Ils réagissent

Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 00:03

 

Source : bigbrowser.blog.lemonde.fr

 

INNOCENCE – Un portrait géant d’enfant pour arrêter les attaques de drone

 

 

 

Un champ au Pakistan vu depuis un drone (AFP)

Un champ au Pakistan vu d'un drone (AFP)

 

Vus d'un drone, les êtres humains prennent la taille d'insectes insignifiants. Mais l'action de celui qui appuie sur la détente est, elle, tout sauf insignifiante. Pour que le tireur n'oublie pas cette réalité, un collectif d'artistes a déployé le portrait géant d'un enfant en plein milieu d'un champ situé dans la région pakistanaise de Khyber Pukhtoonkhwa, régulièrement soumises aux attaques de drone.

Selon ses organisateurs, regroupés sous le hashtag Notabugsplat — nom tiré de l'expression bug splat, qui fait référence au bruit d'un insecte écrasé et qui serait utilisée par les pilotes de drone —, cette opération, réalisée avec l'aide du Français JR, a pour objectif de sensibiliser les opérateurs de drone au coût humain et aux dommages collatéraux que peuvent causer leurs attaques de cibles au sol. Désormais, à travers la caméra de son drone, l'opérateur ne voit pas un point anonyme sur le paysage, mais le visage d'un enfant. Resté anonyme, celui-ci aurait perdu ses parents et deux de ses frères dans une attaque de drone.

Les attaques de drone ont régulièrement été utilisées par la CIA pour combattre la présence des talibans au Pakistan. Mais en février l'administration américaine a fait savoir qu'elle avait considérablement réduit le recours à des frappes de drone sur demande du gouvernement d'Islamabad, qui vient d'engager des négociations avec les talibans.

Selon le Bureau of Investigative Journalism (BIJ), une organisation sise en Grande-Bretagne, il y a eu 27 tirs de drone présumés en 2013 au Pakistan pour un bilan total variant entre 112 et 193 morts. C'est le bilan le plus faible depuis 2004. En 2012, le BIJ faisait état de 13 à 63 civils tués lors de 47 attaques de drone. Depuis 2004, le Pakistan aurait été touché par 381 attaques de ce type, et le nombre de civils tués est estimé entre 416 et 951.

 

 

Source : bigbrowser.blog.lemonde.fr

 

 

 

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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 23:17

 

Source : cadtm.org

 

Soutien à Patrick Saurin, militant contre les emprunts toxiques

Commnuniqué

8 avril par Attac France , CAC France , CADTM

 


Nous apportons tout notre soutien à Patrick Saurin, syndicaliste de SUD BPCE, militant du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde) et du CAC (Collectif pour un audit citoyen de la dette publique). Employé de cette banque, il a été accusé par des responsables de celle-ci de tirer dans le dos de l’entreprise et de ne pas avoir d’éthique.

Le 14 mars dernier, Patrick Saurin est intervenu sur Europe 1 dans la matinale de Thomas Sotto (émission « la question qui fâche » de 7 h 15) consacrée aux dettes des collectivités locales et en particulier aux emprunts toxiques. http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Vous-allez-tout-comprendre/Videos/Les-dettes-des-collectivites-1913809/

Le 17 mars dernier, lors d’une réunion du COS (conseil d’orientation et de surveillance) de la Caisse d’Épargne d’Ile-de-France, Patrick Saurin, élu Sud BPCE représentant l’ensemble des salariés, a été violemment pris à partie par Didier Patault, Président du directoire, et par un membre du COS, élu du Val de Marne, représentant des SLE (sociétés locales d’épargne), qui s’est dit « bouleversé » après avoir entendu l’interview de notre camarade sur Europe 1.

Alors qu’il a décidé de ne pas vendre des prêts toxiques, ce qui lui a valu en 2004 de quitter le service des collectivités publiques dans lequel il travaillait depuis plus de 10 ans, il manquerait de morale en 2014, parce qu’il dénonce les agissements de toutes les banques qui ont commercialisé ce type d’emprunts et parce qu’il démonte les arguments infondés qu’elles apportent pour se défendre, elles qui ont pourtant prêté aux collectivités locales, aux hôpitaux et aux organismes de logement social, c’est-a-dire à nous tous, dans des conditions parfaitement immorales et illégales comme le confirme un grand nombre de décisions de justice.

Nous soutenons sa dénonciation de toutes les banques qui n’ont visé que leur profit et celui de leurs actionnaires, en oubliant leur obligation légale de ne pas spéculer avec les acteurs publics locaux. Enfin, nous affirmons que les prêts toxiques, issus de montages opaques et léonins, qui entrainent le paiement par les citoyens français d’intérêts financiers usuriers, représentent une dette illégale et illégitime.

Voir le livre de Patrick Saurin Les prêts toxiques : Une affaire d’État

PDF - 217.5 kolien

Soutien à Patrick Saurin, militant contre les emprunts toxiques


Source : cadtm.org

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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 22:58

 

 

Source : www.mediapart.fr

Snowden : «La surveillance de masse est inefficace» contre le terrorisme

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

L’ex-employé de la NSA Edward Snowden a témoigné, en visioconférence, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

L’ex-employé de la NSA Edward Snowden est intervenu, mardi 8 avril en visioconférence depuis Moscou où il est toujours réfugié, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

« La surveillance de masse indifférenciée est inefficace pour prévenir le terrorisme », a réaffirmé le lanceur d’alerte devant les parlementaires. De telles pratiques « ont pour résultat non seulement des sociétés moins libérales mais également moins sûres », a-t-il poursuivi. Revenant sur les poursuites dont il fait toujours l’objet aux Etats-Unis, Edward Snowden a également souligné qu’il avait décidé de révéler le système d’espionnage mondial mis en place par la NSA pour « améliorer le gouvernement, pas pour le faire tomber ».

Le témoignage sur le site de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

 

Source : www.mediapart.fr

 


 

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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 23:35

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Débattre Rwanda

Génocide des Tutsis : « Que l’État ait la dignité de reconnaitre ses erreurs »

par Rédaction 2 avril 2014

 

 

 

 

Vingt ans après le génocide des Tutsis et le massacre d’opposants, déclenché le 6 avril 1994 au Rwanda, la justice française vient pour la première fois de juger et de condamner un Rwandais séjournant en France. « N’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? » interpelle un collectif de rescapés, chercheurs, écrivains, chanteurs, journalistes et militants associatifs. Dans une lettre ouverte à Alain Juppé, ministre des affaires étrangères à l’époque du massacre, ils pointent des contradictions et omissions dans son discours qui dédouaneraient les dirigeants français de toute responsabilité. « Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaitre ses erreurs », écrivent-ils.

Monsieur Alain Juppé,

Nous, habitants de Bordeaux, et citoyens attentifs au respect de la mémoire des victimes du génocide des Tutsis au Rwanda, constatons que depuis 20 ans vous tenez, concernant ce crime, un discours qui entre en contradiction avec la réalité des faits. Il suscite de graves interrogations sur votre rôle à l’époque, ainsi que sur celui de notre État, auxquelles nous vous invitons à répondre.

Vous étiez ministre des affaires étrangères d’avril 1993 à avril 1995. Au cours de cette période, au Rwanda, se mettait en place et se réalisait un génocide : en 1994, il y a 20 ans, plus de 800 000 personnes furent assassinées pour la seule raison que la mention Tutsi figurait sur leurs cartes d’identité. Les forces armées rwandaises (FAR) et les milices civiles réalisèrent les massacres. Ce crime, organisé et rapide, dura 3 mois !

L’État français, jusqu’en 1994, était particulièrement proche des autorités rwandaises. La présence militaire sur place est un des aspects les plus visibles de cette proximité : de 1990 à la fin du génocide, trois opérations françaises se déployèrent au Rwanda, et il n’y eut que quelques mois au cours desquels notre armée ne fut pas présente en nombre sur le territoire de ce petit pays. Depuis 20 ans, des historiens, des écrivains, des journalistes, des associations, ainsi que des organisations internationales [1], accusent les autorités françaises d’avoir une responsabilité coupable dans la réalisation du génocide, ou d’avoir été complices de celui-ci.

Environ 10 ans après les faits, des responsables politiques français commencèrent à parler « d’erreur criminelle » (B. Kouchner), puis « d’aveuglement » (N. Sarkozy), pour qualifier les décisions prises par notre État à cette époque [2]. Mais votre position est toute autre. Selon vous, la France n’a rien à se reprocher, bien au contraire. Vos arguments sont clairs, vous les développez par exemple sur votre blog, dans un article mis en ligne le 1er mars 2010.

Concernant les accusations dirigées contre vous, vous vous contentez de les balayer d’un revers de la main, au seul motif qu’elles ne seraient « évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères ». Mais lorsque vous exposez votre vision des événements, force est de constater que vous omettez et contredisez des faits avérés, afin de produire un discours dédouanant les dirigeants français de toute responsabilité.

Selon vous, M. Juppé, « le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du président Habyarimana, légalement élu, et le leader du front patriotique rwandais (FPR) », « bref le processus de paix semblait bien engagé... jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. » Vous offrez, en quelques phrases, un vernis démocratique au régime de Juvénal Habyarimana, arrivé en pouvoir en 1973 par un coup d’État, et vous légitimez ainsi l’aide que lui offraient les autorités françaises.

Mais vous fermez les yeux sur tous les éléments qui montraient la préparation du génocide : le massacre des Bagogwe en 1991 ; celui des Tutsis dans le Bugesera, dans la région de Kibuye et dans le nord-ouest en 1992 et 1993 ; ainsi que les nombreux rapports, français [3] et internationaux, qui en attestent. Les plus notables, publiés en 1993, sont celui de quatre ONG [4], dont la FIDH, et celui de la commission des droits de l’Homme de l’ONU [5]. Ils interrogent déjà sur la possibilité de qualifier ces massacres de génocide. Ils démontrent également qu’ils sont encadrés par les autorités administratives et l’armée rwandaise, à une époque où les forces militaires françaises collaborent étroitement avec celles-ci.

Devant la multitude de ces voyants rouges [6], n’aurait-il pas été de votre devoir de dénoncer les crimes du régime et d’appeler à suspendre notre coopération, plutôt que de les camoufler derrière le paravent des accords d’Arusha ?

Ce processus de paix, bien engagé selon vous, était pourtant qualifié par le président Habyarimana de « chiffon de papier » [7]. Pouviez-vous réellement ignorer que l’État français enfreignait ses clauses, notamment en poursuivant les fournitures d’armes au régime raciste de Kigali bien après sa signature définitive (le 04 août 1993) : la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) intercepta, sur l’aéroport de la capitale, une livraison en janvier 1994 [8] ; selon Edouard Balladur, la dernière autorisation d’exportation de matériel de guerre date du 6 avril [9] ? Enfin, et c’est beaucoup plus grave, Human Rights Watch révèle, après une enquête menée en 1995, qu’au moins cinq livraisons d’armes en provenance de la France et à destination des forces génocidaires ont eu lieu via l’aéroport de Goma, à la frontière zaïroise [10]. Elles s’effectuèrent après le 17 mai, alors que plus personne ne pouvait ignorer qu’un génocide était en cours, et que l’ONU venait de décréter un embargo sur les armes.

Les témoignages qui étayent ces conclusions sont-ils tous, eux aussi, mensongers ? Vous admettiez pourtant, durant le génocide, ne pas connaitre les décisions de l’Elysée concernant les ventes d’armes [11]. N’est-ce pas plutôt ces dernières qui ruinèrent les efforts de la diplomatie française, si ces efforts ont existé ? Et l’Etat français ne doit-il pas se reprocher cette aide aux génocidaires ?

Par ailleurs, vous écrivez : « loin de se taire sur tout ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes ». C’est vrai, vous avez dénoncé le génocide, et vous étiez le premier responsable politique français à le faire, à un moment où il devenait impossible de nier son existence, et où l’État devait corriger sa position. C’était le 16 mai 1994, cinq semaines après le début des massacres, alors que certains médias français employèrent le mot de génocide dès le 11 avril [12], et que l’ordre d’opération d’Amaryllis [13], daté du 8 avril, mentionnait que « les membres de la garde présidentielle ont mené […] l’arrestation et l’élimination des opposants et des Tutsis ». Les autorités françaises savaient. Elles étaient les mieux placées pour connaître exactement ce qui se passait au Rwanda, bien avant le 16 mai.

Mais quand, devant l’évidence des faits, vous dénoncez les responsables des massacres, c’est pour mieux mentir sur leur chronologie en prétendant, le 18 mai à l’assemblée nationale, qu’ils sont la conséquence d’une nouvelle attaque du FPR [14]. Or le FPR, en 1994, n’est intervenu qu’après le début du génocide [15], et il était la seule force sur place à mettre fin à celui-ci. Présenter les choses comme vous le faisiez, n’était-ce pas une manière de détourner les accusations qui visaient ses véritables auteurs ?

De plus, le 16 juin, dans une tribune accordée au journal Libération [16], vous parlez des « responsables de ces génocides » au Rwanda, au pluriel, laissant entendre qu’il y aurait eu un second génocide, commis par une autre partie que vous ne nommez pas. Cette thèse, que plus personne n’ose sérieusement soutenir aujourd’hui, permettait de dédouaner les responsables des tueries, en prétendant qu’ils ne faisaient que se défendre... Vous repreniez ainsi l’argument qu’employaient les génocidaires pour exterminer la population civile Tutsi. Quels éléments pouvaient être suffisants pour vous permettre d’évoquer un second génocide, alors que le rapport de l’ONU d’août 1993 [17] ne vous avait, lui, pas alerté ? Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda ?

Nous l’avons vu, les autorités françaises connaissaient la nature et l’ampleur des massacres, dès le commencement de ceux-ci [18]. Pouviez-vous ignorer qu’un génocide était en cours lorsque vous receviez à Paris, le 27 avril, le ministre des affaires étrangères du gouvernement intérimaire rwandais, ainsi que l’idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza ? Ce dernier est l’un des fondateurs de la RTLM, la radio appelant aux tueries, qui fut un outil fondamental du génocide [19]. Il a été condamné à 32 ans de prison par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. La réception de ces personnes au Quai d’Orsay, mais aussi à l’Elysée et à Matignon, « rendait le génocide respectable », pour employer les mots de l’historienne Alison Des Forges [20]. La Belgique et les USA leur avaient fermé leurs portes, la France fut le seul pays occidental à traiter avec eux.

Cette réception, M. Juppé, vous la taisez. Vous ne pouvez pas même la justifier par une condamnation verbale des responsabilités portées par vos hôtes. Celle-ci n’a pas existé...

Vous écrivez enfin « Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. […] le conseil de sécurité a été incapable de prendre la moindre décision... sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994) » ; « Devant la carence de la communauté internationale […], la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise ». Là encore, vous contredisez les faits. La France ne s’est nullement opposée à la passivité de la communauté internationale que vous dénoncez. Elle y a participé, en votant la résolution 912 du conseil de sécurité de l’ONU, réduisant l’effectif de la MINUAR à 270 hommes, le 21 avril 1994, 14 jours après le début du génocide.

Vous avez vous même déclaré, lors du conseil des ministres restreint du 13 avril 1994, être favorable à la suspension de la MINUAR [21], à un moment où le pire pouvait encore être évité. Ce n’est que dans un second temps, au mois de juin, alors que le génocide touche à sa fin, que l’État français prend la décision d’intervenir. Ce n’est pas un moment anodin : Kigali menace de tomber aux mains du FPR, qui s’oppose militairement aux forces armées rwandaises et stoppe l’extermination des Tutsis.

Faut-il rappeler que l’opération Turquoise, qualifiée d’ « humanitaire », était lourdement armée [22] et composée en grande partie de l’élite des forces spéciales [23] ? Et que la France a imposé unilatéralement, sans l’accord du conseil de sécurité, une « zone humanitaire sûre » dans laquelle les tueurs ne seront pas désarmés, les responsables ne seront pas arrêtés, et depuis laquelle la RTLM, qui appelait aux massacres, pourra continuer à émettre sans souffrir de tentative de brouillage ni de neutralisation [24] ?

Les forces françaises avaient pourtant le devoir d’interrompre le génocide et d’arrêter les coupables, notamment à partir du 28 juin, date de sa reconnaissance par l’ONU : la France est signataire de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, et l’opération « humanitaire », placée dans le cadre du chapitre VII [25] de la charte de l’ONU, pouvait recourir à « tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés » [26]. Mais les objectifs militaires sur place étaient tout autre, comme en témoignent des propos d’officiers [27], ainsi que l’ordre d’opération de Turquoise appelant à inciter les autorités locales à rétablir leur autorité [28].

Il s’agit bien ici des autorités qui ordonnaient et organisaient le génocide ! Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne [29]. Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre [30].

Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsis ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ?

Aux premiers jours du génocide, les extrêmistes hutu se retrouvaient à l’ambassade de France. Les discussions devant aboutir à la formation du gouvernement génocidaire s’y tinrent en partie, avec la participation de l’ambassadeur J.-M. Marlaud, donc sous votre responsabilité directe [31]. Durant la même période, tout près de l’ambassade, Madame Agathe Uwilingiyimana, première ministre dite hutu modérée, favorable aux accords de paix, se faisait assassiner, comme beaucoup des responsables politiques partageant ses opinions. Vous n’avez jamais eu un mot pour dénoncer ces assassinats ! Mais vous avez traité, comme nous l’avons vu, avec le gouvernement génocidaire, le reconnaissant de fait et lui offrant la caution de la France.

En 1998, lors de votre audition par la mission d’information parlementaire, vous avez évoqué ces faits par un euphémisme particulièrement surprenant, parlant du « départ des hutus modérés » [32]. Plus qu’une maladresse, n’était-ce pas là, encore une fois, une manière de dédouaner les criminels avec qui vous traitiez, et de refaire le passé ?

Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaitre ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraitre respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsis.

Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsis, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons.

Signataires :
AUBRY Patrick, réalisateur, Pessac
BOURREAU Pierre, chercheur en informatique, Bordeaux
CATTIER Emmanuel, Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi
CLARKE Bruce, plasticien
COURTOUX Sharon, membre fondateur de l’association Survie
DELTOMBE Thomas, éditeur et journaliste
DIA Thierno I., analyste de l’image, Bordeaux
DIOP Boubacar Boris, écrivain
FANON MENDES FRANCE Mireille, membre de la Fondation Frantz Fanon
GALABERT Jean-Luc, psychologue
GAUTHIER Alain, président du CPCR
GODARD Marie Odile, maître de conférences en psychologie à Amiens
GOUTEUX Bruno, journaliste et webmaster
GRANDCHAMP Simon, ingénieur, Bordeaux
GRENIER Etienne, avocat, Bordeaux
HANNA Gilbert, syndicaliste et journaliste à la clé des ondes, Bordeaux
KAYIMAHE Vénuste (rwandais et rescapé, écrivain, employé au Centre d’échanges culturels franco-rwandais à Kigali de 1975 à 2000)
LAINÉ Anne, cinéaste, présidente d’Appui Rwanda
DE LA PRADELLE Géraud, professeur émérite
LE COUR GRANDMAISON Olivier, universitaire
LEMOINE Benoît, président de Survie Gironde, Bordeaux
MABON Armelle, historienne
MESTRE Claire, médecin et anthropologue, Bordeaux
MOREL Jacques, auteur de La France au coeur du génocide des Tutsi
MUGICA Romain, psychologue, Gradignan
MUKANTABANA Adélaïde, Rwandaise et rescapée, Bègles
NDIAYE Abdourahmane, économiste, Bordeaux
NONORGUES Marie-Paule, avocate, Bordeaux
LES OGRES DE BARBACK, artistes
OUEDRAOGO Dragoss, anthropologue, cinéaste, réalisateur, Bordeaux
PETITDEMANGE Cécile, étudiante à Sciences Po Bordeaux
ROBERT Nicolas, infirmier, Bordeaux
DE SAINT-EXUPÉRY Patrick, auteur de L’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2004), Complices de l’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2009), La fantaisie des Dieux, Rwanda 94 (Récit graphique en bd, avec Hippolyte, Ed. des Arenes, 2014)
SITBON Michel, éditeur et journaliste
SOW Cheikh, militant d’éducation populaire et artiste, Bègles
TARRIT Fabrice, président de Survie
TOBNER Odile, ancienne présidente de Survie
TOULABOR Comi, directeur de recherche à Sciences Po Bordeaux
TRYO, artistes

Plus d’informations sur cette page facebook dédiée à la lettre ouverte.

 

Notes

[1Parmi lesquels : Marcel Kabanda, Jean-Pierre Chrétien, Alison Des Forges, Gérard Prunier, Catherine Coquery-Vidrovitch (historiens), Colette Braeckman, Patrick de Saint-Exupéry, Jean-François Dupaquier, Laure de Vulpian (journalistes), Boubacar Boris Diop, Jacques Morel (écrivains), FIDH, Human Rights Watch, Survie, etc.

[2Auparavant les USA, par les voix de B. Clinton et M. Albright, ont reconnu leurs erreurs et présenté des excuses, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a exprimé ses regrets, le Premier ministre belge G. Verhofstadt a déclaré « au nom de mon pays et de mon peuple, je demande pardon ».

[3Par exemple l’ambassadeur français à Kigali Georges Martres adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay un télégramme où il utilise les termes de « génocide » et d’ « élimination totale des Tutsis » : « [la population rwandaise d’origine tutsi] compte encore sur une victoire militaire, grâce à l’appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait, d’échapper au génocide. » En 1998, G. Martres déclare à la Mission d’Information Parlementaire : « Le génocide était prévisible dès cette époque [fin 1990] ». L’attaché de défense à Kigali, le colonel R. Galinié, écrit dans un message envoyé à Paris le 24 octobre 1990 l’éventualité de « l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsis, 500 000 à 700 000 personnes, par les Hutus, 7 millions d’individus... »

[4Rapport de la Commission internationale d’enquête sur les violations des Droits de l’homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990 ; (7-21 janvier 1993) réalisé par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (Paris ), Africa Watch (une division de Human Rights Watch, New York ), l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, (Ouagadougou ), le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (Montréal). Mars 1993. Dans ses conclusions, la Commission aborde directement la question du génocide : « Les témoignages prouvent que l’on a tué un grand nombre de personnes pour la seule raison qu’elles étaient Tutsies. La question reste de savoir si la désignation du groupe ethnique “Tutsi” comme cible à détruire relève d’une véritable intention, au sens de la Convention, de détruire ce groupe ou une part de celui-ci “comme tel. [...] La Commission estime que, quoi qu’il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique : de nombreux Tutsis, pour la seule raison qu’ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés et mutilés ; ont été privés de leurs biens ; ont dû fuir leur lieu de vie et sont contraints de se cacher ; les survivants vivent dans la terreur. » Source
J. Carbonare, l’un des membres de cette commission déclare le 28 janvier 1993 au journal de 20h de France 2 : « Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c’est à la fois l’ampleur, la systématisation, l’organisation même, de ces massacres. […] Il y a un mécanisme qui se met en route […] On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] nous insistons beaucoup sur ces mots ». Vidéo visible ici.

[5Rapport présenté par M. Waly Bacre Ndiaye, rapporteur spécial, sur la mission qu’il a effectué au Rwanda du 8 au 17 avril 1993. Août 1993. Le Rapporteur Spécial de l’ONU soulève explicitement la question de savoir si les massacres peuvent être qualifiés de génocide : « Il ressort très clairement des cas de violences intercommunautaires portés à l’attention du Rapporteur spécial que les victimes des attaques, des Tutsis dans l’écrasante majorité des cas, ont été désignés comme cible uniquement à cause de leur appartenance ethnique, et pour aucune autre raison objective. On pourrait donc considérer que les alinéas a) et b) de l’article II [qui porte définition du génocide dans la convention de 1948] sont susceptibles de s’appliquer […] ». Source

[6Auxquels s’ajoutent : l’article de l’historien J.-P. Chrétien dénonçant en mars 1993 dans la revue Esprit « un dévoiement tragique vers un génocide », le fax du général R. Dallaire (MINUAR) du 11 janvier 1994, transmis le lendemain à l’ambassade de France, et démontrant la préparation des massacres.

[7Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda. Karthala, Human Rights Watch, Fédération internationale des Droits de l’homme, avril 1999.

[8La France a livré des armes dans la nuit du 21 au 22 janvier 1994 : « Un DC-8 français transportant un chargement d’armes comprenant 90 caisses de mortiers de 60 mm, fabriqués en Belgique mais provenant de France, atterrit en secret dans la nuit. La MINUAR découvrit ce chargement qui violait les termes des accords d’Arusha, et plaça les armes sous la garde conjointe de la MINUAR et de l’armée rwandaise. » (Alison Des Forges, cf. note 7). La mission d’information parlementaire relève que « le dernier agrément délivré par la CIEEMG [Commission interministérielle d’étude des exportations de matériel de guerre, à laquelle participe le ministère des affaires étrangères] concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994 ». Elle relève également six Autorisations d’Exportation de Matériels de Guerre en 1994, dont une de 50 mitrailleuses en date du 22 avril ! Ce sont six livraisons d’armes officielles en violation des accords de paix.

[9Edouard Balladur, L’opération Turquoise : courage et dignité, Le Figaro, 23 août 2004.

[10Rapport HRW, Rwanda/Zaire, Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais, mai 1995 : « Certaines livraisons d’armes à Goma parmi les premières après le 17 mai étaient des envois du gouvernement français pour les FAR. » Et plus loin : « le consul français [en réalité officiellement pro-consul] a signalé d’autres livraisons d’armes à l’aéroport de Goma pour les FAR de mai à juillet, provenant d’autres sources que le gouvernement français. ([...] Il a ajouté [...] qu’elles pourraient provenir de marchands d’armes français opérant à titre privé. Les ventes d’armes, même par des sociétés privées, doivent être autorisées par le gouvernement français.) »

[11Le 12 juin 1994, le président et la directrice des opérations de MSF, P. Biberson et B. Vasset, rencontrent A. Juppé et lui demandent : « On dit qu’il y a des livraisons d’armes au gouvernement rwandais ou au gouvernement intérimaire ou au gouvernement en fuite, est-ce qu’il est exact que la France continue des livraisons d’armes à Goma ? » A. Juppé répond : « Ecoutez, tout ça c’est très confus, il y avait effectivement des accords de coopération ou de défense avec le gouvernement, il y a peut-être eu des reliquats, mais en ce qui concerne mes services, je peux vous dire que depuis fin mai il n’y a certainement plus aucune livraison d’armes au régime Habyarimana” ». Mais en même temps, il dit en regardant de l’autre côté de la Seine, donc vers l’Elysée : « Mais ce qui peut se passer là-bas, moi je n’en sais rien. » L. Binet, Génocide des Rwandais Tutsis, Médecins sans Frontières, 2003

[12Le 11 avril 1994 J.-P. Ceppi parle dans Libération du « génocide des Tutsis de Kigali » et M. Mukabamano, journaliste à RFI, déclare au Parisien : « C’est un véritable génocide » ; le 19 avril Human Rights Watch informe le président du Conseil de sécurité que les massacres en cours au Rwanda constituent « un génocide » ; le 24 avril L’ONG Oxfam parle de « génocide », etc.

[13Lors de l’opération Amaryllis du 9 au 14 avril, 1 464 militaires français du 1er, 3e, 8e RPIMa et du COS, évacuent exclusivement les ressortissants européens et des extrémistes Hutus. Les militaires ont reçu l’ordre de ne pas réagir aux massacres. L’historien Gérard Prunier écrit : « quelques Tutsis réussissent à embarquer à bord de camions en route pour l’aéroport : ils doivent descendre des véhicules au premier barrage de la milice et ils sont massacrés sous les yeux de soldats français ou belges qui, conformément aux ordres, ne réagissent pas. » Le rapport de la Mission d’information parlementaire française de 1998 conclut : « Il semble donc [...] que le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana ait été beaucoup plus favorable que celui réservé aux employés tutsis dans les postes de la représentation fran !aise – ambassade, centre culturel, Mission de coopération ».

[14« Face à l’offensive du front patriotique rwandais, les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l’élimination systématique de la population tutsie, ce qui a entraîné la généralisation des massacres. » Seconde session ordinaire de 1993-1944 (4e séance) Compte-rendu intégral, 2e séance du mercredi 18 mai 1994 . JO de la République Française, débats parlementaires, assemblée nationale, 19 mai 1994.

[15Audition du Colonel Balis (MINUAR) : « Le 7 avril, vers 9 h 30 m et 11 h 30 m, j’ai pu convaincre le FPR de rester dans son cantonnement, mais une colonne du FPR est malgré tout sortie vers 16 h 30 m. Ils ont alors créé une zone de sécurité. » Sénat de Belgique - commission des affaires étrangères : Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda 1-611/(7-15) 1997/1998. Sénat belge, 6 décembre 1997.

[16A. Juppé, « Point de vue » Intervenir au Rwanda, Libération, 16 juin 1994 : « La France n’aura aucune complaisance à l’égard des assassins ou de leurs commanditaires. La France, seul pays occidental représenté au niveau ministériel à la session extraordinaire de la Commission des droits de l’homme à Genève, exige que les responsables de ces génocides soient jugés ».

[17Voir note 5.

[18Voir notes 6 et 13.

[19On pouvait y entendre, entre autres appels aux massacres : « Bonjour, je suis un petit garçon de huit ans. Est-ce que je suis assez grand pour tuer un tutsi ? Réponse de l’animateur : comme c’est mignon ! Tout le monde peut le faire, tu sais. » J.-P. Chrétien, Rwanda, les médias du génocide. Ed. Karthala, 2002.

[20Voir note 7.

[21A. Juppé : « Aux Nations-Unies, le Secrétaire général doit rendre demain son rapport. Trois solutions sont envisageables : le maintien de la MINUAR, sa suspension avec le maintien éventuel d’un contingent symbolique ou un retrait total. Les Belges sont favorables à une suspension et c’est aussi mon avis. » Conseil restreint du 13 avril 1994. Document disponible ici.

[22Figurent sur la liste officielle déclarée à l’ONU : 8 avions Mirage, 12 automitrailleuses, 6 mortiers lourds. Auxquels s’ajoutent des avions Mirage IV-P, des hélicoptères de combat Gazelle , etc. G. Prunier, conseiller au ministère de la Défense en 1994, écrit : « la puissance de feu prévue par les forces françaises semble disproportionnée pour une mission humanitaire », Rwanda : le génocide. Dagorno, 1997.

[23Turquoise est composée notamment d’officiers et soldats : du Commandement des Opérations Spéciales (qui réunit des spécialistes de l’action et du renseignement sous l’autorité directe du chef d’Etat-major des armées), du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (forces spéciales), du GIGN et de L’EPIGN (Escadron parachutiste de la gendarmerie nationale), du 3e Régiment d’infanterie et de chars de marine (RICM) , du 11e Régiment d’artillerie de marine), de la Légion étrangère, du 2e Régiment étranger d’infanterie, du commando de marine, de spécialistes des opérations en « zone hostile »du 13e Régiment de Dragons Parachutistes.

[24La résolution 925 du 8 juin du Conseil de sécurité exige : « que toutes les parties mettent fin immédiatement à toute incitation à la violence ou à la haine ethnique, en particulier par le biais des moyens d’information ». On peut lire le 28 juin dans le rapport de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU que « l’intention claire et non équivoque » de commettre le génocide « se trouve bien contenue dans les appels incessants au meurtre lancés par les médias, en particulier la RTLM ». Le 1er Juillet, le représentant de la France à l’ONU parle de faire cesser ces émissions : « Je voudrais insister avant de conclure sur la responsabilité particulière des médias qui incitent à la haine ethnique et à la violence. La France demande instamment aux responsables des radios concernées, et en premier lieu à la Radio Mille Collines, de mettre fin à cette propagande criminelle. La France fera tout son possible pour obtenir la cessation de ces émissions. » Mais selon le général R. Dallaire, la RTLM émet encore le 1er août en direction des camps.

[25Il est important de noter que le 20 juin le représentant de la France à l’ONU fait la demande explicite d’une intervention sous chapitre VII autorisant, à la MINUAR, l’usage de la force : « nos gouvernements souhaitent disposer, comme cadre juridique de leur intervention, d’une résolution placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». Lettre datée du 20 juin 1994, adressée au secrétaire général par le représentant permanent de la France auprès de l’organisation des nations unies. Source

[26ONU, S/RES/929 (1994). Source
On peut lire également dans l’ordre d’opérations de Turquoise (voir note 28) « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force » ; « tout en étant en mesure d’intervenir à tout moment, éventuellement par la force, au profit de la population menacée » ; « marquer si nécessaire par l’usage de la force la volonté française de faire cesser les massacres et de protéger les populations » ; « la légitime défense élargie comporte l’emploi de la force dans les situations suivantes : - menaces sur nos forces, - menaces dans la mission de protection des personnes, soit contre nos forces, soit contre les populations protégées, - obstruction dans l’exécution de la mission de nos forces ».

[27L’adjudant-chef du GIGN T. Prungnaud explique que « la mission, au départ, c’était d’intervenir sur des massacres soi-disant de Hutu qui seraient massacrés par des Tutsis » (voir note 29) ; le colonel D. Tauzin déclare dans The Guardian du 01 juillet 1994 : « Nous ne sommes pas en guerre avec le gouvernement du Rwanda ou ses forces armées. Ce sont des organisations légitimes » ; Le général R. Dallaire (MINUAR) déjeune le 30 juin avec des officiers français et rapporte ce qu’il a entendu : « Ils refusaient d’accepter l’existence d’un génocide et le fait que les dirigeants extrémistes, les responsables et certains de leurs anciens collègues fassent partie d’une même clique. Ils ne cachaient pas leur désir de combattre le FPR ». R. Dallaire, J’ai serré la main du diable - La faillite de l’humanité au Rwanda. Libre expression, 2003.

[28« Affirmer auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l’ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité ». On peut y lire également que « plusieurs centaines de milliers de personnes d’ethnies hutue et tutsie ont été exterminées ». Ordre d’opérations de Turquoise, 22 juin 1994. Document consultable ici.

[29P. de Saint-Exupéry, L’inavouable - La France au Rwanda. Les Arènes, 2004. L. de Vulpian et T. Prungnaud, Silence Turquoise. Don Quichotte, 2012.

[30Le mensuel de la Légion étrangère, Képi Blanc, d’octobre 1994 confirme que : « Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la « zone humanitaire sûre ». L’E.M.T. [l’Etat-major tactique de l’opération Turquoise] provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre. »

[31Auditions de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud par la Mission d’Information Parlementaire, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, Vol. 1, pp. 296-297].

[32Auditions d’Alain Juppé par la Mission d’Information Parlementaire, 21 avril 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, vol. 1, p.91].


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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 23:12

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Loi d’avenir agricole

Pains au levain, vins naturels et fromages fermiers bientôt prohibés en France ?

par Sophie Chapelle 7 avril 2014

 

 

 

 

Boulets aux pieds, habillés en bagnard, une cinquantaine de paysans se sont symboliquement rendus à la direction des douanes, à Lyon, le 5 avril. Dans leurs mains, des pains au levain, un plateau de fromages fabriqués avec un ferment de ferme, une bouteille de vin vinifié à partir de levures naturelles, un bidon de purin d’ortie... « La Loi sur les contrefaçons, adoptée en février 2014, qualifie de potentielles contrefaçons les produits que nous fabriquons à partir de matière vivante, souligne la Confédération paysanne Rhône-Alpes. Tous ces produits sont susceptibles de contenir des micro-organismes brevetés, et donc d’être saisis et détruits par les douanes » (voir ce précédent article).

« Je prends les consommateurs à témoins, lance Vincent Rouzé, secrétaire de la Confédération paysanne du Rhône et producteur de fromages. 80 % des cultures dans le monde sont des cultures sauvages. Vous comprenez bien l’intention des multinationales qui se cachent derrière la loi. S’ils peuvent réussir à obtenir que c’est une contrefaçon d’utiliser une semence indigène, c’est 100 % de la production mondiale qui est sous contrôle et qui est payable ». Une semence ou une levure indigène ? Ce sont des micro-organismes issus d’un milieu naturel, à distinguer des levures et semences sélectionnées par des entreprises de l’agro-industrie. « Le vin est un produit de terroir dans lequel il y a des micro-organismes qui n’ont besoin de personnes pour vivre, ajoute un vigneron du Beaujolais présent dans le cortège. En tant que paysans, nous ne faisons qu’accompagner la reproduction gratuite du vivant et cela est interdit. »


Exception agricole générale

Tous les manifestants présents souhaitaient aussi marquer leur opposition à la logique du brevet sur le vivant. « La première personne qui a utilisé une mule ne l’a pas inventée mais a croisé un âne et un cheval, illustre Vincent Rouzé. Les paysans font cela depuis des millénaires. On croise, on sélectionne, ça fait la richesse du vivant. On organise l’appauvrissement du vivant en les réservant à des industriels qui auront le monopole. » « C’est inadmissible d’être hors la loi en faisant ce que nous avons toujours fait, lance Claire, jeune paysanne en polyculture-élevage dans le Sud-Isère. Nous refusons de devenir des bagnards ! »

Suite à l’occupation du Groupement national interprofessionnel des semences, la Confédération paysanne a obtenu la sortie des semences de ferme du champ d’application de la loi contrefaçon (voir cet article). « Mais nous exigeons plus, souligne la Confédération paysanne Rhône-Alpes. C’est l’ensemble du paquet agricole qui doit sortir de cette loi ». Alors que le Sénat examine le projet de Loi d’Avenir agricole à partir du 8 avril, plusieurs amendements ont été proposés par le Collectif Semons la biodiversité qui regroupe 22 associations et syndicats, et promeut le respect absolu du droit des agriculteurs de réutiliser et échanger ses semences, ses plants et ses animaux. Mais aussi ses ferments, levains, levures et autres préparations naturelles à base de micro-organismes...

 

Photo : CC Sophie Chapelle / Basta !

 

Source : www.bastamag.net

 

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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 22:10

 

Source : www.resistons.net

 

Montpellier : Succès pour la manifestation antifasciste

Montpellier, 06 avril 2014. La manifestation unitaire à l'appel de nombreuses organisations dont Ensemble  "pour ne pas laisser la rue à l'extrême droite" a été un succès qualitatif et quantitatif. De son côté, l'ultra-droite qui organisait son"jour de colère" n'a réuni que quelques dizaines de personnes.

 

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La manifestation appellée par une série d’organisations associatives (Ligue des droits de l’Homme, Osez le Féminisme) , syndicales (Solidaires, CNT) et politiques (la CGA, les composantes du Front de Gauche : ENSEMBLE, PG, PCF, le NPA)  « pour ne pas laisser la rue à l’extrème droite » a rassemblé  au moins 700 personnes, dans un cortège relativement manifantifasc06_04_14Mtp01.jpgcourt mais très dense. Midi Libre avance même le chiffre d’un millier de manifestants.  manifantifasc06_04_14Mtp05.jpgPartie de Plan Cabannes, où se sont déroulées les prises de parole des organisations, la manifestation a fait le tour du centre ville en passant par la Comédie, pour se dissoudre au point de départ.

De son côté, malgrè une intense propagande, la réplique, dans une serie de villes dont Montpellier, du « jour de colère » organisée en février à Paris, n’a réuni ce 06 avril 2014 que quelques dizaines de manifestants. Venus de l’ultra-droite (notamment les identitaires), ceux-ci ont défilé du Peyrou à la préfecture, n’hésitant pas à faire des saluts fascistes devant celle-ci, d'après un observateur.

L’échec de ce qui se voulait une démonstration de rue ne doit pas faire oublier que manifantifasc06_04_14Mtp09.jpgces groupes homophobes, racistes et antisémites constituent une menace. Surtout à un moment ou l’extrème droite plus institutionnelle progresse dans les urnes, profitant de la crise économique, ainsi que du désarroi et de la confusion provoqués par la politique du gouvernement. 

La vigilance doit s’amplifier tant vis à vis de ces groupes que du FN qui accède au pouvoir dans une série de villes dont Béziers. Au-delà, manifantifasc06_04_14Mtp10.jpgil s’agît de construire une opposition sociale et politique à la politique menée par le PS. La gauche radicale doit s’atteler à incarner une vraie alternative de gauche, capable de rassembler et d’élargir son audience. Faute de quoi, le FN, avec son discours trompeur sur les questions sociales, continuera de prospérer sur la désespérance et la confusion.

 

manifantifasc06_04_14Mtp13.jpgRevue de Presse

MIDI LIBRE  : ici


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Source : www.resistons.net


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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 21:38

 

Source : www.lemonde.fr

 

Emmanuel Giboulot, viticulteur bio : « Il y a une pensée unique sur les pesticides »

Le Monde.fr | 07.04.2014 à 17h01 • Mis à jour le 07.04.2014 à 18h53 | Propos recueillis par Audrey Garric

 
 

 

French winemaker Emmanuel Giboulot, poses in his domain's wine cellar, on February 24, 2014 in Beaune. Giboulot is being pursued by an arm of the agriculture ministry for not heeding a local directive in Burgundy's wine-growing Cote d'Or area to regularly treat vines against a leaf-hopping insect that causes an infectious disease called "flavescence doree". AFP PHOTO / JEFF PACHOUD

 

Le viticulteur bio de la Côte-d'Or Emmanuel Giboulot a été condamné, lundi 7 avril, à 500 euros d'amende ferme pour avoir refusé de traiter ses ceps contre une grave maladie de la vigne, la flavescence dorée. Il compte faire appel de ce jugement du tribunal correctionnel de Dijon, qu'il qualifie d'« injustifié », et dénonce une « pensée unique » sur le sujet de l'usage des pesticides dans les vignobles.

Entretien avec le vigneron dont l'affaire, très médiatisée, a divisé la profession viticole.

Vous avez été reconnu coupable d'avoir refusé de traiter vos vignes avec des pesticides. Quelle est votre réaction ?

Emmanuel Giboulot Je ne me sens pas du tout coupable. Je ne suis pas d'accord avec l'analyse du tribunal et j'estime toujours qu'il n'était pas justifié de traiter les vignes contre la flavescence dorée dans le département de la Côte-d'Or en 2013, alors qu'aucun foyer de la maladie n'avait été détecté.

L'amende est seulement symbolique mais elle est de trop. Si le jugement m'avait été favorable, si mon avocat et moi avions été suivis dans notre demande de relaxe, cela aurait permis d'envoyer un signal fort aux services de l'Etat – la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) et la préfecture – qui ont appelé à traiter les vignes de la Côte-d'Or. C'est important de dire « non », de ne pas accepter tout et n'importe quoi : on peut traiter dans le cas de foyers avérés de la maladie mais pas en faveur d'un principe de précaution pris à l'envers. Pour protéger préventivement les vignes, on menace la population.

Aujourd'hui, l'ensemble des viticulteurs qui refusent les traitements sont dans une situation de peur : peur de le dire, car peur d'être jugés. Le débat qui est ouvert est large et complexe. J'ai choisi de faire appel du jugement du tribunal pour continuer à remettre en cause les approches systématiques dans l'usage des pesticides.

Si un nouvel arrêté préfectoral était pris cette année pour obliger à traiter contre la flavescence dorée, le respecteriez-vous ?

A ce jour, je n'ai pas de parcelles qui sont dans un périmètre proche des trois ceps qui se sont avérés contaminés en Côte-d'Or. Si on m'obligeait à traiter dans cette situation, je le refuserai de nouveau. Mais si mes vignes étaient à proximité de celles contaminées, là, j'utiliserais des pesticides pour éviter une propagation de la maladie. Cela a toujours été ma position.

Peut-on concilier vignole bio et lutte contre les maladies de la vigne ?

Il existe un traitement autorisé en agriculture biologique : le Pyrevert, à base de pyrèthre naturel – extrait des fleurs séchées du chrysanthème. Mais cet insecticide n'est pas sélectif : il détruit la cicadelle, l'insecte vecteur de la maladie de la flavescence dorée, mais aussi une grande partie de la faune auxiliaire sur laquelle je m'appuie pour réguler l'écosystème de mon vignoble, que j'exploite en biodynamie. Le Pyrevert détruit par exemple le typhlodrome, un acarien prédateur naturel des araignées rouges qui se nourrissent de la sève de la vigne.

Cette année, je vais pratiquer un ensemble d'approches alternatives, notamment des pulvérisations de produits à base de silice, qui donnent des résultats intéressants. Ce sont des traitements que l'on utilise déjà en biodynamie, mais pas forcément pour lutter contre la flavescence dorée. Il y aura un suivi technique de ces tests par les autorités.

Vous sentez-vous soutenu par les autres viticulteurs ?

J'ai reçu beaucoup de soutiens, même si tout le monde n'est pas d'accord avec mon approche. Il faut accepter que le débat soit ouvert. C'est comme ça que les choses pourront progresser. J'ai des collègues dans d'autres régions, dans le Jura, l'Alsace, la Champagne, la Loire ou dans la vallée du Rhône, qui s'organisent pour porter une voix différente dans la lutte contre la flavescence dorée.

Le problème de fond aujourd'hui, en tout cas en Bourgogne, c'est que l'on n'a pas de contre-pouvoir technique : les experts et chercheurs qui pourraient exprimer des avis techniques différents de ceux de la DRAAF ou de la préfecture ne sont pas consultés. C'est dommage pour la progression de la connaissance sur la maladie. Il y a une pensée unique sur ce sujet.

Pourtant, une partie de la profession, notamment le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, dénonce les « contrevérités » véhiculées autour de votre cas...

On est nombreux, en tant que viticulteurs bourguignons, à mettre en œuvre des pratiques respectueuses de l'environnement, qui se sont beaucoup améliorées ces quinze dernières années. Le problème d'un arrêté préfectoral obligeant à traiter sur l'ensemble du département, c'est qu'il nie la responsabilité et l'engagement de chacun à moins polluer. Il y a une forme de déresponsabilisation qui s'opère dans ces cas-là, qui ne fait pas progresser les pratiques.

C'est dommage que l'interprofession n'entende pas qu'il y a un problème aujourd'hui dans la société, celui de l'impact des pratiques agricoles, et de l'usage des pesticides, sur la qualité des aliments et sur la santé. La Bourgogne, un vignoble d'exception, doit davantage mettre en œuvre des pratiques respectueuses de l'environnement.

 Audrey Garric
Journaliste au service Planète du Monde

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 23:18

 

Source : fr.euronews.com

 

Affrontements lors de la manifestation contre l’austérité à Bruxelles

04/04 15:31 CET

 

 

*Vidéo ici

Des heurts ont eu lieu dans le quartier des institutions européennes où se trouve notamment le siège du bureau d’Euronews dans la capitale belge.

Des jets de pierres sur les forces de l’ordre venant pour la plupart de jeunes dockers flamands du port d’Anvers selon nos équipes sur place.

Des incidents ont éclaté, les forces de l’ordre ont utilisé un canon à eau et des gaz lacrymogènes pour éloigner les manifestants des bâtiments de la Commission européenne.

“La manifestation a commencé à côté du bureau d’Euronews à Bruxelles. Avec mon collègue cameraman, nous avons essayé d’aller dans la rue pour filmer. Mais certains manifestants se sont mis en colère et ils ont poussé notre cameraman, ils l’ont également frappé à plusieurs reprises”, explique l’un des correspondants d’Euronews à Bruxelles.

Avant ces violences, des dizaines de milliers de manifestants venus de toute l’Europe avaient défilé dans le calme pour dénoncer les politiques d’austérité en Europe à l’appel de la Confédération européenne des syndicats. Un mouvement d’ampleur pour exiger une Europe plus sociale à l’approche des élections européennes qui auront lieu fin mai dans les 28 pays de l’Union.

Plus de 26 millions d’Européens sont sans emploi et il y a 10 millions de chômeurs de plus qu’en 2008, date du début de la crise dont en grande majorité des jeunes qui apparaissent comme une “génération sacrifiée”.

 

Copyright © 2014 euronews

 


Source : fr.euronews.com

 


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Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 22:40

 

Source : www.reporterre.net

 

Au Testet, la Zad vit et palpite dans la bonne humeur

Grégoire Souchay (Reporterre)

samedi 5 avril 2014

 

 

Si le projet de barrage sur la zone du Testet est contesté sur de nombreux aspects techniques, la lutte est menée au quotidien par cette forme si particulière d’organisation qu’est la ZAD. Reporterre a passé une journée avec ces zadistes.


- L’Isle-sur-Tarn (Tarn), Zad du Testet, reportage

Au moment où je m’arrête devant l’entrée du Testet, trois gaillards s’approchent de la voiture le visage caché par des masques de monstres terrifiants. « Bonjour, c’est pour Reporterre.net ». « Reporterre, avec T.E.R.R.E, c’est ça ? » demande l’un d‘entre eux. Je confirme. Au travers du masque se dessine un large sourire. « Ah oui ! Bienvenue. On t’a expliqué pour les photos ? » ajoute le deuxième.

La veille, Laurent, contact sur place, m’avait bien précisé de demander l’accord avant de prendre en photos les personnes et les lieux. J’avais juste oublié, à l’arrivée, prenant un plan grand angle. Les masques tombent, l’appareil photo est éteint et on commence à discuter avec Daniel, l’un des gaillards aux masques.

Etudiant en droit, il gravitait autour des milieux engagés et des formes différentes d’organisation du travail. Il me raconte son stage dans une SCOP où, quand on posait la question "Qui est le patron ?", les ouvriers répondaient en souriant : « Moi, toi, nous tous ! ». Il poursuit : « Je suis arrivé ici après l’expulsion. La forêt ça me plaît, c’est un bon principe de vie. Mais ici, on est un peu comme des poulets de batteries échappés d’un élevage industriel ».

Voyant mon incompréhension, Ju, son comparse, explique : « Par exemple, la nuit dernière, avec le vent qui soufflait et les arbres qui craquaient, on ne faisait pas les fiers ! ». En attendant ils restent là « tant qu’on est utiles. Après on bougera ».

Au fil de la discussion, c’est un juriste, spécialiste de droit constitutionnel qui se révèle devant moi. « On pourrait tout à fait utiliser le droit à l’insurrection inscrit dans le texte de 1793 pour faire valoir nos droits dans des luttes comme celle-là, mais les avocats n’osent pas. »


- Ancienne ZAD -

Plus loin se trouve le campement visité durant une précédente visite. Enfin, se trouvait. Car tout a été rasé par la police le 27 février dernier… et aussitôt reconstruit de l’autre côté de la route, sur une parcelle appartenant au ministère de l’Agriculture.

En avançant sur le sentier, je découvre plus en avant un grand chapiteau, le nouveau lieu des assemblées. A l’intérieur, Paul, Oca et Pierrette, me parlent de la manifestation du 22 février à Nantes, pour Notre Dame des Landes, suite à laquelle ils sont arrivés au Testet.


- Sous le chapiteau -

« J’ai fait une fac d’art plastique, commence Pierrette. Si tu ne veux pas faire de l’art commercial, il n’y a aucun débouché. Et comme j’étais déjà un peu engagée, j’ai suivi les copains et je suis rentrée dans le mouvement des ZAD que je ne quitte plus. » Bien qu’urbaine, elle raconte que son dernier passage dans un supermarché fut presque traumatisante pour elle.

Son voisin, lui, habite Bordeaux : « J’ai une petite fille, alors on essaie de se caler avec ma compagne pour pouvoir venir ici. Je reste un peu et je rentre voir ma famille ». Il ajoute : « Pour l’instant, j’ai la fierté de ne pas avoir demandé le RSA ».

Laurent, notre guide, m’emmène visiter la ZAD, avec un peu partout des cabanes dans les arbres, et de l’autre côté un petit réduit, la « zone astrale détemporalisée », où l’on peut se reposer, lire, admirer le paysage. En ce début de printemps et malgré le ciel gris, les arbustes fleurissent déjà au bord du chemin où se dresse une barricade.

Enfin, j’arrive à la Métairie Neuve, cœur historique de la lutte, expulsé par des groupes cagoulés pro-barrage en janvier, « inhabitable pendant un mois entier » rappelle Marie. Qui, plutôt que de parler d’elle, me fait faire le tour des lieux : chambres, toilettes sèches, stockage du bois, atelier bricolage et même dressing « free-shop ». « Si on avait le temps, on pourrait aménager une salle multimédia par exemple, mais on reste toujours dans l’urgence, sur nos gardes, même la nuit ».

Depuis le 25 mars, la ferme est expulsable à tout moment. Je m’installe autour de la table de fortune en prenant une assiette et me servant selon mes besoins, comme c’est l’usage. Règne ici un mélange de joyeux désordre militant et de poésie spontanée qui fait l’art des ZAD.

Julien, Alsacien vivant en Ardèche, fraîchement arrivé, me raconte comment il est sorti de son mode de vie normé, « travail, logement, milieu urbain ». Le voici désormais à se « balader de nuit sans lampe frontale pour profiter des lumières de la lune et des étoiles ». Oze, quant à elle, épluche les patates pour le prochain repas. Elle refuse la photo mais accepte les questions : « Je suis arrivée de Nantes début mars. Pour moi, cette lutte est anti-nucléaire. Parce qu’en cas de sécheresse, l’eau du barrage du Testet pourrait servir à alimenter la centrale nucléaire de Golfech. » Les réacteurs ne sont effectivement qu’à 80 km à vol d’oiseau. Toutefois, rien n’a permis de confirmer cette rumeur pour l’instant.

Plus tard j’appellerai EDF pour savoir ce qu’il en est. Au téléphone, M. Amanieu, chef de mission pour EDF de Golfech est stupéfait par cette allégation : "Non seulement il n’y a pas de problème d’eau en général pour alimenter la centrale à l’horizon 2050" affirme-t-il, mais "pour le Testet, nous ne sommes vraiment pas dans le coup, on ne nous a rien demandé" certifie-t-il. Golfech fait partie des six centrales que le ministère de l’Ecologie envisageait de fermer à l’horizon 2030, du moins avant le récent remaniement...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Ils réagissent
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