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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 22:05

 

Ajoutée par frodon27220 le  7 mars 2012

 

 


Marche Bayonne, première étape Bayonne - Communauté Emmaus de Tarnos

 

     
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:59
Tony Gatlif  

 

newsring.fr

Réalisateur, acteur, producteur. Réalisateur d'Ind…

 

La rencontre avec le livre "Indignez-vous" de Stéphane Hessel  m'a donné envie de faire un film. J'ai trouvé dans ce livre toutes les réponses, tout ce que je voulais que les gens disent. J'ai voulu faire un film sur qu'est ce qui se passe après, une fois qu'on a lu le livre : est-ce qu'on reste chez soi, est-ce qu'on se révolte ? 

En mai, les indignés ont occupé la place Puerta del Sol à Madrid. Je devais y aller. Je devais m'y rendre pour raconter avec des images leur combat contre la pauvreté, contre ce système qui crée de la misère. 

Les indignés se sont levés, et c'est déjà énorme. Les indignés ont repris la parole, on ne peut pas ne pas parler.

Ce n'est pas fini, c'est juste un début. Nous vivons dans un monde qui va de travers, l'être humain n'existe plus. Le peuple grec par exemple, paye pour sauver les banques. 

La Banque Centrale Européenne préfère sauver les banques que les humains. Une génération entière est sacrifiée en Grèce. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? On envahit un pays sans même faire usage des armes aujourd'hui. La Grèce n'appartient plus à la Grèce aujourd'hui, elle appartient à ses créanciers. 

Le mouvement des indignés va continuer, la solution est en marche. On ne peut pas changer le monde en 3 ou 4 mois, à moins d'être le roi de l'insurrection ! Le monde est si vaste et tellement abîmé de partout. 

En France, le mouvement des indignés a été muselé. Il suffisait d'aller voir place de la Bastille, il y avait 100 CRS pour 40 indignés, assis pacifiquement ! Il suffit d'un rien pour qu'un peuple se lève, et quand un peuple se lève, plus rien ne peut l'arrêter.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:53
| Par La rédaction de Mediapart

Quelque 550 manifestants contestant la victoire de Vladimir Poutine à l'élection présidentielle ont été arrêtés lundi 5 mars à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Parmi eux, plusieurs dirigeants et personnalités de l'opposition, dont le responsable du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov, celui du mouvement Solidarité, Ilia Iachine, l'écologiste Evguenia Tchirikova ou le blogueur spécialisé dans la dénonciation de la corruption, Alexeï Navalny, qui étaient restés avec environ 2 000 personnes sur la place Pouchkine à Moscou après la dispersion d'un rassemblement qui avait réuni 20 000 personnes.

Les résultats officiels donnent 63,6 % à Vladimir Poutine, élu dès le premier tour, contre 17,2 % au communiste Guennadi Ziouganov et 8 % au faux nez du Kremlin, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:48

 

Intimidation 06/03/2012 à 19h19

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


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Julien Bayou et la police lors de l'intervention rue de Châteaudun, le 2 mars 2012 (Marie Maffre)

 

Le collectif parisien Jeudi Noir, spécialisé dans l'ouverture de squats dans des bâtiments vides, s'apprêtait à officialiser sa prise d'un nouveau bâtiment, vendredi 2 mars rue de Châteaudun (Xe arrondissement de Paris), lorsque la police a fait échouer l'opération. Jeudi Noir n'a pas pu réitérer le succès médiatique de l'opération « Squat avec vue sur l'Elysée ».

Les militants étaient suivis par une documentariste, Marie Maffre. Celle-ci les filme depuis l'occupation de La Marquise, place des Vosges (Paris IVe) et tourne pour la société de production Kien un 52 minutes intitulé « Ainsi squattent-ils ».

Présente à l'intérieur du bâtiment lorsque les policiers y sont entrés, elle s'étonne d'être embarquée avec eux au commissariat du IVe arrondissement :

« Les policiers me connaissent, ils m'ont déjà vue filmer. Quand ils m'emmènent en garde à vue, je leur dis que je suis dans le cadre de l'exercice de mon métier. Je passe avec les quatre militants une quinzaine d'heures en garde à vue, et le samedi midi, quand ils nous relâchent, les policiers me disent qu'ils gardent ma caméra sous scellé. »

La préfecture de police nous a précisé que c'était bien le parquet qui avait demandé la mise sous scellés et que selon les éléments en possession de la police, Marie Maffre ne serait pas journaliste.

« Le signe que la police nous a géolocalisés »

Julien Bayou, l'un des fondateurs de Jeudi Noir, se dit certain que la police avait géolocalisé les militants par le biais de leurs téléphones portables. Lui, qui est arrivé dans l'immeuble vendredi en fin d'après-midi, s'explique :

« Comme à notre habitude, on a ciblé un bâtiment vide depuis longtemps, chauffé et éclairé. Là, c'est un immeuble de bureaux appartenant au groupe CIC-Crédit Mutuel, de 4000 m2. Depuis lundi, des militants se relayaient, et samedi matin, on allait annoncer à la presse l'ouverture du squat. C'était le moment décisif.

Vers 20 heures vendredi, 80 CRS ont bloqué la rue, et l'un de nos représentants a commencé à discuter avec eux. Ils lui ont dit qu'ils ne savaient pas précisément quel bâtiment c'était, ce qui serait le signe qu'ils nous avaient géolocalisés : ils savaient approximativement où nous étions en suivant nos puces de téléphones par des antennes. Or il me semble que cette procédure est interdite hors enquête. »

« Le droit d'informer doit être protégé »

L'avocat Dominique Hilsum, qui la défend dans cette affaire, précise que les militants risquent d'être poursuivis pour « violation de domicile et destruction volontaire » si le parquet décidait de poursuivre l'enquête :

« La police a certainement gardé les rushes [images non montées, ndlr] pour savoir si des actes illégaux ont été commis et pouvoir le prouver. Je suis étonné qu'on ait saisi l'outil de travail d'une personne non impliquée dans cette affaire et le droit d'informer doit être protégé absolument. »

Reste à savoir si ces rushes sont soumis à la protection des sources des journalistes. Marie Maffre n'a certes pas de carte de presse, mais son travail de documentariste pour une société de production l'assimile aux journalistes au sens de la loi du 4 janvier 2010 sur la protection des sources.

Dans un communiqué, Reporters sans frontières se dit « particulièrement inquiet », dénonce le « mépris total du respect du secret des sources, comme s'il s'agissait d'une pièce à conviction », et « réclame la restitution immédiate du matériel de la documentariste ainsi que des rushes, fruit de son travail ».

MERCI RIVERAINS ! Lapin Bleu
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:08

Rue89 - Alissa Descotes-Toyosaki journaliste

Publié le 07/03/2012 à 03h00


Crane de vache morte de faim à l'entrée de la ferme, près de Fukushima (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

Nous longeons les côtes ravagées de Minami-Soma sud qui, comme par temps de guerre, a été coupée en deux.

Les terres à l'intérieur du périmètre 20 autour de la centrale ont été évacuées, celles au nord à partir du kilomètre 21 sont habitées.

« Des fois, je me demande vraiment à quoi cela sert de revenir ici », marmonne Masami Yoshizawa.

Comme tous les jours, cet éleveur de 330 vaches irradiées fait l'aller-retour entre sa ferme à Namie et son logement provisoire à Nihonmatsu pour ramener du fourrage.

« Je ne le laisserai pas tuer mes vaches »

Au barrage qui marque l'entrée dans la zone interdite, il passe avec un simple salut de la main. Il a obtenu un permis d'entrée provisoire mais, même sans permis, il serait arrivé à passer.

« Le gouvernement n'abandonnera pas sa décision d'euthanasier les animaux contaminés, et moi je ne le laisserai pas tuer mes vaches. »

Yoshizawa fait partie des irréductibles qui habitent encore dans la zone interdite. Non pas dans l'espoir de reconstruire sur sa terre natale mais pour ne pas abandonner ses animaux.

« Comme à Tchernobyl »

Les vaches de ce périmètre sont toutes contaminées, mais est-ce une raison pour les tuer ? Le gouvernement, en voulant éliminer ces animaux, ne cherche-t-il pas à effacer les traces de l'irradiation ? Ce sont les questions que pose Yoshizawa depuis des mois, à travers des speechs et interviews enflammés.

« Les enfants ne peuvent pas revenir vivre ici, restent les personnes âgées et les animaux. Comme à Tchernobyl. »

Nous croisons des camions conduits par des hommes en combinaison blanche et masques à gaz. A côté de moi, Masami Yoshizawa est comme je l'ai rencontré à Tokyo, le visage découvert.

Vaches à l'état sauvage

Namie, à 14 km de la centrale, n'est plus qu'une ville fantôme. Les 20 000 habitants ont été évacués par vagues successives, dont la dernière en avril 2011.

Devant la mairie, des vaches traversent la route et s'engouffrent dans une rue commerçante. Elles sont revenues à l'état sauvage et s'enfuient en notre présence. Dans cette ville ravagée par le séisme, le tsunami et les explosions nucléaires, la radioactivité oscille entre 5 et 6,0 µSv/h, un seuil bien supérieur à la « norme » des 0,6 µSv/h.

« On ne pourra plus cultiver cette terre, et les opérations de décontamination pour réhabiliter la région ne sont que du gaspillage d'argent. Tout ce qu'on peut faire de cette terre, c'est l'utiliser comme terrain d'expérimentation. »

Une ferme pour ne pas oublier

Tel un sanctuaire, l'entrée de la « ferme de l'espoir »est marquée par des tracteurs et autres ustensiles agricoles tagués de slogans. Un crâne de vache est posé là, à côté d'un écriteau assassin :

« Tepco, le gouvernement, à quand les dédommagements pour cet énorme gachis ? »

Yoshizawa est un éleveur en colère et militant anti-nucléaire depuis la catastrophe.

« J'ai entendu le bruit de l'explosion et vu de mes yeux le nuage radioactif. »

Le 17 mars, Yoshizawa est revenu à sa ferme :

« Le réacteur numéro 3 de la centrale qui avait explosé le 14 mars dégageait un épais nuage de fumée. Ce jour-là, il a commencé à neiger subitement, et nous étions tous dehors. »

« Mourir plutôt que de laisser mourir »

Les 16 et 17 mars, des milliers d'habitants de Namie étaient réfugiés autour des camps de fortune.

« Tout le monde a été contaminé de plein fouet. Les fonctionnaires de la mairie ont dit qu'ils avaient oublié dans leur bureau les compteurs Geiger et les pilules d'iode. Ils répétaient qu'ils les avaient oubliés, au lieu d'aller les chercher. »

Yoshizawa dit ne jamais avoir cru au mythe du nucléaire sûr mais depuis qu'il vit dans l'enfer de la radioactivité, il a décidé de tout sacrifier à son combat.

« Quand j'ai vu les forces d'auto-défense venir secourir les gens dans la zone contaminée, je me suis dit que je préférais mourir plutôt que de laisser mourir. »

A 58 ans, cet homme jure que, jusqu'à sa mort, il poursuivra Tepco et le gouvernement pour assumer la responsabilité de leurs actes :

« Fukushima a généré de l'électricité pour Tokyo, maintenant on les traite comme des pestiférés, comme à Hiroshima et Nagasaki.

Mes vaches ont accouché depuis. On parle dans la région de lapins sans oreilles, d'insectes hybrides, sans avoir aucune preuve. Je veux que mes vaches continuent à vivre pour raconter l'histoire du drame de Fukushima, pour que plus jamais il ne se reproduise.“ 


Masami Yoshizawa dans sa ferme (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:01

 

Rencontre 07/03/2012 à 10h56

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

 


Invité de Rue89 ce mercredi pour commenter l'actualité, le réalisateur évoque son engagement, la présidentielle et les « Indignés », objet de son dernier film.

Tony Gatlif à la rédaction de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

Tony Gatlif ressemble étrangement à ses films : la même musicalité, un côté voyou et sorte d'élégance née du désordre.

Le cinéaste de 64 ans parle beaucoup, vite, et avec fougue. Il fait aussi attention à ce qu'il dit :

« Un proverbe tsigane dit : “Fais attention à la langue. Elle va vite parce qu'elle n'a pas d'os.” »

Son dernier film, « Indignados », sort en salles ce mercredi.

 

 

Bande-annonce d'« Indignados » de Tony Gatlif

L'arrivée à Paris et les premiers films

Tony Gatlif à Rue89

Ce mercredi, de 12 heures à 14 heures, le réalisateur sera dans les locaux de Rue89 pour intervenir et réagir à l'actualité.

 

« Je m'engage. Maintenant, je ne me tais pas » : il définira les priorités de l'insurrection populaire à venir.

Né en 1948 d'un père kabyle et d'une mère tsigane, il grandit à Alger, il débarque en France à 14 ans, en pleine guerre d'Algérie.

Dans les années 60, l'adolescent fâché avec l'école mène une vie chaotique et finit en maison de correction (l'expérience lui sert d'ailleurs, quand il débute en tant que scénariste en 1975, avec « La Rage au poing », d'Eric Le Hung).

A 18 ans, Gatlif passe son temps au cinéma. Un soir de 1966, il va trouver Michel Simon dans sa loge et lui demande conseil. Le comédien, alors à l'affiche du « Vieil Homme et l'enfant » de Claude Berri, lui écrit une lettre de recommandation. Gatlif commence à suivre des cours de théâtre.

Il réalise son premier film en 1975, « La Tête en ruine », suivi de « La Terre au ventre » qui a pour toile de fond la guerre d'Algérie. Il découvre aussi la condition tsigane, qui devient son thème de prédilection à partir de « Les Princes ».

La condition tsigane comme fil rouge

Ce film de 1982, avec Gérard Darmon, narre la vie d'un groupe de Gitans en banlieue parisienne. C'est le premier volet d'une trilogie complétée par « Latcho Drom » et « Gadjo Dilo », avec Romain Duris et Rona Hartner.

Romain Duris fait partie de la garde rapprochée de Gatlif : on le retrouve dans « Je suis une cigogne » et « Exils », qui évoque le retour en Algérie. La mise en scène du film est récompensée à Cannes en 2004.

« Tous mes films sont des indignés », commente le réalisateur, très investi dans la défense de la communauté rom.

« Je suis un réalisateur indigné, évidemment ! Je fais des films qui disent non. »

 

 

Tony Gatlif : « Je fais des films qui disent non »

Non à l'oubli, d'abord : « Liberté  », son dernier long métrage, porte sur le génocide tsigane pendant la Seconde Guerre mondiale. Et non à la politique gouvernementale anti-immigration et anti-rom. Gatlif cite le discours de Grenoble dans un grand haut-le-cœur.

Au bout d'une vingtaine de films, on s'étonne pourtant de voir Gatlif s'attaquer au mouvement des « Indignés ».

« Le film m'est tombé dessus », admet le réalisateur.

« D'habitude, je ne touche pas à ces thèmes-là en tant que cinéaste. Ce film est arrivé par hasard. Ça n'est pas le film que je voulais faire. »

« Je m'engage maintenant. Je ne me tais pas »

« Indignados » est une libre adaptation de l'opus de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! ». Caméra à l'épaule, Gatlif suit les manifestations d'« Indignés » en Europe : Espagne, France, Grèce... Le film est porté par l'énergie des manifestants et l'euphorie des révolutions arabes.

Les « Indignés » européens sont vus à travers les yeux d'une jeune Africaine clandestine, en quête d'un Eldorado dans « une Europe qui se fissure ».

« Maintenant, je m'engage, je ne me tais pas. Je l'ouvre », conclut le bonhomme qui refuse pourtant d'être « un représentant des “Indignés” : “Je suis un témoin.” »

« Je cherchais, je ne savais pas trop »

« Indignados » lui est venu presque par détour. Quand Hessel accepte qu'il adapte son livre, Gatlif n'a pas d'idée arrêtée sur ce qu'il va faire. Il part tourner des images au Maroc :

« Je cherchais. Je ne savais pas trop. Je suis allé au Maroc pour lâcher une tonne d'oranges dans les rues de la Casbah. La scène avec les oranges qui déferlent est la première que j'ai tournée. Pas pour faire joli. Je voulais rendre hommage au marchand de légumes Mohamed Bouazizi, qui s'est immolé en Tunisie au début des révolutions arabes. »

La Puerta Del Sol, « le détonateur »

A son retour, Gatlif a quelques images mais attend « un détonateur » :

« Et puis, à un moment est apparue sur la place de la Puerta Del Sol une population qui manifestait d'une façon nouvelle : ils occupaient la place. Ça a duré des semaines. J'ai trouvé ça très fort. »

 

 

Tony Gatlif raconte le tournage d'« Indignados » en Espagne

Il part à Madrid avec une petite équipe, « pour filmer ces gens qui sont à un moment donné sortis de chez eux pour dire non à ce modèle de société. Il y avait des jeunes, des moins jeunes, des tatoués, des cadres au chômage... de tout ».

La caméra est mal accueillie. Il montre patte blanche, explique son projet.

Les slogans : « Plus fort que les paroles »

Rapidement, les slogans le captivent plus que les témoignages :

« C'était plus fort que des paroles dites. Quelqu'un qui écrit “ Lève-toi de ton canapé ”, c'est très fort. Tu l'écris pas comme ça. Ou “ Aucun être humain n'est illégal ”, quand on parle des clandestins, des sans-papiers, les SDF. »

Le réalisateur évoque Mai 68, « mais j'étais très jeune à l'époque. Je ne lisais pas les slogans », sourit-il. Puis il parle des chantiers espagnols désertés par les investisseurs, « une horreur » :

« Tout le monde est parti parce qu'il n'y a plus de fric. »

Formellement, « Indignados » s'inscrit dans une tradition de films à slogan tournés précisément à cette époque, entre autres par les groupes Medvedkine, Chris Marker ou Godard.

Dans « Indignados », les dialogues cèdent la place aux slogans. Les silences durent. Le film est aussi traversé de musiques instrumentales ou bruitistes : une canette qui roule se transforme en une rythmique obsédante.

Gatlif lâche le mot de « ciné-poème » :

« Quelque chose de personnel, qui n'existe pas et qui ne veut pas non plus dire “faire de la poésie avec les gens”. »

« J'aurais aimé que les “Indignés” occupent le parlement européen »

« En Espagne, j'aurais aimé que les “Indignés” occupent le parlement européen. Ou qu'ils fassent quelque chose de grandiose, comme ce chef d'orchestre italien, Ricardo Muti », qui transforme son « Nabucco » en tribune politique, face à Berlusconi :

« Au bout de deux jours, je me suis arrêté de filmer. Je me demandais : ça rime à quoi ? Qu'est-ce que je montre ? »

Le déclic lui vient au musée du Prado. Il rentre en trombe à Paris pour trouver une actrice. Il rencontre une inconnue : Betty, Sénégalaise de 18 ans repérée dans un café à Montreuil. Depuis quatre ans, elle renouvelle son permis de séjour tous les six mois :

« Je lui ai dit que je comptais aller dans toutes les grandes manifestations européennes. A ce moment-là, il n'y avait que Madrid. Elle a dit d'accord tout de suite. On est partis en Grèce. »

« J'avais pas prévu que la Grèce s'écroule »

« J'avais pas prévu que la Grèce s'écroule, mais c'était là. Les pays tombaient devant la caméra. »

En Grèce, il réalise une projet qui le taraude depuis longtemps : « filmer Patras », une ville portuaire à 200 kilomètres d'Athènes d'où partent les bateaux pour l'Italie :

« C'est la porte de l'Europe, c'est par là que passent énormément de clandestins. »

Betty devient le point central du film. Son regard fait pencher « Indignados » dans la fiction.

 

 

Tony gatlif raconte le tournage d'Indignados » en Grèce

A Patras, la clandestine est arrêtée par la police. Mutique pendant presque tout le film, elle lâche quelques mots de wolof dans l'une des scènes les plus poignantes d'« Indignados » : l'équipe de tournage a pénétré dans un centre de rétention de la préfecture « où des milliers de clandestins attendent qu'on leur donne un petit bout de papier à tamponner pour rester quelques jours sur le territoire », raconte Gatlif sur France Inter.

« C'est un mystère. Pourquoi la police nous a permis de filmer dans cet immense endroit désolé en Grèce ? […] Le directeur est venu me voir et m'a dit : Si vous voulez, vous pouvez filmer dans la prison des femmes, mais vous avez cinq minutes. » […]

J'ai mis tout de suite Betty devant le téléphone et je lui ai dit : « Tu appelles tes parents en Afrique et tu leur dis exactement ce qu'on dit quand on est clandestin et qu'on appelle ses parents : “Tout va bien, on est dans un pays super.” Tu les rassures. » »

En France : des duvets vides de SDF

Plus tard, la clandestine se retrouve à Paris. Gatlif filme les rassemblements place de la Bastille, mais aussi la misère qui grève les trottoirs parisiens : il filme des duvets et des abris de SDF et cite leur nom :

« Il faut arrêter avec les images de gens qui dorment dehors. Ce sont des vrais humains, de tous bords, qui sont là. Maintenant, les gens commencent à être blasés. J'ai entendu souvent ce mot-là : “ blasé ”. Ça n'est pas possible. Ça me fait peur. Changeons le monde, bon sang ! »

 

 

Tony Gatlif raconte le tournage d« 'Indignados » en France

Comme le livre d'Hessel, Gatlif prône la désobéissance civile :

« Dire “non”, quand quelque chose vous paraît injuste, sans passer par la violence. »

Pour la présidentielle, il rêverait d'un monde où « personne n'irait voter. Personne. Ce serait un acte symbolique formidable » :

« Pour qui on va voter ? Qu'est-ce qui changera ? Mon rêve absolu, ce serait que le peuple descende dans la rue et dise ce qu'il veut. Mais c'est un rêve. On revient à la réalité ?

Dans ce cas, évidemment, il faut que tout le monde vote en mai prochain. Tout le monde. J'espère que les Manouches et les Roms qui ont la nationalité iront voter. C'est très important pour eux. »

Voter PS ? « Il faut pouvoir gagner »

Même si pour lui, le Front de Gauche relaie le mieux les valeurs des « Indignés », il votera sans doute PS : « Il faut pouvoir gagner. » Il revient aux 133 000 sans-abri de France :

« Le social, c'est pour ça que je vais voter PS. Parce qu'avec eux, il me semble qu'on peut parler. »

Il s'interrompt :

« Je suis pas inscrit, ni copain avec eux, hein. C'est la première fois que j'en parle. Mais il faut arrêter avec les gens qui dorment dehors. »

Gatlif voudrait que son filme « change quelque chose ».

Les puissances financières ont beau continuer à dicter les politiques nationales, et le mouvement des « Indignés » à n'avoir aucun relai politique, Gatlif reste convaincu que le mouvement n'en est qu'à ses débuts :

« Les inégalités n'ont pas fini de s'accroître. Il n'y a aucune raison que le mouvement indigné s'arrête.

Le but n'est pas l'effondrement du système. C'est l'espoir qui est en marche. »

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:57

LEMONDE | 07.03.12 | 14h07  

 
 

 

En 2008, Geir Haarde – ancien premier ministre de l'Islande – n'a pas su éviter la faillite des banques et l'effondrement de l'économie.

En 2008, Geir Haarde – ancien premier ministre de l'Islande – n'a pas su éviter la faillite des banques et l'effondrement de l'économie.AFP


Reykjavik Correspondance - Dans le Musée de la culture islandaise, en haut d'une colline du centre-ville d'où l'on voit la banque centrale, la Haute Cour de justice et les bureaux du chef du gouvernement, l'Islande juge son ancien premier ministre.

Geir Haarde occupait cette fonction en 2008 quand son pays, sidéré, vit ses banques faire faillite et son économie s'effondrer. C'est un tribunal spécial, seul apte à juger un ministre et interpellé pour la première fois, qui a été saisi. Et la mise en scène est spectaculaire : si elle n'est pas transmise en direct, les Islandais en suivent heure par heure le déroulement sur Internet. Plus de 60 témoins sont appelés à témoigner, dont une brochette de ministres présents et passés.

Mais quel est l'enjeu, plus de trois ans et demi après l'effondrement ? Sans doute pas de punir un homme, vieilli et grossi, qui se remet d'un cancer de l'oesophage et dont la carrière politique, à 64 ans, est terminée. Il ne risque d'ailleurs que deux ans de prison. Et ne peut être tenu seul responsable de l'effondrement de son pays.

Non, l'enjeu, au travers des témoignages des principaux acteurs, est de faire la lumière sur ce qui s'est passé. Et aussi de savoir pourquoi l'Islande s'en est finalement si bien tirée.

Geir Haarde ne devrait pas être seul sur le banc des accusés. Trois autres ministres, dont deux socialistes, le ministre du commerce et celui des affaires étrangères devraient être à ses côtés. Mais l'actuelle première ministre, Johanna Sigurdardottir, a voulu éviter cette humiliation à ses camarades.

De quoi Geir Haarde est-il accusé ? De ne rien avoir fait pour arrêter la débandade des établissements financiers. Et de ne pas avoir œuvré pour donner à la banque en ligne Icesave le statut de filiale britannique, ce qui aurait permis de transférer la douloureuse ardoise à Londres. Et évité au pays deux référendums et deux refus de payer. L'affaire est désormais devant la Cour de justice européenne.

 

INCAPACITÉ À GÉRER SON PAYS

Que dit Geir Haarde à ses juges ? Qu'il était impuissant. Et ses anciens ministres de droite et de gauche reprennent en choeur le même couplet. Les juges ne devraient pas limiter leurs questions à 2008. Car, dans l'effondrement du pays, il ne faut pas oublier des causes plus anciennes.

La privatisation des quotas de pêche a accordé aux armateurs des fortunes insensées et un délire d'investissement à l'étranger presque toujours catastrophique. Il y eut ensuite une privatisation calamiteuse des banques accordées à des copains coquins qui n'en étaient pas dignes. Puis des établissements bancaires qui accordaient n'importe quel crédit à n'importe qui, anesthésiant permettant à la population de rester sage.

Paradoxalement, l'incapacité du premier ministre à gérer son pays a été une chance extraordinaire pour l'Islande. Paralysé par l'inaction, il n'a rien fait d'autre en 2008 qu'endormir ceux qui avaient des doutes.

Quand les agences de notation retirèrent leur triple A, l'Islande ne pouvait plus lever de fonds. Le gouvernement de Geir Haarde déclara la faillite des banques.

Sauver des banques qui avaient prêté onze fois le produit intérieur brut du pays était ingérable. Les banques étrangères, honteuses de s'être fait avoir, ont refilé leurs créances à des "junk funds" qui sont aujourd'hui les vrais propriétaires de deux des banques islandaises, la troisième étant nationalisée.

L'Islande, avec le soutien du Fonds monétaire international, remonte la pente. L'Etat-providence a été sauvé. La consommation s'est effondrée. Mais le chômage ne dépasse pas 7 % : il a souvent suffi aux entreprises de supprimer les heures supplémentaires pour éviter les licenciements. Beaucoup d'étrangers sont repartis, les Islandais se sont expatriés.

La colère des manifestations a fait place à l'amertume. Les Islandais de gauche ne sont pas enthousiasmés par la politique d'austérité du gouvernement qu'ils ont élu, tandis que ceux de droite rêvent d'un nouveau boom économique.

Coup de chance : le maquereau, poussé par le réchauffement climatique, est arrivé dans les eaux islandaises et les quotas de pêche ont été sensiblement augmentés.

Gérard Lemarquis

 


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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:52

LEMONDE.FR avec AFP | 07.03.12 | 10h03

 
 

 

Le système aurait perduré jusqu'en 2007, avant l'arrivée d'un nouveau directeur financier chez RRG qui aurait progressivement fait le ménage, selon l'ancien cadre.

Le système aurait perduré jusqu'en 2007, avant l'arrivée d'un nouveau directeur financier chez RRG qui aurait progressivement fait le ménage, selon l'ancien cadre.AFP/FABRICE COFFRINI


Lors d'une enquête de la justice sur les motifs de son licenciement, un ancien directeur financier d'une filiale de Renault au Luxembourg a accusé le constructeur français d'avoir établi des fausses factures visant à léser le fisc, rapporte Libération, mercredi 7 mars.

Etienne Mars, directeur financier de Renault Retail Group (RRG) licencié en 2009, fait partie des trois cadres de cette filiale luxembourgeoise qui se sont portés partie civile dans l'enquête sur la fausse affaire d'espionnage du groupe automobile, s'estimant eux aussi victimes de fausses accusations.

Lors d'une audition, les 27 et 28 septembre 2011, M. Mars avait affirmé que RRG "émettait de fausses factures à l'adresse des filiales européennes d'un montant déterminé", selon un rapport d'enquête de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) cité par le quotidien. Ces sommes, payées selon lui par des filiales à une société du groupe Renault, avaient pour but de "fausser à la baisse le bilan financier et baisser les impôts de chaque succursale Renault dans son pays d'implantation", toujours selon ce rapport au juge d'instruction. Le système aurait ainsi perduré jusqu'en 2007, jusqu'à l'arrivée d'un nouveau directeur financier chez RRG qui aurait progressivement fait le ménage, selon l'ancien cadre.

LICENCIEMENTS ABUSIFS

"Etienne Mars a apporté par la suite aux enquêteurs les documents appuyant ses dires", selon une source proche du dossier citée par Libération. Etienne Mars, Alex Hoffmann, l'ex-directeur des ventes de RRG et Antonio Rigo, l'ex-directeur technique, affirment que leur départ du groupe automobile – par licenciement en 2009 pour les deux premiers et une démission contrainte, selon lui, pour le troisième – était injustifié.

Une enquête de la DCRI, révélée mardi, a mis au jour que des faux figuraient dans des dossiers aux noms des trois  anciens cadres, notamment des comptes inexistants, selon leur avocat, Me Alexandre Varaut, qui souligne les similitudes avec les licenciements à la fin de 2010 de trois cadres de Renault indûment accusés d'espionnage industriel.

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:46

LEMONDE.FR | 07.03.12 | 12h21

 
 

Le chef de l'Etat a développé, mardi 6 mars, sur le plateau de l'émission "Des paroles et des actes" de France 2, ses propositions concernant l'immigration. Des déclarations qui marquent un durcissement de ses positions sur le sujet.

 

 

  • "Diviser par deux" le nombre d'entrées annuelles

"Il y a trop d'étrangers sur notre territoire", a déclaré mardi Nicolas Sarkozy, qui veut "diviser par deux le nombre de gens" que la France accueille chaque année : soit passer, en cinq ans, d'environ "180 000 à 100 000" entrées annuelles en France.

Une orientation motivée, selon lui, par le "système d'intégration [qui] fonctionne de plus en plus mal" et la difficulté à "trouver un logement, un emploi, une école". En faisant cette annonce, le chef de l'Etat va encore plus loin que le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, qui avait déclaré, le 10 janvier, lors de la présentation des chiffres de l'immigration, vouloir ramener à 150 000 les entrées annuelles.

De par son ampleur, l'objectif fixé par le chef de l'Etat semble toutefois peu réalisable. D'abord, parce que le nombre d'entrées chaque année n'est pas de 180 000 mais de presque 200 000 (199 715 exactement, en 2010, ou encore 198 070, en 2009). Ensuite, parce que l'essentiel des entrées en France concernent, soit de l'immigration familiale, soit de l'asile. Or ces flux sont difficilement "contrôlables" car ils dépendent de conventions internationales qui protègent, notamment, le droit à "vivre en famille".

L'immigration dite de "travail", en France, est la seule qui soit relativement "maîtrisable". La crise économique peut, éventuellement, faire baisser l'attractivité de la France pour ces migrations. Mais celles-ci ne concernent de toute façon qu'environ 10 % de l'ensemble des entrées.

  • Restreindre l'accès au RSA et au minimum vieillesse

Mardi soir, Nicolas Sarkozy a également annoncé vouloir restreindre l'accès au revenu de solidarité active (RSA) et au minimum vieillesse pour les étrangers. Ne pourront, à l'avenir, en bénéficier, que ceux qui auront "résidé dix ans en France et travaillé cinq ans", a-t-il indiqué.

> Lire aussi : Minimum vieillesse : les raccourcis de Sarkozy

D'après M. Sarkozy, "165 000 étrangers" reçoivent aujourd'hui le RSA, et 20 000 le minimum vieillesse. Les étrangers en situation régulière, en France, ont, dans la plupart des cas de figure, le même accès aux droits sociaux que les Français. Cette disposition, si elle était adoptée, reviendrait sur cette continuité.

  • Conserver l'aide médicale d'Etat

En revanche, M. Sarkozy a précisé ne pas vouloir supprimer l'aide médicale d'Etat (AME) accordée aux étrangers en situation irrégulière, comme le réclame l'aile la plus à droite de la majorité. "Je ne souhaite pas qu'on remette en cause cette générosité française", a-t-il déclaré.

> Lire aussi : Sarkozy peine à imposer un duel avec Hollande

Elise Vincent

 


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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:41

LEMONDE | 07.03.12 | 11h43   •  Mis à jour le 07.03.12 | 11h55

 
 

 

Le texte, adopté par les députés le 6 mars 2012, crée une nouvelle carte d'identité électronique et un fichier central réunissant les données biométriques de l'ensemble des détenteurs de la carte mais aussi du passeport.

Le texte, adopté par les députés le 6 mars 2012, crée une nouvelle carte d'identité électronique et un fichier central réunissant les données biométriques de l'ensemble des détenteurs de la carte mais aussi du passeport.AFP


Les députés ont définitivement adopté lors d'un vote solennel, mardi 6 mars, la proposition de loi relative à la protection de l'identité, par 285 voix pour (UMP et Nouveau Centre) et 173 voix contre. Le texte crée une nouvelle carte d'identité électronique et un fichier central réunissant les données biométriques de l'ensemble des détenteurs de la future carte mais aussi du passeport actuel: taille, couleur des yeux, deux empreintes digitales et une photographie.

Ce fichier sera d'une "puissance jamais atteinte", a rappelé, mardi, le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas, pour le groupe PS. Il ne s'agit pas pour autant d'un fichage intégral de la population française, comme l'ont parfois affirmé ses contempteurs. La carte d'identité reste facultative – et gratuite, d'ailleurs. Les députés socialistes devaient saisir, dès mercredi, le Conseil constitutionnel, en arguant notamment du manque de proportionnalité entre le fichier et sa finalité, la lutte contre l'usurpation d'identité.

Les nouvelles cartes pourraient être prêtes "dix-huit mois après la parution du décret d'application", estime Bertrand Maréchaux, le directeur de l'Agence nationale des titres sécurisés, qui supervise le dossier au sein du ministère de l'intérieur. Un appel d'offres pour sa fabrication devrait être lancé avant la fin mars.

 

 UN PARCOURS PARLEMENTAIRE HEURTÉ

Le parcours parlementaire de ce texte a été pour le moins heurté. Après plusieurs tentatives avortées depuis dix ans, ce sont deux sénateurs UMP, Jean-René Lecerf et Michel Houel, qui ont déposé une proposition de loi en juillet 2010. Ont suivi dix-huit mois de bataille acharnée entre les partisans de la création d'un fichier unique des identités – les députés UMP et le ministre de l'intérieur, Claude Guéant – et les sénateurs de tous bords, défenseurs du "lien faible", soit une limitation technique destinée à empêcher de manière certaine tout détournement du fichier.

Fin octobre 2011, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) avait estimé que "la proportionnalité de la conservation sous forme centralisée de données biométriques, au regard de l'objectif légitime de lutte contre la fraude documentaire, n'est pas à ce jour démontrée". Durant les discussions, l'estimation du nombre d'usurpations d'identité a varié de 200000 à 100000, en passant par 50000… En 2010, les services de police et de gendarmerie ont constaté 13141 faits de fraude documentaire et à l'identité.

 

>>>> Lire l'article "La CNIL pointe les risques d'un fichier unique des identités et propose des alternatives"


La CNIL s'inquiétait également de la confusion entre "deux catégories de finalités" pour le fichier: "la gestion des procédures administratives de délivrance des titres" et "un nouvel outil de police judiciaire". Le texte définitif tient compte de ces remarques – même s'il maintient le principe d'une base de données unique.
 

"Les garanties en matière d'utilisation des fichiers imposées par la CNIL sont respectées, comme l'accès à la base restreint aux seuls agents de l'Agence nationale des titres sécurisés, la traçabilité de ces accès, la segmentation des données, la sécurisation des transmissions et la protection contre les intrusions", a défendu, lors de la dernière discussion au Palais-Bourbon, le 29février, Philippe Goujon (UMP, Paris), rapporteur du texte.
 

La loi prévoit aussi qu'"aucune interconnexion (…) ne peut être effectuée" avec "tout autre fichier ou recueil de données nominatives". Et il ne sera possible de remonter des empreintes jusqu'à l'identité que dans trois cas: lors de la délivrance ou du renouvellement du titre, et, sous le contrôle d'un magistrat, dans le cadre d'infractions liées à l'usurpation d'identité, et pour permettre l'identification de victimes d'accidents collectifs ou de catastrophes naturelles.

 

 POUR LE PS, PAS D'"OPPOSITION DE PRINCIPE"

Mais ces protections ne sont pas gravées dans le marbre, évidemment. "La loi peut changer demain", s'inquiète François Rebsamen, chargé du pôle sécurité dans la campagne de François Hollande. Le sénateur de la Côte-d'Or n'a pas d'"opposition de principe" au texte. Il n'envisage pas une abrogation en cas de victoire du candidat socialiste, mais plutôt une "remise à plat": "On se laisse la possibilité d'améliorer le texte, pour mieux concilier l'efficacité de la lutte contre l'usurpation d'identité et la protection de la vie privée."

Car la nouvelle loi ne règle pas un problème souvent au cœur des affaires d'usurpation d'identité: la fiabilité des documents sources fournis par les demandeurs. Il n'existe ainsi aucun fichier des actes d'état civil, qui sont pour l'instant fournis par le demandeur lui-même. Quelques communes commencent à peine à expérimenter la transmission automatique entre elles, ce qui éviterait que le demandeur ne puisse fournir un acte falsifié. Même problème pour la déclaration de perte, aujourd'hui un simple bout de papier: elles ne sont plus saisies informatiquement. Ce fichier-là serait pourtant bien utile.

 

>>> Lire aussi le blog de Laurent Mucchielli "L'Assemblée nationale a voté le fichage intégral de la population française"

et celui de Jean-Marc Manach "Le vrai visage des gens honnètes"


Laurent Borredon

 


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