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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:04

 

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

L’euro, ou la haine de la démocratie

lundi 29 juin 2015, par Frédéric Lordon

 

 

 

 

 

Forcément, ça leur a coupé la chique. Qu’on puisse jouer la carte de la démocratie, c’est la chose qui est maintenant tellement hors de leur entendement qu’elle les laisse toujours sidérés, pantois et démunis. Vraiment, à cet instant, on aurait voulu voir leurs têtes, mâchoires décrochées comme des tiroirs de commodes fraîchement cambriolées : Sapin, Hollande, Moscovici, leurs experts organiques, leurs journalistes de propagande, tous ceux qui n’ayant que la « modernité » à la bouche se sont si constamment efforcés d’en finir avec le peuple, pénible démos, et pénible démocratie quand il lui vient à l’idée de ne pas se contenter de valider ce qui a été décidé pour elle. Mais c’est une némésis et personne n’y pourra rien : il vient toujours un moment où la politique chassée par la porte revient par la fenêtre. Plus elle a été chassée obstinément d’ailleurs, et plus ses retours sont fracassants.

Le référendum, ou le retour du refoulé Retour à la table des matières

Et c’est vraiment le retour du refoulé sous tous les rapports : celui de la mauvaise conscience notamment. C’est qu’on peut difficilement porter la démocratie en bandoulière, en faire des chartes à enluminures ou des hymnes à la joie, un modèle offert au monde (éventuellement à coup de frappes aériennes), et la bafouer à ce point à domicile.

Prononcer le mot « référendum », c’est en effet immanquablement faire resurgir le spectre du Traité constitutionnel de 2005, celui de l’acharnement jusqu’à ce que ça dise oui, ou du contournement si ça persiste à dire non. Celui du putsch également, à l’image du débarquement en 2011 de Georges Papandréou, ordinaire socialiste de droite qui n’avait rien de bien méchant, mais avait fini par s’apercevoir qu’on approchait des seuils où férule macroéconomique et tyrannie politique deviennent dangereusement indistinctes, et éprouvé le besoin d’un mandat légitime en soumettant le mémorandum à son peuple… par référendum. Appliquant une doctrine en fait formée de longue date puisqu’elle est intrinsèque à l’Union monétaire même, mais dont la formulation pleinement explicite attendra 2015 et l’inénarrable Juncker – « il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens »… –, il avait suffi aux institutions européennes de quelques pressions de coulisses pour obtenir le renversement de l’imprudent, et nommer directement le banquier central Papademos premier ministre ! – c’est tellement plus simple –, qui plus est à la tête d’une coalition faisant, pour la première fois depuis les colonels, entrer au gouvernement un parti ouvertement d’extrême-droite (Laos), particularité qui n’avait pas davantage ému le journalisme d’accompagnement à l’époque (il n’a pas manqué depuis de pousser des cris de putois quand Syriza a fait alliance avec la droite souverainiste d’Anel).

C’est tout ce lourd passé, et même ce lourd passif, qui se trouve replié dans le mot « référendum », le sale petit secret de toute une construction institutionnelle qui ne se sent pas d’autre devoir vis-à-vis de la démocratie que celui du simple oblat verbal, de la célébration en mots, et en réalité n’a pas d’autre projet la concernant que d’extinction méthodique.

Comme on trouve encore des gens suffisamment acharnés pour contester que les Traités donnent à l’Europe le caractère d’une entité néolibérale, on en trouve de suffisamment bêtes pour nier qu’ils entraînent la moindre perte de souveraineté – expérience récemment faite au contact, tout à fait fortuit, d’un député socialiste dont, par charité chrétienne on ne dira pas le nom. Comme la chose est inhérente aux traités mêmes dont, rappelons-le, la caractéristique première tient au fait (monstrueux) d’avoir constitutionnalisé des contenus substantiels de politique économique, comme la chose est inhérente aux traités, donc, et qu’ils ne l’ont pas vue, ils ne doivent pas avoir davantage connaissance de la manière dont se déroulent les négociations depuis 2011, et particulièrement celles de ces dernières semaines. Car la Troïka ne se contente pas d’imposer un cadrage macroéconomique délirant, elle entend également en imposer le détail – et décider elle-même, dans le menu, des augmentations d’impôt et des baisses de dépenses, c’est-à-dire prendre en mains directement l’intégralité des commandes.

Que le gouvernement Syriza, à l’encontre de ses propres engagements électoraux, ait accepté de se couler dans la logique du mémorandum et de jouer le jeu de l’ajustement budgétaire n’était pas encore assez : car la Troïka ne demande pas qu’un objectif global, mais aussi la manière. Il n’est pas suffisant que la Grèce s’impose une restriction supplémentaire de 1,7 point de PIB, il faut qu’elle la compose comme il faut. Par exemple l’augmentation du taux d’imposition sur les sociétés de 26 % à 29 %, ainsi que la taxe exceptionnelle de 12 % sur les profits supérieurs à 500 000 euros ont été refusées par la Troïka au motif qu’elles étaient… de nature à tuer la croissance ! – ou quand l’étrangleur déconseille à ses victimes le port du foulard. En revanche la Troïka tient beaucoup à ce qu’on en finisse avec la petite allocation de solidarité servie sur les retraites les plus pauvres – le décile inférieur a perdu jusqu’à 86 % de revenu disponible de 2008 à 2012 [1] … c’est donc qu’il reste 14 bons pourcents : du gras ! Elle refuse la proposition grecque de taxer les jeux en ligne, mais demande la fin du subventionnement du diesel pour les agriculteurs – des nantis. Et tout à l’avenant.

Les institutions de la haine politique Retour à la table des matières

Lire Sanjay Basu et David Stuckler, « Quand l’austérité tue », Le Monde diplomatique, octobre 2014.On pourrait se perdre à l’infini dans ces détails qui disent tous le délire idéologique additionné d’instincts sociaux meurtriers – au sens presque littéral du terme, car rompre avec le fléau du gouvernement par abstractions macroéconomiques demande de prendre connaissance du tableau des conditions concrètes d’existence de la population grecque à l’époque de l’austérité, entre baisse de l’espérance de vie, explosion du taux de suicide, effondrement de la qualité des soins, etc [2]. On pourrait dire tout ça, donc, mais on n’aurait pas dit l’essentiel, qui tient à une forme de haine politique, comme il y avait jadis des haines religieuses, mais, fait inédit, une haine politique institutionnelle, une haine portée par des institutions. Depuis le premier jour, les institutions européennes n’ont pas eu d’autre projet que de faire mordre la poussière au gouvernement Syriza, d’en faire, par un châtiment exemplaire, une leçon à méditer par tous les autres pays qui pourraient avoir à l’idée eux aussi de ne pas plier, comme s’il fallait annuler l’événement de la première authentique alternance politique en Europe depuis des décennies.

Chaque régime politique, même celui qui a de la démocratie plein la bouche, a ses points d’impensable, ses interdictions formelles et ses exclusions catégoriques. La dite « démocratie parlementaire », qui fait vœu de débattre de tout, s’est en fait constituée comme le régime politique de défense de la propriété privée du capital (et de toutes les prérogatives qui y sont attachées), c’est pourquoi elle accepte qu’on débatte de tout sauf de la propriété privée du capital (et de toutes les prérogatives qui y sont attachées) [3] – et l’histoire a suffisamment montré de quoi la « démocratie » était capable quand le peuple des manants avait l’idée de s’en prendre au règne du capital. Pour autant, dans ce périmètre-là, il restait un peu de marge à explorer. C’était encore trop pour une construction néolibérale comme l’Union européenne qui a saisi la fenêtre d’une époque pour réduire autant qu’elle le pouvait le cercle du discutable : les formes de la concurrence intérieure, le statut de la banque centrale, la nature et les cibles de la politique monétaire, les orientations de la politique budgétaire, le rapport aux marchés financiers : toutes ces choses ont été irrévocablement tranchées par inscription constitutionnelle dans les traités, à la fin expresse qu’à leur sujet le débat soit clos.

Comment s’étonner qu’une construction aussi congénitalement libérale se soit donné des institutions qui suintent à ce point la haine de tout ce qui est progressiste ? Syriza ne pouvait pas être un partenaire : elle a été d’emblée, et en fait très logiquement, considérée comme un ennemi. L’ennemi ici, c’est celui qui veut vous forcer à rediscuter de ce que vous avez décrété soustrait à toute discussion. Aussi bien le référendum (à supposer qu’il ne devienne pas sans objet d’ici dimanche) que l’imminente sortie de l’euro sont des affirmations du droit de rediscuter – des affirmations du principe démocratique.

Le droit de rediscuter se paye cher en Union européenne. Dans un mouvement misérable qui ajoute à la considération qu’on peut lui porter, l’Eurogroupe, entité informelle à la consistance juridique d’ailleurs incertaine, met tous ses efforts à ce qu’il soit le plus coûteux possible. Mais en réalité c’est toute la construction institutionnelle qui porte la responsabilité de ce qui est en train de se passer : car, à la fin des fins, c’est bien la Banque centrale européenne (BCE) qui donnera le coup de grâce en interrompant le refinancement des banques grecques.

Faut-il qu’elle soit grande la détestation de la souveraineté populaire pour ne pas même accorder l’extension du plan d’aide à l’échéance du référendum… Tout est dit d’une passion anti-démocratique européenne devenue si écumante qu’elle ne parvient même pas à se tenir à son propre ordre légal : c’est que le refinancement des banques, grecques ou autres, est une mission de la BCE, assignée par les traités, et dont l’accomplissement est sans rapport avec les vicissitudes latérales de tel ou tel ordre, fussent-elles celles d’un plan de sauvetage. Que la terminaison du plan de sauvetage mardi 30 juin s’accompagne, comme il en est lourdement question, de la fermeture du guichet ELA (Emergency Liquidity Assistance), où la totalité du système bancaire grec est vitalement suspendu, est une connexion dont la légalité est plus que douteuse eu égard à l’autonomie des missions de refinancement de la BCE. [Il faut vraiment convoquer les aruspices pour avoir le fin mot du communiqué publié dimanche 28 juin par la BCE, car l’annonce du maintien du programme ELA pour les banques grecques n’est accompagnée d’aucune mention d’échéance… de sorte qu’il peut bien se trouver interrompu à tout moment. Cependant, contre la menace lourdement sous-entendue de fermer l’ELA en conséquence de l’arrêt du plan de sauvetage le 30 juin, il pourrait être politiquement rationnel pour la BCE de ne pas aller jusqu’à se faire l’exécuteur anticipé des basses œuvres, et de maintenir son guichet ouvert jusqu’à l’échéance du référendum : c’est qu’on doit beaucoup compter dans les institutions européennes sur le fait que le contrôle des capitaux mis en place lundi 29 juin est un repoussoir électoral, et que la restriction de l’accès des déposants à leurs encaisses monétaires est le plus sûr moyen d’aiguillonner le vote « oui ».]

En tout cas, on le sait bien, le simple fait d’avoir exclu les banques grecques des procédures ordinaires de refinancement pour les cantonner au guichet d’urgence de l’ELA n’avait d’autre propos que de leur faire sentir leur état de dépendance extrême, et de leur faire connaître le pouvoir discrétionnaire auprès duquel leur survie se renégocie quasi-quotidiennement – c’est-à-dire la possibilité qu’à tout moment le pouce s’abaisse. Comme toujours, c’est aux limites, et dans les situations de crise extrême, que les ordres institutionnels révèlent leur vérité. Ici toute la sophistication juridique de la construction européenne se ramène à un pouce levé ou bien baissé. Et la comédie du droit laisse voir à nu les rapports de force qu’elle cache ordinairement.

Le moment du chaos Retour à la table des matières

Techniquement parlant en tout cas, il est bien certain que la fermeture du refinancement auprès de la BCE, qu’elle survienne mardi 30 ou plus tard, effondrera le système bancaire grec dans la journée, et forcera, de fait, au réarmement de la Banque centrale grecque comme prêteur en dernier ressort, c’est-à-dire émetteur d’une liquidité qui ne sera pas reconnue par le SEBC (Système européen de banques centrales). On l’appellera de la drachme.

Effectuée dans une pareille urgence, la sortie grecque de l’euro ne pourra pas éviter le moment du chaos, et pour des raisons dont Syriza porte une part. Il est à craindre que le refus d’envisager dès le début la sortie de la monnaie unique, et d’en faire une menace crédibilisant d’ailleurs la position grecque dans le rapport de force, laisse aujourd’hui le gouvernement dans un état de totale impréparation. Le sens stratégique possible de l’accord de prolongation passé avec l’Eurogroupe le 21 février dernier aurait dû être de mettre à profit les quatre mois gagnés pour préparer logistiquement et politiquement la sortie.

Celle-ci est vouée à présent à s’opérer dans les plus mauvaises conditions. Il est même impossible que se fassent aussi vite l’ajustement technique du système des paiements et la conversion des espèces monétaires. Si bien qu’il y aura vraisemblablement un moment bizarre de double circulation monétaire pendant lequel des espèces émises par le système bancaire grec auront toutes les apparences de l’euro mais n’en seront pas moins des drachmes… qui en principe ne seront pas reconnues comme euros à l’extérieur alors même qu’elles leur ressembleront comme deux gouttes d’eau !

Rien de tout ça ne sera fait pour décourager le run bancaire, en fait déjà bien entamé puisqu’on évalue à 130 milliards d’euros les retraits opérés depuis janvier. Que les gens retirent des espèces si ça peut les tranquilliser, ça n’est pas le problème, en tout cas pour le système bancaire [4] : dès que la situation se stabilisera, ces fonds effectueront le mouvement inverse, et entre temps c’est la Banque de Grèce qui prendra le relais de la BCE pour maintenir les banques dans la liquidité. C’est que cet argent prenne le large qui est un problème. Aussi un drastique contrôle des capitaux, avec contingentement des retraits, sera la mesure à prendre dès les toutes premières heures (elle est déjà prise au moment où ce texte est publié). Avec la dévaluation carabinée de la drachme qui suivra sa réintroduction, les Grecs y perdront du pouvoir d’achat international ? Oui, et ça sera comme ça. Par définition, la conversion est une opération purement nominale qui laisse invariant le pouvoir d’achat interne… à l’inflation importée près. Or vu la dégringolade anticipée de la drachme, celle-ci sera conséquente. La couronne islandaise qui a initialement perdu près des trois quarts de sa valeur contre euro a laissé derrière elle une inflation de 18 % en 2008. Mais les premières fluctuations sont toujours d’une ampleur extravagante, et vouées à s’ajuster plus raisonnablement à moyen terme : la couronne a été rapidement stabilisée 40 % en dessous de sa valeur de 2008, l’inflation est d’ailleurs redescendue en dessous des 5 % dès la mi-2009, elle est désormais proche de 0. Il en ira vraisemblablement de même avec la drachme.

Dans l’intervalle il faudra peut-être ajouter au contrôle des capitaux un dispositif de protectionnisme ciblé dans les marchés de biens et services. C’est que la balance courante grecque à très court terme va devenir déficitaire. Or l’interruption de tout flux financier entrant interdira de la financer par la partie « compte de capital » de la balance globale, et la position extérieure nette de la Grèce va se détériorer. Il faudra donc réduire la flambée des importations, alors que l’effet de renchérissement de leur prix devrait d’abord l’emporter sur celui de contraction des volumes. Evidemment il est vital que les entreprises continuent d’avoir librement accès aux biens étrangers d’équipement ou de consommation intermédiaire. Le dispositif protectionniste devra donc être ciblé sur les (certains) biens de consommation (hors énergie notamment), et ceci jusqu’à ce que les exportations « réagissent » à la dévaluation de la drachme – en général dans un délai de 12 à 18 mois (de ce point de vue, la sortie de l’euro se passe au plus mauvais moment possible de l’année puisqu’il est trop tard pour que le tourisme, qui est le secteur le plus dynamique du commerce international grec, en enregistre l’effet, et qu’il faudra attendre la saison prochaine pour en recueillir les bénéfices). L’énorme incertitude achèvera de mettre en carafe le peu d’investissement qui restait (le taux d’investissement est tombé à 12 % en 2014 [5]…). Tous ces effets ajoutés à la désorganisation initiale promettent à la croissance grecque de plonger. Il faut avoir le courage de le dire : le début va être une épreuve.

Cette épreuve n’a de sens, économiquement parlant, que parce qu’elle ouvre par ailleurs de nouvelles opportunités et restaure de nombreux degrés de liberté absolument fermés dans le cadre des institutions de l’euro. En premier lieu elle permet d’en finir avec l’austérité, dont les nouvelles mesures ne relâchaient rien : la Grèce se trouvait enjointe de dégager un excédent primaire de 1 point de PIB cette année même, puis de 2 en 2016, puis de 3 en 2017, puis de 3,5 en 2018 ! Elle se trouve également soulagée des 26 milliards d’euros dus d’ici la fin 2015 à ses créanciers de toute sorte qu’elle va envoyer élégamment se faire foutre – 26 milliards d’euros [6], ça n’est pas loin de… 15 points de PIB ! Voilà à quoi la Grèce se saigne depuis tant d’années : à payer une dette que tout le monde sait insoutenable en dépit de tous ses rééchelonnements et, plus encore, dont elle ne porte pas la responsabilité ! Car les 80 points de PIB de dette pris depuis 2008 ne sont pas, comme le répète l’éditorialisme en pilotage automatique, « la dette de la Grèce » : c’est la dette de l’impéritie européenne, la dette de la plus gigantesque erreur de politique économique de l’histoire du capitalisme, la dette de l’acharnement idéologique, dit plus brièvement : la dette de la zone euro – et par conséquent la dette dont il n’est que justice que la zone euro se la carre dans le train.

Le vrai visage des « amis de l’Europe » Retour à la table des matières

En écrivant en janvier que l’alternative de Syriza était de passer sous la table ou de la renverser [7] et qu’il n’y aurait pas de tiers terme, en particulier que l’idée d’obtenir quoi que ce soit des institutions européennes, ou pire encore d’engager leur transformation de l’intérieur, était un rêve de singe, il faut bien avouer qu’on n’était pas prêt à parier grand-chose sur l’hypothèse du renversement. Hic Rhodus hic salta [8] comme dit l’adage latin. Et c’est là qu’on voit les vrais hommes politiques. Pour toutes les erreurs stratégiques qu’il a commises jusqu’ici, il se pourrait bien que Tsipras en soit un. C’est qu’il faut une sacrée consistance pour faire face à ce mélange de périls et de chances qui s’offre à lui aujourd’hui – qui s’offre à lui ? non, qu’il a fait advenir en se tenant au plus près de l’essence de la politique : la proposition faite au peuple de décider souverainement.

Comme Roosevelt se déclarait fier en 1936 d’être devenu objet de haine de l’oligarchie capitaliste qu’il avait décidé de défier carrément, Tsipras peut s’enorgueillir des tombereaux d’injures que lui réserve une oligarchie d’un autre type, le ramassis des supplétifs d’une époque finissante, et qui connaitront le même destin qu’elle, la honte de l’histoire. La première chose que Jean Quatremer a cru bon de tweeter consiste en photos de queues devant les distributeurs à billets. Et d’annoncer avec une joie mauvaise : « La Grèce sera donc en faillite mardi à minuit. Accrochez-vous ! ».

On voudrait que quelque archiviste de talent, conscient de ce qui se joue d’historique ces jours-ci, s’attache à collecter tout ce qui va se dire et qui méritera de rester, tout ce que pense et dit l’oligarchie quand, à l’épreuve d’un moment critique, elle jette enfin le masque – car cette fois-ci le masque est bel et bien jeté. « La Grèce, c’est fini » titre le JDD du 28 juin, dirigé par Denis Olivennes, l’un des Gracques à qui l’on doit cette tribune à valeur de document quasi-psychiatrique publiée dans Les Echos, où l’on apprenait qu’il était urgent de « ne [pas laisser] Monsieur Tsipras braquer les banques » [9], textuellement, alors que le refus de restructurer la dette grecque jusqu’en 2012 n’a pas eu d’autres finalités que de sauver les banques allemandes, françaises, etc., ces banques où, précisément, prolifère la racaille Gracque, en effet la vraie racaille dans la société française – pas celle de Sarkozy –, ces « anciens hauts fonctionnaires socialistes » comme ils aiment à se présenter eux-mêmes, et qui en disent assez long sur l’état réel du « socialisme » français – pour ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçus.

Lire Pierre Rimbert, « “Syriza delenda est” », Le Monde diplomatique, juillet 2015, en kiosques mercredi 1er juillet. Bloomberg fait déjà des gorges chaudes de ce qu’on puisse envisager « sur les documents hautement techniques » de la Troïka de demander leur avis « aux mamies grecques » [10]. Mais c’est vrai, quelle idée ! La vraie démocratie est bien celle qui se contente de l’avis des économistes et des journalistes spécialisés de Bloomberg. Ou de Libération. Comme toujours les événements historiques, la sortie grecque sera un test de Rorschach en vraie grandeur, un bain photographique surpuissant. On peut le dire dès maintenant puisque la grande vidange est déjà à l’œuvre : l’oligarchie dégondée va montrer son vrai visage, et parler son vrai langage. Jean-Louis Bourlanges sur France Culture traite Tsipras de « terroriste révolutionnaire » [11] (sic), Quatremer relaie, écumant, les errances de Kathimerini, quotidien de droite qui qualifie le référendum de « coup d’Etat de bolcheviks », formidable moment de vérité où l’on va voir sans fard qui est qui et qui dit quoi. Oui, on voudrait vraiment que tout ceci soit méticuleusement consigné, pour qu’on sache ce qu’il en aura été de la « démocratie » en Europe à l’époque de la monnaie unique. Et pour que cette belle accumulation produise l’effet qu’elle est vouée à produire : celui du ridicule mêlé d’ignominie.

Et nous ? Retour à la table des matières

Par un paradoxe qui doit tout aux coups de fouet de l’adversité, il se pourrait que cette avalanche de haine, car il n’y a désormais plus d’autre mot, soit le meilleur ciment des gauches européennes, et leur plus puissant moteur. Car la guerre idéologique est déclarée. Et il faudra bien cet état de mobilisation et de colère pour supporter ce qu’il va falloir supporter. Il ne faut pas s’y tromper : sauf à ce que tout l’euro parte en morceaux à son tour, hypothèse qui n’est certainement pas à exclure mais qui n’est pas non plus la plus probable, les yeux injectés de sang d’aujourd’hui laisseront bientôt la place à l’écœurant rire triomphateur des Versaillais quand la Grèce passera par le fond du trou. Car elle y passera. Elle y passera au pire moment d’ailleurs, quand Espagnols et Portugais, sur le point de voter, se verront offrir le spectacle du « désastre grec » comme figure de leur propre destin s’ils osaient à leur tour contester l’ordre de la monnaie unique. Ce sera un moment transitoire mais terrible, où, sauf capacité à embrasser un horizon de moyen terme, les données économiques de la situation n’offriront nul secours, et où l’on ne pourra plus compter que sur la colère et l’indignation pour dominer toutes les promesses de malheur. En attendant que se manifestent les bénéfices économiques, et plus encore politiques, du geste souverain.

Que faire entre temps pour échapper à la rage impuissante lorsqu’on n’est pas grec ? Depuis février, on a vu fleurir des initiatives de solidarité où le réconfortant le dispute au dérisoire : c’est que la version KissKiss BankBank des Brigades internationales a surtout pour effet de dire quelque chose de l’époque… En réalité l’événement offre peut-être la meilleure occasion de redécouvrir, et pour certains de découvrir tout court, que l’internationalisme réel consiste moins dans le dépassement imaginaire des nations que dans la solidarité internationale des luttes nationales. Et dans leurs inductions mutuelles. Les Grecs sont sur le point de défier l’ordre néolibéral en son institution principale : la monnaie unique européenne. Pour nous qui souffrons des pouvoirs entièrement vendus à cet ordre, être à la hauteur de l’éclaireur grec ne réclame pas moins que de nous retourner contre nos gouvernements.

 

Notes

[1] Philippe Légé, « Ne laissons pas l’Europe écrire sa tragédie grecque », Note des Economistes Atterrés, 30 avril 2015.

[2] Sanjay Basu et David Stuckler, « Quand l’austérité tue », Le Monde diplomatique, octobre 2014.

[3] Inutile d’arguer des épisodes de « nationalisation » qui ont toujours été très partiels et n’ont jamais remis en cause l’essentiel, à savoir les rapports sociaux de production, inchangés même dans les enclaves de capitalisme d’Etat.

[4] C’est un problème si cet argent retiré de la circulation monétaire cesse d’animer les échanges marchands.

[5] Il était à 26 % en 2008…

[6] Dont un accord avec l’Eurogroupe n’aurait couvert que 15 milliards d’euros, et encore sans compter le déblocage fractionné, par tranches de 7,5 milliards, bien fait pour activer à chaque fois une clause de revoyure.

[7] « L’alternative de Syriza : passer sous la table ou la renverser », 19 janvier 2015.

[8] « C’est ici qu’il faut sauter ».

[9] Les Gracques, « Grèce : ne laissons pas Monsieur Tsipras braquer les banques », Les Echos, 15 juin 2015.

[10] « Tsipras Asking Grandma to Figure Out if Debt Deal is Fair », Bloomberg, 28 juin 2015.

[11] « L’esprit public », France Culture, 28 juin 2015.

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Source : http://blog.mondediplo.net

 

 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 14:28

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/alternatiba

 

 

 

Journal du Tour: Marseille la rebelle et les 1336 jours des Fralib

 

Jour 20 (24 juin). 

 

 

Après avoir passé une nuit, au quartier Croix Sainte de Martigues, nous nous sommes tous retrouvés au jardin partagé au pied des immeubles, un espace intergénérationnel où école primaire et maison de retraite cohabitaient dans la plus belle harmonie. Nous avons tout de suite fait le lien avec la conférence de Paul Ariès, la veille, qui expliquait la prévalence de la transmission de nos savoirs face à l’accumulation.

Une fois le petit déjeuner comique passé, avec Nina des tatas flingueuses, nous avons pris la direction de la plage de l’Estaque.

La route sillonnait la merveilleuse côte Marseillaise. Même si l’on pouvait voir la mer, l’envie n’était pas à la baignade. Nous étions tous déterminés à entrer dans la cité phocéenne, bien que la situation ait été teintée d’incertitude du fait de l’interdiction du passage du Tour par le maire de la ville, Jean Claude Gaudin.

L’escale à Ensuès était agréable et positive. Il nous a semblé intéressant d’observer le contraste entre des villes presque mitoyennes car si la situation était tendue à Marseille, les élus d’Ensuès soutiennent la transition écologique et sociale et se sont montrés favorable à la signature du Pacte pour la transition !

Une fois à l’Estaque, après un accueil chaleureux et impressionnant par le nombre et le foisonnement des activités – des démonstrations de joutes sur bateaux, de la peinture, des moments conviviaux de musique et de petites réunions de coordination – c’est remplis d’énergie et poussés par un élan de légitimité populaire que l’on a démarré cette vélorution pour le moins atypique.

 

Photo ©Philippe Houssin

Photo ©Philippe Houssin

 

La déambulation marseillaise a duré près de 2h à travers un éventail diversifié d’arrondissements. Nous avons reçu un accueil particulièrement positif dans les quartiers populaires, les passants ne sont pas restés indifférents à la vue de notre cortège joyeux et coloré :) L’arrivée triomphale à la place Bargemont, puis la mise en scène artistique devant les quais de la mairie, étaient fantastiques.

Illustrant l'emblématique thème décliné par les vélorutionnaires marseillais « Si on n'y va pas en vélo en 2015, on ira en radeau en 2050», un bon nombre d'entre eux étaient parés de leurs plus beaux maillots, masques et tubas. Il s'agissait d'attirer l'attention, avec humour et force, sur l'urgence de réagir face à la montée du niveau des mers. Un discours engagé à destination du Maire a suivi la première manifestation organisée dans l'eau du Vieux Port par 20 militants. Puis c'est au cours Julien que nous avons continué la soirée, avec des concerts sauvages de qualités, dont celui de HK et les saltimbanques ... marseillais. La place grouillait de monde et l'ambiance était festive : un vrai esprit alternatif réunissant quelque 1 800 personnes... sans agents à l'horizon. Quelle belle soirée, son souvenir restera gravé dans nos mémoires !

 

velorution Marseille Alternatiba

Jour 21

(25 juin)

Le départ de Marseille s’est effectué non sans efforts : circulation, dénivelés, automobilistes pressés… puis hop, une triplette à plat !

Nous avons tout de même pu jeter au passage quelques coups d’oeils plaisants sur les rues reverdies de Marseille. Des citoyens motivés ont multiplié les petits gestes pour redonner place à un peu de nature au milieu des rues bétonnées… et la dynamique s’est amplifié ! Il y a désormais des rues où des bac de palettes et autres matériaux recyclés hébergent de belles pousses, et d’incroyables comestibles !

Les coups de pédales s’enchaînent, les triplettes slaloment et ascensionnent pour venir saluer les copains de l’usine Fralib… Et nous redécouvrons in situ l’histoire de ces salariés d’Unilever, qui fabriquait ici le thé Elephant. Confrontés à une vague de licenciements massifs, ils nous ont expliqué comment leur détermination continue, au cours 1336 jours de grève, leur a finalement permis de se constituer en SCOP (société coopérative et participative) et de racheter leur outil de travail. Ils ont alors créé les Thés 1336 et ScopTI, proposant des produits biologiques et privilégiant les circuits courts.

C’est en gagnant Fralib que nous avons franchi notre 1000ème kilomètre, et comme promis, c’est à la SCOP que nous dédicaceront le 1336ème, en lui souhaitant le plus beau succès !

 

fralib tour alternatiba

 

En gagnant la douce agitation d’Aubagne, nous avons connu une étape de midi très pêchue ! Sur une place pleine de monde avaient été installés un espace enfants, un four solaire géant, une piste de danse salsa, des stands, des tablées conviviales… Donnant lieu à de véritables émulations, de la joie et un engouement local fort !

La FourMili’AIRES, webradio locale et indépendante a diffusé sa programmation et son “slogan maison” spécial Alternatiba. Animée par Thierry, qui défend micro brandit la liberté de s’informer, de s’intéresser et de s’amuser, la radio émet dans des structures telles que les Maisons de la Jeunesse et la Culture (MJC) ou dans les Maisons de la Vie Citoyenne (MVC) qui, du fait des restriction de financement public, peinent de plus en plus à exister.

Non loin bourdonne Télé Mouche, la web tv indépendante du Pays d’Aubagne, qui a partagé avec nous sa bonne humeur et sa curiosité !

Puis nous avons eu droit à un repas préparé avec soin et créativité par DiscoSoupe et Pierre André. L’équipe de DiscoSoupe nous a appris que “l’oignon fait la force”. Cette initiative pour “La convivialité contre le gâchis, la gratuité du recyclage et le plaisir de la musique” nous a nourri, dans tous les sens du terme :)

Puis nous avons savouré un plat cuit dans le four solaire géant de Pierre André. Cet ingénieur-cuisinier s’est lancé le pari de monter un restaurant au coeur de la forêt, qu’il rendrait peu à peu comestible, en cuisinant avec le soleil !

Le temps passe trop vite pour nous attarder sur tout ce qu’il y a à voir et il est dur de repartir à l’heure… mais pied sur la pédale nous saluons finalement cette belle et dynamique équipe et repartons grimper sur les collines.

Deux kilomètres après le départ, une des triplettes se détache du cortège et s’arrête, ça arrive parfois… déraillage ? Non, elle ne redémarrera plus de la journée, la chaîne est cassée. Nous appelons à la rescousse le camion logistique, ses outils, ses pièces de rechanges, pendant que la seconde triplette continue d’avancer vers Aix-en-Provence.

“Il va y avoir du raidillon là !” nos guides, tout deux prénommés Olivier, on le sens de l’euphémisme : la côte s’étire et s’accentue, et ça dure.

Trempés de sueur, le souffle court, nous savourons unanimement la vue offerte sur la Provence… et la descente qui s’ensuit. Grimper n’a jamais été aussi dur, mais quelle récompense une fois en haut !

Arrêt technique imprévu, l’occasion d’échanger un salut avec un amateur de cycles qui nous invite à recharger nos gourdes : elles étaient vides, cela tombe très bien !

L’après midi se poursuit à coups de raidillons et faux plat, mais l’accueil au point vélorution nous rendra nos forces. Biscuits et gâteaux appétissants concoctés par la pâtissière de la Biocoop nous régalent et rétablissent notre taux de glycémie, pour qu’une belle vélorution s’élance jusqu’à Aix !

Après une belle visite de la ville, les tandems s’arrêtent au milieu des nombreux stands d’alternatives présents. Un ouvrier de la CGT prend la parole et appelle à la création d’une coopérative pour reprendre l’activité de Nexis (vitrage isolant et photovoltaïque) une filiale d’EDF en cours de fermeture, faute d’investissements… la politique du tout nucléaire fait bien des ravages et n’épargne malheureusement pas les emplois. De son côté, une programmatrice de radio ZINZINE, une radio locale, indépendante, militante et pleine de bonnes ondes, née au sein de la coopérative Longo Maï, nous cueille à l’arrivée. Et voilà Alternatiba au micro, en direct ! Une autre surprise nous attend : la douce Odile offre un massage aux cyclistes :)

Nous finirons la soirée autour d’un grand repas au 3C, le Café culturel citoyen, véritable relais qui offre un lieu d’expression aux riverains. Il abrite discussions, soirées thématiques, échanges vitaux et informatifs, etc. Nous y passerons un excellent moment et goûterons à un délicieux aïoli végétarien en hommage aux marseillais ! Ce soir la nous regagnons nos pénates un peu à reculons, animés par une fatigue heureuse.

 

Jour 22

(26 juin)

Nous sommes partis ce matin là en attaquant tout de suite par une belle et longue montée qui nous offre une vue magnifique sur le massif du Lubéron. Nous avons ensuite traversé la Durance, annonçant l’entrée dans le département du Vaucluse et notre arrivée à Cadenet, point de départ de notre défilé festif et revendicatif.

Nous étions à ce moment la très impatients à l’idée de partager un bout de route avec une classe de l’école de Lauris. Plus de 30 enfants ont accompagné le Tour pendant 5 kilomètres et c’est avec émotion que nous avons rencontré la génération qui, demain, vivra dans le monde que nous sommes en train de construire. Déjà très au point sur le changement climatique, ils nous ont impressionné !

 

Tour Alternatiba Lauris

Le maire de Lauris, participa lui aussi à notre défilé en chevauchant la quadruplette du Tour.

 

Après un super repas partagé avec les habitant-es de Lauris, nous repartons en direction de Cavaillon, en nous arrêtant à la “Terre promise”, un lieu occupé par les locaux pour éviter qu’Auchan ne rachète et bétonne ces terres fertiles. Les gens qui y vivent produisent d’excellents fruits et légumes. Un cercle d’amis important soutenant la démarche, “Terre promise” a pu se maintenir tant et si bien que le supermarché est sur le point de reculer !

Nous voilà maintenant à Cavaillon. Les rafraîchissements préparés par l’équipe sont très appréciés, tout comme l’arrivée sur le Tour de Benoit, le porte parole de la FNE (France nature environnement). Le soir, nous sommes accueillis dans le “Village”. Ces personnes en réinsertion se sont fabriqués elles-mêmes leurs maisons en briques, composées de terre. Ils y pratiquent trois activités : éco-construction, restauration et l’hôtellerie.

De Cavaillon à Avignon, les 26 kilomètres de cette courte étape sont vite avalés : Nina et Greg, nos hôtes du soir nous retrouvent sur le parcours pour nous guider jusqu’au cœur de la cité des Papes.

L’après-midi, Alternatiba Avignon avait concocté un sympathique programme. Pendant ce temps, Greg nous ouvrira les portes de l’atelier vélo Roulons à vélo, membre des ateliers vélo, l’Heureux cyclage. Les deux triplettes souffrent et nous ne savons pas si elles pourront rouler le lendemain. Mais grâce aux conseils de l’équipe de l’atelier vélo, nous réussissons à remettre sur roues les deux vélos. Ouf, nous pourrons repartir sur les routes et poursuivre notre joyeux  et enrichissant périple !

La canicule est là, et ça va durer. En plein soleil, les vélos s’élancent vers Orange puis Pierrelatte. Nina qui nous a hébergé la veille, décide de nous suivre. En remontant la vallée du Rhone, nous avons le mistral en pleine face. Avant d’arriver à Pierrelatte, nous passons au pied de la centrale nucléaire du Tricastin. Ce sera la première du longue série de centrales très nombreuses dans la vallée du Rhône.

 

aubagne tour alternatiba

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 14:27

 

Source : http://www.marianne.net

 

Même avec l’Union bancaire, une nouvelle crise coûterait 1 000 milliards d’euros à l’Europe

Alors que la Troïka n'a de cesse de donner des leçons d'économie et de démocratie à la Grèce, la zone euro est-elle exempte de tout reproche. Bien au contraire ! Un rapport commandé par le secrétaire général du Parlement européen, que "Marianne" a pu consulter, prévoit qu'en cas de nouvelle crise financière de l'importance de celle de 2008, la zone euro pourrait perdre 1 milliard d’euros de son PIB, "gagner" 1,9 million de chômeurs supplémentaires et subir une augmentation 51,1 milliards d’euros de sa dette publique.
 
TIER PHILIPPE/SIPA
 

Mille milliard d’euros en moins dans son PIB, 1,9 million de chômeurs en plus, une augmentation 51,1 milliards d’euros de sa dette publique, voilà ce que coûterait à la zone euro une nouvelle crise financière mondiale selon un rapport commandé par le secrétaire général du Parlement européen, Klauss Welle, qui devrait être publié en fin de semaine et auquel Marianne a pu avoir accès. D'après les projections réalisées par les économistes Gaël Giraud et Thore Kockerols, « les renflouements [des banques européennes] seraient encore nécessaires au détriment du contribuable européen, et ajoutent les auteurs du rapport, même si l’architecture de l’Union bancaire (prévu en 2023) était déjà en place aujourd’hui ».

 

L’Union bancaire à la ramasse

L’Union bancaire, adoptée par le Parlement européen le 15 avril 2014, a été louée de toutes parts. A l’époque, Michel Barnier, commissaire européen chargé des Services financiers se réjouissait sur Twitter : « Nous disposons d'un système véritablement européen pour superviser toutes les banques de la zone euro et traiter leurs faillites éventuelles ». Et l’eurodéputée socialiste Elisa Ferreira d’avancer que « le système européen sera conçu pour que l'argent des contribuables soit mieux protégé, en faisant en sorte que les banques soient en première ligne et paient pour leurs propres erreurs ». Quant à notre Moscovici national, depuis le commissariat européen aux Affaires économiques et financières et à la Fiscalité de se féliciter d’« un accord majeur », d'« un accord décisif », d'« un accord de portée historique ».

L’Union bancaire introduit des mécanismes destinés à prévenir les faillites bancaires et éviter qu’une nouvelle crise bancaire ne se transforme en crise de la dette. L’idée étant d’introduire une mutualisation du risque en cas de faillite. Les banques de la zone euro seront ainsi gérées selon le Mécanisme de résolution unique (MRU) qui reposera sur deux piliers. D'un côté, un conseil chargé de la liquidation des banques. De l'autre, un fonds de résolution commun d’un montant de 55 milliards d’euros alimenté par le secteur bancaire censé renflouer ses établissements.  

Si les auteurs du rapport saluent « le pas important » de ce mécanisme financier européen, leurs conclusions ne laissent pourtant que peu de place au doute. « Nous constatons que les coûts pour l’économie réelle seront bien plus importants que les simples milliards nécessaires pour renflouer les banques ». Dit autrement, le coût de la crise ne se limitera pas au seul refinancement bancaire. Selon les modèles envisagés, les effets macroéconomiques que pourraient avoir une nouvelle crise — c’est en cela que réside la nouveauté de cette étude — pourraient être dramatiques. Sur dix ans, les auteurs estiment que « les coûts d’un choc financier de taille moyenne dans la zone euro (…) correspondront à une perte cumulée de 1 000 milliards d’euros du PIB (…), des pertes d’emplois à hauteur de 1,9 million (…) et une augmentation de 51,1 milliards d’euros de la dette publique. » Cela représente 100 milliards d’euros de pertes potentielles par an, et 190 000 potentiels chômeurs en plus sur la même période. De quoi donner un sacré vertige… Et les auteurs de cette étude ne s’arrêtent pas en si bon chemin : « Le lien entre un secteur bancaire européen fragile et des finances publiques lourdement endettées pourrait rendre l’impact d’une nouvelle crise financière plus grave qu’elle ne l’était au lendemain de 2008 (…) et pourrait même mettre en danger la survie de la zone euro ».

Et de pointer du doigt les causes : la concentration excessive du secteur bancaire européen, et la taille des banques « too big to fail » (en français, « trop grosse pour tomber »).  En 2013, selon l’étude, l’ensemble des actifs de BNP Paribas représentait 93,5 % de la dette souveraine française, et 87,4 % du PIB français. Pour la Société générale, 64 % de la dette publique et 60 % du PIB. «  Ensemble, la BNP et la Société générale représentent pas moins de 147,4 % du PIB de la France. »

 

Le Luxembourg, le maillon faible de la zone euro

Et ce n’est rien en comparaison de la situation luxembourgeoise, dont toute référence devrait disparaître du rapport officiel final, selon une source européenne, car la présidence du Conseil de l’Union va... au Grand-Duché à partir de ce 1er juillet. Coincé entre la France, l’Allemagne et la Belgique, le Luxembourg attire nombre de filiales de banques en raison de son régime fiscal bien connu. Et risque d’être victime de son succès. « Le Luxembourg apparaît comme le membre de la zone de l’euro le plus exposé ». Car le pays rassemble sur son territoire les filiales de cinq banques de la zone en euro qui, en cas de faillite, pourraient emporter l’économie. Les actifs de ces filiales représentent 530 % de son PIB et, en cas de coup dur, on voit mal comment le Luxembourg pourrait les renflouer. Ainsi, « la faillite de la Deutsche Bank, précise les auteurs, représenterait une menace à hauteur de 60 % du PIB de l’Allemagne, mais 223 % de celle du Luxembourg ».

Quant à la concentration bancaire qui représente « le facteur clé d’un risque systémique », en France, « les cinq banques les plus grandes comptent près de 50 % de l’ensemble des actifs des banques du pays ». On comprend donc facilement les conséquences terribles d’une nouvelle crise de l’une de ces banques et, a fortiori, si cette crise les touche toutes dans le même temps. Pour remédier à cette situation, les auteurs avancent l’hypothèse « de ne pas renflouer les banques en défaut ». Un scénario à l’islandaise en définitive. Ce pays a refusé de faire porter aux citoyens les erreurs des banques, a assuré les comptes des petits épargnants et a traîné devant la justice les responsables islandais de la crise de 2008. Résultat : une dette nationale passée en quatre ans de 95 % du PIB à 82 %, une division par deux de son taux de chômage de 2009 et un PIB supérieur à ce qu’il affichait avant la crise de 2008. Comme quoi, le « there is no alternative » très présent dans les têtes de nos élites est loin d’être une réalité.

Quid finalement du rempart qu'est censé représenter l’Union bancaire ? Eh bien pas grand-chose selon l’étude. Même en imaginant que les mécanismes prévus seraient complètement opérants, les 55 milliards du Fonds de résolution commun (FRC), destinés à renflouer les banques en cas de crise, n’auraient qu’un impact très limité. « Même en triplant le montant du FRC, les effets néfastes d’un choc financier ne seraient que marginalement amortis », écrit le rapport. En clair, « ces mesures sont loin d’être suffisantes pour rendre l’Union bancaire européenne efficiente, et d’autres améliorations sont nécessaires. »

La situation est-elle inextricable et sommes-nous voués à assister à un nouveau cataclysme ? Heureusement non, les auteurs proposent une série de réformes fortes qui pourraient endiguer une nouvelle crise financière : porter le fond de résolution unique inclus dans l’Union bancaire à hauteur de 165 milliards d’euros, faire passer la part des fonds propres des banques par rapport à leurs actifs à hauteur de 9 % (contre 3 % actuellement), mettre en œuvre une séparation entre les activités de banque de détail et celles de marché et, enfin, mettre en place une véritable mutualisation européenne de garantie des dépôts.
 
Les auteurs du rapport seront-ils entendus ? A voir la manière dont les négociateurs de l’Eurogroupe gèrent le dossier grec, l’optimisme semble difficilement de mise...
 
 
Les dessous d’un scénario catastrophe
Gaël Giraud et Thore Kockerols, les deux économistes à l’origine du rapport ont fait turbiner toute une machinerie statistique et analytique pour tester la résistance des mécanismes de défense de l’Union bancaire, adoptée en avril 2014 par le Parlement européen.
Pour parvenir à un résultat, les deux experts sont partis de deux postulats faux : nous sommes en 2014 et l’Union bancaire est intégralement achevée.
En 2014 donc, une crise financière heurte l’Europe. En Espagne, ce second choc financier pressurise le marché de l’emploi, le chômage grimpe immédiatement à 26 %. Le niveau de la dette publique augmente drastiquement, passant à 112 % du PIB, contre 101 % auparavant. Désastre à tous les niveaux.
Même impact au Luxembourg : il faut attendre 2016, deux longues années, avant de voir pointer la reprise. Le niveau du PIB stagne. Le Duché étant moins sensible sur l’emploi, le taux de chômage augmente peu. Néanmoins, le système bancaire a fâcheusement été percuté, faisant planer une menace significative à long terme sur les finances publiques. Le niveau de la dette augmente de 35 %.
Le Fonds de résolution commun (FRC) constitué de 55 milliards d’euros, principalement alimenté par le secteur privé, se dégonfle à vue et s’avère largement insuffisant. Catastrophe. La mutualisation du risque capote. Ce qu’il reste des fonds de l’Union bancaire ? Pas un centime.       
Source : http://www.marianne.net                                                 
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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 17:33

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Le référendum, c’est interdit dans la zone euro

 
Hervé Nathan
 
 
Avant, quand l'oligarchie européenne n'aimait pas le résultat d'une consultation électorale, elle faisait revoter le peuple. Ou bien, pour le contourner, se tourner vers les élus plus dociles et conciliants. Désormais, quand est proncé le mot "référendum", c'est tout un pays qui est exclu !
 
 
Virginia Mayo/AP/SIPA
 

S’il y a une annonce politique à retenir dans le brouhaha qui entoure la tragédie grecque en représentation sous les yeux des citoyens, c’est celle-ci : dans la zone euro, le référendum, est une pratique « in-ter-dite ». La sentence est tombée samedi de la bouche de Jeroen Dijsselbloem, social-démocrate néerlandais et président de l’Eurogroupe (la réunion des ministres des finances des pays participant à l’euro).

L’annonce par Alexis Tsipras d’une consultation populaire sur le plan de « sauvetage » de la Grèce, a-t-il proclamé, « met fin à a poursuite des négociations ». En conséquence de quoi la date butoir du 30 juin ne sera pas repoussée au-delà du 5 juillet, les banques grecques ne devraient donc plus recevoir d’aide de la BCE pour faire face aux retraits d’argent à leurs guichets, etc.

Dix-huit ministres de pays démocratiques ont donc discuté de mesures concernant le dix-neuvième, mis à la porte…Mais très symboliquement la Grèce a déjà été exclue de la zone euro, puisque l’Eurogroupe s’est réuni ensuite en l’absence du ministre hellène, Yannis Varoufakis, pour évoquer « les suites » de la décision de la Grèce. On a donc assisté à cet événement tout à fait « inédit » dans l’Union européenne : dix-huit ministres de pays démocratiques ont donc discuté de mesures concernant le dix-neuvième, mis à la porte… On notera que Michel Sapin, quoique partisan de ne pas placer la Grèce au ban de la zone euro, est resté dans la salle et qu’il a approuvé le communiqué final.

Le référendum est donc le maudit de l’euro. Quoi d’étonnant : l’oligarchie européenne supporte très mal que les peuples donnent leur avis sur les questions de souveraineté. C’est ainsi qu’on fit revoter deux fois les Irlandais, en 2001 (traité de Nice) et en 2008 et en 2009 (traité de Lisbonne), et qu’en France en 2008, on convoqua en congrès le Parlement français pour que les représentants du peuple approuvent (traité de Lisbonne) ce que le même peuple avait nettement refusé en 2005, lors du vote sur le traité constitutionnel européen…

En 2011, le Premier ministre social-démocrate grec George Papandreou, placé dans une position assez similaire à celle de Alexis Tsipras aujourd’hui, avait aussi voulu vérifier par un vote qu’il avait bien l’assentiment de ces concitoyens. Il fut débarqué par un quasi coup d’Etat fomenté par la BCE, Berlin et Paris, qui obtinrent des députés grecs la nomination d’un homme lige, ex-vice président de la BCE, Loukas Papademos.

Résumons l’incroyable glissement institutionnel :
- Dans les années 2005, lorsqu’un peuple disait « non » par référendum, on le faisait soit revoter, ou on le faisait représenter par des élus censément plus « responsables ».
- En 2011, à l’annonce d’un référendum, on débarque le gouvernement du pays.
- En 2015, à l’annonce d’un référendum, on exclut le pays tout entier !

Quelle sera la prochaine étape ?

 

 

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>>> Retrouvez notre dossier « Les trois crises européennes » et notamment notre article « La zone euro, le coup d'Etat permanent » dans le numéro de Marianne actuellement en kiosques.

Il est également disponible au format numérique en vous abonnant ou via  et Android app on Google Play

 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 17:20

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Grèce : la croisade d’Arnaud Leparmentier, vice-pape du Monde

29 juin par Frédéric Lemaire , Henri Maler

 

 

 

 

Au moment où nous écrivons, les pressions s’accentuent sur la Grèce pour qu’elle accepte les mesures de rigueur imposées par ses créanciers. Depuis plusieurs mois, Le Monde y contribue à travers, notamment, les chroniques furieuses d’Arnaud Leparmentier contre le gouvernement d’Alexis Tsipras. Les réactions à l’activisme du directeur adjoint des rédactions du Le Monde n’ont pas manqué : dans un article exhaustif, Romaric Godin épingle les arguments fallacieux employés par Arnaud Leparmentier pour accabler les Grecs. Pierre Rimbert a quant à lui signé un petit rappel des précédents accès de fièvre libéraled’un éditocrate qui, depuis vingt ans, fait l’éloge des plans de licenciements et peste contre toutes les formes de protection sociale. Mais les partis pris de Leparmentier posent une autre question : au nom de qui parle-t-il ?

Arnaud Leparmentier a encore frappé. Dans une chronique publiée dans Le Monde du 18 juin, il se prend à rêver d’un « scénario de crise » : défaut de la Grèce, panique bancaire, renversement du gouvernement Tsipras, signature de l’accord des créanciers par un nouveau gouvernement. Il est évident que dans l’esprit du directeur adjoint des rédactions du Monde, il n’y a pas d’alternative à l’orthodoxie budgétaire européenne : la rigueur doit être appliquée de gré ou de force.

L’éditocrate n’en était pas à son coup d’essai. « Nous allons continuer de nous ruiner pour les Grecs  », se lamentait-il dans une autre chronique datée du 21 janvier |1| parue une semaine avant les élections grecques, plaisamment agrémentée de culture classique : « le masque de Solon tombe : les Grecs refusent de payer des impôts. » La métaphore du masque inspire décidemment Leparmentier. Il signe deux semaines plus tard une nouvelle chronique, datée du 4 févier 2015 et intitulée «  Le masque de la tragédie grecque  » |2| – masque à travers lequel il faudrait à nouveau percer les mensonges des Grecs.

En voici un réjouissant pot-pourri : la Grèce « n’aurait pas été victime de l’austérité », d’ailleurs « elle ne verse quasiment aucun intérêt » ; la « tragédie » ne serait pas celle qu’on croit, puisque ce sont les braves États baltes, bons élèves de l’austérité, qui paieraient en vérité les excès des « pays du Club Med  » (sic) ; enfin, les 18 autres pays de la zone euro auraient une légitimité supérieure à celle du nouveau gouvernement grec pour déterminer du sort du pays. Et «  le petit couplet sur la légitimité démocratique du vote des Grecs en faveur de Syriza qui supplanterait les oukases d’une « troïka » (Commission, BCE, FMI) non démocratique est un brin fallacieux » |3|.

La croisade d’Arnaud Leparmentier se poursuit avec une autre chronique publiée le 8 avril |4|, au titre évocateur : « La France, une Grèce qui s’ignore  ». Faisant d’une pierre deux coups, notre croisé châtie la France « plus socialiste que jamais  », qui « étouffe sous l’impôt et la dépense publique », et moque « la complainte des Grecs sacrifiés sur l’autel de l’euro et de la rigueur  » alors qu’ils connaissent « depuis 1990 » (sic) une croissance supérieure à celle de la France |5|.

Jusqu’où ira Leparmentier ? Loin, apparemment. Dans sa dernière chronique, évoquée au début de cet article, il envisage, ni plus ni moins, le renversement du gouvernement d’Alexis Tsipras au nom de l’impérieuse nécessité de l’orthodoxie néolibérale dont il se fait le champion. Les amateurs apprécieront la version « live » de cette chronique, diffusée le lundi 15 juin sur France Inter dans l’émission « Un jour dans le Monde » animée par Nicolas Demorand. En introduction de cette performance bouffie d’importance (« me revoici tel Cassandre  » |6|), l’éditorialiste du Monde se veut provocateur : « auditeurs sensibles, éteignez vos appareils, mélenchonistes de tous bords serrez les poings, chronique scélérate, ce soir  ».

La jubilation d’Arnaud Leparmentier à l’idée de justifier, à une heure de grande écoute, le renversement d’un gouvernement qu’il honnit (« Eurêka, Syriza a déjà capitulé ») est celle d’un bateleur d’estrade, qui mime la transgression et cultive la provocation. Soyons clair : Arnaud Leparmentier est libre d’avoir ses opinions. Ses interventions soulèvent néanmoins cette question : au nom de qui parle-t-il ?

 

Le « nous » majestueux d’un chroniqueur-éditorialiste

Des défenseurs sourcilleux de la liberté d’opinion soutiendront qu’Arnaud Leparmentier ne parle qu’en son propre nom. En son nom certes, mais en qualité de directeur adjoint des rédactions du Monde. Une position dont il use et abuse partout où il s’exprime et quel que soit le sujet, faisant de lui un porte-parole officieux de l’ensemble de la rédaction.

Certes les bouffées de rage d’Arnaud Leparmentier sur la Grèce se présentent dans Le Monde sous la forme d’une « chronique » et non d’un « éditorial » qui engagerait officiellement l’ensemble de la rédaction. Cette nuance permet au directeur adjoint de la rédaction de s’épargner l’anonymat et le ton traditionnellement plus modéré des éditoriaux non signés. Mais il serait naïf de penser qu’un tel artifice permette aux lecteurs de faire la différence (byzantine) entre l’éditorial de la rédaction et la chronique éditorialisée du directeur en chef adjoint des rédactions… disposés côte-à-côte sur la même page du journal.

Sans compter que, sur le fond, les éditoriaux non signés ne se distinguent pas vraiment des « chroniques » de Leparmentier – exaltation mise à part. Il suffit pour s’en convaincre de lire notre article précédent.Qu’on le veuille ou non, sur la Grèce, les partis pris politiques du Monde se confondent avec ceux d’Arnaud Leparmentier.

Certes, il arrive que les articles plus factuels des pages d’information contredisent les grandiloquents anathèmes du vice-pape du Groupe Le Monde, comme ce fut récemment le cas des articles de la correspondante à Athènes Adéa Guillot |7| ou de l’envoyée spéciale Aline Leclerc |8|.

Peut-être les auteures de ces articles et, plus généralement, la majorité des journalistes du Monde sont-ils d’accord avec les commentaires d’Arnaud Leparmentier ? Peut-être pas. Auquel cas, ont-ils les moyens de contester la ligne éditoriale imposée par un vice-pape qui aspire, comme on le murmure dans les couloirs du quotidien, à devenir pape lui-même ? Difficile de le savoir : la démocratie au sein du Monde est aussi transparente que les réunions du Conseil européen.

Quoi qu’il en soit, les journalistes du Monde peuvent apprendre, en lisant le journal pour lequel ils travaillent, qu’Arnaud Leparmentier, non content de parler pour « eux », parle également pour « nous ». Un « nous » prophétique et insistant. Celui du 21 janvier annonçait : « Nous allons continuer de nous ruiner pour les Grecs  ». Celui du 18 juin annonce : « Hébétés, nous marchons droit vers le désastre  ». Quels sont ces hébétés en marche ? Les journalistes du Monde ? Sans doute pas. Le peuple français, dont Arnaud Leparmentier se ferait le porte-parole sans en avoir reçu le mandat ? C’est peu probable, du moins pour cette fois.

Les peuples européens ? C’est possible. Mais ils sont immédiatement englobés dans une entité : l’Europe. Relisons : « Hébétés, nous marchons droit vers le désastre. C’est l’Europe qui est cette fois menacée. » Une « Europe » qui se confond, comme souvent dans la prose de Leparmentier, avec ses gouvernements – dont on sait en quelle estime ils tiennent la démocratie quand elle contrarie leurs projets. Inutile de douter davantage : le « nous » englobe les gouvernements européens et les éditorialistes-choniqueurs qui partagent le point de vue et les angoisses, non du peuple grec, mais d’Arnaud Leparmentier…

… qui pousse son identification avec les gouvernements européens au point d’imaginer, pour eux, de recourir à un coup de force qui s’apparente à un quasi coup d’État :

Imaginons donc un scénario de crise : 30 juin, constat de défaut de la Grèce ; 1er juillet, panique bancaire et instauration d’un contrôle des changes par Tsipras, contraint et forcé ; 2 juillet, mise en minorité du gouvernement Tsipras par les irréductibles de Syriza ; 3 juillet, constitution d’un gouvernement d’union nationale, avec ou sans Tsipras ; 4 juillet : retour des négociateurs à Bruxelles-Canossa. Odieusement antidémocratique ? Les Grecs jouent au poker. Pourquoi pas nous ? |9|

À « nous » de jouer avec le sort du peuple Grec et de la démocratie ! Décidément, Le Monde est bien malade…

 

 
Notes

|1| Version intégrale dans l’édition abonnés.

|2| Version intégrale dans l’édition abonnés.

|3| Nous ne développerons pas davantage cet argumentaire rageur, démonté dans La Tribune par l’article de Romaric Godin précédemment cité.

|4| Version intégrale dans l’édition abonnés.

|5| Voir aussi le commentaire de cette chronique dans l’article de Pierre Rimbert cité précédemment.

|6| http://www.franceinter.fr/player/re...

|7| Par exemple dans un article intitulé « La Grèce intensifie ses tractations avant le sommet crucial de lundi », publié le 21 juin 2015.

|8| Par exemple dans un article intitulé « En Grèce, en euro ou en drachmes : « Nous n’avons rien maintenant, nous n’aurons rien après », publié le 21 juin 2015.

|9| Lire ce commentaire de la chronique de Leparmentier dans Marianne : « Quand « Le Monde » rêve d’un putsch contre Tsipras »

 

Auteurs

 
Henri Maler et Frédéric Lemaire

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 17:12

 

Source : http://cadtm.org

 

Montage sonore sur la Grèce

29 juin par Bendyglu , Eric Toussaint , Fakir , Frédéric Lordon , Renaud Vivien

 

 

 

Montage sonore réalisé par Bendyglu à partir d’archives, en solidarité avec la Grèce qui résiste.

 

 

Les Institutions de la Troïka y subissent un interrogatoire atypique. Plusieurs de leurs représentants y prennent la parole pour défendre la sacro-sainte politique austéritaire. Certains hurluberlus osent même nous rappeler les raisons de la crise (parmi eux, Eric Toussaint, lors de la présentation des résultats préliminaires de l’audit en Grèce), allant jusqu’à mettre sur la table des alternatives. Les fous ! Tant qu’on y est, soumettez à referendum les conditionnalités de ces Institutions illégales et illégitimes...

Avec par ordre d’entrée en scène des archives récentes de Jean-Claude Trichet (ancien président de la BCE), Eric Toussaint (CADTM - Commission pour la vérité sur la dette grecque), Renaud Vivien (CADTM - Commission pour la vérité sur la dette grecque) la chronique radio « les Bruxellois parlent aux Européens », Louis Michel (droite libérale belge), Philippe Maystadt (un des pères de l’euro), le journal Fakir, Frédéric Lordon, Mario Draghi, Angela Merkel, Daniel Cohn-Bendit, Alexis Tsirpas et la bande originale du film Z de Costa-Gavras.

Durée : 59’45’’

A écouter ici

 

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 16:54

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Protection sociale

Comment en finir avec l’image du bénéficiaire du RSA fainéant et fraudeur

par

 

 

 

 

Une ancienne salariée d’une Caisse d’allocation familiale, Leila, s’élève contre les idées reçues sur les bénéficiaires du RSA et les discours culpabilisant chômeurs et travailleurs pauvres. Et en a fait une conférence gesticulée, « Je vais tout CAF’ter ». Cette culpabilisation, ajoutée à la complexité d’un dispositif mal adapté, décourage des dizaines de milliers de bénéficiaires potentiels à faire valoir leur droit à cette protection sociale minimaliste. Leila rappelle aussi que la fraude au RSA, c’est environ 60 millions d’euros, dont la grande majorité est récupérée, « alors que la fraude aux cotisations patronales représente 20 milliards d’euros par an ». Entretien.

Cet article a initialement été publié dans la revue Transrural initiatives.

 

Transrural initiatives : Comment est née l’idée de cette conférence gesticulée sur le thème des politiques sociales ?

Leila  : J’ai travaillé dans une Caisse d’allocations familiales (Caf) où j’ai vu que les politiques sociales comme le Revenu de solidarité active (RSA) n’étaient pas adaptées à leurs publics. Cela provient en partie d’une volonté politique. D’un système qui décourage les bénéficiaires potentiels. J’ai été exaspérée par les discours culpabilisants sur ceux qui n’auraient pas envie de travailler ou qui profiteraient du RSA. La fraude au RSA, c’est environ 60 millions d’euros par an. 80 % à 90 % de ce montant est récupéré par les services de la Caf suite à des contrôles. Alors que le non recours au RSA, c’est 5,3 milliards d’euros non-redistribués ! Cette conférence gesticulée était pour moi l’occasion de déconstruire cette image du bénéficiaire du RSA fainéant et fraudeur [Pour une personne seule sans revenus, le RSA s’élève à 499 €/mois, ndlr].

 

Pourquoi avoir choisi cette forme d’expression et comment avez-vous construit cette conférence ?

Le grand public devrait connaître le fonctionnement de la Caf, du RSA et les raisons du non-recours. L’idée, c’est de mettre à disposition de tous, de manière accessible, les connaissances issues de recherches. Mais on n’a pas le temps de développer une critique construite dans un sujet de trente secondes à la télévision et tous les gens n’aiment pas lire. La conférence gesticulée permet de toucher un public plus large. Il y a aussi l’idée de mélanger un savoir froid et un savoir chaud, avec des situations vécues et des expériences, pour impliquer le public, rendre le sujet amusant. J’ai suivi une formation de douze jours avec la coopérative Vent Debout.

On a fait un travail collectif sur la dimension politique, la mise en scène, le processus de création… Chacun est venu avec son projet mais s’est nourri des idées des autres. J’étais venue parler du RSA. Mais on nous a dit de nous poser la question : « Contre quoi avez-vous envie de vous battre ? ». J’ai donc décidé de parler aussi des violences faites aux femmes et de la protection sociale en général. C’est grâce à des dispositifs comme les crèches que l’on a favorisé l’égalité homme-femme. Cela a aussi permis de replacer le rôle joué par les Caf dans l’histoire, plus globale, des politiques sociales et du combat pour les droits des femmes.

 

Sur quoi se base votre critique du RSA ?

Dans la conférence, j’essaye de donner des éléments de compréhension en partant d’une analyse des politiques publiques. À qui le dispositif est-il destiné, quel problème doit-il résoudre ? Comment cherche-t-il a le résoudre ? Quelle représentation du monde cela véhicule- t-il ? Le RSA est destiné aux personnes qui n’ont pas de revenus et aux travailleurs pauvres. Officiellement, il doit permettre de réduire la pauvreté et inciter ceux qui ne gagnent pas assez d’argent à la reprise d’un emploi. Sauf qu’on sait bien qu’il n’y a pas assez d’emplois pour tout le monde. Avec le RSA, on est dans une politique où le responsable de la situation est le bénéficiaire de l’aide. C’était différent avec le RMI, où l’on considérait l’État responsable, car il n’arrivait pas à proposer un travail à tous.

 

 

Comment le système favorise-t-il, concrètement, le non-recours au RSA ?

Il y a environ 50 % de non-recours, de gens qui auraient le droit au RSA mais ne l’utilisent pas. On peut distinguer trois causes principales. La première, c’est le dispositif du RSA en lui-même : il a été conçu pour aider les travailleurs pauvres qui ont donc presque tous des revenus instables, saisonniers ou précaires. À un certain moment ils ont droit au RSA, à d’autres moments non. Or, après quatre mois où l’on n’est plus éligible au RSA, la Caf efface les dossiers et il faut refaire une demande. Il y a aussi la complexité, les conditions d’éligibilité sont obscures et on ne sait jamais vraiment si on a le droit au RSA, pour quel montant, pendant combien de temps et comment faire pour l’avoir. Tout cela est prévu par la loi qui a créé un système très complexe qui au final est excluant.

La seconde cause de non-recours est liée à la mise en œuvre du RSA par la Caf qui ne facilite pas suffisamment l’accès au droit. Le dispositif est peu connu et la campagne destinée à informer spécifiquement les travailleurs pauvres sur le RSA a été annulée à cause de la « crise » et de la surcharge de travail des Caf. Surtout, la Caf est soumise à un système de management avec des indicateurs de gestion, comme le fait de recevoir 90 % des bénéficiaires en moins de 20 minutes. Si on avait communiqué sur le dispositif, les Caf auraient eu plus de monde et n’auraient pas atteint leurs objectifs. Certains n’auraient pas eu de primes. Le pire, c’est qu’on croise les données pour la lutte contre la fraude mais qu’on ne fait rien contre le non-recours.

 

Une partie du non-recours n’est-elle pas aussi liée à la perception que les gens ont du dispositif ?

Oui. Certains jugent le dispositif trop complexe ; d’autres ont peur de devoir rembourser un trop-perçu ou de perdre du temps pour rien. Dans les milieux ruraux on voit aussi que la distance pour rejoindre une Caf, parfois deux heures aller-retour, ou les horaires d’ouverture dissuadent certaines personnes. Il y a aussi des aspects psychologiques ou politiques. Certains ne se voient pas comme des travailleurs pauvres, d’autres ne veulent pas dépendre de l’État ou alors, estiment que toucher de l’argent sans rien faire rend fainéant. Ce qui me choque, c’est que certains pourraient bénéficier du RSA et ne le demande pas car ils méprisent ceux qui le font. Ils ont intégré ce discours culpabilisant des politiques. Ils n’ont pas de conscience de classe. C’est vraiment dingue d’entendre des travailleurs pauvres expliquer cela alors que la fraude aux cotisations patronales représente 20 milliards d’euros par an. Tout cela provient d’une volonté politique, mais les médias sont aussi responsables.

 

La conclusion, c’est qu’il faut changer le RSA ?

À la fin de la conférence, je propose plusieurs pistes de réflexion. Une solution serait de mettre en place une automatisation des droits sociaux. La deuxième est l’instauration d’une revenu minimum de base qui suppose de changer toute la politique sociale. J’invite aussi le spectateur à se questionner et à suivre ses propres démarches de construction critique. On étudie très peu le fonctionnement de la protection sociale et on peut se demander à qui profite notre ignorance.

Propos recueillis par Fabrice Bugnot (Transrural initiatives)

Photo : CC William Hamon (manifestation pour un revenu d’existence à Marseille).

- Article initialement publié par le magazine Transrural initiatives. Voir sa présentation sur notre page partenaires.

- Dessin issu du « manuel anti-idées reçues » d’ATD Quart-Monde.

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 16:48

 

Source : http://www.marianne.net/agora-grece-defense-democratie-100235097.html

 

 

Grèce : défense de la démocratie

Jacques Sapir
 
 
 
Pour l'économiste Jacques Sapir, "les jours qui viennent pourraient s’avérer des jours sombres pour la démocratie en Europe comme en Grèce". Car, explique-t-il, il a d'abord été décidé "d’exclure la Grèce d’une réunion, qualifiée après coup d’informelle, de l’Eurogroupe". Ensuite, il considère que "la décision de la BCE de maintenir l’aide à la liquidité qu’elle fournissait à la Grèce (ce que l’on appelle l’ELA), mais au même niveau, est une décision extrêmement grave et elle pourrait rendre la tenue du référendum sans effet si elle aboutissait, de fait, à acter le défaut et une expulsion hors de la zone euro de la Grèce."
 
 
Daniel Ochoa de Olza/AP/SIPA
 

La décision d’exclure la Grèce d’une réunion, qualifiée après coup d’informelle, de l’Eurogroupe le samedi 27 juin représente l’équivalent d’un coup de force de la part du Président de l’Eurogroupe, M. Jeroen Dijsselbloem. Il s’agit d’un acte inouï qui viole tant l’esprit que la lettre des traités de l’Union européenne. L’absence de réaction des autres participants est tout aussi grave. Ce jour fut un jour très noir pour la démocratie. Ce dimanche 28 juin les pressions sur la Grèce ont reprises. Les jours qui viennent pourraient, eux aussi, s’avérer des jours sombres pour la démocratie en Europe comme en Grèce. Il faut en mesurer la portée et les conséquences.

Lire la suite sur le blog de Jacques Sapir (*ou ci-dessous)

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

Grèce: défense de la démocratie

La décision d’exclure la Grèce d’une réunion qualifiée après coup d’informelle de l’Eurogroupe le samedi 27 juin représente l’équivalent d’un coup de force de la part du Président de l’Eurogroupe, M. Jeroen Dijsselbloem. Il s’agit d’un acte inouï qui viole tant l’esprit que la lettre des traités de l’Union européenne. L’absence de réaction des autres participants est tout aussi grave. Ce jour fut un jour très noir pour la démocratie. Ce dimanche 28 juin les pressions sur la Grèce ont reprises. Les jours qui viennent pourraient, eux aussi, s’avérer des jours sombres pour la démocratie en Europe comme en Grèce. Il faut en mesurer la portée et les conséquences.

 

Les faits

La réalité des faits est que M. Dijsselbloem a demandé, lors de la réunion de samedi 27, au Ministre grec des finances, M. Yanis Varoufakis de sortir de la salle. L’Eurogroupe a publié un communiqué sans l’accord du Ministre grec, que l’on trouvera ici.

 

Communiqué de l’Eurogroupe, publié au Journal Officiel de l’UE

A - Eurogroup Statement

 

Ce communiqué porte en note que le texte représente l’avis de tous les membres sauf la partie grecque. La position de la partie grecque n’est nullement évoquée comme cela se pratique (ce que l’on appelle une « position minoritaire »). On doit ici faire plusieurs remarques :

  1. Si la réunion était, comme l’a dit M. Dijsselbloem une réunion « informelle », pourquoi a-t-elle fait l’objet d’un communiqué ?
  2. Si cette réunion n’était pas informelle, de quel droit le Ministre grec en a-t-il été exclu, et de quel droit sa position n’est pas mentionnée dans le communiqué ?
  3. L’Eurogroupe est un « groupe informelle » dans le cadre des institutions de l’Union européenne. Mais, il agit par délégation du Conseil européen, dont il reprend une partie des attributions. De ce point de vue, il est tenu par les règles, tant explicites que tacites qui sont celles du Conseil.

La décision de M. Dijsselbloem constitue donc un abus de pouvoir caractérisé, un acte qui pourrait être jugé comme illégal, que ce soit devant la Cour Européenne de Justice ou devant la Cour Internationale de La Haye. Il est donc inouï que M. Dijsselbloem ait pris cette décision. Mais, il est tout aussi inouï que les autres Ministres présents n’aient pas réagis. De ce point de vue, la position de Michel Sapin, Ministre français des finances est parfaitement incompréhensible. Il ne peut à la fois prétendre que « la Grèce fait toujours partie de l’Union Economique et Monétaire » et assister, comme il le fit ce samedi 27 juin, à une réunion dont le Ministre grec était exclu. Il y a là une contradiction irrémédiable. Rappelons que, au cas où la décision de M. Dijsselbloem serait condamnée en justice, tous les Ministres qui ont assisté à cette réunion pourraient être poursuivis pour complicité dans un abus de pouvoir.

 

La position de Yanis Varoufakis.

Sur son blog[1], le Ministre des finances grec donne très clairement les raisons pour lesquelles il n’a pas accepté les propositions de l’Eurogroupe ainsi que les raisons qui le conduisent à penser que ces propositions constituaient en réalité un ultimatum. Le texte de sa déclaration, qui n’a pas été contestée par les autres membres de l’Eurogroupe et que l’on peut considérer comme authentique, montre que l’on a été en présence d’un raisonnement économique parfaitement articulé. Les arguments avancés par M. Varoufakis sont des plus sérieux, et il a reçu le soutien de plusieurs économistes de réputation internationale (comme Paul Krugman ou Joseph Stiglitz).

Il est toujours possible de contester des éléments de la logique de Varoufakis. Mais il faut alors se situer au même niveau que lui. Force est de constater que ce n’est pas le cas avec les soi-disant « propositions » formulées par l’Eurogroupe. En réalité, ce dernier n’a nullement abordé la question du développement économique de la Grèce, mais uniquement par quels moyens et quelles procédures continuer d’extorquer de ce pays des paiements qu’il ne peut fournir. L’Eurogroupe a bien poursuivi une logique politique et non une logique économique. Dès lors, la rupture entre la Grèce et l’Eurogroupe prend une toute autre dimension qu’un conflit entre un débiteur et ses créanciers. Ce qui était en cause est la souveraineté du peuple grec. La rupture ne s’est donc pas faite sur des questions économiques mais sur le constat que l’Union européenne applique désormais l’équivalent de la « doctrine Brejnev » de souveraineté limitée, qui avait été exprimée lors de l’intervention des pays du « Pacte de Varsovie » en Tchécoslovaquie en août 1968.

Il est un comble qu’alors que l’Union européenne se drape dans une « défense de la démocratie » par exemple en Ukraine (en oubliant opportunément le rôle des milices fascistes qui aident le gouvernement de Kiev) elle piétine de la manière la plus froide et la plus claire cette dite démocratie en ce qui concerne la Grèce. Cette leçon devra être retenue. Le 27 juin 2015 pourrait bien être dans l’esprit de beaucoup l’équivalent pour l’Union européenne de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, qui aida beaucoup à décrédibiliser le régime soviétique et précipita sa chute 20 ans après.

 

Le rôle de la BCE

Dans ce contexte, la décision de la Banque Centrale Européenne de maintenir au même niveau l’aide à la liquidité qu’elle fournissait à la Grèce (ce que l’on appelle l’ELA) a été le déclencheur des événements de dimanche 29 juin au soir. Confrontées à des sorties importantes de capitaux depuis le mois de janvier dernier, les banques grecques sont en effet vitalement dépendantes du programme d’aide de la BCE. Les sorties se sont accélérées depuis ces derniers jours. L’annonce du maintien de l’ELA mais à son même niveau équivalait à menacer les banques d’une pénurie de liquidité à court terme.

 

Déclaration de la BCE sur sa coopération avec la Grèce

A - BCE

 

Le gouvernement grec a donc été contraint contre sa volonté de mettre en place un contrôle des capitaux et de mettre les banques en sommeil pour une semaine. C’est une décision extrêmement grave, et elle pourrait rendre la tenue du référendum sans effet si elle aboutissait, de fait, à acter le défaut et une expulsion hors de la zone Euro de la Grèce. Il semble que le gouvernement grec se soit résigné à cette logique, en dépit des déclarations qu’il a faites tant samedi que dimanche.

Mais, c’est aussi une décision qui révèle la violence du chantage exercé sur la Grèce par les pays créanciers. Il conviendra de s’en souvenir le moment voulu.

[1] http://yanisvaroufakis.eu/2015/06/28/as-it-happened-yanis-varoufakis-intervention-during-the-27th-june-2015-eurogroup-meeting/

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 21:52

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Grèce : la BCE enclenche le plan B

|  Par martine orange

 

 

 

En décidant de maintenir les fonds d’urgence bancaire à leur niveau de vendredi, la Banque centrale européenne savait qu’elle asphyxiait le système bancaire grec et plaçait la Grèce dos au mur. Le gouvernement grec a annoncé la fermeture des banques et des marchés lundi. Elle devrait durer une semaine, jusqu'à la tenue du référendum.

 

Les apparences sont sauves, les traités sont respectés : la Banque centrale européenne ne sera pas l’institution qui prendra la décision politique de pousser la Grèce hors de la zone euro. Réunis dans l’urgence dimanche en début d’après-midi, les membres de l’institution monétaire européenne ont opté pour une solution – en apparence – de compromis. Soulignant, dans un communiqué, qu’elle a pris « note de la décision des autorités grecques de tenir un référendum et de la non-prolongation du programme d’ajustement de la Grèce », la BCE a annoncé sa décision de maintenir son programme d’assistance d’urgence de liquidité (emergency liquidity assistance, ELA), dernier viatique pour les banques grecques, « au niveau de vendredi 26 juin ».

 

Mario Draghi, président de la BCE.
Mario Draghi, président de la BCE. © Reuters
 

Beaucoup redoutaient que la BCE n’adopte l’arme nucléaire et ne retire son soutien aux banques grecques, ce qui aurait eu pour effet (collatéral) d'obliger au remboursement immédiat de tous les titres déposés en garantie et de précipiter la faillite de tout le système bancaire grec. Partisans de la ligne dure, les Allemands semblaient pencher pour cette solution. Jeudi encore, le président de la Bundesbank, Jens Wiedmann, critiquait l’extrême dépendance des banques grecques par rapport au fonds d’urgence de la BCE et demandait qu’il y soit mis fin.

Plusieurs membres de la BCE rejoignaient son analyse. Pour eux, la Grèce met en danger la Banque centrale européenne et la zone euro. La décision de l’Eurogroupe, samedi, de tenir une réunion sans le ministre grec des finances pour étudier un plan B les confortait dans leur position. N’était-ce pas le signal que les politiques avaient de facto exclu la Grèce de la zone euro et qu’il convenait d’en tirer les conséquences ?

Mais les appels se sont multipliés pour demander à la BCE de ne pas employer la dissuasion massive. Dimanche matin, le premier ministre français, Manuel Valls, qui jusqu’alors s’était tenu à l’écart du sujet, intervenait publiquement. « La BCE est indépendante mais je ne pense pas que la BCE puisse couper les vivres des Grecs », déclarait-il.

Mais si les apparences sont sauves, cela ne change rien sur le fond : la décision de la BCE met la Grèce dos au mur, afin de faire pression sur le gouvernement grec et tenter de peser sur les résultats des élections. « La BCE estime qu’un bank holiday [fermeture temporaire des banques] est une nécessité », a déclaré un proche du dossier à l’agence Bloomberg à l’issue de la réunion. Dimanche soir, le gouvernement grec a confirmé la fermeture des banques et des marchés lundi. Ces fermetures, doublées d'un contrôle des capitaux, devraient durer toute la semaine, jusqu'à la tenue du référendum. 

Dimanche soir, Alexis Tsipras annonce la fermeture des banques et des marchés pour le lendemain.

Cette décision était inéluctable. Car en décidant de ne pas augmenter le plafond des fonds de liquidité d’urgence, l’institution monétaire ne pouvait pas ignorer qu’elle asphyxiait tout le système bancaire grec. La panique bancaire – redoutée par certains, suggérée par d’autres – est bien en train de se produire en Grèce. Depuis l’annonce de la fin des négociations européennes et de la tenue d’un référendum, les files s’allongent devant les distributeurs. Selon les chiffres qui nous ont été donnés, les retraits dépasseraient 2 milliards d’euros par jour. Aucune banque, évoluant dans un environnement aussi tendu, ne sait faire face à une telle situation, si la banque centrale de Grèce n’est pas en mesure de lui fournir des liquidités supplémentaires. Lundi elle ne le pouvait plus, ayant quasiment épuisé les 82,5 milliards d’euros des fonds d’urgence.

Dans son communiqué, la BCE souligne qu’elle « travaillera étroitement avec la banque de Grèce afin d’assurer la stabilité financière ». De son côté, le gouverneur de la banque de Grèce, Yannis Strournaras, a publié un communiqué, annonçant que « la banque de Grèce, comme membre de l’eurosystem, prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité financière pour les citoyens grecs dans ces circonstances difficiles ».

Dans la foulée de la réunion de la BCE, une autre réunion des responsables de la supervision du système bancaire européen se tenait pour faire le point sur l’état des banques grecques, leur situation de liquidité et les possibles répercussions dans la zone euro. Une autre réunion du comité grec de stabilité financière, rassemblant les autorités monétaires et les membres du gouvernement, se tenait au même moment à Athènes. Tout le monde a compris : lundi, la Grèce va entrer dans un autre monde.

C’est le scénario du plan B, étudié par les Européens depuis un moment, qui se met en place. Ces mesures ont déjà été mises en œuvre à Chypre en avril 2013. Les Grecs avaient déjà anticipé cette possibilité, en retirant plus de 30 milliards d'euros depuis l'annonce des élections anticipées en décembre. Mais comment réagiront-ils malgré tout à cette fermeture ? La peur l'emportera-t-elle, comme semblent le souhaiter nombre de responsables européens, dans l'espoir de ramener les Grecs à la “raison” ? Ou la colère prendra-t-elle le pas, les amenant à juger qu'ils n'ont plus rien à perdre ? Au risque d'emmener avec eux l'ensemble de la zone euro.

Les principaux responsables se veulent rassurants. Dimanche, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s’est empressée d’apporter son soutien aux responsables européens : « Les prochains jours seront importants. Je salue les annonces de l’Eurogroupe et de la BCE, décidés à faire usage de tous les instruments disponibles pour préserver l’intégrité et la stabilité de la zone euro. Ces annonces soulignent que la zone euro aujourd’hui est dans une position solide pour répondre à temps et de façon efficace à tous les développements, si nécessaire. » Des propos qui ressemblent étrangement à ceux de la BCE dans son communiqué : « Le conseil de la BCE a salué aujourd’hui les engagements des ministres de la zone euro de prendre toutes les mesures nécessaires pour améliorer la résistance des économies européennes et être prêts à adopter les avancées nécessaires pour renforcer l’union économique et monétaire. » En d’autres termes, même si la Grèce sort de l’euro, la monnaie unique reste « irrévocable ». Selon le quotidien belge Le Soir, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, aurait fait parvenir à Alexis Tsipras, dimanche en fin de journée, une nouvelle et dernière proposition d’accord global.

Depuis des mois, un certain nombre de responsables européens, le ministre allemand des finances en tête, soutiennent que la sortie de la Grèce n’aurait aucune conséquence. L’Europe, selon eux, dispose désormais de tous les outils pour faire face à une éventuelle contagion. Cette analyse est vivement contestée par d’autres, dont le ministre américain du Trésor. En fait, personne ne sait ce qu’il peut advenir.

Face à l’incertitude, l’inquiétude s’installe. Les responsables du G7 ont prévu eux aussi de tenir une réunion d’urgence dimanche après-midi pour examiner les développements de la situation grecque, tandis que les banquiers centraux du monde entier se parlent. Signe de l’extrême nervosité : les plateformes de change, qui continuent à échanger les devises même pendant les fermetures des marchés, ont annoncé samedi leur fermeture et la suspension de tous les ordres donnés à partir de vendredi 26 juin minuit. Elles ne rouvriront qu’à partir de lundi matin, afin de laisser le temps aux autorités monétaires de prendre toutes les mesures nécessaires. Pareille disposition ne s’était pas produite depuis la chute de Lehman Brothers en septembre 2008.

Lundi matin, tous les responsables vont avoir les yeux braqués sur les marchés, guettant leurs réactions. Plus que ce que disent les Grecs ou les autres Européens, ce sont eux, une nouvelle fois, qui risquent de servir de guide à l’action européenne.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 15:52

 

Source : http://syriza-fr.org

 

Allocution du premier ministre A. Tsipras au peuple grec. Le choix au peuple souverain .#Référendum

 

 

tsipras1435140842

 

Nous avons livré un combat dans des conditions d’asphyxie financière inouïes pour aboutir à un accord viable qui mènerait à terme le mandat que nous avons reçu du peuple. Or on nous a demandé d’appliquer les politiques mémorandaires comme l’avaient fait nos prédecesseurs. Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. L’objectif aujourd’hui est de mettre fin à la crise grecque de la dette publique. Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité.
La question qui sera posée au référendum dimanche prochain sera de savoir si nous acceptons ou rejetons la proposition des institutions européennes. Je demanderai une prolongation du programme de quelques jours afin que le peuple grec prenne sa décision.

Je vous invite à prendre cette décision souverainement et avec la fierté que nous enseigne l’histoire de la Grèce. La Grèce, qui a vu naître la démocratie, doit envoyer un message de démocratie retentissant. Je m’engage à en respecter le résultat quel qu’il soit. La Grèce est et restera une partie indissoluble de l’Europe. Mais une Europe sans démocratie est une Europe qui a perdu sa boussole. L’Europe est la maison commune de nos peuples, une maison qui n’a ni propriétaires ni locataires. La Grèce est une partie indissoluble de l’Europe, et je vous invite toutes et tous à prendre, dans un même élan national, les décisions qui concernent notre peuple.

Traduction:Vassiliki Papadaki

 

 

Source : http://syriza-fr.org

 

 

 

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