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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 21:04

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Megasurprise 02/07/2015 à 15h09

Profs, EDF et banques devront aider les préfets à fliquer les étrangers

Thibaut Schepman | Journaliste Rue89

 

 

Officiellement, le projet de loi sur l’immigration porté par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve vise à renforcer les droit des étrangers. Pourtant, au moins l’un de ses amendement va considérablement porter atteinte à leur liberté et à leur vie privée.

Ce texte – qui sera étudié par les députés en lecture publique à partir du 20 juillet – prévoit en effet la création d’un « droit de communication » qui donne au préfet le pouvoir de demander « sans que s’y oppose le secret professionnel autre que le secret médical » des informations sur les personnes demandant ou possédant un titre de séjour, auprès d’institutions aussi variées que :

  • Les établissements scolaires et d’enseignement supérieur.
  • Les établissements de santé.
  • les banques et organismes financiers.
  • Les fournisseurs d’énergie et les services de communications électroniques.
  • Pôle emploi.
  • Les services d’état civil.
  • La Sécurité sociale.
  • Les tribunaux de commerce.

Le but étant de confronter les déclarations des requérants à des données provenant directement des organismes concernés.

 

Scandale en 2009, normal en 2015

En 2008 et 2009, Rue89 révélait que des ANPE, mais aussi la banque LCL avaient, par excès de zèle, aidé les préfectures à expulser des sans-papiers. Si ce texte est définitivement adopté, ces situations deviendront non seulement normales mais en plus obligatoires pour ces structures mais aussi pour EDF, des collèges ou des hôpitaux.

 

Contrôle d’identité dans le quartier de la Patrenelle, à Marseille, le 29 janvier 2013 (AFP PHOTO/BORIS HORVAT)

 

Le Défenseur des droits, interrogé par Libération, craint déjà des « contrôles inopinés et d’une ampleur sans précédent » et des « moyens disproportionnés ».

Lise Faron, responsable de la commission migrants de la Cimade – l’une des principales associations d’aide aux migrants en France –, nous détaille :

« Cette disposition porte atteinte à la vie privée. Dans la pratique, ça va mettre des personnes et des structures dans des situations très compliquées au niveau déontologique, cela peut aller à l’encontre de leur mission.

Que doit faire par exemple un professeur à qui l’on demande des informations sur le niveau ou le travail scolaire d’un élève ? De même, le texte assure que le secret médical sera le seul secret professionnel qui sera préservé, mais dans les faits c’est impossible.

Même s’il n’a pas accès au dossier médical, le préfet a déjà accès à des informations médicales importantes s’il reçoit des éléments venant d’une structure psychiatrique par exemple. »

La responsable met en parallèle cette nouveauté avec une autre disposition du projet de loi. L’article 8 va autoriser le préfet à contrôler « à tout moment » que l’étranger qui dispose d’un titre de séjour « continue de satisfaire aux conditions fixées pour la délivrance de cette carte ». S’il ne peut le justifier, ou s’il ne se rend pas à la convocation, sa carte de séjour peut lui être retiré immédiatement. Lise Faron commente :

« Ça encourage les préfets à faire plus de contrôles et à retirer des titres de séjour en dehors du cadre du renouvellement, ce qui se fait peu aujourd’hui. Surtout, ça leur donne le droit de retirer un titre sans aucune garantie procédurale, ils n’auront pas à saisir la commission du titre de séjour. »

En clair, un préfet pourra enquêter sur un étranger avec l’aide de sa banque, de son opérateur ou de l’école de ses enfants, le convoquer et lui retirer son titre de séjour sans autre forme de procès.

« Tout va se passer uniquement entre le préfet et l’étranger, c’est dangereux à nos yeux. »

Oui pour les étrangers, non pour les chômeurs

Petit rappel pour finir. En mai, le gouvernement avait proposé puis retiré dans la hâte un amendement qui donnait aux agents de Pôle emploi un droit de communication sur les données personnelles de chômeurs suspectés de fraude. « Le ministre [du Travail] s’est rendu compte que ça n’avait pas été suffisamment concerté », avait commenté l’entourage de François Rebsamen à l’AFP.

Devant la colère des associations d’aide aux migrants, le rapporteur du texte, Erwann Binet, s’est dit prêt ce mardi à réécrire les deux articles dénoncés. Mais le ministre Cazeneuve ne compte pas imiter le ministre Rebsamen. Il a répondu :

« Je suis prêt à améliorer la rédaction du texte mais absolument pas à l’affaiblir dans sa capacité à lutter contre la fraude. »

Ce qui est choquant pour les chômeurs ne l’est pas (encore) pour les étrangers.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 20:33

 

Source : http://ww.okeanews.fr

 

Pourquoi j’ai voté contre (par Yanis Varoufakis)


Participants
  Nmyv66yH_400x400 Christine
  Olivier Okeanos

 

Dans un article publié dans « Le Journal des Rédacteurs », l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis explique les raisons de son vote contre le nouveau mémorandum.


20 juillet 2015 - 1916 mots  
1763     dernière mise à jour le 20/07/2015
 

"Nous savions dès le départ à quel point ils étaient sans scrupules" | EUROKINISSI/ΓΙΑΝΝΗΣ ΠΑΝΑΓΟΠΟΥΛΟΣ

"Nous savions dès le départ à quel point ils étaient sans scrupules" | EUROKINISSI/ΓΙΑΝΝΗΣ ΠΑΝΑΓΟΠΟΥΛΟΣ

 

J’ai décidé d’entrer en politique pour une raison : pour être aux côtés d’Alexis Tsipras dans la lutte contre la servitude de la dette. De son côté, Alexis Tsipras me fit honneur en me mobilisant pour une raison : une conception très précise de la crise fondée sur le rejet de la doctrine Papaconstantinou [conseiller économique (2004-2007) puis ministre des Finances (2009-2012) de Papandréou, NdT], selon laquelle entre la faillite désordonnée et les emprunts toxiques, l’emprunt toxique est toujours préférable.

Il s’agit d’une doctrine que je rejetais car elle faisait peser une menace constante dont le but était d’imposer, dans la panique, des politiques qui garantissent une faillite permanente et, en fin de compte, la servitude par la dette. Mercredi soir, au Parlement, j’ai été appelé à choisir entre (a) adopter la doctrine en question, en votant pour le texte que les « partenaires » avaient imposé à la manière d’un coup d’État et avec une brutalité inouïe à Alexis Tsipras lors du sommet européen, et (b) dire « non » à mon Premier ministre.

« S’agit-il d’un vrai ou d’un faux chantage ? », c’était la question que nous a posée le Premier ministre, exprimant ainsi le dilemme de conscience odieux qui se posait à nous comme à lui-même. De toute évidence, le chantage était vrai. J’y fus confronté pour la première dans mon bureau, où M. Dijsselbloem me rendit visite le 30 janvier pour me placer face au dilemme « mémorandum ou banques fermées ». Nous savions dès le départ à quel point les créanciers étaient sans scrupules. Et nous avons pris la décision de mettre en pratique ce que nous nous disions l’un à l’autre, encore et encore, lors des longues journées et des longues nuits à Maximou [résidence officielle du Premier ministre, NdT] : nous ferions ce qui est nécessaire pour obtenir un accord viable sur le plan économique. Nous ferions un règlement sans finir sur un compromis. Nous reculerions autant que nécessaire pour atteindre un accord de règlement au sein de la zone euro. Mais, si nous étions vaincus par la logique destructive des mémorandums, nous livrerions les clefs de nos bureaux à ceux qui y croient pour qu’ils viennent appliquer les mémorandums quand nous serions à nouveau dans les rues.

«Y avait-il une alternative ? », nous a demandé le Premier ministre mercredi dernier. J’estime que, oui, il y en avait. Mais je n’en dirai pas plus. Ce n’est pas le moment d'y revenir. L’important est que, au soir du référendum, le Premier ministre a estimé qu’il n’existait pas d’alternative.

C’est pourquoi j’ai démissionné, afin de faciliter son voyage à Bruxelles et lui permettre d’en ramener les meilleurs termes qu’il pourrait. Mais pas pour que nous les mettions en œuvre, quels qu’ils fussent !

Lors de la réunion de l’organisation centrale du parti, mercredi dernier, le Premier ministre nous a demandé de prendre une décision ensemble et d’en partager la responsabilité. Très correct. Mais, comment ? Une solution aurait consisté à faire, tous ensemble, ce que nous disions et répétions que nous ferions en cas de défaite. Nous dirions que nous étions soumis, que nous avions apporté un accord que nous considérons non viable et que nous demandons aux politiques de tous les partis qui le considèrent au moins potentiellement viables, de former un gouvernement pour l’appliquer.

Le Premier ministre a opté pour la deuxième solution : que le premier gouvernement de gauche reste en place, même au prix de l'application d’un accord - produit de chantage - que le Premier ministre lui-même considère inapplicable.

Le dilemme était implacable - et il l’était également pour tous. Comme Alexis Tsipras l'a bien affirmé, nul n’est en droit de prétendre être confronté à un dilemme de conscience plus fort que le Premier ministre ou les autres camarades. Mais, cela ne signifie pas que ceux qui se sont prononcés en faveur de l’application de l’ « accord » inapplicable par le gouvernement lui-même sont habités par un sens plus fort des responsabilités que ceux qui, parmi nous, se sont prononcés en faveur de la démission, remettant l’application de l’accord à des hommes politiques qui le considèrent potentiellement applicable.

À la séance plénière du Parlement, la réalité a été parfaitement bien décrite par Euclide Tsakalotos [nouveau ministre des finances, ndlr] qui a expliqué que ceux qui estimaient ne pas pouvoir mettre à charge du gouvernement de Syriza la ratification de cet accord disposaient d’arguments aussi puissants que ceux qui estimaient que le gouvernement Syriza est tenu, face au peuple, de mettre en œuvre ce mauvais accord pour éviter la faillite désordonnée.

Personne parmi nous n’est plus « anti-mémorandum » qu’un autre, et personne parmi nous n’est plus « responsable » qu’un autre. Tout simplement, lorsque l’on se trouve à un carrefour aussi dangereux, sous la pression de la (mal)Sainte Alliance du Clientélisme International, il est parfaitement légitime que certains camarades proposent l’une ou l’autre voie. Dans ces conditions, il serait criminel que les uns traitent les autres de « soumis » et que les seconds traitent les premiers d’ « irresponsables ».

En ce moment, en plein milieu de désaccords raisonnables, ce qui prévaut, c’est l’unité de Syriza et de tous ceux qui ont cru en nous, en nous accordant ce grandiose 61,5%. La seule façon de garantir cette unité est de reconnaître mutuellement les arguments, en partant du principe que les dissidents réfléchissent de manière aussi bonne, aussi responsable et aussi révolutionnaire que nous.

Partant de ces points, la raison pour laquelle j’ai voté « non » mercredi dernier était simple : nous aurions dû avoir remis les clefs de Maximou et des autres ministères, comme nous disions que nous le ferions en cas de capitulation. Nous aurions dû avoir remis les clefs à ceux qui peuvent regarder le peuple dans les yeux et lui dire ce que nous ne pouvions pas : « l’accord est dur mais il peut être appliqué d’une manière qui laisse un espoir de reprise et de renversement de la catastrophe sociale ».

Le gouvernement de gauche ne peut pas prendre, face à l’Europe officielle, des engagements dont il sait qu’il ne pourra pas les réaliser. Le bien suprême que le gouvernement de Syriza doit protéger est la promesse que nous donnions quand nous nous rendions dans les capitales européennes : contrairement à nos prédécesseurs, nous ne vous promettrons pas quelque chose (par exemple, un excédent primaire précis) qui ne peut pas être atteint. Le gouvernement de gauche n’a pas, en même temps, le droit de piller encore plus les victimes des cinq ans de crise sans pouvoir au moins répondre par l’affirmative à la question : « Avez-vous au moins obtenu quelque chose qui compense les mesures récessives ? »

Plusieurs camarades me disent : « N’est-ce pas mieux que ce soit nous qui tenions les rênes ? Nous qui aimons notre pays et qui avons de bonnes intentions concernant la lutte contre la corruption et l’oligarchie ? » Oui, c’est mieux. Mais, avec quels outils travailler ? La décision du Sommet européen fixe et étend l’absence totale de contrôle social sur les banques, alors que la société sera chargée de 10 à 25 milliards supplémentaires de dettes pour renflouer celles-ci.

Et, comme si cela ne suffisait pas, il se crée un super-TAIPED (fonds d’exploitation de la propriété publique), entièrement sous le contrôle de la troïka (indépendamment du lieu où se trouve le siège de ce fonds), qui privera une fois pour toutes la République hellénique du contrôle sur ses avoirs publics. Et comment l’austérité sera-t-elle vérifiée lorsqu'un trait de plume d’ELSTAT (agence des statistiques de Grèce que nous avons cédée à la troïka mercredi dernier) déterminera la taille de l’excédent primaire ?

Et, quand la société commencera à ressentir dans ses tripes l’étau des résultats de la nouvelle austérité désastreuse, quand les jeunes et les moins jeunes prendront les rues ou resteront, désespérés, chez eux, confrontés à ces effets -ces gens dont jusqu’à présent nous portions la voix, qui les représentera dorénavant dans l’arène politique ? Le parti qui a introduit ces mesures au Parlement pourra-t-il représenter ces gens en même temps que ses ministres bien-intentionnés seront forcés de défendre ces mesures, au parlement et sur les chaînes de TV, en se faisant la risée de l’opposition au mémorandum ?

« Mais, ne sers-tu pas le plan de Schäuble, en votant contre l’accord ? », me demande-t-on. Je réponds en posant ma propre question : « Êtes-vous certains que cet accord de capitulation ne fait pas partie du plan de Schäuble ? »

► Le dernier rapport du FMI prévoit une dette publique supérieure à 200% du PIB, ce qui interdit au FMI d’accorder de nouveaux prêts,

► L’exigence de l’ESM, sur ordre de Schäuble, que le FMI accorde de nouveaux prêts, pour prêter lui aussi à la Grèce,

► Le spectacle d’un gouvernement grec qui vote pour des réformes auxquelles il ne croit pas mais, en plus, qu’il qualifie de produit de chantage,

► Le spectacle d’un gouvernement allemand qui passe au Bundestag un accord avec la Grèce qu’il qualifie lui-même de non fiable et d’échec a priori.

Ne conviens-tu pas, cher lecteur, que ce qui vient d’être énoncé sont de puissants « alliés » de Schäuble ? Existe-t-il en effet une manière plus sûre de défenestrer le pays de la zone euro que cet accord non viable qui assure au ministre des Finances allemand le temps et les arguments pour mettre sur les rails le Grexit tant souhaité ?

Mais en voilà assez. Mon jugement m’a amené à voter contre la ratification de l’accord de capitulation, en estimant que la doctrine Papaconstantinou demeure inacceptable. D’un autre côté, je respecte parfaitement les camarades qui ont un autre point de vue

 

*Suite de l'article sur okeanews

 

 

Source : http://ww.okeanews.fr

 

 

 

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 16:50

Info reçue par mail

 

Message d'ATTAC Montpellier sur le projet de gare TGV en lien avec le contournement de Nîmes-Montpellier:
 
Une gare TGV à la Mogère ? 200 millions d'euros gaspillés, 350 hectares bétonnés...

Face à l'entêtement des élus bien déterminés à construire à prix d'or une gare TGV inutile, ATTAC Montpellier avec d'autres associations a pris l'initiative de déposer un recours contentieux auprès du conseil d'Etat pour contester le bien fondé de ce projet.
Ce sont des avocats qui plaideront l'affaire devant le conseil d'Etat et demanderont qu'il soit reconnu que le projet ne respecte pas les conditions prévues par la loi.
Pour financer la préparation de ce recours, nous recourons au financement participatif via la plateforme Citizencase, nous faisons appel à vous tou-te-s pour atteindre un financement de 6000 euros avant la fin du mois de juillet :
http://citizencase.org/projet/argent-public-200-millions-gaspilles/

  Ou voir ci-dessous*

 

 

Source : http://citizencase.org

 

Gare TGV de Montpellier la Mogère, 200 millions gaspillés
Par APE, ASSECO LR, ATTAC Montpellier
Contre Premier Ministre conjointement à la Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie
 
 
 
 
 
5515 € sur 6000 €
Montpellier, France
Gaspillage d'argent public
138 contributeurs
  • Le projet
  • Actualités
    1
  • Soutiens
  • Témoignages
L’histoire en étapes
 
 
Pourquoi ce projet de contentieux

L’entreprise publique SNCF Réseau prévoit de construire une seconde gare au sud de Montpellier, réservée aux TGV, pour un coût de plus de 200 millions d’euros, alors que la nouvelle gare du centre vient d’être rénovée et que le contournement ferroviaire Nîmes Montpellier satisfaisait largement l’augmentation de fréquentation. D‘un côté, l’absence de complexité à réaliser un tel projet, loin du centre-ville, justifie à elle seule qu’il ne soit pas construit par un opérateur privé dans le cadre d’un partenariat public privé, dont nous savons qu’il est souvent couteux et risqué pour la collectivité. De l’autre, ce gaspillage d’argent public aura pour conséquence la disparition d’environ 350 hectares de terres agricoles.

 

Ce projet illustre ce qui se passe quand des intérêts financiers privés sont mis au service d’ambitions immobilières insatiables : l’intérêt général est balayé, les usagers négligés. Fatalité ? Avec votre aide, il est encore possible d’arrêter ce projet absurde avant que les contribuables aient une fois encore à payer pour les erreurs commises en leur nom, au détriment de ce qu’il reste encore de ceinture verte à Montpellier.

 

 

 

Aidez-nous à demander en justice l’annulation de ce contrat et du projet de gare. Cette action est essentielle pour ensuite obtenir que le Contournement Ferroviaire de Nîmes et  de Montpellier en construction soit relié à la gare du centre-ville de Montpellier, comme prévu initialement. Financez notre action juridique sur Citizencase, plateforme de financement participatif juridique pour les associations, et ce avant fin juillet 2015. En effet le délai pour déposer un recours contentieux contre le décret expire le 11 août 2015.

 

A l’origine, le Contournement Ferroviaire Nîmes Montpellier

 

Le Contournement Ferroviaire Nîmes Montpellier (CNM), nouvelle ligne mixte TGV et marchandises, doit désengorger ce goulet d'étranglement du réseau ferré français.

 

Alors que la déclaration d'utilité publique de ce CNM prévoit qu’il soit relié à la gare Saint-Roch au centre-ville de Montpellier, SNCF Réseau (ex-RFF) et des collectivités locales veulent au contraire construire une gare au sud de Montpellier, réservée au seul trafic TGV.

 

350 hectares de terres agricoles bétonnées

 

Comment en est-on arrivé là ? SNCF Réseau a cédé aux collectivités locales, en particulier la Région Languedoc Roussillon et l’Agglomération de Montpellier, dont l'objectif premier est de livrer à l’immobilier de bureau les 350 hectares de bonne terre agricole qui entourent le site prévu. La gare n’est ici qu’un prétexte, et nullement un besoin. Cette ceinture verte, qui pourrait être largement utilisée pour de l’agriculture vivrière locale, se verrait donc au contraire recouverte de béton.

 

 

Pour que l'opération ne vienne pas directement s'ajouter à une dette déjà pesante, SNCF Réseau a signé un partenariat public privé (PPP) avec le promoteur immobilier Icade, évidemment intéressé par ce grand bétonnage.

 

Une gare inutile, mais appétissante pour les financiers et les promoteurs

 

Cette seconde gare serait une aberration ferroviaire et économique :

  • D'abord parce qu'elle est inutile. Grâce au report du fret sur le Contournement Nîmes Montpellier (CNM), la gare du centre-ville, qui vient d'être rénovée pour 50 millions d'euros, suffira pendant encore longtemps, et l'aiguillage initialement prévu (à Saint-Brès) la rendrait directement accessible depuis le CNM.
  • Ensuite parce que la localisation prévue est absurde. S'il fallait un jour construire une gare sur le CNM, l’emplacement naturel  - et disponible – serait la jonction du CNM et de la ligne actuelle (à Lattes/St-Jean-de-Védas), avec correspondances entre TGV et TER.
  • Enfin, parce que le coût d'une telle gare est estimé à plus de 200 millions d'euros, de quoi énerver le contribuable.

 

 

Nous vous recommandons ce reportage, sur les gares inutiles et qui coûtent beaucoup trop d'argent. Ainsi que cet article très instructif du Parisien sur les dérives des Partenariats Publics Privés (PPP).

 

Si en définitive un jour une seconde gare doit être envisagée, elle ne sera tout simplement pas au bon endroit.

 

Autre conséquence concrète de ce choix, il est prévu de prolonger une ligne de tramway pour desservir cette nouvelle gare. Il faudrait ainsi débourser environ 50 millions d'euros d'argent public local supplémentaire. Et les voyageurs avec leurs valises devront rajouter 30 à 45 minutes à leur trajet, le temps de rallier l'autre gare : adieu la très grande vitesse et les quelques minutes gagnées... Absurde, on vous dit, d’autant que la navette ne sera certainement pas gratuite.

 

Le partenariat public privé, rente privée et boulet public

 

Comment fonctionne un PPP ? Une personne publique (Etat, établissement public, collectivité) demande par contrat à une entreprise privée de concevoir, construire puis exploiter un équipement public pendant des décennies : hôpital, collège, stade, etc. Elle doit en contrepartie lui verser un loyer qui rembourse les coûts de la construction puis ceux de l'exploitation. Voilà pour le principe.

 

La pratique de ces contrats depuis dix ans en France s'est révélée néfaste à de nombreux titres, tout comme dans d'autres pays, tels que le Royaume-Uni. Pour l'essentiel, les équipements construits ne s'avèrent globalement pas moins coûteux que s'ils étaient réalisés en maîtrise d'ouvrage publique, puis exploités directement par une collectivité publique.

 

Ce sont par ailleurs des contrats juridiquement complexes, de  longue durée,  souvent plusieurs décennies, minutieusement rédigés par les équipes de juristes des grandes firmes du BTP. Autant de conditions qui assurent aux opérateurs privés une rente régulière, pendant que les acteurs publics doivent renoncer à la maîtrise de leurs dépenses en raison des coûteux loyers à payer année après année.

 

Des montages financiers dangereux

 

En plus de constituer le plus souvent une rente pour les opérateurs, le financement des PPP fait également peser un risque financier sur le public dans le cas hélas récurrent où le projet dérape. L'opérateur privé doit en effet emprunter pour financer  la réalisation de l'équipement attendu. De la même façon qu'un particulier hypothèque sa maison pour obtenir le prêt, les banques prennent en gage le contrat de PPP lui-même.

 

Si l'équilibre économique n'est pas atteint, l'exploitant peut être conduit à la faillite. Il en va ainsi de la ligne à grande vitesse entre Perpignan et Figueras, dont TP Ferro l’exploitant de la concession pour 50 ans (une forme de PPP) est en cessation de paiement.

 

Le public doit alors non seulement reprendre la gestion de l'équipement, mais reste EN PLUS redevable des loyers auprès des banques. A moins qu'il ne préfère renflouer l'opérateur privé devenu impécunieux. Privatisation des profits, socialisation des pertes, la musique n'est pas exactement neuve pour ce qui est pourtant présenté comme la martingale de la gestion publique moderne, « sans tabou » comme préfère dire l'ex-banquier d'affaire qui fait aujourd’hui office de ministre de l'économie….

 

Le PPP de la gare de la Mogère, du contournement ferroviaire au dévoiement financier

 

Le recours au PPP n’est légalement possible que par exception, à certaines conditions. Par exemple, il doit être démontré que le projet est particulièrement complexe ou que le recours au secteur privé présente un bilan coût/avantage favorable par rapport aux autres solutions. Mais dans le cas de la gare TGV de Montpellier, tous les éléments d'un usage dévoyé des PPP sont rassemblés.

 

Tout d’abord, la complexité du projet n’est nullement démontrée par SNCF Réseau, s’agissant d’une gare à construire sur une nouvelle ligne ferroviaire, sans correspondance (et pour cause…) ni contrainte urbaine. Il faut également noter qu’une autre gare TGV est prévue à Nîmes Manduel, à l’entrée est du CNM. A la différence de celle de Montpellier elle doit être réalisée sous la maîtrise d’ouvrage de SNCF Réseau. Ceci alors même qu’elle se situera à un croisement ferroviaire, avec des contraintes plus fortes. On voit mal en quoi la gare de Montpellier présente une complexité particulière, surtout pour la filiale de la SNCF chargée… du réseau ferroviaire du pays !

 

Par ailleurs, il est particulièrement difficile de démontrer que le recours à un acteur privé aboutira à une gare moins coûteuse dans sa réalisation puis dans son exploitation. De nombreux exemples de PPP dans le passé démontrent au contraire qu’en pratique les rigidités d’un contrat verrouillé jouent bien plus nettement en défaveur de la partie publique lorsque des imprévus surviennent. Le quotidien Le Parisien relevait ainsi dans un article du 27 mars 2014 quelques cas emblématiques de PPP dont les dépassements où les ratages ont abouti à des ardoises pour les contribuables qui se chiffrent en centaines de millions d’euros.

 

Pour la gare de la Mogère TGV, les chiffres disponibles n’ont rien de convaincants, et semblent indiquer plutôt que des hypothèses orientées ont été utilisées pour aboutir au résultat souhaité. Une vue d’ensemble du dossier préparé pour justifier le PPP permettrait de le vérifier, mais SNCF Réseau refuse de le communiquer…

 

Si vous désirez suivre ce dossier au plus près, rendez-vous ici : http://garetgv.free.fr/actus.html

Egalement, pour en savoir plus, voici le lien vers un reportage photos réalisé pour l'ACNAT LR (Action Nature et Territoire en Languedoc-Roussillon):  http://acnatlr.org/photos-OZ-A9-gare

Présentation de l’association

 

L’Association des consommateurs CFDT du Languedoc Roussillon (ASSECO LR) se consacre au respect des droits en matière de consommation, de logement, de vie quotidienne et d’environnement. Elle participe au Collectif contre la gare TGV de Montpellier La Mogère, dans le cadre de son action en faveur des usagers du rail, et intervient depuis plusieurs années dans les débats relatifs aux questions de transport dans la région.

 

Attac Montpellier œuvre en liaison avec l’association nationale ATTAC pour la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle. Elle dénonce depuis leur création les mécanismes financiers par lesquels les PPP détournent les fonds publics de l’intérêt général, au profit de rentes privées.

 

Agir Pour l’Environnement est une association citoyenne nationale de protection de l’environnement qui mène et appuie des campagnes de mobilisation réunissant un réseau d’associations et de citoyens le plus large possible. Elle est notamment engagée depuis plusieurs années contre les grands projets inutiles et imposés.

 

 Nom de l'association : Agir Pour l'Environnement
 Siège : 2, rue du Nord 75018 Paris
 Représentant :
 Catégorie : Protection de l'environnement
Quelles autres solutions pourraient être envisagées ?

 

Les associations du collectif soutiennent l’action engagée contre le contrat de PPP, afin d’obtenir qu’il soit mis un terme à ce projet néfaste et que soit au contraire mis en œuvre la solution initialement prévue reliant le Contournement Nîmes-Montpellier (CNM) à la gare Saint-Roch. Dès leur mobilisation lors de l’enquête publique conduite à l’automne 2014, elles ont demandé que soit réalisé l’embranchement prévu depuis l’origine dans la déclaration d’utilité publique du CNM.

 

La faisabilité de cet embranchement au croisement de la ligne historique et du CNM est avérée, les réserves foncières ont mêmes déjà été faites en vue de son exécution. Une telle solution coûterait bien moins cher qu’une gare complète, et les TGV empruntant le CNM depuis Nîmes rejoindraient alors la gare de Montpellier, assurant ainsi toutes les correspondances notamment avec les trains régionaux.

A quoi va servir le financement

 

Votre aide permettra de préparer, déposer et défendre devant le Conseil d’Etat un recours contentieux contre le décret du gouvernement qui a autorisé la signature du contrat de PPP entre SNCF Réseau (anciennement RFF, Réseau Ferré de France) et une société du promoteur immobilier Icade. Nous avons besoin pour cela de recourir aux services d’un avocat compétent en matière de contentieux administratif. Il sera porté par le cabinet CGCB & Associés, qui représentera les associations devant le juge administratif.

 

Nous demanderons qu’il soit constaté que ce PPP ne respecte pas les conditions prévues par la loi, et qu’il doit être par conséquent annulé. Cette perspective doit amener les parties prenantes du CNM à reprendre enfin en compte l’intérêt des usagers et à revenir au projet initial.

 

Nous avons définis, pour notre campagne de financement participatif juridique, un budget total de 6 000 euros. 5 220€ sont dédié à la rémunération de notre avocat. 300€ servent à rémunérer un coordinateur de Citizencase, qui prend en charge notre projet sur la plateforme, nous conseille et nous aide à animer notre collecte. Enfin, 480€ correspondent aux prélèvements sur les dons du système de paiement sécurisé utilisé par la plateforme Ulule ainsi qu’une participation aux frais techniques de fonctionnement d’Ulule et de Citizencase.

 

Citizencase Budget Agir Pour l'Environnement

 

 

La presse parle de notre projet
  • Le coût des gares TGV pointé du doigt
    France 2 - 04/12/2014
    La SNCF multiplie les difficultés. Le "tout TGV", devenu un "gouffre financier" selon la Cour des comptes, est remis en cause.
  • La future gare TGV de Montpellier est-elle en zone inondable ?
    France 3 - 17/12/2014
    La polémique autour de la future gare TGV de Montpellier enfle. Pour ces détracteurs, le site se trouverait en zone inondable. Alors investir 150 millions d'euros dans une gare loin du centre-ville, construire 1.500 places de parking et un nouveau quartier sur ce site, est-il une bonne idée ?
  • Pas assez vite pour Saurel
    Direct Matin Montpellier plus - 24/06/2015
    Attention, dossier sensible. Arrivés avec 1h de retard face à la presse hier, le président de région Damien Alary et le préfet Pierre de Bousquet, ont eu toutes les peines du monde à certifier que le dossier de la LGV est « en bonne voie », et que « le calendrier est tenu ».
L'internaute peut-il bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu ?

 

Agir Pour l’Environnement (APE) est une association à but non lucratif et son activité revêt le caractère d’intérêt général. Les versements sous forme de dons vous permettent de bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu à hauteur de 66 % dans la limite des 20 % du revenu imposable. Pour pouvoir en bénéficier, nous vous invitons à demander un reçu au titre des dons directement auprès de l’association. Afin d’obtenir un reçu fiscal, vous devez vous munir de votre e-mail de validation qui vous sera envoyé par Ulule.

À propos de votre don

 

Effectuer des versements sous forme de dons à certains organismes ayant un caractère d’intérêt général peut vous permettre de bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu. Pour en savoir plus

 

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 16:39

 

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Grèce. De l’adoption de l’accord au remaniement gouvernemental, et le rôle de META

20 juillet par Sotiris Martalis

 

 

 

CC - flicker

 

Le troisième mémorandum a nécessité les votes de l’opposition pour être approuvé dans la nuit du 15 au 16 juillet : 76 députés de Nouvelle Démocratie, 17 de Potami et 13 du Pasok. Ces votes ont été nécessaires en raison de la résistance qui s’est exprimée au sein de Syriza. 32 députés de celle-ci ont voté « non », 6 « présents » et 1 « absent ». Ces 39 députés constituent désormais, de fait, la troisième force politique représentée au sein du parlement.

A cela, il faut encore ajouter que 109 membres du Comité central (CC) de Syriza ont souscrit, quelques heures avant le vote du parlement, une lettre contre ce nouveau mémorandum, en demandant par ailleurs une convocation du CC pour qu’il puisse donner son avis. Ce qui n’a pas été fait entre le 13 et le 15 juillet. Mais un processus complémentaire s’exprime actuellement. Les comités de Syriza de différents districts régionaux envoient des déclarations contre l’accord accepté à Bruxelles, adopté à la Vouli. Ils appellent à la réunion d’un Comité central. On peut déjà mentionner les districts suivants : Athènes A, Athènes sud, Pirée, Thessalonique, Achaïe, Kefalonia, Ithaque (île), Préveza, Arta, Zakynthos (île), Dodécanèse (ensemble d’îles), Lesbos (île), Samos (île). D’autres doivent suivre. Cela révèle le mécontentement dans Syriza et atteste que Syriza connaît une crise très profonde. C’est une bataille qui porte sur la place de Syriza, son orientation, ses règles démocratiques mises en cause, depuis un certain temps, mais de manière accentuée suite aux choix opérés depuis le 6 juillet, c’est-à-dire la réunion avec l’ensemble des partis parlementaire (à l’exception d’Aube Dorée), dans un climat « d’unité nationale ». Comme nous l’avons indiqué depuis longtemps, Giorgios Stathakis, ministre de l’Economie, et Yannis Dragasakis, vice-premier ministre, disposaient et disposent d’un rôle important dans l’orientation économique, donc politique, de Syriza. Cela a été ignoré par beaucoup.

 

Mon camarade Antonis Ntavanellos – du secrétariat exécutif de Syriza et un des animateurs du Red Network dans le cadre de la Plateforme de gauche – insistait, lors d’un entretien, ce 17 juillet, avec Costas Arvanitis, sur la radio de Syriza : 1° une politique d’austérité appliquée par un gouvernement de Syriza impliquait une mutation de Syriza ; 2° les négociations ont abouti à ce résultat, non seulement à cause de la force déployée par les « institutions » et de leurs relais en Grèce, mais parce qu’elles étaient engagées par le gouvernement de Syriza avec l’idée qu’il était possible de mettre fin à l’austérité dans le cadre des règles en vigueur dans l’Eurozone ; 3° que, dès lors, l’écroulement automatique apparut la seule réalité tangible, mettant de côté les conséquences politiques, économiques et sociales de l’application d’un troisième mémorandum ; 4° le risque le plus grand est que la société grecque connaisse les affres d’une dévaluation interne (baisse des salaires, chômage, retraites écrasées, santé et éducation broyées) avant d’être embarquée dans un Grexit ; alors entre le mémorandum et le Grexit, le choix apparaît assez clair ; 5° l’euro ne peut être réduit à une « monnaie unique », c’est avant tout une politique économique ; 6° le texte des 109 membres du Comité central de Syriza est des plus corrects, car dans une telle situation il faut avoir une discussion approfondie dans le parti, car plus les conditions sont difficiles – et elles le sont –, plus nous devons porter une grande attention à ce que nous allons faire. Antonis a résumé ainsi ce qui me semble être une des tâches prioritaires de la « gauche de Syriza » : « Nous ne devons pas permettre la transformation de Syriza en un parti du mémorandum et de l’austérité, contre son âme. » Et cela dans un contexte présent où, selon les sondages, qu’il faut prendre avec précaution, beaucoup de citoyens et citoyennes pensent que l’accord passé était inévitable, car les négociateurs étaient placés devant le choix : c’est cela, qui certes n’est pas bon, ou une catastrophe bien pire. Un chantage que Tsipras a utilisé face aux députés et au cadre de Syrisa en utilisant le chantage des institutions exercé sur lui. Un type de discours que rapporte, le 16 juillet 2015, l’hebdomadaire To Pontiki : « La responsabilité est partagée par Syriza en entier, puisque le chantage auquel nous avons succombé a bel et bien existé. Le choix des députés qui ont voté « nons« au Parlement [le 16 au matin] entre ouvertement en conflit avec l’esprit de solidarité interne au sein du parti et en plus, à un moment si grave ; leur attitude provoque une plaie ouverte entre nous. Lorsque ces camarades (Plateforme de gauche) prétendent enfin soutenir le gouvernement malgré tout, ce soutien au premier gouvernement de gauche dans l’histoire est alors en réalité caduc ; je suis désormais contraint de poursuivre jusqu’à l’aboutissement de l’accord avec un gouvernement minoritaire au Parlement. »

 

Les ministres du « oui » et du « non »

Tsipras sera contraint de mettre en œuvre le mémorandum sans plus pouvoir compter sur la majorité qui avait permis la formation de son gouvernement. Les conservateurs et les sociaux-démocrates ont déjà mis en garde Alexis Tsipras que les nouvelles lois découlant du troisième mémorandum ne pourront pas être votées avec les députés de l’opposition. Un autre chantage dans le contexte de crise politique accentuée. Le gouvernement doit disposer d’une majorité parlementaire étant donné que ces lois comportent des gros changements au niveau de la société. Il est aussi probable que des élections anticipées se tiendront à l’automne, une fois que les votes parlementaires sur le nouveau mémorandum seront bouclés. Qu’en sortira-t-il ? Personne ne peut le dire.

Mais c’est à un remaniement gouvernemental que l’on assiste. Tsipras n’a pas hésité à réclamer la démission de la présidente du Parlement, Zoe Konstantopoulou, ce qui va aboutir à un affrontement car cette dernière ne semble pas encline à une démission. Il a expulsé les ministres du Courant de gauche qui ont voté NON ou abstention, soit Panagiotis Lafazanis, Dimitris Stratoulis (Sécurité sociale) et Kostas Isihos (vice-ministre de la Défense). Par contre Tsipras n’a pas mis au ban Evangelos Apostolou (secrétaire d’Etat à l’agriculture et à l’alimentation) et Taso Hourakis (secrétaire d’Etat à l’éducation), qui ont voté oui, bien que membres du Courant de gauche. Mais ils avaient pris leurs distances avec cette tendance politique depuis un certain temps. Il a aussi fait monter au rang de ministre un député qui a voté Oui : Yannis Amanatidis. Le principal porte-parole du gouvernement Gavril Sakelaridis a été mis de côté. Selon certaines informations, à vérifier, il aurait refusé un poste de ministre. Aucun ministre d’ANEL n’a été changé. Un a été ajouté à la liste : Pavlos Chaikalis, un acteur, à la sécurité sociale. Les nouveaux ministres sont : 1° Sia Anagnostopoulou, une députée, membre du Comité central, professeur de philosophie, se situant dans l’aile droite de la coalition Syriza, elle a le poste des Affaires européennes ; 2° Pavlos Polakis, député, ex-maire de Hanis (ou Chania), en Crête occidentale, supporter de la majorité Tsipras, il a la responsabilité de la reconstruction administrative ; 3° Trifon Alexiadis, un des responsables du système de relevé des impôts, est en charge des revenus de l’Etat ; 4° Yannis Amanatidis, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères ; 5° Olga Gerovasili, une députée, médecin et membre de la majorité, elle a la charge de secrétariat général auprès du Premier ministre et de la représentation gouvernementale.

Tsipras a mis en place un Comité spécial de lutte contre la corruption, sous la responsabilité du ministre d’Etat Panagiotis Nikoloudis, qui intègre Trifon Alexiadis, Paul Pollack (vice-ministre de la Reconstruction administrative) ainsi que Dimitris Papagelopoulos (responsable des questions de justice et transparence) ainsi que le coordinateur des actions gouvernementales Terrence Kouik. Selon les règles du troisième mémorandum, ils seront – comme les postes clés de l’administration gouvernementale – placés sous supervision des « institutions ».

Le climat politique change dans Syriza, mais aussi dans le maintien de l’ordre public. La police de choc (MAT) a profité de quelques provocations pour charger brutalement, comme par le passé, les manifestants, le 15 juillet, sur la place Syntagma. Elle a procédé à de nombreuses arrestations et certaines pesonnes appréhendées passeront devant la justice le 22 juillet. Pour rappel, le ministre responsable de « l’ordre », hier et aujourd’hui, est Yannis Panoússis, ancien du PASOK et du DIMAR (Gauche démocrate), formation qui a disparu des radars électoraux suite à sa participation avec le PASOK au gouvernennt d’Antonis Samaras.

 

Une société étourdie. La tâche faire surgir une résistance

L’interrogation centrale est la suivante : quels sont les prochains pas d’un mouvement de résistance sociale, ses rythmes et son ampleur et, ce qui est lié à ces deux éléments, comment la situation évoluera au sein de Syriza ? Il est crucial que dans cette nouvelle phase politique l’on soit en mesure de construire un front politique et social d’opposition regroupant toutes les forces de gauche actives à l’intérieur et à l’extérieur de Syriza. Le Red Network a déjà pris l’initiative de convoquer une grande assemblée nationale ce samedi 18 juillet. Il faut espérer qu’une dynamique semblable se manifeste dans les rangs du Courant de gauche. On le verra à l’occasion des réunions à venir.
A présent, les salarié.e.s se trouvent dans une situation d’attente, en fait depuis les dernières élections, avec des aspects de délégation envers le gouvernement, si ce n’est au moment du référendum. Une vague qui a été politiquement brisée. Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient engourdis face à la décision de Tsipras de souscrire un troisième mémorandum. L’initiative des syndicats sera l’un des facteurs clefs dans la mobilisation contre les nouvelles mesures d’austérité, lorsque leurs effets se feront sentir. Et, sur les retraites, il n’est pas impossible que des propositions proches de celles faites par le ministre du Travail d’alors, Antonis Loverdos, en 2010, aboutissent à sanctionner encore beaucoup plus durement les retraité.e.s et des veuves (touchant une pension)

La grève de 24 heures convoquée dans le secteur public, le mercredi 15 juillet, organisée dans des délais très brefs, avait pour but de donner un signal le jour du vote au parlement. Cette grève a été convoquée par META, courant syndical combatif présent dans la Confédération syndicale du secteur public (ADEDY). Ce courant soutenait jusqu’à présent le gouvernement de Syriza. Durant les mois à venir, ce courant pourrait gagner une influence majoritaire au sein d’ADEDY. Ce qui permettrait d’accroître le rôle de cette Confédération dans la mobilisation contre l’austérité.

META a aussi pris part à la manifestation qui s’est déroulée le soir du 15 juillet devant le parlement où avait lieu le vote sur le mémorandum. Il a ainsi pris clairement les devants en signalant que la classe ouvrière est prête à lutter contre les nouvelles mesures d’austérité. Cet appel n’est pas passé inaperçu.

La police et la répression étaient devenues discrètes depuis les dernières élections. Elles sont réapparues, comme indiqué ci-dessus, pour la première fois en attaquant la manifestation pour la disperser avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. C’est un événement qui, parmi d’autres, révèle le changement de phase politique. Il laisse entendre qu’après une trêve de cinq mois, la résistance ouvrière et populaire devra s’affronter à nouveau avec la répression.

Il est regrettable que dans ce contexte le PAME, syndicat rattaché au KKE (PC), s’obstine à poursuivre sa voie sectaire. Il a décidé ainsi de manifester séparément le 15 juillet tant à midi que le soir. Sa direction mobilise ses forces en les maintenant scrupuleusement séparées de celles de la gauche qui se bat de façon unitaire contre l’austérité. Cela ne facilite bien évidemment pas la lutte contre l’austérité.

Au cours des derniers mois, il y a eu peu de luttes dans le secteur privé. C’est le cas des travailleurs portuaires qui, n’étant plus payés depuis plusieurs mois, réclamaient le versement de leurs salaires. L’organisation de certains secteurs joue cependant un rôle clef dans la situation actuelle. C’est le cas par exemple des employés de banque. Leur mobilisation est cruciale pour permettre une nationalisation du secteur bancaire en réponse aux chantages de la Commission européenne (CE), de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Les obstacles à la lutte sont malheureusement plus nombreux dans le secteur privé. Les salariés vivent au quotidien une pression particulièrement élevée pour deux raisons. Il y a, d’une part, le taux de chômage qui, d’après les chiffres officiels, concerne 1,5 million des personnes, soit 27% de la population active. Les jeunes sont particulièrement touchés : au point que plus de la moitié d’entre eux est sans emploi et cela se voit de manière éclatante dans certains quartiers populaires. Il faut y ajouter un fait notable : 800’000 salarié.e.s ne reçoivent plus leur salaire depuis une période située entre 1 et 18 mois. Au cours des dernières années, la suppression de nombreuses Conventions collectives de travail (CCT) a enfin contribué à l’affaiblissement des syndicats du secteur privé.

La direction de la Confédération syndicale du secteur privé (GSEE) avait pris position pour un « oui » au référendum du 5 juillet contre le « non » exprimé par les salarié.e.s – au sens de prolétariat, ayant un emploi ou non – dans les urnes, entre autres parmi la jeunesse. La campagne référendaire a été très courte et n’a pas permis d’engager une mobilisation sur les lieux de travail. La fermeture des banques a été utilisée par la droite pour intimider les électeurs dans sa campagne pour le « oui ». Et, pourtant, c’est le « non » qui l’a emporté. Je crois que cette victoire va laisser des traces parmi des secteurs significatifs des salarié.e.s, des jeunes. Nous avions dit que la Grèce servait de laboratoire d’une politique d’austérité ultra-sévère. Avec ce qui vient de se passer, c’est un signal à l’échelle européenne qui est donné. Une coordination politique et sociale anticapitaliste est des plus nécessaires, entre autres parce que les obstacles et difficultés sont énormes.

 

Publié par Alencontre le 18 - juillet - 2015

(Traduction A l’Encontre, 17 juillet 2015)

 

 

Auteur

Sotiris Martalis

est membre de DEA (Gauche ouvrière internationaliste), membre du comité central d’ADEDY et de celui de Syriza.

 

 

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 16:21

 

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L’accroissement de la dette grecque depuis le début des années 1980

Chapitre 1 : La dette avant la Troïka

20 juillet par Commission pour la vérité sur la dette grecque

 

 

 

Le Chapitre 1, La dette avant la Troïka, du rapport présenté le 18 juin 2015 par la Commission pour la vérité sur la dette grecque |1|, analyse l’augmentation de la dette publique grecque depuis les années 1980. Il conclut que l’accroissement de la dette n’est pas le résultat de dépenses publiques excessives, celles-ci étant en réalité restées plus faibles que les dépenses publiques d’autres pays de la zone euro. La dette provient pour l’essentiel du paiement aux créanciers de taux d’intérêt extrêmement élevés, de dépenses militaires excessives et injustifiées, d’un manque à gagner fiscal dû à la fuite illicite de capitaux, du coût de la recapitalisation des banques privées par l’État, et des déséquilibres internationaux issus des lacunes inhérentes au modèle de l’Union Monétaire.

L’adoption de l’euro a généré en Grèce une augmentation drastique de la dette privée à laquelle les grandes banques privées européennes ainsi que les banques grecques ont été exposées. En prenant de l’ampleur, la crise bancaire a débouché sur une crise de la dette souveraine grecque. En 2009, en mettant l’accent sur la dette publique et en gonflant le déficit, le gouvernement de George Papandréou a voulu présenter la crise en cours sous la forme d’une crise de la dette publique alors qu’en réalité il s’agissait en premier lieu d’une crise bancaire.

La dette publique actuelle est l’héritage des évolutions passées. C’est pourquoi ce premier chapitre analyse l’accroissement de la dette grecque depuis le début des années 1980. Les principaux résultats qui ressortent de cette analyse sont les suivants :
• Plutôt que la conséquence de déficits budgétaires élevés, l’augmentation de la dette est clairement liée aux paiements croissants d’intérêts. La dette grecque d’avant la crise est surtout l’héritage de la dette accumulée pendant la période 1980-1993. Le principal facteur de l’accumulation de dette sur la période est ce qu’on appelle l’effet « boule de neige », qui se déclenche quand le taux d’intérêt apparent sur la dette est plus élevé que la croissance nominale du PIB. Ce phénomène est responsable des deux tiers de l’augmentation de la dette entre 1980 et 2007.
• Les dépenses publiques de la Grèce ont été inférieures, en proportion du PIB, à celles des autres États membres de la zone euro. Le seul poste du budget primaire (c’est-à-dire hors intérêts de la dette) où les dépenses ont été plus élevées est celui des dépenses militaires, à propos desquelles une série de scandales de corruption doit encore être étudiée. Les dépenses militaires excessives ont contribué pour 40 Mds d’euros à la dette générée entre 1995 et 2009.
• Les déficits primaires (hors intérêts), qui alimentent la dette, sont également le produit d’un faible rendement de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales patronales. Ce niveau de rendement, nettement inférieur à celui observé dans les autres pays de la zone euro, est dû à la fraude fiscale et aux flux de capitaux illicites — voir ci-dessous —, qui ont seulement profité à une minorité de la population. Les pertes cumulées au titre de ces deux sources de recettes expliquent le reste de la progression de la dette de 1995 à 2009.
• Les sorties illicites de capitaux ont engendré une perte supplémentaire de recettes fiscales, qui s’est élevée à 30 Mds d’euros entre 2003 et 2009. Dans le même temps, les dépenses dans d’autres domaines, comme la sécurité sociale, l’éducation ou la recherche-développement, ont été ramenées à des niveaux inférieurs à la moyenne de l’Union européenne.
• L’entrée de la Grèce dans la zone euro a conduit à une augmentation considérable de la dette privée grecque, qui est passée de 74,1 % du PIB en 2001 à 129,1 % en 2009, et à laquelle les principales banques privées européennes, mais aussi les banques grecques, se sont retrouvées fortement exposées. Cette situation est à l’origine de la crise bancaire de 2009, qui a déclenché la crise de la dette souveraine grecque.

 

1. L’augmentation de la dette : une vue d’ensemble

On peut observer trois phases distinctes dans l’évolution de la dette publique entre 1981 et 2009 (figure 1.1) :
• 1981-1993 : après l’entrée de la Grèce dans l’Union européenne en 1981, on observe une forte augmentation de la dette publique, qui passe de 25 % à 91 % du PIB.
• 1993-2007 : quasi-stabilisation de la dette, de 91 % à 103 % du PIB. Pendant cette période, en 2001, la Grèce entre dans la zone euro avec une dette de 100 % du PIB et un déficit proche de 3 %, qui sera contesté en 2004 |2|.
• 2007-2009 : forte hausse de 103 % à 113 % du PIB et, après une révision statistique contestée |3|, à 127 % du PIB, la dette s’élevant alors à environ 300 Mds d’euros.

 

Figure 1.1
Ratio dette publique/PIB, 1980-2009

La variation annuelle de la dette publique est la somme de trois éléments :

Source : Ameco

 

• Le solde budgétaire primaire : c’est la différence entre les dépenses (hors intérêts) et les recettes budgétaires
• Les intérêts payés
• L’ajustement stock-flux, qui est la différence statistique entre la variation de l’encours de dette et le déficit total de l’année courante.

Une fois la dette ainsi décomposée, comme dans la figure 1.2, le rôle majeur que jouent les paiements d’intérêts dans l’augmentation de la dette apparaît clairement.

 

Figure 1.2
Les composantes de l’augmentation de la dette (en Mds d’euros)


Source : Ameco

 

Le ratio dette/PIB peut quant à lui être décomposé en trois éléments :
• Solde budgétaire primaire (en % du PIB)
• Ajustement stock-flux (en % du PIB)
• « Effet boule de neige » (en % du PIB) : il est positif quand le taux d’intérêt apparent servi sur la dette publique est plus élevé que le taux de croissance nominal du PIB.

Le tableau 1.1 ci-dessous résume la contribution de ces différents éléments à l’évolution du ratio dette/PIB. Entre 1980 et 1993, le ratio dette/PIB a augmenté de 70,4 points : l’effet boule de neige a contribué à cette hausse à hauteur de 58 %, les soldes primaires cumulés à hauteur de 32 %, et les ajustements stock-flux à hauteur de 10 %. Pour la période 1993-2007, la contribution de l’effet boule de neige est supérieure à la variation totale du ratio dette/PIB.

 

Tableau 1.1

* en points de pourcentage.

 

De ce premier examen, nous pouvons tirer les trois conclusions suivantes :

  1. La dette grecque d’avant la crise (2007) provient essentiellement de la dette accumulée pendant la période 1980-1993.
  2. L’effet boule de neige est le principal facteur de l’évolution constatée. Cet effet a été déclenché par des taux d’intérêt élevés, associés à la baisse du taux de change de la drachme.
  3. Même si les déficits budgétaires étaient importants, ils n’ont pas constitué la cause principale de l’accroissement de la dette.

Les résultats de l’analyse peuvent être résumés comme suit (figure 1.3) : entre 1980 et 2007, le ratio dette/PIB a augmenté de 82,3 points de pourcentage du PIB. Deux tiers de cette hausse (65,6 %) sont imputables à l’effet boule de neige et seulement un tiers (33,4 %) aux déficits cumulés (y compris les ajustements stock-flux).

 

Figure 1.3
Les composantes de la dette grecque (en % du PIB) 1980-2007

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, les dépenses publiques grecques (hors défense) n’expliquent pas l’augmentation de la dette. Les dépenses publiques ont été inférieures à celles des onze autres pays de la zone euro.

 

Figure 1.4
Comparaison de l’évolution des dépenses du secteur des administrations publiques (1995-2005)


Source : Eurostat – COFOG – ESA95

 

De 1995 à 2009, les dépenses des administrations publiques en Grèce (48 %) ont en moyenne été inférieures à celles des onze autres pays de la zone euro (48,4 %). Les données disponibles concernant les budgets primaires (hors intérêts) n’indiquent des dépenses supérieures que dans le domaine de la défense, la Grèce y consacrant 3 % du PIB, contre 1,4 % en moyenne. Dans l’hypothèse où le pourcentage du PIB consacré à la défense en Grèce aurait été au même niveau que dans les onze autres pays, les dépenses publiques totales en pourcentage du PIB auraient été inférieures en Grèce par rapport aux autres pays jusqu’en 2007.

Nous estimons que l’excès de dépenses militaires a contribué à un accroissement de la dette d’au moins 40 Mds d’euros |4|. La plupart de ces dépenses sont liées à d’énormes contrats d’achats de matériels militaires fournis par des sociétés basées dans des pays créditeurs de la Grèce |5|. Dans plusieurs cas, la question de l’illégalité des transactions, entachées par exemple de corruption, a été soulevée, en particulier à propos des prix excessifs facturés et du caractère défectueux des matériels |6|. Les prêteurs actuels de la Grèce ont conditionné le sauvetage de 2010 à la confirmation de commandes en suspens de matériels militaires, alors même qu’une partie de ces dépenses relèvent d’objectifs communs de défense de l’Union européenne |7|, et ne sauraient donc, en toute logique, être à la seule charge de la Grèce.

Les déficits primaires, qui creusent la dette et contribuent à son augmentation, sont principalement dus à la faiblesse de la collecte des recettes publiques. Le produit des taxes et des contributions sociales collectées après 1999 a diminué à des niveaux proches de 34 % du PIB ou en dessous, contre 40 % ou plus dans les autres pays de la zone euro.

 

Figure 1.5
Comparaison de l’évolution du total des impôts et des contributions sociales collectés


Source Eurostat – Principaux agrégats budgétaires nationaux

 

Comme l’illustre la figure 1.5, le faible rendement de l’impôt sur le revenu et l’insuffisance des contributions réelles des employeurs à la sécurité sociale expliquent la différence entre les recettes publiques de la Grèce et celles de la zone euro à 18. Cette différence résulte principalement de la fraude, facilitée par la corruption et l’inefficacité des procédures de collecte, la complaisance des sanctions, qui restent limitées pour les fraudeurs, et la faiblesse des procédures de recouvrement |8| : le montant des impôts et contributions impayés était estimé à 29,4 Mds d’euros fin 2009 |9|.

La dette contractée pour compenser cette insuffisance de la collecte de l’impôt sur le revenu représente 88 Mds d’euros sur la période 1995-2009 |10|. Cette partie de la dette a principalement bénéficié à une minorité de la population, puisque la majorité des contribuables – 77,5 % en 2009 |11| -, qui vivent de salaires et de pensions de retraite, sont dans l’ensemble de bons payeurs. Une autre raison de cette insuffisance est une législation fiscale elle-même injuste, qui permet à quelques groupes privilégiés de recourir légalement à l’évasion fiscale. Le manque à gagner dû à l’insuffisance des cotisations sociales payées par les employeurs (et non des travailleurs) représente 75 Mds d’euros sur la période 1995-2009.

Les réductions de l’imposition sur les sociétés ont également contribué au déficit de recettes, le taux d’imposition ayant progressivement été ramené de 40 % à 25 % sur la période. En conséquence, alors que l’impôt sur les sociétés représentait 4,1 % du PIB en 2000 (3 % dans la zone euro à 18), en 2005 il passait en dessous de la moyenne de la zone euro à 18, pour atteindre 2,5 %, puis 1,1 % en 2012.

 

2. Les sorties illégales de capitaux : dernière cause de l’hémorragie mais non des moindres

Le site internet LuxLeaks |12| fournit des informations sur neuf sociétés grecques qui ont bénéficié d’accords fiscaux luxembourgeois. Il s’agit de Babcock & Brown, BAWAG, Blue House, Coca-Cola HBC, Damma Holdings, Eurobank, Macquarie Group, Olayan Investments Company Establishment et Weather Investments.

Les sorties illicites de capitaux sont un moyen encore plus radical d’éviter l’impôt. Pour estimer leurs montants annuels, nous avons utilisé les données de Global Financial Integrity |13|, une ONG qui évalue ces flux en calculant la différence entre les flux sortants d’un pays et les flux reçus de ce pays par le reste du monde. Comme cette méthode n’identifie que la partie la plus visible des flux financiers sortants, ses résultats doivent être considérés comme une approximation basse |14|. Les données disponibles pour la Grèce montrent des sorties cumulées de 200 Mds d’euros entre 2003 et 2009.

 

Tableau 1.2. Sorties illicites de capitaux (en Mds d’euros)

Source : Global Financial Integrity |15|

 

Nous évaluons l’impact de ces sorties illicites sur la base d’un taux d’imposition modéré de 15 % (la moitié du taux effectif). Il en résulte une perte de recettes pour l’État de 30 Mds d’euros. Ainsi, avec une législation prévenant efficacement ces sorties et une taxation juste, la dette publique grecque aurait été, en prenant en compte les intérêts correspondants, inférieure de 40 Mds d’euros en 2009.

 

3. Après l’entrée dans la zone euro (2001)

La croissance économique après 2001 a été principalement tirée par celle de la consommation et a entraîné une augmentation du déficit de la balance commerciale. Les principaux partenaires commerciaux de la Grèce ont bénéficié de son expansion économique sur la période en augmentant leurs exportations vers le pays. Elles incluaient aussi bien le matériel militaire que les équipements de télécommunications, dont plusieurs sont l’objet de scandales financiers et de corruption. Les cas les plus connus concernent des sous-marins, des chars Léopard et les marchés publics accordés à l’entreprise Siemens.

 

Figure 1.6
Balance des biens et services (en Mds d’euros)


Source : Banque de Grèce

 

Figure 1.7
Importations grecques après 2002
Importations grecques de biens (en Mds d’euros)


Source : Eurostat – CN8

 

4. La faiblesse des taux d’intérêt a entraîné une exposition croissante des banques grecques et européennes à la dette privée grecque

Après 2001, alors que l’inflation était plus élevée en Grèce que dans la zone euro, les emprunteurs grecs publics et privés ont pu offrir des taux d’intérêt nominaux attractifs aux prêteurs internationaux, entraînant ainsi un flux de capitaux étrangers dans les secteurs public et privé. D’importantes banques européennes, principalement allemandes et françaises, ont participé activement à l’énorme augmentation des dettes privées en Grèce, y compris par la prise de participation directe dans des banques grecques, comme dans le cas de Geniki (Société Générale) et Emporiki (Crédit Agricole). Les risques de formation d’une bulle au vu de cette exposition excessive n’ont pas été correctement soupesés. Il en a résulté des taux de croissance du PIB supérieurs à ceux du reste de l’eurozone. Pendant cette période, le ratio dette publique/PIB est resté relativement stable alors que le ratio dette privée/PIB a augmenté plutôt rapidement, passant de 74,1 % en 2001 à 121,9 % en 2009 |16|.

 

Figure 1.8
La nette augmentation des prêts accordés par les banques grecques reposait sur des financements internationaux



En Mds d’euros. Source : Banque de Grèce – Comptes financier

 

En 2009, avec l’entrée de l’économie grecque en récession, les banques privées grecques et étrangères ont fait face à des risques croissants sur des prêts privés non performants. Les banques étrangères (essentiellement de l’UE) étaient les plus exposées en Grèce (140 Mds d’euros), tant dans le secteur public (45 %), que dans les banques (16 %) et le secteur privé non financier (39 %) |17|.

 

Figure 1.9
Créances étrangères sur la Grèce


Source : BRI, Consolidated Ultimate Risk Basis. L’eurozone (EZ) comprend l’Autriche (AT), la Belgique (BE), l’Allemagne (DE), l’Espagne (ES), la France (FR), l’Irlande (IE), l’Italie (IT) et les Pays-Bas (NL).

 

Figure 1.10
Exposition des banques étrangères en Grèce (en Mds d’euros)


Source : BRI, Consolidated Ultimate Risk Basis.

 

En 2009, les banques grecques et étrangères |18| couraient plus de risques que l’État grec avec sa dette souveraine. Le « sauvetage » de l’économie grecque avec de l’argent public sans restructuration de la dette publique était une solution avantageuse pour les banques étrangères : elle leur offrait le temps de diminuer, pour un coût relativement bas, leur exposition, au moins dans les secteurs bancaire et public. C’était aussi une solution avantageuse pour les banques grecques, qui ont réduit leur exposition dans le secteur public de 45,4 Mds d’euros au deuxième trimestre de 2009 à 23,9 Mds d’euros au quatrième trimestre de 2011 |19|. En mettant l’accent sur le déficit et la dette publique et en gonflant artificiellement leur montant en 2009, le gouvernement Papandréou a présenté comme une crise de la dette publique ce qui était en réalité une crise bancaire (voir chapitre 2). Des annonces fréquentes quant à la détérioration de la situation ont provoqué une spéculation sur les CDS (credit default swaps, contrat d’échange sur défaut de crédit) sur la dette souveraine grecque et porté le coût de son refinancement à des niveaux insoutenables, en raison des taux d’intérêt trop élevés exigés pour refinancer les obligations grecques arrivant à échéance.

Tout au long des chapitres suivants, il est démontré que la plupart des prêts de sauvetage consentis sous des conditions très sévères à la Grèce après 2010 ont été utilisés au bénéfice exclusif des banques privées, soit pour le remboursement des titres publics qu’elles détenaient, soit pour la recapitalisation des banques grecques. Loin des affirmations selon lesquelles ces prêts « portent assistance » ou « viennent en aide » à la population ou à l’État, leur véritable objet nous amène à dresser un tableau totalement différent : le premier bénéficiaire des prêts de la Troïka n’est autre que le secteur financier privé.

 

 

 

 
Notes

|1| La Commission pour la Vérité sur la Dette publique est une Commission indépendante, créée par la Présidente du Parlement grec. Elle est présidée par la Présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou, son coordinateur scientifique est le Professeur Éric Toussaint et la députée européenne Sofia Sakorafa est chargée des relations avec le Parlement européen et d’autres Parlements et Institutions. Il comprend des membres grecs à côté de membres venant de dix autres pays. La plupart sont reconnus au niveau international pour leur compétence et leur expérience dans les domaines de l’audit, de la dette publique, de la protection des droits humains, du droit international, du droit constitutionnel, de la finance internationale, de la macroéconomie, de la lutte contre la corruption et pour des garanties de transparence ; d’autres apportent l’expérience précieuse des mouvements sociaux, au niveau local ou international.

|2| Cela concerne l’affaire des swaps de change Goldman Sachs et les changements apportés au traitement des achats de matériel militaire pour faire baisser les déficits et la dette et ainsi pouvoir entrer dans la zone euro.

|3| Il s’agit d’écarts liés à des illégalités dans les dettes certifiées par les autorités grecques. Des dettes non comptabilisées ont par la suite été incorporées illégalement et intentionnellement aux statistiques, d’où une hausse de la dette. Parmi les exemples notables, citons les dettes d’entreprises, les arriérés des hôpitaux, le traitement ambigu des swaps de Goldman Sachs et, enfin, les opérations aboutissant à une sous-estimation du PIB.

|4| Banque de Grèce (2014). Rapport annuel 2013. En ligne : http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2013.pdf, consulté le 12 juin 2015.

|5| Institut international de recherches pour la paix de Stockholm (SIPRI) (2015). SIPRI Military Expenditure Database. En ligne : http://www.sipri.org/research/armaments/milex/milex_database, consulté le 13 juin 2015.

|6| Milakas (2012). Dette et Armement. En ligne : http://www.onalert.gr/stories/Xreos_kai_eksoplismoiPos_mas_poylhsan_skoypidia_gia_xrysafi_Apisteyta_stoixeia/17675, consulté le 12 juin 2015.

|7| Par exemple, la défense des frontières de l’UE, les plans stratégiques de l’OTAN (missiles Patriot et F-16) et les opérations extérieures de l’OTAN en Libye, Somalie et Méditerranée orientale. Source : Milakas. op. cit. note précédente.

|8| Par exemple, il y a plus de 110 000 litiges fiscaux pendants devant les tribunaux et environ 5 % des montants des affaires tranchées sont recouvrés. Ministère grec des Finances (2015). Statistiques. En ligne : http://www.gsis.gr/gsis/export/sites/default/gsis_site/PublicIssue/documents_TaxAdmin/anartisid_2013.pdf, consulté le 12 juin 2015.

|9| Kathimerini. 19 février 2015. En ligne : http://www.newsbomb.gr/oikonomia/news/story/558084/h-aktinografia-ton-ofeilon-mas-pros-to, consulté en juin 2015.

|10| Calcul basé sur la différence entre les ressources effectives et celles qui auraient résulté de taux de collecte équivalents à la moyenne de l’eurozone – Source : Eurostat – COFOG – ESA95.

|11| Ministère grec des Finances. op. cit. 7

|12| ICIJ (2015). Explore the Documents : Luxembourg Leaks Database. En ligne : http://goo.gl/vcYhDG, consulté le 12 juin 2015.

|13| Global Financial Integrity (2015). Greece : Change in External Debt Model. En ligne : http://goo.gl/djEv1n, consulté le 12 juin 2015.

|14| L’économie informelle est estimée à 25 % à 30 % de l’économie enregistrée par plusieurs études : Economist Intelligence Unit (2010). Country Report : Greece. Avril 2010 ; OCDE (2009). Études économiques de l’OCDE : Grèce 2009. En ligne : https://goo.gl/3jVlPU, consulté le 12 juin 2015 ; Fondation hellénique pour la politique étrangère et européenne (ELIAMEP) (2010). Economic Fact Sheet Greece 2009/10.

|15| Global Financial Integrity, op. cit.12

|16| OCDE (2015). OCDE Statistics. En ligne : http://goo.gl/i4sQSY, consulté le 12 juin 2015.

|17| Banque des règlements internationaux (BRI) (2010). Statistical Annex. June Quarterly Review. En ligne : http://goo.gl/s4haRg, consulté le 12 juin 2015.

|18| Dont BNP, Société Générale et Crédit Agricole pour la France, Commerzbank, Baden Bank, Postbank et DZ Bank pour l’Allemagne et NBG, Agricultural Bank, Piraeus, EFG Eurobank, Hellenic Postbank et Alpha pour la Grèce.

|19| Banque de Grèce (2015). Financial Accounts. En ligne : http://goo.gl/JW85TX, consulté le 12 juin 2015.

 

Auteur

 
Commission pour la vérité sur la dette grecque

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Source : http://cadtm.org

 

 

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 21:11

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Hologramme 04/07/2015 à 10h22

« Loi bâillon » : les Espagnols forcés d’innover pour manifester

Robin Prudent | Journaliste Rue89

 

 

 

  • Le droit de manifester a pris un sacré coup en Espagne. La loi de « sécurité citoyenne », entrée en vigueur le 1er juillet, multiplie les restrictions. Le journal El Mundo liste ainsi les 44 conduites qui seront désormais interdites et punies de lourdes amendes, sans passage devant le juge. Parmi elles :

  • « refuser de s’identifier à la demande d’une autorité » ;
  • « ne pas respecter les restrictions de circulation » ;
  • « escalader des bâtiments ou des monuments sans autorisation » ;
  • « manquer de respect aux forces de sécurité » ;
  • « utiliser des lasers sous quelque forme que ce soit »

 

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) s’inquiète, elle, d’une loi qui cherche à « dissuader les citoyens d’exprimer leurs opinions au travers d’actes publics ».

 

« Ley Mordaza » ou « loi bâillon »

Des inquiétudes fondées qui ont valu à la loi un surnom : « Ley mordaza » (« loi bâillon »).

Les interdictions – rédigées dans des termes assez flous – obligent les Espagnols, qui se sont tant mobilisés pendant la crise et contre les mesures d’austérité, à changer leurs habitudes.

Pour continuer de faire entendre leur voix, la résistance en ligne, sur les réseaux sociaux et sur plusieurs plateformes citoyennes, s’organise. Mais celle-ci pourrait bien aussi être mise à mal.

 

Amende pour une vidéo de la police

Comme le  le blogueur Marco Nurra, l’article 30 de la loi prévoit que toute personne faisant la promotion d’une manifestation non autorisée, sur les réseaux sociaux, en créant un site ou juste en affichant les symboles de cette contestation sur son profil, pourra être considérée comme l’un des organisateurs. Elle risque ainsi une amende allant jusqu’à 600 000 euros, sans passage devant un juge.

« Faire la promotion d’une manifestation non autorisée devant la chambre des députés peut être considéré comme un acte terroriste. Mais aussi bloquer une page web d’un site gouvernemental ou du FMI par exemple. »

La publication d’une vidéo montrant des policiers va aussi devenir une pratique très risquée. La loi prévoyant que si de telles diffusions « mettent en danger [la] sécurité personnelle et familiale » du policier, les responsables seraient condamnés à de lourdes amendes. Une mesure floue, qui sème la confusion sur les risques encourus par ceux qui voudraient publier des vidéos de violences policières, comme celle ci-dessous.

 

Des hologrammes insaisissables

Le blogueur Marco Nurra poursuit :

« Le mot “terrorisme” en Espagne a été vidé du sens que l’on connaissait, devenant un espace sans limite dans lequel on peut intégrer une série d’actions qui étaient considérées, jusqu’à maintenant, comme des droits. »

Une première initiative, pacifique et médiatique, avait été organisée pour dénoncer le projet de loi en avril dernier : faire manifester des hologrammes.

Des centaines d’Espagnols, mais aussi d’autres personnes mobilisées dans le monde, avaient scanné leur image et leurs revendications, avant que celles-ci soient projetées sur le Parlement.

 

 

Pas facile pour le gouvernement d’arrêter des manifestants bruyants, nombreux, mais seulement composés de lumière.

 

Les statues bâillonnées

Contactée par Rue89, une membre de l’association organisatrice No Somos Delitos (Nous ne sommes pas un délit) précise leur rôle dans le futur :

« Pour le moment, nous n’avons pas prévu d’autres mobilisations à propos de la loi bâillon. Mais d’autres manifestations concernant des problématiques différentes vont être affectées par cette loi. Chaque collectif appréciera la meilleure forme pour mener à bien sa protestation. »

Certains ont déjà commencé à réfléchir à de nouvelles possibilités pour manifester sans risquer des amendes. Ces derniers jours, Greenpeace a ainsi dénoncé cette nouvelle loi en bâillonnant des statues emblématiques de Madrid.

 

Une statue bâillonnée, le 1er juillet 2015 à Madrid (Greenpeace)

 

D’autres ont exprimé leur colère avec des messages sur des murs.

 

Enfin, certains ont laissé des messages explicites dans le métro : « Manifestation : à utiliser en cas d’urgence. Tout abus sera sanctionné. »

 

Si les formes alternatives de mobilisation sont nombreuses, cette loi n’en reste pas moins un outil puissant aux mains du pouvoir en place, affirme le porte-parole de l’association Juges et libertés.

« Cette loi n’est pas faite pour la sécurité des citoyens mais plutôt pour celle du gouvernement. »

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 20:52

 

Source : http://antoineleaument.fr

 

 

 

tsipras iglesias melenchon donald tusk oligarchie
Source : Robert Crc, Flickr, Stéphane Burlot

 

Grèce : l’oligarchie avoue qu’elle craint une «contagion politique et idéologique»

« Je suis surtout inquiet des risques de contagion politique et idéologique »

 

Donald Tusk, président du Conseil européen

 

Connaissez-vous Donald Tusk ? Non ? C’est normal. Il est un fantôme qu’on a décidé de mettre quelque part pour « incarner l’Europe » et faire croire qu’elle est autre chose qu’une machine à broyer les peuples pour leur faire cracher de l’argent à destination des banques. En l’occurrence, Donald Tusk est président du « Conseil européen ». Ça ne vous dit rien non plus ? C’est normal aussi : l’Europe est une machine technocratique compliquée. C’est fait exprès pour qu’on n’y comprenne rien (et je trouve que ça marche assez bien). Le Conseil européen, c’est la réunion des chefs d’États et de gouvernements qui sert à définir les grands axes de la politique européenne.

Bref, voici Donald Tusk, qui ne sert à rien. Donald Tusk a en théorie pour rôle d’arbitrer les matches de boxe entre les États membres. Dans le cas présent, cela veut dire arbitrer entre Merkel et les autres. Sauf que personne n’ose affronter la chancelière allemande, à part Tsipras. Pour Le Monde, qui tient absolument à nous faire croire que Donald Tusk sert à quelque chose (pour justifier son salaire exorbitant de 300 000 euros par an), il « a joué un rôle décisif lors du dernier sommet de la zone euro ». S’il en a joué un, ce n’est pas celui d’arbitre : c’est de boxeur aux côtés de Madame Merkel. François Hollande, lui, qui se croyait arbitre du match, était en fait spectateur d’une mise à mort à laquelle il a participé en n’intervenant pas.

Donc, Le Monde a décidé d’accorder une interview palpitante à Donald Tusk. Voilà qui intéresse le peuple et déchaîne les passions. Non ? Et bien figurez-vous que oui. Mais pas parce que Donald Tusk est intéressant : parce que ce qu’il a dit est intéressant. Tellement que Le Monde a même fini par censurer ses propos ! Il avoue que l’oligarchie dont il fait partie craint une contagion politique et idéologique du cas grec. Voici ce qu’il a dit dans l’interview (avant que celle-ci ne soit censurée), en répondant à la question : « l’aspect géopolitique est-il entré en ligne de compte dans les discussions dimanche ? » :

« Je suis surtout inquiet des risques de contagion politique et idéologique. Avec ce qui se passe en Grèce est apparue l’illusion idéologique qu’il est désormais possible de changer le cours de l’Europe, qu’on peut construire une alternative à la vision traditionnelle de l’Europe de l’austérité. Je trouve l’atmosphère très similaire à celle de l’après 1968. Je sens un état d’esprit, peut-être pas révolutionnaire, mais un sentiment d’impatience en Europe. »

Les mots parlent d’eux-mêmes : ce que craint par-dessus tout l’oligarque Donald Tusk, c’est une « contagion politique et idéologique » du cas grec. Il se rattrape évidemment après, en reprenant le discours classique de l’oligarchie et en parlant « des » extrêmes ou en disant que l’extrême droite et l’extrême gauche c’est pareil, etc. Mais il n’empêche qu’il l’a dit : ce qu’il craint, c’est que l’épisode grec s’étende au reste de l’Europe. Or, dans le cas présent, cela veut dire deux grandes échéances : les élections générales en Espagne où Podemos peut l’emporter et l’élection présidentielle en France où nous pouvons renverser la table par une insurrection civique.

Je m’amuse assez, aussi, de ce que dit Donald Tusk sur l’état d’esprit quasi-révolutionnaire. Craindre une révolution, c’est avouer qu’on a quelque chose à y perdre. C’est avouer qu’on n’est plus du côté du peuple. Beaucoup de gens en France espèrent une révolution. J’en suis. Il suffit de parler une dizaine de minutes avec à peu près n’importe qui : même les plus modérés disent aujourd’hui qu’il « faudrait tout envoyer péter ». Pour l’instant, c’est du conditionnel. Mais ça bouillonne dans le peuple. Et le conditionnel finira par se transformer en indicatif. Puis en impératif. Alors, trembleront les Tusk, les Merkel, les Hollande, les banquiers, et tous ceux qui nous affament pour s’en mettre plein les poches.

Pour l’heure, Donald Tusk confirme la marche à suivre pour renverser l’oligarchie : emprunter le chemin qu’ont ouvert Tsipras en Grèce, Iglésias en Espagne et Mélenchon en France. Car on sent bien aujourd’hui que si ces trois-là étaient au pouvoir en même temps, Merkel n’aurait pas pu imposer ses conditions à la Grèce. Tusk l’avoue en disant qu’il craint moins les risques géopolitiques que les risques politiques et idéologiques, et que c’est cela qui a présidé dans la prise de décision sur l’accord grec.

L’Europe arrive à un moment historique. Soit elle change et sert les peuples, soit elle continue à servir l’oligarchie et elle disparaîtra. Ce que l’épisode grec a montré, c’est que ce sont les nations qui ont la clé du changement. C’est par les élections nationales qu’on peut réorienter l’Europe. Ou en sortir, si le changement apparaît définitivement impossible. C’est la ligne que tracent aujourd’hui Iglésias en Espagne et Mélenchon en France, c’est à dire dans la quatrième et la deuxième économie de la zone euro. Donald Tusk peut trembler, en effet. Et ses amis avec. Car l’heure des révolutions approche, et nous l’attendons, nous, avec impatience.

 

 

Source : http://antoineleaument.fr

 

 

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 20:44

 

Source : http://www.contretemps.eu

 

 

Costas Lapavitsas : "La voie de la sagesse, c’est celle de la sortie de l’euro et du changement social"

Ce texte est la transcription traduite de l’intervention de Costas Lapavitsas au colloque « Democracy Rising », tenu à Athènes le 17 juillet 2015. Les intertitres sont de notre responsabilité.

Costas Lapavitsas est député élu au Parlement grec, membre de la Plateforme de gauche de Syriza, et professeur d’économie à SOAS (School of Oriental and African Studies, Londres).

 

 

Une capitulation désastreuse

Le gouvernement Syriza vient de signer un nouvel accord de sauvetage. C’est un très mauvais accord, pour des raisons évidentes que je vais énumérer.

Tout d’abord, cet accord est récessif. Il va plonger l’économie grecque dans la récession. Parce que les seules augmentations d’impôts s’élèvent à 2% du PIB. Elles concernent surtout la TVA, impôt indirect prélevé sur des produits principalement consommés par les travailleurs. Mais elles concernent aussi les entreprises et vont d’abord frapper les petites et moyennes entreprises, qui demeurent la colonne vertébrale de l’économie grecque. L’agriculture est sans doute le secteur le plus durement touché par cette augmentation : l’impôt sur le revenu versé par les agriculteurs va doubler, et ils seront soumis à de nouvelles obligations. Ces mesures sont incontestablement récessives. Elles arrivent à un moment où l’économie grecque chancelle au bord du précipice. Il ne fait aucun doute qu’elles vont la faire basculer dans la récession.

Deuxièmement, l’accord impose des mesures clairement inégalitaires. Elles vont exacerber les inégalités dans le pays. Ne laissez personne vous dire le contraire : le gros des recettes fiscales viendra des impôts indirects, dont on sait qu’ils sont facteur d’inégalité. Les inégalités vont s’accroître parce que les mesures imposent de prendre 800 millions par an dans les retraites. Elles feront peser une charge supplémentaire sur les retraités, qui comptent déjà en règle générale parmi les couches les plus pauvres de la population. Et bien sûr, les inégalités vont aussi s’accroître parce que le chômage va augmenter cette année et l’année prochaine.

Cet accord est mauvais parce qu’il ne remédiera en rien au problème de la dette du pays. Il ne prévoit pas de restructuration de la dette. Il va remplacer une catégorie particulière de dette par une autre. Il pourrait entraîner une amélioration marginale – marginale – sur le plan des taux d’intérêt et de l’étalement de la dette. Et celle-ci va sans aucun doute augmenter de 20 à 25 milliards pour recapitaliser les banques. Selon le FMI, le ratio dette sur PIB devrait passer à 200% l’an prochain. C’est très probablement ce qui va arriver.

Quatrièmement, l’accord ne prévoit absolument rien pour le développement du pays. Le « paquet » de 35 milliards d’euros n’existe tout simplement pas. Ces sommes ont déjà été allouées à la Grèce dans les divers fonds. Nous ne savons pas quand ni comment le pays percevra de l’argent frais. Rien, donc, en matière de développement.

Enfin, cet accord est clairement de type néocolonial. Le gouvernement de gauche a signé un accord néocolonial. Il l’est pour plusieurs raisons. J’en évoquerai trois : tout d’abord, l’accord prévoit l’établissement d’un fonds de privatisation de 50 milliards d’euros, sous contrôle étranger, et qui aura pour mission de vendre des biens publics. Les 25 premiers milliards seront destinés aux banques. S’il reste quelque chose – et il ne restera rien car on n’atteindra jamais 50 milliards –, les sommes serviront au remboursement de la dette et, peut-être, à l’investissement. Par conséquent, ce fonds vendra tout ce qu’il est possible de vendre pour recapitaliser les banques. Nous venons d’accepter de vendre nos bijoux de famille pour recapitaliser des banques grecques en faillite.

Nous avons aussi accepté de mener des réformes de l’administration publique sous la houlette de l’UE. Nous avons accepté de nous soumettre à un contrôle qui non seulement sera très sévère mais qui durera bien plus longtemps que les 3 ans que durera l’accord.

À mes yeux, cet accord représente une capitulation désastreuse. Ce n’est pas Brest-Litovsk. Ceux d’entre vous qui le croient se trompent. Il ne s’agit pas de gagner du temps pour asseoir le pouvoir bolchevique à Moscou et à Leningrad. Il ne s’agit pas de gagner du temps, car il n’y a pas de temps à gagner. Le temps, en l’occurrence, joue en faveur de l’ennemi. Ce n’est pas une manœuvre tactique.

Cet accord revient à mettre le pays sur une voie qui n’a qu’une seule issue. Une issue qui ne sert pas les intérêts du peuple. Quant à savoir qui est le véritable vainqueur de cet accord, c’est l’évidence même. Le vainqueur est devant vous. C’est l’oligarchie, qui s’exprime dans les médias de masse. Voilà pourquoi les médias exultent et célèbrent cette victoire. La réalité est parfois exactement ce qu’elle paraît être. Il est inutile de gratter la surface. Si vous lisez les grands journaux et que vous écoutez les médias, vous savez qui a gagné.

 

Le produit d’une erreur stratégique

Alors pourquoi ? Pourquoi cette capitulation ? Pourquoi en est-on arrivé là après le grand enthousiasme d’il y a six mois, après le fort soutien que nous ont apporté les mobilisations de la base dans ce pays et en Europe ? Pourquoi ? Pour moi, la réponse est claire. Elle tient à une mauvaise stratégie, stratégie qui fut certes assez bonne pour gagner les élections, mais qui s’est révélée désastreuse une fois Syriza arrivé au pouvoir. Cette mauvaise stratégie a fait long feu. Quelle est-elle ? Elle est très simple, et elle a été explicitement formulée à maintes reprises. Nous réaliserons un changement radical en Grèce, un changement radical en Europe, et nous le ferons de l’intérieur de la zone euro. Voilà quelle était la stratégie. Eh bien ce n’est pas possible. Un point, c’est tout. Les derniers mois ont démontré que ce n’était tout simplement pas possible.

Ce n’est pas une question d’idéologie – néolibérale ou autre. Ce n’est pas une affaire de rééquilibrage des rapports de force politiques. Combien de fois ai-je entendu parler de rééquilibrage ? Et voilà que ce débat revient sur la table, que l’on ressort cet argument : « Attendons que le rapport de force politique change en Europe, si Podemos est élu, les choses seront différentes. » Vous pourrez attendre longtemps. Très longtemps. Car ce n’est pas ainsi que la situation changera.

Pourquoi ? Parce que l’union monétaire, dont la Grèce fait partie, n’est pas de nature idéologique. Enfin elle l’est, mais il ne s’agit pas seulement d’idéologie. Ni de rééquilibrage du rapport de force. C’est un mécanisme institutionnel. Plus tôt les Grecs le comprendront, mieux ce sera pour nous tous. On a affaire à un mécanisme institutionnel, à une union monétaire, à un ensemble hiérarchique qui agit dans l’intérêt des grandes entreprises et d’un petit nombre de pays membres. Voilà la nature de l’Union économique et monétaire.

Historiquement, cette union monétaire a échoué. En Grèce, son échec est patent. Elle a ruiné le pays. Et plus la Grèce s’accroche à sa place au sein de l’union, plus elle détruit son peuple et sa société. C’est un fait que l’histoire des unions monétaires a établi depuis longtemps. Le problème est qu’à chaque fois, les gens refusent de voir la réalité en face.

 

La question de l’argent

Permettez-moi de faire une digression sur la question de la monnaie – après tout, je m’adresse ici à un public d’universitaires et cela fait trente ans que j’étudie l’argent. L’argent est bien sûr l’équivalent universel. La marchandise des marchandises. Je suis assez traditionaliste à cet égard.

Sous sa forme la plus simple et la plus pure, c’est une chose. La plupart des gens considèrent que l’or est de la monnaie. Dans certains cas, c’est encore vrai. Quand elle est une chose, elle fonctionne de façon aveugle et automatique, comme le font toutes les choses. Et elle est l’objet de la réification. Les rapports sociaux vont s’incarner dans cette chose. De façon aveugle et mécanique, la société se soumet à cette chose. Nous le savons depuis longtemps. Keynes parlait de l’esclavage du métal jaune.

Bien sûr, la monnaie moderne n’est pas une chose de ce type. Elle reste chose, mais pas une chose ayant la forme d’une marchandise produite. Elle est contrôlée. Elle reste de la monnaie, mais elle est contrôlée. Contrôlée par des institutions, des comités, des mécanismes, toute une hiérarchie de relations. Cette hiérarchie et ce cadre produisent de la réification. Une réification qui diffère de celle de l’or. Ce que réifient ces institutions, c’est la pratique. L’idéologie et les intérêts de classes se réifient dans la pratique, dans l’institution elle-même.

C’est ce que la gauche, en Europe et en Grèce, s’est révélée incapable de comprendre : les mécanismes de l’Union européenne et monétaire sont une pratique de classe réifiée. Un point, c’est tout. Vous ne pouvez pas les transformer parce que vous avez gagné une élection en Grèce. C’est impossible. Vous ne pourrez pas les changer parce que demain, Podemos sera au pouvoir en Espagne. Ce n’est pas possible. Donc de deux choses l’une : soit vous détruisez cet édifice, soit vous l’acceptez tel qu’il est. Nous en avons désormais la preuve irréfutable.

 

Un programme radical suppose un plan de sortie de l’euro

Mais la vraie question est la suivante : que fait-on maintenant ? Je vais vous le dire, et sur ce point, ma propre pratique a valeur de preuve. La seule position cohérente au parlement ces derniers jours – cohérente avec deux choses : le mandat électoral reçu par Syriza le 25 janvier, et le référendum où le peuple a très clairement dit non aux plans de sauvetage –, la seule position cohérente avec ces expressions de la volonté populaire, c’était de dire non. Pas oui.

Ce n’est pas une affaire de conscience morale. Je respecte la conscience de chacun, je comprends la difficulté morale éprouvée par chaque député, chaque membre de Syriza, chaque citoyen grec. Mais ce n’est pas une question morale. Je ne suggère absolument pas que le « non » est moralement supérieur au « oui ». Je tiens à le dire très clairement. Il ne s’agit pas ici de morale, mais de jugement politique.

C’est la politique qui compte ici, et la juste orientation politique à prendre, c’était de dire non. C’est la seule option qui permet de rester cohérent avec la volonté populaire, avec les promesses que nous avons faites au peuple, et avec les mesures que nous serons susceptibles de prendre à l’avenir.

Si cette orientation est maintenue, le « oui » nous plongera vraisemblablement dans d’immenses difficultés. D’immenses difficultés pour les raisons que je vous ai données et qui tiennent au contenu de l’accord. Il n’est pas possible d’accepter cet accord et de transformer la Grèce. Ce ne sera pas possible car l’accord contient des mécanismes de contrôle très durs. Ces gens à l’étranger ne sont pas idiots. Ils savent exactement de quoi il retourne. Et ils imposeront des conditions, des régulations, des mécanismes de contrôle qui empêcheront Syriza de prendre des mesures allant dans le sens de ce à quoi beaucoup aspirent.

La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. Ils exigent déjà le retrait de la majeure partie des lois que nous avons adoptées au cours des cinq derniers mois, dans l’intérêt des travailleurs. Et nous les retirerons. Ils nous contraignent à le faire. Et vous vous imaginez qu’à partir de maintenant, vous allez pouvoir adopter d’autres mesures législatives radicales ? Mais sur quelle planète vivez-vous ? C’est impossible. Et ce ne sera pas possible.

 

Revenir sur l’accord en s’appuyant sur le Non au référendum

Alors, qu’allons-nous faire ? Nous devons revenir sur l’acceptation de cet accord. Et concevoir un programme radical compatible avec nos valeurs, nos objectifs et le discours que nous avons tenu au peuple grec depuis tout ce temps, depuis toutes ces années. Et ce programme radical est impossible sans une sortie de l’euro. La seule chose à quoi nous devions vraiment travailler, c’est au développement d’un plan de sortie de l’euro qui nous permettra de mettre en œuvre notre programme. C’est si évident que je suis stupéfait qu’on ne l’ait toujours pas compris après cinq mois d’échec des négociations.

Avons-nous les forces requises ? Oui. Oui parce que le référendum, où le « non » a triomphé sans appel, a démontré deux choses. Il a démontré, pour commencer, que l’euro est une affaire de classe. Ce n’est pas une forme d’argent impersonnelle. Comme je vous l’ai dit, il cristallise et contient des rapports de classe. Et les gens l’ont instinctivement compris : les riches ont voté « oui », les pauvres ont voté « non » au référendum. Un point, c’est tout.

Deuxième chose démontrée par le référendum, et cela représente un énorme changement : pour la première fois depuis cinq ans, la jeunesse grecque s’est exprimée. Nous étions nombreux à attendre qu’elle le fasse. Et enfin, elle l’a fait. Et la jeunesse, cette jeunesse si attachée à l’Europe, si éduquée, sans doute si éloignée de tous ces dinosaures d’extrême gauche qui croient encore à Marx et consorts – cette jeunesse grecque qui bénéficie des programmes Erasmus et qui voyage partout, cette jeunesse a dit non, à 80%. Voilà la base d’une orientation radicale, et d’une réorientation pour Syriza aujourd’hui. Si nous disons oui, si nous maintenons le oui, nous perdrons les jeunes. J’en ai la certitude absolue.

 

Comment organiser une sortie de l’euro ?

Alors comment initier cette nouvelle orientation ? Est-ce une chose impossible ? Ne vous imaginez pas qu’il n’existe pas de plan pour sortir de cette union monétaire désastreuse et mettre en œuvre une stratégie radicale. Il existe un plan. Seulement, on ne l’a jamais utilisé. On ne l’a jamais développé, jamais étudié de manière approfondie. Pour le mettre en œuvre, il faut le développer, et il faut, par dessus tout, une volonté politique.

Ce plan, sous forme de feuille de route, contiendra quelques points très clairs.

  • Premièrement, défaut sur la dette nationale. Le défaut est l’arme des pauvres. La Grèce doit faire défaut. Il n’y a aucune autre porte de sortie. Le pays est écrasé par sa dette. Un défaut serait donc un premier pas vers un profond effacement de la dette.
  • Deuxièmement, nationalisation des banques. Nationalisation efficace des banques. Je veux dire par là que l’on nommera un commissaire public et un groupe de fonctionnaires et de technocrates qui savent comment s’y prendre. On leur demandera de diriger les banques et de renvoyer chez eux les membres des équipes dirigeantes actuelles. Voilà ce qu’il faut faire. Sans avoir la moindre hésitation. Et nous changerons en conséquence la structure juridique de ces établissements. La chose est très facile à faire. Les banques continueront à fonctionner sous un régime de contrôle des capitaux. On aura alors fait la moitié du chemin pour sortir de cette catastrophique union monétaire. Mais il faudra mettre en place un contrôle adéquat des banques et des capitaux, pas ce contrôle lamentable que nous avons vu ces deux dernières semaines. Il faudra que cela permette aux travailleurs et aux entreprises de retrouver une activité normale. C’est tout à fait possible. On l’a vu à plusieurs reprises.
  • Troisièmement, conversion de tous les prix, de toutes les obligations, de l’ensemble de la masse monétaire dans la nouvelle devise. On peut convertir tout ce qui relève du droit grec. Les déposants perdront une part de leur pouvoir d’achat, mais pas sur la valeur nominale de leurs dépôts. Mais ils y gagneront car le pouvoir d’achat de leur dette diminuera également. Donc la majorité en sortira probablement gagnante.
  • Quatrièmement, organisation de l’approvisionnement des marchés protégés : pétrole, produits pharmaceutiques, nourriture. C’est tout à fait possible en définissant un ordre de priorités, donc il faut s’y prendre un peu à l’avance, pas à la dernière minute. Il est évident que si vous pensez mettre tout cela en place le lundi matin et que vous commencez à y réfléchir le dimanche, l’affaire sera difficile. J’en conviens.
  • Enfin, déterminer comment on allégera la pression sur le taux de change. Le taux de change va probablement plonger puis remonter. C’est généralement ce qui se passe. Il se stabilisera à un niveau dévalué. J’envisage une dévaluation de 15 à 20% au final. Il faut donc savoir comment on maîtrisera cette situation.

 

Quels seront les effets d’une sortie de l’euro ?

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? D’abord, il faut s’y préparer techniquement, et surtout, il faut y préparer le peuple. Car pareille chose est impossible sans lui. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : on peut se passer du peuple, mais alors il faut envoyer les chars dans les rues. On peut aussi faire ça. Mais ce n’est pas l’orientation de la gauche. La gauche veut y parvenir avec la participation du peuple, car nous voulons le libérer de cette façon, nous voulons le faire participer.

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? J’ai vu des simulations et des modélisations économétriques de l’effet que cela pourrait avoir sur le PIB, les prix, etc. Ce genre de chose est parfois très utile et intéressant à lire. Mais dans ce cas, les simulations n’ont pas la moindre valeur. Pourquoi ? Parce que, par essence, la simulation et l’économétrie reposent sur la conservation des caractéristiques structurelles du modèle. Sinon, toute simulation est impossible. Ici, par construction, nous transformons la structure. C’est un changement de régime. Ou, pour le dire autrement, si quelqu’un décide de remettre sa vigne en culture, comment en prévoir les effets ? C’est cela qui va se passer. Il se produira un changement structurel. Donc toutes les prévisions chiffrées ne valent pas grand-chose. Ne croyez pas ceux qui vous disent qu’il y aura une récession de 25%, une contraction du PIB de 50%. La vérité est qu’ils n’en savent rien. Ils sortent ces chiffres de leur chapeau.

Le mieux que l’on puisse faire dans ces conditions, c’est de concevoir des anticipations raisonnées fondées sur les expériences antérieures et sur la structure de l’économie grecque. J’imagine que si nous empruntons cette voie en y étant préparés, nous entrerons en récession. Ce sera difficile. Cela durera probablement plusieurs mois, du moins la plongée durera plusieurs mois. Mais si je me fonde sur l’expérience monétaire, je ne crois pas que cette situation durera plus de six mois. En Argentine, elle a duré trois mois. Puis l’économie est repartie.

La contraction durera donc plusieurs mois, puis l’économie redémarrera. En revanche, il est probable qu’il faille attendre plus longtemps pour renouer avec des taux de croissance positifs, car la consommation, la confiance, et les petites et moyennes entreprises subiront sans doute un choc important. Je suppose que l’on reviendra à des taux de croissance positifs au bout de 12 à 18 mois.

Une fois le pays sorti de cette période d’ajustement, je pense que l’économie reviendra à des taux de croissance rapides et soutenus. Pour deux raisons. D’abord, la reconquête du marché intérieur. Le changement de devise permettra au secteur productif de reconquérir le marché intérieur, de recréer des opportunités et des activités, toutes choses que l’on a vu à chaque fois que se sont produits des événements monétaires de cette ampleur. Et un gouvernement de gauche favorisera la reprise, pour qu’elle soit plus rapide et plus solide. En partie parce que les exportations vont très probablement repartir ; en partie parce que l’on mettra en place un programme soutenu d’investissement public qui favorisera aussi l’investissement privé et produira de la croissance pendant plusieurs années. Voilà mes prévisions, je n’ai pas le temps de les développer ici.

 

La voie de la sagesse…

Je voudrais ajouter deux choses. Il ne s’agit pas d’une sortie de l’Europe. Personne ne défend cette idée. L’euro, l’Union européenne et monétaire, ne se confond pas avec l’Europe – cette valeur désincarnée, qui nous tourmente depuis si longtemps. Nous parlons ici de sortie de l’union monétaire. La Grèce restera membre de l’Europe et des structures européennes tant que le peuple grec le souhaitera. Cette stratégie vise au contraire à libérer la Grèce du piège que constitue l’union monétaire, à lui permettre de renouer avec une croissance soutenue et avec la justice sociale, à renverser le rapport de force au profit des travailleurs du pays. Je le regrette, mais il n’y a pas d’autre stratégie. S’imaginer le contraire, c’est poursuivre des chimères.

J’ignore si la Grèce optera pour cette stratégie. Récemment, je suis tombé sur une phrase très intéressante, attribuée à un premier ministre israélien. Il disait que les nations prennent la voie de la sagesse, mais seulement après avoir essayé toutes les autres. Dans le cas de la Grèce, je crains que ce ne soit ce qui nous attend. La voie de la sagesse, c’est celle de la sortie de l’euro et du changement social. J’espère que Syriza le comprendra et dira non. Qu’il ne signera pas cet accord. Qu’il reviendra à ses principes radicaux et à ses valeurs radicales. Qu’il fera une nouvelle proposition à la société grecque et s’engagera dans la voie de la sagesse.

 

Traduction : Nicolas Vieillescazes

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date: 
19/07/2015 - 09:33

Costas Lapavitsas

 

 

Source : http://www.contretemps.eu

 

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 20:26

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

La gauche et l’euro : liquider, reconstruire

samedi 18 juillet 2015, par Frédéric Lordon

 

 

 

1. L’euro interdit radicalement toute politique progressiste possible.

2. S’il en était encore besoin, le traitement criminel infligé à la Grèce en six mois de brutalisation (rebaptisée « négociation ») prouve que l’entreprise de « transformer l’euro », ou l’hypothèse d’un « autre euro possible », sont des chimères qui, par désillusions successives, ne mènent qu’à l’impasse et à la désespérance politiques.

3. Abandonner aux extrêmes droites (qui au demeurant n’en feront rien [1]…) toute perspective politique d’en finir avec l’euro et ses institutions est une faute politique qui condamne les gauches européennes à l’impuissance indéfinie.

4. Sauf à continuer de soupirer après ce qui n’arrivera pas — un « autre euro » et l’« Europe sociale » qui va avec — le réarmement des gauches européennes passe donc impérativement par l’imagination de l’après-euro.

L’avenir de la gauche se joue entre ces quatre propositions.

Les refus « internationalistes » de penser Retour à la table des matières

A ceux qui, sincèrement de gauche, se sont refusés si longtemps à voir l’impasse de l’euro, pour entretenir l’illusion d’un improbable « rapport de force » qui permettrait d’en changer la configuration, à ceux à qui il aura fallu le calvaire grec pour (commencer à) mesurer la radicalité idéologique des institutions européennes, il faut dire qu’après que cette erreur aura assommé les Grecs de Syriza, elle assommera les Espagnols de Podemos, et puis que nous y passerons tous.

Depuis tant d’années, certains secteurs de la gauche, par un mélange d’internationalisme postural et de reddition sans combattre face aux menées récupératrices du Front national, ont refusé de voir ce qui était pourtant sous leurs yeux : un despotisme économique irréductible. Despotisme, puisqu’on ne peut nommer autrement une entreprise aussi résolue de négation de la souveraineté démocratique, et ceci, d’ailleurs, indépendamment de toute considération d’échelle territoriale : soustraire la politique économique à la délibération parlementaire ordinaire pour en inscrire les orientations fondamentales dans un texte constitutionnel, en l’occurrence celui des traités, est un acte d’une telle portée qu’on s’est toujours demandé comment il pouvait se trouver des personnes pour qualifier l’Europe de « démocratique » sans aussitôt sombrer dans le ridicule. Irréductible, car c’est un despotisme sous influence, l’influence d’un pays qui joue ce qu’il se représente comme ses intérêts vitaux dans un agencement institutionnel entièrement fait à sa mesure : l’Allemagne.

On ne compte plus les intellectuels qui, sous l’emprise de leurs terreurs nocturnes, ont fini par renoncer à penser quoi que ce soit qui aille au cœur de la situation européenne, et se retrouvent au comble du dénuement face à l’extrême, mais trop prévisible, violence faite à la Grèce. Il fallait vraiment avoir perdu toute colonne vertébrale pour s’interdire de penser à ce point, de peur d’avoir l’air de penser comme le Front national, et (surtout) sans être capable de penser ce qu’il y avait à penser autrement que le Front national : penser la souveraineté en général, penser les conditions de possibilité de son redéploiement international, penser l’idiosyncrasie allemande et ses inévitables effets dans toute construction monétaire européenne.

On se demande encore en quelles interdictions ces gens-là ont pu s’enfermer pour en arriver à oublier que la souveraineté, dans son concept, c’est-à-dire comme « décider en commun », n’est pas autre chose que la démocratie même, qu’il y faut un peu plus que quelques bons sentiments universalistes pour constituer un peuple de peuples [2], ou que questionner le rapport de la société allemande à la chose monétaire n’est pas plus germanophobe que questionner le rapport de la société américaine aux armes à feu n’est américanophobe. Et plus généralement pour en arriver à un degré de cécité volontaire tel qu’il aura rendu impossible toute analyse des données réelles des compatibilités — ou des incompatibilités — qui déterminent la viabilité d’une construction monétaire et politique commune.

Il aura fallu en particulier atteindre ce niveau de brutalisation d’un pays par un autre, sans précédent en temps de paix, pour qu’enfin la question de l’Allemagne commence à échapper aux censures qui ont jusqu’ici prononcé leurs interdictions enveloppées de vertu. On reconnaît l’indigence d’une pensée à son incapacité à traiter aucun problème autrement que dans des coordonnées morales. Mais la manie de passer toute question au filtre d’une interrogation préalable de vertu est le plus sûr moyen de passer à côté de ce qu’il y a à comprendre, de toute saisie positive du réel, indépendamment de tout jugement, qui viendra à son heure. On peut, par exemple, s’interroger sur les mécanismes sociaux et les héritages historiques qui soutiennent la passion américaine pour les armes sans avoir fait connaître son opinion sur la question, ni lui soumettre entièrement l’analyse. Faute d’avoir envisagé de penser le rapport tout à fait singulier de l’Allemagne à la monnaie autrement que sous le crible débile de la germanophobie ou de la germanophilie, le refus de penser se retrouve logiquement percuté par la violence d’un fait, et reconduit à son incapacité de comprendre.

Encore un pilote enfermé dans le cockpit Retour à la table des matières

Au moins les dénégations du pharisaïsme sont-elles maintenant devenues intenables, quitte d’ailleurs à se donner des formulations néo-éclairées d’une naïveté touchante : l’Allemagne est « le nouveau problème de l’Europe », écrit ainsi François Bonnet [3]. Le nouveau problème… C’est juste le problème constitutionnel de la monnaie unique, et il est consigné depuis 1991 dans le texte des traités. Un pays, l’Allemagne, a imposé ses obsessions monétaires à tous les autres. Tous les pays vivent avec les obsessions de leur roman national, c’est bien leur droit, en tout cas à court et même moyen terme il n’y a rien à y faire. C’est qu’un pays exige d’autres qu’ils vivent sous ses propres manies, quand ces manies-là ne sont pas les leurs, qui est le commencement des problèmes. Contrairement à ceux qui ne peuvent pas penser l’hégémonie allemande sans des images de Panzer ou de casque à pointe, il faut redire que l’Allemagne dans cette affaire n’a jamais poursuivi de projet positif de domination, et que ses comportements n’ont jamais été gouvernés que par la peur panique de souffrir, dans le partage communautaire, l’altération de principes qui lui sont plus chers que tout [4]. Or il ne faut pas s’y tromper : une angoisse collective, surtout quand elle est de cette intensité, ne détermine pas moins à la violence que les menées conquérantes de l’hégémonie positive. Peut-être même au contraire. C’est qu’il y a dans les projets hégémoniques un reliquat de rationalité auquel les paniques monétaires allemandes sont devenues totalement étrangères.

Lire Wolfgang Streeck, « Allemagne, une hégémonie fortuite », Le Monde diplomatique, mai 2015. En témoigne la brutalité aveugle avec laquelle l’Allemagne a décidé de châtier la Grèce, mais plus encore son inaccessibilité à toute argumentation rationnelle. Quand la presse française, collée au cul de Sapin et de Moscovici, se contente pour tout récit des négociations de leur version, avec le consciencieux d’un bureau de propagande d’Etat et le label de la « presse libre » [5]), faisant à peu de choses près passer les négociateurs grecs pour des clodos égarés, des paysans du Danube ignorants des usages et des codes — pensez donc, ils n’ont même pas de cravate —, bref incapables de se tenir dans la bonne société européenne, et avec lesquels il est tout simplement impossible de discuter, Varoufakis [6] et Tsakalotos [7] ont, eux, découvert, stupéfaits, un club de l’eurozone semblable à un hôpital de jour, une réunion de grands autistes à qui il est impossible de faire entendre la moindre argumentation économique, et dont la psychorigidité terminale ne connaît plus que la conformité aux règles, fussent-elles de la dernière absurdité, et le continent entier dût-il en périr.

Que désormais la majorité des économistes, ceux du FMI en tête, et Prix Nobel compris, n’hésitent plus à hurler au fou en découvrant les dernières trouvailles de l’Eurogroupe — rajouter une dose massive de ce qui a déjà méthodiquement détruit l’économie grecque —, n’est plus d’aucun effet. On peut déjà dire, à la louche, mais sans grand risque de se tromper de beaucoup, qu’en étant certain de précipiter la Grèce dans une récession carabinée pour 2015, le « plan » supposément fait pour réduire le ratio de dette lui fera passer les 200 % de PIB, ainsi que le taux de chômage les 30 %, à horizon d’un an ou deux. Mais peu importe, l’essentiel est de les passer dans les règles. À ce moment, vient immanquablement à l’esprit l’image du cinglé enfermé dans le cockpit de l’Airbus, toutes manettes bloquées en mode descente (l’avion était un modèle européen, et le pilote allemand, on ne le fait pas exprès, c’est comme ça) ; le monde entier tambourine au-dehors (« ouvre cette putain de porte ! ») — mais comme on sait la conséquence annoncée n’était pas de nature à entamer la détermination de l’intéressé.

Comme toute métaphore, celle-ci a sa limite : l’Allemagne n’a pas le projet de pulvériser l’union monétaire. Elle est juste obsédée par l’idée de continuer à y maintenir les principes qui lui ont réussi quand elle était seule, dont elle a fait une identité nationale de substitution, et dont rien au monde ne pourra la détacher — et certainement pas le renvoi d’un peuple entier, ou de plusieurs, au dernier degré de la misère. Qu’une frange de gauche radicale en Allemagne se déclare scandalisée et se lève contre son propre gouvernement, d’ailleurs en une démonstration de ce qu’est vraiment l’internationalisme — ne pas endosser aveuglément les faits et gestes de son pays parce que c’est son pays —, demeure un fait minoritaire et n’ôte rien à la massivité du consensus social — et non politique —, transpartisan, dont la croyance monétaire allemande se soutient : pour autant qu’on puisse lui accorder quelque confiance, un sondage publié par Stern indique que la position d’Angela Merkel à l’Eurogroupe du 12 juillet est approuvé par 77 % des Verts, et 53 % des sympathisants de Die Linke — 53 % de Die Linke…

François Hollande, le « grand frère de Tsipras » ? Retour à la table des matières

Mais le vrai mystère européen n’est pas en Allemagne — à laquelle, finalement, on ne saurait reprocher de vouloir vivre la monnaie selon l’idée qu’elle s’en fait, et d’après les traumas de son histoire. Il est dans d’autres pays, la France tout particulièrement, qui se sont appropriés la manie allemande hors de tout contexte propre, alors que rien dans leur histoire ne les vouait à épouser une telle particularité — alors que tout les vouait plutôt à ne pas l’épouser —, et sur un mode proprement idéologique, jusqu’à finir par y voir une forme désirable de rationalité économique — évidemment une « rationalité » assez spéciale, puisqu’elle est étrangère à toute discussion rationnelle —, un peu à la manière d’athées qui, non contents de s’être convertis au dogme de l’Immaculée conception, entreprendraient de s’y tenir par ce qu’ils croiraient être une décision de la raison. A ce stade, et l’on y verra un indice du degré de dinguerie de la chose, on ne peut même plus dire qu’il s’agit simplement de la « rationalité » du capital : le capital n’est pas fou au point de désirer la strangulation définitive, à laquelle lui-même ne peut pas survivre — et les forces capitalistes américaines, par exemple, assistent, interloquées, à l’autodestruction européenne. Mais ces considérations n’entrent pas dans la haute pensée des élites françaises, qui cultivent l’aveuglement des convertis de fraîche date à titre transpartisan, comme l’Allemagne la croyance de première main.

On reconnaît en effet le fin fond de la bêtise à ce que, non contente de se donner libre cours, elle se vante de ses propres accomplissements. François Hollande, précocement parti dans la chasse aux gogos, est désormais occupé à faire croire qu’il est de gauche, ou plutôt à faire oublier à quel point il est de droite. Aussi, avec un art du pointillisme qui fait plutôt penser à la peinture au rouleau, le voilà qui pense se refaire la cerise « à gauche » en « venant au secours de Tsipras ». Il n’en faut pas plus pour que l’éditorialisme de service, spécialement celui qui s’est donné pour vocation de ne jamais rien faire qui puisse contrarier la droite complexée en situation électorale, fait bruyamment chorus : « Hollande est devenu une sorte de grand frère européen de Tsipras », s’extasie Libération [8]…

S’il y avait la moindre lueur de vitalité dans le regard de Hollande, on pourrait à la rigueur le songer en Caïn comme grand frère tabasseur. Mais même pas : il n’y a rien d’autre à y voir que la combinaison de l’abrutissement idéologique le plus compact et de l’opportunisme électoral le plus crasse — non sans se souvenir qu’il n’y a de manœuvres opportunistes réussies que s’il y a des relais d’opinion suffisamment veules pour les proclamer réussies. Dans le cas présent cependant, les chefferies rédactionnelles n’ont pas fini de mouiller la chemise : c’est qu’il va falloir de l’imagination à la hauteur du lyrisme pour faire avaler comme épopée de gauche d’avoir si bien « aidé » Tsipras à se raccrocher à la corde du pendu. Quand se feront connaître les splendides résultats de l’équarrissage économique auquel Hollande, en grand frère, aura conduit Tsipras par la main, il nous sera donné une nouvelle occasion, plus fiable peut-être, d’évaluer la teneur réelle de « gauche » de cette forme toute particulière de la sollicitude social-démocrate.

Syriza (Tsipras), Podemos (Iglesias) :
prendre ses pertes dès maintenant Retour à la table des matières

Et ailleurs en Europe, du côté de la vraie gauche ? Les traders emportés dans une glissade de marché connaissent bien l’obstacle principal à la décision rationnelle, il est psychologique : la répugnance à « prendre ses pertes » (dans le langage de la finance, « prendre ses pertes » signifie accepter que ses actifs ne retrouveront pas leur valeur perdue, et consentir à les vendre à perte, sachant que toute attente supplémentaire les verra se déprécier davantage encore), et l’entêtement à vouloir se refaire. Après Syriza, ou disons plus justement après le Syriza de Tsipras, et avant Podemos, les gauches européennes en sont là.

Le souvenir est encore frais de l’« accueil » qu’avait reçu en janvier, en pleine montée électorale de Syriza, c’est-à-dire à un moment où l’emballement des espoirs ne veut plus connaître aucune contrariété, l’anticipation d’une rude alternative — la « table » [9] — dont on suggérait d’ailleurs que le terme le moins avantageux — « passer dessous » — était aussi le plus probable. De ce point de vue, on aimerait assez connaître l’avis que portent rétrospectivement certains sur leurs propres puissantes analyses, on pense en particulier à Michel Husson qui à l’époque n’avait pas manqué de critiquer « le syllogisme de la défaite », « l’absence totale de sens stratégique », « l’ânerie stratégique majeure de la sortie de l’euro », avec des arguments qui, en effet, nous font voir aujourd’hui que la stratégie est bien son affaire. En réalité, il faut voir tout son texte [10] comme un symptôme car, là où sur les autres sujets de ses interventions, le travail de Michel Husson est indispensable et d’une grande qualité, les questions de l’euro et de la souveraineté ont l’effet de lui mettre, mais comme à tant d’autres, l’entendement en erreur système, avec tout le compteur intellectuel qui disjoncte : l’analyse de l’idiosyncrasie allemande n’est qu’« essentialisation », la sortie de l’euro du « nationalisme », et tous les pont-aux-ânes de l’internationalisme-réflexe y passent les uns après les autres [11].

Podemos, le prochain prisonnier de la « croyance de l’euro » Retour à la table des matières

On laissera à d’autres le soin de se prononcer sur les convolutions de l’esprit d’Alexis Tsipras, dont les divers mouvements, spécialement celui du référendum, ont parfois pu donner à espérer [12] que, réticent à la sortie de l’euro, il pouvait cependant être capable de briser ses propres limites, après avoir achevé de parcourir, comme par acquit de conscience, toutes les (im)possibilités de la « négociation ». Mais non.

On reconnaît la servitude volontaire, ou comme dirait Bourdieu la violence symbolique, à ceci que les dominés épousent fondamentalement la croyance des dominants, même si c’est la croyance constitutive d’un ordre qui les voue à la domination, parfois à l’écrasement.

Tsipras aura donc été incapable de s’extraire de la « croyance de l’euro », à laquelle, l’expérience maintenant le prouve irréfutablement, il aura été disposé à tout sacrifier : la souveraineté de son pays, l’état de son économie, et peut-être bien, à titre plus personnel, sa grandeur politique. Car la chose est désormais écrite, quelle que soit la suite des événements : il y a des places dans l’histoire politique auxquelles on ne peut plus prétendre après avoir à ce point renié les engagements qui ont porté tout un peuple — c’est qu’on voit mal derrière quelles indulgences on pourrait accommoder d’avoir consenti à un memorandum plus catastrophique que le précédent quand on a fait serment de rompre avec les memoranda, et pire encore de ne plus hésiter à aller chercher loin à droite des majorités de rechange pour le faire voter. Il est donc avéré que Tsipras était mentalement prisonnier de l’euro, et l’on sait désormais où conduit ce type d’enfermement volontaire. Disons les choses tout de suite, quitte à ce que ce soit avec rudesse : le Podemos d’Iglesias le rejoindra dans la même cellule.

Lire Pablo Iglesias, « Podemos, “notre stratégie” », Le Monde diplomatique, juillet 2015.Il y aurait beaucoup à dire sur Podemos, sur ses prémisses — justes — d’une perte d’efficacité du langage « classique », on pourrait même dire d’une certaine phraséologie de gauche, mais aussi sur les conclusions qu’il en tire, et qui le conduisent malheureusement, non pas à chercher les voies d’une nouvelle adresse, mais, le bébé filant avec l’eau du bain, à l’évacuation même de la catégorie de gauche, pour ne rien dire de celle de classe, si bien que ce qui devait n’être que (souhaitable) rectification de forme aboutit à une inquiétante déperdition de substance : ne plus vouloir parler, fût-ce dans des termes renouvelés, du capital parce que ça fait old school, pour livrer une vision du monde à base de « la caste contre le peuple », aller jusqu’à revendiquer la péremption de la catégorie de gauche, sont des partis pris fondamentaux, en l’occurrence tout à fait explicites, qu’il y a lieu de regarder avec quelques appréhensions, pour ne pas dire une légitime suspicion — dont se fait déjà l’écho, par exemple, la New Left Review quand elle interroge Iglesias [13].

On ne s’étendra pas non plus (il le faudrait pourtant) sur la mutation radicale de Podemos en parti pour le coup lui des plus classiques, et de son personnage principal en un leader charismatique qui, classique, ne l’est pas moins, au prix d’une trahison manifeste de l’esprit du mouvement des places, dont Podemos est pourtant issu — et qu’on n’aille pas faire porter à la présente analyse l’excès polémique typiquement gauchiste de la « trahison » : c’est Jorge Lago, membre de la direction de Podemos, qui assume lui-même le terme avec une déconcertante tranquillité d’âme [14].

Très logiquement, le réarmement de Podemos en machine électorale entièrement tendue vers la conquête du pouvoir est voué à l’abandon en cours de route de quelques principes et de quelques espérances… On en est presque à se demander s’il faudra mettre au compte de ses prévisibles « délestages » une déception (de plus) sur l’euro et l’Europe, déception qui en réalité n’a presque pas lieu d’être. Car au moins les choses sont claires dès le départ, elles feront même la différence, si c’est possible, entre Syriza et Podemos : là où Tsipras doit indiscutablement être crédité de s’être battu, Iglesias n’essaiera même pas. Il ne s’agit pas là d’anticipation mais de simple lecture : « Nous n’aimons pas la façon dont l’euro s’est construit, ni comment ont été mis en place les accords de Maastricht, mais nous pensons que l’euro est actuellement incontournable. Il faut certes améliorer la façon dont est gérée la monnaie unique, et nous pensons qu’il devrait y avoir à ce sujet un contrôle démocratique, mais nous ne sommes pas partisans de la sortie de l’euro pour notre pays. (…) Même si nous n’aimons pas la façon dont fonctionne la BCE, nous assumons d’être dans la zone euro » [15]. Comme toujours dans un propos politique, il y a le creux et il y a le plein. Le creux : nous n’aimons pas les choses comme elles sont, et d’ailleurs nous disons qu’il faut les changer ! Le plein : nous assumons d’être dans l’euro et nous pensons qu’il est incontournable. C’est-à-dire que ce qui précède n’est pas sérieux, car la réalité est que nous ne changerons rien. On ne devrait donc pas être davantage étonné qu’Iglesias « n’aime pas l’accord (de l’Eurogroupe), mais que c’était soit l’accord, soit la sortie de l’euro » [16].

On peut sans doute compter encore sur quelques bonnes volontés alter-européistes pour reprendre à leur compte l’argument répété en boucle par Podemos — qui en réalité n’en a pas d’autre : à 2 % de PIB européen, la Grèce n’avait pas sa chance, à 14 % l’Espagne a la masse pour tout faire basculer. Mais, supposé qu’on puisse lui prêter vraiment le projet de faire basculer quoi que ce soit, Iglesias ne fera rien basculer du tout. Ou plutôt il ferait basculer tout autre chose que ce qu’il croit. C’est bien en ce point d’ailleurs que se tient l’erreur presque « logique » des croyants de « l’autre euro possible ». Car s’il s’avérait que se crée effectivement un mouvement consistant de plusieurs pays rendant plausible une révision significative des principes de l’euro… c’est l’Allemagne, sans doute accompagnée de quelques satellites, qui prendrait le large. Si bien qu’au moment même où il serait sur le point d’être changé… l’euro serait détruit ! Il n’y aura pas d’« autre euro » dans son périmètre actuel — avec l’Allemagne —, car tout autre euro possible sera inadmissible pour elle, et se fera sans elle.

Ce n’est pas nous qui devons compter sur Podemos,
c’est Podemos qui doit compter sur nous ! Retour à la table des matières

Aucun risque : Podemos ne veut rien de tout ça. On verra bien comment il s’arrange de ses propres contradictions : en finir avec l’austérité sans changer l’euro de l’austérité est une performance logique dont on peine toujours autant à discerner les voies, une de celles auxquelles les gauches européennes s’abonnent avec une désarmante compulsion de répétition. En tout cas, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Comment tout ça se terminera, la chose n’est que trop claire, elle est comme déjà écrite. Il ne faudra pas venir pleurer une fois de plus sur les normalisations douloureuses et les espérances (encore) déçues.

Voilà donc le drame actuel des gauches européennes. Du fin fond de la déveine où elles se trouvent, Syriza et Podemos leur ont été de puissantes raisons d’espérer, l’aliment d’un désir de croire à un possible renouveau au travers du continent — et comment ne pas le comprendre, avouons-le : comment ne pas avoir soi-même éprouvé la tentation de se laisser gagner par ce sentiment. Les stratégies politiques « de l’espoir », cependant, font fausse route quand elles prennent le parti de tout accorder à leurs affects et plus rien à la raison analytique si elle risque de venir les contredire. Malheureusement, et si douloureuse la chose soit-elle parfois, on gagne rarement à ne pas regarder les situations en face. Une vraie stratégie politique, reconnaissable à ce qu’elle fait aussi bien la part de la lucidité que celle de l’espoir, devrait tenir et l’indiscutable énergie politique que, pour toutes leurs failles, ces mouvements ont fait naître, et la claire conscience des impasses où ils s’engagent, et ce faisant nous engagent, lorsqu’ils refusent à ce point de poser la question de l’euro — dont il ne faut pas se lasser de répéter qu’elle est le verrou radical de notre temps.

S’il doit être autre chose qu’un nouveau motif de dépression, le naufrage de Tsipras doit être intellectuellement rentabilisé, et nous aider, pour enfin faire mouvement, à passer une bonne fois la paille de fer. C’est-à-dire, en l’occurrence, à d’ores et déjà « passer dans les comptes » les pertes Podemos telles qu’on peut raisonnablement les anticiper. Sauf si… Sauf si, au lieu de compter sur la défectuosité Podemos pour réanimer (défectueusement) les gauches européennes, on compte plutôt sur les gauches européennes pour réorienter Podemos — et pourquoi pas Syriza s’il en reste quelque chose (ce qu’on espère le plus au monde, faut-il le dire). Cette réorientation, où la gauche en Europe engage son sort en la possibilité d’échapper enfin à l’inanité, se joue entièrement sur la ligne de la rupture avec l’euro et ses institutions, une fois intégré — il est vraiment temps… – qu’un autre euro n’est pas possible.

Lucidité pour tout le monde Retour à la table des matières

Il est bien certain que la désynchronisation des conjonctures politiques voue le plus probablement cette rupture à prendre les formes du retour à des monnaies nationales — dont trois décennies de fordisme (comme d’ailleurs la situation présente des quelque 180 nations qui n’ont pas l’immense bonheur d’appartenir à l’eurozone) devraient normalement convaincre tout esprit ayant résisté à la croyance européiste qu’elles ne sont pas la guerre.

La lucidité valant pour tout le monde, il serait irresponsable de présenter la sortie de l’euro comme l’entrée immédiate dans la lumière. Quand il s’agit de la Grèce, on peut, on doit même, dire les choses plus carrément encore : la (les ?) première année de cette sortie serait très éprouvante. C’est qu’après cinq années d’austérité ayant méthodiquement détruit la base économique du pays, sans même parler des effets de dislocation produits par la criminelle asphyxie monétaire pilotée par la BCE ces dernières semaines, n’importe laquelle des options de politique économique disponibles est vouée à commencer par d’immenses difficultés — et certaines de ces options, celles de la Troïka, à y demeurer. Tragique ironie du diktat du 12 juillet : là où la sortie de l’euro se serait immanquablement vu opposer son « échec » au bout de cinq mois (ou même cinq semaines…) — les politiques néolibérales, elles, ont le droit de durer cinq ans, ou même trois décennies sans qu’on n’en tire jamais le bilan —, là où, donc, la sortie de l’euro aurait été aussitôt agonie, c’est la politique d’austérité continuée qui portera la responsabilité du surplus de désastre que l’économie grecque va connaître immanquablement — et ça n’est que justice : c’est bien cette politique-là qui a fait un corps mort de l’économie d’un pays tout entier.

On répète ad nauseam que le peuple grec ne veut pas quitter l’euro et que, dans ces conditions, Tsipras a joué la seule carte qui était à sa disposition. Mais ceci est irrecevable. L’opinion grecque a déjà commencé à se déplacer sur cette question, et comme l’a fait justement remarquer Stathis Kouvelakis [17], le vrai sens du « non » au référendum du 5 juillet incluait évidemment l’acceptation d’une rupture avec l’eurozone : les partisans du « non » se sont entendu matraquer pendant une semaine que leur vote était synonyme de Grexit, et il est peu douteux que bon nombre d’entre eux aient persisté dans leur intention de vote en y incorporant pleinement cette possibilité, donc en l’assumant comme telle.

Il y a aussi, et surtout, que la politique est un corps-à-corps avec l’opinion. C’est entendre l’opinion et aussi lui parler. Parler à l’opinion, contre ses réticences premières, pour y faire « prendre » l’idée de la sortie de l’euro, de ses difficultés et bien sûr de ses perspectives, c’est ce que Tsipras, en cela cohérent avec lui-même — il n’y croyait pas et ne le voulait pas —, n’a (donc) jamais essayé de faire. Y compris lorsque la force propulsive du « non » lui en apportait la possibilité. Or il était bien des choses à dire pour entraîner l’opinion grecque là où elle commençait d’elle-même à se rendre. Les métaphores valent ce qu’elles valent et il faut se méfier de certaines qui sont parfois scabreuses, mais sans pousser trop loin l’analogie de la domination par les « tanks » et de la domination par les « banks » [18], il est une idée à laquelle l’opinion grecque, au point où elle en est arrivée, pourrait être sensible : de même qu’en cas d’occupation étrangère, les luttes de libération acceptent bien le supplément de destruction qui vient de se battre sur son sol, et qu’elles l’acceptent car il y va de la reconquête de la liberté, de même le surplus de difficulté qui accompagnerait immanquablement la sortie de l’euro est, dans l’impasse présente, le tribut de la reconstruction politique.

Lexit ! Retour à la table des matières

Or c’est peu dire qu’il y a à reconquérir et à reconstruire — par la gauche. La souveraineté, non comme talisman, mais comme condition de possibilité de toute politique progressiste — car répétons-le : la sortie de l’euro n’est jamais qu’une condition nécessaire, et certainement pas suffisante. On peut sortir de l’euro de bien des manières, et par bien des côtés — qui ne se valent pas du tout. Dans une sorte de syndrome d’autoréalisation inconsciente, la gauche européiste semble mettre tous ses efforts à ne laisser ouvert que le côté de la droite extrême, comme pour mieux se donner raison à elle-même et mieux pouvoir dire ensuite que la sortie de l’euro, « c’est le nationalisme ». Si c’est ça, ça n’est pas exactement un service qu’elle se rend, ni à tous ceux qui remettent leurs espoirs en elle. La vérité, c’est que depuis qu’elle a décidé de camper obstinément sur la ligne de l’« autre euro », elle ne rend plus service à grand monde. Comme les pouvoirs de l’analyse sont faibles — il n’y a pas de force intrinsèque des idées vraies, disait Bourdieu —, et que la lucidité du réalisme n’est pas le fort de cette gauche, il aura fallu en arriver aux extrémités du spectacle en vraie grandeur, celui d’une illusion fracassée, d’une impossibilité radicale désormais établie, du rôle spécifique qu’y joue un Etat-membre, enfin de tout un peuple sacrifié, il aura fallu en arriver à ces extrémités, donc, pour que quelques vacillements commencent à se faire connaître. Mais que de temps perdu…

Comme il n’est jamais très utile de pleurer sur le lait renversé, il vaut mieux oublier le temps perdu et songer plutôt à faire quelque chose du temps à venir. Même si elle ne le sait pas encore, la construction européenne est morte. On ne peut pas survivre à une telle infamie. Le destin de l’Union européenne est maintenant celui des entreprises devenues haïssables : elle n’est plus qu’en attente de son renversement. Faudra-t-il patienter de nouveau jusqu’à la ruine complète pour que la gauche européiste s’interroge sérieusement sur l’obstination qui l’aura conduite à se lier à une erreur historique de ce format, même sous la clause « alter » dont il est maintenant établi qu’elle n’altérera plus rien ? Ça n’est pas une autre version du même qu’il s’agit de penser, c’est de « l’autre » tout court, et pour de bon. Voilà à quoi devrait servir le temps à venir des gauches européennes : à lever enfin l’hypothèque de l’euro, à penser de concert ce qu’elles s’aideront mutuellement à faire : les unes soutiendront telle autre à qui sa conjoncture permettra de se mettre en marche indépendamment, et celle-ci les aidera en retour à accélérer leurs propres évolutions — solidarités concrètes dans un mouvement d’ensemble nécessairement mal synchronisé, mais où les effets d’entraînement par émulation jouent réellement, à l’inverse des grandes coordinations fantasmatiques de l’internationalisme abstrait.

Voilà ce qu’est un internationalisme bien compris, c’est-à-dire qui ne soit pas totalement confit en postures ni oublieux du réel, un internationalisme qui pourrait même, si l’on veut, trouver son compte dans le retour aux monnaies nationales, comme base d’un nouveau départ vers la reconstruction d’une monnaie, non plus unique, mais commune [19], un internationalisme auquel il faudrait quand même expliquer que, sauf à avoir complètement succombé à l’économicisme, il pourrait lui venir à l’idée de trouver ses réalisations ailleurs que dans l’ordre de la monnaie, fût-elle européenne…

Plaidant depuis sa situation à lui, celle d’un citoyen du Royaume-Uni, où l’on est confronté plus carrément à la question de l’appartenance non à l’eurozone mais à l’Union européenne elle-même, Owen Jones, dans un article du Guardian [20], lance une idée qui pourrait bien avoir un certain avenir : l’idée du Lexit (Left-Exit). Ça n’est plus tel ou tel pays qu’il faut faire sortir de l’euro : c’est la gauche elle-même.

 

 

Notes

[1] Voir sur ce sujet « Les tâches aveugles de l’“autre euro possible” », 1er juin 2015.

[2] Voir à ce sujet « Un peuple européen est-il possible ? », Le Monde diplomatique, avril 2015.

[3] François Bonnet, « L’Allemagne, le nouveau problème de l’Europe », Mediapart, 12 juillet 2015.

[4] Lire « De la domination allemande (ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas) », 18 juin 2013.

[5] À cet égard il faut considérer comme un sommet de ce journalisme embedded le récit fait par Jean Quatremer de l’accord du 21 février, « Grèce vs. Eurozone : histoire secrète d’un bras de fer », Libération, 10 mars 2015.

[6] Yanis Varoufakis, « Our battle to save Greece », New Statesman, 13 juillet 2015.

[7] Voir le témoignage de Stathis Kouvelakis, « Greece, the struggle continues », entretien avec Sebastian Budgen, Jacobin, 14 juillet 2015. Lire aussi son texte, « Sortie de l’euro, une occasion historique » dans Le Monde diplomatique de juillet 2015, en kiosques.

[8] Grégoire Biseau, « François Hollande en coach politique », Libération, 10 juillet 2015.

[9] « L’alternative de Syriza : passer sous la table ou la renverser », 19 janvier 2015.

[10] Michel Husson, « Lordon, ou le syllogisme de la défaite », Alencontre, 21 janvier 2015.

[11] Comme il n’est pas possible ici de se défaire exhaustivement toutes les contrevérités ou de toutes les caricatures qui peuvent être dites sur ce sujet, je me contente de renvoyer au texte « Leçon de Grèce à l’usage d’un internationalisme imaginaire (et en vue d’un internationalisme réel) », 6 avril 2015.

[12] Moi y compris. Lire « L’euro, ou la haine de la démocratie », 29 juin 2015.

[13] Pablo Iglesias, « Spain on Edge », entretien, New Left Review, n° 93, mai-juin 2015. De cet entretien, Le Monde diplomatique a tiré un texte, publié dans le numéro de juillet 2015, en kiosques, « Podemos, “notre stratégie” ».

[14] Jorge Lago, « Après Syriza, jusqu’où ira Podemos ? », « Contre-courant », Mediapart, 1er juillet 2015.

[15] L’Obs, entretien avec Aude Lancelin, 17 juin 2015.

[16] Cité par Ludovic Lamant, « En Espagne, Podemos s’adapte à l’onde de choc grecque », Mediapart, 17 juillet 2015.

[17] Stathis Kouvelakis, art.cit.

[18] Une demi-plaisanterie qui fait fureur en Grèce en ce moment et qu’on a même vu Varoufakis reprendre à son compte : « On the Eurosummit statement on Greece, first thought », blog de Yanis Varoufakis, 14 juillet 2015.

[19] Voir La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique, Les Liens qui Libèrent, 2014, chapitre 7, ou bien « Pour une monnaie commune sans l’Allemagne (ou avec, mais pas à la francfortoise) », 25 mai 2013.

[20] Owen Jones, « The Left must put Britain’s EU withdrawal on the agenda », The Guardian, 14 juillet 2015.

 

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

 

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 19:30

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Notre-Dame-des-Landes : la justice renvoie le gouvernement à ses responsabilités

|  Par Jade Lindgaard

 

 

 

 

Après le rejet par la justice des recours contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement va-t-il expulser la ZAD et démarrer les travaux ? Il existe quatre scénarios d’action, du plus démocratique au plus brutal.

 

La réaction de Manuel Valls est tombée comme un couperet, quelques minutes à peine après le rejet par la justice des recours des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, vendredi midi : « Le Premier ministre prend acte de cette décision qui doit entraîner la reprise des travaux. La réalisation du projet est ainsi à nouveau engagée après avoir été suspendue depuis fin 2012. » Pour Matignon, « le projet va donc pouvoir se poursuivre ». L’ancien chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault, si discret habituellement, n’a pas boudé son plaisir, et tweeté : « La décision du TA confirme une nouvelle fois la validité de ce projet d'intérêt général. L'Etat de droit doit désormais être respecté #NDDL. »

 

Stéphane Mahé/Reuters.
Stéphane Mahé/Reuters.

Et le président de la région Pays de la Loire, Jacques Auxiette, s’est aussitôt réjoui de la communication de Matignon, « qui annonce que cette décision doit entraîner la reprise des travaux, marquant ainsi la fin de la période de suspension décidée par l’État ». Pour l’élu, l’un des plus fervents partisans du transfert de l’actuel aéroport de Nantes Atlantique vers la zone d’aménagement différé autour du village de Notre-Dame-des-Landes, « aucune procédure en cours ne peut désormais empêcher la réalisation de l’aéroport, tant au niveau national qu’au niveau européen ».

 

 

Tout n’est pourtant pas si simple. Pendant sa campagne présidentielle, en 2012, François Hollande avait promis à des agriculteurs en grève de la faim contre le projet de nouvel aéroport (voir ici notre reportage à l'époque) qu’aucuns travaux ne commenceraient avant la fin des recours juridiques. En janvier dernier, sur France Inter, il confirmait que « quand les recours seront épuisés, le projet de Notre-Dame-des-Landes sera lancé ».

Les recours expirent-ils avec les jugement du 17 juillet (voir les décisions sous l'onglet Prolonger) ? Pas selon Thomas Dubreuil, avocat des requérants (plusieurs associations dont l’Acipa, le collectif historique d’opposants, le CéDpA regroupant des élus et EELV) : « Nous allons saisir la cour administrative d’appel car nous ne sommes pas satisfaits des jugements du tribunal administratif qui a évacué des sujets centraux comme celui de la compensation. Si le juge d’appel nous semble mal appliquer le droit, nous saisirons le Conseil d’État. Les recours ne sont pas épuisés. L’accord sur le moratoire est toujours en vigueur. Nous nous appuyons sur la parole présidentielle. Cela rajoute au moins trois ans de procédure. Nous sommes sereins. » L’Acipa et le CéDpA, dans un communiqué commun, rappellent que « le projet d’extension du port de Nantes-Saint-Nazaire, à l’est de Donges, a été abandonné en 2009, suite à l’annulation du jugement en cour administrative d’appel »Et qu’il est donc encore possible à la justice d’arrêter le projet d’aéroport.

Pour Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement, « il n’y aura jamais épuisement des recours ». Par ailleurs, le litige avec la commission européenne n’est toujours pas levé, Raphaël Romi, professeur de droit public, explique ainsi que la France n’a toujours pas répondu à la mise en demeure de Bruxelles sur le pré-contentieux portant sur l’absence de certaines évaluations d’impact environnemental dans le dossier de l’aéroport nantais.

Sollicités vendredi matin, ni l’Élysée, ni le ministère de l’écologie n’ont accepté de se positionner sur la fin ou non du moratoire présidentiel. Tous deux ont renvoyé vers Matignon. La préfecture de Loire-Atlantique n’a pas plus donné suite à nos demandes de précisions. En début de mois, le nouveau préfet, Henri-Michel Comet, avait pourtant déclaré devant le conseil départemental : « Nous attendons encore quelques décisions de justice. Nous n’attendrons pas les épuisements. Le gouvernement prendra une décision sur la façon de progresser après les décisions de justice cet été » (c’est le site Reporterre qui l’avait signalé).

Les travaux de construction de l’aéroport ne peuvent pas démarrer dès cet été en raison de plusieurs obstacles juridiques. La préfecture n’a pas publié l’arrêté autorisant la destruction du campagnol amphibie, petit rongeur menacé au niveau mondial et donc protégé par la loi, et présent un peu partout sur la zone concernée par le projet d’aéroport. Elle n’a pas non plus autorisé le défrichement du bois de Rohanne, occupé par des opposants qui y vivent en cabanes dans les arbres, qui s’étend sur une grande partie de la ZAD, à l’emplacement prévu de la piste du projet d’aéroport.

Autre problème : impossible de déplacer des espèces animales en été, explique François de Beaulieu, membre des Naturalistes en lutte qui ont expertisé la biodiversité de la ZAD. Il faut attendre l’automne et pour certaines, la fin de l’hiver pour y être autorisé par le droit de l’environnement. Or ces transferts sont obligatoires dans le but de préserver un peu de la faune et de la flore condamnées par le bétonnage du bocage. Pour autant, l’appel du jugement du tribunal administratif de Nantes n’est pas suspensif. Concrètement, le rendu de ces jugements clôt une importante séquence juridique et renvoie le gouvernement à ses responsabilités politiques, alors que Ségolène Royal a plusieurs fois déclaré ne pas être favorable au projet.

 

Plusieurs scénarios semblent possibles.

  • La non-décision

Il ne se passe rien sur le terrain : pas de retour des gendarmes sur les routes, pas de tentative d’expulsion, mais l’État reprend l’instruction des procédures administratives gelées depuis deux ans, à commencer par le permis de construire de l’aérogare, déposé par AGO, la filiale de Vinci concessionnaire du projet, mais pas examiné par la préfecture. Il publie les arrêtés sur le défrichement de la forêt de Rohanne et le campagnol amphibie. Celui-ci devrait être attaqué par les opposants, qui s’appuient sur l’avis du Conseil national de protection de la nature (CNPN), instance consultative du ministère de l’environnement, qui a rendu à l’unanimité un avis défavorable à la demande de dérogation pour la destruction de cette espèce protégée.

Le gouvernement laisse passer le sommet sur le climat, ce qui lui évite le ridicule de présider la COP 21 et, en même temps, de construire un aéroport qui émettra des centaines de milliers de tonnes de CO2. Contradiction dénoncée vendredi par Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace, sur Twitter : « S'entêter sur un nouvel aéroport à #NDDL l'année du climat en dit long sur la santé mentale du gouvernement. » Laisser passer les élections régionales et espérer une alliance de second tour avec EELV, alors que, rappelle le sénateur écologiste du cru Ronan Dantec, « on ne peut pas rassembler la gauche et faire l’aéroport ». Laisser passer les élections présidentielles, et laisser le dossier sur les bras de la prochaine majorité présidentielle. La déclaration d’utilité publique de l’aéroport expire en 2018 et l’on sait désormais que l’indemnisation à verser à Vinci en cas d’arrêt du projet ne serait pas faramineuse.

 

 
  • La consultation locale

La commission d’Alain Richard sur le dialogue environnemental propose d’organiser des consultations locales d’électeurs sur les projets litigieux d’aménagement du territoire. Une idée reprise dans l’article 28 de la loi Macron. « Cette procédure nous a été présentée comme une possible voie de sortie des projets enkystés et bloqués par des occupations de type ZAD », explique Arnaud Gossement, membre de la commission Richard. Les ordonnances de l’article seraient en préparation et pourraient sortir dans les semaines qui viennent. Une consultation locale serait possible à la fin de l’année ou en début d’année prochaine. Dans ce type de système, tous les électeurs du département, ou d’un autre périmètre géographique, sont appelés à se prononcer pour ou contre le projet de Notre-Dame-des-Landes. C’est une forme de référendum local. Difficile de prévoir quel en serait le résultat, dans une région où des habitants se disent lassés de la bataille autour d’un aéroport imaginé dans les années 60.

  • Les petits pas

Le gouvernement attend l’automne et commence, discrètement, sans des légions de gendarmes et de CRS, à déplacer des espèces et à préparer le terrain pour les travaux en 2016. C’est le scénario le plus improbable. La mobilisation reste forte autour de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Le week-end des 11 et 12 juillet, un rassemblement d’opposants a réuni 10 000 personnes, selon l’Acipa. À la moindre alerte, en quelques heures, des centaines de personnes pourraient y converger pour protéger la zone. Difficile dans ces conditions d’imaginer qu’une intervention préparatoire aux travaux se déroule dans le calme.

  • L’opération casques à pointe

Le gouvernement choisit la manière forte et publie un arrêté d’évacuation de la ZAD. Comme en 2012, lors de l’opération César, il mobilise des centaines de gendarmes et de policiers pour vider la zone de ses occupants. C’est le scénario de la tension et de l’affirmation de la raison supérieure du maintien de l’ordre. C’est aussi un message envoyé aux militants pratiquant la désobéissance civile qui préparent des actions pendant la COP 21, afin de les décourager d’entreprendre des actions trop radicales. C’est le scénario catastrophe, avec le risque de faire des blessés et de causer la mort d’une nouvelle personne, près d’un an après la mort de Rémi Fraisse à Sivens. C’est aussi la division assurée de la gauche avec les écologistes pour la présidentielle de 2017.
 

À Notre-Dame-des-Landes, dans la nuit du 11 au 12 juillet 2015. (©DR)
À Notre-Dame-des-Landes, dans la nuit du 11 au 12 juillet 2015. (©DR)
 

Le jugement du tribunal administratif de Nantes porte sur 17 recours concernant l’application de la loi sur l’eau et de celle sur les espèces protégées. Une procédure proche de celle concernant le projet de Center Parcs à Roybon dans l’Isère, pourtant bloqué, lui,  jeudi 16 juillet, par la justice, qui a annulé un arrêté préfectoral autorisant la destruction de zones humides dans la forêt de Chambaran, préalable au démarrage du chantier de construction de ce centre de loisirs. La différence de traitement est flagrante. Pour François de Beaulieu, des Naturalistes en lutte, « c’est paradoxal car l’enjeu de l’eau est beaucoup plus important à Notre-Dame-des-Landes, dont la zone humide est bien plus étendue que dans l’Isère ». Raphaël Romi, professeur de droit, souligne l’absence de prise en compte des enjeux de la compensation dans le dossier de l’aéroport alors que « 80 % des agriculteurs qui avaient été pressentis pour signer une convention de compensation avec le maître d’ouvrage, la refusent et que donc concrètement la compensation ne peut pas se faire ». Il s’étonne aussi de la non prise en compte d’un récent arrêt du Conseil d’État qui annule le décret des Autorités environnementales, ces instances consultatives du ministère de l’écologie.

Pour le Conseil, elles ne sont pas assez autonomes dans leur fonctionnement et leur budget. Or il leur incombe notamment de rendre un avis sur les arrêtés concernant l’application de la loi sur l’eau. Si bien que pour le juriste, cela aurait dû motiver l’annulation de cet arrêt pour le projet d’aéroport.

Le week-end dernier, sur un champ de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, une fois la nuit tombée, des dizaines de personnes regardaient s’élever dans le ciel une petite montgolfière traînant derrière elle une banderole lumineuse : « Ciel LIBRE. » Ce n’est pas encore fait.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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