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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 16:57

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/noel-mamere/blog

 

 

Confusion !

 

 

Le premier tour des élections régionales est donc conforme aux résultats des élections européennes ainsi qu’au premier tour des élections municipales et départementales. Si on connait les deux grands vainqueurs, le Front national et le parti de l’abstention, les perdants sont nombreux : de la gauche de la gauche aux Républicains de Sarkozy, en passant par le PS.

Le premier tour des élections régionales est donc conforme aux résultats des élections européennes ainsi qu’au premier tour des élections municipales et départementales. Si on connait les deux grands  vainqueurs, le Front national et le parti de l’abstention, les perdants sont nombreux : de la gauche de la gauche aux Républicains de Sarkozy, en passant par le PS. Si ce dernier masque son recul et même sa disparition de plusieurs régions, en offrant une apparence de cohérence dans sa communication, il ne peut enrayer une décomposition politique et morale, qui débouche sur un comportement électoral de « Gremlins » l’entrainant dans l’abîme. Cette course au précipice est scandée par la double langue de bois des caciques du PS : le mollétisme de Cambadélis et l’autoritarisme  d’adjudant-chef de Manuel Valls.

 

Mais le jeu de dupes, qui consiste à refiler le mistigri de la responsabilité aux uns ou aux autres, est si voyant qu’il  ne parviendra pas à dédouaner les acteurs de ce tour de passe-passe. Cet enfumage ne permet en rien de dire que la vague « Bleu Marine » ne l’emportera pas dimanche prochain.  D’autant plus que pour nombre d’électeurs de gauche et écologistes, il faudra avoir le cœur bien accroché pour voter Bertrand en Nord-Pas-De-Calais-Picardie ou Estrosi en Paca.

 

Ce chamboulement met « Les Républicains » - dont le  patronyme est une insulte aux valeurs qu’il prétend incarner - au pied du mur. Ils  sont tombés dans le piège tendu par François Hollande. En pratiquant la triangulation sur la sécurité, après le massacre du 13 novembre, celui-ci est apparu, pour beaucoup d’électeurs de centre droit,  comme plus crédible que Sarkozy, qui s’agitait dans un bocal sans les moyens de sa politique. Une autre partie de l’électorat de l’ex-UMP a préféré l’original à la copie en allant directement rejoindre le Front national. Ce dernier est donc en passe de devenir le parti de l’alternance dans plusieurs régions et renforce sa banalisation, sans paradoxalement baisser la garde sur ses fondamentaux.

 

Car les derniers jours de la campagne ont montré que les filles Le Pen étaient bien les héritières de leur père et de leur grand père. Entre le refus des subventions au Planning familial et les envolées contre la djellaba, nous avons assisté à un festival réactionnaire et islamophobe sans précédent. Si les dirigeantes du Front se sont écartées de la pseudo diabolisation, c’est que, en politiciennes chevronnées, elles ont lu les sondages ; ils constataient que 50 % des Français éprouvent  non seulement un sentiment de haine envers  les djihado-fascistes ou les institutions qui ne les protègeraient pas, mais surtout contre « l’Autre », c‘est-à-dire celui qui ne leur ressemble pas. A commencer par le musulman. Nous sommes là - et c’est pourquoi la situation est si confuse - dans une dynamique de haine qui échappe à tout le monde et, en particulier, à une caste politique hors-sol.

 

C’est pourquoi Valls et Hollande ont pris une responsabilité très grave en hystérisant la politique. En s’attaquant aux soi-disant tabous de la gauche, comme la déchéance de nationalité, l’armement des policiers en dehors des heures de service,  en reprenant les propositions des Sarkozystes qui, eux-mêmes, puisaient leurs solutions dans le programme du FN, ils ont contribué à produire cette confusion. Ils jouent avec le feu en effaçant la question sociale par le traitement préférentiel de l’ordre et de l’identité, en prônant, avec Macron, un ordre social-libéral débridé et doublé d’autoritarisme, en organisant une gouvernance de la peur par la surenchère sécuritaire et l’état d’exception permanent… Ils gagnent peut-être sur le court-terme, mais brûlent les vaisseaux de la gauche pour l’avenir.

 

Ce qui est en jeu n’est donc pas seulement l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite dans une ou deux régions de plusieurs millions d’habitants, mais le possible effondrement d’une Vème république à bout de souffle. Nous touchons du doigt les limites d’un système conçu pour le bipartisme, mais qui se révèle gros d’une tripartition que Michel Debré et le Général De Gaulle n’avaient pas prévu. Les bricolages du mode de scrutin auxquels se sont livrés leurs successeurs ont fini par se retourner contre eux. Et les mêmes ingrédients qui avaient entrainé la chute de la Quatrième République sont en train de produire la fin de l’alternancesans alternative du PS et de la droite.

 

La présidentielle de 2017 est plus que jamais la zone de tous les dangers. Pour la première fois, la stratégie du choc et de la tension, entretenue depuis des années par la gauche et la droite, risque de placer la présidente du Front en position d‘être au second tour, ce qui paraît probable, mais, peut-être présidentiable !

 

 «Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaitre. Dans ce clair-obscur surgissent les monstres», écrivait le philosophe Antonio Gramsci dans ses cahiers de prison. Pour affronter l’un de ces monstres, le lepénisme, le nécessaire rassemblement de la gauche au deuxième tour ne suffira pas, encore moins les appels à l’unité nationale pour défendre des valeurs communes  avec le parti de Sarkozy, mais, pour sortir de notre entre soi suicidaire, il faudra créer dans l’urgence les conditions d’un choc de lucidité à gauche et chez les écologistes. En serons- nous capables ?

 

Noel Mamère

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 16:39

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog

 

 

Extrême droitisation et crises des gauches

 

 

 

Après la nouvelle avancée du FN au 1er tour des élections régionales, un éclairage historique, sociologique et politique sur l’extrême droitisation en cours et sur ses rapports avec les crises des gauches…
 

Entretien avec Philippe Corcuff, paru sous le titre « La gauche radicale en pleine confusion » dans Siné Mensuel, n° 46, octobre 2015, publié pour la première fois sur internet ici et suivi d’un post-scriptum du 7 décembre 2015.

 

**********************************************

 

Sur les réfugiés, comme sur d’autres sujets qui traversent la société, les intellectuels sont bien silencieux. Vous parlez de désintellectualisation. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Les intellectuels sont moins présents dans le paysage politique français pour plusieurs raisons. Premièrement, la gauche dominante s’intéresse plus aujourd’hui au showbiz pour ses estrades électorales qu’aux chercheurs pour ses réflexions. Deuxièmement, les cadres idéologiques comme le marxisme qui reliaient les intellectuels professionnels à l’engagement se sont effondrés. Troisièmement, le monde intellectuel sous l’angle de l’université et de la recherche est devenu beaucoup plus spécialisé. Il est plus à l’écart d’une globalisation des problèmes de la cité.

 

D’accord mais l’intellectuel est un citoyen tout de même…

Pour intervenir dans la cité, avoir une vision globale est nécessaire. Aujourd’hui, l’intellectuel professionnel apparaît éparpillé comme tout le monde dans des micro-créneaux, les vues d’ensemble s’effacent, l’action politique se segmente elle-même ou patine dans un brouillard épaissi.

 

 

 Autre disparue, la gauche de la gauche qui, d’après vous, perd tous ses repères…

La gauche radicale n’a pas su suppléer aux défaillances néolibérales du PS. Pire, les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher ont été un révélateur de fortes confusions. Il y a ceux qui disaient qu’il fallait être laïc en pointant surtout du doigt l’islam. D’autres répondaient que la laïcité était un truc colonial menaçant principalement les musulmans. Il y avait ceux qui faisaient primer la lutte contre l’antisémitisme, d’autres contre l’islamophobie et d’autres encore contre les fondamentalismes islamistes. Ces divisions ont oublié la boussole historique de la gauche émancipatrice : la convergence des opprimés. Est-ce si difficile d’être laïc et antiraciste, de combattre l’islamophobie, l’antisémitisme et les fondamentalismes islamistes ? Avec l’embrouillamini de ces débats, la gauche radicale est partie en vrille. La Grèce a accéléré ce processus. J’ai vu sur internet des comparaisons délirantes entre la supposée attitude des « Allemands » en général vis-à-vis de la Grèce et Auschwitz. Bref une poussée de germanophobie avec des relents négationnistes ! Avant même ces dérapages, il y avait cette attente mythologique de « l’homme providentiel ». Tsípras était presque un dieu vivant et en quelques jours il est devenu un « salaud ». Qu’est-ce que cette gauche qui a besoin d’adorer des dieux humains et de cracher sur des « traîtres » à la place de l’implication dans des actions émancipatrices ? Et n’a-t-on pas enfin compris que la délégation de nos attentes à des professionnels de la politique n’a pas grand-chose à voir avec le projet démocratique ?

 

Vous avez fait un livre sur le retour des années 1930, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard (éditions Textuel, 2014). Vous voyez l’Europe rebasculer dans le fascisme et le nazisme ?

Comme dans les années 30, l’extrême droite porte une solution nationaliste et xénophobe. Après la crise de 1929, il y a aussi eu des difficultés sociales et des problèmes de réfugiés. La construction antisémite du « problème juif » s’est présentée comme un dérivatif. Aujourd’hui, il y a la construction du « problème musulman », mais aussi du « problème rom », et on n’en a toujours pas fini avec « le problème juif »… Mais je ne crois pas que ce soit la même extrême droite. Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, les camps d’extermination sont peu probables, mais de fortes régressions autoritaires et xénophobes, oui.

 

 

 De là à faire une analogie…

Il n’y a pas identité entre aujourd’hui et les années 1930, mais des ressemblances inquiétantes. Il y a actuellement une extrême-droitisation des esprits, une aimantation idéologique et politique par les thèmes de l’extrême droite. Même si le FN n’arrive jamais au pouvoir, il est d’ailleurs déjà au cœur de la politique partisane, de l’imaginaire politique et des politiques publiques telles qu’elles sont menées à droite et à gauche. On le voit dès qu’il s’agit des pratiques musulmanes (foulard, cantines scolaires, etc.), des Roms ou récemment avec les réfugiés.

 

Dans les années 1930, il y avait une confrontation avec une gauche puissante qui n’existe plus.

Il y a aujourd’hui des facteurs modérateurs et aggravants. Modérateurs ? Par exemple, l’extrême droite n’est pas militarisée comme hier. Mais le principal facteur aggravant, c’est l’état structurel d’affaiblissement militant et intellectuel des gauches et du syndicalisme. Or, après les émeutes fascisantes de février 1934, il y a eu le Front populaire.

 

Dans les années 1930, des gens comme Doriot passent de la gauche à l’extrême droite, mais là ce n’est pas encore arrivé…

Des gens comme Philippot ont sympathisé avec le chevènementisme avant de passer au FN. Un économiste qui se définissait comme de gauche et proche de Sapir, Philippe Murer, est conseiller de Marine Le Pen. Quant à Sapir, en envisageant la possibilité d’une alliance à terme avec le FN, il est la pointe la plus avancée des séductions nationales-étatistes au sein de la gauche radicale. Pour l’instant, on a des Doriot d’opérette, mais…

 

Une expression revient souvent dans votre livre : théories du complot. Les pensées conspirationnistes sont à la mode ?

La critique sociale classique s’est appuyée sur des concepts pensant des structures sociales enserrant nos existences comme le capitalisme. Pour Marx, le capitalisme, ce n’est pas les méchants riches qui essaient de piquer l’argent aux gentils pauvres. C’est une force impersonnelle qui contraint tout le monde. Le capitalisme, ce n’est pas James Bond, mais plutôt la machinerie de Matrix. Cette critique structurelle du capitalisme est en train de se perdre dans le grand public. Aujourd’hui, être critique pour beaucoup, c’est dénoncer des individus qui manipulent dans l’ombre.

Si on pense que le problème principal du capitalisme, c’est quelques riches ou quelques journalistes qui tirent les ficelles dans l’ombre, il suffit de s’en débarrasser pour que tout baigne...Une critique simpliste s’est ainsi développée. C’est même devenu l’un des principaux canaux de renaissance d’une extrême droite idéologique ; ce que j’appelle le néoconservatisme xénophobe, sexiste, homophobe et nationaliste, avec deux pôles, celui islamophobe et négrophobe de Zemmour et celui antisémite de Soral.

 

Dans votre livre, vous consacrez justement un chapitre à Soral et un autre à Zemmour. N’est-ce pas trop ? Ne vaut-il pas mieux les ignorer…

Le livre de Zemmour est à plus de 300 000 ventes ! Les vidéos de Soral peuvent dépasser le million de vues. Parmi les étudiants aujourd’hui, beaucoup connaissent Soral, ce qui n’est pas le cas pour les générations plus âgées qui, elles, via la télé connaissent bien Zemmour. Les égouts sont déversés vers divers types de publics.

C’est tout de même un paradoxe de voir qu’il y a beaucoup de choses en commun, pas pour les mêmes raisons, entre le Front de gauche et ce que dit Marine Le Pen.

L’extrême droite est en train de voler la critique à la gauche radicale. D’abord, à travers ses thèmes (la critique du néolibéralisme, de la mondialisation, des banques, des médias, etc.), mais encore plus insidieusement avec la posture du « politiquement incorrect ». Ce n’est plus le caractère factuellement démontrable d’une critique ou sa valeur de justice qui font sa supposée « vérité », mais qu’elle se pose contre le prétendu « politiquement correct ». Il suffit de faire de la provoc pour croire être dans le vrai. Les appuis émancipateurs de la critique sont en train de s’effilocher, et c’est ainsi que certains peuvent croire qu’être vraiment critique c’est être raciste, puisque l’antiracisme serait « politiquement correct »…

Les animateurs de la gauche radicale, souvent imbus de leur intelligence critique, ne semblent guère s’en rendre compte. Et parmi les sympathisants de cette gauche de la gauche, l’importance prise par la critique du « politiquement correct » à la place de la critique sociale émancipatrice ou l’attrait des explications conspirationnistes laissent ouvert un boulevard aux récupérations par l’extrême droite.

 

Comment analysez-vous les succès du FN ?

La montée du FN trouve une de ses sources principales dans la compétition entre deux manières de se représenter la société. Ce que j’appelle le clivage de la justice sociale, fondé sur la production et la répartition des ressources, et le clivage national-racial, le FN jouant de l’ambiguïté entre le référent national et le référent ethnico-racial. Le clivage national-racial a commencé à grimper au début des années 80 sur le recul du clivage de la justice sociale, avec notamment la décomposition du parti communiste, le recul de la CGT, la désyndicalisation et la dérive néolibérale du PS. Par contre, lors des grèves et manifestations de 1995, le clivage de justice sociale a repris des couleurs au détriment du clivage national-racial. Depuis, le FN tient un discours national-social, pour lequel la solution sociale passe par la nation dans une lecture xénophobe.

 

Vous pensez que la droitisation du PS est responsable de la montée en puissance du FN et, par ailleurs, vous dites que s'en prendre au virage social-libéral du PS ne suffit pas…

L’abandon néolibéral du social par le PS a permis le développement du clivage national-racial. Mais il y a d'autres facteurs, dont l'effondrement du courant stalinien qui a laissé un énorme espace vide. En même temps, il y a une responsabilité morale importante du sarkozysme. Sarkozy a pris la tête du brouillage idéologique, en contribuant à installer plus durablement l’aimantation idéologique et politique par l’extrême droite. Dans ce processus d’extrême droitisation, les gouvernants du PS vont essayer de courir derrière le sarkozysme, lui-même courant derrière le FN. Nous sommes au-delà de la « social-libéralisation », nous entrons dans un contexte politique où l’extrême droitisation est devenue une des données cardinales. Par ailleurs, il y a une autre responsabilité : celle des organisations politiques de la gauche radicale (NPA, Front de gauche et Nouvelle Donne), incapables de construire une alternative depuis 1995. Ils ont eu vingt ans, nous avons eu vingt ans pour le faire, quand même !

 

Vous avez des solutions face à ce foutoir ?

Dans un livre qui paraît ce mois-ci, Enjeux libertaires pour le XXIe siècle par un anarchiste néophyte (Editions du Monde libertaire), j’essaye de dessiner un anarchisme pragmatique, deux mots qui ne vont pas souvent ensemble ! Je n’ai pas de solutions clés en main à proposer, car c’est aux gens à bâtir individuellement et collectivement leurs solutions. Dans une perspective démocratique et libertaire, je ne peux que mettre à disposition des pistes méthodologiques, afin d’aider à formuler les problèmes. Quelques-unes de ces pistes ? Elargir la question sociale à la variété des inégalités et des discriminations (de classe, de genre, racistes, etc.), redonner une actualité à la double visée d’autogouvernement des individus et d’autogouvernement des peuples contre la professionnalisation politique, relancer un internationalisme par le bas…

 

Propos recueillis par la rédaction de Siné Mensuel

 

Le questionnaire de Siné Mensuel

 

Votre livre préféré :

De la certitude de Ludwig Wittgenstein.

Votre chanson préférée :

Pauvre baby doll d’Eddy Mitchell, mon chanteur français de cœur.

Quel métier vouliez-vous faire, enfant ?

Guérillero en Amérique latine comme, jadis, Régis Debray.

Votre insulte préférée :

Fais chier !

Votre animal préféré :

L’hippopotame.

Si vous deviez passer une soirée inoubliable avec quelqu’un :

Rosa Luxemburg.

 

* Post-scriptum du 7 décembre 2015 : Le 1er tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a vu une nouvelle avancée du Front national. Ce qui était analysé en octobre dans l’entretien ci-dessus à Siné Mensuel s’est prolongé avec des aggravations dans le contexte post-attentats du 13 novembre. Á cette occasion, l’aimantation par des thèmes portés au départ par l’extrême droite a encore plus nettement affecté la gauche sociale-libérale au gouvernement : recul des libertés individuelles et collectives avec l’état d’urgence, en voie de constitutionnalisation, et augmentation des possibilités de déchéance de nationalité, affaiblissant les logiques les plus républicaines en matière de nationalité française. Au-delà, la concurrence autour d’un sécuritaire ethnicisé fait de plus en plus rage entre extrême droite, droite sarkozyste et gauche hollando-vallsienne. Le Parti socialiste n’avait pas atteint un tel niveau de décomposition morale, de dérive politique et de léthargie intellectuelle depuis l’époque où Guy Mollet présidait le Conseil au cours de la guerre coloniale en Algérie. La gauche radicale de 1995, presque paralysée et en voie d’auto-marginalisation, apparaît de moins en moins comme une alternative possible, écartelée entre ceux qui n’ont pas combattu l’état d’urgence à l’Assemblée nationale et au Sénat (en votant pour ou en s’abstenant dans le cas de tous les élus du Front de gauche) et ceux dont les langues de bois gauchistes ripent de plus en plus sur les secteurs de la population auxquels elles s’adressent (en particulier ceux qui mettent en avant des valeurs multiculturelles, et qui se sont particulièrement exprimés dans le mouvement « Je suis Charlie » et dans ce qui a été appelé « la génération Bataclan »). Dans ce contexte post-attentats, la suspicion vis-à-vis de ceux qui sont identifiés comme « musulmans » s’est accrue, autorisant davantage d’agressions islamophobes isolées comme plus largement des votes aux justifications xénophobes. Par contre, la logique ultra-sécuritaire privilégiée par les sommets de l’État a rendu difficile le nécessaire développement d’une auto-organisation démocratique contre les menaces réelles venant de fondamentalismes islamistes. Dans une conjoncture si périlleuse, des mobilisations et des expérimentations citoyennes, sociales, multiculturelles, antiracistes, libertaires, internationalistes, pragmatiques et convergentes sont plus que jamais à l’ordre du jour.

 

 

 

Quelques publications récentes pour alimenter éventuellement une boussole dans une période particulièrement confuse

 

* « Les chevaliers Jedi de la sociologie », par Philippe Corcuff, paru sur Le Huffington Post, dans le cadre du festival international des idées dans la région Rhône-Alpes Mode d’emploi (16-29 novembre 2015), 19 novembre  2015 [texte rédigé avant les attentats du 13 novembre], http://www.huffingtonpost.fr/philippe-corcuff/les-chevaliers-jedi-de-la-sociologie_b_8589456.html

 

* N° 8, automne 2015 de la revue éditée à l'initiative du Conseil Scientifique d'Attac Les Possibles, avec un dossier sur « Questions stratégiques après le coup d'État contre la Grèce », introduit par Jean Tosti et Jean-Marie Harribey, avec les contributions de Gabriel Colettis, Jonathan Marie, Bruno Théret, Pierre Khalfa et Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Peter Wahl, Felipe Van Keirsbilck, Claude Calame, Janette Habel, Catherine Samary, Gustave Massiah, Etienne Balibar, Philippe Corcuff et de Samy Johsua, https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-8-automne-2015/

 

Voir notamment Philippe Corcuff, « Attac et les mouvements sociaux émancipateurs : redéfinir les repères stratégiques après la Grèce », https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-8-automne-2015/debats/article/attac-et-les-mouvements-sociaux-emancipateurs-redefinir-les-reperes [version développée d'un texte plus court paru initialement sur Mediapart le 26 août 2015, incluant notamment en plus quelques éléments critiques sur le dernier livre de Frédéric Lordon, Imperium, La Fabrique, septembre 2015, ainsi que des réflexions sur la place renouvelée de la figure de « penseurs providentiels » dans une conjoncture de plus grande délégitimation des organisations]

 

* Introduction du livre Enjeux libertaires pour le XXIe siècle par un anarchiste néophyte de Philippe Corcuff (Editions du Monde libertaire, octobre 2015) disponible en ligne sur le site libertaire Grand Angle, 4 novembre 2015, http://www.grand-angle-libertaire.net/enjeux-libertaires-pour-le-xxie-siecle-par-un-anarchiste-neophyte-philippe-corcuff/

 

* Dossier « Pour un dialogue épistémologique entre sociologues marocains et sociologues français », coordonné par Philippe Corcuff et Ben Mohamed Kostani pour la revue en ligne SociologieS (Association Internationale des Sociologues de Langue Française), avec les contributions de Philippe Corcuff, Mohamed Faoubar, Bertrand Geay, Ben MohamedKostani, Lilian Mathieu, Abdelmalek Ouard, Grazia Scarfò Ghellab et François de Singly, 2 novembre 2015, sommaire : http://sociologies.revues.org/5138

 

Voir notamment :

- Philippe Corcuff et Ben Mohamed Kostani : « Pour un dialogue épistémologique entre sociologues marocains et sociologues français. Introduction du Dossier », http://sociologies.revues.org/5139

- Philippe Corcuff : « Antinomies et analogies comme outils transversaux en sociologie : en partant de Proudhon et de Passeron », http://sociologies.revues.org/5154

 

* Sous la direction de Jean Birnbaum, Qui tient la promesse ?, avec les contributions de Rachid Benzine, Alain Boyer, Philippe Corcuff, Monique Dixsaut, Arnaud Esquerre, Marie Gil, Hervé Guillemain, Delphine Horvilleur, Jean-Luc Marion, Michela Marzano, Jean-Luc Nancy, André Orléan et de Véronique Ovaldé, Paris, Gallimard, collection « Folio Essais », novembre 2015, 192 p., 6,40 euros, http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/Qui-tient-promesse [Actes du 26e Forum Philo Le Monde Le Mans de novembre 2014]

 

Dont la contribution de Philippe Corcuff, « La promesse d'émancipation et "le côté obscur de la force" dans la France d'aujourd'hui »

 

* « Les séries, politique fiction », revue Quaderni (Les éditions de la Maison des sciences de l'homme), n° 88, automne 2015, 142 p., 16 euros, peut être commandé en ligne : http://www.editions-msh.fr/livre/?GCOI=27351100378250

Coordonné par Antoine Faure et Emmanuel Taïeb

 

Sommaire du dossier :

Antoine Faure et Emmanuel Taïeb, « Avant-propos. Les "esthétiques narratives" : l'autre réel des séries »

Philippe Corcuff, « Jeux de langage du noir : roman, cinéma et séries »

Sabine Chalvon-Demersay, « Pour une responsabilité politique des héros de séries télévisées »

Mehdi Achouche, « Battlestar Galactica et la politique-fiction américaine »

Emmanuel Taïeb, “House of Cards. Qu'est-ce qu'un coup politique fictionnel ? »

Carlos Ossa, « Le prince des images. Télévision et réconciliation politique »

Pierre-Olivier Garcia et Sébastien Leroux, « Mobiliser la série The Wire en géographes : retour sur une expérience pédagogique »

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Source : https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog

 

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 16:24

 

Source : http://arretsurinfo.ch

 

 

Elections régionales : Les médias subventionnés et les élites «choquées» affichent leur mobilisation de classe contre les classes populaires

Par Guillaume Borel | 07.12.2015

 

 

Alors qu’au lendemain du premier tour des élections régionales, le Front National de Marine Le Pen est officiellement devenu le premier parti de France en totalisant 28 % des suffrages exprimés devant Les Républicains, 27 %,  et le Parti socialiste, 23,5 %, la presse subventionnée est scandalisée et tient à le faire savoir à ces lecteurs.

Dans Libération, Laurent Joffrin donne le ton en dégainant un éditorial intitulé « Ennemi », flanqué d’un article dont le titre sensationnel occupe la moitié supérieure de la page : « FN premier péril de France » :

 

france - elections 1

Le quotidien ne fournit cependant aucune explication au succès du Parti de Mme Le Pen, il est vrai qu’il aurait fallu pour cela que la rédaction se donne la peine de produire une analyse de la politique menée par la majorité au pouvoir, dont le scrutin de dimanche constitue un rejet sans appel. Cette démarche journalistique semble aujourd’hui impossible au sein du journal Libération tant la défaite du parti socialiste et de ses idées est également celle de la rédaction de Libération qui défend, depuis le traité de Maastricht, l’idéologie euro-libérale des classes dominantes. C’est précisément sur ces questions que le Front National s’inscrit en opposition contre l’ensemble de l’espace politique et médiatique subventionné en se prononçant pour une sortie de l’espace Schengen et pour une renégociation des traités européens dans le sens d’un retour à la souveraineté nationale. Le parti est également favorable à un abandon de l’euro, dont l’adoption s’est accompagnée de la mise en place de mécanismes d’austérité budgétaire contraignants, comme le pacte budgétaire européen (TSCG).

La rédaction de Libération, se trouve donc dans l’incapacité de penser l’impensé des élites au pouvoir, à savoir qu’une couche de plus en plus importante de la population puisse rejeter le système idéologique dominant, présenté par l’ensemble de la classe politique et des médias de masse subventionnés comme le seul « raisonnable ». L’ascension du parti Frontiste réveille l’éternel cauchemar des classes dominantes que constitue l’émergence d’une force de contestation populaire en mesure de remettre en cause ses intérêts.

Ce n’est ainsi pas un hasard si, la semaine précédant les élections régionales, le représentant du patronat français Pierre Gattaz avait mis en garde contre « le programme économique » du Front National en le qualifiant notamment « d’irresponsable » et en le comparant au programme commun de la gauche de 1981. Ainsi lorsqu’il affirme : « Extrême droite, extrême gauche, c’est la même chose: Mélenchon-Le Pen, même combat. » M Gattaz ne donne pas autre chose à entendre que les intérêts et les oppositions de classe de la classe dominante face au danger que représente toute force politique représentant les classes populaires, qu’elle soit issue de l’extrême gauche ou de l’extrême droite de l’échiquier politique.

Les élites considèrent en effet traditionnellement le peuple et ses représentants comme une masse manipulée guidée par ses seules intérêts et ses passions, incapable d’agir de manière rationnelle dans l’optique d’un « bien commun » dont elles se considèrent comme les seules dépositaires et représentants légitimes.

Le quotidien Libération exprime parfaitement ce préjugé de classe lorsqu’il conclu son dossier sur le premier tour des élections régionales : « Répétition générale pour une France malade » :

 

france elections 2

 

C’est ainsi tout le système médiatique subventionné par le pouvoir politique – et qui partage les mêmes intérêts de classe – qui se trouve « choqué » par l’irruption de « l’irrationalité » et de la « folie » populaire, qui ne peuvent qu’être le fait de la « maladie » comme le souligne Libération, et non la traduction politique de l’opposition des intérêts de classe.

La campagne précédent les élections avait déjà montré les signes de la divergence de classe opposant le parti frontiste à la presse, à travers la polémique ayant opposé Marine Le Pen et le journal régional La Voix du Nord qui s’était engagé dans la campagne politique en titrant : « Pourquoi une victoire du FN nous inquiète. »

La présidente du Front National avait réagi en dénonçant un « tract du Parti Socialiste » et le système des aides à la presse qui constitue une forme de mise sous tutelle des médias vis à vis du pouvoir politique. La Voix du Nord a ainsi touché plus de 2,4 millions d’euros de subventions en 2013 pour un total d’aides à la presse de plus de 430 millions d’euros.

Le « choc » ressenti par la presse française face à la montée du Front National tient donc tout autant de la divergence idéologique de classe qui la sépare des classes moyennes et populaires, qui constituent le socle de l’électorat frontiste, que de ses intérêts spécifiques liés notamment au système d’aides publiques.

Le programme du Front National prévoit ainsi l’interdiction pour un groupe privé bénéficiaire de contrats publics d’être propriétaire d’un groupe de presse, disposition qui concernerait particulièrement le journal Le Figaro, propriété du groupe Dassault. Plus généralement, le système d’aides à la presse serait revu et « les subventions seront plus liées qu’aujourd’hui aux recettes propres, les structures subventionnées devront prouver qu’elles touchent un public important. »

De quoi en effet susciter l’inquiétude de nombreux titres de presse qui sont les principaux bénéficiaires du système d’aides actuelles malgré la baisse significative de leur lectorat, comme c’est le cas par exemple du journal Libération et du Nouvel Observateur qui ont touché en 2013 9,8 et 8,2 millions d’euros de subventions pour seulement 32 et 26 millions d’exemplaires diffusés. A titre de comparaison, le journal Le Parisien a touché pour la même année un peu moins de 4 millions d’aides soit deux fois moins, pour une diffusion supérieure à 88 millions d’exemplaires, soit trois fois plus que le Nouvel Observateur…

C’est donc selon la logique de leurs intérêts corporatistes – aussi bien que ceux de leurs propriétaires et de la classe dominante à laquelle ils appartiennent et dont ils partagent et diffusent l’idéologie – qu’une grande partie de la presse a titré au lendemain du premier tour des élections régionales sur le « choc » ressenti, traduisant en cela ses intérêts et sa mobilisation de classe.

Le journal L’Humanité et Le Figaro ont partagé ce jour-là le même titre, affichant ainsi, au-delà des clivages qui structurent le champ politique considéré comme légitime, la même appartenance de classe et le corporatisme de la presse française …

 

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Par Guillaume Borel | 07.12.2015

 

Le contenu de cet article n’engage que son auteur.

 

Source: http://arretsurinfo.ch/elections-regionales-les-medias-subventionnes-et-les-elites-choquees-affichent-leur-mobilisation-de-classe/

 

 

Source : http://arretsurinfo.ch

 

 

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 16:06

 

Source : http://arretsurinfo.ch

 

 

Référendum danois: le silence des journaux

 
 
 

Le référendum qui s’est tenu au Danemark le jeudi 3 décembre, et qui a vu la victoire du « non » et des eurosceptiques, continue de soulever des interrogations multiples. La première concerne le faible retentissement médiatique de ce référendum. Assurément, nous sommes en campagne électorale en France. Mais, ce quasi-silence des médias est un objet d’étude à lui tout seul. La seconde interrogation porte sur le sens qu’il convient de donner à ce référendum. On voit bien que, dans les rares commentaires à son sujet on parle de « questions techniques ». Techniques, elles l’étaient assurément. Mais il faut être bien naïf, ou bien de mauvaise fois, pour ne pas se rendre compte que, derrière cette dimension « technique » la véritable question portait sur le processus d’intégration européenne.

 

 

 

 

 

Le silence des journaux

Un simple test le prouve. Une demande de recherche sur Google actualités ne produit que 170 résultats, dont certains ne concernent pas les médias français. Dans une liste d’environ 150 références des médias français, on trouve une très large part d’articles qui ne sont que des reprises, soit in extenso soit partielle de l’article publié le 3 décembre au soir par l’AFP. La différence avec la presse anglo-saxonne ici saute aux yeux.

Certes, ce n’est pas la première fois que la presse française se comporte de manière plus que désinvolte vis-à-vis d’événements survenant dans un « petit » pays. Cette arrogance de « grande nation » qui ressort spontanément et en dépit de discours pourtant ouvertement européistes n’est pas la moindre des choses qui m’insupportent dans les comportements des journalistes français. A cet égard, il est intéressant de lire les commentaires dans les journaux belges (Le Soir ou La Libre Belgique) ou dans les quotidiens suisses francophones. Ils sont souvent de meilleures qualités que ce que l’on peut lire dans une presse française qui se révèle à la fois partiale et surfaite. Mais, cette arrogance n’est sans doute pas la cause première de ce silence.

Ce relatif silence de la presse française traduit, et trahit, une gêne devant le résultat. Les danois, peuple européens, ont rejeté une proposition de plus grande intégration dans le cadre de l’Union européenne. Ils l’ont rejeté de manière très claire, ce qui a été reconnu par le gouvernement danois. Ils l’ont rejeté aussi dans une alliance entre l’extrême-gauche (et la gauche dite « radicale ») et le parti populiste et souverainiste danois le DPP. On constate une nouvelle fois que, quand peuvent se retrouver sur un terrain commun, des souverainistes de gauche et de droite ont une large majorité. Et ceci gêne sans doute autant, voire plus, les éditorialistes à gages de notre presse nationale. Cela pourrait donner des idées au bon peuple de France. Voici donc une autre raison de ce silence relatif, et il faut le dire bien intéressé. Ce référendum porte en lui une critique de l’européisme. C’est pourquoi il convient de faire silence dessus. Ah, elle est belle la presse libre en France ; elle est belle mais elle est surtout silencieuse quand il convient à ses propriétaires…

 

Une question technique ?

Dans les rares articles que les journaux, ou les autres médias français, consacrent aux résultats de ce référendum, on pointe avant tout la nature « technique » de la question posée : fallait-il remettre en cause les clauses dites « d’opting-out » négociées par le Danemark avec l’Union européenne pour permettre une meilleure coopération policière entre ce pays et les instances policières européennes (Europol pour les nommer). Mais, si l’énoncé de la question était assurément technique, il faut beaucoup d’aveuglement, bien de la cécité volontaire, pour ne pas voir que la réponse apportée par les danois fut avant tout politique.

Il convient ici de rappeler que ce référendum a connu une forte participation. Près de 72% des électeurs danois se sont déplacés pour voter, ce qui constitue un record dans des référendums portant sur l’Europe pour le Danemark. C’est bien la preuve que les danois ont compris que, derrière une apparence technique, la question était bien avant tout politique. D’ailleurs, cette dimension politique ressortait bien de la campagne qui se déroula avant ce référendum. Les questions de la suspension des accords de Schengen, de l’intégration européenne, des coopérations multiples, furent en réalité largement débattues.

Cette réponse donc politique que les électeurs danois ont apporté, elle a un sens très net : celui d’un refus de toute nouvelle intégration européenne. Face à des questions essentielles, comme celles concernant la sécurité, les danois ont clairement opté pour le maintien de leur souveraineté et le refus pour une plus grande intégration. Leur réponse traduit le profond désenchantement auquel on assiste quant à la construction européenne. Que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans celui de la sécurité, que ce soit sur l’Euro ou les contrôles aux frontières, c’est bien à un échec patent de l’intégration que l’on est confronté. Or, la réponse des européistes à cet échec n’est pas de s’interroger sur ses causes mais de demander, encore et toujours, plus d’intégration. En fait, l’intégration européenne est devenue un dogme, une religion. Et celle-ci n’admet aucune critique, ne souffre aucune contradiction. C’est pourquoi les dirigeants poussent à une surenchère mortelle. Mais, c’est aussi pourquoi les peuples, qui bien souvent ne sont pas dupes d’un discours trop formaté pour être honnête, refusent justement cette surenchère et exigent qu’un bilan honnête et objectif de cette intégration soit fait.

 

L’heure des bilans

Ces bilans vont se multiplier, que les dirigeants le veuillent ou non. La Grande-Bretagne votera sur son appartenance à l’Union européenne en 2016 et, n’en doutons pas, on y suit de très près les implications du référendum danois. On votera sans doute sur la question de l’Euro en Finlande, en 2016 ou en 2017. Ce vote aura aussi une importante signification. Mais, surtout, c’est dans sa pratique au jour le jour que l’Union européenne sera confrontée à cette demande de bilan.

Car, il est clair que le trop fameux « pragmatisme » européen a engendré des monstres, qu’il s’agisse de l’Eurogroupe, club dépourvu d’existence légale et qui pourtant pèse d’une poids énorme comme on l’a vu lors de la crise grecque de l’été 2015, ou qu’il s’agisse des abus de pouvoir que commet désormais chaque semaine la Commission européenne. On se souvient des déclarations de Jean-Claude Juncker à l’occasion de l’élection grecque de janvier dernier[1]. Leur caractère inouï fut largement débattu. Un autre exemple réside dans la manière dont ces institutions européennes négocient, dans le plus grand secret, le fameux « Traité Transatlantique » ou TAFTA qui aboutira à déshabiller encore plus les Etats et la souveraineté populaire qui s’y exprime. Le comportement de l’Union Européenne tout comme celui des institutions de la zone Euro appellent une réaction d’ensemble parce qu’elles contestent cette liberté qu’est la souveraineté[2].

Il est plus que temps de dresser le bilan de ces actes, d’évaluer la politique poursuivie par les institutions européennes et leurs diverses affidés, de gauche comme de droite, en Europe. On peut comprendre, à voir l’importance de l’investissement politique et symbolique qu’ils ont consenti, que les dirigeants européistes voient avec une certaine angoisse s’avancer l’heure où ils devront rendre des comptes. Mais, à recourir à de quasi-censure, à des méthodes ouvertement anti-démocratiques pour en retarder le moment ils risquent bien de finir par voir leurs tête orner le bout d’un pique.

 
 Notes

[1] Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker : « la Grèce doit respecter l’Europe ».http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne :http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

[2] Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015,http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

***

 

Le “Non” danois à l’Europe

Le mercredi 3 décembre se tenait, dans la plus grande discrétion de la presse française, un référendum au Danemark portant sur une plus grande intégration à l’Union européenne. Le vote a été sans appel : le « Non » l’a emporté avec 53% des suffrages exprimés[1]. Il faut aussi noter l’importante participation, environ 72% des électeurs ont voté, qui fait de ce référendum le plus important dans l’histoire des différends votes concernant l’UE au Danemark. Le relatif silence de la presse française est à noter ici, mélange de mépris pour ce qui se passe dans un « petit » pays et de gêne quant au résultat qui dérange, et c’est peu dire, les opinions européistes de maints commentateurs.

L’objet du référendum était de savoir si les danois acceptaient de renoncer aux différentes exemptions qu’ils avaient obtenues, à la suite de précédentes consultations référendaires, aux règles de l’Union européennes. Dans le langage technique dont raffole la bureaucratie bruxelloise cela s’appelle des clauses « d’opting out ». Le gouvernement libéral qui dirige actuellement le Danemark tout comme l’opposition social-démocrate avaient fait campagne pour le « Oui ». Ils ont donc été désavoués. La campagne du « Non » était portée par une alliance de la gauche radicale et du parti populiste et souverainiste, le DPP[2]. Tout comme lors du référendum de 2005 en France sur le projet de Constitution européenne, c’est cette alliance qui a triomphé.

Pourtant, tant le parti au pouvoir que l’opposition européistes n’avaient pas hésiter à jouer de la carte de la peur pour influencer les électeurs, allant jusqu’à prétendre qu’un succès du « non » remettrait en cause remettrait en cause la coopération policière avec les autres pays de l’UE. Cet argument était particulièrement stupide quand on sait que l’UE, et son instrument Europol, collabore avec des pays comme la Suisse et la Norvège qui ne font pas partie de l’UE ! Tout comme en France, la carte de la peur n’a pas joué.

Le sens de ce référendum est clair. C’est une nouvelle victoire pour le courant souverainiste er eurosceptique en Europe. Cette victoire témoigne de l’épuisement de l’idée européenne dans les opinions publiques et de la faillite du projet d’intégration renforcée que portent les européistes que ce soit à Bruxelles ou à Paris. Avec le projet de futur référendum sur l’Euro qui pourrait se tenir en Finlande en 2016 ou 2017, c’est aussi le signe très nets que les peuples des pays de l’UE rejettent cette idée d’intégration renforcée et de pseudo-fédéralisme que portent les partisans de l’Euro. Les gouvernements feraient bien d’en tenir compte. Ce référendum, le premier vote qui survient dans un pays de l’UE depuis que la crise des réfugiés a fait exploser les contradictions de la construction européenne, signale très certainement la fin d’une époque. L’intégration européenne ne fait plus rêver. Au contraire, elle fait peur. Les populations constatent que les mécanismes d’intégration, dont ben entendu l’Euro, n’ont jamais produits les effets bénéfiques qui leurs étaient attribués et ont même détérioré l situation.

Par ailleurs, c’est aussi une victoire qui aura certainement une influence sur le futur référendum qui doit se tenir en 2016 en Grande-Bretagne sur une possible sortie de ce pays de l’UE. De ce point de vue aussi, ce référendum danois annonce des tournants majeurs dans l’histoire de la construction européenne. Et c’est probablement ce qui gêne tant les divers commentateurs français qui, sauf la reprise du communiqué de l’AFP, se tiennent pour l’heure dans un silence qui en dit long sur ce qu’ils pensent…

[1] Milne R., « Danish referendum rejects further EU integration », The Financial Time, 3 décembre 2015,http://www.ft.com/intl/cms/s/0/3cfbeb8c-9a05-11e5-9228-87e603d47bdc.html#axzz3tKNccVIJ

[2] Orange R., « Denmark delivers snub to Brussels with ‘no’ in EU rules referendum », in The Telegraph, 3 décembre 2015,http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/denmark/1203202-Denmark-delivers-Snub-to-Brussels-withno-to-EU-rules-referendum.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

Source: http://russeurope.hypotheses.org/4530

 

 

Source : http://arretsurinfo.ch

 

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:57

 

Source : http://cadtm.org

 

 

En direct de la COP 21 à Paris - Brève 1

Retour sur le we du 5-6 décembre à Montreuil

7 décembre par Remi Vilain

 

 

 

Au détour d’une rue à Montreuil...

 

À l’occasion des « négociations » sur le climat qui se déroulent actuellement à Paris et au Bourget pour la COP21, je vous propose de partager ma semaine au cœur des mobilisations citoyennes et des mouvements sociaux.

 

Samedi 5 décembre : Ouverture du Village mondial des alternatives et du Sommet Citoyen pour le Climat »

À la sortie de la station de métro « Mairie de Montreuil » à 13h, me voilà débarqué au cœur de ce « Village mondial des alternatives » sur la place de la mairie, pour le week-end du 5-6 décembre 2015. Alors que la veille, les représentants de la société civile se sont faits expulser par les forces de l’ordre française du salon « False solutions COP21 », |1| l’ambiance est tout autre place Jean Jaurès. Ici, de réelles solutions à l’initiative d’indépendants et de PME locales et internationales sont présentées. Une multitude de stands nous propose des alternatives pour des domaines aussi variés que l’éco-habitat et les maisons en paille, l’énergie, le transport ou encore la promotion de l’agriculture paysanne, gage de souveraineté alimentaire. Les allées du village sont combles et l’ambiance y est clairement conviviale entre consommation de produits équitables et discussions éclairées sur les alternatives à entreprendre pour mener une transition à la fois écologique et sociale. L’appel à la convergence y est d’ailleurs clairement déclaré à travers la tenue d’une table ronde sur « Les alternatives et résistances au changement climatique du local au global et la construction d’un mouvement pour la justice climatique ».

 

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Ambiance festive au Village mondial des alternatives.

 

Quelques rues plus loin, nous retrouvons le « Sommet Citoyen pour le Climat » qui a pris place dans le lycée Jean Jaurès du quartier, spécialement ouvert à cette occasion. Cet espace dédié aux ateliers et aux conférences accueillait bon nombre d’intervenants. L’éventail très large des sujets abordés exprimait à quel point le changement climatique est une question qui concerne l’ensemble de la société. Guerre, accords de libre-échange, luttes locales des femmes, impacts du réchauffement en fonction des zones géographiques, agro-industrie et autres agro-carburants ont été très largement traités lors de ce sommet.

 

Le CADTM était lui aussi représenté puisque Sushovan Dhar (CADTM Asie) et Nicolas Sersiron (CADTM France) ont traité de la question de la dette écologique dans une salle de classe pleine pour l’occasion. Alors que Nicolas Sersiron a abordé la dette écologique de manière plus large au travers du pillage des ressources naturelles entrepris par les grandes puissances économiques depuis la découverte « des nouveaux mondes » à l’époque de Christophe Colomb jusqu’à aujourd’hui, Sushovan Dhar nous a parlé de cette problématique en Inde mettant en relief les divergences entre les personnalités politiques indiennes et la population. Si ces classes dirigeantes proclament, à juste titre, ne pas être responsables des émissions de gaz à effets de serre contrairement aux pays industrialisés, en réalité, elles protègent ce système qui leur permet de garder le contrôle du pouvoir et de leurs intérêts au détriment des populations locales directement impactées par une pollution massive et une agriculture aussi intensive que destructive, menant quotidiennement des paysans à mettre fin à leurs jours face à des conditions de travail toujours plus nocives pour leur santé.

 

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Nicolas Sersiron, Sushovan Dhar et Tsutomu Teramoto parlent de la dette écologique.

 

Ensuite, retour au village mondial des alternatives, où la tenue d’un stand nous a permis d’être au plus proche de la population et de nous rendre compte que le CADTM et la reconnaissance des dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables, rencontraient un écho de plus en plus important, la proximité à la fois géographique et temporelle du cas de la Grèce n’y étant probablement pas étrangère. Pour finir, instant détente autour des concerts organisés sur la place Jean Jaurès.

 

Dimanche 6 décembre : Multinationales au banc des accusés et les #Faucheurs de Chaises à l’honneur

Lors de cette seconde et dernière journée du Sommet Citoyen pour le Climat et du Village mondial des alternatives, le CADTM, en tant que signataire de la campagne « Stop corporate impunity » (Arrêter l’impunité des entreprises), était invité à prendre la parole pour parler des audits de la dette au sein de l’atelier « Souveraineté des peuples VS Architecture de l’impunité ».

Dans un premier temps, de nombreux représentants de pays impactés par les projets destructeurs des multinationales ont pris la parole successivement. Joseph Purugganan, de Focus on the Global South, a abordé l’impact de l’extraction minière aux Philippines, Lucile Daumas, d’ATTAC/CADTM Maroc, évoqué l’impact de Veolia sur l’accès à l’eau et à l’électricité pour les populations tandis que Humberto Piaguaje, d’UDAPT-Équateur, revenait sur l’affaire Chevron en Équateur.

 

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Monica Vargas (à gauche – TNI) lors de l’atelier Souveraineté des Peuples VS Architecture de l’impunité.

 

La seconde partie du séminaire était, elle, consacrée aux alternatives existantes et à développer, pour que les multinationales répondent de leurs actes, que les populations soient dédommagées et que de nouveaux modèles, à la fois égalitaires et responsables de l’environnement, soient mis en place. Alors que Themba Nthavela, représentant de la Via Campesina en Afrique du Sud, plaidait pour une souveraineté alimentaire au travers de l’aqua-agriculture comme une alternative pratique affrontant l’impunité des entreprises et le changement climatique, les membres de la campagne nous présentaient le « Traité des peuples » qui doit permettre aux populations du monde entier de se voir reconnues et de pouvoir défendre leurs droits face aux transnationales. |2|

 

À la fin de cet atelier qui a rencontré un franc succès, je me dirigeais de nouveau rapidement place Jean Jaurès pour assister au « Sommet des 196 chaises réquisitionnées par le collectif #Faucheurs de Chaises ».
Ce mouvement, lancé afin de dénoncer l’évasion fiscale soutenue par de nombreuses banques par l’intermédiaire des paradis fiscaux qu’elles entretiennent et le manque de financement pour limiter le changement climatique, a occupé une place centrale dans le déroulement de la journée avec des interventions successives de personnalités reconnues des mouvements sociaux, telles que Susan George (ATTAC), Bill McKibben (350.org), ou encore Lidy Nacpil (Jubilée Sud).

Puisque « un petit dessin vaut mieux qu’un long discours », je vous laisse sur ces images où 196 délégués internationaux de la société civile étaient ainsi réunis et assis confortablement pour profiter de ce moment et appeler à ce que des milliers de citoyens continuent à réquisitionner des chaises tant que les paradis fiscaux n’auront pas été fermés et que l’argent nécessaire au financement de la justice climatique n’aura pas été rassemblé.

 

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Les chaises réquisitionnées s’offrent une petite danse à Montreuil…

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…et une petite danse en leur honneur, entourée par les 196 représentants de la société civile, installées confortablement.

 

 

 

Auteur

 
 

Autres articles en français de Remi Vilain (5)

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:46

 

Source : http://partage-le.com

 

Des Rockefeller à Naomi Klein : nos amies les ONG?

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Donc, aujourd’hui, à Montreuil, au village des alternatives, Action non-violente COP21, Attac France, Bizi ! et Les Amis de la Terre organisent le « Sommet des 196 chaises », où l’organisation 350.org, et l’organisation Tax Justice Network, seront également présentes.

 

Attac, subventionnée (à titre d’exemple, voici ce qu’ATTAC a obtenu pour la préparation du « Forum Social Européen » du 12 au 15 novembre 2003 à Saint-Denis : 2 500 000 € d’aides indirectes en locaux et moyens matériels ; 2 330 000 € de subventions directes, dont 1 000 000 € de la Ville de Paris ; 480 000 € en provenance des Conseils généraux ; 250 000 € de Matignon ; 250 000 € de la part du Quai d’Orsay et 300 000 € du Conseil régional Ile-de-France. Par ailleurs, ATTAC reçoit chaque année environ 100 000 € de subvention de fonctionnement.).

 

350.org, subventionnée (plus de 100 dons depuis 2005, de la part de 50 généreuses fondations, pour un montant de 10 millions de dollars, avec 6 dons de plus d’1 million, plus de la moitié de ces 10 millions provient du Rockefeller Brothers Fund (RBF), du Rockefeller Family Fund et du Schumann Center for Media and Democracy).

 

Etc., encore une fois, les ONGs ne sont pas toutes contre-productives et leurs militants sont probablement de bonne volonté, mais encore une fois, il faut aussi se méfier, les engagements de 350 (Bill McKibben et Naomi Klein) relèvent du capitalisme vert, de l’écologie « main dans la main » avec les corporations et les gouvernements. Quelle est le sens d’une écologie pensée « main dans la main » avec VINCI, SUEZ, VEOLIA, MONSANTO, etc?

 

Ci-dessous, Susan Rockefeller, qui a co-produit le documentaire « tout peut changer » de Naomi Klein, & Naomi Klein qui pose avec Angel Gurria, actuellement Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avec son fameux livre révolutionnaire et anticapitaliste (soi-disant).

 

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Dans une interview, David Rockefeller (le mari de Susan) explique que :

[…] L’énergie sera toujours un levier économique. Si mon grand-père était vivant aujourd’hui, il aurait très certainement exploré l’univers très prometteur des énergies renouvelables et recherché à améliorer l’impact négatif du pétrole et du gaz.

Il aurait lié des partenariats avec Bill Gates aujourd’hui, par exemple, sur certains projets, comme nous le faisons aujourd’hui en Afrique avec lui sur les semences. […]

Mais également que:

[…] Nous sommes aux côtes de Bill Gates dans ce domaine. Un projet qui permet aux agriculteurs locaux de cultiver pour eux, mais également d’exporter. La semence devenant pour eux une valeur économique.

Parmi les projets dont il parle, on retrouve l’AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa – Alliance pour une révolution verte en Afrique), un nouveau programme mis en place par la fondation Gates & la fondation Rockefeller, entre autres.

Pour en savoir plus sur cette « nouvelle révolution verte », et ses conséquences désastreuses, lire cet article assez complet, dont voici des extraits:

L’AGRA déclare que son principal objectif est d’aider l’Afrique à accroître sa productivité pour un certain nombre de plantes alimentaires majeures, tout comme cela avait été envisagé par les programmes initiaux de la révolution verte.[3] Et une fois de pus, cela est censé se faire via la sélection végétale de type occidental dans les instituts nationaux de recherche agricole. La différence étant que cette fois-ci une nouvelle fournée de sélectionneurs de plantes sera formée en Afrique même, au lieu d’être formée dans les université du Nord, mais l’université de Cornell, la principale institution des premiers programmes de la révolution verte, sera cependant là pour superviser la formation. (…)

L’une des premières étapes de l’AGRA cependant est de créer un réseau de « fournisseurs en agroalimentaire », pour vendre les semences, les pesticides et les engrais. L’AGRA a déjà recruté une ONG étasunienne appelée Citizens’Network for Foreign Affairs (Réseau de citoyens pour les affaires étrangères) pour effectuer ce travail au Kenya, en Tanzanie et au Malawi. Jusqu’à présent, cette ONG a reçu près de 14 millions de dollars de subventions, ce qui en fait de loin le plus gros bénéficiaire des financements de l’AGRA jusqu’à présent. Pour approvisionner les fournisseurs, les donateurs de l’AGRA financent aussi des entreprises privées de semences. La fondation Rockefeller est le principal investisseur dans l’African Agricultural Capital (Capital agricole africain), un fonds d’investissement en capital-risque qui investit dans plusieurs petites entreprises de semences africaines qu’il contrôle en partie et qui sont aussi soutenues par l’AGRA.[6] (…)

Que ce soit l’ancienne ou la nouvelle révolution verte, les premiers perdants sont les agriculteurs, en particulier les petits. L’AGRA cherche à remplacer les semences que les agriculteurs africains ont soigneusement développées pour leurs fermes et leurs cultures, par des variétés adaptées aux monocultures industrielles. Ces semences ouvriront la voie à l’industrialisation des cultures alimentaires africaines, laissant le champ libre à l’introduction et à la domination de l’agrobusiness. (…)

Au moment où l’AGRA a été lancée, ses fondateurs se sont empressés de souligner que l’AGRA n’utiliserait pas de plantes cultivées génétiquement modifiées (GM). Pas pour l’instant, bien sûr. Lors de la troisième assemblée générale des collaborateurs du programme de l’AGRA sur les « Biotechnologies, sélection et systèmes de semences pour les plantes cultivées africaines », un certain nombre de présentations de recherches et d’essais sur des plantes cultivées GM ont été intégrées.[16] Il est donc difficile de prendre au sérieux la déclaration que l’AGRA n’avait rien à faire avec les semences GM. Tous ceux qui financent l’AGRA, dont Rockefeller et Gates, essayent déjà d’imposer l’introduction des technologies des modifications génétiques en Afrique. Mais ils se sont rendu compte que l’initiative de l’AGRA serait plus facile à introduire sans inclure les cultures ou les semences GM. La stratégie est sans aucun doute de l’introduire plus tard, une fois que le programme sera installé et que les agriculteurs auront déjà adopté les nouvelles semences. De plus, la plupart des pays d’Afrique n’ont pas encore mis en place de législation de biosécurité, et cela n’a donc aucun sens de se focaliser sur les cultures GM actuellement. Il faut plutôt se concentrer sur l’harmonisation des politiques, en s’assurant que les durées d’autorisation des plantes cultivées sont plus rapides et en construisant l’infrastructure nécessaire à l’introduction rapide des cultures GM. (…)

Ou, pour les anglophones, cet excellent article écrit par Eric-Holt Gimenez.


PS: Nous étions hier (samedi 5 décembre) au village des alternatives à Montreuil, les grandes ONG sont évidemment bien visibles, brassent beaucoup de monde (et/ou de vent), tandis que des petites ONGs montées par des activistes passionnés et refusant les grosses subventions d’état ou de corporation sont quasiment ignorées ; nous tenons à saluer, à féliciter et à remercier Foil Vedanta pour le travail accompli, et merci d’être venu!


Nico

A propos des ONG, lire également:

http://partage-le.com/2015/12/les-ong-internationales-et-lindustrie-de-la-catastrophe-lexemple-haitien/

http://partage-le.com/2015/12/long-isation-de-la-resistance-par-arundhati-roy/

 

 

Source : http://partage-le.com

 

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:31

 

 

Source : http://www.jennar.fr

 

A lire attentivement : pendant qu’à Paris, on fait semblant de vouloir combattre le changement climatique, à Genève, dans le plus grand secret, se négocie une « libéralisation » des services qui va en sens opposé :

 

 

http://cgspwallonne.be/documentations/actualite/item/522-wikileaks-devoile-comment-tisa-deregulera-les-politiques-energetiques

 

 

*Voir ci-dessous

 

Wikileaks dévoile comment TISA dérégulera les politiques énergétiques

 

La grande arnaque du réchauffement climatique
Récente divulgation d'un texte relatif à l’ACS, qui limite le contrôle de l’Etat sur les ressources naturelles.

 

A l’heure où les Chefs d’Etat s’apprêtent à négocier un accord international à Paris contre le réchauffement de la planète, leurs négociateurs sur le commerce se réunissent quant à eux à Genève afin de mettre sur pied, dans le plus grand secret, un nouvel accord de libre-échange qui pourrait venir renforcer l’exploitation des énergies fossiles et exacerber le changement climatique.

 

Alors que Wikileaks vient de divulguer une nouvelle série de textes provenant de l’Accord secret sur le commerce des services (ACS), l’Internationale des Services Publics (ISP) et l'International Forum on Globalisation (Forum international sur la mondialisation) publient aujourd’hui la toute première analyse du projet d’Annexe sur les services liés à l’énergie, afin d'éclairer les discussions de la COP 21, la conférence internationale sur le climat.

 

De l’Australie à la Suisse, en passant par les Etats-Unis et l’Europe, les 23 négociateurs de l’ACS débattent des clauses contraignantes « privant les législateurs du droit de différencier le solaire du nucléaire, l’énergie éolienne du charbon, ou le géothermique de la fracturation hydraulique », en instaurant un principe de « neutralité technologique ». Il semble que la rencontre, qui se tient à Genève du 30 novembre au 4 décembre, poursuivra les débats sur les « Services environnementaux », un point qui avait déjà été discuté au mois d'octobre.

 

D’après Victor Menotti, auteur de cette étude, ce projet d'Annexe entend « réduire la souveraineté des Etats au regard des ressources énergétiques, en contraignant les gouvernements à mettre en place des marchés libres pour les fournisseurs étrangers de services liés à l’énergie, les privant ainsi de leur droit de tirer les bénéfices de l’exploitation des ressources énergétiques au niveau national ».

 

D’après le site Web dédié au commerce de la Commission européenne, « l’UE tentera de mettre fin à la discrimination à l’encontre des fournisseurs étrangers de services environnementaux. Cela implique de faire tomber les barrières existantes – pas uniquement de s'abstenir de mettre en place de nouvelles restrictions. »

 

« C’est la grande arnaque du changement climatique. A l’heure où des objectifs modestes sont actuellement débattus dans la capitale française, les moyens de les atteindre sont quant à eux négociés à Genève dans l’intérêt des plus grandes entreprises de la planète », a déclaré Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l’ISP. « Les raisons pour lesquelles nos gouvernements cherchent à dissimuler ces négociations en les menant dans le plus grand secret, apparaissent de plus en plus évidentes. »

 

Rosa Pavanelli a appelé les gouvernements à publier l’intégralité des textes. « Il est scandaleux de devoir compter sur Wikileaks pour nous tenir au courant de ce que nos gouvernements trament en notre nom. »

 

Par le passé, l’ISP avait déjà publié une étude démontrant de quelle façon l’ACS va pérenniser les privatisations manquées en empêchant l’Etat d’en reprendre le contrôle, et dans quelle mesure il limitera la capacité des gouvernements à réglementer.

 

Plus d’informations :

-          Contact : Vittorio Longhi, Conseiller en communications de l’ISP, vittorio.longhi@world-psi.org

-         Documents Wikileaks

Analyse de l’ISP « The Free Fracking Agreement – Proposed TiSA Annex on Energy Related Services

 

Source : http://cgspwallonne.be/documentations/actualite/item/522-wikileaks-devoile-comment-tisa-deregulera-les-politiques-energetique

 

 

                                                                  **************************

 

Mais il en va de même de la négociation du grand marché transatlantique (Tafta ou TTIP). L’article 37 du mandat européen de négociation relatif à l’énergie, est rédigé comme suit : « L’ Accord comprendra des dispositions concernant le commerce et les aspects liés à l’investissement en ce qui concerne l’énergie et les matières premières. Les négociations devraient viser à assurer un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible en matière d’énergie et à garantir un accès libre et durable aux matières premières. »

Il s’agit de mettre fin à une règle multiséculaire selon laquelle le sous-sol n’appartient pas aux individus mais à la collectivité ; il s’agit de renoncer à la souveraineté des Etats sur leur sol et leur sous-sol pour la donner aux firmes privées ; il s’agit de retirer aux Etats le pouvoir de fixer le prix des produits énergétiques sur le marché national.

Telle est la volonté du gouvernement français (et des 27 autres) qui a apporté son plein appui à cet article du mandat européen de négociation avec les USA.

Comment encore faire confiance à des gouvernements qui font exactement le contraire de ce qu’ils disent ? Et à des partis politiques qui agissent de même ?

rmj

 

 

Source : http://www.jennar.fr

 

 

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 17:37

 

Source : http://acteursdeleconomie.latribune.fr

 

 

Pierre Rabhi : "La COP21 manipule l'opinion"

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)

 

Auteur, philosophe, conférencier, agriculteur, Pierre Rabhi sème depuis plusieurs années sa conception du monde et de la nature. Face à l'urgence climatique, il dénonce l'inefficacité des grandes messes internationales, à l'instar de la COP21, qui selon lui, "manipule les esprits". Il appelle à la conscience et à l'action citoyenne pour faire bouger les lignes et ainsi se réapproprier la vraie valeur de la vie.

 

 

Acteurs de l'économie-La Tribune : Quel est votre regard sur les événements tragiques qui ont touché Paris le 13 novembre dernier ?

Pierre Rabhi. Je suis ulcéré comme beaucoup de gens et je condamne fermement cette violence. Elle est planétaire et terrible. L'humanité doit de toute urgence suffisamment évoluer pour éradiquer toute violence, et pour cela, il faut changer de processus, en allant vers une plus grande reconnaissance de l'autre.

Ces violences sont, en général, reliées à des contentieux larvés, construits au cours de l'histoire : la colonisation, l'humiliation, la non-reconnaissance, l'iniquité mondiale.Toutes les sept secondes, selon les experts de l'ONU, un enfant meurt de faim. Pourtant, la planète est suffisamment riche pour que ce fléau ne se produise pas.

L'humanité est de nos jours confrontée à une mutation sans précédent. Et dans ces bouleversements, nous devons garder le cap, c'est-à-dire, construire une fraternité humaine en adéquation et en relation avec la nature, le berceau indispensable à tous êtres humains et toutes créatures.

 

Justement, la Cop 21 est censée éviter le pire en limitant à 2°c le réchauffement climatique. Vous êtes très pessimiste concernant cette conférence...

Je n'attends pas grand-chose de ces sommets internationaux. Ces rencontres sont censées rassembler des autorités afin qu'elles prennent des décisions importantes concernant notre rapport à la vie et à la nature. Mais depuis des années, aucune grande mesure ne sort de ces grandes messes.

L'inefficacité de ces rendez-vous du type de la COP21 - au-delà du danger qu'ils font courir à la planète,- engendre un autre mal : celui d'une manipulation de l'opinion. Les décideurs font croire à la population qu'ils s'occupent de ces grands enjeux climatiques, mais ils n'apportent pas une réponse à la hauteur de la gravité de la situation.

Le problème réside dans la division entre la nature et nous. Nous sommes la nature, et l'écologie devrait ainsi être la chose qui concerne absolument tout le monde, du président de la République au balayeur. Sauf qu'aujourd'hui, il y a un clivage initié par l'être humain. Il s'est ainsi installé dans un statut dans lequel il s'est donné tous les droits contre la nature. Avec un mot d'ordre : pillons et détruisons.

Pourtant, sur l'échelle du temps, si nous reprenons un ratio temporel de 24 heures, l'Homme n'est présent sur la planète que depuis une ou deux minutes. Et dans ce très court instant, l'Homme est devenu un fléau pour la planète. Mais aussi pour lui-même. Il est son premier fléau.

 

Les discours dominants portés par les grands États et leurs responsables politiques ne sont, pour le moment, que très rarement suivis d'actes majeurs. Quels sont les blocages que vous avez identifiés ?

La première nécessité et d'analyser où se trouve désormais l'autorité. La finance s'est accaparée cette autorité et cette toute-puissance dans le monde. De ce principe d'argent roi, concentré dans les mains d'une caste qui décide, se trouve les limites du pouvoir politique. Les responsables, pourtant élus, ont ainsi un espace de décision mince.

Par ailleurs, au sein même de la sphère politique, la question climatique est substituée, depuis de nombreuses années, à d'autres priorités, à l'instar du chômage. La question du climat passe également au second plan lorsque les luttes politiques, où triomphe parfois la démagogie aux dépens du réalisme, prennent le dessus, avec pour dessein de répondre à une logique personnelle de réélection électorale.

Pourtant, face à ces blocages, nous pourrions commencer à modifier la société dès demain.

 

Quels sont les moyens disponibles, selon vous, afin de bousculer ces paradigmes établis ?

L'un des enjeux majeurs résulte de l'éducation de nos enfants. Celle-ci devrait se focaliser, non pas sur la compétition, mais sur la sociabilité et la solidarité. En très peu de temps, nous pourrions créer des êtres solidaires, et non pas opposés.

Le système actuel de l'école introduit immédiatement la notion d'antagonisme, en poussant les enfants vers un élitisme insatiable. Cette conception est nauséabonde. D'une part, elle pare l'enfant d'angoisse. D'autre part, l'enfant est ainsi préparé à avoir une perception de l'autre comme l'antagoniste étant celui qu'il faut dominer.

Ce balancier entre dominant et dominé est une aberration au regard de l'histoire. Il y a toujours eu une catégorie opprimée, qui s'est ensuite révoltée contre son oppresseur. Puis, l'opprimé devient oppresseur. Il faut donc changer totalement de schéma.

 

Vous prônez particulièrement l'action locale et citoyenne pour changer le modèle. Celle-ci, aussi dynamique soit-elle, ne se heurte-t-elle pas à un niveau décisionnel qui étouffe, à un moment donné, toutes perspectives profondes de changement ?

Nous, simples citoyens, avons un pouvoir énorme, qui par notre action peut avoir des répercussions majeures. Mais nous ne l'exerçons pas. Nous devons aller vers un comportement frugal.

Certaines multinationales sont par leurs activités nocives à notre planète. Mais ces mêmes entreprises que nous pointons du doigt, nous les nourrissons tous les jours. Certes, il y a des faits que je ne peux pas renier. Je suis également en cause sur certains comportements, lorsque, par exemple, je fais le plein d'essence de ma voiture. Mais il y a des espaces dans lesquels je peux prendre des initiatives personnelles. C'est à ce titre que je parle de sobriété.

 En devenant "simples", nous pouvons ainsi poser des soucis aux multinationales. En effet, elles fonctionnent sur une approche subliminale, qui est de mettre l'individu psychologiquement dans le manque. La marge du superflu qu'elles engendrent est sans limites. C'est face à cette tentation que grâce à notre comportement, nous pouvons jouer un rôle majeur. "Est-ce que je me comporte avec simplicité et sobriété qui me permet de répondre à mes besoins légitimes, où suis-je dans l'avidité permanente ?

La sobriété peut être heureuse, apporter de la joie en marquant un palier de satisfaction. Or nous sommes dans une société qui s'appuie sur l'insatiabilité avec le credo du "toujours plus". Que ce soit au niveau de l'État ou de l'individu, le gaspillage est énorme. Ce comportement n'a pas pour seule conséquence, notre personne, mais il se répercute sur l'autre. Notre gaspillage peut affamer notre voisin. Il y a tout un pan de l'humanité qui est dans la précarité, et nous, on fabrique 30 à 40 % de déchets.

 

La solution est donc, selon vous, en chacun d'entre nous...

La solution se construit en chacun de nous. Si nous ne nous mettons pas dans une logique de transformation raisonnée et bénévole, celle-ci s'imposera à nous. Quel que soit le chemin, nous allons vers la précarité. Il faut, selon moi, la choisir et non pas la subir, en l'ordonnant, l'organisant pour qu'elle ne soit pas douloureuse. Mais la précarité, ce n'est pas ne rien avoir, c'est simplement posséder l'indispensable.

 

Pour atteindre cette sobriété, vous prôner notamment l'agroécologie. De plus en plus de personnes s'en réclament. Comment observez-vous cette évolution ? Redoutez-vous un risque de récupération, à l'instar de ce qui s'est fait pour l'agriculture biologique ?

Il y a toujours un risque. Dans mon dernier livre (La puissance de la modération, Hozhoni Eds), j'ai souhaité rappeler d'une manière claire, l'éthique et les fondements de l'agroécologie. Au-delà de son ambition initiale, être pourvoyeuse de produit bio, elle est avant tout une éthique. Elle impose de cultiver en conscience.

La dimension spirituelle est évacuée de notre monde. Nous devons retrouver le ressentiment que nous fassions partie de quelque chose qui est complexe, mais porteur d'une forme d'intelligence, c'est-à-dire l'esprit, sans pour autant comprendre le tout. L'agro-écologie permet cela.

 

Vous êtes à la fois agriculteur, écrivain, poète...que vous permettent ces multiples casquettes ?

L'agroécologie est une activité tangible, qui ne brasse pas à l'infini des théories. J'ai cette chance l'a pratiquer, c'est-à-dire d'être en mouvement. Cette activité est un test quotidien, alors que la société d'aujourd'hui est beaucoup trop dans les concepts. On brasse, on brasse, et pendant ce temps-là, le bateau coule.

Le dilemme est désormais le suivant : sommes-nous capables de changer l'histoire par une approche tangible de la réalité des choses, où allons-nous gloser alors que nous faisons naufrage?

Il est absolument nécessaire qu'aujourd'hui, dans la façon dont nous considérons la vie, elle puisse s'incarner dans nos gestes quotidiens ; et l'agriculture est magnifique pour cela, car elle permet de vivre. Sans elle, tout est fini.

 

Comment transmettre les valeurs que vous prônez vers d'autres domaines d'activités. Tout le monde ne peut pas revenir à l'exploitation de la terre...

Le grand problème de la société, aujourd'hui, c'est qu'elle est hors sol. L'individu est concentré dans des villes de plus en plus gigantesques, éloignant ainsi davantage les populations des problématiques de la vie.

Prenons un exemple extrême. Pendant les guerres, tout le monde se souvient du cousin à la campagne. Il était pourtant jusqu'alors catégorisé comme le "pauvre type" qui n'a jamais réussi. Sauf, qu'en réalité, c'est lui qui détient la vie. Le réalisme aujourd'hui, c'est une écologie pratique, qui incarne la vie.

 

Source : http://acteursdeleconomie.latribune.fr

 

 

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 17:02

 

Source : New Internationalist Magazine

 

https://www.facebook.com/newint/videos/10153264895188461/?fref=nf

7 h ·
 

Yesterday undercover police cracked down on anyone questioning the sponsors of a corporate “Solutions 21” event in Paris.

The action was supported by Corporate Europe Observatory, Les Amis de la Terre France, Attac France (Officiel), Climate Justice Action, JEDIs, Solidaire and Friends of the Earth France. Kandi Mossett from the Indigenous Environmental Network spoke at the event.

For more grassroots coverage from Paris: www.newint.org/live/paris

Read the truth about corporate influence at COP21: www.goo.gl/8eAZF

 

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 16:03

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

« On accorde trop d’attention au climat par rapport aux autres questions environnementales »

25 novembre 2015 / Entretien avec Guillaume Sainteny
 


 

Et si la question climatique avait phagocyté les politiques environnementales ? C’est la thèse de Guillaume Sainteny, professeur à Polytechnique et qui a travaillé plusieurs années au ministère de l’Écologie. Il la développe dans son dernier ouvrage, Le Climat qui cache la forêt. Entretien pas vraiment orthodoxe.

 

Reporterre – Pourquoi opposer politique environnementale et politique climatique ?

Guillaume Sainteny – Je ne les oppose pas, je me demande juste si la question du climat est vraiment la plus importante. On peut le faire selon plusieurs critères. D’abord, est-ce le sujet considéré comme le plus important par les gens ? Les sondages depuis les années 1990 montrent que non.

Deuxièmement, on peut prendre le nombre de morts. La pollution de l’air, c’est 7 millions de décès prématurés par an dans le monde, à 90 % dans les pays en voie de développement. Le changement climatique, c’est moins de 10 % de cela. Et même en 2030, on comptera toujours plus de morts par pollution de l’air.

Troisièmement, on peut se référer aux recommandations des organisations internationales. Il n’y en a aucune qui vous dise que la priorité est le changement climatique. Elles vous disent qu’il y a aussi l’eau, l’air, l’utilisation non-rationnelle des ressources naturelles, etc.

Enfin, on peut lire les études sur les coûts des différentes atteintes à l’environnement. Le coût annuel des perturbateurs endocriniens ou celui de l’érosion de la biodiversité est du même ordre de grandeur, voire supérieur, à celui du changement climatique.

Je ne conclus pas que le changement climatique est un problème secondaire, mais dis simplement que, par rapport à ces indices, on lui accorde trop d’importance médiatiquement, politiquement, dans les politiques publiques, par rapport à d’autres questions d’environnement. Ce déséquilibre du climat par rapport aux sujets environnementaux est accentué en Europe par rapport au monde, et accentué en France par rapport à l’Europe.

 

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Guillaume Sainteny.

À Reporterre, on tente d’intéresser les lecteurs au changement climatique. Et on a plutôt l’impression qu’on ne parle jamais assez du climat !

C’est drôle, je n’ai pas du tout cette impression. Un exemple parmi d’autres est que la majorité actuelle, depuis 2012, a lancé deux grands projets de loi : l’un sur la transition énergétique, l’autre sur la biodiversité. Comparez la surface médiatique consacrée à ces deux projets, c’est sans commune mesure !

C’est pour cela que je n’étais pas favorable à ce que la France organise la COP 21. Cela contribue à ancrer l’idée dans l’opinion publique française que le seul sujet qui compte, c’est le climat. C’est un paravent extraordinaire pour focaliser l’attention des ONG et médias sur ce seul sujet. Or pendant ce temps-là, le gouvernement entérine des reculs extraordinaires dans le domaine de l’environnement – vous l’avez d’ailleurs relevé sur Reporterre – mais presque personne n’en parle.

 

Les militants du climat, en particulier le mouvement Alternatiba, répètent qu’on a seulement dix ans pour gagner la lutte contre le changement climatique. Le climat n’est-il pas le problème environnemental le plus urgent ?

Ce n’est pas faux, plus on tarde, plus il sera coûteux de lutter contre le changement climatique. Mais est-ce dix, vingt, trente ans ? Bien malin celui qui saurait le dire, car on disait déjà cela il y a dix ans. Et puis, on peut dire la même chose sur d’autres questions environnementales. À partir de quel moment l’érosion de la biodiversité devient-elle un problème pour la survie de l’homme sur Terre ? Idem pour l’eau : si la baisse des nappes phréatiques continue, à partir de quand cela déclenchera-t-il des migrations ? Pour la pollution atmosphérique, à partir de combien de millions de morts considère-t-on qu’on ne maîtrise plus la situation ? Donc, je suis d’accord avec ce que les militants d’Alternatiba disent, mais je ne suis pas sûr que cela ne s’applique qu’au climat.

 

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Sécheresse d’un étang près de Toucy, dans l’Yonne, en 2015.
 

Pourtant, si on perd la bataille du climat, ne perd-t-on pas toutes les autres batailles environnementales ?

La focalisation extrême sur le changement climatique a conduit à considérer qu’il était la cause des autres problèmes environnementaux – érosion de la biodiversité, désertification, sécheresse accrue, accès à l’eau, etc. – alors qu’en fait, il en est la conséquence. Par exemple, l’une des contributions majeures aux émissions de gaz à effet de serre, c’est la déforestation, à hauteur d’environ 25 %. L’une des mesures les moins chères à prendre en matière de lutte contre le changement climatique serait de la stopper. Il faut commencer par là.

 

Comment expliquer cette focalisation en France des politiques environnementales sur le climat ?

C’est un sujet que je n’ai volontairement pas abordé parce que c’est une recherche en soi. J’ai donc des hypothèses. Un, la France est un pays d’ingénieurs et de juristes, et par exemple, les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées sont très à l’aise avec ça. Le changement climatique renvoie en gros à cinq ou six gaz qui ont chacun une unité de conversion en équivalent CO2. C’est très facile de raisonner avec ça pour un ingénieur.

Deuxièmement, cette affaire de climat ne remet pas fondamentalement en cause le système capitaliste. On peut en faire un marché. Vous pouvez développer des techniques anti-CO2, vous pouvez développer le marché des énergies renouvelables, et en fait quand vous regardez qui est sur ce marché en France, ce sont soit d’anciens promoteurs immobiliers reconvertis, soit des énergéticiens comme Total ou EDF, parce qu’il y a de très gros marchés. Quand vous arrivez sur des sujets comme le paysage, la biodiversité, cela devient beaucoup plus difficile à appréhender pour les fonctionnaires et les ingénieurs. Vous avez moins de critères quantitatifs, vous avez une opposition beaucoup plus forte à donner une valeur au vivant.

 

Quelle conséquence cette focalisation sur le climat a-t-elle sur les autres politiques environnementales ?

Quand vous faites une route, une autoroute, un lotissement, le barrage de Sivens ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il y a une étude d’impact. Ces études sont complètes sur certains sujets et faibles sur d’autres. L’impact environnemental se résume de plus en plus à l’impact CO2. Par exemple, vous décidez de construire une autoroute. On ajoute au bilan financier les coûts sociaux. En positif, il y a le gain de temps, les morts, les blessés, ou le CO2 évités. En France, la commission Boiteux a donné un coût pour tout ça. Et pour le reste, elle a dit : « Je ne sais pas chiffrer. » La biodiversité vaut zéro, le paysage zéro, etc.

 

Y a-t-il des politiques climatiques qui se sont révélées délétères pour l’environnement ?

Oui, par exemple le soutien aux agrocarburants. Ils supposaient des cultures intensives avec épandages de phytosanitaires, ils ont donc provoqué une pollution accrue de l’eau et de l’air, une réduction de la biodiversité, etc. Ils ont aussi provoqué la remise en culture de zones qui étaient anciennement des friches et qui stockaient du carbone. Donc, le résultat budgétaire est négatif, celui sur l’environnement aussi, et le résultat pour le climat contestable.

Deuxième exemple, il y a une loi en France extrêmement importante, c’est la loi Littoral. Or il y a eu des amendements à la loi Littoral, déposés presque tous par des députés écologistes, pour permettre la construction d’éoliennes de plus de 50 mètres de haut, jusqu’à 150 mètres, sur le littoral. Là, deux intérêts environnementaux s’affrontent : celui de développer les énergies renouvelables et celui de préserver le littoral. Il y a un arbitrage politique à avoir, mais ce débat n’a pas eu lieu.

 

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Le colza est cultivé pour la production d’huile alimentaire et d’agrocarburant. Le soutien aux agrocarburants est l’un des exemples où une politique climatique est préjudiciable à l’environnement.

 

Comment réconcilier les politiques climatique et environnementale ?

Il faut privilégier les mesures à double, triple, voire quadruple dividende. C’est-à-dire des mesures qui ont un effet bénéfique à la fois sur le changement climatique, sur la pollution de l’air, sur la biodiversité, etc. Il s’agit de presque toutes les mesures d’adaptation au changement climatique parce qu’elles vont presque toujours dans le sens de la nature : économies d’énergies, mesures pour diminuer la pollution atmosphérique, modes de déplacement doux, tous les transports collectifs, etc.

Et aussi, bien sûr, toutes les politiques qui prennent en compte le changement d’usage des terres : arrêter de retourner les prairies, d’urbaniser les sols agricoles, d’assécher les zones humides, etc.

 

Que pensez-vous de la façon dont la COP 21 aborde le climat ?

Nous n’avons pas les bons critères pour évaluer le succès environnemental et climatique de l’événement. Je critique d’abord cette focalisation sur les 100 milliards pour le Fonds vert. C’est compréhensible que les pays du Sud les réclament à ceux du Nord comme préalable aux négociations. Sauf que le problème des subventions publiques aux énergies fossiles est totalement absent des négociations. Cela représente 550 milliards de dollars par an...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net


*Guillaume Sainteny vient de publier Le climat qui cache la forêt, éd. Rue de l’échiquier, 18 €,

 

 

 

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