Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 29.04.2013 à 16h39 • Mis à jour le 29.04.2013 à 16h59
Dans son discours de politique générale devant le Parlement à Rome, le nouveau chef du gouvernement italien Enrico Letta a estimé que l'Union européenne était en pleine "crise de légitimité" et devait faire un effort "pour devenir un moteur de développement durable".
Expliquant les grandes lignes de son programme, il a dressé un réquisitoire contre la politique d'austérité de son prédécesseur, Mario Monti. "L'Italie se meurt à cause de la seule austérité. Les politiques en faveur de la relance ne peuvent plus
attendre", a-t-il lancé avant d'ajouter que "la réduction de la pression fiscale sans
endettement sera un objectif permanent de ce gouvernement dans tous les domaines".
Le nouveau président du conseil a dit que ses priorités iraient à la création d'emplois et à l'aide aux PME, ainsi qu'à la réforme
des institutions et du code électoral. Il a promis en outre de s'attaquer à la pauvreté, aggravée
par un taux de chômage supérieur à 40% chez les jeunes, dans certaines zones du pays. Il prévient qu'il "veut des résultats sous dix huits mois, sinon il partira."
ROME "RESPECTERA LES ENGAGEMENTS" PRIS ENVERS L'UE
Il a également indiqué être prêt à réformer la loi électorale, que beaucoup considèrent comme la source des blocages politiques récurents en Italie. "Nous devons nous engager solennellement à faire en sorte que la consultation parlementaire des 24 et 25 février soit la dernière organisée en vertu de la loi électorale actuelle". Il a ajouté que la nouvelle
loi apporterait des garanties pour renforcer la stabilité de l'exécutif gouvernemental.
Dans un soucis de moralisation de la vie politique, minée par les affaires sous l'ère Berlusconi, M. Lettaégalement annoncé la suppression des salaires des ministres qui sont également
députés, qui avaient droit jusqu'à présent de cumuler les deux revenus. Il
assure en outre que l'Italie "respectera les engagements" pris envers l'UE, mais qu'elle espère grâce à ce respect "avoir une marge de manoeuvre" supérieure dans ses
négociations avec la Commission européenne.
Afin de démontrer que son gouvernement "est européen et européiste", M. Letta a annoncé que ses premiers déplacements seront "à
Bruxelles, Berlin et Paris". La réponse aux problèmes de l'UE "est donc dans une plus grande intégration qui mène vers une Europe
fédérale", a ajouté le jeune chef du gouvernement italien.
Convoqués sur les réseaux sociaux, les cortèges du samedi 2 mars organisés par un « groupe de citoyens » qui s’est baptisé« Que se Lixe a
Troika» (Que la troïka aille se faire voir) ont fait descendre dans les rues de 40 villes du pays un million de Portugais, selon les chiffres revendiqués par
les organisateurs maiscontestés par certains médias.Ce qui en ferait la plus importante mobilisation populaire depuis la révolution des Œillets de 1974.
À Lisbonne, quelque 500 000 manifestants rassemblés en « marées » par secteurs professionnels (éducation, santé, etc.) ont convergé sur l’avenue de la Liberté avant
d’envahir les rues tirées à l’équerre de la Baixa Pombalina, pour déboucher face au Tage sur la place du Commerce, au pied du ministère des finances qui occupe une des ailes de l’ancien palais
royal. La manifestation coïncidait avec le séjour au Portugal des représentants de la « troïka » UE-FMI-BCE, réalisant la septième évaluation du programme de
redressement prévu par le mémorandum signé par le (précédent) gouvernement portugais au printemps 2011, en échange d’une aide financière de 78 milliards d’euros.
Derrière une grande banderole« Que se lixe a Troika, O povo e quem mais ordena », la foule a entonnéGrandola Vila Morenadont ce deuxième slogan (le peuple est celui qui le plus commande) est tiré. Même scène à Porto, la deuxième ville du pays où des centaines de milliers de personnes ont défilé, et dans
le reste du pays. À l’approche du 40e anniversaire du soulèvement des « capitaines d’Avril », la chanson emblématique deZeca Afonso, dont la diffusion en avait donné le signal, est devenue le cri de
ralliement de l’opposition au gouvernement de centre droit dirigé par Pedro Passos Coelho, qui met en œuvre le mémorandum. Depuis une quinzaine de jours, les membres du gouvernement qui
s’aventurent en public sont la cible de « comités d’accueil » qui les font taire au son deGrandolaet dans certains cas les obligent à s’éclipser. Un mot a
même été forgé pour désigner cette forme nouvelle de manifestation : « grandolada ».
Par-delà les habituelles querelles de chiffres, la mobilisation spontanée de centaines de milliers de citoyens est analysée comme un nouveau désaveu pour la classe politique dans son
ensemble et les organisations traditionnelles, y compris syndicales, qui ont été contraintes de prendre le train en marche. À Lisbonne, une responsable du Parti socialiste, interrogée par
la télévision SIC Noticias sur la place du Commerce, a été conspuée par la foule. Le secrétaire général du PS José Antonio Seguro avait choisi de visiter Campo Maior, place forte de
l’entreprise de café Delta, au fin fond de l’Alentejo.
Le gouvernement PSD-CDS dispose d’une solide majorité à l’Assemblée de la République et ne pourrait chuter que si la coalition éclatait ou si le président de la République Anibal Cavaco
Silva, lui-même issu du PSD, exerçait le pouvoir que lui donne la Constitution de congédier le gouvernement et de convoquer de nouvelles élections. Hypothèses pour le moment exclues.
La précédente grande manifestation populaire spontanée, celle de la« geraçao a rasca »(lire ici)en mars
2011, dont le chant de ralliement étaitQue parva que eu soudu groupe des Deolinda, n’avait pas eu de lendemain politique. Elle préfigurait pourtant le mouvement
des« Indignés »de la Puerta del Sol dans l’Espagne voisine. Mais deux ans plus tard, à l’approche des élections locales de septembre prochain, les
commentateurs portugais jugeaient samedi soir que l’équipe au pouvoir, et les autres capitales européennes, devraient prendre très au sérieux l’immense mobilisation du 2 mars 2013. En regardant
du côté de l’Italie.
Des manifestations étaient prévues samedi dans une trentaine de villes du Portugal contre l’austérité à l’appel d’un mouvement apolitique qui a réussi en septembre dernier à faire descendre dans
la rue des centaines de milliers de personnes.
Organisées par le mouvement « Que la Troïka aille se faire voir », comparable aux Indignés espagnols, les manifestations auront lieu alors que la principale cible des protestataires, la
« troïka » (UE-FMI-BCE, représentant les créanciers du Portugal, est à Lisbonne pour un nouvel examen des comptes du pays, sous assistance financière.
« Nous pensons que ce sera une énorme manifestation », a dit à la veille du rassemblement l’un des responsables du mouvement, Nuno Ramos de Almeida. « Nous voulons expliquer que
des alternatives à la rigueur existent, qu’un autre de type de politique est possible », a-t-il ajouté.
Très actif sur les réseaux communautaires, le mouvement a annoncé des rassemblements de soutien à l’étranger, Londres, Boston, Paris, Madrid, Barcelone, notamment.
Le 15 septembre 2012 il avait rassemblé des centaines de milliers de personnes à travers le pays, une mobilisation exceptionnelle depuis la Révolution des Oeillets de 1974 et l’instauration de la
démocratie au Portugal.
Les manifestations de samedi interviennent alors que le mécontentement social est à nouveau en hausse contre l’austérité, que le gouvernement applique en contrepartie du plan de sauvetage de 78
milliards d’euros dont il bénéficie depuis mai 2011.
Témoin du malaise, des membres du gouvernement sont fréquemment hués lors de leurs déplacements et une chanson, « Grândola Vila Morena », retentit à leur passage au point d’être devenue
un symbole de la contestation après avoir été l’hymne de la Révolution des Oeillets.
La chanson retentira à nouveau samedi lors des défilés qui comme celui de Lisbonne sont prévus aux alentours de 16H00 (GMT et locales).
Le principal syndicat portugais, la CGTP, doit participer aux manifestations qui devraient également être rejointes par des enseignants, des professionnels de la santé, des retraités, et même des
militaires.
Afp
Au Portugal, les personnes mécontentes déposent leurs ordures devant les banques (fake,mais bonne idée)
40 manifs vont chanter en simultanée à 19h30CET « Grandola, Vila Morena », ancien « hymne » anti-dictature.
LISBONNE, 2 mars (Reuters) - Des centaines de milliers de personnes ont défilé à Lisbonne et dans plusieurs villes du Portugal, au son de chants
révolutionnaires, pour demander la démission du gouvernement de centre droit et l'arrêt de la politique d'austérité imposée par les créanciers internationaux.
Il s'agit de la plus importante expression de mécontentement depuis le mois de septembre lorsque la rue avait obtenu un assouplissement de la cure de rigueur.
La mobilisation de samedi fait suite à l'adoption de la plus importante hausse des prélèvements jamais enregistrée, au début de l'année.
Les protestataires ont défilé avec des bannières portant les slogans "L'Austérité tue" ou "A bas la troïka, le pouvoir au peuple" faisant référence aux créanciers que sont la Commission
européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).
Parmi les 100.000 personnes présentes dans la capitale, certaines ont entonné la "Grandola", symbole de la "Révolution des oeillets" d'avril 1974 qui avait mis fin au régime salazariste de
Marcelo Caetano.
Le gouvernement portugais avait reconnu le mois dernier qu'une contraction de 1,9% de l'économie était attendue cette année, deux fois plus importante que prévu.
"Ce gouvernement a réduit le peuple au pain et à l'eau, bradant les biens publics pour rembourser des dettes contractées par des hommes politiques corrompus au profit des banquiers", a déclaré
le réalisateur de cinéma Fabio Carvalho, présent dans le cortège.
Les manifestations qui ont eu lieu à Lisbonne, Porto et dans plusieurs dizaines de villes ont été organisées via internet à l'appel d'un groupe de militants baptisé "A bas la troïka". (Andrei
Khalip; Pierre Sérisier pour le service français, édité par Guy Kerivel)
Tout doit disparaître ! Au marché Ribeira, à Lisbonne.
AFP
Les dirigeants européens comptaient sur le Portugal pour donner l’exemple d’une politique d’austérité efficace quand elle est appliquée sérieusement. Las ! Malgré un tour de vis sans
précédent, Lisbonne est obligé de vendre “les bijoux de la Couronne” pour enrayer la spirale des déficits.
L’Etat portugais se défait peu à peu. En avril 2011, lorsque le pays reçoit un prêt de 78 milliards d’euros de la troïka (UE, BCE et FMI) pour éviter la banqueroute, il s’engage à privatiser.
Mais sous l’égide [du Premier ministre] Passos Coelho, élève
modèle de la discipline budgétaire exigée, la mise en vente des “bijoux de la Couronne” – ou ce qu’il en reste – s’est accélérée. Avec pour but de réduire drastiquement le déficit public.
Fin 2012, à la satisfaction de la troïka, le pays a bouclé ses comptes avec un déficit de 5,6% du PIB, contre 6,7% un an auparavant. L’objectif est de parvenir à 3% fin 2014.
Au même titre que d’autres patrimoines du Portugal, les chantiers navals de Viana do Castelo (nord du Portugal) ont été mis en vente. Depuis 2012, des candidats norvégiens, chinois ou brésiliens se sont succédé pour faire main basse sur le numéro un national du secteur. Mais
les négociations ont traîné avec Empordef, l’organisme étatique propriétaire. “C’est à cause de cette indécision que tout est à l’arrêt”, s’irrite Antonio Costa. Au final, le groupe
russe RSI, du magnat Andreï Kissilov, sans aucune expérience navale, devrait emporter la mise d’ici à mars pour 10 millions d’euros. Au passage, l’Etat devra payer la lourde ardoise de 280
millions d’euros. Triste destin pour ces chantiers navals emblématiques – nationalisés après la révolution des Œillets de 1974 – qui, jusque dans les années 1990, croulaient sous les commandes
et ont compté jusqu’à 2 800 salariés.
Anxiété et nerfs à vif
Sur fond d’immenses grues immobilisées, des centaines de travailleurs se dirigent en masse, la tête baissée et le pas rapide, vers la cantine de l’entreprise. Il est 13 heures. Le déjeuner les
attend. Pour être précis, ce sont 526 salariés des chantiers navals de Viana do Castelo, coincés entre le fleuve Lima et l’océan Atlantique. Ce matin, comme tous les jours, ils ont pointé dès 8
heures pour commencer à ne rien faire, si ce n'est jouer aux cartes, discuter, tuer le temps ; seuls une trentaine ont vaguement œuvré à la réparation d’un navire. Depuis 2007, les chantiers
connaissent un lent déclin et, ces derniers mois, l’activité est quasiment nulle du fait de l’absence de commandes. Un contrat de deux asphaltiers – devant être livrés en 2014 – a certes été
signé avec le Venezuela contre 128 millions d’euros, mais les travaux ont été stoppés, sans que l’on sache réellement pourquoi.
“Ce qu’on vit, ici, c’est du terrorisme psychologique”, confie à la porte d’entrée, les traits tirés et le visage las, Antonio Costa, président du comité d’entreprise. “Les nerfs
sont à vif, certains ont des crises d’anxiété. Ne rien faire, ne rien savoir, cela te casse le moral.” Lui a commencé à travailler ici vers l’âge de 14 ans. Pour la plupart, ce sont quatre
décennies sur ces quais : toute une vie. “La plupart voudraient prendre leur retraite anticipée à 55 ans, mais c’est impossible, avec la nouvelle loi”, s’attriste son compère José
Pereira. Partisan de l’austérité à tous crins, le gouvernement conservateur de Passos Coelho a supprimé les préretraites et repoussé l’âge légal à 65 ans.
Pour les quelque 80 000 habitants de Viana, comme pour le reste du pays, la puissante vague de privatisations inquiète. “Certaines de ces entreprises d’Etat sont des joyaux, d’autres des
oripeaux, mais ce sont tous des groupes stratégiques. Et nous les perdons pour toujours”, s’inquiète Bernardo S. Barbosa, directeur de l’hebdomadaire local A Aurora do Lima. Le
maire socialiste, José Maria Costa, partage une préoccupation nationale grandissante : le sentiment de perte de souveraineté. Dans un vaste salon municipal, cet ingénieur de formation est très
remonté contre la politique de l’exécutif : “En nous dépossédant de groupes publics aussi importants au profit de sociétés étrangères, et donc d’intérêts privés, c’est la maîtrise de notre
destin que nous mettons entre parenthèses. J’ai même peur que cela ne conditionne à terme notre liberté et notre démocratie.”
Des alternatives existent
Sur place, c’est le sort des chantiers navals (ENVC) qui suscite le plus d’angoisse. Après l’hôpital public, la municipalité et l’entreprise allemande Enercon (qui emploie 1 200 personnes dans
la fabrication d’éoliennes), ENVC est le grand pourvoyeur d’emplois dans cette région du Haut Minho. Surtout, dès lors qu’il y a des commandes, l’activité a un effet multiplicateur sur toutes
les entreprises périphériques – des transports aux PME fabriquant des pièces d’assemblage en passant par le commerce local. “Depuis que les chantiers sont à l’arrêt, c’est la déprime",
se désole l’hôtelière Lucilia Passos Cruz. "Lorsque cela bouge, des travailleurs étrangers remplissent les restaurants et les hôtels. Il ne nous reste plus que le tourisme et nos spots de
surf.”
Des alternatives existent, beaucoup en sont persuadés. “Au lieu de brader nos chantiers navals, l’Etat pourrait garder le contrôle et s’associer à des armateurs étrangers. Des pays comme le
Brésil, le Mexique ou le Chili ont de grands besoins de bateaux. On pourrait créer plus de 3 000 emplois", dit le maire José Maria Costa. Branco Viana, président de l’Union syndicale, est
du même avis : “L’Etat devrait au moins garder 35% des actions. Les Russes [les futurs acquéreurs, ndlr] ont promis de ne pas toucher aux emplois. Mais, dans cinq ans, ils peuvent
parfaitement abandonner le site, laisser les 526 ouvriers à leur sort. Et nous, les syndicats, vers qui pourra-t-on se tourner pour protester ? L’Etat pourra s’en laver les mains !”
Le Portugal perd plus de 100 000 emplois chaque année et dans 5 ans, l’économie portugaise aura perdu plus d’emplois que la population de Lisbonne, évalue l’hebdomadaire Expresso. Les estimations de la Banque du Portugal font une lecture sombre de l’avenir de l’emploi
dans le pays. A la fin de 2013, le Portugal s’attend à compter 626 000 postes de moins qu’en 2008, date du début de la crise.
Selon des chiffres révélés par l’Institut national des
statistiques le 13 février dernier, le taux de chômage atteint 16,9% au dernier trimestre 2010. “C’est une période sombre pour le marché du travail portugais”, se désole
Expresso, ajoutant que
le problème principal reste ces 500 000 chômeurs qui ne reçoivent pas d’allocations. Beaucoup d’entre eux sombrent dans la pauvreté.
“Les sacrifices, ça suffit”, “Le gouvernement dehors”, “changement de cap, nouvelle politique”. Ce sont quelques messages qu’on pouvait lire sur les banderoles des manifestants au Portugal hier.
Des milliers de personnes ont protesté contre l’austérité dans une vingtaine de villes. Rien qu‘à Lisbonne, ils étaient 5 000 à avoir répondu à l’appel de la CGTP, le
principal syndicat portugais.
“Nous n’avons pas de gouvernement, on nous vole. C’est pour ça que je suis ici pour manifester mon mécontentement. Cela ne peut pas continuer”, indiquait Deolinda, un professeur.
“Ce qui est en jeu ici ce n’est pas seulement la situation dans laquelle nous sommes, mais aussi la démocratie. Je suis ici pour lutter contre ce gouvernement et sa politique”, ajoutait de son
côté Manuel un retraité.
Ces Portugais protestaient notamment contre les hausses d’impôt sans précédent décrétées cette année par le gouvernement. Or, depuis l’année dernière, salaires et retraites ont été nettement
réduits. Le gouvernement met en œuvre un vaste programme de rigueur en contrepartie d’un plan de sauvetage de 78 milliards d’euros accordé en mai 2011 par l’Union européenne et le FMI.
Des milliers de personnes ont manifesté samedi dans plusieurs villes du Portugal pour protester contre les mesures d'austérité (hausses d'impôt sans précédent, mais aussi réduction des pensions
et des salaires) prises par le gouvernement de centre-droit.
A Lisbonne, environ 3 000 personnes ont défilé à l'appel de la CGTP, le principal syndicat portugais pour réclamer une « nouvelle politique ».
En contrepartie d'un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros accordé en mai 2011 par l'Union européenne et le Fonds monétaire international, le gouvernement du premier ministre Pedro Passos
Coelho mène un vaste programme de réformes et de rigueur, autant de mesures qui pèsent sur l'économie et ont provoqué une hausse du chômage (17 % de la population active, 40 % des
jeunes). Selon la Banque du Portugal, le PIB accuserait en 2013 une contraction de 2 % par rapport à l'an dernier. Le premier ministre a récemment évoqué lui-même l'hypothèse d'une
« spirale récessive ».
Le gouvernement prévoit d'ici 2014 une « réforme de l'Etat » qui devrait permettre des économies supplémentaires de 4 milliards d'euros. La “troïka” représentant les
créanciers du Portugal (UE-FMI-BCE) est attendue à la fin du mois pour un nouvel examen des réformes mises en œuvre en échange du plan d'aide.
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http://www.youtube.com/watch?v=fmvCSyZKAnw
Portugal: des milliers de manifestants contre l'austérité
Des milliers de personnes ont manifesté samedi 16 février du sud au nord du Portugal contre les mesures d'austérité mises en oeuvre par le gouvernement de centre droit, sous la tutelle de ses
créanciers internationaux.
Le Portugal, pays sous assistance financière, se préoccupe des carences alimentaires dont souffrent des écoliers de plus en plus nombreux. Fin
novembre, les autorités avaient constaté, grâce à un nouveau programme scolaire d'aide alimentaire, que 13 000 écoliers ne
mangeaient pas à leur faim, 3 000 de plus qu'en octobre. Pendant les vacances de Noël, un directeur d'école d'un quartier défavorisé de Lisbonne a décidé de maintenir l'ouverture de la cantine pendant quinze jours, par crainte que des élèves ne mangent pas à
leur faim durant cette période.
Confronté à "des élèves arrivant au bord de la syncope le lundi matin après plusieurs jours sans manger correctement", ce responsable, qui a souhaité rester dans l'anonymat, a
pris l'initiative d'offrir le déjeuner pendant les vacances à une quarantaine d'élèves, âgés de 4
à 18 ans, sur les 800 que compte ce groupe scolaire du nord de Lisbonne. Cette école prévoit également d'ouvrir les portes du réfectoire lors des vacances de Pâques, mais le nombre de bénéficiaires pourrait alors avoir augmenté à "quatre-vingts voire cent élèves", estime le directeur.
"ON PRODUIT DES PAUVRES À UNE CADENCE [INÉDITE]"
Ces déjeuners hors période scolaire, financés grâce aux profits de la caféteria et des ventes de matériel réalisées au sein du groupe scolaire, concernent pour la plupart des élèves "dont
les parents sont sans travail ni allocations", précise une des assistantes sociales de l'école. "Malgré la faim, une vingtaine de ces élèves, des adolescents surtout, ont préféré ne
pas venir déjeuner ce Noël à l'école plutôt que d'affronter le regard de leurs camarades et d'assumer l'indigence de leurs parents", ajoute le directeur.
Opérationnel depuis la rentrée scolaire, ce dispositif national d'aide alimentaire à l'école permet d'offrir des petits-déjeuner aux élèves à leur arrivée à l'école grâce aux dons de grandes entreprises de la distribution et de
l'alimentation. Les élèves les plus démunis et leurs familles doivent ensuite être pris en charge par les services sociaux mais, sur le terrain, ces derniers sont souvent submergés.
"Depuis 2010, des parents considérés de classe moyenne s'approchent aujourd'hui du seuil de pauvreté", s'alarme le président de la Confédération nationale des associations de parents
d'élèves, Albino Almeida. "Même si le nouveau programme d'aide alimentaire permet d'agir plus vite et d'atténuer le problème, il ne règle pas la question [de la faim à l'école],
poursuit-il. A partir de janvier, avec les nouvelles mesures d'austérité, nous prévoyons une
croissance exponentielle des difficultés dans les familles. Nous assistons à un appauvrissement généralisé du pays, on produit des pauvres à une cadence [inédite]."
Suite à votre article relayant la grève européenne du 14 novembre
2012, dans lequel un riverain se plaignait de la passivité des Portugais, « mous du genou » par rapport aux Espagnols ou aux Grecs, je souhaitais informer les lecteurs français de
la gravité de la situation au Portugal et de la réalité de ce qui s’est passé à Lisbonne ce jour-là.
Pourquoi cette manifestation le 14 novembre ?
Making Of
Florian Charioux est français, a 40 ans et habite Lisbonne depuis 2007.
Il nous a contactés par e-mail pour réagir à notre suivi en direct des manifestations anti-austérité qui ont eu lieu en Europe mercredi 14 novembre.
Un riverain présent à Lisbonne nous rapportait en effet que la manifestation avait été peu suivie et que les Portugais avaient « du mal à se mobiliser ».
Nous avons arrêté le live blogging avant que des violences n’éclatent entre manifestants et forces de l’ordre au Portugal. Le lendemain, nous évoquions cependant ces violences, grâce au
témoignage d’un autre riverain.
Florian Charioux en fait le récit.
Etienne Baldit
En mai 2011, face à une crise économique sans précèdent, le gouvernement socialiste de l’époque, avec à sa tête le Premier ministre Jose Socrates, se voit dans l’obligation de faire un emprunt
auprès du FMI. Un prêt de 78 milliards d’euros est accordé. Le Portugal rejoint la
Grèce et l’Irlande, si affectueusement surnommés Pigs (Portugal-Irlande-Greece-Spain) par les ultralibéraux de la City à Londres.
Ce prêt est versable en plusieurs fois sur trois ans, sous contrôle trimestriel de la « troïka » (FMI-Banque centrale européenne-Union
européenne).
Concrètement, cela signifie que l’Etat portugais n’est plus souverain mais sous tutelle.
En échange de ce prêt, le nouveau gouvernement (en juin, le Premier ministre socialiste a démissionné, des élections anticipées ont eu lieu, et le pouvoir est passé à droite, avec l’élection du leader du Parti social démocrate, Pedro Passos Coelho) s’est engagé avec zèle dans un vaste plan de rigueur et de réformes, ayant
soi-disant pour but de relancer la compétitivité de l’économie nationale, et surtout de rassurer les banques internationales. La guerre contre le peuple est déclarée.
Comment la rigueur se traduit-elle ?
La crise, c’est la suppression des treizième et quatorzième mois des fonctionnaires, la baisse régulière des retraites, des salaires, des remboursements de soins, des allocations chômage (plus ou
moins à chaque trimestre, après la visite des membres de la troïka).
La TVA sur les produits alimentaires est passée de 5 à 23%, les impôts sur le revenu augmentent, tout comme le prix de l’électricité et de l’eau, des transports en commun (à titre indicatif,
quand je suis arrivé en 2007 à Lisbonne, le prix du ticket de tram était de 80 centimes d’euros ; il est aujourd’hui de 2,80 euros et augmente chaque mois) et, bien sûr, le
chômage. Les chiffres officiels donnés il y a quelques jours annoncent 15,8%, 39% chez les jeunes (pour information, il est de 25% en Espagne, 60% chez les jeunes).
Ces derniers mois, plusieurs grosses manifestations ont eu lieu un peu partout au Portugal. Leur but est le même depuis le début : protester contre ces mesures d’austérité qui tuent le
peuple à petit feu. Pas si petit que cela d’ailleurs. Les classes moyennes sont en train de se paupériser de façon inquiétante et les pauvres n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.
Certains de mes amis proches ont soi-disant « la chance d’avoir du travail », mais doivent choisir entre se soigner, se chauffer et manger. Pas la peine de préciser que tous choisissent
d’abord de se nourrir. Si les mesures d’austérité imposées par la troïka continuent, une crise humanitaire majeure va s’installer, comme c’est déjà le cas en Grèce.
La manifestation du 14 novembre s’élevait contre cela. Elle avait la particularité d’être une grève européenne (suivie surtout par les pays les plus touchés, à savoir Portugal, Espagne,
Italie et Grèce).
Les Portugais sont profondément pacifistes. Ils sont, à juste titre, très fiers de la Révolution desŒillets, qui s’est déroulée presque sans effusion de sang.
Ils souhaitent continuer aujourd’hui le combat dans la non-violence. C’est pour cette raison que, jusqu’à ce fameux mercredi 14 novembre, absolument aucune violence n’a eu lieu de la part
des manifestants.
De plus, le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, a insisté pour que tout le monde se serre la
ceinture, police et armée comprises.
un autre par des indépendants (dont je fais partie, rassemblant « Indignés », Anonymous, étudiants, et autres citoyens) devant le consulat espagnol.
La marche commence à 14 heures. Environ un millier de personnes sont présentes dans mon
cortège ; beaucoup plus pour celui de la GGTP. Nous entamons différents chants et slogans contre la troïka et le gouvernement portugais.
L’ambiance, comme toujours depuis le début des révoltes populaires, est bon enfant.
La marche est pacifique. Bruyante, certes, mais aucunement violente. Dans les rues que nous traversons pour nous rendre au Parlement, beaucoup de personnes âgées nous applaudissent de leurs
fenêtres, et reprennent en chœur « Grandola » de Zeca Afonso, LA chanson qui a déclenché la Révolution des
Œillets après sa diffusion à la radio le 25 avril 1974. Ça me fait chaud au cœur de voir ces personnes qui ont connu la dictature être avec nous.
Vers 16 heures, nous arrivons devant le Parlement, où se trouvent déjà le cortège de la
CGTP et plusieurs milliers de personnes. La situation est identique aux manifestations précédentes : une masse de gens faisant face au Parlement, protégé par des grilles, et à une multitude
de CRS ultra-armés. Mes amis et moi-même décidons de partir.
Les CRS chargent : une première
Ce n’est qu’une fois arrivé chez moi que je vais apprendre ce qu’il se passe.
A 17h40, quelques pierres et bouteilles vides sont lancées sur les policiers se tenant sur les marches du Parlement, mais rien de bien méchant.
A 18h15, les CRS présents sur les marches du Parlement commencent à charger. Une première depuis le début des mouvements de contestation. La violence est inouïe. Ils ne se dirigent pas vers la
dizaine de personnes qui jetaient pierres et bouteilles (et qui, selon leurs dires, ont justifié la charge), ce qui aurait été très facile pour eux (une centaine de CRS armés jusqu’aux dents et
ultra-entraînés auraient pu neutraliser ces personnes en moins de cinq minutes). Non : ils tapent dans le tas, sur des hommes, des femmes de tous âges et même des ados.
La charge des forces de l’ordre devant le Parlement à Lisbonne
Un mouvement de panique s’empare des manifestants qui tentent de fuir dans les ruelles avoisinantes. Les CRS les suivent et les bloquent de l’autre côté de chacune de ces rues. Et continuent à
frapper violemment les manifestants pacifiques, de façon complètement aléatoire. Les témoignages abondent sur le Net et sont tous plus effrayants les uns que les autres.
Manifestante blessée le 14 novembre à Lisbonne (Rise Up Portugal)
La boucherie dure environ une heure et malheureusement, le pire est à venir. Beaucoup de manifestants ayant réussi à s’enfuir se retrouvent en bordure du Tage, à Cais do Sodré, là où se trouve
une des gares principales reliant le centre-ville aux banlieues (aucun train n’est là, c’est un jour de grève).
Prison de haute sécurité
La police est présente et arrête plusieurs personnes. Les chiffres, à l’heure où j’écris, sont encore difficilement vérifiables. Le lendemain de la manifestation, la police annoncera le chiffre de vingt et une personnes arrêtées,
l’Ordre national des avocats et Amnesty International Portugal celui de 120 et 100 hospitalisations (à mon avis plus proche de la réalité que celui des forces de l’ordre,
considérant les dizaines de témoignages que je lis depuis le 14 novembre).
Pour les vingt et une personnes en question, arrêtées de façon aléatoire a Cais do Sodré, l’enfer va commencer. Une bonne moitié n’était pas à la manif’, mais se sont trouvées au mauvais endroit au mauvais moment. Les autres
étaient à la manif’, pacifiquement. Leur point commun : elles sont toutes très jeunes (le plus jeune a 14 ans, le plus âgé, 22). Plusieurs sont blessées suite aux violents coups
qu’elles ont reçus. L’humiliation commence : la police les allonge par terre, les menotte, avant de les embarquer de façon ultraviolente dans les fourgonnettes.
La police ne les a pas amenées au commissariat du coin, mais dans la prison de haute sécurité de Monsanto, là où sont enfermés les criminels les plus dangereux… Pourquoi ?
Les témoignages de ces jeunes, de leurs parents ou amis, et notamment celui de Sara Didelet (une des jeunes arrêtés) sont terrifiants. Ce qu’elle décrit sur son blog (en portugais) est hallucinant :
interdiction de contacter un avocat ;
interdiction de contacter les familles respectives ;
refus d’assistance médicale urgente (plusieurs personnes sont très sévèrement blessées, un homme par exemple avait un hématome crânien si gros qu’on ne voyait plus son
œil) ;
pratiques d’intimidations violentes et pratiques vexatoires (tous ont été entièrement dénudés, fouillés intégralement, violemment humiliés verbalement, victimes de la torture
de la vessie – interdiction d’aller uriner – et obligés de rester debout sur un carrelage gelé) : des méthodes employées quotidiennement par la Pide à l’époque de la dictature.
On est en plein délire
Les réactions des politiques sont consternantes : le président de la République, Anibal Cavaco Silva, a déclaré que la réaction policière était justifiée face à la violence des jeteurs de
pierres. Le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, s’est contenté de féliciter les Portugais qui n’avaient pas fait grève. Et le ministre de l’Intérieur, Miguel Macedo, a chaleureusement félicité
ses troupes pour avoir maintenu l’ordre…
Quant au responsable de la charge, Luis Elias, il explique avoir obéi aux ordres. Il y avait donc bien des directives venant d’en haut. Certains ministres et députés parlent de fermer les réseaux
sociaux et de contrôler le Net pour contrôler la « désinformation »… On est en plein délire.
Les seuls à élever la voix sont l’Ordre national des avocats et Amnesty International. Et le
peuple, via blogs et réseaux sociaux.
Pourquoi cette violence gratuite et injustifiée envers des citoyens qui ne faisaient que protester
pacifiquement envers les mesures d’austérité inacceptables que le gouvernement leur impose depuis des mois ? Pourquoi la police, si tranquille depuis des mois, change soudainement de
tactique ?
Après investigation, je commence à assembler les morceaux du puzzle qui me manquaient :
quelques jours avant cette manifestation, le gouvernement a discrètement augmenté le salaire des policiers de 11% et encore plus celui des militaires. Les choses sont claires : si les choses dégénèrent, la police et l’armée ne sont plus
de notre côté ;
le matin même du 14 novembre, la police est venue prévenir tous les commerçants ayant des magasins aux alentours du Parlement de fermer car, pour les citer, « des choses très dures
allaient se passer ». Cela m’a été confirmé par de nombreux commerçants : la
préméditation est désormais avérée ;
suite à une investigation poussée d’Amnesty International et de quelques journalistes, il est presque sûr à 100% que les jeteurs de pierres ayant « justifié la charge » étaient des
policiers en civil.
Le message du gouvernement est donc on ne peut plus clair. Deux alternatives s’offrent aux Portugais :
soit arrêter toute manifestation, sous peine de sévères répressions. Même si manifester, au Portugal comme en France, est un droit fondamental inscrit noir sur blanc dans la Constitution, jusqu’à nouvel ordre. Les Portugais sont extrêmement choqués par cette
violence policière et ont peur. Ce qui était le but du gouvernement ;
soit continuer la lutte, mais cette fois je crains que les cocktails Molotov ne remplacent les œillets.