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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 23:23

 

Rue89 - Rédigé par Stephane Trano le Samedi 3 Mars 2012 à 20:57

 

Quant il s'agit de parler "money", les Américains sont on ne peut plus exigeants et décomplexés. C'est pourquoi chaque contribuable peut connaitre à tout moment la destination exacte de ses impôts, en quelques clics sur le site de la Maison Blanche. A quand la transparence sur le site de l’Élysée?

 

Et si les Français pouvaient traquer où vont leurs impôts, comme les Américains?
Soit un couple marié avec un enfant et un revenu annuel de 50 000 dollars (37 861 Euros au 3 Mars 2012). Chaque année, ce couple doit déclarer ses revenus, avant le 1er Avril. Aux Etats-Unis, on appelle ceci du nom étrangement rassurant de "Tax Return" (ou "Retour d'Impôts). L'explication? Dans un pays où les impôts sont retenus à la source sur chaque bulletin de salaire, chaque contribuable peut également choisir de verser un supplément de son choix - 10, 20, 40 dollars - afin d'éviter toute mauvaise surprise à l'heure des comptes et d'anticiper si nécessaire un changement de situation tel qu'une augmentation de salaire. Ainsi, Avril marque le moment où, quelques jours à peine après l'envoi de sa déclaration au service des impôts (IRS), de nombreux contribuables reçoivent un chèque du Trésor américain qui leur rembourse le trop perçu. Dans ce système, tout est souple: c'est à la fin de l'année que le Congres vote les différentes mesures fiscales telles que les exemptions, les réductions, les niches fiscales, souvent au cours d'un sprint final qui sort de ring de boxe entre Démocrates et Républicains et durant lequel chaque jour amene une modification à la hausse ou à la baisse jusqu'à ce que les belligérants déclarent forfait et votent la loi fiscale. 

 

S'il est donc assez difficile pour les personnes imposées de faire des prévisions précises, d'autant que leurs impôts combinent à la fois ceux de l'Etat fédéral et de l'Etat dans lequel ils vivent, la possibilité de provisionner offre une sécurité non négligeable, même si le montant éventuellement rembourse en Avril ne sera pas assorti d'intérêts. 

Mais là où le système se montre le plus démonstratif, c'est dans la qualité de sa présentation: les impôts sont en effet adosses aux dépenses prévisionnelles du pays pour l'année suivante, et chacun peut ainsi visualiser en quelques instants sur Internet la répartition de l'argent qui sort de sa poche sur chaque feuille de paie.

Prenons ici l'exemple de 2010. Ce couple avec un enfant qui a gagné alors 50 000 dollars a pu suivre à la réception de ses salaires l'accumulation des montants verses à titre d'impôts, et cela en quelques lignes bien identifiées. Dans son cas, ce couple aura paye:
  • 3100 dollars pour la Sécurité Sociale (attention, il s'agit-là de la cotisation retraite), les "Survivors" (pensions) et l'assurance handicap
  • 725 dollars pour Medicare (la couverture sociale du pays pour les plus de 65 ans et les jeunes handicapés)
  • 260 dollars d'impôts sur le revenu
Au total, l'impôt fédéral pour ce couple au cours de l'année 2010 aura été de 4085 dollars, auxquels vient s'ajouter l'impôt de l'Etat dans lequel il réside. Cet impôt est constitué de différentes taxes dont le montant est variable et concerne les postes suivants: TVA, essence, tabac, revenu, foncier, comte, succession. Cet impôt est bien sur assujetti aux différentes exemptions et déductions. Sa fourchette est variable et se situe entre 3,87% du revenu pour le New Hampshire et 11,67% pour l'Alaska. 

 

Pour cet eemple de l'annee 2010, ce couple de contribuable va pouvoir renseigner en ligne les donnees relatives a son impot federal. Pour l'impot percu par l'Etat dans lequel il reside, chaque Etat publie la meme grille sur son propre site. Ainsi, concernant l'Etat federal, le contribuable peut d'abord consulter le detail du budget federal:



Au menu des Impôts

Et voici en détail la répartition des impôts payés par ce couple de contribuables:

DEFENSE NATIONALE
26.3%
$68.38


  • Salaires et avantages des personnels militaires

6.0% $15.60


  • Operations en cours, équipements et fournitures

10.5% $27.30


  • Recherche, développement, armes et construction

8.8% $22.88


  • Energie atomique militaire

0.7% $1.82

  • Activités du FBI et de la Défense Nationale

0.3% $0.78
 
SANTE
24.3%

$63.18



  • Medicaid et Programme d'Aide à l'Enfance (CHIP)

10.7% $27.82

  • Paiement des docteurs et médicaments du Programme Medicare

10.3% $26.78


  • Recherche sur la Sante et la Sécurité Alimentaire

1.5% $3.90


  • Contrôle des maladies et Sante Publique

1.0% $2.60


  • Crédit d’impôts du système COBRA et autres dépenses de Sante

0.9% $2.34
 
EMPLOI-FAMILLE
21.9%

$56.94


  • Assurance Chômage

4.4% $11.44


  • Aide  alimentaire et nutritionnelle

3.6% $9.36


  • Aide au Logement

2.2% $5.72


  • Salaire perçu, Création d’activité et Education

3.5% $9.10


  • Bénéfices Supplémentaires de la Sécurité Sociale

1.8% $4.68


  • Retraite et Handicap des employés civils et militaires du Gouvernement

4.6% $11.96


  • Aide à l’Enfance, Maisons d’Accueil, Adoption

0.6% $1.56


  • Assistance Temporaire pour les Familles en difficulté

0.8% $2.08


  • Retraites des Chemins de Fer et bénéfices supplémentaires

0.5% $1.30
 
EDUCATION-FORMATION
4.8%

$12.48


  • Education élémentaire, secondaire et vocation

2.8% $7.28


  • Aide financière aux étudiants du Secondaire

0.8% $2.08


  • Formation et services de placement à l’emploi

0.4% $1.04


  • Formation pour l’emploi des handicapés et autres mesures d’assistance

0.9% $2.34
 
VETERANS
4.1%
$10.66


  • Aide au revenu et au logement

1.9% $4.94


  • Sante

1.7% $4.42


  • Education, formation et autres bénéfices aux vétérans

0.5% $1.30
 
RESSOURCES NATURELLES ET ENVIRONNEMENT
2.1%
$5.46


  • Gestion de l’Eau et des Terres

0.9% $2.34


  • Fourniture d’énergie et distribution

0.4% $1.04


  • Contrôle de la pollution et des ressources naturelles, de l’énergie et de l’environnement

0.8% $2.08
 
AFFAIRES INTERNATIONALES
1.7%
$4.42


  • Assistance et aide au développement humanitaires

0.7% $1.82


  • Aide extérieure à la Sécurité

0.4% $1.04


  • Affaires étrangères, Ambassades et autres affaires internationales

0.6% $1.56
 
SCIENCE, ESPACE ET TECHNOLOGIES
1.2%
$3.12


  • NASA

0.7% $1.82


  • Fondation Nationale des Sciences, recherches additionnelles scientifiques et laboratoires

0.5% $1.30
 
IMMIGRATION, MAINTIEN DE l’ORDRE ET JUSTICE
2.0%
$5.20


Agriculture
0.8%
$2.08


Communauté, Territoire et Développement régional
0.5%
$1.30


Désastres Naturels
0.4%
$1.04


Programmes Gouvernementaux Additionnels
2.4%
$6.24


INTERETS NETS
7.4%
$19.24

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 23:16

 

Guéanterie du jour 03/03/2012 à 12h50Pierre Haski | Cofondateur Rue89 

Mis à jour le samedi 3 mars 2012 à 17h07


 

 

Ça faisait plusieurs jours qu'on n'avait entendu parler de Claude Guéant et de ses saillies sur le terrain de l'islamophobie. C'est fait : vendredi soir, le ministre de l'Intérieur a lié le vote des étrangers à la distribution de nourriture halal dans les cantines scolaires, suscitant une nouvelle levée de protestations.

Il n'y avait que 300 personnes pour l'écouter lors d'une réunion électorale à Velaine-en-Haye, près de Nancy, mais ses propos ont vite débordé ce cadre limité :

« Accepter le vote des étrangers, c'est la porte ouverte au communautarisme. Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent obligatoire la nourriture halal dans les repas des cantines, ou réglementent les piscines à l'encontre des principes de mixité.

Si on reçoit moins d'immigrés, les choses se passeront mieux. Les étrangers doivent accepter nos règles, c'est à eux de s'adapter. Chacun comprend que si on reçoit moins d'immigrés, les choses se passeront mieux. »

François Hollande lui a indirectement répondu, samedi après-midi à Dijon, en déclarant :

« les étrangers peuvent voter aux élections municipales sans qu'on ait rien à craindre ».

Dès samedi matin, sur Europe 1, Manuel Valls, le directeur de campagne de François Hollande, a qualifié ces propos de Claude Guéant de « nauséabonds [...] à l'image de la campagne de Nicolas Sarkozy ». « Il ferait mieux de s'occuper de lutter contre l'insécurité et la délinquance », a-t-il ajouté.

Meme réaction de Cécile Duflot, la dirigeante d'Europe Ecologie Les Verts, qui parle sur Twitter d'« idées dégoûtantes ».

Sur Twitter également, les commentaires ironiques vont bon train, pour faire observer que « si les Alsaciens votaient », il y aurait choucroute obligatoire dans les cantines, « si les Antillais votaient », il y aurait du rhum dans les écoles, ou que si les Bretons votaient, on aurait du chouchen et des galettes saucisse à chaque repas.

Au-delà de l'ironie, cette sortie montre la persistance du ministre de l'Intérieur à aller labourer sur les terres du FN, deux semaines après sa sortie sur les « civilisations qui ne se valent pas ». Pas question de renoncer à ce créneau au moment où Nicolas Sarkozy est en difficultés dans les sondages.

Le vote islamophobe vaut bien quelques outrances, semble-t-il. On réparera les dégâts après.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 23:12

 

Rue89 - Témoignage 02/03/2012 à 17h47

TitiEB | Démocrate, Musicien, Étudiant.



Nicolas Sarkozy dans la foule à Bayonne, le 1er mars 2012 (Philippe Wojazer/Reuters)

(De Bayonne) Quelle belle journée à Bayonne ce jeudi 1er mars. Je finis mon gâteau basque dans un restaurant des halles avec un ami et collègue d'infortune en attendant d'apercevoir le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui doit nous rendre visite.

Une fois cette sale cigarette fumée, nous nous dirigeons à 50 mètres de là, où des centaines de personnes attendent le Président. Je trouvais qu'il y avait beaucoup de monde, comme s'il était remonté dans les sondages. L'ambiance est relativement détendue alors qu'il est 14h30 et que Nicolas Sarkozy devrait déjà être là.

Il n'y a pas que des sarkozystes ici

Beaucoup de perches et de caméras se bousculent au bord de la rue dégagée par les CRS, mais les spectateurs attendent sagement. Je retrouve des collègues de la faculté de droit bayonnaise dont les orientations politiques, pour certains proches des miennes, ne sont pas vraiment à droite.

Ainsi, je commence à comprendre qu'il n'y a pas que des sarkozystes ici. Nous avons eu le temps de refaire le monde pendant plus d'une heure, jusqu'à ce que le bruit d'un moteur se fasse entendre parmi le brouhaha de la foule.

Arrive, en bas de la rue piétonne qui constitue l'essentiel du trajet prévu, la 508 présidentielle. C'est au moment où le bruit de la portière a résonné que tout s'est transformé. Il y a d'abord eu un vol de papiers appelant à la création d'une collectivité basque, et alors que le premier d'entre eux touchait le sol, la masse si calme bien qu'impatiente a relevé la tête et s'est mise à scander des slogans houleux en le sifflant.

En une fraction de seconde, la mer si calme s'est déchaînée, comme lorsque l'on se jette à l'eau et qu'apparaissent de grandes vagues...

 

 

Je l'avoue, j'ai moi-même sifflé pour exprimer mon mécontentement. Mais comme les autres, je n'ai pas été violent à un seul moment, a fortiori parce que je suis handicapé et que je ne peux marcher sans canne. On sent beaucoup de tension dans l'air, comme un courant électrique, une fissure entre un peuple et son premier représentant.

On se croirait aux fêtes de Bayonne

Nicolas Sarkozy avance vite, entouré d'une armée de journalistes et d'un service de sécurité conséquent. Il ne faut pas espérer traverser la rue, ne serait-ce qu'en largeur. Elle est bondée, les manifestants, écrasant numériquement les sympathisants, sont serrés. On se croirait presque au moment des fêtes de Bayonne, mais sans uniformes rouges et blancs.

Pour savoir où se situe le Président, il suffit de lever la tête et de chercher les perchmans. Ainsi, on peut se faire une idée approximative de sa position, mais il est inutile d'imaginer pouvoir l'approcher. Soit il vous passe à côté et vous vous faites bousculer, soit vous montez sur des marches pour l'apercevoir. Malgré le spectacle d'une intensité assez inattendue, mon ami travaille bientôt et je dois le ramener chez moi afin qu'il récupère sa voiture.

A mon retour en centre-ville, je me gare encore plus près de l'épicentre du séisme, mais je ne vois presque plus personne et sûrement pas Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, sa voiture non plus n'est plus stationnée en bas de la rue piétonne. En revanche, il reste des CRS, et sur le trajet nous avons l'occasion de croiser une dizaine de camions.

J'opte alors pour une nouvelle stratégie : l'ouïe. En effet, suivre l'écho des formules houleuses, des sifflets et autre txistu m'a permis, en remontant la rue jusqu'à la cathédrale, de retrouver le président de la République, mais surtout la foule.

Les CRS agissent comme s'il y avait eu un attentat

Toutefois, parler de retrouvailles n'est en fait pas vraiment exact au vu des circonstances. C'est une scène de quasi-guerre civile que je trouve. Avec leurs uniformes imposants, on aurait cru qu'il y avait autant de CRS que de manifestants. Je m'approche pour tenter d'apercevoir à nouveau Nicolas Sarkozy, mais il est à ce moment-là dans une boutique de la rue d'Espagne. Alors, j'attends et je me tais.

Tandis que la plupart des manifestants, bien que comprimés, scandent des « Sarko casse-toi » (sans insulte à la fin, n'est-ce pas ? ), je vois les CRS charger de l'autre côté de la place. Sans aucune délicatesse, ils poussent avec leurs boucliers voire frappent à coups de poing les gens afin de les faire reculer. La violence est policière. J'entraperçois encore des papiers voler, des œufs...

Rien de bien méchant, rien ne justifiant cette violence de la part de ceux censés appuyer la justice, faire respecter la loi. Il s'agit tout simplement d'une manifestation, et pourtant les CRS agissent comme s'il y avait eu un attentat. Cliché sur le Pays basque ?

Désormais le bar le plus connu de Bayonne

La pression créée par les apparents soucis de logistique de l'impressionnant dispositif de sécurité font que les CRS improvisent en cognant pour faire un passage pendant que Sarkozy sort de la boutique où il est pour se réfugier dans le café qui sera désormais le plus connu de Bayonne, le bar du Palais.

Quand je me rends compte que les boucliers se rapprochent dangereusement, j'essaye d'avancer mais ce n'est pas évident. Finalement, je manque de tomber et je répète deux ou trois fois à un CRS que je suis handicapé.

A un moment, histoire de varier les décors, la BAC s'installe sous mon nez. Moi qui pensait être tranquille contre mon mur... J'étais entouré de flics, cinq ou six. Lorsqu'un type balance un briquet en visant volontairement le bouclier d'un CRS qui venait de se comporter stupidement, deux des policiers en civil qui squattaient mon coin tentent de l'interpeller.

La violence a été engagée par les CRS, les manifestants n'ont fait que scander des slogans et certains ont jeté de l'eau avant de se faire tabasser.

Alors quand je vois l'usage qu'en fait Sarkozy en nous expliquant qu'il n'y avait que « des gens du Parti socialiste qui s'allient à des gens de l'ETA », je me dis qu'il devrait revenir à Bayonne afin de vérifier ses dires. Il les a aussi qualifiés de voyous, mais les vrais voyous ce sont ses amis mouillés dans des affaires louches et pas seulement ses amis. Des citoyens qui s'expriment sans violence sont dans leur plein droit.

Le PS n'était pas absent

Contrairement à ce que l'UMP et la presse disent, la foule était mixte, apolitique, gauche, extrême ou centriste. Il n'y avait pas « beaucoup de collégiens et de lycéens » et il y avait des socialistes, oui... Mais peut-être une dizaine sur des centaines de personnes.

Manuel Valls ferait mieux de l'assumer d'ailleurs plutôt que de nous mentir en disant que le PS était absent. Sauf qu'il n'y a pas que les abertzale et les socialistes qui souhaiteraient remplir les cahiers de doléances.

 

 

Qui plus est, Nicolas Sarkozy qui parle d'indépendantistes puis, dans une seconde intervention, d'ETA, s'est permis un terrible amalgame en assimilant l'amour d'une culture au terrorisme.

Par ailleurs, utiliser la colère de tout un pays pour se victimiser, stigmatiser les Basques et assimiler tous ces adversaires aux socialistes est irresponsable et indigne. Fort de ce constat, tout le monde l'a vu, le vrai Sarko est de retour, et la République continue de couler.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 23:06

 

C'est l'hiver 03/03/2012 à 10h30

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Avec la hausse du prix du fuel, les Grecs coupent le chauffage central et rallument leur cheminée. Le bois devient une denrée précieuse, et des entreprises en profitent.

(D'Athènes) Lorsque l'on arrive dans ce quartier de la banlieue nord d'Athènes, un quartier plutôt bourgeois, de grandes maisons individuelles et d'appartements confortables, la jeune femme qui nous a alerté sort en trombe de chez elle.

Elle déborde de colère, écourte les salutations, traverse la rue, poursuit ses explications rageuses, s'arrête enfin.

Nous sommes à une vingtaine de mètres de chez elle, sur une sorte de terrain vague autrefois destiné à être transformé en parc de jeux. Mais voilà, la crise est passée par là, les herbes folles vont paisiblement pouvoir poursuivre leur pousse, et les enfants patienteront.

La jeune femme blonde s'arrête. Elle désigne deux troncs coupés, là voyez-vous même, sur cette ligne régulière sur laquelle se dressent de rares et minces arbres.

Les Athéniens rallument les cheminées


Un arbre coupé dans un champ près d'Athènes (Zineb Dryef/Rue89)

Je suis un peu embêtée, là où mon interlocutrice voit un crime je constate un « menu larcin » – seule cette expression un peu passée me vient à l'esprit.

Je ne dis rien, je prends quelques photos pour ne pas la vexer. Elle est profondément indignée par cet acte : des hommes sont venus couper du bois en bas de chez elle !

Son voisin ne s'est pas démonté, il a relevé la plaque minéralogique des voleurs et les a dénoncé à la police . Laquelle a ricané : « Vous voudriez qu'on s'occupe de types qui coupent du bois alors que la criminalité galope ? »

On reste quelques minutes de plus à la quête de quelque autre tronc qui aurait échappé à notre vigilance ; on en repère plusieurs. La jeune femme explique que ce qui ressemble à de l'incivilité révèle une catastrophe : certains Athéniens se chauffent au bois parce qu'ils ne peuvent plus payer leurs factures de fuel.

Ses voisins ont rallumé les cheminées et éteint les chauffage centraux. Parce qu'elle vient d'avoir un bébé, elle a fait le choix de continuer à payer, même si 400 euros mensuels pour chauffer sa maison de 120 mètres carrés, c'est quand même beaucoup d'argent.

Dans ce quartier, construit ces dernières décennies, il était du dernier chic d'avoir une cheminée dans son salon. Désormais, elle est vitale. « Le soir, ça ressemble à un village. Toutes les cheminées fument, l'odeur du bois n'est pas désagréable mais enfin, ça rappelle que les temps sont durs », intervient Vassilis, l'interprète avec qui je parcours Athènes.

Les prix du fuel ayant explosé, l'hiver étant anormalement froid - ou du moins est-il vécu ainsi cette année – ce sont les entreprises de vente directe de bois qui se multiplient. Allez voir quelques rues plus loin, conseille la mère de famille, elles poussent comme des champignons.

La Grèce doit importer du bois

Quelques rues plus loin, je rencontre Kostas Sallis. Il consent à nous parler de son métier :

« J'espère quand même que ce n'est pas une nouvelle astuce du fisc pour nous faire avouer notre chiffre d'affaire. »


Du bois de chauffage rangé dans une grange (Zineb Dryef/Rue89)

La succursale qu'il dirige n'est installée dans le quartier que depuis quatre mois – des panneaux viennent rappeler qu'il succède à une entreprise de BTP – mais dans son bureau en préfabriqué, il évoque le métier en briscard du bois – voilà sept ans qu'il en est, rien à voir avec toutes ces petites entreprises qui naissent ces derniers mois et meurent tout aussi rapidement. Il ne craint pas leur concurrence :

« La demande est énorme, il y en aura pour tout le monde. Mais le problème pour ces petites entreprises, c'est que les fournisseurs sont déjà en rupture de stocks. On importe du bois désormais, et les taxes sont énormes.

Il ne faut pas oublier que l'économie du bois est fondée sur celle du pétrole. On en a besoin pour le transport. Or, les taxes sont là aussi de plus en plus élevées. Les commandes augmentent mais les taxes aussi... Seuls les grands vont survivre. »

Il ne s'étend pas sur ses propres difficultés, laissant entendre qu'il est du côté des « grands », de ceux qui peuvent « réserver le stock existant en payant en avance ». Il est fier de son bois, du bois grec (du chêne et de l'olivier) pas celui que font venir certains de Bulgarie et qui est inapproprié pour une combustion de cheminée. Au-dessus de son bureau, une affiche indique ses prix :

« Un kilo : 20 centimes
Un sac : 10 euros
Un sac de charbon : 10 euros »

C'est évidemment meilleur marché que le fuel, dont le prix a été multiplié par deux cette année, et dans un rayon de 10 kilomètres, le fameux quartier des cheminées, ils n'arrêtent pas de livrer. Son entreprise connaît une augmentation de 60% de la demande par rapport à la même période l'année précédente.

Le chauffage collectif est désormais éteint

Et ceux qui n'ont pas de cheminée ? Ils s'achètent un poêle à bois ou arrêtent de se chauffer. Au centre d'Athènes, il n'y a pas d'estimation, mais nombreux sont les immeubles qui ont fait le choix de couper le chauffage collectif. Trop de charges pour les habitants. A chacun de se trouver sa solution : sortir le soir, s'habiller chaudement pour dormir, investir dans un poêle à bois... Vassilis blague :

« Avant, on disait “viens ma belle dans ma Porsche Cayenne”, c'était les années fric. Maintenant, c'est “viens chez moi, j'ai allumé le chauffage”. »

Kostas, pour que l'on prenne conscience de la paupérisation de la population, assure que de plus en plus souvent, les quantités commandées sont ridicules ; parfois « 4 ou 6 euros ». Il n'a pas le cœur à refuser.

Quand je l'interroge sur les arbres coupés dans le quartier, il confirme que le phénomène existe, mais que l'abattage sauvage est surtout le fait d'entreprises :

« Les fournisseurs coupent plus d'arbres qu'ils n'ont droit de le faire. C'est d'autant plus courant que les services forestiers ont été démantelés. »

Une dépêche de l'AFP nous apprend qu'« après constatation d'abattages illégaux, les services forestiers ont émis 1 500 plaintes en 2011, soit deux fois plus que l'année précédente, dans un pays où 70% des forêts sont publiques ».

« La cheminée, c'est du chauffage psychologique »

Le plus triste, laisse tomber Kostas, c'est qu'on se chauffe mal au bois.

« La cheminée, c'est du chauffage psychologique. Ça ne chauffe qu'une pièce, pas une maison ni même un appartement ! »

ll regrette une période lointaine. C'était avant 2010 :

« Le véritable usage de la cheminée, c'est celui d'antan. On avait le chauffage central et on allumait la cheminée pour le plaisir de boire un whisky devant. »

Les yeux rivés sur sa télé, il commente maintenant les cours de la Bourse :

« J'ai acheté des actions autrefois. Je voulais doubler mon patrimoine, alors j'ai acheté dans le BTP. »

Il rit d'avoir eu si peu de flair :

« J'aurais dû le dépenser cet argent. En profiter. »

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 22:59

LEMONDE.FR avec AFP | 02.03.12 | 22h05

 
 

Les Restos du cœur vont "malheureusement" battre leur record de fréquentation dans leurs 2 000 centres d'aide alimentaire, a annoncé vendredi 2 mars Olivier Berthe, président de l'association créée par Coluche. Selon lui, 900 000 personnes devraient être reçues lors de la campagne 2011-2012. Lors de la campagne d'hiver précédente, les Restos du cœur avaient reçu 860 000 personnes.

"Est-ce qu'on va attendre 2017, les prochaines élections, pour dire 'ça y est, on a atteint le million' ? Est-ce qu'on va rester dans cette situation absurde ? J'espère qu'un certain nombre de nos candidats nous répondront, mais dans les actes et dans les faits", a par ailleurs déclaré à RTL le président des Restos du cœur.

L'association a adressé mercredi 29 février une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle, les invitant à s'intéresser aux Français "vivant en dessous du seuil de pauvreté".

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 22:56

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 03.03.12 | 08h36   •  Mis à jour le 03.03.12 | 14h02

 
 

 

La plateforme de forage Deepwater Horizon en feu, le 21 avril 2010.

La plateforme de forage Deepwater Horizon en feu, le 21 avril 2010.Reuters/HANDOUT


Le géant pétrolier BP est parvenu à un accord partiel avec des plaignants privés – pêcheurs ou entreprises de la région sinistrée, notamment – au procès aux Etats-Unis de la marée noire engendrée par le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon en 2010 dans le golfe du Mexique, annonce la justice américaine.

Les termes de cet accord seront remis prochainement au tribunal chargé de l'affaire pour approbation, a fait savoir le juge Carl Barbier, qui a en outre ajourné le procès, dont l'ouverture était prévue le 5 mars. La compagnie est toujours poursuivie par les pouvoirs publics et ses partenaires industriels.

Dans un communiqué, BP a indiqué de son côté que l'accord avec des plaignants privés – pêcheurs ou entreprises de la région sinistrée, notamment – porte sur 7,8 milliards de dollars. "L'accord proposé n'inclut pas les plaintes contre BP déposées par le ministère américain de la justice, ou par d'autres agences fédérales, ou par des Etats ou des collectivités locales", ajoute le texte.

Mardi, le Wall Street Journal avait assuré que les discussions en vue d'un accord entre BP et les avocats des personnes et entreprises estimant avoir subi des torts à cause de la marée noire portaient au total sur 14 milliards de dollars. Ces 14 milliards de dollars sont des fonds restant sur un total de 20 milliards de dollars qui avaient été mis de côté par BP en 2010 pour indemniser les victimes de la plus grande marée noire jamais connue aux Etats-Unis, selon le quotidien financier.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 22:51

LEMONDE.FR avec AFP | 02.03.12 | 16h24

 
 

 

Une usine à Yutian, à 100 km à l'est de Pékin.

Une usine à Yutian, à 100 km à l'est de Pékin.AFP/PETER PARKS

La Chine a admis, vendredi 2 mars, que deux tiers des villes de son territoire dépassent le seuil maximum de pollution atmosphérique prévu par les nouvelles normes qui comptabilisent les particules fines, les plus dangereuses pour la santé.

Cédant à la pression populaire, le gouvernement chinois a ordonné mercredi la mise en place d'ici à la fin de l'année de mesures de pollution de l'air prenant en compte les particules d'un diamètre inférieur ou égal à 2,5 microns, qui pénètrent plus profondément dans les poumons. L'obligation de nouvelles mesures de la contamination atmosphérique s'appliquera cette année à toutes les capitales de province et de région ainsi qu'à Shanghai et à Pékin, soit trente et une agglomérations.

"Après la mise en place des nouvelles normes, deux tiers des villes de notre nation n'atteindront pas le seuil requis de qualité de l'air", a admis Wu Xiaoqing, vice-ministre chargé de la défense de l'environnement. "Cela prouve l'ampleur du défi auquel nous faisons face", a-t-il ajouté.

PREMIER ÉMETTEUR DE GAZ À EFFET DE SERRE

Les nouvelles normes chinoises sont censées répondre aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour lutter contre la pollution atmosphérique dans les pays en voie de développement, mais les limites choisies restent trois fois plus élevées que les objectifs conseillés par l'OMS.

Les autorités ont été fréquemment accusées ces derniers mois de sous-estimer la gravité de la pollution atmosphérique dans les zones urbaines, notamment dans la capitale, Pékin. La Chine, deuxième économie de la planète et premier marché automobile mondial, voit son environnement menacé par ses très nombreuses industries polluantes, son trafic routier en constante expansion et son laxisme pour protéger les écosystèmes. En outre le pays tire plus de 70 % de son énergie de la combustion du charbon, ce qui en fait le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 22:45

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 03.03.12 | 09h23   •  Mis à jour le 03.03.12 | 19h13

 
 

 

Manifestation à Homs après la prière du vendredi. "Nous demandons la protection de la communauté internationale et de l'aide humanitaire", peut-on lire sur cette banderole tenue par un enfant.

Manifestation à Homs après la prière du vendredi. "Nous demandons la protection de la communauté internationale et de l'aide humanitaire", peut-on lire sur cette banderole tenue par un enfant.REUTERS/HANDOUT

La Chine demande au gouvernement et aux rebelles syriens de mettre immédiatement fin à tous les actes de violences, en particulier contre les civils, a fait savoir samedi 3 mars le ministère des affaires étrangères dans un communiqué cité par l'agence Chine nouvelle.

"Le gouvernement syrien et toutes les parties concernées devraient immédiatement, totalement et inconditionnellement mettre fin à tous les actes de violence, en particulier la violence contre des civils innocents", écrit le ministère. Le communiqué appelle également à l'ouverture d'un dialogue "sans condition préalable" sous la médiation de l'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe, l'ancien secrétaire général de l'Onu Kofi Annan.
 

HOMS SOUS LES BOMBES

Les forces du président Bachar Al-Assad ont bombardé samedi le quartier résidentiel de Djobar, dans les faubourgs de Homs, où des milliers de civils ont trouvé refuge, indique, un communiqué diffusé par le Réseau syrien pour les droits de l'homme. Djobar jouxte le quartier de Bab Amro. Toujours selon des sources de l'opposition, des tirs de mitrailleuse ont été entendus dans les quartiers de Al Khalidiya et Al Koussor, toujours à Homs. Les images satellite révèlent l'ampleur de la répression :

Image suivante
Vue satellite du quartier de Baba Amro, à Homs, le 25 février 2012. En rouge, des immeubles détruits ou endommagés. HRW affirme avoir dénombré 640 bâtiments endommagés. En jaune, des impacts sur des zones à découvert. HRW affirme en avoir décompté 950.
Crédits : DigitalGlobe, Analysis provided by Human Rights Watch / DigitalGlobe, Analysis provided by Human Rights Watch
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Les équipes du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Croissant rouge arabe syrien (CRAS) ne sont pas entrées vendredi à Baba Amro, quartier rebelle de Homs repris par l'armée syrienne, a indiqué samedi le porte-parole du CICR à Damas, Saleh Dabbakeh. "Aucune équipe n'est entrée vendredi à Baba Amro et [les autorités] n'ont pas autorisé l'entrée de l'aide. Nous sommes toujours en négociation", a-t-il affirmé. Vendredi, le président du CICR Jakob Kellenberger avait jugé "inacceptable que des gens qui attendent de l'aide d'urgence depuis des semaines n'aient toujours reçu aucun soutien". Il avait ajouté que le convoi allait "rester cette nuit à Homs dans l'espoir de pouvoir entrer très prochainement à Baba Amro".

MASSACRE ET EXÉCUTIONS SOMMAIRES

Le ministre des affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, accuse le régime de Bachar Al-Assad de commettre des crimes de guerre et contre l'humanité dans la répression du soulèvement qui dure depuis près d'un an en Syrie. "Le régime syrien commet chaque jour un crime contre l'humanité", a-t-il dit, samedi, lors d'une conférence de presse à Istanbul avec son homologue italien Giulio Terzi. "Je le dis clairement : après tous ces massacres et ces crimes, qui présentent les caractéristiques de crimes de guerre, le régime syrien ferme toutes les portes au dialogue", a ajouté le chef de la diplomatie turque.

Le photographe britannique Paul Conroy, évacué cette semaine de Baba Amro, a dénoncé sur Sky News "un massacre aveugle". "C'était presque une attaque psychologique. J'ai travaillé dans plusieurs zones de guerre. Je n'ai jamais vu ou vécu des bombardements comme ceux-là. C'était systématique", a-t-il dit, évoquant "des munitions utilisées sur les champs de bataille".

 

 

Signe de l'intensité de ce pilonnage, l'organisation Human Rights Watch a annoncé vendredi avoir analysé une photo satellite de Baba Amro prise le 25 février et avoir dénombré au moins 950 cratères dans les rues et les champs, ainsi que 640 bâtiments dont les dommages étaient visibles d'au-dessus. HRW fournit aussi la vidéo d'habitants de Baba Amro montrant des projectiles de 120,  122 et 240 mm utilisés pour bombarder le quartier.

 

 

 

 

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé Damas à laisser entrer l'aide humanitaire "sans condition" et le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme s'est inquiété d'éventuelles "représailles" à Baba Amr, après avoir reçu des informations non confirmées de 17 exécutions sommaires.

Vendredi, 10 personnes ont encore été tuées à Baba Amro et 37 autres dans le reste du pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Une roquette tirée par l'armée sur une manifestation à Rastane, dans la province de Homs, a ainsi fait au moins 12 morts, dont cinq enfants, selon l'OSDH. Dans une vidéo diffusée par des militants, on entend une forte explosion, puis on voit les manifestants se précipiter vers des corps déchiquetés en criant "Venez voir les crimes de Bachar Al-Assad".

LE RÉCIT D'EDITH BOUVIER ET WILLIAM DANIELS

Edith Bouvier et William Daniels, bloqués à Baba Amro depuis un bombardement qui a tué deux de leurs confrères le 22 février, sont arrivés en France après avoir été exfiltrés par l'ASL, et ont été accueillis par le président Nicolas Sarkozy. Dans des déclarations publiées samedi par Le Figaro, les deuxs journalistes font part de leur sentiment d'avoir été "directement visés" par les bombardements de l'armée syrienne. "Il y a eu au moins cinq explosions successives, très proches. On avait vraiment l'impression que nous étions directement visés", ont expliqué les deux journalistes à propos du bombardement de la maison de Baba Amro qui servait de centre de presse.

Dans la soirée de vendredi, les dépouilles de l'Américaine Marie Colvin et du Français Rémi Ochlick ont été identifiées à Damas. Elles doivent désormais être remises à leurs pays.

 

Edith Bouvier, le 2 mars 2012.

Edith Bouvier, le 2 mars 2012.AFP/JACQUES DEMARTHON

 MANŒUVRES DIPLOMATIQUES

Réunis à Bruxelles, les dirigeants européens ont haussé le ton, souhaitant "que les responsables des atrocités syriennes répondent de leurs actes" devant la justice internationale. Cela nécessite cependant un feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU, où Damas bénéficie du soutien de la Russie et de la Chine. Moscou a toutefois pris ses distances vendredi, les Etats-Unis saluant un "mieux". "Les réformes proposées [par le régime] auraient évidemment dû être menées depuis longtemps", a estimé le premier ministre Vladimir Poutine.

La Maison Blanche a qualifié les violences à Homs de "scandaleuses" et "horribles", estimant que "quiconque a vu une seule minute de vidéo de l'attaque brutale perpétrée par le régime Assad comprend qu'il n'y a que d'un côté que l'on a la gâchette facile".

 

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 22:37

LEMONDE.FR avec AFP | 03.03.12 | 12h14

 
 

 

Vue de la centrale de Fukushima, le 28 février 2012.

Vue de la centrale de Fukushima, le 28 février 2012.AP/Kimimasa Mayama


Le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, a estimé, samedi 3 mars, que personne en particulier ne pouvait être tenu pour responsable de l'accident nucléaire de Fukushima, mais que chacun devait "partager cette douleur".

Lors d'un entretien accordé à des journalistes étrangers à Tokyo, M. Noda a reconnu que les autorités nippones avaient été flouées par "le mythe de la sûreté" de l'énergie nucléaire et n'étaient pas préparées à une catastrophe de l'envergure de celle survenue le 11 mars 2011.

Il a toutefois écarté toute responsabilité individuelle dans l'accident provoqué par un tsunami géant qui a noyé les circuits d'alimentation électrique et provoqué la fusion du combustible nucléaire dans les réacteurs de la centrale Fukushima. Des dizaines de milliers de riverains ont été forcés d'évacuer leur domicile pour échapper aux rejets radioactifs qui ont contaminé le sol et la mer dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres.
 

"Evidemment, la responsabilité première au regard de la loi japonaise incombe à l'opérateur" de la centrale nucléaire accidentée, Tokyo Electric Power (Tepco), a dit M. Noda. "Mais le gouvernement, tout comme les opérateurs et les spécialistes experts, étaient trop profondément imprégnés du mythe de la sûreté et je pense que c'est la conclusion que l'on peut en tirer." "Plutôt que de blâmer quelqu'un en particulier, je crois que chacun doit partager cette douleur et en tirer des enseignements."

Les commentaires du premier ministre surviennent quelques jours après qu'une commission d'enquête indépendante a révélé que le président de Tepco avait voulu au pire de la crise faire évacuer le site où ses employés tentaient de maîtriser l'accident. Il a finalement renoncé uniquement après que le premier ministre de l'époque, Naoto Kan, eut menacé de briser Tepco si l'opérateur abandonnait la centrale à son sort.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 22:31

LEMONDE | 03.03.12 | 16h01   •  Mis à jour le 03.03.12 | 16h08

 
 

 

Le 21 décembre 2011, des villageois de Wukan attendent le retour du leader Lin Zulian après sa rencontre avec un représentant du gouvernement, pour un accord sur les saisies illégales de terre et la mort en détention d'un leader local à Wukan.

Le 21 décembre 2011, des villageois de Wukan attendent le retour du leader Lin Zulian après sa rencontre avec un représentant du gouvernement, pour un accord sur les saisies illégales de terre et la mort en détention d'un leader local à Wukan. AFP/MARK RALSTON


Wukan (Chine) Envoyé spécial - C'est une topographie bénie des dieux et les gens de Wukan en sont fiers : le mont de la Tête-du-Tigre verrouille l'estuaire qui protège le gros village et son port de pêche des périls de la mer de Chine. On est ici en pays teochew, cette communauté de l'est du Guangdong connue pour ses traditions séculaires, ses pirates et sa diaspora. Aujourd'hui, Hutoushan ("la tête du tigre") fait, elle aussi, partie des terres collectives dont les quelque 15 000 habitants de Wukan ont été dépossédés, le plus souvent à leur insu, ces vingt dernières années, par une clique de dirigeants corrompus.

En attendant le jour où elles reviendront aux gens de Wukan, Zhuang Liehong se plaît à imaginer, là-haut, une statue de la liberté, le bras levé, comme à New York. Ce serait une attraction touristique idéale pour le "village de la démocratie", comme Wukan est désormais désigné sur des sites Internet chinois. "Sauf qu'on ne pourrait pas prononcer le mot démocratie, se reprend-il. Mais les gens savent bien de quoi il s'agit !"

A 28 ans, Zhuang Liehong est l'un de ceux qui ont mené la fronde des habitants de Wukan contre un abus du pouvoir local, qu'ils accusent de détourner des biens collectifs à des fins privatives. Il a toujours une plaisanterie en réserve, et chaque fois qu'il reçoit un appel sur son portable, c'est une version tonitruante et rock de L'Internationale qui retentit. Malgré la tragédie de décembre 2011 - lorsque Xue Jinbo, l'un des quatre représentants du village arrêtés au côté de Zhuang Liehong, est mort en détention -, Wukan bruisse d'une effervescence joyeuse en ce mois de février où les habitants se préparent à aller aux urnes pour désigner un nouveau comité du village. Le processus se déroule en plusieurs étapes : l'élection d'une commission électorale début février, puis d'une centaine de délégués villageois, et enfin, samedi 3 mars, de l'équipe dirigeante, le tout au suffrage direct.

L'échelon du village est le seul en Chine où les élections libres sont autorisées depuis les années 1990. Mais l'exercice est vite devenu, en l'absence de garde-fou, une parodie de démocratie : ainsi à Wukan où l'ancien chef du village et secrétaire du Parti est resté au pouvoir pendant quarante et un ans, "protégé" par les échelons administratifs supérieurs. Chassé lors des manifestations de l'automne, il est actuellement détenu par la commission disciplinaire du Parti.

A Wukan, fin février, les 109 délégués réunis dans la salle des fêtes, un théâtre surélevé qui fait face à un temple orné de deux dragons, examinaient sur un plan distribué à chacun la délimitation des terres collectives du village. Et quelques-uns des contrats secrets passés par l'administration précédente. Les villageois n'ont jamais rien touché à l'occasion de ces ventes - sauf lors de la construction de la principale route (50 euros par habitant). Parfois, des terres cultivées étaient préemptées : "On nous disait que cela deviendrait une zone de développement industriel et qu'on aurait des actions. Mais rien ne venait !", explique Zhang Bingchai, un père de famille de 45 ans. Ces terrains gelés auraient permis aux cadres du village et aux sociétés avec lesquelles ils faisaient affaire d'obtenir des prêts bancaires, dénoncent les villageois. L'enjeu du scrutin du 3 mars, pour eux, c'est donc de recouvrir leurs droits sur ces terres. Ils veulent notamment que soient appliquées au plus vite les clauses des contrats prévoyant que les terrains restés inoccupés plus de deux ans retournent au village.

Si le village d'insurgés a échappé à la normalisation à la mode chinoise - répression, diabolisation, déni -, c'est grâce à l'intervention, le 21 décembre, de l'émissaire du chef du Parti de la province du Guangdong. Dans une sorte de "Je vous ai compris", celui-ci a publiquement reconnu, fait extrêmement rare en Chine, que les demandes des villageois étaient "raisonnables". Et dans les jours qui ont suivi, les "meneurs", promis à de lourdes peines, étaient libérés.

Cette approche, qui a eu un grand retentissement dans le pays, s'inscrit dans une dynamique politique nouvelle : Wang Yang, le chef du Parti du Guangdong, une figure montante appelée à rejoindre les plus hautes instances du Parti à Pékin fin 2012, cherche à promouvoir des réformes de gouvernance. Et début février, le premier ministre, Wen Jiabao, s'est rendu dans un autre village du Guangdong, pour en appeler à "respecter les droits des villageois sur leurs terres", notamment au moyen de "procédures électorales justes et transparentes" - un message de soutien évident à l'expérience de Wukan. "Wukan a montré la voie d'une résolution pacifique et rationnelle des conflits. Pour l'instant, le résultat est gagnant-gagnant : les violences ont cessé, et les villageois sont revenus dans un cadre juridique existant", se félicite Xiao Bin, un professeur d'administration publique de l'université Zhongshan, à Canton, qui ausculte les réformes de la province.

Pour les villageois, le chemin est semé d'embûches. Les échelons administratifs qui séparent le village de la province - comme le bourg de Donghai et la ville de Lufeng - et qui sont soupçonnés d'avoir profité du pillage des terres, cherchent à reprendre la main : au moins l'un des 109 délégués s'est vu proposer un "salaire" secret de la part du gouvernement local pour servir d'informateur. Les autorités de Lufeng veulent en outre empêcher Xue Jianwan, 22 ans, la fille de Xue Jinbo, meneur mort dans des conditions à ce jour suspectes, de se présenter aux élections au motif qu'elle est institutrice. Aucun dispositif de recours n'a été mis en place pour garantir le bon déroulement du scrutin, le "groupe de travail" envoyé à Wukan par la province se bornant à "observer".

Faire valoir leurs droits les plus élémentaires a longtemps paru illusoire aux gens de Wukan : "On savait tous qu'il y avait des problèmes avec les terres. Quand je demandais à ma mère, elle me disait : "Ils sont violents et trop nombreux." Finalement, ce sont les jeunes qui ont pris les choses en main", explique Chen Suzhuan, une jeune femme de 30 ans qui a fait partie du comité provisoire du village insurgé et a depuis été élue déléguée. La colère a commencé à frémir en avril 2009, quand un tract distribué la nuit dans les boîtes aux lettres, et signé par un mystérieux "Patriote n°1", a dénoncé pour la première fois les ventes illégales de terres. Un numéro de QQ, le service de messagerie en ligne, y était inscrit. Très vite, l'espace en ligne animé par Patriote n°1, et baptisé "Les jeunes au sang chaud", est devenu un lieu de débat animé pour les jeunes adultes du village, souvent employés dans les grandes villes de la région - Canton, Foshan, ou Shenzhen - dans les services ou le petit commerce.

En juin 2009, plusieurs d'entre eux, à l'initiative de Zhuang Liehong, tentent de porter en haut lieu leurs doléances. "On voyait bien qu'ailleurs, les terres, ça rapporte", explique Hong Ruichao, un beau gaillard de 26 ans, l'un des quatre meneurs emprisonnés en décembre. Aucune de leurs démarches auprès du bourg, de la préfecture et de la province n'aboutit. "On était des boules de billard que tout le monde se renvoie", poursuit Hong Ruichao. Leurs familles reçoivent des visites intimidantes en pleine nuit. Parfois, on cherche à les acheter : "Ils m'ont dit, tu vas te marier. Alors on t'offre une maison. Et puis de l'argent. J'ai tout refusé", raconte Zhuang Liehong.

Tout s'accélère en septembre 2011, avec le chantier d'un complexe touristique sur l'une des dernières terres vierges du village. Les villageois organisent des marches de protestation. Mais la police intervient, sous les objectifs des téléphones portables, qui montrent les policiers s'en prendre violemment aux habitants. Vieux, jeunes, femmes et enfants canardent alors la police qui se retire, puis mettent à sac le commissariat. Wukan est aux mains de ses habitants, mais sera assiégé jusqu'au 21 décembre. Lin Zuluan, 67 ans, un cadre du bourg à la retraite très respecté dans le village, rejoint la direction du mouvement après l'arrestation de plusieurs organisateurs. "J'ai appelé un ami qui avait une clinique et me suis porté garant pour tous les frais des blessés. A ce moment, on n'avait aucune réponse de la part des autorités, l'incident était présenté comme instigué par "des forces hostiles" et moi, un manipulateur à leur service", raconte-t-il.

Quand le gouvernement provincial choisit la conciliation en décembre, Lin Zuluan est l'interlocuteur idoine : il sera nommé en janvier chef du Parti de Wukan, en remplacement de l'ancien chef démis. Il est aujourd'hui le favori aux élections pour le poste-clé de chef de village.

La manière dont les gens de Wukan ont su exploiter Internet et les médias a été décisive dans leur combat. Wu Jijin, un fils de pêcheur de 16 ans qui a quitté l'école, fait partie de ceux dont les messages et les photos tweetés ont touché le plus d'utilisateurs sur Weibo, le site de microblogging chinois. Et alors que la presse chinoise n'a jamais été autorisée à couvrir librement ces événements, les gens de Wukan ont courtisé les médias étrangers et d'Hongkong, ouvrant même un centre de presse. "C'est la première fois que je vois une telle conscience et une telle ouverture d'esprit", explique, à Canton, la documentariste Ai Xiaoming, chroniqueuse de la prise de parole citoyenne en Chine par les nouveaux médias.

A Wukan, personne n'a oublié le rôle de deux "anges gardiens" de la révolte. Xue Jinbo, dont la mort, à 42 ans, a galvanisé la résistance de la population. Et le Patriote n°1, qui s'est tu en décembre, quand Internet a été nettoyé des références à Wukan. Est-il caché ? Arrêté ? Personne ne sait. "Son esprit est parmi nous", assure Zhuang Liehong.

Brice Pedroletti


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