Ils réagissent

Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 22:00

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com


 

 

Industrie du médicament : "J'ai vendu mon âme au diable"

Anne Crignon

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Publié le 21-04-2014 à 19h03

John Virapen, 64 ans, livre le récit de son parcours dans l'industrie pharmaceutique. Une confession professionnelle peu ordinaire.

 

Du Prozac (Jeff Blackler/REX/REX/SIPA) Du Prozac (Jeff Blackler/REX/REX/SIPA)

 

 

 

Dans la famille "Les Repentis de Big Pharma", voici John Virapen, ancien directeur de la firme Eli Lilly en Suède, qui a rédigé dans sa soixante-quatrième année une confession professionnelle peu ordinaire. Par une ironie du destin, son livre est sorti en France jeudi 17 avril, au lendemain  de la mort de Jacques Servier.

"Depuis des années parfois aux premières heures du jour des silhouettes fantomatiques m’apparaissent en rêve, écrit-il en préambule. Elles se tapent la tête contre les murs ou s’entaillent les bras et la gorge a coups de rasoir. J’ai maintenant compris que j’avais indirectement contribué a la mort de personnes dont les ombres me hantent.

Je n’ai évidemment tué personne directement, mais aujourd'hui je ne peux pas ne pas me sentir responsable en partie de ces morts. J’ai été un instrument, un exécutant, mais consentant, aux mains de l’industrie. […] J’ai été certes manipulé, mais sans me poser de questions. J’ai vendu mon âme au diable."

Le cas du Prozac

D’origine indoue et fils de pêcheur illettré de la Guyane britannique, l’auteur de ce mea culpa glaçant est entré dans l’industrie pharmaceutique, en 1968, par la toute petite porte. En acteur habile de ce qui ne s’appelle pas encore marketing, John Virapen est déjà en 1981 directeur des ventes de la firme Eli Lilly pour la Suède.

Il raconte les petits pactes inavouables qui se scellent dans ce milieu feutré, et la main mise des firmes sur les leaders d’opinion, ces grands professeurs renommés et gardiens de la doxa. Ainsi l’entre eux, spécialiste du traitement de la douleur et expert au ministère de la santé, recevait-il de Lilly un salaire fixe, moyennant conseil, relecture de brochures et autres conférences.

On faisait surtout appel à lui en cas d’attaque contre nos produits dans les médias, souvent à propos d’effets secondaires. Il écrivait immédiatement des articles en notre faveur dans les journaux médicaux. Le microcosme médical était rassuré, la grande presse n’en parlait plus."

En 1986, pour le lancement de la fluoxétine d’Eli Lily, molécule d’or baptisée Prozac qui sera jusqu’à expiration du brevet en 2001 l’antidépresseur le plus prescrit au monde, John Virapen va commettre ce qui le hante au petit matin : avoir aidé à promouvoir un médicament dont il connaissait –déjà- l’impact suicidaire (pour les effets secondaires réels des psychotropes, voir le site de veille sanitaire indépendant de David Healy, chercheur à l’université de Cardiff RxiSK.org) et dont la supériorité sur le placébo n’est toujours pas établie en 2014.

Mais pour l’heure, tandis qu’au siège on organise le plan com’ qui fera de la dépression une maladie couramment diagnostiquée dans tous les pays riches, les satrapes de Lilly s’affairent dans les capitales afin d’obtenir pour le Prozac une autorisation de mise sur le marché.

Comment des suicidés ont disparu

A Stockholm, John Virapen sait qu’un expert indépendant a été officiellement désigné pour émettre un avis. Le nom du professeur est confidentiel, pour tenir éloignés les lobbies justement. John Virapen veut savoir. Il n’y a dans toute la Suède que cinq experts psychiatres suffisamment qualifiés pour avoir été sollicité par l’Etat.

L’un fait partie des autorités de santé ; ça ne peut être lui. Pour les quatre autres, il va agir en profiler et demander à ses visiteurs médicaux de se renseigner, discrètement. Après quelques semaines de ce maillage discret, l’expert est repéré : c’est Pr Z., à Göteborg. "J’entrepris d’étudier le Pr Z. de plus près. Il aimait la voile. Je m’achetai un livre sur la voile." Virapen l’appelle, et parvient à l’inviter à dîner.

Un facteur a joué en ma faveur, je n’aimais pas le Pr Z, poursuit-il. Une réelle sympathie rend les manipulations plus difficiles. On n’aime pas piéger une personne qu’on apprécie. On ne veut pas obliger quelqu’un qu’on aime à franchir les frontières de la légalité. Le fait de ne pas aimer était donc un atout."

Un deuxième dîner va sceller leur entente. "L’argent est toujours utile", répond l’expert indépendant quand son hôte lui demande ce qui ferait accélérer son affaire. Le lendemain, Virapen appelle le bureau de Lilly à Copenhague, qui supervise les pays du Nord, explique qu’il faut 100.000 couronnes pour obtenir une autorisation rapide, soit 20.000 dollars. "Le bureau de Copenhague consulta celui de Genève. Cela prit 24 heures. Puis je reçus un appel :'John, faites tout ce qui vous semble nécessaire.'"

L’expertise du Dr Z. en fut quelque peu orientée. Dans le dossier initial, voici un exemple de ce qu’on pouvait lire : "Sur dix personnes ayant pris le principe actif, 5 eurent des hallucinations et firent une tentative de suicide dont 4 avec succès." A la place on lisait désormais : "Les 5 derniers ont présentés divers effets secondaires." Escamotés, les suicidés sous Prozac, au cours de la phase d’expérimentation.

Au dessus des lois ? Au dessus des Etats ?

Ce témoignage paraît un mois après celui de Bernard Dalbergue,(1) ancien cadre de chez Merck ; un an après l’ouvrage de Julie Wasselin qui fut pendant trente ans visiteuse médicale (2); et dix ans après que Philippe Pignarre, ancien de chez Synthelabo et lanceur d’alerte avant l’heure, a publié "Le Grand secret de l’industrie pharmaceutique" (3). Tous démontrent que la santé est depuis trente ans une affaire de business et de marketing sur fonds de désinformation aux conséquences criminelles.

La confession de John Virapen a été traduite par Philippe Even, qui poursuit ainsi un travail de recadrage entrepris en 2005, soit cinq ans avant le scandale Servier, avec sa traduction du livre Marcia Angell, rédactrice en chef démissionnaire du prestigieux "New England Journal of Medecine" (NEJM), "La vérité sur les compagnies pharmaceutiques" (4).

Etrangement, ces révélations ne suscitent pas l’effroi et les révolutions qu’elles devraient. Comme si la pharmaco-délinquance était une fatalité, et l’industrie du médicament une organisation impossible à contrôler, au dessus des lois, au dessus des Etats.

Anne Crignon - Le Nouvel Observateur

(1) "Omerta dans les labos pharmaceutiques", Avec Anne-Laure Barret, Flammarion
(2) "Le quotidien d’une visiteuse médicale", L’Harmattan.
(3) Editions La Découverte
(4) Editions du Mieux Etre

 

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com

 

 

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Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 21:26

 

 

Source : www.lemonde.fr/planete

 

 

 

Dans la Drôme, des terres rendues à la vie sauvage

LE MONDE | 19.04.2014 à 09h51 • Mis à jour le 21.04.2014 à 15h11 | Par Audrey Garric (Véronne, Drôme, envoyée spéciale

 


 

A perte de vue, des falaises de calcaire s'élèvent, majestueuses, tapissées d'un dense couvert forestier. En contrebas, un ruisseau, le Riousset, s'étire longuement, bordant quelques rares bâtisses de pierres du hameau de Véronne. C'est dans ce lieu majestueux, au coeur de la Drôme et aux portes du Vercors, que l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) va inaugurer, mardi 22 avril, la première réserve privée de vie sauvage, celle du Grand Barry. Objectif de ce lieu inédit en France : laisser la nature s'exprimer sans la moindre intervention humaine. Et prendre le relais d'une gestion publique des aires protégées jugée « déficiente ».

« Alors que les parcs et réserves naturelles ne protègent plus autant la biodiversité, en autorisant fréquemment la chasse et l'exploitation forestière, nous avons développé un nouvel outil pour assurer une protection pérenne des milieux naturels : l'acquisition foncière, explique Pierre Athanaze, le président de l'Aspas, reconnue d'utilité publique. Depuis 2010, nous rachetons des terrains avec comme seul mode de gestion la libre évolution. »

 

FONDS PRIVÉS

Pour financer ses espaces, l'association, qui refuse d'être subventionnée par l'Etat, ne recourt qu'à des fonds privés : ce sont les cotisations de ses 11 000 adhérents, ainsi que des dons, legs et un coup de pouce de la Fondation pour une Terre humaine, qui ont permis de réunir les 150 000 euros nécessaires à l'acquisition des 110 hectares de terrains du Grand Barry, achetés à des particuliers.

Des opérations similaires menées dans les Côtes-d'Armor et dans la Haute-Loire permettent aujourd'hui à l'association de totaliser 300 hectares « sauvages ». Pour l'instant, seule la zone du Grand Barry a été labellisée « réserve de vie sauvage », une marque déposée par l'Aspas. Elle a par ailleurs intégré en février le réseau européen Rewilding Europe, qui regroupe 27 réserves et vise à atteindre, d'ici à 2020, un million d'hectares.

 

CAHIER DES CHARGES EXIGEANT

Le cahier des charges de ces « îlots de naturalité » est des plus exigeants. Sont interdits la chasse et la pêche, l'exploitation forestière et agricole, l'élevage, les feux, les dépôts de déchets, le passage de chiens non tenus en laisse et même la cueillette. Seule la promenade non motorisée, sur les sentiers, est autorisée.

Ce niveau de protection très élevé et unique en France correspond à la catégorie 1b (zone de nature sauvage) du classement des aires protégées, réalisé par l'Union internationale de conservation de la nature, qui mesure, sur une échelle de 6, l'intervention humaine sur la nature. Une demi-douzaine d'agents assermentés – bénévoles – seront bientôt formés pour faire respecter la charte dans cet espace en libre accès, et des panneaux d'information seront installés.

 

 EFFETS VISIBLES DANS PLUSIEURS GÉNÉRATIONS

« Depuis près de deux ans que les terrains sont interdits à la chasse, nous avons observé un retour des grands ongulés », s'enthousiasment Roger Mathieu et Françoise Savasta, administrateurs de l'Aspas dans la Drôme, en faisant découvrir la réserve. Lors de la visite, on n'apercevra aucun des nombreux chamois, chevreuils, biches ou cerfs qui arpentent les sentiers et rochers de la zone, en raison de la chaleur et des fortes bourrasques de vent. Mais les multiples traces et crottes, ainsi que les pièges photo installés sur des arbres, attestent des fréquents passages des herbivores.

 

 

 

Un chamois dans la réserve du Grand Barry.

 

 

 

« La biodiversité est exceptionnelle ici. On procède à un inventaire de la faune et la flore », indique Roger Mathieu, en suivant avec ses jumelles des aigles royaux, circaètes, éperviers et vautours fauves qui paradent dans le ciel. A hauteur de sol, ce sont des hépatiques, colchiques ou encore gesses de Hongrie qui fleurissent au pied des chênes pubescents et pins sylvestres. « En France, c'est inimaginable que l'on achète et privatise des terrains pour ne rien en faire, si ce n'est regarder la nature évoluer », regrette Françoise Savasta, passionnée de botanique. Mais les effets véritables de cette renaturalisation ne seront visibles que dans plusieurs générations.

 

 SEULEMENT 1 % DU TERRITOIRE MÉTROPOLITAIN PROTÉGÉ

La protection française des espaces naturels a pris son envol au début des années 1960, avec la création progressive d'une vingtaine d'outils et de statuts, tels que les parcs nationaux (au nombre de dix), les parcs régionaux (48), les réserves naturelles (166 nationales, 129 régionales et 6 corses), les sites Natura 2000 ou encore les arrêtés de biotopes.

Malgré tout, seulement 1 % du territoire métropolitain est aujourd'hui « sous protection forte » – un chiffre qui est censé doubler d'ici à 2019 en vertu des engagements du Grenelle de l'environnement. « Nous avons des lacunes en termes de protection par rapport à nos voisins européens, regrette Daniel Vallauri, chargé de la biodiversité et des forêts pour WWF France. En France, l'homme a toujours façonné l'ensemble de ses paysages, notamment par l'agriculture, l'exploitation forestière et l'urbanisation. Et nous avons des propriétaires et des usages privés partout, qu'il faut satisfaire. »


 « LA LOI DE 2006 A ABAISSÉ LES EXIGENCES »

La loi de 2006, qui réforme le statut des parcs nationaux, a accru l'empreinte humaine sur ces espaces naturels. En ouvrant les conseils d'administration des parcs aux élus locaux, et en renégociant leur charte avec les communes, elle les a davantage soumis aux pressions économiques et touristiques. « L'objectif était de concilier impératif de protection et développement économique, afin de favoriser l'acceptabilité de l'ensemble du parc par les élus et citoyens », explique Alby Schmitt, directeur adjoint de l'eau et de la biodiversité au ministère de l'écologie.

« La loi a abaissé les exigences de protection du coeur des parcs, ceux-là mêmes qui devraient être des sanctuaires », rétorque Anthony Turpaud, secrétaire de la branche espèces protégées au Syndicat national de l'environnement et agent technique au parc du Mercantour. « Nous avons moins de temps à consacrer aux zones centrales car nous avons des nouvelles missions de développement local dans les zones périphériques, poursuit-il. Surtout, le lobbying des différents groupes d'intérêts est devenu plus fort. »

Ainsi la chasse a-t-elle été autorisée dans le cœur du dernier-né des parcs nationaux, celui des Calanques – de même que dans 70 % des réserves naturelles. Le parc national des Cévennes, de son côté, a demandé à être une zone d'exclusion pour le loup. A l'inverse du Grand Barry, où les animaux sauvages sont désormais maîtres de leur territoire.

 Audrey Garric (Véronne, Drôme, envoyée spéciale )
Journaliste au service Planète du Monde

 

 


Source : www.lemonde.fr/planete

 


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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 23:00

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

En images 18/04/2014 à 12h46

« L’austérité en Europe est aussi votre erreur » : un ange passe au meeting PS

Rémi Noyon | Journaliste Rue89

 


Des militants de Marea Granate au Cirque d’hiver à Paris, le 17 avril 2014 (LCHAM/SIPA)

 

Tout ronronnait tranquillement jeudi soir au Cirque d’hiver, à Paris. Le Parti socialiste lançait sa campagne des européennes en présence de Martin Schulz, candidat social-démocrate à la présidence de la Commission européenne.

A la tribune se succèdent des têtes de liste françaises, comme Pervenche Berès, fraîchement investie en Ile-de-France, et des responsables étrangers, comme l’Espagnole Elena Valenciano.

Tous ont grosso modo le même discours, résumé en fin de meeting par Jean-Christophe Cambadélis, le nouveau patron du Parti socialiste :

« Le problème, ce n’est pas l’Europe. Le problème, c’est le Parti populaire européen. »

Bref, l’austérité budgétaire n’est que le fait de la droite européenne. Il suffira de remplacer Barroso par Schulz pour que l’Union européenne retrouve la voie de la croissance.

« Hypocrisie »

En plein milieu de ce gentil raout, des jeunes appartenant au mouvement Marea Granate déploient une banderole assassine :

« L’austérité est aussi votre erreur. »

Marea Granate est constitué d’émigrants espagnols qui dénoncent les politiques économiques imposées à leur pays. « Marée », comme le nom des différents mouvement sociaux en Espagne. « Grenat », parce que c’est la couleur de leur passeport.

Joint par Rue89, Andrea, une membre du mouvement, explique :

« Ce qui nous rassemble, c’est le fait que nous ne puissions pas rentrer en Espagne parce qu’il n’y a pas de travail. »

Pour elle, comme pour ses camarades, le slogan des socialistes européens, « L’austérité en Europe est une erreur », est totalement « hypocrite » :

« Tous les gouvernements de gauche mettent en place des plans d’austérité. Ce que fait Manuel Valls avec le gel des prestations sociales ressemble à ce qui a pu se faire en Espagne en 2010.

En Europe, les sociaux-démocrates et les conservateurs se distinguent sur les droits sociétaux tels que le mariage gay, mais sur l’économie, il n’y a pas de grandes différences. »

Mauvaise conscience

Ils ont été évacués rapidement sous les huées. Quelques minutes plus tard, Martin Schulz, qui ne mentionne pas l’incident, est lyrique. Il insiste sur la nécessité d’instaurer un salaire minimum européen et d’investir dans la jeunesse :

« Sommes-nous encore capable d’entendre le désespoir des 5,6 millions de jeunes qui n’ont pas d’emploi ? [...] Après la Seconde Guerre mondiale, les parents ont accepté les sacrifices parce qu’ils savaient que c’était pour leurs enfants. Aujourd’hui, nous demandons des sacrifices aux parents pour sauver des banques irresponsables. »

Silence gêné parmi les militants.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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Jeudi 17 avril 2014 4 17 /04 /Avr /2014 23:40

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Transition énergétique ?

Les compteurs électriques « intelligents » contestés en Allemagne et au Québec

par Sophie Chapelle 16 avril 2014

 

 

 

La grogne contre les compteurs électriques dits « intelligents » se poursuit outre-Atlantique. Le 12 avril, des citoyens québécois ont manifesté devant le siège social de la Régie de l’énergie à Montréal, contre l’installation de ces compteurs par la société d’Etat Hydro-Québec. La spécificité des compteurs dit « intelligents » ou « communicants » ? Ils sont théoriquement capables de transmettre en temps réel au fournisseur d’énergie des informations sur la consommation du client. Mais pour le mouvement québécois « Refusons les compteurs », les ondes émises par ces compteurs présentent des risques potentiels pour la santé [1]. Le mouvement réclame par conséquent que la compagnie cesse de pénaliser financièrement ceux qui s’opposent à leur installation, et demande au gouvernement de décréter un moratoire (lire notre précédent article).

Du côté de l’Union européenne, une directive exige que 80 % des compteurs soient « communicants » d’ici 2020. En France, le déploiement du compteur « Linky » a été acté en juillet 2013 par le gouvernement qui le présente comme « un instrument concret en faveur des économies d’énergie et du pouvoir d’achat ». Pourtant, les enquêtes menées auprès des utilisateurs dans les zones d’expérimentations tests révèlent que la mise en place de ce compteur n’a en rien réduit la facture énergétique (voir ici). Selon l’association Que Choisir, les failles du compteur communicant pourraient même offrir un boulevard aux fournisseurs d’électricité pour augmenter les tarifs. L’opérateur Direct Énergie a par exemple lancé début janvier « l’offre Tribu » dans laquelle le service de suivi des consommations en temps réel est facturé... 6,80 € par mois !

Face à l’engouement du gouvernement français, l’Allemagne se révèle plus prudente. Le ministère de l’Économie allemand a demandé au cabinet Ernst & Young une évaluation économique du déploiement des compteurs intelligents. Or, l’audit rendu public en août 2013 indique que les coûts mis en œuvre dépassent nettement les économies réalisées par les consommateurs. « Il serait donc disproportionné et économiquement déraisonnable d’exiger de tous les consommateurs d’installer ces compteurs » souligne le ministère qui préconise pour le moment de restreindre le renouvellement aux compteurs en fin de vie.

En France, le remplacement d’ici 2020 des 35 millions de compteurs électriques est estimé par le gouvernement à 4,7 milliards d’euros. Mais les élus représentés par la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) évoquent plutôt 8 à 9 milliards. Quand le président d’EDF Henri Proglio parle lui de 5 à 7 milliards d’euros... Un audit à ce sujet serait peut-être opportun, alors que le projet de loi sur la transition énergétique devrait être présenté avant l’été en Conseil des ministres.

 

Notes

[1Le recours déposé par l’association Robin des Toits en France à ce sujet a été rejeté le 20 mars 2013 par le Conseil d’État qui considère que « les rayonnements électromagnétiques émis par les dispositifs de comptage et les câbles n’excèdent ni les seuils fixés par les dispositions du décret du 18 octobre 2006 (...) ni ceux admis par l’Organisation mondiale de la santé ». Des seuils pourtant critiqués pour leur faiblesse.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 21:33

 

Cher-e-s ami-e-s,
Pour la troisième année consécutive, le Sommet mondial des matières premières organisé par le Financial Times s'est déroulé à Lausanne, à l'hôtel Beau-Rivage. Une manifestation d'opposition a eu lieu le jour d'ouverture du sommet (31 mars 2014). Les manifestants se sont trouvés confrontés à un dispositif policier plutôt impressionnant.
Contrairement à ce que laissent entendre certains médias, la manifestation était tout à fait pacifique. La police a néanmoins usé de spray au poivre, pulvérisé droit dans le visage de certains manifestants non-violents. Elle en a également interpellé une vingtaine alors qu'ils rentraient chez eux après que la manifestation a été dissoute.
Quel bilan tirer de la mobilisation de cette année ? Malgré une participation clairement inférieure à l'année passée, nous étions quand même environ 500 à descendre dans la rue (sachant que certains partis de gauche impliqués dans la municipalité lausannoise ont refusé de soutenir la manifestation, contrairement à l'année passée). Même en plus petit nombre, nous avons pu attirer l'attention sur le Sommet et sur le "sale commerce" auquel s'adonnent ses participants. En ce sens, la manifestation était, cette année encore, complémentaire au Forum organisé deux jours plus tôt, qui axait plutôt sur l'information, la réflexion et le débat.
La présence en grand nombre de policiers anti-émeute, l'usage du spray au poivre ainsi que les interpellations sont regrettables. En effet, ces éléments permettent aux médias de donner injustement l'impression d'une manifestation violente et ainsi de discréditer notre mouvement.
MAIS LA RÉPRESSION NE DOIT EN RIEN NOUS DÉCOURAGER ! Nous continuerons à dénoncer fermement la tenue de ce sommet, ainsi que les activités spéculatives et les abus des grandes entreprises. Affaire à suivre.
Plus d'infos sur :
Article à partager : http://occupyjura.wordpress.com/
Occupy Jura
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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 00:03

 

Source : bigbrowser.blog.lemonde.fr

 

INNOCENCE – Un portrait géant d’enfant pour arrêter les attaques de drone

 

 

 

Un champ au Pakistan vu depuis un drone (AFP)

Un champ au Pakistan vu d'un drone (AFP)

 

Vus d'un drone, les êtres humains prennent la taille d'insectes insignifiants. Mais l'action de celui qui appuie sur la détente est, elle, tout sauf insignifiante. Pour que le tireur n'oublie pas cette réalité, un collectif d'artistes a déployé le portrait géant d'un enfant en plein milieu d'un champ situé dans la région pakistanaise de Khyber Pukhtoonkhwa, régulièrement soumises aux attaques de drone.

Selon ses organisateurs, regroupés sous le hashtag Notabugsplat — nom tiré de l'expression bug splat, qui fait référence au bruit d'un insecte écrasé et qui serait utilisée par les pilotes de drone —, cette opération, réalisée avec l'aide du Français JR, a pour objectif de sensibiliser les opérateurs de drone au coût humain et aux dommages collatéraux que peuvent causer leurs attaques de cibles au sol. Désormais, à travers la caméra de son drone, l'opérateur ne voit pas un point anonyme sur le paysage, mais le visage d'un enfant. Resté anonyme, celui-ci aurait perdu ses parents et deux de ses frères dans une attaque de drone.

Les attaques de drone ont régulièrement été utilisées par la CIA pour combattre la présence des talibans au Pakistan. Mais en février l'administration américaine a fait savoir qu'elle avait considérablement réduit le recours à des frappes de drone sur demande du gouvernement d'Islamabad, qui vient d'engager des négociations avec les talibans.

Selon le Bureau of Investigative Journalism (BIJ), une organisation sise en Grande-Bretagne, il y a eu 27 tirs de drone présumés en 2013 au Pakistan pour un bilan total variant entre 112 et 193 morts. C'est le bilan le plus faible depuis 2004. En 2012, le BIJ faisait état de 13 à 63 civils tués lors de 47 attaques de drone. Depuis 2004, le Pakistan aurait été touché par 381 attaques de ce type, et le nombre de civils tués est estimé entre 416 et 951.

 

 

Source : bigbrowser.blog.lemonde.fr

 

 

 

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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 23:17

 

Source : cadtm.org

 

Soutien à Patrick Saurin, militant contre les emprunts toxiques

Commnuniqué

8 avril par Attac France , CAC France , CADTM

 


Nous apportons tout notre soutien à Patrick Saurin, syndicaliste de SUD BPCE, militant du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde) et du CAC (Collectif pour un audit citoyen de la dette publique). Employé de cette banque, il a été accusé par des responsables de celle-ci de tirer dans le dos de l’entreprise et de ne pas avoir d’éthique.

Le 14 mars dernier, Patrick Saurin est intervenu sur Europe 1 dans la matinale de Thomas Sotto (émission « la question qui fâche » de 7 h 15) consacrée aux dettes des collectivités locales et en particulier aux emprunts toxiques. http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Vous-allez-tout-comprendre/Videos/Les-dettes-des-collectivites-1913809/

Le 17 mars dernier, lors d’une réunion du COS (conseil d’orientation et de surveillance) de la Caisse d’Épargne d’Ile-de-France, Patrick Saurin, élu Sud BPCE représentant l’ensemble des salariés, a été violemment pris à partie par Didier Patault, Président du directoire, et par un membre du COS, élu du Val de Marne, représentant des SLE (sociétés locales d’épargne), qui s’est dit « bouleversé » après avoir entendu l’interview de notre camarade sur Europe 1.

Alors qu’il a décidé de ne pas vendre des prêts toxiques, ce qui lui a valu en 2004 de quitter le service des collectivités publiques dans lequel il travaillait depuis plus de 10 ans, il manquerait de morale en 2014, parce qu’il dénonce les agissements de toutes les banques qui ont commercialisé ce type d’emprunts et parce qu’il démonte les arguments infondés qu’elles apportent pour se défendre, elles qui ont pourtant prêté aux collectivités locales, aux hôpitaux et aux organismes de logement social, c’est-a-dire à nous tous, dans des conditions parfaitement immorales et illégales comme le confirme un grand nombre de décisions de justice.

Nous soutenons sa dénonciation de toutes les banques qui n’ont visé que leur profit et celui de leurs actionnaires, en oubliant leur obligation légale de ne pas spéculer avec les acteurs publics locaux. Enfin, nous affirmons que les prêts toxiques, issus de montages opaques et léonins, qui entrainent le paiement par les citoyens français d’intérêts financiers usuriers, représentent une dette illégale et illégitime.

Voir le livre de Patrick Saurin Les prêts toxiques : Une affaire d’État

PDF - 217.5 kolien

Soutien à Patrick Saurin, militant contre les emprunts toxiques


Source : cadtm.org

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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 22:58

 

 

Source : www.mediapart.fr

Snowden : «La surveillance de masse est inefficace» contre le terrorisme

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

L’ex-employé de la NSA Edward Snowden a témoigné, en visioconférence, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

L’ex-employé de la NSA Edward Snowden est intervenu, mardi 8 avril en visioconférence depuis Moscou où il est toujours réfugié, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

« La surveillance de masse indifférenciée est inefficace pour prévenir le terrorisme », a réaffirmé le lanceur d’alerte devant les parlementaires. De telles pratiques « ont pour résultat non seulement des sociétés moins libérales mais également moins sûres », a-t-il poursuivi. Revenant sur les poursuites dont il fait toujours l’objet aux Etats-Unis, Edward Snowden a également souligné qu’il avait décidé de révéler le système d’espionnage mondial mis en place par la NSA pour « améliorer le gouvernement, pas pour le faire tomber ».

Le témoignage sur le site de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

 

Source : www.mediapart.fr

 


 

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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 23:35

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Débattre Rwanda

Génocide des Tutsis : « Que l’État ait la dignité de reconnaitre ses erreurs »

par Rédaction 2 avril 2014

 

 

 

 

Vingt ans après le génocide des Tutsis et le massacre d’opposants, déclenché le 6 avril 1994 au Rwanda, la justice française vient pour la première fois de juger et de condamner un Rwandais séjournant en France. « N’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? » interpelle un collectif de rescapés, chercheurs, écrivains, chanteurs, journalistes et militants associatifs. Dans une lettre ouverte à Alain Juppé, ministre des affaires étrangères à l’époque du massacre, ils pointent des contradictions et omissions dans son discours qui dédouaneraient les dirigeants français de toute responsabilité. « Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaitre ses erreurs », écrivent-ils.

Monsieur Alain Juppé,

Nous, habitants de Bordeaux, et citoyens attentifs au respect de la mémoire des victimes du génocide des Tutsis au Rwanda, constatons que depuis 20 ans vous tenez, concernant ce crime, un discours qui entre en contradiction avec la réalité des faits. Il suscite de graves interrogations sur votre rôle à l’époque, ainsi que sur celui de notre État, auxquelles nous vous invitons à répondre.

Vous étiez ministre des affaires étrangères d’avril 1993 à avril 1995. Au cours de cette période, au Rwanda, se mettait en place et se réalisait un génocide : en 1994, il y a 20 ans, plus de 800 000 personnes furent assassinées pour la seule raison que la mention Tutsi figurait sur leurs cartes d’identité. Les forces armées rwandaises (FAR) et les milices civiles réalisèrent les massacres. Ce crime, organisé et rapide, dura 3 mois !

L’État français, jusqu’en 1994, était particulièrement proche des autorités rwandaises. La présence militaire sur place est un des aspects les plus visibles de cette proximité : de 1990 à la fin du génocide, trois opérations françaises se déployèrent au Rwanda, et il n’y eut que quelques mois au cours desquels notre armée ne fut pas présente en nombre sur le territoire de ce petit pays. Depuis 20 ans, des historiens, des écrivains, des journalistes, des associations, ainsi que des organisations internationales [1], accusent les autorités françaises d’avoir une responsabilité coupable dans la réalisation du génocide, ou d’avoir été complices de celui-ci.

Environ 10 ans après les faits, des responsables politiques français commencèrent à parler « d’erreur criminelle » (B. Kouchner), puis « d’aveuglement » (N. Sarkozy), pour qualifier les décisions prises par notre État à cette époque [2]. Mais votre position est toute autre. Selon vous, la France n’a rien à se reprocher, bien au contraire. Vos arguments sont clairs, vous les développez par exemple sur votre blog, dans un article mis en ligne le 1er mars 2010.

Concernant les accusations dirigées contre vous, vous vous contentez de les balayer d’un revers de la main, au seul motif qu’elles ne seraient « évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères ». Mais lorsque vous exposez votre vision des événements, force est de constater que vous omettez et contredisez des faits avérés, afin de produire un discours dédouanant les dirigeants français de toute responsabilité.

Selon vous, M. Juppé, « le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du président Habyarimana, légalement élu, et le leader du front patriotique rwandais (FPR) », « bref le processus de paix semblait bien engagé... jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. » Vous offrez, en quelques phrases, un vernis démocratique au régime de Juvénal Habyarimana, arrivé en pouvoir en 1973 par un coup d’État, et vous légitimez ainsi l’aide que lui offraient les autorités françaises.

Mais vous fermez les yeux sur tous les éléments qui montraient la préparation du génocide : le massacre des Bagogwe en 1991 ; celui des Tutsis dans le Bugesera, dans la région de Kibuye et dans le nord-ouest en 1992 et 1993 ; ainsi que les nombreux rapports, français [3] et internationaux, qui en attestent. Les plus notables, publiés en 1993, sont celui de quatre ONG [4], dont la FIDH, et celui de la commission des droits de l’Homme de l’ONU [5]. Ils interrogent déjà sur la possibilité de qualifier ces massacres de génocide. Ils démontrent également qu’ils sont encadrés par les autorités administratives et l’armée rwandaise, à une époque où les forces militaires françaises collaborent étroitement avec celles-ci.

Devant la multitude de ces voyants rouges [6], n’aurait-il pas été de votre devoir de dénoncer les crimes du régime et d’appeler à suspendre notre coopération, plutôt que de les camoufler derrière le paravent des accords d’Arusha ?

Ce processus de paix, bien engagé selon vous, était pourtant qualifié par le président Habyarimana de « chiffon de papier » [7]. Pouviez-vous réellement ignorer que l’État français enfreignait ses clauses, notamment en poursuivant les fournitures d’armes au régime raciste de Kigali bien après sa signature définitive (le 04 août 1993) : la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) intercepta, sur l’aéroport de la capitale, une livraison en janvier 1994 [8] ; selon Edouard Balladur, la dernière autorisation d’exportation de matériel de guerre date du 6 avril [9] ? Enfin, et c’est beaucoup plus grave, Human Rights Watch révèle, après une enquête menée en 1995, qu’au moins cinq livraisons d’armes en provenance de la France et à destination des forces génocidaires ont eu lieu via l’aéroport de Goma, à la frontière zaïroise [10]. Elles s’effectuèrent après le 17 mai, alors que plus personne ne pouvait ignorer qu’un génocide était en cours, et que l’ONU venait de décréter un embargo sur les armes.

Les témoignages qui étayent ces conclusions sont-ils tous, eux aussi, mensongers ? Vous admettiez pourtant, durant le génocide, ne pas connaitre les décisions de l’Elysée concernant les ventes d’armes [11]. N’est-ce pas plutôt ces dernières qui ruinèrent les efforts de la diplomatie française, si ces efforts ont existé ? Et l’Etat français ne doit-il pas se reprocher cette aide aux génocidaires ?

Par ailleurs, vous écrivez : « loin de se taire sur tout ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes ». C’est vrai, vous avez dénoncé le génocide, et vous étiez le premier responsable politique français à le faire, à un moment où il devenait impossible de nier son existence, et où l’État devait corriger sa position. C’était le 16 mai 1994, cinq semaines après le début des massacres, alors que certains médias français employèrent le mot de génocide dès le 11 avril [12], et que l’ordre d’opération d’Amaryllis [13], daté du 8 avril, mentionnait que « les membres de la garde présidentielle ont mené […] l’arrestation et l’élimination des opposants et des Tutsis ». Les autorités françaises savaient. Elles étaient les mieux placées pour connaître exactement ce qui se passait au Rwanda, bien avant le 16 mai.

Mais quand, devant l’évidence des faits, vous dénoncez les responsables des massacres, c’est pour mieux mentir sur leur chronologie en prétendant, le 18 mai à l’assemblée nationale, qu’ils sont la conséquence d’une nouvelle attaque du FPR [14]. Or le FPR, en 1994, n’est intervenu qu’après le début du génocide [15], et il était la seule force sur place à mettre fin à celui-ci. Présenter les choses comme vous le faisiez, n’était-ce pas une manière de détourner les accusations qui visaient ses véritables auteurs ?

De plus, le 16 juin, dans une tribune accordée au journal Libération [16], vous parlez des « responsables de ces génocides » au Rwanda, au pluriel, laissant entendre qu’il y aurait eu un second génocide, commis par une autre partie que vous ne nommez pas. Cette thèse, que plus personne n’ose sérieusement soutenir aujourd’hui, permettait de dédouaner les responsables des tueries, en prétendant qu’ils ne faisaient que se défendre... Vous repreniez ainsi l’argument qu’employaient les génocidaires pour exterminer la population civile Tutsi. Quels éléments pouvaient être suffisants pour vous permettre d’évoquer un second génocide, alors que le rapport de l’ONU d’août 1993 [17] ne vous avait, lui, pas alerté ? Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda ?

Nous l’avons vu, les autorités françaises connaissaient la nature et l’ampleur des massacres, dès le commencement de ceux-ci [18]. Pouviez-vous ignorer qu’un génocide était en cours lorsque vous receviez à Paris, le 27 avril, le ministre des affaires étrangères du gouvernement intérimaire rwandais, ainsi que l’idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza ? Ce dernier est l’un des fondateurs de la RTLM, la radio appelant aux tueries, qui fut un outil fondamental du génocide [19]. Il a été condamné à 32 ans de prison par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. La réception de ces personnes au Quai d’Orsay, mais aussi à l’Elysée et à Matignon, « rendait le génocide respectable », pour employer les mots de l’historienne Alison Des Forges [20]. La Belgique et les USA leur avaient fermé leurs portes, la France fut le seul pays occidental à traiter avec eux.

Cette réception, M. Juppé, vous la taisez. Vous ne pouvez pas même la justifier par une condamnation verbale des responsabilités portées par vos hôtes. Celle-ci n’a pas existé...

Vous écrivez enfin « Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. […] le conseil de sécurité a été incapable de prendre la moindre décision... sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994) » ; « Devant la carence de la communauté internationale […], la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise ». Là encore, vous contredisez les faits. La France ne s’est nullement opposée à la passivité de la communauté internationale que vous dénoncez. Elle y a participé, en votant la résolution 912 du conseil de sécurité de l’ONU, réduisant l’effectif de la MINUAR à 270 hommes, le 21 avril 1994, 14 jours après le début du génocide.

Vous avez vous même déclaré, lors du conseil des ministres restreint du 13 avril 1994, être favorable à la suspension de la MINUAR [21], à un moment où le pire pouvait encore être évité. Ce n’est que dans un second temps, au mois de juin, alors que le génocide touche à sa fin, que l’État français prend la décision d’intervenir. Ce n’est pas un moment anodin : Kigali menace de tomber aux mains du FPR, qui s’oppose militairement aux forces armées rwandaises et stoppe l’extermination des Tutsis.

Faut-il rappeler que l’opération Turquoise, qualifiée d’ « humanitaire », était lourdement armée [22] et composée en grande partie de l’élite des forces spéciales [23] ? Et que la France a imposé unilatéralement, sans l’accord du conseil de sécurité, une « zone humanitaire sûre » dans laquelle les tueurs ne seront pas désarmés, les responsables ne seront pas arrêtés, et depuis laquelle la RTLM, qui appelait aux massacres, pourra continuer à émettre sans souffrir de tentative de brouillage ni de neutralisation [24] ?

Les forces françaises avaient pourtant le devoir d’interrompre le génocide et d’arrêter les coupables, notamment à partir du 28 juin, date de sa reconnaissance par l’ONU : la France est signataire de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, et l’opération « humanitaire », placée dans le cadre du chapitre VII [25] de la charte de l’ONU, pouvait recourir à « tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés » [26]. Mais les objectifs militaires sur place étaient tout autre, comme en témoignent des propos d’officiers [27], ainsi que l’ordre d’opération de Turquoise appelant à inciter les autorités locales à rétablir leur autorité [28].

Il s’agit bien ici des autorités qui ordonnaient et organisaient le génocide ! Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne [29]. Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre [30].

Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsis ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ?

Aux premiers jours du génocide, les extrêmistes hutu se retrouvaient à l’ambassade de France. Les discussions devant aboutir à la formation du gouvernement génocidaire s’y tinrent en partie, avec la participation de l’ambassadeur J.-M. Marlaud, donc sous votre responsabilité directe [31]. Durant la même période, tout près de l’ambassade, Madame Agathe Uwilingiyimana, première ministre dite hutu modérée, favorable aux accords de paix, se faisait assassiner, comme beaucoup des responsables politiques partageant ses opinions. Vous n’avez jamais eu un mot pour dénoncer ces assassinats ! Mais vous avez traité, comme nous l’avons vu, avec le gouvernement génocidaire, le reconnaissant de fait et lui offrant la caution de la France.

En 1998, lors de votre audition par la mission d’information parlementaire, vous avez évoqué ces faits par un euphémisme particulièrement surprenant, parlant du « départ des hutus modérés » [32]. Plus qu’une maladresse, n’était-ce pas là, encore une fois, une manière de dédouaner les criminels avec qui vous traitiez, et de refaire le passé ?

Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaitre ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraitre respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsis.

Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsis, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons.

Signataires :
AUBRY Patrick, réalisateur, Pessac
BOURREAU Pierre, chercheur en informatique, Bordeaux
CATTIER Emmanuel, Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi
CLARKE Bruce, plasticien
COURTOUX Sharon, membre fondateur de l’association Survie
DELTOMBE Thomas, éditeur et journaliste
DIA Thierno I., analyste de l’image, Bordeaux
DIOP Boubacar Boris, écrivain
FANON MENDES FRANCE Mireille, membre de la Fondation Frantz Fanon
GALABERT Jean-Luc, psychologue
GAUTHIER Alain, président du CPCR
GODARD Marie Odile, maître de conférences en psychologie à Amiens
GOUTEUX Bruno, journaliste et webmaster
GRANDCHAMP Simon, ingénieur, Bordeaux
GRENIER Etienne, avocat, Bordeaux
HANNA Gilbert, syndicaliste et journaliste à la clé des ondes, Bordeaux
KAYIMAHE Vénuste (rwandais et rescapé, écrivain, employé au Centre d’échanges culturels franco-rwandais à Kigali de 1975 à 2000)
LAINÉ Anne, cinéaste, présidente d’Appui Rwanda
DE LA PRADELLE Géraud, professeur émérite
LE COUR GRANDMAISON Olivier, universitaire
LEMOINE Benoît, président de Survie Gironde, Bordeaux
MABON Armelle, historienne
MESTRE Claire, médecin et anthropologue, Bordeaux
MOREL Jacques, auteur de La France au coeur du génocide des Tutsi
MUGICA Romain, psychologue, Gradignan
MUKANTABANA Adélaïde, Rwandaise et rescapée, Bègles
NDIAYE Abdourahmane, économiste, Bordeaux
NONORGUES Marie-Paule, avocate, Bordeaux
LES OGRES DE BARBACK, artistes
OUEDRAOGO Dragoss, anthropologue, cinéaste, réalisateur, Bordeaux
PETITDEMANGE Cécile, étudiante à Sciences Po Bordeaux
ROBERT Nicolas, infirmier, Bordeaux
DE SAINT-EXUPÉRY Patrick, auteur de L’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2004), Complices de l’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2009), La fantaisie des Dieux, Rwanda 94 (Récit graphique en bd, avec Hippolyte, Ed. des Arenes, 2014)
SITBON Michel, éditeur et journaliste
SOW Cheikh, militant d’éducation populaire et artiste, Bègles
TARRIT Fabrice, président de Survie
TOBNER Odile, ancienne présidente de Survie
TOULABOR Comi, directeur de recherche à Sciences Po Bordeaux
TRYO, artistes

Plus d’informations sur cette page facebook dédiée à la lettre ouverte.

 

Notes

[1Parmi lesquels : Marcel Kabanda, Jean-Pierre Chrétien, Alison Des Forges, Gérard Prunier, Catherine Coquery-Vidrovitch (historiens), Colette Braeckman, Patrick de Saint-Exupéry, Jean-François Dupaquier, Laure de Vulpian (journalistes), Boubacar Boris Diop, Jacques Morel (écrivains), FIDH, Human Rights Watch, Survie, etc.

[2Auparavant les USA, par les voix de B. Clinton et M. Albright, ont reconnu leurs erreurs et présenté des excuses, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a exprimé ses regrets, le Premier ministre belge G. Verhofstadt a déclaré « au nom de mon pays et de mon peuple, je demande pardon ».

[3Par exemple l’ambassadeur français à Kigali Georges Martres adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay un télégramme où il utilise les termes de « génocide » et d’ « élimination totale des Tutsis » : « [la population rwandaise d’origine tutsi] compte encore sur une victoire militaire, grâce à l’appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait, d’échapper au génocide. » En 1998, G. Martres déclare à la Mission d’Information Parlementaire : « Le génocide était prévisible dès cette époque [fin 1990] ». L’attaché de défense à Kigali, le colonel R. Galinié, écrit dans un message envoyé à Paris le 24 octobre 1990 l’éventualité de « l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsis, 500 000 à 700 000 personnes, par les Hutus, 7 millions d’individus... »

[4Rapport de la Commission internationale d’enquête sur les violations des Droits de l’homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990 ; (7-21 janvier 1993) réalisé par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (Paris ), Africa Watch (une division de Human Rights Watch, New York ), l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, (Ouagadougou ), le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (Montréal). Mars 1993. Dans ses conclusions, la Commission aborde directement la question du génocide : « Les témoignages prouvent que l’on a tué un grand nombre de personnes pour la seule raison qu’elles étaient Tutsies. La question reste de savoir si la désignation du groupe ethnique “Tutsi” comme cible à détruire relève d’une véritable intention, au sens de la Convention, de détruire ce groupe ou une part de celui-ci “comme tel. [...] La Commission estime que, quoi qu’il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique : de nombreux Tutsis, pour la seule raison qu’ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés et mutilés ; ont été privés de leurs biens ; ont dû fuir leur lieu de vie et sont contraints de se cacher ; les survivants vivent dans la terreur. » Source
J. Carbonare, l’un des membres de cette commission déclare le 28 janvier 1993 au journal de 20h de France 2 : « Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c’est à la fois l’ampleur, la systématisation, l’organisation même, de ces massacres. […] Il y a un mécanisme qui se met en route […] On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] nous insistons beaucoup sur ces mots ». Vidéo visible ici.

[5Rapport présenté par M. Waly Bacre Ndiaye, rapporteur spécial, sur la mission qu’il a effectué au Rwanda du 8 au 17 avril 1993. Août 1993. Le Rapporteur Spécial de l’ONU soulève explicitement la question de savoir si les massacres peuvent être qualifiés de génocide : « Il ressort très clairement des cas de violences intercommunautaires portés à l’attention du Rapporteur spécial que les victimes des attaques, des Tutsis dans l’écrasante majorité des cas, ont été désignés comme cible uniquement à cause de leur appartenance ethnique, et pour aucune autre raison objective. On pourrait donc considérer que les alinéas a) et b) de l’article II [qui porte définition du génocide dans la convention de 1948] sont susceptibles de s’appliquer […] ». Source

[6Auxquels s’ajoutent : l’article de l’historien J.-P. Chrétien dénonçant en mars 1993 dans la revue Esprit « un dévoiement tragique vers un génocide », le fax du général R. Dallaire (MINUAR) du 11 janvier 1994, transmis le lendemain à l’ambassade de France, et démontrant la préparation des massacres.

[7Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda. Karthala, Human Rights Watch, Fédération internationale des Droits de l’homme, avril 1999.

[8La France a livré des armes dans la nuit du 21 au 22 janvier 1994 : « Un DC-8 français transportant un chargement d’armes comprenant 90 caisses de mortiers de 60 mm, fabriqués en Belgique mais provenant de France, atterrit en secret dans la nuit. La MINUAR découvrit ce chargement qui violait les termes des accords d’Arusha, et plaça les armes sous la garde conjointe de la MINUAR et de l’armée rwandaise. » (Alison Des Forges, cf. note 7). La mission d’information parlementaire relève que « le dernier agrément délivré par la CIEEMG [Commission interministérielle d’étude des exportations de matériel de guerre, à laquelle participe le ministère des affaires étrangères] concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994 ». Elle relève également six Autorisations d’Exportation de Matériels de Guerre en 1994, dont une de 50 mitrailleuses en date du 22 avril ! Ce sont six livraisons d’armes officielles en violation des accords de paix.

[9Edouard Balladur, L’opération Turquoise : courage et dignité, Le Figaro, 23 août 2004.

[10Rapport HRW, Rwanda/Zaire, Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais, mai 1995 : « Certaines livraisons d’armes à Goma parmi les premières après le 17 mai étaient des envois du gouvernement français pour les FAR. » Et plus loin : « le consul français [en réalité officiellement pro-consul] a signalé d’autres livraisons d’armes à l’aéroport de Goma pour les FAR de mai à juillet, provenant d’autres sources que le gouvernement français. ([...] Il a ajouté [...] qu’elles pourraient provenir de marchands d’armes français opérant à titre privé. Les ventes d’armes, même par des sociétés privées, doivent être autorisées par le gouvernement français.) »

[11Le 12 juin 1994, le président et la directrice des opérations de MSF, P. Biberson et B. Vasset, rencontrent A. Juppé et lui demandent : « On dit qu’il y a des livraisons d’armes au gouvernement rwandais ou au gouvernement intérimaire ou au gouvernement en fuite, est-ce qu’il est exact que la France continue des livraisons d’armes à Goma ? » A. Juppé répond : « Ecoutez, tout ça c’est très confus, il y avait effectivement des accords de coopération ou de défense avec le gouvernement, il y a peut-être eu des reliquats, mais en ce qui concerne mes services, je peux vous dire que depuis fin mai il n’y a certainement plus aucune livraison d’armes au régime Habyarimana” ». Mais en même temps, il dit en regardant de l’autre côté de la Seine, donc vers l’Elysée : « Mais ce qui peut se passer là-bas, moi je n’en sais rien. » L. Binet, Génocide des Rwandais Tutsis, Médecins sans Frontières, 2003

[12Le 11 avril 1994 J.-P. Ceppi parle dans Libération du « génocide des Tutsis de Kigali » et M. Mukabamano, journaliste à RFI, déclare au Parisien : « C’est un véritable génocide » ; le 19 avril Human Rights Watch informe le président du Conseil de sécurité que les massacres en cours au Rwanda constituent « un génocide » ; le 24 avril L’ONG Oxfam parle de « génocide », etc.

[13Lors de l’opération Amaryllis du 9 au 14 avril, 1 464 militaires français du 1er, 3e, 8e RPIMa et du COS, évacuent exclusivement les ressortissants européens et des extrémistes Hutus. Les militaires ont reçu l’ordre de ne pas réagir aux massacres. L’historien Gérard Prunier écrit : « quelques Tutsis réussissent à embarquer à bord de camions en route pour l’aéroport : ils doivent descendre des véhicules au premier barrage de la milice et ils sont massacrés sous les yeux de soldats français ou belges qui, conformément aux ordres, ne réagissent pas. » Le rapport de la Mission d’information parlementaire française de 1998 conclut : « Il semble donc [...] que le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana ait été beaucoup plus favorable que celui réservé aux employés tutsis dans les postes de la représentation fran !aise – ambassade, centre culturel, Mission de coopération ».

[14« Face à l’offensive du front patriotique rwandais, les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l’élimination systématique de la population tutsie, ce qui a entraîné la généralisation des massacres. » Seconde session ordinaire de 1993-1944 (4e séance) Compte-rendu intégral, 2e séance du mercredi 18 mai 1994 . JO de la République Française, débats parlementaires, assemblée nationale, 19 mai 1994.

[15Audition du Colonel Balis (MINUAR) : « Le 7 avril, vers 9 h 30 m et 11 h 30 m, j’ai pu convaincre le FPR de rester dans son cantonnement, mais une colonne du FPR est malgré tout sortie vers 16 h 30 m. Ils ont alors créé une zone de sécurité. » Sénat de Belgique - commission des affaires étrangères : Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda 1-611/(7-15) 1997/1998. Sénat belge, 6 décembre 1997.

[16A. Juppé, « Point de vue » Intervenir au Rwanda, Libération, 16 juin 1994 : « La France n’aura aucune complaisance à l’égard des assassins ou de leurs commanditaires. La France, seul pays occidental représenté au niveau ministériel à la session extraordinaire de la Commission des droits de l’homme à Genève, exige que les responsables de ces génocides soient jugés ».

[17Voir note 5.

[18Voir notes 6 et 13.

[19On pouvait y entendre, entre autres appels aux massacres : « Bonjour, je suis un petit garçon de huit ans. Est-ce que je suis assez grand pour tuer un tutsi ? Réponse de l’animateur : comme c’est mignon ! Tout le monde peut le faire, tu sais. » J.-P. Chrétien, Rwanda, les médias du génocide. Ed. Karthala, 2002.

[20Voir note 7.

[21A. Juppé : « Aux Nations-Unies, le Secrétaire général doit rendre demain son rapport. Trois solutions sont envisageables : le maintien de la MINUAR, sa suspension avec le maintien éventuel d’un contingent symbolique ou un retrait total. Les Belges sont favorables à une suspension et c’est aussi mon avis. » Conseil restreint du 13 avril 1994. Document disponible ici.

[22Figurent sur la liste officielle déclarée à l’ONU : 8 avions Mirage, 12 automitrailleuses, 6 mortiers lourds. Auxquels s’ajoutent des avions Mirage IV-P, des hélicoptères de combat Gazelle , etc. G. Prunier, conseiller au ministère de la Défense en 1994, écrit : « la puissance de feu prévue par les forces françaises semble disproportionnée pour une mission humanitaire », Rwanda : le génocide. Dagorno, 1997.

[23Turquoise est composée notamment d’officiers et soldats : du Commandement des Opérations Spéciales (qui réunit des spécialistes de l’action et du renseignement sous l’autorité directe du chef d’Etat-major des armées), du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (forces spéciales), du GIGN et de L’EPIGN (Escadron parachutiste de la gendarmerie nationale), du 3e Régiment d’infanterie et de chars de marine (RICM) , du 11e Régiment d’artillerie de marine), de la Légion étrangère, du 2e Régiment étranger d’infanterie, du commando de marine, de spécialistes des opérations en « zone hostile »du 13e Régiment de Dragons Parachutistes.

[24La résolution 925 du 8 juin du Conseil de sécurité exige : « que toutes les parties mettent fin immédiatement à toute incitation à la violence ou à la haine ethnique, en particulier par le biais des moyens d’information ». On peut lire le 28 juin dans le rapport de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU que « l’intention claire et non équivoque » de commettre le génocide « se trouve bien contenue dans les appels incessants au meurtre lancés par les médias, en particulier la RTLM ». Le 1er Juillet, le représentant de la France à l’ONU parle de faire cesser ces émissions : « Je voudrais insister avant de conclure sur la responsabilité particulière des médias qui incitent à la haine ethnique et à la violence. La France demande instamment aux responsables des radios concernées, et en premier lieu à la Radio Mille Collines, de mettre fin à cette propagande criminelle. La France fera tout son possible pour obtenir la cessation de ces émissions. » Mais selon le général R. Dallaire, la RTLM émet encore le 1er août en direction des camps.

[25Il est important de noter que le 20 juin le représentant de la France à l’ONU fait la demande explicite d’une intervention sous chapitre VII autorisant, à la MINUAR, l’usage de la force : « nos gouvernements souhaitent disposer, comme cadre juridique de leur intervention, d’une résolution placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». Lettre datée du 20 juin 1994, adressée au secrétaire général par le représentant permanent de la France auprès de l’organisation des nations unies. Source

[26ONU, S/RES/929 (1994). Source
On peut lire également dans l’ordre d’opérations de Turquoise (voir note 28) « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force » ; « tout en étant en mesure d’intervenir à tout moment, éventuellement par la force, au profit de la population menacée » ; « marquer si nécessaire par l’usage de la force la volonté française de faire cesser les massacres et de protéger les populations » ; « la légitime défense élargie comporte l’emploi de la force dans les situations suivantes : - menaces sur nos forces, - menaces dans la mission de protection des personnes, soit contre nos forces, soit contre les populations protégées, - obstruction dans l’exécution de la mission de nos forces ».

[27L’adjudant-chef du GIGN T. Prungnaud explique que « la mission, au départ, c’était d’intervenir sur des massacres soi-disant de Hutu qui seraient massacrés par des Tutsis » (voir note 29) ; le colonel D. Tauzin déclare dans The Guardian du 01 juillet 1994 : « Nous ne sommes pas en guerre avec le gouvernement du Rwanda ou ses forces armées. Ce sont des organisations légitimes » ; Le général R. Dallaire (MINUAR) déjeune le 30 juin avec des officiers français et rapporte ce qu’il a entendu : « Ils refusaient d’accepter l’existence d’un génocide et le fait que les dirigeants extrémistes, les responsables et certains de leurs anciens collègues fassent partie d’une même clique. Ils ne cachaient pas leur désir de combattre le FPR ». R. Dallaire, J’ai serré la main du diable - La faillite de l’humanité au Rwanda. Libre expression, 2003.

[28« Affirmer auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l’ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité ». On peut y lire également que « plusieurs centaines de milliers de personnes d’ethnies hutue et tutsie ont été exterminées ». Ordre d’opérations de Turquoise, 22 juin 1994. Document consultable ici.

[29P. de Saint-Exupéry, L’inavouable - La France au Rwanda. Les Arènes, 2004. L. de Vulpian et T. Prungnaud, Silence Turquoise. Don Quichotte, 2012.

[30Le mensuel de la Légion étrangère, Képi Blanc, d’octobre 1994 confirme que : « Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la « zone humanitaire sûre ». L’E.M.T. [l’Etat-major tactique de l’opération Turquoise] provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre. »

[31Auditions de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud par la Mission d’Information Parlementaire, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, Vol. 1, pp. 296-297].

[32Auditions d’Alain Juppé par la Mission d’Information Parlementaire, 21 avril 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, vol. 1, p.91].


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Source : www.bastamag.net

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Ils réagissent
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