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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 15:16

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Bretagne, l’Etat fait du zèle pour sauver une centrale à gaz controversée

|  Par Jade Lindgaard

 

 

 

Brancher la Bretagne sur les éoliennes irlandaises ? Le projet est à l'étude. Malgré l'opposition du préfet de région, qui milite, lui, pour l'installation d'une centrale thermique fossile à Landivisiau.

C’est une procédure de consultation citoyenne comme il en existe des milliers en France : le 15 septembre, s’ouvre en Bretagne une enquête publique concernant un projet de centrale à gaz à cycle combiné à Landivisiau (Finistère), développé par la Compagnie électrique de Bretagne (CEB), une société créée par Poweo-Direct Energie et Siemens. Jusqu’à la fin du mois d’octobre, les habitants sont invités à consulter le dossier du futur site de production d’électricité et à faire connaître leur avis. 


Aire d'étude de la centrale à gaz de Landivisiau (extrait de l'avis de l' Autorité environnementale) 
Aire d'étude de la centrale à gaz de Landivisiau (extrait de l'avis de l' Autorité environnementale)

Ce qu’ils ignorent, c’est que l’État a suivi de très, très près les conditions de déroulement de cette opération. Au point de demander à RTE, la filiale d’EDF chargée de transporter l’électricité, de reporter ses études sur une éventuelle interconnexion sous-marine avec le réseau irlandais. Motif : « Le lancement de telles études risque d’être perçu comme un mauvais signal pour l’avenir de la centrale de Landivisiau. » En effet, s’il semble possible de brancher les consommateurs bretons sur le courant électrique issu des éoliennes irlandaises, l’utilité d’une nouvelle centrale électrique sur place pourrait se réduire. C’est pourquoi le préfet de région, Patrick Strzoda, écrit à la présidence du directoire de RTE, en avril dernier : « Je souhaiterais a minima qu’aucune étude ne soit menée près des côtes avant les élections régionales. Un tel calendrier éviterait un télescopage avec l’enquête publique de la centrale. » C’est ce qu’il écrit noir sur blanc dans un courrier que Mediapart s’est procuré, et que nous reproduisons ci-dessous.


Copie de la lettre du préfet de Bretagne (1/2). 
Copie de la lettre du préfet de Bretagne (1/2).

Suite de la lettre du préfet de Bretagne (2/2). 
Suite de la lettre du préfet de Bretagne (2/2).

On y découvre les préoccupations très politiques du préfet qui répercute « les fortes inquiétudes » du conseil régional, « à une échéance proche des élections régionales », qui « craint » que ces études « ne soient perçues comme un mauvais signal pour le développement des projets énergétiques renouvelables en Bretagne ». Terre socialiste, la région Bretagne était présidée jusqu’en 2012 par Jean-Yves Le Drian, actuel ministre de la défense, et très proche de François Hollande.  

On y lit encore sa suggestion de « recours rémunéré » aux navires pêcheurs bretons pour les repérages en haute mer de ces mêmes études, pour en « faciliter l’acceptation sociale ». Une manière d’huiler les rouages de l’opinion publique. 

Interrogée par Mediapart au sujet de ce courrier, la préfecture de Bretagne répond que « c’est pour éviter tout risque de confusion que le Préfet de la Région Bretagne avait demandé à RTE de tenir compte du déroulement de l'enquête publique dans le calendrier des études du projet d'interconnexion », car « la concomitance des calendriers aurait pu générer un risque important de confusion dans l’esprit des citoyens ».

Pour Alain Le Suavet de l’association Gaspare qui regroupe des opposants à la centrale, « le courrier du préfet est une forme de barrage à l’enquête publique, elle ne peut plus se dérouler comme prévu ». Son association demande l'arrêt du projet, ainsi que la remise à plat du Pacte électrique breton, le document de planification de l’offre énergétique en Bretagne jusqu’en 2020. Préparé par l’État, la région et RTE en 2010, c’est lui qui donne le top départ au projet de centrale à gaz : « L’implantation d’un nouveau moyen de production classique au nord-ouest de la Bretagne s’avère indispensable, et ce le plus rapidement possible », explique le document, car « le déséquilibre structurel entre la production et la consommation bretonne expose l’ensemble de la Bretagne à un risque généralisé d’écoulement de tension ». Cette centrale doit servir d’appoint au réseau en période de pointe, ce pic de consommation d’électricité en fin de journée, alors que chacun rentre chez soi. Les logements bretons sont souvent équipés de chauffage électrique, très énergivore.

Selon les estimations du « pacte » d'après leur scénario de référence, la consommation d’électricité devait atteindre autour de 22,5 térawattheures (TW-h) en 2013 en Bretagne, alors qu’en réalité, elle a plafonné à 21,7 TW-h, soit bien en deçà de ce qu’ils craignaient. Pour Gaspare, la centrale est désormais inutile. Les opposants ont publié leur propre scénario d’évolution du système énergétique, beaucoup plus complet et précis que celui de l’État. Ils s’appuient notamment à moyen terme sur des interconnexions avec les réseaux européens d’énergies renouvelables, notamment éolienne. 

Pour Michel Rolland, militant EELV, « la centrale de Landivisiau est devenue un grand projet inutile ».

« Une énorme diversion d’argent public »

En réalité, les études de faisabilité ont tout de même eu lieu l’été dernier, explique Didier Beny, délégué RTE Ouest : au mois d’août, pendant une dizaine de jours, pour cartographier les fonds marins. Malgré la demande de la préfecture. « On leur a expliqué qu’on n’avait pas le choix », explique-t-il : les conditions météo limitent la fenêtre d’intervention et les navires nécessaires à l’opération sont très demandés et donc peu disponibles. Les études doivent se prolonger l’année prochaine, une décision pourrait être prise au plus tôt fin 2016. Soit après les futures élections régionales (prévues fin 2015). 


Vue du projet de centrale de Landivisiau (extrait de l'avis de l'Autorité environnementale). 
Vue du projet de centrale de Landivisiau (extrait de l'avis de l'Autorité environnementale).

Mais selon la filiale d’EDF, ce projet d’interconnexion sous-marine n’a rien avoir avec la centrale à gaz de Landivisiau : « Ce ne sont pas du tout les mêmes échéances de temps. Si l’interconnexion avec le réseau d’EirGrid, l’opérateur irlandais, se fait un jour, ce sera à l’horizon 2025/2030 ». Selon le pacte électrique breton, les 450 Mégawatts (MW) de la centrale de CEB sont indispensables à l’horizon 2020. Elle devrait bénéficier d’un tarif d’achat (financé par la contribution au service public de l’électricité, la CSPE, prélevée sur la facture des clients) de 94 euros par megwatt-heure (MW-h) pendant vingt ans. 

Sans craindre de se contredire, la préfecture de Bretagne précise encore à Mediapart que « les deux projets d'interconnexion France Irlande et de la centrale à gaz de Landivisiau sont des projets totalement différents », à la fois « dans leurs enjeux, leur périmètre et les délais de mise en œuvre ainsi que leur degré de maturité ». Sans expliquer alors pourquoi deux projets si radicalement différents risquaient de créer la confusion dans l’esprit des Bretons. 

« La construction de cette centrale n’est pas souhaitable en l’état du système énergétique breton, surtout qu’il existe un fort potentiel éolien en Bretagne », considère Cyrille Cormier, de Greenpeace France : « On met la charrue avant les bœufs en essayant de répondre à la stabilité d’un territoire en augmentant la capacité de sa production d’énergie. »
 
Pour Yannick Jadot, eurodéputé EELV pour l’ouest de la France, « on est dans un projet totalement délirant, avec une triple incohérence : par rapport aux enjeux de la transition énergétique en Bretagne, par rapport au projet européen d’interconnexion des réseaux électriques et c’est aussi une énorme diversion d’argent public ».

Si elle est confirmée, la centrale de Landivisiau nécessiterait la construction d’un gazoduc de 111 km de long, qui traverserait plusieurs zones humides, alerte l’Autorité environnementale. Ses impacts environnementaux ne seraient donc pas uniquement climatiques.

Sur place, la mobilisation contre la centrale de Landivisiau est forte. Des réunions d'opposants ont rassemblé plusieurs centaines de personnes. À Landivisiau, ils ont été à deux doigts d’emporter les dernières élections municipales.

En Europe, le secteur du gaz est en pleine crise, suscitant la montée au créneau de Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, contre le système de tarif d’achat dont bénéficient les énergies renouvelables. Le gaz est délaissé, devenu plus cher que le charbon. L’hiver dernier en France, les centrales thermiques (fioul, gaz, charbon), qui assurent notamment les pics de demande, ont peu tourné, du fait en partie d’un hiver doux. Direct Energie a dû renoncer à son projet de centrale à gaz à Verberie (Oise), très contesté sur place. Son autre projet de centrale à Hambach (Moselle) vient d’être retoqué par la justice. Et l’ex-centrale thermique de  Poweo à Pont-sur-Sambre (Nord), revendue en 2010 au groupe autrichien Verbund, cherche un nouvel opérateur.

Ouvrir une centrale à Landivisiau est donc un objectif stratégique important pour Poweo-Direct Energie, entré sur le marché de l’électricité en France à la faveur de la libéralisation exigée par la Commission européenne, mais dépourvu de moyens de production, à part de petits barrages hydrauliques. Pourtant, dans ce contexte, la viabilité économique du site de Landivisiau semble fragile, et son activité promet d’être coûteuse en argent public : jusqu’à 40 millions d’euros par an pendant vingt ans, soit 800 millions d’euros.

L’ouverture d’une centrale de production d’électricité au gaz est-elle compatible avec la transition énergétique dont le projet de loi sera discuté par les députés à partir du 1er octobre ? Sollicité par Mediapart, le ministère de Ségolène Royal n’a pas répondu à nos questions.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 17:47

 

Source terrainsdeluttes.ouvaton.org

 

 

 

 

 

L’IFRAP ou « l’Etat rêvé du Medef »

Ces lobbys qui nous pourrissent la vie – épisode 1

 

 

 

3 septembre 2014 | Filed under: Abus patronaux, Du côté des dominants and tagged with: , , , , , , , ,

 

 

 

Au début des années 1980, on nationalisait les banques. Depuis 2008, on nationalise la dette des banques. 50 milliards épongés rien qu’en 2008. Pas de quoi arranger les finances publiques. Mais peu importe, cette mise en faillite de l’Etat ouvre la voie à un nouveau marché : conseiller en destruction de biens publics.

Vous avez besoin de trouver 50 milliards d’économie avant la fin de l’année pour satisfaire aux desiderata bruxellois ? Aucun souci, la fondation IFRAP, un think tank spécialisé dans la réforme des politiques publiques [sic] sait déjà où taper pour faire des économies sur le dos des citoyens ordinaires. Faut-il supprimer le Conseil d’Etat ? Réduire le corps prestigieux des ingénieurs des ponts et chaussées ? Diantre non, c’est précisément à eux que l’on essaie de vendre ces conseils en économie. L’ennemi est ailleurs : il faut tailler dans la masse des services publics, ceux que le Medef verrait bien par ailleurs sous-traités au privé, via des petites PME locales ou des grands groupes prêts à s’occuper de nos écoles, de nos prisons ou de notre santé.

Commençons par le plus évident. En partenariat avec le Figaro, l’IFRAP a ainsi listé pas moins de 50 recettes pour économiser 50 milliards. Petit passage en revue de ce musée des horreurs.

En finir avec la médecine et l’école publiques

Dans le secteur de la santé, les solutions étaient finalement assez simples à trouver. Il suffit « de faire converger les tarifs des hôpitaux publics avec ceux du privé » et de « développer la chirurgie ambulatoire ». La chirurgie ambulatoire ? Un joli mot pour dire que le patient sortira le jour même de son admission à l’hôpital, aussitôt l’opération réalisée. Il se reposera à domicile, loin de tout suivi médical. L’IFRAP a donc déjà trouvé un moyen pour faire des économies : rendre les hôpitaux publics plus chers (et donc le privé plus compétitif) et débarrasser les lits d’hôpitaux de ces patients osant mettre trois jours à se remettre de leur appendicite. Ces deux mesures pourtant simples nous permettraient d’économiser déjà 9 milliards d’euros par an, sans compter l’argent que gagneraient les chirurgiens possédant une clinique privée. Autre réforme prévue en matière de santé, on pourrait « limiter l’Aide Médicale d’Etat aux soins essentiels et urgents » (qui fait la liste de ces soins ?). Pour rappel, cette aide médicale couvre les plus faibles. Elle est vitale pour beaucoup de sans-papiers et leurs familles. Pour parfaire la réforme, on pourrait aussi rétablir « les jours de carence dans le public ». Mais surtout il suffirait d’inciter les médecins à réduire « les actes inutiles » et pour cela taper dans le porte-monnaie des patients en réduisant « à 60% les remboursements des soins hors série [pourtant] approuvés par les médecins traitants ».

Dans le secteur de l’éducation, les choses là aussi sont pourtant simples. Il faut aller plus loin dans la « décentralisation », c’est-à-dire en finir avec une école publique adossée à l’Etat et « laisser les communes gérer tous les établissements scolaires de leur zone ». Cela tombe bien car comme l’IFRAP projette également de fusionner des communes, on pourrait aussi réaliser à l’échelle de ces nouvelles grandes communes « la fusion des écoles primaires  (au fait on supprimera aussi au passage « 42 sous-préfectures »). Vous aviez pris l’habitude d’avoir une école à proximité de votre domicile ? Apparemment vous n’avez pas compris à quel point il vous fallait faire des efforts pour sauver le service public. Cette suppression des écoles superflues nous permettrait pourtant de dégager pas moins de « 10 milliards d’économie ». Sans compter que l’on pourrait aussi « désindexer l’allocation de rentrée scolaire » et faire ainsi en sorte d’économiser 369 millions d’euros supplémentaires.

IFRAP

Au boulot les feignasses

En matière de résorption du chômage, l’IFRAP aussi a quelques idées pour relancer la machine. Il suffit « d’augmenter la durée de cotisation et rendre les allocations dégressives ». On pourrait ainsi faire 6 milliards d’économie sur les cotisations que les travailleurs se paient pourtant à eux-mêmes. Autre solution : traquer ces foutus « chômeurs frontaliers » « avec l’aide de la Suisse », des fois qu’il y en ait qui aient eu l’idée de cumuler deux allocations de chômage en travaillant dans deux pays. De toute façon, ne faudrait-il pas au final « une allocation unique », « réunir le RSA, les allocations logement, la prime pour l’emploi en une seule allocation plafonnée avec un guichet unique » ? Cette allocation sociale unifiée permettrait d’éviter le cumul de droits sociaux et de réaliser 800 millions d’euros d’économie supplémentaires sur les foyers les plus modestes. On pourrait au passage d’ailleurs « aligner le régime des intermittents sur celui de l’intérim ». Cela aura peu de conséquences car toute politique culturelle est superflue en temps de crise. Dans la mesure où on aura rogné un peu sur toutes les retraites et tous les salaires des fonctionnaires (dont on gèlera la progression à l’ancienneté) qui pourra aller voir des spectacles ou se payer un ciné ? L’IFRAP propose donc logiquement de « cesser toute subvention aux Fonds Régional d’Art Contemporain » (15 millions d’euros d’économie), « revoir le financement du CNC », « réduire les subventions aux associations de 5% », « supprimer le dispositif du 1% artistique »…

Vous trouvez ces méthodes un peu extrêmes ? Vous faites fausse route. Depuis décembre 2009, la fondation IFRAP est reconnue d’utilité publique. Un statut fiscalement avantageux et qui lui permettra sans doute de rendre bien des services aux citoyens.

Des chiffres « très sérieux » prêts à l’emploi pour les journalistes

De ces propositions abjectes qui ne se limitent le plus souvent qu’à détruire les protections sociales des personnes les plus exposées à la crise, les journalistes ne retiennent le plus souvent que deux choses. D’une part, que « des solutions existent » (effectivement on en a vu la teneur) et d’autre part le montant potentiel des économies que l’on pourrait réaliser si on appliquait de telles coupes sombres. Ainsi, Jean-Baptiste Noé, éditorialiste pour le journal l’Opinion, et qui « ne désespère pas que des rues de France portent un jour le nom de Margaret Tatcher » reprend dans l’édition du 28 août les chiffres de l’IFRAP. Il considère qu’en matière d’école on pourrait ainsi économiser chaque année « entre 35 et 47 milliards d’euros ». M6 s’alarme du fait que la RATP a installé des escalators trop larges ? Qu’à cela ne tienne, Agnès Verdier Molinié, la directrice de la fondation est prête à rappeler les vertus d’une privatisation de la SNCF et d’autres services publics.

Les chiffres proposés par l’IFRAP sont ainsi parfaitement ajustés aux besoins des éditorialistes libéraux. Qui dans le grand public sait ce qu’est l’IFRAP lorsque l’on mentionne ses chiffres au passage ? Qui sait s’il s’agit d’un institut public produisant des statistiques ou bien d’un organisme vivant de dons privés et discutant sans compétence statistique et au passage certains chiffres de l’INSEE ? Directement ou indirectement, les conseillers de l’IFRAP relaient ainsi la bonne parole de média en média, à la suite de leur président Bernard Zimmern, ancien polytechnicien pantouflard chez Renault, reconverti dans la critique de la bureaucratie (comme dans son livre « Les profiteurs de l’Etat »).

Le personnage a deux faces. D’un côté, il pourfend l’administration qui gaspille et de l’autre, en tant qu’administrateur du fonds d’investissement Capital initiative il facilite l’introduction en bourse des PME. Il investit dans les entreprises de taille moyenne via le rachat temporaire d’actifs (RTA) aux côtés de Gérard Nicoud (président du Conseil National des Entreprises), un militant de la cause patronale qui défend les entrepreneurs « face aux abus des administrations fiscales et sociales ». Le président de la fondation IFRAP investit ainsi à ses côtés dans des petites entreprises « à fort potentiel » qui peuvent progresser sur des territoires auparavant régis par le service public (comme cette entreprise de nettoyage récompensée par le Conseil régional d’Alsace et qui pourrait se porter candidate auprès de collectivités locales tant elle applique bien les conseils de l’IFRAP de ne pas distinguer collecte et retraitement des déchets). L’important lorsqu’une entreprise progresse, c’est surtout de ne pas s’encombrer de comités d’entreprises et de syndicats dès lors que celle-ci dépasse les 50 salariés (l’IFRAP a d’ailleurs produit une étude là-dessus qui contrairement à l’INSEE pense qu’on perd là des centaines de milliers d’emplois). Grâce à l’IFRAP, la critique du gaspillage de l’argent public et la défense des petits entrepreneurs se rejoignent enfin.

Ouvrir de nouveaux marchés sur les cadavres du secteur public

L’IFRAP est une de ces officines qui imagine les recettes permettant de détricoter d’un côté le service public afin de faciliter, de l’autre, l’éclosion d’un secteur privé ajusté aux besoins des collectivités locales et sur lesquelles seront externalisées un certain nombre de tâches (comme « la paie des fonctionnaires » comme le suggère l’IFRAP). Que l’on ne s’y trompe pas, pour ces nouveaux think tanks, il ne s’agit pas seulement de conseiller les collectivités locales mais bien d’ouvrir au privé ce qui auparavant était du ressort des institutions publiques. L’IFRAP n’est pas seulement l’idiot utile des coupes sombres. Il est un accélérateur du repli du secteur public. Le 29 juillet 2014 sur BFM Business (dont les conseillers de la fondation sont les invités permanents), la directrice du Think tank, Agnès Verdier Molinié, plaide ainsi pour la suppression de la progression à l’ancienneté pour les fonctionnaires des collectivités locales et le gel total des embauches dans ces dernières. L’autre invité Michel Klopfer (lui-même responsable d’un cabinet de consulting en collectivités locales) est pris à contre-pied. A libéral, libéral et demi. Peut-on vraiment remplacer un maître-nageur partant à la retraite par un jardinier s’interroge-t-il ? Mais cher Michel, conseiller les collectivités locales pour bien gérer leur argent est aujourd’hui dépassé. Ce qu’il faut désormais c’est ouvrir de nouveaux marchés, coûte que coûte.

Les conseillers de l’IFRAP suggèrent d’ailleurs pour ce faire de mettre en place des « contrats de partenariats territoriaux ». Les collectivités locales qui « s’engageraient à baisser les principaux postes de leur section de fonctionnement, suivant une approche par nature des dépenses (dépenses de personnel, dépenses de fonctionnement courant (services communs), subventions pour charge de service publics, interventions diverses, etc.) » auraient un bonus financier de la part de l’Etat. Ce qu’il faut désormais, on l’aura compris, c’est subventionner des opérateurs privés à même de mieux gérer nos services publics. A côté des propositions de la Fondation IFRAP, tout consultant en réduction des dépenses publiques semble défendre des positions « modérées » et « raisonnables ». Car l’heure n’est plus au seul « Conseil de l’Etat » mais bien à l’exploitation directe des pans entiers de ce qui auparavant composait notre bien public commun.

 

 

 

 

Patrick N’Golin (journaliste)

 

 

 

Source terrainsdeluttes.ouvaton.org

 

 


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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 17:32

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Santé publique

La cigarette électronique, alternative inoffensive ou nouveau produit dangereux ?

par Thomas Clerget 8 septembre 2014

 

 

 

 

 

 

Apparue il y a quatre ans, la cigarette électronique et ses volutes de vapeur garanties sans goudron ni cancérogènes inondent le marché. Au point d’apparaître, y compris pour une partie des milieux médicaux, comme une alternative possible au tabac, dont la consommation continue de tuer, en France, près de 73 000 personnes par an. Mais le risque existe aussi d’une banalisation de l’e-cigarette, ouvrant la porte à de nouvelles formes de dépendance à la nicotine. Cela d’autant plus que les majors du tabac s’intéressent de très près aux opportunités offertes par ce nouveau marché... Une enquête pour éviter l’enfumage.

Importée en France à partir de 2010, la cigarette électronique y connaît un succès aussi fulgurant qu’inattendu. Au cours de la seule année 2013, le nombre de boutiques spécialisées dans l’« e-cigarette » aurait été multiplié par dix, pour atteindre 1 200 magasins et 275 millions d’euros de chiffre d’affaires en France, des valeurs qui pourraient doubler sur l’année 2014 [1]. Côté consommateurs, ils seraient aujourd’hui entre un et deux millions à utiliser régulièrement la cigarette électronique, dont une partie a troqué, de manière partielle ou totale, la fumée du tabac pour la vapeur nicotinée. Pris de cours, l’État a mis du temps à réagir pour encadrer un secteur dont la croissance exponentielle s’apparente à un nouveau Far west. De leur côté, les cigarettiers voient leur rente menacée : les volumes de tabac vendus en France ont connu une baisse de 6 % durant l’année 2013 [2]. Une évolution due en partie à l’augmentation des prix, mais sur laquelle la cigarette électronique n’aurait pas été sans effets.

Dans un tel contexte, questions et controverses n’ont pas mis longtemps à émerger, comme le montre la réaction aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiée le 5 septembre, qui préconise d’interdire la vente des cigarettes électroniques aux mineurs. Faut-il laisser faire ou réglementer ? Pour les uns, fabricants et distributeurs notamment, rejoints par certains professeurs de médecine, la cigarette électronique permet d’espérer une libération massive des fumeurs de leur addiction au tabac. Porteuse d’une potentielle « révolution de santé publique », la diffusion de l’e-cigarette devrait alors être encouragée, les entraves à son développement prudemment soupesées. Pour d’autres, la banalisation de son usage est au mieux imprudente, au pire dangereuse pour la santé des consommateurs. Les vapeurs inhalées sont-elles réellement sans danger ? Quid du risque de commencer par la cigarette électronique, pour évoluer vers une dépendance au tabac pur et dur, en particulier chez les jeunes ?

Absence d’études et de réglementations

Lorsqu’un fumeur actionne le bouton de sa vapoteuse – autre appellation de la cigarette électronique – et aspire une bouffée, le « e-liquide » contenu dans son réservoir est chauffé par une résistance ; il se transforme en vapeur avant d’être inhalé. Puisqu’il n’y a pas combustion (ce qui transformerait la nature des composants) mais simple vaporisation, la composition des gaz respirés par le « vapoteur » est sensiblement identique à celle des liquides contenus dans les cartouches. On trouve de la nicotine (mais pas toujours), des arômes, parfois un peu d’eau ou d’alcool, et surtout, aux trois-quarts, du propylène glycol, généralement mélangé à de la glycérine. Ces deux derniers produits permettent la fabrication de vapeur. Utilisés pour simuler des fumées dans les concerts et dans les boîtes de nuit, ou comme composants dans l’industrie alimentaire ou la pharmacie, ces substances sont d’usage courant et réputées non cancérogènes.

Pourtant, relève un rapport de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), le propylène glycol, irritant à très forte dose, est également « suspecté d’être toxique à long terme par inhalation » [3]. Bien que son usage ne soit pas réglementé en France, ce produit est soumis à des valeurs limites d’exposition, imposées ou recommandées, au Royaume-uni ainsi qu’aux États-Unis. « Certaines fiches de données de sécurité suggèrent même le port d’un masque de protection respiratoire pour des expositions répétées », ajoute le rapport. Vanille, kiwi ou chocolat, les arômes utilisés pour parfumer la vapeur, souvent issus de l’industrie alimentaire, sont également sujets à caution. « Ces arômes sont, pour certains, résistants à la température, mais pour bon nombre d’entre eux, ce paramètre est inconnu. [Leur] toxicité éventuelle, dans des conditions d’utilisation assez différentes de celles de l’alimentation, est insuffisamment étudiée. De manière générale, il y a un vide d’études et de réglementations sur les arômes absorbés par inhalation. »

Un « outil de sortie du tabac » ?

Malgré ces réserves, et un manque de recul lié au développement récent de l’e-cigarette, les spécialistes s’accordent sur un point : la vapeur de cigarette électronique est vraisemblablement moins dangereuse que la fumée du tabac, « riche » de près de 4000 composants, dont plusieurs dizaines de cancérogènes bien identifiés. Dès lors, une diffusion massive de la vapoteuse, utilisée comme un « outil de sortie du tabac » pour les fumeurs de cigarette classique, s’impose-t-elle comme une nécessité pour la santé publique ? C’est le parti pris par de nombreux experts, tels ces dix médecins signataires, en septembre 2013, d’un « Appel pour la reconnaissance médicale de la cigarette électronique ». Ces derniers réagissent alors à l’intention européenne d’un contrôle renforcé sur la commercialisation du produit.

Ni monopole des buralistes, ni médicament confiné aux étales des pharmacies, « la cigarette électronique doit rester en vente libre », résume Anne Borgne, chef du service addictologie des hôpitaux universitaires de Seine-Saint-Denis. « Il faut des produits qui fournissent plus de nicotine et plus vite, va jusqu’à estimer Jean-François Etter, professeur associé à l’université de Genève, l’un des plus fervents défenseurs de la vapoteuse. Quitte à ce que ces produits conduisent à des comportements compulsifs, mais pour que les fumeurs, et notamment les gros fumeurs, se convertissent au vapotage. » [4]

« Pas plus efficace qu’un patch »

« A ce jour, l’efficacité de la cigarette électronique pour sortir du tabac n’est pas démontrée », tempère le professeur Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT). « C’est une question plus compliquée qu’il ne semble en première approche », confirme William Dab, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), spécialiste de sécurité sanitaire. Analysant les résultats d’une étude néo-zélandaise parue dans la revue médicale The Lancet, ce dernier réfute les conclusions trop rapides, généralement basées sur de simples témoignages [5], élevant l’e-cigarette au rang de remède miracle contre la dépendance tabagique : « Dans cette étude, l’e-cigarette n’a pas montré qu’elle était plus efficace qu’un patch ou qu’un placebo en termes de nicotine. » De son côté, le site de vente en ligne Absolut vapor se fonde sur la même étude pour considérer, cette fois, la cigarette électronique comme « au moins aussi efficace que les patchs pour arrêter de fumer ». Étude contre étude, interprétation contre interprétation : la question de l’efficacité de la vapoteuse pour l’arrêt du tabac, argument central de nombreux promoteurs, n’est pas encore tranchée.

« La cigarette électronique, c’est beaucoup de questions et pas beaucoup de réponses », résume Yves Martinet, du CNCT. Dans ces conditions, et tandis que s’ouvrent, chaque jour ou presque, de nouvelles boutiques spécialisées, c’est une véritable bataille qui se joue sur le terrain des mots pour fixer l’image, et donc le devenir, de l’e-cigarette. La Fédération interprofessionnelle de la vape (!) (la Fivape), qui représente fabricants et distributeurs, fait tout pour dissocier l’image de la cigarette électronique de celle du tabac. « Le mot cigarette électronique est obsolète. C’est un inhalateur personnel, un vaporisateur, une vaporette, peu importe. C’est un produit qui ne copie plus les codes du tabac, qui a sa propre identité », argumente Charly Pairaud, secrétaire général de la Fivape et directeur commercial d’une société productrice d’e-liquide.

Naissance de la « vapologie » : le marketing à l’assaut des imaginaires

Les professionnels du secteur entendent poser les bases de la « vapologie », art et science de la cigarette électronique définissant un certain rapport à l’objet : « La vape devient un produit similaire à l’alcool et au vin, un objet de plaisir, à consommer avec modération. L’œnologie consiste à boire du vin de manière élégante et raffinée ; on réduit la consommation en quantité, on l’améliore en qualité. La France est le pays de la gastronomie, de la parfumerie. Si elle ne devient pas le pays de la vapologie, elle aura tout raté », développe Charly Pairaud.

Cet argumentaire marketing vient à point nommé pour soutenir les actions de lobbying engagées par la filière, face à la menace de mesures envisagées d’abord par les instances européennes, puis par le gouvernement français. Sur le plan européen, les industriels de la vape sont passés tout près de la catastrophe. A mi-parcours d’un processus qui a conduit à l’adoption, en avril 2014, d’une directive « tabac », la plupart des États-membres semblaient enclins à classer la cigarette électronique dans la catégorie du médicament, ce qui aurait mis un frein brutal à son expansion sur le sol français, où elle est aujourd’hui en vente libre. De même, son classement comme « produit du tabac » pur et simple aurait conduit à placer l’e-cigarette sous la coupe exclusive des buralistes, seuls habilités, en France, à distribuer ces produits. Sous l’action de lobbys comme la Fivape [6], et d’une mobilisation d’utilisateurs dont la spontanéité comme l’indépendance doivent être considérés avec prudence, une solution intermédiaire a finalement été retenue. La cigarette électronique sera classée comme un « produit connexe » du tabac, et les modalités de sa distribution laissées à l’appréciation des États-membres.

Risque de dépendance primaire

Côté français, les pouvoirs publics donnent l’impression d’une certaine fébrilité. « De nombreux experts sont perdus, observe Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT). Normalement, un expert dispose de données quand il doit se décider, mais là, ils doivent légiférer sans données sur les risques de l’e-cigarette, donc en faisant des paris. » En 2011, l’Agence nationale pour la sécurité du médicament (ANSM), rejoignant l’OMS, déconseillait pourtant l’utilisation de la cigarette électronique. « L’usage de ce produit expose les utilisateurs qui n’étaient dépendants ni aux cigarettes, ni à la nicotine, à un risque de dépendance primaire », justifiait l’agence. Depuis, une étude approfondie sur les pratiques des consommateurs a été lancée par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), dont les résultats sont attendus pour l’automne 2014. Surtout, le ministère de la Santé a commandé et reçu en 2013 un rapport de l’OFT qui doit l’orienter quant aux dispositions à prendre. En attendant, la vente d’e-cigarette est interdite aux mineurs, et les taux de nicotine autorisés en vente libre sont limités à 20 mg/ml d’e-liquide.

La législation française reste cependant l’une des plus favorables au produit, qui est interdit à la vente dans de nombreux États d’Amérique latine, en Australie, à Singapour ou encore en Thaïlande. L’avenir de la cigarette électronique doit être abordé dans le cadre du Plan national de réduction du tabagisme, transposition française de la directive tabac, dont la présentation devait intervenir dans le courant du mois de juillet 2014. Le débat se cristallise principalement autour du projet d’interdiction de vapoter dans les lieux publics. Cette mesure, recommandée par le rapport de l’OFT, suscite l’ire des fabricants, tandis que les médecins apparaissent, là encore, partagés. En cause ? Le risque d’un retour du geste dans les usages quotidiens, l’expulsion de la cigarette des lieux publics (et parfois privés) ayant permis un recul de la tolérance sociale vis-à-vis du tabac, et constitué une étape importante dans la lutte engagée contre cette industrie.

Le retour de la « cigarette bonbon » ?

Avec la cigarette électronique, d’apparence plus anodine que le tabac fumé, c’est aussi le risque d’une banalisation de la consommation de nicotine qui concentre les inquiétudes. La population des adolescents et des jeunes adultes, cible marketing traditionnelle des cigarettiers, est au centre des préoccupations. Au États-Unis, d’après une étude des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), 1,78 million de collégiens et lycéens auraient utilisé la vapoteuse en 2012.

Le discours sur l’e-cigarette « objet de plaisir », de même que la multiplication des « saveurs » proposées au consommateur, rappellent inévitablement les stratégies élaborées par l’industrie du tabac pour séduire la jeunesse. « Les industriels ont longtemps utilisé la « cigarette bonbon », avec des parfums qui rappellent ceux qui sont consommés par les enfants. C’est aujourd’hui interdit pour le tabac, mais autorisé pour la cigarette électronique », rappelle le président du CNCT, Yves Martinet. Le ministère de la Santé prévoit cependant d’interdire toute publicité portant sur l’e-cigarette.

Problème de traçabilité des liquides à vapoter

Les normes d’étiquetage et de sécurité, la composition des liquides ainsi que leur conditionnement, sont également inscrits à l’agenda réglementaire. Avec l’arrivée d’une multitude d’outsiders sur le marché, attirés par les opportunités de profit liées à sa croissance exponentielle, et en l’absence de toute réglementation, les interrogations sont nombreuses quant à la qualité de produits dont les origines ne sont pas toujours bien établies. « Plus de la moitié des liquides consommés en France y sont aussi élaborés », assure la Fivape. Tout en reconnaissant le fait que l’amélioration des normes de fabrication et de traçabilité est une priorité, tant l’image de la cigarette électronique pourrait souffrir d’un afflux de produits dont les propriétés seraient sujettes à caution.

Depuis le mois de mai 2014, la Fivape s’investit au sein d’une commission réunie sous l’égide de l’Agence française de normalisation (AFNOR), se donnant pour objectif d’encadrer les pratiques du secteur. Les fabricants d’e-liquide, dont les pionniers sont des entreprises indépendantes, entendent faire la promotion de produits certifiés made in France, c’est à dire assemblés dans l’hexagone, puisque la plupart des matières premières (nicotine, propylène glycol) sont produites dans les pays émergents.

« Big tobacco » entre en lice

L’industrie du tabac, quant à elle, est dans une posture d’observation. Mais elle commence à avancer ses premiers pions. En France, les cigarettiers sont positionnés, à côté des indépendants, au sein de la commission de normalisation AFNOR. Japan Tobacco International, qui commercialise la marque Camel, a lancé en avril son propre vaporisateur, « Ploom », qui présente la particularité de chauffer du tabac en capsule. Aux États-unis, Philip Morris s’est associé avec son homologue Altria pour attaquer le marché de l’e-cigarette, tandis que British American Tobacco (Lucky strike) a créé une filiale dénommée Nicoventures, qui commercialise un premier modèle en Grande Bretagne, sous le statut de médicament. Enfin, la quatrième major, Imperial Tobacco (Gauloise), a racheté la société Dragonite, créée par l’inventeur de la vapoteuse, Hon Lik, désormais employé par la firme multinationale. Ces mouvements sont scrutés à la loupe par les entreprises du secteur, mais aussi par les associations de lutte contre le tabac, qui redoutent un détournement de l’usage de l’e-cigarette au profit de « Big tobacco ».

Quels sont les objectifs des industriels du tabac ? En premier lieu, ne pas être dépassés par l’évolution d’un marché dont le développement n’est pas nécessairement contraire à leurs intérêts fondamentaux. « L’apparition d’un nouveau produit voisin du tabac, même s’il n’en contient pas, est un moyen de rajeunir le produit, de détourner le débat et de maintenir le fantasme d’un tabac non dangereux », analyse l’OFT. « L’objectif de l’industrie du tabac est de faire en sorte que les fumeurs restent dépendants de leur addiction à la nicotine le plus longtemps possible, afin de pouvoir leur vendre un maximum de produits sur un maximum de temps », rappelle le CNCT.

Un intérêt dans lequel les cigarettiers sont rejoints par un secteur économique qui utilise, lui-aussi, le tabac comme matière première, à savoir l’industrie d’extraction de nicotine, principalement basée en Chine, en Inde et aux États-Unis. Industriels du tabac et producteurs de nicotine ont d’ailleurs créé leur propre salon de la cigarette électronique, Ecig Europe, dont la deuxième édition s’est tenue à Nice, du 16 au 18 juin 2014. Autour de l’e-cigarette, les grandes manœuvres ne font que commencer.

Thomas Clerget

Photo : CC Just Ard

 

Notes

[1Source : étude réalisée par le cabinet Xerfi, intitulée « Le marché de la cigarette électronique », avril 2014.

[2Source : Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Tableau de bord mensuel tabac.

[3« Rapport et avis d’expert sur l’e-cigarette », OFT, mai 2013, réalisé sur demande du ministère de la Santé. Sur le propylène glycol, lire pages 40 et 41.

[4Ces deux dernières citations sont tirées de l’émission « Science publique », diffusée le 20 décembre 2013 sur France Culture, disponible à l’écoute ici.

[5« Un sondage qui demanderait à des vapoteurs s’ils ont cessé d’utiliser la cigarette ne serait pas probant. Cela pour de nombreuses raisons, par exemple le fait que s’ils sont devenus vapoteurs, c’est parce qu’ils voulaient quitter le tabac. Et si ce sondage est réalisé à partir d’un site web qui sollicite des témoignages en ce sens, les biais sont tellement forts que les résultats sont sans valeur. »

[6Son équivalent européen est l’Electronic Cigarette Industry Trade Association (ECITA).


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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 17:12

 

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Répression

Qatar : des organisations internationales dénoncent « une économie d’esclavage moderne »

par Rachel Knaebel 8 septembre 2014

 

 

 

« Je suis suivi par la police. On dirait qu’ils vont nous faire des problèmes. » C’est le dernier message envoyé le 31 août depuis le Qatar par Krishna Upadhyaya et Ghimire Gundev, deux militants britanniques des droits humains. Depuis, ils n’ont plus donné de nouvelles. Les autorités qataries ont révélé le 7 septembre qu’ils étaient retenus prisonniers et interrogés pour avoir “violé les lois” de l’émirat [1]. Les deux hommes travaillent pour l’organisation norvégienne Global Network for Rights and Development (GNRD). Ils se sont rendus au Qatar pour rencontrer des travailleurs népalais et documenter la situation des travailleurs migrants sur les chantiers de la Coupe du monde de football 2022.

L’organisation Global Network for Rights and Development (GNRD) a lancé aux côtés de la Confédération syndicale internationale (CSI), de la fondation pour la défense des droits de l’homme Front line defenders et de l’ONG contre l’esclavage moderne Anti slavery international une action pour demander la libération des deux militants.

1,4 million de migrants travaillent dans le petit émirat du Qatar. Ils constituent la majorité de la population du pays, mais n’ont pratiquement aucun droit. « Les travailleurs étrangers sont presque réduits en esclavage – totalement soumis au pouvoir de leurs employeurs qui détiennent un contrôle total sur les salaires et les conditions d’emploi, ont le pouvoir d’attribuer les permis de résidence (ne pas en avoir peut conduire en prison) et peuvent refuser au travailleur un changement d’emploi, ou même un visa de sortie pour pouvoir quitter le pays », résumait la Confédération syndicale internationale dans un rapport au printemps dernier. Plus d’un millier d’ouvriers sont déjà morts sur les chantiers du Qatar depuis que l’émirat s’est vu attribuer l’organisation du mondial, en 2010. La plupart ont péri d’accidents du travail ou de crise cardiaque (Voir notre enquête "Coupe du monde : Bouygues et Vinci s’installent au Qatar, un pays qui recourt massivement au travail forcé").

« À chacun de nos voyages au Qatar, les gens ont de plus en plus peur de parler »

Suite aux rapports accablants de la CSI et d’Amnesty sur cette situation, le Qatar avait promis des améliorations en juin. L’arrestation des deux militants laisse présager du contraire. « Le Qatar semble penser que créer un climat de peur et d’intimidation va détourner l’attention du monde de son économie d’esclavage moderne, a réagi Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI après l’annonce de la disparition des deux hommes. Des centaines de travailleurs migrants, dont beaucoup de femmes, sont en train de dépérir dans les centres de détention de Doha tout simplement pour avoir voulu échapper à des employeurs violents et abusifs. Des journalistes étrangers ont été détenus pour avoir essayer de montrer la vérité, et la répression d’état s’accentue dans un pays qui n’a montré jusqu’à maintenant aucun respect pour les droits humains et les standards légaux de base. »

En juin, Gemma Swart, de la CSI, témoignait déjà d’une pression grandissante sur les travailleurs migrants depuis les révélations toujours plus précises sur leurs terribles conditions de vie et de travail. « À chacun de nos voyages au Qatar, les gens ont de plus en plus peur de parler » , nous disait-t-elle. Manifestement, l’émirat veut aussi intensifier la pression sur les organisations qui luttent pour les droits de l’homme et des travailleurs. Sans réaction de la part de la Fifa.

Rachel Knaebel

 

Notes

[1Voir cet article du Guardian.


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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 16:54

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

Super Mario Draghi 2.0 pour les banquiers

6 septembre par Eric Toussaint

 

 


La BCE a annoncé le jeudi 4 septembre 2014 qu’elle maintenait en les approfondissant les mesures adoptées à la réunion du 5 juin 2014. Elle fait cela dans un contexte d’échec patent des politiques qu’elle applique depuis le début de la crise |1|. L’Italie est en récession : le PIB a reculé de 0,2 % au deuxième trimestre 2014, après une baisse de 0,1 % au précédent |2|. Au Portugal qu’on disait sorti d’affaire, la quasi banqueroute de la deuxième banque du pays, Banco Espirito Santo (un véritable empire économique à l’échelle de ce pays) entraîne un coût énorme pour le Trésor public qui une nouvelle fois socialise les pertes. En Allemagne, la production industrielle n’a augmenté que de 0,3 % en juin 2014, alors qu’on annonçait une hausse de 1,2 %. Sur un an, l’activité industrielle allemande s’est contractée de 0,5 % (+ 0,3 % attendu). L’inflation, est tombée à 0,3 % en aout 2014 dans la zone euro alors que la BCE est selon ses statuts tenue de rapprocher le taux d’inflation de 2%. Dans la zone de la monnaie unique, le taux de chômage se maintient au niveau élevé de 12%. Malgré des résultats économiques mauvais, Mario Draghi reçoit les éloges des grands médias. Dans la suite de cet article sont analysées les mesures prises par la BCE depuis juin 2014. Cet article complète la série intitulée : Les États au service des banques au prétexte du « Too big to fail » (elle comprend 8 parties) qui est publiée sur www.cadtm.org.

Au lendemain d’une importante réunion de la BCE, le quotidien Le Monde ne tarissait pas d’éloge à l’égard du président de l’institution financière basée à Francfort : « Mario Draghi a fait preuve, une fois de plus, jeudi 5 juin, de la maestria avec laquelle il pilote la Banque centrale européenne. Plus que jamais, l’Italien est au rendez-vous : l’homme qu’il faut à l’endroit où il faut. » |3|(voir l’encadré sur le CV de Mario Draghi) Le Financial Times et l’ensemble de la presse dominante ont abondé dans le même sens. Les marchés financiers ont réagi très positivement, les Bourses ont frémi d’aise.

Mario Draghi

De 1991 à 2001, Mario Draghi est directeur général du ministère du Trésor public italien, chargé des privatisations. À ce titre, il est membre du conseil d’administration de plusieurs banques et sociétés qui étaient en phase de transfert vers le secteur privé (Eni, IRI, Banca Nazionale del Lavoro-BNL et IMI). Par la suite, Mario Draghi est, de 2002 à 2005, vice-président de la branche européenne de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. C’est à cette époque que cette banque est rémunérée par les autorités grecques afin de maquiller leurs comptes publics. Le 16 janvier 2006, Mario Draghi devient gouverneur de la Banque d’Italie, nommé par le président du Conseil Silvio Berlusconi, avec un mandat renouvelable de six ans. Mario Draghi est devenu président de la BCE le 1er novembre 2011.

Une chose est sûre : les décisions prises par la BCE ne vont pas améliorer la situation économique, elle ne vont pas permettre de générer des emplois et les conditions de vie de la population de la zone euro ne vont pas gagner en qualité. La BCE garde le même cap : soutien total aux grandes banques et au patronat contre l’écrasante majorité de la population.

Quelles sont les mesures annoncées par la BCE le 4 septembre 2014 ?

Fixer à 0,05% le taux payé par les banques pour emprunter à la BCE

La BCE a décidé de baisser une fois de plus le taux auquel elle prête de l’argent aux banques privées. C’est le seizième changement de taux depuis octobre 2008. Le taux est passé par étape de 3,75% en octobre 2008, à 0,15% à partir du 11 juin 2014, puis à 0,05% à partir du 10 septembre 2014 |4|. C’est tout bénéfice pour les banques privées qui peuvent ensuite prêter cet argent aux Etats à des taux qui varient de 1,40% (c’est le cas de l’Allemagne fin juin 2014) à 6,00% pour la Grèce |5|… Officiellement, la baisse du taux devrait pousser les banques à prêter davantage aux entreprises (en particulier, aux PME qui représentent en Europe le plus gros employeur) et aux ménages. Mais on se rend compte que les banques préfèrent prêter aux Etats : c’est plus sûr. Acheter des titres de la dette souveraine leur permet d’atteindre plus facilement le ratio imposé par les autorités de contrôle des banques concernant le minimum de capital requis en rapport au bilan total (ou le total des actifs) |6|.

Fixer à 0,20% le taux payé par les banques pour déposer de l’argent au jour le jour à la BCE

La BCE a également décidé que les banques qui lui confient chaque jour de l’argent pour le mettre en sécurité devront payer un taux de 0,20%. Officiellement, cette mesure vise également à pousser les banques à prêter aux PME et aux ménages l’argent dont elles disposent plutôt que de le déposer à la BCE. En réalité, on constate que cela ne marche pas. Les prêts aux PME et aux ménages stagnent ou baissent selon les pays |7|.

Pourquoi les banques déposent-elles des liquidités à la BCE ? Parce que c’est une façon de montrer aux autres banquiers et aux autres fournisseurs privés de crédit (Money Market Funds, fonds de pension, compagnies d’assurances), à leurs créanciers en général, à leurs actionnaires et aux autorités de contrôle qu’elles disposent de cash en permanence afin de faire face à l’explosion des bombes à retardement qui se trouvent dans leurs comptes. Si elles n’avaient pas ce cash disponible, les prêteurs potentiels se détourneraient d’elles ou leur imposeraient des taux très élevés. Les détenteurs d’actions les revendraient et leur cours s’écroulerait.

Accorder au moins 400 milliards d’euros supplémentaires de crédits de longue durée aux banques

La BCE a aussi annoncé qu’elle allait prêter aux banquiers privés 400 milliards d’euros à taux fixe (on peut imaginer qu’il sera très bas, proche ou égal à 0,05%). La BCE laisse entendre qu’elle octroiera ces nouveaux crédits à long terme à la condition que les banques les prêtent aux PME afin de relancer la production et de créer des emplois. Il faudra être attentif à la réalisation concrète de cette annonce, car la BCE n’a jamais jusqu’ici contraint les banques à faire quoi que ce soit avec les fonds qu’elle leur prête. Ce qui est sûr, c’est que beaucoup de banques parmi celles qui ont emprunté 1 000 milliards d’euros entre décembre 2011 et janvier 2012 dans le cadre du LTRO (Long Term Refinancing Operations) pour une durée de 3 ans ont un urgent besoin de nouveaux crédits à long terme, appelés TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations). Ces nouveaux crédits devraient leur permettre de faire la soudure sous peine de devoir se déclarer en faillite pour incapacité de remboursement.

Pour comprendre pourquoi ce nouveau crédit est vital pour une série de banques importantes, il faut saisir ce qu’est le LTRO (voir encadré).

LTRO : qu’est-ce que c’est ?

L’opération consiste à accorder aux banques des prêts à long terme. Entre décembre 2011 et février 2012, la BCE a ainsi prêté à un peu plus de 800 banques, plus de 1 000 milliards d’euros pour une durée de 3 ans au taux d’intérêt de 1 % (à un moment où l’inflation atteignait environ 2 %). En réalité, le cadeau fait aux banques est plus important que le laisse supposer un taux d’intérêt de 1 % (pourtant déjà très avantageux). Pour deux raisons simples :
1) Les intérêts sur la somme empruntée ne sont à verser qu’au moment du remboursement de cette somme. Donc si une banque a emprunté pour 3 ans et ne rembourse pas de manière anticipée, elle ne paie les intérêts qu’à l’issue des 3 ans.
2) Le taux a été abaissé par la suite à plusieurs reprises pour atteindre 0,05 % à partir de septembre 2014.

Prenons une banque comme Dexia qui a emprunté plus de 20 milliards d’euros à la BCE sur une période de 3 ans au début 2012, elle ne devra rembourser les 20 milliards qu’au début 2015. À cette somme, s’ajoutera le paiement des intérêts que l’on calculera de la manière suivante : 1 % de taux d’intérêt jusqu’en juillet 2012, 0,75 % pour la période juillet 2012 à mai 2013, 0,50 % de mai 2013 à novembre 2013, 0,25 % entre novembre 2013 et juin 2014, 0,15% d’intérêt entre juin 2014 et septembre 2014 et 0,05% à partir du 10 septembre 2014 |8|. La banque ne paiera ces intérêts qu’au moment du remboursement de la somme empruntée. Que se passera-t-il à ce moment-là ? Il est évident que de nombreuses banques, comme Dexia, la principale banque italienne Intesa Sanpaolo (qui a reçu 24 milliards d’euros dans le cadre du LTRO) ou encore la banque portugaise Esperito Santo en pleine déconfiture depuis juillet 2014, ne seront en mesure de rembourser la somme empruntée que si elles procèdent à un nouvel emprunt plus ou moins équivalent à l’emprunt précédent. A qui ces banques emprunteront-elles ? A la BCE pardi, dans le cadre du TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations). C’est en réalité la véritable raison d’être de ce TLTRO. Mais la BCE ne peut pas le déclarer officiellement car elle doit contribuer à faire croire que les banques vont bien, qu’elles ont assaini leurs comptes, qu’elles ne manquent pas de liquidités… Du coup, Mario Draghi annonce que le TLTRO servira à financer les PME...

La BCE met la pression sur les banques privées pour qu’elles produisent plus de produits structurés

Les banques ont réduit les crédits aux ménages et aux entreprises, en particulier aux petites et aux moyennes entreprises qui représentent la majorité des emplois. En 2013, les crédits bancaires ont diminué de 2 % dans la zone euro, les crédits aux entreprises non financières ont diminué d’environ 3,5 %. Quant aux collectivités locales, elles sont de plus en plus orientées vers les financements obligataires. Les économies périphériques dans l’Union européenne sont bien sûr les plus touchées.

Ce que propose Mario Draghi aux banquiers européens pour les encourager malgré tout à augmenter leurs crédits aux PME, c’est d’accroître la production de produits structurés constitués d’un ensemble de prêts à ces PME. De quoi s’agit-il : les banques qui octroient des crédits aux PME peuvent les sortir de leur bilan en les titrisant via leur assemblage dans un produit structuré (Asset Backed Securities). La BCE propose ensuite aux banques de déposer ces produits structurés comme collatéral (= en garantie) auprès d’elle afin d’obtenir en échange du crédit à 0,05 %. Sachant que les taux exigés des PME par les banques oscillent en 2014 entre 5 % et 6 % en Espagne et en Italie, entre 3 et 4 % en France et en Allemagne, les banques pourraient faire des bénéfices tout à fait intéressants affirme Mario Draghi. Malgré cette proposition alléchante, les banques renâclent à augmenter leurs crédits aux PME et à accroître la fabrication de produits structurés tels que proposés par le président de la BCE |9|, qui en est très déçu et avance toujours la même proposition chaque fois qu’il en a l’occasion. C’était une fois de plus le cas lors de la réunion du directoire de la BCE le 5 juin 2014. Lors de la réunion du 4 septembre 2014, le directoire de la BCE a décidé de faire un pas de plus : il a annoncé un programme d’achat d’ABS sous le sigle ABSPP (Asset Backed securities purchase programme, soit en français : Programme d’achat d’ABS). Mario Draghi a déclaré à la presse à l’issue de la réunion que la BCE "va acheter un large portefeuille de titres adossés à des titres de créances (ABS)" |10|.

La prolifération des produits structurés a été au centre de la crise bancaire qui a commencé en 2007-2008 et tout ce que trouve Mario Draghi comme moyen de relancer le crédit aux PME, c’est de pousser les banques européennes à en produire de nouveau !

La BCE augmentera également les achats des obligations émises par les banques privées pour se financer, en particulier des covered bonds, le type d’obligation le moins sûr |11|. D’après l’agence de presse Reuters le programme de rachats de titres adossés à des actifs (ABSPP) et d’obligations bancaires irait jusqu’à 500 milliards d’euros |12|.

La BCE augmentera encore les liquidités en circulation

Depuis 2008-2009, la BCE n’a cessé d’augmenter les liquidités mises à la disposition des banques au point que ces liquidités inondent l’économie réelle (voir plus loin). Elle a annoncé le 5 juin 2014 un changement dans sa politique de rachat des titres souverains qui aura pour conséquence d’augmenter un peu plus les liquidités. Dans le jargon, cela s’appelle mettre fin à la stérilisation du programme de rachat des titres souverains (le Securities Markets Program suivi à partir de fin 2012 du Outright Monetary Transactions OMT-). Jusqu’ici, quand elle rachetait aux banques des titres souverains (italiens, portugais, grecs, irlandais, espagnols…) qu’elles avaient acquis sur le marché primaire, la BCE reprenait aux banques un volume équivalent de liquidités. A partir de juin 2014, la BCE paiera aux banques les titres qu’elle leur rachète sans leur demander l’équivalent de liquidités. En faisant cela, « la BCE augmentera mécaniquement les liquidités à disposition du système bancaire » déclare Frédéric Rollin, conseiller en stratégie chez Pictet |13|. Cela représente environ 170 milliards d’euros.

L’économie européenne est tombée dans le piège de la liquidité

A cause des politiques menées par les banques centrales et les gouvernements, l’économie des pays les plus industrialisés est tombée dans ce que Keynes appelait le piège de la liquidité. Alors que les banques centrales injectent des liquidités et baissent les taux d’intérêt, les banques et les grandes entreprises privées préfèrent garder ces liquidités à portée de la main, pour faire face à des coups durs liés aux bombes à retardement qu’elles détiennent dans leur bilan et aux nouvelles bulles qu’elles contribuent activement à fabriquer |14|. Les entreprises industrielles et de services considèrent que cela ne vaut pas la peine d’investir puisque la demande privée et publique est anémique. Elles s’assoient pour ainsi dire sur un énorme tas de liquidités ou les utilisent pour spéculer. Les entreprises européennes détenaient en 2012 en liquide 2 400 milliards d’euros (soit 16 fois le budget annuel de l’Union européenne !) |15|. C’est du jamais vu.

Selon Keynes, pour sortir du piège de la liquidité, il faut que les gouvernements augmentent les dépenses publiques afin de relancer la demande et, du coup, l’économie : dépenses d’investissement (on pourrait évidemment investir massivement dans la transition écologique, les énergies renouvelables, les grands travaux publics utiles, les bâtiments scolaires et collectifs), dépenses pour engager du personnel dans les services publics et pour mieux les rémunérer, dépenses sociales (santé, éducation, services sociaux), dépenses pour augmenter les montants des retraites et de différentes allocations sociales… Mais de cela, les banquiers centraux et les gouvernements ne veulent pas en entendre parler parce qu’ils veulent aller plus loin dans les attaques contre les conquêtes sociales.

Une offensive pour aller plus loin dans les politiques néolibérales

Mario Draghi a multiplié récemment les déclarations |16| et les initiatives allant dans le sens d’une plus grande austérité budgétaire et d’un développement des mesures structurelles de précarisation des mécanismes de protection sociale et de solidarité collective : plus grande flexibilisation des contrats de travail afin de faciliter les licenciements, de réduire les salaires, d’augmenter l’intensité et la durée du travail, attaques contre les retraites...

Le rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI) publié en juin 2014 va exactement dans la même direction : « La combinaison des politiques structurelles appropriées varie nécessairement d’un pays à l’autre, mais elle comprend fréquemment la déréglementation des secteurs protégés, comme les services, l’amélioration de la flexibilité du marché du travail, l’augmentation des taux d’activité et la réduction de l’hypertrophie du secteur public. Donner plus de poids à l’assainissement et aux réformes suppose d’en donner moins à une gestion expansionniste de la demande. Ce principe s’applique à la politique budgétaire. Après les premières mesures de stimulation budgétaire, on a en partie redécouvert la nécessité d’assurer la viabilité à plus long terme. Cette découverte est bienvenue : mettre de l’ordre dans ses affaires budgétaires est primordial, et il faut résister à la tentation de s’écarter de cette voie. » |17| En d’autres mots, la BRI veut que les gouvernements aillent encore plus loin dans les attaques contre les conquêtes sociales de l’après seconde guerre mondiale et dans la réduction des dépenses publiques.

Conclusions

L’énorme croissance des liquidités qu’a connue l’Europe depuis 2007-2008 a servi à maintenir intacte la puissance des grandes banques privées sans pour autant sortir les économies concernées de la crise. Grâce à l’intervention de la BCE et d’autres banques centrales (et bien sûr, aux décisions des gouvernements), les grandes banques privées poursuivent leurs activités massivement spéculatives et souvent frauduleuses, voire criminelles. Elles sont soutenues par un mécanisme de transfusion permanente de ressources (crédits publics illimités à taux d’intérêts quasi nuls ou clairement négatifs). Certaines d’entre elles, et non des moindres, sont simplement maintenues en vie sous respiration artificielle (aux crédits publics illimités s’ajoutent une injection de capitaux publics afin de les recapitaliser et des garanties publiques concernant leurs dettes). Le métier de la banque est trop sérieux pour être laissé dans les mains du secteur privé. Il est nécessaire de socialiser le secteur bancaire (ce qui implique son expropriation) et de le placer sous contrôle citoyen (des salariés des banques, des clients, des associations et des représentants des acteurs publics locaux), car il doit être soumis aux règles d’un service public |18| et les revenus que son activité génère doivent être utilisés pour le bien commun.

La politique appliquée jusqu’ici par la BCE, les autres banques centrales et les gouvernements a entraîné une très forte augmentation de la dette publique en conséquence de plusieurs facteurs qui sont liés : le coût du sauvetage des banques ; le coût de la crise dont les banques centrales, les gouvernements, les banques privées et les autres grandes entreprises portent la responsabilité ; l’interdiction faites aux États d’emprunter auprès de la banque centrale ; la poursuite des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux grosses fortunes… Cela donne un caractère clairement illégitime à une partie très importante de la dette publique. En particulier, la dette publique contractée pour sauver les banques est clairement illégitime et doit être répudiée. Un audit citoyen doit déterminer les autres dettes illégitimes, illégales, odieuses, insoutenables… |19| et permettre une mobilisation telle qu’une alternative anticapitaliste crédible puisse prendre forme.

Dans ce contexte, la politique de la BCE est à la fois illégitime, odieuse, insoutenable et illégale. Elle est illégitime parce qu’elle favorise une infime minorité de la population, qui de surcroît est responsable de la crise et en tire profit. Elle est illégitime parce qu’elle porte préjudice à l’écrasante majorité de la population. Cette politique de la BCE est d’autant plus illégitime que ceux qui la conçoivent sont conscients de ce qui précède. Dans le cas des pays soumis aux mémorandums imposés par la Troïka dont la BCE constitue un acteur central, cette politique est odieuse car elle viole des conventions et des traités sur les droits humains (économiques, sociaux, civils et politiques) et qu’elle est imposée par des institutions qui n’ont pas été mandatées par le peuple pour poser de tels actes. Cette politique est également insoutenable |20| car elle conduit à l’appauvrissement d’une grande partie de la population, à une dégradation de la santé et de l’éducation publique, à l’augmentation du chômage… Enfin, cette politique est illégale car elle ne respecte pas les statuts de la BCE (statuts que nous réprouvons par ailleurs). Par exemple, mais ceci n’est pas exhaustif, la BCE n’a aucun mandat dans ses statuts pour intervenir dans les relations de travail. Or de manière permanente, elle cherche à dicter des modifications des lois concernant le droit du travail.

Il faut revoir complètement la politique monétaire ainsi que le statut et la pratique de la BCE. La BCE et les banques centrales en général doivent pouvoir financer directement des États afin d’atteindre des objectifs sociaux et environnementaux qui garantissent la satisfaction des besoins fondamentaux des populations. Le financement direct par la BCE et les banques centrales ne suffit pas en soi, ces financements devront s’inscrire dans une dimension sociale et être au service de l’intérêt général. En effet, si les États-Unis et le Royaume-Uni financent de manière importante leur dette par leur banque centrale |21|, on ne peut pas dire que cette politique est menée dans l’intérêt de la majorité de leur population.

La mobilisation citoyenne et l’auto-organisation sociale constituent la condition sine qua non à la réalisation d’un programme de sortie de crise qui soit favorable aux peuples |22|. Sans elles, il n’y aura pas de véritable issue émancipatrice à la crise actuelle.

Notes

|1| Attention, si l’échec est patent à l’aune des objectifs officiels poursuivis, il n’en va pas de même si on prend en compte l’agenda caché de la BCE et des dirigeants européens. L’objectif des dirigeants européens des pays les plus forts et des patrons des grandes entreprises, au stade actuel de la crise, n’est pas de relancer la croissance et de réduire les asymétries entre les économies fortes et les faibles au sein de l’UE. Ils se félicitent au contraire de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où ils tirent profit de la débâcle de la Périphérie et des sacrifices imposés à tous les salariés d’Europe pour renforcer la profitabilité des entreprises et marquer des points en termes de compétitivité. Pour avancer dans la plus grande offensive menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne contre les droits économiques et sociaux de la majorité de la population, les gouvernements et le patronat utilisent plusieurs armes : l’augmentation très importante du chômage, le remboursement de la dette publique qui a fortement augmenté, la recherche de l’équilibre budgétaire comme prétexte à des coupes sévères dans les dépenses sociales et les services publics, la quête de l’amélioration de la compétitivité des États membres de l’UE les uns par rapport aux autres ainsi que par rapport aux concurrents mondiaux. De ce point de vue là, la politique de la BCE ne constitue pas un échec. J’y reviendrai dans des articles ultérieurs. Voir également Bancocratie, chapitre 33.

|2| http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0203688232137-litalie-en-recession-pousse-les-taux-allemands-a-un-plus-bas-historique-1030888.php#gauche_article

|3| Le Monde, « L’arsenal de Mario Draghi contre la déflation », 6 juin 2014, http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/06/l-arsenal-de-mario-draghi-contre-la-deflation_4433369_3232.html

|4| La BCE a commencé à baisser son taux d’intérêt directeur par paliers successifs à partir de 2008. En octobre 2008 il s’élevait à 3,75%. Voir : https://www.banque-france.fr/economie-et-statistiques/changes-et-taux/les-taux-directeurs.html

|5| Il s’agit des taux des titres souverains à 10 ans. Les taux pratiqués pour les autres pays fin juin 2014 s’élevaient à 1,75% pour la France, à 1,86% pour la Belgique, à 2,75% pour l’Espagne, 2,85% pour l’Italie, à 3,57% à la Pologne, à 3,60% au Portugal,…

|6| J’ai expliqué cela dans http://cadtm.org/Les-banques-bluffent-en-toute publié le 19 juin 2013 ; http://cadtm.org/Banques-bulletin-de-sante-trafique publié le 23 juillet 2013. Voir également mon livre Bancocratie, Aden, Bruxelles, chapitres 8 et 9. A commander via : http://cadtm.org/Bancocratie

|7| Le 5 juin 2014, la BCE avait décidé pour la première fois de son histoire d’imposer aux banques un coût aux dépôts qu’elles réalisent auprès d’elle. La BCE avait fixé ce coût à 0,10% ou, dit autrement, elle avait décidé de rémunérer les dépôts à -0,10%, ce qui revient au même. A souligner qu’en novembre 2008, la BCE rémunérait les dépôts des banques à +2,75%. Ce taux a été progressivement baissé depuis novembre 2008 et a atteint 0% en juillet 2012. Voir : https://www.banque-france.fr/econom... Depuis 2008, ces baisses successives ont pour objectif officiel de pousser les banques à prêter leurs liquidités aux agents de l’économie réelle : PME, ménages, grandes entreprises industrielles,… Le moins que l’on puisse dire, c’est que la recette ne fonctionne pas.

|8| Voir sur le site de la BCE : « In this longer-term refinancing operation, the rate at which all bids are satisfied is indexed to the average minimum bid rate in the main refinancing operations over the life of the operation », http://sdw.ecb.europa.eu/servlet/desis?node=100000133

|9| En 2013, en Europe, les émissions de tous les types d’ABS pris ensemble ont fondu de 38 % par rapport à 2012 (Financial Times, 18 février 2014). En 4 ans, la chute est de plus de 80 % ! (Financial Times, 3 septembre 2013).

|10| Voir La Tribune, 4 septembre 2014, http://www.latribune.fr/actualites/...

|11| Dans le premier article de la série « Les États au service des banques au prétexte du « Too big to fail » », j’ai écrit : « La BCE achète également des obligations (covered bonds) émises par les banques privées pour se financer. Il s’agit d’une aide fort importante de la BCE aux banques qui rencontrent de graves problèmes pour se financer sur les marchés. Cette aide est carrément passée sous silence dans les médias. Depuis l’éclatement de la crise, la BCE a acheté pour 76 milliards d’euros de covered bonds, 22 milliards sur le marché primaire et 54 milliards sur le marché secondaire. Il faut souligner que la BCE a acheté notamment des covered bonds qui ont une mauvaise notation (BBB-), ce qui veut dire que les agences de notation n’avaient pas confiance dans la santé des banques qui les ont émis. À la date du 18 mars 2014, la BCE détenait pour 52 milliards d’euros de covered bonds des banques. C’est un montant très important si on le compare au volume des émissions de ces obligations par les banques. En 2013, il ne s’est élevé qu’à 166 milliards d’euros, en chute de 50 % par rapport à 2011 » voir http://cadtm.org/Les-aides-massives...

|12| Idem, http://www.latribune.fr/actualites/...

|13| Cité dans Le Monde du 7 juin 2014.

|14| Plusieurs bulles spéculatives sont en expansion et menacent d’éclater : bulle boursière, bulle sur les matières premières, nouvelle bulle immobilière, bulle sur les obligations souveraines ou sur les obligations d’entreprise, … Voir Eric Toussaint, Bancocratie, Aden, Bruxelles, 2014, chapitre 38.

|15| Financial Times, « European Corporate buybacks sink to 2009 lows », 2 novembre 2012. L’article se réfère aux calculs de Thomson Reuters. Selon The Economist, les entreprises canadiennes détenaient 300 milliards de dollars de cash en 2012, soit 25 % de plus qu’en 2008. Le phénomène concerne l’ensemble des pays les plus industrialisés : au Japon, en 2012, les entreprises conservaient sous forme liquide l’équivalent de 2 800 milliards de dollars, soit 75 % de plus qu’en 2007 ! (The Economist, « Dead money. Cash has been pilling up on companies’ balance-sheets since before the crisis », 3 novembre 2012).

|16| Voir notamment Financial Times, “Draghi coaxes politicians to take lead in next batch of reforms », 11 juillet 2014.

|17| BRI, 84e Rapport annuel, 1er avril 2013–31 mars 2014, Bâle, 29 juin 2014, p. 17 http://www.bis.org/publ/arpdf/ar2014_1_fr.pdf

|18| Le secteur bancaire devrait être entièrement public à l’exception d’un secteur coopératif de petite taille avec lequel il pourrait cohabiter et collaborer.

|19| Voir CAC, Que faire de la dette ? Un audit de la dette publique de la France, mai 2014, http://www.audit-citoyen.org/wp-content/uploads/2014/05/note-dette.pdf Pour la Belgique voir : ACiDe, BRISER LE CERCLE VICIEUX DE LA DETTE ET DE L’AUSTÉRITÉ, mémorandum de l’audit citoyen de la dette en Belgique, AVRIL 2014, http://www.auditcitoyen.be/wp-content/uploads/memorandum.pdf

|20| Sur le plan économique, cette politique est soutenable du point de vue de l’intérêt des capitalistes, elle est insoutenable du point de vue des droits humains.

|21| Ces dernières années, la FED a racheté pour plus de 2400 milliards $ de bons du trésor des Etats-Unis (en octobre 2014, le volume de bons du trésors détenu par la Fed atteindra 2450 milliards), ce qui représente 18% du volume total des bons du trésor en circulation. Source : Natixis, EcoHebdo, 25 juillet 2014, N°29, http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=78192 Attention, contrairement à une idée largement répandue, la Fed n’achète pas les bons du trésor au Trésor directement, elle les achète via des opérations d’open market aux banques privées qui les ont acquises préalablement. Voir la législation des Etats-Unis en la matière : http://www.federalreserve.gov/aboutthefed/section14.htm

|22| Voir un large éventail de propositions dans : Eric Toussaint, « Europe : alternatives à la crise », avril 2014, http://cadtm.org/Europe-alternatives-a-la-crise

Éric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010.

 

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 15:04

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Télé89 08/09/2014 à 15h36

Il est urgent de regarder « L’Urgence de ralentir »

Robin Prudent | Rue89 Rue89

 

 

Nous aussi, nous avons pris notre temps. Un peu de temps pour regarder « L’Urgence de ralentir », documentaire de Philippe Borrel diffusé mardi dernier sur Arte. Première image, première phrase, celle d’Edgar Morin :

« Un suicidaire, au moins, il sait qu’il veut se suicider.

Là, cette course, elle est suicidaire, inconsciemment. »

Passées les images d’illustration, à base de billets verts en apesanteur et de poulets à la javel, le téléspectateur part à la rencontre des promoteurs d’un ralentissement de nos sociétés.

 

 

Le réalisateur commence par montrer à quel point le temps de la finance s’est déconnecté du temps humain. Pour cela, direction le centre boursier mondial. Pas à Wall Street, mais dans le New Jersey, où sont entreposés les serveurs du New York Stock Exchange qui réalisent les transactions, sans attendre les ordres d’un trader mal réveillé.

Pas facile de faire rentrer le téléspectateur dans l’espace temporel des algorithmes aux noms barbares, comme « sniper » ou « guérilla ». Le documentaire propose une expérience visuelle pour tenter de capter notre attention une demi-seconde, et décortiquer, au ralenti, l’étendue des opérations réalisées dans ce laps de temps.

De New York à Roman-sur-Isère

Une fois que le déphasage, entre le temps de la finance et celui de l’économie, a été visualisé et expliqué, le documentaire propose un patchwork mondial d’initiatives locales.

En une fraction de seconde, nous nous retrouvons à Roman-sur-Isère, ville de 30 000 habitants qui s’est réappropriée sa monnaie. Les habitants peuvent payer en « mesures », devise locale acceptée par les commerçants volontaires. Une initiative qui fait échos à d’autres, aux Etats-Unis, ou a Bristol. Dans cette dernière ville, tout un écosystème durable se met en place. Les habitants y sont récompensés, avec humour, pour leurs actions écolos.

 

 

Le documentaire mélange assez naturellement les interlocuteurs, d’une stagiaire d’exploitation agricole au PDG d’une entreprise cotée en Bourse. La multiplication des initiatives présentées permet de cerner la globalité que représente la tendance « slow ». Une des figures de ce mouvement, Pierre Rabhi, agriculteur et écrivain, explique cette idée :

« Le problème, c’est l’être humain. Je dis souvent aux gens : “Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire et exploiter votre prochain.” Ce n’est pas incompatible. »

Un enjeu global que le documentaire – quoique parfois un peu fouillis – arrive bien à retranscrire.

Il ne reste plus que deux jours pour le revoir gratuitement. Dépêchez-vous !

« L’Urgence de ralentir » - Philippe Borrel

84 minutes, 2004

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 14:31

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/vert-tige

 

 

Ferme agroécologique cherche agriculteurs

Je relaie cette information intéressante ! : 

Des petites fermes dans une grande...avec des arbres, 

Des pratiques agroécologiques productives, préservant la biodiversité et les ressources, 

Une indépendance progressive vis à vis des énergies fossiles, 

Des exploitants indépendants, travaillant côte à côte et mutualisant ce qui peut l’être, 

Une distribution 100% locale, 

Un modèle économique viable et durable, 

Un maximum d'emplois créés sur un minimum de surfaces, 

Une qualité de vie de tous les acteurs du projet. 

 

"Bienvenue à la ferme CANOPEE !"

 

"La ferme Canopée recherche des agriculteurs et agricultrices en quête d'un lieu pour installer leur activité indépendante. Les intéressés doivent partager une vision agroécologique d'une agriculture qui travaille avec l'écosystème, se passe d'intrants chimiques et limite sa dépendance aux énergies fossiles.

 

Construire un collectif

D'une superficie de 40 hectares à Sansan, le propriétaire souhaite créer une entreprise solidaire, un collectif de professionnels indépendants qui adhèrent aux principes d'entraide, de mutualisation et de qualité de vie. Il projette de développer le maraîchage, l'arboriculture fruitière, la production de céréales et animales à moindre emprise au sol. Le programme prévoit l'évaluation des pratiques en termes de vie des sols, de biodiversité et de consommation d'énergie et d'eau.

La propriété Canopée possède de vastes bâtiments, qui seront attribués partiellement, en fonction des besoins de chaque porteur de projet. Ces derniers seront accompagnés dans un premier temps par Patrick Adda et Pierre Pujos.

Une des premières installations est celle en 2013 de Nicolas Benard et Hélène Barbot, pour de la culture maraîchère, diversifiée sur trois hectares, en agroforesterie fruitière. Des arbres fruitiers plantés de chaque côté des planches de culture. Ils pratiquent la culture en billons, pour limiter les effets d'une pluviométrie importante et permettre la culture sur des sols très argileux à l'aide de la traction animale (un âne des Pyrénées). Un bon exemple qui symbolise le projet porté par la propriété Canopée."

Source "Sud Ouest" (22/08/14)

 

Plus de détails sur le site lafermecanopée.com

 

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/vert-tige

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 14:13

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/attac-france


 

Edwy Plénel à l'Université d'été européenne d'Attac

Du 19 au 23 aout s'est déroulée l'Université d'été européenne des mouvements sociaux, à l'initiative du réseau des Attac d'Europe, avec plus de 2000 participants et de nombreux réseaux, organisations, activistes venus de toute l'Europe. Voici une interview d'Edwy Plénel réalisée sur place par l'équipe d'Attac TV

 

 

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/attac-france

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 13:54

 

Source : www.marianne.net

 

 

Ouvrons les yeux, l'Espagne ne va pas mieux !

Lundi 8 Septembre 2014 à 05:00

 

Loïc Le Clerc

 

Depuis le début de l'année, médias et économistes répètent à l'envi que l'économie espagnole est repartie, que la page "bulle immobilière" se tourne enfin. Un doux rêve, presque un mensonge. Mais surtout à quel prix ce supposé redressement se fait-il ? Aujourd'hui un Espagnol a presque trois fois plus de "chances" de se retrouver au chômage qu'un Français, et ce, pour une durée deux fois plus longue...

 

Andres Kudacki/AP/SIPA
Andres Kudacki/AP/SIPA

Janvier 2014. Le Figaro titre : « L'Espagne, l'Italie et le Portugal ont inversé, eux, la courbe du chômage ». L'Espagne affiche alors 25,8% des chômeurs et pourtant nos voisins ibériques ont réussit à « inverser la courbe », les trois mots magiques, laquelle culminait un an plus tôt à 26,94%.

Quelque temps plus tard, en juillet 2014, le FMI annonce une hausse du PIB sur un an de 1,2%, alors que les dernières prévisions, qui datait du mois d'avril, prévoyait 0,9%. Et, cerise sur le gâteau, le FMI voit pour l'Espagne une hausse de 1,6% en 2015 ! Tant d'années de sacrifices, de soumission structurelle totale et d'amputation du coût du travail ont donc enfin porté leur fruit. Alléluia ! Cette fois, toujours pour nos confrères du Figaro, l'Espagne est la « bonne surprise de la zone euro » qui « remonte la pente ». Quand on sait que ce fameux PIB a baissé de 6 % entre 2008 et 2013, c'est sûr qu'il y a de quoi souffler un peu.

La Banque d'Espagne, qui elle, comme le gouvernement de Mariano Rajoy, fantasme sur des chiffres du PIB à 1,3 % et 2 % pour l'année prochaine, lance : « Les composantes privées - consommation et investissement des entreprises - ont été les principaux soutiens du PIB au deuxième trimestre ». En effet, la bonne santé du secteur touristique (28 millions de visiteurs au premier semestre) et des exportations (qui progressent plus vite qu'en Allemagne) ont de quoi faire envie. Seulement, fin août, plusieurs rapports ont sifflé la fin de la récré. Comme les chiffres de l'Ine (L'Insee espagnol), qui ne voit en Espagne qu'une hausse du PIB de 0,6% au second semestre (comparé au premier) et, surtout, une baisse des prix à la consommation qui vient faire planer le spectre de la déflation. Surprenant ça aussi ?
 
Le cancre de l'OCDE
 
Tout d'abord sont tombés les chiffres du chômage, en hausse de plus de 8 070 individus en août, pour dépasser les 4,42 millions de chômeurs. Certes, entre 2013 et 2014, l'Espagne a fait baisser son taux de chômage de 2,2 points, un record en Europe. Et cela devrait continuer à diminuer. Mais dans les faits, un chômeur sur deux est désormais chômeur longue durée, contre un sur quatre en 2007.

Puis vinrent ces « Perspectives de l'emploi 2014 » de l'OCDE. Stefano Scarpetta, qui s'occupe de la branche Emploi de l'organisation, ne mâche pas ses mots : « De nouveaux ajustements des salaires dans les pays les plus touchés par la crise pourraient s'avérer contre-productifs et, dans un contexte où l'inflation est proche de zéro, cela pourrait accentuer le risque de pauvreté ». L'OCDE vient également pointer du doigt le trop grand nombre de CDD (presque un contrat sur deux et 88% des nouveaux contrats) qui « nuit aux salariés comme à l'économie ». Car ce n'est pas le nombre d'emplois qui inquiètent l'organisme, mais leur qualité.

Un emploi à quel prix ?
 
L'Espagne est la championne de l'emploi précaire et, de surcroît, les Espagnols sont ceux qui sont le plus à même de le perdre. Il n'y a qu'à jeter un œil sur les graphiques de l'OCDE pour voir qui est le cancre. Un Espagnol a presque trois fois plus de « chances » de se retrouver au chômage qu'un Français, et ce, pour une durée deux fois plus longue.

En matière d'environnement et de salaire (34 824 $ annuels en moyenne contre 40 242 $ annuels moyens en France), l'Espagne est, là encore, en dessous de la moyenne de l'OCDE qui est de 43 772 $. Au Figaro (décidément en forme), on n'est pas trop inquiet des conclusions de l'OCDE. Le journal se contente de rappeler que le chômage recule « grâce à la reprise économique et des réformes sur le marché du travail », ne retenant des mots de Scarpetta que les passages où il faudrait « mettre l'accent sur la productivité »Même Les Échos n'ont pas osé !

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 13:44

 

 

Source : www.mediapart.fr


 

Christine Lagarde soutient la politique d'austérité du gouvernement

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

 

La directrice du FMI appelle le gouvernement à  « aller plus vite » dans « la réduction des dépenses publiques ».

 

La directrice du FMI, Christine Lagarde, a soutenu, dans une interview publiée lundi 8 septembre par Les Echos, la politique d’austérité menée en France en appelant le gouvernement à « garder le cap de la réduction des dépenses publiques ».

L’ancienne ministre de l’économie de Nicolas Sarkozy, récemment mise en examen pour « négligence » dans l’enquête sur l’arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie, estime même que la politique menée par Manuel Valls va dans le bon sens à la condition que « les réformes structurelles qui génèrent de la croissance sont réellement, rapidement et complètement mises en œuvre ». Christine Lagarde se « réjouit » d’ailleurs de la décision du gouvernement « d’avancer par voie d’ordonnance pour aller plus vite ».

La directrice du FMI revient également sur les critiques de plus en plus nombreuses vis-à-vis des politiques d’austérité menées en Europe. « Il s’agit d’un faux débat en ce moment. Cette année, la consolidation budgétaire dans la zone euro se limite à 0,3 % du PIB. On ne peut tout de même pas parler d’une politique d’austérité excessive menée dans la zone euro ! »

A lire sur le site des Echos.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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Source : www.marianne.net

 

Lagarde et "Les Echos", ou comment 1 + 1 = 0

Lundi 8 Septembre 2014 à 14:00

Loïc Le Clerc

"Merci confrères", comme on a l’habitude de dire à "Marianne". Sauf que cette fois-ci, c’est le cœur pincé par l’ironie que nous avons parcouru l’interview de Christine Lagarde faite par "Les Echos". Une tribune libre, un hymne à l’austérité, sans aucun sens critique. Quant à sa mise en examen dans l'affaire Tapie, elle est reléguée en toute fin d'entretien et évoquée pas vraiment violemment...


Susan Walsh/AP/SIPA
Susan Walsh/AP/SIPA
A la une des Echos, ce lundi 8 septembre, Christine Lagarde, le visage sévère, et ces mots : « La France doit passer des paroles aux actes ». Et cette phrase, juste en dessous, signée du quotidien : « Elle appelle le gouvernement à accélérer les réformes ». C’est du lourd, ça fait peur et c’est parti pour une belle leçon d’austérité de la part de la « dir' gen' » du FMI, en partenariat avec le quotidien de l’économie.
 
Dix-huit pages plus loin, Dame Lagarde apparaît donc souriante, s’adressant à un autre public, celui qui lit les pages « Entreprises et marchés », avec d’autres mots en accroche : « Il n’y a pas d’austérité excessive dans la zone euro ». Le ton est posé, on sent déjà le poil des durs à cuire de l’austérité se faire brosser dans le bon sens.
 
Croissance, es-tu là ?
 
Il ne faut pas trois lignes à Lagarde pour lancer : « [La croissance] est trop faible pour créer des emplois et les 200 millions de chômeurs dans le monde ne cessent de nous le rappeler ». Imaginez tous ces pauvres gens, les yeux au ciel, implorant Sainte Christine de leur envoyer un peu de croissance ! Celle-ci ferait bien d'aller sonder la foule portugaise, espagnole, grecque... de la popularité de la politique économique du FMI, de celle l’Union européenne et de tous leurs petits soldats qui vont jusqu’à en faire la propagande en une de leurs petits papiers.
  
« Cette croissance est également fragile, car les risques géopolitiques sont nombreux. », déclare Lagarde, rapidement relancé par Les Echos : « Le risque pour la croissance est donc avant tout géopolitique ? » Ukrainiens de l’Est (et de l'Ouest aussi), Arabes de toutes les confessions, cessez un peu vos enfantillages et rentrez dans le rang ! Suivez l’exemple de ces pays qui « redémarrent plus vite que les autres », à savoir : les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Eux, au moins, ils sont « unis ». Encore que l'Ecosse va peut-être se faire la malle...
 
Puis, le journal passe aux choses sérieuses. Enfin presque : « L'Europe est-elle menacée par la déflation ? » On entendrait presque le silence gêné du journaliste qui pose-là le doigt sur un sujet qui fâche. « Je n’ai jamais utilisé le mot de déflation, rétorque Lagarde, causant certainement un ouf de soulagement. Le FMI se contente d’évoquer une inflation durablement faible ». Humour d’économiste ? Même pas. Puis Christine va encensé le président de la BCE, « Super » Mario Draghi, celui qui sait si bien lâché du lest quand il le faut, et resserrer le collier à d’autres moments. Son annonce « surprise » de la semaine dernière a permis, toujours selon Lagarde, d’entrainer « une baisse de l’euro par rapport au dollar », une « direction (…) de nature à encourager la reprise ». Ah ! L’Amérique, toujours là pour nous tirer du pétrin ! Merci à elle.
 
Modestes, les journalistes des Echos le confessent : « On a parfois du mal à suivre l’évolution des préconisations budgétaires et monétaires du FMI », suivi de ces gros mots : « Y-a-t-il trop d’austérité dans la zone euro ? Faut-il lâcher du lest ? » Méchant regard tout rouge de Lagarde (du moins, on l'imagine le faire) : « Il s’agit d’un faux débat ». Dans les dents ! Non mais l’autre ! Ils osent critiquer notre politique austéritaire alors que, regardez, ça va quand même vachement mieux !
 
Heureusement, lecteurs franco-français, Lagarde a aussi des bonnes nouvelles. D'une part, elle fait la leçon (certes très poliment) à l'Allemagne à qui elle reproche à raison de ne pas « soutenir la reprise européenne » et évoque la nécessité pour le pays de faire « davantage de distribution salariale ». Ensuite, elle a quelques idées pour la France. Là, en revanche, Madame ne fait pas preuve d'une imagination folle : « Il faut garder le cap de la réduction des dépenses publiques » et ne pas envisager « de nouvelles hausses d’impôts ».

Les tabous au tapis
 
Décidement très engagé aujourd’hui, les Echos balance comme un vœu pieu : « Au-delà des mesures de rigueur, comment peut-on relancer la croissance ? » Lagarde, grande prêtresse devant le néo-libéralisme éternel, tend alors sa main en signe d’apaisement et invoque le Saint Tryptique : « la politique monétaire, les réformes structurelles et la politique budgétaire ». On imagine sans peine le halo de lumière jaillissant de la « dir' gén' » et submergeant alors les adeptes, tombant genoux à terre. Puis cette dernière assène, à grand coup de sceptre, à mort les « activités trop fermées ou trop protégées », vive la « libéralisation des professions réglementées » ! A mort la « réglementation du travail », vive l’Espagne des rois très réformateurs !
 
Et Lagarde de se réjouir de la possibilité d’agir par voie d’ordonnance « pour aller plus vite », afin de « délivrer, comme disent les Américains, c’est-à-dire passer de la parole aux actes ». Délivrer qui ? Les travailleurs ? Qu’importe !
 
Quand enfin (après onze questions tout de même...) Les Echos abordent le seul véritable sujet qui peut faire polémique, à savoir la mise en examen de Lagarde dans l'affaire Tapie, la déception atteint son apogée : « Votre récente mise en examen par la Cour de justice de la République est-elle de nature à affaiblir votre position à la tête du FMI ? » Aucune question sur le fond du dossier. Nous ne sommes pas là pour ça, mais pour disserter entre gens de bonne compagnie sur le fait qu' « il n'y a pas d'austérité excessive dans la zone euro ». Rideau.

Source : www.marianne.net

 

 

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Source : www.lesechos.fr

 

 

Christine Lagarde : « Il n’y a pas d’austérité excessive dans la zone euro »


Nicolas Barré / Directeur de la rédaction, Richard Hiault / Grand reporter, Jean-Francis Pecresse / Editorialiste et Lucie Robequain / Correspondante à New York | Le 07/09 à 22:09, mis à jour à 22:19

Interview exclusive de la directrice générale du Fonds monétaire international. Elle appelle le gouvernement à accélérer les réformes pour relancer l’économie.

 

Christine Lagarde (Directrice générale du Fonds monétaire international)


A un mois de l’Assemblée annuelle du FMI, quel panorama dressez-vous de la croissance mondiale ?

La croissance économique est à la fois trop faible, fragile et inégale. Elle est trop faible pour créer des emplois et les 200 millions de chômeurs dans le monde ne cessent de nous le rappeler. Nous sommes en train d’actualiser nos prévisions. La croissance mondiale devrait augmenter d’un petit 3 % cette année, entre 3 et 3,5 %. Cette croissance est également fragile, car les risques géopolitiques sont nombreux. La crise en Ukraine produit des effets secondaires sur la Russie et les pays d’immédiate proximité, notamment ceux appartenant à la chaîne de valeur allemande, et dont les liens commerciaux, énergétiques et financiers sont affectés à des degrés divers. Cet impact ne peut pas encore être quantifié précisément et dépend de la mise en œuvre d’un plan de paix. Les risques que fait peser la situation au Moyen-Orient sont tout aussi réels pour l’économie mondiale. La croissance est inégale, parce que certains pays redémarrent plus vite que d’autres. C’est le cas des Etats-Unis et du Royaume-Uni, notamment.


Le risque pour la croissance est donc avant tout géopolitique ?

Il y a un deuxième risque qui contribue, lui, à l’instabilité financière : nous observons une valorisation très forte d’un certain nombre d’actifs. Je ne parle pas de bulle, mais le « Rapport sur la stabilité financière » semestriel que nous publierons le mois prochain évoquera la nécessité d’une attention requise et accrue de la part des superviseurs et des régulateurs. Les actions en Bourse ne sont pas les seules concernées. Je pense aussi à certaines émissions obligataires. Si, dans le même temps, certaines banques centrales décidaient de durcir leur politique monétaire plus brutalement ou rapidement que les marchés ne l’anticipent, le risque d’instabilité financière deviendrait réellement inquiétant. Nous ne sommes pas en situation d’alerte mais de veille très attentive. C’est pour cela que la communication très claire de Janet Yellen est si importante.


L’Europe est-elle menacée par la déflation ? Et les mesures annoncées la semaine dernière par la BCE sont-elles adaptées à la situation ?

Je n’ai jamais utilisé le mot de déflation. Le FMI se contente d’évoquer une inflation durablement faible, voire très faible. Il y avait des raisons d’agir et elles ont été entendues. Le président de la Banque centrale européenne a annoncé des actions qui vont dans la bonne direction et qui vont notamment fluidifier les capacités de crédits aux entreprises. Ces mesures ont provoqué un effet de surprise, ce qui n’est pas une mauvaise chose, puisqu’elles ont entraîné une baisse de l’euro par rapport au dollar.


L’euro reste-t-il surévalué par rapport au dollar ?

Nous ne pensons pas que l’euro soit surévalué par rapport au dollar. Sa valeur est compatible avec la balance des paiements de la zone euro. Pour autant, la direction qu’il prend aujourd’hui est de nature à encourager la reprise, et c’est une bonne chose !


Le plan de la BCE est-il d’une ampleur suffisante pour relancer la croissance de la zone euro ? N’arrive-t-il pas trop tard ?

La BCE fait beaucoup depuis deux ans. Nous saluons le fait qu’elle soit prête à recourir à des mesures non conventionnelles supplémentaires, si cela devenait nécessaire pour faire face au risque d’une période trop prolongée de faible inflation. Concernant le calendrier, nous alertons depuis des mois sur le risque d’une inflation excessivement basse.


On a parfois du mal à suivre l’évolution des préconisations budgétaires et monétaires du FMI. Y a-t-il trop d’austérité dans la zone euro ? Faut-il lâcher du lest ?

Il s’agit d’un faux débat en ce moment. Cette année, la consolidation budgétaire dans la zone euro se limite à 0,3 % du PIB. On ne peut tout de même pas parler d’une politique d’austérité excessive menée dans la zone euro ! Beaucoup a déjà été accompli dans la zone euro et aujourd’hui le rythme de réduction de déficit budgétaire nous paraît approprié dans chaque pays.


Vous avez néanmoins eu des mots durs à l’égard de l’Allemagne, qui ne jouerait pas son rôle de moteur pour relancer la croissance européenne…

Il ne s’agit pas de demander à l’économie allemande d’être moins compétitive, évidemment. Mais le pays dispose très probablement de marges de manœuvre budgétaires pour soutenir la reprise européenne et se propose de les utiliser. Nous pensons que des investissements publics et/ou privés pour financer des infrastructures seraient les bienvenus. Je ne parle pas de créer de nouvelles autoroutes, mais plutôt d’investissements de maintenance et d’entretien car, au cours des dernières années, l’Allemagne a très peu investi dans ses infrastructures de transport. Comme aux Etats-Unis, il y a un phénomène de dégradation des réseaux qui justifie parfaitement d’accroître les efforts. L’Allemagne prévoit d’y consacrer 0,2 % du PIB ces quatre prochaines années. Nous pensons qu’elle pourrait y consacrer 0,5 point de PIB supplémentaire par an sur quatre ans. Selon l’analyse du Fonds monétaire, l’Allemagne pourrait aussi concourir à la reprise européenne par davantage de distribution salariale. Cela permettrait aux consommateurs allemands d’alimenter la reprise. Compte tenu des conditions favorables du marché du travail, nous anticipons une dynamique salariale allant dans ce sens. Voilà des développements qui seraient de nature à soutenir l’activité en Europe.


Est-il pertinent de ralentir le rythme de réduction des déficits, comme le prévoit la France ?

Il faut garder le cap de la réduction des dépenses publiques. Même si l’inflation est plus faible que prévu, elle ne peut pas être utilisée comme un paravent pour reporter les efforts nécessaires sur la dépense. La conjoncture ne doit pas non plus justifier de nouvelles hausses d’impôts : si, en raison d’une croissance particulièrement faible, les revenus d’un Etat sont réduits, cela ne doit pas l’encourager à durcir la fiscalité pour atteindre un objectif nominal. Notons par ailleurs que le chemin de la consolidation budgétaire n’est pas redoutablement ardu. Si la réduction de la dépense publique est compensée en grande partie par des allégements fiscaux, comme la France l’envisage, l’effet sur la demande reste contenu.


Au-delà des mesures de rigueur, comment peut-on relancer la croissance ?

Il faut utiliser trois axes : la politique monétaire, les réformes structurelles et la politique budgétaire. Nous avons déjà évoqué la politique monétaire de la BCE. La priorité est de réformer le marché des services, notamment d’ouvrir un certain nombre d’activités trop fermées ou trop protégées. La libéralisation des professions réglementées en France n’est pas forcément le chantier le plus facile à engager, mais je me félicite qu’il ait été ouvert. Il faut avant tout s’attaquer au carcan de la réglementation du travail – et je ne vise là pas seulement la France mais l’ensemble de la zone euro. Le seul pays qui progresse en la matière cette année, c’est l’Espagne. Elle a procédé à un certain nombre de réformes structurelles et cela commence à payer. Je ne place la politique budgétaire qu’en troisième position, car il s’agit dorénavant que le rythme annoncé de consolidation budgétaire soit respecté sous réserve des flexibilités que ménage le Pacte de stabilité et de croissance. L’effort, je le rappelle, est de 0,3 % de PIB en zone euro, car beaucoup a déjà été effectué, y compris par la France, d’ailleurs.


L’éventualité que la France reporte à 2017 l’objectif de 3 % de déficit vous inquiète-t-elle ?

Ce n’est pas cela qui m’inquiète, si les réformes structurelles qui génèrent de la croissance sont réellement, rapidement et complètement mises en œuvre. Quand j’apprends que la France envisage d’avancer par voie d’ordonnance pour aller plus vite, je m’en réjouis. Tout ce qui est de nature à accélérer la mise en œuvre de vraies réformes de fond va dans la bonne direction. Maintenant, il faut « délivrer », comme disent les Américains, c’est-à-dire passer des paroles aux actes.


La réforme de la gouvernance du FMI, qui permettrait de mieux prendre en compte les pays émergents, continue d’être rejetée par le Congrès américain. Comment espérez-vous débloquer la situation ?

Nous ne pouvons mettre en œuvre la réforme sans le Congrès américain. Cette réforme a pourtant été voulue par l’ensemble des pays du G20, et même ardemment poussée par les Etats-Unis en son temps. Nous devions la mettre en œuvre avant 2012 mais les Américains sont en retard de deux ans. Il y a un phénomène de lassitude à l’égard des Etats-Unis, qui disposent d’un droit de veto sur les réformes de gouvernance actuelles. Et cette lassitude n’émane pas que des pays émergents, croyez-moi !


Votre récente mise en examen par la Cour de justice de la République est-elle de nature à affaiblir votre position à la tête du FMI ou l’autorité du FMI sur les Etats ?

Le conseil d’administration du FMI représentant 188 pays m’a apporté un soutien total et sans équivoque. J’ai également reçu des messages chaleureux de la part de nombreux chefs d’Etat, ou de gouvernement, ainsi que d’anciens collègues. Si j’avais eu des doutes quant à ma capacité à assumer mes charges, ces marques de soutien les auraient dissipés et je suis totalement mobilisée pour accomplir ma mission à la tête du FMI. Mes avocats, eux, sont mobilisés pour actionner toutes les voies de recours.

 


 
Source : www.lesechos.fr

 

 

 

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