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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:33

http://www.cadtm.org/Combien-de-temps-encore-la

11 février par Yves Julien, Jérome Duval

 

La dette de l’Etat espagnol est dans le point de mire de toute l’Europe, du fait que les marchés financiers (banques d’investissement, fonds vautours et assurances) continuent à spéculer sur cette dette avec un seul objectif : amasser de juteux bénéfices. Et cela provoque l’appauvrissement de la population dans son ensemble, car toute cette spéculation conduit à une augmentation progressive des intérêts à payer, réduisant à son tour, d’autres dépenses de l’Etat : éducation, prestations de retraite, vieillesse et chômage, justice, santé ou services sociaux. Toutes ces mesures d’austérité, équivalentes aux plans d’ajustement structurel menés au sud de la planète à partir des années 80, ne font qu’augmenter les inégalités sociales, à travers l’appauvrissement chaque fois plus important des personnes, spécialement des plus vulnérables (femmes, minorités ethniques, jeunes, immigrés, personnes au chômage et à la retraite).

 

Cependant, et contrairement au discours dominant, ce ne sont pas les dépenses publiques qui ont fait augmenter la dette de l’Etat espagnol, mais bien au contraire, les mesures, dont le bénéfice pour l’ensemble de la population est plus que douteux, qui ont provoqué les déficits obligeant à un endettement croissant. Par exemple, la baisse des impôts sur les successions et donations, sur la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, et la suppression de l’impôt sur le patrimoine ont bénéficié aux plus riches, dont le patrimoine, en réponse à leur cupidité, a par ailleurs été protégé par la fraude fiscale, la baisse des impôts sur les sociétés et les SICAV.

 

Par conséquent, la logique opérante consiste à faire payer à l’ensemble de la population des avantages économiques obtenus par un petit nombre de personnes qui s’enrichissent grâce à la dette. Mais il n’est pas facile de connaître la proportion exacte du budget dédiée au remboursement. Ceci est dû à une volonté politique délibérée de dissimuler ces questions à la population, rendue possible par le caractère particulier de l’endettement des Etats, très différent de la compréhension générale qu’on peut avoir des prêts aux particuliers ou aux entreprises. Pour ces prêts, l’argent prêté (appelé capital), tout comme les intérêts, se remboursent au fur et à mesure du délai accordé. Dans le cas d’un Etat, seuls les intérêts des prêts (appelés lettres, bons ou obligations d’Etat, selon qu’ils soient à court, moyen ou long terme) sont remboursés régulièrement jusqu’à échéance, alors que le capital doit être remboursé dans son intégralité quand le prêt se termine (arrive à échéance). Pour cette raison, le fonctionnement habituel des Etats est de s’endetter à nouveau pour payer les échéances d’anciennes dettes, permettant aux Etat de dissimuler ces dépenses, du fait qu’elles s’équilibrent au niveau budgétaire : les dépenses pour paiement des échéances équivalent aux revenus pour émission de nouvelle dette. Cependant, en augmentant la dette par un déficit résultant d’une mauvaise gestion budgétaire, on augmente chaque fois plus le paiement, qui à son tour nécessite chaque fois davantage d’émissions. De plus, cette nouvelle dette peut être émise sous des conditions différentes, par exemple avec des taux d’intérêts plus élevés (ce qui s’est passé dernièrement), ce qui débouche sur le classique effet boule de neige (augmentation de la dette par l’effet conjugué de forts taux d’intérêts et de nouveaux prêts pour payer les anciens).

 

L’étude minutieuse des budgets généraux de l’Etat (accessibles sur le site du Ministère espagnol de l’Économie et des Finances) permet de vérifier la quantité d’argent dépensée par l’Etat espagnol au titre du remboursement du capital durant ces dernières années (voir tableau). Par exemple, le remboursement du capital pour l’année 2010 est comparable au budget total de l’Etat pour cette année. Si nous additionnons intérêts et capital remboursé dernièrement, nous voyons qu’entre 2000 et 2010, l’Etat espagnol a remboursé plus de 3 fois ce qu’il devait en 2010, et continue à en devoir près du double. Ce tableau permet aussi de voir comment les intérêts et le capital remboursés tout comme la dette totale ont poursuivis leur hausse depuis 2000, et avec l’actuelle spéculation sur la dette de l’Etat espagnol, cette tendance n’est pas près de s’inverser.

 

 

En conclusion, il parait totalement injuste d’économiser sur les services publics comme l’éducation et la santé pour rembourser une dette dans le but d’alléger un déficit qui a bénéficié aux plus riches. Sous la pression populaire si nécessaire, l’Etat doit ouvrir tous les comptes publics de la dette pour que la population, en s’appuyant sur le droit national et international, puisse décider si elle doit rembourser ce qui a déjà été payé plusieurs fois, et annuler une dette frappée d’illégitimité. Ainsi, cet audit de la dette espagnole permettrait d’inverser le transfert de richesse opéré par le service de la dette non pas au bénéfice des riches créanciers mais bien à destination du bien-être de la population dans son ensemble.

 

Yves JULIEN, Jérôme DUVAL

PATAS ARRIBA - Valencia

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:29

fév
11

À destination des indignés parisiens : on monte d’un cran ?

 

On monte d’un cran ?

Message à destination des indignés parisiens !

 

Breizh Uncut à Quimper le 20/01/2012

Lors du « siège ouvert » du Crédit Agricole à Quimper fin janvier [1], nous avons placé un certain nombre de revendications liées à notre présence. Nous avons demandé des réponses (au moins) sur deux points :

  • les subventions de la PAC touchées par le Crédit Agricole du Finistère (caisse régionale)
  • l’inscription à l’ordre du jour de l’AG de Crédit Agricole SA d’une prise de position sur le remboursement des 1,65 milliards d’€uros d’impôts esquivés par le groupe

Lors de notre seconde journée de siège, nous avons pu rencontrer la direction régionale. Les réponses fournies ont été plus ou moins satisfaisantes. Sur la PAC, ils ont apporté des éléments qui nous ont fait revoir notre copie sur les impôts impayés par le groupe, la direction semblait souffrir d’une certaine forme de schyzophrénie :

Lorsqu’il s’agit de dire que le Crédit Agricole SA allait annuler une part de la dette grecque, nos interlocuteurs disaient clairement « NOUS ». Lorsqu’il s’agit de parler des impôts impayés par le Crédit Agricole SA ou leurs investissements dans le nucléaire, c’est le « EUX » qui prédominait, car la caisse régionale est irréprochable sous tous les angles ! [2]

Pour autant, la caisse régionale est la propriété à au moins 50% du groupe Crédit Agricole SA et le groupe Crédit Agricole SA est la propriété collective des caisses régionales à hauteur de plus de 50% également (notons que le Crédit Agricole du Finistère est une grosse caisse régionale en France). Ainsi, s’ils se réclament être une banque coopérative et mutualiste où la démocratie est une valeur clé, ils nous ont affirmé être dans l’incapacité technique de faire remonter une question lors de l’AG du groupe à Paris le mardi 22 mai 2012 [3].

C’est dans le cadre de cette action, qui demandera une attention particulière aux évolutions de la direction régionale vis-à-vis de nos interpellations et qui en appellera d’autres, que Breizh Uncut appelle les activistes indignés de Paris à se saisir de cette opportunité pour aller poser la question des impôts impayés par le Crédit Agricole SA directement lors de son AG, en s’y invitant et en prenant la parole [4].

On se retrouvera dans la rue, chez ceux qui aujourd’hui sont les moteurs de nos plutocraties financières… Vous pouvez compter sur le soutien des indignés uncutters bretons si vous décidez de passer à l’action, ce que nous appelons de nos vœux !!

Parce que l’action directe non-violente est la manière la plus forte de porter notre capacité propre à décider par ou pour nous-même ; parce que la liberté est addictive et contagieuse ; nous n’oublions pas, nous ne lâchons rien.

 


L’équipe d’indignés qui présente sur l’action
Breizh Uncut des 20 et 21 janvier à Quimper

bretagne@fruncut.org

 

http://indigne-e-s.net/2012/02/a-destination-des-indignes-parisiens-on-monte-dun-cran/

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:24

 

STOP ACTA Saint-Brieuc

https://www.facebook.com/events/355899707762027/

Anonymous Saint-Brieuc :
http://www.facebook.com/pages/Anonymous-Saint-Brieuc-Bretagne/263264610413221

LISTE DES EVENEMENTS DANS LE MONDE : http://www.facebook.com/events/358922057468176/

Appel à la mobilisation mondiale pour défendre la liberté d’internet.

ACTA (Accord Commercial Anti Contrefaçon), un accord qui menace la liberté d’internet. Cet accord vise officiellement à protéger la propriété intellectuelle au niveau international. Jusque là tout va bien.. Mais le terme de “propriété intellectuelle” est volontairement flou. Il peut désigner des marques, idées ou informations. ACTA devrait donc s’attaquer à l’imitation de quelque chose soumis au droit d’auteur. Il suffira d’échanger une information copyrightée pour voir son accès internet supprimé et écoper de poursuites judiciaires.

Afin de vérifier que vous n’échangez aucun contenu soumis au droit d’auteur, ACTA va renforcer la surveillance. Les fournisseurs d’accès à internet devront vérifier toutes les données envoyées et reçues sur votre ordinateur. Il suffira de citer un article de presse dans un email ou d’envoyer un extrait de musique pour être pris la main dans le sac. Les informations seront alors envoyées à leur auteur et vous pourrez écoper à leur demande d’une amande ou d’une peine de prison.

L’accord ne profite qu’à une fraction d’industriels tels que les compagnies RIAA et MPAA (associations interprofessionnelles qui défendent les intérêts de l’industrie du disque et du cinéma). ACTA est la conséquence de leurs actions de lobbying auprès des gouvernements.

À nouveau la démocratie est baffouée et ce sont des accords liberticides pour internet qui pourraient nous être imposés par des personnes non élues. Cette censure pourrait de plus permettre de supprimer des informations génantes comme c’est déjà le cas dans certains pays où l’on bloque l’accès à certains contenus, mots clés ou sites internet.

La seule solution, c’est la mobilisation de toutes et tous dans les rassemblements prévus le samedi 11 février pour dire NON AUX :

- semences copyrightées
– interdictions des médicaments génériques
– censure d’internet;
– restriction de la liberté d’expression;
– surveillance totale de toutes nos activités en ligne;
– perte de libertés et droits civiques;
– perte de connexion internet pour ceux qui enfreindraient les nouvelles règles.

Cette loi ne concerne pas que l’informatique, elle donnera les plein pouvoirs a des sociétés comme Monsento sur l’agriculture …

http://webactionnow.com/

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:21

ouest-france.fr

Faits de société samedi 11 février 2012

Depuis 11 h ce matin, plus de trente Indignés occupent la place Terre-au-duc à Quimper. Venus de tout le Finistère, ils répondent ainsi à l’appel mondial lancé par les Anonymous et les Indignés. Ces derniers protestent contre l’accord commercial anti-contrefaçon, dit « Acta ». Cet accord multilatéral destiné notamment à lutter contre le téléchargement illégal est, depuis ses débuts, largement dénoncé par les collectifs d’internautes et de protection des libertés sur internet. Le texte doit maintenant être étudié par le Parlement européen et la Commission européenne.

« Nous sommes clairement contre. C’est une atteinte à nos libertés, à tous les niveaux », dénonce Yves, des Indignés quimpérois. Le groupe devrait rester sur place au moins jusqu’à 14 h. Un autre mouvement est prévu le 25 février prochain, même lieu, même heure.

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:15
Rue89 - Infosud 11/02/2012 à 15h39

 

 

 

Une main tend une liasse de billets (401K/Flickr/CC)

 

L'économie portugaise est gagnée par le travail au noir. Derrière cette contagion, les mesures d'austérité drastiques imposées à Lisbonne par la « troïka ». En mai dernier, l'Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont accordé un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros pour sauver le pays de la faillite.

Depuis, ils sont intransigeants sur leur demande de renflouement de la dette publique : en mettant la pression sur le gouvernement de Pedro Passos Coelho, les autorités portugaises mettent à leur tour la pression sur les citoyens et les entreprises du pays. La hausse des taxes, des prix, des cotisations à la sécurité sociale et du chômage sont les principaux moteurs derrière l'envolée de l'économie souterraine.

Une étude publiée en janvier par la Faculté de sciences économiques de l'Université de Porto chiffre le travail au noir à près de 40 milliards d'euros, soit un quart de l'économie du pays. Si cette économie clandestine avait pu être taxée, le déficit public aurait selon cette étude été réduit à 2,9% du PIB, au lieu des 9,1% affichés. En Europe, seule l'Italie et la Grèce ont une économie souterraine plus conséquente. Et selon les experts cette part devrait augmenter à nouveau en 2012.

Ne pas laisser de trace

Face à l'augmentation des impôts et à la baisse de la consommation, de plus en plus d'entreprises se tournent vers le marché noir pour rester à flot. Les petites et moyennes entreprises (PME) évitent de payer les taxes, en particulier la TVA qui a grimpée de 18 à 23% durant les trois dernières années. Une question de survie pour la plupart d'entre elles.

Malgré les risques d'amendes et de fermeture, elles décident de ne plus payer la TVA ou de déclarer seulement la moitié de la valeur de leurs transactions commerciales. Un mouvement qui s'étend également aux travailleurs indépendants, au bâtiment ou dans les services. Dentistes ou médecins privés n'hésitent plus à se faire payer en liquide pour ne pas laisser de trace.

Un dentiste basé à Estoril, une ville proche de la capitale, confie :

« Les seules personnes qui me demandent une facture sont celles qui payent déjà des primes élevées pour une assurance maladie privée. »

Avec cette pratique, c'est autant d'argent qui disparaît pour renflouer les caisses de l'Etat. Un véritable frein au remboursement du déficit exigé par la « troïka ». A la mi-janvier, l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note portugaise de deux crans face aux difficultés de Lisbonne à réduire son déficit budgétaire. La note du pays est passée de BBB (qualité moyenne inférieure) à BB (« obligation pourrie »).

Contrôle de police

Face à ce manque à gagner fiscal, l'Etat essaye de récupérer l'argent où il le peut. Sur les routes, les contrôles de police inopinés se multiplient à travers tout le pays. Un petit passage au supermarché se finit ainsi souvent par un barrage de policiers, qui postés à un giratoire vérifient avec zèle, permis de conduire, papiers de circulation et contenu du coffre dans l'espoir de déceler une infraction.

D'ailleurs, c'est avec une grande satisfaction que le ministère de l'Intérieur a annoncé ce mois que la police avait ainsi recueilli près de 80 millions d'euros d'amendes en 2011. Une somme qui peut paraître bien maigre face aux milliards engrangés par l'économie souterraine qui plombent la dette du pays.

 

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:09

 

Rue89 - Sur le terrain 11/02/2012 à 18h56
Emilie Brouze | Journaliste

 


Manifestation anti-Acta à Paris, le 11 février 2012. (Emilie Brouze/Rue89)

Des rangées de Guy Fawkes emmitouflés sous des écharpes et des capuches défilaient ce samedi à Paris. « C'est dur de gueuler avec un masque », lance un manifestant place de la Bastille avant de scander :

« Acta, Acta, ça passera pas. »

Acta (pour Anti-counterfeiting trade agreement) est le traité qui effraie les défenseurs de libertés sur Internet. Négocié en secret comme un accord commercial, le texte entend renforcer la coopération internationale dans la lutte contre la contrefaçon. Des médicaments ou des sacs à main, mais aussi sur le téléchargement illégal.

Les Anonymous ont appelé à une « protestation mondiale » contre ce traité, contesté sur le fond comme la forme. S'en est suivi de nombreuses manifestations dans toute l'Europe ce 11 février. Une précédente mobilisation avait eu lieu le 28 janvier.

Des jeunes, des geeks, des punks

Devant les marches de l'opéra Bastille, cinq garçons en blouson noir, masque blanc et capuche, discutent en arc de cercle. Ils ont entre 16 et 18 ans et viennent du même lycée. Pour l'un, c'est sa toute première manif. L'autre à côté prend la parole :

« Je fais partie de la Fédération anarchiste. On est là pour notre liberté d'expression. »

Des jeunes (parfois très jeunes) en jeans baskets : c'est la silhouette la plus commune de l'attroupement. Derrière les masques, difficile de deviner les profils des anti-Acta.

Soond (c'est le nom qu'il porte en tatouage sur l'avant-bras), un peu plus loin, analyse :

« Il y a pas mal de geeks et ça touche forcément plus les jeunes. Pas mal de punks aussi, le fait qu'Anonymous n'ait pas de chef, ça leur parle. »

Le jeune homme, 25 ans, se revendique geek et « actif niveau militantisme » (plus particulièrement sur les « bavures policières »). Il revient d'un tour du monde où il a trouvé une cagoule en laine péruvienne qu'il porte, aux allures de Guy Fawkes.


Cinq lycéens manifestant contre Acta à Paris, le 11 février 2012. (Emilie Brouze/Rue89)

 

« C'est big brother »

Dans le cortège, beaucoup de geeks, mobilisés via les réseaux sociaux ou les forums. « On est beaucoup de gens du milieu informatique », explique un consultant de 26 ans qui marche dans le cortège.

Ces deux étudiants en droit de 20 et 30 ans sont plutôt là pour la défense de leurs droits sur le web. Lui a encore « la rage » après la fermeture de Megaupload : il est pour la « liberté de partager des infos ».

Elle, cheveux longs tombants autour du masque à moustache, pointe avec précision les dangers d'Acta. Elle évoque la « surveillance automatique » des utilisateurs qui découlerait du traité :

 »Ça voudra dire qu'on pourra regarder tous les fichiers échangés entre ordinateurs. C'est big brother. »

Quelques mètres plus loin, encore un groupe de lycéens avec deux pancartes aux pieds : « Stop acta » (sous une tête de mort) et le logo Anonymous (sous son slogan). Un garçon, à peine 16 ans, suit le groupe d'hacktivistes depuis le piratage du Playstation Network, en avril 2011. Il est venu aussi défendre les droits sur le web – et se sent Anonymous :

« On ne sait pas vraiment qui ils sont mais on peut tous les représenter. »

Un Anonymous : « On est cool »

Au mégaphone, un « membre du groupe original des Anonymous français » prend la parole. Il rappelle les règles de la manifestation :

« On est cool. »

Selon lui, la plupart des réseaux français du groupe sont représentés aujourd'hui à cette « sorte de sympathique Jacquerie ». Il retrouve aussi quelques membres du mouvement des Indignés. Point commun ?

« Les gens se sont appropriés Internet et ils ne supportent pas qu'on marche sur leur liberté. »

On a aperçu Nicolas Dupont-Aignan s'offusquant contre Acta devant des caméras ou encore quelques autocollants du PS sur les vestes. Dans le cortège en direction du nord est de Paris, un drapeau rouge du Front de gauche s'est fait huer par plusieurs manifestants. Ils crient :

« Pas de récupération politique. »

Au printemps, le traité doit être validé par le Parlement européen pour être définitivement adopté par l'Union européenne – 22 pays (dont la France) l'ont déjà signé. Une nouvelle mobilisation contre le texte devrait avoir lieu en mars.


Deux manifestants anti-Acta à Paris, le 11 février 2012. (Emilie Brouze/Rue89)

 

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:02
documents 11/02/2012 à 18h07

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89Imprimer

 

Claude Guéant à Metz le 1er janvier 2012 (Charles Platiau/Reuters)

 

Au mépris des principes républicains et de certains textes de loi, le ministre de l'Intérieur entend encadrer la politique pénale.

Ces deux documents confidentiels ne manquent pas de sel : derrière le langage policé des circulaires, le ministère de la Justice vient de renvoyer Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, à ses chères études.

Pour mémoire, en France, la politique pénale initiée par le gouvernement est censée être appliquée en premier lieu par les procureurs, sur instruction du garde des Sceaux. Les procureurs donnent ensuite des directives à la police – qui peut aussi en recevoir de sa hiérarchie. Mais pour la politique pénale, la police reste soumise à l'autorité des procureurs.

Dans une circulaire du 18 janvier 2012, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, s'est assis sans complexe sur ce beau principe républicain. Ce qui lui a valu, le 31 du même mois, une réponse cinglante du ministère de la Justice.

Voir le document

(Fichier PDF)

Signée du locataire de la place Beauvau en personne et adressée aux préfets et aux patrons de la police, la circulaire ministérielle de cinq pages ne mentionne qu'une seule fois le mot « procureur ». Tout en bas de la page quatre :

« Vous associerez, en tant que de besoin [sic], le procureur de la République aux modalités d'exécution des mesures définies précédemment. »

La circulaire porte en effet sur la « stratégie en matière de lutte contre la délinquance pour l'année 2012 ».

Claude Guéant définit ses priorités

Claude Guéant y définit ses priorités :

  • être « au plus près du terrain »,
  • lutter contre « les atteintes aux personnes, les cambriolages et l'économie souterraine »,
  • « la sécurité doit être fondée sur un partenariat avec l'ensemble des acteurs »,
  • insister aussi sur l'exécution des peines et l'éloignement des étrangers en situation irrégulière.
Voir le document

(Fichier PDF)

Place Vendôme, on n'a pas apprécié du tout cette initiative de la place Beauvau. Si le garde des Sceaux Michel Mercier ne signe pas lui-même ce courrier critique vis-à-vis de son collègue du gouvernement – c'est un de ses plus hauts fonctionnaires, la directrice des affaires criminelles et des grâces –, il figure en en-tête du document de trois pages adressé aux procureurs.

C'est une simple « dépêche », pas une circulaire ministérielle. Elle rappelle que la circulaire de Guéant prolonge « certains développements » et « certains objectifs prioritaires » définis par les deux ministères et par le garde des Sceaux.

« Pas de concertation préalable »

Mais, tout de même :

« Cette circulaire n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec le ministère de la justice et des libertés. »

Plus loin, ça se corse :

« Si les priorités définies par le ministre de l'Intérieur sont, pour la plupart, communes à celles du ministère de la Justice et des Libertés, elles ne sauraient néanmoins avoir pour effet de limiter les effets des politiques pénales que vous êtes amenés à mettre en œuvre, dans le cadre défini par les instructions générales émanant de ce dernier.

Ainsi, la lutte contre les atteintes volontaires à l'intégrité physique ne saurait se limiter aux infractions ayant un mobile crapuleux. »

Par deux fois, Guéant s'affranchit de la loi

Puis Guéant le sécuritaire écope d'un rappel à la loi : alors qu'il demandait que les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) – qui existent depuis 2007 dans les villes de plus de 10 000 habitants – identifient « les familles en difficulté », le garde des Sceaux lui rappelle que c'est illégal :

« Des informations nominatives ne peuvent être échangées, dans le cadre de l'article 8 de la loi du 5 mars 2007, qu'entre les professionnels de l'action sociale, le maire et le président du conseil général. »

Claude Guéant est ensuite pris en flagrant délit de vol des prérogatives de la justice au bénéfice de la police, encore une fois au mépris de la loi :

« L'exécution des peines [relève] de la compétence exclusive du ministère public, ainsi que l'affirme expressément l'article 707-1 du code de procédure pénale. »

En conclusion, la directrice des affaires criminelles et des grâces, Maryvonne Caillibotte, indique aux procureurs qu'ils recevront « très prochainement » les instructions générales de politique pénale. Justement le texte que Claude Guéant semble avoir voulu court-circuiter.

Même si la loi est du côté du ministère de la Justice, ces injonctions contradictoires – à la hiérarchie policière d'un côté, à celle du parquet de l'autre – promettent en tous cas une belle bataille derrière le dos du justiciable.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:00

LEMONDE.FR avec AFP | 10.02.12 | 22h02   •  Mis à jour le 10.02.12 | 22h12

 
 

 

La centrale de Tricastin, en France, le 27 août 2009.

La centrale de Tricastin, en France, le 27 août 2009.AFP/JEFF PACHOUD


Un des réacteurs de la centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle, et l'un de ceux de la centrale du Tricastin, dans la Drôme, ont été arrêtés jeudi 10 février, l'un pour une panne sans gravité, l'autre pour une intervention sur une vanne, a-t-on appris vendredi auprès d'EDF.

Le réacteur numéro 2 de la centrale de Cattenom, d'une puissance de 1 300 mégawatts, s'est arrêté automatiquement vers 2 h 45, en raison d'une panne technique sur un alternateur, un élément situé dans la partie non nucléaire de la centrale, a annoncé EDF sur son site Internet. "Cet événement n'a eu aucune conséquence sur la sûreté, l'environnement et la sécurité des intervenants", a assuré EDF. Une porte-parole du groupe a indiqué que la réparation de l'alternateur devrait prendre quelques jours. Les autres tranches de la centrale fonctionnent normalement.

Par ailleurs, le réacteur numéro 2 de la centrale du Tricastin (Drôme), d'une puissance de 900 mégawatts, a connu un arrêt volontaire, jeudi après-midi, pour subir une intervention suite à la découverte d'un dysfonctionnement sur une vanne.

 

PAS DE PROBLÈMES DE FOURNITURE D'ÉLECTRICITÉ EN VUE

"C'est la procédure de sécurité classique avant toute intervention dans une unité de production. Cela a duré près de une heure, mais il faut prendre en compte le temps d'arrêter le réacteur, puis celui de sa remise en service", a déclaré le service de communication de la centrale vendredi soir. Le réacteur sera à nouveau couplé au réseau ce vendredi dans la nuit. Des arrêts inopinés se produisent régulièrement au sein du parc nucléaire français, qui comprend au total 58 réacteurs.

La consommation d'électricité en France a battu des records mardi et mercredi en raison de la vague de froid qui frappe le pays. Mais la mise à l'arrêt de Cattenom 2 ne pose pas de problèmes en termes de fourniture d'électricité, a fait savoir RTE, filiale d'EDF qui gère le réseau haute tension national et veille à l'équilibre général du système électrique.
 

 A la centrale EDF du Tricastin, qui produit environ la moitié de la consommation de Rhône-Alpes par an, on assure également qu'il n'y aura pas d'impact sur l'acheminement d'électricité grâce à des "moyens de production suffisamment variés et larges pour compenser l'arrêt". La consommation électrique était en effet en recul ce vendredi par rapport aux jours précédents, et RTE n'anticipe pas de nouveau record ce vendredi ni les jours suivants.

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 18:53

REPORTAGE | LEMONDE | 11.02.12 | 13h49

 
 

 

Le terminal 2 de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle.

Le terminal 2 de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle.HALARY GERARD/GAMMA


Gonesse (Val-d'Oise) Envoyé spécial - Le froid givre les champs que longe, au loin, l'autoroute. Derrière l'artère d'où parvient un vrombissement continu, on distingue les cubes bleus d'un centre commercial, muraille de la ville qui se dresse. Soudain, dans l'air glacé, surgissent des lièvres qui gambadent et se rassemblent. "Il y en a des dizaines à travers ces champs, et aussi beaucoup de perdreaux, dit Dominique Plet. J'ai même déjà vu des automobilistes s'arrêter au bord de l'autoroute et descendre pour en tirer au fusil !"

M. Plet a 68 ans et cultive des céréales sur un des derniers espaces agricoles proches de Paris, au sud de l'aéroport de Roissy, une enclave couvrant près de 1 000 ha et qu'on appelle le Triangle de Gonesse. "Nous en sommes à la cinquième génération à travailler ici, et mon fils est mordu, il veut reprendre, on veut rester agriculteurs." Ils sont moins d'une dizaine de paysans à exploiter ces riches terres d'Ile-de-France.

Mais l'avenir est incertain. Car c'est sur le Triangle de Gonesse qu'Auchan, le deuxième groupe français de distribution commerciale, envisage de lancer une opération géante, sous le nom d'Europa City, pour un investissement de 1,7 milliard d'euros. Sur 80 hectares s'étendrait un megacentre culturel et de loisirs, comprenant un musée à la surface comparable au Centre Beaubourg, une piste de ski, un cirque permanent, et 250 000 m2 de commerces et de restaurants. Autour, des immeubles de bureaux. Une étude réalisée pour la filiale Immochan, qui pilote le projet, estime que celui-ci créera 11 500 emplois directs et 6 000 indirects. La clientèle ? Une partie des 63 millions de voyageurs qui transitent par l'aéroport, les populations locales, et des Parisiens attirés par ce centre qui prétend renouveler la consommation et qui sera "environnementalement positif".

Europa City serait dotée d'une gare, construite dans le cadre du Grand Paris, et d'un barreau ferroviaire reliant la Défense et le Parc des expositions de Villepinte. Par ailleurs, un terrain de golf de 90 ha et une zone d'activité de près de 200 ha seraient créés.

"Le Triangle de Gonesse est le morceau d'une stratégie plus globale sur tout le territoire entre Roissy et Le Bourget, dit Hervé Dupont, directeur de l'établissement public d'aménagement de la Plaine de France. La tendance antérieure était d'utiliser les espaces près des aéroports pour faire de la logistique. Maintenant, on cherche plutôt à faire du techno-tertiaire."

Une évolution qui pourrait revaloriser l'image des villes les plus proches - Gonesse, Sarcelles, Aulnay-sous-Bois -, qui souffrent d'un taux de chômage important. Pour les élus, la promesse d'embauches est prioritaire. "Si la moitié des emplois prévus pouvait revenir sur la zone, ce serait une bonne chose, dit Michel Montaldo, conseiller général (PR) du canton de Garges-lès-Gonesse. Par exemple, on s'aperçoit que le grand stade à Saint-Denis n'a pas créé d'emplois pour les populations pauvres du coin. On voudrait une contractualisation avec Europa City pour pouvoir obtenir des formations adaptées."

Mais le projet soulève une vive opposition locale, menée par un collectif de dix-sept associations qui contestent l'avancée silencieuse du projet. "Les gens à Gonesse ne sont pas du tout informés par la mairie", dit Mohammed Ouerfelli, de l'Association des habitants de l'est du Val-d'Oise (Adhevo). Une enquête publique sur la "réserve foncière" des superficies concernées va s'ouvrir le 20 février.

PROJET DÉMESURÉ

Les opposants critiquent surtout la destruction des terres agricoles, même si un "carré vert" de 400 ha serait sanctuarisé : "Tous les politiques disent qu'il faut préserver les terres agricoles, observe Bernard Loup, de Val-d'Oise Environnement. Mais on ne voit rien changer sur le terrain ; au contraire, la consommation des terres agricoles s'accélère."

Les associations jugent aussi démesuré le projet, alors que, tout autour de Roissy, des chantiers concurrents sont déjà engagés, comme Aeroville, un centre commercial de 80 000 m2, l'International Trade Center, ou Aerolians, sur 200 ha. Certains, comme Jean-Claude Marcus, du cabinet d'études Gaia, imaginent une alternative : faire muter l'agriculture, sur le Triangle, vers le maraîchage et des serres alimentées par géothermie, ce qui pourrait créer plus de 2 000 emplois agricoles.

Sur le pont de l'autoroute, au-dessus du flot continu de la circulation, Dominique Plet évoque son enfance à Gonesse, quand il n'y avait rien que les champs jusqu'à l'horizon. "Construire encore, et après ? On ira jusqu'à Compiègne ? Il n'y a plus de limite."

Hervé Kempf

 


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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 18:48

 

LEMONDE | 11.02.12 | 14h22

 
 

 

L'entrée des anciennes usines Eternit à Casale Monferrato.

L'entrée des anciennes usines Eternit à Casale Monferrato.AFP/GIUSEPPE CACACE


Casale Monferrato (Italie) Envoyé spécial - Tous les soirs, sur la scène du Teatro stabile de Turin, une actrice en noir pousse un cri de douleur ou de révolte. Toute seule, elle incarne le drame et les angoisses d'une petite ville à une centaine de kilomètres de là. Elle donne sa voix, tantôt rauque et essoufflée ou légère et ironique, aux 1 800 personnes mortes d'asbestose (fibrose pulmonaire) ou de mésothéliome (cancer de la plèvre) à Casale Monferrato (Piémont), là où l'entreprise Eternit, spécialisée dans les matériaux de construction en amiante, avait son plus grand établissement. Elle parle des morts passés et des morts à venir. Le quotidien La Stampa a résumé d'une formule indélébile le drame en cours : "Ce sont nos tours jumelles." A une différence près : l'amiante tue tous les jours.

 

D'un théâtre l'autre. A trois kilomètres à peine. Un immense bâtiment moderne de briques et de verre. Le tribunal pénal de Turin. Lundi 13 février, la grande salle d'audience sera bondée. 2 000 personnes sont attendues pour l'énoncé du verdict à l'encontre du milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, 65 ans, et du baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne, 89 ans, accusés d'avoir omis volontairement de protéger la santé de leurs employés et "de désastre environnemental permanent". Le premier est l'ex-propriétaire du groupe suisse Eternit ; le second, l'ancien actionnaire belge de la branche italienne de l'entreprise. Commencé il y a deux ans, ce procès passe, avec ses 6 337 parties civiles, pour le plus grand procès contre l'amiante jamais organisé. Le 4 juillet 2011, le procureur, Raffaelle Guariniello, a requis vingt ans de prison ferme contre les deux inculpés à la suite de la mort d'environ 3 000 personnes dans les quatre usines transalpines du groupe. C'est la première fois dans une affaire de ce genre que les responsables les plus hauts placés risquent une aussi lourde condamnation.

 

Entre le théâtre et le tribunal, il y a le reste, le réel et la mort, la vraie. Pas celle de papier d'une pièce de théâtre (Malapolvere, d'après le livre de Silvana Mossano, édition Sonda, 2010) ou d'un dossier d'instruction. Mais celle d'une femme, d'un mari, d'un frère, d'une soeur, d'une nièce, d'un petit-fils. Leur faute ? Avoir travaillé à l'usine Eternit du quartier de Ronzone, au bord du Pô, ou d'avoir respiré ne serait-ce qu'une seule fois une particule d'amiante, 1 000 fois plus fine qu'un cheveu, il y a dix, vingt, trente ou quarante ans. D'avoir secoué le bleu de travail d'un mari, le tablier d'une femme avant de le laver. D'avoir habité Via Roma, Via XX Settembre ou Piazza de l'Independenza, où passaient les camions débâchés qui transportaient l'amiante entre la gare et l'usine. D'avoir fréquenté l'école primaire, dont la cour était pavée de dalles d'amiante, d'avoir joué au football sur le terrain du patronage, dont les trous étaient rebouchés à l'amiante, d'avoir vendu des sandwiches aux ouvriers, d'avoir récupéré de l'ondulé d'amiante pour recouvrir un toit d'appentis ou des dalles pour faire une belle allée de jardin. L'entreprise payait bien ; elle offrait les éléments défectueux.

 

Eternit. Un nom fait pour durer, un nom pour dire la solidité de ce matériau qui résiste au feu et au temps. A Casale Monferrato, depuis des décennies, on fabriquait du ciment grâce aux nombreuses carrières de marne de la région. Quand, en 1906, la première usine Eternit voit le jour, c'est une manne. Mélangé au ciment, l'amiante, breveté cinq ans auparavant, va représenter pour la ville un nouvel axe de développement. On embauche. Bien sûr, on tousse. La poussière est partout. Nicola Pondrano se souvient. "J'ai traversé Casale une nuit, à 20 ans. Je n'ai pas oublié les traces que laissaient les pneus des vélos des ouvriers qui se rendaient à l'usine sur les routes recouvertes de poussière." En 1974, il est embauché. "Toi aussi tu es venu mourir ici ?", lui demande un vieil ouvrier.

 

On tousse et déjà on meurt. Dès 1938, l'Allemagne nazie identifie le lien entre l'amiante et le cancer de la plèvre. En 1943, elle l'interdit. Mais à Casale, il faut vivre, travailler. "On savait qu'on pouvait tomber malade en travaillant à l'Eternit. Mais on ne pensait pas qu'on pouvait en mourir", raconte Elisabetta Dorato, dont la mère est morte en 1992. Au début des années 1970, l'entreprise passe aux mains d'un actionnaire belge, qui la cède, en 1974, à la famille Schmidheiny, un géant de l'amiante. Dans le même temps, des dizaines de recherches et de colloques attestent de la dangerosité de l'amiante. Pourquoi avoir poursuivi cette activité en connaissant les risques ? Pour l'avocat de Stephan Schmidheiny, son client "a investi dans la sécurité 72 milliards de lires. Dans les années 1970, c'était une somme énorme".

 

Pietro Condello a des yeux incroyablement bleus, bleus comme le bleu de travail, frappé du logo Eternit qu'il a revêtu à chacune des dizaines d'audiences. Atteint d'asbestose, il dort avec trois oreillers sous la nuque et une bouteille d'oxygène à côté de lui. Embauché en 1966, il raconte : "On ne nous a rien dit. Je travaillais à la réception des matières premières. On traitait l'amiante à mains nues. Parfois un mouchoir sur la bouche pour se protéger. La seule mise en garde a été pour nous dire d'arrêter de fumer, car cela pouvait provoquer des maladies graves. On nous recommandait aussi de boire beaucoup de lait. Ceux qui se plaignaient étaient envoyés dans des postes plus durs encore. Entre nous, on appelait l'un d'eux le Kremlin. Dans mon atelier, on travaillait à trente. Aujourd'hui, nous sommes deux à être encore vivants." Il n'a jamais été voir ses amis mourants à l'hôpital : "Ça me fait peur."


Des histoires comme ça, pour les entendre, il suffit de se rendre entre l'église et le château de Casale Monferrato. Quelques pièces, quatre ordinateurs, c'est ici que siège l'Association des familles de victimes de l'amiante, fondée en 1995. Ici que se prépare la dernière manche du combat contre le "Belge" et le "Suisse" comme on appelle Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne et Stephan Schmidheiny. Jeudi 9 février, dans la petite pièce du rez-de-chaussée, on remplit les cars. Dix-huit partiront lundi pour le tribunal de Turin.

 

La présidente de l'association, Romana Blasotti, sera du voyage malgré ses 83 ans. Pour elle, l'amiante a tourné au carnage. Son mari, sa soeur, sa fille, un neveu, un cousin sont morts en quelques années. "Si je pouvais avoir le Belge et le Suisse en face de moi, dit-elle, je leur dirais : mais jamais, ne serait-ce qu'une seule fois, il ne vous est venu à l'esprit que vous faisiez mourir des gens juste pour arrondir votre compte en banque ? J'aimerais qu'une fois dans leur vie, ils puissent suivre l'agonie d'un malade du mésothéliome du début à la fin. Il n'y a que comme ça qu'ils pourraient comprendre." Ni Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne ni Stephan Schmidheiny n'entendront cette question : ils ne se sont jamais rendus au tribunal. Le premier évoque son grand âge ; le second, classé dans le top 400 des fortunes mondiales, vit sous le soleil du Costa Rica.

 

Mais, une fois le verdict prononcé, on continuera à mourir d'amiante à Casale Monferrato. 58 personnes sont mortes de mésothéliome en 2011. Parmi elles, quarante n'avaient jamais travaillé à l'Eternit. Autant sont à prévoir chaque année jusqu'en 2020 quand le pic de la contamination sera atteint. C'est la loterie de la mort. La plus petite toux, la moindre douleur au dos, un essoufflement sont une angoisse immédiate. Certains se précipitent chaque semaine à l'hôpital pour se faire examiner, d'autres préfèrent nier le danger. Fuir ? Trop tard. Le temps d'incubation de cette forme de cancer est si long (parfois quarante ans) que cela ne servirait à rien.

 

Antonella Granieri, psychanalyste et professeur de psychologie clinique à l'université de Turin, se consacre aux survivants. Pendant toute l'année 2009, elle a suivi une fois par semaine des groupes plurifamiliaux pour les aider à affronter la menace, leur deuil et leur culpabilité d'avoir accepté qu'un proche aille travailler à l'Eternit. "Le stress des survivants est énorme, dit-elle. Il se manifeste par des troubles du sommeil, des crises d'angoisse et une perte de confiance en soi. On se reproche de ne pas avoir été assez vigilant. La lutte menée par les membres de l'association a provoqué la formation d'une résilience collective. Mais lundi, chacun devra se retrouver face à sa douleur, face à son destin de survivant à durée déterminée." Conçu pour durer deux ans, ce programme de psychothérapie a coûté 40 000 euros. Il s'est arrêté au bout d'une année après que la région du Piémont eut retiré son financement.

 

Aujourd'hui, il ne reste presque rien d'Eternit à Casale Monferrato. L'usine, fermée en 1986, a été détruite. La ville a dû racheter elle-même le site pour le bonifier, une opération pour laquelle les anciens propriétaires n'ont pas donné un sou. En 1987, le maire a interdit l'amiante sur tout le territoire de la commune. En 1992, l'Italie l'a banni à son tour. Cette tragédie a changé le destin des hommes et de la ville. La cité-martyre est redevenue une bourgade moyenne. Endettée, elle était prête à accepter une offre de 18 millions d'euros de la part de Stephan Schmidheiny pour se retirer du procès. Une façon de tourner la page. Sur son site Internet, l'industriel se présente aujourd'hui comme un "businessman" philanthrope et amateur d'art, paladin de l'environnement. Il vante son rôle de conseiller auprès de Bill Clinton et ses missions pour l'ONU. Lui aussi voudrait tourner la page. Mais comment oublier Eternit quand la mort s'acharne à Casale Monferrato, insaisissable comme une poussière d'amiante ?

Philippe Ridet

 


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