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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 20:08

Pour l'écrivain Abdelhak Serhane, «l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier».

 

«L’histoire n’avait-elle pas toujours été un maçon inhumain et sans scrupules, faisant son mortier d’un mélange de mensonge, de sang et de boue.» A. Koestler

«Il y a deux histoires. L’histoire officielle, mensongère, qui nous est enseignée et l’histoire secrète où se trouvent les vraies causes des événements, une histoire honteuse.» H. de Balzac

Déjà près de 7 000 morts, sinon plus… Et le regard ahuri du monde face au carnage et aux décombres. Et dire que «les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient irremplaçables!»

Bachar al-Assad est en train de détruire un pays qui ne lui appartient pas et massacre un  peuple qui ne veut plus de lui. Hommes, femmes et enfants descendent dans la rue, de jour comme de nuit, pour sommer le Monstre froid de dégager. L’armée, c’est-à-dire les enfants issus du même peuple, avance avec ses blindés sur les cadavres et tire à boulets rouges sur les pierres, les morts, les vivants et les déserteurs. Répression aveugle, meurtre à grande échelle, arrestations massives, torture systématique même sur les mineurs, disparitions, exécutions sommaires…

Cette main armée du président se perd chaque jour dans la dégradation de l’éthique du devoir guerrier, s’abaissant à ce niveau de cruauté irrationnelle et lâche qui transforme le soldat en criminel de guerre. L’abime de la barbarie immorale et de l’indignité, dans lequel plongent chaque jour un peu plus les assassins en treillis de Bachar, montre combien il s’agit là d’une armée de vils mercenaires sans réelle déontologie militaire et dont la veulerie consiste à tirer à bout portant sur des civils innocents au lieu d’affronter l’ennemi authentique, l’ennemi réel, l’ennemi commun.

Et pour quelle raison cette armée de fous assassine de sang froid des jeunes désarmés, des femmes, des vieillards et des enfants? Ils ont osé revendiquer la liberté et la démocratie! Ils ont eu l’audace d’affronter le chef de l’Etat et de lui dire irhal! Dégage! Grâce au Printemps arabe, les serfs rêvent enfin de liberté face à des maîtres qui se croyaient incontestés et tout puissants! Or, nos chefs d’Etat arabes ignorent ce que signifie le mot démocratie. Face au cri libérateur de la masse ils répondent par l’unique langage qu’ils ont appris, la répression, installés comme ils le sont dans un rapport de force et de domination avec leurs peuples.

Grandis dans le giron d’autocrates avérés, nourris au sein de la tyrannie, ils deviennent tout naturellement des monstres d’égotisme et des despotes insensibles, totalement coupés du quotidien concret des gens ordinaires. Elevés dans le culte de la personnalité et de la possession, ils sont comme ces enfants blasés et narcissiques qui refusent de partager leurs jouets avec leurs camarades. Nos tyrans ne veulent rien céder des pouvoirs qu’ils ont hérités de Papa et pensent pouvoir continuer à sévir en toute impunité.

Adorateurs du pouvoir absolu, ils s’accrochent à leur gouvernail vermoulu à coups de despotisme, de manipulation, de répression, de corruption à grande échelle, d’arrestations massives et abusives, de procès montés de toutes pièces et de violences. A force d’obséquiosité réitérée matin et soir à leur égard, les vils courtisans qui les entourent les transforment en gourous, évoluant dans un monde en dehors du monde réel, hors du temps commun, vivant en sectes comme des insectes et s’agitent autour d’une flammèche qui risque, à tout moment, de leur griller la cervelle.

La génération Internet, jeune et moderne, fait face au péril de la rue avec la même férocité que ses Ancêtres. Ils sont prêts à risquer leur vie pour préserver leur absolutisme, barbotant jusqu’au cou dans le sang de leurs crimes. Le père Hafez al-Assad a fait entre 10 000 et 20 000 morts en 1982 pour mater l’insurrection des frères musulmans à Hama dans une indifférence quasi générale. Sans état d’âme, il a liquidé tous ses opposants et fait assassiner ses adversaires, même ceux en exil. Bilan de ses boucheries inconnu avec précision jusqu'à nos jours. Soutenu par Pékin et Moscou, le fils Bachar est en train de faire pire que papa. Son noir palmarès compte pas moins d’une vingtaine ou trentaine de victimes par jour. Et le massacre continue, systématique, pervers, sauvage. Les images qui nous parviennent de Syrie sont intolérables; nouveau-nés éventrés, enfants massacrés à coups de crosse, adultes ou mineurs torturés jusqu'à la mort, jeunes hommes abattus à bout portant, femmes violées, bâtiments éventrés à coups de canons… à l’heure où la communauté internationale comptabilise le nombre de morts, sème des protestations verbales à tout vent et se cache derrière le veto russe et chinois pour se laver les mains de ce génocide à huis clos.

Comment le Conseil de sécurité de l’ONU peut-il négocier la vie de milliers d’innocents arabes avec des dictatures qui ont le sang des Tchétchènes et des Tibétains sur les mains? La Chine et la Russie sont membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qui respecte l’exigence du vote démocratique. En dehors de leur propre peuple, qui oserait imposer la démocratie à la Chine ou à la Russie comme on a prétendu le faire pour les Irakiens et les Afghans? Quel crédit donner à ce Conseil qui compte en son sein des pays mafieux, des pays voyous, des pays de non droit qui pèsent négativement de tout le poids de leur veto sur des résolutions qui cherchent à sauver des vies, à défendre la dignité des peuples et leur liberté, bloquant ainsi toute action de nature à mettre fin à la folie meurtrière de certains chefs d’Etat? Et que dire des nombreuses résolutions de ce même Conseil jamais respectées par l’Etat hébreu depuis la résolution 181 du 29 novembre 1947? Face aux blindés du président syrien qui pilonnent sans relâche Homs, Bab Amro, Al Waer, Hama, Dei ez-Zohr, Deraa, Idlib, Zabadani… la diplomatie piétine, reste impuissante, sans effet sur la détermination de l’homme résolu à exterminer son peuple au vu et au su du monde entier. Face à sa guerre globale, l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier.

Incapables de faire pression sur le régime syrien, les pays membres de la Ligue arabe tergiversent, font des déclarations fracassantes, prennent des positions courageuses face au régime de Bachar al-Assad. Ils ont envoyé une mission des observateurs à Damas qui s’est soldée par un flagrant fiasco et la démission de son chef, le très controversé Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi. Par ailleurs, la Ligue a appelé à «rompre toutes les formes de coopération diplomatiques avec les représentants du régime de Damas dans les Etats, les instances et les conférences». Elle a également salué la Tunisie favorable à l’organisation de la «conférence des amis de la Syrie» le 24 février à Tunis… Le ton de la Ligue arabe monte d’un cran chaque jour. Jusqu’où? Au lieu d’envoyer une armée de coalition pour aider les rebelles à mettre fin à l’hystérie de cet homme, les Arabes bavardent et leurs fumeuses ordonnances n’ont aucun résultat concret sur le terrain. Ils attendent toujours que l’Occident prenne l’initiative et envoie ses armées au secours des victimes de la répression comme en Lybie.

Les chefs d’Etat arabes ont perdu leur présumée virilité guerrière après la guerre des six jours. Levi Eshkol et Moshe Dayan se sont chargés d’enterrer le reste de leur volonté dans le désert du Sinaï. Après le désastre de juin 1967, on a assisté à une dégradation des principes de moralité chez les dirigeants arabes qui n’ont plus relevé la tête ni même essayé de récupérer la vieille ville de Jérusalem, la cité des trois religions, malgré les innombrables sommets islamiques où ils se retrouvaient comme dans un club VIP, dilapidant des sommes folles en vacuité et prenant des résolutions courageuses pour libérer Al Qods charif. Depuis le temps, ils ont soliloqué sans jamais pouvoir effectuer une seule génuflexion à Jérusalem comme ils l’ont souvent promis. En fait, depuis 1967 ils ont troqué le code d’honneur arabe contre le masque du déshonneur, ont tourné le dos au bien-être collectif pour se consacrer à ce qu’ils savent mieux faire; corruption, détournement et lapidation des richesses des pays qu’ils gouvernent, vie de débauche, édification de fortunes colossales sur la pauvreté des peuples qu’ils manipulent et maintiennent sous le joug de leur tyrannie…, ne devant la longévité de leur règne qu’à la complicité, au silence coupable des puissances occidentales dont ils défendent les intérêts, exécutent sans rechigner les aménagements et les décisions même quand ils vont à l’encontre de l’intérêt général de leurs pays respectifs.

Le mépris et la haine nourris par les chefs d’Etat arabes à l’encontre de leurs propres communautés les transforment en bourreaux sans cœur, sévissant contre elles à la moindre protestation, leur déniant le droit à la liberté, considérant qu’elles ne sont pas mûres pour vivre en démocratie. Pour continuer à dominer sans partage, Ils ont falsifié l’Histoire, infantilisé leurs peuples qu’ils ont réduit à l’esclavage, tirant vers le bas ce qu’il y a de meilleur en eux, transformant les bassesses égoïstes en valeurs de succès et leurs échecs en victoires. Ibn Khaldoun disait: «Tout ce qui est arabe est voué à la ruine.» L’aveuglement de Bachar al-Assad est en train de mener son pays à la ruine, comme Saddam Hussein l’a fait pour l’Irak. Ben Ali, Moubarak, Ali Abdallah Saleh et Kadhafi n’ont lâché le pouvoir qu’une fois le carnage consommé.

A chaque crise, il a fallu que les Etats-Unis interviennent pour que cessent les expéditions meurtrières. Tant que les Américains n’ont pas pris une décision ferme contre le président syrien, les dirigeants arabes continueront longtemps leur palabre pléthorique et vain. Avec leur nombre et leurs pétrodollars, ils n’ont jamais été capables d’infléchir, un tant soit peu, la politique répressive d’Israël vis-à-vis des Palestiniens. Depuis la guerre des Six jours, ils n’ont plus jamais été à la hauteur des grands ni même des petits défis de l’Histoire. Qu’ils économisent leur salive, personne ne les croit en mesure de prendre un quelconque engagement décisif et collectif contre l’un des leurs dont ils sont les sosies. Ils doivent tous dégager pour que les peuples arabes retrouvent la dignité que ces dirigeants de désastre leur ont confisquée depuis les indépendances! Ces dirigeants de pacotille, schizophrènes et paranoïaques, pitoyables agents du Mossad, du CIA et du FBI, ont fait de nous des peuples vaincus et des civilisations décadentes.

Déjà près de 7 000 morts sinon plus… Et le regard ahuri du monde face au carnage et aux décombres.

Avec Bachar al-Assad, l’Histoire est en train de répéter le méprisable scénario de Kadhafi (avec moins de chance que la Libye). Le président syrien joue son va-tout dans cette guerre abjecte qu’il mène contre son peuple. Il se sait perdu car il est allé trop loin dans le crime pour faire marche arrière. Son obstination acharnée est une fuite en avant vers sa propre destruction. Il finira dans une bouche d’égout, comme Saddam et Kadhafi avant lui, pour avoir voulu priver le peuple syrien de sa liberté. L’homme est déjà fini sur le plan international. Il est mort le jour où le premier martyr de la révolution syrienne est tombé sous les balles de sa soldatesque.

L’Armée Syrienne Libre (l’A.S.L.) sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Ne pouvant plus reculer, elle n’a d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de sa résistance. Le jour où elle fera tomber le régime de Damas, la honte ignominieuse s’abattra sur Moscou et Pékin qui ont soutenu le Monstre froid par leur blocage diplomatique, mais aussi sur les autres capitales du monde qui ont laissé faire, abandonnant le peuple syrien seul face aux bombardements d’une armée d’assassins ayant perdu son âme. Cette armée, bras-tueur du président, joue sans le vouloir, un rôle moteur dans le processus, déjà en route, qui aboutira fatalement à la chute de Bachar al-Assad.

Et après? Une instance internationale se réveillera enfin de son coma et réclamera une commission d’enquête pour s’assurer que la mort de Bachar ne fut pas un crime de guerre!

Puis, quand tout sera fini, les démocraties occidentales et les théocraties arabes reconnaîtront, l’une après l’autre, le nouveau gouvernement syrien de transition. Les multinationales et les prédateurs de tout bord accourront pour rafler les contrats de reconstruction des infrastructures détruites par la guerre. On étalera sur la scène publique les crimes de l’ancien dictateur ainsi que les milliards de dollars qu’il aura détournés à son profit comme le font tous ses frères arabes. On ouvrira les portes de ses prisons secrètes. On dénombrera ses charniers. On déterrera des milliers de squelettes. Et on passera des images et des témoignages à la télévision.

Ce jour-là, on dira de lui, dans un soupir de soulagement hypocrite: «Quel grand criminel c’était!»

Il sera alors trop tard… et le feu de la révolution arabe aura embrasé un autre pays!

 

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 20:01

| Par Martine Orange

Il n’a pas fallu quatre mois pour que le nouveau président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, devienne superstar. Pour les milieux financiers, il est désormais l’homme qui a arrêté la crise de l’euro. Les mêmes qui ne cessaient de vanter les immenses mérites d’Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale (Fed), il y a quelques années, ne cessent de s’esbaudir devant les qualités incomparables du président de la BCE. Et pour cause : en fidèle ancien de Goldman Sachs, Mario Draghi fait exactement ce qu’avait fait Alan Greenspan, durant ses dix-sept années à la tête de la Fed : la politique de Wall Street. Il déverse des tombereaux de liquidité sur les marchés financiers, leur fournissant  le carburant pour toutes les spéculations et les dérèglements, par peur de voir la machine s’arrêter.

Mercredi, la Banque centrale européenne a donc rouvert les guichets et distribué à volonté des prêts à 1 % sur trois ans aux banques : 530 milliards d’euros ont été ainsi consentis à 800 établissements bancaires, dans le cadre du généreux programme LTRO qui permet au système financier d’avoir de l’argent quasi gratuitement. Fin décembre, la BCE avait déjà accordé 489 milliards d’euros, selon les mêmes modalités.
En moins de trois mois, ce sont pas moins de 1 000 milliards d’euros qui ont été injectés dans le système financier. Si ce n’est pas de la création monétaire et de la monétisation de la dette, on ne sait comment qualifier cela, même si c'est passé par des canaux différents. La banque centrale européenne, qui, du haut de ses statuts et de ses dogmes, ne cessait de fustiger les facilités monétaires de la Réserve fédérale, a décidément bien changé.

Afin de s’assurer du succès de son opération, Mario Draghi avait pressé les banques, quelques jours auparavant, de se présenter à ses guichets ce 29 février. Il leur avait à nouveau garanti une totale discrétion : le nom des banques emprunteuses restera confidentiel, afin de ne pas porter ombrage à leur réputation. Mais à la lumière des événements de décembre, il est déjà possible de deviner qui sont les premiers emprunteurs. Les banques italiennes et espagnoles, traitées en parias depuis des mois par le milieu bancaire, avaient souscrit respectivement 24 % et 29 % du programme. Selon toutes les indications, elles ont été encore parmi les premières à se présenter au guichet.

De plus, la BCE a assoupli considérablement les conditions d’emprunt, acceptant de prendre en pension des titres qu’elle n'admettait pas auparavant comme des crédits hypothécaires ou des prêts en devise étrangère. Selon les estimations de la BCE, cette dernière mesure a permis d’offrir 200 milliards de prêts supplémentaires, essentiellement à destination de petits établissements bancaires, ordinairement tenus à l’écart des aides de la banque centrale. D’où le nombre impressionnant de bénéficiaires.

De telles largesses ont été accueillies avec soulagement. Le monde financier s'est félicité de voir s’éloigner le spectre d’une faillite bancaire ou d’un credit crunch. Rares sont ceux qui, comme la responsable des institutions bancaires de l’agence de notation Fitch, y voient plutôt une mauvaise nouvelle. Pour elle, les aides massives de la BCE sont surtout « la reconnaissance d’une faiblesse fondamentale » du système financier et qui n’a toujours pas été traitée. De fait, le système bancaire européen est toujours sous assistance respiratoire, de plus en plus « accro » aux drogues de la banque centrale et de l’argent gratuit.

La bad bank du système bancaire européen

Mario Draghi, nouveau président de la BCE 
Mario Draghi, nouveau président de la BCE© Reuters

Le recours aux prêts massifs de la banque centrale traduit les dysfonctionnements majeurs des marchés interbancaires : ils restent totalement gelés. La confiance a disparu  et les banques refusent de se prêter entre elles. L’utilisation de la première tranche de prêts en est la parfaite illustration. Dans un premier temps, les banques se sont dépêchées de reporter l’argent prêté à la BCE, préférant mettre leurs liquidités en sûreté même avec un taux nul, plutôt que le risquer, en le prêtant à d’autres établissements.

Dans un deuxième temps, elles se sont servies des sommes empruntées pour rembourser des crédits antérieurs auprès de la BCE ou de créanciers. Sur les 489 milliards d’euros empruntés en décembre, 379 milliards ont été ainsi utilisés à ces remboursements. Compte tenu des besoins de recapitalisation et de désendettement auxquels elles doivent faire face – on parle de 2 000 milliards d’euros d’ici à 2015 –, les nouveaux prêts accordés risquent de connaître la même destination que les premiers et d’être directement préemptés par les banques.

Le monde politique préfère retenir de l’action de Mario Draghi son habileté à contourner sans en avoir l’air les statuts de la BCE et repousser une crise obligataire qui menaçait d’emporter l’ensemble de la zone euro. Comme l’escomptait le président de la BCE, grâce à l’argent mis généreusement à leur disposition à 1 %, les banques ont accepté de le reprêter aux pays de la zone euro à 4 ou 5 %, en rachetant leurs dettes. Les banques italiennes et espagnoles ont ainsi acquis pour une vingtaine de milliards d’euros d’obligations dans leur pays respectif.

Le soulagement de la BCE a été réel : elle n’était plus le seul acheteur des obligations publiques des pays européens en difficulté. Les taux italiens qui étaient à plus de 7 % sont redescendus à 5,25 %, comme les titres espagnols. La crise de l’euro a semblé repoussée. Même si les taux portugais sont toujours au-dessus de 12 %.

Le répit, cependant, pourrait n'être que de courte durée. Car si les banques acceptent à nouveau d’acheter de la dette souveraine, elles ne le font qu’avec d’infinies précautions. Toutes délaissent les émissions de longue durée – de 5 à 10 ans –, et ne s’engagent que sur les opérations de court terme, de moins de dix-huit mois. Et dès qu’elles les ont acquises, elles s’empressent d’aller les porter en garantie à la BCE, contre de nouveaux prêts. Officiellement, les banques gardent toujours le risque, mais c’est bien la Banque centrale européenne qui le porte.

Celle-ci devient de plus en plus la bad bank d’un système financier européen que les politiques, depuis le début de la crise, se refusent à nettoyer : elle récolte dans ses livres tous les produits risqués ou toxiques que ne veulent plus assumer les banques. La dégradation de son bilan est spectaculaire. En quatre mois, il a dépassé en la matière celui de la Réserve fédérale.

Risques de bulles

Pour justifier ces nouvelles aides massives, la BCE comme le monde politique avancent le même argument : l’argent prêté sert à financer l’économie réelle. Les banques peuvent prêter à nouveau aux entreprises et aux particuliers. Le cercle vertueux de la reprise économique va s’enclencher.

L’ennui est que les bienfaits attendus tardent à se concrétiser. Lors de sa dernière présentation, Mario Draghi reconnaissait qu’il avait du mal à trouver trace d’une reprise des crédits à l’économie. De son côté, l’institut de la finance internationale note « un resserrement marqué du crédit au quatrième trimestre, particulièrement en France et en Italie ». Elle dit n’attendre aucun rebond, compte tenu des « conditions difficiles sur les marchés de crédit ».

En un mot, l’argent tourne sur lui-même dans la sphère financière, nourrissant la spéculation. Le rebond des marchés boursiers, depuis janvier, s’explique en grande partie par ce recyclage des facilités de la banque centrale. Demain, selon des effets bien connus désormais, la masse de cet argent gratuit risque de se concentrer sur d’autres actifs jugés sûrs jusqu’à former de nouvelles bulles. Des spécialistes anticipent déjà des spéculations sur le pétrole, les matières premières comme le cuivre ou le blé, au risque de créer de nouvelles émeutes de la faim.  

Mais ces dangers n’ont l’air d’effrayer personne. La BCE a à peine fermé ses guichets que le monde financier spécule déjà sur le moment où elle va les rouvrir. Officiellement, le programme de prêt à long terme est clos. Mais déjà, des voix se font entendre, y compris au sein de la BCE, pour une troisième distribution, si nécessaire : on ne se lasse pas de l’argent gratuit, surtout quand il permet d’éluder tant de problèmes que personne ne veut affronter. Depuis 2008, la crise bancaire est là, et elle n’a toujours pas été traitée.

 

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 19:51
| Par Louise Fessard

 

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Au terme d'une opposition de sept mois avec le Sénat, l'Assemblée nationale aura le dernier mot pour adopter mercredi 29 février la proposition de loi sur la protection de l'identité. Sous couvert de lutte contre les fraudes à l'identité, ce texte va créer un fichier géant, centralisant les données des 45 à 60 millions de Français détenteurs d'une des futures cartes d'identité biométriques.
Ce, malgré l'opposition de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) qui juge «la création d'une base centrale (…) disproportionnée au regard de l'objectif de sécurisation des titres», a prévenu sa présidente Isabelle Falque Pierrotin, entendue le 14 décembre 2011 par la commission des lois du Sénat.

La plupart des pays européens qui ont adopté cette carte biométrique se contentent en effet de comparer les empreintes digitales du requérant avec celles présentes sur sa carte, sans les enregistrer dans un fichier central. Revue des failles du futur « fichier des honnêtes gens ».

 

Un fichier facilement détournable

Craignant le détournement de ce fichier à des fins policières, le Sénat a tenté de limiter les dégâts en empêchant techniquement toute identification d'un individu à partir de ses empreintes. La solution technique proposée, dite à liens faibles, a été rejetée par l'Assemblée nationale.

Le fichier permettra donc aux policiers, sous contrôle du procureur, de retrouver et d'identifier un individu à partir de ses empreintes digitales, et ce sans son accord. Le texte de loi limite cette possibilité à une quinzaine d'infractions.

Mais pour la Cnil, ces garanties juridiques ne valent pas grand-chose. «Nous savons qu'une fois un fichier constitué il est toujours possible d'étendre ses finalités de consultation, a expliqué Isabelle Falque Pierrotin. C'est pourquoi la CNIL est inquiète : les restrictions juridiques seront toujours moins efficaces que les restrictions techniques, qui rendent impossible l'utilisation de la base à des fins détournées.»
Alors que la loi prétend lutter exclusivement contre l'usurpation d'identité, le champ des délits qui permettront aux policiers de consulter le fichier est déjà bien plus large. François Pillet, rapporteur UMP au Sénat, se demande ainsi ce que le délit de révélation de l'identité d'agent des services spécialisés de renseignement, le faux en écriture publique qui ne porte pas sur l'identité d'une personne ou l'escroquerie ont à voir avec l'usurpation d'identité.

«D'ores et déjà le dispositif proposé déborde le strict cadre de l'usurpation d'identité, ce qui ouvre la voie à d'autres empiètements, à l'avenir, afin d'étendre peu à peu le périmètre de l'utilisation du fichier central biométrique, souligne-t-il dans son dernier rapport. Une fois le fichier créé, et à défaut d'une garantie technique qui rende impossible son utilisation pour autre chose que la lutte contre l'usurpation d'identité, il suffira d'une modification législative pour en étendre l'usage à d'autres fins.»

 

L'absence de garde-fous

Un amendement du gouvernement permet à certains services spécialisés de la police et de la gendarmerie, notamment ceux chargés de la lutte contre le terrorisme, d'utiliser ce fichier en dehors de tout contrôle judiciaire. C'est déjà le cas actuellement pour le fichier de passeports biométriques, mais le décret d'application des passeports biométriques prend soin d'interdire toute identification via les empreintes digitales et la reconnaissance faciale.

En l'absence de toute restriction de ce type concernant le fichier des cartes d'identité, les services spécialisés auront donc carte blanche. Interpellé par l'opposition sur ce point, le gouvernement n'a pas répondu. 

François Pillet relève la même ambiguïté sur l'utilisation de l'image numérisée du visage. «Dans le silence de la loi, les juges d'instruction pourraient demander qu'une personne dont le visage a été filmé par une caméra de surveillance, par exemple, soit identifiée grâce aux données du fichier, ce qui reviendrait à valider les dispositifs de reconnaissance faciale», craint-il.

«On voit tout de suite le danger au niveau philosophique de ce type de fichier, estime Michel Antoine Thiers du Syndicat national des officiers de police nationale. Couplé avec les écoutes sur la téléphonie mobile, c'est un énorme Big Brother permettant de tout savoir de la vie de quelqu'un.»

 

Une efficacité non évaluée

Le choix du gouvernement de passer par une proposition de loi portée par des sénateurs a permis à la majorité UMP de s'affranchir d'une étude d'impact et donc de tout chiffrage et calcul de coût. Ce qui permet les affirmations les plus fantaisistes.

Contrairement aux chiffres catastrophistes agités au début du débat, le nombre de fraudes à l'identité semble diminuer en France. Selon l'observatoire national de la délinquance (ONDRP), quelque 13 000 fraudes documentaires et d'identité ont été enregistrées en 2010, dont 6 342 faux documents d'identité, en baisse de 40 % depuis 2002. Combien parmi ces faux documents d'identité portent sur de réelles usurpations ? Mystère.

François Pillet remarque également que «sur les titres frauduleux saisis par la police aux frontières, près des deux tiers (…) sont des vrais faux documents, obtenus frauduleusement de l'autorité administrative en produisant des pièces d'état civil falsifiées ou contrefaites. C'est là le signe que les sécurités mises en place sur le titre d'identité conduisent les fraudeurs à privilégier l'obtention frauduleuse d'un titre authentique à partir d'un acte d'état civil plus facilement contrefait

Investir des millions dans la création d'une base de cartes d'identité biométriques ne servira pas à grand-chose, si les actes d'état civil n'atteignent pas le même degré de sécurisation.

Michel Antoine Thiers relève surtout «une certaine indifférence des parquets aux fraudes à l'identité, qui sont peu poursuivies quand elles accompagnent d'autres délits».

«Pourquoi faire des outils plus puissants si on ne se sert pas des fichiers déjà existants ? Un fichier général va-t-il changer la politique pénale ?», demande-t-il.

Même doute de la députée PS, Delphine Batho. «S'il s'agit vraiment de lutter contre les usurpations d'identité, il y a un vide dans le texte qui ne prévoit aucune mesure pour faciliter les démarches des victimes, remarquait-elle, interrogée en août 2011. Pour elles, c'est le parcours du combattant absolu. Il est très dur de faire rétablir son identité auprès des banques, des organismes sociaux, de l'état civil, etc. Or le texte est muet sur le sujet

«A trop élargir le sujet de la proposition de loi, on l'a dévoyée», résume Jean-Jacques Urvoas.

Les sénateurs socialistes comptent saisir le Conseil constitutionnel aussitôt le texte adopté. En cas de victoire aux prochaines élections nationales, la gauche entend revenir sur cette création. «Le décret d'application en Conseil d'Etat ne sera pas pris», confirme Jean-Jacques Urvoas.

 

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 19:36
| Par Ludovic Lamant

De notre envoyé spécial à Bruxelles

Après une succession hystérique de sommets «de la dernière chance» pour sauver l'euro, le Conseil européen, qui s'ouvre jeudi après-midi à Bruxelles, devait mettre en scène l'apaisement retrouvé. Les chefs d'Etat et de gouvernement devaient signer, sourire aux lèvres, leur «pacte budgétaire», qui prévoit, entre autres, l'adoption de la règle d'or par chacun des pays signataires. De quoi en mettre plein les yeux aux marchés financiers, inquiets, depuis le début de la crise, de la capacité de l'Union à jouer collectif.

«On ne peut jamais en être sûr, mais ce Conseil européen devrait se dérouler de manière plus sereine (with less drama). Et je suis certain que vous êtes d'accord avec moi, pour dire qu'un peu plus de sérénité ne fera de mal à personne», a ainsi déclaré le toujours très optimiste patron de la Commission, José Manuel Barroso, lors d'une conférence de presse mercredi à Bruxelles.

Le storytelling est bien en place. Sauf que rien ne se passe comme prévu.

L'Europe continue de briller par ses divisions. Le niveau d'«incertitude», qui déplaît tant aux marchés, est remonté d'un cran. L'austérité voulue par le couple franco-allemand convainc de moins en moins. Et pire que tout, les projets sur la table des négociations, qui doivent renforcer l'intégration économique de l'Union, butent sur une question explosive : leur légitimité démocratique.

Depuis le début de semaine, la liste des accidents de parcours en dit long sur l'extrême fragilité du processus. Première alerte : le vote des députés allemands, lundi soir, sur le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce. Pour la première fois, la chancelière a perdu la majorité au Bundestag sur une question liée à la crise européenne. Vingt des 330 élus qui soutiennent sa coalition n'ont pas approuvé le texte. Angela Merkel a donc dû compter sur les voix de l'opposition – Verts et socialistes – pour faire adopter, à une très large majorité in fine, le plan d'aide.

Nouveau revers pour la chancelière, dès le lendemain : la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a bloqué les pouvoirs d'une commission parlementaire sur la crise. Ce panel avait été constitué pour prendre des décisions dans l'urgence et la confidentialité, au nom du Bundestag, sur le soutien à l'euro. Les juges ont estimé que les neuf personnes qui composaient le panel n'étaient pas assez représentatives des élus du Bundestag dans leur ensemble. Angela Merkel devra revoir sa copie. Encore un grain de sable, dans la grande mécanique bruxelloise, qui risque de ralentir la mise sur orbite du futur «MES», le Mécanisme européen de stabilité.

Référendum en Irlande, super-commissaire en Grèce ?

Mais la plus violente des secousses de la semaine est venue d'Irlande. En poste depuis moins d'un an, le premier ministre irlandais, Enda Kenny, a pris son premier vrai risque politique, en annonçant la tenue d'un référendum sur l'île sur le pacte budgétaire. Sans doute en mai, peut-être en juin. Jusqu'à présent, l'exécutif irlandais (une coalition de centre-droit et centre-gauche) avait tout fait pour y échapper, refroidi par les précédents «non» au traité de Nice, en 2001, et au traité de Lisbonne, en 2008.

Une campagne est donc désormais lancée en Irlande. Les avocats du «oui» (tous les partis, sauf le Sinn Fein et quelques formations d'extrême gauche) feront valoir que les 4,5 millions d'Irlandais, s'ils rejettent ce traité, ne pourront plus profiter de l'aide de l'Union pour éviter le défaut, comme c'est le cas aujourd'hui. Conformément aux volontés de Berlin, un pays doit en effet avoir ratifié le pacte budgétaire pour pouvoir profiter du Mécanisme européen de stabilité. Quant aux défenseurs du «non», ils vont faire du référendum un vote sur les politiques d'austérité imposées par l'Union.

Officiellement, à Bruxelles, personne ne dit mot. A la Commission ou au Conseil, toujours la même rengaine : pas de commentaire, chaque pays est libre de ratifier le texte comme bon lui semble. Dans les faits, c'est bien le scénario du pire qui est en train de se réaliser, tant les institutions bruxelloises sont allergiques à ce genre de consultations populaires... D'autant que la victoire du «non» est loin d'être exclue en Irlande. Le pacte budgétaire ne serait pas pour autant caduc : il suffit que douze pays, sur vingt-cinq, le ratifient pour qu'il entre en vigueur. Mais la mise au ban de l'Irlande aurait un poids symbolique considérable, surtout si l'île est le seul pays à organiser un référendum.

Pour encore ajouter aux tensions, Jean-Claude Juncker a senti le besoin de relancer une polémique sur le dossier grec. Ce mercredi dans un entretien à La Libre Belgique, le président de l'Eurogroupe s'est prononcé en faveur de la création d'un commissaire européen délégué à la «reconstruction de la Grèce». Une manière, estime le Luxembourgeois, de superviser la gestion du pays et de s'assurer que la Grèce parviendra à réaliser, coûte que coûte, les réformes que le pays s'est engagé à faire.

La proposition de Juncker rappelle le projet de «Commissaire spécial», sorte de pro-consul en Grèce, avancée en janvier par Wolfgang Schaüble. Le ministre allemand des finances avait dû reculer à l'époque, face au tollé presque général qu'il avait provoqué. Il semblerait en tout cas que les dirigeants européens n'aient pas abandonné ce projet de quasi-mise sous tutelle du pays.

Trop d'austérité ?

Dans ce climat d'instabilité, Madrid, de son côté, fait tout pour desserrer le carcan budgétaire défini par Bruxelles. Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol (droite), tentera d'obtenir, lors du Conseil européen, que la Commission relâche légèrement son objectif de déficit public pour l'année en cours – jusqu'à présent fixé à 4,4 % du Produit intérieur brut (PIB). Il semble peu probable que Rajoy obtienne gain de cause dès cette fin de semaine, mais l'exécutif bruxellois devrait accepter de lâcher du lest, dans le courant du mois de mars. Là encore, c'est exactement le genre d'incertitude, et de flou, que les marchés détestent.

Ce serait en tout cas une première, qui en dit long sur l'ambiance en Europe. De plus en plus d'Etats ne croient plus dans l'austérité massue imposée, pour le dire vite, par Berlin. Le sujet montait en puissance depuis plusieurs semaines, alors que l'opposition socialiste, partout en Europe, regrette que le «pacte budgétaire» ne soit pas accompagné d'un volet sur la croissance. La zone euro devrait se contracter de 0,3 % en 2012, et l'Union européenne stagner, selon les dernières prévisions de la Commission européenne.

Dans une lettre qu'ils ont adressée, le 20 février, aux présidents de la Commission et du Conseil européen, pas moins de douze chefs d'Etat, dont Mario Monti (Italie), David Cameron (Grande-Bretagne), Mariano Rajoy (Espagne) et Donald Tusk (Pologne), exhortent l'exécutif européen à réagir et à prendre des mesures rapides (et libérales) pour doper la croissance (télécharger la lettre). Ce courrier constitue un camouflet pour le couple franco-allemand, qui n'a, depuis des mois, que le mot «austérité» à la bouche. Il pourrait bien tendre un peu plus les échanges entre dirigeants européens, en cette fin de semaine, et peut-être même faire perdre à certains la «sérénité» qu'ils se plaisent à revendiquer.

 

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 19:29

 

Rue89 - Casse-tête 29/02/2012 à 19h29

Estelle Faure | Journaliste

RSA, CMU... Loin d'une France des «  fraudeurs  », des bénéficiaires potentiels capitulent face à l'administration ou ne savent pas qu'ils ont droit à des allocations.

Un Rubik's cube (Jaimesh/Flickr/CC)

Selon un rapport d'évaluation [PDF] paru en décembre dernier, la moitié des bénéficiaires potentiels du RSA (Revenu de solidarité active) n'en ont pas fait la demande. Victor, prof de gym à la retraite, en fait partie :

« Si je n'étais pas venu ici, je n'aurais pas su que j'avais certains droits. »

Ici, c'est le Pimms du XIIe arrondissement de Paris : le Point d'information et de médiation, une association qui compte quatre autres sites dans Paris et plus d'une quarantaine ailleurs en France.

« Je ne savais pas que j'y avais droit »

A 61 ans, Victor cherche encore ses mots : à la suite d'un AVC en 2005, il n'est plus apte à travailler et survit grâce à sa pension d'invalidité. Un coup dur pour cet ancien professeur de gym d'une école privée, qui rêvait d'enseigner le sport depuis qu'il est tout jeune.

Et quand Victor atteint l'âge de la retraite, il y a deux ans, ses revenus fléchissent. Il est contraint de quitter son logement.

Depuis, il vit dans un petit hôtel meublé pour 615 euros par mois :

« J'en ai marre de vivre là-bas, je ne peux pas faire ce que je veux. Alors je viens faire une demande de logement dans une résidence pour personnes âgées. Je ne savais pas que j'y avais droit. Je ne comprends pas tout pour les papiers alors je viens ici. »

Comme Victor, ils sont plus de 40 000 à venir chaque année dans un Pimms parisien – 400 000 dans la France entière – pour chercher de l'aide, remplir des papiers, rédiger des courriers ou faire des demandes d'allocations sociales. Un écrivain public social en quelque sorte. Rachid Ferhan, le responsable de l'établissement, explique leur mission :

« Notre rôle, c'est d'accueillir, informer et orienter les gens qui viennent nous voir, pour qu'ils ne soient pas ballotés entre deux administrations. Ces gens sont en butte à la lourdeur administrative : la CAF, la Sécurité sociale, les impôts. Au journal télévisé, on parle beaucoup des fraudeurs à l'assurance maladie, mais on n'entend jamais parler de ceux qui auraient droit à des allocations et qui ne le savent pas. »

Des taux élevés de non-recours

Ces oubliés de l'aide sociale sont pourtant nombreux : selon l'Odenore (Observatoire de non-recours aux droits et services), toute prestation sociale confondue, le taux de non-recours ne descend jamais en-dessous de 10%.

Philippe Warin, co-fondateur de l'Observatoire, précise :

« Pour certaines allocations, comme l'aide à la complémentaire santé, cela peut aller jusqu'à 80%. »

Selon lui, plusieurs raisons conduisent les bénéficiaires à ne pas se manifester :

« Le non-recours est élevé quand le dispositif est peu connu, enfoui dans un ensemble de droits comme les aides connexes par exemple, les tarifs sociaux de l'énergie. »

« Cette condition-là, je ne l'avais pas vue »

Pierre fait partie de ces allocataires qui auraient pu bénéficier d'une aide, mais qui n'en ont pas fait la demande. Pas par négligence, mais par manque d'information.

En septembre 2010, étudiant en école d'ingénieur, il termine son contrat d'apprentissage, réalisé en alternance dans une grande entreprise publique française.

Il décide de prendre le large et de partir un an en Australie, pour voyager, travailler, voir d'autres latitudes. Mais à son retour, il apprend qu'il est trop tard pour faire les démarches :

« Je suis rentré en France en décembre 2011 et j'ai voulu faire une demande d'allocation à Pôle emploi. Mais il aurait fallu que je la fasse dans un délai de douze mois après la fin de mon contrat. C'est trop tard maintenant et je me retrouve donc sans aucune allocation. »

Avant de partir en Australie, il s'était pourtant renseigné pour savoir comment calculer le montant de ses allocations :

« Mais cette condition-là, je ne l'avais pas vue, je n'étais pas au courant. »

« Les dossiers traînent, sont trop compliqués »

Si certaines personnes connaissent mal les dispositifs sociaux, d'autres en ont entendu parler, mais ne savent pas toujours comment y accéder, selon Philippe Warin :

« Les démarches sont parfois longues et rébarbatives, certains demandeurs peuvent tout abandonner parce que les dossiers traînent ou sont trop compliqués. »

Pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène, l'Odenore a calculé le montant ce que représente en euros le total du non-recours pour certaines aides. Rien que pour le RSA, les pertes sont importantes selon Philippe Warin :

« Cette non-dépense aurait fait économiser 4,3 milliards d'euros par an à la Caisse des allocations familiales (Cnaf), quand les fraudes aux allocations représentent 90 millions d'euros. »

« Si on se loupe, ils ne sont pas contents »

De retour au Pimms, dans la petite salle d'attente, Zohra et Monia patientent, des tas de papiers sur les genoux : les grands chiffres, elles n'y comprennent pas grand-chose, elles ont déjà du mal avec leurs petits revenus. Zohra, mère de famille d'origine tunisienne, raconte :

« Je viens renouveler ma CMU [couverture maladie universelle, ndlr]. Moi, je ne sais pas écrire en français, ma fille a essayé de remplir le dossier mais elle n'a pas tout compris, c'est trop compliqué. Pourtant, elle travaille dans une pharmacie ! »

Assise à côté, Monia, 56 ans, acquiesce :

« Cette année, pour avoir la CMU, on nous demande de prouver notre nationalité par exemple, on ne le faisait pas avant. »

Elle sait parfaitement lire et écrire mais préfère venir au Pimms pour remplir ses dossiers :

« Ici, ils sont gentils. Et puis j'ai peur de faire une erreur dans le dossier, il y a beaucoup trop de calculs. Avec la Sécurité sociale, si on se loupe, ils nous appellent et ne sont pas contents. »

Les deux femmes continuent de discuter en arabe, en attendant d'être prises en charge par un médiateur du Pimms et enfin envoyer leurs dossiers de CMU.

Aussi une question de dignité

Qu'il soit subi ou consenti, le non-recours préoccupe de plus en plus l'administration et surtout les collectivités locales, en première ligne de la misère sociale.

Ici et là, des initiatives sont enclenchées pour enrayer ce phénomène. A Grenoble par exemple, le centre communal d'action sociale (CCAS) mène plusieurs projets depuis 2008, comme la création d'un baromètre du non-recours.

Avant la crise, cette question n'était pas forcément prioritaire, reconnaît Olivier Noblecourt, vice-président du CCAS et adjoint à la mairie PS de Grenoble :

« On privilégiait la problématique de l'insertion et de l'emploi. Mais depuis quelques années, le non-recours s'est développé : la complexité des démarches est croissante et le regard négatif sur la pauvreté s'est durci.

Beaucoup de gens pensent que ça fait partie de leur dignité de ne pas aller dans un centre social. »

Mieux détecter les bénéficiaires potentiels

A plus grande échelle, c'est le système de détection du non-recours qui doit être amélioré, comme l'explique Philippe Warin :

« L'Assurance maladie fait un énorme travail sur ses bases de données pour identifier les assurés sans couverture maladie. »

Mais c'est encore peu comparé aux avancées d'autres pays européens. En Belgique, la Banque-carrefour de la Sécurité sociale est une administration qui détecte les bénéficiaires potentiels et leur attribue automatiquement leurs droits sociaux ou autres avantages, notamment les tarifs préférentiels de l'eau, du gaz et de l'électricité.

Des innovations qui ont permis à la Belgique de remporter en 2007 le premier prix d'un concours européen d'excellence dans le secteur public.

« Une efficacité du RSA divisée par trois »

En France, la question du non-recours reste encore confidentielle. Le rapport d'évaluation sur le RSA est la première grande enquête publique à s'intéresser au sujet.

Pauline Domingo est conseillère à la direction des statistiques, des études et de la recherche de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), elle a participé à la rédaction de ce rapport :

« Les enquêtes sur le non-recours sont assez peu développées car elles sont coûteuses et très complexes à mettre en place. »

Pourtant, éradiquer le non-recours pourrait engranger de grandes économies : si tous les bénéficiaires du RSA activité en avaient fait la demande, le taux de pauvreté aurait baissé de 0,7 point. En l'état actuel, il n'a diminué que de 0,2 point.

Pauline Domingo résume :

« Le non-recours divise par trois l'efficacité du RSA activité. »

Automatiser les droits sociaux

Une des solutions serait d'automatiser l'ouverture des droits des administrés, dès qu'une personne est repérée comme ayant-droit potentiel.

En octobre dernier, Eric Besson, ministre de l'Energie, faisait un premier pas dans ce sens : il promettait un décret pour automatiser la mise en place des tarifs sociaux de l'électricité et du gaz, d'ici le 1er janvier 2012.

Seuls 600 000 foyers bénéficient de ce tarif préférentiel, contre 1,5 à 2 millions d'allocataires potentiels.

Le 19 janvier, le ministre a reconnu que le décret était encore à l'étude par le Conseil d'Etat mais serait publié dans « les semaines prochaines ».

En attendant, au Pimms de Paris, on se débrouille avec les moyens du bord : face à l'affluence d'usagers en porte-à-faux avec l'administration, l'association envisage d'ouvrir une permanence supplémentaire d'écrivain public.

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 19:23

Popular Bureaucracy

In March to Athens on 28 February 2012 at 22:49


March to Athens
Day 113-XXXIX, from Picerno to Potenza, 19 km.

Acampada Potenza

Potenza, February 28

Dear people,

Over a week after we left Eboli we have finally reached a place that looks more or less like a town.

Potenza, capital of Nowhere, situated right in the middle of it.

The walk over here was long, but rewarding. We keep climbing out of Picerno until we reach a kind of highland that leads us straight to this little mountain town.

It’s not inviting, nor beautiful, nor nothing. Going up the hill you reach the old centre, which seems suspiciously new. Later on, someone tells me why.

Salute to the sun this morning in the social centre in Picerno

The vanguard has planted the first tents on the central square in front of the government palace. Soon after that, police arrive, in civilian outfit. It’s the hour of siesta, there is no-one out here but us.

They don’t want us to camp here. But neither do they want to make trouble. They ask for some ID, but when we refuse, they don’t insist. Soon the chief and the town councillors arrive. They try to convince us to move to a less visible square nearby. Officially because it’s better protected against the cold wind, but the real reason is that they don’t want us in front of the seat of government.

They are respectful enough, so we treat them likewise. But there’s is no way of moving us. I say that we chose this square, first because it’s symbolic, and second because our movement has a well-developed esthetical taste. We want to put our tents on the most beautiful squares.

They say we can leave one, or maybe two symbolical tents here during the night, but we can’t sleep there and we definitely can’t light a fire.

I say that we appreciate their proposals, but that we can’t decide by ourselves. We decide as a group. We have to wait for everyone to arrive before taking a decision. I like the irony of it. The state has its own bureaucracy, its own lengthy procedures that can drive you crazy as a citizen, and that finally make you give up, especially here in Italy. We use the same tactics if necessary.

“I’m very sorry, signor sindaco. You will have to wait. We have to respect procedures, I’m sure you understand. We will speak about your proposal in assembly. Only the assembly can decide. It can take some time.” And all the while they are there, with four police cars and a dozen officers, the commander, the mayor, waiting for a handful of vagabonds to arrive with their shopping carts full of stuff.

Then the siesta ends, the people come out. We start to talk them, they begin to bring us food and tea, and everything. And then it’s too late. Once the inhabitants of Potenza have embraced us, there is no way the authorities can force us to move. Not only do they give up, they offer their full collaboration. We can even light our fire without problems. We can sleep inside if we want, and tomorrow we can hold our popular assembly in the town hall.

We stay in the square, and while we’re there, pizza and pasta is brought to us from all sides. I speak to one of the locals. He explains to me the peculiarity of Potenza.

During the earthquake of 1980 the old centre was heavily damaged. The people who lived here, and whose ancestors had lived there for generations, got offered a small sum of money and an apartment in the new outskirts to move. Their homes got bought and beautifully rebuilt to house the rich and to create a fashionable shopping district.

This way Potenza became a ‘laboratory of gentrification’. Its example has been followed all over the peninsula. What remains is a sterile little centre speckled with brand names, an Apple store and luxury bars. Real life has migrated to the suburbs.

Even so, the people open their heart when they see our encampment. Not only because they know we’re marching for a good cause, but also because we’re doing so in winter time. Along some of the streets there are still heaps of snow melting away. The people admire us. And when they see us sitting around the fire at night, singing songs, we awaken some kind of nostalgic, primordial feeling in them. Something that is buried deep inside all of us human beings. The memory of the tribe.

 

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 12:20

Rue89 - Le Yéti

yetiblog.org
Publié le 28/02/2012 à 11h21

Mikis Theodorakis devant le Parlement grec (photo : Arton)

Les choses tournent vraiment vinaigre. L'Europe, cette Union démocratique censée rassembler les peuples du vieux continent, est en train de tomber en déliquescence sous les coups de boutoir de la « Grande perdition » et de son oiseau de mauvais augure : la Troïka. Certains commencent à sérieusement se rebiffer.

« Un complot international est en cours, visant à mener à terme la destruction de mon pays. Aujourd'hui ils essaient de nous exterminer physiquement par le chômage, la famine et la misère. Si le peuple grec ne se soulève pas pour les arrêter, le risque de disparition de la Grèce est bien réel. » (Mikis Theodorakis, 12 février 2012).

Le pré carré d'un petit cercle rassis

D'autres vieilles nations vacillent ou tombent, les unes après les autres, le Portugal, l'Espagne, l'Italie... Aux mains de dirigeants fantoches, comparses ou même issus de ce milieu bancaire interlope.

Soutenu par un grand patronat aux pratiques obscènes, relayé par les élites confites de la cour médiatique, culturelle, intellectuelle, le petit cercle rassis s'accroche à son pré carré, défend mordicus ses privilèges sans souci de spolier les populations de ce qui était leur bien le plus cher, la démocratie et sa laïque trinité : liberté, égalité, fraternité.

Les élections ne sont plus que faux semblants mis en coupe réglée par les instituts de sondage et les milieux d'argent pour maintenir une illusion enfuie. Ne sont en réalité tolérés que les prétendants ayant prêté allégeance, les autres étant impitoyablement refoulés à la marge.

Faut-il rappeler le sort qui fut fait aux résultats des référendums français et irlandais sur le projet de constitution européenne ? Faut-il rappeler qui approuva ou s'abstint, avec des airs en biais, sur le traité de Lisbonne à Versailles en février 2008 ?

Ou encore, hier encore, sur ce Pacte de stabilité européen (MES), véritable acte de capitulation face aux diktats des financiers et de la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI).

Le concept d'eurofascisme

Regardez encore comment « ils » exécutèrent la promesse de référendum d'un Papandréou à la dérive. Suivez, oui, suivez bien comment ils se comporteront face aux prochaines législatives d'avril 2012 en Grèce (si elles ont lieu).

Ce qui était hier menaces et déplorables coups fourrés est aujourd'hui une bien sombre réalité : la démocratie est moribonde en Europe. Et le fait que la situation soit pire de l'autre côté de l'Atlantique n'est ni rassurant, ni une circonstance atténuante.

Aujourd'hui, un projet politique de rupture avec le totalitarisme financier n'a aucune chance de s'imposer, encore moins de se réaliser, par la seule volonté des urnes. « Ils » ne le permettraient pas et ne laisseraient pas menacer leur château. L'exemple grec ne suffit-il pas à s'en persuader ?

L'Europe – mais pas qu'elle – se dirige désormais tout droit vers une situation historique explosive, dramatique, où rien ne se résoudra sans l'intermédiaire, à un moment ou à un autre, de la rue. Entre la Troïka et la démocratie, il faudra alors choisir. Et trancher à vif.

« Ce qui se passe actuellement en Grèce, c'est la destruction de la démocratie par l'Europe. Et comme le processus de destruction se fait par le haut, par un complot des élites, je pense qu'on peut commencer à spéculer sur le concept d'eurofascisme » (Emmanuel Todd, 14 février 2012).

 

 

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 12:13

LEMONDE.FR avec AFP | 28.02.12 | 20h38

 
 

 

Des ouvriers travaillent sur la centrale de Fukushima peu après le tsunami qui a touché le Japon en mars 2011.

Des ouvriers travaillent sur la centrale de Fukushima peu après le tsunami qui a touché le Japon en mars 2011. AFP

Un an après la catastrophe qui a touché la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, la contamination radioactive a fortement décru mais elle est désormais "chronique et pérenne", a indiqué mardi l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN), qui publie un rapport basé sur les comptes rendus de ses équipes sur place et sur les données fournies par le Japon.

Selon les estimations, encore provisoires, réalisées par l'IRSN depuis la catastrophe, les rejets d'iodes radioactifs dans l'atmosphère ont atteint 408 millions de milliards de becquerels, un chiffre impressionnant mais qui reste dix fois inférieur à celui de l'explosion de la centrale de Tchernobyl en 1986. Ces iodes ont une "période radioactive" très courte, autrement dit leur radioactivité décroît de moitié rapidement (de quelques heures à huit jours selon le type d'iode) et ils ont surtout représenté un risque pour l'environnement et la santé durant les premières semaines après l'accident.

98 % DE LA RADIOACTIVITÉ INITIALE DU CÉSIUM 137 DANS L'ENVIRONNEMENT

Mais les trois réacteurs accidentés et les explosions d'hydrogène dans les bâtiments de la centrale ont aussi libéré de grandes quantités de césiums radioactifs, à la durée de vie beaucoup plus longue : 58 millions de milliards de becquerels, soit environ trois fois moins que pour Tchernobyl. Le césium 137 ayant une période radioactive de trente ans, il reste aujourd'hui 98 % de sa radioactivité initiale dans l'environnement, un taux qui sera encore de 81 % en 2020, souligne Didier Champion, directeur de la crise à l'IRSN.

"La contamination initiale liée à l'accident a fortement décru. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en a plus, loin s'en faut. Aujourd'hui, et pour de nombreuses années, nous sommes dans un état de contamination chronique et pérenne de l'environnement", résume M. Champion. "Il y a des risques d'exposition chronique, à des faibles doses certes mais qui peuvent s'accumuler au cours du temps si l'on n'y prend pas garde", ajoute-t-il, insistant sur la nécessité de suivre la contamination d'un certain nombre de denrées alimentaires, comme les fruits, le lait, les champignons, les gibiers et les poissons.

INCERTITUDES SUR L'EXPOSITION DES POPULATIONS

Au total, sur environ 24 000 km2 du territoire japonais contaminés par le césium 137, seuls 600 km2 dépasseraient aujourd'hui le seuil des 600 000 becquerels par m2, estime l'IRSN. "A niveau de contamination égal, les superficies concernées au Japon sont nettement inférieures à celles des territoires contaminés autour de Tchernobyl, ce qui s'explique notamment par le fait qu'une part importante des rejets […] s'est dispersée au-dessus du Pacifique", selon ce bilan.

Il existe toutefois des terres contaminées en "taches de léopard" jusqu'à 250 km de distance de la centrale, avec des "points chauds" extrêmement localisés liés à l'accumulation de dépôts radioactifs par les pluies et le ruissellement. Quant aux conséquences sanitaires, aucune victime directe de l'accident nucléaire n'a pour l'instant été signalée, mais de nombreuses incertitudes demeurent sur l'exposition potentielle des populations mais aussi sur les doses reçues par les employés de l'exploitant de la centrale, Tepco, et les secours présents sur place.

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 12:10

LEMONDE | 29.02.12 | 08h57   •  Mis à jour le 29.02.12 | 08h58

 
 

 

Manolis Glezos, l'homme qui a décroché le drapeau nazi de l'Acropole en 1941, résiste toujours.

Manolis Glezos, l'homme qui a décroché le drapeau nazi de l'Acropole en 1941, résiste toujours.AFP/LOUISA GOULIAMAKI


Athènes Correspondance - Manolis Glezos est un héros grec. Pas un demi-dieu de l'Antiquité, mais un homme bien vivant et toujours actif de 89 ans – "dont 75 ans de luttes" –, qui résume à lui seul l'histoire blessée de la Grèce moderne, de l'Occupation allemande au combat actuel contre la "troïka".

L'homme qui a décroché le drapeau nazi de l'Acropole en 1941 conserve en lui une part de jeunesse. Il n'est pas très grand. Sa chevelure blanche ondule légèrement sur la nuque. Il a l'oeil vif et souriant. Sa moustache et ses sourcils fournis lui donnent une "gueule" qui porte sur elle toute la fierté de la Grèce. Et son humanité passe dans son regard clair.

Dimanche 12 février, alors qu'il était assis avec le musicien Mikis Theodorakis – son cadet en résistance, âgé de seulement 86 ans –, devant les députés qui s'apprêtaient à voter de nouvelles mesures d'austérité, un ministre s'est senti obligé de rendre hommage aux deux "monuments" présents ce soir-là. Les deux monuments en question venaient d'être atteints par des gaz lacrymogènes, alors qu'ils demandaient à entrer dans le Parlement, comme ils en ont le droit en tant qu'anciens députés, suivis par un cortège de 100 000 manifestants.

Quelqu'un a demandé au chef des MAT (les CRS grecs) pourquoi il ne voulait pas les laisser passer. "On ne va pas laisser les communistes occuper le Parlement", a répondu l'officier. Manolis Glezos éclate de rire en racontant cette histoire, qui lui rappelle bien des souvenirs. Les deux compères ont fini par entrer au Parlement, après avoir fait étape à l'infirmerie pour se faire soigner.

"JE NE SUIS PAS UNE STATUE"

Dix jours après, Manolis Glezos prend encore des médicaments pour mieux respirer. Sur une feuille, il dessine. L'endroit où il se trouvait, place Syntagma, ce jour-là ; puis la tribune où ils siégeaient avec Theodorakis, à la gauche du président, face aux députés. "Nous n'avions pas le droit de parler, mais j'étais là pour transmettre l'angoisse du peuple grec devant les mesures qu'ils allaient voter." C'était un silence parlant.

"Toute ma vie, on a essayé de faire de moi un monument pour me faire taire. Je ne suis pas une statue ou un tableau, et je parle tout le temps." Il est infatigable pour parler du passé, du présent, du futur et de l'avènement d'une démocratie directe qu'il appelle de ses voeux.

Il n'y a qu'un sujet dont il ne souhaite plus parler : la nuit du 30 au 31 mai 1941, quand, à 18 ans, il est allé avec son ami Apostolos Santas, mort en avril 2011, décrocher le drapeau nazi qui flottait sur l'Acropole. Il bascule lentement la tête en arrière en disant dans un sourire "Oxi" ("non"). "Je ne suis pas une star. Ce serait ridicule de raconter toujours la même chose." Mais il veut bien expliquer leur geste : "Nous avions entendu qu'Hitler avait déclaré la victoire allemande en Europe. On s'est dit que, si tel était son avis, on allait lui montrer que la lutte ne faisait que commencer. Et nous sommes partis le lendemain vers l'Acropole."

Dans le documentaire sur Les Combattants de l'ombre, Apostolos Santas raconte cette nuit de clair de lune, les gardes allemands qui font la fête avec des femmes pour célébrer la victoire du Reich, leurs vaines tentatives pour grimper au mât glissant et le drapeau gigantesque qui finit par tomber. Ils découpent chacun un morceau de la croix gammée, avant de jeter le reste de l'enseigne dans un puits où, selon la mythologie, se tenait le serpent qui gardait l'Acropole. "A ce moment-là, explique Apostolos Santas, nous avons ressenti, Manolis et moi, une grande fierté. Nous étions au sommet de l'Acropole. Nous ne portions aucune arme et nous avions réussi à enlever le symbole des forces qui avaient traumatisé l'Europe entière."

Manolis Glezos n'a guère le temps de savourer son acte d'héroïsme, ni pendant ni après la guerre. Il a été condamné à mort trois fois, a subi neuf tentatives d'assassinat et passé seize ans de sa vie en prison. Victime des Allemands pendant la guerre ou, la plupart du temps, de son propre pays, qu'il a pourtant contribué à libérer.

Après la défaite allemande, les troupes anglaises combattent les résistants communistes qui ont gagné la guerre et refusent de désarmer. Le pays entre dans quatre années de guerre civile. En 1949, Manolis Glezos est condamné à mort pour trahison. Un dirigeant grec l'annonce à une presse incrédule, en leur affirmant que sa tombe est déjà prête. "Ma mère est allée voir mon tombeau", explique-t-il. Il se souvient de la radio grecque diffusant, le dimanche après sa condamnation, un extrait de la radio française, qui annonce : "Le général de Gaulle s'adresse au gouvernement grec pour qu'il n'exécute pas le premier résistant d'Europe.""Dans mon village, sur l'île de Naxos, tout le monde a signé en ma faveur, même le pope. Et ils n'étaient pas tous communistes", souligne-t-il.

"Le général de Gaulle a exagéré. Je ne suis pas le premier résistant d'Europe." Il se lève et sort de sa bibliothèque les deux gros volumes de son histoire de la Résistance ainsi que la photo en noir et blanc d'un jeune homme. "C'est lui le premier partisan." Il s'agit de Mathios Potagas. "Le 2 mai 1941, il s'est mis sur la route devant une colonne allemande pour leur demander d'arrêter et leur dire : "Vous n'avez pas gagné. Vous n'allez pas nous rendre esclaves, car notre âme est toujours libre. Je suis seul, mais derrière moi il y a tout le peuple grec." Il avait 17 ans. Ils lui ont écrasé la tête à coups de pierres."

Dans sa maison du quartier résidentiel de Neo Psychiko, dans le nord d'Athènes, le portrait d'un jeune homme fait face à l'entrée. C'est celui de son frère, exécuté à 19 ans par les Allemands. "C'est un peintre allemand qui l'a fait à partir d'une photo. Il est venu me l'apporter à Naxos." S'il milite, depuis bien avant la crise actuelle, pour que l'Allemagne rembourse l'argent que la Grèce a dû lui prêter pendant la guerre, Manolis Glezos s'est toujours défendu de tout antigermanisme, pourtant à la mode en ce moment dans le pays.

ATHÈNES, CAPITALE DE LA RÉSISTANCE

L'homme, emprisonné à nouveau sous le régime des colonels (1967-1974), a déserté les rangs communistes depuis longtemps. Il est aujourd'hui membre du Syriza, le parti d'extrême gauche parlementaire, farouchement opposé aux mémorandums signés avec la "troïka" û les représentants du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) –, qui ont prêté 110 milliards d'euros à la Grèce en mai 2010 en échange de sévères mesures d'austérité ; et s'apprêtent à remettre au pot 130 milliards d'euros, contre des mesures encore plus sévères de baisse des salaires et des pensions de retraite.

"L'ancien président de l'Institut français d'Athènes, Roger Milliex, avait dit pendant la guerre que la capitale de la Résistance de l'Europe était Athènes. Cela redevient vrai aujourd'hui. Face à ces mouvements populaires, le gouvernement est en panique." Le 12 février, la police a lancé très tôt des gaz lacrymogènes pour disperser la manifestation et des bandes organisées en ont profité pour incendier plusieurs immeubles. Les pompiers ont eu du mal à intervenir dans la foule. Les gens qui fuyaient les gaz se heurtaient à ceux, nombreux, qui continuaient d'arriver, donnant une impression de chaos.

"Le gouvernement n'a pas de légitimité populaire, alors que les mesures qui sont prises vont engager la Grèce pendant plus de vingt ans", explique Manolis Glezos. En novembre 2011, Lucas Papadémos a remplacé le premier ministre Georges Papandréou, contraint à la démission. L'ancien vice-président de la BCE a alors formé un gouvernement de coalition avec les socialistes du Pasok, la droite de la Nouvelle Démocratie et l'extrême droite du Laos, qui a quitté le navire début février.

"Les gens sont en colère. La marche incontrôlable de cette colère peut nous entraîner dans un très grave conflit, explique le vieux militant. Il y a des suicides, des gens qui sont arrêtés parce qu'ils volent pour nourrir leurs enfants. Mais que va-t-il se passer quand les ressources des gens seront complètement épuisées ? Si cette colère ne se transforme pas en un acte politique, nous serons perdus. C'est pour ça qu'il faut des élections le plus vite possible. L'écart entre le peuple et le gouvernement devient trop important. Les députés n'osent pas apparaître en public."

Du haut de ses 70 années de résistance, il affirme : "On vit un changement historique, qui va bouleverser le monde entier, dans dix ans, vingt ans, quarante ans. Si nous ratons cette occasion, nous allons reculer." A près de 90 ans, il aspire à une démocratie directe, qu'il a mise en pratique pendant douze ans dans son village d'Apiranthos, sur l'île de Naxos. "C'est le seul village de 1 000 habitants avec cinq musées et trois bibliothèques. Aujourd'hui, les Constitutions des principaux pays sont les mêmes : le pouvoir vient du peuple et il est exercé en son nom. Il faut que le pouvoir soit exercé par le peuple. Il y a de plus en plus d'assemblées populaires, dans des entreprises ou des municipalités... Il suffit de quelques ministères - pour les affaires étrangères ou la défense - et, après de vrais débats, on organise des référendums pour les grandes décisions."

C'est le retour à la cité antique, la polis. Outre ses activités politiques, Manolis Glezos a publié des livres sur la géologie et la linguistique, deux sciences apprises, pour l'essentiel, à l'université de la prison. Le linguiste poursuit sa leçon. "Polis a donné polites, le citoyen, et politismos, la culture. Nous avons donné tout ça à l'Occident et qu'avons-nous reçu en échange ?" Il laisse passer un moment de silence et répond en français : "La police !" A ce moment-là, ses yeux pleins de malice ont l'air d'éclater de rire.

Alain Salles

 


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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 11:59

LEMONDE | 29.02.12 | 11h35

 
 

 

Mario Monti et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin le 11 janvier.

Mario Monti et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin le 11 janvier.AP/Gero Breloer


Bruxelles, Bureau européen - Nicolas Sarkozy l'a porté à bout de bras, en soutien d'Angela Merkel. François Hollande promet de le renégocier s'il est élu président de la République. Le pacte budgétaire est soumis à la signature de 25 chefs d'Etat et de gouvernement européens, vendredi 2 mars, à Bruxelles – seuls le Royaume-Uni et la République tchèque devraient s'abstenir –, mais le débat à son sujet n'est pas clos pour autant.

Cette signature ouvre la voie à une procédure de ratification qui s'annonce délicate, à l'heure où la crise des dettes souveraines connaît un répit relatif en marge du sauvetage de la Grèce. Mardi 28 février, le premier ministre irlandais de centre gauche, Enda Kenny, a annoncé, contre toute attente, son intention d'organiser un référendum pour ratifier le pacte.

En France, M. Sarkozy s'est résolu à ne pas précipiter la ratification parlementaire avant les élections présidentielle et législatives, mais il entend y procéder au plus vite s'il est réélu. Au contraire, si M.Hollande l'emporte, de nombreux responsables de gauche ne veulent pas entendre parler d'une ratification du texte en l'état.

LA "RENÉGOCIATION" PRÔNÉE PAR HOLLANDE

Dès le sommet européen de juin, ils espèrent muscler le volet croissance et gouvernance économique d'un traité avant tout conçu pour inscrire dans le marbre la discipline budgétaire chère à Mme Merkel.

La "renégociation" que le candidat socialiste appelle de ses vœux reçoit un accueil glacial dans les milieux européens. " S'il veut ouvrir ce chantier, je lui souhaite bonne chance: ce sera impossible trois mois après la signature", lâche un dirigeant européen. Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, que les chefs d'Etat et de gouvernement doivent confirmer pour deux ans et demi dans ses fonctions, veut éviter la mise en cause de l'autre traité, sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), en cours de ratification.

Sous pression pour augmenter la force de frappe de ce fonds de secours permanent, l'Allemagne a insisté pour lier politiquement les deux textes. D'où l'abstention des socialistes français lors de la ratification du MES à l'Assemblée nationale, le 21février, puis au Sénat, mardi.

Sur le fond, l'opposition entre M. Sarkozy et M. Hollande sur le nouveau traité reflète le débat du moment entre les Vingt-Sept. Après avoir donné la priorité à l'austérité, sous la pression des marchés, ils doivent discuter de la meilleure façon de soutenir leurs économies sans creuser davantage les déficits.

AGGRAVER LA RÉCESSION

Les plans d'austérité, en vigueur un peu partout sur le continent, sont de plus en plus contestés par les syndicats et par les opinions publiques, sur fond de montée du chômage dans les pays les plus fragiles.

Ils risquent de surcroît, de l'avis de nombreux dirigeants, d'aggraver la récession qui menace. "En ce moment, on insiste trop sur les pénalités financières et les paquets d'austérité", a jugé le socialiste Martin Schulz, président du Parlement européen, lors d'une visite à Athènes, mardi.

Les mises en garde en ce sens se sont multipliées. Douze pays, dont l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Pologne, demandent de réorienter la politique économique défendue par le tandem Merkel-Sarkozy. "La crise à laquelle nous faisons face est aussi une crise de croissance", ont-ils fait valoir dans un courrier rédigé à l'initiative de Mario Monti, président du conseil italien. Les socialistes français y voient la preuve que leurs demandes procèdent d'un souci qui s'impose à tous.

Mais, dans l'esprit des douze signataires de cette lettre, le remède passe par davantage de libéralisations, par la réforme du marché du travail dans chacun des Etats et par une plus grande ouverture commerciale du continent. Ce ne sont pas vraiment les solutions préconisées par la gauche française! La récession qui menace les Vingt-Sept inquiète de surcroît leurs partenaires internationaux.

"PLAN DE CROISSANCE COMMUN"

Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, devait appeler lui aussi, mercredi, à la mise en place d'un "plan de croissance commun" en Europe. "Le nouveau traité lui-même, avec ses règles strictes pour les politiques budgétaires nationales, va susciter une demande en faveur d'un budget européen étendu", devait-il expliquer à Bruxelles.

Pour M. Lamy, membre du PS français, ce plan devrait comporter trois axes: investir dans des infrastructures communes, promouvoir la recherche ou l'éducation, aider les Etats européens à adapter leurs outils productifs, leurs systèmes de sécurité sociale et leurs marchés du travail.

A plus court terme, l'enjeu est aussi – et peut-être surtout – de préciser les modalités d'application du pacte de stabilité et de croissance, tel que renforcé depuis l'automne. L'Espagne demande à revoir à la baisse les objectifs qui lui sont fixés, demande repoussée d'un revers de main par la Commission et la Banque centrale européennes.

Avec un souci qui risque de compliquer le début de mandat du prochain président français: protéger la crédibilité du dispositif de surveillance collective qui émerge peu à peu de la crise de la zone euro.

Philippe Ricard

 


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