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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 16:04
Par Mathieu Molard
journaliste multimédia

 

Dimensions militaires, financières, religieuses... et soutien à l'Iran se cachent derrière la posture de Moscou.

 

 

 
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M. Lavrov a lui insisté sur le fait que son pays ne "protégeait aucun régime". "Nous protégeons le droit international", a-t-il dit. (c) Afp

M. Lavrov a lui insisté sur le fait que son pays ne "protégeait aucun régime". "Nous protégeons le droit international", a-t-il dit. (c) Afp

Lundi 12 mars, la Russie, par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, a renouvelé son appel à la fin des violences en Syrie "d'où qu'elles viennent". Sergueï Lavrov a, par ailleurs, assuré de son soutien la mission de l'envoyé de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie, Kofi Annan, qui se trouvait à Damas samedi dernier. Le même jour, Russes et Arabes avaient cosigné une déclaration en cinq points : "mettre un terme à la violence en Syrie indépendamment de son origine", créer un mécanisme de contrôle d'une possible transition, organiser l'acheminement de l'aide humanitaire, soutenir la mission de Kofi Annan. Dernier élément: rappel du principe de "non-ingérence" dans les affaires syriennes.

La Russie sait Bachar al-Assad condamné

Si, implicitement, le Kremlin reconnaît ainsi une possible transition en Syrie, il reste le principal opposant sur la scène internationale à toute intervention. Lavrov a répété devant les Nations Unies qu'il ferait obstacle à toute résolution qui ne renverrait pas dos à dos les deux parties. Pour André Filler, maître de conférence à l'université Paris 8, la Russie sait la chute de Bachar al-Assad inéluctable. "Ils espèrent désormais que le régime tombe naturellement. Si les Russes freinent des quatre fers sur le dossier syrien, c'est d'abord que le pays revêt un enjeu stratégique majeur. Le port de Tartous, dans lequel stationne une trentaine de navires russes, est leur seule ouverture sur la Méditerranée mais aussi la seule base militaire russe en dehors de l'ancienne Union Soviétique". "Les navires qui y sont stationnés sont anciens et en très mauvais état", nuance Julien Nocetti, chercheur associé au sein de l'Institut Français des Relations Internationales

La Syrie, un enjeu stratégique

Mais l'enjeu est symbolique : depuis quelques années la Russie tente de réaffirmer sa position dans la région, prépondérante sous l'aire soviétique. En 2005, Vladimir Poutine a décidé d'effacer 70% des 12 milliards de dollars de la dette syrienne contractée vis-à-vis de la Russie. En 2007, nouvelle étape dans le rapprochement, Damas et Moscou ont signé un contrat important portant sur l'achat d'armement, notamment des missiles sol-air. Dans un communiqué publié le 10 mars 2012, le Conseil National Syrien a annoncé qu'il n'assumerait pas, en cas de prise de pouvoir, les engagements signés par le "gouvernement illégitime". Un contrat d'armement qui s'inscrit dans une politique globale de réinvestissement économique du pays. Lukoil, premier producteur russe de pétrole, a réalisé de nombreux investissements dans le pays, riche en gaz. Au total, les investissements russes en Syrie avoisineraient les 20 milliards de dollars.

Conflit diplomatique avec les pays du Golfe

Comme dans d'autres pays de la zone, la Russie est en concurrence avec la Qatar et l'Arabie Saoudite, ce qui entraine parfois des tensions diplomatiques fortes. A la fin novembre 2011, l'ambassadeur de Russie au Qatar avait été roué de coups par des douaniers. "L'émirat avait proposé plusieurs dizaines de milliards de dollars contre le soutien de la Russie à une intervention en Syrie" explique Julien Nocetti. Le Kremlin soupçonne les deux pays du Golfe de financer des camps d'entraînement islamistes en Tchétchénie. "Ils pensent que les Occidentaux sont naïfs vis-à-vis de la question religieuse en Syrie. Ils craignent un risque de libanisation dans le pays", ajoute-t-il.

L'enjeu religieux 

Le régime Baassiste de Bachar al-Assad est jugé tolérant vis-à-vis des différents courants religieux. Le Kremlin peut ainsi se placer en protecteur des chrétiens d'Orients, comme en témoigne la récente visite du patriarche Cyril, sans pour autant froisser les 15 millions de musulmans russes. Selon André Filler "les musulmans interpréteraient une intervention militaire comme une attaque de l'Occident contre un pays majoritairement musulman", et ce, même si c'est pour soutenir une rébellion plus traditionaliste sur la question. Alors qu'il est contesté dans son propre pays, Vladimir Poutine ne peut se mettre à dos cette communauté qui a massivement voté pour lui.

La Syrie pour préparer l'Iran

Même si la Russie n'a pas intérêt à voir tomber Bachar al-Assad, elle semble s'être faite une raison. Si, pourtant, elle maintient un soutien fort sur la scène internationale, au risque de se mettre à dos certaines puissances internationales, c'est qu'elle envisage le jeu diplomatique actuel comme une répétition générale de ce qui pourrait se passer en Iran. Pour André Filler, "la chute du régime syrien affaiblirait fortement l'Iran et renforcerait les États-Unis". Et si les investissements russes sont importants en Syrie, ils sont colossaux en Iran. Lukoil a déclaré vouloir transférer, à terme, 25% de sa production de pétrole en Iran.

 

Par Mathieu Molard
journaliste multimédia


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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 15:43
Médiapart - Mardi 13 Mars 2012 à 05:00
Yianis Makridakis - Tribune

 

Yianis Makridakis est écrivain. Ayant un sentiment de profonde gratitude et de respect envers les citoyens français, il a voulu leurs adresser cette lettre, à travers Marianne2, pour les informer de ce que la Grèce vit réellement aujourd'hui. Son but, « éviter l'assaut des régimes totalitaires des marchés en Europe afin de pouvoir enfin créer une Union Européenne des citoyens et des personnes ».

 

(Paris : manifestation de soutien pour les grecs - SEVGI/SIPA)
(Paris : manifestation de soutien pour les grecs - SEVGI/SIPA)
Chers Français et concitoyens Européens,

Je m'adresse à vous, pas seulement grâce à votre tradition démocratique et à vos combats pour les droits de l'homme, mais aussi parce que votre pays, et certains Français illuminés du passé, comme Octave Merlier en 1945, ainsi que beaucoup d'autres personnalités à la fois célèbres et anonymes se sont précipités pour soutenir et aider les citoyens grecs et les combattants de la résistance dans les moments historiques de la guerre civile (1946-1949) et de la dictature militaire en Grèce (1967-1973).

Je vous adresse un cri d'angoisse et d'indignation à cause de ce qui se passe dans mon pays ces deux dernières années sous le prétexte d’une politique économique qui vise à échapper à la crise de la dette.

Je m'adresse à vous en tant que dernier espoir en attendant d'activer vos sentiments démocratiques et humanitaires et de mobiliser votre réaction à travers des textes et des mouvements, afin de changer le parcours de l'Europe, qui, en commençant par la Grèce, se déplace tête baissée vers une gouvernance par des régimes totalitaires.

En Grèce, chers Français et concitoyens européens, on estime que nous sommes déjà depuis longtemps sous un régime dictatorial.

Les partis politiques et leurs représentants au Parlement, ont été élus en 2009, lorsque la situation politique en Grèce était complètement différente et rien ne préconisait ce que nous vivons aujourd'hui. Les partis politiques, les partis au pouvoir n'ont pas dit un mot aux citoyens sur la crise économique et la dette dans leurs programmes électoraux. En revanche, ils sont montés au gouvernement sous le slogan « De l’argent, il y en a ».

Et après quelques mois, sans avoir eu l'approbation des citoyens grecs, les partis au pouvoir ont amené notre pays au Fonds Monétaire International (FMI) et sous la tutelle de la Troïka en signant le premier Mémorandum (protocole du plan d’austérité).

Je ne vais pas vous ennuyer en vous présentant des circonstances, que vous connaissez déjà à travers les nombreuses références et reportages des médias. Je dirai seulement que l'échec du premier protocole d’austérité (Mémorandum 1) a conduit le pays dans une récession économique majeure et la société dans la pauvreté et la décadence.

Suite à cette première déviation politique, puisque le protocole a été signé sans que le citoyen grec ait donné son accord, une deuxième, plus provocante,  a suivi. Le Premier Ministre grec George A. Papandreou, élu en 2009, a démissionné et Lucas Papademos, ancien banquier et membre de la Banque centrale européenne, a été nommé Premier Ministre à sa place.

Un gouvernement non élu, sous la direction du Premier Ministre Lucas Papademos, a continué de poser des dilemmes de chantage aux citoyens grecs dans le but de signer un nouveau Mémorandum, qui rassure à jamais tous les prêteurs du pays, prévoit de céder une partie de la souveraineté nationale de la Grèce, appauvrit davantage les citoyens grecs, impose de vendre jusqu'à concurrence leurs ressources nationales en jetant le pays dans une récession encore plus profonde, avec toutes les conséquences que cela puisse apporter à la société désorganisée.

En parallèle, ce gouvernement non élu a adopté une violence inouïe et illégitime contre des citoyens grecs, qui, parfois à travers des rassemblements, ont tenté de protester.

En ayant tout signé à l'insu des citoyens grecs dans le Mémorandum 2, ce gouvernement non élu a accepté la condition de rassurer d’une manière constitutionnelle le remboursement de la dette. C'est-à-dire que ce gouvernement non élu a effectué le changement de la Constitution Grecque en faveur des prêteurs.

Les élections en Grèce, si elles ont lieu un jour, n’auront plus de sens, puisque le gouvernement nommé actuel a signé des accords engageant les futurs gouvernements. Ils ont donc engagé les citoyens grecs et la société grecque pendant au moins huit ans, jusqu'en 2020, année où, selon le scénario le plus optimiste, la dette grecque sera à 120% du Produit Intérieur Brut (PIB), telle qu'elle était en 2009, lors des dernières élections.


Chers Français et concitoyens Européens.

Nous les Grecs, nous vivons sous le régime dictatorial des marchés, nous souffrons et le pire de tout ce que nous éprouvons n’est ni la pauvreté ni la misère, mais le désespoir car nous ne pouvons pas nous exprimer en tant qu'individus et en tant que citoyens. Nous sommes captifs de ceux qui ont régné pendant trente ans dans notre pays, qui ces deux dernières années, ont changé de masque, feignent d’être innocents, les réformateurs, signent tout contrat et mémorandum qui ne sert que les intérêts des prêteurs et battent impitoyablement chaque manifestant pacifique qui se sent étouffé par l'injustice accumulée, en employant la répression policière et ses armes chimiques.

Chers Français et concitoyens Européens, je vous demande de pressentir notre avenir commun et celui de l'Europe. La Grèce n'est pas la victime. Elle est la première victime. C'est un cobaye. Si les objectifs sont atteints, ce qui n'est pas loin de la réalisation, la formule sera appliquée à d'autres pays, ayant comme conséquence la transformation de l’Europe des citoyens à l'Europe des gens économiquement et politiquement misérables.

De la Grèce, berceau de la démocratie, de Chios, l'île où j’habite, qui se trouve à la frontière de l'Union européenne, en face de la côte Turque, j’émets un cri avec toute la force qui me reste et je demande votre aide parce que notre présent ici est privé de droit d'expression politique et notre avenir n'existe pas.

Je vous remercie et je compte sur votre aide pour faire entendre notre voix et ensemble nous pouvons enfin nous battre pour une Europe à visage humain.


Traduction du Grec: Lazaros MAVROMATIDIS

 

Retrouvez Yianis Makridakis sur son blog.
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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 15:36
Marianne - Mardi 13 Mars 2012 à 12:00 | Lu 944 fois I 2 commentaire(s)

 

Greek Crisis
Historien et ethnologue, ancien correspondant en France pour la revue grecque Nemecis, Panagiotis...

 

 

Suite des carnets hellénistes de Panagiotis Grigoriou, qui décrit la relative accalmie en Grèce depuis Rhodes. La saison touristique va bientôt ouvrir, tout doit être fait pour accueillir les visiteurs à bras ouverts, en laissant de côté les problèmes du pays. Mais est-ce parce qu'on n'en parle plus qu'ils vont disparaître pour autant ?

 

(Tourisme à Athènes - SAEZ PASCAL/SIPA)
(Tourisme à Athènes - SAEZ PASCAL/SIPA)
Le métronome de la crise n'indique pas le même tempo partout. Dans les îles grecques, et bien au-delà, son signal, pourtant toujours audible, s'atténue quelquefois par l'écho de la mer. À Rhodes, ce signal, trahit pourtant une certaine agitation. C'est la saison du grand rafistolage en direct. Peinture, menuiserie et surtout, l'appréhension du futur. Les hôtels et les autres infrastructures touristiques, sont en ce moment en réfection, car le moment du premier vol charter ne tardera pas. Examiné sous ce prisme, le quasi-imprévisible qui a créé l'événement du 7 mars, comme dirait peut-être Georges Braque en pareilles circonstances, a été largement commenté sous la polémique, à travers les terrasses du vieux port, et dans les cafés, décorés des images du passé.
 
Un vieil homme a même levé sa canne de marche, la tenant fièrement par son pommeau en signe d'indignation... contre les indignés et les politiciens, sans distinction : « Voyez-vous, ces images de Rhodes feront le tour du monde par votre Internet et par les télés, les touristes auront alors peur, c'est du blasphème (sic) à l'encontre de notre tourisme, les indignés ne travaillent-ils pas dans cette branche ? Puis, ces politiciens – escrocs, pourquoi sont-ils venus se montrer ainsi —, c'était bien prévisible, honte, honte à tous, nous creusons notre propre tombe alors tout seuls ».

La réponse fut immédiate : « Monsieur, vous vous trompez, Rhodes et la Grèce c'est le soleil plus désormais les manifestations, les touristes viendront évidement, car ils savent qu'ils ne craignent rien, certains étaient déjà sur la place de la Mairie hier, et ils prenaient bien des photos, vous ne les aviez pas remarqués, ils étaient même plutôt souriants ».
 
Par contre, chez les politiciens, les événements de Rhodes « constituent un mauvais signal, car en dépit de ces actes, il s'agit de protéger et de préserver le fonctionnement de notre régime démocratique », a déclaré devant le conseil des ministres, Lucas Papadémos, le premier, Premier ministre de notre pays à être si... démocratiquement élu, plébiscité même, par tous les automates banquiers, plantés sur notre territoire, d'où sans doute, le dernier sobriquet qu'on lui a collé, « l'automate ».

La spirale de la dette

Alors les automates, Papadémos et les siens ces derniers jours, se déclarent plus que satisfaits, se félicitant entre eux, et si possible devant les caméras, de l'achèvement « réussi » du PSI, autrement-dit, « de la plus grande restructuration de dette de l'histoire d'un pays » selon le journal Le Monde de ce samedi 10 mars.

Car ainsi, la Grèce « évite la sortie de route incontrôlée mais doit néanmoins finir d'organiser sa propre faillite. Certes, 83,5 % des créanciers privés de la Grèce ont accepté d'abandonner 53,5 % de leurs titres, a indiqué Athènes, vendredi 9 mars au matin. Mais le gouvernement grec a décidé d'utiliser la force — et de contraindre les prêteurs récalcitrants à prendre leurs pertes. L'opération doit permettre d'effacer la moitié des 206 milliards d'euros d'emprunts du pays souscrits par les banques, assureurs et autres fonds. Et contribuer à ramener à 120,5 % du produit intérieur brut la dette hellène en 2020, contre 160 % aujourd'hui. Un niveau très élevé, qui ne met pas le pays à l'abri ».
 
Sauf que le PIB grec, devrait passer de –7,5 % à +2 %, en quelques mois, donc la nouvelle dette ne sera pas viable de toute façon... les citoyens non plus. C'est sans doute ce dernier paramètre « gênant », qu'un retraité a voulu aussitôt rappeler à la suffisance du ministre de l'Economie Venizélos, en lançant sur lui un yaourt, en pleine réunion nationale du PASOK ce samedi, aux quartiers sud d'Athènes. « Un homme âgé, alors dérangé et problématique, qui malheureusement a réussi à pénétrer dans les locaux », ont indiqué les proches du ministre. Venizélos, selon la presse, a alors tout simplement changé de veste gardant tout son sang froid, minimisant ainsi l'incident.

Espoir et tourisme

Mais à Rhodes, on sait faire aussi dans la diachronie à travers l’identité égéenne et méditerranéenne, par ses métamorphoses culturelles depuis les temps anciens, alors toujours visibles. Puis, comme pour Elytis, le poète, la mer Égée renvoie à l’éternité, une « mer perpétuelle », et on peut comme lui, penser au « soleil et [aux] années, qui viendront sans nous, porter déjà le deuil et chanter celles, qui déjà sont passées, si cela est réel ».
Pourtant, et avant toute éternité, comme il faut bien lutter pour la vie... sous « l'éternité » de la dette souveraine, on peut aussi juger finalement opportun, que de préparer ses bagages pour l'Australie, et pour les années qui viendront encore heureusement avec nous, et... avec tous les automates de la terre réunis, qui nous sont alors tombés sur la tête.
 
Comme ces deux amis entre eux, en train de pêcher, rencontrés sur la plage au nord de la ville, à l'heure du passage du ferry en provenance du Pirée : « Nous nous mordons la queue sur le tourisme je crois. Nous nous gargarisons le vinaigre de la globalisation à travers la gorge. Les touristes viendront et paieront encore moins cher, quelques dizaines d'euros au mieux, pour une pension complète dans les hôtels étoilés donnant sur la baie. Ces mêmes hôtels qui nous réclament à nous, les autochtones, 80 euros par nuit et sans pension. Donc, pour faire venir nos amis d'Athènes désirant séjourner à l'hôtel, c'était l'été dernier, nous avions réservé et réglé nos factures par Internet, via les tour opérateurs de Londres. Mon épouse est au chômage, elle sera peut-être embauchée dans un hôtel, et encore, il faut activer notre réseau, nous ne sommes plus très jeunes voyez-vous, puis, elle travaillera pour combien, 500 euros pas mois, 12h par jour ?

Moi même, je suis employé dans l'administration locale, mon salaire est ramené à 900 euros, nous avons deux enfants... Ma sœur vit en Australie, nous pensons éventuellement partir mais si possible, après l'été. Nous hésitons encore, car nous étions heureux chez nous, c'est notre île, nous l'aimons, puis, paraît-il que Rhodes c'était de la Grèce riche qu'en pensez-vous ? Nous avons vu à la télé qu'à Salonique des gens ont faim, Papadémos et les autres, nous ne voulons plus les voir, notre pays est si doux et eux, ils sont tellement durs, au diable tous 
».
 
D'autres par contre, ne partagent pas cet avis. Des universitaires par exemple, fréquentant les cafés branchés de Rhodes, lecteurs parfois assidus de la presse gouvernementale, se plaignant ainsi de la baisse de leurs salaires, ceci-dit, ils espèrent encore, «préparer la retraite pour bientôt, si possible bonne, c'est à dire, mille deux cent euros, plus un complément ». Ni lutte, ni indignation, chez certains d'entre eux en tout cas, autrement-dit, le sort de la Grèce raconté comme une mauvaise météo, puis, retour aux petites affaires de la faculté, la résistance finalement en option, facultative.

 

En revanche, Petros et sa fiancée Fani, elle, employée auprès d'une agence maritime, lui travaillant dans le tourisme, se disent prêts pour un autre avenir, désormais obligatoire selon eux :
« Nous y resterons et nous nous battrons jusqu'au bout. Par le travail et dans la lutte. Les salopards partiront d'ici un jour, pas nous, il est hors de question, mais sur Rhodes, les mentalités sont un peu lentes, disons ».
 
Le jeune homme de 21 ans, déféré devant la justice sur l'île des Chevaliers, à la suite des événements du 7 mars, a été condamné vendredi à quinze mois de prison avec un sursis de trois ans. « Ces accusations sont fausses, j'ai été poussé par la foule, je me suis retrouvé sur le policier et c'est ainsi qu'il a été blessé, c'était involontaire », a-t-il precisé, dans sa déposition au tribunal. Son avocat, Stelios Alexandris a déclaré aussitôt aux journalistes de la presse locale, que « le vrai perdant est notre démocratie ainsi blessée ». 
 
J'ai recueilli la version de trois militants de la gauche locale, SYRIZA et KKE (P.C.) sur le 7 mars. « Certains des nôtres étaient présents sur la place, mais nous avons officiellement appelé à ne pas participer aux... assauts, non pas par quelconque connivence avec les politiciens des grands partis du mémorandum, mais parce que nous sommes en train de subir une attaque sans précédent, de dénigrement des nos actions politiques. Cette propagande, cette pratique anti-gauche alors très sombre, renvoie aux habitudes des années 1950-1960.

Les indignés, disons de la première ligne, étaient alors des sympathisants d'autres mouvements, l'extrême droite ne devait pas être trop loin non plus, bien que très peu nombreuse sur Rhodes, puis, il y avait les jeunes du mouvement anarchiste, bien de chez nous. Nous avons même contribué à faire libérer le jeune garçon anarchiste, arrêté par la police. Il l'ont "simplement pris", car il était déjà repéré lors d'une action précédente de son mouvement, seulement, nous ne pouvons pas accepter une telle intimidation de la part des autorités.

Ainsi finalement, le juge pour mineurs n'a retenu aucune charge contre lui. Nous pensons que des approbations publiques sur les places initiales, nous devons arriver à un autre stade plus constructif, déjà, nous attendons les élections sous les intimidations des adversaires politiques. Le système mise gros depuis le Mémorandum II, des journalistes nous ont dit qu'à Athènes déjà, beaucoup d'argent a circulé en février pour acheter ou "corriger" des médias. Des journalistes de la presse écrite ou de la radio supposés anti-mémorandum, qui désormais "admettent l'inéluctable" ; nous pensons par exemple que le revirement survenu à la Radio-9, appartient à ce contexte. Il ne faut plus se voiler la face, la gauche a perdu toutes ses batailles depuis deux ans, désormais, il ne faut plus perdre, car bientôt, elle peut ne plus exister, elle sera éventuellement mise hors la loi, et il y a à craindre que les sociétés occidentales de 2012 ne soient pas prêtes pour mener la lutte clandestine, comme en 1940
».

Un pays ingouvernable ?

Chez les bancocrates aussi on réfléchit. Le gouvernement de l'automate, d'ailleurs remanié depuis quelques jours suivant le stratagème désuet de la poudre aux yeux, prend acte du châtiment de Rhodes et se prépare pour la fête nationale du 25 mars. Nous commémorons la Révolution du 1821 et la liberté retrouvée, après une longue domination Ottomane. Ainsi, et de son côté, l'hebdomadaire de l'extrême droite « La Cible », paru jeudi, présente sur sa Une, la photographie retouchée du bâtiment de l'Assemblée Nationale, peint... en treillis, sous le titre : « La seule solution face à une Europe qui vacille et à un régime en décomposition, c'est l'État National. En Grèce, hier, comme aujourd'hui, c'est le Peuple qui fait la Résistance et l'Armée qui fait la Révolution ! - Les parachutistes réservistes de nouveau en tête, ils seront là où il faut, ce 25 mars».

Et dans les pages intérieures, on peut lire l'appel de cette Union des Réservistes des Forces... effectivement très Spéciales : « Nous appelons à manifester Place de la Constitution, devant le monument du soldat inconnu pour enfin montrer au gouvernement d'occupation et à ses déchets hellénophones qui nous gouvernent, qu'il ne pourront plus briser la réaction du peuple grec (...) ».
 
Je ne suis pas un adepte du conspirationnisme à toutes les sauces rallongées, seulement, je trouve d'une assez curieuse coïncidence, que les déclarations récentes de Michel Rocard, certes formulées différemment, expriment au fond la même idée, sur cette « seule solution, car ce pays devient ingouvernable », (voir le billet précédent).
 
Au même moment sur Internet, un texte se réclamant du mouvement des Indignés, appelle à occuper les rues et les places ce 25 mars et d'y rester. Donc effervescence. Au P.C. grec, on se dit inquiet des agissements des parachutistes réservistes, car « un coup provocateur serait en préparation ». Ceci-dit, on se demande parfois, et pas très ouvertement, chez certains camarades à gauche, « pourquoi un État national serait-il obligatoirement issu d'une idée accaparée et orientée par l'extrême droite, et ainsi remorquée dans ses eaux territoriales, alors troubles... La gauche désunie finira par... perdre ses eaux et comme la politique s'apparente parfois à la mer, elle traversera les portillons étanches comme dans les entrailles du Titanic. » (paroles entendues à Athènes, en janvier 2012).
 
Pas loin de la ruelle Pier (et non pas Pierre !) et Marie Curie à Rhodes, des chats se nourrissent dans les poubelles alors remplies, en attendant les vacanciers, tout comme la presse locale, qui multiplie les reportages, sur les grands voyagistes britanniques, allemands, français ou russes. « La saison sera inaugurée comme toujours, après le 25 mars », peut-on aussi entendre ici ou là, dans les ruelles de la vieille ville. Et à Athènes alors ?
 
 
Retrouvez Panagiotis Grigoriou sur son blog.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:36

LEMONDE | 13.03.12 | 13h20   •  Mis à jour le 13.03.12 | 14h35

 
 

 

Les autorités américaines ont annoncé avoir finalisé l'accord avec cinq grands établissements - dont la Bank of America - pour leur faire renoncer à une partie des créances immobilières.

Les autorités américaines ont annoncé avoir finalisé l'accord avec cinq grands établissements - dont la Bank of America - pour leur faire renoncer à une partie des créances immobilières.AFP


Les prières du révérend Ryan Bell ont presque été exaucées. Lundi 12 mars, les autorités américaines ont annoncé avoir finalisé l'accord avec cinq grands établissements – Ally Financial, Bank of America, Citigroup, JPMorgan Chase et Wells Fargo – pour leur faire renoncer à une partie des créances immobilières que leur doivent certains ménages et éviter la saisie de leur maison. Coût de l'opération : 25 milliards de dollars (18,9 milliards d'euros). "C'est une bonne chose, commente M. Bell, mais il faut poursuivre le chemin."

Depuis des semaines, le révérend de l'église adventiste d'Hollywood ne cesse de fustiger les banques de Wall Street accusées de malmener ses paroissiens endettés, au point d'avoir attiré l'attention du New York Times. Samedi 10 mars, M. Bell a d'ailleurs encore parlé finance dans son sermon en utilisant le passage de la Bible où Jésus chasse les changeurs d'argent hors du temple (Marc 11:15-19).

Mais la référence préférée du religieux est tirée de l'Evangile selon saint Matthieu contant l'histoire de ce roi qui, par charité, efface la dette de l'un de ses serviteurs, avant d'apprendre que celui-ci est sur le point d'étrangler un de ses compagnons qui lui doit de l'argent. Le roi se fâche alors et le livre aux bourreaux. "C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère", est-il écrit.

 

"OPERATION COMMANDO"

Pour M. Bell, la parabole illustre parfaitement la situation actuelle. "Les banques ont été sauvées et maintenant elles étranglent les ménages", explique-t-il. Il faut donc les punir... Le révérend – plus proche d'Eric Cantona, notre ex-footballeur antibanques, que de l'abbé Pierre – a ainsi décidé de retirer l'argent de son église de Bank of America et appelé ses paroissiens à faire de même avec les vilaines banques. La somme reste modeste, de l'ordre de 450 000 dollars.

Mais M. Bell n'est pas seul. Loin de là. D'autres congrégations religieuses, églises, synagogues... participent à cette "opération commando" poussée notamment par PICO National Network, une organisation de communautés religieuses militant pour la justice sociale. "Nous avons un pouvoir économique", se réjouit l'un de ses directeurs, Gordon Whitman. Car l'accord de 25 milliards de dollars reste encore trop modeste, dit-il, pour aider les emprunteurs en détresse : "Il faudrait 300 milliards."

Claire Gatinois (New York, envoyée spéciale)


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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:29

LEMONDE.FR avec AFP | 13.03.12 | 08h22   •  Mis à jour le 13.03.12 | 14h22

 
 

 

Un moine tibétain dans le Sichuan, le 22 février 2012.

Un moine tibétain dans le Sichuan, le 22 février 2012.REUTERS/CARLOS BARRIA


Un jeune moine tibétain s'est immolé par le feu dans le sud-ouest de la Chine. Le bonze, âgé de 18 ans, était originaire du monastère de Kirti, haut lieu de la résistance tibétaine. Il s'est transformé en torche humaine dans la ville d'Aba, dans l'ouest de la province du Sichuan, à forte population tibétaine, a indiqué l'organisation Free Tibet, dont le siège est à Londres. L'immolation, confirmée également par Radio Free Asia, a en revanche été niée par la police locale.

 

>> La carte des immolations de Radio Free Asia


Au moins vingt-six Tibétains, en majorité des moines bouddhistes, se sont immolés par le feu ou ont tenté de le faire en moins d'un an dans les zones tibétaines chinoises.

De nombreux Tibétains se plaignent de la répression de leur religion et de leur culture et de ce qu'ils considèrent comme une domination grandissante des Han, ethnie fortement majoritaire en Chine. La session annuelle du Parlement chinois se déroule actuellement à Pékin et le pouvoir redoute encore plus d'éventuelles contestations.

Le mois de mars est aussi un moment sensible pour les Tibétains. Le dalaï-lama, leur chef spirituel, avait en mars 1959 pris le chemin de l'exil, traversant à pied l'Himalaya pour arriver en Inde.

Et en mars 2008, des manifestations de moines bouddhistes à Lhassa, la capitale du Tibet, à l'occasion du 49e anniversaire du soulèvement et de l'exil du dalaï-lama, avaient dégénéré en émeutes et gagné les provinces voisines à forte population tibétaine.

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:23

Forum mondial de l'eau | LEMONDE | 12.03.12 | 17h29   •  Mis à jour le 13.03.12 | 10h45

 
 

New Delhi, correspondant régional - "La guerre de l'eau" : le scénario alarmiste figure désormais en bonne place dans les analyses prospectives sur la sécurité en Asie du Sud. En février 2011, le Sénat américain avait publié un rapport intitulé "Eviter les guerres de l'eau", centré sur les risques pesant sur le Pakistan et l'Afghanistan. L'étude s'inscrit dans une littérature déjà abondante sur la montée des conflits géopolitiques attisés par la raréfaction de la ressource hydrique dans une région où le triangle Pakistan-Inde-Chine est déjà éminemment instable. En butte à des besoins croissants en énergie, les Etats agrégés autour de l'Himalaya - surtout la Chine et l'Inde aux économies émergentes - sont embarqués dans d'ambitieux projets de barrages hydroélectriques, attisant d'inévitables tensions avec les pays voisins situés en aval.

Le réchauffement climatique et son impact sur la fonte des glaciers himalayens, qui accroît les risques d'inondation à court terme, ajoutent aux inquiétudes ambiantes. L'Inde se situe au coeur de ce puzzle "hydropolitique". Dès que l'on décortique les contentieux avec ses voisins, le partage de l'eau de l'Himalaya s'impose comme une source majeure de frictions.

Avec la Chine, la controverse n'a cessé de s'aiguiser ces dernières années. Elle se focalise sur les projets chinois le long du Brahmapoutre (appelé aussi de son nom tibétain Yarlung Zangbo par les Chinois), lequel prend sa source au Tibet, ainsi que sur la plupart des grands fleuves d'Asie.

En sortant du Tibet, le Brahmapoutre traverse les Etats indiens de l'Arunachal Pradesh et de l'Assam (Nord-Est) avant de sillonner le Bangladesh. Aussi le gouvernement de New Delhi voit-il avec beaucoup de suspicion la construction de tels barrages qui risquent d'altérer la course du fleuve sur ses terres du Nord-Est. Les passions se sont récemment embrasées à propos de rumeurs sur un prétendu projet pharaonique de Pékin visant à détourner l'eau du Brahmapoutre pour la canaliser vers les régions assoiffées de la Chine du Nord.

Ce plan de diversion massive relève toutefois plus d'un fantasme indien que d'une réalité chinoise, en tout cas pour l'instant.

Amère ironie : l'Inde reproche à la Chine un égoïsme de l'eau qu'elle inflige elle-même à ses voisins situés en aval. Car le Bangladesh aussi se plaint amèrement des projets indiens de barrages ou de retenues d'eau sur le Brahmapoutre comme sur le Gange. Dans cette affaire, la tâche de New Delhi est compliquée par les intérêts particuliers de ses propres Etats fédérés, comme l'a illustré l'attitude récalcitrante du Bengale-Occidental qui a fait capoter en 2011 un projet d'accord indo-bangladais sur la rivière Teesta. Cette question du partage de l'eau alimente également au Népal des sentiments hostiles à New Delhi.

Le Népal est certes un pays situé en amont, mais son arriération technologique l'a conduit à coopérer avec l'Inde pour la construction de ses barrages en vertu d'accords dénoncés comme "inégaux" par certains partis népalais.

Plus à l'ouest de la chaîne himalayenne, l'Inde "en amont" se heurte aussi au Pakistan "en aval", selon le scénario de type bangladais. A la différence près que la discorde est exacerbée par la rivalité historique opposant les deux Etats nés en 1947 sur les décombres de l'Empire britannique des Indes.

La trentaine de barrages construits, ou en passe de l'être, par New Delhi alimente les pires accusations au Pakistan, notamment de certains groupes djihadistes lançant des menaces terroristes sur le thème : "l'eau ou le sang". La ressource en eau se raréfie dans les deux pays : la moyenne disponible par habitant a chuté à 1 700 m3 en Inde et à 1 000 m3 au Pakistan. D'où l'enjeu de ce partage de l'eau de l'Indus et de ses cinq affluents qui traversent le Cachemire indien avant d'irriguer la plaine du Pendjab pakistanais.

Bien que les deux Etats se soient déjà livrés quatre guerres, la querelle de l'eau a pour l'instant été globalement endiguée grâce au traité de l'Indus signé en 1960 sous les auspices de la Banque mondiale. Cet accord alloue au Pakistan les trois cours d'eau dits "occidentaux" (l'Indus et ses deux affluents Jhelum et Chenab) - près de 75 % de l'ensemble du débit - et à l'Inde les trois dits "orientaux" (Ravi, Beas, Sutlej, autres affluents de l'Indus). L'Inde se voit en outre reconnaître le droit à usage limité (irrigation, hydroélectricité) en amont sur l'Indus et ses deux affluents "occidentaux" confiés au Pakistan. New Delhi s'est toujours réclamé de ce traité pour défendre la légalité de ses projets de barrage au Cachemire. En réalité, l'affaire est moins juridique que stratégique, le Pakistan se sentant fragilisé face à la capacité que les Indiens s'arrogent à réguler éventuellement le cours de ses cours d'eau.

 

Frédéric Bobin


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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:17

LEMONDE | 13.03.12 | 11h14   •  Mis à jour le 13.03.12 | 11h30

 
 

 

Concernant la vente des farines, l'Autorité de la concurrence condamne les meuniers à une amende de 242,4 millions d'euros.

Concernant la vente des farines, l'Autorité de la concurrence condamne les meuniers à une amende de 242,4 millions d'euros.D.R.


Les meuniers français et leurs homologues allemands vont manger leur pain noir. Selon la décision de l'Autorité de la concurrence, dévoilée mardi 13 mars, ils devront s'acquitter d'une lourde amende collective d'un montant total de 242,4 millions d'euros.

Ces fabricants de farine pour la grande distribution sont condamnés à double titre. D'une part, pour avoir noué une entente franco-allemande pour limiter les volumes d'exportation sur leurs territoires respectifs. Et d'autre part, en ce qui concerne les meuniers français, de s'être accordés pour fixer le prix, la production, et pour se répartir la commercialisation de la farine en sachets.

C'est un meunier allemand, la société Werhahn qui a dévoilé le pot aux roses, sachant qu'une entreprise qui dénonce une entente bénéficie d'une exonération totale ou partielle. Dans le cas présent, Werhan, deuxième entreprise de meunerie allemande, qui risquait une amende de 16,66 millions d'euros, s'en sort indemne. A la suite de cette dénonciation, l'Autorité de la concurrence s'est saisie de l'affaire en avril 2008. Elle a mené des perquisitions en France et outre-Rhin avec le concours de son homologue allemand Bundeskartellamt.

D'après les pièces saisies, les meuniers français et allemands avaient établi un pacte de non-agression mutuelle. Ils limitaient l'accès à leurs marchés respectifs et maîtrisaient les exportations de farine en sachets en les maintenant à un niveau défini par avance, estimé à 15000tonnes par an. Selon les sages de la rue de l'Echelle, l'infraction aurait duré de mai 2002 jusqu'en 2008.

Pour cette entente, l'Autorité a prononcé une sanction de 95,5 millions d'euros. La société la plus taxée, Axiane meunerie, devrait s'acquitter d'une amende de 19,9 millions d'euros ; viennent ensuite les Grands moulins de Paris (11,8 millions) et les Grands moulins de Strasbourg (9,8 millions).

L'Autorité estime que cet accord "a mis les meuniers français à l'abri de la concurrence des meuniers allemands plus compétitifs. Les consommateurs français ont ainsi perdu l'opportunité d'acheter la farine à prix plus bas".

 

VERROUILLAGE DES MARCHÉS

Second grief : le verrouillage du marché français. D'abord avec la création de France farine dès 1965. Cette entreprise a pour actionnaires les meuniers français pour qui elle commercialise la farine en sachets auprès de la distribution, que ce soit par le biais de la marque nationale Francine dont elle est propriétaire ou par le biais de marques de distributeurs ou régionales. France farine applique un prix de cession unique, puis répartit les commandes entre ses actionnaires par zone géographique.

Pour répondre aux appels du hard discount, les meuniers ont créé une deuxième structure Back Mühle, qui négocie collectivement la vente de farine en sachets depuis 2001.

Pour ces deux ententes, l'Autorité a prononcé une sanction de 146,9 millions d'euros. Dont 44 millions pour Axiane meunerie, 35 millions pour Euromil Nord et 24,6 pour les Grands moulins de Paris.

Laurence Girard

 


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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:11

LEMONDE | 13.03.12 | 11h09   •  Mis à jour le 13.03.12 | 14h46

 
 

 

Photo prise le 12 mars 2012 à Trégunc de la plate-forme de distribution de courrier où un cadre de La Poste en arrêt maladie a été retrouvé pendu le 11 mars.

Photo prise le 12 mars 2012 à Trégunc de la plate-forme de distribution de courrier où un cadre de La Poste en arrêt maladie a été retrouvé pendu le 11 mars.AFP/FRED TANNEAU


Stupeur et incompréhension, lundi 12 mars, parmi les quinze agents de la plate-forme de distribution du courrier de Trégunc (Finistère). En arrivant au travail, ces facteurs apprennent le suicide d'un membre de l'encadrement. La veille, un promeneur a découvert son corps, pendu à l'entrée du centre de tri ouvert en avril 2010, au fond d'une zone d'activités de cette commune littorale.

Le choc est rude. Il renvoie au suicide, à Rennes, le 29 février, d'un cadre de 28 ans, qui s'est défenestré devant ses collègues, cinq mois après qu'une postière de 52 ans s'est donné la mort à Paris.

Bruno P., cadre de 43 ans diplômé d'un DESS en économie et finances, père de deux jeunes enfants, travaillait depuis près de vingt ans à La Poste. En arrêt-maladie depuis trois mois, il devait prendre un poste de directeur adjoint en charge des ressources humaines à Rosporden, ville voisine, dans une quinzaine de jours.

Cette affectation, il l'avait obtenue, à sa demande, pour mettre fin à de mauvaises relations avec sa hiérarchie proche, qu'il accusait de "pressions" et de "harcèlement". Il s'était longuement arrêté entre 2007 et 2009, et s'était résolu à solliciter l'arbitrage du PDG de La Poste, Jean-Paul Bailly, lequel était intervenu pour que sa mutation soit acceptée.

Deux courriels, qu'a pu consulter Le Monde, rendent compte de leurs échanges. Dans le premier, daté du 3 novembre 2011, Bruno P. "sollicite l'aide urgente" du PDG, en s'"excusant par avance de [lui] prendre un peu de [son] temps".

Il y adjoint une lettre où il décrit "un quotidien professionnel marqué par des dérapages réguliers [de sa hiérarchie] qui entretient chez [lui] un profond mal-être, (…) un lent processus insidieux et destructeur qui (…) compromet [son] devenir professionnel". Or, poursuit-il, "j'ai toujours eu des équipes (…) à manager, j'ai conduit le changement (…) et je me suis toujours fait un point d'honneur de mettre l'humain au cœur de mon management".

Le deuxième mail parvient à M. Bailly le 1er décembre. Le postier le remercie pour son intervention "qui a permis de régler les points de litiges professionnels qui affectaient [sa] vie professionnelle et personnelle depuis plusieurs semaines".

 

"ÉCOUTE TARDIVE"

Que s'est-il passé entre le 1er décembre et le 11 mars ? La direction et les syndicats s'interrogent. Ceux-ci sont d'autant plus troublés qu'ils ont reçu un courriel de Bruno P., le jour de sa mort, avec des pièces jointes résumant, écrit-il, les "différents événements ayant marqué [sa] carrière professionnelle de ces dernières années et leurs conséquences… 2011 et 2012…".

Bruno P. y évoque une "convocation médicale", un "contrôle" qui paraît le contrarier. Ce courriel s'achève ainsi : "A noter que mon arrêt-maladie actuel va jusqu'au 25/03 et que je devais reprendre à son issue (…). Si vous pouviez essayer de faire que 'tout ça' débouche sur quelque chose de positif et de constructif pour l'entreprise et nos collègues… Merci à vous tous."

Tout en reconnaissant une certaine "fragilité psychologique" au cadre, les syndicats Sud, CGT, CFE-CGC et CFDT, lors d'une conférence de presse à Quimper (Finistère) lundi, renvoient aux conditions de travail des postiers, soumis à une hiérarchie toujours plus exigeante. Ils évoquent "une écoute tardive" et "un problème de management qui n'est pas propre à la Bretagne". Mise à l'épreuve de réorganisations incessantes à La Poste, depuis quinze ans, l'organisation du travail serait à l'origine d'un profond mal-être des employés.

"Bruno P. a été cassé par La Poste", déclare sans ambages un élu cégétiste, qui n'hésite pas à évoquer des similitudes avec la situation chez France Télécom.

Lundi matin, à Trégunc, les facteurs n'ont pas voulu prendre leur service. Une cellule d'écoute a été mise en place. Un comité hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) extraordinaire est convoqué mercredi. A Paris, la direction a fait part de sa "vive émotion", après ce deuxième suicide en Bretagne. Son PDG, Jean-Paul Bailly, avait été prévenu dans la soirée de dimanche, avant même l'appel de la police. Le désarroi est d'autant plus grand, dit un proche, que les problèmes du jeune cadre avaient été "identifiés et pris en charge".

M. Bailly se donne une semaine pour rencontrer les syndicats, dans le cadre du cycle d'écoute sur la santé au travail ouvert après le suicide de Rennes. Avant de faire ses premières propositions.

 

>> Lire notre entretien avec François Dupuy, directeur académique du Centre européen d'éducation permanente : "Le système du 'toujours plus' accroît la pression au travail"


Stéphane Cariou (à Concarneau) et Anne Michel

 


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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:04

 

Le Monde - Mardi 13 mars 2012

 

Partout dans le monde, des barrages colossaux sont en construction. Officiellement, il s'agit d'accroître l'accès des populations à l'électricité et de soutenir la croissance économique. Mais en réalité, si les grandes entreprises du Nord et les institutions financières internationales se ruent vers les fleuves des pays du Sud pour y édifier ces gigantesques ouvrages aux conséquences environnementales et sociales désastreuses, c'est en raison de la perspective de "marchés juteux et sans risque". Voilà les conclusions d'un nouveau rapport des Amis de la Terre, intitulé A qui profitent vraiment les grands barrages ? et publié à l'occasion du Forum mondial de l'eau qui se tient à Marseille du 12 au 18 mars. Ronack Monabay, chargé de campagne sur les institutions financières internationales pour l'ONG, revient sur les enjeux de ces constructions.

 

Qu'est-ce qu'un grand barrage et où les trouve-t-on ?

Ronack Monabay : Tout au long du XXe siècle, l'idée du développement économique a été associée aux barrages. Résultat : on en compte aujourd'hui 800 000 dans le monde dont 52 000 sont considérés comme des grands barrages, c'est-à-dire d'une hauteur de plus de 15 mètres et avec un réservoir supérieur à 3 millions de m3. Les quatre principaux pays constructeurs de barrages en comptent les trois quarts : 45 % en Chine, 14 % aux Etats Unis, 9 % en Inde et 6 % au Japon. La France possède, elle, 569 grands barrages, soit 1 % du total mondial.

Pourquoi les grands barrages posent-ils problème ?

Ronack Monabay : S'ils fonctionnent avec une ressource renouvelable, les grands barrages sont néanmoins loin de produire une énergie propre. Au-delà des impacts de leur construction proprement dite, et des milliards de tonnes de béton utilisées, leur édification crée d’immenses retenues d’eau qui submergent des terres cultivées ou des forêts, entraînent la décomposition des nombreuses matières organiques et libèrent de grandes quantités de gaz à effet de serre (notamment du méthane et du protoxyde d’azote, respectivement 25 et 300 fois plus puissants que le CO2). Au final, ces ouvrages contribuent à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur aérien, selon l'association Rivières internationales.

Autres impacts environnementaux : les grands barrages bouleversent aussi fortement le fonctionnement des cours d’eau — 60 % des fleuves et rivières du monde sont altérés — et des écosystèmes, en provoquant la disparition de nombreuses espèces animales et végétales.

Enfin, les populations locales sont fortement touchées. Selon un rapport de la Commission mondiale des barrages, entre 40 et 80 millions de personnes ont été déplacées à cause des barrages au cours du siècle dernier. Plus largement, 472 millions de personnes ont été affectées par les impacts en aval des barrages, tels que la diminution des terres fertiles et des ressources halieutiques, la baisse de la qualité de l’eau, qui entraîne des maladies, ou encore la déforestation.

Quels sont les grands barrages, construits ou en projet, qui inquiètent le plus ?

Ronack Monabay : En Chine, le barrage des Trois-Gorges, le plus grand au monde, d'une puissance de 22 500 mégawatts (MW), a causé de nombreux et sérieux problèmes environnementaux, sociaux et économiques, que même le gouvernement de Pékin reconnaît.

>> Lire : Le colossal barrage des Trois-Gorges inquiète la Chine : L'accumulation d'une trop grande quantité d'eau dans le réservoir, long de 660 km et d’une capacité de 39 milliards de m3, augmente les risques de glissements de terrain et de tremblements de terre, selon des géologues. Des espèces du fleuve Yangtse ont été déclarées officiellement éteintes en raison de la pollution et des algues, qui s’accumulent du fait du barrage, au lieu d’être drainées par le fleuve. L'édifice a entraîné le déplacement de 1,4 million de personnes et la destruction d’un millier de villes et villages. Enfin, la baisse du niveau des eaux en aval du barrage, dont dépendent des populations entières pour l’agriculture, est particulièrement pointée du doigt lors des sécheresses.

Le barrage des Trois-Gorges

Nous nous inquiétons aussi du barrage de Jirau, au Brésil, sur le Rio Madeira. Ce chantier, mené par GDF Suez, doit générer une puissance de 3 300 MW, mais aussi entraîner le déplacement de milliers de personnes et l'inondation d'hectares et d'hectares de forêts.

L'ancien président brésilien Lula devant le barrage Jirau en construction

En Ouganda, la construction du barrage Bujagali, de 250 MW, a débuté en 2007, sous-traitée par l'entreprise italienne Salini, malgré l’opposition des communautés locales depuis quinze ans. Le chantier a déjà provoqué le déplacement de 6 800 personnes. Si l'un des objectifs est d'améliorer l’accès de la population à l'électricité,  la surestimation de la capacité du barrage, ainsi que les termes défavorables de l’accord d’achat de l’électricité, rendra celle-ci inabordable pour la majorité des Ougandais. Sans compter que 5 % de la population seulement est reliée au réseau électrique.

En République démocratique du Congo, les barrages Inga I et II, d'un total de 2 500 MW, ont aggravé l'endettement massif du pays. Or, seulement 11 % de la population est connectée au réseau. Et le pays veut produire un autre barrage, le Grand Inga, un mégaprojet d’un coût estimé à 80 ou 100 milliards de dollars qui produirait 40 000 mégawatts.

Le barrage Inga

Pourquoi ces ouvrages essaiment-ils malgré tout ?

Ronack Monabay : Si tant de barrages sont en construction, c'est qu'ils sont massivement subventionnés. Avec 72 milliards d’euros de prêts en 2010 (et 900 millions d’euros depuis 2003), la Banque européenne d’investissement (BEI) est ainsi le premier bailleur de fonds international, devant la Banque mondiale (57,8 milliards). Depuis 2003, un tiers des prêts pour l'énergie accordés par la BEI en Afrique le sont pour des centrales hydroélectriques. La logique est double : ouvrir des marchés juteux pour les grandes entreprises comme EDF ou GDF Suez et disposer d'électricité bon marché, pour l'industrie (mines notamment), afin de produire des biens destinés à l'exportation.

C'est flagrant dans le cas du Laos, avec le barrage Nam Theun II. Cet ouvrage d’une puissance de 1 075 MW a entraîné 3 500 personnes déplacées, 110 000 affectées et une baisse des réserves halieutiques et de la qualité de l'eau. Or, 95 % de la production est destinée à la Thaïlande, dont les besoins industriels sont plus importants et où l’opinion publique n’a pas voulu de ces barrages.

Le barrage Nam Theun II au Laos

Quelles alternatives proposez-vous pour permettre malgré tout la production d'énergie dans ces pays en développement ?

Ronack Monabay : On demande aux institutions financières mondiales d'adopter un moratoire sur le financement des grands barrages et de respecter certains principes tels que l'accord libre des populations concernées et l'étude indépendante des alternatives qui existent. Il s'agit de la micro-hydraulique (soit des centrales inférieures à 10 MW), l'éolien, le solaire, la géothermie et la biomasse.

Au Népal, la mobilisation de la société civile a permis l’annulation de la construction du barrage d’Arun III soutenu par la Banque mondiale. Ce projet ruineux (1 milliard de dollars soit près d’une fois et demi le budget national du Népal) aurait détruit l’une des dernières forêts intactes de l’Himalaya et menacé la survie des populations locales. A la place, de nombreux villages ont développé leurs propres mini-centrales hydrauliques dont certaines gérées collectivement. Au final, comparé aux capacités estimées d’Arun III, cela a permis de produire près d’un tiers d’électricité en plus, en deux fois moins de temps et pour un coût divisé par deux.

Propos recueillis par Audrey Garric

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Photos : AFP

 

 

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 20:57

 

http://www.libertero.net/les-larmes-de-raoni/

 
Le barrage de Belo Monte sera plus vaste que le canal du Panama et inondera au moins 400 000 hectares de forêt. 40 000 indigènes et autres populations locales seront délocalisées et l’habitat de nombreuses espèces animales et végétales sera détruit.

 

Les milliers de lettres ont tout simplement été ignorées. Madame Dilma Roussef a signé l’arrêté de mort des peuples Xingus.

 

RaoniLarme.jpg

Le chef indien Raoni pleure en apprenant la décision du gouvernement brésilien qui autorise la construction du barrage de Belo Monte.

 

SIGNEZ LA PETITION en suivant le lien ci-dessous (appuyer sur la touche "Ctrl" de votre clavier + cliquer gauche sur la ligne du lien

 

*Lien du site officiel Raoni se bat: http://raoni.fr/signature-petition-1.php  


 

Le gouvernement brésilien refuse l'arrêt du chantier de Belo Monte demandé par le mouvement Gota D’Água (Goutte d'Eau)

 

Le gouvernement brésilien refuse l'arrêt du chantier de Belo Monte demandé par le mouvement Gota D’Água (Goutte d'Eau)

Source : Movimento Xingu Vivo Para Sempre
Lors d’une audience avec des ministres, le mouvement Gota d'Água a remis 1,35 million de signatures contre le barrage de Belo Monte ansi qu’un document à Dilma Rousseff, mais le gouvernement a répondu que les investissements étaient trop importants pour qu’il soit possible de revenir sur la décision de construire Belo Monte, malgré les nombreux problémes sur le sujet.

En fin de journée du mardi 17 décembre, les représentants du mouvement Gota d’Água, Sergio Marone, Maria Paula et Natalia Dill, accompagnés de la coordinatrice du mouvement Xingu Vivo Para Sempre, Antonia Melo et du père Ricardo Rezende, du mouvement Humanos Direitos, ont été reçus en audience par les ministres du Secrétariat Général de la Présidence, Gilberto Carvalho, de l’Environnement, Isabella Teixeira, et des Mines et Énergie, Edison Lobão, pour discuter du projet polémique de Belo Monte. À cette occasion, 1,35 million de signatures contre ce projet recueillies par Gota d’Água ont été remises aux membres du gouvernement.

Selon Antonia Melo, malgré la garantie d’une prédisposition à l’élargissement du dialogue sur la politique énergétique du Brésil, les représentants du gouvernement ont été catégoriques et ont affirmé que Belo Monte ne serait pas paralisé en raison des importants investissements déjè réalisés pour ce chantier. « Lorsque nous parlons des problèmes de manque de dialogue avec les populations affectées, Lobão tente d’argumenter que Belo Monte est le résultat de 40 ans de réflexion, période pendant laquelle les indigènes, par exemple, auraient été suffisemment écoutés. Mais le gouvernement a finalement admis des erreurs dans le processus en disant que les futurs projets d’usines hydro-électriques en Amazonie  seraient conduits de manière différente » relate-t-elle.

Selon la coordinatrice de Xingu Vivo, le gouvernement a admis que le nombre de signatures recueillies par Gota d’agua est expressif, et que, par conséquent il serait disposé à élargir le dialogue. Le gouvernement a également précisé qu’il incluerait le mouvement dans les futures discussions en raison de sa position de "formateur d’opinion". « Les ministres ont dit qu’ils souhaitent réaliser un grand séminaire sur la politique énergétique en février 2012, et ont invité Gota d’agua à participer. Le mouvement a remercié pour l’invitation, mais  a indiqué qu’il serait accompagné de spécialistes pour contrebalancer la vision technique du gouvernement. »

Selon Sergio Marone, qui a lu une longue lettre adressée à Dilma Rousseff, « comme le gouvernement s’est montré irréductible [au sujet de Belo Monte], nous continuerons notre campagne pour la paralysie immédiate du chantier, tout en faisant pression pour l’ouverture d’un débat sur la politique énergétique dans lequel un vrai dialogue permettrait d’entendre et de prendre en considération les demandes des populations. »

 


 

Le document remis au gouvernement:

 

Brasilia, le 20 décembre 2011

à son excellence Dilma Rousseff
présidente de la République Fédérative du Brésil

Votre excellence, Madame la présidente,

En premier lieu, nous, mouvement Gota d’agua, aimerions vous remercier pour avoir la possibilité d’être reçus par le gouvernement fédéral, en la personne du ministre Gilberto Carvalho, du secrétariat général de la présidence, afin que nous puissions faire entendre les voix de 1,3 million de Brésiliens qui ont adhéré á notre campagne. Notre mouvement est né de la nécessité de transformer notre indignation en action et du désir d’impliquer la société brésilienne dans la discussion sur les questions qui affectent notre pays.

Notre mission est de sensibiliser la population aux causes environnementales, mettant notre expérience en communication au service de ceux qui se dédient aux études des conséquences futures des décisions d’aujourd’hui. Pour notre première campagne, nous avons voulu discuter de la planification énergétique brésilienne à partir de l’analyse du projet de l’usine hydro-électrique de Belo Monte, le plus grand et le plus polémique chantier du PAC (Programme d’Accélération de la Croissance), programme actuelement en cours.

En seulement une semaine, notre pétition a atteint l’incroyable chiffre de 1 million de signature et notre video, « Gota D’Água+10 »,  a été visionnée par des millions de personnes. Cette pétition demande l’interruption immédiate du chantier de Belo Monte et l’ouverture d’un ample débat sur la politique énergétique du pays, par la convocation des Brésiliens à la réflexion afin d’établir quel modèle de développement et de génération d’énergie ils sont disposés à suivre, principalement en Amazonie, en ayant pleine conscience des conséquences de leur choix pour le présent et le futur de la société brésilienne.

Il est vrai que nous ne sommes pas des spécialistes, mais, en étudiant le sujet, nous ne pouvions manquer de percevoir que le dossier de Belo Monte est entaché d’erreurs et d’irrégularités, de la licence environnementale jusqu’à la violation des droits de l’homme, spécialement en ce qui concerne les droits des peuples indigènes. Il est clair que, considérant l’amplitude du projet de Belo Monte et ses effets potentiels, les peuples indigènes auraient dû être consultés avant le début du chantier.

Nous avons constaté que cela n’a pas été fait, bien que cela soit prévu par notre constitution et par les traités internationaux des droits de l’homme dont le Brésil est signataire. L’une des dizaines d’actions civiles publiques qui attendent une décision de la justice se réfère précisemment à la garantie de ce droit constitutionel des indigènes.

Quelques uns parmi nous ont eu le privilège de découvrir récemment l’importance du fleuve Xingu et d’entendre les divers représentants de la population locale. Dans ce voyage nous avons connu la région de la Grande Boucle du Xingu, un tronçon de 100km de rivière dont le flux sera considérablement réduit par le barrage, compromettant gravement le mode de vie des populations locales.

À l’étude plus approfondie du dossier, nous avons constaté une série de contradictions dans les manifestations techniques et politiques des institutions environnementales et indigènistes du gouvernement brésilien. La litérature disponible sur ce thème révèle une forte tendance à sous-estimer historiquement les impacts socio-environnementaux de grands  chantiers en Amazonie. Les importants flux migratoires, sur de courtes périodes, par exemple, provoquent un agravement des problèmes sociaux dans les villes.

Les impacts sur la ville d’Altamira, madame la présidente, sont déjà visibles. Lors de notre récent voyage, nous avons constaté l’augmentation explosive du coût de la vie, surtout en ce qui concerne le prix des loyers, l’acroissement de la criminalité, de la prostitution (en particulier infantile) et la surcharge des services publics de santé, d’assainissement et de sécurité. Sans oublier l’acroissement des conflits fonciers, la déforestation et l’expulsion d’habitants des zones rurales. Les fragilités de l’actuelle politique énergétique du pays nous apparaissent évidentes – non seulement en tant que choix, mais aussi dans la manière dont cette politique est conduite et mise en oeuvre.

En tant que citoyens, nous sommes préoccupés par le modèle de développement de l’Amazonie suivi par notre pays, qui envisage de barrer successivement les rivières de la région. Nous souhaiterions, avec un vrai dialogue, mettre en place des politiques alternatives de génération d’énergie – capables d’assurer l’énergie nécessaire au développement du pays sans détruire un éco-systéme de cette importance.

Avec la créativité nécessaire pour inventer des stratégies de développement de la forêt et de ses peuples, qui aillent au delà de sa fonction historique de réservoir de ressources naturelles jusqu’à l’épuisement. Le défi incombe autant au gouvernement qu'à la société brésilienne, qui doit reconnaître – et débattre – le futur de l’Amazonie comme une partie différenciée de la communauté nationale.

Ainsi, madame la présidente, nous sollicitons votre engagement à promouvoir ce débat,  et vous demandons de prendre en considération les arguments de la population du Xingu, des environnementalistes, scientifiques, chercheurs, juristes et artistes désireux d’offrir des solutions pour un développement responsable du Brésil.

À cette fin, nous aimerions proposer un moratoire immédiat dans le processus d’autorisation de grandes usines hydro-électriques afin que cet espace démocratique de dialogue sur la politique énergétique du pays soit effectif, avec la participation de divers secteurs de la société, tels que gouvernement, scientifiques, organisations de la société civile et mouvements sociaux.

L’autre étape importante, présidente Dilma, est l’indication immédiate de représentants académiques et de la société civile au Conseil National de Politique Énergétique, dont les sièges sont vacants depuis le gouvernement Lula. Nous avons la conviction qu’un débat sérieux et de qualité sur le futur énergétique du Brésil peut et mérite d'avoir lieu, et contribuera à la formation d’une société plus participative, juste et égalitaire dans notre pays.

Comme vous, présidente Dilma, nous, Gota d’Água, soutenons aussi la planification de solutions intelligentes, responsables, conscientes et motivées par le bien commun. En ce sens, nous sommes certains que notre sollicitation, au nom de tous les Brésiliens qui soutiennent notre mouvement, ne sera pas ignorée mais reçue.

Pour un monde meilleur, plus conscient et solidaire,


Prado, Maria Paula Fernandes e Sérgio Marone
Mouvement Gota D’Água

© Movimento Xingu Vivo Para Sempre

Date de l'article : 22/12/2011


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