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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:34

LEMONDE.FR | 08.03.12 | 11h07   •  Mis à jour le 08.03.12 | 13h11

 
 

 

Souhayr Belhassen, présidente (tunisienne) de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, ici en 2008.

Souhayr Belhassen, présidente (tunisienne) de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, ici en 2008. AFP/CATHERINE GUGELMANN


A l'occasion de la journée internationale des femmes, le 8 mars, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) lance une publication sur le rôle des femmes dans les mouvements de contestation, les révolutions et les transitions dans le monde arabe et propose vingt mesures pour l'égalité. Sa présidente, la Tunisienne Souhayr Belhassen, analyse la place centrale de la question de la femme au cœur des processus en cours dans les pays traversés par le printemps arabe. Cosignataire de l'appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité publié par Le Monde et diffusé sur France Inter le 8 mars, Mme Belhassen dévoile les actions entreprises pour garantir le respect des libertés fondamentales des femmes arabes.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle des femmes dans les pays du printemps arabe ?

Mon regard est contrasté. Incontestablement, on ne peut que se réjouir de la chute des régimes absolutistes et dictatoriaux en Tunisie, Egypte et Libye. C'est loin d'être le cas en Syrie, où hommes et femmes traversent une épreuve terrible, dont on ne sait à quoi elle va aboutir. La FIDH a fait un travail transversal dans les pays en révolution (Tunisie, Egypte et Libye), en évolution (Maroc et Algérie) et en contestation (Yémen, Bahreïn et Syrie). Ce n'est pas seulement un état des lieux, ante et post-révolution, mais aussi un rapport qui souligne l'importance politique de la question femme au cœur des processus en cours, car elle constitue un enjeu central et essentiel sur lequel modernistes et conservateurs se battent. En demandant que la charia (la loi islamique) soit source de droit, certains veulent donner un contenu idéologique et rétrograde à la Constitution en cours d'élaboration aujourd'hui en Tunisie. Ils veulent faire en sorte qu'elle soit au service d'une idéologie particulière à un groupe, alors qu'une Constitution démocratique doit préserver toutes les libertés reconnues à des citoyens égaux et réunir le peuple sans méconnaître sa diversité.

La femme a constitué une force de résistance non négligeable. Les 14 et 15 janvier, des filles à Thala et à Kasserine [bastion de la révolution au centre-ouest de la Tunisie] ont été violées par les gardes de Ben Ali ; des femmes ont également été violées au ministère de l'intérieur. Si elles ont toujours joué un rôle et l'ont toujours payé du prix de la liberté, elles n'ont jamais eu cette visibilité. La participation des femmes dans la rue a troublé les stéréotypes, c'est ce qui fait que les pays de la région et au-delà s'interrogent sur leur avenir.

Les systèmes législatifs dans le monde arabe reposent sur une asymétrie continue entre les droits des hommes et des femmes. La remise en cause de cette asymétrie, de cette inégalité traditionnelle, est considérée comme une menace à l'ordre public. Je m'arrête à l'exemple de la Tunisie. Avant et après l'accession d'Ennahda au pouvoir, ses représentants ont remis en cause les acquis de l'adoption, ont traité les mères célibataires "d'infamie" et ont déclaré vouloir revenir au mariage orfi (mariage non civil). Sans compter les réactions tardives des autorités aux agissements des salafistes et l'invitation du prédicateur Wajdi Ghenim qui prône, dans un pays qui l'ignore, la pratique barbare de l'excision.

Ces faits constituent-ils pour vous une menace réelle pour le processus de transition en général et le statut des femmes en particulier ?


Que ces faits constituent des sondes envoyées par les autorités pour tester l'opinion ou des menaces réelles, il faut que la société civile et les partis qui se disent modernistes se mobilisent pour défendre les acquis de la femme et aller plus loin en matière d'égalité.

Quels sont les droits que vous voulez introduire dans la Constitution ?

Nous voulons que la parité, l'égalité pleine et entière entre hommes et femmes, et la séparation entre Etat et religion soient prévues dans la Constitution.

 

Au-delà de la Tunisie, quelle sera votre démarche ?

Nous sommes particulièrement attachés à l'exemple de la Tunisie, dans la mesure où ce pays a prouvé qu'en faisant des réformes, on peut moderniser l'islam et non islamiser la modernité. Toute la question est là. Ce n'est pas un hasard si la Tunisie a été le premier pays à faire sa révolution, c'est parce qu'elle a des acquis. La Tunisie peut intégrer ses islamistes et les faire évoluer. Je suis pour un dialogue et un échange avec les partis islamistes.

 

Vous avez cosigné un appel pour une égalité effective entre hommes et femmes… Comment traduire cet appel dans les faits ?

Plusieurs actions sont entreprises en ce sens. Un groupe d'associations féministes du monde arabe, appelé Coalition "Egalité sans réserves", s'est constitué pour lever les réserves à la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Cedaw). Nous avons réussi ensemble à faire lever toutes les réserves de la Tunisie et du Maroc concernant cette convention, ce qui est pour nous un grand succès. Comme vous le savez, dans le monde arabe, tous les pays – mis à part le Soudan et la Somalie, ont ratifié la Cedaw, mais son application reste tributaire de sa conformité avec la charia, ce qui revient à vider le texte de tout son sens. Combattre la violence et agir pour l'égalité est une autre forme de notre action. Notre rôle consiste également à accompagner nos organisations auprès des instances onusiennes afin de faire pression sur les pays pour que les législations nationales soient mises en conformité avec les normes internationales.

En partageant les propositions, les stratégies, les réactions et les espoirs des militantes et militants de terrain, nous avons élaboré, ensemble, vingt recommandations pour l'égalité, qui concernent la participation des femmes à la vie politique et publique, aux réformes constitutionnelles et législatives, mais également sur la violence, l'éducation l'emploi et la santé et la mise en œuvre des droits humains universels.

 

Etes-vous parvenus à améliorer un tant soit peu la condition des femmes depuis le printemps arabe ?

Aujourd'hui, les pays arabes ne sont pas logés à la même enseigne. Le Maroc est entre deux eaux, mais c'est le Yémen et la Libye qui ont le pire des statuts pour les femmes. Les femmes yéménites sont, entre autres, discriminées en matière de nationalité, d'héritage, de droit de la preuve. Elles sont sous l'autorité d'un tuteur, la présence de la mariée n'est pas indispensable pendant les mariages – c'est-à-dire qu'on peut se passer de son accord –, les mutilations génitales ne sont pas criminalisées, le taux de scolarisation est très bas. Il n'y a que deux femmes au gouvernement, une seule femme parlementaire, et une seule femme est inscrite à l'école nationale de magistrature.

 

Quel est aujourd'hui votre état d'esprit, êtes-vous optimiste quant à l'avenir de la condition de la femme dans les pays arabes ?

Je suis inquiète parce que les révolutions arabes ont produit dans la plupart des cas une forte présence des islamistes, sinon une prise de pouvoir par ces derniers. Les menaces sont là, la société civile s'est montrée réactive, c'est une bonne chose. Ce qui m'interpelle, dans le cas de la Tunisie, c'est que les partis politiques sont dans des guéguerres alors qu'il y a des urgences, non seulement institutionnelles, mais aussi économiques et sociales. Ce qui m'inquiète aussi, c'est cette perspective qu'on fasse du surplace et que l'égalité puisse ne pas être inscrite dans la Constitution et que la charia soit en débat. Il y a également des facteurs exogènes à ce débat sur la charia. Ceux qui prônent la laïcité sont mis en accusation, et leur appel pour une séparation entre le politique et le religieux est entendu comme un athéisme. Ce discours a été déjà réactivé après la révolution iranienne et pendant la guerre d'Irak. C'est un discours qui s'alimente des frustrations collectives et c'est l'une des raisons de la longévité des régimes dictatoriaux. Il s'explique aussi par la faillite de la communauté internationale dans le règlement des conflits, notamment les conflits palestinien et irakien, par le durcissement des politiques d'immigration et toutes ces tensions qui se sont développées au niveau des relations internationales par la mondialisation sauvage, la fermeture des frontières à la circulation des personnes. La laïcité en terre d'islam est souvent perçue comme un produit occidental, or notre combat est pour l'universalité des droits et des libertés. Combat qui se situe au-dessus de toute autre considération.

Propos recueillis par Hajer Jeridi

 


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:30

LEMONDE.FR | 08.03.12 | 08h10   •  Mis à jour le 08.03.12 | 12h03

 
 

 

Des militantes du Parti de la justice et du développement (PJD) célèbrent la victoire dans une rue de Rabat, le 27 novembre.

Des militantes du Parti de la justice et du développement (PJD) célèbrent la victoire dans une rue de Rabat, le 27 novembre.Johann Rousselot


L'arrivée au pouvoir de partis islamistes pour la première fois dans l'histoire de la Tunisie et du Maroc, où ils dominent les gouvernements, nourrit les craintes des femmes. Pas toutes, certes. Car les victoires électorales du parti tunisien Ennahda en octobre 2011 et un mois plus tard, le 25 novembre, du Parti de la justice et du développement (PJD) marocain se sont aussi appuyées sur un vote féminin. Mais le "printemps arabe", qui a porté les aspirations de millions personnes dans la rue, a son revers.

Au Maroc, c'est d'abord une image. Celle d'une femme, une seule, un foulard sur les cheveux, au milieu de trente hommes en costume sombre : Bassima Hakkaoui, 51 ans, députée du PJD depuis 2002, a été nommée en janvier ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social. Par comparaison, le précédent gouvernement comptait cinq ministres femmes et deux secrétaires d'Etat. Première déconvenue.

AU MAROC, DES "SIGNAUX INQUIÉTANTS"

Aussitôt, l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a écrit une lettre ouverte au chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, pour lui transmettre ses "principales attentes". "Comme vous le savez, durant la dernière décennie, le Maroc a fait des progrès significatifs en matière de promotion et de protection des droits humains des femmes", rappelle l'association, avant d'interpeller le secrétaire général du PJD sur le respect des principes d'"égalité" des sexes et de "parité" contenus, article 19, dans la nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 1er juillet 2011. L'ADFM n'a, à ce jour, reçu aucune réponse. Deuxième déconvenue.

"Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir du PJD", déclare Amina Lotfi, présidente de l'ADFM. "Mais les premiers signaux sont inquiétants, relève-t-elle en pointant la "totale insensibilité à l'égalité du genre" du gouvernement. Le mouvement féministe au Maroc, soutenu par des femmes qui ne trouvaient pas toujours leur place dans les partis politiques, "avait eu tendance à un peu baisser les bras et, là, il a reçu une belle claque", assure une militante pourtant aguerrie. "Les partis islamistes sont arrivés au pouvoir parce qu'ils étaient les mieux organisés et parce que les gens avaient un sentiment de reconnaissance, car ils les ont aidés dans leur vie quotidienne. Désormais, il y a des craintes sur les libertés, une récession culturelle, et l'élite, malheureusement, ne réagit pas, s'alarme Nabila Mounib. La question de la femme redevient centrale."

Cette endocrinologue âgée de 52 ans, chercheuse à l'université Hassan-II à Casablanca, vient d'être nommée chef d'un parti d'opposition de gauche, le Parti socialiste unifié (PSU), – ce qui fait d'elle une pionnière. Elle se souvient du 12 mars 2000 où elle défilait dans la rue pour réclamer la réforme du code de la famille, la Moudawana, face aux militants du PJD qui s'y opposaient de toutes leurs forces. "La priorité du gouvernement, dans sa déclaration de politique générale, poursuit Nabila Mounib, repose sur l'identité, l'identité exclusive qui consiste à dire 'nous sommes musulmans', or le référentiel religieux est toujours mis en avant par des hommes, pour des hommes." Pour Amina Lotfi, "le programme gouvernemental prône un discours idéologique et moralisateur (…) qui cantonne les femmes dans l'espace privé-famille et dissout leurs droits et libertés dans des considérations de cohésion dont la femme-épouse-mère endosserait la totale responsabilité".

Aucune loi, aucun signe tangible n'est jusqu'ici venu remettre en cause les avancées acquises par les femmes marocaines. Mais la vigilance est de mise dans un pays où la polygamie n'est pas formellement interdite et où, malgré la loi, le mariage des jeunes filles de 12 ou 13 ans persiste. "On a laissé une marge de manœuvre aux juges, il était question de les former mais cela n'a pas été fait", dénonce Nabila Mounib qui cite une discussion qu'elle a eue à ce sujet avec Bassima Hakkaoui, juste avant qu'elle ne soit désignée ministre de la famille : "Je lui ai demandé ce qu'elle pensait du mariage des petites filles, elle m'a répondu : 'Si elles sont suffisamment développées, pourquoi pas ?'" "C'est un rude combat, ajoute-t-elle, qu'il faudra mener dans les lycées, les universités, car en face des mosquées se démultiplient pour lancer le message que l'islam est la solution. Et ce qui se passe chez nos voisins, comme en Tunisie, n'est pas fait pour nous rassurer."


LES DÉBATS D'HIER RESSURGISSENT EN TUNISIE

En Tunisie, non plus, aucune loi n'est venue remettre en cause, jusqu'ici, les acquis des femmes – les plus avancés dans le monde arabe depuis l'adoption, en 1956, du code du statut personnel. Au contraire, lors des élections d'octobre 2011, le principe de listes paritaires, une première, avait été accepté par tous les partis. Mais, depuis, la situation s'est dégradée. Des enseignantes sont agressées, insultées par des salafistes et des prédicateurs venus de l'étranger arpentent le pays, sans que le gouvernement réagisse. "Les femmes subissent tous les jours des violences, certes, la plupart du temps verbales, mais quand même, déplore Dalenda Larguech, historienne, directrice du Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme (Credif), à Tunis. Jamais, je n'aurais pensé que nous débattrions de sujets que l'on croyait dépassés !"


 

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien.

Sihem Badi prête serment, le 24 décembre 2011, lors de la cérémonie d'investiture du gouvernement tunisien. AFP/FETHI BELAID


Pour preuve, l'orfi, le mariage non civil, qui avait quasiment disparu en Tunisie, a fait un retour fracassant dans les débats après les propos maladroits de la ministre de la femme, Sihem Badi, membre du parti Congrès pour la République (CPR). Début février, la ministre (elles sont deux dans un gouvernement de vingt-six hommes) avait qualifié cette pratique, qui ne nécessite que deux témoins et n'accorde aucun droit à la femme, de "liberté individuelle" avant de faire machine arrière. Mais le mal était fait, et aux dires d'enseignants, des étudiantes auraient épousé des salafistes sous ce régime. "Cela n'a rien à voir avec le mariage coutumier tel qu'il était pratiqué dans le monde rural qui n'avait pas l'usage de l'écrit. Là, il s'agit ni plus ni moins que d'une libération sexuelle halal, c'est tout, et cela peut développer la polygamie !", s'indigne Dalenda Larguech.

Entre les fondamentalistes religieux et une partie de la société, la bataille s'est aussi cristallisée autour du port du niqab, le voile intégral, qui a fait son apparition après la révolution. Depuis le 6 décembre 2011, les cours de la faculté des lettres de la Manouba, à côté de Tunis, sont tous les jours perturbés, même si cela concerne une poignée d'étudiantes soutenues par des salafistes. "C'est toute une atmosphère, une guerre d'usure, rapporte la féministe du Credif. On parle maintenant d'interdire l'adoption alors que nous l'avions acceptée depuis 1956…" En Tunisie, les débats sont exacerbés par la rédaction, d'ici un an, de la future Constitution, pour laquelle ont été élu(e)s 217 député(e)s avec, au cœur du litige, la place de la charia, la loi islamique, comme source d'inspiration du droit, ou non.  

"L'idée de séparation du politique et du religieux est étrangère à l'Islam", a affirmé Sahbi Atig, un élu d'Ennahda au cours d'une séance. En réaction, vingt-huit associations féministes et organisations de droits de l'homme ont déposé à l'Assemblée un projet de Constitution : "Nous revendiquons l'inscription des droits des femmes dans la future Constitution pour que celle-ci marque un véritable tournant dans la promotion des droits des femmes et de leur protection (…). Nos propositions ont aussi pour but de mettre définitivement un terme à l'instrumentalisation politique et religieuse des droits humains des femmes", peut-on lire en préambule.

Les quatorze articles du texte tendent vers un seul but : obtenir l'égalité des sexes. Le 28 février, d'autres organisations, dont le Réseau euroméditerranéen des droits de l'homme, ont également lancé un appel à l'Assemblée constituante tunisienne : "Le référent arabo-musulman doit être considéré comme un élément central de la personnalité tunisienne, non comme une source de législation. Il ne doit y avoir aucune réforme des textes relatifs au statut personnel durant la période de transition." Le face-à-face continue. A l'initiative d'un collectif d'associations, les femmes devaient manifester jeudi 8 mars à Tunis et tenir un colloque le lendemain. Le groupe salafiste Hizb ut-Tahrir, lui, a prévu "un congrès mondial des femmes".


>>> Suivez en direct sur LeMonde.fr notre chat avec Sihem Badi, ministre de la femme tunisienne, jeudi 8 mars 2012, à 11 heures. 


Isabelle Mandraud

 


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 12:23

 

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.03.12 | 06h31   •  Mis à jour le 08.03.12 | 10h52

 

 

 

 

Le vice-ministre du pétrole syrien, Abdo Hussameddine, a annoncé, dans la nuit de mercredi à jeudi 8 mars, sa démission et qu'il rejoignait l'opposition, devenant le plus haut cadre du régime de Bachar Al-Assad à faire défection depuis le début des violences.

Dans un message vidéo posté sur le site Youtube par des opposants, le vice-ministre du pétrole annonce rejoindre "la révolution du peuple qui rejette l'injustice et la campagne brutale du régime". Rami, le militant qui a tourné la vidéo et l'a postée sur YouTube, a indiqué à l'AFP à Beyrouth que l'opposition avait aidé à organiser la défection du vice-ministre. Invoquant des raisons de sécurité, il n'a pas révélé l'endroit où le message a été enregistré.

"BATEAU QUI COULE"

Dans son message, Abdo Hussameddine affirme avoir servi le gouvernement pendant trente-trois ans et ne pas souhaiter terminer sa vie "au service d'un régime criminel". "C'est pourquoi j'ai pris le droit chemin, sachant que ce régime brûlera ma maison, traquera ma famille et fabriquera des mensonges", ajoute-t-il en appelant les autres membres du gouvernement à abandonner "un bateau qui coule".

Il s'en prend également à la Russie et à la Chine, accusant leurs deux gouvernements de ne pas "être des amis du peuple syrien mais des partenaires des assassinats" de Syriens. La Russie comme la Chine ont bloqué à deux reprises des résolutions de l'ONU condamnant la répression en Syrie.

La responsable des opérations humanitaires de l'ONU est arrivée mercredi en Syrie où elle a pu visiter des quartiers de Homs "totalement dévastés" alors que la répression a fait mercredi de nouvelles victimes, à Homs même et dans sa province, dans les provinces d'Alep (nord), d'Idleb et de Deraa (sud). Au moins 27 personnes, dont 7 déserteurs, ont été tuées par l'armée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Selon un nouveau bilan de l'OSDH, les violences ont fait plus de 8 500 morts, en majorité des civils, depuis le début de la révolte il y a près d'un an.

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 22:05

 

Ajoutée par frodon27220 le  7 mars 2012

 

 


Marche Bayonne, première étape Bayonne - Communauté Emmaus de Tarnos

 

     
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:59
Tony Gatlif  

 

newsring.fr

Réalisateur, acteur, producteur. Réalisateur d'Ind…

 

La rencontre avec le livre "Indignez-vous" de Stéphane Hessel  m'a donné envie de faire un film. J'ai trouvé dans ce livre toutes les réponses, tout ce que je voulais que les gens disent. J'ai voulu faire un film sur qu'est ce qui se passe après, une fois qu'on a lu le livre : est-ce qu'on reste chez soi, est-ce qu'on se révolte ? 

En mai, les indignés ont occupé la place Puerta del Sol à Madrid. Je devais y aller. Je devais m'y rendre pour raconter avec des images leur combat contre la pauvreté, contre ce système qui crée de la misère. 

Les indignés se sont levés, et c'est déjà énorme. Les indignés ont repris la parole, on ne peut pas ne pas parler.

Ce n'est pas fini, c'est juste un début. Nous vivons dans un monde qui va de travers, l'être humain n'existe plus. Le peuple grec par exemple, paye pour sauver les banques. 

La Banque Centrale Européenne préfère sauver les banques que les humains. Une génération entière est sacrifiée en Grèce. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? On envahit un pays sans même faire usage des armes aujourd'hui. La Grèce n'appartient plus à la Grèce aujourd'hui, elle appartient à ses créanciers. 

Le mouvement des indignés va continuer, la solution est en marche. On ne peut pas changer le monde en 3 ou 4 mois, à moins d'être le roi de l'insurrection ! Le monde est si vaste et tellement abîmé de partout. 

En France, le mouvement des indignés a été muselé. Il suffisait d'aller voir place de la Bastille, il y avait 100 CRS pour 40 indignés, assis pacifiquement ! Il suffit d'un rien pour qu'un peuple se lève, et quand un peuple se lève, plus rien ne peut l'arrêter.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:53
| Par La rédaction de Mediapart

Quelque 550 manifestants contestant la victoire de Vladimir Poutine à l'élection présidentielle ont été arrêtés lundi 5 mars à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Parmi eux, plusieurs dirigeants et personnalités de l'opposition, dont le responsable du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov, celui du mouvement Solidarité, Ilia Iachine, l'écologiste Evguenia Tchirikova ou le blogueur spécialisé dans la dénonciation de la corruption, Alexeï Navalny, qui étaient restés avec environ 2 000 personnes sur la place Pouchkine à Moscou après la dispersion d'un rassemblement qui avait réuni 20 000 personnes.

Les résultats officiels donnent 63,6 % à Vladimir Poutine, élu dès le premier tour, contre 17,2 % au communiste Guennadi Ziouganov et 8 % au faux nez du Kremlin, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:48

 

Intimidation 06/03/2012 à 19h19

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


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Julien Bayou et la police lors de l'intervention rue de Châteaudun, le 2 mars 2012 (Marie Maffre)

 

Le collectif parisien Jeudi Noir, spécialisé dans l'ouverture de squats dans des bâtiments vides, s'apprêtait à officialiser sa prise d'un nouveau bâtiment, vendredi 2 mars rue de Châteaudun (Xe arrondissement de Paris), lorsque la police a fait échouer l'opération. Jeudi Noir n'a pas pu réitérer le succès médiatique de l'opération « Squat avec vue sur l'Elysée ».

Les militants étaient suivis par une documentariste, Marie Maffre. Celle-ci les filme depuis l'occupation de La Marquise, place des Vosges (Paris IVe) et tourne pour la société de production Kien un 52 minutes intitulé « Ainsi squattent-ils ».

Présente à l'intérieur du bâtiment lorsque les policiers y sont entrés, elle s'étonne d'être embarquée avec eux au commissariat du IVe arrondissement :

« Les policiers me connaissent, ils m'ont déjà vue filmer. Quand ils m'emmènent en garde à vue, je leur dis que je suis dans le cadre de l'exercice de mon métier. Je passe avec les quatre militants une quinzaine d'heures en garde à vue, et le samedi midi, quand ils nous relâchent, les policiers me disent qu'ils gardent ma caméra sous scellé. »

La préfecture de police nous a précisé que c'était bien le parquet qui avait demandé la mise sous scellés et que selon les éléments en possession de la police, Marie Maffre ne serait pas journaliste.

« Le signe que la police nous a géolocalisés »

Julien Bayou, l'un des fondateurs de Jeudi Noir, se dit certain que la police avait géolocalisé les militants par le biais de leurs téléphones portables. Lui, qui est arrivé dans l'immeuble vendredi en fin d'après-midi, s'explique :

« Comme à notre habitude, on a ciblé un bâtiment vide depuis longtemps, chauffé et éclairé. Là, c'est un immeuble de bureaux appartenant au groupe CIC-Crédit Mutuel, de 4000 m2. Depuis lundi, des militants se relayaient, et samedi matin, on allait annoncer à la presse l'ouverture du squat. C'était le moment décisif.

Vers 20 heures vendredi, 80 CRS ont bloqué la rue, et l'un de nos représentants a commencé à discuter avec eux. Ils lui ont dit qu'ils ne savaient pas précisément quel bâtiment c'était, ce qui serait le signe qu'ils nous avaient géolocalisés : ils savaient approximativement où nous étions en suivant nos puces de téléphones par des antennes. Or il me semble que cette procédure est interdite hors enquête. »

« Le droit d'informer doit être protégé »

L'avocat Dominique Hilsum, qui la défend dans cette affaire, précise que les militants risquent d'être poursuivis pour « violation de domicile et destruction volontaire » si le parquet décidait de poursuivre l'enquête :

« La police a certainement gardé les rushes [images non montées, ndlr] pour savoir si des actes illégaux ont été commis et pouvoir le prouver. Je suis étonné qu'on ait saisi l'outil de travail d'une personne non impliquée dans cette affaire et le droit d'informer doit être protégé absolument. »

Reste à savoir si ces rushes sont soumis à la protection des sources des journalistes. Marie Maffre n'a certes pas de carte de presse, mais son travail de documentariste pour une société de production l'assimile aux journalistes au sens de la loi du 4 janvier 2010 sur la protection des sources.

Dans un communiqué, Reporters sans frontières se dit « particulièrement inquiet », dénonce le « mépris total du respect du secret des sources, comme s'il s'agissait d'une pièce à conviction », et « réclame la restitution immédiate du matériel de la documentariste ainsi que des rushes, fruit de son travail ».

MERCI RIVERAINS ! Lapin Bleu
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:08

Rue89 - Alissa Descotes-Toyosaki journaliste

Publié le 07/03/2012 à 03h00


Crane de vache morte de faim à l'entrée de la ferme, près de Fukushima (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

Nous longeons les côtes ravagées de Minami-Soma sud qui, comme par temps de guerre, a été coupée en deux.

Les terres à l'intérieur du périmètre 20 autour de la centrale ont été évacuées, celles au nord à partir du kilomètre 21 sont habitées.

« Des fois, je me demande vraiment à quoi cela sert de revenir ici », marmonne Masami Yoshizawa.

Comme tous les jours, cet éleveur de 330 vaches irradiées fait l'aller-retour entre sa ferme à Namie et son logement provisoire à Nihonmatsu pour ramener du fourrage.

« Je ne le laisserai pas tuer mes vaches »

Au barrage qui marque l'entrée dans la zone interdite, il passe avec un simple salut de la main. Il a obtenu un permis d'entrée provisoire mais, même sans permis, il serait arrivé à passer.

« Le gouvernement n'abandonnera pas sa décision d'euthanasier les animaux contaminés, et moi je ne le laisserai pas tuer mes vaches. »

Yoshizawa fait partie des irréductibles qui habitent encore dans la zone interdite. Non pas dans l'espoir de reconstruire sur sa terre natale mais pour ne pas abandonner ses animaux.

« Comme à Tchernobyl »

Les vaches de ce périmètre sont toutes contaminées, mais est-ce une raison pour les tuer ? Le gouvernement, en voulant éliminer ces animaux, ne cherche-t-il pas à effacer les traces de l'irradiation ? Ce sont les questions que pose Yoshizawa depuis des mois, à travers des speechs et interviews enflammés.

« Les enfants ne peuvent pas revenir vivre ici, restent les personnes âgées et les animaux. Comme à Tchernobyl. »

Nous croisons des camions conduits par des hommes en combinaison blanche et masques à gaz. A côté de moi, Masami Yoshizawa est comme je l'ai rencontré à Tokyo, le visage découvert.

Vaches à l'état sauvage

Namie, à 14 km de la centrale, n'est plus qu'une ville fantôme. Les 20 000 habitants ont été évacués par vagues successives, dont la dernière en avril 2011.

Devant la mairie, des vaches traversent la route et s'engouffrent dans une rue commerçante. Elles sont revenues à l'état sauvage et s'enfuient en notre présence. Dans cette ville ravagée par le séisme, le tsunami et les explosions nucléaires, la radioactivité oscille entre 5 et 6,0 µSv/h, un seuil bien supérieur à la « norme » des 0,6 µSv/h.

« On ne pourra plus cultiver cette terre, et les opérations de décontamination pour réhabiliter la région ne sont que du gaspillage d'argent. Tout ce qu'on peut faire de cette terre, c'est l'utiliser comme terrain d'expérimentation. »

Une ferme pour ne pas oublier

Tel un sanctuaire, l'entrée de la « ferme de l'espoir »est marquée par des tracteurs et autres ustensiles agricoles tagués de slogans. Un crâne de vache est posé là, à côté d'un écriteau assassin :

« Tepco, le gouvernement, à quand les dédommagements pour cet énorme gachis ? »

Yoshizawa est un éleveur en colère et militant anti-nucléaire depuis la catastrophe.

« J'ai entendu le bruit de l'explosion et vu de mes yeux le nuage radioactif. »

Le 17 mars, Yoshizawa est revenu à sa ferme :

« Le réacteur numéro 3 de la centrale qui avait explosé le 14 mars dégageait un épais nuage de fumée. Ce jour-là, il a commencé à neiger subitement, et nous étions tous dehors. »

« Mourir plutôt que de laisser mourir »

Les 16 et 17 mars, des milliers d'habitants de Namie étaient réfugiés autour des camps de fortune.

« Tout le monde a été contaminé de plein fouet. Les fonctionnaires de la mairie ont dit qu'ils avaient oublié dans leur bureau les compteurs Geiger et les pilules d'iode. Ils répétaient qu'ils les avaient oubliés, au lieu d'aller les chercher. »

Yoshizawa dit ne jamais avoir cru au mythe du nucléaire sûr mais depuis qu'il vit dans l'enfer de la radioactivité, il a décidé de tout sacrifier à son combat.

« Quand j'ai vu les forces d'auto-défense venir secourir les gens dans la zone contaminée, je me suis dit que je préférais mourir plutôt que de laisser mourir. »

A 58 ans, cet homme jure que, jusqu'à sa mort, il poursuivra Tepco et le gouvernement pour assumer la responsabilité de leurs actes :

« Fukushima a généré de l'électricité pour Tokyo, maintenant on les traite comme des pestiférés, comme à Hiroshima et Nagasaki.

Mes vaches ont accouché depuis. On parle dans la région de lapins sans oreilles, d'insectes hybrides, sans avoir aucune preuve. Je veux que mes vaches continuent à vivre pour raconter l'histoire du drame de Fukushima, pour que plus jamais il ne se reproduise.“ 


Masami Yoshizawa dans sa ferme (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:01

 

Rencontre 07/03/2012 à 10h56

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

 


Invité de Rue89 ce mercredi pour commenter l'actualité, le réalisateur évoque son engagement, la présidentielle et les « Indignés », objet de son dernier film.

Tony Gatlif à la rédaction de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

Tony Gatlif ressemble étrangement à ses films : la même musicalité, un côté voyou et sorte d'élégance née du désordre.

Le cinéaste de 64 ans parle beaucoup, vite, et avec fougue. Il fait aussi attention à ce qu'il dit :

« Un proverbe tsigane dit : “Fais attention à la langue. Elle va vite parce qu'elle n'a pas d'os.” »

Son dernier film, « Indignados », sort en salles ce mercredi.

 

 

Bande-annonce d'« Indignados » de Tony Gatlif

L'arrivée à Paris et les premiers films

Tony Gatlif à Rue89

Ce mercredi, de 12 heures à 14 heures, le réalisateur sera dans les locaux de Rue89 pour intervenir et réagir à l'actualité.

 

« Je m'engage. Maintenant, je ne me tais pas » : il définira les priorités de l'insurrection populaire à venir.

Né en 1948 d'un père kabyle et d'une mère tsigane, il grandit à Alger, il débarque en France à 14 ans, en pleine guerre d'Algérie.

Dans les années 60, l'adolescent fâché avec l'école mène une vie chaotique et finit en maison de correction (l'expérience lui sert d'ailleurs, quand il débute en tant que scénariste en 1975, avec « La Rage au poing », d'Eric Le Hung).

A 18 ans, Gatlif passe son temps au cinéma. Un soir de 1966, il va trouver Michel Simon dans sa loge et lui demande conseil. Le comédien, alors à l'affiche du « Vieil Homme et l'enfant » de Claude Berri, lui écrit une lettre de recommandation. Gatlif commence à suivre des cours de théâtre.

Il réalise son premier film en 1975, « La Tête en ruine », suivi de « La Terre au ventre » qui a pour toile de fond la guerre d'Algérie. Il découvre aussi la condition tsigane, qui devient son thème de prédilection à partir de « Les Princes ».

La condition tsigane comme fil rouge

Ce film de 1982, avec Gérard Darmon, narre la vie d'un groupe de Gitans en banlieue parisienne. C'est le premier volet d'une trilogie complétée par « Latcho Drom » et « Gadjo Dilo », avec Romain Duris et Rona Hartner.

Romain Duris fait partie de la garde rapprochée de Gatlif : on le retrouve dans « Je suis une cigogne » et « Exils », qui évoque le retour en Algérie. La mise en scène du film est récompensée à Cannes en 2004.

« Tous mes films sont des indignés », commente le réalisateur, très investi dans la défense de la communauté rom.

« Je suis un réalisateur indigné, évidemment ! Je fais des films qui disent non. »

 

 

Tony Gatlif : « Je fais des films qui disent non »

Non à l'oubli, d'abord : « Liberté  », son dernier long métrage, porte sur le génocide tsigane pendant la Seconde Guerre mondiale. Et non à la politique gouvernementale anti-immigration et anti-rom. Gatlif cite le discours de Grenoble dans un grand haut-le-cœur.

Au bout d'une vingtaine de films, on s'étonne pourtant de voir Gatlif s'attaquer au mouvement des « Indignés ».

« Le film m'est tombé dessus », admet le réalisateur.

« D'habitude, je ne touche pas à ces thèmes-là en tant que cinéaste. Ce film est arrivé par hasard. Ça n'est pas le film que je voulais faire. »

« Je m'engage maintenant. Je ne me tais pas »

« Indignados » est une libre adaptation de l'opus de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! ». Caméra à l'épaule, Gatlif suit les manifestations d'« Indignés » en Europe : Espagne, France, Grèce... Le film est porté par l'énergie des manifestants et l'euphorie des révolutions arabes.

Les « Indignés » européens sont vus à travers les yeux d'une jeune Africaine clandestine, en quête d'un Eldorado dans « une Europe qui se fissure ».

« Maintenant, je m'engage, je ne me tais pas. Je l'ouvre », conclut le bonhomme qui refuse pourtant d'être « un représentant des “Indignés” : “Je suis un témoin.” »

« Je cherchais, je ne savais pas trop »

« Indignados » lui est venu presque par détour. Quand Hessel accepte qu'il adapte son livre, Gatlif n'a pas d'idée arrêtée sur ce qu'il va faire. Il part tourner des images au Maroc :

« Je cherchais. Je ne savais pas trop. Je suis allé au Maroc pour lâcher une tonne d'oranges dans les rues de la Casbah. La scène avec les oranges qui déferlent est la première que j'ai tournée. Pas pour faire joli. Je voulais rendre hommage au marchand de légumes Mohamed Bouazizi, qui s'est immolé en Tunisie au début des révolutions arabes. »

La Puerta Del Sol, « le détonateur »

A son retour, Gatlif a quelques images mais attend « un détonateur » :

« Et puis, à un moment est apparue sur la place de la Puerta Del Sol une population qui manifestait d'une façon nouvelle : ils occupaient la place. Ça a duré des semaines. J'ai trouvé ça très fort. »

 

 

Tony Gatlif raconte le tournage d'« Indignados » en Espagne

Il part à Madrid avec une petite équipe, « pour filmer ces gens qui sont à un moment donné sortis de chez eux pour dire non à ce modèle de société. Il y avait des jeunes, des moins jeunes, des tatoués, des cadres au chômage... de tout ».

La caméra est mal accueillie. Il montre patte blanche, explique son projet.

Les slogans : « Plus fort que les paroles »

Rapidement, les slogans le captivent plus que les témoignages :

« C'était plus fort que des paroles dites. Quelqu'un qui écrit “ Lève-toi de ton canapé ”, c'est très fort. Tu l'écris pas comme ça. Ou “ Aucun être humain n'est illégal ”, quand on parle des clandestins, des sans-papiers, les SDF. »

Le réalisateur évoque Mai 68, « mais j'étais très jeune à l'époque. Je ne lisais pas les slogans », sourit-il. Puis il parle des chantiers espagnols désertés par les investisseurs, « une horreur » :

« Tout le monde est parti parce qu'il n'y a plus de fric. »

Formellement, « Indignados » s'inscrit dans une tradition de films à slogan tournés précisément à cette époque, entre autres par les groupes Medvedkine, Chris Marker ou Godard.

Dans « Indignados », les dialogues cèdent la place aux slogans. Les silences durent. Le film est aussi traversé de musiques instrumentales ou bruitistes : une canette qui roule se transforme en une rythmique obsédante.

Gatlif lâche le mot de « ciné-poème » :

« Quelque chose de personnel, qui n'existe pas et qui ne veut pas non plus dire “faire de la poésie avec les gens”. »

« J'aurais aimé que les “Indignés” occupent le parlement européen »

« En Espagne, j'aurais aimé que les “Indignés” occupent le parlement européen. Ou qu'ils fassent quelque chose de grandiose, comme ce chef d'orchestre italien, Ricardo Muti », qui transforme son « Nabucco » en tribune politique, face à Berlusconi :

« Au bout de deux jours, je me suis arrêté de filmer. Je me demandais : ça rime à quoi ? Qu'est-ce que je montre ? »

Le déclic lui vient au musée du Prado. Il rentre en trombe à Paris pour trouver une actrice. Il rencontre une inconnue : Betty, Sénégalaise de 18 ans repérée dans un café à Montreuil. Depuis quatre ans, elle renouvelle son permis de séjour tous les six mois :

« Je lui ai dit que je comptais aller dans toutes les grandes manifestations européennes. A ce moment-là, il n'y avait que Madrid. Elle a dit d'accord tout de suite. On est partis en Grèce. »

« J'avais pas prévu que la Grèce s'écroule »

« J'avais pas prévu que la Grèce s'écroule, mais c'était là. Les pays tombaient devant la caméra. »

En Grèce, il réalise une projet qui le taraude depuis longtemps : « filmer Patras », une ville portuaire à 200 kilomètres d'Athènes d'où partent les bateaux pour l'Italie :

« C'est la porte de l'Europe, c'est par là que passent énormément de clandestins. »

Betty devient le point central du film. Son regard fait pencher « Indignados » dans la fiction.

 

 

Tony gatlif raconte le tournage d'Indignados » en Grèce

A Patras, la clandestine est arrêtée par la police. Mutique pendant presque tout le film, elle lâche quelques mots de wolof dans l'une des scènes les plus poignantes d'« Indignados » : l'équipe de tournage a pénétré dans un centre de rétention de la préfecture « où des milliers de clandestins attendent qu'on leur donne un petit bout de papier à tamponner pour rester quelques jours sur le territoire », raconte Gatlif sur France Inter.

« C'est un mystère. Pourquoi la police nous a permis de filmer dans cet immense endroit désolé en Grèce ? […] Le directeur est venu me voir et m'a dit : Si vous voulez, vous pouvez filmer dans la prison des femmes, mais vous avez cinq minutes. » […]

J'ai mis tout de suite Betty devant le téléphone et je lui ai dit : « Tu appelles tes parents en Afrique et tu leur dis exactement ce qu'on dit quand on est clandestin et qu'on appelle ses parents : “Tout va bien, on est dans un pays super.” Tu les rassures. » »

En France : des duvets vides de SDF

Plus tard, la clandestine se retrouve à Paris. Gatlif filme les rassemblements place de la Bastille, mais aussi la misère qui grève les trottoirs parisiens : il filme des duvets et des abris de SDF et cite leur nom :

« Il faut arrêter avec les images de gens qui dorment dehors. Ce sont des vrais humains, de tous bords, qui sont là. Maintenant, les gens commencent à être blasés. J'ai entendu souvent ce mot-là : “ blasé ”. Ça n'est pas possible. Ça me fait peur. Changeons le monde, bon sang ! »

 

 

Tony Gatlif raconte le tournage d« 'Indignados » en France

Comme le livre d'Hessel, Gatlif prône la désobéissance civile :

« Dire “non”, quand quelque chose vous paraît injuste, sans passer par la violence. »

Pour la présidentielle, il rêverait d'un monde où « personne n'irait voter. Personne. Ce serait un acte symbolique formidable » :

« Pour qui on va voter ? Qu'est-ce qui changera ? Mon rêve absolu, ce serait que le peuple descende dans la rue et dise ce qu'il veut. Mais c'est un rêve. On revient à la réalité ?

Dans ce cas, évidemment, il faut que tout le monde vote en mai prochain. Tout le monde. J'espère que les Manouches et les Roms qui ont la nationalité iront voter. C'est très important pour eux. »

Voter PS ? « Il faut pouvoir gagner »

Même si pour lui, le Front de Gauche relaie le mieux les valeurs des « Indignés », il votera sans doute PS : « Il faut pouvoir gagner. » Il revient aux 133 000 sans-abri de France :

« Le social, c'est pour ça que je vais voter PS. Parce qu'avec eux, il me semble qu'on peut parler. »

Il s'interrompt :

« Je suis pas inscrit, ni copain avec eux, hein. C'est la première fois que j'en parle. Mais il faut arrêter avec les gens qui dorment dehors. »

Gatlif voudrait que son filme « change quelque chose ».

Les puissances financières ont beau continuer à dicter les politiques nationales, et le mouvement des « Indignés » à n'avoir aucun relai politique, Gatlif reste convaincu que le mouvement n'en est qu'à ses débuts :

« Les inégalités n'ont pas fini de s'accroître. Il n'y a aucune raison que le mouvement indigné s'arrête.

Le but n'est pas l'effondrement du système. C'est l'espoir qui est en marche. »

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:57

LEMONDE | 07.03.12 | 14h07  

 
 

 

En 2008, Geir Haarde – ancien premier ministre de l'Islande – n'a pas su éviter la faillite des banques et l'effondrement de l'économie.

En 2008, Geir Haarde – ancien premier ministre de l'Islande – n'a pas su éviter la faillite des banques et l'effondrement de l'économie.AFP


Reykjavik Correspondance - Dans le Musée de la culture islandaise, en haut d'une colline du centre-ville d'où l'on voit la banque centrale, la Haute Cour de justice et les bureaux du chef du gouvernement, l'Islande juge son ancien premier ministre.

Geir Haarde occupait cette fonction en 2008 quand son pays, sidéré, vit ses banques faire faillite et son économie s'effondrer. C'est un tribunal spécial, seul apte à juger un ministre et interpellé pour la première fois, qui a été saisi. Et la mise en scène est spectaculaire : si elle n'est pas transmise en direct, les Islandais en suivent heure par heure le déroulement sur Internet. Plus de 60 témoins sont appelés à témoigner, dont une brochette de ministres présents et passés.

Mais quel est l'enjeu, plus de trois ans et demi après l'effondrement ? Sans doute pas de punir un homme, vieilli et grossi, qui se remet d'un cancer de l'oesophage et dont la carrière politique, à 64 ans, est terminée. Il ne risque d'ailleurs que deux ans de prison. Et ne peut être tenu seul responsable de l'effondrement de son pays.

Non, l'enjeu, au travers des témoignages des principaux acteurs, est de faire la lumière sur ce qui s'est passé. Et aussi de savoir pourquoi l'Islande s'en est finalement si bien tirée.

Geir Haarde ne devrait pas être seul sur le banc des accusés. Trois autres ministres, dont deux socialistes, le ministre du commerce et celui des affaires étrangères devraient être à ses côtés. Mais l'actuelle première ministre, Johanna Sigurdardottir, a voulu éviter cette humiliation à ses camarades.

De quoi Geir Haarde est-il accusé ? De ne rien avoir fait pour arrêter la débandade des établissements financiers. Et de ne pas avoir œuvré pour donner à la banque en ligne Icesave le statut de filiale britannique, ce qui aurait permis de transférer la douloureuse ardoise à Londres. Et évité au pays deux référendums et deux refus de payer. L'affaire est désormais devant la Cour de justice européenne.

 

INCAPACITÉ À GÉRER SON PAYS

Que dit Geir Haarde à ses juges ? Qu'il était impuissant. Et ses anciens ministres de droite et de gauche reprennent en choeur le même couplet. Les juges ne devraient pas limiter leurs questions à 2008. Car, dans l'effondrement du pays, il ne faut pas oublier des causes plus anciennes.

La privatisation des quotas de pêche a accordé aux armateurs des fortunes insensées et un délire d'investissement à l'étranger presque toujours catastrophique. Il y eut ensuite une privatisation calamiteuse des banques accordées à des copains coquins qui n'en étaient pas dignes. Puis des établissements bancaires qui accordaient n'importe quel crédit à n'importe qui, anesthésiant permettant à la population de rester sage.

Paradoxalement, l'incapacité du premier ministre à gérer son pays a été une chance extraordinaire pour l'Islande. Paralysé par l'inaction, il n'a rien fait d'autre en 2008 qu'endormir ceux qui avaient des doutes.

Quand les agences de notation retirèrent leur triple A, l'Islande ne pouvait plus lever de fonds. Le gouvernement de Geir Haarde déclara la faillite des banques.

Sauver des banques qui avaient prêté onze fois le produit intérieur brut du pays était ingérable. Les banques étrangères, honteuses de s'être fait avoir, ont refilé leurs créances à des "junk funds" qui sont aujourd'hui les vrais propriétaires de deux des banques islandaises, la troisième étant nationalisée.

L'Islande, avec le soutien du Fonds monétaire international, remonte la pente. L'Etat-providence a été sauvé. La consommation s'est effondrée. Mais le chômage ne dépasse pas 7 % : il a souvent suffi aux entreprises de supprimer les heures supplémentaires pour éviter les licenciements. Beaucoup d'étrangers sont repartis, les Islandais se sont expatriés.

La colère des manifestations a fait place à l'amertume. Les Islandais de gauche ne sont pas enthousiasmés par la politique d'austérité du gouvernement qu'ils ont élu, tandis que ceux de droite rêvent d'un nouveau boom économique.

Coup de chance : le maquereau, poussé par le réchauffement climatique, est arrivé dans les eaux islandaises et les quotas de pêche ont été sensiblement augmentés.

Gérard Lemarquis

 


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