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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:07

LEMONDE | 04.02.12 | 13h49

 
 

C'est l'histoire d'un obélisque bancal. Mercredi 25 janvier, avant le drame de Port-Saïd, les médias du monde entier braqués sur la place Tahrir, qui célébrait avec frénésie l'anniversaire de la révolution égyptienne, ont assisté à l'arrivée d'un monument inattendu. Un "rayon de soleil figé" en bois de 40 mètres de haut, sur lequel étaient peints, dans des cartouches à l'antique, les noms du millier de martyrs tombés sous les coups de la police et de l'armée depuis un an. Un cadeau-surprise réalisé et offert par Les Jeunes de Maspéro, un groupe d'activistes formé à l'origine pour défendre les droits des chrétiens d'Egypte et devenu, depuis quelques mois, l'un des chefs de file de l'opposition aux militaires.

Léger et rapide, porté à bout de bras par les manifestants, l'obélisque s'est frayé un chemin facile sous les applaudissements de la foule enthousiaste. Les caméras zoomaient, les journalistes se rengorgeaient : la place Tahrir aurait son monument aux morts. La référence pharaonique faisait l'unanimité, même auprès des islamistes. Sobre, consensuel, suggestif, l'obélisque reste une valeur sûre dans les moments polémiques.

C'est alors que l'échelle est arrivée. Mais elle était trop courte, ou l'obélisque trop haut. Malgré les efforts désespérés des révolutionnaires, il a fallu remporter le monument, qui tanguait dangereusement. Avec pudeur, les caméras de télévision ont détourné leurs objectifs sans insister, la nuit est tombée sur la place, les révolutionnaires ont parlé d'autre chose et l'obélisque a disparu.

"Bon débarras ! C'est d'un kitsch !", se réjouissaient déjà les commentateurs acerbes de l'art révolutionnaire, agacés par la naïveté des cartouches à l'antique. Mais déjà une chandelle lumineuse de dimensions plus modestes sur laquelle les noms des martyrs étaient écrits en caractères hiéroglyphiques brillait de tous ses feux au milieu de la place.

N'en déplaise aux esthètes agacés par les assauts désordonnés de créativité révolutionnaire, la place Tahrir est devenue l'épicentre d'une Egypte en pleine révolution culturelle, où artistes et activistes rivalisent de créativité afin de renouveler en profondeur les pratiques politiques.

Les manifestations, dont la préparation implique de nombreux artistes, sont en passe de devenir un véritable art de rue. Elles obéissent à des codes et à des traditions établies, au rang desquels de célèbres "crieurs", portés sur les épaules de leurs camarades, testent leurs dernières rimes devant un public impitoyable qui fait et défait les réputations. Après être allé contempler une installation lumineuse qui projette le mot "Révolution" sur les fenêtres du ministère des affaires étrangères, on pourra ainsi reprendre en coeur "Tantawi ! Pourquoi ? Pourquoi ?/ Tu parles arabe ou quoi ? !", ou encore, avec le Front égyptien de la créativité, qui est de toutes les manifestations : "Créativité, liberté, justice sociale !"

Les artistes contribuent à transformer les alentours de la place Tahrir en musée révolutionnaire à ciel ouvert, où de nombreuses mises en scène s'apparentent à de véritables installations artistico-politiques. Prenez par exemple le mur érigé par l'armée dans la rue Mohammed-Mahmoud, où des affrontements entre forces de l'ordre et révolutionnaires ont fait plus de quarante morts au mois de novembre 2011. Entre les énormes blocs de béton recouverts de graffitis plus drôles et spirituels les uns que les autres, la jeunesse du Caire vient désormais se faire prendre en photo devant une petite souricière dans laquelle on peut se glisser, et sur laquelle des esprits malins ont apposé une flèche indiquant le passage. Au-dessus, on peut lire "La Brèche", du nom d'une célèbre faille réalisée par l'armée israélienne dans les rangs de l'armée égyptienne au cours de la guerre du Kippour.

Quelle forme donner au discours révolutionnaire dans un environnement médiatique saturé de propagande audiovisuelle et où près de la moitié de la population est analphabète ? Comment canaliser et organiser de manière démocratique l'énergie révolutionnaire qui déborde de la Toile et des réseaux sociaux, mais qui est quasiment absente des bancs du nouveau Parlement ?

Les nouvelles technologies jouent un rôle incontournable dans l'invention de nouveaux modes de communication et d'action politique. Les créateurs de la campagne "Kaziboun" ("Menteurs"), montée par des activistes pour dénoncer les crimes commis par l'armée, ont imaginé une série de projections en plein air de vidéos prouvant les crimes des militaires. Sur de modestes coins de murs lépreux, dans les quartiers chics ou défavorisés, ils arrivent par surprise avec un projecteur, installent à la va-vite une toile de fortune et attirent les foules les plus bigarrées avec lesquelles s'engagent des dialogues brûlants, au cours desquels les certitudes vacillent. Puis ils remballent vite leur matériel avant que la police n'arrive.

Autour de la place Tahrir se tiennent régulièrement des "tweets clubs". Des activistes s'y réunissent, parfois en pleine rue, autour d'une toile. Assis par terre, leur téléphone ou leur ordinateur portable sur les genoux, ils envoient de courts messages, projetés sur un écran géant, à quelques intervenants assis sur des sièges. Se noue alors un dialogue complexe dont le but est de permettre à chacun de s'exprimer et à tous de répondre dans un temps limité. Pour applaudir, on agite haut la main en silence.


 

coco.boer@yahoo.fr

Claire Talon


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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:01

 

LEMONDE.FR avec AFP | 03.02.12 | 18h24

 

 

 

 

Vidéo (en anglais) de la conversation entre le FBI et Scotland Yard interceptée par Anonymous

Anonymous a une fois encore fait la preuve de sa capacité d'action. Les pirates informatiques Anonymous ont rendu publique vendredi 3 février une conversation téléphonique entre le FBI et Scotland Yard consacrée aux activités de ces mêmes "hackers", une "information obtenue illégalement", a souligné la police fédérale américaine dans un communiqué.

L'enregistrement de près de dix-sept minutes a été mis en ligne sur le site YouTube, accompagné d'un courrier électronique d'un agent du FBI organisant la conférence téléphonique pour le 17 janvier. A différents moments de la conversation, les policiers britanniques et américains évoquent Jake Davis et Ryan Cleary, deux adolescents britanniques arrêtés l'an dernier pour piratage informatique.

Dans un tweet, Anonymous a posté les liens conduisant à l'enregistrement audio et ajoute que le FBI "doit être curieux de savoir comment nous sommes capables de lire en permanence leurs communications internes, depuis longtemps maintenant".

 

UNE INFORMATION OBTENUE ILLÉGALEMENT

"L'information était uniquement destinée aux responsables des forces de l'ordre et a été obtenue illégalement", a indiqué le FBI dans un communiqué. La police fédérale ajoute qu'une enquête a été ouverte pour identifier et poursuivre ces responsables en justice. Le FBI précise que son système informatique n'a pas été "violé" à cette occasion. La police britannique Scotland Yard a pour sa part déclaré à l'AFP "examiner" les informations de presse.

Le courriel joint à la vidéo invite des membres des forces de l'ordre européennes à participer à cette conférence téléphonique pour "discuter des enquêtes en cours relatives à Anonymous, Lulzsec, Antisec et d'autres groupes" de pirates informatiques.

Le courrier, qui donne des détails pour accéder à la conférence téléphonique a été envoyé à des responsables des polices du Royaume-Uni, de France et des Pays-Bas notamment, mais les seuls participants à s'identifier dans la vidéo se présentent comme des membres du FBI et de Scotland Yard.

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:57

LEMONDE.FR avec AFP | 04.02.12 | 16h42

 
 

Quelque 150 partisans du Front de gauche ont participé, samedi 4 février, près de Sauternes (Gironde) à une "marche de gueux" sur le vignoble du château Yquem, propriété de Bernard Arnault, première fortune de France, afin de réclamer "un plus grand partage des richesses".

"On est des gueux des temps modernes, a lancé Michel Hilaire, conseiller général et candidat du Front de gauche dans la 12e circonscription de la Gironde. Au-delà du symbolique, il y a un besoin urgent de remettre l'humain en tête des préoccupations".


 "ON A LA CHANCE D'AVOIR DANS NOS CANTONS CES MILLIARDAIRES"

"Avec Bernard Arnault à château Yquem, Peugeot à château Guiraud, Axa à château Suduiraut et le Baron Eric de Rothschild à château Rieussec, on a la chance d'avoir dans nos cantons ces milliardaires", a-t-il expliqué, en pointant du doigt les bâtisses alentours alors que les manifestants improvisaient prise de parole et pique-nique.

"Il y a un bourrage de crâne permanent pour dire que la France est pauvre, qu'elle n'a pas d'argent et qu'elle ne pourra se sauver que par des plans d'austérité. Nous, on demande un plus grand partage des richesses", a renchéri Pierre Augey, maire communiste de Fargues, conseiller général et candidat dans la 9e circonscription de la Gironde.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:53

 

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 04.02.12 | 08h38   •  Mis à jour le 04.02.12 | 16h14

 

 

 

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plupart des courants de l'opposition, affirme,  samedi4 février, que 260 civils avaient été tués à Homs dans la nuit, l'un des "plus terrifiants massacres" depuis le début de la révolte contre le président Bachar Al-Assad en mars 2011. La France n'a pas hésité à parler de "crime contre l'humanité". Une nouvelle résolution doit être examinée, samedi à l'ONU, mais un probable veto de la Russie rend son vote peu vraisemblable à l'heure actuelle.

"Les forces d'Assad ont bombardé (...) des zones résidentielles à Homs, dont Al-Khalidiya et Qoussour, faisant au moins 260 morts, des civils, et des centaines de blessés, dont des hommes, des femmes et des enfants", indique le CNS dans un communiqué. "Lors de l'attaque, des bâtiments résidentiels et des maisons ont été bombardés très fortement et au hasard. Dans le même temps, les forces d'Assad ont aussi bombardé Jisr Al-Choughour, les banlieues de Damas, et l'est de Ghouta dans ce qui semble être une préparation à des massacres similaires".

Le régime de Damas a démenti ces informations, indique l'agence officielle Sana, affirmant que les civils qui y avaient été tués dans la nuit l'avaient été par des hommes armés. L'agence accuse les hommes armés de "vouloir exploiter ces informations pour (faire pression) au Conseil de sécurité" de l'ONU qui tente de mettre au point une résolution condamnant la répression en Syrie.

 

Un membre de l'Armée syrienne libre monte la garde pendant que des manifestants prient, le 4 février 2012.

Un membre de l'Armée syrienne libre monte la garde pendant que des manifestants prient, le 4 février 2012.REUTERS/STRINGER


PLUSIEURS AMBASSADES PRISES POUR CIBLE

Plusieurs personnes ont été arrêtées samedi quand des centaines de Syriens et de militants koweïtiens en colère ont tenté de prendre d'assaut l'ambassade de Syrie à Koweït, selon des militants et une source de sécurité. La manifestation a eu lieu après que des Syriens et des militants koweïtiens eurent appelé sur Twitter à un rassemblement à la sortie de la prière musulmane de l'aube, à la suite d'informations sur un massacre à Homs.

Au Caire, des dizaines d'opposants au régime du président Bachar Al-Assad ont envahi l'ambassade de Syrie samedi à l'aube, saccageant le bâtiment et mettant le feu au rez-de-chaussée. Une cinquantaine de personnes, pour la plupart des Syriens, ont fait irruption dans les locaux de l'ambassade située dans le quartier de Garden City vers 3 heures du matin (2 heures à Paris). Après avoir arraché la grille d'entrée, ils ont saccagé l'intérieur du bâtiment puis mis le feu à plusieurs pièces au rez-de-chaussée.  Des opposants avaient déjà attaqué la mission diplomatique syrienne la semaine dernière, avant d'être repoussés par les forces de sécurité égyptiennes.

Cinq manifestants ont été arrêtés dans la nuit de vendredi à samedi à Londres pour avoir pénétré dans l'ambassade de Syrie au Royaume-Uni, a indiqué la police. Environ 150 personnes s'étaient rassemblées devant la représentation diplomatique pour dénoncer la répression. Les cinq manifestants ont été interpellés pour trouble à l'ordre public après la dispersion du rassemblement, a indiqué un porte-parole de la police.

A Berlin, une vingtaine de personnes avaient également pénétré vendredi dans l'ambassade de Syrie en Allemagne et occasionné quelques dégradations matérielles, avant d'être évacuées par la police.

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:47

LEMONDE.FR avec AFP | 04.02.12 | 09h46

 
 

 

Des manifestants à proximité du ministère de l'intérieur, le 3 février 2012.

Des manifestants à proximité du ministère de l'intérieur, le 3 février 2012.AFP/KHALED DESOUKI


Des affrontements entre policiers et manifestants se poursuivaient, samedi 4 février, aux abords du ministère de l'intérieur au Caire, traduisant la colère contre le pouvoir militaire après la mort de 74 personnes après un match de football à Port-Saïd.

Des groupes de manifestants continuaient pour le troisième jour de lancer des pierres sur les forces anti-émeutes, qui répondaient avec des tirs de chevrotine et de gaz lacrymogènes. Ces affrontements ont fait au total neuf morts depuis jeudi : trois au Caire et six à  Suez, ville portuaire sur le canal du même nom à l'est de la capitale, selon des sources médicales. Certaines victimes sont mortes asphyxiées par les gaz lacrymogènes. Cinq personnes ont également été blessées dans la nuit lors de heurts à Alexandrie, deuxième ville du pays, sur la côté méditerranéenne, selon la presse gouvernementale. Le ministère de la santé a quant à lui fait état de 2 532 blessés au total dans un communiqué.

 

Les manifestants, parmi lesquels de nombreux supporteurs de clubs de football, réclament la fin du pouvoir militaire qui tient les rênes du pays depuis la démission il y a près d'un an du président Hosni Moubarak. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui et chargé de la délicate transition démocratique, a de son côté accusé "des mains étrangères et intérieures de viser le pays".

Régulièrement accusé de mal gérer cette transition, le CSFA est tenu pour responsable des 74 morts et des centaines de blessés mercredi au stade de Port-Saïd après la première défaite de la saison pour le célèbre club cairote Al-Ahly face aux locaux d'Al-Masry (3-1).

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:43
| Par François Bonnet

 

La Russie est sens dessus dessous. Jamais depuis les années de la perestroïka et la fin de l’URSS, le pays n’a connu de telles mobilisations et de tels débats. Depuis maintenant deux mois se développe dans les grandes villes du pays une mobilisation citoyenne inédite qui ne demande pas seulement le départ de Vladimir Poutine mais aussi des réformes radicales du système politique et économique.

Ces mouvements d’opposition ont largement réussi leur pari ce samedi 4 février. Malgré un froid polaire ( 20°C à Moscou), environ 100.000 personnes se sont réunies à deux pas des murailles du Kremlin pour demander « des élections propres » et la démission de Vladimir Poutine.


 

"Une Russie sans Poutine, pour des élections propres", dit la banderole. 
"Une Russie sans Poutine, pour des élections propres", dit la banderole.© (Gazeta)

La surprise est aussi venue du reste du pays. Des manifestations ont eu lieu dans de nombreuses villes, à Magadan, à Khabarovsk, dans l’extrême orient russe, à Ekaterinbourg et dans plusieurs villes de Sibérie : elles ont rassemblé de quelques centaines à plusieurs milliers de personnes, ce qui est inédit.

Mais c’est évidemment à Moscou que se concentraient les regards après les deux manifestations des 10 et 24 décembre qui avaient largement surpris le pouvoir. Dans une zone bouclée par la police, que les manifestants pouvaient rejoindre en passant sous des portiques de détection d’armes ou objets métalliques, environ 100.000 personnes se sont retrouvées pour un meeting de 1h30.


 

Moscou, samedi 4 février. 
Moscou, samedi 4 février.© (Gazeta)

A la tribune se sont succédé personnalités et leaders de la multitude de mouvements et associations qui constituent aujourd’hui cette galaxie contestataire. « Nous sommes très différents, mais nous sommes ensemble pour demander la liberté et le droit. Nous aimons notre pays, nous ne sommes ni staliniens, ni fascistes, ni américains, nous sommes des Russes qui voulont la liberté », a déclaré Grigori Iavlinski, le leader du petit parti libéral Iabloko, dont la candidature à l’élection présidentielle de 4 mars vient d’être rejetée par la commission électorale.

Ancien député, Vladimir Rijkov a dénoncé le « refus du pouvoir de négocier » et appelé à la démission de Vladimir Poutine. Olga Romanova, responsable d’une association d’aide aux prisonniers, a demandé la libération de « tous les prisonniers politiques » et de tous ceux injustement emprisonnés « pour rien, pour des raisons d’argent, parce qu’on a voulu leur prendre leur business ». Etat de droit, justice indépendante, fin de la corruption : les appels se sont multipliés.

Pour ne pas laisser la capitale à l’opposition, le pouvoir avait favorisé la tenue d’une contre-manifestation qui a rassemblé, selon les décomptes de plusieurs journalistes russes, entre 25.000 et 30.000 personnes. Cela a permis au ministère russe de l’intérieur de jongler avec les chiffres : les « anti-orange » ou pro-Poutine auraient été près de 100.000 tandis que l’opposition n’aurait réuni que 23.000 personnes... Selon les récits de plusieurs journalistes, beaucoup de ces manifestants pro-Poutine avaient été réquisitionnés, vivement encouragés à venir par leur patron ou leur chef de service (lire également en page 2 de cet article).

En fin de meeting, une résolution adoptée par acclamation a résumé les demandes aujourd’hui faites par l’opposition : libération des prisonniers injustement détenus ; nouvelles élections législatives ; réformes politiques pour autoriser « l’enregistrement » des partis d’opposition ; élections propres et observateurs indépendants dans les bureaux de vote ; fin de la censure et de la mise sous tutelle des médias d’Etat. « Et enfin, a clamé Vladimir Rijkov sous les applaudissements, pas une seule voix pour Poutine le 4 mars. »


 

L'une des caricatures de Poutine sur Facebook. 
L'une des caricatures de Poutine sur Facebook.

Face à ce déchaînement de débats, de revendications, de critiques, que les médias d’Etat relaient timidement – ce qui est nouveau , le pouvoir vacille. Car tout cela ne se passe plus seulement sur Internet, mais aussi dans les médias locaux, dans les rues, les entreprises et les universités.

Et c’est l’autre élément nouveau de ces dernières semaines : Vladimir Poutine est sur la défensive, il se débat, mène campagne, parle et explique. Ce qui n’était nullement prévu au programme lorsqu’en septembre dernier, l’actuel président Medvedev annonçait qu’il céderait son siège à Poutine pour lui-même reprendre sa place de premier ministre.

Ce « roque », que l’élection présidentielle du 4 mars devait entériner et qui laissait entrevoir un Vladimir Poutine au Kremlin jusqu’en 2024 (!), a fait basculer le pays. L'opposition avait choisi comme date de ce rassemblement le 4 février, soit à un mois jour pour jour du premier tour de la présidentielle. Ce 4 février en rappelle un autre, le 4 février 1990, quand près de 500.000 personnes défilèrent près de la place Rouge pour demander la fin du rôle dirigeant du parti communiste d'Union soviétique.


 

4 février 1990, manifestation près la place Rouge. 
4 février 1990, manifestation près la place Rouge.© (dr)

Plus de 27.000 personnes s’étaient inscrites sur Facebook (la page Facebook est ici) à ce rassemblement « pour des élections propres » qui a été autorisé par la mairie de Moscou après de longues négociations.

Contre-manifestation

 

 

Vidéo appelant à une contre-manifestation, samedi, au parc de la Victoire, à Moscou : « Contre, contre, contre... Je ne veux pas être contre, je veux être pour, pour la Russie, je ne veux pas être pour l'Occident, je veux être pour Poutine, je ne veux pas voir détruite la Mère Patrie, j'aime la Russie, je suis pour la Russie. »

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Mais ce samedi moscovite  été encore plus agité. Car en riposte, Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, a fait organiser un contre-rassemblement, au sud-ouest de Moscou, dans le parc où est célébrée la victoire lors de la Grande Guerre Patriotique (la Seconde Guerre mondiale). Il est officiellement appelé par les « Patriotes de Russie », un petit mouvement de gauche qui a fait moins de 1 % des voix aux dernières élections législatives. Les organisateurs de ce meeting-concert, avec quelques stars de la musique et de la télévision d’Etat, disent attendre 15.000 personnes.

« Ce n’est pas un meeting de soutien au pouvoir. C’est un meeting contre les supporters de la révolution orange », dit l’un des responsables, en référence à la révolution orange qui avait renversé le président ukrainien en 2004, justement pour protester contre les élections truquées. Samedi, les principaux mots d'ordre de ce rassemblement ont pris pour cible l'occident et particulièrement les Etats-Unis accusés de vouloir déstabiliser la Russie. "Occident, enlève tes mains de notre patrie", a déclaré l'un des orateurs.

Immédiatement, l’opposition a dénoncé ce simulacre, notant que des consignes avaient été données à des enseignants de la région et à des fonctionnaires pour qu’ils participent à ce contre-meeting. Les « ressources administratives » ont encore de beaux jours en Russie, qui permettent d’ordonner à des employés ou à des fonctionnaires d’« aller au défilé ». Le week-end dernier, près de 6.000 personnes ont ainsi manifesté à Ekaterinbourg, grande ville de l’Oural, en faveur de Poutine : beaucoup expliquaient benoîtement qu’ils y avaient été obligés et que des cars à la sortie de l’usine ou des bureaux les avaient conduits sur le lieu de la manifestation. -------------------

Ci-dessous, une vidéo dans laquelle Poutine explique : «Pourquoi allez à la manifestation ? Samedi, il fait froid. Froid, donc neige, donc rester à la maison, donc regardez la première chaîne, donc la stabilité... »

 

 

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Le Kremlin et Vladimir Poutine jouent depuis deux semaines sur les deux registres, fermeture et ouverture. La fermeture, c’est justement le syndrome révolution orange : financés par les Etats-Unis, les groupes d’opposants, mélanges de libéraux, de fascistes, de nationalistes et de criminels ont pour projet de jeter le pays dans le chaos, affirment les supporters du Kremlin.

C’est ce que raconte la vidéo ci-dessous, postée sur Internet et intitulée « La Russie sans Poutine, bienvenue en enfer » : le récit est catastrophique, voyant la pays sombrer en deux ans dans l’anarchie (ruine, grèves, disettes, violences, attaques tchétchènes, chômage, criminalité) puis être envahi – sous prétexte d’opération humanitaire – par l’OTAN, la Géorgie, la Chine, le Japon. La « mère patrie » cernée, avec comme ennemi principal l’impérialisme américain : la vieille rhétorique soviétique de la guerre froide est de retour.

 

 

Dans ce registre, un sommet a été atteint avec la publication, mercredi à la une de Izvestias, quotidien proche du pouvoir, d’un article de Dmitri Rogozine, ancien du KGB, puis dirigeant d’un parti nationaliste avant d’être nommé ambassadeur auprès de l’OTAN par Vladimir Poutine et récemment promu vice-premier ministre en charge des armements.

Contre l'Occident et les Etats-Unis

« Poutine est le dernier leader européen à ne pas pouvoir être écrasé par l’hégémonie américaine, écrit Dmitri Rogozine. Une Russie faible sera la prochaine victime d’un monde qui est en train de perdre la raison. Ce monde ne respecte que la force, la force brutale des armes et pas le soft-power inventé par quelques analystes. » Ceux qui n’ont pas cette force « seront violés et volés », annonce-t-il, « et la menace ne vient pas seulement de l’extérieur mais aussi de l’intérieur (…) Une défaite de Poutine fera beaucoup d’heureux, Mme Clinton par exemple, et aussi notre cinquième colonne de libéraux, ceux qui font la queue devant l’ambassade des Etats-Unis ».


 

Poutine avec le cinéaste Nikita Mikhalkov. 
Poutine avec le cinéaste Nikita Mikhalkov.© (dr)

En écho à Dmitri Rogozine, Vladimir Poutine a également longuement pris à partie, lors d’une rencontre avec la presse, le rédacteur en chef de la radio Echos de Moscou (une des rares voix critiques en Russie) lui reprochant d’ignorer les dangers stratégiques et les enjeux vitaux des systèmes de défense anti-missiles…

Vladimir Poutine a également fait monter au créneau un autre de ses supporters nationalistes, le cinéaste Nikita Mikhalkov, qui s’est aussi illustré en défense de la « Mère Patrie » face aux déstabilisateurs professionnels. Cette nervosité du premier ministre russe apparaît d’autant plus grande que les cercles au pouvoir semblent se diviser. Il y a une semaine, le directeur de campagne de Poutine s’en prenait au président Medvedev, lui reprochant de ne pas suffisamment s’investir dans la campagne.

Ce dernier proposait de son côté de revenir sur plusieurs lois électorales : d’abord envisager de rétablir l’élection au suffrage universel des gouverneurs de région et non plus leur nomination par le Kremlin ; ensuite assouplir le système d’autorisation des partis et des candidats aux élections, les critères actuels ayant permis au Kremlin d’éliminer toute véritable opposition (lire notre précédent article ici).

Cela n’empêche pas les élites russes de parler désormais ouvertement de l’après-Poutine et des réformes à engager dans le pays. Ministres et oligarques ont ainsi multiplié les critiques lors du Forum de Davos, reconnaissant l’ampleur de la corruption, la bureaucratisation accélérée, le manque de réformes, la stagnation de l’économie et sa dépendance exclusive vis-à-vis du pétrole et du gaz. En creux, c’est le bilan catastrophique de douze années de pouvoir quasi absolu de Vladimir Poutine qui est fait.

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Fin janvier, concert du groupe punk et féministe "Pussy riot" : il a eu le temps de chanter quelques chansons farouchement anti-Poutine avant d'être arrêté, retenu cinq heures au commissariat voisin et condamné à 5 euros d'amende par personne.


 

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Poutine reste néanmoins largement favori pour emporter la présidentielle du 4 mars. Mais selon un scénario différent de celui qui était écrit de longue date. Pour la première fois, Poutine a admis mercredi qu’il pourrait ne pas être élu dès le premier tour. « Je m’y prépare si cela s’avère nécessaire et même si un second tour implique une déstabilisation politique de notre pays. » En 2000, il avait été élu dès le premier tour avec 53 % des voix ; en 2004 avec 70 % des voix ; en 2008, Medvedev avait été élu avec 70 % des voix également.

Un second tour ?

Un second tour serait en soi une petite révolution politique et une grande victoire pour l’opposition. Une opposition qui, à ce stade, se limite à quelques demandes simples pour ne pas accélérer les divisions.


 

Humour russe: "Notre famille est pour Poutine", dit la banderole. 
Humour russe: "Notre famille est pour Poutine", dit la banderole.

La Ligue des électeurs, créée à la mi-janvier par des personnalités (écrivains, journalistes, musiciens), est aidée par une nébuleuse complexe de petits partis et mouvements de la société civile. Anciens ministres de Eltsine (Boris Nemtsov, Mikhaïl Kassianov), anciens députés libéraux éliminés par le pouvoir, ministres ou officiels limogés par Poutine ou Medvedev se trouvent aux côtés de groupes nationalistes, d’extrême gauche, de libéraux…

A ce stade, de cette multitude de voix, d’intérêts, de projets émergent une poignée de personnalités devenues les cibles directes du pouvoir. La principale est sans doute Alexeï Navalny, blogueur activiste, avocat et dénonciateur charismatique du « parti des escrocs et des voleurs », le parti de Vladimir Poutine. Là encore, le Kremlin a organisé la contre-offensive contre ce pourfendeur de la corruption régulièrement présenté en agent américain, en nationaliste fasciste et en provocateur.


 

 

Passées les manifestations de ce samedi, la question principale demeure celle d’une négociation entre la galaxie des forces d’opposition et le pouvoir. Alexei Koudrine, qui fut pendant près de dix ans ministre des finances avant d’être limogé en septembre dernier, a tenté un rôle de médiateur. Sans succès. Poutine n’est pas encore prêt à prendre acte de sa soudaine faiblesse politique : la reconnaître serait relancer les luttes entre les divers clans qui se partagent le pouvoir. Les mouvements d’opposition ont pour leur part déjà annoncé qu’ils continueraient leurs actions tout le mois de février. La journée de samedi apparaît ainsi comme le point de départ de nouveaux mouvements plutôt que comme la fin de l’alerte donnée au Kremlin. La constitution de comités locaux pour les réformes et la démocratie a ainsi été annoncée samedi. "Tout cela ne s'arrêtera pas le 4 mars, bien au contraire, tout commence", a prévenu Grigori Iavlinski.


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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:32
| Par Michel de Pracontal

Sang contaminé, hormone de croissance, Mediator, prothèses PIP : pourquoi notre système de santé publique produit-il des catastrophes à répétition ? Mensonges d'Etat, conflits d'intérêts, confusion entre intérêts privés et service public, absence de culture de santé publique mais surtout déresponsabilisation de l'administration... tous les ingrédients d'un bon scandale sanitaire français.

   

    Lire aussi

     

    Acte 1 : les médias font éclater un scandale sanitaire.

    Acte 2 : la pression médiatique pousse les politiques à s’emparer de l’affaire ; ils demandent une enquête et mettent en place un système d’indemnisation des victimes.

    Acte 3 : le rapport d’enquête révèle que le problème était connu depuis des années, que l’administration de la santé publique avait toutes les informations nécessaires pour éviter ou atténuer les dommages, et qu’elle n’a rien fait.

    Acte 4 : on « tire les leçons » de la crise en mettant en place une réforme consistant à reconduire le système en place en lui donnant un nouveau nom.

    Acte 5 : au terme d’une course de lenteur entre la justice, l’administration et les autres parties en cause (laboratoires, entreprises privées…), un procès se tient, alors que la plupart des victimes sont mortes ou indemnisées, ou les deux, et s’achève sur une décision de non-lieu général…


    Sang contaminé, amiante, hormone de croissance, vache folle, Mediator et aujourd’hui prothèses PIP... avec des variantes mineures, ce drame en cinq actes décrit le déroulement de la plupart des scandales sanitaires survenus dans notre pays depuis deux décennies. Cette fois, on a même constaté une accélération du processus : à peine votée, la « loi Mediator » censée réformer le système du médicament n’a pas eu le temps d'entrer en application que l’affaire PIP était déjà à la « une » des journaux.

     

     

    Prothèse PIP défectueuse 
    Prothèse PIP défectueuse© Reuters

    Conséquence de l'affaire du sang contaminé : la France  totalisait, en 1993, plus de la moitié (57,6 %) des cas de sida post-transfusionnel de toute la communauté européenne, avec un taux 7,43 fois plus élevé qu’en Allemagne et 17,3 fois plus élevé qu’au Royaume-Uni. Dans l'affaire du Mediator, la France est le seul pays où les fenfluramines ont été commercialisées pendant près d’un demi-siècle, de 1963 à 2009 (on retrouve ces molécules dans trois médicaments : le Pondéral et l’Isoméride, vendus comme coupe-faim ; et le Mediator, censé être un antidiabétique alors qu’il a les mêmes propriétés que les deux autres). Dans l'affaire de l'hormone de croissance, la France, pays de Pasteur, ignorait les règles d’hygiène qui auraient évité la transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob via l’hormone de croissance extraite d’hypophyses. Dans l'affaire des prothèses PIP, la France a continué d’implanter ces prothèses alors qu’elles étaient exclues depuis 2000 du marché des Etats-Unis, et que des procès contre le fabricant de la Seyne-sur-Mer ont été intentés en Grande-Bretagne dès 2003.

    Pourquoi le système sanitaire français se montre-t-il systématiquement aussi inefficace  et, du point de vue des victimes, d'un aveuglement criminel ? Le caractère répétitif de ces affaires suggère qu’elles ont des traits en commun. L’affaire Mediator a souligné le rôle du lobbying des entreprises privées et des problèmes de conflits d’intérêts.  Mais cela n’explique pas tout.

    Quatre autres éléments jouent un rôle décisif dans ce qu’Aquilino Morelle, auteur du rapport de l’Igas sur le Mediator, a appelé « la défaite de la santé publique ». Comme on va le voir, il s’agit d’une défaite organisée.

    1. – le mensonge d’Etat

    Dans la plupart des affaires sanitaires, un discours officiel se met en place, déniant les faits.  Son prototype est le discours du professeur Pellerin, en 1986, à propos de Tchernobyl. Contrairement à une légende, Pierre Pellerin, directeur du service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) n’a jamais dit que le nuage  radioactif s’était arrêté à la frontière française, ce qui aurait été faire preuve d’un humour peu apparent chez cet homme austère.

     

    Image du nuage de Tchernobyl 
    Image du nuage de Tchernobyl© IRSN

    En revanche, Pellerin a affirmé, sans la moindre preuve, que ce nuage n’avait pas  de conséquences sanitaires pour les Français et par conséquent qu’aucune précaution ne s’imposait. Dans son livre De Tchernobyl en Tchernobyl (Odile Jacob), le prix Nobel Georges Charpak estimait en 2005 que les retombées de la catastrophe pourraient provoquer 300 décès par cancer en France sur trente ans.

    A ce jour, aucune étude consacrée spécifiquement à la France n’a permis de trancher , même si globalement des travaux ont montré que l'ensemble de l'Europe avait été affectée par les retombées de Tchernobyl (voir notre article ici). Pellerin a bénéficié en septembre 2011 d’un non-lieu après avoir été poursuivi par la Criirad et l’Association française des malades de la thyroïde. Le procès aura tout de même éclairé les citoyens sur la conception de l’information de ce grand serviteur de l'Etat : on a appris, par exemple, qu’il était le véritable auteur d’un rapport de l’Académie des sciences publié en 2003, rapport qui justifiait  les décisions de Pellerin. Ce rapport avait été présenté comme l’œuvre de trois spécialistes de médecine nucléaire et de radiotoxicologie. C'était un faux.

    Le mensonge comme méthode

    Dans l’affaire du sang contaminé, un autre mensonge d’Etat s’est mis en place : il a consisté à soutenir que le dépistage systématique des dons de sang n’était pas une mesure urgente en 1985. A vrai dire, le problème du dépistage a été en grande partie occulté par celui de la contamination des hémophiles par les produits sanguins distribués par le Centre national de transfusion sanguine (CNTS). Mais parallèlement à la menace pesant sur les hémophiles, de nombreuses contaminations se produisaient quotidiennement lors de transfusions : les dons de sang n’étaient en effet pas soumis à un dépistage systématique, seule mesure pouvant arrêter la diffusion du virus.

     

    Schémas du virus du sida 
    Schémas du virus du sida© Drs. Louis E. Henderson and Larry Arthur

    Pendant  les premiers mois de 1985,  le lobbying de l’Institut Pasteur auprès de l'administration  a retardé le dépistage systématique des dons de sang. Et ce afin  d'empêcher que le test américain Abbott ne remporte l'agrément et la majorité du marché du dépistage, nuisant ainsi aux intérêts industriels français (entendez ceux de Diagnostics Pasteur).  L'administration a servilement écouté Pasteur sans même être intéressée financièrement à l’affaire.

    Aux Etats-Unis, la mise en place du test en mars 1985 a entraîné une baisse immédiate des contaminations post-transfusionnelles. Pendant ce temps, l’administration française multipliait les notes internes affirmant qu’il était trop tôt, que le dépistage systématique ne se justifiait pas du point de vue de la santé publique et que le risque transfusionnel était faible… Les tests ont finalement été mis en place au cours de l’été 1985. La préservation des intérêts industriels français a sans doute provoqué  un millier de contaminations.

    Qui plus est, lors du procès des ministres à la Cour de justice de la République,   les médias ont massivement relayé la thèse selon laquelle le retard du dépistage n’avait pas joué un rôle important. La Cour de justice n’a prononcé qu’une condamnation symbolique, à l’encontre d’Edmond Hervé, secrétaire d’Etat à la santé. Quant à la question du retard du dépistage, jugée en juillet 2002, elle a abouti à un non-lieu général, confirmé en 2003. Au total, les seules véritables condamnations, visant le docteur Michel Garretta, président du CNTS, et Jean-Pierre Allain, l’un de ses collaborateurs, n’ont concerné que le problème des hémophiles. Or, la faute, du point de vue de la santé publique, était de n’avoir pas dépisté les dons de sang. Elle est restée, non seulement impunie, mais niée.

    Dans l’affaire de la vache folle, il a été  répété que le nombre de cas de bovins touchés par la maladie ne dépassait pas quelques dizaines.  Impossible, si l’on prenait en compte les quantités de farines de viande contaminées et importées du Royaume-Uni en France. Il a fallu attendre la mise au point d’un test de dépistage pour que l’on découvre que le nombre de vaches atteintes par le prion était au moins 100 à 1000 fois supérieur au nombre officie l.

     

    Vache atteinte d'encéphalopathie bovine spongiforme 
    Vache atteinte d'encéphalopathie bovine spongiforme© APHIS photos by Dr. Art Davis

    En 2004, Virginie Supervie et Dominique Costaglia, de l’Inserm, ont publié un article passé quasiment inaperçu dans la revue Veterinary Research. Les auteurs estiment, par une méthode statistique, qu’en 2000, alors que la surveillance indiquait 100 cas de vaches folles en France, il y en avait… 300.000 ! On ne saura jamais quel était le nombre exact, car aucune étude épidémiologique à grande échelle utilisant les tests n’a été entreprise. Mais la centaine de cas détectés par la surveillance « passive » est sans rapport avec la réalité. Tout a été fait pour accréditer l’idée que le problème de l’ESB était britannique, qu’il s’agissait d’une « maladie exotique », selon l’expression d’un expert. Et le nombre relativement faible de victimes humaines a facilité l’oubli de ce qui aura été une opération de camouflage à grande échelle.

    2. – la déresponsabilisation de l’administration

    Le mensonge sur le nucléaire, le sang contaminé ou la vache folle ne relève pas de la désinformation gratuite. Il a une fonction précise : il s’agit, à chaque fois, d’exonérer l’administration sanitaire de toute responsabilité. Si le nuage de Tchernobyl n’était pas dangereux, il n’y avait pas à s’en protéger. Si le dépistage des dons de sang n’était pas important, on ne peut pas reprocher à la Direction générale de la santé de ne pas l’avoir instauré. Si le Mediator n’était pas un anorexigène, on n’avait pas à le traiter comme l’Isoméride et le Pondéral (dans ce dernier cas, le mensonge d’Etat est au départ celui du groupe Servier).

    Mais la déresponsabilisation ne s’exerce pas au seul niveau de l’information. Un système instauré à partir de 1991 a permis de mettre à chaque fois hors de cause, du point de vue judiciaire, l’Etat et son administration sanitaire : il s’agit de l’indemnisation des victimes basée sur un dispositif de solidarité.

    Irresponsables, mais coupables

    « Dans l’affaire du sang contaminé, la loi de solidarité se met en place fin 1991, raconte l’avocat François Honnorat, qui a défendu des victimes dans toutes les affaires de santé publique des vingt dernières années. Le problème de cette loi, c’est que les victimes qui acceptent d’être indemnisées s’engagent à renoncer à tout recours contre l’Etat. En clair, on troque la responsabilité contre la solidarité. Ce système est pervers. En démocratie, la solidarité et la responsabilité devraient être indépendantes l’une de l’autre. En escamotant la responsabilité administrative, on interdit à ce champ de se réformer de manière adéquate. »


     

    Molécule de somatotropine, l'hormone de croissance 
    Molécule de somatotropine, l'hormone de croissance© DR

    Ce qui s’est passé pour le sang contaminé s’est répété pour l'hormone de croissance et la vache folle : les victimes qui acceptent d’être indemnisées renoncent à une action judiciaire contre l’administration. C’est aussi ce qui s’est passé pour les victimes de l’amiante, dont le fonds d’indemnisation (FIVA) a été créé en 2000.

    Dans le cas du Mediator, outre une pseudo-réforme du système du médicament qui n’apporte aucun élément nouveau, le principal dispositif est l’indemnisation par l’Oniam (l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux). Comme nous l’avons écrit (voir ici), et comme cela s’est passé dans l'affaire du sang contaminé, ce dispositif peut très efficacement éviter une mise en cause de la responsabilité de l'Etat. Or, dans le cas du Mediator, et quoi qu'il en soit de la responsabilité du groupe Servier, l'administration s'est rendue coupable de graves défaillances.

    Dans la situation actuelle, on peut craindre que ces défaillances ne soient jamais jugées, ou le soient dans un délai trop long pour que cela ait un impact. Deux procédures sont en cours : l’une pour tromperie, auprès du Tribunal de Nanterre. L’autre pour tromperie aggravée, homicide involontaire et escroquerie, auprès du Tribunal de grande instance de Paris. La première pourrait aboutir dans un délai relativement court, mais par sa nature elle cible le seul groupe Servier.

    Molécule de l'IsomérideMolécule de l'Isoméride© Harbin

    De plus, l’enquête de l’Igas sur le Mediator, dont le rapport constitue une démonstration très documentée de la tromperie de Servier, ne cible pas ou peu l’administration de la santé publique. En fin de compte, ce rapport pourrait préfigurer un règlement de la situation dans lequel Servier serait condamné pour tromperie, les victimes plus ou moins bien indemnisées, et l’administration absoute, une fois de plus.  

    La deuxième procédure pourrait mettre en cause l’administration, mais elle risque de durer beaucoup plus longtemps, et de mener, comme pour l’hormone de croissance, à une décision de justice sans enjeu réel, parce que les principaux acteurs concernés ne seront plus là. Compte tenu des difficultés que soulève cette procédure pour les victimes, bon nombre d’entre elles opteront sans doute pour l’indemnisation et abandonneront toute action ultérieure.

    Dans le cas des prothèses PIP, la situation n’est pas éclaircie. La première mesure du gouvernement a été de mettre en place le remboursement de l’explantation des prothèses pour les porteuses d’implants PIP. Par ailleurs, plus de 2.400 porteuses de ces implants ont déposé plainte pour des faits de « tromperie aggravée », mais cette plainte vise les dirigeants de PIP, non l’administration. Or, comme le démontre le rapport d’enquête publié le 1er février (voir notre article ici), l’administration sanitaire a là encore brillé par son inefficacité.

    L’absence de sanctions à leur égard favorise chez les fonctionnaires de la santé publique le sentiment qu’ils ne sont pas vraiment responsables des conséquences de leurs décisions. A rebours du fameux « Responsable, mais pas coupable » de la ministre Georgina Dufoix dans l'affaire du sang contaminé, ils se montrent souvent irresponsables mais coupables…

    3. – les conflits d’intérêts

     

    Jacques Servier
    Jacques Servier© DR

    Ils ont été omniprésents dans le cas du Mediator. Le groupe Servier a tout mis en œuvre pour s’attirer les bonnes grâces des autorités de santé publique et des responsables de la pharmacovigilance, en octroyant à des personnages importants divers avantages (voir notre article sur le lobbying de Servier).

    A l'image du professeur Jean-Michel Alexandre, qui fut pendant des années un personnage clé du système français du médicament : il a présidé la commission d'autorisation de mise sur le marché de 1985 à 1993, puis a dirigé la commission d'évaluation de l'Agence du médicament de 1993 à 2000, tout en exerçant la même responsabilité au niveau de la commission européenne.

    Comme si l'on traversait la place de la Concorde sans voir l'obélisque

    Auditionné le 10 février 2011 par la mission d'information de l'Assemblée nationale sur le Mediator, présidée par le député Gérard Bapt, le professeur Alexandre s’est présenté accompagné de son avocate (ce que n'a fait aucune autre personnalité interrogée dans le cadre de cette mission). Il a affirmé qu’il n’avait touché aucun émolument de Servier ni d’aucun autre laboratoire pharmaceutique pendant qu’il exerçait ses fonctions administratives. Mais une fois à la retraite, le professeur Alexandre a touché, comme consultant, près de 1,2 million d'euros de la part des laboratoires Servier entre 2001 et 2009. Dans les années 1990, Alexandre a de facto rendu de grands services au groupe Servier notamment quand il s’est agi de commercialiser l’Isoméride aux Etats-Unis (voir ici et ici). Si Alexandre avait fait barrage à Servier et à ses fenfluramines, la firme se serait sans doute choisi un autre conseiller.

     

    L'obélisque de la place de la Concorde
    L'obélisque de la place de la Concorde© DR

    Il est difficile de ne pas mentionner aussi le professeur Lucien Abenhaim, épidémiologue « de réputation mondiale », qui a dirigé entre 1992 et 1995 une étude internationale sur les risques des fenfluramines, l’étude IPPHS (International primary pulmonary study). Cette étude, commanditée par Servier, a contribué à la mise en évidence des dangers de l’Isoméride et à son retrait du marché mondial en 1997. Mais étrangement, elle n’a pas fait apparaître les risques liés au Mediator. Le professeur Abenhaim a constamment affirmé que le Mediator n’était pas apparu dans l’IPPHS. Or, comme Mediapart l’a révélé, l’une des patientes figurant dans l’IPPHS avait consommé du Mediator !

    D’autre part, deux co-signataires de l’étude, le professeur Bernard Bégaud et le professeur Emmanuel Weitzenblum, étaient au courant, au moins dès 1994, de cas d’hypertension pulmonaire liés au Mediator. Le premier était l’un des piliers de la pharmacovigilance française, le second un pneumologue chargé d’expertiser les cas. Enfin, un troisième signataire de l’IPPHS, responsable de la pharmacovigilance en Belgique, le docteur Xavier Kurz, a rédigé fin 1994 un rapport sur 22 cas de valvulopathies associées à la prise de fenfluramines (voir notre article ici).

    Mises ensemble, les informations connues de Bernard Bégaud, Emmanuel Weitzenblum et Xavier Kurz auraient dû logiquement, d’une part attirer l’attention sur le Mediator, d’autre part empêcher que l’Isoméride soit commercialisé en 1996 aux Etats-Unis (avant d’être retiré en 1997). Le professeur Abenhaim, directeur de l’étude IPPHS et qui, à la même époque, travaillait avec Xavier Kurz sur une autre étude financée par Servier, n’a pas eu, d’après ses dires, connaissances de tous ces éléments.

    Quant à Bernard Bégaud, dont l’unité, à l’université de Bordeaux, enseignait (et continue d’enseigner) la pharmacovigilance aux médecins français, il n’a pas non plus été mis en alerte. On ajoutera qu’il a fondé une association loi 1901, Arme-P, sponsorisée par plusieurs laboratoires, dont Servier (voir notre article ici).

    La « pharmacosomnolence » dont ont fait preuve les professeurs Abenhaim, Bégaud et Weitzenblum relève-t-elle du conflit d’intérêts ? Il n’est en tout cas pas établi que l’on puisse toucher de l’argent d’un labo et se montrer très critique à l’endroit du même labo. De plus, il est difficile de comprendre comment des spécialistes aussi compétents que ces trois professeurs ont pu passer à côté du problème du Mediator, un peu comme si l’on traversait la place de la Concorde sans voir l’Obélisque. Il est impossible aussi d’ignorer que le professeur Abenhaim, devenu directeur général de la santé de 1999 à 2003, n’a jamais, pendant cette période charnière pour l’affaire Mediator, pris la moindre mesure défavorable à ce médicament.

    4. – la confusion entre intérêts privés et service public

    Dans le cas de Servier, le lobbying et l’intéressement des acteurs de la santé publique jouent un rôle prépondérant. Stratégie théorisée par l’un des conseillers occultes de Servier, Patrice Corbin (voir notre article ici). « Les laboratoires Servier ont toujours eu une grande tradition d'influence scientifique par le truchement du dialogue singulier avec un certain nombre de leaders médicaux... », écrivait-il en 2006 dans une note destinée à Jacques Servier.

    Énarque, Patrice Corbin a été collaborateur de Pierre Mauroy à Matignon, secrétaire général de l'Assistance publique jusqu'en 1994, puis secrétaire général du Conseil économique et social, avant d'être nommé conseiller maître à la Cour des comptes en 2005. Parallèlement à ces fonctions publiques, il est depuis 1997 en contrat avec le groupe Servier. Sa mission est sobrement décrite dans les documents internes du groupe comme « Conseil de JPS » (Jacques Paul Servier).

    Une vision technocratique et réglementaire de la médecine

    En fait, cette mission consiste essentiellement à utiliser ses relations dans l’administration pour donner au groupe pharmaceutique des conseils sur la meilleure manière de maintenir à un niveau élevé le remboursement d’un médicament, ou pour éviter qu’un produit ne soit plus remboursé, etc. Mélange des genres qui n'exprime guère l’impartialité dont est censé faire preuve un fonctionnaire, énarque de surcroît.

    Il est courant, chez les hauts fonctionnaires français, et en particulier dans le domaine de la santé, de passer du privé au public ou inversement, quand on ne joue pas sur les deux tableaux comme Patrice Corbin. Au moment de l’affaire du sang contaminé, l’un des personnages intervenus le plus activement pour retarder le dépistage systématique a été Jean Weber, patron de Diagnostics Pasteur. Auparavant, Jean Weber avait été directeur de la pharmacie et du médicament, nommé par Simone Veil en 1974. Autant dire qu’il a d’autant mieux su faire valoir les intérêts de sa société, qu’il disposait d'un réseau dans l’administration sanitaire.

    Ajoutons que pour évaluer les médicaments et établir les recommandations de bonne pratique, l'administration, faute d'experts indépendants financés par la puissance publique, fait appel à des spécialistes qui sont aussi en contrat avec les laboratoires concernés. Un exemple éloquent est celui des traitements anti-Alzheimer, dont l'utilité est aujourd'hui fortement remise en cause (voir notre article ici).

     

    Alois Alzheimer, le médecin allemand qui a décrit la maladie (1864-1915)
    Alois Alzheimer, le médecin allemand qui a décrit la maladie (1864-1915)© DR

    En 2008, la Haute autorité de santé a publié une recommandation qui engageait les médecins à prescrire les traitements anti-Alzheimer, et qui ne mentionnait que de manière allusive les effets indésirables les plus graves. Cette recommandation était issue d'un comité d'experts dont la plupart des membres avaient des contrats avec les laboratoires produisant les traitements en question. Cette recommandation a été supprimée, mais le système reste en place.

    L'un des plus ardents défenseurs des médicaments anti-Alzheimer est le professeur Bruno Dubois, directeur de l'Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Le professeur Dubois a eu ces dernières années des contrats avec tous les laboratoires qui fabriquent les médicaments dont il fait l'éloge. Son Institut de la mémoire est soutenu par au moins deux de ces laboratoires.

    Autrement dit, lorsqu'il s'agit d'évaluer le bien-fondé d'un traitement, l'administration sanitaire est conduite à faire appel à des experts qui se trouvent en situation de conflit d'intérêts, ou qui sont à la fois juge et partie. Là encore, le service public est influencé, sinon manipulé, par les intérêts privés.

    5. – l’absence de culture de santé publique

    L’administration sanitaire française manque d’une vision de sa mission à la hauteur de ce que devrait être la santé publique. Elle a une conception technocratique et réglementaire de la médecine. S’y associe une forme de chauvinisme qui se traduit notamment par le « syndrome du nuage de Tchernobyl » : l'a priori que ce qui se passe dans les autres pays n’arrive pas en France.

    Cela n’est pas seulement vrai pour les risques de la radioactivité. L’une des convictions de bon nombre de responsables du monde de la transfusion, au moment de l’affaire du sang, était que le sang français ne pouvait pas être porteur du virus du sida. De même, nos vaches ne pouvaient pas attraper la maladie exotique de leurs congénères d’outre-Manche, quand bien même on les nourrirait avec les mêmes poisons.

    Ces œillères franco-françaises ont joué un rôle dans l’affaire des prothèses PIP : il semble que le seul signal auquel ait été sensible l’administration, c’était la conformité à la réglementation hexagonale. Tant que PIP ne se rendait pas coupable d’infractions manifestes, il n’y avait pas lieu de s’interroger. Le fait qu’une première alerte ait été donnée en 1996 (voir notre article ici), ou que la Food and Drug Administration américaine ait fait un état des lieux dévastateur de la société, n’a pas alarmé l’Afssaps.

    Certes, il n’y avait pas d’accord de coopération systématique entre la FDA et l’Afssaps, mais l’agence française n’aurait-elle pas dû s’intéresser à une société française qui était dans le collimateur de l’administration américaine ? Et d'ailleurs, pourquoi l'administration française n'a-t-elle pas cherché à renforcer sa collaboration avec la FDA qui, sans être bien sûr infaillible, constitue sans doute un modèle d'agence sanitaire compétente ? Enfin, même si l’Afssaps ignorait les travaux de la FDA, comment expliquer que l’administration américaine en ait su plus que la nôtre sur une société française ?

    L'obsession réglementaire a aussi empêché l'Afssaps d'exploiter les informations dont elle disposait sur les problèmes des prothèses remplies de sérum physiologique. Comme ces dernières ont été de moins en moins utilisées, on s’en est désintéressé. Or, les défauts qui les affectaient étaient liés à l'ensemble du processus de fabrication et concernaient aussi les prothèses au gel de silicone. L’Afssaps n’a pas fait le lien. Contrairement à la FDA, qui n'a jamais laissé les prothèses PIP au gel de silicone entrer sur le marché américain.

    L’absence de culture de santé publique de notre administration sanitaire se manifeste aussi par une amnésie systématique : les informations pertinentes semblent littéralement s'évaporer une fois qu'elles sont entrées dans le système. On l’a vu avec les prothèses PIP, dont on a oublié au fur et à mesure les incidents qu'elles avaient provoqués quasiment dès l’entrée du fabricant sur le marché. On l’a vu avec le Mediator, pour lequel toutes les alertes depuis 1994 ont été ignorées jusqu’à 2008.

     

    Virus de l'hépatite B
    Virus de l'hépatite B© DR

    Ce processus de déperdition de l'information s’est aussi produit pour le sang contaminé : dès la fin des années 1970, l’Institut Pasteur avait été confronté, à cause du vaccin contre l’hépatite B, au risque de la contamination par des virus. A l’époque, Françoise Barré-Sinoussi, future découvreuse du VIH et prix Nobel, est envoyée au laboratoire de Robert Gallo, aux Etats-Unis, pour apprendre les techniques d’isolement de l’enzyme caractéristique des rétrovirus.

    C’est en utilisant ces techniques que Françoise Barré-Sinoussi a isolé le LAV en 1983. Elle les avait apprises dans le cadre d’une démarche qui visait à détecter un éventuel virus contaminant, avant même qu’il ne soit question de sida. Autrement dit, l’Institut Pasteur était parfaitement au courant du problème du dépistage d’un rétrovirus, bien avant qu’il ne se pose à grande échelle. Personne n’a exploité ce savoir en 1985.

    L'amnésie a rendu possible la catastrophe sanitaire du sang contaminé, la matrice des suivantes. Nous vivons aujourd’hui la répétition indéfinie de cette histoire de mensonge, d’oubli, d’intérêts mal compris, de conformisme et d’irresponsabilité.

     

     

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    4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:20

    Économiste dialoguant avec la philosophie et les penseurs de la décroissance, Christian Arnsperger est l’auteur de L’homme économique et le sens de la vie. Petit traité d’alter-économie. Un titre de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel...

     

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    Beaucoup de défenseurs du capitalisme ne voient pas clairement ses effets néfastes – écologiquement, socialement, humainement – et sont en tout cas convaincus que les vertus de ce système continuent à l’emporter sur ses défauts. Ce sont plutôt eux, les adolescents … Car en réalité, nous sommes entrés dans une phase dangereuse où les avantages mêmes de l’économie de marché capitaliste commencent à nous nuire. Elles se retournent notamment contre les cadres eux-mêmes, et bien souvent aussi contre les managers et les entrepreneurs. Ceux-ci devraient se voir de plus en plus comme les alliés des ouvriers et des employés dans une critique anthropologique et existentielle du capitalisme.

     

    Critique anthropologique : nos objections au capitalisme vont devoir s’ancrer de plus en plus dans une réflexion sur l’humain, sur la condition humaine, sur ce qui nous permet d’être humains les uns envers les autres ou nous en empêche. Critique existentielle : nos révoltes envers le capitalisme auront à s’enraciner de plus en plus dans notre quête d’un sens de l’existence, d’un rapport heureux à nous-mêmes et entre nous. On peut paraphraser le mot « anthropologique » par ayant un rapport avec la question de l’humain et le mot « existentiel » comme ayant un rapport avec le sens de la vie.

     

    L’une des marques du non-sens est que l’on continue à faire des choses qui ont depuis longtemps perdu leur sens initial. On est sur un mode mécanique, on continue à faire ce qui est convenu sans plus très bien savoir pourquoi on est là. S’éveiller à la réalité du non-sens peut être très douloureux. Dans les cas les plus extrêmes – qui, s’en étonnera-t-on, deviennent de plus en plus fréquents dans le climat économique d’aujourd’hui – l’éveil est empêché par l’addiction : on ne parvient pas à s’éveiller parce que cela signifierait purement et simplement la fin de ce que nous ressentons comme Notre Vie, avec un « N » et un « V » majuscules. Pour celui qui est « accro », s’éveiller veut dire mourir.

     

    Toutefois, même dans les cas moins extrêmes où l’éveil impliquerait un inconfort passager, rester dans les mécaniques convenues est un moyen d’éviter, de fuir la douleur du non-sens. La meilleure parabole pour illustrer cela se trouve dans Le Petit prince de Saint-Exupéry, quand le petit garçon demande à l’ivrogne ce qu’il est en train de faire. « Je bois », répond l’homme. « Et pourquoi bois-tu ? », rétorque le petit prince. « Pour oublier. » « Pour oublier quoi ? » La réponse de l’homme perce alors le cœur du lecteur : « Pour oublier que je bois. » N’avons-nous jamais vécu ce genre de dialogue intérieur ?

     

    La critique, une fois devenue anthropologique et existentielle, cesserait-elle d’être idéologique ? Pas du tout. Elle l’est forcément ; elle ne peut pas ne pas l’être. Quiconque prétend penser a besoin d’un cadre, de principes directeurs, d’orientations qui permettent à la fois de raisonner et d’agir. En ce sens neutre, l’idéologie est une nécessité existentielle. Mais nous sommes aujourd’hui entrés dans une situation inédite où, en raison des acquis de trois siècles de capitalisme et de l’aiguisage des techniques de performance, de productivité et d’efficacité, la scission entre idéologie pro-capitaliste et idéologie anti-capitaliste nous traverse chacun et chacune, personnellement. Nous sommes doubles, nous sommes dédoublés, nous sommes tiraillés.

     

    Nos sociétés contemporaines nous immergent depuis des siècles dans un système capitaliste, dans une culture capitaliste et dans une existence capitaliste. Loin de n’être qu’un ensemble de règles et de mécanismes, le capitalisme nous propose bel et bien un rapport intime à nous-mêmes, une visée de sens et de dépassement. Dans le contexte qui est le nôtre, chaque personne est habitée par un « capitaliste intérieur » et un « alternatif intérieur ».

     

    Dès lors, c’est bien en menant de front, simultanément, les aspects de changement anthropologique individuel avec les enjeux collectifs de la transformation institutionnelle, qu’on pourra entrevoir l’autre économie, l’autre richesse – celle qui est associée à notre condition humaine et aux valeurs de notre modernité, mais que le capitalisme social-démocratique nous a fait perdre de vue.

     

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    Christian Arnsperger est l’auteur de L’homme économique et le sens de la vie. Petit traité d’alter-économie (144 pages, 9,90 euros, octobre 2011). Il est maître de recherche au Fonds national belge de la recherche scientifique et professeur à l’Université catholique de Louvain. Il a notamment publié aux éditions du Cerf : Critique de l’existence capitaliste (2005) et Éthique de l’existence post-capitaliste (2009).


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    3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 17:40

    Occupy Geneva

     

     

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    by RedNiky

    PV du jeudi 2 février 2012

    03/02/2012 in Blog, Procès Verbaux

     

    PV DU 2 FEVRIER 2012

     

    Modérateur : Fred                         Rédaction PV : Nicole                    Durée AG : 20.20-22.30

    Présentes : une dizaine de personnes

     

    Ordre du jour :

    1. Rendez-vous avec M. Pagani
    2. Loi contre les manifestations
    3. Préparation action du 15 février 2012 et actions futures

    Annonces :

    • Action pour le droit au logement : il faut reprendre les contacts avec l’organisation Droit au logement (avec lequel il y avait déjà eu des contacts en décembre), afin de se coordonner pour des actions futures et les inviter aussi en AG. Nicole va se charger de faire ça.
    • Fred rappelle que une professeur de sociologie, Madame Vourton, a invité les indignées à participer à son cours d’inégalité et stratification sociales. L’invitation n’a pas encore une date fixée, mais ça sera après le 27 février. Stéphane propose la création d’un groupe ad hoc, lequel doit préparer le sujet et aussi les réponses (car pendant le cours seront posées des questions précises). L’AG décide qu’on va discuter de ça sur le site Occupy, afin de choisir les personnes qui vont se rendre à ce cours.
    • Ce soir en AG sont présentes aussi deux filles brésiliens qui nous font présente une information qui n’est pas trop passé par le média : une favelas de San Paulo, où habitent plus de 3000 personnes depuis 8 ans, a été complétement vidée. Ces personnes n’ont pas pu résister et le gouvernement n’a pas donné des solutions de relocation, donc maintenant elles sont dans la rue. L’AG décide de se coordonner avec ces deux filles pour faire une action de soutien ensemble : Thierry propose de se rendre devant le consulat brésilien ou devant l’ONU. Maya suggère aux deux filles de prendre contact avec les différentes organisations brésiliens, afin d’avoir le plus du monde possible concerné.

    1. RENDEZ-VOUS AVEC M. PAGANI : M. Pagani nous a écrit un courriel ce matin pour fixer un nouveau rendez-vous afin de discuter l’état de la situation actuelle et le devenir du campement.

    Thierry affirme qu’il faudra souligner qu’on a réaménagé le campement selon les accords pris et virés les gens qui n’avaient rien à faire avec nous. D’ailleurs Florin et Toons rebondissent sur la question du devenir du campement et ils exposent le fait que souvent ils se trouvent tous seuls sur le camp. Ceci ne peut pas marcher pour longtemps et il faut trouver des solutions (surtout leur donner de l’aide pendant la journée et dormir là la nuit). Nicole affirme qu’il faut faire les choses selon les forces qu’on a : si les gens ne se rendent plus au campement, il faut prévoir une autre solution (genre maintenir seulement la structure de l’AG pour la journée), car on ne peut pas tous laisser sur les épaules de Florin et Toons. Gérard propose de faire de tournus, chaque jour de la semaine quelqu’un doit s’engager pour se rendre la journée et la nuit sur le campement et Thierry rajoute que des gens doivent se rendre disponibles à se rendre rapidement sur le campement en cas de danger (plus voir acheter un alarme pour la tente AG). Florin affirme que rester sur le campement n’est pas un problème pour lui, mais qu’il a besoin que les gens s’intéressent à eux, les aider pratiquement et aussi moralement. Thierry propose de reprendre le contact avec tous les gens qui avant étaient actives dans le mouvement et chercher de le ré-amener sur le camp. Lucio se demande exactement qu’est-ce que Pagani veut par nous : Nicole lui réponde que, par ce qu’elle a compris le dernier rendez-vous, Pagani n’est pas intéressé à la gestion du mouvement mais surtout aux choses « physique »concernant le camp.

    L’AG décide que la discussion sur ce rendez-vous (qui va se rendre chez M. Pagani et quand) va être discuté dans le site dans le groupe négociations. D’ailleurs Stéphane va prendre demain contact avec M. Pagani par téléphone.

    2. LOI CONTRE LES MANIFESTIONS : Gérard affirme que c’est bien de participer à la mobilisation contre cette loi mais, étant donné que les participants seront beaucoup, il faut se rendre compte que le mouvement des Indignés n’aura pas le rôle vedette. Donc, il faudra peut-être faire des actions qui soulignent notre présence dans cette mobilisation, visibles et indépendantes. Il faut donc s’organiser dans le groupe actions pour des banderoles, afin de n’être pas dilués dans la masse.

    Maya a déjà eu des contacts avec eux : le 23 février est prévue une manifestation et chaque organisation devrait envoyer au moins 5 représentants. Pour le moment seulement Maya et Nicole se sont proposées, si d’autres personnes sont intéressées, elles sont les bienvenues.

    3. ACTION DU 15 FEVRIER 2012 ET ACTIONS FUTURES :

    -          11 février : Il y a 3 différents actions prévues pour cette journée : une manifestation contre ACTA (de 14 à 17 heures), une manifestation conte le gaz de schiste organisée à Saint Julien et une visite à un éco-quartier à Lausanne. Il faut choisir pour ne pas diviser les forces. L’AG  décide surtout de participer à la manifestation contre ACTA, laquelle est organisée à Genève, mais si quelqu’un est intéressé à aller à Saint Julien, c’est super.

    -          15 février : Clémentine et Gérard se sont trouvés pour mettre en place des idées. L’idée principale est de construire des boîtes à indignation itinérantes, les promener par Genève, donner de quoi écrire aux passants, pour leur permettre d’exprimer leur indignation. Ensuite, dans l’AG du samedi, nous allons lire tous les indignations qu’on a capitalisées, afin de comprendre qu’est-ce que est important pour les gens.  Pour la construction des boites, Pierre devrait avoir les planches (nous ne savons pas s’il les a récupéré chez Danièle, il faudrait s’informer). Stéphane aussi connaît quelqu’un qui nous peut filer une urne. Yvan, lors de la dernière réunion du groupe action c’était dit disponible à décorer les boites à indignation, il faut lui demander s’il l’est encore. Maya affirme aussi que les boites à indignation pourraient devenir un constant pour tous les 15.

    L’AG propose aussi d’autres actions à faire à côté (gaz du schiste, interventions micro-locales, soutien aux brésiliens). Thierry affirme qu’il ne faut pas être trop ambitieux et se cibler sur un seul objectif selon nos forces, pour ne pas se diviser ; Stéphane rajoute que ce que les gens s’attendent de nous sont des actions à niveau locales. On décide donc de se concentrer sur la question du gaz du schiste : on va prendre des contacts avec les gens qui ont organisé la manifestation à Saint Julien pour le 11 février pour leur faire connaitre qu’on va traiter le même sujet aussi à Genève, le 15. Nous décidons de projeter au campement  un film sur le gaz de schiste (ou Danger gaz du schiste ou Gazland) après la manifestation avec les boites à indignation : il faudra demander à Drush s’il est disponible à s’engager.

    Il faut faire des flyers pour promouvoir cette initiative, soit le 11 février à la manifestation contre ACTA soit le 15 février : André se charge de la mise en page, mais il lui faut quelqu’un qui connait bien le sujet : Janaina s’engage de demander à Drush s’il est disponible. Pour l’impression des tracts, il faut voir si c’est possible d’imprimer à la Muse, sinon il faut chercher un autre endroit.

    -          Nicole propose de déplacer la manifestation au soutien des brésiliens à un autre jour et de se coordonner avec ces deux filles qui sont venues en AG et les autres organisations concernées.

    -          Thierry propose de faires aussi des actions micro-locales pour le bruit dans son quartier, mais Maya et Stéphane affirment que ces choses doivent être réglées plutôt par les Assemblées de Quartier

     

     

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    3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 17:40

     

    Tous les jours 19h - Capitole / contact : sinnosotrxsnosoisnada@gmail.com

    vendredi 3 février 2012

    Compte rendu AG du 2 fevrier 2011

    •    Dimanche 5 fev : l’AP de Jean Jaurès est annulée pour que nous puissions tous-tes nous rendre à la manif contre la venue de Le Pen (rdv 14h30) à Palais de justice.

    •    Proposition de film/reportage sur un portrait des indigné-e-s : Dans l’idée nous sommes OK. Nous invitons dimanche la personne qui nous a contacté pour en discuter plus longuement avec elle. Nous lui proposerons entre autre de filmer l’action « foire aux toxiques ».

    •    Participation au débat sur l’europe : nous avons été contacté  par une personne que souhaite que les indigné-e-s interviennent sur une table ronde dont le thème serait « le local et le social contre l'UE? ». Dans l’idée nous sommes plutôt pour y participer mais nous avons besoin de précision sur le cadre (débat public, table ronde, …). Poné la contacte pour en savoir plus.

    •    Assises des quartiers populaires : fin mars seront organisés par le COUAC et d’autres les assises des Quartiers Populaires sur toulouse. Poné contacte une personne du COUAC pour discuter de la participation des indigné-e-s à ces assises.

    •    Contact AG-AP : à la fin de chaque AG sera mandaté une personne pour aller à l’AP du mardi de manière à transmettre les infos. Cela n’empèche biens sur pas les personnes qui ne sont pas mandatées d’y aller, bien au contraire.

    •    Marche vers Paris : Toulouse se propose d’être une ville étape, cela sera discuté aux rencontres nationnales des indigné-e-s qui se déroulent se WE à Clermont Ferrand. Certains d’entre nous vont y participer et passer nos messages.

    •    Groupe WEB : volontée de re-faire le site des indigné-e-s et de mieux gérer les mails liste. Pour l’instant un groupe de « Geeks » est constitué mais peut être ouvert à d’autres.

    Democracia real ya - Prenons la place Toulouse

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