Portugal

Vendredi 7 mars 2014 5 07 /03 /Mars /2014 14:58

 

Source : www.lemonde.fr

 

Des milliers de policiers dans la rue au Portugal

Le Monde.fr avec AFP | 07.03.2014 à 05h26 • Mis à jour le 07.03.2014 à 06h42

 
 

Plus de 15 000 policiers en colère, selon le décompte des organisateurs, ont défilé jeudi 6 mars à Lisbonne contre les coupes dans leurs salaires, avant de manifester devant le Parlement dans un climat tendu, face à leurs collègues en uniforme. Des manifestants sont parvenus à forcer les barrières de sécurité dressées par les forces de l'ordre, occupant brièvement les premières marches d'accès au Parlement.

 

 

 

Selon Rui Costa, porte-parole de la police de Lisbonne, la manifestation s'est soldée par dix blessés parmi les policiers et les manifestants, dont deux ont été hospitalisés, et deux interpellations. Un millier d'agents avaient été déployés pour tenter d'empêcher les débordements qui s'étaient produits lors de la dernière manifestation des policiers en novembre, qui avaient coûté sa place au directeur de la police nationale. Les policiers avaient lancé un ultimatum pour exiger que les protestataires quittent les marches, et les organisateurs avaient lancé un appel au calme.

A l'intérieur du bâtiment, la présidente du Parlement, Assunçao Esteves, a accepté de recevoir une délégation de représentants des forces de l'ordre. Peu avant, les protestataires avaient défilé entre le centre de la capitale et l'Assemblée nationale aux cris de « Gouvernement prends garde, les policiers sont en colère ! ». D'autres ont exprimé leur ras-le-bol sifflets à la bouche ou en entonnant l'hymne national.

 

 « ON M'A DÉJÀ RETIRÉ 200 EUROS DE MON SALAIRE »

 

 

Des affrontements entre agents des forces de l'ordre ont fait dix blessés. Les manifestants protestaient contre les coupes dans leurs salaires.

 

Cette manifestation, convoquée notamment par les syndicats de la police nationale, de la gendarmerie et des gardiens de prison, a été décidée après plusieurs réunions jugées infructueuses avec le ministre de l'intérieur, Miguel Macedo. A l'issue de ces négociations, les agents des forces de l'ordre n'ont obtenu qu'une modeste revalorisation de 25 euros de leur prime mensuelle d'entretien d'uniforme. « C'est une miette, surtout quand on compare aux 150 euros de primes que nous avons perdus », a affirmé José Alho, responsable de l'Aspig, une association représentant les gendarmes.
 

« Depuis janvier, on m'a déjà retiré près de 200 euros de mon salaire. Et je ne compte plus les coupes appliquées depuis trois ans ! » a témoigné Antonio Ferreira, un gendarme venu de Coimbra (centre du pays). « J'ai une femme et trois enfants à nourrir. On a des crédits pour payer la maison et la voiture contractés avant le début de la crise. On ne s'attendait pas à ce changement de situation. C'est difficile de joindre les deux bouts », a raconté un autre policier. « Je suis certain que ceux qui nous gouvernent n'ont pas idée de la réalité des gens, des difficultés du quotidien », a lancé Joao Oliveira, 50 ans, qui a fait le déplacement depuis Aveiro (centre).

Le programme de rigueur budgétaire draconien auquel le Portugal est soumis en échange d'un plan d'aide internationale a suscité la grogne de la population, mais les syndicats avaient peiné à mobiliser ces derniers temps. Pour cette année, le gouvernement a approuvé des coupes sévères dans les salaires des fonctionnaires et les retraites.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

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Jeudi 5 décembre 2013 4 05 /12 /Déc /2013 17:13

 

Source : lhumanite.fr

 

Monde - le 4 Décembre 2013

C'est un scandale!

 Au Portugal, les plus riches s’éclatent avec l’austérité

 

 

 

Alors que la pauvreté explose, les 25 Portugais les plus riches ont vu 
leur fortune croître 
de 16 % en 2013.  

Les Bruxelles boys sont de retour aujourd’hui à Lisbonne. Les hommes en noir de la troïka (FMI, Banque mondiale et Commission européenne) vont scruter, à l’euro près, les finances publiques portugaises. Pour s’assurer qu’en contrepartie de « l’aide financière » de 78 milliards d’euros accordée aux autorités en mai 2011, le corset budgétaire est bien serré. Faut-il encore l’écrire, cette aide a été conditionnée à un vaste programme d’austérité aux conséquences dévastatrices pour l’économie nationale et pour l’écrasante majorité des Portugais. Le chômage flambe et près de 18 % de la population est désormais au bord de la pauvreté. Il faut ramener le déficit public à 4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2014, contre 5,5 % en 2013, enjoint la troïka. Alors la poste portugaise est livrée aux spéculateurs avec une mise en Bourse jeudi de 70 % de son capital. Les fonctionnaires subiront des baisses de salaire allant de 2,5 % à 12 % après avoir vu leurs retraites amputées. Les allocations chômage, les salaires, les retraites ont fondu tandis que la TVA, l’impôt le plus injuste, est montée en flèche. Pauvres, serrez-vous la ceinture ! Et pendant ce temps, 
les grandes fortunes s’engraissent.

 

Les plus riches pèsent l'équivalent de 10% du PIB

Les 25 personnes les plus riches ont vu leur fortune croître de 16 % en 2013, selon le palmarès (sic) du magazine Exame. Cette caste cumule à elle seule 16,7 milliards d’euros, pesant l’équivalent de 10 % du PIB, contre 8,4 % l’année passée. « Même en temps de crise, les grosses fortunes continuent à s’accroître », croit bon de rappeler la revue, qui précise que ces gains ont pour origine l’activité en Bourse des plus nantis. Ainsi, l’homme le plus riche du Portugal, Americo Amorim, a vu sa fortune doubler, atteignant désormais 4,5 milliards d’euros, grâce à la flambée des titres du groupe Amorim, premier producteur mondial de bouchons de liège, et du pétrolier Galp Energia. Il coiffe ainsi au poteau le géant de la distribution alimentaire, Alexandre Soares dos Santos, qui devra se contenter de la deuxième place avec 2,2 milliards d’euros. La famille Guimaraes de Mello n’est que sur la troisième marche du podium avec 1,7 milliard d’euros.

 

 

 

Au Portugal, le deux poids, deux mesures est « l’autre » politique de rigueur. Les plus pauvres paient la facture la plus lourde de la crise tandis que les grandes entreprises et les arrogantes fortunes ont bénéficié des généreux cadeaux fiscaux consentis par les gouvernements successifs, de droite ou sociaux-démocrates. Alors que le pays retrouve les pics d’émigration des années soixante, Lisbonne tente d’attirer investisseurs et retraités étrangers par des promesses fiscales alléchantes. Enfin, l’Union européenne, si pointilleuse sur l’austérité budgétaire, ne s’est jamais préoccupée des paradis fiscaux en son sein. À commencer par l’île portugaise de Madère.

 

 

 

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Mardi 12 novembre 2013 2 12 /11 /Nov /2013 18:50

 

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mediapart.fr

A genoux, le Portugal ferme les yeux sur l'«argent sale» venu d'Angola

|  Par Ludovic Lamant

 

 

La revanche du colonisé ? Des hommes d'affaires angolais font leurs courses au Portugal, multipliant les achats dans les banques ou l'immobilier, sur fond de crise de l'ancienne métropole. Parmi eux, Isabel Dos Santos, fille du président angolais. Des observateurs à Lisbonne s'inquiètent des origines douteuses de certains capitaux.

De notre envoyé spécial à Lisbonne

Opération apaisement à Luanda : quatorze députés portugais se sont rendus cette semaine dans la capitale angolaise pour tenter de décrisper les relations entre Lisbonne et son ancienne colonie. À l'exception du Bloc de gauche (extrême gauche), toutes les formations politiques ont fait le déplacement, oppositions socialiste et communiste comprises. « Ce serait hypocrite de dire que nous n'avons pas l'intention de renforcer l'affirmation d'une fraternité incontournable entre les peuples portugais et angolais », a déclaré la présidente de l'assemblée portugaise, Assunção Esteves, qui était elle-même du voyage, preuve de l'importance de cette mission délicate.

Le ministre des affaires étrangères portugais avait cru bien faire, mi-septembre, en formulant des « excuses diplomatiques » à l'intention de l'Angola à propos d'une enquête en cours visant des officiels angolais au Portugal, mais sa sortie inattendue a eu l'effet inverse : tout s'est en fait compliqué entre Lisbonne et Luanda. Le président angolais, José Eduardo Dos Santos, en poste sans interruption depuis 1979, a jugé, lors de son discours sur l'état de la Nation, le 15 octobre, que les conditions pour un « partenariat stratégique » n'étaient plus réunies.

Le 21 octobre, le Journal d'Angola, quotidien officiel du régime de Luanda, dénonçait dans un éditorial intitulé « Adieu lusophonie », une « agression intolérable ». Il avait déjà estimé, plusieurs semaines auparavant, que le Portugal n'avait pas à « donner de leçons » à ses anciennes colonies.

Que s'est-il passé ? Rui Machete, le ministre des affaires étrangères portugais, avait expliqué sur les ondes d'une radio angolaise qu'il n'y avait « rien de fondamentalement digne d'intérêt » dans une enquête en cours portant sur des soupçons de blanchiment d'argent à l'encontre d'officiels angolais. À ses yeux, la procédure ne devrait déboucher sur aucune inculpation. Et le ministre de formuler des « excuses » auprès de Luanda, pour le préjudice soi-disant subi par le pays.

Scandale immédiat à Lisbonne, où des hommes politiques et des éditorialistes ont fermement désapprouvé l'attitude de soumission du ministre. Ce qui, par ricochets, a vexé le pouvoir à Luanda, qui s'est senti « agressé » par ce débat explosif autour de la relation de dépendance qui relie l'ex-métropole proche de la faillite à son ancienne colonie en pleine ascension économique.

« Ce sont des déclarations qui ont beaucoup choqué, de la part d'un ministre des affaires étrangères », avance Ana Gomes, une eurodéputée socialiste portugaise. « D'abord parce qu'un ministre, dans un État de droit, n'a pas à se prononcer sur l'avancée d'une enquête menée par la justice et ensuite parce que c'est humiliant pour les Portugais, et totalement contre-productif. » Le PS, dans l'opposition, a exigé – en vain – la démission de Machete.

 

José Eduardo Dos Santos © Reuters. 
José Eduardo Dos Santos © Reuters.


Pour Jorge Costa, un dirigeant du Bloc de gauche, « Rui Machete n'a fait qu'exprimer la subordination du gouvernement portugais au pouvoir angolais, qui dure depuis longtemps ». La sortie du ministre a en tout cas dévoilé au grand jour une réalité douloureuse, que nombre de dirigeants lisboètes préféraient taire jusqu'à présent : la crise a rendu le Portugal extrêmement dépendant de l'Angola pour sa survie économique.

Une « revanche » de l'Histoire, veulent croire certains médias, qui s'explique avant tout par le décalage brutal entre les deux pays. Avec un taux de chômage autour de 17 % et une récession toujours en cours (-1,8 % attendu pour 2013), aggravée à court terme par une politique d'austérité musclée, Lisbonne semble prête à tout pour attirer des investissements étrangers. À l'inverse, Luanda affiche des taux de croissance impressionnants (proches de 15 % au cours des années 2000), grâce aux cours du pétrole qui s'envolent et à la vente de diamants, et se trouve courtisée par des investisseurs de Chine ou du Brésil.

Symbole de cette inversion des rôles, la balance commerciale du Portugal vis-à-vis de l'Angola, encore positive en 2012, a basculé dans le rouge sur les six premiers mois de 2013. Lisbonne importe désormais davantage de pétrole angolais qu'elle ne parvient à écouler ses produits dans son ancienne colonie. Parallèlement, les investissements angolais au Portugal, difficiles à chiffrer, affichent une progression croissante depuis le début des années 2000. 

Sauf que l'Angola n'est pas seulement une ex-colonie portugaise, peuplée de 19 millions d'habitants et sortie d'une longue guerre civile à partir de 2002. C'est aussi l'un des États autoritaires les plus corrompus de la planète, qui pointe à la 157e place du classement de Transparency International (sur 176), dirigé dans une totale opacité par la famille Dos Santos et le parti présidentiel du MPLA.

La « revanche du colonisé » est plus qu'ambiguë. Bon nombre d'« investissements » angolais, dans l'immobilier de luxe sur le littoral ou dans les banques, sont douteux et ne profitent qu'à un petit cercle d'entrepreneurs proches du pouvoir, à Luanda. Plusieurs interlocuteurs contactés par Mediapart à Lisbonne décrivent un système vertigineux où le Portugal sert de plaque tournante du blanchiment d'argent sale pour des nouveaux riches angolais.

Isabel Dos Santos, la « fille à papa »

« Ils achètent des entreprises, ils lavent leur argent, ils s'emparent de médias portugais », s'inquiète la socialiste Ana Gomes, l'une des rares voix dissonantes au sein du PS portugais. La formation de José Sócrates s'était montrée, lorsqu'elle était au pouvoir jusqu'en 2011, peu regardante avec les investissements des proches du régime angolais. 

« Le Portugal est la seule ancienne métropole d'Europe qui se trouve utilisée par l'élite économique de son ancienne colonie comme un point d'appui pour l'accumulation, le blanchiment et le recyclage de ses capitaux », estime de son côté Jorge Costa, du Bloc de gauche, qui s'apprête à publier un livre, en début d'année prochaine, sur « les propriétaires angolais du Portugal ».

Pour l'ex-journaliste portugais Pedro Rosa Mendes, désormais universitaire à l'EHESS, cette pratique de blanchiment des capitaux remonte à plus loin que la crise actuelle. Elle s'amorce en fait dès la fin des années 1990, lorsque l'Angola, alors en pleine guerre civile, ouvre de nouvelles concessions sur ses réserves pétrolières. La décision entraîne l'explosion de la production d'or noir dans le pays, renfloue les caisses de l'État et renforce d'un coup son influence sur la scène internationale. La récession des pays d'Europe du Sud, à partir de 2008, n'a fait qu'accélérer la grande transformation des relations entre l'Angola et le Portugal.

Combien sont-ils à ainsi vouloir faire main basse sur les joyaux de l'ancienne métropole ? Des familles proches de la présidence à Luanda – quelques centaines de personnes tout au plus – sont à l'offensive, qui disposent de visas angolais et portugais. « Les journaux parlent des “cercles présidentiels”. Mais c'est avant tout Dos Santos lui-même, et sa propre famille, qui figurent aux avant-postes », estime Pedro Rosa Mendes.

 

Isabel Dos Santos en couverture de l'hebdomadaire portugais Visão 
Isabel Dos Santos en couverture de l'hebdomadaire portugais Visão

Sa « propre famille », et surtout la fille aînée : Isabel Dos Santos, 40 ans, diplômée du King's College de Londres, la seule femme milliardaire d'Afrique, est l'un des personnages clés de cette sulfureuse saga post-coloniale. À en croire la presse officielle angolaise, elle serait la preuve vivante que l'Angola, pays où 70 % des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour, peut aussi fabriquer des success stories au cœur de la finance internationale.

L'héritière, née d'un premier mariage de Dos Santos, détient aujourd'hui au Portugal un portefeuille d'actifs vertigineux. En quelques années, elle s'est emparée de la moitié du capital d'un géant des télécoms (issu de la fusion entre ZON et Optimus) et d'une bonne part de la banque portugaise BPI – dont elle est, à hauteur de 19,4 %, la deuxième actionnaire. Elle est aussi présente au conseil d'administration d'un autre établissement financier, BIC Portugal, et possède des parts dans Amorim Energia, qui contrôle près de 40 % de Galp, l'un des principaux groupes gaziers et pétroliers d'Europe.

« La princesse » est aujourd'hui la troisième personne la plus riche par la valeur de son portefeuille d'actions cotées à la bourse de Lisbonne. Avec une fortune estimée à 1,7 milliard de dollars, elle est devenue incontournable dans le paysage économique portugais. À première vue, difficile de ne pas se réjouir de l'arrivée massive de ces capitaux frais, alors que le pays est exsangue…

Mais l'affaire se complique si l'on s'intéresse aux origines douteuses de la fortune d'« Isabel ». C'est ce qu'a tenté de faire le magazine américain Forbes dans une enquête fleuve publiée en septembre dernier, qui a fait beaucoup de bruit à Lisbonne – un peu moins à Luanda (à lire ici). Sa conclusion est imparable : « La fille à papa » est une créature inventée de toutes pièces par son père afin d'accaparer, au profit de son « clan », une partie des revenus des biens publics, du pétrole aux diamants, avant de sécuriser cet argent à l'étranger – destination Portugal. 

Les diamants ? C'est sur décision du président angolais qu'est renégocié, à la fin des années 1990, le partenariat public-privé qui exploite les mines du nord du pays. La fille aînée du président empochera alors une part de 24,5 % de la société, dont on ignore tout du financement, et qu'elle revendra par la suite à sa mère. Idem pour le secteur des télécoms : Isabel Dos Santos obtient 25 % du géant Unitel, après la décision de son père d'en privatiser une partie, au début des années 2000. Là encore, impossible de savoir combien l'intéressée a payé, mais sa part est aujourd'hui valorisée à un milliard de dollars…

Un débat étouffé au Portugal

À partir de 2005, elle va aussi faire fortune dans la banque, prenant un quart des parts de l'établissement BIC Angola, qui profitera, notamment, de prêts massifs, à des taux très confortables, au gouvernement angolais… La liste est encore longue, de ces opérations menées en toute opacité, mais qui finissent toujours par enrichir la fille du président, en un temps record : Isabel Dos Santos est devenue milliardaire en moins de dix ans.

 

Isabel Dos Santos et les entreprises où elle a pris des parts au Portugal. 
Isabel Dos Santos et les entreprises où elle a pris des parts au Portugal.

« Les holdings d'Isabel Dos Santos ne sont pas de simples actifs qu'elle accumule en prévision des mauvais jours. Ils dégagent de jolis dividendes, qui lui permettent d'acquérir davantage d'actifs dans des activités qui n'ont pas de rapport avec l'exploitation des biens angolais, par exemple sa part de 500 millions de dollars dans le groupe de médias portugais ZON », écrivent les deux auteurs de l'enquête. L'un d'eux, Rafael Marques, journaliste angolais qui anime le site anti-corruption Maka Angola, connaît plusieurs démêlés judiciaires avec Luanda.

Aux côtés d'Isabel Dos Santos, d'autres « entrepreneurs » angolais font leurs courses au Portugal, à l'instar du général « Kopelipa », un ministre influent à Luanda, qui a mis de l'argent dans les vins et les banques de l'ancienne métropole. À chaque fois, le principe est identique : ces hommes et ces femmes, profitant de relations privilégiées avec le président, ont fait fortune dans des conditions douteuses en Angola et s'emparent d'actifs portugais majeurs, sur fond d'accélération de la crise à Lisbonne.

« Le Portugal a un rôle stratégique pour le pouvoir angolais : il permet à l'élite économique et politique de se ménager une porte de sortie en cas de changement de régime, avec une partie de leurs richesses stockées au Portugal. Mais c'est aussi un pays qui leur sert de “laverie” pour les capitaux angolais douteux », résume Jorge Costa.


 

Un rapport, publié en 2011 par l'ONG Global Witness, passe en revue les comptes – particulièrement opaques – de l'industrie pétrolière en Angola. Il établit notamment qu'il existe une différence de pas moins de 87 millions de barils d'or noir, sur le total de la production de l'année 2008, selon les registres établis par le ministère du pétrole et ceux du ministère des finances… Un exemple parmi d'autres des failles institutionnelles, qui peuvent favoriser le détournement d'argent public.

Malgré l'ampleur des manœuvres, c'est à peine si le débat secoue la scène portugaise. L'affaire des « excuses diplomatiques » de Rui Machete n'a fait que l'effleurer et l'intéressé a fini par échapper à la démission. « Tous les dirigeants politiques portugais, au pouvoir ou dans l'opposition, ont entretenu des liens avec les forces angolaises, d'un côté ou de l'autre du conflit », précise Pedro Rosa Mendes.

À l'origine d'obédience marxiste-léniniste, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) a adhéré à l'Internationale socialiste en 2003. Il entretient donc des liens étroits avec les communistes et les socialistes, mais aussi les sociaux-démocrates (droite) portugais aujourd'hui au pouvoir. « Le MPLA a toujours su s'adapter au contexte au fil des générations et changer d'alliances selon les évolutions géopolitiques », poursuit Pedro Rosa Mendes.

D'après le décompte effectué par Jorge Costa, depuis le retour du Portugal à la démocratie, en 1974, 26 ministres et secrétaires d'État portugais ont occupé ou continuent d'occuper des postes dans des entreprises angolaises, après leur passage par un ministère public. L'actuel premier ministre, Pedro Passos Coelho, a passé une partie de son enfance en Angola. La presse portugaise spécule également sur l'existence d'un « lobby angolais » au sein du gouvernement, constitué de plusieurs ministres ayant vécu à Luanda dans leur enfance.

En 2006, le chef de gouvernement socialiste, José Sócrates, avait quant à lui effectué un retentissant voyage diplomatique à Luanda, emmenant dans ses bagages non seulement dix ministres, mais aussi soixante-dix-huit chefs d'entreprise portugais. « Il est difficile d'observer une différence sur la politique angolaise, entre les socialistes et les sociaux-démocrates », résume Lisa Rimli, ex-responsable de l'Angola au sein de Human Rights Watch et qui continue de s'y rendre régulièrement.

L'Union européenne mise en cause

Autre explication de la faible intensité de ce débat presque tabou : des entrepreneurs se sont mis à racheter des médias portugais, qui tendent, du coup, à évacuer le sujet. C'est le cas d'Alvaro Sobrinho, homme d'affaires de Luanda très en vue à Lisbonne, qui s'est emparé via sa holding, Newshold, d'actifs prestigieux dans le secteur des journaux en crise. Il a ainsi racheté à 100 % l'hebdomadaire Sol et le quotidien i, tandis qu'il grignote des parts dans des groupes qui publient d'autres titres, comme les hebdomadaires Visão et Expresso.

Il faut aussi compter sur l'« auto-censure », selon l'expression de Lisa Rimli, d'une partie du monde économique, en particulier des PME portugaises, inquiètes de perdre des marchés à l'exportation si le débat sur l'origine des fonds angolais devait s'intensifier. En clair : la gravité de la crise fournit une excuse idéale pour ne pas regarder de trop près la couleur de l'argent.

Ceux qui s'aventurent tout de même à critiquer sur la place publique cette cascade d'investissements, prennent alors le risque de se faire taxer de « racistes » ou de « néo-colonialistes » par Luanda. « Je suis anti-colonialiste par conviction », prend ainsi soin de préciser Daniel Oliveira, un journaliste à l'Expresso, en ouverture d'un texte dans lequel il dénonce le silence qui accompagne les placements angolais dans le pays. « Il ne s'agit pas de discriminer les Angolais parce qu'ils sont angolais, mais d'exiger des garanties sur la provenance de l'argent dans certains cas », renchérit la socialiste Ana Gomes.

 

José Manuel Barroso et José Eduardo dos Santos à Luanda, le 19 avril 2012 © CE. 
José Manuel Barroso et José Eduardo dos Santos à Luanda, le 19 avril 2012 © CE.


Si la gêne domine à Lisbonne, d'autres institutions brillent aussi par leur absence. Sur ce dossier, l'Europe est muette. Marcolino Moco, un ancien premier ministre angolais (1992-1996), devenu l'un des plus féroces adversaires de Dos Santos, s'est récemment interrogé sur les silences de l'Union européenne : « Pour préserver ses intérêts économiques avec l'Angola, l'Europe ferme les yeux sur toutes ces malversations. »

Pour l'eurodéputée socialiste Ana Gomes, l'Europe serait même complice de cette opération : « L'austérité et les programmes de privatisation exigés à Lisbonne par l'Europe ont eu pour effet d'aggraver la dépendance du Portugal envers l'Angola. Non seulement l'Europe ne dit rien, mais elle pousse encore plus dans cette direction ! »

Ce n'est en tout cas pas du côté de la commission européenne qu'il faudra attendre une réaction, d'ici les élections européennes de l'an prochain. Son patron depuis 2004, José Manuel Barroso, fut l'un des premiers ministres portugais les plus proches du régime de Dos Santos. En 2003, il s'était rendu à Luanda avec dix de ses ministres. En tant que président de la commission, il a effectué une visite de deux jours en Angola, en avril 2012, pour renforcer la coopération de l'UE avec Luanda.

Barroso fut même l'un des invités de choix du mariage, en 2003, d'une autre fille du président angolais, Tchizé Dos Santos. Cette dernière, plus discrète que sa demi-sœur Isabel, vient d'ailleurs d'acheter 30 % d'une société portugaise d'emballage de fruits.

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Samedi 26 octobre 2013 6 26 /10 /Oct /2013 22:17

 

 

lemonde.fr

Des milliers de manifestants anti-austérité défilent au Portugal

Le Monde.fr avec AFP | 26.10.2013 à 18h13 • Mis à jour le 26.10.2013 à 19h22

 

 

Manifestation contre l'austérité au Portugal, un des pays les plus affectés par la politique d'austérité prônée par les bailleurs de fonds internationaux.

 

Plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Lisbonne, samedi 26 octobre, pour protester contre la politique de rigueur menée au Portugal en échange de l'aide financière accordée par la troïka des créanciers – qui rassemble l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

Lire : La "troïka" observe à la loupe l'économie portugaise

Des rassemblements se déroulaient également à Porto et dans une douzaine d'autres villes du pays, à l'appel du mouvement citoyen "Que la troïka aille se faire voir", issu de la mouvance des Indignés.
 

"Il y a une issue : gouvernement à la rue", "l'euro coule le pays, référendum tout de suite", "non à la troïka, non à la faim", pouvait-on lire sur les banderoles et les affiches brandies par la foule réunie à Lisbonne. Les manifestants se sont rassemblés dans le centre historique de la capitale portugaise avant de défiler dans le calme en direction du Parlement.

 

NOUVELLES MESURES D'AUSTÉRITÉ

Les protestataires entendaient dénoncer les nouvelles mesures d'austérité annoncées pour l'an prochain dans le cadre du programme de rigueur négocié par le Portugal avec l'Union européenne et le FMI, en échange d'un prêt de 78 milliards d'euros accordé en mai 2011.

Pour atteindre les objectifs fixés par ses bailleurs de fonds et ramener le déficit public à 4 % du PIB en 2014, le gouvernement de centre droit avait présenté le 15 octobre un projet de budget prévoyant des économies et des recettes supplémentaires de 3,9 milliards d'euros.

Au départ du cortège, la mobilisation semblait nettement moins importante que lors des manifestations organisées par ce même mouvement le 15 septembre 2012 puis le 2 mars, auxquelles avaient participé des centaines de milliers de personnes.

La tension sociale devrait néanmoins continuer de monter au cours des prochaines semaines, les syndicats ayant déjà annoncé de nouvelles manifestations et une série de grèves dans le secteur public.

 

 

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Lundi 30 septembre 2013 1 30 /09 /Sep /2013 19:10

 

 

mediapart.fr

La crise et le vote : après les élections municipales au Portugal

|  Par Philippe Riès

 

 

Du soulèvement de la jeunesse de mars 2011 à la victoire surprise, à Porto, de l'indépendant Rui Moreira aux municipales de dimanche, le Portugal cherche en tâtonnant une nouvelle expression politique. Mais la « partitocratie », comme ailleurs, résiste.

 

Bien avant les « Indignés » de la Puerta del Sol à Madrid, la jeunesse urbaine et souvent diplômée du Portugal, première victime, comme partout en Europe, d’une crise économique et sociale sans équivalent depuis les années trente du siècle dernier, avait fait éclater le cadre traditionnel de la protestation avec le mouvement « Geraçao à rasca ». Sans trouver la voie d’un débouché politique. La victoire surprise dimanche 29 septembre à Porto, deuxième ville du pays, d’un candidat véritablement indépendant, contre les machines politiques des partis du « bloc central », le PSD (centre droit) au « pouvoir » et le PS (centre gauche) dans « l’opposition », écrit une page nouvelle d’une histoire paradoxale, celle de la résistance des structures politiques traditionnelles aux bouleversements systémiques révélés par la crise.

« Pouvoir » et « opposition » bien relatifs, ce qui justifie ces guillemets, puisque le gouvernement de coalition du PSD-CDS de Pedro Passos Coelho est essentiellement voué depuis sa naissance au printemps 2011 à la mise en œuvre du mémorandum signé par le gouvernement « socialiste » sortant de José Socrates avec les bailleurs de fonds internationaux du pays. La troïka UE-FMI-BCE était d’ailleurs de nouveau à Lisbonne pour ce week-end électoral, à la veille d’une nouvelle évaluation conditionnant le déboursement des dernières tranches du programme d’appui financier de 78 milliards d’euros qui prend fin en avril 2014.

 

Rui Moreira, vainqueur à Porto  
Rui Moreira, vainqueur à Porto © DR

 « Si les partis n’ont pas compris ce qui s’est passé ici aujourd’hui, alors c’est qu’ils n’ont rien compris », a lancé dans son allocution victorieuse Rui Moreira, un novice en politique venu de la société civile, qui a écrasé le favori des sondages, de l’establishment politique et des commentateurs lisboètes avertis, le « dinosaure » du PSD Luis Felipe Menezes, qui voulait traverser le Douro pour prolonger à Porto un règne ruineux à Vila Nova de Gaia. Tout aussi notable a été l’incapacité du candidat du PS à exploiter ce qui pouvait apparaître comme une simple division de la « droite », le maire sortant PSD Rui Rio ayant joué un rôle important dans la défaite de son ennemi (et néanmoins camarade de parti) Menezes.

Tout aussi intéressant est le fait que le triomphe de Rui Moreira, président de la plutôt poussiéreuse Association commerciale de Porto, ne soit pas celui de la démagogie et du populisme, au contraire de l’apanage du candidat « officiel » Menezes qui, après avoir placé Gaia au bord de la faillite (deuxième dette municipale du pays), avait fait exploser à Porto le plafond légal des dépenses électorales, promettant la lune aux quartiers déshérités et étant même accusé d’achat de votes, comme un Serge Dassault au petit pied. « Nous avons toujours dit que nous n’étions pas contre les partis mais que les partis ne se comportaient pas bien, et cette élection est un signal clair donné par Porto que l’on peut faire autrement et que les partis doivent être différents », a insisté Moreira. 

Discours qui, remarquablement, trouvait un écho dans les propos de l’autre triomphateur de la soirée, le maire de Lisbonne Antonio Costa, réélu pour un troisième (et dernier mandat), avec, pour la première fois, plus de 50 % des suffrages accordés par les électeurs à sa « majorité plurielle » autour du PS, aussi bien pour l’exécutif (camara) que l’assemblée municipale, le parlement des communes. Et arrivant en tête dans les 24 « freguesias » de la capitale. Il faut rappeler que pour ces élections municipales l’électeur portugais devait mettre trois bulletins dans l’urne, pour l’équipe dirigeante du « conseil » (municipalité), l’assemblée et les mairies de quartier, avec un mode de scrutin proportionnel.  Antonio Costa, qui avait refusé en 2012 de se lancer dans la course à la présidence du PS, laissant la place au très falot José Antonio Seguro, a invité les partis à « réfléchir », sur la base des résultats, « à leur ouverture à la société, aux mouvements, aux citoyens ».

Au-delà de la poussée, à Porto et ailleurs, des nombreuses listes indépendantes, qui dépassent les 6 % à l’échelon national (mais certaines ne sont que des dissidentes de partis établis), ces élections municipales auront vu un renouvellement sans précédent de la classe politique locale, la moitié des 308 conseils et des 3 091 mairies de quartier devant changer de tête. Renouvellement aidé par deux changements institutionnels : la loi prohibant plus de trois mandats locaux consécutifs et une réforme administrative réduisant d’un petit millier le nombre de « freguesias ». À Porto, Menezes était le plus emblématique de ces « dinosaures » qui tentaient de contourner la loi en se présentant dans une commune voisine, et dont une poignée a d’ailleurs réussi son coup, avec la complicité des ineffables juges du Tribunal constitutionnel. Dans la grande majorité des cas, les électeurs ont sagement désavoué les juges.

Le retour de l'Alentejo « rouge »"

À l’inévitable question de l’interprétation nationale de résultats locaux, le premier ministre Pedro Passos Coehlo, avec le masochisme ou la candeur voltairienne qui le caractérise, avait admis par avance une « lecture nationale » de ces élections. Et tout fait pour se tirer une balle dans le pied, en mettant lui-même sur la place publique des repoussoirs électoraux, comme de nouvelles coupes sur les pensions des retraités ou la perspective d’un deuxième plan de secours international dans le cas, pas du tout exclu, où le Portugal ne réussirait pas l’indispensable retour sur les marchés financiers d’ici au printemps prochain.

Dimanche soir, il a reconnu sans barguigner la défaite du PSD, ce qui allait de soi, mais aussi félicité pour sa victoire le Parti socialiste, ce qui est beaucoup plus discutable. N’en déplaise aux simplificateurs primaires, notamment parisiens, le Portugal n’est pas la Grèce, ce qui s’est vérifié une nouvelle fois dans les urnes. Ni même la France. Pas de poussée populiste, nationaliste ou xénophobe. Une sanction sévère mais pas d’effondrement pour la coalition au pouvoir.

Par rapport aux élections municipales de 2009, le PS n’enregistre aucune progression en nombre de voix, en dépit de la contribution décisive d’Antonio Costa à Lisbonne. Il gagne le plus grand nombre de conseils et va reprendre au PSD, pour ce que cela vaut, la présidence de l’assemblée nationale des municipalités. Il remporte Gaia, où il peut dire merci à l’héritage calamiteux du « dinosaure » Menezes, Sintra (deuxième conseil du pays en nombre d’électeurs) d’un souffle et Coimbra. Mais il subit aussi quelques échecs significatifs. Outre le ratage de Porto, les candidats du PSD, en dépit du handicap « national », sont parvenus à mettre fin à des dizaines d’années de règne socialiste dans des capitales de district au nord du pays comme Guarda et Braga. Et au sud, le grand retour de l’Alentejo rouge se fait au détriment des socialistes. 

Organisation frontiste du Parti communiste portugais (avec une pincée d’écologistes), la CDU arrache au PS, grâce d’ailleurs à des « dinosaures » venus de Serpa et Montemor, deux capitales de district, Béja et Evora. Et reconquiert quelques bastions historiques, dont la glorieuse Grandola. Plus significative encore, la victoire sans appel des communistes à Loures, banlieue ingrate du nord de Lisbonne, où la liste socialiste perd la moitié de son pourcentage (60 %) de 2009. Dans ces conditions, parler, comme Antonio José Seguro, d’un « renouveau de confiance » du peuple portugais dans le Parti socialiste est aller très vite en besogne. « Inseguro Seguro » (fragile Seguro) plaisantait d’ailleurs un commentateur en estimant que Antonio Costa ne ferait le moment venu qu’une bouchée du « leader » du PS, à moins que le maire de Lisbonne ne s’en tienne aux visées plus lointaines qu’on lui prête sur la présidence de la République.

Nier le poids de l'équation personnelle dans des élections locales est aussi vain que d’en refuser toute « lecture nationale ». À Oeiras (lire ici), ce mélange de Neuilly et Levallois au bord du Tage, le véritable vainqueur des élections municipales est…derrière les barreaux. La clientèle locale d’Isaltino Morais, finalement embastillé au terme d’un inénarrable feuilleton judicaire, a accordé une courte avance à son homme de paille et adjoint dans l’équipe sortante Paulo Vistas, tête d’affiche du mouvement indépendant « Isaltino Oeiras Mais A Frente ». Des partisans de l’ancien maire sont allés faire la fête sous les murs de la prison de Carregueira où il se morfond, privé de ses cigares cubains favoris, depuis le 24 avril dernier. De la même manière, la déroute du PSD (perte de 7 conseils sur 11, dont la capitale Funchal) dans la région autonome de l’île de Madère est avant tout l’échec personnel du caudillo local, Alberto Joao Jardim, dont l’autoritarisme brouillon, dispendieux et populiste s’est enfin heurté à un front uni de toutes les autres formations politiques et de candidats indépendants.

À court terme, l’impact de ces élections municipales sur le fonctionnement gouvernemental sera négligeable. Pedro Passos Coelho a récusé toute idée de démission et même de changement d’orientation de la coalition PSD-CDS et il peut compter sur l’appui du président de la République Anibal Cavaco Silva (investi du pouvoir constitutionnel de révoquer le gouvernement) qui a écarté la question d’un haussement des épaules. D’autant que le CDS de Paulo Portas sort plutôt renforcé du vote de dimanche, ayant mis fin à un long déclin dans les scrutins locaux et à sa « solitude municipale » en passant de un à cinq (petits) conseils. À moyen et long terme, la question cruciale de la « politique autrement » reste posée, au Portugal comme ailleurs dans les vieilles démocraties européennes.

L’agenda politique national et gouvernemental lisboète continuera à être dominé par l’achèvement du programme d’ajustement inscrit dans le mémorandum négocié en 2011 avec le « bloc central », PSD-CDS et PS. Sous la menace, en cas d’échec, d’un second plan de secours, que certaines sources évaluent déjà à quelque 50 milliards d’euros sur trois ans (jusqu’en 2017) et dont la « conditionnalité » pourrait être encore plus dure concernant la réforme structurelle de l’État que l’équipe actuelle n’a fait qu’entamer. Dans l’immédiat, ce qui est important, comme le faisait remarquer le directeur adjoint du quotidien Publico Miguel Gaspar, est de savoir « pour qui a voté la troïka, pour qui voteront les marchés ».

 


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Lundi 16 septembre 2013 1 16 /09 /Sep /2013 19:00

 

 

Le Monde.fr avec AFP

16.09.2013 à 16h41

 
 

 

Syndicats, patronat et opposition sont unanimes à réclamer davantage de souplesse pour les comptes.

 

Alors que l'austérité fait l'objet de critiques de plus en plus dures et menace la cohésion politique, la troïka des créanciers du Portugal (UE, FMI, BCE) a commencé lundi 16 septembre à étudier à la loupe le programme de rigueur du pays sous perfusion financière.

Le vice-premier ministre, Paulo Portas, compte à cette occasion demander à la troïka de revoir sa copie et de porter l'objectif de déficit de 4 % à 4,5 % du PIB en 2014. Mais les créanciers, qui doivent se prononcer sur le déblocage d'une nouvelle tranche de crédit de 5,5 milliards d'euros, semblent peu enclins à faire un geste. Le débat sur l'excès d'austérité, et la mise sous tutelle financière liée à l'octroi d'un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros en mai 2011, domine la campagne pour les élections municipales qui auront lieu le 29 septembre.
 

"C'est vexant et humiliant pour une nation vieille de neuf siècles de devoir dépendre de ceux qui lui prêtent de l'argent quand elle est au bord du précipice", a lancé dimanche lors d'une réunion électorale M. Portas. "Dans ma vie, j'ai déjà vu trois fois le FMI au Portugal. J'espère que cette fois-ci aura été la dernière fois que le Portugal a dû céder une partie de sa souveraineté à des tiers", a-t-il déclaré.

Syndicats, patronat et opposition sont unanimes à réclamer davantage de souplesse pour les comptes. "Le Portugal s'en sortira seulement s'il obtient plus de temps pour équilibrer ses comptes publics. Il faut dire cela à la troïka", a insisté Antonio José Seguro, secrétaire général du Parti socialiste, principale formation de l'opposition.
 

"Les politiques d'austérité ont creusé le déficit et généré plus de dette, plus d'inégalités, plus de pauvreté. Il y a des gens qui ont faim. Il faut revoir le mémorandum", a réclamé Arménio Carlos, secrétaire général de la CTPP, principale confédération syndicale du pays, proche du Parti communiste. "Il faudra qu'on nous explique comment on va pouvoir passer d'un déficit de 5,5 % en 2013 à un déficit de 4 % en 2014. Jamais on n'a assisté à une aussi forte réduction", a renchéri le chef du patronat portugais, Antonio Saraiva.

Syndicats et patronat s'exprimaient lundi à l'occasion d'une réunion avec M. Portas consacrée aux négociations avec les créanciers. Mardi, ce sera au tour de la troïka de prendre le pouls des partenaires sociaux lors d'une réunion prévue au Conseil économique et social de Lisbonne.

 

 TENSION SUR LES TAUX

L'arrivée lundi, dans la plus grande discrétion, des experts de la troïka coïncide avec des taux d'emprunt portugais très élevés sur le marché de la dette, qui frôlent les 7,4 % pour l'échéance à dix ans, s'approchant du niveau atteint lors de la crise politique en juillet.

Récemment promu au poste de numéro 2 du gouvernement, M. Portas avait contribué à provoquer la crise en juillet en démissionnant de son poste de ministre des affaires étrangères pour marquer son désaccord avec l'excès d'austérité défendu selon lui par le gouvernement.

Aux côtés de la nouvelle ministre des finances, Maria Luis Albuquerque, M. Portas, chef du petit parti populiste CDS-PP, membre de la coalition gouvernementale de centre droit dirigée par le premier ministre, Pedro Passos Coelho, sera désormais le principal interlocuteur de la troïka.

 

Lire aussi : "Le Portugal entrevoit une fragile sortie de crise"

 


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Jeudi 11 juillet 2013 4 11 /07 /Juil /2013 19:41

 

Marianne

 Jeudi 11 Juillet 2013 à 13:39

 

 Patricia Neves

 

 

La « grave crise politique » qui a surpris le Portugal la semaine dernière avec la démission des numéros 2 et 3 du gouvernement est-elle vraiment résolue? Oui, selon le président Anibal Cavaco Silva qui s’adressait hier à la nation. Non selon les portugais qui continuent de refuser la politique d'austérité.

 

Pedro Passos Coelho, premier ministre portugais - Francisco Seco/AP/SIPA
Pedro Passos Coelho, premier ministre portugais - Francisco Seco/AP/SIPA
La « grave crise politique » qui a surpris le Portugal la semaine dernière avec la démission des numéros 2 et 3 du gouvernement est résolue selon le président Anibal Cavaco Silva qui s’adressait hier à la nation dans une allocution solennelle depuis le Palais de Belém, l’Elysée portugais.

 

Le président a tranché : il maintient au pouvoir la coalition de centre droit qui gouverne le pays depuis les élections législatives de juin 2011 dans un « compromisso » - un engagement - « de salvação national » - comprenez un compromis de la dernière chance entre les trois principaux partis ayant voté le plan de sauvetage de la Troika - FMI, experts financiers de la Commission européenne (CE) et de la Banque centrale européenne (BCE) – soit 78 milliards d’euros.

 

Petit bémol néanmoins ; sans accord entre les principales forces politiques, des élections anticipées seront organisées en juin 2014. Le président témoigne donc sans suprise son soutien à la coalition menée par le premier ministre Pedro Passos Coelho, ex leader du PSD (Parti social démocrate) dont le président est lui-même issu.

« La semaine dernière, nous avons tous été confrontés à une grave crise politique », entame le président devant des milliers de téléspectateurs. « Les conséquences (de cette crise) se sont immédiatement fait sentir » de telle sorte qu’il est nécessaire « d’évaluer » quelles sont les « solutions » qui servent le mieux « l’intérêt national ». Pas de nouvelles élections donc pour l’heure, en dépit du fait que la coalition au pouvoir est fragilisée depuis que le ministre des Finances, Vitor Gaspar a demandé sa démission (pour la troisième fois) et a été remplacé par la secrétaire d’état au Trésor, Maria Luis Albuquerque.

Un choix immédiatement désavoué par Paulo Portas, alors ministre des Affaires Etrangères et numéro 2 du gouvernement. Un véritable coup de théâtre mis en scène dans un communiqué retentissant où l’ancien ministre annonce sa démission ; une décision qu’il qualifie « d’irrévocable ». Tellement « irrévocable » qu’il reviendra dessus quelques jours plus tard, acceptant de devenir vice premier ministre. C’est dire l’importance du personnage dans le paysage politique portugais, lui qui avait déjà été la clef de l’alliance des partis de droite en 2002. Un gouvernement formé alors par un certain… José Manuel Barroso, actuel président de la Commission européenne.

Eclipsé par l'arrivée des socialistes au pouvoir en 2005, Paulo Portas a profité de la déconvenue d'un pays que l'austérité a plongé dans la crise. Une spirale qui débute dès 2009 par le refus de l'Assemblée de voter les énièmes coupes budgétaires présentées par le premier ministre socialiste de l'époque, José Socrates. Refusant un nouveau plan de rigueur, les portugais élisent lors des élections anticipées de 2011, Pedro Passos Coelho. Ce dernier, qui s'était dans un premier temps « excusé » de l'augmentation de la TVA de 21 à 23%, « excusé » encore des coupes dans le salaire des fonctionnaires, dépasse désormais celui qu'il critiquait ; suppression du 13e mois, instauration de la taxe (TSU) - +7% de charges salariales, -5,75%% de charges patronales - élaboration d'un nouveau paquet de mesures visant à diminuer de 4800 millions d'euros supplémentaires les dépenses de l'état etc etc.

Voilà comment entre le fort taux de chômage, (17,5% de la population), la chute de la demande intérieure ou encore des exportations, l'activité économique du pays s'est rétracté de 3,2% l'an dernier, soit la plus importante récession depuis 1975 - date de la fin de la dictature de Marcelo Caetano, mise en place par Salazar.

Fin mai, Miguel Sousa Tavares, célèbre écrivain portugais, déclarait au Jornal de Negócios - faisant allusion à Beppe Grillo - que le Portugal avait déjà « un clown » en la personne de « Cavaco Silva. » « Pire que ça, c’est difficile » ajoute-t-il. Des propos qui lui ont valu des poursuites autant que le soutien des internautes (voir ci-dessous), dont les parodies se sont multipliées sur la toile. A entendre le discours du président hier, on ne peut s’empêcher de penser de fait à une immense pitrerie.

 

Capture d'écran tugaleaks.com
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Capture d'écran wehavekaosinthegarden.wordpress.com - Cavaco Silva (au milieu) est notamment accompagné à gauche par Pedro Passos Coelho, dans « un triste pays de clown »
Capture d'écran wehavekaosinthegarden.wordpress.com - Cavaco Silva (au milieu) est notamment accompagné à gauche par Pedro Passos Coelho, dans « un triste pays de clown »

 

Capture d'écran paginaglobal.blogspot.fr
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Capture d'écran paginaglobal.blogspot.fr
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Jeudi 4 juillet 2013 4 04 /07 /Juil /2013 20:54

 

 

Médiapart

|  Par Philippe Riès

 

 

Coup de chaleur politique à Lisbonne, où la prime de risque sur la dette s'envole et la bourse s'effondre après deux démissions de ministres mettant en péril la coalition gouvernementale. Gros problème pour l'UE, la BCE et le FMI si le “bon élève” de l'austérité devient rebelle.

 

« Nous sommes entre les mains d’un groupe d’irresponsables. » Cette sortie du vétéran Diogo Freitas do Amaral, fondateur du parti démocrate-chrétien CDS-PP au centre de la crise politique en développement, résume bien le sentiment populaire portugais. Et celui des marchés. Le coût de cette irresponsabilité ? En 48 heures, plus de 200 points de base (2 %) sur la dette publique à dix ans, qui culminait en séance mercredi à 8,17 %, au plus haut depuis novembre 2008. Autrement dit, l’effacement en deux jours des huit mois de détente obtenus principalement par l’intervention de la Banque centrale européenne. Entraînée par les valeurs financières, la bourse de Lisbonne a chuté lourdement (–5,3 %). Les autres places européennes et l'euro ont accusé le coup. Berlin a répété sa « confiance » dans l’accomplissement des réformes par le Portugal et l’eurogroupe a rappelé le gouvernement à ses engagements.

Flash-back. Tout commence lundi 2 juillet avec la démission, de sa propre initiative, du ministre des finances Vitor Gaspar. Le gouvernement de coalition de centre droit perd alors non seulement son numéro deux (et même véritable numéro un pour nombre d’analystes), le maître d’œuvre du programme de redressement géré depuis deux ans avec la troïka UE-FMI-BCE mais aussi sa principale interface avec les institutions européennes, avec Berlin, la capitale incontournable, et sa caution sur les marchés financiers. Mais le choix de sa remplaçante, la secrétaire au Trésor Maria Luis de Albuquerque, bras droit de Gaspar, est destiné à amortir le choc. Choix salué notamment par Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des finances. 

Mais mardi 3 juillet, au moment même où la nouvelle ministre est investie au palais de Belem, siège de la présidence de la République, Paulo Portas, ministre d’État et des affaires étrangères, le nouveau « numéro deux » du gouvernement, absent de la cérémonie, annonce dans un communiqué sa décision « irrévocable » de démissionner à son tour. Motif : le président du CDS-PP, invoquant ses désaccords connus avec la ligne politique incarnée par Gaspar, affirme que « sa décision personnelle de quitter le gouvernement  permettait d’ouvrir un cycle politique et économique différent » et regrette le choix du premier ministre Pedro Passos-Coelho de la « simple continuité au ministère des finances ». « Je respecte mais je désapprouve », écrit Portas.

Dans une déclaration télévisée le soir même, le chef du gouvernement annonce qu’il a été « surpris », comme le reste du pays, par l’annonce de son partenaire à la tête de la coalition, ajoute qu’il refuse cette démission, et qu'il ne la présentera pas au président de la République. Lui-même n’a aucune intention de démissionner, « n’abandonnera pas (son) pays » et s’envole le lendemain pour Berlin, où il doit participer à la conférence organisée par la chancelière Angela Merkel sur le chômage des jeunes dans l’Union européenne.

Où l’on apprend que Paulo Portas a pris seul sa décision, sans consulter ses collègues CDS-PP au sein du gouvernement, ni les instances dirigeantes du parti, réunies la veille quand il connaissait déjà le choix de Maria Luis de Albuquerque pour remplacer Gaspar. Où l’on apprend qu’ayant enregistré l’opposition de son partenaire, le chef du gouvernement n’a pas trouvé le temps de lui parler avant de l’informer du caractère définitif de son choix pour la succession de Gaspar.

Avec le « Dr. Durao » à la tête de la Commission européenne depuis 2004, les Européens ont pu expérimenter ce mélange d’opportunisme et d’autoritarisme qui fait le charme des « élites » politiques portugaises. L’irresponsabilité et l’arrivisme y sont aussi des valeurs largement partagées. En quittant précipitamment sa charge de premier ministre à Lisbonne pour Bruxelles avec armes et bagages en 2004, José Manuel Durao Barroso avait confié le gouvernement à son ami Pedro Santana Lopes, plus connu pour sa fréquentation assidue des boîtes de nuit et sa gestion désastreuse à la mairie de Lisbonne que pour ses compétences. Un gouvernement calamiteux auquel le président de la République de l’époque, Jorge Sampaio, devait donner très vite le coup de grâce en dissolvant l’assemblée de la République et en convoquant des législatives anticipées.

Son successeur Anibal Cavaco Silva défendait encore le 2 juillet une lecture différente de la constitution, estimant que ce sont les parlementaires seuls qui peuvent décider si le pays est en crise politique et mettant au défi les partis d’une opposition disparate de faire voter une motion de défiance afin de chasser Passos Coelho du pouvoir. Le PSD dispose, sans les 24 députés du CDS-PP, d’une majorité relative confortable dans la chambre unique du parlement portugais. Cavaco Silva recevra le 4 juillet le chef du gouvernement de retour de Berlin et les dirigeants de tous les partis représentés à l’assemblée de la République.

Des élections législatives anticipées alors que les Portugais vont se rendre aux urnes en septembre pour les municipales ? Même si l’opposition, certains éléments du CDS-PP et la grande majorité des analystes politiques y voient la seule issue possible, l’écrivain populaire et commentateur vedette Miguel Sousa Tavares, récemment menacé de poursuite pour avoir traité Cavaco Silva de « clown », estime qu’elles ne changeraient rien. « Nous remplacerions un jeune apparatchik par un autre jeune apparatchik, tout aussi mal préparé pour gouverner », estime-t-il.

Le « bon élève » de l'austérité deviendrait trublion ?

Dirigé par le bien falot José Antonio Seguro, le PS est confronté mois après mois aux révélations sur l’ampleur du désastre que fut la gestion économique de « l’ingénieur » (à la mode de Bretagne) José Socrates pendant les sept années d’exercice du pouvoir qui se termineront au printemps 2011 par l’appel au secours lancé à la communauté internationale et la signature du « mémorandum » avec la troïka. Après les ruineux « PPP » (partenariats publics privés), les « swaps » souscrits par les entreprises publiques et qui vont coûter au bout du compte plusieurs centaines de millions d’euros au contribuable. Toutes opérations destinées, comme en Grèce, à placer hors bilan une partie des engagements de l’État afin de dissimuler l’envolée de la dépense publique sous les gouvernements Socrates.

« Rien n’est plus troublant pour un enseignant rigoureux que de voir l’élève modèle se transformer en trublion », écrivent le 3 juillet les analystes de Gavekal devant le danger de voir le bon élève de la « périphérie » de la zone euro rejeter la discipline imposée par ses créanciers. La vérité, c’est que le bon élève, outre une structure économique peu compétitive qui a mal encaissé d’abord l’emballement précédant l’entrée dans l’euro puis le retournement dès le début des années 2000 et enfin le choc de la crise financière globale, est aussi handicapé par un système institutionnel et politique déficient. Depuis la grande mobilisation, pionnière en Europe, de la « geraçao a rasca » en 2011 aux énormes manifestations de mars 2013, organisées à l’écart des structures politiques et syndicales traditionnelles, la rue portugaise ne cesse de le proclamer, sans avoir suscité de solution alternative. Moins qu’une « hellénisation » du Portugal, avec la déroute des partis établis, c’est plutôt une abstention massive qui pourrait marquer des élections anticipées. 

Dans sa très politique lettre de démission (lire ici) Vitor Gaspar pointe du doigt la décision des magistrats du Tribunal constitutionnel (juges et parties au demeurant, en tant que fonctionnaires publics) de s’opposer à des dispositions essentielles du budget 2013, dont la suppression du 13e mois des agents de l’État. Jugement conduisant à compenser les recettes perdues par de nouvelles hausses d’impôt. Avec une rare franchise, Gaspar y reconnaît que les échecs répétés à tenir les objectifs de réduction du déficit en raison de la chute de la demande interne ont ruiné sa propre crédibilité. Y compris auprès des organisations patronales qui ont demandé elles aussi un changement d’orientation, principalement en matière fiscale. Un seul exemple : le passage brutal de la TVA sur la restauration du taux réduit de 6 % au taux « normal » de 23 % a provoqué un « choc fiscal » dévastateur sur un secteur au rôle décisif dans un pays à la vocation touristique affirmée. Une nouvelle confirmation in vivo de la loi de Lafer qui veut que « trop d’impôt tue l’impôt ».

Après avoir fait face à l’urgence de regagner la confiance des investisseurs étrangers, objectif partiellement atteint avec l’appui décisif de la BCE, la fin du programme d’ajustement et le refinancement sur les marchés financiers étant prévu pour le printemps 2014, le Portugal devait s’attaquer à la structure même de la dépense publique par un programme d’économies permanentes de quelque 4 milliards d’euros par an discuté avec ses créanciers. Ce que disait implicitement la démission de Gaspar, c’est que ni la classe politique ni certains de ses collègues au gouvernement n’y sont prêts. Ce que confirme la démission « surprise » de Paulo Portas. L’excédent primaire (avant service de la dette) dans l’exécution budgétaire réalisé pour la première fois depuis la révolution des œillets en 1974 et le surplus des comptes courants répondaient au premier impératif. À Berlin, Passos Coelho a persisté à discerner « les premiers signes » d’une reprise économique au deuxième trimestre 2013. Efforts que « l’instabilité politique » pourrait ruiner, selon lui.

Bruxelles, Berlin et Francfort, dont les responsabilités dans la mauvaise gestion de la crise européenne ont été débattues par ailleurs, sont désormais confrontés à la perspective de voir l’élève modèle devenir à son tour un foyer de contamination. Avec la nécessité de mettre en place un second plan de secours si la défiance des créanciers privés interdit le retour sur les marchés financiers dans moins d’un an. En absence de stabilisation de la situation politique, le huitième examen du programme d’ajustement par la troïka s’annonce problématique.

Les besoins de refinancement de la dette publique portugaise étant couverts pour 2013, la zone euro peut sans doute brinquebaler jusqu’aux élections générales allemandes réputées cruciales, en septembre. Mais ce n’était sans doute pas l’été à Lisbonne, envahie de soleil et de touristes, dont rêvait Angela Merkel. À moins que le coup de chaleur qui a saisi la classe politique lisboète ne se dissipe très vite, sous la pression des marchés et des partenaires européens. La commission exécutive du CDS-PP a d'ailleurs maintenu ses deux autres ministres au gouvernement et confié à Portas le soin de “renégocier” l'accord de coalition avec Passos-Coelho. Le drame annoncé tourne à la telenovela.

 

 

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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 19:54

 

Le Monde.fr avec AFP

 30.05.2013 à 16h41 • Mis à jour le 30.05.2013 à 18h13


 

 

Métro en grève, entreprises à l'arrêt, assemblées et meetings... la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), principal syndicat du pays, organise ce mouvement le jour de la Fête-Dieu, qui, pour la première fois, ne sera pas chômé.

Métro en grève, entreprises à l'arrêt, assemblées et meetings... la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), principal syndicat portugais, organise jeudi 30 mai une journée de protestation contre la politique d'austérité, exigée par les créanciers du pays, l'Union européenne, le FMI et la BCE. LA CGTP a choisi la journée du 30 mai, correspondant à la Fête-Dieu, dans la mesure où, pour la première fois, ce jour ne sera pas chômé cette année, le gouvernement ayant décidé de supprimer quatre jours fériés dans le cadre de ses efforts pour redresser ses finances.

Le Portugal bénéficie depuis deux ans d'un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros, en contrepartie duquel il doit mettre en place un programme de rigueur draconien. Selon les prévisions officielles, l'année 2013 ne sera pas celle des résultats car le PIB devrait reculer de 2,3 %, et le chômage, déjà à un taux record de 17,7 %, atteindre les 18,2 %.

Comme dans d'autres pays d'Europe, l'austérité a provoqué le mécontentement populaire. Au Portugal, les mouvements sociaux ont pris la forme de grèves à répétition et des manifestations qui jusqu'à présent se sont déroulées de manière pacifique, contrairement aux débordements en Espagne et en Grèce. Le gouvernement tente désormais d'apaiser le mécontentement en avançant des propositions en faveur de la croissance et de l'emploi alors qu'il prévoit à partir de l'année prochaine une légère croissance de 0,6 %.

 

 UN NOUVEL ASSOUPLISSEMENT DES OBJECTIFS EN VUE


Mais, avec une dette qui dépasse 120 % du PIB, le pays reste confronté à de sérieuses difficultés pour respecter ses objectifs budgétaires, même si les bailleurs de fonds ont accepté de les alléger en mars 2013. Bruxelles a confirmé ces objectifs en début de semaine : un déficit public à 5,5 % du PIB, puis à 4 % l'année prochaine et à 2,5 % en 2015.

 

Lire aussi : La récession devrait être pire que prévu au Portugal en 2013


Ils semblent pourtant difficiles à atteindre et, dans ses dernières estimations, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s'est montrée plus pessimiste que le gouvernement, prévoyant un déficit à 6,4 % du PIB en 2013 et à 5,6 % l'année suivante. Même si Lisbonne continue d'affirmer que les objectifs sont à sa portée, le premier ministre Pedro Passos Coelho n'en a pas moins récemment admis qu'il pourrait solliciter de la troïka un nouvel allégement. Une demande à laquelle les créanciers pourraient accéder sans trop rechigner dans la mesure où le Portugal reste à leurs yeux "un bon élève" de la zone euro.

Mais dans le pays les critiques contre la politique de rigueur ne font qu'augmenter, à telle enseigne que l'ancien président socialiste, Mário Soares, 89 ans, a même réussi à rassembler tous les partis de gauche, généralement très désunis, pour une conférence "contre l'austérité" qui devait se tenir en fin de soirée.

Mais, dans le pays, les critiques contre la politique de rigueur ne font qu'augmenter, à tel point que l'ancien président socialiste, Mário Soares, 89 ans, a même réussi à rassembler tous les partis de gauche, généralement très désunis, pour une conférence "contre l'austérité" qui devait se tenir en fin de soirée.

De leur côté, la CGTP, proche du Parti communiste, et l'autre grand syndicat portugais, l'Union générale des travailleurs (UGT), liée au Parti socialiste, prévoient déjà la prochaine journée d'action : ils discutent actuellement en vue d'une grève générale au mois de juin, après celles organisées l'année dernière en mars et novembre.

 

Lire notre reportage : Portugal : la montée de l'amertume


Lisbonne approuve un strict budget rectificatif pour 2013

 

 

Le gouvernement portugais a approuvé, jeudi en Conseil des ministres, un strict budget rectificatif pour 2013 afin de compenser le rejet, début avril, par la Cour constitutionnelle de plusieurs mesures d'austérité, jugées discriminatoires envers les retraités et les fonctionnaires, qui devaient rapporter 1,3 milliards d'euros.

 

Pour compenser le manque à gagner, le gouvernement avait indiqué mi-avril qu'il entendait notamment réduire les budgets de fonctionnement de tous les ministères à hauteur de 0,5 % du PIB, reprogrammer les fonds communautaires et renégocier les partenariats public-privé. Ce sont ces mesures que le Conseil des ministres a approuvées jeudi et qui seront plus amplement détaillées lors de leur vote au Parlement à la fin de la semaine prochaine.

 

Dans la mesure où la coalition de centre-droit au pouvoir dispose à l'Assemblée d'une confortable majorité, le budget rectificatif devrait être approuvé sans problème, mais devrait toutefois déchaîner les critiques de la principale formation de l'opposition, le Parti socialiste réclamant depuis longtemps un allègement de l'austérité.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Portugal
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