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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 15:44

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Allemagne, le nouveau salaire minimum est mité de toutes parts

|  Par Thomas Schnee

 

 

 


Un salaire minimum universel de 8,50 euros brut de l’heure entre en vigueur le 1er janvier 2015, dix ans jour pour jour après l’arrivée de « Hartz IV », cette fusion de l’allocation chômage et de l’aide sociale censée pousser les chômeurs à trouver du travail à n'importe quel prix. Plusieurs exceptions de taille risquent cependant de sérieusement limiter l'effet correctif du SMIC allemand.

De notre correspondant à Berlin.- Le Cassandre libéral allemand a mis ses concitoyens en garde dès le mois de mars 2014 : « L’introduction du salaire minimum à partir de 2015 va coûter jusqu’à 900 000 emplois », avait alors prédit le très médiatique professeur munichois Hans-Werner Sinn, président de l’Institut d’études économiques IFO, qui a toujours mené campagne contre un salaire minimum général imposé par la loi. Pour l’instant, cette prédiction catastrophe ne semble pas sur le point de se réaliser : « Nous ne disposons d’aucun élément sérieux montrant que les entreprises se préparent à licencier en masse », infirme Joachim Moller, président de l’IAB, le centre d’études de l’Agence fédérale pour l’emploi (BA).

Ce dernier rappelle que le salaire minimum, qui sera progressivement introduit entre 2015 et 2017, va profiter à près de 5 millions de personnes (3,7 millions dès 2015), de l’étudiant au retraité en passant par les titulaires de mini-jobs, majoritairement des femmes, mais aussi les travailleurs européens exploités dans les abattoirs allemands ou encore les « travailleurs pauvres », ces salariés à plein temps dont le salaire mensuel ne permet même pas de dépasser le seuil de pauvreté. Ces bienfaits, M. Sinn et les adversaires du salaire minimum n’osent pas les condamner directement. Mais ils estiment qu’à terme, la mesure va grever la compétitivité de l’économie allemande, et donc l’emploi. Le fait que l’un des secrets des « succès » actuels de l’économie allemande soit un monde du travail à deux vitesses où quelques millions de personnes sous ou mal payées se tuent à la tâche pour, officiellement, résister à la concurrence internationale, mais aussi maintenir la rentabilité des entreprises et le niveau des salaires et dividendes versés aux top-managers et aux actionnaires, leur semble en tout cas incontournable.

En ce tournant d’année 2015, le débat sur les effets de l’introduction d’un salaire minimum universel de 8,5 euros brut de l’heure va donc bon train. Ceci d’autant plus que le 1er janvier 2015 est aussi la date du 10e anniversaire de la loi Hartz IV (renforcement des contrôles sur les chômeurs et baisse des aides via la fusion de l’allocation de chômage longue durée et de l’aide sociale). Élément du fameux Agenda 2010 de Gerhard Schröder, qui expliquait en 2005 à Davos que l’Allemagne possède désormais « le meilleur secteur à bas salaires d’Europe », cette loi est devenue le symbole de la fracture sociale qui s’est développée depuis en Allemagne.

Aujourd’hui, « Hartz IV » ou « Hartzer » sont en langage courant l’équivalent allemand de notre « RMiste », en bref, un déclassé social, chômeur ou non, sous contrôle administratif étroit. À l’époque, le professeur Sinn expliquait clairement le sens de la manœuvre : « La baisse de l’allocation de chômage longue durée va forcer les chômeurs à limiter leurs attentes salariales et ainsi, plus d’emplois seront créés », détaillait-il (lire ici). Et en effet, les lois de l’Agenda 2010 (2003-2005) ont massivement accéléré un phénomène déjà en cours, à savoir la constitution d’un secteur à bas salaires (salaires inférieurs à 9,30 euros/heure en 2013) via le développement des mini-jobs, du temps partiel, de l’intérim ou du recours aux contrats de services. En 2013, ce secteur comptait 8,37 millions de salariés (24,31 % de l’ensemble), contre 6,79 millions de personnes en 2005 (23,1 %).

Pour le spécialiste reconnu du sujet, Christoph Butterwegge, politologue à l’université de Cologne et ancien membre du SPD, cette politique et ses conséquences se traduisent par le paradoxe suivant : une forte augmentation de la pauvreté en dépit d’une forte création d’emplois (Armut trotz Arbeit). Entre 2005 et 2013, la proportion d’Allemands vivant sous le seuil de pauvreté est ainsi passée de 14,7 % à 15,5 % pendant que le chômage a connu une baisse spectaculaire, reculant de 4,68 millions de chômeurs à 2,95 millions* (de 1,7 million à 1 million pour les chômeurs longue durée).

« Dans le même temps, l’écart entre les salaires a fortement augmenté. La société se divise aujourd’hui clairement entre riches et pauvres, tant pour les revenus que pour le patrimoine. Selon le dernier rapport gouvernemental sur la pauvreté (à lire ici), les 10 % les plus riches possèdent 53 % des richesses de l’Allemagne pendant que les 50 % les plus pauvres doivent se contenter de 1 % des richesses. Une étude récente du DIW, l’Institut allemand d’études économiques, montre que 20,2 % des Allemands ne disposent d’aucune réserve financière et 7,4 % ont plus de dettes que de patrimoine. Ce qui fait que près de 22 millions de personnes vivant en Allemagne n’ont aucun matelas de sécurité. Pour eux, un licenciement ou une maladie grave et c’est le ticket direct vers la pauvreté », s’insurge Christoph Butterwegge.

De son côté, l’Association fédérale des soupes populaires « prospère ». En 2004, le Bundesverband Deutsche Tafel ne regroupait encore que 430 associations membres contre 919 en 2014 : « En tout, nous gérons 3 000 lieux de distribution pour 1,5 million de personnes régulièrement aidées, dont 30 % sont des enfants et 17 % des retraités », nous explique sa porte-parole, Stefanie Bresgott, qui souligne aussi que « la pauvreté dans notre riche Allemagne industrielle ne se voit guère. C’est une pauvreté cachée. »


Andrea Nahles, ministre allemande de l'emploi. 
Andrea Nahles, ministre allemande de l'emploi. © Reuters

« À partir de 2009/2010, les emplois à bas salaires et la pauvreté ayant nettement augmenté, il est devenu clair pour les nouveaux dirigeants sociaux-démocrates Sigmar Gabriel et Andrea Nahles, mais aussi pour Angela Merkel, qu’il fallait limiter cette dérive et emboîter le pas aux syndicats. En 2005 encore, ceux-ci refusaient la création d’un salaire minimum pour préserver leur monopole de négociation salariale. Mais devant l’importance de la dérive, ils ont changé leurs positions et ont commencé à demander un SMIC à 8,5 euros de l’heure. À cette époque, même Schröder a expliqué que l’Agenda dont il est si fier n’était pas la Bible et qu’il pouvait être corrigé », explique, sous le couvert de l’anonymat, une proche de Mme Nahles, l’actuelle ministre de l’emploi et auteure de la réforme du salaire minimum.

 

L’Allemagne comptait 2,7 millions de chômeurs en novembre 2014, soit un taux de chômage de 6,3 % (statistiques nationales).

De 2009 à 2013, soit pendant tout le mandat du précédent gouvernement conservateur-libéral (Merkel II), une guerre de tranchées s’engage donc entre les partenaires sociaux mais aussi la droite et la gauche. Secteur par secteur, les syndicats se battent pour imposer des salaires minimums sectoriels là où ils sont suffisamment puissants pour le faire. Treize secteurs vont ainsi se doter de salaires minimums de branche. L’ouverture complète du marché du travail allemand aux travailleurs d’Europe de l’Est, en mai 2011, et la peur de la concurrence d’une main-d’œuvre étrangère à bas prix jouent bien sûr en faveur des partisans du SMIC.

À cette époque, l’aile « gauche » du parti conservateur (CDU) milite ouvertement pour la création d’un salaire minimum universel. Mais la direction du parti, pour ménager son aile droite et son partenaire libéral (FDP), se contente d’accepter des « minimas salariaux » là où elle n’a pas d’autre choix. Le vrai tournant intervient en 2012 après que le secteur de l’intérim, qui a grandi grâce à l’Agenda 2010 et constitue une source de main-d’œuvre bon marché pour les entreprises, s'est doté lui-même d’un salaire minimum. Quelques mois après, la CDU lui emboîte le pas et inscrit le salaire minimum universel à son programme. Il faudra ensuite attendre le remplacement du parti libéral par le SPD au gouvernement, fin 2013, pour que la loi tant attendue par la gauche s’impose et voit le jour.   

La nouvelle loi prévoit qu’à partir du 1er janvier 2015, tous les secteurs d’activité n’ayant pas de salaire minimum devront en créer un à hauteur de 8,50 euros brut de l’heure (1 473 euros brut/mois). Les secteurs ayant déjà négocié un salaire minimum, mais à un niveau inférieur à 8,5 euros, auront jusqu’au 1er janvier 2017 pour se mettre à la page. C’est par exemple le cas pour les coiffeurs qui bénéficient d’un salaire minimum de 8 euros depuis décembre 2013 et ne passeront à 8,50 euros qu’à la mi-2015. Au niveau national, une commission réunissant des représentants de l’État, des employeurs et des syndicats réévaluera tous les deux ans le niveau du salaire minimum. On parle déjà d’un passage à 10 euros en 2017.

Pourtant, sous la pression des lobbies de l’économie, les députés et ministres conservateurs ont réussi à imposer des exceptions de taille. Ne seront pas concernés par la loi : les moins de 18 ans non qualifiés (sous prétexte de ne pas créer une éventuelle incitation à chercher un travail plutôt que de commencer un apprentissage ou des études), les apprentis en formation, les travailleurs saisonniers (jusqu’à 70 jours par an), les stagiaires (stages inférieurs à 3 mois), les porteurs de presse et enfin les chômeurs de longue durée pendant les six mois suivant leur embauche, pour favoriser leur réinsertion sur le marché du travail.

Par ailleurs, deux décrets publiés en novembre dernier par le ministère fédéral des finances, en accord avec le ministère de l’emploi et des affaires sociales, ont déclenché la colère des syndicats. Ces mesures concernent le contrôle de l’application du salaire minimum pour les salariés « mobiles » (transport routier, services logistiques et postaux, éboueurs, services de voiries, etc.). Elles autorisent l’employeur à fournir un temps de travail estimé et non un décompte précis. Cette disposition s’appliquera aussi aux employeurs étrangers envoyant de la main-d’œuvre en Allemagne. Pour le président de la Confédération des syndicats allemands (DGB), Rainer Hoffmann, ces textes vont permettre à l’employeur de « se contenter de fournir un emploi du temps prévisionnel sur plusieurs mois, au lieu d’un pointage détaillé et réel. C’est la porte ouverte à tous les abus ! ». Le DGB envisage de porter plainte contre ces décrets.

Selon un sondage récent de l’IFO, les entreprises des secteurs concernés (essentiellement les services) ont prévu diverses contre-mesures pour « assurer leur survie » : 25,7 % d’entre elles prévoient de répercuter la hausse des salaires sur les prix, 21,9 % parlent de supprimer des emplois et 17,5 % évoquent une diminution du temps de travail pour limiter leur masse salariale. Récemment, le magazine Der Spiegel (n° 50/2014) a révélé d’autres méthodes de contournement. Citant des documents internes adressés par leur direction aux responsables du personnel de BPN, la puissante filiale de distribution de presse du Bauer Media Group, Der Spiegel révèle ainsi comment BPN recommande à l’avenir l’embauche de chômeurs de longue durée, mais uniquement avec des CDD de 6 mois. Soit exactement la période pendant laquelle rien n’oblige l’employeur à appliquer le salaire minimum ! Et déjà, on relève dans la presse allemande des cas d’étudiants ayant soudainement des difficultés à trouver des stages de plus de trois mois…

Pour Christoph Butterwegge, ces nombreuses exceptions, le faible niveau du salaire horaire minimum, ainsi que le nombre insuffisant d’inspecteurs du travail (1 600 nouvelles embauches sont prévues à partir de 2016), risquent fort d’annuler la fonction correctrice du nouveau salaire minimum : « Il ne permettra assurément pas de supprimer le secteur des emplois à bas salaires. Il se contentera de le cimenter à un niveau salarial un peu meilleur et un peu moins insupportable », prédit-il.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 18:04

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Syriza-Podemos, deux partis frères pour faire bouger l'Europe en 2015 ?

|  Par Ludovic Lamant et Amélie Poinssot

 

 

 

 

Les deux formations anti-austérité, l'une grecque, l'autre espagnole, ont les moyens de bousculer la donne politique en Europe en 2015. Audit de la dette, euro, nationalisations, fiscalité… Les points communs sont nombreux dans leur programme. Mais il subsiste quelques différences de fond dans leur mode d'organisation. Décryptage croisé.

L'accélération du scénario grec, avec des élections législatives fixées au 25 janvier, pourrait provoquer une première : la formation d'un gouvernement à gauche de la social-démocratie dans un pays de l'UE (si l'on met de côté les communistes chypriotes). Explosive, l'hypothèse est bien sûr suivie de très près par d'autres partis frères ailleurs sur le continent. En Espagne, en particulier, où Podemos, l'une des formations issues du mouvement « indigné », semble bien parti pour mettre à mal le bipartisme PP-PSOE lors des législatives d'octobre.

Syriza, Podemos : à eux deux, ces mouvements politiques, qui siègent ensemble à Strasbourg sous la bannière de la Gauche unitaire européenne (GUE), tiennent une bonne partie de l'avenir de l'UE entre leurs mains. Rien n'est fait mais, sur le papier, ils ont les moyens de faire bouger cette « Europe allemande » théorisée par le sociologue Ulrich Beck, à laquelle s'est heurté François Hollande. Cinq ans après l'éclatement de la crise des dettes souveraines en Europe, et autant d'années d'austérité sur le continent, ce serait une première, pour tester des alternatives dans l'Europe du Sud.

Les deux formations anti-austérité le savent, et leurs leaders – le Grec Alexis Tsipras, 40 ans, et l'Espagnol Pablo Iglesias, 36 ans – ne manquent pas une occasion de mettre en scène leur union politique. Lundi, après l'annonce du scrutin grec anticipé, Iglesias a encouragé, sur Twitter, son collègue : « 2015 sera l'année du changement en Espagne et en Europe. Ça commencera par la Grèce. En avant Alexis ! » En octobre 2014, lors d'un acte commun à Athènes, Tsipras avait déjà prévenu : « Podemos peut devenir l'autre Syriza en Europe, le Syriza espagnol. »

Dans une tribune publiée le 30 décembre dans le quotidien conservateur El Mundo, Pablo Iglesias en rajoute une couche : « Alexis sait tout autant que nous que remporter une élection ne suffit pas pour prendre le pouvoir, et que la marge d'action dans le contexte actuel et inévitable de l'Union, est étroite. Mais il sait aussi, tout autant que nous, que des vents de changement soufflent, et que les peuples du Sud de l'Europe (…) sont prêts à changer de cap, et à avancer vers une Europe où la justice sociale et la souveraineté populaire formeront les bases d'une démocratie qui saura s'imposer face à la peur. »

À première vue, les deux économies sont très différentes – la Grèce ne pèse plus que 2 % du PIB de la zone euro, contre 12 % pour l'Espagne (et 20 % pour la France). Mais les programmes de Syriza et Podemos présentent de nombreux points communs, de l'audit de la dette aux promesses de re-nationalisation. Leur mode d'organisation et leur leadership, par contre, divergent. Décryptage croisé des deux formations qui vont marquer 2015.

Alexis Tsipras et Pablo Iglesias le 15 novembre 2014 à Madrid. 
Alexis Tsipras et Pablo Iglesias le 15 novembre 2014 à Madrid. © Juan Medina / Reuters.

 1 - Deux structures politiques à l'opposé

Difficile de faire plus différent, en termes d'organisation, entre Podemos et Syriza. Leurs histoires respectives n'ont rien à voir. Créé en 2004, Syriza – acronyme qui signifie en grec « coalition de la gauche radicale » –, est un regroupement de partis de gauche, où l'on trouve des écologistes radicaux, d'ex-communistes ralliés à l'Europe (qui se sont séparés des communistes orthodoxes du KKE) ou encore des trotskistes et des maoïstes. Réalisant jusqu'alors des scores plutôt modestes, Syriza décolle aux législatives de 2012, accrochant la deuxième place. Il met alors fin au bipartisme Parti socialiste (PASOK) – Nouvelle démocratie, qui caractérisait la vie politique grecque depuis la fin de la dictature des colonels. Un an plus tard, lors de son congrès de 2013, la coalition se dote de structures unifiées.

« Syriza n'a jamais cherché à réfuter la forme du “parti”. Ce n'est pas un parti qui nie ses origines ou qui préfère éviter d'être étiqueté de gauche », commente le politologue Luis Ramiro, de l'université de Leicester (Grande-Bretagne), un spécialiste des gauches européennes, interrogé par le site d'informations espagnol InfoLibre. Si l'on devait trouver un partenaire naturel à Syriza en Espagne, ce serait plutôt Izquierda Unida (IU), qui rassemble communistes et écolos radicaux. Or, IU est désormais considéré comme un représentant de la « caste » par Podemos.

Podemos a surgi en janvier 2014. Son succès aux européennes de mai, où il talonne, à la surprise quasi-générale, Izquierda Unida, est une détonation dans le paysage national, marqué depuis plus de trente ans par un sage bipartisme entre PP (droite au pouvoir) et PSOE (socialistes, opposition). À l'origine, le poumon de Podemos est son réseau de « circulos », ces assemblées aux quatre coins du pays, censées fixer les orientations du collectif, dans la droite ligne du mouvement « indigné » surgi en 2011. Depuis le congrès madrilène d'octobre 2014, l'organisation s'est « verticalisée », avec un secrétaire général tout puissant (Pablo Iglesias) et sa garde rapprochée, qui ont la main sur l'ensemble des décisions. Elle s'est ainsi froissée avec une partie des « Indignés », qui y voient une trahison de leurs idéaux. Iglesias et ses proches justifient ses décisions au nom de l'efficacité politique : c'est la seule manière, disent-ils, de pouvoir remporter les législatives de l'automne prochain.

« La direction de Podemos détient plus de pouvoir (que celle de Syriza – ndlr) et ses guerres internes sont nettement moins consolidées », décrypte Guillem Vidal, un universitaire de l'institut européen de Florence, interrogé par InfoLibre. De manière assez classique pour ce type de formation, Syriza est parcourue de débats vifs en son sein, entre une aile gauche plus radicale, et une majorité – autour de 60 % de sa base – plus modérée. Mais la formation de Tsipras présente, assure Vidal, « une structure beaucoup plus solide, tandis que Podemos, elle, est plus volatile ». « Syriza est un parti qui se situe clairement à gauche, et qui ne peut pas jouer le jeu du discours ambigu à la Podemos », poursuit-il. Podemos prend soin, en effet, de refuser toute étiquette de parti de gauche, soucieux de séduire également des déçus de la droite espagnole, déstabilisée par des scandales de corruption en cascade.

2 - Quelle majorité pour gouverner ?

Les deux formations ont beau être des objets politiques très différents, Syriza et Podemos pourraient bien être confrontées à une même difficulté en 2015, même si elles arrivent en tête à la sortie des urnes : former une majorité au sein de leur parlement, pour gouverner. Pour Syriza, que les sondages créditent d'environ 30 % des voix, l'équation est connue : il faut trouver 151 sièges sur 300 députés à l'Assemblée. Même si la Constitution grecque donne une prime de 50 députés au premier parti élu à l'Assemblée, Syriza devra donc nouer des alliances – peut-être avec la gauche modérée de Dimar, ou avec les Grecs indépendants, un petit parti de droite, anti-austérité.

En Espagne, la difficulté est identique. Même si Podemos arrive en tête des législatives à l'automne, il n'est pas du tout exclu que le PP et le PSOE, ses deux principaux concurrents, forment une union nationale, en forme de cordon sanitaire… La question d'une alliance avec IU, dans ce contexte, se reposera sans doute. Difficulté supplémentaire, côté espagnol : les législatives sont encore lointaines, et Podemos devra, d'ici là, se livrer à une course d'obstacles dans laquelle il pourrait laisser des plumes (élections municipales et régionales en mai).

Après avoir, dans un premier temps, assuré qu'ils faisaient l'impasse sur les municipales, Podemos devrait tout de même présenter des candidats, dans certaines grandes villes, à partir de plateformes élargies aux contours encore à définir. À l'inverse, Syriza détient déjà quelques municipalités et dirige depuis quelques mois l'Attique, la région d'Athènes. Quoi qu'il en soit, certains pronostiquent déjà, en Grèce comme en Espagne, un « adoucissement » des positions des deux formations, à l'approche des élections.


3 - Oui à un audit de la dette, non à la sortie de l'euro

C'est l'un des points centraux, et communs, de leur programme : un audit de la dette publique. L'objectif est connu : passer en revue la dette accumulée au fil des années, pour, sinon annuler de manière unilatérale les pans de la dette considérée comme « illégitime », en tout cas renégocier son remboursement avec ses créanciers. L'opération doit permettre, en bout de course, de retrouver des marges de manœuvre budgétaires, pour faire autre chose que de l'austérité. Chez Syriza, la suite logique, c'est de renégocier les « mémorandums » imposés par la Troïka BCE-FMI-Commission à Athènes, en échange des plans de « sauvetage » du pays mis en place en 2010, puis en 2012. Pour rassurer les inquiets, Tsipras et ses proches répètent depuis des semaines qu'ils ne prendront aucune décision de manière « unilatérale » pour renégocier le fardeau de la dette : un discours nettement adouci par rapport à 2012, où Syriza parlait de mémorandum sur le paiement de la dette avant toute négociation. Dans son programme issu de son congrès de 2013, les objectifs de Syriza sont exprimés ainsi : « Nous renégocions les conventions de prêts et nous en rendons caducs les termes défavorables, en posant comme sujet n°1 l'effacement de la plus grande partie de la dette avec la réalisation d'un audit. »

Si l'on lit le programme économique de Podemos (élaboré par deux économistes d'obédience keynésienne – à télécharger ici), il est question d'une « restructuration » de la dette, à la fois publique, mais aussi de celle des ménages. Celle-ci peut être accompagnée, dans certains cas, d'une « décote » (quita) – c'est-à-dire d'une annulation d'une partie de la dette. « Il est nécessaire de rappeler que la restructuration des dettes, en particulier dans les pays de la périphérie, ne doit pas être un caprice, mais le résultat d'une stratégie coopérative qui s'avérera bien plus favorable que celle imposée jusqu'à présent, et qui risque d'aggraver encore, et de généraliser la crise », lit-on dans le texte. D'où la logique d'une conférence internationale de la dette promise par Tsipras et Iglesias.

Les détails de la manœuvre, à Podemos comme au sein de Syriza, restent flous. Notamment parce que ces annulations, si elles devaient intervenir un jour, seront la conséquence d'une longue négociation avec les créanciers… Quoi qu'il en soit, les deux formations sont persuadées que lancer cette renégociation ne les obligera pas à quitter l'euro. La sortie de la zone euro ne fait partie de leur programme – même si une aile franchement eurosceptique de Syriza, minoritaire, le réclame, comme l'a déjà raconté Mediapart.

Pas de rupture avec l'euro, mais une réforme de la BCE – les deux formations sont dans la droite ligne des discours de la GUE, la gauche unitaire européenne au Parlement de Strasbourg. Dans le programme de Podemos, il est question d'une modification des statuts de la BCE, pour faire du plein emploi l'un de ses objectifs, ou encore d'une démocratisation de cette institution, qui devrait être, jugent-ils, davantage responsable de ses décisions devant le Parlement européen. La formation plaide aussi pour une « flexibilisation » du pacte de stabilité budgétaire – ce qui est aussi une réclamation du social-démocrate italien Matteo Renzi depuis son arrivée au pouvoir en début d'année – ou encore pour une hausse du budget propre à l'UE – autre réclamation assez consensuelle au sein des partis sociaux-démocrates.

Alexis Tsipras, le 6 mai 2012. 
Alexis Tsipras, le 6 mai 2012. © Reuters

Dans un entretien à Mediapart en avril 2014 où il plaidait pour une démocratisation des institutions européennes, Alexis Tsipras était parti en guerre contre les indicateurs purement économiques et budgétaires du pacte de stabilité de l'UE : « Je ne vois pas pourquoi nous devons tous être d'accord avec les 3 % de déficit public, le ratio de 60 % du PIB pour la dette, la limite des 2 % d'inflation… sans considérer comme indicateur de viabilité les chiffres du chômage ou le niveau de salaire minimum ! Un pays peut atteindre la limite des 3 % de déficit public en nivelant complètement la société… Cela ne veut pas dire que c'est un pays viable ! L'Europe doit donc opérer un véritable virage social, pour aller vers la justice sociale et la solidarité. » Mais sa stratégie, pour faire évoluer ces critères alors qu'il sera, s'il est élu, ultra-minoritaire à la table du conseil européen à Bruxelles, reste très floue.

4 - « Déprivatisations » et stop aux privatisations

Syriza veut l'arrêt des privatisations des biens publics, un sujet de premier plan dans un pays où la Troïka a mis en place un programme gigantesque de privatisations. Alexis Tsipras a également prévenu qu'il suspendrait toute nouvelle cession des propriétés de l'État, quitte à freiner le développement de nouvelles installations touristiques privées (et donc réduire l'arrivée d'investisseurs privés dans le secteur). Dans son programme pour les élections générales de 2012, Syriza parlait aussi de « nationaliser les anciennes entreprises publiques dans les secteurs stratégiques pour la croissance du pays ».

De son côté, Podemos est à peu près sur le même discours. Iglesias a notamment multiplié les sorties, appelant à « dé-privatiser » certains secteurs-clés, en particulier celui de la santé, confronté, en Espagne, à une vague de privatisations impopulaires. En 2012, Syriza parlait aussi de « nationalisation des banques », mais la formation semble, depuis, avoir arrondi les angles. Du côté de Podemos, on ne va pas aussi loin : il est question de renforcer le pôle de la banque publique, pour faciliter les prêts aux petites et moyennes entreprises et aux ménages (via la création, par exemple, d'une banque citoyenne des dépôts).

 

5 - Vers des hausses de salaires ?

Si Syriza arrive au pouvoir en Grèce, ce sera sans doute l'un des principaux combats avec l'UE et le FMI : Tsipras veut ramener le salaire minimum à ses niveaux d'avant-crise. Il parle aussi du versement d'allocations à tous les chômeurs du pays (la durée maximale d'indemnisation ne dépassant pas aujourd'hui un an). Un sacrilège aux yeux d'institutions internationales persuadées que la sortie de crise passe par un rétablissement de la « compétitivité » du pays. Syriza promet aussi la mise en place de plans alimentaires d'urgence, pour les plus démunis. Le dossier est explosif.

Podemos, comme Syriza, parle de revenus minimum garantis, pour en finir avec l'extrême pauvreté. Comment financer ces annonces ? Les deux formations misent sur une réforme plutôt agressive de la fiscalité. En résumé, cela passe à chaque fois par la création de nouvelles tranches d'imposition sur les revenus pour les plus riches (Podemos va jusqu'à 50 % sur les revenus annuels qui dépassent 120 000 euros).

Ils visent aussi un durcissement de l'impôt sur les sociétés – Tsipras évoque un alignement de l'impôt sur les grosses sociétés au niveau de la moyenne européenne. Il envisage de taxer également les revenus des armateurs grecs, dossier particulièrement sensible dans le pays, et promet d'annuler l'impôt foncier mis en place par l'actuel gouvernement Samaras, qui touche les résidences principales. Sans surprise, Syriza comme Podemos plaident pour une taxe sur les transactions financières – déjà censée voir le jour dans les années à venir dans 11 pays de l'UE.



6 - Tsipras et Iglesias, des leaders charismatiques mais assez différents

Alexis Tsipras est un ancien ingénieur de 40 ans, père de deux garçons. Pablo Iglesias est un politologue de 36 ans, enseignant à l'Université Complutense de Madrid. Les deux sont excellents en communication, ils ont donné un sérieux coup de vieux au personnel politique de leurs pays, et leur personnalité n'est pas pour rien dans le succès de leur formation. Mais la comparaison s'arrête là.

 

 

Tsipras est « un produit de l'appareil du parti, il a eu le parcours typique de l'apparatchik », expliquait un politologue, Ioannis Papadopoulos, interrogé par Libération au printemps 2014. Tsipras adhère à 16 ans aux jeunesses communistes. À l'université, il prend ses distances avec les communistes orthodoxes du KKE. Il devient secrétaire général du mouvement de jeunesse du Synaspismos, la principale composante du futur Syriza, à 25 ans, et entre au comité central du parti lors de sa création, en 2004, avant d'en prendre les rênes en 2008.

Iglesias, un temps passé par Izquierda Unida, n'a jamais joué la carte du parti. Il s'est construit une notoriété par internet, en créant son propre média (La Tuerka), qui diffuse depuis des années des émissions long format, entre éducation populaire et débat politique haut de gamme. L'Espagnol – qui compte plus de 730 000 abonnés sur Twitter – s'adresse très bien à une jeunesse désenchantée par la politique, à travers toute une série de références qu'il emprunte à internet, au hip-hop ou aux séries télé. Ce fan de Game of Thrones n'a pas hésité, il y a quelques jours, à commenter, dans un mélange d'anglais et d'espagnol, la situation politique de son pays en reprenant une réplique culte de la saga : « Winter is coming para el gobierno de Rajoy. » On imagine mal Alexis Tsipras, qu'on dit fan des Dire Straits, oser ce genre de sorties.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 17:50

 

Source : www.humanite.fr

 

Manuel Valls prolonge l’austérité
Aurélien Soucheyre
Mardi, 30 Décembre, 2014
L'Humanité
Le premier ministre a accordé un entretien au journal espagnol <i>El Mundo</i> dans lequel il défend sa politique et annonce que la fin des sacrifices, en France, n’est pas prévue dans les deux ou trois ans qui viennent.
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AFP

Manuel Valls, homme de l’année 2014. C’est le quotidien espagnol 
El Mundo qui le dit. L’édition d’hier était accompagnée d’une longue interview, dans laquelle le premier ministre français a défendu son bilan et son plan d’action, quitte à griller la politesse à François 
Hollande… Le président de la République avait déclaré que 2015 serait l’année de 
la « reconquête » après un exercice 2014 « difficile pour les Français », lors de son déplacement le 23 décembre à Saint-Pierre-et-Miquelon. Manuel Valls, lui, a profité de son escapade outre Pyrénées pour lancer un tonitruant : « Je ne veux pas dire aux Français que dans deux à trois ans s’achèveront les sacrifices. » Au-delà de prendre les devants sur les vœux du président, en direct demain soir à la télévision, l’hôte de Matignon confirme une fois de plus un cap austéritaire qu’il défendra bec et ongles. 
Il a ainsi annoncé qu’il présidera chaque mois « une commission avec les ministres qui contrôlent le budget et les grandes 
administrations » pour mener à terme le plan de 50 milliards d’économie. Il a aussi apporté tout son soutien au projet de loi Macron, qui sera selon lui adopté sans embûches au Parlement.

Des points communs avec Gattaz

Sur cette tonalité, l’entretien accordé au journal espagnol vaut surtout pour la vibrante défense de la social-démocratie, pour ne pas dire du social-libéralisme, dans laquelle Valls s’est une fois de plus lancé. Si faire de la politique, c’est se répéter, il a rappelé à l’envi que « la France, comme beaucoup d’autres pays depuis plus de trente ans, vit au-dessus de ses moyens ». Un mensonge, qui, à force d’être rabâché, aurait même fini par porter ses fruits : « Depuis quatre ou cinq ans, (…) 
il y a une majorité de Français qui sont d’accord (pour dire) que nous ne pouvons plus continuer comme ça. » Manuel Valls vise ici la dépense publique, et semble se plaindre quand il parle d’une France « qui n’a pas connu une politique d’ajustements aussi dure qu’en Espagne ». 
Il ose même placer comme explication de son diagnostic « les salaires des fonctionnaires (qui) n’ont pas baissé ». S’il reconnaît que le chômage a augmenté, que le niveau de vie de « certains » Français a diminué, qu’il y a plus de pauvreté, et donc urgence, il argumente une fois de plus vers davantage d’austérité, sans la nommer. 
Valls préfère parler « d’efforts », que la France « fait moins que d’autres pays ». À la question de savoir quand ces « sacrifices » cesseront, il répond du tac au tac : « Quand il y aura suffisamment de croissance. » Il base ici, comme toujours, sa politique sur une attente quasi christique d’une relance uniquement possible en flexibilisant le marché du travail et en prônant la compétition à outrance. Par bien des aspects, son discours ressemble à celui que Pierre Gattaz, patron du Medef, avait tenu dans son face-à-face avec Pierre Laurent dans l’Humanité du 12 décembre. Des exemples ? Valls rappelle sans cesse 
que « le monde change », et qu’il faut donc s’adapter. Il cite souvent le modèle allemand : « L’Allemagne a fait des réformes sur le marché du travail, sur les retraites. Aujourd’hui 
l’Allemagne est comme elle est parce que ces pas ont été faits. La France n’a rien fait. »

Brouiller le clivage gauche-droite

Autre point commun avec Pierre Gattaz ? 
La volonté de brouiller le clivage gauche-droite : « Je ne sais pas si pour les gens il y a une façon de faire des ajustements de droite ou de gauche. » Ou encore ce passage totalement édifiant : « Pour préserver notre modèle social français, nos valeurs, nous devons nous aussi changer. Par exemple, permettre de travailler sept dimanches de plus par an, passer de cinq à douze dimanches. » Mais en quoi une telle ouverture sauverait notre modèle social ? Il ne le dit pas. Ce qu’il finit par préciser, c’est qu’« ouvrir le dimanche à Paris les grands magasins, c’est permettre que les touristes d’Asie, et surtout de Chine, qui vont visiter le Louvres, Versailles ou les Champs-Élysées le samedi, restent le dimanche ici et n’aillent pas à Londres faire des achats. Nous sommes dans un monde ouvert. » Rien à voir avec le modèle social donc… Stigmatisant la « vieille gauche », Manuel Valls a par contre rétropédalé sur la suppression du mot « socialiste » dans le nom de son parti, si les militants y tiennent. 
Il ne s’est surtout absolument pas remis en question : « Tous les partis qui gouvernent au niveau national perdent les élections locales. » Bien sûr, c’est sans doute la seule raison. Rien à voir avec le programme présidentiel de 2012 que Hollande et lui piétinent allègrement.

chantage face au fn  Manuel Valls, dans les colonnes 
du journal El Mundo, a aussi présenté 
sa politique comme seul rempart 
au Front national : « Nous sommes dans un moment où, soit nous allons en arrière, dans une France limitée, c’est ce que propose l’extrême droite, soit nous faisons les réformes pour qu’il y ait plus de liberté, plus de progrès. » Il a défendu une Union européenne qui ne soit pas « une Europe de châtiments et d’ajustements » 
que les « gens ne supporteront pas » 
si elle se présente sous ce seul visage. 
Le projet européen est selon lui 
à construire, face « aux extrémismes 
et aux populismes ».

 

 

Source : www.humanite.fr

 

 

 

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 17:20

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

« Double irish » 30/12/2014 à 18h20
Google et Apple vont payer des impôts en Europe ! Ah non, c’était une blague
Robin Prudent | Journaliste Rue89

 

Dans les locaux de Google à Dublin, en Irlande, en avril 2006 (JOHN COGILL/AP/SIPA)

Le 1er janvier 2015 doit signer la fin du « double Irish », une technique d’optimisation fiscale – pour dire cela poliment – qui a permis à l’Irlande d’attirer la majorité des grandes sociétés technologiques américaines (Google, Facebook, Apple...) sur son sol. La fin d’une époque ? Pas si vite.

Une optimisation fiscale bien connue

Petit retour en arrière. En 2013, le système irlandais était décrit avec précision par le rapport d’information de l’Assemblée nationale sur l’optimisation fiscale des entreprises dans un contexte international. Ici, le passage concernant Google :

« Dans ce schéma, la première filiale établie en Irlande, Google Ireland Ltd, établit les factures des clients français et reçoit leurs paiements.

La seconde société établie en Irlande, Google Ireland Holdings, est, en dépit de son nom et de sa situation géographique, une société de droit bermudien. [...]

Pour faire passer les profits de la première société irlandaise à la seconde sans subir de retenue à la source, une autre société est nécessaire.

 

Celle-ci, Google Netherlands BV, est établie aux Pays-Bas et sa seule fonction est de recevoir la redevance de Google Ireland Ltd pour la reverser en quasi-totalité – le chiffre de 99,8% est souvent évoqué – à Google Ireland Holdings.

 

Le profit ainsi accumulé ne remonte pas aux Etats-Unis car cette dernière société est considérée comme transparente au regard du droit fiscal américain. »

Google s’acquitte alors d’une imposition ridicule au regard de son activité économique.

Premier crochet de la Commission

Un procédé bien connu auquel la Commission européenne a finalement décidé de s’attaquer. Les résultats furent rapides : en octobre dernier, le ministre des Finances irlandais, Michael Noonan, annonçait fièrement :

« La suppression du “double Irish” entrera en vigueur en janvier 2015 pour les nouvelles entreprises qui souhaiteraient s’implanter ici, mais n’interviendra qu’en 2020 pour les entreprises déjà présentes en Irlande. »

Alors qu’une douce harmonie fiscale commençait à naître, l’Europe a vite perdu ses illusions. Quelques semaines après l’annonce du ministre, un projet de loi proposant de nouveaux allègements fiscaux était présenté aux députés irlandais.

Plus précisément, il s’agit d’une mesure contenue dans « the knowledge development box » de la loi de finances de 2015. Elle vise à faire passer l’abattement fiscal sur les revenus des entreprises de 80 à 100% des dépenses engagées pour acquérir des droits de propriété intellectuelle.

Les entreprises technos dans le viseur

La fiscalité sur les biens immatériels deviendra nulle au 1er janvier 2015. Une mesure qui arrive pile à temps pour ne pas décourager de nouvelles entreprises technologiques de s’installer en Irlande. Ces dernières sont clairement visées, comme nous le confirme Olivier Iteanu, avocat spécialisé dans les entreprises numériques :

« La propriété intellectuelle est l’outil juridique qui permet de s’approprier des actifs immatériels. Ces derniers constituent les actifs-clés des entreprises technologiques.

Comme il est très facile de les déplacer, les entreprises font du “forum shopping”. Elles choisissent la loi sous laquelle elles veulent s’établir. »

L’Irlande s’assure ainsi de conserver sa place de choix pour les sociétés technologiques étrangères qui veulent limiter leur imposition. L’harmonie fiscale, elle, peut encore attendre.

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 17:02

 

Source : www.mediapart.fr

 

Les financiers jouent l’intimidation face à la Grèce

|  Par martine orange

 

 

 

Dès l’annonce des élections, le FMI a annoncé la suspension de ses aides en attente de la formation du nouveau gouvernement. La troïka comme les milieux financiers ont commencé à rappeler leurs règles à Syriza, potentiel vainqueur des élections : la Grèce n’a d’autre alternative que la soumission ou le chaos.

« Troisième scénario : le pire des cas. » Dans une note réalisée à la mi-décembre, Goldman Sachs analysait longuement la situation politique et économique grecque. Pour la banque américaine, si le gouvernement d’Antonis Samaras ne parvenait pas à trouver une majorité parlementaire pour élire son candidat à la présidentielle, et était obligé de provoquer des élections parlementaires anticipées, ce serait la pire des situations. Syriza, devenu la hantise du monde financier, serait alors aux portes du pouvoir, et rouvrirait les négociations avec les créanciers internationaux de la Grèce, au risque de relancer la crise, prédisait la banque américaine. Dans son scénario catastrophe, tout se termine par une panique bancaire, et un écroulement financier sur le modèle chypriote.

Lundi 29 décembre, les premières craintes de Goldman Sachs se sont matérialisées (voir En Grèce, Syriza part favori pour les législatives du 25 janvier). La coalition gouvernementale a échoué et le processus électoral est relancé. En dépit de la peur panique des milieux financiers de voir Syriza remporter les élections, les premières réactions ont été plus modérées que prévu. Il est vrai que les financiers avaient déjà largement anticipé les résultats. Si la Bourse d’Athènes a perdu plus de 11 %, tout de suite après l’annonce de la fin du gouvernement Samaras, elle s’est reprise par la suite pour terminer à -3,36 %. Une chute presque modeste. Depuis neuf mois, l’indice a perdu 40 % de sa valeur. De même, les obligations d’État à dix ans ont franchi le seuil hautement symbolique des 9 % lundi contre 8,86 % la semaine dernière. Mais là encore, le décrochage avait eu lieu bien avant. En septembre, les taux grecs à dix ans étaient encore à 5,57 %.

Signaux rassurants, selon les milieux financiers : la chute de la Bourse d’Athènes n’a pas entraîné à sa suite les autres marchés financiers européens. Les Bourses de Madrid et de Milan ont perdu respectivement 0,84 % et 1,15 %. Les obligations allemandes, servant encore une fois de valeur refuge, ont vu à nouveau leurs taux diminuer pour tomber à 0,56 %. Ils n’ont jamais été aussi bas. Mais ces mouvements n’ont pas l’ampleur des dévissages qu’ont connus les marchés européens ces dernières semaines, notamment lors de l’écroulement du rouble.

 

Alexis Tsipras, leader de Syriza 
Alexis Tsipras, leader de Syriza © Reuters

Ces premières réactions de marché, en pleine période de trêve des confiseurs, n’ont toutefois aucune signification. Personne ne doute que les pressions, les intimidations, les injonctions vont fuser de toutes parts dans les prochains jours pour inciter les Grecs à « bien voter ».

Sans attendre, le FMI a donné le ton des prochaines semaines. L’organisation internationale, qui est devenue un des principaux créanciers de la Grèce désormais, a annoncé qu’elle suspendait son aide, dans l’attente de la formation du prochain gouvernement. Un porte-parole du FMI a assuré que cette décision ne porterait aucun préjudice au pays, le gouvernement ayant assez de liquidités pour faire face. Dans les faits, l’aide du FMI a déjà été suspendue dans l’attente du nouveau plan d’aide.

Mais même si cette annonce n’a aucune conséquence immédiate sur la situation financière de la Grèce, elle en dit long sur la stratégie de tension que comptent mettre en place la troïka (BCE, FMI, Union européenne) et les créanciers internationaux face aux électeurs. Le résumé est simple : poursuivre le régime d’austérité imposé depuis quatre ans qui a mis le pays à genoux, ou c’est le chaos.

Considérant désormais comme normal de s’immiscer dans les processus électoraux européens, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, s’est d’ailleurs empressé de le rappeler : il n’y a pas d’autre choix. « Les réformes très dures sont en train de porter leurs fruits. Il n’y a pas d’alternative à celles-ci. Nous continuerons à aider la Grèce sur son chemin des réformes. Si la Grèce prend un autre chemin, ce sera difficile. Les nouvelles élections ne changeront pas les accords que nous avons passés avec le gouvernement grec. Tout nouveau gouvernement sera tenu par les engagements pris par ses prédécesseurs », a-t-il prévenu. À la suite, Pierre Moscovici, dans ses nouveaux habits de commissaire européen à l’économie, a répété l’avertissement : « La Grèce doit respecter les engagements pris et mettre en place les réformes qui s’imposent. »

Bien que l’échec de ses plans de sauvetage passés soit désormais manifeste – le PIB du pays a chuté de 25 % depuis 2008, le chômage est à 26,5 %, la pauvreté touche le tiers de la population –, la troïka n’entend pas changer de préceptes. Elle a un nouveau programme, censé accompagner la Grèce vers la sortie du programme d’aide. Celui-ci passe par un plan massif de privatisations, de nouvelles coupes budgétaires, de nouvelles réductions dans la fonction publique, de nouvelles économies dans les retraites, la santé, l’éducation.

Même la coalition gouvernementale d’Antonis Samaras, pourtant très attentive à répondre aux exigences de la troïka, s’est sentie dans l’incapacité de porter politiquement ses nouvelles mesures, après cinq années d’austérité. « Samaras a fait un calcul politique. Si son gouvernement faisait adopter par le parlement le dernier paquet de mesures exigées par la troïka, il n’avait aucune chance de faire élire le président en février. Il serait alors obligé d’aller aux élections générales juste après avoir fait voter de nouvelles mesures impopulaires. Dans ce contexte, avancer les élections donnait une petite chance de succès à la coalition, et en cas d’élections anticipées, laisserait à Syriza ou à un gouvernement emmené par Syriza, la tâche de clore les négociations avec la troïka », raconte le chroniqueur grec Nick Malkoutzis.

Bien décidée à ne pas lâcher d’un pouce, l’Europe entend imposer les mêmes exigences – voire plus, au gouvernement sorti des urnes. Tout a été fait pour le mettre d’emblée dos au mur : le nouveau plan d’aide doit être signé à la fin février, si la Grèce veut avoir accès à de nouvelles lignes de crédit, indispensables pour assurer sa survie. Syriza, s’il mène le gouvernement, acceptera-t-il de se laisser prendre dans cet étau mortel, au nom de la raison d’État ? Ou sera-t-il prêt à aller jusqu’à l’épreuve de force ? C’est une des grandes inconnues qui terrorisent le monde financier et les responsables européens et qui les amènent à surenchérir dans la stratégie du chaos.

Annuler la dette

Ces dernières semaines, les responsables de Syriza se sont pourtant beaucoup déplacés en Europe pour rencontrer les financiers et tenter de les rassurer. De longs exposés ont été faits aux principaux responsables de la City pour leur expliquer la situation de la Grèce et les solutions qu’ils envisageaient pour sortir le pays de l’impasse. Tout se voulait raisonnable, négocié. Mais le seul fait de bouger les lignes a paru insupportable à un monde financier qui ne veut pas céder une once du pouvoir exorbitant qu’il a obtenu. Pour la City, Alexis Tsipras, le chef de Syriza, est quasiment une réincarnation de Lénine.

Pourtant, certains financiers finissent parfois par concéder qu’il a raison : la Grèce, tout comme l’Europe, ne peut poursuivre cette politique mortifère, d’une déflation interne sans fin. Un analyste de la Barclays résume ainsi l’alternative devant laquelle se trouvent Athènes et l’Europe : « Ou c’est l’union fiscale avec l’abandon d’une partie des dettes, ou c’est la sortie de la Grèce de l’euro (Grexit) », avec le risque de voir la zone euro éclater. En d’autres termes, l’Europe se retrouve devant la même alternative qu’il y a trois ans. Le temps gagné, surtout grâce à l’intervention de la Banque centrale européenne, affirmant sa détermination à faire tout pour sauver l’euro, n’aura servi qu’à pousser les problèmes sous le tapis.

Renégocier la dette grecque, en annuler une partie, figure en tête des propositions de Syriza. Sur ce point, quand ils pensent à froid, les financiers souscrivent à l’analyse. Pour eux, l’endettement de la Grèce est insoutenable. Les plans de la troïka qui visaient à stabiliser puis à diminuer la dette du pays ont lamentablement échoué. Rien ne s’est passé comme prévu. Même si la Grèce affiche désormais, à coups de coupes budgétaires, un excédent primaire, sa dette a explosé en raison de l’effondrement de l’économie. Son taux d’endettement s’élevait à 120 % du PIB en 2007, il est désormais de 172 %. « La Grèce aura réussi cette première historique en économie d’être plus endettée après qu’avant son plan de défaut partiel de 2012 », ironise l’économiste Yanis Varoufakis.

Dans une note publiée en octobre, l’agence de notation Standard & Poor’s écrivait que si rien n’était fait, la Grèce ne pourrait faire face à ses besoins financiers et serait en faillite dans les 15 mois à venir. Une nouvelle restructuration de la dette grecque semble donc inévitable pour les milieux financiers. Et ils y sont d’autant plus favorables qu’ils ne sont plus directement concernés : plus de 80 % de la dette grecque est désormais dans des mains publiques.

 

 

C’est un des grands tours de magie qu’avait pointés un rapport interne du FMI, très critique sur le sauvetage de la Grèce. « Une restructuration plus rapide de la dette aurait diminué le fardeau de l’ajustement en Grèce et permis de diminuer les effets dramatiques de la récession. Le report a donné une fenêtre aux créanciers privés pour réduire leurs expositions et placer la dette dans des mains publiques. Ce transfert a été réalisé à une échelle impressionnante et a laissé le secteur public en risque », insistait alors le rapport (voir Les aveux calculés du FMI).

Le fait que la dette grecque soit désormais essentiellement portée par les autres États européens devrait normalement faciliter les discussions en vue d’un abandon partiel. Mais justement non. L’Allemagne, et d’autres pays européens du Nord, veulent bien à la limite accepter un allongement de la durée de leurs créances, un abaissement des taux, toutes sortes d’accommodements dans les remboursements, à condition que ces aménagements soient accompagnés d’un strict plan de réformes et d’une tutelle de fait sur la gestion de la Grèce. Mais elle refuse toute annulation même partielle de la dette.

Annuler la dette grecque serait avouer que l’Europe, emmenée par l’Allemagne, a fait fausse route dans sa gestion passée. Ce serait reconnaître que les plans de sauvetage grecs ont d’abord servi à sauver les banques et à transférer leurs risques auprès des contribuables qui eux, désormais, doivent payer l’addition. Ce serait aussi prendre le contre-pied du discours politique d’Angela Merkel qui, depuis le début de la crise, a érigé les Allemands en exemple, et les Grecs en fauteurs de trouble, en tricheurs. Ce serait enfin envoyer, aux yeux de Berlin, un mauvais signal aux autres pays, qui seraient tentés de relâcher les efforts de réforme : en particulier l’Italie et la France, les nouveaux « pécheurs », comme le dit Mme Merkel. Tant que tous les autres pays européens ne seront pas passés sous la toise allemande, il ne saurait y avoir d’union fiscale.

Comme ces arguments ne sont pas tous présentables, une autre ligne de défense est en train d’être organisée : concéder un abandon de la dette grecque créerait un précédent dangereux, doublé d’une injustice. « Si l'on acceptait d’annuler une partie de la dette grecque, il faudrait aussi le faire pour le Portugal, l’Irlande, qui eux aussi ont eu des plans de sauvetage. Il faudrait y inclure aussi l’Italie, qui a un endettement insoutenable (135 % du PIB) », expliquait en substance un conseiller européen cité par la BBC. En un mot, la charge serait insupportable, mieux vaut donc abandonner cette voie tout de suite.

Mais alors, que faire de la Grèce ? Attendre qu’elle explose ? L’Europe n’a pas de réponse, sauf celle de rajouter de la dette à la dette, de l’austérité à l’austérité. Cinq ans après le début de la crise de l’euro, l’Europe se retrouve au point de départ. Elle est face aux mêmes questions, aux mêmes impasses, refusant en plus aujourd’hui de reconnaître les erreurs de sa gestion passée. Cette situation est intenable. D’une façon ou d'une autre, des changements s’imposent. La Grèce vient de donner le premier signal du mouvement.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 01:08

 

Source : convergencealimentaire.info

 

 

Une poignée de compagnies contrôle l’industrie alimentaire

 

 

 

Les centaines de marques que nous retrouvons sur les tablettes des supermarchés nous donnent l’impression que notre argent va à un nombre aussi grand de compagnies différentes. Or, ça n’est pas le cas: une grande majorité de ces marques appartiennent à une poignée de compagnies. Le graphique suivant donne un aperçu d’où notre argent va réellement (cliquez ici pour une version pleine résolution):

 

mapsmall

Pourquoi cette convergence est-elle néfaste?

Cette question est légitime: en quoi le fait que ces marques soient contrôlées par si peu de compagnies est-il une mauvaise chose? N’est-ce pas simplement le résultat fonctionnel de notre système économique?

En fait, nous croyons que cette convergence est néfaste pour diverses raisons, à plusieurs niveaux qui sont tous plus ou moins interreliés. En voici cinq:

1 – Ces compagnies sont si grosses qu’elles ont un pouvoir politique dangereux

Cette raison est celle qui, d’une certaine façon, englobe toutes les autres. Les profits engendrés par ces compagnies sont gargantuesques: à elle seule, Nestlé a engendré plus de 37 milliards de dollars de profit en 2010. Or, cet argent se convertit rapidement en pouvoir politique. De fait, dans notre système politique, des groupes de pression font sans relâche des efforts afin de faire passer ou bloquer des projets de loi. En général, plus les groupes de pression sont bien financés et organisés, plus ils ont les moyens d’avoir une grande influence sur les décisions prises au final. L’industrie alimentaire mène des activités de lobbying à toutes les échelles: internationale, nationale et locale. De plus, de grands montants sont investis par ces compagnies dans les campagnes référendaires de plusieurs candidats politiques, tous partis confondus. Il serait naïf de croire que ces compagnies investissent tout cet argent (en 2010, Kraft a dépensé un demi-million de dollars en contributions à des candidats politiques américains; Nestlé a, à elle seule, donné près de 300,000$ à la campagne de Schwarzenegger en Californie) sans rien attendre en retour: elles souhaitent avoir leur mot à dire sur les lois qui seront ou ne seront pas adoptées. Quant à savoir pour ou contre quels projets elles feront de la pression, le seul critère qui semble s’appliquer dans leurs choix est celui du profit. Cela est logique et semble légitime, puisqu’il s’agit de compagnies qui, après tout, ont pour mission de faire du profit. Cependant, la pression politique exercée en vue du profit entre souvent en conflit avec l’intérêt de la population, pour qui les politiciens devraient pouvoir travailler sans pressions contraires. Il est néfaste pour tous que l’intérêt de compagnies passe avant celui de la population, surtout lorsqu’il s’agit de domaines aussi importants que celui de la santé publique.

Le dossier de l’étiquettage des produits qui contiennent des organismes génétiquement modifiés (OGM) en est un bon exemple: à ce jour, il est impossible de savoir si les OGM ont un effet dangereux sur la santé ou non. Malgré cela, une majorité des produits disponibles sur les tablettes des supermarchés contiennent déjà des OGM. L’État américain de l’Oregon a tenté, en 2002, d’introduire une loi pour obliger les compagnies à indiquer lesquels de leurs produits contiennent des OGM. On ne parle pas ici de bannir les OGM, ou même d’en réduire l’utilisation, mais seulement d’informer les consommateurs sur leur présence dans les produits achetés, et de leur laisser le choix d’en acheter ou non. Un immense lobby représentant les géants de l’alimentation s’est alors formé, chaque compagnie y contribuant à coups de dizaines de milliers de dollars (Pepsico y a investi 127,000$, Procter & Gamble, 80,000$). Au final, le projet de loi n’est pas passé.

Les élus, qui devraient en principe protéger la population, deviennent vite impuissants, surtout si leur élection dépend de fonds avancés par ces mêmes compagnies. Cela devient une forme détournée et légale de corruption, et il est facile de croire que si cela était possible, ces multinationales utiliseraient des moyens plus directs. Unilever a d’ailleurs admis au New York Times avoir donné des pots-de-vin, ou “facilité des paiements” à l’endroit de membres de gouvernements dans certains pays en voie de développement. Unilever a affirmé ne pas encourager ce genre de pratique, mais la tolérer lorsqu’elle est une « coutume locale ». Autrement dit: si les politiciens en place sont corruptibles et reçoivent déjà des pots-de-vin, aussi bien en profiter!

2 – Impacts sur la santé

C’est logique: notre santé passe en très grande partie par les aliments que nous consommons, c’est d’eux que finit par se constituer notre corps. Dans la mesure où une grande majorité des aliments que nous achetons sont fournis par un très petit nombre de compagnies, chacune d’elles a une immense part à jouer sur notre santé, qui repose en partie entre leurs mains. Or, contrairement à ce qu’elles pourront bien affirmer à travers diverses publicités, notre santé ne fait pas partie de leurs préoccupations sincères, bien au contraire.

En 2005, à peu près toutes les multinationales de l’alimentation se sont réunies pour mettre de la pression sur le gouvernement français, qui s’apprêtait à faire passer une loi interdisant les distributrices de sodas et de collations de type « junk food » dans les écoles, ainsi qu’à modifier le genre de publicité entourant les aliments néfastes pour la santé. Une grande partie du projet dût être abandonnée suite aux pressions de l’industrie alimentaire.

Pire, malgré des études de l’Organisation Mondiale de Santé et de l’UNICEF démontrant que l’utilisation d’un substitut au lait maternel pour nourrir les bébés contribue à la mort de 1,5 millions d’enfants par année dans les pays sous-développés. Nestlé, le plus grand fabriquant de substituts de lait maternel au monde, fait ouvertement la promotion du choix d’utiliser ses substituts même si la mère est en mesure d’allaiter. Ils vont jusqu’à financer les cliniques médicales de pays sous-développés qui acceptent de faire la promotion de leurs subsituts au lait maternel. Ces pratiques sont directement responsables de la mort ou de la santé fragile de millions d’enfants; un boycott international de Nestlé a d’ailleurs cours depuis les années 80 en raison de cette controverse.

3 – Impacts sur l’économie

Économiquement, le nombre restreint de compagnies sur le marché de l’alimentation nous place en situation d’oligopole. Deux conséquences majeures en découlent:

Premièrement, un marché contrôlé par un petit nombre de compagnies présente des « barrières à l’entrée », c’est-à-dire que toute nouvelle compagnie qui tente d’entrer sur ce marché aura la vie difficile, sinon impossible. Par exemple, si un nouveau producteur est assez chanceux pour que son supermarché local accepte de vendre son produit, c’est souvent sur des tablettes quasi inaccessibles que son produit sera placé, ce qui encourage très peu les gens à l’acheter, car de fait, les endroits bien en vue sont réservés aux multinationales, qui payent cher pour avoir ce privilège. Un petit producteur n’a simplement pas le budget pour rivaliser avec elles. De plus, les gens sont habitués aux marques des grandes compagnies, et ont d’emblée le réflexe d’acheter ces marques (qui bénéficient aussi d’appui publicitaire massif), ce qui rend la compétition avec elles beaucoup plus difficile. Et si finalement un producteur réussit à percer le marché avec un produit qui intéresse les gens, il est fort probable qu’il soit vite racheté par l’une des multinationales, et sa marque n’en deviendra qu’une autre parmi les centaines qu’elles possèdent déjà. Tout ceci empêche la saine concurrence du marché.

Deuxièmement, un oligopole mène souvent à un cartel, c’est à dire un petit groupe de compagnies qui fixe les prix à un montant plus élevé que ceux du marché, afin d’augmenter leurs profits sur le dos des consommateurs. C’est une pratique qui est généralement illégale et relève de la collusion, mais cela n’empêche pas les compagnies de s’y adonner. En avril 2011, Procter & Gamble a dû payer 211 millions d’euros d’amende après avoir été reconnu coupable d’un cartel de fixation des prix en Europe avec Unilever et Henkel. Henkel, la plus petite compagnie des trois (et donc celle qui en profitait le moins), n’a pas été pénalisée, car c’est elle qui a dénoncé le cartel aux autorités.

4 – Impacts sur l’environnement

Les compagnies qui contrôlent l’industrie alimentaire n’ont, en général, pas un dossier environnemental reluisant. En 2001, Kraft a décidé d’investir massivement dans une entreprise de lobbying auprès de l’administration Bush afin de militer contre le protocole de Kyoto. En Chine, Pepsico et Nestlé ont été condamnés pour pollution de cours d’eau. Unilever ont, quant à eux, illégalement déversé 7,4 tonnes de déchets contaminés au mercure à l’entrée de la forêt Pambar Shola en Inde, juste à côté d’une ville à forte densité de population. Unilever a été forcé de fermer cette usine de mercure pour cette raison. C’est aussi sans surprise que Procter & Gamble a milité afin d’affaiblir des projets de lois environnementaux européens à l’endroit des produits chimiques. En raison des pressions de P&G, la loi adoptée au final en 2003 par le parlement européen ne protège que très peu les citoyens et l’environnement de substances toxiques présentes dans les produits ménagers. Ce “militantisme” anti-environnementaliste dont font preuve ces compagnies n’a qu’un but: s’assurer que la production soit la moins chère possible à court terme. Les dommages causés à plus long terme à la population globale de notre planète, incluant celle des animaux, n’a aucun poids, sinon celui de bien paraître.

Mais l’impact le plus considérable que ces compagnies ont sur l’environnement est peut-être relié à l’utilisation massive d’huile de palme dans leurs aliments. En effet, les impacts dévastateurs (déforestation à grande échelle, délocalisation de communautés locales menant à des situations violentes, extinction d’espèces animales, émission de gaz à effet de serre) de l’industrie de l’huile de palme ont été révélés dans les dernières années, mais l’huile de palme est toujours massivement utilisée dans un foule de produits transformés, principalement en raison de son coût très bas et du fait qu’elle représente un substitut (tout aussi malsain) aux gras trans.

5 – Impacts humains

La réputation de plusieurs multinationales quant aux conditions de travail qu’elles imposent à l’étranger n’est plus à faire. Au fil des ans, des compagnies opérant dans de multiples domaines ont été sur la sellette, au centre de plusieurs scandales. Le fait que l’industrie alimentaire se comporte aussi de la sorte n’aura donc probablement rien de surprenant. Malgré cela, la sévérité des actions de certaines de ces compagnies risque d’en surprendre plus d’un.

En 2005, Nestlé a été poursuivie par l’ILRF (International Labor Right Fund) pour trafic d’enfants. Ces enfants sont amenés en Côte d’Ivoire à partir des pays environnants pour travailler sur les plantations de cacao utilisées par la compagnie. Malgré plusieurs avertissements lancés à l’endroit de Nestlé afin de les informer de ces pratiques, Nestlé n’a jamais vraiment réagi sur la question avant la poursuite. Une autre poursuite a été lancée aux États-Unis, où Nestlé est accusé de complicité pour esclavage, enlèvement et torture d’enfants dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest. C’est sans parler du meurtre d’un dirigeant syndical en Colombie. Ce dernier avait publiquement dénoncé une stratégie sournoise qui permettait à Nestlé de changer l’étiquettage de poudre de lait importée pour qu’elle paraîsse être un produit local. La poudre, souvent passée date, était importée à rabais de pays voisins. La plainte mena à une enquête policière qui confirma les faits et traduit Nestlé en justice pour avoir miné la santé publique. Plusieurs autres meurtres ont mystérieusement frappé les travailleurs qui ont déposé des plaintes contre Nestlé. Mais ce genre de pratiques n’est pas le monopole de Nestlé: le dossier de Coca-Cola n’est pas plus reluisant.

Comment réagir?

Difficile de ne pas se sentir impuissant face à des multinationales qui disposent de budgets aussi immenses, d’une grande influence politique et qui peuvent systématiquement se payer les meilleurs avocats pour contrer toute poursuite. Mais les revenus exorbitants de ces compagnies, qui maintiennent ces pratiques, ne poussent pas dans les arbres… ils proviennent de nos poches! Ce sont nous qui leur donnons lorsque, chaque semaine, nous achetons les centaines de produits qu’ils nous offrent au supermarché. L’alimentation représente un marché gigantesque: chacun de nous doit se nourrir pour rester en vie, et ce, à répétition! Nos visites au supermarché sont régulières et représentent, à la somme, une grande partie de nos budgets. Il serait donc erroné de croire que l’impact que chacun de nous a sur cette industrie est minime. Faites l’exercice, et calculez combien d’argent vous consacrez à l’épicerie par année. Mieux encore, tentez de remarquer, à votre prochaine visite, quel pourcentage des produits que vous achetez sont vendus par ces quelques multinationales: vous pourrez ainsi calculer environ combien d’argent vous leur donnez. Le résultat risque d’être surprenamment élevé. Ainsi, même si un seul de nous coupe sa contribution, l’impact sera de plusieurs milliers de dollars!

Deux obstacles se posent cependant:

- Il est difficile d’éviter les produits vendus par cette poignée de compagnies. Ils sont partout, et parfois il peut sembler qu’aucune alternative ne s’offre: si on n’achète pas le produit de Nestlé, alors on achète celui de Kraft ou de Pepsico. Mais des alternatives existent, il suffit de les rechercher. Elles demandent parfois un effort supplémentaire, surtout l’effort de faire un peu de recherche sur la provenance des produits que nous choisissons d’acheter (et sur la compagnie qui les fabrique). Cet effort se voit toutefois récompensé au niveau individuel par la conscience de faire un bon choix, et au niveau collectif par de l’argent investi ailleurs que dans ce système oligopolistique.

- Les marques détenues par ces compagnies font partie de nos vies depuis longtemps, elles sont partout. Nous y sommes habitués, parfois attachés. La publicité nous encourage sans cesse à les acheter. Très souvent, il est très difficile de s’imaginer les bannir toutes de nos vies, tout d’un coup, et de changer entièrement nos habitudes en un tournemain; ça n’est tout simplement pas réaliste.

Mais ces obstacles ne doivent pas nous arrêter! D’abord, il peut être pratique d’imprimer notre grand graphique et de le traîner à l’épicerie pour faire le diagnostic de nos habitudes, mais aussi pour regarder les produits disponibles qui n’appartiennent pas à ces compagnies: on prend ainsi conscience des alternatives possibles. Ensuite, il est possible d’essayer les produits qui s’offrent à nous comme alternatives, peut-être que plusieurs nous plaîront, et que nos habitudes seront ainsi plus faciles à changer. Il peut aussi être profitable de tenter de changer nos habitudes une par une: au fil du temps, notre impact s’agrandira de plus en plus, et nous ne serons pas aussi déstabilisés. Cette façon de faire est du moins plus réaliste qu’un boycott soudain et inflexible, même si celui-ci est idéalement souhaitable.

Informons-nous!

Ne nous laissons pas manipuler par la publicité, car c’est par l’ignorance que ces compagnies réussissent à avoir un si grand pouvoir. De fait, si tous étaient au fait de leurs agissements, leurs profits seraient en baisse constante: très peu de gens accepteraient d’endosser leurs actions. Une foule d’informations et d’articles sont disponibles sur internet, qui n’attendent que d’être recherchés. Pour ceux que ce sujet intéresse, nous recommendons aussi l’excellent documentaire Food Inc. qui dresse un portrait très large de l’industrie alimentaire aux États-Unis (la situation américaine est fortement similaire à la nôtre).

Finalement, n’hésitez pas à consulter les pages que nous avons créées sur quelques-unes des compagnies, où nous dressons une liste sommaire (et incomplète) de faits intéressants sur chacune. Nous y avons inclus ConAgra, qui ne se trouve pas dans le grand graphique du fait qu’elle est une moins grosse compagnie. La décision d’y consacrer une page relève de son bulletin éthique scandaleux: nous vous invitons à consulter sa page pour en juger par vous-mêmes.

 

 

Source : convergencealimentaire.info

 

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 18:00

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Grèce, Syriza part favori pour les législatives du 25 janvier

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

 

Le Parlement grec a échoué ce lundi 29 décembre à réunir la majorité aux trois cinquièmes nécessaire pour élire le président de la République. Comme le veut la Constitution grecque, l'Assemblée va donc être dissoute ; les élections législatives se tiendront le 25 janvier.

Antonis Samaras s'est donc pris les pieds dans le tapis du palais Maximou : le premier ministre grec, en décidant soudainement, de concert avec la commission européenne, d'avancer l'élection présidentielle grecque, a raté son pari visant à prendre de court l'opposition de Syriza… Il n'a pas réussi à faire élire son candidat à la présidence de la République, Stavros Dimas – un vieux routier de la droite de Nouvelle Démocratie et ancien commissaire européen. Ce lundi 29 décembre, pour le troisième et dernier vote de cette élection présidentielle, seulement 168 députés sur 300 ont approuvé le choix du gouvernement Samaras. Pas une voix de plus que lors du deuxième vote, mardi 23 décembre. Or une majorité des trois cinquièmes était nécessaire : douze voix ont manqué pour faire élire Stavros Dimas.

Les députés qui étaient susceptibles de basculer – ceux du parti de la droite populiste des Grecs indépendants, ceux de la gauche modérée de Dimar, ou encore les sans étiquette – ont donc fini par résister au chantage du chef de l'exécutif, qui n'a cessé d'opposer la stabilité au chaos en cas d'élections législatives anticipées. Le tout sur fond de quasi chantage de la troïka UE-BCE-FMI. Peu après le vote du parlement, le FMI a ainsi précisé que les discussions sur une dernière tranche d'aide à débloquer « reprendront une fois qu'un nouveau gouvernement sera installé ». Une pause de deux mois dans les négociations avait été actée début décembre en raison d'un budget 2015 jugé trop optimiste par l'UE, qui réclamait de nouvelles coupes budgétaires. Il n'empêche, la déclaration du FMI aujourd'hui ne peut que mettre de l'huile sur le feu.

Il faut par ailleurs préciser qu'un scandale de corruption avait éclaté entre les deux premiers tours, lorsqu'un député des Grecs indépendants avait affirmé avoir été approché, avec la somme de 3 millions d'euros, pour accepter de voter pour le candidat de l'exécutif. Ce parti qui compte 12 députés à la Vouli, issu d'une scission avec Nouvelle Démocratie, était donc très refroidi quant à l'idée de soutenir le gouvernement Samaras.

L'Assemblée sera donc dissoute ce mardi 30 décembre, et les élections législatives anticipées se tiendront dans un délai record d'à peine quatre semaines : elles auront lieu le 25 janvier, a annoncé le premier ministre, à l'issue du vote, au cours d'une déclaration retransmise par la chaîne parlementaire. Rappelons que le Parlement actuel est lui-même issu d'élections anticipées – c'était au printemps 2012… Cette Assemblée n'aura donc siégé que deux ans et demi.

Sans laisser poindre l'ombre d'une remise en question, Antonis Samaras a soutenu mordicus que le choix de voter pour Stavros Dimas était le choix « de la stabilité, celui de sortir prochainement et définitivement des mémorandums d'austérité » : « On a fait ce qu'on a pu pour faire élire le président et éviter des élections législatives anticipées, élections que ne souhaite pas la majorité des Grecs. (…) Voter pour Stavros Dimas était la voie de la logique et de l'intérêt national, et je remercie ceux qui l'ont choisie », a poursuivi le premier ministre, mettant dans un même panier gauche radicale et néo-nazis, « Syriza avec Aube Dorée », qui « entraînent le pays vers des élections anticipées »… Antonis Samaras croit-il seulement à ses propres paroles ? Lorsqu'il termine son allocution, au cours de laquelle il apparaît le visage crispé, avec les mots « nul doute que la victoire sera la nôtre », il est en réalité incapable de soutenir le regard de la caméra ; il baisse la tête et s'échappe rapidement du cadre.

Le chef de Syriza, Alexis Tsipras, de son côté, jubile. « C'est un jour historique pour la démocratie grecque, lance-t-il à la sortie du Parlement. Les députés grecs, les partis de l'opposition démocratique, ont montré que la démocratie ne s'exerce pas sous un chantage. (…) Quand la grande majorité du peuple grec est décidée à mettre fin aux politiques d'austérité, alors, les députés ne peuvent faire autrement que de se conformer à la volonté populaire. Aujourd'hui, le gouvernement Samaras, qui depuis deux ans et demi a ravagé la société et qui s'était déjà prononcé et engagé pour de nouvelles mesures, appartient au passé. Et avec la volonté de notre peuple, d'ici quelques jours, les mémorandums d'austérité feront aussi partie du passé. »

 

Voir l'image sur Twitter

Η κυβέρνηση Σαμαρά, αποτελεί παρελθόν. Το μέλλον ξεκίνησε. Να είστε αισιόδοξοι και χαρούμενοι


"Le gouvernement Samaras appartient au passé". Déclaration d'Alexis Tsipras à l'issue du vote

Syriza, première force d'opposition, était arrivé en tête aux élections européennes de mai dernier, avec près de 27 % des voix. Depuis, le parti n'a fait que se consolider, conservant dans les intentions de vote une avance de plusieurs points sur Nouvelle Démocratie, tandis que le PASOK – le parti socialiste, membre de la coalition gouvernementale – poursuit sa chute entamée il y a trois ans. Le champ est donc libre à présent pour le parti d'Alexis Tsipras…

Reste que les défis sont de taille pour la gauche radicale grecque. Il ne lui suffira pas d'arriver en tête du scrutin le 25 janvier prochain ; encore lui faudra-t-il réunir une majorité suffisante pour pouvoir gouverner. Car si la Constitution grecque donne une prime de 50 députés au premier parti élu à l'Assemblée, il n'est pas certain que cela suffise à Syriza pour détenir à lui seul la majorité absolue (151 sièges sur 300) : il lui faudra alors nouer des alliances, au risque de devoir faire des compromis. L'un des partenaires possibles de Syriza pourrait être la gauche démocratique de Dimar – petit parti solidaire du gouvernement Samaras à ses débuts, aujourd'hui complètement revenu de la politique d'austérité. Autre possibilité : un rapprochement avec le parti Grecs indépendants, qui, sur le plan économique, partage le même positionnement anti-austérité que Syriza…, mais qui reste un parti de droite, aux antipodes de la gauche sur les questions de société ou des droits des immigrés par exemple. Une nouvelle formation un peu fourre-tout qui a émergé cette année, La Rivière, et qui rassemble de nombreux déçus du PASOK, pourrait aussi se présenter comme un allié potentiel. Quant au parti communiste grec, l'orthodoxe KKE, il semble peu probable qu'il puisse faire partie d'une coalition avec Syriza, tant le dialogue est, pour des raisons historiques, inexistant entre les deux partis.

De nombreuses inconnues subsistent donc sur l'issue de ces législatives. Mais une chose est certaine : une victoire de Syriza déclencherait une dynamique au niveau européen et obligerait la commission européenne à revoir sa copie. Peu après le vote, l'Espagnol Pablos Iglesias, le leader de Podemos, a d'ailleurs envoyé un message d'encouragement à Alexis Tsipras via Twitter : « 2015 sera l'année du changement en Espagne et en Europe. On commence par la Grèce. En avant Alexis ! En avant Syriza ! »

 

Pablo Iglesias         @Pablo_Iglesias_

2015 será el año del cambio en España y en Europa. Empezaremos en Grecia. Vamos Alexis!! Vamos @syriza_gr !!


"2015 sera l'année du changement en Espagne et en Europe". Tweet de Pablo Iglesias.

En 2015, une bonne partie de l'Europe du Sud, va, de fait, prendre le chemin des urnes : le Portugal renouvellera son Parlement à l'automne, l'Espagne en décembre. Les Pierre Moscovici et autres Wolfgang Schaüble vont bien finir par devoir admettre que les électeurs ont, eux aussi, voix au chapitre sur la politique menée dans leur pays.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 17:46

 

 

Source : www.humanite.fr

 

 

Grèce : des législatives seront bien convoquées
Lundi, 29 Décembre, 2014

C’était prévisible, Stavros Dimas n’a pas recueilli les 180 voix nécessaires à son élection comme président grec. Des législatives vont être convoquées, certainement le 25 janvier, et Syriza caracole en tête des sondages.
Le Premier ministre Antonis Samaras va devoir convoquer des législatives anticipées.
AFP

Au vu des deux premiers tours, les 17 et 23 décembre, il était quasi-impossible que Dimas réunisse sur son nom les 180 voix nécessaires. Il en avait obtenu 160 au premier tour, et 168 au deuxième après que le Premier ministre Samaras eut promis d'avancer à fin 2015 les législatives programmées pour juin 2016. Dimas n'a à nouveau recueilli que 168 voix ce lundi. Des élections législatives auront bel et bien lieu, sans doute le 25 janvier.

Le parti de gauche anti-austérité Syriza reste en tête des intentions de vote. Autour de 30 %, il devance la coalition gouvernementale de 5 points environ. Dans une interview accordée au quotidien grec Avgi, traduit par le site syriza-fr.org, Alexis Tsipras se dit prêt, avec le soutien du peuple, à reconstruire le pays.  « SYRIZA puise sa force du soutien d’une grande majorité sociale et politique qui lutte pour la dignité et la justice. Sa victoire électorale sera le début d’un grand effort national pour le salut de la société et la reconstruction du pays. Un effort national qui aura cependant un impact international, puisque notre responsabilité nationale est de frayer la voie d’une politique alternative en Europe, en transformant un pays de l’Eurozone en exemple de protection sociale et de croissance. » Pour le président de Syriza,  « le premier pas sera la réalisation du « programme de Thessalonique » pour mettre de la crise humanitaire. Ceci n’est pas négociable. » C’est sur cette base que Tsipras veut rassembler et conquérir la majorité au futur parlement. « Sur la base de ce programme, nous nous efforcerons d’obtenir de larges consensus » explique Tsipras conscient qu’il lui faudra probablement trouver des alliés pour obtenir la majorité, sauf si Syriza dépasse la barre des 35 % aux  législatives.

Comme le dit Tsipras, l’arrivée au pouvoir de Syriza serait un espoir autant qu’un choc dans toute l’Eurozone. Preuve en est, le monde de la finance panique, après avoir chuté de 20 %, la bourse d’Athènes poursuit sa chute à l’annonce des résultats du vote.  C’est que Tsipras entend notamment lancer un moratoire sur les dettes privées aux banques, et annuler de près des deux tiers de la dette publique car illégitime.

L’absurdité de la dette grecque. Lorsque la Troïka a lancé la panique sur la dette souveraine grecque en 2008, celle-ci venait de dépasser le seuil des 200 milliards d’euros. La Commission Européenne et le FMI ont alors imposé au pays des cures d’austérité sur cure d’austérité, ce qui, plutôt que de réduire la dette, la fait exploser : baisse des recettes, hausse vertigineuses des dépenses sociales… Plutôt que de réduire les créances, l’austérité multiplie par 2 la dette en 3 ans.
Cette crise est doublement absurde du fait qu’au total, le FMI a accepté de prêter à la Grèce 240 milliards d’euros à titre d’aide, ce qui aurait été plus que suffisant pour solder l’intégralité de la dette de 2008… Le pays est aujourd’hui plus qu’exsangue, en crise humanitaire, et les grecs sont nombreux à estimer que cette dette, qui a explosée à cause de la Troïka, est illégitime.

 

Source : www.humanite.fr

 

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 17:31

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Alimentation

Fêtes de fin d’année : comment éviter les OGM dans votre menu

par Christophe Noisette, Pauline Verrière 22 décembre 2014

 

 

 

 

 

Le marathon des repas en familles ou entre amis commence. Huîtres, foie gras, chapon, viandes, fromages ou desserts… Peut-on éviter de servir des OGM à ses invités ? L’équipe d’Inf’OGM a concocté un menu type avec des produits souvent incontournables en cette période de fêtes. Et nous explique si oui ou non – ou peut-être – ils contiennent des OGM, et sur quels labels s’appuyer. A lire avant de faire les courses.

Vos petits plats finissent doucement de mitonner et vous apportez la dernière touche à votre décoration. Avez-vous bien pensé à tout ? Votre menu de fêtes ne contiendrait-il pas des OGM ? Avec ce menu type, l’équipe d’Inf’OGM vous aide à y voir plus clair. Pour commencer, rappelons que tout produit qui contient des OGM doit être étiqueté comme tel.

Mais cette règle connaît des exceptions : il n’y a aucune obligation à étiqueter les produits issus d’animaux nourris aux OGM, les OGM utilisés au menu d’un restaurant ou encore les OGM « cachés », c’est-à-dire issus de manipulations génétiques (mutagenèse dirigée, cisgenèse...) qui ne rentrent pas dans le champ d’application de la réglementation européenne sur les OGM. En revanche, depuis 2012, les produits qui respectent certaines conditions peuvent être étiquetés comme étant « sans OGM ». Sans faire la promotion de certaines pratiques agricoles (comme le gavage ou le chaponnage), cet article souhaite vous faire réfléchir à la question des OGM à travers un menu traditionnel de fêtes, tel que beaucoup de Français l’envisagent.

Huîtres de quatre saisons : avec OGM

Modifiée chromosomiquement en laboratoire en 1997 par l’Institut public français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), et commercialisée en 2000, l’huître de Quatre Saisons est triploïde – elle possède trois paires de chromosomes – et, en théorie, stérile. Actuellement, elle représente environ 30% des huîtres vendues en France, sans étiquetage spécifique, ni évaluation sérieuse. Les Biocoop, notamment, refusent cette huître dans leur rayon. Son avantage : plus productive et disponible toute l’année alors que les huîtres naturelles sont vendues de septembre à décembre.

Inconvénient : les ostréiculteurs sont plus dépendants des écloseries et, d’après l’Inra, si quelques huîtres tétraploïdes (nécessaires pour fabriquer des huîtres triploïdes) s’échappaient des écloseries, cela entraînerait « en une dizaine de générations, le basculement vers une population exclusivement tétraploïde ». Actuellement, de nombreux ostréiculteurs se plaignent d’un taux de mortalité anormalement élevé pour les huîtres triploïdes.

Foie gras du Sud-ouest et son pain épicé : peut-être OGM

Cette indication géographique protégée (IGP), foie gras du Sud-Ouest, n’interdit pas les OGM dans l’alimentation des canards. C’est donc la porte ouverte aux OGM au moins pour la majeure partie de la vie de l’animal. Seule la période de gavage – 10 jours sur les 90 au total – impose l’utilisation de maïs produit dans le Sud-Ouest, donc non transgénique en période de moratoire. Lequel a été annulé en août 2013. Bientôt un foie gras 100% nourri aux OGM ? À moins que l’IGP ne modifie son cahier des charges... Un choix qui peut s’avérer d’autant plus intéressant pour les producteurs, que le foie gras ne peut pas bénéficier du label bio. Certains foies gras sous IGP du Sud-Ouest ont néanmoins fait le choix d’exclure les OGM : c’est le cas par exemple de Labeyrie...

Chapon de Bresse : sans OGM

Certaines AOC, comme celle des volailles sous AOC de Bresse, ont fait le choix d’exclure totalement les OGM. Quelle que soit la marque, quel que soit le producteur, si vous voyez cette AOC, elle est garantie sans OGM ! C’est le cas pour les chapon, dinde, poulet et poularde de Bresse, les volailles fermières de Loué, ou bien sûr celles issues de l’agriculture bio.

Viande de bœuf Limousin blason prestige : sans OGM

Quelques cahiers des charges Label Rouge excluent les OGM des mangeoires. Ainsi, le label Blason prestige, qui valorise la viande issue de vaches limousines, mais aussi les labels Bœuf Belle Bleue, Blond d’Aquitaine, fermier d’Aubrac, fermier du Maine, Gascon, et celui du Veau fermier du Lauragais... De même certaines AOC en viande bovine ont exclu les OGM, comme le Bœuf Maine Anjou.

Courge butternut farcie de marrons et de champignons : sans OGM

Si les légumes ne sont pas étiquetés, c’est qu’ils ne sont pas génétiquement modifiés. Peu d’entre eux peuvent bénéficier du label « sans OGM », car seuls peuvent être étiquetés sans OGM les végétaux pour lesquels un « équivalent » GM existe, c’est-à-dire principalement du soja ou du maïs.

Farandole de fromages : plutôt sans OGM

Tous les fromages issus de l’agriculture biologique proviennent d’animaux qui ont été nourris sans OGM. C’est également le cas d’un certain nombre d’AOC : Abondance, Beaufort, Bleu de Gex, Chevrotin, Comté, Epoisse, Gruyère, Laguiole, Mont d’Or, Morbier, Neufchâtel, Tomme des Bauges, Tomme de Savoie, Reblochon, Rocamadour, Roquefort, Salers, St Nectaire, Vacherin... Pour transformer le lait en fromage, sont utilisées des enzymes, les chymosines, mais il devient de plus en plus difficile pour les producteurs d’en trouver qui ne soient pas produites par des bactéries GM, ce qui ne rend pas les fromages génétiquement modifiés pour autant. Mais c’est une réelle difficulté pour les filières bio et « sans OGM », et pour le consommateur farouchement opposé aux OGM même confinés.

Oranges confites au miel : plutôt sans OGM

En France, en 2013, aucun OGM n’étant cultivé sur le territoire, les miels français sont donc pour le moment a priori exempts d’OGM. Mais le moratoire sur la culture des OGM a été annulé en août 2013 et si nos gouvernants ne font rien, la filière apicole sera menacée de contamination dès 2014. Pour les miels produits hors de France et vendus dans nos supermarchés, il est très difficile d’en connaître l’origine précise puisqu’il s’agit souvent de mélanges de différents miels. Les règles d’étiquetage sur la provenance des miels se limitant à « origine UE », « origine non UE » ou « origine UE/non UE », il n’est pas possible d’avoir la garantie que ces produits sont sans OGM. Des grands pays exportateurs de miels sont également de grands producteurs d’OGM, comme l’Argentine ou la Chine.

Dans l’UE, seuls les miels portugais ou espagnols pourraient contenir du pollen GM. Les règles d’étiquetage des miels contenant des pollens GM sont en discussion, et la Commission européenne essaye de faire passer une réglementation qui rendrait l’information facultative. C’est ça, la vraie transparence ! Si cela passe, pour le consommateur plus exigeant, il restera encore l’étiquetage « sans OGM dans un rayon de 3 km » ou, bien sûr, les miels issus de l’agriculture biologique.

Bûche au chocolat et crème fouettée bio : peut-être OGM

Les additifs (arômes, colorants...) souvent utilisés par l’industrie alimentaire dans les produits transformés, pourraient éventuellement être génétiquement modifiés. Dans ce cas, ils doivent être étiquetés sur l’emballage du produit. Si ces additifs sont obtenus à l’aide d’un OGM (c’est-à-dire que l’OGM a seulement été utilisé lors du processus de fabrication de l’additif), il n’y a dans ce cas aucune obligation d’étiquetage. Et si on faisait nous-mêmes notre bûche (œufs « issus d’animaux nourris sans OGM < à 0,9% », AOC beurre de Bresse, crème bio...) ?

Vin : cuvée de Colmar « vendange préventive » : sans OGM

A Colmar, les Faucheurs volontaires ont neutralisé un essai en champ de porte-greffes transgéniques (lire ici). Le but de la modification génétique était de rendre ce porte-greffe capable de résister au virus du court-noué. Les résultats préliminaires de cet essai ont montré que la stratégie « OGM » n’était pas efficace par rapport à ce virus. Par ailleurs, une levure Saccharomyces cerevisiae, a été génétiquement modifiée pour exprimer le gène malolactique de la bactérie Oenococcus oeni afin d’améliorer l’utilisation des sucres. Le vin actuellement en magasin dans l’UE n’est issu ni de ce porte-greffe, ni de cette levure GM.

Christophe Noisette et Pauline Verrière / Inf’OGM

Photo : CC Lady Elixir

- La lettre d’Inf’OGM de janvier-février 2015 vient de paraître et peut être commandée en ligne ici.

- Tous les articles de Basta ! sur les OGM

 

 

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Source : www.bastamag.net

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 17:21

 

Source : www.marianne.net

 

 

Le dessous des cartes

En 2014, les traités de libre-échange n'ont pas connu la crise
Lundi 29 Décembre 2014 à 05:00

 

Loïc Le Clerc

 

TAFTA, TPP, APE, autant d'abréviations obscures qui donnent envie de ne surtout pas s'y intéresser. Et pourtant, derrière ces sigles barbares se cachent des traités commerciaux de libre-échange qui risquent de nous changer la vie. Durant l'année 2014, ils n'ont pas connus la crise. "Marianne" vous propose ainsi, en quelques cartes, un tour du monde de ces accords pensées le plus souvent pour le bonheur des grandes firmes.

 

Terra Nova - Flickr - cc

Terra Nova - Flickr - cc

 

 

TAFTA (traité de libre-échange transatlantique) lien ici

 

Doit être signé entre l'Union européenne et les Etats-Unis courant 2015.
29 pays concernés

Marché de 800 millions de personnes, représentant 45,5% du PIB mondial.

L'accord vise à abolir la majorité des droits de douane entre les deux zones, mais aussi à abaisser les « barrières non-tarifaires ». Les pays signataires devront s'engager à une « mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec les dispositions du traité.

L'accord visait également à l’origine à permettre aux entreprises d'attaquer un État devant un tribunal arbitral international.

 

 

 

 

AECG (Accord économique et commercial global) lien ici

 

Fin des négociations : 26 septembre 2014
29 pays concernés
Comme pour le traité transatlantique, l’objectif est de réduire les barrières au commerce, notamment en éliminant les droits de douane et en harmonisant les réglementations et les normes. L'accord couvre pratiquement tous les secteurs d'activité, autant les biens industriels que les biens agricoles et les services.

Selon la Commission européenne, le PIB de l’UE va augmenter de 12 milliards d’euros par an. Pour le Canada, le traité devrait lui permettre d’accéder à un marché de plus de 500 millions de consommateurs.

Point de frictions : Les ISDS (Investor state dispute settlement), mécanisme d’arbitrage des différends entre Etats et investisseurs qui permettent à des entreprises privés d’attaquer des Etats souverains qui menaceraient leurs investissements. L’Allemagne est montée au créneau mettant son veto dans la balance.

 

 

 

 

APE (Accords de partenariat économique) lien ici


Signature : 10 juillet 2014
44 pays concernés
L'accord vise, dans le cas de l’Afrique de l’Ouest, à supprimer 82 % des droits de douane sur les importations venant de l’UE.

Manque à gagner pour les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) : près de 10,6 milliards d’euros.

Les produits exportés d’UE en Afrique concernent notamment les céréales, viandes et produits laitiers. 
Pour les produits exportés d’Afrique à l’UE, il s’agit essentiellement de poissons, café, cacao, ananas, bananes, haricots, bois, textiles et vêtements.
 

 

TPP (Accord de partenariat transpacifique) lien ici

 

Début des négociations : 2005
Douze pays concernés
Un marché de 800 millions de personnes.

Le traité couvre pratiquement tous les échanges de biens,les règlements de litiges, l'application des mesures phytosanitaires, les échanges de services, la propriété intellectuelle, les contrats gouvernementaux et les politiques liées à la concurrence.

Fin 2014, ce traité a connu un nouveau coup de frein.
                                                                                                                                                                                                                      Source : www.marianne.net

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