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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 13:32

 

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

 

Série : Les 70 ans de Bretton Woods, de la Banque mondiale et du FMI - Partie 2

La Banque mondiale au service des puissants dans un climat de chasse aux sorcières

22 juillet par Eric Toussaint

 

 


Contrairement à une idée reçue, la mission de la Banque mondiale ne consiste pas à réduire la pauvreté dans les PED. La mission que les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, principalement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, lui ont attribuée consiste à aider à la reconstruction de l’Europe et, subsidiairement, à favoriser la croissance économique des pays du Sud dont une bonne partie étaient encore des colonies. C’est cette dernière mission qu’on a appelée « développement » et qui a pris de plus en plus d’ampleur. La Banque prête d’abord de l’argent aux métropoles coloniales (Grande-Bretagne, France, Belgique) pour mieux exploiter leurs colonies, puis quand celles-ci obtiennent leur indépendance, la Banque mondiale leur impose d’assumer les dettes contractées par leurs ex-métropoles pour renforcer la colonisation et l’exploitation de leurs ressources naturelles et de leur peuple.

Au cours des dix-sept premières années de son existence, les projets soutenus par la Banque mondiale consistent à améliorer des infrastructures de communication et la production électrique. L’argent prêté par la Banque aux PED doit surtout être dépensé dans les pays industrialisés. Les projets soutenus doivent améliorer les capacités d’exportation du Sud vers le Nord afin de satisfaire les besoins de celui-ci et d’enrichir une poignée de sociétés transnationales des secteurs concernés. Durant cette période, les projets en matière d’enseignement, de santé, d’accès à l’eau potable et d’assainissement des eaux usées sont inexistants.

Dès les débuts, les missions de la Banque visent essentiellement à augmenter sa capacité à influencer les décisions prises par les autorités d’un pays donné dans un sens favorable aux grandes puissances actionnaires et à leurs entreprises.

La politique de la Banque mondiale évolue en réaction au danger de contagion révolutionnaire et à la guerre froide. Les enjeux politiques interpellent les responsables de la Banque : leurs débats internes démontrent qu’ils y répondent en fonction des intérêts de Washington ou d’autres métropoles industrialisées.

L’activité de la Banque mondiale commence véritablement en 1946. Le 18 juin de cette année-là, Eugene Meyer, éditeur du Washington Post, ancien banquier, entre en fonction en tant que premier président de la Banque. Il tiendra six mois.

Les débuts de la Banque sont en effet difficiles. L’hostilité de Wall Street n’a pas vraiment diminué depuis la mort de Franklin Roosevelt en avril 1945. Les banquiers n’ont pas confiance dans une institution qui, à leurs yeux, est encore trop influencée par la politique du New Deal trop interventionniste et trop publique. Ils auraient préféré que les Etats-Unis développent de manière exclusive l’Export Import Bank. Ils se réjouissent du départ d’Henry Morgenthau qui n’est plus secrétaire au Trésor |1|, ne sont pas spécialement opposés à Eugene Meyer, président de la Banque, mais n’apprécient pas du tout les partisans d’un contrôle public que sont Emilio Collado et Harry White, respectivement directeur exécutif à la Banque mondiale et au FMI.

Dès 1947, des changements à la direction de la Banque leur donnent satisfaction car un trio favorable à Wall Street tient dorénavant les rênes du pouvoir : John J. McCloy est nommé président de la Banque mondiale en février 1947, il est secondé par Robert Garner, vice-président, et Eugene Black prend la place d’Emilio Collado. Auparavant John J. McCloy était un grand avocat d’affaires à Wall Street, Robert Garner était vice-président de General Foods Corporation et Eugene Black, vice-président de Chase National Bank. Par ailleurs, au FMI, Harry White est limogé. Wall Street est tout à fait satisfait. Avec le départ forcé d’Emilio Collado et d’Harry White, disparaissent les derniers partisans d’une intervention et d’un contrôle publics sur les mouvements de capitaux. Les « affaires » peuvent commencer.

La chasse aux sorcières

La vie de la Banque mondiale et celle du FMI furent fortement influencées par la guerre froide et la chasse aux sorcières lancée aux Etats-Unis notamment par le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy. Harry White, père de la Banque mondiale et directeur exécutif des Etats-Unis au FMI, fait l’objet d’une investigation du FBI (Federal Bureau of Investigation) dès 1945 pour espionnage au profit de l’URSS |2|. En 1947, son cas est soumis au grand jury fédéral qui refuse d’entamer un procès.. En 1948, il est entendu par le Comité d’enquête contre les activités anti-américaines (Un-American Activities Committee). Victime d’une campagne hargneuse, il meurt d’une attaque cardiaque le 16 août 1948, trois jours après sa comparution devant le comité |3|. En novembre 1953, durant la présidence d’Eisenhower, le procureur général inculpe de manière posthume Harry White en tant qu’espion soviétique. Il accuse également le président Truman d’avoir désigné Harry White comme directeur exécutif au FMI en 1946 en sachant qu’il était un espion soviétique.

La chasse aux sorcières affecte également l’ensemble des Nations unies et de ses agences spécialisées car à la fin de son mandat, le 9 janvier 1953, le président Truman adopte un décret enjoignant au Secrétaire général des Nations unies et aux dirigeants des agences spécialisées de communiquer au gouvernement des Etats-Unis les informations concernant les candidatures introduites par des citoyens des Etats-Unis pour un emploi aux Nations unies. Les Etats-Unis se chargent de réaliser une investigation complète afin de détecter si cette personne est susceptible de se livrer à de l’espionnage ou à des actions subversives (telles « plaider la révolution pour altérer la forme constitutionnelle du gouvernement des Etats-Unis » |4|). A cette époque, le terme « un-american » est un euphémisme très courant pour caractériser un comportement subversif. Un élément subversif ne peut pas être embauché par l’ONU. L’immixtion des Etats-Unis dans les affaires intérieures de l’ONU est très poussée. En témoignent le ton et le contenu de la lettre envoyée par le secrétaire d’Etat J. F. Dulles de l’administration Eisenhower |5| au président de la Banque mondiale, Eugene Black : “ Le secrétaire d’Etat Dulles m’a demandé (écrit le sous-secrétaire d’Etat) de vous faire part de l’extrême importance qu’il accorde à l’obtention de la coopération totale de tous les responsables des agences spécialisées des Nations Unies dans l’exécution du décret présidentiel 10422. Il est persuadé que, sans cette pleine collaboration, les objectifs du décret ne pourront être atteints et que, sans cette condition, les Etats-Unis ne pourront pas continuer à soutenir ces organisations » |6|.

La Banque mondiale, pour prêter de l’argent à ses pays membres, doit commencer par emprunter à Wall Street sous la forme d’émission de bons d’emprunt |7|. Les banquiers privés exigent des garanties avant de prêter à un organisme public, d’autant qu’au début 1946, 87% des titres européens sont en défaut de paiement, de même que 60% des titres latino-américains et 56% des titres d’Extrême Orient |8|.

Avec le trio McCloy-Garner-Black aux commandes de la Banque, les banquiers privés délient un peu leur bourse car ils ont la garantie de récupérer la mise avec profit. Ils ne se trompent pas.

Au cours des premières années d’activité, la Banque prête principalement aux pays industrialisés d’Europe. Ce n’est que très timidement qu’elle se lance dans des prêts aux pays en développement. Entre 1946 et 1948, elle octroie des prêts pour un total d’un peu plus de 500 millions de dollars à des pays d’Europe occidentale (250 millions à la France, 207 millions aux Pays-Bas, 40 millions au Danemark et 12 millions au Luxembourg) tandis qu’elle n’octroie qu’un seul prêt à un pays en développement (16 millions au Chili).

La politique de prêt de la Banque mondiale à l’Europe va être bouleversée et réduite par le lancement du plan Marshall en avril 1948 car celui-ci dépasse de loin les possibilités de la Banque (voir partie 4 à venir). Pour la Banque, c’en est terminé de la partie « reconstruction » de son intitulé, seule la partie « développement » subsiste… Une des conséquences immédiates du lancement du Plan Marshall pour la Banque, c’est la démission un mois plus tard de son président, John J. McCloy, qui part en Europe pour occuper le poste de haut commissaire des Etats-Unis en Allemagne. Eugene Black le remplace et restera à ce poste jusqu’en 1962.

La révolution chinoise de 1949 fait perdre aux Etats-Unis un allié de taille en Asie et oblige les dirigeants de Washington à intégrer dans leur stratégie la dimension du « sous-développement » afin d’éviter la « contagion » communiste. Les termes du Point IV du discours du président Truman sur l’état de l’union de 1949 sont très éclairants : « Il faut lancer un programme audacieux pour soutenir la croissance des régions sous-développées… Plus de la moitié de la population mondiale vit dans des conditions voisines de la misère … Leur nourriture est insuffisante, elles sont victimes de maladie… Leur vie économique est primitive et stationnaire, leur pauvreté constitue un handicap et une menace, tant pour eux que pour les régions plus prospères… Les Etats-Unis doivent mettre à la disposition des peuples pacifiques les avantages de leur réserve de connaissance technique afin de les aider à réaliser la vie meilleure à laquelle ils aspirent… Avec la collaboration des milieux d’affaires, du capital privé, de l’agriculture et du monde du travail des Etats-Unis, ce programme pourra accroître grandement l’activité industrielle des autres nations et élever substantiellement leur niveau de vie… Une production plus grande est la clef de la prospérité et de la paix, et la clef d’une plus grande production, est la mise en œuvre plus large et plus vigoureuse du savoir scientifique et technique moderne… Nous espérons ainsi contribuer à créer les conditions qui finalement conduiront toute l’humanité à la liberté et au bonheur personnel… » |9|.

Dès la première page du rapport annuel de la Banque mondiale qui suit le discours du président Truman, la Banque annonce qu’elle appliquera l’orientation du Point IV du discours : « A la date de publication de ce rapport, toutes les implications du programme Point IV et la manière précise de sa mise en oeuvre ne sont pas encore tout à fait claires. Cependant, du point de vue de la Banque, ce programme est d’un intérêt vital. (…) Les objectifs fondamentaux de la Banque en ce domaine sont essentiellement les mêmes que ceux du programme Point IV » |10|.

On a l’impression de lire le compte-rendu d’une réunion de parti exécutant un ordre de son comité central. Ceci dit, ce quatrième rapport annuel écrit sous le double coup de la révolution chinoise et du discours de Harry Truman est le premier à relever que les tensions politiques et sociales causées par la pauvreté et par l’inégalité dans la distribution de la richesse sont un obstacle au développement. La mauvaise répartition des terres, son caractère inefficace et oppressif en sont également.

Le rapport déclare qu’il faut éradiquer des maladies comme la malaria |11|, augmenter le taux de la scolarisation, améliorer le service public de santé… Par ailleurs, souligne le rapport, le développement du Sud est aussi important pour les pays développés car leur expansion dépend des marchés que constituent les pays sous-développés.

Dans les rapports suivants, les thèmes sociaux disparaissent progressivement et une vision plus traditionnelle reprend le dessus.

De toute manière, la Banque mondiale ne met pas en pratique la dimension sociale du Point IV dans sa politique de prêts. Elle ne soutient aucun projet visant la redistribution de la richesse et l’attribution de terres aux paysans qui n’en ont pas. En ce qui concerne l’amélioration de la santé, de l’éducation, du système d’adduction d’eau potable, il faut attendre les années 1960 et 1970 pour voir la Banque soutenir certains projets et encore, avec la plus grande circonspection.

Quelques caractéristiques de la politique de prêts de la Banque

Coûts élevés pour les emprunteurs

Les prêts de la Banque mondiale aux pays en développement (PED) étaient très onéreux : taux d’intérêt élevé (équivalent à celui du marché ou proche de celui-ci) auquel s’ajoutait une commission pour ses frais de gestion, période de remboursement assez courte. Cela provoqua très rapidement les protestations des PED qui proposèrent que l’ONU mette en place un financement alternatif et moins coûteux que celui de la Banque mondiale (voir partie 3 à venir).

Aujourd’hui, la Banque prête à un taux proche de celui du marché aux PED dont le revenu annuel par habitant est supérieur à 965 dollars. A l’image d’une banque classique, elle prend soin de sélectionner les projets rentables, sans oublier d’imposer des réformes économiques draconiennes. L’argent prêté provient majoritairement de l’émission de bons d’emprunt sur les marchés financiers. La solidité de la Banque mondiale, garantie par les pays riches qui en sont les plus gros actionnaires, lui permet de se procurer ces fonds à un taux avantageux. Les remboursements se font sur une période comprise entre 15 et 20 ans, avec une période de grâce de trois à cinq ans pendant laquelle le capital n’est pas remboursé. Cette activité de prêt est très lucrative : la Banque mondiale réalise d’appréciables bénéfices, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars par an, sur le dos des pays en développement et de leurs populations |12|.

Pas un seul prêt pour une école jusqu’en 1962

La Banque mondiale prête pour des projets précis : une route, une infrastructure portuaire, un barrage, un projet agricole…

Au cours de ses dix-sept premières années d’activité, la Banque ne fait pas un seul prêt pour une école, pour un poste de santé, pour un système d’égout, pour l’adduction d’eau potable !

Au cours de ses dix-sept premières années d’activité, la Banque ne fait pas un seul prêt pour une école, pour un poste de santé, pour un système d’égout, pour l’adduction d’eau potable !

Jusqu’en 1962, tous les prêts, sans exception, sont destinés à des infrastructures électriques, à des voies de communication (routes, chemins de fer…), à des barrages, à la mécanisation de l’agriculture, à la promotion des cultures d’exportation (thé, cacao, riz…) ou, marginalement, à la modernisation d’industrie transformatrice.

Tourner les investissements vers l’exportation

Cela correspond à des priorités très claires : il s’agit d’augmenter la capacité des pays en développement d’exporter les matières premières, le combustible et les produits agricoles tropicaux dont les pays les plus industrialisés ont besoin.

L’analyse des projets acceptés ou refusés par la Banque mondiale indique de manière très claire qu’elle ne voulait pas soutenir, à quelques exceptions près, des projets industriels destinés à satisfaire la demande intérieure des pays en développement car cela diminuerait les importations en provenance des pays les plus industrialisés. Les exceptions concernent une poignée de pays stratégiquement importants et disposant d’une force de négociation réelle. C’était le cas de l’Inde.

L’argent prêté au Sud repart vers le Nord

La Banque mondiale prêtait de l’argent à condition qu’il soit dépensé par les PED sous forme de commandes de biens et de services aux pays les plus industrialisés. Comme le montrent les tableaux ci-dessous, au cours des dix-sept premières années, plus de 93% de l’argent prêté revenait chaque année dans les pays les plus industrialisés sous forme d’achats.

Répartition géographique des dépenses effectuées avec les sommes prêtées par la BM de 1946 à 1962

Source : Banque mondiale, Rapports annuels, 1946 à 1962

Ces données sont fournies par la Banque mondiale jusqu’en 1962. A partir de l’année suivante et jusqu’à aujourd’hui, ces données ne sont plus disponibles pour le public. L’explication en est simple : jusqu’en 1962, les pays riches qui dominent la Banque n’étaient pas du tout gênés de montrer que l’argent prêté leur revenait immédiatement. Au contraire, ils s’en vantaient pour montrer que la Banque leur profitait largement. Au fil du temps, de plus en plus de pays devenus indépendants ont adhéré à la Banque mondiale et il est devenu difficile de montrer dans le rapport public annuel de la Banque que ses activités bénéficiaient essentiellement à ses membres les plus riches.

Prêts odieux aux métropoles coloniales

Après dix ans d’existence, la Banque mondiale ne compte que deux membres en Afrique subsaharienne : l’Éthiopie et l’Afrique du Sud. En violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la Banque mondiale octroie des prêts à la Belgique, à la France, à la Grande Bretagne, pour financer des projets dans leurs colonies |13|. Comme le reconnaissent les historiens de la Banque : “ Ces prêts qui servaient à alléger la pénurie de dollars des puissances coloniales européennes, étaient largement destinés aux intérêts coloniaux, particulièrement dans le secteur minier, que ce soit par l’ investissement direct ou l’aide indirecte, comme pour le développement du transport et des mines » |14|. Ces prêts permettent aux pouvoirs coloniaux de renforcer le joug qu’ils exercent sur les peuples qu’ils ont colonisés. Ils contribuent à approvisionner les métropoles coloniales en minerais, en produits agricoles, en combustible. Dans le cas du Congo belge, les millions de dollars qui lui ont été prêtés pour des projets décidés par le pouvoir colonial ont presque totalement été dépensés par l’administration coloniale du Congo sous forme d’achat de produits exportés par la Belgique. Le Congo belge a reçu en tout 120 millions $ de prêts (en 3 fois) dont 105,4 millions $ ont été dépensés en Belgique |15|.

… légués comme un boulet aux jeunes nations indépendantes

Lorsque les colonies mentionnées plus haut accèdent à l’indépendance, les principaux actionnaires se mettent d’accord pour leur transmettre la charge de la dette contractée par le pouvoir colonial.

La preuve en est donnée par l’exemple de la Mauritanie. Le 17 mars 1960, la France se porte garante d’un prêt de 66 millions de dollars contracté par la Société anonyme des mines de fer de Mauritanie (MIFERMA). La Mauritanie est encore une colonie française pour très peu de temps puisque son indépendance sera proclamée le 28 novembre de la même année. Ce prêt doit être remboursé entre 1966 et 1975. Selon le rapport annuel de la Banque, six ans plus tard, la Mauritanie indépendante a une de dette de 66 millions de dollars envers elle |16|. Le prêt contracté sur demande de la France alors que la Mauritanie était sa colonie est devenu une dette de la Mauritanie quelques années plus tard. La Banque a généralisé ce procédé qui consiste à transférer la dette contractée par un pouvoir colonial au nouvel Etat indépendant.

Or un cas comparable s’est déjà présenté dans le passé et a été tranché par le Traité de Versailles. Lors de la reconstitution de la Pologne en tant qu’Etat indépendant après la première guerre mondiale, il a été décidé que les dettes contractées par l’Allemagne pour coloniser la partie de la Pologne qu’elle avait soumise ne seraient pas à charge du nouvel Etat indépendant. Le traité de Versailles du 28 juin 1919 stipulait : « La partie de la dette qui, d’après la Commission des Réparations, prévue audit article, se rapporte aux mesures prises par les gouvernements allemand et prussien en vue de la colonisation allemande de la Pologne, sera exclue de la proportion mise à la charge de celle-ci… » |17|. Le Traité prévoit que les créanciers qui ont prêté à l’Allemagne pour des projets en territoire polonais ne peuvent réclamer leur dû qu’à cette puissance et pas à la Pologne. Alexander-Nahum Sack, le théoricien de la dette odieuse, précise dans son traité juridique de 1927 : « Lorsque le gouvernement contracte des dettes afin d’asservir la population d’une partie de son territoire ou de coloniser celle-ci par des ressortissants de la nationalité dominante, etc., ces dettes sont odieuses pour la population indigène de cette partie du territoire de l’Etat débiteur » |18|. Cela s’applique intégralement aux prêts que la Banque a octroyés à la Belgique, à la France et à la Grande Bretagne pour le développement de leurs colonies. En conséquence, la Banque agit en violation du droit international en faisant porter aux nouveaux Etats indépendants la charge de dettes contractées pour les coloniser. La Banque en connivence avec ses principaux actionnaires coloniaux et avec la bénédiction des Etats-Unis a posé un acte qui ne peut rester impuni. Ces dettes sont frappées de nullité et la Banque doit rendre compte de ses actes à la justice. Les Etats qui ont été victimes de cette violation du droit devraient exiger des réparations et utiliser les sommes en question pour rembourser la dette sociale due à leur peuple |19|.

Les missions de la Banque mondiale

La Banque mondiale affectionne d’envoyer des spécialistes en mission dans certains pays membres. Au cours des vingt premières années, il s’agit dans la plupart des cas de spécialistes des Etats-Unis.

Au départ, le pays « test » le plus visité est incontestablement la Colombie. C’est un pays clé du point de vue des intérêts stratégiques des Etats-Unis. Une des priorités de Washington est d’éviter que la Colombie ne bascule dans le camp soviétique ou dans la révolution sociale.

Dès 1949, la Banque envoie en Colombie une mission très fournie, composée d’experts de la Banque, du FMI, de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). Il s’agit d’étudier les besoins et de déterminer une stratégie globale de développement pour le pays. Les projets concrets soutenus par la Banque concernent l’achat aux Etats-Unis de 70 bulldozers, de 600 tracteurs et de l’équipement de trois centrales hydroélectriques ! En 1950, on apprend que le gouvernement colombien étudie le rapport établi par la Commission de la Banque afin de formuler un programme de développement sur cette base. Et l’année suivante, en 1951, une commission d’experts indépendants colombiens termine l’élaboration d’un tel programme de développement, que le gouvernement applique : réforme budgétaire et bancaire ; réduction et assouplissement des restrictions à l’importation ; assouplissement des contrôles de change ; adoption d’une attitude libérale et incitative à l’égard des capitaux étrangers.

Des consultants désignés conjointement par la Banque et le gouvernement colombien élaborent également des propositions concernant les chemins de fer, l’aviation civile, l’investissement industriel et l’émission de titres de la dette publique. Un conseiller économique nommé par la Banque a été engagé par le National Board of Economic Planning de Colombie. Dans le rapport annuel de 1953, on apprend la mise en place d’instances de planification. Laissons la parole à un des pontes du FMI, Jacques Polack |20|, à propos de sa participation à une mission en Colombie : « Les instructions verbales que j’ai reçues en tant que responsable de la mission de 1955 du FMI en Colombie, formulées dans une réunion entre le vice président de la Banque et le directeur exécutif du Fonds (…), disaient clairement, dans le langage vigoureux de l’époque, : ‘Vous leur tordez le bras droit et nous leur tordrons le gauche |21|’ ».

On le voit, en général, ces missions visent essentiellement à augmenter la capacité de la Banque (et d’autres institutions, en particulier le FMI) à influencer les décisions prises par les autorités d’un pays donné dans un sens favorable aux grandes puissances actionnaires et à leurs entreprises.

La politique de la Banque mondiale évolue en réaction au danger de contagion révolutionnaire et à la guerre froide

En 1950, le camp allié aux Etats-Unis dans la Banque mondiale expulse de fait la Chine qui est passée en 1949 du côté communiste et attribue son siège au gouvernement anticommuniste du général Tchang Kai Chek installé sur l’île de Taiwan |22|. Afin d’éviter la contagion au reste de l’Asie, différentes stratégies seront utilisées et certains pays clés feront l’objet d’une intervention systématique de la Banque mondiale. C’est le cas de l’Inde |23|, du Pakistan, de la Thaïlande, des Philippines, de l’Indonésie. Jusqu’en 1961, la Banque ne sera pas autorisée à s’occuper de la Corée du Sud qui constitue un domaine exclusivement réservé aux Etats-Unis.

La Pologne et la Tchécoslovaquie qui adhèrent au bloc soviétique, quittent très vite la Banque |24|. La Yougoslavie, qui est expulsée du camp soviétique, reçoit par contre un soutien financier de la Banque.

L’année 1959 commence par un énorme ouragan révolutionnaire qui secoue les Amériques : la victoire de la révolution cubaine au nez et à la barbe de l’oncle Sam |25|. Washington est obligé d’accorder des concessions aux gouvernements et aux peuples d’Amérique latine pour tenter d’éviter que la révolution ne se propage comme une traînée de poudre vers d’autres pays.

L’historien de la Banque, Richard Webb, ex-président de la Banque Centrale du Pérou, a bien pris la mesure du phénomène : “ Entre 1959 et 1960, l’Amérique latine a reçu tout le bénéfice de la révolution cubaine. Les premiers effets sont apparus avec la décision d’établir une banque interaméricaine de développement et de répondre - après une longue résistance - aux demandes latino-américaines de stabilisation des prix des matières premières, un accord sur le café est ainsi signé en septembre 1959. L’aide a augmenté au début de l’année 1960 après les expropriations massives à Cuba, le pacte commercial de l’île avec l’URSS et le voyage d’Eisenhower en Amérique latine. ‘ A mon retour’, écrit-il, ‘ j’avais l’intention de mettre en place des mesures historiques visant à mettre en oeuvre des réformes sociales bénéficiant à tous les peuples de l’Amérique latine’ » |26|.

Le président D. Eisenhower ajoute : “ On se trouvait sans cesse confronté à la question de ce qu’on pouvait faire à propos du ferment révolutionnaire dans le monde. (…) Il fallait de nouvelles mesures politiques qui s’attaqueraient à la racine du problème, le bouillonnement révolutionnaire. (…) Une suggestion était (…) d’augmenter le salaire des enseignants et de mettre sur pied des centaines d’écoles professionnelles. (…) Il nous fallait nous-mêmes écarter certaines vieilles idées (…) pour empêcher le Monde Libre de partir en flammes » |27|.

L’historien de la Banque, Richard Webb poursuit : « En avril, le secrétaire d’Etat, Christian A. Herter a informé l’Union pan-américaine d’un grand changement dans la politique étrangère américaine vis-à-vis de l’Amérique latine y compris une décision de soutenir la réforme agraire. Dillon a, en août, présenté un nouveau programme d’aide au Congrès qui demandait à la Banque interaméricaine de développement un financement de 600 millions de dollars de prêts à taux concessionnels et qui mettait l’accent sur les dépenses sociales pour répondre aux inégalités de revenus et aux institutions dépassées représentant deux sérieux obstacles au progrès. La loi est rapidement entrée en application.

La perception de la crise dans la région a continué en 1961 et Kennedy a franchi un degré supplémentaire dans la réponse : ‘ Avec Berlin, c’est la région la plus critique. (…) Le prochain coup pourrait venir de n’importe quel coin de la région. (…) Je ne sais pas si le Congrès me soutiendra mais il serait grand temps alors qu’ils sont tous complètement effrayés à l’idée que Castro réussisse à propager la révolution dans tout l’hémisphère’ [28].En mars 1961, Kennedy a demandé qu’on réagisse pour empêcher le chaos en Bolivie. Son gouvernement a décidé de ne pas prendre en compte les demandes du Fonds monétaire international et du département d’Etat qui voulaient appliquer à la Bolivie un paquet de mesures d’austérité anti-inflationnistes et au lieu de cela, d’offrir une aide économique immédiate. (…) ‘Les choses étaient suffisamment sombres sans encore demander davantage de sacrifices à ceux qui n’avaient rien à donner’ |28|. Une semaine plus tard, Kennedy annonçait l’Alliance pour le Progrès avec l’Amérique latine, un programme de dix ans pour la coopération et le développement qui mettait l’accent sur les réformes sociales avec une aide massive pour les pays qui ‘ y mettait du leur’ » |29|.

L’annonce de grandes réformes n’empêche pas la Banque et les Etats-Unis de soutenir des régimes dictatoriaux et corrompus comme celui d’Anastasio Somoza au Nicaragua. En voici un exemple. Le 12 avril 1961, alors que cinq jours plus tard, les Etats-Unis allaient lancer une expédition militaire contre Cuba à partir du territoire nicaraguayen |30|, la direction de la Banque décide d’octroyer un prêt au Nicaragua en sachant parfaitement que l’argent servira à renforcer la puissance économique du dictateur. Cela fait partie du prix à payer pour son soutien à l’agression contre Cuba. Ci-dessous un extrait du compte-rendu officiel interne de la discussion entre dirigeants de la Banque, ce 12 avril 1961 |31| :

- M. [Aron] Broches. J’apprends que la famille Somoza est partout et qu’il serait difficile de trouver quoi que ce soit au Nicaragua sans tomber sur eux.

- M. [Robert] Cavanaugh. Je ne voudrais pas avoir l’air de promouvoir un accord qui demanderait au peuple de vendre des terres convoitées par le président.

- M [Simon] Cargill. Si le projet en lui-même est satisfaisant, je ne pense pas que l’intérêt du président pose un problème tel qu’il faille l’abandonner.

- M Rucinski. Je suis d’accord qu’il est trop tard pour faire marche arrière.

- M. Aldewereld. Le problème de la propriété des terres et de la famille Somoza est malencontreux mais nous le savions depuis le début et il est trop tard pour en discuter maintenant.

Quelques mois plus tard, en juin 1961, les mêmes dirigeants de la Banque débattent d’un prêt à accorder à l’Equateur. Le contenu de la discussion est révélateur des enjeux politiques globaux qui motivent l’action de la Banque |32| :

- “M. Knapp. L’Equateur semble être le prochain pays à devenir “fideliste”. (…) Quel risque politique pose la population indienne invisible qui représente la moitié ou les deux tiers du pays, et qui est encore complètement en dehors de la situation politique et économique ?

- M. [John] de Wilde. L’Equateur a eu un bon parcours. Ne serait-ce pas le moment opportun pour les agences (…) comme la Banque de se manifester (…) afin (…) d’éviter une détérioration de la situation politique ?

- M. Knapp. (...) Ça, c’est le genre de basses œuvres que les Etats-Unis doivent accomplir .

- M. Broches. Où se place l’Equateur par rapport à l’indice de l’injustice sociale auquel se réfère M. Kennedy ?

- M [Orvis] Schmidt. S’il y a de grandes disparités dans la distribution de la richesse en Equateur, celles-ci sont moindres que dans d’autres pays d’Amérique latine. (…) Les Indiens dans la montagne sont encore tranquilles, bien que le gouvernement n’ait pas vraiment fait grand’ chose pour eux.

- M. Demuth. Si l’on regarde les pays féodaux d’Amérique latine, (…) il faut être réaliste et se rendre compte que des révolutions vont avoir lieu. On ne peut qu’espérer que les [nouveaux gouvernements] vont honorer les obligations de leurs prédécesseurs.

- M. Alderweredl. Le colonialisme est certainement mauvais en Equateur (…) même (…) pire qu’en Extrême Orient. Il va se passer quelque chose de violent. (…) Je crois que nos projets doivent servir à réduire les pressions internes. (…) Je suis d’accord que l’on pourrait accorder plus de crédits de l’agence internationale de développement pour pallier les risques politiques.

- M. Knapp. (...) Mais les risques politiques conduisent à des défauts de paiement.

On ne peut être plus clair…


Partie 1
Partie 2

Notes

|1| Henry Morgenthau, très proche de Franklin Roosevelt, est entré en conflit avec son successeur, le président Truman, avant la conférence de Potsdam de juillet 1945. Il a alors démissionné.

|2| D’après R. Oliver, Harry White était politiquement progressiste, sympathisait avec la cause des ouvriers dans le monde et fréquentait des communistes. Voir Oliver, Robert W. 1975. International Economic Co-operation and the World Bank, pp. 81-85.

|3| Au cours de cette séance, il a eu un premier malaise cardiaque.

|4| « Advocacy of revolution … to alter the constitutional form of government of the United States ». Executive Order 10422 of Jan. 9, 1953. Part II. 2. c.

|5| Le général et homme politique républicain Dwight D. Eisenhower succède à Harry Truman en janvier 1953 en tant que président des Etats-Unis. Il est réélu en 1957 et termine ce deuxième mandat en 1961.

|6| Letter, John D. Hickerson, assistant secretary of state, to President Eugene Black, 21 février 1953 in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 1173.

|7| A partir de 1953, la Banque mondiale ne se limite plus à emprunter aux Etats-Unis, elle émet aussi des titres en Europe, puis au Japon. Dans les années 1970, au moment de l’augmentation du prix du pétrole, elle emprunte également au Venezuela et dans les pays arabes producteurs de pétrole.

|8| Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 917.

|9| Extraits du texte du point IV traduit et présenté par G. Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 1996, pp. 116-121. Les autres points concernaient le soutien au système des Nations unies, la création de l’OTAN et le lancement du Plan Marshall.

|10| IBRD (World Bank), Fourth Annual Report 1948-1949, Washington DC, 58 p.

|11| Près de soixante ans plus tard, la Banque mondiale est toujours investie dans l’éradication de la malaria qui est une maladie mortelle des pauvres. Voir Castro Julie, Millet Damien., “Malaria and Structural Adjustment : Proof by Contradiction”, in Boete Christophe, Genetically Modified Mosquitoes for Malaria Control, Landes Bioscience, 2006.

|12| Au contraire, le guichet concessionnel de la Banque mondiale, nommé AID – voir chapitre suivant – et réservé aux pays les plus pauvres, leur prête des sommes provenant des pays riches et des pays endettés auprès de la BIRD à un taux d’intérêt inférieur à celui du marché (de l’ordre de 0,75 %) sur de longues durées (entre 35 et 40 ans en général, avec un différé initial de 10 ans).

|13| Les colonies concernées par les prêts de la Banque mondiale sont pour la Belgique, le Congo belge, le Rwanda et le Burundi ; pour la Grande Bretagne, l’Afrique de l’Est (comprenant le Kenya, l’Ouganda et la future Tanzanie), la Rhodésie (Zimbabwe et Zambie) ainsi que le Nigeria auxquels il faut ajouter la Guyane britannique en Amérique du Sud ; pour la France, l’Algérie, le Gabon, la Mauritanie, l’Afrique occidentale française (Mauritanie, Sénégal, Soudan français - devenu Mali, Guinée, Côte d’Ivoire, Niger, Haute-Volta - devenue Burkina Faso, Dahomey - devenu Bénin).

|14| Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 687.

|15| Le fait que la Belgique soit bénéficiaire des prêts au Congo belge peut être déduit d’un tableau publié dans le quinzième rapport de la Banque mondiale pour l’année 1959-1960. IBRD (World Bank), Fifteenth Annual Report 1959-1960, Washington DC, p. 12.

|16| IBRD (World Bank), Fifteenth Annual Report 1959-1960, Washington DC, p. 52 ; IBRD (World Bank), Fifteenth Annual Report 1965-1966, Washington DC, p. 79.

|17| Cité par Sack, Alexander Nahum. 1927. Les Effets des Transformations des Etats sur leurs Dettes Publiques et Autres Obligations financières, Recueil Sirey, Paris, p. 159.

|18| Sack, Alexander Nahum. 1927. p. 158.

|19| Les réparations devraient être exigées des anciennes puissances coloniales via la Cour de Justice internationale de La Haye. A noter par ailleurs que tant que les agences de l’ONU, dont la Banque mondiale fait partie, continueront à bénéficier de l’immunité et tant que les statuts de la Banque ne seront pas modifiés, des Etats membres de la Banque peuvent difficilement aller en justice contre celle-ci. Par contre, des associations citoyennes représentant les victimes peuvent traîner la Banque en justice soit dans leur pays soit dans un pays où la Banque dispose d’une représentation ou là où elle a émis des emprunts. Ce point est développé dans le livre Banque Mondiale : Le Coup d’Etat Permanent.

|20| Jacques Polack a participé en 1944 à la conférence de Bretton Woods, il a été le directeur du département des études du FMI de 1958 à 1980. Ensuite, il a siégé à la direction du FMI en tant que directeur exécutif pour les Pays-Bas (1981-1986).

|21| Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, p. 477.

|22| Cela durera jusqu’en 1980, année du retour de la Chine à la Banque mondiale et au FMI. A l’ONU, cette situation durera jusqu’en 1971.

|23| Voir Millet Damien, Toussaint Eric, « Inde, 60 ans après les luttes pour l’indépendance, à quand une nouvelle libération ? », in Les Tsunamis de la dette, 2005, chapitre 4.

|24| La Pologne se retire de la Banque mondiale en mars 1950 et la Tchécoslovaquie en décembre 1954. La Banque avait refusé de leur attribuer le moindre prêt.

|25| La Havane est distante d’environ deux cents kilomètres des côtes des Etats-Unis qui contrôlaient de fait Cuba depuis 1898.

|26| Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 163.

|27| D. Eisenhower, Waging Peace, pp. 530 - 537

|28| Ibid., p. 153. Dans son discours, Kennedy dresse des analogies avec le Plan Marshall.

|29| Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p 163-164

|30| L’expédition a eu lieu le 17 avril 1961. Il s’agit du débarquement de plus de 1 500 mercenaires anticastristes dans la Baie des Cochons à Cuba. Cette expédition fut un fiasco monumental.

|31| Ce texte est tiré de Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 165

|32| Ce texte est tiré de Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 166.

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 13:24

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Les préparations naturelles ne sont plus considérées comme des pesticides

par Sophie Chapelle 22 juillet 2014

 

 

Un pas vient d’être franchi à l’Assemblée nationale pour faciliter le passage à une agriculture sans pesticides. Les préparations naturelles dites « peu préoccupantes » (PNPP), comme le purin d’ortie, de prêle mais aussi l’argile ou le vinaigre blanc, ne seront plus soumises aux mêmes règles que les substances chimiques de synthèse. Un régime simplifié pour l’utilisation et la commercialisation de ces préparations vient ainsi d’être reconnu par la Loi d’avenir agricole, examinée à l’Assemblée nationale le 9 juillet. « A l’heure où ce texte de loi veut promouvoir des systèmes moins consommateurs de pesticides, il eut été pour le moins incompréhensible que des méthodes alternatives simples et naturelles ne trouvent pas leur place », se réjouit Brigitte Allain, députée écologiste de Dordogne.

La liste des PNPP entrant dans la catégorie intitulée « biostimulants » doit encore être définie par voie réglementaire, autrement dit par le ministère de l’Agriculture. Les militants de l’Aspro-PNPP, association qui promeut ces préparations, assurent qu’elle veillera « à ce que les décisions qui seront prises permettent réellement la commercialisation et l’utilisation des PNPP ». Ces dernières années, des agriculteurs, des jardiniers, des élus et des consommateurs ont multiplié les actions civiques en épandant symboliquement sur les places publiques des préparations à base d’extraits végétaux (voir ici et ). Une caravane pour la défense de l’agroécologie paysanne a également sillonné les routes françaises en mai dernier, pour alerter les députés et sénateurs sur les lourdeurs réglementaires encadrant ces préparations. L’amendement concernant les PNPP a été adopté après le passage en deuxième lecture au Sénat le 18

juillet.

 

 

Lire également : Agriculture bio, semences, emplois, pesticides, fermes usines… Ce que propose la loi d’avenir agricole

 


Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 13:19

 

Source : www.mediapart.fr

 

Au Mexique, Coca-Cola et Nestlé risquent une amende pour leurs publicités

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Le gouvernement mexicain veut infliger des amendes à Coca-Cola, PepsiCo, Hershey's, Nestlé et à une filiale locale d'Unilever, pour violation de la nouvelle réglementation des publicités sur les aliments encourageant l'obésité chez les jeunes.

Le Mexique veut supprimer les publicités pour les aliments encourageant l'obésité chez les jeunes. D'ici une semaine, une nouvelle loi interdira les spots publicitaires de confiseries ou de sodas avant les programmes de télévision et les films au cinéma destinés aux enfants. Dans le viseur de la justice, Nestlé, PepsiCo, Coca-Cola, Hershey's et Holanda ne respecteraient pas ces nouvelles restrictions. 

Ces entreprises risquent des amendes allant de 10 000 à 85 000 dollars, qui devraient être fixées d'ici deux à trois semaines. Il s'agirait des premières amendes infligées à une entreprise depuis que le gouvernement mexicain a décidé le 15 juillet dernier de restreindre les publicités, afin de lutter contre le surpoids et l'obésité qui touchent 30 % des enfants du pays.  

Ce n'est pas la première loi visant à lutter contre l'obésité au Mexique. Une réforme fiscale adoptée fin octobre a augmenté l'impôt sur les aliments hautement caloriques de 8 % et mis en place un prélèvement d'un peso (0,06 euro) par litre de boisson sucrée vendu.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 13:01

 

Source : www.mediapart.fr

 

Une nouvelle forme de "tracking" sur Internet

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

 

Un nouvel outil a été créé pour traquer l'empreinte de notre ordinateur sur Internet afin de proposer de la publicité au contenu adapté. 

Une nouvelle méthode développée par Addthis permet de créer une empreinte pour chaque ordinateur, raconte le site Pro Publica. Le principe est simple : en arrivant sur un site web, un navigateur demande à votre ordinateur de dessiner une image qui correspond à un certain nombre de caractéristiques propres et uniques à votre ordinateur, comme par exemple le paramétrage de l'horloge, de la police d'écriture ou de l'installation de certains logiciels. Cette nouvelle méthode s'appelle le "canvas fingerprinting". Encore en développement, elle est censée « remplacer les cookies » qui traquent déjà la navigation sur le Web. Il est possible de désinstaller cette fonctionnalité sur le lien suivant. La liste complète des sites qui utilisent cette technologie est consultable ici.

Article à découvrir (en anglais) sur le site de Pro Publica.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 20:57

 

Source : zad.nadir.org

 

 

Infos du 21 au 29 juillet

mardi 22 juillet 2014, par zadist

 

 


Tant que la situation est calme, on continue les infos régulières sur un rythme plus détendu d’un article par semaine, mis à jour tous les 2-3 jours. Si quelque chose s’accélère, on donnera de nouveau les nouvelles en temps réel. écoutez les nouvelles transmises par radio klaxon en streaming.

Si vous voyez des mouvements de police anormaux autour de la zone, contactez-nous ! sur le numéro d’urgence au 06.43.92.07.01.


[ZAD AntiRep NDDL]
Actuellement deux personnes sont en prison suite à la manif’ du 22 février : E. purge une peine de 1 an, puis S. de 4 mois.
Pour leur écrire du courrier ou les soutenir financièrement, contactez le Comité de Soutien aux Inculpé-e-s à l’adresse suivante : Le Gué - 44220 Couëron.
Pour plus de précisions, lire l’article Comment soutenir les camarades incarcérés.

Pas de rassemblement prévu devant le tribunal de Nantes cette semaine ...
ce qui n’empêche pas d’être solidaire avec celleux qui font face à la justice et la police !


Appel à matos et connaissances

- Nos potagers regorgent de courgettes. Comme on a pas envie des les perdre, on voudrait pouvoir les transformer en revigorante soupes que l’on pourra apprécier avec délices à l’automne et pourquoi pas jusqu’à l’hiver si on en fait assez. Mais pour ça on a besoin de contenant :
Si vous avez des bocaux qui trainent dans votre grenier, placard ou cave, si vous êtes gros-se consommateur-trice de jus de fruits (ceux dans une bouteille en verre à ouverture large) et que vous ne réutilisez pas les bouteilles, vous pouvez nous les apporter aux Fosses noires ou au Dôme (au fond du champ Rouge et Noir à gauche de la grande serre), on sera ravi des le remplir !

- On est quelques-un-e-s à avoir aussi envie de nous lancer dans l’aventure de "Fabrique tes pâtes toi même", si vous savez où on peut trouver du matériel pour faire ça en moyenne quantité et surtout si vous avez déjà mis en place des installations pour faire du séchage Do It Yourself et que vous avez envie de partager ça, bienvenue également au Dôme ou aux Fosses Noires.

- à la Wardine, l’aménagement de la salle polyvalente va commencer : si vous avez des miroirs, de quoi faire une piste de danse ou d’autres trucs utiles comme ça, n’hésitez pas !

- et pour le hangar du Rosier, on cherche du gravat...


Samedi 26 juillet

- un autre mail en solidarité avec greg (voir rubrique répression pour toutes les infos), qui s’est heureusement échappé d’une des machines de répression de l’état que certaines appellent "la justice".

- Une lettre ouverte qui nous avons reçu, envoyé a l’acipa en solidarité contre la répression

- Des infos sur le festival Nuck Off le 5 & 6 septembre : a lire ici

- Depuis la Sexta : Gaza vit et résiste !

Jeudi 24 juillet

- Hier des occupant-es se sont réuni-es pour écrire une petite bafouille en réponse au "communiqué d’un évadé". Illes y rappellent leur soutien à Greg et à sa décision de se soustraire à la justice et invitent largement à développer les gestes de solidarité.

Communiqué d’un évadé et réponse ouverte d’occupant-es

- L’Obslab continue sa réflexion sur la justice et à la police nantaises.


Mercredi 23 juillet

- Le week-end dernier, le collectif alsacien a oeuvré pour la convergence des luttes : Alsace : la Convergence des luttes est une évidence !

- pour celleux qui sont du côté de Nantes : le Collectif 44 pour une Paix Juste et Durable entre israéliens et palestiniens appelle à un rassemblement ce mercredi 23 juillet à 18h00 à NANTES, au carrefour : Cours des 50 otages/Barillerie (lieu habituel) sur deux thèmes :

  • Les atteintes à la liberté d’expression (après les interdictions sur Paris, Nice...)
  • Notre soutien à la population de Gaza et au peuple palestinien car l’agression israélienne fait de nombreuses victimes à Gaza. On ne peut baisser les bras. Les palestiniens comptent sur les citoyens du monde.

Mardi 22 juillet

- La bonne nouvelle du jour, certainement à prendre avec des pincettes ... c’est que "Vinci est passé à autre chose" ...

- La mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a beaucoup trop d’autres choses à son programme ...

- On nous signale le retour de flics sur le parking de l’ibis de Ragon

- côté (anti)répression :

  • un texte sur les dossiers à trous présentés devant le tribunal ( article de médiapart en Pdf ci-dessous)
    PDF - 124.1 ko
  • plusieurs dates pour échanger et s’organiser : le 28 juillet à Reillanes, le 20 septembre à Nantes
  • des témoignages de la manif parisienne de solidarité avec les palestinien-ne-s et des méthodes policières à lire ici et

- à lire à la plage :

- et sinon, avec l’été, c’est le retour des légumes divers et variés au non-marché, tous les vendredis de 17h à 19h au Carrefour de la Saulce !

Documents joints

 

Source : zad.nadir.org

 

 

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 17:53

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

En vidéo 22/07/2014 à 11h58

Retrouvez « Juifs et musulmans - si loin, si proches » en accès gratuit

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

 

 

 

En ces jours de grande confusion, nous avons eu envie de vous permettre de vous (re)plonger dans « Juifs et musulmans - si loin, si proches », une remarquable série documentaire diffusée en octobre dernier sur Arte.

Pendant 48 heures, vous pouvez accéder gratuitement aux épisodes 1 (« Les Origines ») et 3 (« La Séparation »).

Histoire de ne pas laisser quelques décennies de conflit occulter dans les mémoires treize siècles pendant lesquels juifs et musulmans ont vécu une histoire commune, parfois dans l’harmonie, le plus souvent dans la paix.

 

 

 

 

 

Dans les commentaires, ensuite, vous pourrez partager vos découvertes et vos étonnements. Bon visionnage !

Infos pratiques
« Juifs et musulmans : si loin, si proches » (4x52’)
Une série documentaire réalisée par Karim Miské

Série écrite par Karim Miské, Emmanuel Blanchard et Nathalie Mars. Direction éditoriale : Sylvie Jézéquel. Réalisateur de l'animation : Jean-Jacques Prunès. Une coproduction Compagnie des phares et balises - Arte France © ARTE France – France Télévisions – Compagnie des phares et balises – Vivement lundi  ! – 2013

Coffret DVD disponible à la vente

Episodes 2 & 4 disponibles en VOD sur Arte +7

 

Aller plus loin

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 


 

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 17:25

 

Source : www.mediapart.fr

 

Les socialistes préparent l’omerta sur la vie des affaires

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

Le groupe socialiste a déposé le 16 juillet sur le bureau de l'Assemblée une proposition de loi instaurant un délit de violation du secret des affaires. Même si ses concepteurs le démentent, cette réforme constituerait une menace sur le droit à l'information et les lanceurs d'alerte.

C’est une proposition de loi liberticide que les députés du groupe socialiste ont déposée le 16 juillet 2014, sur le bureau de l’Assemblée nationale : sous le prétexte de lutter conte l’espionnage dont les entreprises peuvent être victimes et de défendre leurs intérêts économiques, le texte, qui est une variante de la réforme envisagée par la droite sous Nicolas Sarkozy, constituerait, s’il était adopté – et même si ses auteurs s’en défendent –, une grave menace pour la liberté de la presse, et pour les lanceurs d’alerte ayant connaissance de dérives au sein d’un établissement industriel ou d’un groupe financier. Alors que dans le monde entier, de nombreuses grandes démocraties entérinent des législations progressistes pour accroître la transparence sur les questions d’intérêt public, la France avance, elle, à reculons, et protège le vieux capitalisme opaque qui est, de longue date, l’un de ses signes distinctifs.

Cet inquiétant projet visant à organiser l’omerta sur la vie des affaires n’est, certes, pas récent. Voilà des lustres que le patronat et les milieux financiers parisiens en rêvent. Faute d’obtenir la dépénalisation de la vie des affaires qu’ils ont longtemps espérée, ils ont fait de cette réforme visant à instaurer un délit de violation du secret des affaires l’un de leurs chevaux de bataille. Et sous le quinquennat précédent, celui de Nicolas Sarkozy, la croisade a bien failli aboutir. Comme l’a fréquemment chroniqué Mediapart (lire en particulier Une proposition de loi pour organiser l’omerta sur l’économie), un élu de l’UMP, Bernard Carayon, s’est longtemps fait remarquer en bataillant pour obtenir une telle loi sur le secret des affaires. Après avoir écrit un rapport en 2003 (on peut le télécharger ici), à la demande du premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, il a souvent mené campagne pour l’adoption de dispositions liberticides, protégeant les entreprises de la curiosité légitime des citoyens et donc des journalistes.

Et il a été à deux doigts d’y parvenir. Le 23 janvier 2012, l’Assemblée nationale a en effet voté, avec les seules voix des députés de l’UMP, une proposition de loi dont il avait pris l’initiative, avec le soutien du ministre de l’industrie de l’époque, Éric Besson, et qui avait pour objet d’instaurer un nouveau délit, celui de violation du secret des affaires. Rendant compte de cette délibération des députés (lire L’Assemblée nationale vote l’omerta sur les entreprises), ma consœur de Mediapart en pointait tous les dangers. Elle signalait d’abord que la notion même de secret des affaires, telle qu’elle était définie dans la proposition de loi, était dangereusement extensive.

Ce secret des affaires était en effet ainsi défini : « Constituent des informations protégées relevant du secret des affaires d’une entreprise, quel que soit leur support, les procédés, objets, documents, données ou fichiers, de nature commerciale, industrielle, financière, scientifique, technique ou stratégique, ne présentant pas un caractère public, dont la divulgation non autorisée serait de nature à compromettre gravement les intérêts de cette entreprise en portant atteinte à son potentiel scientifique et technique, à ses positions stratégiques, à ses intérêts commerciaux ou financiers ou à sa capacité concurrentielle, et qui ont, en conséquence, fait l’objet de mesures de protection spécifiques destinées à informer de leur caractère confidentiel et à garantir celui-ci. »

Pour mémoire, cette proposition de loi de Bernard Carayon peut être téléchargée ici ou consultée ci-dessous :

Du même coup, c’est le droit à l’information des citoyens qui s’en trouvait menacé. Et ma consœur le montrait également, en s’interrogeant sur les enquêtes que Mediapart n’aurait pas pu publier dans le passé, sans enfreindre la loi, si une telle législation répressive avait à l’époque existé. Au diable l’enquête sur le scandale Adidas-Crédit lyonnais ! À la poubelle, les enquêtes sur les ramifications luxembourgeoises du groupe Bolloré ! À la poubelle aussi, nos enquêtes sur toutes les dérives de ce qu’il est convenu d’appeler le « private equity », c’est-à-dire le secteur particulièrement opaque des fonds d’investissement qui spéculent sur le dos des PME non cotées ! Et à cette liste d’entreprises dont il serait devenu défendu de parler, il aurait fallu bien d’autres noms : Elf, Vivendi, BNP Paribas… Au diable, en somme, l’investigation économique indépendante qui, en France, n’est pourtant guère florissante…

Les journalistes sommés d'être « de bons patriotes »

Les sanctions prévues par cette proposition de loi étaient en effet très lourdes. « Le fait de révéler à une personne non autorisée à en avoir connaissance, sans autorisation de l’entreprise (…) une information protégée relevant du secret des affaires (...) est puni d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende », prévoyait le texte. Et Bernard Carayon ne manquait jamais une occasion de rappeler que les journalistes devraient bientôt se dispenser d’être trop curieux.  Dans un entretien au Nouvel Observateur, il faisait en effet valoir que « les professionnels de l'information [seraient] appelés à être aussi de bons patriotes »

Mais pendant un temps, on a pu penser que les choses allaient en rester là. Pour le plus grand déplaisir de ces milieux d’affaires, mais pour la plus grande satisfaction des citoyens attachés à l’indispensable transparence sur les sujets d’intérêt public. L’élection présidentielle a, en effet, monopolisé toutes les attentions. Et le débat parlementaire autour de cette sulfureuse proposition n’a pas dépassé l’examen du texte en première lecture devant l’Assemblée.

Résultat : après l’élection présidentielle et l’accession de François Hollande à l’Assemblée, la réforme a paru définitivement enterrée. Cela semblait d’autant plus probable que, dans les mois précédent le scrutin, la proposition de Bernard Carayon avait déchaîné une vive polémique. Tous les syndicats de journalistes l’avaient dénoncé. Même l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), qui n’est pourtant pas réputée pour être rebelle, avait dit son indignation par la bouche de son président, Serge Marti : « Il est à craindre que quelques scandales récents (Mediator, implants mammaires…) n'auraient pas éclaté avec une telle loi », s’était-il à juste titre insurgé.

Mais voilà ! En ce domaine comme en tant d’autres, il n’a pas fallu attendre beaucoup pour que les dirigeants socialistes tournent casaque. Dans le cas présent, c’est l’éphémère ministre des finances, Pierre Moscovici, qui s’est surtout distingué à Bercy pour son empressement à devancer les moindres désirs des milieux patronaux, qui a tombé le masque le premier. Dès le 1er octobre 2012, il a ainsi organisé au ministère des finances une première réunion interministérielle pour examiner la possibilité d’exhumer cette réforme en faveur du secret des affaires (Lire Moscovici exhume le secret des entreprises).

Pendant quelques temps, on a pu, cependant, rester incrédule, pensant que Pierre Moscovici conduisait de dérisoires intrigues pour essayer de séduire les milieux d’affaires mais que cela ne préjugeait en rien des intentions réelles du gouvernement.

Et pourtant si, tout est là ! Car depuis plusieurs mois, les choses se sont soudainement accélérées. Et les menaces sur le droit à l’information des citoyens se sont renforcées.

D’abord, une très inquiétante jurisprudence a commencé à s’installer, venant consolider ce secret des affaires, avant même qu’il n’ait force de loi. Dans le courant du mois de mars 2014, le site marseillais d’information Tourmag (adhérent, comme Mediapart, du Spiil, le Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne) a ainsi été condamné par la Cour de cassation, pour avoir brisé le secret des affaires et révélé un plan social qui concernait 484 personnes et que comptait mettre en œuvre le tour opérateur TUI (groupe Nouvelles frontières). On peut se reporter aux informations sur ce sujet de nos confrères de Marsactu, également implanté à Marseille.

A l’époque, le Spiil avait très vivement réagi, dans un communiqué (que l’on peut consulter ici): « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression et de l’information, garantie par la loi sur la presse de 1881, est mise en danger par des décisions de justice au plus haut niveau, celui de la Cour de cassation. Les incursions de droits spéciaux — protection de la vie privée, responsabilité civile (article 1382 du Code civil), par exemple — dans le droit de la presse se font de plus en plus fréquentes. Ce mouvement s’accélère. Ces derniers jours, Atlantico (écoutes Sarkozy) et Mediapart (affaire Bettencourt) ont été sanctionnés sur le fondement de la protection de la vie privée. Mais aussi il prend de l’ampleur. TourMaG, site de presse spécialisé dans l’actualité économique du secteur du tourisme, vient d’être condamné pour avoir publié des informations économiques et sociales incontestées concernant TUI, un opérateur économique majeur de ce secteur. Pour la première chambre civile de la Cour de cassation, il s’agirait d’une violation du Code du Travail et de la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Demain, quel autre droit spécial viendra ainsi fragiliser l’autonomie du droit de l’information ? »

Et puis au même moment, les partisans d’une réforme instaurant une chape de plomb sur les entreprises, pour les mettre à l’abri de toute curiosité, sont repartis à la charge. D’abord, comme Mediapart s’en est fait l’écho (Lire Secret des affaires : un projet de directive organisera l’omerta), la Commission européenne a mis au point dès le moins de novembre 2013 une proposition de directive européenne en ce sens.

Pour mémoire, voici ce projet de directive. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous :

De fausses garanties pour la presse

Et puis, sans attendre que cette directive aboutisse, un groupe de travail informel s’est constitué peu après, autour de Jean-Jacques Urvoas, président socialiste de la commission des lois à l’Assemblée nationale, pour élaborer une nouvelle proposition de loi, transposant sans attendre le futur texte européen.

C’est donc ce groupe de travail qui a fini par accoucher de la nouvelle proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée

Cette proposition de loi, on peut la télécharger ici ou la consulter ci-dessous :

Preuve que ce n’est pas une initiative solitaire, elle porte la signature de son principal concepteur, Jean-Jacques Urvoas mais aussi celle de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, ou encore de Pierre Moscivici. Traduisons : le danger d’une nouvelle loi liberticide s’est brutalement rapproché.

Dans l’exposé des motifs, les signataires s’appliquent certes à rassurer et prétendent que le secret des affaires sera juste une protection pour sauvegarder les intérêts économiques ou technologiques des entreprises, mais ne pèsera pas sur le droit à l’information des citoyens. Ils soulignent que le secret des affaires ne sera pas opposable «  à toute personne dénonçant une infraction, à l’image des journalistes ou des lanceurs d’alerte ». « Avec ces nouvelles dispositions législatives, la dénonciation de violation de la loi demeurerait possible et rien ne s’opposerait au dévoilement d’un scandale tel que celui du Mediator, les médias ne risqueraient aucune condamnation. Comme l’a parfaitement établi la Cour européenne des droits de l’Homme, la presse joue un rôle fondamental dans notre vie démocratique, ce texte n’y changera rien », explique l’exposé des motifs.

Mais on comprend sans peine que cette garantie n’en est pas une, pour de très nombreuses raisons.

D’abord, pour les journalistes qui conduisent des investigations économiques, la recherche d’informations ne se limite évidemment pas à celles qui ont trait à des infractions pénales. Il y a ainsi beaucoup d’informations qui sont à l’évidence d’intérêt public tout en portant sur des faits qui ne sont entachés d'aucune illégalité mais que la direction d’une entreprise souhaite cachée. Comme dans l’affaire Tourmag, la préparation d’un plan social entre précisément dans ce cas de figure : les journalistes pourraient-ils donc être poursuivis pour violation du secret des affaires s’ils révèlent une information de cette nature ? Même interrogation : la presse pourrait-elle toujours dévoiler les généreux plans de stock-options ou autres golden parachute que les figures connues du CAC 40 s’octroient périodiquement et qui choquent à bon droit l’opinion ? Si certaines de ces rémunérations font l’objet d’obligations légales de transparence, ce n’est pas le cas pour toutes…

En clair, une loi instaurant un secret des affaires aurait pour effet d’installer progressivement une jurisprudence interdisant, de facto, à la presse de faire son office.

Et pour les lanceurs d’alertes, l’effet serait tout aussi dissuasif. Car pour beaucoup d’entre eux, qui alertent la presse, ils n’ont pas toujours connaissance du caractère délictueux des faits qu’ils veulent dénoncer. Ou alors, ils n’ont connaissance que d’une partie de ces faits, sans savoir précisément l’incrimination pénale dont ces faits pourraient faire l’objet. Avec une loi sur le secret des affaires, ils seraient donc vivement conviés, par prudence, à se taire.

La loi risquerait de jouer un rôle d’inhibition d’autant plus fort que la proposition socialiste prévoit aussi des sanction très lourdes, en cas d’infraction. « Le fait pour quiconque de prendre connaissance ou de révéler sans autorisation, ou de détourner toute information protégée au titre du secret des affaires au sens de l’article L. 151-1 du code de commerce, est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. La peine est portée à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende lorsque l’infraction est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts économiques essentiels de la France », édicte-t-elle.

De surcroît, les contrevenants pourraient être passibles de « l’interdiction des droits civiques, civils et de famille », de « l’interdiction, suivant les modalités prévues par l’article 131-27 du code pénal, soit d’exercer une fonction publique ou d’exercer l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de laquelle l’infraction a été commise, soit d’exercer une profession commerciale ou industrielle, de diriger, d’administrer, de gérer ou de contrôler à un titre quelconque, directement ou indirectement, pour son propre compte ou pour le compte d’autrui, une entreprise commerciale ou industrielle ou une société commerciale. »

Tollé parmi les syndicats de journalistes

Avec un tel arsenal répressif, on comprend qu’un potentiel lanceur d’alertes y regarderait à deux fois avant de jouer son rôle citoyen. La décision du groupe socialiste de reprendre à son compte la proposition de loi que le Medef avait dictée à l’UMP, à quelques petites variantes qui ne changent pas grand-chose, est donc d’autant plus stupéfiante que dans le même temps, la grande loi promise par François Hollande pendant sa campagne présidentielle sur le secret des sources des journalistes – et offrant un statut protecteur aux lanceurs d’alertes – est sans cesse différée (Lire La loi sur le secret des sources des journalistes est de nouveau reportée). Alors que le projet de loi devait être examiné le 16 janvier, le débat a été repoussé au 14 mai avant d’être de nouveau différé sine die.

Dès le premier report, en janvier, les syndicats de journalistes avaient fait part de leurs très vives inquiétudes. Le SNJ s’était dit « surpris et choqué » (on peut lire son communiqué ici). De son côté, le SNJ-CGT avait interpellé « le gouvernement pour connaître les raisons inavouées (inavouables ?) à ce jour, de cette décision aussi soudaine qu’intolérable et qui constitue un très grave retour en arrière malgré les engagements au plus haut sommet de l’État ».

Quelles raisons inavouables ? Sans doute sont-elles aujourd’hui un peu plus transparentes : contre le droit à l’information des citoyens, les dirigeants socialistes semblent privilégier l’omerta souvent défendue par les entreprises. Et ce choix est d’autant plus préoccupant que le capitalisme français est, parmi les grandes démocraties, l’un des plus opaques; et le journalisme d’investigation sur les entreprises est sans doute, en France, l’une des formes de journalisme parmi les plus sous-développées.

Que l’on veuille bien examiner en effet les règles de fonctionnements du capitalisme français. Il a importé du modèle anglo-saxon tout ce qui a trait à l’enrichissements des mandataires sociaux (stock-options…) et les principales règles de gouvernance, et surtout celles du profit pour l’actionnaire (« share holder value ») Toutes les règles… mais pas celles de la transparence, auxquelles les marchés financiers accordent beaucoup d'importance. Sur ce plan, les milieux d’affaires parisiens ont gardé les règles d’opacité qui étaient la marque du vieux capitalisme français, truffé de passe-droits et de conflits d’intérêts. Le secret des affaires, s’il devait être instauré, viendrait donc conforter ces mauvais penchants.

Et dans cette culture française assez peu démocratique, celle de la monarchie républicaine, la presse a souvent été placée dans une situation de dépendance, croquée qu’elle a été, titre après titre, par les grands oligarques du système parisien. Et le résultat est celui que l’on sait : alors qu’il existe une forte tradition de journalisme d’investigation économique dans la plupart des grands pays anglo-saxons, la France ne peut pas en dire autant. L’enquête en économie est peu fréquente ; et les journaux économiques se limitent, le plus souvent, a être une presse de « services » et très peu – ou pas du tout – d’investigation.

Le résultat,  c’est qu’il est difficile de pratiquer l’investigation. Et que l’on s’y expose souvent à de très fortes rétorsions. Si peux m’autoriser à citer ma propre expérience, voici ce dont je peux moi-même témoigner : pour avoir conduit une longue et difficile enquête prémonitoire sur les Caisses d’épargne, j’ai été mis en examen douze fois en 2009 (comme Edwy Plenel en sa qualité de directeur de la publication), avant de gagner cette confrontation judiciaire et de faire condamner la banque pour poursuites abusives. Si une loi sur le secret des affaires avait alors existé, sans doute aurais-je été à l’époque condamné à ce titre, car j’avais révélé de nombreux faits sur la banque, qui n’étaient pas illégaux, mais qui ont conduit à la crise gravissime de la banque.

Et cette « judiciarisation » du travail journalistique est constante. Pour ne parler que de la période récente, j’ai encore fait l’objet voici quelques semaines de deux plaintes en diffamation, initiée par la Société nationale immobilière (SNI – filiale de la Caisse des dépôts), et par son président André Yché, visant pas moins de six articles apportant de nombreuses révélations sur les dérives du premier bailleur social français. Dans le contexte présent, je sais que Mediapart et moi-même pourrons lors du procès apporter les preuves nombreuses du sérieux de nos enquêtes en même temps de leur bonne foi. Mais avec une loi sur le secret des affaires, nous irions tout droit vers une condamnation, aussi séreuse que soient nos enquêtes.

Voici l’effet pernicieux auquel cette loi pourrait conduire, si un jour elle devait être adoptée : elle renforcerait encore davantage l’opacité du capitalisme français et l’anémie de la presse économique. De tous les grands pays, la France est déjà celui qui avait déjà la conception la plus extensive du « secret défense », auquel se heurte périodiquement la justice, quand elle cherche à faire le jour sur des contrats de corruption ; elle va maintenant avancer en éclaireur pour organiser le secret des affaires. C’est, en somme, une proposition de loi très dangereuse pour les libertés publiques et le droit de savoir des citoyens, qui est pourtant un droit fondamental, garanti par la Déclaration des droits de l’homme.

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 


 

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 21:58

 

Source :  www.mediapart.fr

 

 

Comment Jaurès fut assassiné par deux fois (1/3)

|  Par Antoine Perraud

 

 

 

Raoul Villain tue Jean Jaurès le 31 juillet 1914. Il est jugé du 24 au 29 mars 1919, devant la cour d'assises de la Seine. L'acquittement du meurtrier, incompréhensible pour les socialistes déboussolés, était hélas dans l'ordre des choses. Retour sur une époque, un procès et un espace politique : celui que doit savoir occuper une gauche adepte des audaces jaurésiennes…

Imaginons, à l’automne 1904, un journal libre et socialiste né au printemps précédent : L’Humanité. Directeur politique : Jean Jaurès. Hautes convictions, dans le style grandes orgues. Avec, toutefois, une liberté de ton et de plume alliant combat et gaieté. Cent dix ans plus tard, saute aux yeux ce plaisir d’informer ou de commenter.

Le 28 novembre 1904, en page 3 du quotidien (qui en compte quatre), figure un mince entrefilet gros de soucis. Sous le titre « La bataille des Pyramides », on y moque une manifestation parisienne en faveur de Jeanne d’Arc, menée par des « potaches congréganistes ». L’attroupement ridicule a reçu le soutien, non moins ridicule, de François Coppée – désigné comme « le poète du Petit Épicier ». Un paragraphe résume la gouaille de l'articulet :

« Dans les Tuileries se sont formés quelques groupes amusants. Chacun d’eux constitue un petit cercle où les disputes théologiques alternent avec les discussions historiques. Un orateur démontre gravement l’existence de Dieu à un ouvrier qui lui rit au nez. Un curé de haute taille et au verbe éclatant entreprend de prouver que Jeanne d’Arc appartient à l’Église ; son adversaire l’invite poliment à ne pas oublier d’aller aux vêpres. On s’invective assez gaiement, en somme, et sans montrer le poing. »

L’entrefilet se conclut ainsi : « Un groupe de petits congréganistes s’éloigne. Une voix de soprano affirme : “C’était trop mal organisé.” Ce sera la moralité de cette grande journée, en attendant l’inévitable télégramme de Déroulède. »


Paul Déroulède (1846-1914) lors d'un de ses derniers brames, en l'honneur de Jeanne d'Arc (mai 2013)... 
Paul Déroulède (1846-1914) lors d'un de ses derniers brames, en l'honneur de Jeanne d'Arc (mai 2013)...

Paul Déroulède est l’auteur du Clairon – un poème devenu chanson de la revanche sur l’humiliation de 1870 : le fond (va-t-en-guerre) comme la forme (pompeuse), en font une sorte d’anti-Dormeur du val de Rimbaud. Sacré Déroulède ! Gonflé de ganacherie agressive, il a tenté de faire marcher la troupe sur l’Élysée en 1899, après la fin érotico-macabre du président Félix Faure. La République finit par bannir ce boutefeu, toujours en avance d’un coup d’État manqué mais lassant. C’est donc de son exil, en Espagne, qu’il adresse à Jean Jaurès, au siège de L’Humanité à Paris, le télégramme suivant :

« Je tiens Jeanne d’Arc pour la plus sublime héroïne de notre héroïque histoire, François Coppée et ses jeunes protestataires pour des patriotes d’autant plus nécessaires à la patrie que vos disciples et vous lui êtes funestes. Et je vous tiens, M. Jaurès, pour le plus odieux pervertisseur de consciences qui ait jamais fait en France le jeu de l’étranger, sans avoir su même par-là vous concilier ni l’estime ni la sympathie de ses frères allemands en faveur desquels vous vous évertuez à nous faire renier nos frères de l’Alsace et de la Lorraine. »


Caricature d'époque : « Les deux extrêmes se touchent sans se toucher. » 
Caricature d'époque : « Les deux extrêmes se touchent sans se toucher. »

Cette phrase filandreuse pique Jaurès au-delà du raisonnable. Il avait essuyé tant d’insultes sans broncher ! Le voici soudain outragé. Au point de se ranger à un rituel archaïque, conformiste, individualiste ; bourgeois pour tout dire et donc honni des socialistes. Il provoque Paul Déroulède en duel. Il se justifie auprès de Jules Renard, qui note le propos dans son Journal : « Je reçois des lettres d’ordures. Je sens grimper les limaces. Je me sens couvert de crachats. Je veux arrêter cela par un geste ridicule mais nécessaire. »

À Hendaye, en décembre 1904, les duellistes manquent chacun leur tir. Le tribun du mouvement ouvrier avait confié à un camarade : « Le pistolet décidera. Ce n’est pas comme l’épée. Voilà bien une arme digne du peuple et même des socialistes. Le coup part et tout est dit, c’est franc, c’est net. »

Dix ans plus tard, Jaurès publie un éditorial titré « sang-froid nécessaire », puis tombe sous les balles d'un minus habens, Raoul Villain, qui s’était juré d’abattre le pacifisme « à coups de rigolo ». C’était donc le 31 juillet 1914. Six mois auparavant, le 31 janvier 1914, mourait Paul Déroulède, auteur d'un syllogisme nationaliste appelé à hanter l'extrême droite française d'âge en âge : « Celui qui n'aime pas sa mère plus que les autres mères et sa patrie plus que les autres patries, n'aime ni sa mère ni sa patrie. »


Jean Jaurès, né en 1859, a 55 ans en 1914 
Jean Jaurès, né en 1859, a 55 ans en 1914

Dans L’Humanité du 4 février 1914, Jean Jaurès évoque avec des phrases visionnaires les illusions du trépassé, qui pensait qu’une fois récupérés les champs, les bois et les prés d’Alsace-Lorraine après une petite guerre de revanche contre le IIe Reich, la France et l’Allemagne seraient quittes : « Il s’imagine enfantinement qu’on pourrait enfermer dans son cadre de revanche le mouvement formidable des forces déchaînées. Est-il sûr pourtant que la France victorieuse saurait résister à l’ivresse de la victoire ? Est-il sûr que le monstrueux combat ne laisserait pas dans les cœurs l’implacable ferment de guerres nouvelles ? Il avait oublié le mot de Shakespeare : “On ne rappelle pas Léviathan au rivage”, et quand le monstre s’est une fois lancé dans la mer, on n’arrête pas le bouleversement infini des vagues. »

À titre de comparaison, la veille, lors des obsèques de Paul Déroulède, l'écrivain et député Maurice Barrès, après avoir déposé une gerbe au pied de la statue de Strasbourg place de la Concorde, avait exalté devant l’église Saint-Augustin l’esprit de revanche qui s'émoussait, hélas !, à ses yeux sourcilleux : « Et déjà l’on voyait poindre chez quelques-uns la doctrine dont nous pourrions périr, la thèse du renoncement, le thème de la France se désarmant pour attendrir le monde en acceptant de disparaître pour donner aux nations un exemple inouï de pacifisme. »


Maurice Barrès aux obsèques de Paul Déroulède, le 3 février 1914 
Maurice Barrès aux obsèques de Paul Déroulède, le 3 février 1914

Barrès visait Jaurès. Celui-ci avait remis à sa place, bilieuse et belliqueuse, l’écrivain racorni à l’ombre de son « Culte du Moi ». C’était à la Chambre, le 4 juin 1908, à propos de la panthéonisation d’Émile Zola. Barrès s’y opposait de toute son âpre mauvaise foi : « Il faut faire attention que vous semblez, en glorifiant Zola, dire publiquement et très haut : “Gloire à Zola ! nous reconnaissons nos électeurs dans la série de ses canailles.” » Bouillonnant et bienfaisant, Jaurès avait tonné : « La gloire de Zola, son honneur, c’est de n’avoir pas conçu l’art à la façon de M. Barrès, comme une sorte d’étang mélancolique et trouble, mais comme un grand fleuve qui emporte avec lui tous les mélanges de la vie, toutes les audaces de la réalité. »

En 1908 comme en 1914, se soldent les comptes et mécomptes de l’affaire Dreyfus. À tombeaux ouverts. La Faucheuse accélère en effet la cadence, en ce premier mois de l’année qui verra le carnage mondial éclater. Dans L’Humanité du 23 janvier 1914 – qui publie alors en feuilleton Germinal de Zola… –, on apprend, au détour d’une page, qu’est enterré le lendemain le général Picquart. Oui, le lieutenant-colonel de l’Affaire, celui qui avait été chassé de l’armée pour avoir découvert, en refusant de se taire ensuite, que le principal élément à charge ayant servi à condamner le capitaine Dreyfus était un faux. Picquart qui avait déclaré, lors du procès Zola : « J’ai cru qu’il y avait une meilleure manière de défendre une cause que de se renfermer dans une foi aveugle. » Picquart ensuite réintégré, puis nommé ministre de la guerre par Georges Clemenceau devenu président du conseil en 1906. Picquart, à propos duquel L’Humanité précise : « Conformément à la volonté du défunt, aucun discours ne sera prononcé. »


Georges Picquart (1854-1914), à la barre, en 1898 : on reconnaît, à gauche, Émile Zola 
Georges Picquart (1854-1914), à la barre, en 1898 : on reconnaît, à gauche, Émile Zola

La une entière du « journal socialiste quotidien » est consacrée, ce jour-là, aux allocutions prononcées la veille, à l’enterrement d’un autre dreyfusard, Francis de Pressensé, président de la Ligue des droits de l’Homme. L’éloge de Jean Jaurès, que reproduit L’Humanité, constitue un modèle du genre. C’est sans doute l’un des plus beaux discours du philosophe entré en politique, auquel il reste six mois, une semaine et deux jours à vivre.

« Qu'allez-vous faire de vos cerveaux ? »

Il y a une exhortation à la jeunesse, qui tient toujours, cent ans après : « Je ne demande pas aux jeunes gens de venir à nous par mode. Ceux que la mode nous a donnés, la mode nous les a repris. Qu’elle les garde. Ils vieilliront avec elle. Mais je le demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : qu’allez-vous faire de vos vingt ans ? Qu’allez-vous faire de vos cœurs ? Qu’allez-vous faire de vos cerveaux ? »

Il y a ce pari pascalien dans l’ordre du politique, pierre angulaire du refus jaurésien de la guerre, à propos de l’Alsace-Lorraine qui, selon lui, « inocule à l’Allemagne militariste, féodale et impériale une parcelle du génie révolutionnaire de la France ». Les nationalistes effrénés, nous le verrons, ne pardonnent pas au leader socialiste de vouloir les priver d’une guerre de revanche, au prétexte que l’évolution démocratique pourrait aboutir sans coup férir au même résultat : le retour des deux provinces dans le giron français, mais à la faveur d’une Europe devenue respectueuse de la volonté des peuples.

L'orateur allait mourir de la haine qu’il suscitait chez les jusqu’au-boutistes enragés. Le pressentait-il à l’enterrement de Pressensé ? Son hommage au défunt a valeur d’autoportrait. Et cet autoportrait annonce la propre nécrologie du normalien Jaurès : « Ce qu’il avait accumulé silencieusement dans son cabinet de travail, ce qu’il avait pris parcelle à parcelle à tous les trésors du passé, classé ou entassé sur les rayons de sa bibliothèque, il ne le stérilisait pas en lui. Il n’en faisait pas, comme certains de nos réacteurs dilettantes d’aujourd’hui, une force de dédain et d’isolement. Mais il disait : de cette culture humaine qui passe en moi et que je me suis assimilée, je veux faire bénéficier l’humanité par la lutte pour la vérité et pour la justice. Et il pouvait répéter ce mot admirable d’un de ces poètes grecs qu’il aimait, du grand Eschyle : “Je ne veux pas être une cime à la pensée solitaire.” Il voulait garder toute la hauteur de sa science et de son esprit, non pas pour s’immobiliser là-haut dans une contemplation extatique et inerte, mais pour projeter au loin toutes les lumières qui aideraient dans son chemin et son combat le prolétariat avec lequel il s’était mêlé. »

 

 


 

1972 : H. Guillemin, auteur de “L'arrière-pensée de Jaurès” (1966), évoque le penseur socialiste à la télévision suisse romande

Il y a aussi, dans l'hommage que rend Jean Jaurès à Francis de Pressensé le 22 janvier 1914, l'hymne à la SFIO, ce parti du mouvement, fédéré pour rallier un avenir meilleur. Et ce en dépit des opportunistes, voire des traîtres rencontrés en chemin ; ou de tous ces opposants crispés sur un passé nostalgique qu'ils se sont mis en tête de conserver. Le dirigeant socialiste ne doute pas de la force de l'instrument de rassemblement qu'il a créé. Il magnifie, au côté du cadavre de l'ami, la vitalité du parti socialiste : « Se sépare de lui tout ce qui est mort et tout ce qui est vide, toutes les forces vaines. Celles-ci vont sur un autre versant, vers la mer morte des préjugés bourgeois. Mais toutes les cimes tournées vers le soleil qui se lève, par des pentes accidentées, envoient toutes vers le fleuve du socialisme leurs vives eaux et leur force d'action et d'espérance. »

Tuer Jaurès, c’était anéantir l’action et l’espérance. C’était rendre inerte une dynamique. C'était détruire un principe actif, de façon que le marasme succédât aux sensations, aux aspirations, aux entraînements. L’assassin de rencontre, Raoul Villain, qui n’avait pas trente ans (il était né en 1885), travaillait sans le savoir pour les vieux bonzes patriarcaux de la patrie. Ceux-ci avaient pris, en France, la funeste habitude d’envoyer au casse-pipe, tous les trente ans, la génération suivante. Vaste cruauté anthropologique, de plus en plus massive dans ses ravages, à laquelle Jean Jaurès tentait de s’opposer ! Il incarnait la vie, les mues, le renouvellement, contre les confinements sépulcraux et les tétanies mortifères des partisans d’une extinction de l’intelligence au nom de leur prétendue régénération de la race…

 

Monument de propagande, connu sous le nom de “tranchée des baïonnettes”, à Verdun 
Monument de propagande, connu sous le nom de “tranchée des baïonnettes”, à Verdun

Pour comprendre ce qui s’est joué avec le meurtre de Jaurès, il ne faut pas étudier comment il fut commis : il faut examiner comment il fut justifié, cinq ans plus tard, lors du procès d’un criminel esseulé, une fois le conflit mondial achevé, en mars 1919.

Les journaux d’alors soufflent le chaud : « Vers le retour à la vie normale. Le lait et le beurre détaxés. La pâtisserie et le chocolat libérés. » Les journaux de ce mois de mars 1919 soufflent aussi le froid, tant, après la semaine sanglante de Berlin, l’effondrement de l’empire des Habsbourg et la République de Béla Kun à Budapest inquiètent les plumes au service des possédants : « On confisque en Hongrie. »


 

Au quotidien monarchiste L’Action française, le maître à penser du cru, Charles Maurras, est occupé à vaticiner sur un autre disparu du début de 1914, juste avant la boucherie. Son grand mort à lui, qu’il célèbre alors que commence le procès Villain – que L’Action française appelle bien entendu « le procès Jaurès » –, c’est Frédéric Mistral, le “Félibre” prix Nobel de littérature en 1904. Charles Maurras a toujours mêlé l’abjection politique à un côté sous-préfet aux champs dans le domaine littéraire : le 6 février 1934, au plus fort de l’émeute des ligues parisiennes dont il ne percevra rien (il est sourd comme un pot), Maurras composera des poèmes en provençal pendant que ses Camelots du roi éventreront les chevaux de la garde républicaine…

En mars 1919, c’est Maurice Pujo qui mène la charge dans L’Action française. Il peste contre la dialectique de Jaurès, qu’a eu le toupet de rappeler Jean Longuet (1876-1938), petit-fils de Karl Marx – et donc régulièrement traité de « quart-de-Boche » par le poète Maurras. Jean Longuet a cité, devant la cour d'assises de la Seine, la fameuse maxime jaurésienne : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » De surcroît, le commandant Gérard a proféré à la barre de quoi hérisser tous les nationalistes intégraux de France et de Navarre. Ce galonné intelligent, proche de Jaurès qui lui avait dédié son livre sur lequel nous reviendrons, L’Armée nouvelle (1911), déclare tout bonnement, au sujet de l’homme abattu le 31 juillet 1914 : « Il adorait sa patrie mais il adorait aussi la patrie des autres. »


 

Rage de Maurice Pujo : « Ces témoins parlent la langue de Jaurès : ils restent dans le principe du Boche Hegel qui fut son maître en philosophie : le principe de l’identité des contraires. Avec ces belles théories, du haut de sa synthèse, Jaurès eût continué à recouvrir et à bénir de sa grande voix les manœuvres de l’antipatriotisme et les progrès de l’anarchie. »

Outre la niaiserie vulgaire de Maurice Pujo, au sein du quotidien maurrassien voué aux « quarante rois qui en mille ans firent la France », s'agite la méchanceté sanguine de Léon Daudet (fils d'Alphonse). Cet académicien Goncourt écrit avec des emportements de voyou, propage de fausses nouvelles et calomnie. En un style infect mais cadencé, il traite les uns de « larves », les autres de « vermines », voit le Panthéon en « dépotoir de la IIIe République », traque « l'inverti sexuel » en chaque adversaire et développe ainsi le fond de sa pensée : « La démocratie, c'est la Révolution couchée, qui fait ses besoins dans ses draps. »

1911 : Léon Daudet, qui a dévoilé la relation entre Marie Curie et Paul Langevin, affronte Henry Chervet de “Gil Blas”

En 1917, Léon Daudet avait dénoncé, dans L'Action Française, Louis Malvy, ministre de l'intérieur accusé de trahison et qui passera en Haute Cour de justice ; ou encore l'anarchiste Vigo (père du futur cinéaste), dit Almeyreda (anagramme de y'a la merde), qui sera retrouvé suicidé dans sa cellule de Fresnes où l'avait conduit “le défaitisme” de son journal libertaire, Le Bonnet rouge. Ivre de mouchardage, Léon Daudet, deux ans plus tard et en temps de paix, continue sur sa lancée dans le quotidien royaliste. Il s'en prend au Journal du Peuple, qui vient d'oser affirmer, à peu près seul en France : « Les criminels, fort d'une impunité momentanée, ont bénéficié d'une guerre qui, en durant plus de quatre ans, a saigné le prolétariat et détourné son ressentiment. Et ils ont relevé la tête, ils ont même esquissé une apologie hypocrite de l'assassinat ! »

Caricature de Léon Daudet (1867-1942) 
Caricature de Léon Daudet (1867-1942)

Voici ce qu'écrit, en réaction, Léon Daudet dans L'Action Française du 25 mars 1919 : « Je signale cet article à M. Ignace, chef de la justice militaire, et à M. Lescouvé, procureur général, en les priant de prendre leurs responsabilités. » Léon Daudet livre un nom censé dévoiler l'identité de l'auteur anonyme des lignes incriminées. Il poursuit l'hallali : « Après ce que je viens d'écrire et les détails scrupuleusement exacts que j'ai fournis sur les intentions et la rédaction du Journal du Peuple, ni M. Ignace, ni M. Lescouvé ne peuvent plus dire qu'ils n'ont pas été dûment prévenus. »

Le polémiste malfaisant insiste : « On ne m'a pas écouté pour Le Bonnet rouge, qui a fait au printemps de 1917 les terribles ravages que l'on sait dans le moral des combattants. Ne m'écoutera-t-on pas davantage pour Le Journal du Peuple, qui fomente ouvertement chez nous la guerre civile, à l'occasion du procès Villain ? »

Absence totale de la classe ouvrière

Le piège est là, dans lequel s’engouffre la défense de Jaurès. Le pays veut tourner la page, tout en se persuadant que le grand massacre qui vient de s’achever était le bon. La France souhaite se vautrer dans la victoire. Celle-ci fut obtenue grâce à d’immenses sacrifices, rendus possibles en vertu de l’union nationale, à laquelle se rangèrent tous les compagnons de Jaurès. L’heure est à la crispation patriotarde, à rebours de l’internationalisme extraverti qui animait le penseur socialiste.

La SFIO est tiraillée entre ceux qui assument avoir prêté main forte à la guerre civile européenne déclenchée par les rivalités impérialistes, et ceux qui rejoindront, lors du congrès de Tours en 1920, l’internationalisme dicté par Moscou aux conditions léninistes. Léon Blum rode déjà son rôle de gardien de “la vieille maison”, tandis que Marcel Cachin prend ses aises à L’Humanité. La débâcle socialiste, en cette première année d’après-guerre, va se jouer en deux temps : le procès Villain qui verra l’acquittement de l’assassin en mars, les élections législatives avec le triomphe d’une “chambre bleu horizon” en novembre.

 

Affiche de la SFIO en vue des élections législatives des 16 et 30 novembre 1919 qui verront la victoire du “Bloc national” 
Affiche de la SFIO en vue des élections législatives des 16 et 30 novembre 1919 qui verront la victoire du “Bloc national”

Lors du procès, s’impose une pusillanimité socialiste qui consiste à s’acclimater à l’air du temps, à s’agréger au camp adverse en position de force, dans l’espoir de retourner les choses au profit du progrès. Les mânes de Jaurès vont faire les frais, pendant la dernière semaine du mois de mars 1919, de ce pragmatisme madré destiné à émouvoir les cœurs conservateurs. Nous sommes exactement aux antipodes de “la défense de rupture” propre au mouvement ouvrier – avant d’être récupérée par Jacques Vergès dans les soubresauts de la décolonisation : contester l’ordre public, attaquer le régime accusateur, s’adresser au peuple par dessus la tête des juges et des jurés, défendre une cause plutôt qu’une personne.

Le principal avocat de la famille Jaurès, Joseph Paul-Boncour (1873-1972), incarne la bourgeoisie éclairée, attachée aux fleurs de rhétorique bien davantage qu’à la sociale. Regardez-le, dans la vidéo ci-dessous, à 89 ans, revenir sur sa jeunesse gorgée de Barrès, avec toutes les antiques ficelles d’un art oratoire puisant dans le XIXe siècle…

 

 

 

Joseph Paul-Boncour dans le “Portrait Souvenir” de Maurice Barrès proposé, en 1962, par Roger Stéphane à la télévision française

N’oublions pas le jury, auquel s’adresse Paul-Boncour à coups de sempiternels « Messieurs ». Quatre-vingt-quinze ans plus tard, nous sommes immédiatement choqués par l’absence totale de femmes. Mais en plus d’être exclusivement mâles, ces jurés s’avèrent exclusivement bourgeois et petits bourgeois. Douze hommes en colère contre le socialisme. L’Humanité du 3 avril 1919 fera les comptes : 2 rentiers, 1 propriétaire, 1 vétérinaire, 1 négociant, 2 industriels, 1 patron marbrier, 1 patron imprimeur, 2 représentants de commerce, 1 employé de commerce. Absence totale de la classe ouvrière.

Pour adoucir les préventions des jurés, pour se concilier leur verdict, pour obtenir qu’ils condamnent Raoul Villain, Joseph Paul-Boncour et les témoins appelés à la barre vont ériger le portrait en trompe-l’œil du feu dirigeant socialiste, qui sera ainsi trahi sans le moindre bénéfice judiciaire : son meurtrier se voit acquitté.

 

 

Les socialistes s'abusent quand ils adoptent les dogmes de la classe dominante en espérant être payés de retour. Nous verrons que le procès Villain, du lundi 24 au samedi 29 mars 1919, en apporte la démonstration. Les vingt-sept témoins, cités par Me Paul-Boncour et son confrère Me Ducos de la Haille pour la partie civile, tissent une légende dorée exaspérante. Jaurès est cloué tel un papillon alors qu’il ne peut être compris que dans le mouvement. Chacun s’attache à une seule facette de ce diamant ainsi sous-estimé.

Et puis Jaurès est littéralement sanctifié, comme nous le verrons dans le prochain volet de cette série. Rétrospectivement, il est désolant de découvrir l’iconolâtrie dégoulinant sur cet homme, qui la rejetait de toutes ses forces de son vivant. C’est l’un des pénibles paradoxes du procès : au sortir de la guerre, Jaurès subit les premiers rayons de ce culte de la personnalité qui va hanter le XXe siècle par le truchement des régimes totalitaires. Quant aux jurés, ils sont indisposés par la vénération socialiste qui s’échelonne de déposition en déposition, de plaidoirie en plaidoirie : on n’adore que Dieu, que diable !

La dévotion ne passe pas. Surtout quand la partie civile prétend faire de Jaurès le premier des patriotes, prophète de la défense nationale, obsédé par les questions militaires que la plupart des généraux méconnaissaient pour être engoncés dans leurs conceptions napoléoniennes de la guerre. Peine perdue, comme en atteste L’Action Française : « On ne s’étonne plus de rien, pas même de Renaudel qui disait naguère : “Je ne suis pas patriote parce que la patrie est faite d’un sentiment que je n’ai pas, que je ne comprends pas…”, et qui vient aujourd’hui certifier la qualité du patriotisme de son maître. »

Maurice Pujo exulte dans le quotidien maurrassien du 29 mars 1919 : « Voilà la prescience de Jaurès ! Voilà sa prévoyance et sa prudence patriotiques (!) dont on essaie de faire consacrer la légende dans ce procès, où le socialisme cherche à faire absoudre des erreurs sanglantes pour obtenir le crédit d’en commettre de nouvelles. »


Fin de l'éditorial de Marcel Cachin dans “L'Humanité” commentant l'acquittement de Raoul Villain 
Fin de l'éditorial de Marcel Cachin dans “L'Humanité” commentant l'acquittement de Raoul Villain

La droite se pose en gardienne d’un dogme – la patrie –, que la gauche revendique, à ses risques et périls, sur le terrain même de l’adversaire. Le procès de Raoul Villain préfigure tous les accommodements, compromis, compromissions, voire trahisons politiques que les socialistes commettent parfois. Sous couvert d'unité nationale. Ou au nom d'une respectabilité stérilement recherchée. Illusion tragique. En résultent la déception puis le désespoir, à l’image des propos hébétés d’Albert Thomas, socialiste de gouvernement par excellence, qui geint dans les couloirs du Palais-Bourbon en apprenant l’acquittement de Raoul Villain : « Ah ! pour nous, pour tous ceux qui ont vécu pendant ces années de guerre, en essayant de fortifier en eux et autour d’eux un sentiment d’union nationale qu’ils pensaient devoir être fécond pour l’avenir du pays, quel serrement de cœur ! »

Fécond, dit-il. Par-delà le cruel jeu de mot possible, nous allons scruter le jeu de dupes dont les socialistes français se montrent les victimes en partie consentantes, durant la dernière semaine de mars 1919. Leur erreur de taille mérite d’être détaillée. Ils déifient Jaurès en désertant la terre promise qu’il leur avait assignée : la gauche, où il faut camper en force, plutôt que de papillonner à droite sous l’effet d’un renoncement déboussolé.

En ce sens, les débats de mars 1919, devant la cour d’assises de la Seine, se révèlent une matrice passionnante à explorer…

La suite au prochain numéro.

 

 

Source :  www.mediapart.fr

 

 

 

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 21:50

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart


 

A Barbès, la manifestation pacifiste et solidaire a bien eu lieu, et nous y étions!

Des militants du Parti de Gauche dénoncent « le traitement partial et mensonger » de la manifestation pour Gaza du 19 juillet à Paris et veulent « rétablir la vérité d’une réussite populaire face à la désinformation et aux manipulations politiques ».


Alors que les bombardements israéliens ont redoublé d’intensité et que le bilan des victimes, côté palestinien, s’élève à près de 500 morts, suite à la journée la plus meurtrière depuis le début de l’offensive israélienne, le traitement médiatique de la situation en Israël-Palestine relève du scandale. La plupart des médias présentent l’attaque israélienne comme un conflit entre deux puissances égales et coresponsables tout en occultant la réalité de l’occupation du territoire palestinien par Israël et son régime d’apartheid. Mais cette lecture idéologique qui sape la solidarité avec le peuple palestinien ne s’arrête pas là.

Nous, militant-e-s du Parti de Gauche, avons décidé de nous rendre à la manifestation du 19 juillet à Paris non autorisée par le gouvernement Valls. Comme de très nombreux citoyen-e-s, nous avons voulu exprimer notre soutien au peuple palestinien et protester contre cette interdiction scandaleuse. Est-il nécessaire de rappeler que la France a été le seul pays à interdire une telle manifestation de solidarité internationale ? 

Un traitement médiatique partial et mensonger

Dès l’après-midi, les médias ont repris les poncifs de la communication gouvernementale : « explosion de violences » pour Le Figaro, manifestation qui « dégénère » pour Le Monde et Libération. Les images retenues sont bien entendu celles de casseurs, on évoque des pavés jetés, des violences, le drapeau israélien brûlé, des slogans antisémites, etc. La palme de l’article-poubelle revient certainement à Rue89 : hésitant entre le micro-trottoir ridicule qui mêle des extraits sans contexte et laissant affleurer des généralités fallacieuses et un parti pris grossier, il présente les policiers comme des hommes courtois (certainement entre deux tirs de flash-ball tendus et coups de barres de fer de policiers en civil). Pour de tels journalistes les manifestants seraient au mieux des imbéciles, au pire des personnes violentes et vulgaires, et bien entendu toutes plus ou moins antisémites. Les journalistes de Mediapart semblent, eux, avoir fait un réel travail d’investigation et de croisement des sources.

Tout ceci fournit autant d’arguments à Valls pour justifier son interdiction a posteriori : les violences montreraient bien qu’il a eu raison d’interdire cette manifestation. Comme l’indique le communiqué des organisateurs, « c’est la décision politique, pour ne pas dire idéologique, du gouvernement usant d’une violence disproportionnée qui a créé les conditions des troubles à l’ordre public, dont le gouvernement porte donc la totale responsabilité́ ».

Nous dénonçons le traitement partial et mensonger de ce qui s’est passé à Barbès. Nous protestons également contre cette inimaginable cécité médiatique : non, il n’est pas vrai que, comme il est écrit dans l’article de Libération, une fois les affrontements commencés à Barbès, « c’en était fini de toute manifestation ». Aucun média ne semble mentionner les rassemblements pacifistes à gare du Nord des manifestants qui n’ont pas pu se rendre à Barbès. Et encore moins cette incroyable réussite populaire d’un cortège ayant défilé avec calme et détermination pendant des heures dans les rues de Paris passant par la gare du Nord, la gare de l’Est pour arriver jusqu’au niveau des Halles (Châtelet), plusieurs milliers de manifestants ont scandé leur solidarité avec le peuple palestinien, une liberté que le gouvernement français voulait censurer. La police, débordée par les événements et ne prévoyant pas cette marche spontanée d’un peuple reprenant ses rues, était obligée de suivre le cortège en constatant une dispersion dans le calme en fin de défilé à Châtelet. La manifestation décrite par les journalistes n’a pas existé. Nous y étions et pouvons en témoigner.

Ce sont les forces de l’ordre qui ont ouvert les hostilités

La désinformation ambiante va même jusqu’à travestir ce qui s’est passé à Barbès, lieu initial du rassemblement. Dès 14 heures, l’ambiance était plutôt calme et les drapeaux français étaient brandis à côté des drapeaux palestiniens. Des personnes de tous horizons étaient réunies, aussi bien des adultes, que des jeunes, des enfants, des personnes âgées – et on pouvait noter une présence féminine particulièrement forte. Puisque certains journalistes ne semblaient pas être dans le même cortège, précisons que nous n’avons pas entendu une seule injure antisémite mais que nous avons pu voir des panneaux « Antisémites non, Humanistes oui ». Les slogans politiques les plus repris : « Israël assassin, Hollande complice », « Nous sommes tous des Palestiniens », « Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine ». Face à des citoyens révoltés de se voir confisquer leur liberté d’expression, ce sont les forces de l’ordre qui ont fait le choix d’ouvrir les hostilités : charges, utilisation massive et répétée de gaz lacrymogènes, matraques, etc.

Alors que les forces de l’ordre sont censées disperser les manifestants et permettre leur évacuation, nous avons été bloqués avec l’ensemble des manifestants sur le boulevard ou dans les rues adjacentes. Asphyxiés par les gaz, les manifestants cherchaient à fuir le boulevard mais étaient repoussés par les CRS postés en amont. Cette stratégie répressive faisait des rues adjacentes de véritables souricières. Certains d’entre nous ont même dû se cacher dans les halls d’immeubles, portes cochères, pour éviter les violences policières et essayer de trouver une atmosphère respirable. Des foules ont ainsi été vigoureusement refoulées dans le métro, rappelant de sombres heures de l’histoire de France. Notons également que plusieurs manifestants ont tenté de répondre aux tirs par des sit-ins, pour bien souligner leurs intentions pacifiques. Cependant, on ne voit aucune photo des manifestants à terre devant la police… Cette police cherchait-elle à empêcher la manifestation et à la disperser, ou plutôt à provoquer affrontements et violences pour pouvoir ainsi justifier son autoritarisme et donner du grain à moudre aux manipulations politiques ? La réaction de Manuel Valls (qui pendant ce temps-là se promenait le long du tour de France pour satisfaire son plan de communication) est claire : l’ordre, la répression et la privation de liberté de manifester.

Une belle manifestation populaire

Au-delà de cette violence policière initiale, il faut souligner, dire et répéter ce que les médias ont choisi de taire : les manifestants, bien qu’ayant été dispersés, gazés, voire frappés, se sont regroupés spontanément et la manifestation a eu lieu, plusieurs heures durant, sur un vaste espace, dans les rues de Paris. Ces dernières n’avaient pas été bloquées, pas plus que le cortège, par une préfecture de police débordée, et pourtant aucune violence, aucun heurt, aucun incident. Mais les médias n’en parlent pas, à l’exception notable du Nouvel Observateur : « Manif pro-Gaza : partie de cache-cache dans les rues de Paris », article qui s’étend sur les trois cortèges de manifestation spontanée, et qui souligne leur réussite et leur pacifisme. Citons la fin de l’article : « A Barbès, le principal rassemblement de la journée, la manif spontanée a pris fin de façon beaucoup plus musclée. (…) Mais, ailleurs, toute la journée, de la gare du Nord aux Halles en passant par la place de Clichy, des cortèges plus ou moins spontanés, déterminés sans être violents, auront tourné la tête aux vieux routards du maintien de l'ordre de la préfecture de police, plus rompus à la surveillance de cortège organisés qu'à la partie de cache-cache inhérente aux manifestations soi-disant “interdites”. »

Pourquoi, à part au Nouvel Observateur, les journalistes ne parlent-ils pas de ces manifestations ? Pourquoi les journalistes ont-ils choisi de rester place Barbès et de photographier ou de filmer quelques jeunes lançant des pavés plutôt que de mettre par écrit et en images ce fait : une fois libérés de l’assaut policier, nous avons marché dans Paris dans la plus grande tranquillité. Ne serait-ce pas parce qu’il serait ennuyeux pour le gouvernement de constater que, sans pression policière, les manifestants pro-palestiniens de Paris sont tout à fait capables de manifester dans le calme, comme cela a été fait à Londres et à Marseille par exemple ? Ne serait-ce pas parce que Valls serait alors forcé d’avouer que cette interdiction n’avait pas lieu d’être et qu’elle n’était qu’un coup de force scandaleux et liberticide ? Pourquoi ne voyons-nous aucune photo de ces milliers de manifestants pacifistes, qui s’excusent auprès des automobilistes coincés et qui expliquent leur démarche aux touristes attablés aux terrasses des cafés ? De même, l'épisode qui vit les manifestants reformer le cortège en haut de la butte Montmartre, reprendre les drapeaux avec détermination, et entamer une descente pour le moins audacieuse, a été passé sous silence. Tous les mensonges médiatiques ne pourront pas faire oublier le véritable enseignement de cette manifestation : le peuple est capable de braver les interdictions et les violences policières pour se réapproprier les rues de sa ville et défendre l’intérêt général. Gageons que ce qui s’est passé hier n’est qu’un début, et que les manœuvres du gouvernement n’auront pas raison de l’immense enthousiasme populaire qui soutient la lutte des Palestiniens contre la colonisation.

Nous demandons à ce que les médias ne se comportent pas comme des chiens de garde à la botte d’un pouvoir à la déroute. Et qu’une rigueur journalistique effective leur permette de revenir sur ce traitement biaisé de la réalité et de réellement faire état de ce que nous et l’ensemble des manifestants avons vécu. Après nous être vus privés de la liberté fondamentale de manifester, nous citoyen-ne-s, nous voyons bafouer le droit à une information indépendante. Nous refusons l’odieux chantage à l’antisémitisme du gouvernement pour faire taire notre voix et celle du peuple palestinien Il faut faire savoir ce qu’il s’est vraiment passé à Barbès : la manifestation libre, populaire et pacifiste et solidaire a bien eu lieu, et nous y étions ! 

Les auteurs sont militants du Parti de Gauche :
Danièle Atala
Daoud Baccouche
Boris Bilia
Fethi Chouder
Julie Dusseaux
Guillaume Etiévant
Bruno Fialho
Annick Flageollet
Hugo Hanry
Nourredine Kaddouri
Ramzi Kebaili
Bylal Khellouf
Djordje Kuzmanovic
Mathilde Larrère
Nathalie Levallois
Hugo Lycurgue
Maximilien Perret
Christian Rodriguez
Aissa Terchi
Jean-Sébastien Thirard
Laélia Véron

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart

 

 


 

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 21:35

 

Source : www.tv5.org

 

 

Espagne : une loi au parfum de franquisme
 
17.07.2014par Pascal Priestley
Malgré les nombreuses oppositions, le gouvernement conservateur espagnol a finalement adopté son projet de loi sur la "sécurité citoyenne", en suspens depuis l'automne dernier. Celui-ci prévoit pour des fait de manifestations des amendes sans jugement pouvant atteindre une soixantaine d'années du salaire minimum.
Manifestation contre l'austérité à Madrid en juillet 2012 (photo © AFP – PEDRO ARMESTRE)

Ordre

Ni les protestations de la société civile, ni les réserves des autorités judiciaires ou du Conseil d'Etat, ni les inquiétudes d'organisations internationales (Amnesty, OXFAM, Greenpeace...), ni la (molle) opposition du Parti Socialiste (PSOE) n'ont finalement fait réellement fléchir Mariano Rajoy.

Légèrement atténué mais confirmé dans ses grandes lignes et sa philosophie répressive, son projet sur la « sécurité citoyenne » a été adopté par son gouvernement conservateur le 11 juillet, après neuf mois de controverses et dans la torpeur de l'été. Celle-ci se révélant propice aux réformes à problèmes et le Parti Populaire au pouvoir (droite) disposant de la majorité absolue au parlement, le vote définitif pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Pour le ministre de l'intérieur, le nouveau dispositif - qui couvre un vaste champ mêlant les perquisitions, fouilles, manifestations de rue et ... prostitution - garantira « plus et mieux la sécurité citoyenne, avec d'avantage de sécurité juridique ». Pour ses opposants qui l'ont qualifiée de « loi-muselière », c'est un monstre juridique liberticide. Son objectif, estime Joaquim Bosch, porte parole de l'association de magistrats « Juges pour la démocratie » est de donner « au gouvernement un instrument pour faire taire les critiques sociales ».
Zoom:
Rassemblement contre une expulsion en 2012 (photo AFP)

Sur mesure


Ses dispositions, en tout cas, semblent clairement taillées sur mesure pour répondre aux diverses formes de protestations nées avec la crise, en accordant à l'administration un pouvoir punitif arbitraire sans précédent depuis Franco.

Contre les campements dans des lieux publics popularisés par le mouvement des Indignés en 2011-2012 et sporadiquement réitérés depuis, le texte punit le « refus de dissolution de réunions et de manifestations dans des lieux de passage public ».

Contre les rassemblements visant à empêcher les expulsions immobilières, innombrables avec la crise et combattues par différents collectifs, la nouvelle loi punit « l'obstruction visant à empêcher à toute autorité ou employé public » l'exécution des « résolutions administratives ou judiciaires ».

Contre les débordements qui ont émaillé les fins de manifestations au cours des dernières années : un article dédié à « la perturbation au déroulement d'une réunion ou manifestation », définition vague qui ouvre le champ libre aux interprétations policières.

Pour ces différentes atteintes à l'ordre public, la sanction encourue s'échelonne de 600 à 30.000 euros, selon l'humeur de l'administration. Le même tarif s'applique aux rassemblements non-autorisés aux abords du Congrès des députés, du Sénat ou des Assemblées régionales.

Contre les escalades spectaculaires de bâtiments publics, particulièrement prisées par l'organisation Greenpeace, le nouveau texte double les peines encourues en les faisant passer à 600 euros. Des militants de cette ONG n'ont d'ailleurs pas tardé à y répondre par l'escalade d'une tour de 90 mètres près de Palais de la Moncloa, résidence officielle du chef du gouvernement.
Zoom:
Affrontements à Madrid le 22 mars 2014 (photo AFP)

Soixante-six ans de salaire d'amende


On passe à une autre échelle de répression pour les fautes qualifiées de « très graves » : parmi elles, l'organisation de manifestations non autorisées dans des infrastructures publiques susceptibles de mettre en danger les personnes ou simplement de « perturber le fonctionnement des services publics » (article 35.1). Amende encourue : 600.000 euros, soixante-six ans du salaire minimum espagnol. Bon prince, la loi précise qu'elle doit tenir compte des ressources du réprimé.

Ces peines n'ont pas besoin de juge pour être prononcées. Elles sont à la discrétion du Ministère de l'intérieur pour les plus graves, voire du Secrétaire d’État à la sécurité pour les autres.

Le gouvernement affirme par cette loi sécuritaire répondre à une « demande de la population », argument qui peut sembler plaisant dans un pays surtout dévasté par un chômage de près de 30 % - 50 % dans la jeunesse et certaines régions - et par l’appauvrissement de couches entières de la dite population.

Selon la dernière étude du Centre d'études sociologiques, la question de la sécurité n'est la priorité première que pour … 0,4 % des Espagnols et l'une des trois priorités pour 2,8 % d'entre eux.

 

 

Source : www.tv5.org

 

 

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