Ils réagissent

Vendredi 26 septembre 2014 5 26 /09 /Sep /2014 18:09

 

Source : www.liberation.fr

 

 

 

La Lyonnaise des eaux condamnée pour coupure d'eau illégale

AFP 26 septembre 2014 à 09:08

 

 

La loi du 15 avril 2013 interdit désormais à un distributeur de couper l'alimentation en eau dans une résidence principale en cas d'impayé, sauf lorsque la mauvaise foi du client a pu être clairement établie.

 

La loi du 15 avril 2013 interdit désormais à un distributeur de couper l'alimentation en eau dans une résidence principale en cas d'impayé, sauf lorsque la mauvaise foi du client a pu être clairement établie. (Photo AFP)

 

Pour un impayé de 646 euros, la compagnie avait coupé l'eau pendant près de trois mois à une mère de famille de Soissons, ce qui est désormais interdit par la loi.

 

 

La Lyonnaise des Eaux a été condamnée pour avoir coupé de manière jugée illégale l’eau à une mère de famille, une première depuis l’adoption d’une loi relative aux coupures d’eau, a appris vendredi l’AFP auprès de deux associations parties civiles dans ce dossier.

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Selon l’ordonnance de référé que l’AFP a pu consulter, le tribunal d’instance de Soissons a condamné la Lyonnaise des Eaux, filiale de Suez Environnement, à indemniser la victime et les deux associations à hauteur de 8 680 euros. La Lyonnaise des Eaux avait coupé l’eau à cette mère de deux enfants entre le 28 juillet dernier et le 16 septembre pour un impayé de 646 euros.

La loi du 15 avril 2013, dont le décret d’application date du 27 février 2014, interdit désormais à un distributeur de couper l’alimentation en eau dans une résidence principale en cas d’impayé, sauf lorsque la mauvaise foi du client a pu être clairement établie.

Dans le cas de cette mère de famille, le tribunal a établi que «la Lyonnaise des Eaux n’allègue ni ne prouve aucun élément qui serait susceptible d’établir sa mauvaise foi», étant donné que cette femme a respecté l’échéancier de paiement que les deux parties avaient négocié.

Il est également «incontestable que (la victime) se trouve dans une situation économique et sociale comportant des difficultés financières particulières», précise le jugement.

Pour les associations France Libertés et Coordination Eau-Ile-de-France, ce jugement est une première depuis l’entrée en vigueur du décret, et elles affirment, dans un communiqué, avoir reçu «plus d’une centaine de témoignages de coupure d’eau».  Elles dénoncent ainsi l’action des distributeurs privés d’eau, qui «contournent, voire se jouent de la loi en vigueur».

«Quand on est une multinationale et qu’on remplit une mission de service public, il faut s’intéresser à ce que signifie le service public», dénonce ainsi Emmanuel Poilâne, directeur de la Fondation France Libertés.

Contactée par l’AFP, Lyonnaise des Eaux avance «des erreurs d’appréciation et des dysfonctionnements qui expliquent la durée exceptionnelle de cette coupure» et dit «regrett(er) cette situation».

«Nos procédures en matière de coupure sont rigoureuses et prennent en compte la situation sociale des clients», assure l’entreprise qui affirme avoir «pris toutes les mesures pour que cette situation ne se reproduise pas».

AFP

Source : www.liberation.fr


Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Ils réagissent
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Jeudi 25 septembre 2014 4 25 /09 /Sep /2014 19:42

 

Source : www.mediapart.fr

 

Sur la route du pipeline Keystone XL (2/4). Où les ranchers du Nebraska virent écolos

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Deuxième étape sur la route de l'oléoduc géant ou comment des fermiers plutôt conservateurs se sont alliés avec des militants écolos contre la multinationale TransCanada et sont parvenus à remettre en cause l'existence même du projet.

De nos envoyés spéciaux dans le Nebraska. La réserve indienne de Rosebud se termine là où démarre l’État du Nebraska. En filant plein sud, on bascule dans les Sand Hills, une « écorégion » de prairies poussant sur des dunes sablonneuses. C’est un paysage de collines ondoyantes et de vastes champs agricoles. La zone est particulièrement fertile, en raison de la présence souterraine de l’aquifère de l’Ogallala, l'une des plus vastes nappes phréatiques au monde. Mais en dépit de ce don du ciel (littéralement), les conditions de vie sont âpres au Nebraska : frigorifique l'hiver, torride l'été, c'est l'un des territoires les moins densément peuplés des États-Unis, demandant beaucoup de travail pour faire fructifier sa terre. Il est assez peu étonnant que Bruce Springsteen s’en soit inspiré pour enregistrer le disque le plus dépouillé et difficile d’accès de sa carrière.

Notre premier arrêt est pour Ron et Jeanne Crumly, un couple de fermiers dans le comté de O’Neill, issus d'une lignée qui vit depuis cinq générations sur ces terres. Elle est pimpante et volubile, lui est plus effacé et se déplace avec la raideur d’une vie à manier des engins agricoles. Ils ont découvert un beau jour, il y a trois ans, que l’oléoduc Keystone XL allait passer en plein sur leurs champs. « Un soir, nous avons reçu un coup de téléphone à 21 h 30, une heure réservée pour les communications graves ou urgentes, se remémore Jeanne Crumly. Au bout du fil, un homme m’annonce : “Bonsoir, c’est TransCanada, nous allons vous prendre un bout de votre terrain pour construire un pipeline et vous serez dédommagés de tant de dollars. Nous passerons bientôt vous remettre les documents à signer. Merci, à bientôt.” C’était bref, sans politesse et sans discussion possible. » Jeanne fait une pause avant d’ajouter, avec l’approbation de Ron : « Cela ne m’a pas plu… »


Ron et Jeanne Crumly 
Ron et Jeanne Crumly © Jean-Marc Giboux

Des témoignages comme ceux-ci, il y en a des dizaines dans tout le Nebraska : les commerciaux de TransCanada qui appellent des familles, leur expliquent ce qui va se passer, offrent quelques dizaines de milliers de dollars et raccrochent. C’était évidemment la plus mauvaise façon de procéder avec ces ranchers fiers et rugueux. Ron Crumly prend la parole en relevant sa casquette d’une main : « Quand ils ont vu qu’on était sceptiques, ils ont commencé à nous bombarder de coups de fil, mais au fur et à mesure que je leur posais des questions techniques, auxquelles ils ne savaient pas répondre, sur la profondeur de l’oléoduc, sa résistance au mouvement des sols, les capacités d’intervention en cas de fuite, etc., leur seule réponse était : “Ne réfléchissez pas trop, il s’agit juste d’un pipeline !” » Sans élever la voix, il termine : « Pour TransCanada, il s’agit juste de réaliser un bénéfice. Pour nous, c’est notre gagne-pain et notre vie… »

Avec une poignée d’autres agriculteurs (beaucoup ont accepté de signer avec TransCanada sans se poser de questions), Ron et Jeanne Crumly commencent à se documenter, à discuter avec d’autres propriétaires, à participer à des réunions publiques d’information, dont celles d’opposants qui commencent à se structurer sous la bannière de l’organisation Bold Nebraska (le Nebraska audacieux). À chaque tour et détour de leur quête d’information, ils découvrent la légèreté de l’entreprise canadienne : elle ne connaît pas toujours la nature des sols sur le tracé du pipeline, elle se moque de la présence de l’aquifère à proximité, elle n’a prévu aucun dédommagement dans le cas où il faudrait rouvrir la tranchée pour réparer un tronçon de pipeline… L'opposition des ranchers se renforce au fur et à mesure qu’ils en apprennent davantage…

 

Un panneau d'opposition au pipeline dans les champs de maïs du Nebraska 
Un panneau d'opposition au pipeline dans les champs de maïs du Nebraska © Jean-Marc Giboux

Ils découvrent également, eux qui s’estiment pro-business et sont des électeurs républicains fidèles, qu’ils sont seuls dans cette lutte : « On ne peut pas faire confiance à nos élus parce qu’ils feront tout pour assurer leur réélection et qu’ils ont besoin d’argent pour cela. On ne peut pas faire confiance aux entreprises parce qu’elles cherchent à maximiser leurs profits », soupire Jeanne. Le coup de grâce survient quand TransCanada annonce avoir révisé le parcours du pipeline avec les autorités de l’État pour éviter les Sand Hills. En fait, c’est la carte de l’écorégion qui a été modifiée pour réduire ses frontières et faire en sorte que le pipeline ne les traverse plus… Un tour de passe-passe qui ne trompe personne, mais définit bien la collusion des élus locaux avec l’entreprise canadienne.

« TransCanada est arrivé ici en pensant nous marcher dessus »

Aujourd’hui, tenaces, Ron et Jeanne Crumly refusent toujours de signer le contrat de TransCanada (après que le montant a plus que doublé). Depuis le patio de leur maison, ils regardent leurs petits-enfants jouer sur leur pelouse qui s’ouvre sur les champs de maïs : « Ce n’est pas une question d’argent : c’est pour nos descendants que nous faisons cela. Il est hors de question de signer avec le Diable ! »

Autant les Crumly représentent une « variété » d’habitants du Nebraska, autant Kenneth Winston en représente une autre. Le dirigeant du chapitre local du Sierra Club, la grande organisation environnementale américaine, fixe rendez-vous dans un café branché de la capitale de l’État, Lincoln, et arrive en sandales, chapeau de paille et voiture hybride. Il ressemble à la caricature d’un tree hugger, ces « amoureux des petites fleurs » dont se moquent fréquemment les agriculteurs. Et pourtant, il est devenu l’un des meilleurs partenaires, un ami presque, des Crumly et des ranchers de l’État.

 

Kenneth Winston. 
Kenneth Winston. © Jean-Marc Giboux

Avec sa complice, Jane Kleeb, qui a fondé Bold Nebraska (voir la vidéo plus bas), c’est lui qui a informé les fermiers et les a incités à se battre au point que si, aujourd’hui, le Keystone XL n’est pas encore sous terre et sous pression, c’est entièrement grâce aux efforts conjoints menés dans le Nebraska. Des plaintes contestant l’autorité du gouverneur pour décider de la construction du pipeline ont été déposées par plusieurs ranchers, appuyés par des avocats spécialistes en droit foncier et environnemental, et elles sont remontées jusqu’à la Cour suprême de l’État, qui n’a pas encore tranché. Ce blocage législatif a servi de prétexte à Barack Obama pour retarder son approbation, nécessaire au projet d’oléoduc transnational.

« La morale de cette histoire est que TransCanada est arrivé ici en pensant nous marcher dessus, que nous avons fermement dit non, et que nous avons arrêté tout le bazar ! s’amuse Kenneth Winston, en souriant dans sa barbe poivre et sel. Même si nous avons nos différends avec les agriculteurs concernant l’irrigation et les pesticides rejetés dans la nature, tout le monde est conscient que l’aquifère de l’Ogallala est quelque chose de capital pour la région et que nous ne pouvons pas prendre de risques. Les promoteurs du pipeline nous disent : “Il y a déjà des dizaines d’oléoducs et de gazoducs qui traversent la région des Sand Hills, c’est ridicule de s’opposer à celui-ci !” Mais il y a une différence capitale avec le Keystone XL, et les ranchers l'ont bien compris : il s’agit de transporter des sables bitumineux pas du pétrole ordinaire. »


Une grange “passive”, construite sur le tracé du pipeline dans les champs du Nebraska. 
Une grange “passive”, construite sur le tracé du pipeline dans les champs du Nebraska. © Jean-Marc Giboux

Les sables bitumineux canadiens sont en effet extrêmement visqueux et, afin de les acheminer par pipeline, il faut les diluer avec des produits chimiques (sans dire lesquels, car c’est considéré comme un secret industriel par les pétroliers !). En cas de fuite à proximité d’une nappe phréatique, la catastrophe est double. Primo, des produits chimiques inconnus se répandent dans la nature. Secundo, les sables bitumineux, même dilués, coulent au fond de l’eau au lieu de rester en surface comme les hydrocarbures plus légers, et la pollution est donc durable et extrêmement difficile à éradiquer !

« La période lors de laquelle le projet Keystone XL a été annoncé, a coïncidé avec deux marées noires qui ont marqué les esprits : celle de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique, et celle de la rivière Kalamazoo, due à une rupture de pipeline dans une rivière, la plus importante et la plus coûteuse à l’intérieur du territoire américain, poursuit Kenneth Winston. Ces deux catastrophes ont fait réfléchir les gens sur le tracé du pipeline et certains d’entre eux ont décidé de s’opposer à ce projet car ils y voient une menace pour leur existence sur le long terme. »

 


 

Jane Kleeb explique la mobilisation des ranchers du Nebraska

« Si nous installions une éolienne sur nos champs, nous gagnerions plus d’argent »

L’opposition des fermiers du Nebraska n’est pas un simple cas de « NIMBY » (Not in my backyard, « Pas chez moi »), ou alors elle l’a peut-être été, au démarrage, pour certains, mais depuis, elle a dépassé ce réflexe protectionniste. Retournons dans les plaines en bordure de Sand Hills, dans le hameau de Polk (à peine 300 âmes, mais tout de même deux bars-restaurants), situé sur le tracé de l’oléoduc. Pour Brian Bedient, un cinquantenaire à la moustache triste et à la double vie (fermier le soir et les week-ends, ouvrier le jour dans une usine locale), qui a toujours voté républicain, il s’agit de s’élever contre certaines façons de procéder irrespectueuses des citoyens : « La mentalité de la région est : si cela ne nous concerne pas, on ne s’en occupe pas. Et pourtant, le pipeline ne passe pas sur mes terres, mais j’ai décidé de m’en mêler. Parce que cela affecte certains de mes voisins et que l’on n’a jamais cherché à nous consulter collectivement. La plus grosse erreur de TransCanada a été de ne pas demander s’il vous plaît ! »


Brian Bedient 
Brian Bedient © Jean-Marc Giboux

Avec ses voisins et amis Shannon et Kevin Graves, il a formé la Good life alliance (l’alliance de la bonne vie, basée sur la devise du Nebraska : la bonne vie). Shannon et Kevin ont une maison plus que centenaire à 100 mètres du tracé du pipeline et ils possèdent également la quincaillerie du coin. Dans un territoire où l’on garde ses opinions pour soi, le couple a clairement affiché ses opinions dans sa boutique et il a pu constater que, même chez les habitants favorables au projet de pipeline, il y avait des réticences. « Tout d’abord, Transcanada nous a pris pour des ploucs en refusant de répondre à nos questions techniques, alors qu’en tant que fermiers, nous sommes tous un peu scientifiques, grogne Kevin, barbe fournie, cheveux en brosse et langue bien pendue, une fois quelques bières éclusées. Ensuite, ils ont cru que l’on ne se parlait pas entre nous, en offrant des indemnités très différentes pour les mêmes surfaces de terrain. Nous ne sommes pas des gogos ! Enfin, ils ont menacé d’utiliser la loi d’expropriation pour intérêt public, si on s’opposait. Et cela a particulièrement énervé les gens d’ici : on ne parle pas d’une route ou d’un service public, mais d’une entreprise privée étrangère. De quel droit se targue-t-elle d’une fonction d’intérêt public pour le bénéfice de tous, alors qu’elle ne sert que ses intérêts privés et ceux des multinationales du pétrole ?!? »

Vidé de son souffle après cette tirade énervée, Kevin nous propose d’aller voir la « grange énergétique », située juste à côté de son champ. Sur une parcelle, sise pile sur le tracé de l’oléoduc, des volontaires, réunis par Bold Nebraska, ont érigé un édifice en bois entièrement alimenté par des énergies renouvelables. Comme pour le camp indien des Brûlés (notre précédent épisode, à lire ici), le symbole est plus important que la réalisation. Comme le dit Jane Kleeb, à l’initiative de cette grange : « Si Obama approuve le projet de pipeline, alors il faudra qu’il assume de détruire un bâtiment entièrement vert pour faire place au pire de l’industrie pétrolière et des énergies polluantes. »


Kevin et Shannon Graves 
Kevin et Shannon Graves © Jean-Marc Giboux

Si les ranchers ont démarré leur combat pour protéger leur mode de vie et transmettre une terre à leurs enfants en aussi bon état que celle dont ils avaient hérité, le combat contre le Keystone XL a commencé à transformer leur vision du monde. « Je ne suis clairement pas une écolo », proclame Shannon Graves avec faconde en désignant son 4×4, qu’elle utilise pour se déplacer partout, « mais je commence à comprendre les enjeux supérieurs qu’il y a à refuser ce pipeline. J’ai découvert que si nous installions une éolienne sur nos champs, nous gagnerions plus d’argent en quelques années de location qu’avec la somme que nous promet TransCanada pour faire passer son oléoduc. Ça fait réfléchir ! »

Étape suivante : Les alternatives énergétiques au Kansas

Nous avons effectué ce reportage à deux (Jean-Marc Giboux pour les images et Thomas Cantaloube pour le texte) au début du mois de juillet 2014. Nous avons malheureusement brûlé beaucoup d'essence pour parcourir 5 000 kilomètres en voiture, au départ de Chicago…

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Ils réagissent
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Mardi 23 septembre 2014 2 23 /09 /Sep /2014 19:26

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Keystone XL: le pipeline géant qui fâche l'Amérique (1)

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Un oléoduc gigantesque venu du Canada doit traverser les États-Unis du nord au sud. Pour être finalisé, il attend l'approbation d'Obama. Mais c'est compter sans la mobilisation des citoyens, qui entendent empêcher le passage de ce projet. Première étape de notre reportage: la réserve indienne de Rosebud (Dakota du Sud), où les Amérindiens sont bien décidés à se battre pour que l'oléoduc ne voit pas le jour.

De nos envoyés spéciaux dans le Dakota du Sud.  Avant l’Ouest américain, cette terre de promesses et la fin de la frontière venue buter sur l’océan Pacifique, il y a les sommets enneigés des montagnes Rocheuses. Et encore avant, il y a les Plaines. Les élites des deux côtes appellent ce territoire « fly-over zone » (« la zone de survol aérien »), car il ne s’y passe jamais rien hormis quelques faits divers. La population y est parsemée, ni sexy ni riche, et il faut se sentir des affinités avec la culture du maïs sur des centaines de kilomètres de distance pour apprécier les paysages.

En résumé, le territoire des Plaines est l’Amérique profonde. Dans ce que cela a de péjoratif et de légèrement méprisant face à une population populaire plutôt conservatrice, refermée sur sa « community » et qui a plus vite fait de brandir sa bannière étoilée et sa bible que de citer de mémoire le discours de Martin Luther King « I have a dream… ». Mais cette Amérique profonde est également pleine d’un bon sens ancré dans le labeur et le respect de ses voisins, dans la perspective partagée de bâtir une vie meilleure. Une terre où un hamburger maison, un panier de frites et plusieurs pintes de bière avalés dans un bar avec des bikers et des fermiers représente l’activité idéale pour passer un vendredi soir…

 

Un ranch en territoire sioux sur la réserve de Rosebud 
Un ranch en territoire sioux sur la réserve de Rosebud © Jean-Marc Giboux

Les plaines sont un ensemble d’États qui votent majoritairement à droite depuis des décennies et se considèrent très « business friendly » (pro-entreprises, dirait-on en France). Autrement dit, c’est un endroit où la construction d’un pipeline, un de plus parmi les dizaines qui sillonnent déjà ce territoire, ne devrait pas représenter une grosse affaire, et encore moins un objet de polémique à résonance internationale. Et pourtant…

En 2008, la compagnie canadienne de services pétroliers TransCanada décide d’étendre son pipeline Keystone qui va du grand Nord canadien, dans l’Alberta, jusqu'au milieu des États-Unis, dans l’Illinois. Ce projet, baptisé Keystone XL (pour Export Limited, et non Extra-Large comme on serait tenté de le croire…), doit tracer une ligne quasi directe de 3 200 kilomètres depuis les gisements de sables bitumineux de l’Alberta qui sont en plein boom jusqu’aux raffineries texanes du golfe du Mexique.

Ce n’est pas le chemin le plus court pour exporter le pétrole lourd contenu dans les sables bitumineux – la côte Pacifique est plus proche –, mais c’est le plus facile : il n’y a pas les montagnes Rocheuses à franchir, il y a déjà un réseau d’oléoducs existant auquel se raccorder, les raffineries du sud des États-Unis sont opérationnelles et sont les rares capables de traiter ce genre d’hydrocarbure, et les habitants de la « fly-over zone » semblent plus réceptifs à un tel projet que les politiciens, les écolos, et les tribus indiennes du Canada. C’est, a priori, une affaire pliée…

 

Le parcours du pipeline 
Le parcours du pipeline

Sauf que, six ans plus tard, les 1 400 kilomètres de la partie centrale de l’oléoduc, qui va du nord du Montana au sud du Nebraska, au cœur des Plaines, n’ont pas encore vu le début d’une tranchée ou d’un point de soudure.

TransCanada avait besoin de deux choses capitales pour commencer à mettre les tuyaux sous terre : l’accord de la Maison Blanche (car avec le franchissement de frontière, il s’agit d’une question transnationale), et l’accord des propriétaires terriens sur le tracé du pipeline. Aujourd’hui, aucun des deux n’est garanti. Après s’être montré initialement favorable au projet, Barack Obama a, depuis, repoussé l’accord présidentiel à plusieurs reprises, mal à l’aise à l’idée d’autoriser une gigantesque artère pétrolière destinée à brûler encore plus d'hydrocarbures dans l’atmosphère au moment où la lutte contre le changement climatique, dont il s’est fait un champion, s’intensifie.

Quant à l’assentiment des propriétaires sur le parcours de l’oléoduc, il est devenu la principale pierre d’achoppement du projet. Au point qu’aujourd’hui, on voit mal comment celui-ci pourrait se réaliser sans une explosion de colère, voire de violence, considérable.

Embarquons donc sur la route centrale de ce pipeline. Ni dans les terres du grand Nord canadien, qui sont ravagées par des forages à ciel ouvert, ni jusqu’aux raffineries texanes qui ne rêvent que d’accueillir cet or noir sans se poser de questions. Embarquons plutôt pour ce territoire des Plaines où ce sont les citoyens qui font bouger les lignes (géo)politiques de cet ouvrage présenté comme un bond dans l’avenir, mais qui ressemble pourtant à un projet dépassé.

  • 1re étape, la réserve indienne de Rosebud (Dakota du Sud)

À défaut de posséder des manières (nous le verrons plus tard dans leurs transactions avec les ranchers), les ingénieurs de TransCanada sont des malins. Leur tracé du pipeline Keystone XL dans le Dakota du Sud ne traverse aucune réserve indienne, dans un État où il est pourtant impossible de tracer une ligne droite sans en croiser une. Il n’y a nul hasard à cela. Les réserves possèdent, en plus d’un fonctionnement collectif, leurs propres lois (limitées mais recouvrant généralement les questions foncières). Or les pétroliers canadiens ont senti qu’ils ne seraient pas accueillis dans les meilleurs termes par les descendants de Sitting Bull et Crazy Horse.

Ils avaient raison. Le projet de pipeline a beau savamment contourner les réserves, leurs résidents n’entendent pas laisser passer ce projet. C’est une vieille histoire qui se rejoue là. Une histoire dans laquelle les Amérindiens ont toujours perdu, mais jamais sans se battre.

Nous avons rendez-vous avec Aldo Seoane sur le parking d’un fast-food de Mission, au cœur de la réserve de Rosebud. C’est malheureusement le lieu le plus identifiable d’un territoire qui compte parmi les plus pauvres des États-Unis, où les commerces sont aussi rares que les voitures neuves. Aldo arrive dans un pick-up rouillé orné d’un poster « Non au pipeline ! » avec le dessin d’un serpent ondulant parmi les États des plaines.

 

Aldo Seoane et Wayne Frederick, qui se battent contre le passage du pipeline 
Aldo Seoane et Wayne Frederick, qui se battent contre le passage du pipeline © Jean-Marc Giboux

Aldo n’est pas né sur la réserve et n’est donc pas un Brûlé (le nom originel de la tribu est Sicangu Oyate, « cuisse brûlée »). Il a longtemps vécu en Californie avant de rejoindre sa mère sur la réserve, et c’est sans doute pour cela qu’il fait penser aux activistes écolos hyperconnectés et parfaitement capables de résumer la situation en quelques phrases : « Nous ne voulons pas de cet oléoduc pour quatre raisons. Premièrement à cause des conduites d’eau qui viennent du Missouri et qui nous alimentent pour la consommation et l’irrigation. L’oléoduc va les croiser et il y a donc des risques de fuite. Deuxièmement, nous n’avons pas été consultés, or nous sommes une nation souveraine. Troisièmement, ce projet va déplacer des reliques et traverser des sites mémoriels qui nous appartiennent. Quatrièmement, la construction de l’oléoduc nécessite un camp de travailleurs qui sera à proximité de la réserve, avec tout ce que cela signifie en matière d’augmentation des violences. »

Après nous avoir exposé la problématique et avalé un sandwich, Aldo nous emmène voir le président de la tribu. Indisponible ce jour-là, Cyril Scott a néanmoins tenu à nous recevoir dans son bureau. Nous lui parlons donc au téléphone face à une table et une chaise vide, devant plusieurs photos de lui, dont une en compagnie de Bill Clinton. « Ce n’est pas uniquement une question indienne : l’eau est notre bien le plus précieux et sans elle nous cessons d’exister, les Indiens sur la réserve, mais aussi les populations alentour, les fermiers et les éleveurs », explique-t-il au travers du combiné.

Dans le Dakota du Sud, le Keystone XL doit en effet croiser à deux endroits les aqueducs souterrains qui alimentent en eau la partie occidentale de l’État, dont les réserves indiennes de Rosebud et de Shannon ainsi que le territoire protégé des Black Hills. L’oléoduc et l’aqueduc vont se retrouver sous terre à quelques mètres de distance. En cas de fuite du premier vers le second, les conséquences seraient catastrophiques pour les habitants.

 

 

Paula Antoine s'inquiète de la violence induite par la construction du pipeline

«S’ils décident de construire leur pipeline, ils seront obligés de nous déloger»

L’autre question qui irrite Cyril Scott renvoie au passé des Indiens depuis 150 ans et à leur amère expérience d’avoir été ignorés, floués et cantonnés sur un minuscule bout de territoire qui leur appartenait autrefois en entier. « Nous avons signé des traités, notamment celui de Fort Laramie en 1868, de nation souveraine à nation souveraine, c’est-à-dire directement avec le président des États-Unis. Nous ne devrions pas discuter avec TransCanada mais avec Barack Obama ! » assure Scott. « Par ailleurs, ces traités ont été régulièrement bafoués, mais nous avons toujours la responsabilité des terres où passe le pipeline, même si elles nous ont été volées depuis. »

Les griefs des Brûlés sont parfaitement légitimes et compréhensibles, y compris dans ce que le passage du pipeline soulève de mémoires de spoliations et d’exterminations, mais comment les résidents de Rosebud entendent-ils se battre contre un objet qui ne traverse pas leurs terres ? La première hypothèse, sérieusement envisagée et déjà répétée, est de s’opposer physiquement au creusement de la tranchée. Des activistes de la côte est sont d’ores et déjà venus donner des leçons de « désobéissance civile » aux Indiens et, comme le dit Cyril Scott, « nous serions ravis d’avoir quelques prisonniers politiques pour illustrer la manière dont nos terres et nos traités sont violés… ».


Le camp indien d'Iwska, érigé sur le tracé du pipeline 
Le camp indien d'Iwska, érigé sur le tracé du pipeline © Jean-Marc Giboux

La seconde solution a consisté à dénicher, sur le cadastre morcelé des terres environnantes, une parcelle de terre appartenant à la réserve à proximité du tracé de l’oléoduc. Les Brûlés ont réussi à identifier un champ leur appartenant qui se situe à moins de 30 mètres de la future tranchée (la distance nécessaire au chantier). Ils se sont donc empressés d’y ériger sept tipis, correspondant aux sept tribus sioux lakota de la région, qui sont occupés en permanence et à tour de rôle par les habitants de Rosebud. « Ainsi, s’ils décident de construire leur pipeline, ils seront obligés de nous déloger, de nous chasser et d’abattre les tipis devant les caméras », explique Wayne Frederick, un immense gaillard qui s’occupe de la protection des bisons sur la réserve. « Nous n’avons que notre héritage auquel nous raccrocher. Nous avons nos terres, nos droits et peu importe si nous sommes pauvres, nous n’avons rien à perdre », résume-t-il en se réjouissant par avance de la confrontation entre les Indiens et les bulldozers de TransCanada.

Dans un coin de la parcelle nommée Iwksa (« là où ça tourne »), on aperçoit une hutte à sudation dans laquelle les Indiens se rendent occasionnellement afin de dialoguer avec les esprits. Il y a quelques semaines, un vieux sage de la tribu est resté plusieurs heures dans la hutte et en est ressorti avec une vision : la tribu remportait la victoire et le pipeline n’était pas construit. « Nous nous sentons encouragés », admet Aldo Seoane, qui nous a emmenés au camp et semble perdu dans la contemplation de la prairie qui s’étend à perte de vue.

Le mépris à l’égard des Indiens et l’accaparement de leurs terres appartiennent à une vieille histoire, en effet, mais elle resurgit à nouveau, ici même. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que les Indiens ne sont plus seuls. « Certains fermiers blancs se sont tournés vers nous et nous ont donné leurs terres parce qu’ils estiment que nous sommes mieux armés, y compris légalement, pour résister à la confiscation des terres et aux dangers que pose ce pipeline… », constate Aldo Seoane, sans même ironiser à l’égard de cette situation. « Certains habitants de la région disent aux fermiers : "Vous êtes les nouveaux Indiens !" Et nous sommes devenus leur recours… »

Russel Eagle Bear estime que les traités avec les Indiens sont une nouvelle fois violés

Prochaine étape : La résistance des ranchers du Nebraska

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 


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Lundi 22 septembre 2014 1 22 /09 /Sep /2014 18:00

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

A New York, la marche pour le climat crée la surprise

|  Par Iris Deroeux

 

 

 

La « People’s climate march », marche des peuples pour le climat, a réuni plus de 300 000 personnes à New York ce dimanche, du jamais vu. Cet immense défilé visait à montrer que le changement climatique intéresse le grand public, et par ricochet à faire pression sur les décideurs politiques se réunissant à l'ONU à partir de mardi. Le premier objectif est atteint : la mobilisation fut impressionnante.

New York, correspondance.   De mémoire de New-Yorkais, on n’avait jamais vu de manifestation aussi grande. La People’s climate march new-yorkaise a tout bonnement épaté par l’ampleur de la mobilisation. Selon les estimations des organisateurs, plus de 300 000 personnes se sont rassemblées à Manhattan, défilant sur quatre kilomètres sous la surveillance renforcée des forces de police new-yorkaises (n’étant, au passage, pas réputées pour leur tolérance à l’égard des manifestants).

 

 
© Iris Deroeux

 

 
© ID

Pour mieux cerner l’événement, il faut donc imaginer un immense défilé dans une ville qui n’aime pas trop le désordre. Ce fut un peu statique par la force des choses : les derniers arrivés ont attendu près de deux heures avant de commencer à marcher. Il faut aussi se figurer une foule joyeuse, mêlant des familles avec enfants, des étudiants, des associations écologistes, des scientifiques, des groupes de défense des immigrants, pour la justice sociale, des syndicats, des groupes religieux, ou encore des militants pacifistes ne ratant pas une manifestation depuis la lutte contre la guerre du Viêtnam.

 
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Il faut encore imaginer une marche festive et bariolée, où les déguisements étaient appréciés (le costume d’ours polaire faisait fureur) et où se mêlaient des pancartes aux messages divers. De très nombreuses déclarations d’amour à la planète Terre, des attaques contre les grandes compagnies pétrolières, des dénonciations des errements du néolibéralisme, des appels à l’action politique, à l’instauration d’une taxe carbone, au boycott du fracking, à l’abandon du projet d’oléoduc Keystone XL devant acheminer du pétrole canadien vers les raffineries du Texas…

« Obama, quel sera ton héritage ? », « Le changement climatique est une crise sanitaire », « Nous avons les solutions », lit-on dans le cortège.


 

 
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La « marche des peuples pour le climat » a atteint l’un de ses objectifs : être un rendez-vous populaire et grand public, afin de montrer que le dérèglement climatique est un sujet qui sensibilise de plus en plus, et tenter de faire pression sur les dirigeants politiques. La date n’avait bien sûr pas été choisie au hasard : un sommet sur le changement climatique s’ouvre mardi au siège de l’ONU à New York, réunissant 140 chefs d’État, devant préparer le terrain à un éventuel accord international lors de la conférence onusienne qui se tiendra à Paris en décembre 2015. Certains politiques se sont donc montrés au défilé, du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à l’ancien vice-président démocrate Al Gore, en passant par Laurent Fabius du côté français.

Pour parvenir à une manifestation de cette taille, les organisateurs n’ont pas lésiné sur les moyens, notamment l’association écologique américaine 350.org fondée par Bill McKibben et le mouvement citoyen sur internet Avaaz (à l’origine d’une pétition ayant recueilli plus de 2 millions de signatures afin de demander aux responsables politiques d’agir contre le dérèglement climatique). Leur stratégie fut de rassembler au-delà des réseaux écologistes classiques. Au bout du compte, des centaines d’associations se sont coordonnées, mobilisant leur base depuis des mois via emails, au téléphone, appelant à manifester pour « la justice environnementale ». Un mot d’ordre délibérément flou pour attirer le plus grand nombre (comme Jade Lindgaard l’expliquait ici).

 

 
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« Je me suis beaucoup interrogé sur le sens de cette action, ce qu’on pouvait véritablement en attendre… J’ai au moins une certitude : cela permet de recharger les batteries, de garder l’envie de se battre malgré la dose de mauvaises nouvelles quotidiennes », témoigne Walker, artiste new-yorkais entouré d’artistes de la région. À ses côtés, Aislinn, venue de Philadelphie, ajoute : « En étant si nombreux, on montre que ce sujet touche tout le monde, qu’il n’y a rien de bien extrémiste à vouloir agir pour protéger l’environnement. » Un refrain entonné par tous ceux que l’on interroge. Ils se disent inquiets face à l’état du débat aux États-Unis, et ont même un peu honte. « Le pays va donner de grandes leçons aux pays en développement, mais se montre incapable de voter des lois efficaces », résume Judy, venue manifester en famille.

« Niveau d'indifférence effarant »

« Sur le dérèglement climatique, le niveau d’indifférence que l’on ressent encore aux États-Unis est effarant. Mais un changement s’opère en ce moment, ce n’est pas seulement une impression, la marche n’est pas une jolie façade sans rien derrière », assurent Sarah et Kate, étudiantes en sciences de l’environnement venues du Vermont. « Un État où l’écologie a plus de sens qu’à New York ; où faire son compost n’a rien de très original », glisse l’une d’elles.

 

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« Étant donné les faits scientifiques dont on dispose, c’est incroyable que le changement climatique soit encore l’objet d’un débat », s’emporte Dina, venue de Washington, où elle travaille pour le département d’État, « que je ne représente absolument pas ici », insiste-t-elle. Leur colère se dirige contre Barack Obama, dont le bilan écologique est jugé faible et insuffisant, mais surtout contre le camp républicain, « qui s’enferre dans le déni en refusant de "croire" au changement climatique », poursuit Dina. Un camp républicain qui bloque la plupart des réformes : le parti dispose d’une majorité d’élus à la Chambre des représentants, et peut ainsi s’opposer à toute législation d’envergure proposée par les démocrates.


 

 
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« En étant si nombreux, nous voulons envoyer un message à Barack Obama, qu’il s’engage sur un accord international à l’ONU, mais qu’il soit aussi plus ferme en politique intérieure. Il pourrait prendre des mesures en faveur de l’environnement grâce à des décrets présidentiels, sans attendre que le Congrès ne se mette d’accord. Nous le soutiendrons », estime Judith Le Blanc, l’une des directrices de la grande association pour la paix Peace Action, associée à l’organisation de la marche. Cette manifestation, selon elle, permet aussi de mettre en valeur toutes les incitatives américaines locales, notamment « le mouvement d’opposition à l’oléoduc Keystone XL qui grandit au cœur du pays chez les fermiers et dans les communautés amérindiennes ».

La consommation de pétrole américaine est bien sûr au cœur de la manifestation, d’autant que celle-ci augmente, ainsi que sa production (notamment grâce au développement de la méthode du fracking). « Ce qui freine notre mouvement, c’est le fait que beaucoup d’Américains croient que nous n’arriverons jamais à être plus forts que les lobbies représentant les intérêts pétroliers, qui biaisent totalement notre débat politique. Je continue de croire que c’est faux, et le seul moyen de le montrer, c’est de descendre dans la rue, de faire du bruit », poursuit Judith Le Blanc.

 

 
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Ce dimanche, dans la rue, chacun se prenait donc à rêver et à proposer des réformes politiques considérées comme à portée de main : « mieux taxer l’essence », « obliger les industries qui fabriquent des énergies non renouvelables à investir une part de leurs revenus dans l’alternatif », « éteindre de temps à autre les lumières de New York, les panneaux publicitaires de Times Square par exemple, car c’est tout de même un peu schizophrène de vivre ainsi en voulant protéger l’environnement », glissera une femme âgée descendue rejoindre la marche parce qu’elle se déroulait sous ses fenêtres.

Certains tenteront des messages plus radicaux et critiques à l’égard du système économique dominant, oseront des pancartes barrées d’un « arrêter de dépenser des dollars », « stopper le shopping », tout en dénonçant la responsabilité de Wall Street dans la crise climatique en cours. À l’initiative de militants associés au mouvement Occupy, une autre manifestation est d’ailleurs prévue ce lundi afin d’« inonder » symboliquement Wall Street. New York est bel et bien en train de se mettre en mouvement, il reste à voir combien de temps cela va durer. 

 

 

Lire aussi

Réchauffement climatique: les balbutiements d'une mobilisation mondiale

Par Jade Lindgaard

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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Lundi 22 septembre 2014 1 22 /09 /Sep /2014 17:36

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Marche pour le climat à Paris : « Chefs d'Etat, agissez ! »

Le Monde | 21.09.2014 à 16h30 • Mis à jour le 21.09.2014 à 21h20 | Par Audrey Garric

La « marche des peuples pour le climat » dimanche à Paris.

L'espace d'un instant, la météo a essayé de voler la vedette au climat. Mais les pluies éparses du début d'après-midi n'ont pas eu raison de la « Marche du peuple pour le climat » qui s'est tenue à Paris dimanche 21 septembre. Aux côtés de personnalités comme l'écologiste Nicolas Hulot ou le chanteur Patrice, les manifestants – qui étaient entre 5 000, selon la police et 25 000, selon les organisateurs – ont défilé pour lancer un appel aux chefs d'Etat qui se réuniront lors d'un sommet extraordinaire de l'ONU sur le changement climatique, mardi 23 septembre.

L'événement se tenait dans le cadre d'une marche mondiale pour le climat, autoproclamée « plus grande mobilisation citoyenne jamais organisée sur l'enjeu climatique ». Plus de 2 500 défilés étaient prévus dans 158 pays, de Melbourne à New York, en passant par New Delhi, Berlin, Londres et Vancouver.

 

Lire : Nouveau record des émissions de CO2 en 2013

 

« LA FRANCE DOIT ÊTRE EXEMPLAIRE »

« Cette marche est un signal de la société civile pour appeler le gouvernement français à faire preuve d'un leadership fort sur le climat, explique Marie Yared, chargée de campagne d'Avaaz, l'ONG à l'origine de la mobilisation. Nos politiques sont trop frileux : ils doivent prendre des engagements concrets à court terme, comme diviser par quatre les rejets de gaz à effet de serre et atteindre 100 % d'énergies renouvelables avant 2050. La France doit être exemplaire. »

 

Une attente d'autant plus forte que Paris accueillera la prochaine Conférence internationale de l'ONU sur le changement climatique (COP 21), en décembre 2015, durant laquelle pourraient être scellés des accords contraignants de réduction des émissions de CO2.

 

UNE SONO À L'ÉNERGIE SOLAIRE

Pour ce qu'ils considèrent comme une « première étape », dimanche, les marcheurs – dont une partie avait préféré le vélo – ont défilé de la place de la République jusqu'au parvis de l'hôtel de ville au son des tambours, percussions et autres sifflets. Beaucoup arboraient sur la poitrine des autocollants avec des cœurs verts, l'emblème de la marche, ainsi que des t-shirts, pulls, vestes ou pantalons aux couleurs de la nature. Certains tenaient des panneaux où était inscrit « Climat en danger », « Chefs d'Etat du monde, agissez ! » ou « Changeons le système, pas le climat », tandis que d'autres scandaient, moqueurs, « Sauvons la Terre et pas les actionnaires ».

Pour contribuer à sauver la planète, le collectif Solar Sound System a animé la marche à l'aide d'une sonorisation fonctionnant uniquement à l'énergie solaire et à la dynamo (avec des vélos). Une quinzaine de bénévoles s'assuraient par ailleurs que les participants « ne laissent dans les rues de Paris que la trace de leurs pas ».

 

BEAUCOUP DE JEUNES

Dans le cortège, au-delà des ONG écologistes (Greenpeace, Oxfam, Sortir du nucléaire ou encore Bloom) et des partis politiques (EELV et sa patronne Emmanuelle Cosse, le Front de gauche mené par Jean-Luc Mélenchon), ce sont surtout des jeunes qui se sont mobilisés.

 

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Il y a beaucoup de jeunes et beaucoup d'écolos et militants à la de Paris

 

Anne, 22 ans, en études d'agronomie, et sa cousine Clémence, 15 ans, en 1re scientifique dans un lycée agricole, sont ainsi venues « sensibiliser les Parisiens aux enjeux climatiques et environnementaux pour qu'ils s'impliquent dans la défense de la planète ». « Cela avance lentement mais sûrement », espèrent-elles, maquillées d'un cœur vert sur la joue.

« Notre marche est symbolique : nous voulons montrer que quelque chose est en train de se passer », renchérissent Sarah et Esther, 23 ans, en master d'anthropologie de l'environnement du Muséum d'histoire naturelle de Paris. « Beaucoup de gens ont conscience qu'il faut changer les choses mais ne l'appliquent pas dans leur quotidien », regrette toutefois Sarah, qui assure, elle, s'approvisionner chez un maraîcher bio local et acheter des vêtements d'occasion dans des vide-greniers.

 

 « QUE MA FILLE VOIE ENCORE DES BALEINES »

Davantage que le changement climatique, dont les conséquences ne sont pas toujours accessibles ou visibles par tous, c'est la protection de l'environnement de manière générale, notamment pour les générations futures, qui était au centre des préoccupations des manifestants. « Je veux que ma fille puisse manger du miel de vraies abeilles et voir des baleines plus tard », explique Morgane Le Faou, drapée d'un foulard vert, en tenant par la main sa petite Lila-may, 7 ans, qui veut « sauver les ours polaires ».

 

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Morgane et son compagnon venus à la avec leur fille et leur bébé pour les sensibiliser à l'écologie

 

« Je ne veux pas que mes trois petites-filles vivent dans un monde marqué par la pollution et les guerres de l'eau », témoigne de son côté Colette Manne, retraitée, qui « fait sa première manif' ». « L'urgence climatique et écologique n'est pas assez prise au sérieux. »


 DIFFICILE DE « RÉVEILLER L'OPINION »

Tous, surtout, notent la difficulté de mobiliser la société civile. « On est venus à pied à la manif' et sur le chemin, on a essayé de rameuter les passants, mais en vain », regrette Caroline Blondeau, qui a amené son fils Camille, âgé de 6 ans. « J'ai un optimisme modéré sur le fait de parvenir à réveiller l'opinion publique, reconnaît Gilles, physicien au CNRS. Il y a eu une vraie prise de conscience avec le sommet de Copenhague en 2009. Mais depuis, avec la crise économique, les enjeux climatiques et environnementaux ont été relégués au second plan. Ils ne sont plus au cœur des préoccupations des gens. »

Nicolas Hulot à la marche pour le climat à Paris.

 Ces difficultés à rassembler autour du climat, Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, en est conscient. « Merci de préférer l'espérance à l'indifférence, la mobilisation à la résignation, lance-t-il à une foule massive depuis la scène installée devant l'hôtel de ville. Cette petite étincelle doit se propager jusqu'en décembre 2015. Nous aurons besoin de vous pour dire ‘osez le changement' à ceux qui ont des responsabilités. Le changement est déjà en marche. » Applaudissements nourris de l'assistance.

« Je suis plutôt surpris qu'il y ait eu autant de gens, confie-t-il à l'issue de son intervention. Il y a très peu de mouvements citoyens autour de la planète. On est dans un contexte de désarroi et de dépression avec des difficultés bien plus palpables que le changement climatique. Il faut que chacun prenne sa part de responsabilité pour transformer ces difficultés d'aujourd'hui en un monde meilleur demain. »

« Oui, il faut mobiliser la société civile et changer les mentalités, assure l'ancienne ministre et députée EELV de Paris Cécile Duflot, mais changer de modèle de développement est un choix éminemment politique. »

Lire l'entretien avec Bill Mc Kobben, organisateur de la marche à New York : Climat : « Il faut que les Etats aient peur de revenir chez eux les mains vides »

 Audrey Garric
Journaliste au service Planète du Monde

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 


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Dimanche 21 septembre 2014 7 21 /09 /Sep /2014 20:20

 

Source : www.i24news.tv/app.php/fr

 

 

Mobilisation mondiale pour le climat

Défilés historiques à New York, Paris et Londres avant l'ouverture du sommet de l'ONU mardi

 

 

 


François Guillot (AFP)"Manifestation à Paris pour le climat le 21 septembre 2014"François Guillot (AFP)

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans le monde entier dimanche "pour le climat", avec un défilé historique à New York, dans le but de faire pression sur le sommet de l'ONU mardi consacré au changement climatique.

Avec fanfares et fleurs géantes, des dizaines de milliers de personnes, célébrités, hommes politiques, militants, étudiants ou Américains ordinaires, ont convergé dimanche à New York pour une grande "Marche du peuple pour le climat", qui se voulait la plus importante de l'histoire.

Les organisateurs y espéraient plus de 100.000 personnes, plus que pour la conférence sur le climat de Copenhague en décembre 2009.

"Nous pensons atteindre notre but, qui est que cette marche soit la plus importante de l'histoire", a confié à l'AFP avant la marche Ricken Patel, directeur de l'ONG Avaaz, co-organisatrice de la marche.

Deux heures avant qu'elle ne démarre, des milliers de personnes étaient déjà rassemblées le long de Central Park, portant d'immenses tournesols en carton, des pancartes hostiles aux "énergies sales" ou des tee-shirts dénonçant la faim associée au changement climatique.

Des Indiens d'Amérique y étaient venus en tenue traditionnelle.

Deux jours avant un sommet de l'ONU sur le climat, qui doit réunir plus de 120 chefs d'Etat et de gouvernement - un record pour ce dossier - cette marche avait pour objectif de pousser les responsables politiques à agir "de manière ambitieuse" contre le changement climatique, et à s'engager, avant la conférence internationale de Paris fin 2015.

Avec un slogan: "Nous voulons de l'action, pas des mots".

"Il est urgent d'agir"

New York n'était pas la seule ville à se mobiliser dimanche. Des manifestations étaient organisées partout dans le monde, notamment à Londres, Berlin, Amsterdam, Paris, Stockholm, Rome, Madrid, New Delhi, Melbourne ou Rio de Janeiro: au total, selon les organisateurs, plus de 2.700 événements étaient prévus dans 158 pays.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont ainsi défilé dans les rues de Londres. Parmi les manifestants figuraient des victimes des inondations en Angleterre l'hiver passé, ainsi que l'actrice britannique Emma Thompson, qui revient d'une expédition en Arctique avec Greenpeace pour dénoncer la fonte des glaces.

Andrew Burton (Getty/AFP)"Des centaines de milliers de personnes manifestent dans le monde entier dimanche "pour le climat", ici le défilé historique à New York, le 21 septembre 2014 "Andrew Burton (Getty/AFP)

Près de 5.000 personnes selon la police ont manifesté à Paris, dans une ambiance plutôt familiale. "Hier, on pouvait dire qu'on ne savait pas. Aujourd'hui, on sait. Le changement (climatique) est déjà en marche", a souligné Nicolas Hulot, envoyé spécial du président français pour la protection de la planète.

A New York, l'acteur Leonardo DiCaprio, tout juste nommé "messager de la paix" de l'ONU, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, l'ancien vice-président américain Al Gore et le maire de New York Bill de Blasio devaient participer à la marche, ainsi que le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius et la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal.

"Il est urgent d'agir: plus nous attendons, plus nous le paierons en vies humaines et en argent perdu" avait déclaré M. Ban Ki-moon avant la marche.

Plus de 1.400 groupes s'étaient associés à la marche new-yorkaise, syndicalistes, écologistes, scientifiques, étudiants venus de 320 campus américains, artistes, groupes religieux, victimes de l'ouragan Sandy.

Près de 500 autobus étaient attendus de quasiment tous les Etats américains.

Le cortège s'est ébranlé en toute fin de matinée de Columbus Circle, près de Central Park, et après un parcours de plus de 3 km dans Manhattan, la marche devait se terminer sur la 34e rue près de l'Hudson au niveau de la 11e avenue, vers 17H30 (21H30 GMT).

Certains manifestants étaient venus d'Inde, du Zimbabwe, du Sénégal ou encore des îles Marshall, menacées d'être englouties par l'océan Pacifique.

"Nous ne pouvons pas attendre, nous avons besoin d'action et maintenant", a insisté une mère de deux enfants venue de cet archipel de Micronésie, Kathy Jetnil-Kijiner.

Un chef d'un restaurant de Brooklyn, Evan Hanczor, s'était aussi mêlé aux manifestants, pour souligner le danger du changement climatique pour la "sécurité alimentaire".

"Beaucoup de gens vont avoir plus de difficultés à se nourrir", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Nos peuples souffrent de la sécheresse, des inondations, de la détérioration de nos terres", ajoute Fatimata Niang Diop, militante et enseignante venue spécialement de Dakar comme ambassadrice du groupe 350.org.

Après un moment de silence à 13H00 (17H00 GMT) pour rendre hommage aux victimes du changement climatique, les marcheurs avaient été invités à "sonner l'alarme sur le climat" en faisant un maximum de bruit avec trompettes, vuvuzelas, tambours, cloches et sifflets. Plus de 32 fanfares étaient là pour les y aider. Les cloches des églises avaient également prévu de sonner au même moment.

"Le changement climatique est le plus grand défi de notre temps, et tout ce que nous aimons est menacé. Nos gouvernements ne bougent pas assez vite", résumait Ricken Patel.

(AFP)

 

Source : www.i24news.tv/app.php/fr

 

 

 

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Samedi 20 septembre 2014 6 20 /09 /Sep /2014 22:59

 

 

Source : cjb.r.mailjet.com

 


Nouvelles spéciales du 18 septembre 2014

 

Procès Kokopelli c. Graines Baumaux :
Après presque 10 ans de procédure, la Cour d’Appel de Nancy donne enfin raison à Kokopelli !

 

 

Dans l’affaire nous opposant, depuis près de 10 ans, à la société Graines Baumaux, le délibéré de la Cour d’Appel de Nancy a été prononcé le 9 septembre dernier et l’arrêt, dans son entier, vient de nous être communiqué.

A notre grande satisfaction, la Cour rejette l’essentiel des demandes de la société Graines Baumaux, et en particulier celle fondée sur une prétendue faute de concurrence déloyale liée à l’absence d’enregistrement des variétés distribuées par Kokopelli.

Le jugement de 1e instance, qui condamnait Kokopelli, est donc infirmé !!!

La Cour considère en effet que la société Graines Baumaux, qui reprochait à l’association de proposer à la vente une gamme plus élargie de variétés anciennes que la sienne, « ne se trouve aucunement empêchée de proposer à la vente les mêmes produits que l’association KOKOPELLI et donc d’offrir la même gamme élargie de semences à sa clientèle de jardiniers amateurs à la seule condition d’inscrire les variétés qu’elle entend commercialiser sur liste officielle de « variétés dont la récolte est principalement destinée à l’autoconsommation » sur laquelle l’inscription est libre et d’un coût modique par rapport à l’enjeu commercial, soit un montant de 125 euros par variété comme elle l’indique elle-même. Il lui est également loisible d’étoffer son catalogue en commercialisant davantage de variétés de graines sélectionnées parmi les 14 500 variétés que compte selon elle le catalogue officiel européen ».

C’est l’argument que nous lui avions suggéré. La société Graines Baumaux, qui prétendait que l’enregistrement au Catalogue était simple et peu coûteux, et que la biodiversité se trouvait déjà fort bien protégée et représentée par celui-ci, se trouve ainsi prise au piège de ses propres affirmations.

Toutefois, cela ne signifie pas que l’activité de Kokopelli se trouve officiellement avalisée par la Cour d’Appel. Bien au contraire. En effet, l’argument selon lequel la vente de semences à des jardiniers amateurs ne faisant pas une exploitation commerciale de celles-ci ne serait pas soumise aux exigences d’enregistrement au Catalogue, a été rejeté par la Cour.

Cet argument peu ambitieux – car ne faisant aucune place à l’agriculture professionnelle dans la lutte pour la sauvegarde de la biodiversité – avait été avancé, en dernier recours, après la décision défavorable prise par la Cour de Justice de l’Union Européenne en juillet 2012. Bien qu’il soit abondamment utilisé par de nombreuses associations de préservation des semences en Europe, il n’avait jamais été soumis à l’examen d’une juridiction.

C’est maintenant chose faite, mais la décision de la Cour d’Appel de Nancy, sur ce point, est très décevante. En effet, la Cour considère, à l’issue d’une leçon de grammaire particulièrement byzantine, que « la formulation de l’article 2 de la directive permet de retenir que sont soumises à ses prescriptions la vente ou l’offre de vente de semences ainsi que les autres formes de cession réalisées dans le cadre d’une exploitation commerciale, ce qui exclut les cessions de semences à des tiers dans un but autre, comme de réaliser des expérimentations et permet d’écarter du champ d’application du texte les échanges de graines entre particuliers amateurs de jardinage qui ne font pas commerce de leurs semences potagères. »

La Cour n’exclut donc du champ d’application de la législation que les échanges de semences entre jardiniers amateurs. Tout transfert de semences, à titre onéreux ou gratuit, réalisé non pas « en vue d’une exploitation commerciale », comme le dit le texte, mais « dans le cadre d’une exploitation commerciale », comme le dit la Cour, tombe sous le coup de la loi et son obligation d’enregistrement des variétés.

Cette interprétation, pour le moins aventureuse, aura vraisemblablement des répercussions dans toute l’Europe et nous espérons qu’elle sera corrigée par le législateur européen lorsqu’il devra voter sur le projet de réforme de la législation actuelle.

En tout état de cause, dans le litige particulier nous opposant à la société Graines Baumaux, la décision de la Cour d’Appel de Nancy signifie donc que s’il est vrai que Kokopelli commet des actes illicites par la vente de variétés non inscrites au Catalogue officiel, ces agissements ne sont pas générateurs de responsabilité vis-à-vis de la société Graines Baumaux et « n’ont pas pour effet de fausser le jeu de la concurrence ». Ces considérations nous mettent hors de danger vis-à-vis de Graines Baumaux et de l’industrie semencière, et c’est évidemment l’essentiel.

Quant aux accusations réciproques de dénigrement, la Cour renvoie les parties l'une contre l'autre et chacune est condamnée à payer 5 000 € de dommages-intérêts à l’autre. Si, par ce volet de sa décision, la Cour semble vouloir ménager la chèvre et le choux, il ne faut toutefois pas oublier que c'est bien la société Graines Baumaux qui poursuit Kokopelli depuis presque 10 ans et qu'elle souhaitait voir ordonnée la cessation pure et simple de nos activités. On peut donc dire que son initiative a simplement échoué... A l’évidence, l’association Kokopelli sort gagnante de ce long combat.

Si enfin l’on se souvient que la Cour de Justice de l’Union Européenne, statuant contre l’avis de son Avocat Général, avait désavoué Kokopelli et considéré que la législation européenne sur le commerce des semences, permettant supposément une augmentation de la productivité agricole, n’était pas critiquable, il faut saluer un exploit dans notre défense et une victoire inespérée de Kokopelli, qui maintient le cap de la biodiversité, contre vents et marées…!

Contacts :

Ananda Guillet, Directeur :
semences@kokopelli-semences.fr

Notre avocate, Blanche Magarinos-Rey :
contact@avocat-magarinos-rey.com


L'équipe de Kokopelli.

 

 

 

Source : cjb.r.mailjet.com

 

 

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Samedi 20 septembre 2014 6 20 /09 /Sep /2014 18:45

 

Texte suggéré suite à la diffusion de l'article " Les casseroles de Téfal et de l'administration du travail - sur saisine d'une inspectrice du travail, le Conseil national de l'inspection du travail remet sévèrement en place Téfal, le MEDEF et "

 

 

Source : www.cnt-tas.org

 

 

Affaire Téfal, le CNIT rend son avis: «Oui mais non, bien au contraire…»

 

Dans son délibéré publié le 18/09/2014, le Conseil National de l’Inspection du Travail (CNIT) vient de donner son avis sur l’ « affaire TEFAL ». Rappelons que le CNIT était saisi de cette affaire pour répondre en gros aux questions suivantes :

y-a-t-il eu tentative d’atteinte à l’indépendance d’une inspectrice du travail de Haute-Savoie par le biais d’une « influence extérieure indue » de l’entreprise TEFAL et du MEDEF local afin de contrer son action de contrôle de l’entreprise TEFAL ? Cette pression extérieure a-t-elle été répercutée en interne par la direction de l’UT ?

Disons le tout de suite, cet avis, mi-chèvre mi –chou (ou mi-figue mi-raisin, au choix), réussit le tour de force de pointer la responsabilité de l’administration… tout en faisant son maximum pour la dédouaner de l’accusation d’avoir relayé une « influence extérieure indue ».

Regardons tout cela plus en détail.

Le silence pesant de l’administration…

Dans une première partie, à la question « y-a-t-il eu des pressions extérieures indues ? », le CNIT répond clairement : OUI.

« Dans l’affaire en cause, tant l’entreprise que l’organisation patronale qu’elle a sollicitée ont cherché à porter atteinte à ces exigences en tentant d’obtenir de l’administration (préfet) et du responsable hiérarchique le changement d’affectation de l’inspectrice et par là-même la cessation de l’action de contrôle à l’égard de l’entreprise ».

Vient alors la question de l’attitude de notre administration face à ces pressions.

A cet égard le CNIT considère « qu’il est regrettable que, dès lors qu’elles ont été rendues publiques, aucune intervention publique des autorités administratives ou de l’autorité centrale de l’inspection du travail ne soit venue les condamner et rappeler les principes de droit interne et international qui garantissent l’indépendance de l’inspection du travail, qu’il s’agisse tant des règles relatives à la mobilité géographique des inspecteurs du travail que de leur protection contre les influences extérieures indues.».

Ce faisant le CNIT pointe clairement l’attitude de la totalité de la ligne hiérarchique : directeur départemental, directeur régional, DGT et Ministre.

Dans un contexte avéré de tentative d’atteinte à l’indépendance d’une inspectrice, le silence persistant de l’administration, alors même que l’indépendance de l’inspection était gravement mise en cause, a fini par devenir assourdissant. A tel point que même le CNIT s’en étonne et ajoute : « Le système de l’inspection du travail ne peut fonctionner que si la hiérarchie soutient et protège les inspecteurs au regard de potentielles influences extérieures indues. »

Or la seule préoccupation et intervention de la hiérarchie dans cette affaire peut se résumer de la façon suivante : chaque échelon hiérarchique soutient celui du dessous, et l’ensemble de la chaîne, pour sauver le directeur de l’UT et enfoncer notre collègue inspectrice.

Car si notre administration est restée silencieuse pour défendre l’indépendance de l’inspection, elle n’a pas ménagé ses efforts en interne pour essayer d’étouffer l’affaire y compris dans ses quelques réponses aux journalistes qui l’interrogeaient.

S’il est des silences qui finissent par devenir assourdissants, face à l’évidence des pressions, qui ne dit mot consent.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

La deuxième partie de l’avis du CNIT commence par relever que le principe d’indépendance des inspecteurs dans leur action de contrôle n’a pas pour effet de priver l’autorité hiérarchique « notamment au regard de leurs fondements juridiques ». En particulier « si un inspecteur du travail peut porter une appréciation sur la licéité d’un accord d’entreprise, il n’appartient qu’à l’autorité judiciaire d’en prononcer la nullité ».

Certes mais de quoi parle-t-on ?

Probablement de l’avis lapidaire contre notre collègue produit au CNIT par la DGT (signé du DGT récemment nommé au poste Yves Struillou, par ailleurs membre du CNIT au moment de la saisine). Dans son courrier la DGT a ainsi cru bon de descendre l’inspectrice en expliquant qu’elle se serait substituée au juge en donnant son avis sur la licéité d’un accord sur les 35 heures chez TEFAL. Car il faut peut-être le rappeler, à l’origine des foudres de TEFAL il y a l’examen d’un accord d’aménagement du temps de travail de cette entreprise sur demande des organisations syndicales de la boîte. L’inspectrice en cause a alors relevé un certain nombre d’irrégularités dans l’accord et a effectivement informé l’entreprise de ces irrégularités en donnant son avis sur sa légalité de l’accord comme tout agent de contrôle peut être amené à le faire lorsque nous sommes saisis par des salariés ou des organisations syndicales sur le sujet.

Ce qu’il faut retenir de ce passage n’est donc pas que seule l’autorité judiciaire peut prononcer la nullité d’un accord, ce qui est évident, mais que l’inspectrice était légitime à donner son avis sur l’accord après avoir été sollicitée par les organisations syndicales, contrairement a ce que pense notre DGT, et qu’elle n’a pas, par cet avis, outrepassé ses prérogatives professionnelles.

En outre « c’est à tort que, lors du même entretien, le responsable de l’unité territoriale a reproché à l’inspectrice du travail un contrôle inopiné au sein de l’entreprise en cause ».

OUI rappelle le CNIT (qui cette fois répond à une question de la saisine) nous pouvons rentrer dans un établissement sans prévenir la direction pour réaliser, si cela est nécessaire, un contrôle inopiné en un lieu précis de ce même établissement.

De même « les griefs formulés par des responsables de l’entreprise mettant en cause l’impartialité de l’inspectrice du travail accusée d’avoir fait preuve d’acharnement à son encontre sont dépourvus de fondement ».

Notre collègue n’a donc pas commis de faute professionnelle. Il est bon de le rappeler, compte tenu de la diabolisation, orchestré par le RUT du 74 en premier lieu et relayé par le DIRECCTE dans un second temps.

Faites ce que je dis mais faites ce que je dis

Si le rappel sur le droit de regard hiérarchique ne vise pas l’action de l’inspectrice, il vient avant tout répondre à une demande de la DGT faite en conclusion de son mémoire qui souhaitait : « dans le cadre des débats en cours à l’occasion de la mise en œuvre de la réforme de l’inspection du travail, [que soit] rappelé à tous les contours de l’exercice hiérarchique dans le système d’inspection du travail et les exigences découlant du respect qui s’impose à tous les agents publics du cadre institutionnel ».

Il vise ensuite directement le recadrage violent subi par l’inspectrice de la part de son directeur d’UT.

En langage diplomatique, l’avis du CNIT nous dit qu’en l’espèce l’exercice du pouvoir hiérarchique du RUT n’avait précisément aucun fondement juridique mais visait simplement à arrêter l’action de contrôle puisqu’il note que l’inspectrice a pu avoir « le sentiment qu’il était porté atteinte à son indépendance et à sa libre décision, en raison des motifs pour lesquels cette action a été contestée (contestation de la « stratégie de contrôle » et non des fondements juridiques de la démarche) d’une part et des termes très vifs de l’échange, qui ne répondaient pas aux conditions normales d’un entretien professionnel. »

En d’autres termes et en résumé pour le CNIT: OUI l’autorité hiérarchique peut avoir un regard sur l’action des agents sans contrevenir à leur indépendance pour peu que ce regard réponde à des considérations juridiques et/ou relève du conseil. Mais NON l’entretien menaçant et hurlant subi par l’inspectrice n’avait justement pas pour objet un sympathique échange professionnel ou une discussion juridique mais une volonté de « contester la stratégie de contrôle » !

Ainsi selon le CNIT, au vu de la teneur de l’entretien, l’inspectrice a pu légitimement avoir le sentiment qu’il était porté atteinte à son indépendance.

D’une façon générale le CNIT recommande alors « que l’attention des responsables hiérarchiques et des inspecteurs du travail soit appelée sur la distinction entre l’action de conseil aux inspecteurs qu’ils sont en droit de donner en matière de contrôle, et l’action de supervision qui doit être circonscrite aux fondements juridiques des actes ».

En ce qui nous concerne, et pour reprendre les termes de la DGT qui lie cette affaire à la réforme de l’inspection du travail, « dans le cadre des débats en cours à l’occasion de la mise en œuvre de la réforme de l’inspection du travail » nous serions également tentés de faire la même recommandation à tous les futurs DUCs qui s’apprêteraient à faire du zèle.

On se fait un bisou et on oublie tout ?

Après tout ça on s’attendrait en toute logique que le CNIT dénonce le relais des pressions extérieures indues de TEFAL et du MEDEF par notre hiérarchie. Et bien non !

Dans un exercice de haute voltige, qui nous a fait craindre un claquage dialectique en plein vol, le CNIT décrète soudain que « l’intervention du responsable d’unité territoriale […] n’avait pas pour objet et n’a pas eu pour effet de modifier les suites données par l’inspectrice du travail ».

Donc recadrer un agent « en des termes très vifs ne répondant pas aux conditions normales d’un entretien professionnel» (en Hurlant pendant 1h30 sur un agent) en « contestant sa stratégie de contrôle » (en lui donnant une semaine pour revoir sa position à l’égard de TEFAL) n’aurait pas pour objet de « modifier les suites données par l’inspectrice du travail » (en fait d’empêcher que le contrôle n’ait lieu).

On peut donc avoir le sentiment légitime de subir une pression sans que cela en soit une, saperlipopette! On croit rêver. Mais quel était donc l’objectif de l’entretien alors ?

Ainsi, si le CNIT déclare que cet entretien ne s’est pas déroulé dans des « conditions normales », il prend soin de l’extraire de son contexte pour en désamorcer la charge explosive.

Il est effectivement bien dommage que le CNIT n’ait pas rappelé le contexte dans lequel intervient cet entretien. On peut ainsi regretter qu’il n’ait pas relevé la coïncidence troublante entre un rendez-vous le 18 avril 2013 entre la direction de TEFAL et le directeur de l’UT, et le recadrage violent subi par l’inspectrice le lendemain matin le 19 avril 2013. Quelle troublante coïncidence, nous en sommes encore tout troublés ! Des esprits mal intentionnés et retords (comme nous) pourraient en être troublés au point de penser que la direction de l’UT a ainsi relayé les pressions de TEFAL. Mais tout ça n’est probablement que purement fortuit.

Il est également bien dommage que le CNIT n’ait pas pris la peine de répondre à toutes les questions de la saisine notamment : le RUT peut-il recevoir une entreprise sans en avertir l’inspecteur du travail ? Le RUT peut-il condamner le comportement professionnel d’un inspecteur du travail sans avoir au préalable communiqué au dit inspecteur les plaintes qu’il aurait reçu, ni entendu les explications de ce dernier ? Car c’est aussi ce qui s’est passé, sauf qu’il n’y a pas eu de plainte officielle de l’entreprise, comme cela arrive souvent, juste « un contact » en off de plusieurs mois avec le RUT et le préfet…

Mais le CNIT a certainement raison, convoquer un inspecteur du travail, le lendemain de la visite de l’entreprise à l’insu de l’inspecteur, pour lui reprocher, en lui hurlant dessus, son action et sa stratégie de contrôle dans cette même entreprise ne doit pas avoir pour objet de chercher une modification de l’action de l’inspecteur… Car oui, dire explicitement, en plein renforcement de la ligne hiérarchique, que la hiérarchie est du côté des patrons ça la foutrait un peu mal.

Enfin, il est bien dommage que le CNIT ne se soit pas prononcé sur les missions du RUT et sur la proximité entre certaines entreprises et les services des renseignements généraux. Fait-il parti des missions du RUT de démarcher les entreprises contrôlées par les agents de l’inspection pour placer des jeunes en stages en leur sein ? Et est-il normal que les entreprises de Haute-Savoie obtiennent du préfet la surveillance des inspecteurs du travail par les services des renseignements généraux ?

De plus, le CNIT prend soin également de ne pas décrire « les effets » qu’a eu cet entretien sur l’inspectrice du travail, soit l’abandon du contrôle annoncé à l’entreprise sur la durée du travail des salariés, du fait des irrégularités constatés dans l’accord d’aménagement du temps de travail, la création d’un sentiment d’illégitimité à poursuivre son action de contrôle dans l’entreprise entrainant l’abandon par cette inspectrice des dossiers en cours d’instruction (ATs – entrave CHSCT – chantier Amiante), et la détérioration de sa santé se traduisant concrètement par un arrêt de travail pour accident de trois mois…

De qui se moque-t-on en disant que l’entretien n’a pas eu « pour effet de modifier les suites données par l’inspectrice du travail »?

Ainsi, selon le CNIT, tout au plus nous serions face à une « défiance réciproque » inexplicable et inexpliquée. On préserve ainsi l’intégrité de l’autorité hiérarchique en renvoyant à un conflit de personne. Et le CNIT de conclure dans un lénifiant appel « au respect mutuel » : faites vous un bisou et on oublie tout !

On le craignait, et nous voyons ici clairement les limites politiques du CNIT :

- Le CNIT peut dire qu’il y a eu des pressions extérieures indues.

- Le CNIT peut s’étonner que notre hiérarchie n’ait pas joué son rôle en ne dénonçant pas ces pressions

- Le CNIT peut relever que le directeur de l’UT a outrepassé l’exercice normal son pouvoir hiérarchique en contestant la stratégie de contrôle de notre collègue.

- Le CNIT peut rappeler que notre collègue n’a pas commis de faute professionnelle dans l’exercice de sa mission.

- Le CNIT peut reconnaître que dans ce contexte l’inspectrice a pu légitimement avoir le sentiment qu’il était porté atteinte à son indépendance

Mais après avoir dit tout ça, dans un revirement presque désespéré, le CNIT ne peut pousser l’audace jusqu’à dire que notre hiérarchie a répercuté des pressions extérieure indues.

Tant et si bien que l’on peut résumer cet avis de la façon suivante :

« Quand on voit ce qu’on voit, vous avez raison de penser ce que vous pensez

mais nous ne pouvons nous permettre de le penser tout haut avec vous ».

L’avis du CNIT : Avis du Conseil national de l’inspection du travail – Téfal

Le tract en pdf: tract avis CNIT Téfal

 

 

Source : www.cnt-tas.org

 

 

 


 

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Vendredi 19 septembre 2014 5 19 /09 /Sep /2014 23:06

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Barrage du Tarn, ferme des mille vaches: de nouveaux conflits pour le développement durable

|  Par Jade Lindgaard

 

 

 

Deux conflits agitent le monde agricole autour d’enjeux décisifs pour son avenir : peut-on compenser la destruction de sites naturels ravagés par un barrage ? Comment gagner la bataille de l’eau dans l'agriculture alors que se dérègle le climat ? L’avenir des paysans est-il industriel, avec des fermes géantes vouées à l'agrobusiness ? Le gouvernement ne répond à aucune de ces questions vitales.

Deux conflits ruraux d’un nouveau type focalisent énergies militantes et attention médiatique : la défense de la zone humide du Testet contre le projet de barrage de Sivens, dans le Tarn ; l’opposition à la création d’une ferme de mille vaches dans la Somme. Ces deux territoires sont heurtés de plein fouet par les bouleversements en cours du monde agricole. Longtemps oublié des discussions institutionnelles sur le développement durable et la croissance verte, l’avenir de l’agriculture française se retrouve au cœur de deux importantes batailles écologistes.

 

Blog d'opposants : "Tant qu'il y aura des bouilles". 
Blog d'opposants : "Tant qu'il y aura des bouilles".

Depuis des mois, les opposants au projet de barrage de Sivens dans le Tarn dénoncent la destruction annoncée de la zone humide du Testet sur 12 hectares, havre de 82 espèces animales protégées et se situant en partie sur une zone naturelle d’intérêt écologique (ZNIEFF). Jusqu’ici, le conseil général et le la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), le maître d’ouvrage, poursuivent leur projet de barrage-réservoir de 1,5 million de mètres cubes d'eau, estimé à près de 8 millions d’euros.

Une dizaine d’hectares d’arbres ont déjà été défrichés par les donneurs d’ordre. La justice vient de rejeter deux recours déposés par France nature environnement (FNE). La mobilisation militante a grandi depuis la création en 2011 du collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. La forêt de Sivens, aujourd’hui en partie déboisée, est occupée depuis des mois par des activistes, certains perchés dans les arbres pour empêcher qu’ils ne soient abattus. D’autres s'enterrent jusqu’au cou dans le sol, d’autres encore sont en grève de la faim. Des occupations (des fermes, un lycée à Gaillac, devant le conseil général à Albi…) s'organisent. Même le Groland s’est invité au Testet et y a créé « GroZAD ».

Dans le sillage de la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ils ont déclaré le Testet en « ZAD », une « zone à défendre » contre les engins de chantier et les aménageurs. Depuis le début du mois, les affrontements ont été rudes. Comme dans le bocage nantais, les forces de l’ordre n’ont pas lésiné sur l’usage de bombes lacrymogènes. « Maïs, armée et globalisation », a dénoncé l’économiste et militante d’Attac Geneviève Azam dans une tribune.

Pour le conseil général du Tarn, la retenue de Sivens est rendue indispensable par « l’état critique chronique de la rivière du Tescou, en terme d’étiage et par les besoins d’une activité agricole raisonnée ». L’exécutif départemental dénonce les « quasi commandos » des opposants, essentiellement composés de non-riverains, critères apparemment d’illégitimité politique. Ségolène Royal a nommé une mission d’expertise et annonce vouloir « concilier la sécurisation d'une activité agricole raisonnée et la préservation de la ressource aquatique et des milieux naturels ».

Contre le projet de barrage, ses détracteurs mettent en avant son coût (8,4 millions d'euros), l'ancienneté de ce projet (près de 35 ans), les failles de l’enquête publique et la non-prise en compte de plusieurs expertises, scientifiques et des services de l’État chargés de l’eau, le mépris pour la faune et la flore condamnées par la submersion, l’ignorance de la valeur des zones humides. À cela s'ajoute un conflit d’intérêts latent : les études préliminaires ont été réalisées en 2001 par la société CACG, qui est devenue aujourd’hui maître d’ouvrage. Face à ces critiques, la puissance publique se retranche derrière le respect des procédures réglementaires, comme à Notre-Dame-des-Landes.

  • L’illusion de la compensation
Tantqu'ilyauradesbouilles.wordpress.comTantqu'ilyauradesbouilles.wordpress.com

Un autre enjeu majeur de ce conflit est jusqu’ici plutôt passé inaperçu : la mise en cause des méthodes de compensation de la destruction annoncée de la zone humide, composée d’aulnes, de saules, de frênes et de prairies permanentes naturelles. Pour le conseil général et la préfecture, la destruction de la zone humide du Testet serait compensée par la réhabilitation de zones humides ailleurs, réparties en neuf parcelles discontinues : 20 hectares doivent être recréés en amont de la retenue.

Ces mesures compensatoires présentent « un caractère hypothétique, voire inadéquat », notamment sur la restauration des caractéristiques des parcelles destinées à disparaître sous les eaux, signale le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) en décembre 2012. Il constate « une analyse bénéfices-risques défavorable pour le patrimoine naturel, notamment du fait de l’altération prévisible du bon état écologique actuel du Tescou (la rivière qui doit être équipée du fameux barrage, ndlr) » et de l’ennoiement « impossible à compenser d’une partie notable de la seule zone humide majeure de la vallée ».

« Il est rarement possible de compenser à l’identique, et plus généralement, de penser l’équivalence entre des destructions de surfaces naturelles et la recréation d’espaces naturalisés », analysent les auteurs du livre Économie et biodiversité (voir l'onglet Prolonger), pour qui « le principe de la compensation écologique repose sur l’illusion que l’ingénierie écologique et la toute-puissance de la technologie sont capables de restaurer la nature de façon équivalente. C’est pourtant loin d’être toujours le cas ».

  • La bataille de l’eau et du climat

Le rapport sur « Le climat de la France au XXIe siècle », sous la direction du climatologue Jean Jouzel, prévoit une augmentation des épisodes de sécheresse dans une large partie du sud du pays d’ici la fin du siècle. Le monde agricole y sera vulnérable, et en particulier en Midi-Pyrénées. Apprendre à s’adapter au manque structurel d’eau, de façon récurrente, va devenir un enjeu vital pour les paysans du Tarn.

Et pourtant, avec le barrage de Sivens, les pouvoirs publics poursuivent une politique d’équipement envisagée sous l’angle d'un approvisionnement toujours croissant, et non d’investissement pour réduire les besoins. Comme si à leurs yeux le dérèglement climatique n’existait toujours pas. C’est l’autre bataille cachée du barrage de Sivens. « L’enjeu majeur de ce projet est de renforcer l’irrigation des terres agricoles (maïs et oléo-protéagineux, voire abreuvage de bétail), analyse le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) en avril 2013, l’enjeu d’intérêt public majeur est évoqué sous l’angle des besoins en eau, mais aucune mesure d’économie de l’usage de l’eau n’est indiquée dans le dossier pour y parvenir. » En conséquence, il a accordé un avis défavorable au projet.

 

La zone humide, après déboisement (DR). 
La zone humide, après déboisement (DR).

Il faut fouiller dans les documents de l’enquête publique pour cerner l’ampleur du problème : près de 68 % du volume total du futur barrage doit servir à l’irrigation. Les exploitations concernées ne sont pas forcément gigantesques, la surface agricole utile ne dépasse pas 60 hectares en moyenne, précise le conseil général. Mais sans stratégie concrète d’adaptation au changement climatique, elles risquent de pomper de plus en plus d’eau pour se maintenir. Les calculs de débit et les besoins en eau n’ont pas été actualisés depuis 2009, déplore le CNPN.

Dans ces conditions, c’est tout le projet du barrage de Sivens qui entre en contradiction avec les objectifs de transition énergétique et écologique affichés par le gouvernement, à quelques jours de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi de Ségolène Royal. Pourtant, ministres de l’écologie et de l’agriculture se font discrets sur le sujet.

  • Le spectre de l’industrialisation de l’agriculture

C’est un autre conflit qui se déroule sur les terres picardes de la ferme des mille vaches : comment éviter que la transition énergétique ne serve l’agrobusiness au détriment des petits paysans, et n’accélère l’industrialisation du monde agricole ? L’exploitation agricole que le groupe de BTP Ramery développe aujourd’hui dans la Somme pourrait à terme abriter mille têtes de bétail, d’où le surnom d’« usine » des mille vaches dont l’association locale d’opposants Novissen affuble le projet.

En réalité, la préfecture a pour l’instant plafonné l’activité de l’exploitation à 500 vaches (même si son permis de construire permet d’en élever le double). Cette mégaferme doit comporter une unité de méthanisation, pour valoriser le lisier des bêtes en électricité. D’abord prévu pour atteindre 1,3 mégawatt (MW), ce qui en aurait fait le plus gros méthaniseur jamais construit en France, il vient d’être limité à 0,6 MW. Selon ce système, le gaz issu de la fermentation est récupéré pour produire de l'électricité. Les résidus de ce processus de fabrication (le « digestat ») peuvent à leur tour être utilisés comme engrais pour fertiliser les champs.

 

Vue générale du projet de "ferme des mille vaches" (Novissen). 
Vue générale du projet de "ferme des mille vaches" (Novissen).

Cette énergie produite à partir de biogaz est considérée comme renouvelable. Elle bénéficie du soutien de l’État : en mars dernier, le gouvernement a annoncé une hausse des tarifs d'achat de l'électricité, adossée à une modification des primes afin d'encourager ce procédé. La France compte aujourd’hui une centaine d'unités de méthanisation de ce type.

Des fermes vont-elles voir le jour dans le seul but de produire de l’énergie ? C’est ce que craint la Confédération paysanne : la transformation de l’élevage en « sous-produit » de la méthanisation, et la capture de terres nourricières par des cultures à vocation énergétique, comme cela s’est produit pour les agrocarburants. Autre effet pervers pointé : grâce à la vente d’électricité, un producteur de lait pourrait réduire ses marges et commercialiser son lait moins cher, alourdissant ainsi la pression sur les petits éleveurs.

Comme pour la zone humide du Testet, la mobilisation militante a crû depuis un an, à Drucat, près d’Abbeville, portée par la Confédération paysanne. Cette semaine, des militants ont bloqué le site, après avoir découvert que 150 vaches y étaient acheminées dans le plus grand secret et sous escorte policière. Le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, a déclaré sur RTL qu'il n'avait « pas soutenu » le projet, selon lui « contraire » à la vision portée par la loi d'avenir de l'agriculture adoptée recemment. Sans rien enclencher pour autant pour l’empêcher, car il « respecte les règles ». En mai, cinq militants du syndicat paysan ont été placés en garde à vue pour dégradation, vol et recel aggravé. Le conseiller agriculture de François Hollande, Philippe Vinçon, a été retenu plusieurs heures. Neuf militants de la Confédération paysanne passent en procès pour ces faits le 28 octobre.

Un troisième conflit, moins médiatique, génère lui aussi une mobilisation notable : le groupe Auchan veut développer un énorme complexe de loisirs, commerces, tourisme sur 80 hectares dans le Val-d’Oise, dans le triangle de Gonesse, près de l’aéroport de Roissy. Clou du projet Europa City : une piste de ski. Il doit s’étendre sur des terres agricoles. Ses opposants organisent ce week-end, les 20 et 21 septembre, un rassemblement pour célébrer les alternatives au gigantisme de cette industrie du loisir et de la consommation : Alternatiba, « le village des alternatives ».

Barrage de Sivens, ferme des mille vaches, Europa City : ces trois conflits sont symptomatiques des tensions et contradictions qui traversent le monde agricole. Comment le gouvernement compte-t-il y répondre, en défendant quel modèle d’activité dans les campagnes ? C’est le grand brouillard.

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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