vital à préserver. Plusieurs municipalités voisines comme Montrigaud, en aval, ont décidé de voter contre ce projet. Une bataille sur les chiffres de la consommation en eau potable est aussi à l’œuvre. Pour les élus favorables au projet, les 5 000 vacanciers consommeront 176 litres par personne et par jour. Pour les opposants, « il faudra 240 litres par jour et par habitant, soit 60 % de plus que la moyenne ».

Divisions au sein de la gauche et du PS

Sept ans après son lancement, le projet commence à diviser la gauche. Pour éviter la « destruction de zones humides stratégiques pour la fourniture en eau potable de toute une région », les élus écologistes de Rhône-Alpes ont voté contre une subvention de 7 millions d’euros en faveur du projet, décidée par la région en 2009. Le président socialiste de la région Rhône-Alpes, Jean-Jacques Queyranne, a appelé le 2 décembre à suspendre les travaux tant que la justice ne se sera pas prononcée sur leur légalité [9]. L’ancien ministre de Lionel Jospin estime « nécessaire » que le préfet diligente « une mission pour apprécier les conditions de réalisation de ce projet au regard des contraintes environnementales ». Ce n’est pas l’avis du président socialiste du conseil général de l’Isère, Alain Cottalorda. Il a dénoncé « les minorités agissantes qui tentent de s’opposer à ce projet par la force, l’intimidation et la manipulation » [10]. Ambiance !

Et qu’en pense le gouvernement ? La ministre de l’Écologie Ségolène Royal s’est pour l’instant abstenue de commenter le dossier. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur a, lui, ouvert la brèche. Le 2 décembre, il a déclaré qu’ « un bon compromis vaut toujours mieux qu’une mauvaise tension qui peut être à l’origine de drames », faisant référence à la mort du jeune militant écologiste Rémi Fraisse le 26 octobre sur le chantier du barrage de Sivens, à 500 km de là. Sur le plateau forestier de Chambaran, les opposants attendent avec impatience l’audience du 12 décembre. « Si les deux arrêtés préfectoraux sont suspendus à la suite de l’audience, cela entrainera de facto la suspension des travaux », prévient Francis Meneu, président de la Frapna Isère, contacté par Basta !. « Vu l’absence de concertation et les failles du projet, on peut s’attendre à une "petite" bombe judiciaire. Je pense que ce projet sera l’un des derniers dossiers à dysfonctionner à ce point. »

Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle sur twitter

Une pétition contre le projet du Center Parcs des Chambaran est en ligne et a déjà été signée par plus de 17 400 personnes : voir ici

Photos :
- défrichement en cours sur le Center Parcs des Chambaran, le 16 novembre 2014. CC Sophie Chapelle / Basta !
- cottages en bois certifiés haute qualité environnementale, prévus par le groupe Pierre et vacances pour le Center parcs des Chamabaran. © Pierre et Vacances - Source (page 11)
- manifestation le 20 octobre 2014 pour dénoncer le « déni de démocratie ». Source
- photo d’un panneau de la Zad du Roybon, 30 novembre 2014. Source

Plus de 40 hectares ont déjà été défrichés depuis le 20 octobre 2014. Vue depuis un ULM. Source

 

Notes

[1L’enquête publique a été organisée du 14 avril au 28 mai 2014.

[2Selon Le Figaro, la capacité du bassin principal de stockage des eaux pluviales aurait par exemple été revue à la hausse, en passant de 2500 m3 à 8500 m3. Source

[5Télécharger le protocole d’accord entre Pierre et Vacances SA et le département de l’Isère

[6Voir ici

[7Voir ici

[8L’agenda du Ministère du Budget, encore en ligne sur internet indique : Mardi 30 octobre : 11H00 Entretien avec Gérard Brémond, Président du Groupe Pierre & Vacances et Jean Chabert, Directeur général PV Développement chez Pierre & Vacances.

[10Voir Le Dauphiné Libéré du 2 décembre 2014.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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