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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 16:15
Jeudi 8 Mars 2012 à 05:00

 

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique...

La crise a disparu des radars électoraux, comme si elle s'était brusquement évanouie. Le brusque recul du CAC 40 montre que le feu couve sous la braise. Tandis que la BCE refinance les banques qui réalisent des plus-values sur les dettes souveraines, les plans d'austérité, comme prévu par les économistes raisonnables, engendrent une récession qui ne peut qu'accentuer les déficits publics.

 

(Michael Probst/AP/SIPA)
(Michael Probst/AP/SIPA)
La plupart des acteurs de notre campagne présidentielle font comme si la double crise de l'euro et de la dette était derrière nous. Or, plusieurs nouvelles rappellent utilement que le feu continue de brûler sous la braise.

Le premier signe est, en apparence, une bonne nouvelle, tombée durant le week-end et peu évoquée par les médias : en deux mois, la Banque centrale européenne vient de prêter la bagatelle de 1 000 milliards aux établissements bancaires  à un taux qui fait rêver tout acheteur de logement : 1%. Officiellement, ces liquidités octroyés à quelques 800 banques pour une durée de trois ans, leur permettent de répercuter ces largesses sur les prêts consentis aux états pour refinancer leur dette : ainsi les taux d’emprunts à dix ans consentis à l’Espagne et l’Italie sont ainsi passés de 7 ou 8 % à respectivement 3,9 et 4,9%. Tant mieux. Mais il s’agit encore une fois d’un cadeau aux banques privées : un enfant de trois ans comprend que lorsqu’on peut emprunter à 1% et prêter à 3,9%, on réalise des bénéfices considérables.

Parallèlement, l’anxiété grandit en Allemagne : on a découvert à travers Target 2, un système de transactions automatiques interbancaires d’une remarquable opacité, que la Bundesbank allemande avait 500 milliards de créances possiblement douteuses dans les autres pays européens. En réalité, ces créances ne sont que le reflet de l’excédent commercial allemand et des déséquilibres qu’il engendre. Ces créances résultent, comme l'explique très clairement François Leclerc, de « la substitution de l'Eurosystème au marché interbancaire qui ne fonctionne plus » :  « Les banques commerciales d’un pays donné de la zone euro se finançant sans limites auprès de leur banque centrale nationale, celle-ci enregistre ses créances auprès de sa consœur du pays d’où sont importés des biens et des services grâce à ses crédits. Le cumul net de ces créances a abouti aux montants évoqués dans les livres de la Bundesbank, soit 20 % de son PIB, tout simplement parce que l’Allemagne est le principal exportateur net au sein du marché européen. » Pour rétablir l'équilibre, il faudrait donc que l'Allemagne augmente sa consommation et ses importations. Mais comme Angela Merkel refuse toute relance de la consommation intérieure allemande, cette créance de 500 milliards commence à semer l’inquiétude sur les marchés.

Enfin, les signaux sur les marchés sont d'autant plus alarmants - cf. la dégringolade du CAC 40 de 3,58% mardi 6 mars - que la politique d’austérité imposée un peu partout en Europe ralentit les recettes des états et … accentue leurs déficits publics. Même les Pays-Bas, l'un des bons élèves de l'euro, est à présent touché, avec un déficit public de 4,5%, alors que ses dirigeants multipliaient les admonestations contre les PIG'S. En Espagne, le gouvernement Rajoy a annoncé que le déficit public serait de 5,8 et non de 4,4 comme le stipulait la feuille de route Merkozy. Au Portugal, les fuites sur une rencontre informelle entre le ministre des finances portugais, Victor Gaspar, et son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, ont alimenté la rumeur sur une possible renégociation de la dette portugaise. Avant même d’être adopté, le fameux mécanisme européen de stabilité est ainsi piétiné. Il ne reste plus qu'à attendre le retour de bâtons en Allemagne même de la récession qu'a imposé son gouvernement aux autres pays d'Europe. Le seul suspens de la campagne est de savoir s'il aura lieu avant ou après l'élection présidentielle.

Article corrigé le 8 mars à 11h30

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 16:07
Marianne - Jeudi 8 Mars 2012 à 12:00

Eugène - Blogueur associé

Eugène publie sur le Blog économique et social des articles de fond sur la société et... En savoir plus sur cet auteur

 

Lors de l'émission du mardi 6 mars 2012 sur France 2 « Des paroles et des actes », la femme du président, spectatrice sur le plateau, réagit sur une question relative au Fouquet's : « Nous sommes des gens modestes ». Retour avec notre blogueur associé Eugène sur une émission haute en couleurs.

 

(N. Sarkozy et C. Bruni, coulisses de l'émission Des paroles et des actes - WITT/SIPA)
(N. Sarkozy et C. Bruni, coulisses de l'émission Des paroles et des actes - WITT/SIPA)
Si l'émission était chargée sur le plateau de télévision entre regrets des erreurs commises (sic!) et attaques en dessous de la ceinture (DSK et autres), du côté des spectateurs sur le plateau ce n'était pas mieux. Pour commenter, nous avons eu droit au pire : de basses attaques qui finalement ne sont pas dignes d'un candidat et encore moins d'un président en exercice. Le président qui cite d'anciennes phrases de Fabius montrant qu'il n'aimait pas Hollande («Je crois qu'il a accusé le coup lorsque je lui ai rappelé qu'il avait traité Hollande de "fraise des bois" a dit le président hors micro en fin d'émission), puis qui attaque sur DSK et ses conseillers français qui viennent jusqu'à New York (attaque sur les parties fines de DSK), enfin indique sans détour que le point faible de Hollande est qu'il n'a pas d'expérience du pouvoir et qui ne sait pas dire non. Autant dire tout de suite que le débat a mal commencé pour le président. Je dirais que lorsque l'on voit ce que font les politiciens qui ont de l'expérience du pouvoir, nous sommes très tentés de le remplacer par une personne novice en la matière, cela ne pourra pas être pire. Entre quelqu'un qui est soupçonné de dire tout le temps « oui » et un président sortant qui disait tout le temps « non », les Français choisirons qui est le pire et qui a le potentiel de leur redonner espoir et de leur changer les idées. Quant à DSK, certes, mais pourquoi ne pas parler de Woerth et consorts dans ce cas ? Simplement parce que ce n'était pas le sujet de l'émission. Les Français attendaient un débat d'idées et non pas une bataille sur un ring...

Même s'il s'en défend, « Je me sens bien ! » indique-t-il avant l'émission, il est apparu tendu, grave et fatigué, comme l'on également remarqué les journalistes en fin d'émission, son sourire avait disparu et il était prêt à tout pour contrecarrer Fabius. Je ne pense pas que ce débat ait tourné, de ce fait, à son avantage, les Français jugeront. Pourtant, s'il y a fort a dire des maladresses et de l'attitude défensive et peu présidentielle choisie par les conseillers en communication du président, le plus intéressant vient des spectateurs. D'une spectatrice, plus précisément. Sa femme.

Cela a commencé fort. A peine arrivée, elle lance « Il fait un froid de gueux ». Je ne sais pas pour vous, mais le terme de « gueux » me fait la plus mauvaise impression. En effet, cela fait inexorablement penser à la noblesse et leur opposer : les gueux. Cela fait penser également à la révolte des gueux en 1566 dans les Pays-Bas espagnols, ou à la marche des Gueux des paysans d'Inde en 2008 pour exiger des droits pour les femmes et le droit de la terre. Réjouissant ! Aujourd'hui, le terme « gueux » est vieilli ou, du moins, ironique, et désigne les indigents ou les nécessiteux, brefs, les mendiant ! Cette phrase prend une résonnance particulière lorsque l'on sait que la femme du président est issue d'une riche famille d'industriels italiens. Le ton, par une simple phrase est donnée, la noblesse et la bourgeoisie sont là...

Évidemment, si la phrase est étonnante, nous ne pouvons rien en conclure isolément. Néanmoins, ce n'est pas la seule « sortie » étonnante de la femme du président ce soir-là... Juste avant le début de l'émission, la femme du président indique en riant à Pflimlin et ses journalistes : « Les journalistes sont tous des Pinocchio ». Pas mal non plus. La référence est également désuète (Pinocchio) et surtout donne le ton pour l'émission qui commence. Comme si dans l'entourage présidentiel personne ne mentait... Mais il s'agit surtout d'une sortie ironique pour la suite de l'émission, comme nous allons le voir.

Occupée à envoyer des SMS en pagaille, elle indique « Il a une belle voix » en parlant de son mari. C'est vrai, c'est exactement ce qu'attendent les Français en période de crise : un candidat qui a une belle voix... Bref. Le clou du spectacle arrive lorsque les journalistes interrogent le président sur son gout prononcé pour le Bling-Bling avec pour départ l'épisode du Fouquet's : la femme du président n'hésite pas à lancer à haute voix « Nous sommes des gens modestes »... Avant de demander à Guaino : « De temps en temps, ils donnent la parole à des journalistes de droite ? » qui ignora la question. Faut-il rappeler ce que c'est une famille modeste en franc ? Certainement pas, une famille de riches industriels français côté Bruni ou d'avocats d'affaires associés (et président de la République), (côté Sarkozy. Selon L'Express   qui a interrogé l'UMP sur le patrimoine du président, il s'est légèrement enrichi entre 2007 et 2012 (157 000 euros) malgré un divorce couteux. Merci à l'augmentation autodécidée de 172% de son propre salaire ! Quand on pense que le Général de Gaulle payait lui-même ses timbres, son eau et son électricité à l'Élysée.

Avec un patrimoine estimé à « 2,3 millions d'euros » le président est assujetti à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui se déclenche à 1,3 million d'euros. Par comparaison, le patrimoine de Hollande est estimé à 800 000 euros environ (déjà pas mal !) mais n'est pas soumis à l'ISF, du coup. Voila, selon la femme du président ce que signifie des gens modestes. Nous comprenons mieux l'expression des « gueux » du début de l'émission...

Incontrôlable, la femme du président ? Si l'on pensait que jusqu'à présent le bilan du quinquennat de Sarkozy était sa plus grande faiblesse, finalement les coulisses de l'émission nous font penser que ce serait plutôt sa femme.

L'émission se termine, je suis médusé : je ne m'attendais pas à cela. Je voyais un débat plus haut, plus factuel, plus sur les idées et le bilan que des coups bas et les annonces de dernière minute du président. Son programme n'est-il pas encore « sec » ? Pourtant, il est expérimenté, il devrait connaitre ses dossiers, son programme devrait être en continuité de ce qu'il a fait pendant 5 ans... Pourquoi cette attitude tendue et sur la défensive ? Pourtant, le président est très heureux de sa prestation : « Je me suis senti très à l'aise, car c'est vraiment une très bonne émission. J'attendais ce genre de débat depuis cinq ans, car il y a une réelle liberté pour dire les choses », indique-t-il de manière surréaliste… Si la « liberté » pour lui était celle de multiplier les coups bas, c'est réussi... Quel étonnement que la femme du président émaille l'émission de commentaires plus que discutables, au lieu d'une attitude digne et sobre ! Carla véritable talon d’Achille du Président comme l’était Cécilia ?

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 14:18

journée de la femme

 

 

http://vidberg.blog.lemonde.fr/2011/03/08/journee-de-la-femme-noffrez-pas-de-fleur/

 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:54

Après une hausse continue observée depuis fin 2009, le nombre de salariés en emploi dans les secteurs marchands a diminué au troisième trimestre 2011 (- 31. 500) et au quatrième (- 22.600). Sur un an, le ralentissement des créations nettes d'emploi dans les secteurs principalement marchands est marqué : + 67.300 en 2011, après + 124.600 en 2010 ( +0,8%), selon les statistiques publiées jeudi 8 mars par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

L'emploi industriel accuse une légère baisse au quatrième trimestre (- 1.700) et sur l'ensemble de l'année (- 2.100), mais c'est surtout la construction qui souffre (- 4.600 postes au quatrième trimestre après - 6.300), ses effectifs salariés ayant diminué de 11.900 en 2011.

L'emploi tertiaire marchand recule sous l'effet  de la baisse de l'intérim qui s'accentue (- 21.800 postes en 2011). Fait préoccupant, les pertes d'emploi dans le travail temporaire se sont accélérées, passant de - 12.900 au troisième trimestre à - 21.100 au quatrième. Cette accélération n'augure rien de bon dans la mesure où l'intérim est généralement considéré comme un indicateur avancé de l'emploi.

 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:48

LEMONDE.FR avec AFP | 07.03.12 | 18h24

 
 

 

Des enfants évacués de la zone interdite autour de la centrale de Fukushima sont examinés, le 13 mars 2011.

Des enfants évacués de la zone interdite autour de la centrale de Fukushima sont examinés, le 13 mars 2011. REUTERS/© Kim Kyung Hoon / Reuters


Des enfants sont toujours contaminés à 220 km de la centrale de Fukushima près d'un an après la catastrophe nucléaire japonaise, a affirmé mercredi 7 mars l'Association pour le contrôle de la radioactivité de l'Ouest (ACRO), un laboratoire français indépendant, dans un communiqué.

Sur les 22 enfants japonais dont l'ACRO a analysé les urines, 14 sont encore contaminés au césium 134 et césium 137, selon le site Internet du laboratoire. Les prélèvements ont eu lieu entre décembre 2011 et février 2012.
 

"Ces résultats mettent en évidence une contamination des urines jusqu'à Oshu [province d'Iwaté] située à environ 220 km de la centrale", souligne l'association, un des deux laboratoires indépendants créés en France après la catastrophe de Tchernobyl. "Les valeurs ne sont pas extrêmement élevées comparées à celles que nous avions relevées en Biélorussie mais elles montrent que la contamination s'installe dans le temps", a estimé le président de l'ACRO, David Boilley.

 

RÉPERCUSSIONS SUR LA SANTÉ À LONG TERME

Cette persistance "montre aussi que la contamination des enfants vient de l'alimentation et non du panache. Cela pose la question des répercussions sur la santé des contaminations à faible dose mais sur le long terme", un phénomène sur lequel la science s'interroge, a ajouté M. Boilley.

L'ACRO a cependant relevé une "baisse significative de la contamination d'une petite fille d'Ichinoseki", âgée de quatre ans, depuis qu'elle a arrêté de manger les légumes du jardin de ses grand-parents "sans se douter que ceux-ci puissent être contaminés", souligne le laboratoire.

Les césiums 134 et 137 sont des éléments radioactifs que l'on peut trouver après un accident nucléaire. Ils ont une durée de vie considérée comme moyenne. La quantité de césium dans le corps diminue de moitié en un mois chez un enfant qui mange sain, contre huit jours pour, par exemple, l'iode radioactif. Un individu qui n'est plus contaminé a cependant toujours davantage de risque de développer un cancer que celui qui ne l'a pas été, rappelle l'ACRO.

 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:42

LEMONDE | 08.03.12 | 13h00

 
 

Tripoli (Liban), Envoyée spéciale - "Il n'y a plus de Baba Amro. Le quartier est à terre, détruit par le régime. Il n'y a plus ni eau, ni électricité, ni même un peu de riz", déclare Abou Bakr, 25 ans. Le jeune homme est originaire du bastion rebelle d'Homs, comme la plupart des blessés arrivés au Liban depuis la fin février.

Appuyé contre un épais oreiller, dans la chambre d'un hôpital de Tripoli (dans le nord du Liban), Abou Bakr, à la barbe soigneusement entretenue, écrit "ses pensées", tout en regardant une émission religieuse diffusée par la chaîne privée saoudienne Al-Majd Al-Ilmiya. A le voir si posé, on en oublierait presque qu'il a été blessé au genou droit par des éclats d'obus, fin février. Soigné sommairement à Baba Amro, il est arrivé au Liban lundi 5 mars, après des jours à progresser lentement vers la frontière, en se cachant des forces régulières.

"UNE VASTE MAISON OÙ LA MORT SÉVIT"

"Homs est comme une vaste maison où la mort sévit. La plupart des habitants de Baba Amro ont fui vers les quartiers voisins", raconte Abou Bakr. Le jeune homme n'est pas un civil, comme il l'a d'abord avancé, sur les conseils de Syriens qui coordonnent l'aide aux blessés et assisteront aux différents entretiens. Sa robustesse et sa détermination le trahissent, avant qu'il ne l'admette : il est un combattant de la brigade Al-Farouk. Le plus puissant groupe à Homs, relié à l'Armée syrienne libre (ASL), était présent à Baba Amro jusqu'à son "retrait tactique", le 1er mars, et la prise du quartier par le régime. Une grande partie des patients de l'hôpital sont d'ailleurs des combattants.

Hussein, 20 ans, est un civil. Et un survivant, à l'esprit hanté par les images terribles collectées sur le terrain, durant plus de vingt jours de bombardements intensifs. Originaire de Baba Amro, il faisait partie des volontaires qui évacuaient les blessés dans les rues du quartier insurgé vers les maisons, lors des frappes. Fin février, un couple et leur nourrisson montent dans une voiture. Quelques minutes plus tard, un obus tombe. Les trois passagers sont tués. Hussein, qui s'avance vers le véhicule, est touché par une nouvelle déflagration, au dos, au bras droit et aux poumons.

Cette scène, tel un guet-apens, est rapportée par de nombreux Syriens soignés au Liban : un premier obus ou tir de mortier s'abat. Quelques minutes passent. Quand s'approche une silhouette pour porter secours, une deuxième salve est alors tirée. Arrivé à Tripoli le 1er mars, Hussein continue de sourire malgré ses graves blessures. "Je veux retourner en Syrie pour aider les autres. Après la révolution, je reprendrai ma vie d'avant : étudiant et employé dans la boutique familiale", explique-t-il.

 

"VOUS NOUS LAISSEZ MOURIR"

Abou Bakr, lui, ne cache pas sa ferveur religieuse : "Mais si vous nous voyez comme des islamistes parce que nous portons la barbe, voyez notre humanité ! Nous aimons la paix. Nous avons tout fait pour les journalistes étrangers. Nous refusons de rentrer dans une logique confessionnelle. Moi, je ne veux pas d'un régime religieux en Syrie, mais d'un pouvoir qui respecte la liberté de culte." "Les courants islamistes émergeront peut-être après la chute du régime. Mais ce pour quoi nous nous battons, ce n'est pas ça, c'est la liberté !", ajoute un autre combattant de l'ASL originaire de Qusair (bourgade à la frontière libanaise), blessé à la jambe et soigné dans un autre hôpital de Tripoli.

Abou Khaled, 40 ans, n'a plus qu'une idée : "Donnez-nous des armes lourdes, pour que nous attaquions la famille Assad ! Je veux venger ma fille !" Originaire des environs de Qusair, ce civil a perdu deux doigts de la main gauche, et son tympan gauche a été percé par un tir de mortier. Sa fille, âgée de 7 ans, est morte sur le coup. "Nous étions sortis acheter du pain, à l'aube, rien d'autre !, dit-il en tremblant. Pourquoi avez-vous aidé les Libyens, et vous nous laissez mourir ?" "Nous aussi, on a du pétrole et du gaz !", renchérit son voisin de chambre, Abou Mohammed, civil de 39 ans. Son oeil droit, perdu, est recouvert d'un pansement.

Il n'y a ni femmes ni enfants, dans ces hôpitaux. A l'exception de Khaled, 15 ans. L'adolescent a le regard triste, lucide, de celui qui sait qu'une partie de sa vie est derrière lui. Il a été amputé, à hauteur du genou droit, après avoir sauté sur une mine en tentant d'évacuer un blessé vers le Liban. Khaled ne parle pas, il tourne la tête vers le mur, dans cette chambre où il y a trop de lits, trop de patients, faute de place, où l'on fume, pour tuer le temps. Nul n'a pu parler à ses proches, ni parmi les réfugiés de Baba Amro, ni à Qusair, car les lignes téléphoniques ne fonctionnent pas.

Pour ces quelque 2 000 Syriens, arrivés au Liban depuis le 2 mars, la trêve au Liban prendra fin dès que les blessures seront cicatrisées. Si leurs opérations sont prises en charge par Beyrouth, c'est en effet dans la plus grande discrétion. Le retour, les jeunes hommes disent l'attendre. Même s'ils redoutent de découvrir les exactions à l'encontre de civils, dans la région d'Homs, dont les rumeurs bruissent dans les couloirs des hôpitaux. Ils ne croient plus aux initiatives politiques. "Il faut armer l'ASL !", répètent-ils, unanimes.

Laure Stephan

 


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:37

LEMONDE.FR | 08.03.12 | 07h50   •  Mis à jour le 08.03.12 | 10h51

 
 

 

Une femme, enroulée dans le drapeau tunisien, manifeste dans une rue de Tunis, le 20 janvier 2011.

Une femme, enroulée dans le drapeau tunisien, manifeste dans une rue de Tunis, le 20 janvier 2011.AFP/MARTIN BUREAU


Nous, femmes arabes impliquées dans les luttes pour la démocratie, la dignité et l'égalité, nous, actrices au premier plan des changements exceptionnels que connaît le monde arabe, tenons à rappeler à l'opinion publique que les femmes sont en droit de bénéficier au même titre que les hommes du souffle de liberté et de dignité qui gagne cette région du monde.

Depuis toujours, les femmes mènent des luttes pour obtenir des acquis, plus ou moins importants selon les pays. Mais ces acquis demeurent en deçà de leurs aspirations et font de leur statut un des plus reculés dans le monde.

Les violences demeurent répandues tant dans l'espace public que privé et très peu de mesures sont prises pour mettre fin à ce fléau.

Les codes de la famille ne sont dans la plupart des pays arabes que des textes instituant l'exclusion et la discrimination.

Les autres lois que sont le code de la nationalité, certains codes civils et les lois pénales ne font que renforcer ces discriminations. Ces lois violent les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales des femmes et des fillettes par l'usage de la polygamie, le mariage des mineures, les inégalités en matière de mariage, de divorce, de tutelle sur les enfants ou encore l'accès à la propriété et à l'héritage.

Certaines lois permettent même à la parentèle masculine de tuer des femmes et des filles avec le bénéfice de circonstances atténuantes dans le cadre des crimes d'honneur.

Si la majorité des pays arabes (à l'exception du Soudan, et de la Somalie) a ratifié avec plus ou moins d'empressement la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Cedaw), adoptée par l'ONU en 1979, ces ratifications sont restées sans impact réel sur le statut et la condition des femmes.

Aujourd'hui que le monde arabe est en phase de construction démocratique pour la consolidation de l'Etat de droit et des droits humains, nous considérons que si l'égalité ne peut se réaliser sans la démocratie, la pleine jouissance de cette démocratie ne peut se réaliser sans une égalité totale entre les hommes et les femmes.

C'est pourquoi nous appelons les Etats, les partis politiques et la société civile dans ces pays à tout faire pour que la dignité des femmes et leur égalité avec les hommes ne soient pas une fois de plus sacrifiées au nom de prétendues priorités.

Aucune démocratie en effet ne peut se construire au détriment de la moitié de la société. Ensemble nous avons fait notre présent, ensemble nous construirons un avenir meilleur.

Nous exigeons :
- la préservation des acquis, l'égalité totale et effective et l'inscription des droits des femmes dans les constitutions ;
- les mesures législatives et administratives afin d'éradiquer les violences faites aux femmes ;
- la ratification et le respect de la Cedaw sans réserve dans son esprit et dans toutes ses implications concrètes ;
- l'adoption de lois qui protègent les femmes des inégalités sociales et économiques, des discriminations, en particulier familiale ;
- les mesures d'action positive afin d'assurer l'accès des femmes aux postes de décision et à leur pleine participation à la vie politique et associative ;
- la dénonciation des voix qui s'élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d'une lecture rétrograde des préceptes religieux ainsi que celles qui voudraient leur interdire une participation pleine et entière à une vie digne et respectueuse des droits humains ;

 

Les huit signataires de l'appel :

- Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), tunisienne ;

- Bochra Belhadj Hmida, avocate, cofondatrice et ex-présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates, tunisienne ;

- Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et activiste, égyptienne ;

- Nawal El Saadawi, médecin psychiatre, écrivain et féministe historique, égyptienne ;

- Tahani Rached, réalisatrice, égyptienne ;

- Samar Yazbek, écrivain, syrienne ;

- Azza Kamel Maghur, avocate internationale et membre du Conseil Libyen des Droits de l'Homme, libyenne ;

- Wassyla Tamzali, féministe et essayiste, algérienne.

 

Soutenues par :

Sylviane Agacinski, philosophe ; Keren Ann, chanteuse ; Elisabeth Badinter, philosophe ; Josiane Balasko, comédienne ; Juliette Binoche, comédienne ; Dominique Blanc, comédienne ; Louis Chedid, chanteur ; Umberto Eco, écrivain ; Marianne Faithfull, chanteuse ; René Frydman, obstétricien ; Juliette Gréco, chanteuse ; Claudie Haigneré, astronaute et femme politique ; Françoise Héritier, anthropologue ; Isabelle Huppert, comédienne ; Axel Kahn, généticien ; La Grande Sophie, chanteuse ; Talisma Nasreen, écrivain ; Olivia Ruiz, chanteuse ; Rayhana, auteure et comédienne ; Annette Wieviorka, historienne ; Mazarine Pingeot, professeure de philosophie et écrivain ; Catherine Deneuve, comédienne.

L'appel peut être signé par tout citoyen. La pétition sera remise au Président du Conseil Européen à l'occasion du Sommet des chefs d'état et de gouvernement de l'Union Européenne à Bruxelles, le 25 mai 2012. Signez cette pétition en ligne.

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Suivez sur l'antenne de France Inter, co-initiateur, en partenariat avec Le Monde, de l'"Appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité", les rendez-vous de la journée du 8 mars sur le thème : "Révolutions arabes, révolutions des femmes ? 8 mars, 8 femmes".

 

*Pour accéder à la pétition, appuyer sur la touche "Ctrl" de votre clavier + cliquer gauche sur la ligne du lien

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:34

LEMONDE.FR | 08.03.12 | 11h07   •  Mis à jour le 08.03.12 | 13h11

 
 

 

Souhayr Belhassen, présidente (tunisienne) de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, ici en 2008.

Souhayr Belhassen, présidente (tunisienne) de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, ici en 2008. AFP/CATHERINE GUGELMANN


A l'occasion de la journée internationale des femmes, le 8 mars, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) lance une publication sur le rôle des femmes dans les mouvements de contestation, les révolutions et les transitions dans le monde arabe et propose vingt mesures pour l'égalité. Sa présidente, la Tunisienne Souhayr Belhassen, analyse la place centrale de la question de la femme au cœur des processus en cours dans les pays traversés par le printemps arabe. Cosignataire de l'appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité publié par Le Monde et diffusé sur France Inter le 8 mars, Mme Belhassen dévoile les actions entreprises pour garantir le respect des libertés fondamentales des femmes arabes.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle des femmes dans les pays du printemps arabe ?

Mon regard est contrasté. Incontestablement, on ne peut que se réjouir de la chute des régimes absolutistes et dictatoriaux en Tunisie, Egypte et Libye. C'est loin d'être le cas en Syrie, où hommes et femmes traversent une épreuve terrible, dont on ne sait à quoi elle va aboutir. La FIDH a fait un travail transversal dans les pays en révolution (Tunisie, Egypte et Libye), en évolution (Maroc et Algérie) et en contestation (Yémen, Bahreïn et Syrie). Ce n'est pas seulement un état des lieux, ante et post-révolution, mais aussi un rapport qui souligne l'importance politique de la question femme au cœur des processus en cours, car elle constitue un enjeu central et essentiel sur lequel modernistes et conservateurs se battent. En demandant que la charia (la loi islamique) soit source de droit, certains veulent donner un contenu idéologique et rétrograde à la Constitution en cours d'élaboration aujourd'hui en Tunisie. Ils veulent faire en sorte qu'elle soit au service d'une idéologie particulière à un groupe, alors qu'une Constitution démocratique doit préserver toutes les libertés reconnues à des citoyens égaux et réunir le peuple sans méconnaître sa diversité.

La femme a constitué une force de résistance non négligeable. Les 14 et 15 janvier, des filles à Thala et à Kasserine [bastion de la révolution au centre-ouest de la Tunisie] ont été violées par les gardes de Ben Ali ; des femmes ont également été violées au ministère de l'intérieur. Si elles ont toujours joué un rôle et l'ont toujours payé du prix de la liberté, elles n'ont jamais eu cette visibilité. La participation des femmes dans la rue a troublé les stéréotypes, c'est ce qui fait que les pays de la région et au-delà s'interrogent sur leur avenir.

Les systèmes législatifs dans le monde arabe reposent sur une asymétrie continue entre les droits des hommes et des femmes. La remise en cause de cette asymétrie, de cette inégalité traditionnelle, est considérée comme une menace à l'ordre public. Je m'arrête à l'exemple de la Tunisie. Avant et après l'accession d'Ennahda au pouvoir, ses représentants ont remis en cause les acquis de l'adoption, ont traité les mères célibataires "d'infamie" et ont déclaré vouloir revenir au mariage orfi (mariage non civil). Sans compter les réactions tardives des autorités aux agissements des salafistes et l'invitation du prédicateur Wajdi Ghenim qui prône, dans un pays qui l'ignore, la pratique barbare de l'excision.

Ces faits constituent-ils pour vous une menace réelle pour le processus de transition en général et le statut des femmes en particulier ?


Que ces faits constituent des sondes envoyées par les autorités pour tester l'opinion ou des menaces réelles, il faut que la société civile et les partis qui se disent modernistes se mobilisent pour défendre les acquis de la femme et aller plus loin en matière d'égalité.

Quels sont les droits que vous voulez introduire dans la Constitution ?

Nous voulons que la parité, l'égalité pleine et entière entre hommes et femmes, et la séparation entre Etat et religion soient prévues dans la Constitution.

 

Au-delà de la Tunisie, quelle sera votre démarche ?

Nous sommes particulièrement attachés à l'exemple de la Tunisie, dans la mesure où ce pays a prouvé qu'en faisant des réformes, on peut moderniser l'islam et non islamiser la modernité. Toute la question est là. Ce n'est pas un hasard si la Tunisie a été le premier pays à faire sa révolution, c'est parce qu'elle a des acquis. La Tunisie peut intégrer ses islamistes et les faire évoluer. Je suis pour un dialogue et un échange avec les partis islamistes.

 

Vous avez cosigné un appel pour une égalité effective entre hommes et femmes… Comment traduire cet appel dans les faits ?

Plusieurs actions sont entreprises en ce sens. Un groupe d'associations féministes du monde arabe, appelé Coalition "Egalité sans réserves", s'est constitué pour lever les réserves à la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Cedaw). Nous avons réussi ensemble à faire lever toutes les réserves de la Tunisie et du Maroc concernant cette convention, ce qui est pour nous un grand succès. Comme vous le savez, dans le monde arabe, tous les pays – mis à part le Soudan et la Somalie, ont ratifié la Cedaw, mais son application reste tributaire de sa conformité avec la charia, ce qui revient à vider le texte de tout son sens. Combattre la violence et agir pour l'égalité est une autre forme de notre action. Notre rôle consiste également à accompagner nos organisations auprès des instances onusiennes afin de faire pression sur les pays pour que les législations nationales soient mises en conformité avec les normes internationales.

En partageant les propositions, les stratégies, les réactions et les espoirs des militantes et militants de terrain, nous avons élaboré, ensemble, vingt recommandations pour l'égalité, qui concernent la participation des femmes à la vie politique et publique, aux réformes constitutionnelles et législatives, mais également sur la violence, l'éducation l'emploi et la santé et la mise en œuvre des droits humains universels.

 

Etes-vous parvenus à améliorer un tant soit peu la condition des femmes depuis le printemps arabe ?

Aujourd'hui, les pays arabes ne sont pas logés à la même enseigne. Le Maroc est entre deux eaux, mais c'est le Yémen et la Libye qui ont le pire des statuts pour les femmes. Les femmes yéménites sont, entre autres, discriminées en matière de nationalité, d'héritage, de droit de la preuve. Elles sont sous l'autorité d'un tuteur, la présence de la mariée n'est pas indispensable pendant les mariages – c'est-à-dire qu'on peut se passer de son accord –, les mutilations génitales ne sont pas criminalisées, le taux de scolarisation est très bas. Il n'y a que deux femmes au gouvernement, une seule femme parlementaire, et une seule femme est inscrite à l'école nationale de magistrature.

 

Quel est aujourd'hui votre état d'esprit, êtes-vous optimiste quant à l'avenir de la condition de la femme dans les pays arabes ?

Je suis inquiète parce que les révolutions arabes ont produit dans la plupart des cas une forte présence des islamistes, sinon une prise de pouvoir par ces derniers. Les menaces sont là, la société civile s'est montrée réactive, c'est une bonne chose. Ce qui m'interpelle, dans le cas de la Tunisie, c'est que les partis politiques sont dans des guéguerres alors qu'il y a des urgences, non seulement institutionnelles, mais aussi économiques et sociales. Ce qui m'inquiète aussi, c'est cette perspective qu'on fasse du surplace et que l'égalité puisse ne pas être inscrite dans la Constitution et que la charia soit en débat. Il y a également des facteurs exogènes à ce débat sur la charia. Ceux qui prônent la laïcité sont mis en accusation, et leur appel pour une séparation entre le politique et le religieux est entendu comme un athéisme. Ce discours a été déjà réactivé après la révolution iranienne et pendant la guerre d'Irak. C'est un discours qui s'alimente des frustrations collectives et c'est l'une des raisons de la longévité des régimes dictatoriaux. Il s'explique aussi par la faillite de la communauté internationale dans le règlement des conflits, notamment les conflits palestinien et irakien, par le durcissement des politiques d'immigration et toutes ces tensions qui se sont développées au niveau des relations internationales par la mondialisation sauvage, la fermeture des frontières à la circulation des personnes. La laïcité en terre d'islam est souvent perçue comme un produit occidental, or notre combat est pour l'universalité des droits et des libertés. Combat qui se situe au-dessus de toute autre considération.

Propos recueillis par Hajer Jeridi

 


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:30

LEMONDE.FR | 08.03.12 | 08h10   •  Mis à jour le 08.03.12 | 12h03

 
 

 

Des militantes du Parti de la justice et du développement (PJD) célèbrent la victoire dans une rue de Rabat, le 27 novembre.

Des militantes du Parti de la justice et du développement (PJD) célèbrent la victoire dans une rue de Rabat, le 27 novembre.Johann Rousselot


L'arrivée au pouvoir de partis islamistes pour la première fois dans l'histoire de la Tunisie et du Maroc, où ils dominent les gouvernements, nourrit les craintes des femmes. Pas toutes, certes. Car les victoires électorales du parti tunisien Ennahda en octobre 2011 et un mois plus tard, le 25 novembre, du Parti de la justice et du développement (PJD) marocain se sont aussi appuyées sur un vote féminin. Mais le "printemps arabe", qui a porté les aspirations de millions personnes dans la rue, a son revers.

Au Maroc, c'est d'abord une image. Celle d'une femme, une seule, un foulard sur les cheveux, au milieu de trente hommes en costume sombre : Bassima Hakkaoui, 51 ans, députée du PJD depuis 2002, a été nommée en janvier ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social. Par comparaison, le précédent gouvernement comptait cinq ministres femmes et deux secrétaires d'Etat. Première déconvenue.

AU MAROC, DES "SIGNAUX INQUIÉTANTS"

Aussitôt, l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a écrit une lettre ouverte au chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, pour lui transmettre ses "principales attentes". "Comme vous le savez, durant la dernière décennie, le Maroc a fait des progrès significatifs en matière de promotion et de protection des droits humains des femmes", rappelle l'association, avant d'interpeller le secrétaire général du PJD sur le respect des principes d'"égalité" des sexes et de "parité" contenus, article 19, dans la nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 1er juillet 2011. L'ADFM n'a, à ce jour, reçu aucune réponse. Deuxième déconvenue.

"Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir du PJD", déclare Amina Lotfi, présidente de l'ADFM. "Mais les premiers signaux sont inquiétants, relève-t-elle en pointant la "totale insensibilité à l'égalité du genre" du gouvernement. Le mouvement féministe au Maroc, soutenu par des femmes qui ne trouvaient pas toujours leur place dans les partis politiques, "avait eu tendance à un peu baisser les bras et, là, il a reçu une belle claque", assure une militante pourtant aguerrie. "Les partis islamistes sont arrivés au pouvoir parce qu'ils étaient les mieux organisés et parce que les gens avaient un sentiment de reconnaissance, car ils les ont aidés dans leur vie quotidienne. Désormais, il y a des craintes sur les libertés, une récession culturelle, et l'élite, malheureusement, ne réagit pas, s'alarme Nabila Mounib. La question de la femme redevient centrale."

Cette endocrinologue âgée de 52 ans, chercheuse à l'université Hassan-II à Casablanca, vient d'être nommée chef d'un parti d'opposition de gauche, le Parti socialiste unifié (PSU), – ce qui fait d'elle une pionnière. Elle se souvient du 12 mars 2000 où elle défilait dans la rue pour réclamer la réforme du code de la famille, la Moudawana, face aux militants du PJD qui s'y opposaient de toutes leurs forces. "La priorité du gouvernement, dans sa déclaration de politique générale, poursuit Nabila Mounib, repose sur l'identité, l'identité exclusive qui consiste à dire 'nous sommes musulmans', or le référentiel religieux est toujours mis en avant par des hommes, pour des hommes." Pour Amina Lotfi, "le programme gouvernemental prône un discours idéologique et moralisateur (…) qui cantonne les femmes dans l'espace privé-famille et dissout leurs droits et libertés dans des considérations de cohésion dont la femme-épouse-mère endosserait la totale responsabilité".

Aucune loi, aucun signe tangible n'est jusqu'ici venu remettre en cause les avancées acquises par les femmes marocaines. Mais la vigilance est de mise dans un pays où la polygamie n'est pas formellement interdite et où, malgré la loi, le mariage des jeunes filles de 12 ou 13 ans persiste. "On a laissé une marge de manœuvre aux juges, il était question de les former mais cela n'a pas été fait", dénonce Nabila Mounib qui cite une discussion qu'elle a eue à ce sujet avec Bassima Hakkaoui, juste avant qu'elle ne soit désignée ministre de la famille : "Je lui ai demandé ce qu'elle pensait du mariage des petites filles, elle m'a répondu : 'Si elles sont suffisamment développées, pourquoi pas ?'" "C'est un rude combat, ajoute-t-elle, qu'il faudra mener dans les lycées, les universités, car en face des mosquées se démultiplient pour lancer le message que l'islam est la solution. Et ce qui se passe chez nos voisins, comme en Tunisie, n'est pas fait pour nous rassurer."


LES DÉBATS D'HIER RESSURGISSENT EN TUNISIE

En Tunisie, non plus, aucune loi n'est venue remettre en cause, jusqu'ici, les acquis des femmes – les plus avancés dans le monde arabe depuis l'adoption, en 1956, du code du statut personnel. Au contraire, lors des élections d'octobre 2011, le principe de listes paritaires, une première, avait été accepté par tous les partis. Mais, depuis, la situation s'est dégradée. Des enseignantes sont agressées, insultées par des salafistes et des prédicateurs venus de l'étranger arpentent le pays, sans que le gouvernement réagisse. "Les femmes subissent tous les jours des violences, certes, la plupart du temps verbales, mais quand même, déplore Dalenda Larguech, historienne, directrice du Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme (Credif), à Tunis. Jamais, je n'aurais pensé que nous débattrions de sujets que l'on croyait dépassés !"


 

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien.

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien. AFP/FETHI BELAID


Pour preuve, l'orfi, le mariage non civil, qui avait quasiment disparu en Tunisie, a fait un retour fracassant dans les débats après les propos maladroits de la ministre de la femme, Sihem Badi, membre du parti Congrès pour la République (CPR). Début février, la ministre (elles sont deux dans un gouvernement de vingt-six hommes) avait qualifié cette pratique, qui ne nécessite que deux témoins et n'accorde aucun droit à la femme, de "liberté individuelle" avant de faire machine arrière. Mais le mal était fait, et aux dires d'enseignants, des étudiantes auraient épousé des salafistes sous ce régime. "Cela n'a rien à voir avec le mariage coutumier tel qu'il était pratiqué dans le monde rural qui n'avait pas l'usage de l'écrit. Là, il s'agit ni plus ni moins que d'une libération sexuelle halal, c'est tout, et cela peut développer la polygamie !", s'indigne Dalenda Larguech.

Entre les fondamentalistes religieux et une partie de la société, la bataille s'est aussi cristallisée autour du port du niqab, le voile intégral, qui a fait son apparition après la révolution. Depuis le 6 décembre 2011, les cours de la faculté des lettres de la Manouba, à côté de Tunis, sont tous les jours perturbés, même si cela concerne une poignée d'étudiantes soutenues par des salafistes. "C'est toute une atmosphère, une guerre d'usure, rapporte la féministe du Credif. On parle maintenant d'interdire l'adoption alors que nous l'avions acceptée depuis 1956…" En Tunisie, les débats sont exacerbés par la rédaction, d'ici un an, de la future Constitution, pour laquelle ont été élu(e)s 217 député(e)s avec, au cœur du litige, la place de la charia, la loi islamique, comme source d'inspiration du droit, ou non.  

"L'idée de séparation du politique et du religieux est étrangère à l'Islam", a affirmé Sahbi Atig, un élu d'Ennahda au cours d'une séance. En réaction, vingt-huit associations féministes et organisations de droits de l'homme ont déposé à l'Assemblée un projet de Constitution : "Nous revendiquons l'inscription des droits des femmes dans la future Constitution pour que celle-ci marque un véritable tournant dans la promotion des droits des femmes et de leur protection (…). Nos propositions ont aussi pour but de mettre définitivement un terme à l'instrumentalisation politique et religieuse des droits humains des femmes", peut-on lire en préambule.

Les quatorze articles du texte tendent vers un seul but : obtenir l'égalité des sexes. Le 28 février, d'autres organisations, dont le Réseau euroméditerranéen des droits de l'homme, ont également lancé un appel à l'Assemblée constituante tunisienne : "Le référent arabo-musulman doit être considéré comme un élément central de la personnalité tunisienne, non comme une source de législation. Il ne doit y avoir aucune réforme des textes relatifs au statut personnel durant la période de transition." Le face-à-face continue. A l'initiative d'un collectif d'associations, les femmes devaient manifester jeudi 8 mars à Tunis et tenir un colloque le lendemain. Le groupe salafiste Hizb ut-Tahrir, lui, a prévu "un congrès mondial des femmes".


>>> Suivez en direct sur LeMonde.fr notre chat avec Sihem Badi, ministre de la femme tunisienne, jeudi 8 mars 2012, à 11 heures. 


Isabelle Mandraud

 


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:23

 

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.03.12 | 06h31   •  Mis à jour le 08.03.12 | 10h52

 

 

 

 

Le vice-ministre du pétrole syrien, Abdo Hussameddine, a annoncé, dans la nuit de mercredi à jeudi 8 mars, sa démission et qu'il rejoignait l'opposition, devenant le plus haut cadre du régime de Bachar Al-Assad à faire défection depuis le début des violences.

Dans un message vidéo posté sur le site Youtube par des opposants, le vice-ministre du pétrole annonce rejoindre "la révolution du peuple qui rejette l'injustice et la campagne brutale du régime". Rami, le militant qui a tourné la vidéo et l'a postée sur YouTube, a indiqué à l'AFP à Beyrouth que l'opposition avait aidé à organiser la défection du vice-ministre. Invoquant des raisons de sécurité, il n'a pas révélé l'endroit où le message a été enregistré.

"BATEAU QUI COULE"

Dans son message, Abdo Hussameddine affirme avoir servi le gouvernement pendant trente-trois ans et ne pas souhaiter terminer sa vie "au service d'un régime criminel". "C'est pourquoi j'ai pris le droit chemin, sachant que ce régime brûlera ma maison, traquera ma famille et fabriquera des mensonges", ajoute-t-il en appelant les autres membres du gouvernement à abandonner "un bateau qui coule".

Il s'en prend également à la Russie et à la Chine, accusant leurs deux gouvernements de ne pas "être des amis du peuple syrien mais des partenaires des assassinats" de Syriens. La Russie comme la Chine ont bloqué à deux reprises des résolutions de l'ONU condamnant la répression en Syrie.

La responsable des opérations humanitaires de l'ONU est arrivée mercredi en Syrie où elle a pu visiter des quartiers de Homs "totalement dévastés" alors que la répression a fait mercredi de nouvelles victimes, à Homs même et dans sa province, dans les provinces d'Alep (nord), d'Idleb et de Deraa (sud). Au moins 27 personnes, dont 7 déserteurs, ont été tuées par l'armée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Selon un nouveau bilan de l'OSDH, les violences ont fait plus de 8 500 morts, en majorité des civils, depuis le début de la révolte il y a près d'un an.

 

 

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