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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 14:49

 

Source : http://www.ledevoir.com

 

 

Ces «médiocres» qui mènent le monde

 
 
 
 

Alain Deneault savait qu’il serait taxé d’élitisme, d’intellectualisme en commettant son brûlot.

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Alain Deneault savait qu’il serait taxé d’élitisme, d’intellectualisme en commettant son brûlot.

Société
La médiocratie
Alain Deneault
Lux éditeur
Montréal, 2015, 218 pages

Connu pour ses batailles contre l’industrie minière et les paradis fiscaux, l’auteur et philosophe Alain Deneault remonte au front. Cette fois, pour dénoncer le sommeil de la pensée critique et la médiocrité hissée au rang de norme sociale, dans de nombreux cercles de pouvoir.


«Il faut penser mou et le montrer. L’assaut a bel et bien été lancé, les médiocres ont pris le pouvoir », clame dès la première page La médiocratie, le dernier coup de fronde de l’auteur polémiste.

 

À n’en pas douter, Alain Deneault a le sens de la formule et bien plus. L’auteur des brûlots Noir Canada et Paradis fiscaux récidive dans ce nouveau pavé contre ce qu’il considère être le nouveau poison social. L’omniprésence d’un nouvel ordre invisible, qui privilégie la norme, le terne milieu, le consensus à tout prix au détriment d’idées lumineuses, dérangeantes.

 

Des exemples ? Des politiciens qui éludent les enjeux controversés, des universitaires qui accouchent de recherches complaisantes pour plaire aux subventionnaires, des universités qui étouffent la pensée critique plutôt que d’encourager l’audace. Loin de ne contaminer que les hautes sphères du pouvoir, la médiocrité étend ses tentacules jusqu’au petit travailleur qui tait la collusion ou l’ineptie de ses supérieurs pour grimper dans l’échelle sociale.

 

« En ce moment, estime Deneault, nous nageons dans l’extrême centre, le tout gris, l’évidence réfléchie. La médiocratie, c’est le sommeil de la pensée critique », dit-il, prenant pour exemple les charabias édulcorés propres aux campagnes électorales.

 

Ce nouvel essai critique n’est pas né des enquêtes fouillées qui ont fait la marque de Deneault — et lui ont valu une poursuite-bâillon de l’industrie minière en 2008 —, mais d’un exercice de réflexion sur « cet enjeu colossal mais plus flou » qui afflige nos contemporains. « Les appareils du pouvoir, de par leurs stratégies, enjoignent aux acteurs sociaux de rester moyens. Ce qui me gêne, c’est que ça impose des limites aux gens, ça leur impose de ne pas exprimer un potentiel. La médiocrité non seulement a pris le pouvoir, mais empêche l’émergence de propositions fortes », insiste l’auteur.

 

Et qui sont donc ces médiocres qui nous dirigent ? Deneault pointe du doigt tous ces cercles qui permettent à de « parfaits incompétents » d’accéder au pouvoir, « s’ils jouent le jeu ». En cette ère post-commission Charbonneau, où le Québec a vu des dizaines de hauts placés, maîtres du mensonge et de la collusion, déculottés sur la place publique, l’ouvrage coup de poing vise bien plus que les seules classes politiques ou financières. Les avaries causées par cette culture de la médiocrité sont partout, déplore-t-il, y compris chez ceux qui devraient être les gardiens de la pensée.

 

Les universités dans la mire

 

« Dans les universités, il y a une prime à la médiocrité quand on encourage la production d’articles non signifiants, l’autocensure, la complaisance au détriment d’idées originales. Je ne dis pas que tous les universitaires sont médiocres, mais il y a un incitatif sérieux à faire de “petites” choses pour obtenir des subventions, des avancements, en utilisant des mots vides, sans impact social », critique Deneault. Et vlan.

 

Les auteurs de thèses qui dérangent, croit-il, ont tôt fait de voir leurs fonds se tarir si leurs conclusions égratignent quelques industries. À l’inverse, décrie l’auteur chargé de cours à l’Université de Montréal, l’obsolescence programmée, la colonisation de l’esprit par la publicité font partie des champs de recherche hautement subventionnés dans les institutions du savoir.

 

La victoire du moyen

 

Cette pensée « moyenne » va jusqu’à teinter le langage savant, au point que des ouvrages ne parlent plus de « révoltes politiques », mais de « résilience », et que des penseurs génèrent des termes insipides comme « la gouvernance », la « militance » ou la « survivance ». « La glose universitaire est pourrie », martèle l’ouvrage polémique.

 

Toute la société est mise en cause dans ce plaidoyer contre les « moyennement compétents ». Même le milieu culturel n’échappe pas à la salve quand Deneault décrie la main tendue à Pierre Karl Péladeau par ces « 101 artistes [qui] appuient publiquement l’arrivée en politique d’un bailleur de fonds de leur production, un magnat de la presse par ailleurs, fossoyeur de culture si l’on en juge par le mauvais goût dont ses journaux font preuve ». Les artistes, eux aussi, jouent le jeu et participent tristement « à un cirque d’un genre nouveau ».

 

« Dans mes livres précédents, je visais des sphères puissantes. Là, j’aborde quelque chose de sournois qui touche même ceux qui ont abdiqué, non pas par choix, mais parce qu’ils y sont constamment poussés. La médiocratie s’approche de la corruption quand elle amène des gens à faire le contraire de ce qu’ils devraient. Les pharmaceutiques qui font des médicaments qui rendent les gens malades ou les économistes qui n’ont aucun sens critique face à la haute finance, à mon avis, c’est pire que d’accepter une bouteille de vin », avance Deneault.

 

En ce sens, l’époque manque cruellement de Claude Robinson, semble nous dire l’intellectuel de gauche. Est-ce pire qu’avant ? L’histoire a toujours connu son lot de médiocres, de traficoteux en quête de pouvoir, mais les dernières décennies, envahies par la pensée « managériale », ont « institutionnalisé » la médiocrité, croit Deneault.

 

« Révolutionnaire non romantique », Alain Deneault savait qu’il serait taxé d’élitisme, d’intellectualisme en commettant son brûlot. C’est plutôt par réalisme, et non pas par moralisme, qu’il affirme lancer ce cri du coeur. « Dans les années 70, les idéalistes pensaient ainsi. Aujourd’hui, nous n’avons juste pas le choix, conclut-il. Quand 1 % des plus nantis sont sur le point de disposer de la majorité des richesses mondiales, que 80 % des écosystèmes sont menacés, nous n’avons pas le luxe de rester médiocres. Le bien commun, la chose commune sont exclus du discours médiocre. On ne peut réduire nos vies à ce genre de petites combines. Notre époque mérite mieux. »

 

 

Source : http://www.ledevoir.com

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social Ils réagissent
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 15:21

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

 

Le parti de la liquette

par Frédéric Lordon, 9 octobre 2015

 

 

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« Le Salaire de la peur », de George Clouzot
1954

Si l’on avait le goût de l’ironie, on dirait que le lamento décliniste ne se relèvera pas d’un coup pareil, d’une infirmation aussi catégorique ! Coup d’arrêt au déclin ! Mais l’ironie n’enlève pas la part de vérité, fut-elle ténue : un pays où les hommes du capital finissent en liquette est un pays qui a cessé de décliner, un pays qui commence à se relever. Car, dans la tyrannie du capital comme en toute tyrannie, le premier geste du relèvement, c’est de sortir de la peur.

 

Le salaire de la peur

Le capitalisme néolibéral règne à la peur. Il a été assez bête, demandant toujours davantage, pour ne plus se contenter de régner à l’anesthésie sucrée de la consommation. La consommation et la sécurité sociale étaient les deux piliers de sa viabilité politique. Le voilà qui s’acharne à détruire le second – mais Marx ne se moquait-il pas déjà « des intérêts bornés et malpropres » de la bourgeoisie, incapable d’arbitrer entre profits financiers immédiats et bénéfices politiques de long terme, acharnée à ne rien céder même quand ce qu’il y a à céder gage la viabilité de longue période de son règne ?

Sans doute, en comparaison, l’ankylose par le gavage marchand continue-t-elle de recevoir les plus grands soins. Tout est fait d’ailleurs pour convaincre l’individu qu’en lui, seul le consommateur compte, et que c’est pour lui qu’on commerce avec le Bangladesh, qu’on ouvre les magasins le dimanche et… que « les plans sociaux augmentent la compétitivité pour faire baisser les prix ». « Oubliez le salarié qui est en vous » est l’injonction subliminale mais constamment répétée, pour que cette identité secondaire de producteur disparaisse du paysage.

Comme on sait, le refoulé a pour propre de faire retour, et les identités sociales déniées de revenir. Dans le plus mauvais cas privativement, et ce sont des individus séparés-atomisés, qui chacun par devers eux se souviennent que le Bangladesh est aussi le lieu de destination de la délocalisation qui a fait leur plan social, ou que la consommation « libérée » des autres fait leur astreinte du dimanche à eux. Dans le meilleur des cas collectivement. Car c’est collectivement, d’une part qu’on sort de la peur, et d’autre part qu’on a quelque chance de faire paraître sur la scène publique qu’il y a des producteurs, contre tout le travail idéologique qui s’efforce de les faire oublier pour que rien ne vienne troubler la félicité des consommateurs.

L’accès à la consommation élargie aura sans doute été l’opérateur passionnel le plus efficace de la stabilisation politique du capitalisme. Mais, sauvé des eaux au sortir de la séquence Grande Dépression-Guerre mondiale, le capitalisme n’a pas manqué de se réarmer dans le désir de la reconquête, et d’entreprendre de revenir sur tout ce qu’il avait dû lâcher pendant les décennies fordiennes… et à quoi il avait dû son salut. Néolibéralisme est le nom de la reconquista, le nom du capitalisme sûr de sa force et décidé à obtenir rien moins que tout. Le capital entend désormais se donner libre cours. Toute avancée sociale est un frein à ôter, toute résistance salariale un obstacle à détruire. Dans une conférence mémorable (1) et qui mériterait bien quelques tours de JT, Alexandre de Juniac observe que, la notion d’« enfant » ayant historiquement varié, l’interdiction de leur mise au travail est une question qui mériterait elle-même d’être remise au travail. Et de faire part, puisqu’il disserte sur la relativité de la notion d’« acquis sociaux », des réflexions de son collègue de Qatar Airways qui le plaint beaucoup d’avoir eu à essuyer une grève : « M. de Juniac, chez nous on les aurait tous envoyés en prison ».

Si donc la mobilisation productive doit se faire sous le coup de la terreur, ainsi sera-t-il. En réalité le capitalisme néolibéral n’a pas à forcer son talent, car la terreur est le fond inaltérable du capitalisme tout court. Seul le recouvrement de la stabilisation macroéconomique (relative…) et de ce qui reste de protection sociale empêche de voir le roc ultime sur lequel le capital a assis son pouvoir : la prise d’otage de la vie nue. Réalité pourtant massive dont les salariés font la douloureuse expérience lorsque l’employeur, dont ils dépendent en tout et pour tout, décide qu’ils sont surnuméraires. En tout et pour tout en effet, puisque le salaire, condition de la vie matérielle dans ses nécessités les plus basales, est, par-là, la condition de la vie tout court, le prérequis à tout ce qui peut s’y construire. Et qu’en être privé c’est frôler l’anéantissement social – parfois y tomber carrément.

 

Lire Serge Halimi, « Faire sauter le verrou médiatique », Le Monde diplomatique, octobre 2015.Comme de juste, la menace qui fait tout le pouvoir du capital et de ses hommes, menace du renvoi des individus ordinaires au néant, cette menace n’a pas même besoin d’être proférée pour être opératoire. Quoi qu’en aient les recouvrements combinés de la logomachie managériale, de l’idéologie économiciste et de la propagande médiatique, le fond de chantage qui, en dernière analyse, donne toute sa force au rapport d’enrôlement salarial est, sinon constamment présent à l’esprit de tous, du moins prêt à resurgir au moindre conflit, même le plus local, le plus « interpersonnel », où se fait connaître dans toute son évidence la différence hiérarchique du supérieur et du subordonné – et où l’on voit lequel « tient » l’autre et par quoi : un simple geste de la tête qui lui montre la porte.

Il faut donc, en particulier, toute l’ignominie du discours de la théorie économique orthodoxe pour oser soutenir que salariés et employeurs, adéquatement rebaptisés sous les étiquettes neutralisantes d’« offreurs » et de « demandeurs » de travail – car, au fait oui, si dans la vraie vie ce sont les salariés qui « demandent un emploi », dans le monde enchanté de la théorie ils « offrent du travail » ; autant dire qu’ils sont quasiment en position de force… –, il faut donc toute la force de défiguration du discours de la théorie économique pour nous présenter l’inégalité fondamentale de la subordination salariale comme une relation parfaitement équitable entre co-contractants symétriques et égaux en droit.

 

De part et d’autre du revolver

La réalité du salariat c’est le chantage, et la réalité du chantage c’est qu’il y a une inégalité entre celui qui chante et celui qui fait chanter – on ne se porte pas identiquement à l’une ou l’autre extrémité du revolver. Même les salariés les plus favorisés, c’est-à-dire les plus portés à vivre leur enrôlement sur le mode enchanté de la coopération constructive, et à trouver scandaleusement outrancier qu’on en parle dans des termes aussi péjoratifs, même ces salariés sont toujours à temps de faire l’expérience du voile déchiré, et de l’os à nouveau découvert. Car c’est bien sûr à l’épreuve, non pas des temps ordinaires, mais du différend que se montrent les vrais rapports de pouvoir. Et que se posent à nouveau des questions – les questions élémentaires de la relation salariale – comme : jusqu’où puis-je porter la contestation devant mon supérieur, avec quel ton puis-je lui parler, quelle latitude réelle ai-je de refuser ce qu’on (il) m’impose de faire et que je ne veux pas faire et, pour finir : ce différend s’accomplit-il vraiment dans les mêmes conditions que celui que je pourrais avoir avec quelqu’un dont je ne dépendrais pas et dont je n’aurais rien à craindre – en situation d’égalité. L’individu qui plie n’en a-t-il pas toujours sourdement conscience du seul fait de se dire que « dans d’autres conditions, ça ne se passerait pas comme ça » ? La dépendance vitale et, subséquemment, la peur, voilà la vérité ultime du salariat telle qu’elle se dévoile inévitablement, non pas quand tout va bien, mais à l’épreuve du différend, dont le mode de résolution ultime a un nom : l’obéissance.

Et cependant l’époque se gargarise d’« égalité démocratique » quoiqu’elle laisse prospérer en son sein toute une organisation collective de la vie matérielle dont l’ultime ressort est la peur. Pourquoi, en dernière analyse, le capital règne-t-il sur les individus ordinaires ? Parce qu’il a les moyens de leur faire courber la tête. Le socioéconomiste Albert Hirschmann a résumé d’une trilogie frappante, mais peut-être insuffisante, les attitudes possibles de l’individu en situation institutionnelle : loyalty, voice, exit. Loyalty comme son nom l’indique ; voice quand on choisit de l’ouvrir – mais jusqu’où, quand l’institution est l’entreprise capitaliste ? – ; exit quand on ne se sent plus le choix que de prendre le large – mais à quel coût quand « le large » signifie l’abandon du salaire qui fait vivre ?

En vérité il faudrait augmenter la trilogie d’une quatrième figure qu’on pourrait baptiser guilt. Guilt, c’est le mouvement de retournement contre soi par lequel le salarié introjecte la violence institutionnelle-capitaliste qui lui est faite en se mettant en cause lui-même. Guilt connait deux modalités. Therapy (2) – le salarié se pense comme insuffisant et entreprend de se soigner : se vivant comme mal adapté, il se rend à l’idée que ce n’est pas l’environnement odieux auquel il est sommé de s’adapter qui doit être changé, mais lui-même, et qu’il lui appartient de faire le chemin de l’adaptation – terrible fatalité de l’émiettement individualiste du salariat puisqu’il est bien certain que, seul, nul moyen n’existe de changer l’« environnement », et que nulle idée politique d’un tel changement ne peut naître : il ne reste plus que soi à mettre en cause. Et la vérole du coaching prospère sur ce désespérant terrain.

Therapy donc, et puis suicide. Soit le fin fond de la violence introjectée. Tragique retournement par lequel les individus, privés des ressources collectives de lutter contre l’ennemi du capital, se font, par défaut, les ennemis d’eux-mêmes, et, dit-on, « se tuent », quand en vérité c’est bien autre chose qui les a tués. Quand le discours managérial ne fait pas du suicide une « mode », à l’image de l’excellent président de France Télécom qui voyait la défenestration comme une tendance, le discours médiatique, spécialisé dans l’inconséquence et la déploration sans suite, se contente de chialer un peu, de faire une manchette qui dit que c’est bien triste, puis de ne rien mettre en cause de sérieux, de n’avoir aucune suite dans les idées, et de passer aussi vite que possible à autre chose. Après quoi la violence d’une chemise en lambeaux lui semble intolérable.

 

Les responsables structuraux

Sans doute la conscience immédiate se cabre-t-elle spontanément à la seule image générique d’une violence faite à un homme par d’autres hommes. Mais précisément, elle ne se cabre que parce que cette image est la seule, et qu’elle n’est pas mise en regard d’autres images, d’ailleurs la plupart du temps manquantes : l’image des derniers instants d’un suicidé au moment de se jeter, l’image des nuits blanches d’angoisse quand on pressent que « ça va tomber », l’image des visages dévastés à l’annonce du licenciement, l’image des vies en miettes, des familles explosées par les tensions matérielles, de la chute dans la rue. Or rien ne justifie le monopole de la dernière image – celle du DRH. Et pourtant, ce monopole n’étant pas contesté, l’image monopolistique est presque sûre de l’emporter sur l’évocation de tous les désastres de la vie salariale qui, faute de figurations, restent à l’état d’idées abstraites – certaines d’avoir le dessous face à la vivacité d’une image concrète. Et comme le système médiatique s’y entend pour faire le tri des images, adéquatement à son point de vue, pour nous en montrer en boucle certaines et jamais les autres, c’est à l’imagination qu’il revient, comme d’ailleurs son nom l’indique, de nous figurer par images mentales les choses absentes, et dont l’absence (organisée) est bien faite pour envoyer le jugement réflexe dans une direction et pas dans l’autre. Dans son incontestable vérité apparente, l’image isolée du DRH est une troncature, et par conséquent un mensonge.

 

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La presse unanime

Sans doute, à froid et à distance des situations, la pensée renâcle-t-elle, elle aussi, à l’imputation personnelle d’effets qui devraient être mis au compte d’une structure impersonnelle – car, analytiquement parlant, c’est toute la structure des rapports sociaux du capitalisme qui est à l’œuvre dans la « situation Air France », bien au-delà d’un DRH qui passe par là au mauvais moment. Mais c’est que, si l’on n’y prend garde, « l’analyse » a vite fait de tourner à l’asile des dominants, et l’impersonnalité des structures au dégagement de toutes les contributions personnelles : « le système s’impose par sa force propre et personne n’y peut rien ». Le terme de l’analyse c’est toujours l’abstraction du « système », bien faite pour saper la question de la révolte qui est toujours concrète : car comment se révolter concrètement contre une abstraction ? En réalité, l’explosion colérique se moque bien de ces subtilités : elle prend ce qui lui tombe sous la main – le mobilier de la sous-préfecture ou la limouille du DRH.

La vue structurale des choses cependant n’est pas entièrement condamnée à l’impossibilité des mises en cause individuelles. Qui peuvent être de trois sortes. Car si l’on veut se donner la peine d’y regarder de plus près, des individus particuliers, on en distinguera bien quelques-uns. Il y a ceux qui ont fait les structures, ceux qui les font tourner, enfin ceux qui les célèbrent et, les célébrant, s’efforcent de barrer toute tentative de les changer.

Il y a d’abord en effet que les structures ne tombent pas du ciel : elles ont été faites de main d’homme – en tout cas de certains hommes. Qui a fait la libéralisation financière depuis le milieu des années 1980 ? Qui a poussé les feux de toutes les déréglementations européennes ? Qui a signé les traités commerciaux internationaux ? Qui usine le TTIP ? Qui envisage de faire sauter les protections du droit du travail ? En résumé, qui a installé les structures de la violence néolibérale ? Qui a mis en place les cadres institutionnels libérant de toute retenue la valorisation du capital et lui ouvrant des latitudes stratégiques, c’est-à-dire des possibilités de brutaliser, sans précédent : chantage à la compétitivité, menace de la délocalisation, démantèlement des formes institutionnalisées de la résistance salariale – contre-pouvoirs syndicaux, règles du licenciement, organisation de la négociation sociale, etc. ? Voilà bien des questions précises auxquelles on peut tout à fait donner des réponses précises, c’est-à-dire des noms – spécialement en ce moment.

Il y a ensuite que, ces structures en place, elles n’œuvrent pas toutes seules : les rapports qu’elles déterminent sont effectués – par des individus concrets. En partie dépassés par les structures dont ils sont les opérateurs, parfois secrètement réticents à ce qu’elles leur font faire, parfois collaborateurs zélés de leur effectuation. Aussi ceux qui ajoutent leur touche particulière odieuse à l’effectuation de rapports odieux sont-ils sans doute spécialement (auto-)désignés à l’imputation personnelle des effets de structure impersonnels... Les salariés ne s’y trompent pas d’ailleurs qui savent le plus souvent distinguer le malgré-lui modérateur du vrai salaud.

 

Les artisans de l’impasse – les vrais fauteurs de violence

Lire Gilles Balbastre, « Le monde du travail, interdit de télévision », Le Monde diplomatique, juin 1996.Il y a enfin, en apparence les plus distants mais peut-être les pires, les célébrants de la structure, les conservateurs symboliques de l’état des choses. Eloignés du théâtre des opérations à un point qui semble rendre absurde leur mise en cause, il faut pourtant les remettre en première ligne de la responsabilité. Accompagnant depuis des décennies toutes les transformations, présentées comme « inéluctables », d’où le capital a tiré une emprise sans précédent sur la société, ils ont interdit que cette emprise soit reconnue, et nommée, pour ce qu’elle est : une forme de tyrannie ; ils ont systématiquement empêché que s’en élabore dans la société une contestation institutionnalisée, c’est-à-dire une mise en forme symbolique et politique des tensions que ce capitalisme ne pouvait manquer de faire naître, et sont par-là les vrais agents de la fermeture.

Tautologiquement, des colères qui ne se trouvent plus aucune solution de symbolisation, n’ont plus accès qu’à des expressions désymbolisées : l’explosion de rage. Mais à qui doit-on ces impasses dont ceux qui s’y trouvent coincés n’ont plus que la ressource de faire péter un mur pour en sortir ? À qui sinon à ceux qui ont aménagé l’impasse même, bétonné le débat, répété l’inéluctable état des choses, pédagogisé sa nécessité, ridiculisé, disqualifié et finalement fait barrage à toute idée critique, donc empêché toute formation d’une perspective politique alternative qui aurait fait réceptacle ?

De ce point de vue, et quelque désaccord qu’on ait avec lui, on pourra tenir pour exemplaire le traitement ignoble, notamment iconographique, réservé à Jean-Luc Mélenchon dans Libération, et d’ailleurs dans toute la presse de droite complexée qui le vomit à un point inimaginable, précisément parce qu’il est le seul acteur significatif du champ politique à y faire entendre le point de vue de l’oppression salariale, et rendre au moins concevable qu’une ligne politique soit tirée à partir de là (quant à sa réalité, c’est une autre affaire, et on jugera(it) sur pièce). S’il y a quelque chose comme des « responsables structuraux » de la violence, les gate-keepers médiatiques en font assurément partie. Avec au surplus cette ironie amère que ceux qui ont fermé tous les degrés de liberté du système, ne laissant plus ouverte que l’alternative de la chape ou de l’explosion, sont ceux-là mêmes qui viennent faire la leçon outragée quand « ça explose ».

Forcément cette presse de gauche de droite, puisque c’est par définition à la presse de gauche que revenait de créer les espaces organisés de la critique et par là les conditions de possibilité de la symbolisation politique, cette presse-là, passée à droite et démissionnaire de sa fonction historique, tombe au dernier degré de l’embarras quand il lui faut faire face à de telles éruptions de colère. On voit d’ici la balance de précision où a été pesé l’éditorial de Libération, qui s’efforce de tenir ensemble la condamnation des « inadmissibles violences » et la compassion pour les salariés restructurés, qui va même jusqu’à parler de « la violence des plans sociaux » (3) mais pour soigneusement éviter, dans le parfait équilibre des violences symétriques, de prendre le moindre parti net, essence du joffrinisme qui a pour seule ligne directrice le louvoiement, la conciliation apparente des inconciliables – mais le parti pris réel, car il y en quand même bien un, quoique inavouable quand on s’accroche ainsi à son étiquette de « gauche » alors qu’on est finalement aussi à droite, le parti pris foncier pour l’ordre social présent, jugé bon dans sa globalité, sans doute perfectible de ci de là, mais grâce au ciel le rosanvallonisme ou le pikettisme sont là pour nous fournir les rustines.

Voilà donc ce que jamais on ne lira nettement dans Libération ni dans aucun de ses semblables : que cette image des deux hauts cadres en liquette est un symptôme de plus, après beaucoup d’autres restés ignorés, d’un monde à changer d’extrême urgence. Que, faute de toute solution politique d’un tel changement, solution que des organes comme Libération se sont appliqués à empêcher d’advenir, cette image est au total porteuse d’espoir : car c’est l’image du corps social qui, par ses propres moyens, commence à sortir de son tréfonds d’impuissance, qui n’a plus peur de la tyrannie du capital. On ne lira pas non plus dans Libération que les détails de la situation n’ont pas grande importance, ni le salaire des pilotes ni l’état financier d’Air France, car, dans l’époque qui est la nôtre, l’important est le salariat qui relève la tête, quelle qu’en soit la fraction, l’exemple ainsi donné aux autres, et que ceci est un bon signe. On n’y lira pas enfin que Manuel Valls est le méta-voyou, celui qui non seulement prend le parti des voyous, mais traite de voyous les victimes des voyous.

 

Le parti du capital

Au vrai c’est toute la droite générale, celle qui va du PS à l’UMP, organes médiatiques inclus, qui, dans un spasme réflexe a refait son unité, comme toujours quand un événement à fort pouvoir de classement la soumet de nouveau à l’épreuve – référendums européens, conflits sociaux durcis, etc. Bien sûr, dans la droite générale, il y a la composante honteuse, qui préférera s’abstenir de paraître. A côté des habituels L’Opinion, Le Figaro, Les Echos, Le Parisien, dont les unes sont toutes plus gratinées les unes que les autres, la presse de droite complexée fait courageusement la sienne sur un écrivain suédois disparu – abstention qui a malheureusement tout le poids d’un parti. Le parti pris d’un certain parti, qui est ce parti informel de l’ordre social capitaliste, parti agglomérant bien sûr des partis politiques au sens classique du terme, on a dit lesquels, mais également tous ceux qui concourent activement à sa reproduction symbolique, économistes, éditorialistes, faux intellectuels, à commencer par ceux qu’on pourrait appeler les objecteurs cosmétiques, spécialistes de la critique secondaire, passionnés de l’inessentiel, stratèges de l’évitement (4) , en tout cas tous bien occupés à fermer le champ du pensable, pour donner comme impensable que les choses soient fondamentalement autres qu’elles ne sont.

C’est qu’en effet, de ceux qui installent les structures à ceux qui les font tourner en passant par ceux qui les déclarent nécessaires (quand ils ne les disent pas admirables), tout ça fait du monde ! Un parti de fait. Le parti du capital. Car on peut bien appeler « parti du capital » l’ensemble de ceux qui approfondissent le règne du capital, qui s’abstiennent de lui opposer la moindre critique sérieuse, et qui barrent résolument la route à ceux qui auraient le projet de le faire. Le parti du capital va donc bien au-delà des seuls capitalistes, mais se scandalise uniement lorsque des têtes se relèvent.

Pour ce grand parti informel, nul doute que les images d’Air France n’ont rien que de glaçant. C’est qu’elles lui tendent le miroir de son devenir possible : en parti de la liquette, grand rassemblement des candidats à la guenille car, avéré l’inexistence des solutions institutionnelles d’endiguement à froid du capital et de son emprise totalitaire sur la société, la probabilité des solutions à chaud va croissant chaque jour. À ce stade d’ailleurs, ça n’est même plus une question de préférence ou de jugement : c’est une question entièrement positive. Quoi qu’on en pense, la tyrannie, la maltraitance que rien n’arrête, finissent toujours, privées de régulation externe et incapables de contenir leur propre tendance interne à l’abus, par franchir un de ces seuils invisibles où la peur des maltraités se retourne en fureur. Il ne faudra pas venir chialer ce jour-là qu’il y a du verre brisé et « d’inadmissibles violences » comme dirait l’éditorialiste de Libération. Car quand le couvercle de la cocotte ne peut plus que sauter, il saute ! Et les vrais coupables sont ceux qui ont installé la gazinière, monté le feu, et célébré la nouvelle cuisine.

 

Dernière station avant l’autoroute

Battue par trois décennies de néolibéralisme, la société en arrive à un point à la fois de souffrance et d’impossibilité où la question de la violence en politique va devoir se poser à nouveaux frais, question tabouisée par excellence et pourtant rendue inévitable au point de faillite de tous les médiateurs symboliques où nous sommes. Les galéjades habermassiennes de « l’agir communicationnel » paraissant maintenant pour ce qu’elles sont – une illusion de démocratie discursive recouvrant les rapports de force réels, la surdité arrogante des dominants et l’imposition sans appel de leur ordre (on ne s’étonnera pas qu’elles soient régulièrement célébrées dans Le Monde) –, le compte des solutions de transformation sociale réelle est vite fait. Comme s’il s’efforçait inconsciemment de rejoindre son concept, le parti de la liquette, fermant toute autre possibilité, créé la situation de l’épreuve de force. Il finira bien par l’avoir.

Epreuve de force et épreuve de vérité. Car la presse tombe le masque quand l’ordre de la domination capitaliste est réellement pris à partie, fut-ce très localement, et qu’il l’est de la seule manière que les dominés aient à leur disposition, puisque abandonnés de tous, sans le moindre espoir que leur parole soit portée ni dans le cénacle des institutions politiques ni dans l’opinion publique par un canal médiatique mentalement et financièrement inféodé, privés donc de tous les recours de la lutte symbolique, ils n’ont plus que leur bras pour exprimer leur colère.

On ne dira jamais assez combien c’est la réduction au dénuement symbolique qui jette les individus dans l’action physique – désymbolisée. Pas plus qu’on ne rappellera jamais assez que des hommes ou des femmes, qui n’ont somme toute que le désir de vivre paisiblement et de jouir d’une stabilité matérielle minimale, qui n’ont en réalité aucune préférence pour la lutte et encore moins pour la violence, car ils n’aspirent qu’à la tranquillité, ces hommes et ces femmes, donc, ne sortent de leurs gonds que parce que quelque chose, ou quelqu’un, les en a fait sortir.

C’est peut-être une économie générale de l’offense qui commence à se manifester ici, dans laquelle il n’y aura pas à payer que l’état objectif de la violence sociale capitaliste, mais également, petit supplément qui fait parfois les grandes révolutions, cette inimitable touche d’arrogance ajoutée par les dominants aux structures de leur domination. Et c’est vrai que le parti du capital, futur parti de la liquette, n’en aura pas manqué. Depuis les rires gras de l’assistance patronale de Royaumont entendant de Juniac briser quelques « tabous » de son cru, comme le travail des enfants ou l’emprisonnement des grévistes, jusque, dans un autre genre, aux selfies rigolards venant couronner des années de consciencieux efforts pour expliquer aux peuples européens dévastés par l’austérité qu’ils l’avaient bien cherchée.

Quand la loi a démissionné, les dominants ne connaissent qu’une force de rappel susceptible de les reconduire à un peu de décence : la peur – encore elle. C’est bien celle que leur inspirait le bloc soviétique qui les a tenus à carreaux pendant les décennies fordiennes. À des individus que le sens de l’histoire n’étouffe pas, la chute du Mur et l’effacement du mouvement communiste n’ont rien signifié d’autre qu’« open bar ». Dans cette pensée dostoïevskienne du pauvre, ou plus exactement du nouveau riche, « si le communisme est mort, alors tout est permis ». L’instance externe de la peur effondrée, et l’instance interne de la contention – le pouvoir politique – passée avec armes et bagages du côté des forces qu’elle avait à contenir, la peur ne retrouvera plus d’autre origine que diffuse et immanente : elle viendra du bas – du bas qui se soulève.

Les dévots qui se sont engagés corps et âme dans la défense d’un ordre ignoble et forment sans le savoir l’avant-garde de la guenille, sont encore trop bêtes pour comprendre que leur faire peur en mots – ou bien en tartes à la crème – est la dernière solution pour leur éviter de connaître plus sérieusement la peur – dont ils ne doivent pas douter qu’elle viendra, aussi vrai qu’une cocotte sans soupape finit par exploser. Aussi s’empresseront-ils d’incriminer les « apologètes de la violence » sans même comprendre que signaler l’arrivée au point de violence, le moment où, du fond de l’impasse, elle va se manifester, est le plus sûr moyen, en fait le seul, de forcer la réouverture de perspectives politiques, et par là d’écarter l’advenue de la violence.

Frédéric Lordon

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(1) Alexandre de Juniac « Les acquis sociaux », Les Entretiens de Royaumont, 6-7 décembre 2014. Voir le montage posté sur Twitter par Olivier Cyran.

(2) Je dois une part de ces idées au travail d’un de mes étudiants, Hugo Claret, « La contribution des déterminations socio-passionnelles du rapport salarial à la régulation socio-politique du néolibéralisme », mémoire de Master, EHESS.

(3) Grégoire Biseau, « Air France : de la violence des plans sociaux », Libération, 7 octobre 2015.

(4) Voir « Les évitements visibles du “Parlement des invisibles” », 7 février 2014.

 

 

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

 

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 20:46

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

1% des plus riches possèdent la moitié des richesses mondiales

|  Par martine orange

 

 

« La part des grandes fortunes atteint un niveau jamais vu depuis presque un siècle », note le nouveau rapport de Credit Suisse sur la richesse dans le monde.

 

Lundi 12 octobre, l’économiste Angus Deaton se voyait décerner le prix de la banque de Suède en sciences économiques pour ses travaux sur la consommation. Son dernier ouvrage – La Grande Évasion : santé, richesse et les origines de l’inégalité – insiste notamment sur les inégalités qui se creusent dans le monde. Mardi, le nouveau rapport sur la richesse dans le monde, réalisé par Credit Suisse, vient rappeler combien le sujet est brûlant.

D’une année sur l’autre, rien ne change. Ou plutôt, le creusement des inégalités auquel nous assistons depuis plus de vingt ans ne cesse de s’amplifier. Désormais, 1 % des habitants les plus riches dans le monde concentrent entre leurs mains 50 % de la richesse mondiale, estimée à 250 000 milliards de dollars. Ils ne possédaient que 48 % de la richesse mondiale, au début du siècle.

À l’extrême pointe de la pyramide, ils sont 120 000 possédant une fortune de plus de 50 millions de dollars. Les millionnaires, situés en dessous de ce seuil de 50 millions, constituent 0,7 % de la population mondiale. Ils possèdent ensemble 45,2 % de la richesse mondiale. « Le mouvement s’est renversé depuis 2008 et cette nouvelle hausse amène la part des plus grandes fortunes à un niveau jamais observé depuis 2000 et possiblement jamais vu depuis presque un siècle », écrit Credit Suisse.

 

 

Les États-Unis restent le pays marqué par la plus forte concentration de richesses. À eux seuls, ils totalisent 37 % de la richesse mondiale. Mais les grandes fortunes chinoises, portées par la bulle financière et boursière, ont aussi beaucoup profité l’an dernier. Ils représentaient 8 % des millionnaires mondiaux, avant éclatement de la bulle.

Ailleurs, compte tenu des variations monétaires (hausse du dollar par rapport à nombre d’autres devises) et des chahuts économiques, les effets sont plus contrastés. L’Europe, en raison de la chute de l’euro, a vu s’effacer ainsi 10 000 milliards de dollars de richesses, l’Asie-Pacifique, quelque 5 000 milliards.

Ces changements soulignent combien les grandes fortunes sont essentiellement liées à la finance. Les actifs financiers (actions, obligations, fonds…) représentent entre 75 % et 87 % des avoirs des 10 % les plus riches. Après avoir enregistré un recul de leurs richesses au moment de la crise de 2008, les millionnaires voient leur fortune exploser depuis. Lors de sa dernière intervention, la présidente de la FED, Janet Yellen, s’est défendue de participer au creusement des inégalités par le biais de sa politique monétaire de taux zéro, comme le lui reprochent de plus en plus d’observateurs. Pourtant…

Les classes moyennes et les plus pauvres, en tout cas, ne paraissent guère en profiter, comme le note le rapport de Credit Suisse. La richesse des classes moyennes a progressé à un rythme bien moins soutenu que pour les grandes fortunes, « renversant la tendance d’avant la crise qui avait vu la part de la richesse des classes moyennes restée stable dans le temps », relève-t-il.

Après avoir appris sa nomination au prix Nobel, Angus Deaton s’est vu demander par ses collègues de l’université de Princeton ce qui le souciait le plus à l’avenir. « Les inégalités ont dépassé le point où cela nous aide pour devenir riches et constituent désormais une sérieuse menace. Je suis préoccupé de voir un monde dans lequel les riches ont le pouvoir d’écrire les règles que le reste d’entre nous doit suivre », a-t-il répondu.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 18:08

 

Volkswagen : deutsche Kapital

 
 
 
 
Volkswagen a choisi un créneau à la hauteur de sa réputation. L’arnaque à la nouvelle vertu. L’écologisme. Avec un maximum de pigeons. Les millions de clients, dans le monde entier, qui croyaient acheter les autos les moins polluantes. Et les Etats qui, comme en France, subventionnaient généreusement ces achats vertueux. Avec l’argent du contribuable. Et au détriment de leurs industries nationales. L’arnaque finit toujours par être découverte ? Non, à part celles qui le sont…
 
Volkswagen, logo géant. Wolfsburg - Michael Sohn/AP/SIPA
 

Même eux ! Les Allemands. Les meilleurs sont donc atteints. La sidération générale à l’annonce du scandale Volkswagen ne tenait pas au trucage. Il règne de plus en plus. Mais à son auteur. On admirait, redoutait, ou jalousait la fameuse « deutsche Qualität ». Elle est toujours là. Mais au service du vice. Dans l’ingéniosité technique de son logiciel permettant de frauder la loi. L’éthique protestante du capitalisme cède au capitalisme voyou. Volkswagen ravalé au rang d’une vulgaire banque américaine.

On se rappelle des scandales Enron, Tyco ou Worldcom. Le trucage délibéré des comptes pour s’enrichir sur le dos des clients ou des actionnaires. Une nouveauté. Non plus la désinvolture, la mauvaise foi ou la négligence. Mais le calcul cynique et prémédité issu du cerveau des dirigeants. L’exemple le plus grossier en fut donné par les fameuses subprimes américaines. Un cas d’école. L’arnaque conçue comme telle. Des génies de la banque avaient sciemment fourni à des ménages qu’ils savaient insolvables des prêts à taux majorés tout en pariant sur la hausse de l’immobilier pour se rembourser en saisissant leurs biens quand ils ne pourraient plus payer les traites. Et, pour renouveler leurs escroqueries, ils se débarrassaient de ces créances douteuses en les vendant mélangées à d’autres (« titrisées »), comme un trafiquant de drogue « coupe » de la « bonne » avec de l’ersatz. Sur le même modèle – « Plus rien ne nous retient » –, des traders spéculent sur les matières premières en jouant sur les famines comme activateur de rendement. D’autres trafiquent les produits alimentaires. Aujourd’hui, c’est donc le tour des produits manufacturés. Les méthodes des golden boys ont déteint sur les capitaines d’industrie. Qui transforment des ingénieurs doués en délinquants.

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Volkswagen a choisi un créneau à la hauteur de sa réputation. L’arnaque à la nouvelle vertu. L’écologisme. Avec un maximum de pigeons. Les millions de clients, dans le monde entier, qui croyaient acheter les autos les moins polluantes. Et les Etats qui, comme en France, subventionnaient généreusement ces achats vertueux. Avec l’argent du contribuable. Et au détriment de leurs industries nationales. L’arnaque finit toujours par être découverte ? Non, à part celles qui le sont… Et ses auteurs savent assurer le risque. Le patron de Volkswagen a démissionné mais son départ se récompense en millions d’euros. Aujourd’hui, Saccard, le héros faisandé de l’Argent, de Zola, ne finirait pas en prison. Et les banquiers démasqués ne se suicident plus du haut des gratte-ciel, comme dans Tintin en Amérique. Ils ont des golden parachutes. Jusqu’au bout, ils veulent « grappiller un petit sou, encore un petit sou ! » comme disait Michel Piccoli, le banquier Grézillo dans le Sucre, le génial – et prémonitoire – film de Jacques Rouffio.

Symbole historique de l’extension du domaine de la fraude et du mensonge, l’affaire Volkswagen montre que le comportement de certains entrepreneurs se rapproche de celui que prescrivait Adam Smith. Le théoricien du libéralisme estimait que les acteurs économiques devaient oublier tout sens moral. Une « main invisible » métamorphosant, selon lui, leurs « vices privés » en « vertus publiques ». On y est. Mais pour le pire. Cela confirme les intuitions de Karl Polanyi et Cornélius Castoriadis, qui pensaient au contraire que c’est parce que l’amoralité théorisée par Smith n’était pas encore réalisée que le capitalisme conservait décence et efficience. « Le capitalisme n’a pu fonctionner avec efficacité que parce qu’il a hérité d’une série de types anthropologiques qu’il n’a pas créés et qu’il n’aurait pas pu créer lui-même : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers qui ont un minimum de conscience professionnelle », expliquait Castoriadis. Ajoutant que ces personnages obéissaient encore à des valeurs antérieures au capitalisme : « L’honnêteté, le service de l’Etat, la transmission du savoir, la belle ouvrage. »

Un stock de valeurs et de traditions ringardes que le marché n’a eu de cesse de détruire avec l’aide de ses idiots utiles libertaires. Des naïfs croyant que le capitalisme était l’allié du conservatisme et de la réaction. C’est au contraire la force révolutionnaire la plus efficace pour mettre à bas le « vieux monde ». Y compris dans ce qu’il avait de meilleur. Parce que le capitalisme est au-delà du bien et du mal. Il devient le nouvel horizon indépassable de l’humanité au moment où ses thuriféraires s’inquiètent. Même les Echos, la bible des financiers, l’ont avoué en consacrant un dossier nostalgique à la recherche du « bon capitalisme ». C’était celui d’avant. Celui de l’Amérique rooseveltienne. Des Trente Glorieuses françaises. Du capitalisme rhénan. Quand le capital était tenu serré dans un cadre national par un Etat interventionniste et des syndicats forts. La mondialisation néolibérale l’a libéré. Lionel Jospin, qui voulait « une économie de marché, pas une société de marché », fut, à gauche, l’un des derniers à le comprendre : « Le capitalisme est une force qui va, mais qui ne sait pas où elle va. » Comme le bœuf dans son sillon, il faut le guider. Il a échoué. Ses successeurs se laissent guider. S’adaptent à la grande dérégulation. Comme partout, l’Etat se félicite de ne plus rien contrôler. Aux Etats-Unis, ce n’est pas lui, mais une ONG qui a démasqué Volkswagen.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 17:07

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Jason W. Moore : « Nous vivons l’effondrement du capitalisme »

|  Par Joseph Confavreux et Jade Lindgaard

 

 

Alors qu’on n’a jamais autant parlé des impacts de l’homme sur le climat et la biosphère, à l’approche de la COP21, un historien propose une thèse à contre-courant : la nature a été non pas exploitée mais produite par le capitalisme, qui s’en est servi pour créer de la richesse. Pour Jason W. Moore, il est plus moderne et beaucoup plus fécond de penser une « écologie-monde ».

 

Au fur et à mesure que se propage et se discute le concept d’anthropocène, sa contestation se diversifie et s’intensifie. L’historien Jason W. Moore en a formulé l’une des plus fortes critiques, en lui opposant la notion de « capitalocène ». Il s’en explique ici dans l’un de ses premiers entretiens en français. Son livre Capitalism in the Web of Life: Ecology and the Accumulation of Capital, qui cherche à dépasser le dualisme entre nature et société et à aller au-delà de « l'écosocialisme », vient de paraître en anglais, aux éditions Verso.

 

Alors que se popularise le concept d’anthropocène, pour décrire l’impact destructeur de l’espèce humaine sur son milieu de vie, vous lui opposez la notion de « capitalocène ». Pourquoi ?

Jason Moore (JL).
Jason Moore (JL).
 

Jason W. Moore : L’anthropocène est devenu le concept environnemental majeur de notre temps. Il désigne le fait que l’être humain est devenu une force géophysique, et a commencé à transformer la biosphère à un tel point qu’il menace la capacité de la planète à accueillir la vie. En ce sens, le concept d’anthropocène est très intéressant.

Pour les géologues, parler d’anthropocène soulève la question du commencement de cette nouvelle ère géologique : il y a plusieurs centaines d’années ? À la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Ou après 1850, avec l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère induite par la révolution industrielle, comme le soutiennent la plupart des chercheurs ?

Mais cette manière de voir l’histoire humaine pose problème. D’abord, parce que c’est de la mauvaise histoire, puisque la transformation de la biosphère par l’activité humaine n’a pas été produite par tous les hommes à parts égales. C’est avant tout la responsabilité des populations détenant de la richesse et du pouvoir. Ensuite, parce qu’on ignore ainsi le véritable tournant dans les relations de l’homme à la nature, qui est bien plus précoce, et qu’on peut dater symboliquement de 1492. Les émissions de CO2 se sont intensifiées à partir du XIXe siècle, mais notre manière de traiter la nature date de bien avant.

Au XVIe siècle, l’invention du capitalisme a aussi été l’invention d’une manière de penser et de traiter la nature, en la séparant totalement de l’humanité. Dans l’Europe médiévale, comme dans de nombreuses autres civilisations, les humains se percevaient certes comme distincts de la nature mais tout en en faisant partie quand même. Avec l’essor du capitalisme, cette distinction s’est transformée en dualisme, comme si la nature se trouvait dans une boîte, et la société dans une autre. La « société » était en réalité réservée à une étroite portion de l’humanité aux XVIe et XVIIe siècles. Les esclaves africains, les populations indigènes d’Amérique, mais aussi la grande majorité des femmes, étaient versés dans cette catégorie de « nature ». La séparation des humains et de la nature était donc en réalité toute symbolique.

Aujourd’hui, pas plus qu’hier, nous ne sommes séparés de la nature. Notre vie quotidienne lui est intimement liée, à une échelle géographique inédite. Les ordinateurs que nous utilisons, la nourriture que nous ingurgitons, les vêtements que nous portons, l’air que nous respirons dépendent de ce qui se passe à l’autre bout de la planète. Le « capitalocène » affirme donc que nous vivons l’âge du capital, et non « l’âge de l’homme », et que « l’âge du capital » ne désigne pas seulement une acceptation économique étroite, mais une manière d’organiser la nature, à la fois en faisant de la nature quelque chose d’externe à l’homme, et en faisant de la nature quelque chose de « cheap », dans le double sens que peut avoir ce terme en anglais : ce qui est bon marché, mais aussi le verbe « cheapen » qui signifie rabaisser, déprécier, dégrader... 

 

Votre critique de l’anthropocène est forte. Mais d’un point de vue stratégique, faut-il aller contre ce concept en train de devenir une référence partagée ? L’idée que l’humanité est devenue tellement puissante qu’elle détruit la planète frappe les esprits et semble commencer à susciter une prise de conscience. N’y a-t-il pas alors de risque qu’un concept, même plus précis historiquement et politiquement, comme celui de capitalocène, donne l’impression de revenir à un ancien cadre d’interprétation, issu de la tradition marxiste ?

Je ne ferraille pas contre le concept d’anthropocène. Je le vois comme un début. Mais il pose des questions auxquelles il ne peut pas répondre. Il montre comment l’humanité est devenue une force géologique. Mais il ne répond pas à la question de savoir comment les hommes font l’Histoire en relation avec la nature, et comment l’humanité a divergé de la nature. Au XXIe siècle, on ne doit pas seulement comprendre ce qu’il se passe, mais aussi comment et pourquoi la sixième extinction des espèces, le changement climatique, l’envolée des inégalités et la crise financière se produisent en même temps. Les climatologues ont démontré que le climat va changer de manière décisive dans les prochaines décennies et que cela va affecter rapidement notre vie. Mais si on se contente de ce concept d’anthropocène, on peut le mobiliser pour de la géo-ingénierie ou pour prôner un néomalthusianisme pour les pays pauvres. Si l’on veut comprendre que les relations entre les peuples, les problèmes de race, de genre, de domination sont toutes parties prenantes de ce que j’appelle la « toile de vie », et sont liées à la manière dont l’homme pense et pratique la nature, il faut penser au-delà de ce concept d’anthropocène, même s’il est populaire.

 

Pouvez-vous expliquer ce concept de « toile de vie » ?

C’est très simple. Cela désigne la nature comme un tout. Mais c’est une manière de parler à l’imagination des gens. Nous avons tous le sentiment de savoir ce qu’est la nature. Si nous disons « toile de vie », nous ne sommes plus certains de ce que cela veut dire. Et on peut se reposer la question décisive de savoir ce que veut dire avoir une « toile de vie » et chercher comment les humains sont parties prenantes de cette toile de vie alors que l’humanité s’imagine encore souvent totalement séparée de « la nature ». 

 

 

Dans votre livre Capitalism in the Web of Life, vous critiquez ce que nous nommez la « pensée verte », les pensées écologistes, qui accusent le capitalisme de détruire la nature en l’exploitant, alors que selon vous, le capitalisme aurait coproduit la nature. Que voulez-vous dire ?

Selon moi, le capitalisme coproduit la nature, et inversement. Le capitalisme a inventé une forme très étrange d’organisation de l’humanité et de la nature, qui contraste entièrement avec l’organisation des civilisations agraires qui l’ont précédé. Au lieu de se fonder sur la productivité de la terre comme base de la richesse, c’est la productivité du travail qui est devenue la principale source de la richesse. Cela a eu un impact considérable sur l’environnement, parce que dans un système fondé sur la productivité de la terre, vous voulez obtenir le maximum de riz ou de blé à partir d’un hectare de terre. Dans un système fondé sur la productivité du travail, vous voulez obtenir le plus possible de kilos de riz ou de blé par heure de travail. Donc vous cherchez à constamment accroître la quantité de matériaux naturels passant entre les mains des travailleurs, qu’il s’agisse d’acier, d’énergie, de blé. Il s’agit d’augmenter constamment ce volume. D’où, depuis le XVIe siècle, une révolution sans précédent dans la façon dont l’homme a construit son environnement, à une échelle et une vitesse inconnues jusqu’alors.

Certes, les Égyptiens avaient construit les pyramides et les Chinois, la grande muraille, c’est-à-dire des projets gigantesques. Mais il n’y avait jamais eu de transformation aussi rapide des paysages, avec des déforestations du Brésil à la Pologne, le drainage de terres humides, le creusement de mines, le début de la grande extraction… Ce changement majeur a été dissimulé par la révolution industrielle, époque où l’on fait débuter l’impact du capitalisme sur notre relation à la nature, alors que c’est beaucoup plus ancien. Les puissances capitalistes et coloniales ont, dès le XVIe siècle, cherché au-delà de leurs frontières des ressources, du travail et de l’énergie bon marché. La seule différence se situe dans le fait qu’au XVIe siècle, les frontières se trouvaient encore à la surface de la planète, alors qu’au XIXe siècle, la frontière se déplace sous terre avec l’exploitation des mines de charbon, qui a permis de bâtir les routes, les chemins de fer et les bateaux qui ont, à leur tour, permis de reculer les frontières terrestres où il était possible d’aller chercher ces ressources naturelles et ce travail bon marché. La seule manière de continuer à accumuler des richesses en permanence et de les réinvestir pour en accumuler encore plus – ce qui est la définition du capital – est de trouver indéfiniment de nouvelles sources de richesses où la nature est à la fois bon marché, dépréciée et dégradée. En Angleterre, on a commencé par couper les arbres, puis creuser des mines de charbon, pour ensuite aller au loin dans l’Empire forer du pétrole.

 

Ce que vous dites évoque le livre de Timothy Mitchell intitulé Carbon Democracy qui montre que les systèmes politiques et les sources d’énergie sont corrélés et qu’on a bâti dans l’Histoire les systèmes politiques les plus adéquats pour exploiter telle ou telle source d’énergie. Mais à vous lire, ce n’est pas seulement les sources d’énergie qui produisent les systèmes sociaux, c’est l’ensemble des relations entre la nature et les hommes ?

Je suis tout à fait d’accord pour dire que le pétrole a façonné la manière dont le monde est organisé politiquement et géopolitiquement. Et on peut tout à fait dire que le charbon a été le carburant du capitalisme, et inversement. Mais je me méfie d’une tendance à faire de telle ou telle ressource une sorte de divinité qui expliquerait toutes les organisations humaines. Ce qui compte, c’est de comprendre la relation et non le produit lui-même, de comprendre par exemple comment le charbon, qui était pendant des milliers d’années un simple caillou dans le sol, a pu devenir une source d’énergie fossile, à travers quelles relations de production et de pouvoir.

 

Vous utilisez souvent le concept « d’écologie-monde ». À quoi sert-il ?

Le concept d’écologie-monde vient de l’historien Fernand Braudel, inventeur du concept d’économie-monde. Pour lui, l’économie-monde n’était pas l’économie du monde, de même que pour moi l’écologie-monde n’est pas l’écologie du monde. Pour Braudel, l’économie n’est pas seulement située dans l’espace, mais produit l’espace et est produite par l’espace. C’est pareil pour l’écologie. L’écologie-monde considère l’écologie comme l’oikos, qui permet de penser comme un tout les espèces et leur environnement, comme une relation multiforme dans laquelle les espèces produisent l’environnement, et l’environnement produit les espèces, simultanément. L’écologie-monde partage avec la « pensée verte » l’idée que les humains sont parties prenantes de la nature.

Mais les historiens de l’environnement parlent surtout de l’influence du climat sur les hommes, en reprenant parfois l’idée d’une forme de dualisme. Par exemple, en racontant comment les révolutions américaine et française, et en Haïti, sont aussi le fruit d’une crise des systèmes agraires, ou comment l’éclosion de la civilisation médiévale correspond à une période chaude du climat européen. Mais c’est plus que cela. Le concept d’écologie-monde est à voir davantage comme une conversation que comme une affirmation, qui permet de raconter l’Histoire autrement, en parlant de cette coproduction entre les systèmes humains et les manières de s’inscrire dans la nature, dont le capitalisme n’est qu’une forme historique située. 

 

En quoi votre critique de l’Histoire telle qu’elle est habituellement racontée peut-elle éclairer d’un jour différent notre compréhension de ce qui se passe aujourd’hui ?

Nous devons comprendre que la crise de la modernité est une crise singulière mais qui a de nombreuses formes d’expression. L’instabilité financière, le dérèglement climatique, la sixième extinction des espèces, les inégalités dans le monde, ont une source commune : le capitalisme, que l’on peut aussi définir comme l’écologie-monde, c’est-à-dire une manière particulière d’organiser les relations entre les humains et la nature. Ce cadre d’interprétation large permet aux mouvements sociaux de créer des alliances constructives qui dépassent la division entre justice sociale et justice environnementale.

Les mouvements pour la justice climatique font du climat un problème de pouvoir et de capitalisme. C’est la perspective de l’écologie-monde. L’enjeu, c’est le droit à se nourrir, à l’autodétermination culturelle, et à la démocratie égalitaire. Les trois en même temps. C’est une nouvelle ontologie politique. Le capitalisme avance en achetant ceux qui le défient. Mais ceux qui le défient au nom de la souveraineté alimentaire ou du climat portent une vision alternative d’un monde qui fonctionnerait sur la base de principes très différents.

 

Mais les mouvements sociaux ne s’organisent pas du tout sur cette base : le discours sur la justice sociale s’oppose très souvent au discours environnemental.

C’est extrêmement frustrant. Beaucoup de gens croient encore que la société et la nature sont deux choses différentes. Et donc ils essaient de protéger l’un au détriment de l’autre. Dans une période où la nature humaine et la nature extra-humaine deviennent de plus en plus entremêlées, en tant qu'historien, la seule chose que je peux dire est que voir l’unité par-delà ces divisions est peut-être l’acte le plus puissant que ces mouvements sociaux pourraient réaliser. Aux États-Unis, dans la lutte contre l’oléoduc de pétrole oléagineux Keystone XL, une unité s’est formée entre les critiques du capitalisme financier, incarné par Wall Street, et les communautés qui cherchent à défendre leur qualité de vie. C’est un lien important. Il manque encore l’implication du secteur productif.
Certains voient le présent comme une ère de désastres et de catastrophes. Il existe une politique de la peur. Mais, pour moi, nous sommes en train de vivre l’effondrement du capitalisme. C’est la position la plus optimiste que l’on puisse embrasser. Il ne faut pas craindre l’effondrement. Il faut l’accepter. Ce n’est pas l’effondrement des gens et des bâtiments mais des relations de pouvoir qui ont transformé les humains et le reste de la nature en objets mis au travail gratuitement pour le capitalisme.

 

Que pensez-vous de la campagne pour le désinvestissement des énergies fossiles, portée notamment par le réseau 350.org, parti des universités américaines ?

J’aime bien la campagne pour le désinvestissement car elle améliore la conscience du dérèglement climatique et la compréhension du rôle que jouent les industries fossiles dans ce phénomène. C’est positif. Mais il y a un grand danger : renforcer l’idée qu’un capitalisme vert est possible. Nous avons aujourd’hui les capacités technologiques pour réduire significativement le changement du climat. Mais le problème, ce ne sont pas les technologies. C’est le capitalisme. La meilleure stratégie politique pour n’importe quel mouvement étudiant est de faire pression pour démocratiser les universités. Nous devons regarder comment nos universités sont organisées. Il faut critiquer l’idée qu’elles soient les moteurs de la croissance économique, et défendre au contraire leur rôle de production du savoir nécessaire à la libération de toutes les formes de vie – pas seulement la vie humaine – de l’oppression et des inégalités. Il faut trouver le moyen de restructurer le savoir. Il y a cette citation attribuée à Einstein : « Le système de pensée qui a créé un problème ne peut pas en trouver la solution. » Nous en sommes là. Nous avons besoin d’un nouveau moyen de penser, qui corresponde au XXIe siècle, pas au XIXe, ni au XVIe. C’est la modeste contribution de l’écologie-monde : pousser pour un savoir qui permette, encourage et facilite l'émancipation.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 16:57

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Six salariés d'Air France interpellés, la direction veut taper fort

|  Par Mathilde Goanec

 

 

 

La pression continue à monter en interne après les incidents survenus la semaine dernière en marge du conseil central d'entreprise, à tel point que les inquiétudes sur la sécurité des avions commencent à percer.

 

Après l’indignation, la sanction. Six hommes ont été interpellés lundi, à leur domicile, pour avoir participé aux violences ayant secoué la direction d’Air France. Pour mémoire, près de 200 employés ont envahi la salle du comité central d’entreprise le 5 octobre dernier à Roissy, en marge d’une manifestation organisée contre les 2 900 suppressions de postes à venir. Cet incident a provoqué la fuite de deux membres de la direction, qui ont fini chemises arrachées et costumes en miettes. 

 

« Arrêtés chez eux à 6 h du matin ? Pourquoi ? Pour les humilier devant leurs familles ou parce qu'ils préparaient une fuite à Saint-Martin ? », s’interroge la députée Cécile Duflot sur twitter, étonnée par le spectacle de ces arrestations matinales, révélées par Europe 1 et confirmées par l’AFP. « Les conditions de cette interpellation volontairement mise en scène pour criminaliser des salariés ayant pris part à un mouvement social sont particulièrement scandaleuses », s’insurge de son côté le syndicat Sud aérien, dans un communiqué. Selon un responsable syndical, interrogé par Mediapart, rapportant le témoignage d’une des épouses des salariés interpellés, « ça s’est passé dans le calme, même si, vu les faits, les gars s’attendaient plutôt à une convocation qu’à être arrêtés chez eux ».

 

Les six hommes (dont un délégué du personnel), issus des secteurs de la maintenance et du fret, auraient été identifiés grâce à des caméras de vidéosurveillance et risquent des poursuites pénales. Une dizaine de plaintes ont été déposées à leur encontre par la direction, ainsi que deux vigiles (l’un d’eux a fait un malaise de quelques minutes au moment des incidents). Ces salariés sont également menacés, selon nos informations, de licenciements secs par Air France. Très vite, ils risquent de perdre aussi leur badge aéroportuaire – sésame pour l’accès aux avions –, délivré sous l’autorité de la préfecture.

 

D’autres salariés, participants ou témoins, vont également être entendus par la police et attendent leur lettre de convocation. Un certain nombre est également sous le coup de sanctions disciplinaires de la part du groupe, pouvant aller jusqu’au licenciement. Selon Didier Fauverte, secrétaire général de la CGT chez Air France, cité par Reuters, quatre ou cinq salariés seraient même menacés d’une mise à pied ou de retenue sur salaire pour avoir simplement chanté « sans chemise, sans pantalon » le jour des incidents. 

 

Confortée par une classe politique et syndicale outrée, la machine judiciaire va vite, et fort. Air France, de son côté, joue très habilement la partition de l’offensé. Les échauffourées du 5 octobre lui permettent d’enfoncer un peu plus le mouvement social au sein de la compagnie, et de justifier sa stratégie. Ainsi, vendredi dernier, de nombreux clients d'Air France ont reçu ce mail : « Ce que nous avons tous vu, ce n’est pas Air France. Soyez-en convaincus, ces violences ont été le fait d'individus isolés et ne reflètent ni la réalité ni l’ambition de votre compagnie. (…) Dans un monde extrêmement concurrentiel, Air France doit prendre des mesures courageuses afin d’assurer son avenir dans le peloton de tête des compagnies aériennes à vocation mondiale. » Une communication de crise qui passe assez mal auprès des salariés, dont beaucoup opposent aux chemises arrachées la violence des licenciements à venir : « Il faut que dans l'esprit de tous les travailleurs, on martèle qu'il est désormais interdit en France d'avoir une réaction, même si elle est viscérale, incontrôlée, incontrôlable face à la menace et la violence de la perte de son emploi », regrette la CGT.

 

Malgré cette ambiance électrique, un round de rencontres informelles a été ouvert la semaine dernière par la direction sur l’hypothèse d’un « plan C » avec chacune des organisations syndicales. La négociation reposerait toujours sur une hausse de la productivité, mais moyennant un plan de départs volontaires plutôt que les licenciements contraints annoncés fin septembre.

 

Le SNPL ainsi que le SPAF, les deux syndicats majoritaires chez les pilotes, auraient accepté de revoir leur copie, notamment sur la saisonnalité (le fait de voler davantage selon les périodes de vacances), sans plus de précisions. Également concernés, stewards et hôtesses estiment que le dernier accord signé avec Air France les engage jusqu’en 2016 et ne veulent pas se remettre à table avant. « On va quand même aller voir ce qu’ils proposent, mais on a déjà fait des efforts lors du dernier plan en réduisant le volume de personnel sur chaque vol long-courrier et en augmentant de 20 % notre productivité, assure Christophe Pillet, secrétaire général adjoint du SNPNC (Syndicat national du personnel navigant commercial). Pas question de toucher à notre rémunération. » Au sol, « on ne voit pas bien ce qu’on pourrait faire de plus, assure Mohammed El Fodi, délégué syndical FO. Nous avions convenu d’un effort de 20 % lors du dernier plan, nous en sommes déjà à 23. Le personnel est dans le désarroi le plus total ». La CGT ne veut « aucun licenciement ».

 

Chaque corporation ayant négocié son accord (hormis les personnels au sol qui sont couverts par une simple convention), la direction utilise toujours son arme favorite, la division, avec comme bouc émissaire principal les pilotes, présentés sans relâche comme des enfants gâtés de l'aérien. Un semblant d’unité semblait pourtant avoir émergé cette année, à la différence de la longue grève de l’an dernier. « Je crois que nous sommes désormais tous rassemblés dans la même défiance vis-à-vis de la direction, qui nous ment en permanence, argue Christophe Pillet, représentant des hôtesses et stewards. On a quand même, plan après plan, perdu 12 000 emplois. Pour quel résultat ? »

 

Au-delà de la mise en œuvre de Perform’ 2020, la direction peut difficilement ignorer un élément de poids : la sécurité des vols. « C’est une cocotte-minute bouillante cette boîte, raconte une hôtesse, qui souhaite rester anonyme. À force de faire monter les divisions, il n’y a plus aucune osmose. Mais dans un avion, une hôtesse qui ne veut plus parler à un pilote, c’est grave ! » Mohammed El Fodi, technicien de métier, a peur lui aussi des dérapages : « Nous avons des agents qui se sont mis à boire, un collègue a menacé les autres avec un fusil... Quand on a un responsable de zone, chargé de l’atterrissage d’un avion, qui ne va pas bien, ça joue à plein sur la sécurité. » Le climat délétère qui s’est installé au sein d'Air France ces dernières années a déjà fait l’objet de plusieurs alertes au CHSCT.

 

Le 8 octobre, soit quatre jours après la manifestation au siège, une note d’Alain Bassil, directeur général délégué, a été postée à l’attention des salariés : « Au delà des tensions, des sensibilités, voire d’éventuels clivages, la sécurité de nos vols reste notre bien commun le plus précieux. Sachons le préserver et y consacrer toute l’énergie nécessaire. » De quoi relancer la colère des syndicats, qui accusent Air France de jouer « au pompier pyromane ». En septembre 2014, au plus fort de la grève, certaines hôtesses et des stewards arboraient pour marquer leur opposition aux pilotes un badge « No captain ». Dans un avion, ça fait mauvais genre.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 16:31

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Que s’est-il passé de positif en septembre 2015 ?

11 octobre par Bonnes nouvelles

 

 

 

La célèbre expression de Margaret Thatcher « TINA » (There Is No Alternative) est tout sauf vraie. Partout sur la planète, des alternatives sociales, économiques, démocratiques et écologiques se mettent en place. Partout dans le monde, des hommes et des femmes refusent et combattent l’injustice. Certains de ces combats mènent à des victoires. Le site BONNES NOUVELLES poursuit l’objectif de rendre visibles ces petites et grandes victoires qui, bien que partielles et insuffisantes, nous aident à rompre avec le fatalisme et constituent des sources d’inspiration pour nos actions individuelles et collectives.

L’équipe de bonnes nouvelles : Kelly, Philippe, Vanessa, Brieuc, Jeanne-Marie, Hélène, Dominque & Olivier

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Auteur

 
Bonnes nouvelles

La célèbre expression de Margaret Thatcher « TINA » (There Is No Alternative) est tout sauf vraie. Partout sur la planète, des alternatives sociales, économiques, démocratiques et écologiques se mettent en place. Partout dans le monde, des hommes et des femmes refusent et combattent l’injustice.
www.bonnes-nouvelles.be

Autres articles en français de Bonnes nouvelles (4)

 

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 15:36

 

 

Source : http://www.cgtsecu38.fr

 

 

Mais de quelle violence parle-t-on ?

vendredi 9 octobre 2015

 

« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent »
Bertold Brecht.

 

Qu’est-ce que la violence ?
Pas seulement celle des coups de poing ou des coups de couteau des agressions physiques directes, mais aussi celle qui se traduit par la pauvreté des uns et la richesse des autres.
Qui permet la distribution des dividendes en même temps que le licenciement de ceux qui les ont produits.
Qui autorise des rémunérations pharaoniques en millions d’euros et des revalorisations du SMIC qui se compte en centimes (1).

À la fin des années 1970, Marcel Caille, secrétaire confédéral de la CGT publiait deux ouvrages :
Les truands du patronat et L’assassin était chez Citroën.
Il décrivait les agissements de la CFT officiellement syndicat maison en réalité milice patronale : ils sont trois militants de la CGT qui vienne de tomber, aux premières heures de ce dimanche 5 juin 1977, sous les balles d’un commando fasciste des membres de la CFT.
Le crime de Reims qui va secouer la France entière vient d’être commis et Pierre Maître va en mourir (2). Selon une étude du Conseil Economique et Social, près de 400 suicides par an seraient liés au travail.
Sans compter tous ceux qui ne sont pas déclarés comme tels.
Dans un ouvrage d’entretiens le Docteur font Le Bret relève que les tentatives de suicide sur le lieu de travail engendrent parfois des hospitalisations longues, de l’ordre de deux ou trois mois, qui peuvent aboutir, à terme, à un décès, qui ne sera pas comptabilisé comme un suicide (3).

En 2012 la CNAMTS a recensé 386 accidents du travail mortel et 51 000 maladies professionnelles.

Annie Thébaud-Mony, dans un livre sur la santé au travail dénonce cette délinquance... plus discrète, voir sournoises, mais néanmoins réelle.
Elle qualifie l’explosion d’AZF, les 100 000 morts de l’amiante de crimes industriels…(4)

Il y a en France environ 6 millions de privés d’emploi, environ 10 millions de personnes qui survivent avec moins de 900 € par mois…

Que dire de cette violence qui conduit 36 % de la population à renoncer à des soins pour des raisons financières.

Mais cette violence-là n’intéresse pas les médias aux ordres. Ils préfèrent s’apitoyer sur la chemise d’un PDG… Que des travailleurs y laissent leur peau ne saurait les émouvoir.

« Jusqu’à quand la fureur des despotes sera-t-elle appelée justice, et la justice du peuple barbarie ou rébellion ? ... « comme on est tendre pour les oppresseurs et inexorable pour les opprimés ! », disait Robespierre. Manuel Valls, le copain de Cahuzac et de Thévenoud (il est vrai atteint de phobie administrative), admirateur de Clémenceau (qui a fait tirer sur les grévistes et emprisonné des militants de la CGT), a osé traiter les salariés d’Air France de voyous, alors qu’ils sont en légitime défense !

« La régression sociale ne se négocie pas, elle se combat ! » H. Krasucki.

P.-S.

(1) - La violence des riches, chronique d’une immense casse sociale. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Éditions zones. 2013.
(2) - l’assassin été chez Citroën. Marcel Caille. Éditions sociales. 1978.
(3) - pendant qu’il compte les morts. Entretien entre d’anciens salariés de France Telecom et une médecin psychiatre. Marin Ledun, Brigitte Font Le Bret. La Tengo Editions. 2010.
(4) - Travailler peut nuire gravement à votre santé. Annie Thébaud-Mony. Éditions la découverte. 2007.

 

 

Source : http://www.cgtsecu38.fr

 

 

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 21:53

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

Quand Alexandre de Juniac, PDG d'Air France, parle des acquis sociaux et du travail des enfants

Mercredi, 7 Octobre, 2015
Humanite.fr

 

 
 
Lors des "Entretiens de Royaumont" de 2014, devant un parterre de dirigeants d'entreprises, Alexandre de Juniac, le pdg d'Air France s'est interrogé en public sur la notion d'acquis sociaux, l'âge de la retraite, par exemple, mais aussi sur l'âge du travail des enfants... édifiants.
 

 

 

Source : http://www.humanite.fr

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 21:41

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Les citoyens allemands vent debout contre le traité Tafta

10 octobre 2015 / Violette Bonnebas (Reporterre)
 


 

 

Plus nombreux et mieux organisés qu’ailleurs en Europe, les protestataires allemands s’apprêtent à défiler contre les traités TAFTA et CETA de libre-échange. Ils ont été plus de cent mille à manifester dans les rues de Berlin, ce samedi 10 octobre.

- Actualisation - Samedi 10 octobre, 21 heures : La manifestation a réuni plus de cent cinquante mille personnes à Berlin. Il semble que cette marche contre le TAFTA ait été la plus grande manifestation en Allemagne depuis 2003 contre la guerre en Irak.


- Berlin, correspondance

C’est l’un des pays les plus libéraux d’Europe et pourtant, c’est lui qui pourrait faire échouer les négociations commerciales entre l’Union européenne, le Canada et les États-Unis. L’Allemagne se prépare à défiler en nombre, ce samedi à Berlin, contre les traités de libre-échange CETA (l’Accord économique et commercial global) et Tafta (le Traité de libre-échange transatlantique, son autre nom étant le TTIP, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), dont le prochain round de négociations s’ouvre dans neuf jours à Miami. Les organisateurs attendent plus de 50.000 participants, venus de tout le pays. Cinq trains spéciaux et 600 bus ont été affrétés pour l’occasion.

Ce n’est pas un hasard si Berlin a été choisie pour lancer aujourd’hui la semaine d’action internationale antitraités transatlantiques. C’est en Allemagne que le mouvement de protestation est le plus important et le mieux organisé. En avril, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient déjà manifesté dans 170 communes allemandes, notamment à Munich, Stuttgart, Cologne et Leipzig - quand on peinait à rassembler en France et ailleurs.

 

Révélations d’Edward Snowden

L’ampleur de la contestation allemande se mesure également sur Internet : la pétition en ligne « Stop TTIP and CETA », remise mardi à Bruxelles, a rassemblé plus d’un million et demi de signatures outre-Rhin. C’est presque la moitié du total recueilli, trois fois plus qu’au Royaume-Uni, cinq fois plus qu’en France, vingt-deux fois plus qu’en Italie.

Les reproches adressés à ce projet de marché commun transatlantique sont multiples. Parmi eux, l’opacité des négociations. Il a fallu des fuites dans la presse pour que l’on entr’aperçoive le document servant de cadre aux discussions. C’est alors que les pommes de discorde ont commencé à mûrir : dégradation des services publics, introduction forcée d’OGM sur les marchés européens, risque d’impunité pour les multinationales, et bien d’autres.

 

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Manifestation à Berlin contre le TTIP (l’autre nom du Tafta), le 5 septembre.

« En Allemagne, la majorité des opposants n’est pas contre l’idée d’un nouveau marché commun, explique Steffen Hindelang, professeur de droit public à l’Université libre de Berlin. Mais le Tafta est un accord tellement vaste qu’il a fédéré contre lui une accumulation de mouvements aux revendications très différentes. » On retrouve ainsi des organisations altermondialistes (Attac, Campact), écologistes (Greenpeace, les Amis de la Terre), mais aussi des partis politiques allemands (die Grünen et die Linke) ainsi que la Confédération des syndicats allemands (DGB), proche des sociaux-démocrates. Et même, surprise, un collectif de petites et moyennes entreprises qui dénonce le risque de voir les multinationales leur verrouiller la porte des marchés.

Outre-Rhin, deux événements d’actualité ont fait basculer l’opinion en 2014, en pleine négociation. D’abord, les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance états-unienne de l’État et des citoyens allemands. « Cette affaire a conduit à un scepticisme certain vis-à-vis des Américains », affirme Steffen Hindelang. L’Institut Delors confirme la corrélation, en notant une forte érosion dans les sondages du soutien allemand aux traités, dans le courant de l’année dernière.

« Riches et hystériques »

Deuxième catalyseur de la défiance, l’action en justice du groupe énergétique suédois Vattenfall contre la sortie allemande du nucléaire...

 

*Suitede l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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