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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 17:51

 

Source : http://www.marianne.net

 

Enquête préliminaire sur les 18 millions d’euros perdus par Areva

 
 
D'après nos informations, la justice va se pencher sur des mouvements d'argent suspects entre une filiale du groupe nucléaire et plusieurs intermédiaires situés en Russie, au Liban et au Niger...
 
Remy de la Mauviniere/AP/SIPA
 

Areva va devoir faire face à un nouveau front judiciaire. Selon nos informations, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet national financier (PNF) sur des mouvements financiers suspects entre une filiale du groupe nucléaire, Areva UG, spécialisée dans le trading d’uranium, et plusieurs intermédiaires situés en Russie, au Liban et au Niger. Contacté, le PNF n’a pas souhaité faire de commentaires.

En juillet, Notre enquête nous avait permis de mettre à jour un montage financier occulte, qui a fait perdre 18 millions d’euros à Areva en 2011, selon les aveux même du groupe nucléaire. Si Areva reconnaît cette perte, le groupe soutient que c’était dans le cadre d’une « opération de trading sur le marché de l’uranium ». Or, selon les documents en notre possession, et notamment plusieurs contrats commerciaux signés en juillet 2011, il est établi qu’Areva UG a couvert un système circulaire de vente de 5,5 millions de livres d’uranium. L’argent en question aurait ensuite trouvé refuge dans des zones franches aux Emirats arabes unis et à Hong Kong. 

Dès lors, plusieurs questions se posent : qui a décidé ces opérations et qui en a été informé au niveau non seulement de la division minière, mais aussi de la direction générale du groupe Areva ? Pourquoi les transactions d’uranium ont-elles été décidées dans la précipitation, dès le mois de juillet 2011, quelques jours après le débarquement d’Anne Lauvergeon de la présidence d’Areva par Nicolas Sarkozy ? Quel rôle ont joué les mandataires sociaux d’Areva UG, Sébastien de Montessus et Jean-Michel Guiheux, qui ont refusé de nous répondre ? Enfin, et là est sans doute l’essentiel : quels ont été les véritables destinataires des 18 millions d’euros versés par Areva ?

Un homme devrait plus particulièrement intéressé la justice : Jean-Claude Meyer, dont la société Optima-Energy Off-Shore SAL, située au Liban, aurait empoché dans un premier temps l’essentiel de ces commissions. Sollicité par Marianne en juillet, il n’avait pas souhaité répondre... Charge désormais à la justice de faire la lumière sur cette nouvelle affaire Areva.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 17:39

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Jetlag 14/09/2015 à 08h00

#Right2Water : les Irlandais refusent de payer l’eau courante

 

 

(De Cork) C’est un interminable bras de fer. Depuis un an, les Irlandais manifestent régulièrement contre la mise en place, début 2015, de la facturation de l’eau courante, contrepartie de l’acceptation du plan de sauvetage européen en 2010. Loin de s’essouffler, le mouvement est devenu un symbole dans le pays de la contestation anti-austérité, qui secoue actuellement toute l’Europe.

 

« We won’t pay »

En 1997, le Parti républicain irlandais avait déjà essayé de taxer l’eau courante avant d’abandonner l’idée, face à un boycott massif du paiement de ces charges dans les grandes villes du pays.

Aujourd’hui, la situation est quasiment identique. Les Irlandais refusent en bloc de payer. « We won’t pay » (nous ne paierons pas) est l’un des slogans les plus repris dans les manifs.

 

Appel à manifester samedi prochain à Cork (Solène Le Mée/Rue89)

 

Les différents collectifs qui mènent la lutte, qu’ils soient politisés ou non, continuent à encourager les Irlandais à refuser de s’équiper de compteurs et à ne pas payer leurs factures. Ils s’appuient sur une idée simple : l’accès à l’eau est un droit, un droit de l’homme même.

 

Un robinet sur la tête pour défiler, le 21 mars 2015 à Dublin (PAUL FAITH/AFP)

 

Une idée soutenue par une initiative citoyenne européenne, Right2Water, et partagée par de nombreux Irlandais, à en croire les chiffres.

Selon Irish Water, l’entreprise publique créée spécialement à l’instauration de la nouvelle loi, seuls 675 000 ménages sur 1,7 million auraient payé leur toute première facture d’eau pour le premier trimestre 2015, donc moins de la moitié, et 30% des ménages ne seraient même pas encore enregistrés auprès d’Irish Water. Les récalcitrants s’exposent à des amendes, dont le montant (autour de 40 euros) est toutefois trop bas pour être dissuasif.

Pendant ce temps, Irish Water invite gentiment les Irlandais à aller payer leur facture en ligne...

 
Irish Water @IrishWater

Bills can be paid online with your bank using the Irish Water IBAN & BIC, available at http://wtr.ie/Howtopay 

 

A Cork, deuxième ville du pays, de nombreux habitants affichent clairement leur hostilité à la mesure aux fenêtres de leur maison. Sur les tracts, on peut lire :

« No consent, no contract, no to water privatisation, no water meters here [Pas de consentement, pas de contrat, non à la privatisation, non aux compteurs d’eau ici, ndlr]. »

 

Premiers pas sur Facebook pour la cause

La contestation et la mobilisation passent aussi par Internet. Sur le site de Right2Water Irlande, une pétition nationale a recueilli plus de 61 000 signatures.

Comme c’est souvent le cas, les différentes pages Facebook locales du collectif (la nationale a recueilli 27 000 « likes ») sont alimentées chaque jour et servent à relayer les informations relatives à la mobilisation. Pour Noreen Murphy, l’une des administratrices de la page Right2Water Cork, la présence sur les réseaux sociaux est une nécessité.

« On se doit d’être présent sur Facebook et Twitter. Ça fonctionne vraiment et ce sont des outils très utiles pour se faire entendre. Ça permet de rassembler les gens, de diffuser les infos que l’on a. On utilise aussi beaucoup WhatsApp pour communiquer entre nous. »

 

Capture d’écran de la page Right2Water/Right2Change-Cork (Facebook)

 

A 50 ans, sans emploi, elle s’est mise à Facebook lorsqu’elle a rejoint le mouvement.

« Et je ne suis pas la seule. Je connais beaucoup de gens de plus de 60 ans qui s’y sont mis pour se tenir informés. »

 

« Un droit que je n’abandonnerai jamais »

Beaucoup d’Irlandais semblent aujourd’hui convaincus que le gouvernement va finir par céder et abolir la loi. A Cork, certains agents immobiliers conseillent même aux nouveaux locataires de ne pas souscrire de contrat auprès d’Irish Water, persuadés que la mesure vit ses dernières heures. Noreen Murphy est déterminée :

« Moi, je ne paierai jamais pour l’eau. C’est un droit que je n’abandonnerai jamais. Les Irlandais aussi ont compris qu’ils doivent protéger leur accès à l’eau courante, ce qui n’était pas forcément le cas avant cette loi.

Nous ne sommes pas comme les Français, nous ne manifestons pas souvent, mais dans ce cas, c’est instinctif. On ne peut pas imaginer qu’un jour, certaines personnes ne puissent plus tirer leur chasse d’eau parce qu’ils n’auront pas payé leur facture et qu’on leur aura coupé l’eau. Ça n’a pas de sens. »

Un collectif contre la mesure, People’s Convention, appelle encore une fois les habitants à se mobiliser, le 19 septembre, à Cork. Inlassablement, ils demanderont à nouveau ce qu’ils réclament depuis un an : l’abrogation pure et simple de la loi. Le 29 août, une manif nationale avait rassemblé 80 000 personnes, malgré un temps pluvieux.

Le collectif national Right2Water a prévu une série de meetings courant septembre dans tout le pays et espère se faire entendre à l’échelle européenne.

 

Right2Water/Right2Change-CORK
Communauté · 1367 J’aime
· 1 septembre, 19:31 ·

Another gem of a reminder from last Saturday's historic gathering.
Filmed and edited by Marcus Howard. Speeches from the biggest movement in the history of the country. Over 80,000 people braved the weather and came out in defiance of the Irish Government to protest against water charges as well as homelessness, evictions, the health service and a number of other austerity issues. A movement called Right2Change has evolved from it. There appears to be a broad consensus that this is about more than the water. This video has interesting highlights of speeches from Saturday.
https://www.youtube.com/watch?v=OPR6HffswJA

 
Filmed and edited by Marcus Howard. Speeches from the...
youtube.com
 
 
 
 
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 17:20

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Rapport Combrexelle

Travail : les syndicats dénoncent une réforme inégalitaire et un « autoritarisme social »

par

 

Rendu public mercredi 9 septembre, le rapport de la mission Combrexelle, chargée d’élaborer des propositions pour élargir la place de la négociation collective dans le droit du travail, est bien la bombe attendue. Suivant les vœux de Manuel Valls, les 44 préconisations ainsi que l’agenda de réformes contenus dans le document dessinent une évolution profonde des relations sociales.

L’enjeu ? Déterminer ce qui doit relever de la loi, des accords de branche et des accords d’entreprise, et comment articuler ces éléments les uns par rapport aux autres. Avec la crainte que le droit du travail, applicable à toutes et tous, en sorte affaibli au profit de règlementations « à la carte » en fonction des secteurs économiques et des entreprises, et du rapport de force qui y prévaudra dans un contexte de chômage de masse.

 

Vers un Code du travail réduit à peu de chagrin ?

« Le plus grave, c’est l’inégalité instaurée entre les salariés selon les entreprises et les branches. Sous la pression de l’emploi, on leur demandera de réduire les salaires et d’augmenter le temps de travail » , pointe ainsi Éric Beynel, de l’Union syndicale Solidaires. Comme redouté, le texte préconise un recentrage de la définition des règles de travail au niveau des entreprises, affaiblissant les protections jusqu’ici définies pour tous les salariés par le Code du travail. Suivant le rapport, qui tend à inverser la hiérarchie des normes sociales, les accords d’entreprise seraient désormais bordés par un « ordre public conventionnel » au niveau des branches – qui regroupent les entreprises d’un même secteur, comme le BTP, la métallurgie, les services à domicile... – dont le nombre serait drastiquement réduit.

Ces accords de branche devront fixer les règles « impératives », les champs ouverts à la négociation et les règles qui devront s’appliquer en cas d’absence d’accord. C’est donc le deuxième point qui déterminera l’étendue des règles – horaires, niveaux de salaires, indemnités de licenciements, prise en compte de la pénibilité... – renvoyées à la négociation d’entreprise. Au dessus des branches, le Code du travail serait réorganisé sur un schéma identique. Dans cette optique, Jean-Denis Combrexelle avance un calendrier de travail, visant une réécriture complète du Code d’ici l’année 2020. Celui-ci serait structuré autour d’un socle de règles essentielles, et probablement minimales. Pour couronner l’édifice, le haut fonctionnaire propose d’inscrire les grands principes de la négociation collective au cœur du Préambule de la Constitution.

 

Un projet de loi début 2016

Mais le gouvernement veut aller vite. La réforme se fera donc en deux temps. Étape préalable à la réécriture, une concertation entre le ministère du Travail et les partenaires sociaux doit s’ouvrir dès maintenant. Objectif : élaborer un projet de loi qui devrait être déposé début 2016, pour une adoption avant l’été. Sans attendre, il s’agit d’élargir le champ de la négociation dans quatre domaines prioritaires : les conditions et le temps de travail, l’emploi, et les salaires. Les accords négociés au niveau des branches et des entreprises seraient baptisés accords « ACTES ».

Malgré le rejet instantané par le Premier ministre de certaines des propositions les plus décapantes du texte – comme le renvoi à la négociation du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, ce qui reviendrait à supprimer purement et simplement la durée légale du travail – les organisations syndicales y voient une confirmation des intentions prêtées à la mission Combrexelle, dès sa mise sur pieds au printemps.

 

Mobilisation unitaire et contre-expertise

« Quand on entend ces petites phrases sur la possibilité d’un SMIC de branche ou d’une suppression de la durée légale, on peut se demander ce qui sera conservé dans les dispositions impératives, relève Julien Boeldieu, de la CGT Travail, emploi et formation professionnelle (CGT-TEFP) C’est la fin du principe de faveur. »

Dénonçant « une politique qui remet en cause notre modèle social assis sur l’égalité, la justice et la solidarité », Solidaires, la FSU et la CGT appellent à une journée de mobilisation unitaire le jeudi 8 octobre prochain. Le syndicat FO a quant à lui déjà publié un contre-rapport de spécialistes de la question, intitulé « Regards et réflexions pluridisciplinaires sur la négociation collective ».

« Le procédé consistant à enchaîner les réformes sans même avoir évalué les impacts des précédentes et à s’appuyer sur un énième rapport pour en mettre en œuvre d’autres dont l’objectif et les principes semblent déjà décidés, lasse. Force est de constater que libéralisme économique et autoritarisme social vont souvent de pair », constate en ouverture Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 17:14

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Face à la dette en Europe, l’exigence de vérité s’amplifie

15 septembre par Eric Toussaint , Leonidas Vatikiotis , Marga Ferré , Nicolas Sansu

 

 

 

Dénonçant une dette illégitime et illégale, quatre personnalités européennes exigent des mesures de transparence pour lever le chantage à l’austérité qui pèse sur les peuples.


Éric Toussaint

Coordinateur scientifique de la Commission pour la vérité sur la dette grecque

« La dette est un instrument historique de domination et d’extorsion massive des richesses. On peut presque parler de “système dette”. Les sociétés, devant l’esclavagisation par les dettes illégitimes, ont riposté  : de la tradition biblique du jubilé pour effacer les créances tous les sept ans aux grandes lois démocratiques de la Grèce antique, dans lesquelles Solon s’attaque à l’asservissement par la dette. Aujourd’hui, il y a un travail de pédagogie très important à réaliser afin d’identifier les causes réelles de la dette.

Le mythe en vogue d’une dette publique creusée par des dépenses sociales exagérées est à combattre absolument. La dette a considérablement augmenté du fait de la crise bancaire et du sauvetage des banques. Plus largement, ces vingt dernières années, l’élément clé de sa progression réside dans les politiques néolibérales de gouvernements qui ont sacrifié leurs recettes en attribuant massivement des cadeaux fiscaux aux plus fortunés et aux entreprises, sans oublier les taux d’intérêt élevés fixés par des banques privées qui ont le monopole du crédit. Nous sommes face à une dette de la culpabilité défendue par les gouvernements et les médias privés dominants qui sert à la fois de méthode de privatisation des richesses et d’argument pour empêcher la solidarité entre les peuples. Cet usage, désastreux pour les pays et les populations, est illégal et illégitime, aussi bien en Grèce qu’en France. Nous devons recourir à des audits citoyens et prôner le droit à la suppression de ces dettes illégitimes, tout en soutenant le droit à l’emprunt public légitime, nécessaire par exemple pour financer la transition énergétique, dans des conditions décentes et créatrices d’emplois qui servent l’intérêt général. »



Marga Ferré, secrétaire 
aux programmes d’Izquierda Unida

«  Le débat sur la dette grecque est un faux débat. En Espagne, il existe un certain consensus social autour de cette idée. Sur le plan politique, nous avons démontré que la politique d’austérité en Europe, et singulièrement en Grèce, relève du chantage. Même le secteur conservateur du Parti populaire (droite au pouvoir) se garde de toute offensive sur ce thème.

À Izquierda Unida (IU), nous proposons un audit de la dette comme a pu le faire la Grèce. La ville de Madrid (à gauche depuis les dernières élections municipales de mai – NDLR) et son conseiller économique, membre d’IU, ont annoncé la création d’un tel audit. Cela a provoqué de très forts remous.

Le fait même de pouvoir démontrer qu’une partie de la dette peut être illégale, illégitime et odieuse est un outil puissant pour faire tomber les masques quant à la nature même des politiques qui ont été menées jusqu’à présent. Et quant aux mensonges liés au chantage même de la dette.

En Espagne, ce chantage s’est traduit par la modification de l’article 135 de la Constitution qui stipule que la priorité absolue est le remboursement de la dette avant même les dépenses publiques. La gauche et les mouvements sociaux espagnols sont ceux qui parlent le plus de la dette, car nous voulons savoir à qui nous la devons et pourquoi.

Pour rappel, 60 % de la dette madrilène repose sur cinq entreprises dont certaines sont liées aux réseaux de corruption. C’est pourquoi les villes où nous gouvernons vont être à l’origine d’audits.  »



Nicolas Sansu, député (PCF)

Aujourd’hui, la dette est un super-instrument de domination. C’est ce qui fait que l’on détruit le service public, que l’on met la pression sur les salariés, les retraités et les chômeurs parce que soi-disant il n’y aurait pas d’argent.

À l’origine, il y a les taux d’intérêt extrêmement importants servis dans les années 1985-1990, bien au-delà des taux d’intérêt réels. On estime de 300 à 400 milliards cet excès d’intérêts. En clair, certains se sont enrichis grâce à la dette. Ensuite, dans les années 2000 on a assisté au désarmement fiscal. C’est le rapport Carrez, la loi Tepa de Sarkozy, le bouclier fiscal, etc. On a retiré près de 100 milliards d’euros à l’État. Pour maintenir le niveau de service, il a fallu recourir à la dette. Enfin, il y a la question fondamentale de la crise des dettes privées avec un report massif sur les dettes d’État quand ce dernier à dû refinancer les banques exposées.

Certes, les États ne peuvent pas être en faillite, mais ils peuvent être en défaut de paiement. Et comme les banques ne le veulent pas et que les pouvoirs sont tenus par l’oligarchie financière, la question de la dette a été mise en avant. On a sommé les États de cesser d’emprunter et en même temps, on les empêche de retrouver des ressources qui existent dans les paradis fiscaux, la fraude. Ce n’est pas une question de complot, c’est une question de rapport de forces. Un mouvement avait commencé à prendre corps en Grèce, il a été largement contrecarré. L’idée que la dette est illégitime est loin d’être majoritaire aujourd’hui. Il faut une grande conférence européenne sur la dette. Le problème ne se réglera pas sans une nouvelle architecture fiscale et, dans l’idéal, un moratoire, comme cela a existé en Uruguay.



Leonidas Vatikiotis, économiste grec de gauche et scénariste du film Debtocracy

« Le 18 juin dernier, un comité indépendant sur la dette grecque a été formé par la présidente du Parlement, Zoe Konstantopoulou. Ce document historique a prouvé que cette dette était non seulement illégitime mais aussi illégale et absolument non remboursable. Un comité de la vérité connu sous le nom de commission d’audit a donc prévenu que la dette ne pouvait et ne devait pas être remboursée.

Malheureusement, le gouvernement grec, sous la pression de la troïka, n’a pas su entendre les conclusions de cet audit et s’est résolu à signer un nouveau mémorandum annonçant une nouvelle vague de privatisation des biens publics grecs, dont beaucoup vont d’ores et déjà profiter au capital allemand.

Une cessation de paiement unilatérale à l’endroit des créditeurs internationaux (FMI, BCE, États européens, etc.), comme l’avait demandé ce comité, aurait dû être suivie. Les montants des sommes prêtées à la Grèce depuis 2010 ne sont jamais allés dans le budget grec, ni aux retraites ni aux hôpitaux. Au contraire, cet argent est allé aux structures fermées comme précondition à leur octroi. En vérité, cet argent soi-disant prêté est allé directement dans les coffres des banques grecques et étrangères. Il a été prouvé par le calcul que 92 % de cette aide est retournée aux créditeurs ou est perdue dans le secteur bancaire. Autrement dit, le sauvetage de la Grèce a servi de prête-nom au sauvetage des banques qui avaient émis des bons du Trésor tout au long des décennies précédentes et des emprunts à taux très élevés. Aujourd’hui, la totalité du montant de la nouvelle dette sert à payer les anciens emprunts ou à recapitaliser les banques grecques en faillite. »


Source : L’Humanité du 10 septembre 2015

 

 

 

Auteur

Eric Toussaint

est maître de conférence à l’université de Liège, est le porte-parole du CADTM International et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.

Auteurs

 
Nicolas Sansu
Marga Ferré

Leonidas Vatikiotis

 

 

Source : http://cadtm.org

 

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 17:02

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Climat

Pourquoi « le sujet le plus important du monde » ne fait presque jamais la une des newsmagazines français

par

 

Le réchauffement climatique est considéré par plusieurs médias internationaux comme « le sujet le plus important du monde ». Sauf en France, où les grands hebdomadaires ne lui ont pas consacré une seule couverture depuis cinq ans. Et la dernière une d’un grand hebdo en la matière plaçait sous les projecteurs le climatosceptique Claude Allègre ! Retour sur une décennie de non traitement médiatique par les trois grands newsmagazines français, L’Obs, L’Express et Le Point. Un bilan pas vraiment reluisant.

La population française sait-elle en quoi consiste l’effet de serre, cause du réchauffement climatique ? Pas vraiment si l’on en croit l’enquête menée chaque année par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) sur « les représentations sociales de l’effet de serre et du réchauffement climatique ». Les trois quarts des répondants (72%) estiment bien que « le réchauffement de la planète est causé par les activités humaines ». Mais seul un sur six (15%) associe précisément l’effet de serre à l’émission de gaz et de CO2 (les autres réponses évoquent la chaleur, la couche d’ozone ou la pollution en général) [1].

85 % des répondants n’identifient donc pas spontanément le lien entre CO2 et effet de serre. Pourquoi le dérèglement climatique, probablement le plus grand défi auquel l’humanité entière devra répondre au cours du siècle, soit l’objet d’une telle ignorance ? Pourquoi le grand public est-il aussi mal informé ? La faute n’en reviendrait-elle pas aux médias ?

 

La dernière Une climat : c’était il y a cinq ans

Chaque Français lit en moyenne environ cinq magazines, dans leur période de parution. Un rapide parcours des derniers numéros que les grands hebdomadaires généralistes ont consacrés à la crise climatique devrait donc nous livrer des éléments de réponse… Problème : les unes sur le climat sont aussi rares qu’un numéro collector de La Gueule ouverte, l’un des premiers journaux écologistes créés dans les années 70. La dernière couverture que L’Obs a consenti au sujet remonte à six ans, au moment de la conférence des Nations Unies sur le climat à Copenhague.

L’Express fait pire encore, puisque le dernier dossier publié sur la question du climat date de... 2007. Pour l’occasion, l’hebdomadaire avait dérogé à sa maquette habituelle de façon à ne pas offrir plus d’un tiers de sa couverture à son engagement à sauver la planète. Le Point fait-il mieux. Le magazine a mis le réchauffement climatique à sa une en 2010, mais c’était pour longuement mettre en avant les falsifications « climato-sceptiques » de Claude Allègre, dont le portrait ornait la couverture !


L’Express du 6 octobre 2007, Le Nouvel Obs du 3 décembre 2009, Le Point du 22 avril 2010. Ces trois titres représentent alors une diffusion d’environ 1,5 million d’exemplaires

Paris accueillera dans deux mois la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques. Mais depuis plus de cinq ans, cette question n’est pas jugée suffisamment importante pour être traitée en une des trois grands hebdos. Sauf à se tourner vers les nouveaux sites d’information qui consacrent bien davantage de place à l’écologie, et dont Basta ! fait partie, les lecteurs des magazines sont laissés dans une relative ignorance. Ce silence en occulte un autre, car depuis la fin des années 1990, ces « news » se font volontiers le relais de discours niant la réalité du réchauffement climatique et son origine anthropique. Ces positions, qualifiées flatteusement de « climato-sceptiques », ont ainsi acquis une légitimité auprès du grand public alors même qu’elles étaient pleinement disqualifiées au sein de la communauté scientifique.

 

Complaisance envers les « climato-sceptique »

Les effets de la « polémique de l’année » dont Le Point du 22 avril 2010 fait la promotion en offrant neuf pages à Claude Allègre et presque autant de portraits photographiques, sont impressionnants. Cette année-là, seuls 51 % des sondés de l’Ademe ont connaissance du consensus scientifique établissant le lien entre l’augmentation de l’effet de serre et le réchauffement de l’atmosphère terrestre. Au cours des cinq années précédentes, cette proportion était pourtant stable à hauteur de 70 % (lire aussi notre enquête).

L’engouement médiatique pour les discours « climato-sceptiques » déborde largement vers la presse « social-démocrate » : Le Nouvel Observateur du 3 décembre 2009 qui, bien que placé sous le patronage de Daniel Cohn-Bendit, publie un article hallucinant de trois pages intitulé : « l’Église de Sciencécologie ». On y apprend que « l’écologie est devenue la nouvelle religion », celle « des Khmers verts et des talibios, des bonimenteurs et des climastrologues », « prophètes du réchauffement climatique [qui] nous promettent l’apocalypse ». Face à eux, tout « pourfendeur de l’écologiquement correct » est condamné comme « hérétique »… L’inquisition écolo règne.

 

Quand L’Express était en pointe

Ce peu de cas donné à un problème mondial n’a pourtant pas toujours été la règle. L’alerte sur les effets des gaz à effet de serre est ancienne. L’Express, s’il n’avait pas entre temps ouvert ses colonnes à Claude Allègre pendant des années, pourrait s’enorgueillir d’avoir été le premier magazine d’actualité à consacrer sa couverture au changement climatique. En février 1979, alors que la première Conférence mondiale sur le climat se réunissait à Genève sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’environnement, de l’Organisation météorologique mondiale, de l’UNESCO, de l’OMS et de la FAO, la couverture du journal annonçait : « Pourquoi le climat change ».

Le dossier abordait déjà longuement le lien alors supposé entre émissions de gaz à effet de serre et réchauffement planétaire. Deux courbes anticipaient de façon remarquable les évolutions de la concentration de CO2 atmosphérique et de la température au sol jusqu’en 2050. Un climatologue américain y avait ces mots terribles : « Si l’on attend d’avoir des certitudes sur les effets de la combustion des énergies fossiles et des autres polluants, il sera trop tard (…). Car il faut de une à deux générations pour s’orienter vers de nouvelles sources d’énergies. Et le mal, à ce moment-là, sera déjà fait. »

 

Couverture de L’Express du 3 février 1979 et projections de taux de CO2 et de températures publiées dans le dossier

 

On peut sans doute excuser que les premières théories scientifiques prévoyant une augmentation mondiale de la température due aux émissions de gaz carbonique dans l’atmosphère, formulées en 1896 par le prix Nobel suédois Svante Arrhenius, n’aient pas suscitées d’initiative politique visant à juguler ces émissions. Mais comment admettre que 36 ans après l’irruption de la crise climatique et son origine anthropique dans la sphère publique, les émissions de gaz à effet de serre aient augmenté de plus de 60 % ?

 

Engagement d’un côté, greenwashing et dépolitisation de l’autre

Le 6 mars dernier, Alan Rusbridger, directeur du quotidien britannique The Guardian, explique dans un éditorial qu’il a pris conscience des graves insuffisances de son journal quant à sa couverture du changement climatique. Bien que ce soit le sujet le plus important au monde – « the biggest story in the world » selon la formule du Guardian – Rusbridger observe que la presse est incapable de lui accorder la place qui aurait dû lui revenir. Ces derniers mois, plusieurs numéros du Guardian sont parus enveloppés d’une page de garde entièrement consacrée à l’urgence climatique.

 


The Guardian du 17 mars 2015 : « Voici les compagnies pétrolières, gazières et minières qui polluent le plus au monde. Les aidez-vous à se financer ? »

 

Celle qui accompagne le numéro du 17 mars est particulièrement courageuse : elle rassemble les logos de plusieurs dizaines des plus grosses multinationales des secteurs du charbon, du pétrole et du gaz et invite le lecteur à désinvestir de ces sociétés. Un engagement salutaire, quand on sait que moins d’une centaine de multinationales portent à elles seules la responsabilité de deux tiers des émissions cumulées de gaz à effet de serre depuis le début de la révolution industrielle – et donc qu’elles sont les principales responsables du changement climatique.

Bien loin de l’engagement éditorial du Guardian, à chaque fois que les hebdomadaires français ont publié un dossier consacré au climat, ils ont permis à des géants de la pollution d’y intercaler des pages de publicités vantant leurs « innovations » et autres « initiatives » en faveur de la planète. Si ce greenwashing est possible, s’il ne choque pas le lecteur, c’est parce que les contenus éditoriaux contribuent eux-mêmes largement à dépolitiser les enjeux liés au changement climatique.

À la lecture des grands newsmagazines français, on peut difficilement comprendre que les pays du Sud sont de loin ceux qui subiront – et subissent déjà – les plus graves effets du dérèglement climatique alors que les pays du Nord sont ceux qui en sont très largement à l’origine. La couverture du Nouvel Observateur du 7 juillet 2005, en proclamant contre toute évidence que « la France sera la plus touchée » par le réchauffement de la planète, allait particulièrement loin dans l’indécence. En général, il est plutôt reprocheé à la presse de présenter la question du climat comme un défi auquel « l’humanité toute entière » est confrontée : le choix d’un tel angle ayant pour effet de rendre invisible les inégalités et les rapports de force qui expliquent l’absence de réponse satisfaisante aux enjeux climatiques.

 

Et demain ?

Alors que la Conférence de Paris sur le climat occupe une place d’importance dans l’agenda gouvernemental, les grands hebdomadaires d’information généraliste y consacreront inévitablement un dossier dans les mois à venir. Ces dossiers seront-ils les seuls de la décennie ? Vulgariseront-ils la science climatique : expliquer l’effet de serre, retracer la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère et décrire le fonctionnement des modèles climatiques ? Rendront-ils compte des risques de rétroactions positives liés à des franchissements de seuils, s’agissant aussi bien de la circulation des courants marins, de la fonte du pergélisol – le sol gelé en permanence – ou de celle des glaces du Groenland ? Compareront-ils les scénarios de laisser-faire et d’action ambitieuse, sur lesquels sont échafaudées les simulations d’évolution du climat ? Décrypteront-ils la notion de « budget carbone », ainsi que celle de « bulle carbone », notions qui révèlent à quel point la sauvegarde du climat ne pourra pas s’affranchir d’une profonde remise en cause du capitalisme.

Révéleront-ils l’injustice révoltante qui accable les populations qui sont déjà parmi les plus vulnérables de planète : elles qui n’ont bénéficié que très tardivement et de manière très inégales du développement industriel vont pourtant en subir les plus terribles conséquences à travers les dérèglements climatiques. Ces communautés, qui s’organisent en un mouvement mondial pour la justice climatique, sont en première ligne de la lutte contre le changement climatique. Ils méritent, à ce titre, le soutien et la reconnaissance de quiconque prend la mesure de l’enjeu. Avant que, d’ici dix ou vingt ans, la photo d’un cadavre d’enfant, réfugié climatique échoué sur une plage, ne vienne réveiller les consciences endormis, et... faire enfin la une des magazines.

Jean-David Roubach

Photo : vue de l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle Orléans / CC Nasa

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 17:17

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

ça bouge ! Luttes sociales

« Oxi ! Basta ! Enough ! » : des marches européennes pour une Europe sans austérité

par

 

 

 

Des marches européennes contre l’austérité vont converger sur Bruxelles entre le 1er et le 15 octobre. Les participants ont pour objectif d’encercler le sommet des chefs de l’Etat de l’Union européenne afin de dénoncer les politiques d’austérité et les projets de traités de libre-échange. Des rencontres sur les différentes luttes sociales en cours et sur les alternatives politiques en Europe sont également au programme. « Les élites européennes, au nom du profit et de la compétitivité, s’attaquent à la justice sociale, à la démocratie, au climat et font de l’Europe un terrain de jeu pour leurs propres intérêts », dénonce l’appel européen à ces marches que relaie Basta !.

En Grèce, la population a dit Oxi ! Non ! Un « Non ! » aux exigences cruelles et irraisonnables pour plus d’austérité et d’appauvrissement. Dans toute l’Europe, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour soutenir le peuple grec – en ayant conscience que soutenir leur lutte c’est défendre nos droits partout en Europe.

Les élites européennes, au nom du profit et de la compétitivité, s’attaquent à la justice sociale, à la démocratie, au climat et font de l’Europe un terrain de jeu pour leurs propres intérêts. Ils usent du chantage et humilient toutes celles et ceux qui résistent, ils utilisent la peur, le nationalisme et la division raciste pour gouverner, et prétendent qu’il n’y a pas d’alternatives.

Pourtant, nous construisons des alternatives au travers de nos luttes nombreuses et variées.

Développons la solidarité sans frontières, notre force réside dans un OXI ! Basta ! Enough ! européen. Construisons une autre Europe maintenant !

Parce que l’austérité et la dette nous appauvrissent et détruisent nos droits sociaux, économiques et démocratiques ;
Parce que nous refusons la pauvreté et la précarité ;
Parce que les accords de libre-échange (TTIP, CETA, TISA, ACP, APE, TTP et autres) renforcent le pouvoir des multinationales et détruisent la planète et la démocratie ;
Parce que nous nous engageons contre le racisme et contre le sexisme ;
Parce que nous dénonçons la corruption et les paradis fiscaux ;
Notre OXI ! NON ! est un OUI ! à l’égalité, aux droits économiques et sociaux et à une réelle démocratie ;
Un OUI ! Pour une réduction des dettes ;
Un OUI ! Pour la justice climatique et l’agriculture paysanne.

En octobre, nous marcherons des quatre coins de l’Europe vers Bruxelles, nous encerclerons les puissants et leurs négociations secrètes durant le Sommet du Conseil européen, nous débattrons et manifesterons – Rejoignez-nous !

 

Télécharger l’appel.

 

Organisations signataires :
- Belgique : Acteurs des Temps Présents, Alliance D19-20, Mouvement Agriculture Paysanne, Belgian Anti-Poverty Network, Climate Express, CADTM, Hard boven Hart, Tout Autre Chose, No Transat, MOC, Réseau Wallon de lutte contre la Pauvreté, Peuple d’Europe MPEVH, Attac Wallonie Bruxelles

- Europe : EuroMarchas 2015 ; Alter Summit, ATTAC-Europe, Via Campesina, Blockupy, Corporate Europe Observatory, Transform Europe

- France : Comité français d’organisation des Marches : AC !, APEIS, Attac, CADTM, Des ponts pas des murs, Espaces Marx, Les efFRONTé-e-s, Fondation Copernic, IPAM, Marches européennes, MNCP, CNT-Solidarité ouvrière, FSU, Union syndicale Solidaires
. Avec le soutien de : Ensemble, NPA, PCF

- Allemagne : ATTAC-Deutschland, FrauenLandesarbeitsgemeinschaft in der Partei Die Linke

- Espagne : Intersindical Valenciana

 

Informations et contacts :
- Marches : marches(a)attac.org (pour la partie Française des marches) et euromarchas2015(a)gmail.com (pour la coordination européenne des marches)
- Encerclement du Sommet : info(a)d19-20.be

 

Pour en savoir plus :
- sur twitter : #OX15
- http://www.ox15.eu/ (site en construction)
- OX15.eu (événement Facebook, avec la liste des premiers signataires)

Photo de Une : CC Des Byrne / FlickR

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 20:17

 

 

Source : http://www.generation-tao-blog.com

 

 

Solution monnaie-Terre, une vidéo de Philippe Derudder

 

 

“C’est le Bien commun, la recherche incessante d’amélioration de la qualité de la vie obéissant strictement a ce que la planète peut soutenir qui doit présider à la production et à nos modes de vie. Son financement doit donc être autonome, libéré des limites de la fiscalité et de l’emprunt qui asservissent la plupart pour le seul avantage de quelques uns et qui conduit à une destruction progressive de notre planète. Tout est prêt pour opérer cette libération. Voici comment…”

Nous vous partageons un message de notre ami Philippe Derudder, qui accompagne une vidéo qu’il vient de réaliser.

 

Bonjour les amiEs

Au début de l’été vous avez assisté à la mise à mort de la Grèce. La Troïka a arraché au premier ministre A. Tsipras, un révolver sur la tempe, un “accord” qui condamne le peuple à plus de souffrances, le pays à une récession économique, tout en organisant le dépeçage de son patrimoine par privatisations. Si vous en doutiez encore, vous avez maintenant la preuve que la démocratie (exprimée par l’élection d’un gouvernement en janvier, et par un referendum en juin) n’a aucune valeur aux yeux de l’eurogroupe, totalement inféodé aux intérêts supérieurs de la finance. Est-ce spécifique à Grèce ? Non, c’est l’implacable logique de l’idéologie ultralibérale qui s’affiche là dans sa brutalité et son inhumanité, mais dont nous sommes tous victimes, à des degrés divers, par la mise en place des politiques d’austérité.

Voilà quelques mois, je vous annonçais notre désir de réaliser une vidéo sur l’idée d’une monnaie complémentaire NATIONALE pour financer le Bien commun (tout ce qui n’a pas par nature une finalité de profit financier), et j’appelais à contribution pour la financer. Le budget espéré a été dépassé et, même si je l’ai déjà fait, je tiens à vous dire ma gratitude pour le soutien apporté.

Quel rapport y-a-t-il entre l’annonce de la vidéo et l’introduction de mon message ? Lorsque vous la regarderez, ayez à l’esprit la situation de la Grèce. Car il ne faut pas aborder le concept présenté dans la vidéo comme une sorte d’utopie, mais comme un outil, immédiatement disponible, dont la seule mise en œuvre ne demande rien d’autre que la volonté de le faire. On est donc là dans le concret, dans une solution qui non seulement sauverait la Grèce, mais répondrait aux défis majeurs de notre monde en ce siècle

La vidéo est prête et vous pouvez maintenant la voir en vous rendant à ce lien: www.aises-fr.org/s-informer/films-et-documentaires

Là vous avez non seulement accès à la vidéo, mais aussi à des développements supplémentaires. En effet, nous avons choisi de faire le plus court possible car nous savons que le temps est compté pour beaucoup. La vidéo résume donc le concept sans entrer dans les détails. Si donc vous voulez plus de renseignements vous les trouverez sur la page de présentation du film.

Comme je le souligne en conclusion, nos dirigeants ne sont absolument pas mûrs pour prendre un tel virage. Nous savons qu’ils nous conduisent “dans le mur” comme on le dit souvent. Si donc nous voyons dans ce qui est proposé une réelle solution, alors elle doit être connue pour qu’elle occupe une place grandissante dans l’espace public.
– N’hésitez donc pas à diffuser largement ce message;
– Faites-en un sujet d’étude au sein des mouvements citoyens que vous côtoyez ou auxquels vous adhérez.
– La vidéo est libre de droits et vous pouvez la commander et la projeter en public. Si nos agendas et conditions coïncident je peux aussi venir animer une rencontre.

Le choix est simple: ou bien nous acceptons que les intérêts de la finance détruisent le peu de démocratie et de souveraineté qui restent, ou bien nous faisons chacun ce que nous pouvons pour que la volonté des peuples s’impose à la finance. Porter le concept présenté dans “Solution monnaie-Terre” rend cette dernière option possible.

Amicalement

Philippe Derudder

 

 

Source : http://www.generation-tao-blog.com

 

 

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 17:17

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Le prix de de la création libre de légumes a été décerné

11 septembre 2015

 

La Fondation pour une Terre humaine a remis jeudi 10 septembre, son prix 2015 de la Création libre de légumes. Ce prix, décerné par un jury international (chercheurs, professionnels, ONG), vise à mettre en valeur la sélection de variétés nouvelles à partir de semences anciennes.

Le maraîcher Cédric Godbert, installé en Indre-et-Loire, a ainsi été récompensé pour sa courgette blanche et ronde, « pouvant atteindre 20 cm de diamètre à maturité, apparue spontanément dans son potager, provenant probablement d’un croisement accidentel entre une Ronde de Nice et un patisson. »

Le jardinier...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 17:07

 

Source : https://www.monde-diplomatique.fr

 

 

 

Contre une austérité à perpétuité

Sortir de l’euro ?

 

 

 

« En fait, nous sommes déjà sortis de la zone euro », a admis M. Nicos Anastasiades, président de Chypre, un pays où les billets n’ont plus la même valeur qu’en Grèce ou en Allemagne. L’explosion de la monnaie unique aurait-elle commencé ? Contre le scénario du chaos, l’idée d’une sortie de l’euro concertée et organisée fait son chemin.

par Frédéric Lordon, août 2013
 
 

Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme.

 

Majeure : l’euro actuel procède d’une construction qui a eu pour effet, et même pour intention, de donner toute satisfaction aux marchés de capitaux et d’organiser leur emprise sur les politiques économiques européennes (1). Mineure : tout projet de transformation significative de l’euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés financiers et d’expulsion des investisseurs internationaux du champ de la construction des politiques publiques. Ergo, conclusions : 1. Jamais les marchés ne laisseront s’élaborer tranquillement, sous leurs yeux, un projet qui a pour évidente finalité de leur retirer leur pouvoir disciplinaire ; 2. Sitôt qu’un tel projet commencerait d’acquérir un tant soit peu de consistance politique et de chances d’être mis en œuvre, il se heurterait à un déchaînement de spéculation et à une crise de marché aiguë qui réduiraient à rien le temps d’institutionnalisation d’une construction monétaire alternative, et dont la seule issue, à chaud, serait le retour aux monnaies nationales.

 

La gauche-qui-continue-d’y-croire n’a donc le choix qu’entre l’impuissance indéfinie… ou bien l’advenue de cela même qu’elle prétend vouloir éviter (le retour aux monnaies nationales), sitôt que son projet de transformation de l’euro commencerait à être pris au sérieux !

 

Encore faut-il s’entendre sur ce que veut dire ici « la gauche » : certainement pas le Parti socialiste (PS), qui n’entretient plus avec l’idée de gauche que des rapports d’inertie nominale, ni la masse indifférenciée de l’européisme, qui, silencieuse ou béate pendant deux décennies, vient de découvrir les tares de son objet chéri et réalise, effarée, qu’il pourrait bien partir en morceaux.

 

Mais l’on ne rattrape pas en un instant une aussi longue période de sommeil intellectuel bienheureux. Aussi le concours aux planches de salut s’est-il ouvert avec la douceur d’un réveil en pleine nuit, dans un mélange de légère panique et de totale impréparation.

 

En vérité, les pauvres idées auxquelles l’européisme raccroche ses derniers espoirs ne sont plus que des mots creux : euro-obligations (ou eurobonds) (lire « “Eurobonds” »), « gouvernement économique » ou, encore mieux, « saut démocratique » — façon François Hollande-Angela Merkel, on voit d’ici l’hymne à la joie —, solutions de carton pour une pensée Potemkine qui, n’ayant jamais rien voulu interroger, risque de ne jamais rien comprendre. Peut-être, d’ailleurs, s’agit-il moins de comprendre que d’admettre. Admettre enfin la singularité de la construction européenne comme gigantesque opération de soustraction politique.

 

Mais que s’agissait-il de soustraire, au juste ? Ni plus ni moins que la souveraineté populaire. La gauche de droite, comme par hasard européiste forcenée, se reconnaît entre autres à ceci qu’elle a les oreilles qui saignent quand elle entend le mot de souveraineté, immédiatement disqualifié en « isme » : souverainisme. La chose étrange est qu’il ne vient pas un instant à l’esprit de cette « gauche »-là que « souveraineté », d’abord comprise comme souveraineté du peuple, n’est que l’autre nom de la démocratie même. Serait-ce que, disant « démocratie », ces gens-là auraient tout autre chose en tête ?

 

Par une sorte d’aveu involontaire, en tout cas, le refus de la souveraineté est bel et bien le déni de la démocratie en Europe. « Repli national » est alors le mot-épouvantail destiné à faire oublier cette légère absence. On fait grand bruit d’un Front national à 25 %, mais sans jamais vouloir se demander si ce niveau — en effet alarmant ! — n’aurait pas quelque chose à voir, et même d’assez près, avec la destruction de la souveraineté, non comme exaltation mystique de la nation, mais comme capacité des peuples à maîtriser leur destin.

 

Que reste-t-il en effet de cette capacité dans une construction qui a fait le choix délibéré de neutraliser par voie constitutionnelle les politiques économiques — budgétaires et monétaire — en les soumettant à des règles de conduite automatique inscrites dans des traités ? Les défenseurs du « oui » au traité constitutionnel européen (TCE) de 2005 avaient feint de ne pas voir que l’argument central du « non » résidait dans la partie III, certes acquise depuis Maastricht (1992), Amsterdam (1997) et Nice (2001), mais répétant au travers de toutes ces confirmations le scandale intrinsèque de la soustraction des politiques publiques au critère central de la démocratie : l’exigence de remise en jeu et de réversibilité permanentes.

 

Car il n’y a plus rien à remettre en jeu, ni même à discuter, lorsqu’on a fait le choix de tout écrire une fois pour toutes dans des traités inamovibles. Politique monétaire, maniement de l’instrument budgétaire, niveau d’endettement public, formes du financement des déficits : tous ces leviers fondamentaux ont été figés dans le marbre. Comment pourrait-on discuter du niveau d’inflation désiré quand celui-ci a été remis à une banque centrale indépendante et coupée de tout ? Comment pourrait-on délibérer d’une politique budgétaire quand son solde structurel est prédéterminé (« règle d’or ») et son solde courant plafonné ? Comment décider d’une répudiation de dette lorsque les Etats ne peuvent plus se financer que sur les marchés de capitaux ?

 

Faute d’apporter la moindre réponse à ces questions, ou plutôt par l’approbation implicite qu’elles donnent à cet état de choses constitutionnel, les indigentes trouvailles du concours Lépine européiste sont vouées à systématiquement passer à côté du problème central.

 

On se demande ainsi quel sens pourrait avoir l’idée de « gouvernement économique » de la zone euro, cette baudruche agitée depuis vingt ans par le PS, quand, précisément, il n’y a plus rien à gouverner, toute la matière gouvernable ayant été dérobée à une délibération gouvernante pour être enfermée dans les traités.

 

Sous des dehors de grand bond en avant par la sophistication financière, renouant d’ailleurs en cela avec la stratégie européenne de l’engrenage « technique », les euro-obligations, pour leur part, n’ont aucune des propriétés qu’imaginent leurs concepteurs. L’Allemagne, qui jouit des taux d’intérêt les plus bas lorsqu’elle emprunte sur les marchés, voit très bien ce qu’il lui en coûterait de faire signature commune avec les pouilleux du Sud. En accepterait-elle le prix, au nom de l’idéal-européen-à-faire-progresser, qu’elle ne manquerait pas de demander, en contrepartie de son engagement à la mutualisation financière, un surplus draconiende surveillance et d’ingérence dansles politiques économiques nationales — exactement de la même manière qu’elle a contraint ces politiques, à travers les traités et les pactes, au moment d’entrer dans la mutualisation monétaire.

 

La passion des œillères

C’est dire que, loin d’alléger si peu que ce soit les tares politiques de la construction présente, les euro-obligations leur feraient connaître au contraire un degré d’aggravation inédit. Qui peut imaginer un seul instant que l’Allemagne consentirait à entrer dans le mécanisme de solidarité financière d’une dette mutualisée, c’est-à-dire à être mécaniquement contrainte de payer en cas de défaut d’une des composantes, sans exiger, par le truchement d’une Commission renforcée, un droit de regard drastique et permanent, additionné d’une procédure de mise sous tutelle au moindre écart de l’un des « partenaires » ? Le durcissement des contraintes de pilotage automatique et des formes de « troïkation » généralisée — mise sous tutelle des Etats par la Commission, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international — sont le seul résultat escomptable des euro-obligations. Soit l’exact approfondissement de la crise politique où l’Europe est déjà en train de sombrer…

 

Dans cette affaire, c’est l’Allemagne qui est au principe de la dépossession généralisée de souveraineté, seule solution admissible à ses yeux quand il s’agit de partager un destin économique et surtout monétaire avec d’autres, dont elle juge qu’ils ne peuvent exercer leur souveraineté que pour le pire. Alors, neutralisation générale ! Ne reste vivace que… la souveraineté allemande, qui s’est transportée telle quelle dans les institutions économiques et monétaires européennes.

 

Les cris d’épouvante qui accueillent toute mise en cause de l’Allemagne se succèdent alors avec une telle stéréotypie qu’ils finissent par en dire plus long sur ceux qui les émettent que sur l’objet dont il est question. Comme dans les formes inverties de racisme qui croient se dénier elles-mêmes en professant des amitiés trop bruyantes pour être honnêtes, il se pourrait que les plus travaillés par la question allemande soient ceux qui clament spontanément leur germanomanie comme refus de toute analyse.

 

A égale distance des pôles opposés de la philie et de la phobie, où l’on est bien certain qu’aucune intelligence ne peut prospérer, il y a place pour l’analyse objective des complexions structurelles, des héritages historiques, et des rapports de compatibilité ou d’incompatibilité qui en résultent quand il s’agit de faire vivre ensemble des pays différents à un degré un peu poussé d’intégration. En l’occurrence, il faut vraiment avoir la passion des œillères pour ne pas voir que l’Allemagne s’est fabriqué une croyance autour de la monnaie, qui l’érige en enjeu si élevé que la moindre concession en cette matière lui est simplement impossible. Si elle a accepté d’entrer dans l’euro, ce n’était qu’à la condition sine qua non de pouvoir dicter à la monnaie européenne son architecture institutionnelle, décalquée sur la sienne propre.

 

Que l’Allemagne se soit perdue dans l’idée (fausse) que son hyperinflation de 1923 a été l’antichambre du nazisme, quand la déflation de 1931 l’a été bien plus probablement, la chose n’a aucune importance : elle y croit, et elle agit conformément à cette croyance. Nul ne peut lui reprocher d’avoir l’histoire qu’elle a, ni d’adhérer aux récits qu’elle s’en est donnés. Nul ne peut lui reprocher d’en avoir conçu une vision singulière de ce que doit être un ordre monétaire, et de refuser d’entrer dans un ordre qui en différerait. Mais l’on peut assurément reprocher à Berlin d’imposer ses idées fixes à tous ! Et s’il est parfaitement légitime de laisser l’Allemagne poursuivre ses obsessions monétaires, il est tout aussi légitime de ne pas désirer les poursuivre avec elle. Particulièrement quand ces principes monétaires ne conviennent pas aux structures économiques et sociales des autres pays, et, en l’occurrence, en conduisent quelques-uns au désastre.

 

Car certains Etats membres ont besoin de dévaluation ; certains, de laisser se creuser les déficits ; certains, de répudier une partie de leur dette ; d’autres, d’inflation. Et tous ont surtout besoin que ces choses-là redeviennent des objets possibles de délibération démocratique ! Mais les principes allemands, inscrits dans les traités, l’interdisent…

 

Qu’il n’y ait pas lieu de placer ses espoirs dans le « saut démocratique » proposé par M. Hollande et Mme Merkel est sans doute un euphémisme. La réactivation d’un projet fédéraliste demeure de toute façon un horizon des plus flous tant qu’on n’a pas dit en quoi il consisterait, et qu’on ne s’est pas donné la peine d’en examiner les conditions de possibilité. Il faudrait d’abord demander aux partisans de l’avancée fédéraliste de nous figurer le miracle qui conduirait l’Allemagne à accepter que réintègrent le cercle de la délibération démocratique toutes ces questions qu’elle s’est méthodiquement efforcée d’en exclure ; puis leur demander s’ils estiment qu’un fédéralisme toujours constitutionnellement interdit de débattre de ces questions demeurerait à leurs yeux un « saut démocratique » (2).

 

Pour le plaisir de l’expérience de pensée, accordons-leur cependant l’hypothèse d’une démocratie européenne fédérale tout armée, avec un pouvoir législatif européen digne de ce nom, évidemment bicaméral, doté de la plénitude de ses prérogatives, élu au suffrage universel, comme l’exécutif européen (dont on ne sait d’ailleurs la forme qu’il pourrait prendre). La question qu’on poserait à tous ceux qui rêvent ainsi de « changer d’Europe pour surmonter la crise (3) » serait alors la suivante : imaginent-ils l’Allemagne se plier à la loi de la majorité européenne si d’aventure le Parlement souverain venait à décider la reprise en main de la BCE, la possibilité du financement monétaire des Etats ou bien le déplafonnement des déficits budgétaires ? Pour la généralité de l’argument, on ajoutera que la réponse — évidemment négative — serait la même, en l’occurrence on l’espère !, si cette même loi de la majorité européenne venait imposer à la France la privatisation intégrale de la Sécurité sociale. Au fait, que n’aurait-on entendu si la France avait imposé à l’Europe sa forme à elle de Sécu, comme l’Allemagne a imposé son ordre monétaire, et si, comme cette dernière, elle en avait fait un point d’ultimatum ?…

 

Il faudra donc que les ingénieurs du fédéralisme finissent par apercevoir que les institutions formelles de la démocratie n’en épuisent nullement le concept, et qu’il n’est pas de démocratie vivante, ni possible, sans un arrière-plan de sentiments collectifs seul à même de faire consentir les minoritaires à la loi de la majorité ; car, à la fin des fins, la démocratie, c’est ça : la délibération plus la loi de la majorité. Mais c’est bien là le genre de choses que les hauts fonctionnaires — ou les économistes — dépourvus de toute culture politique, et qui forment pourtant l’essentiel des personnels politiques nationaux et européens, sont incapables de voir. Cette insuffisance intellectuelle nous vaut régulièrement de ces monstres institutionnels ignorants du principe de souveraineté, le « saut démocratique » s’annonçant déjà totalement inconscient des conditions de possibilité passionnelles de la démocratie, et de la difficulté d’y satisfaire dans un cadre plurinational.

 

Une fois rappelé que le retour aux monnaies nationales, lui, les remplit toutes, et demeure techniquement praticable pour peu qu’il s’accompagne de toutes les mesures latérales ad hoc (notamment de contrôle des capitaux (4)), on peut ne pas complètement abandonner l’idée de faire quelque chose en Europe. Pas une monnaie unique, puisque celle-ci suppose une construction politique authentique, pour l’heure hors de portée. Une monnaie commune, en revanche, cela s’étudie ! D’autant plus que les bons arguments d’une forme d’européanisation demeurent, sous réserve bien sûr que les inconvénients ne l’emportent pas sur les avantages…

 

Or cette balance redevient enfin favorable si, en lieu et place d’une monnaie unique, on pense à une monnaie commune, c’est-à-dire à un euro doté de représentants nationaux : des euro-francs, des euro-pesetas, etc. Ces dénominations nationales de l’euro ne sont pas directement convertibles à l’extérieur (en dollars, en yuans, etc.), ni entre elles. Toutes les convertibilités, externes et internes, passent par une nouvelle BCE, qui fait office en quelque sorte de bureau de change (lire « Convertibilité, mode d’emploi »), mais est privée de tout pouvoir de politique monétaire. Celui-ci est rendu à des banques centrales nationales dont il appartiendra aux gouvernements de juger s’ils entendent en reprendre les rênes ou non.

 

La convertibilité externe, réservée à l’euro, s’effectue classiquement sur les marchés de change internationaux, donc à taux fluctuants, mais via la BCE, qui est le seul intervenant pour le compte des agents (publics et privés) européens. En revanche, la convertibilité interne, celle des représentants nationaux de l’euro entre eux, s’effectue au seul guichet de la BCE, et à des parités fixes, politiquement décidées.

 

Récupération de la souveraineté monétaire

Nous voilà donc débarrassés des marchés de change intra-européens, qui étaient le foyer de crises monétaires récurrentes à l’époque du système monétaire européen (5), et protégés des marchés de change extra-européens par l’intermédiaire du nouvel euro. C’est cette double propriété qui fait la force de la monnaie commune.

 

Le fantasme de la convergence « automatique » des économies européennes maintenant dissipé, nous savons que certaines économies ont besoin de dévaluer — à plus forte raison dans la crise présente ! Or le dispositif de convertibilité interne de la monnaie commune a l’immense vertu de rendre à nouveau possibles ces dévaluations, mais dans le calme. L’expérience des années 1980 et 1990 a suffisamment montré l’impossibilité d’ajustements de change ordonnés sous le déchaînement de marchés financiers entièrement libéralisés. Le calme interne d’une zone monétaire européenne débarrassée du fléau de ses marchés de change rend alors les dévaluations à des processus entièrement politiques, où il revient à la négociation interétatique de s’accorder sur une nouvelle grille de parités.

 

Et pas seulement les dévaluations ! Car l’ensemble pourrait être configuré à la manière de l’International Clearing Union proposée par John Maynard Keynes en 1944, qui, outre la possibilité de dévaluer offerte aux pays à forts déséquilibres extérieurs, prévoyait également de forcer à la réévaluation les pays à forts excédents. Dans un tel système, qui contraindrait à des réévaluations graduées au travers d’une série de seuils d’excédents (par exemple à 4 % du produit intérieur brut, puis 6 %), l’Allemagne aurait dû depuis longtemps accepter une appréciation de son euro-mark, et par là soutenir la demande dans la zone euro, donc participer à la réduction de ses déséquilibres internes. Ainsi des règles d’ajustement de change viennent-elles suppléer dans la négociation le mauvais vouloir prévisible des pays excédentaires…

 

Le catéchisme néolibéral hurle « inefficacité » et « inflation » dès qu’il entend le mot « dévaluation ». Pour ce qui est de l’inefficacité, disons que l’esprit de conséquence n’est pas tout à fait son fort. Car la dévaluation, c’est ce qu’il ne cesse de préconiser lui-même ! A ceci près qu’il plaide pour la dévaluation interne, par les salaires — et le chômage, qui fait pression sur les salaires ! —, en lieu et place de la dévaluation externe, celle du taux de change. L’ajustement structurel plutôt que l’ajustement de parité des monnaies… S’ils venaient à sortir de l’euro pour refaire cavalier seul, les Allemands s’en apercevraient rapidement, qui verraient une décennie de restriction salariale annulée en deux journées de réévaluation du néo-deutschemark…

 

Quant à l’inflation, qui demanderait de préférer le premier ajustement au second, c’est un ectoplasme dans une période qui est bien plutôt menacée par la déflation (la baisse du niveau général des prix), au moins aussi dangereuse, et qui appellerait en fait une reflation contrôlée, ne serait-ce que pour alléger le poids réel de la dette.

 

Mais cet effet d’allégement réel ne serait-il pas dominé par le renchérissement de notre dette externe du fait de la dévaluation même ? Dévaluer de 10 % contre le dollar, c’est, mécaniquement, alourdir de 10 % notre dette libellée en dollars. A ceci près que, comme l’a montré Jacques Sapir (6), 85 % de la dette française a été émise sous contrat de droit français et serait relibellée en euro-francs, par conséquent sans aucun effet à la suite d’une dévaluation.

 

L’enjeu d’une monnaie commune, en tout cas, va bien au-delà de la simple restauration des possibilités de la dévaluation, dont on peut à la fois dire qu’elle est, spécialement dans la période actuelle, un degré de liberté vital, mais certainement pas la solution universelle. Sortir de l’euro présent est bien moins une affaire de macroéconomie — c’en est une, assurément ! — que de conformation à l’impératif catégorique de la démocratie qui s’appelle « souveraineté populaire ».

 

Si les conditions de possibilité passionnelles de cette souveraineté populaire à l’échelle supranationale sont encore lointaines, alors le réalisme commande d’en rabattre sur l’« ambition européenne » ; ce qui ne signifie pas l’abandonner en tout. Elle devrait par exemple être poursuivie aussi vigoureusement que possible dans toutes les matières autres qu’économiques — ceci dit contre les imputations de « repli national ». Quant à l’ambition proprement économique, il s’agit aussi de savoir avec qui on la poursuit. Certainement pas à vingt-huit ou à dix-sept, grands nombres qu’on croirait faits exprès pour garantir le pire ! Ce sont les rapports objectifs de compatibilité qui décident, supposant une homogénéité minimale des formes de vie — les mêmes idées, ou des idées proches, en matière de modèle social, de préoccupation environnementale, etc. —, et un préaccord sur les grands principes de politique économique. Ces cohérences-là ne sont probablement, pour commencer, à la portée que d’un petit nombre d’Etats. Et il n’est pas faux qu’elles puissent parfois s’apprécier sur la base d’indicateurs de convergence… mais pas ceux du traité de Maastricht.

 

S’il s’agit par exemple de constituer un grand marché comme entité sous-jacente à la monnaie commune, on ne saurait y faire entrer que des économies ayant des modèles socioproductifs semblables et, corrélativement, des structures de coûts voisines. Ne seraient par conséquent admis dans cette nouvelle Europe économique et monétaire que des pays dont le salaire moyen ou minimum n’est pas inférieur à 75 % — ou quelque autre seuil à déterminer — de la moyenne des salaires moyens ou minimums des autres Etats membres. Et cette totale refonte de la construction européenne serait l’occasion d’en finir à la fois avec le délire de l’orthodoxie monétaire, financière, de l’ajustement structurel généralisé, et avec les malfaisances de la concurrence « non distordue », celle-là même qui s’accommode si bien de toutes les distorsions structurelles, sociales et environnementales, et qui se propose en réalité de les faire jouer avec la violence maximale.

 

C’est ici qu’on en revient au syllogisme de départ : l’idée de passer de l’euro actuel à un euro refait et progressiste est un songe creux. Par construction, s’il est progressiste, les marchés financiers, qui ont tout pouvoir actuellement, ne le laisseront pas advenir. L’alternative est donc la suivante : ou bien l’enlisement définitif dans un euro libéral marginalement modifié par des trouvailles de seconde zone comme le « gouvernement économique » ou les euro-obligations, emplâtres qui ne modifient en rien la logique profonde de la « soustraction démocratique » ; ou bien le choc frontal avec la finance, qui l’emportera à coup sûr… et par là même perdra tout, puisque sa « victoire » détruira l’euro et créera précisément les conditions d’une reconstruction d’où les marchés, cette fois, seront exclus !

 

Il est bien certain cependant que ce retour forcé aux monnaies nationales, sonnant comme un échec, aura des effets politiquement dépressifs qui pèseront un moment sur tout projet de relance européenne. C’est pourquoi, toutes choses égales par ailleurs, la probabilité d’une telle relance à terme dépend crucialement de la manière dont on sort de l’euro. Mettre de l’énergie politique européenne en réserve pour traverser la période des monnaies nationales suppose donc de prendre le parti de « tomber sur la monnaie commune », c’est-à-dire de provoquer la déflagration des marchés en annonçant ce projet-là, en le posant fermement comme l’horizon d’une volonté politique d’un certain nombre de pays européens, plutôt que de ne donner à cet affrontement que le débouché sans suite des monnaies nationales. Si donc on n’échappe pas au retour aux monnaies nationales, la manière d’y revenir détermine la possibilité d’en repartir !

 

En tout cas, sauf la grande anesthésie définitive dans l’euro antisocial, on y reviendra. C’est là la sanction d’une construction incapable d’évoluer pour s’être privée elle-même de tout degré de liberté. Les constructions ultrarigides n’ont le choix que de résister tant qu’elles n’ont pas à faire face à des chocs externes trop puissants, ou bien de rompre ; mais pas celui de s’ajuster.

 

S’en prendre au cœur de la construction

L’européisme protestera que son Europe aimée ne cesse au contraire de faire des progrès. Fonds européen de stabilité financière (FESF), mécanisme européen de stabilité (MES), rachat de dette souveraine par la BCE (7), union bancaire : autant d’avancées sans doute un peu douloureusement acquises, mais bien réelles ! Malheureusement, et sans surprise, aucune ne s’en prend au cœur même de la construction, ce noyau dur dont émanent tous les effets dépressionnaires et antidémocratiques : exposition des politiques économiques aux marchés financiers, banque centrale indépendante, obsession anti-inflationniste, ajustement automatique des déficits, refus d’envisager leur financement monétaire. Aussi les « avancées » demeurent-elles périphériques, rustines destinées à accommoder comme elles peuvent les plus désastreuses conséquences que le « cœur », granitique et sanctuarisé, ne cesse de produire. Ravaudant les effets sans jamais vouloir s’en prendre aux causes, l’Europe, donc, persévère. Incapable de la moindre révision de fond, et inconsciente du fait que la rupture est le seul destin qu’elle se donne.

 

Frédéric Lordon

Economiste, auteur de La Crise de trop. Reconstruction d’un monde failli, Fayard, Paris, 2009.
 

(1) Lire François Denord et Antoine Schwartz, « Dès les années 1950, un parfum d’oligarchie », Le Monde diplomatique, juin 2009.

(2) Lire Serge Halimi, « Fédéralisme à marche forcée », Le Monde diplomatique, juillet 2012.

(3) Thomas Piketty, « Changer d’Europe pour surmonter la crise », Libération, Paris, 17 juin 2013.

(4) Par exemple en contingentant, voire en interdisant, certaines opérations financières.

(5) Le système monétaire européen (SME, 1979-1993) était un système de changes fixes, mais accompagnés d’une bande de fluctuation de plus ou moins 2,25 % autour des taux-pivots. C’est la difficulté de maintenir ces taux-pivots en présence de la liberté de mouvements de capitaux qui a conduit le SME à des crises à répétition.

(6) Jacques Sapir, « Quand la mauvaise foi remplace l’économie : le PCF et le mythe de “l’autre euro” », RussEurope, 16 juin 2013, russeurope.hypotheses.org

(7) Le FESF et le MES sont les deux fonds d’assistance aux pays endettés. L’Outright Monetary Transactions (OMT) est un programme de la BCE de rachat de titres souverains.

Lire aussi le courrier des lecteurs, dans l’édition de septembre 2013.

 

 

Source : https://www.monde-diplomatique.fr

 

 

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 16:58

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Toujours plus de Bancocratie

12 septembre par Eric Toussaint

 

 

 

Depuis la rédaction du livre Bancocratie (http://cadtm.org/Bancocratie ) qui s’est achevée le 31 mars 2014, quelles ont été les grandes évolutions et les évènements majeurs par rapport aux sujets abordés dans ce livre ?

 

Le système financier privé ne s’est vu imposer aucune mesure qui permettrait d’éviter l’éclatement de nouvelles crises. Les gouvernements ainsi que les différentes autorités chargées de veiller au respect des règlementations et à leur amélioration ont repoussé dans le temps ou ont très fortement adouci les petites mesures annoncées en 2008-2009. La concentration bancaire s’est poursuivie, les activités à risque également. Les 15 à 20 plus grandes banques privées d’Europe et des Etats-Unis ont continué à être impliquées dans différents scandales portant sur les prêts toxiques, les crédits hypothécaires frauduleux, la manipulation des marchés de change, la manipulation des taux d’intérêt (notamment le Libor), la manipulation du marché de l’énergie, l’évasion fiscale massive, le blanchiment d’argent du crime organisé, etc. Les autorités se sont contentées d’imposer des amendes, généralement très légères en regard des délits commis et de leur impact négatif sur les finances publiques, sans parler de la détérioration des conditions de vie de centaines de millions de personnes à travers le monde. Des responsables d’organismes de contrôle comme Martin Wheatley, qui dirigeait la Financial Conduct Authority à Londres, sont licenciées parce qu’elles tentent de faire le travail dont elles se sont vues confier la tâche et émettent trop de critiques à l’égard du comportement des banques. |1|


George Osborne, le chancelier de l’Échiquier, a décidé de se débarrasser de Martin Wheathley en juillet 2015 neuf mois avant la fin de son contrat de cinq ans. |2|

 

Malgré leurs responsabilités évidentes, aucun dirigeant de banque aux Etats-Unis ou en Europe (à part l’Islande) n’est condamné tandis que les traders sont poursuivis et emprisonnés pour des peines allant de 5 à 14 ans de prison ferme.

 

Des banques qui ont été nationalisées à grand frais afin de protéger les intérêts de leurs grands actionnaires privés sont revendues à des prix bradés au secteur privé, comme la Royal Bank of Scotland au Royaume Uni en 2015. Le sauvetage de RBS avait coûté 45 milliards de livres, sa reprivatisation entraînera probablement une perte d’environ 14 milliards de livre. |3| C’est aussi le cas de SNS Reaal et d’ABN Amro aux Pays Bas, d’Allied Irish Banks en Irlande ou d’une partie de la défunte Banco Espirito Santo au Portugal. Les pertes pour les finances publiques sont tout à fait considérables.

 

La politique de la BCE a évolué dans la forme mais pas sur le fond. L’institution basée à Francfort s’est lancée à partir du début 2015 dans une politique active de quantitative easing en achetant des titres aux banques privées européennes chaque mois pour un montant de 60 milliards d’euros. La BCE achète aux banques des produits structurés qu’elle les encourage à fabriquer. Elle leur achète également des obligations bancaires (covered bonds) et des titres de dette souveraine des pays qui appliquent des politiques néolibérales. Dans le même temps, la BCE prête aux banques privées au taux de 0,05% (taux en vigueur depuis septembre 2014). |4|

 

La FED a mis un terme à la politique de quantitave easing qu’elle a menée entre 2008 et 2014. Elle n’achète plus de titres hypothécaires structurés aux banques. Elle a annoncé depuis le début de l’année 2014 qu’elle procèdera pour la première fois depuis 2006 à une hausse des taux d’intérêts. En principe, cela devrait avoir lieu avant la fin 2015. Mais les répercussions négatives potentielles pour l’économie du pays l’amènent à hésiter. En effet, une hausse des taux d’intérêt attirera massivement des capitaux aux Etats-Unis, ce qui renchérira le dollar contre les autres monnaies et diminuera les exportations étatsuniennes vu l’atonie du reste de l’économie mondiale. De plus, de nombreuses entreprises privées risquent de rencontrer de graves problèmes de refinancement de leurs dettes. Sans oublier que le coût du remboursement de la dette publique augmentera mécaniquement. Même si cela compte peu dans les hésitations de la Fed, il faut ajouter que l’impact sur les économies émergentes sera très négatif car des masses considérables de capitaux les quitteront et seront transférées vers les Etats-Unis en vue de meilleurs rendements et de sécurité.

 

Les politiques suivies tant par les banques centrales que par les gouvernements n’ont pas relancé l’investissement productif. Les grandes entreprises privées sont assises sur des montagnes de liquidités de part et d’autre de l’Atlantique. Pour les entreprises non financières européennes, cela représente plus de 1 000 milliards d’euros qui, au lieu d’être utilisés pour augmenter les investissements et la production, restent dans la trésorerie des entreprises. Les entreprises utilisent massivement leurs bénéfices notamment pour racheter leurs propres actions en Bourse afin à la fois de maintenir les cours à la hausse (ou d’empêcher leur baisse) et de fournir aux actionnaires de plantureuses rentrées. Dans le même temps, la part des bénéfices qui sert à rémunérer les actionnaires sous la forme de dividendes continue d’augmenter, ce qui renforce bien sûr la tendance à ne pas investir.

 

Il est tout à fait clair que la politique des gouvernements et des banques centrales alimente une bulle spéculative sur les marchés boursiers. A tout moment, cette bulle peut éclater. Cela a commencé en Chine en 2015 et cela se produira à un moment ou à autre en Europe et aux Etats-Unis.

 

Parallèlement, les prix d’une série de matières premières sont à la baisse (pétrole, minéraux solides…). La chute radicale du prix du pétrole a mis fin au boom du gaz de schiste aux Etats-Unis et de nombreuses entreprises du secteur sont au bord de la faillite. De grands pays exportateurs de pétrole comme le Venezuela et le Nigéria sont très fortement affectés par la chute des cours.

 

Une des thèses du livre Bancocratie, c’est que les banques centrales et les gouvernements poursuivent deux grands objectifs : 1. Venir à la rescousse des grandes banques privées, de leurs grands actionnaires et de leurs principaux dirigeants tout en garantissant la poursuite de leurs privilèges. On peut affirmer sans risque de se tromper que sans l’action des banques centrales, de grandes banques seraient tombées en faillite et que cela aurait forcé les gouvernements à prendre à l’égard de leurs dirigeants et des grands actionnaires des mesures contraignantes fortes. 2. Participer et soutenir de manière offensive les attaques du Capital contre le Travail afin d’augmenter les profits des entreprises et rendre les grandes entreprises européennes plus compétitives sur le marché mondial face à leurs concurrents étrangers… Ces deux objectifs sont communs à la Fed, à la Banque d’Angleterre, à la BCE et à la Banque du Japon.

 

En ce qui concerne la BCE, s’y ajoutent deux objectifs spécifiques et complémentaires : 1. Défendre l’euro qui est une camisole de force pour les économies les plus faibles de la zone euro ainsi que pour tous les peuples européens. L’euro est un instrument au service des grandes entreprises privées et des classes dominantes européennes (le 1 % le plus riche). Les pays qui font partie de la zone euro ne peuvent pas dévaluer leur monnaie puisqu’ils ont adopté l’euro. Or les pays les plus faibles de la zone euro auraient avantage à dévaluer afin de retrouver de la compétitivité face aux géants économiques allemands, français, au Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) et à l’Autriche. Des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne ou l’Italie sont donc coincés par leur appartenance à la zone euro. Les autorités européennes et leur gouvernement national appliquent dès lors ce qu’on appelle la dévaluation interne : ils imposent une diminution des salaires au seul profit des dirigeants des grandes entreprises privées. 2. Renforcer la domination des économies européennes les plus fortes (Allemagne, France, Benelux…) où sont basées les plus grandes entreprises privées européennes. Cela implique de maintenir de fortes asymétries entre les économies les plus fortes et les plus faibles.

 

La victoire d’une coalition de gauche anti-austéritaire en Grèce en janvier 2015 a constitué une menace pour la BCE, la Commission européenne, les grandes entreprises et tous les autres gouvernements de l’Union européenne (pas seulement ceux de la zone euro). La BCE et tous les dirigeants européens ont fait de la défaite du projet de Syriza un enjeu central de leurs activités et ils sont arrivés à leurs fins en juillet 2015. La BCE a littéralement asphyxié le système financier grec et le gouvernement de Tsipras pour le mettre à genoux. Pour éviter de capituler, le gouvernement de Tsipras aurait pu mettre en place des solutions alternatives |5| telles que celles qui sont avancées dans le chapitre final de Bancocratie. Il aurait dû s’appuyer sur les résultats de l’audit mené par la Commission pour la vérité sur la dette grecque. |6| Il a préféré maintenir une orientation modérée qui était vouée à l’échec.

 

Pourtant, ces dernières années, on voit très bien que, suite à la crise de 2007-2008 et au renforcement des politiques néolibérales, les peuples sont prêts à opter pour des solutions radicales. Pour preuve, l’écho rencontré en particulier par les propositions les plus à gauche de Syriza en Grèce, de Podemos en Espagne et même de Jeremy Corbyn au Royaume Uni ou de Bernie Sanders aux Etats-Unis. Une des leçons centrales de la capitulation grecque de juillet 2015, c’est qu’il faut des forces politiques ayant véritablement la volonté d’appliquer les mesures qu’elles prônent en les intégrant à un programme cohérent de rupture avec le système. Une autre leçon, c’est qu’un gouvernement de gauche doit appliquer des mesures radicales à l’égard de la dette illégitime, des banques privées, des taxes, des services publics… afin de promouvoir la justice sociale et d’entamer une transition écologique. Sans cela, il n’y aura pas de sortie de crise en faveur des peuples.

 

 

Notes

|1| Jonathan Ford, « Greenspan’s capital idea for cutting back on banking angst », Financial Times, 23 août 2015, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/59b1...
Voici un extrait de l’article en question : « The UK government recently sacked one of the country’s most senior financial regulators, the head of the Financial Conduct Authority, Martin Wheatley. His crime ? Annoying too many financiers by the assiduousness with which he approached the task. »

|2| The Independent, « Martin Wheatley still has ’unfinished business’ at financial regulator FCA » http://www.independent.co.uk/news/b... consulté le 10 septembre 2015.

|3| Christine Berry, « RBS sale : there is an alternative », The NEF blog, 4 août 2015, http://www.neweconomics.org/blog/en...

|4| Eric Toussaint, « Super Mario Draghi 2.0 pour les banquiers », 6 septembre 2014, http://cadtm.org/Super-Mario-Draghi...

|5| Eric Toussaint, « Grèce : des propositions alternatives face à la capitulation de la nuit du 15 au 16 juillet 2015 », 16 juillet 2015, http://cadtm.org/Grece-des-propositions

|6| Commission pour la vérité sur la dette grecque, « Rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque », 24 juillet 2015, http://cadtm.org/Rapport-preliminai...

 

Auteur

Eric Toussaint

est maître de conférence à l’université de Liège, est le porte-parole du CADTM International et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.

 

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Source : http://cadtm.org

 

 

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