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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:35

Parmi les membres de l'OCDE, la Finlande «affiche des résultats exceptionnels». Selon deux professeurs d'Harvard,   Philippe Aghion, économiste, conseiller du candidat socialiste, et Bénédicte Berner, vice-présidente du comité suédois des droits de l'Homme, «les idées mises en avant par François Hollande [pour réformer l'éducation nationale] (...) paraissent aller dans le bon sens à la lumière de l’expérience finlandaise».    


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La réforme de notre système d’éducation primaire et secondaire est au cœur du débat présidentiel et cela se comprend: la France, qui consacre 7% de son PIB au budget de l’éducation nationale, affiche des performances éducatives en déclin continu depuis dix ans. En 2009, 20% des élèves entrant en sixième ne maîtrisaient pas les savoirs fondamentaux.  La part des élèves en échec scolaire a progressé de près de 20% entre 2000 et 2009. Enfin, la France est le pays de l’OCDE où les résultats scolaires sont le plus fortement corrélés à l’origine socio-économique. Or, plusieurs études récentes établissent une relation claire entre d’une part la qualité de l’enseignement primaire et secondaire dans un pays et d’autre part les performances de ce pays en matière de croissance et de taux d’emploi. 

Il est un pays européen, la Finlande, qui consacre à l’éducation la même part de son budget que la France, et pourtant obtient des résultats très supérieures aux nôtres. C’est en particulier grâce à ses performances éducatives que la Finlande, après la grave crise économique et financière qu’elle a traversée pendant les années 90, a pu se transformer en un vivier d’innovations et devenir le pays de Nokia. Sur l’échelle des enquêtes Pisa, qui mesure l’acquisition des savoirs et des compétences dans différents pays par des tests réalisés sur des élèves de 15 ans tous les trois ans depuis l’année 2000, la Finlande affiche des résultats exceptionnels: parmi les pays de l’OCDE, elle occupe la deuxième place en lecture et compréhension de texte ainsi qu’en mathématiques, et la première place en sciences. En revanche, les résultats Pisa de la France se situent dans la moyenne des pays de l’OCDE pour la lecture mais en dessous pour les sciences et les mathématiques, et globalement, les résultats n’ont cessé de se détériorer depuis l’année 2000.

Où réside le secret de la réussite finlandaise? Dans de longues journées d’école suivies de devoirs interminables à la maison? Dans une extension de la charge de cours des professeurs du secondaire et un accroissement de leur polyvalence? Dans la  concurrence entre écoles? Dans la sélection précoce des élites? Absolument pas: le nombre d’heures de présence à l’école est en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, et les devoirs ne dépassent guère une durée d’une heure durant les neuf premières années d’école obligatoire ou de deux heures pour le collège. Et il n’y a pas de classement, de comparaison ou de concurrence entre écoles.

Les secrets de la réussite finlandaise

Le modèle finlandais repose sur quatre leviers: l’égalité d’accès à l’école, un soutien scolaire massif à chaque élève en particulier dans le primaire; des enseignants hautement qualifiés et responsabilisés dans tous les établissements scolaires finlandais; enfin une utilisation efficace et cohérente des ressources grâce à une gestion partagée entre autorités nationales, instances municipales et établissements scolaires.

1.   Egalité d’accès à l’école

Après avoir réalisé que sa compétitivité ne pouvait plus reposer uniquement sur une production traditionnelle et sur ses ressources naturelles, la Finlande a entrepris de reformer son système éducatif dans le but de préparer non pas une élite étroite mais l’ensemble de ses citoyens aux nouveaux défis de la globalisation. De fait, le système finlandais offre à chaque enfant les mêmes possibilités d’apprendre, quels que soient l’origine sociale, le revenu familial ou le lieu de résidence. Il n’existe pas en Finlande de classement entre écoles. Les parents sont libres de choisir l’école de leur(s) enfant(s) mais les options de base sont identiques. L’éducation primaire et secondaire est vue en premier lieu comme un instrument d’égalité sociale et non comme un moyen de produire des «star performers». L’égalité des chances se matérialise par une école publique gratuite (la Finlande n’a pas d’écoles privées), des repas gratuits, une allocation de transport, un accès facilité aux soins médicaux et au conseil psychologique et surtout l’accès au soutien académique individualisé. 

2.    Un soutien scolaire à chaque élève dès l’école primaire

Le second levier du succès finlandais est son système très développé de lutte contre l’échec scolaire dès le primaire: il s’agit en effet d’identifier très tôt les lacunes de l’enfant afin d’éviter des retards cumulatifs. La loi finlandaise permet à chaque enfant d’obtenir gratuitement un soutien individuel pédagogique soit général soit dans une matière spécifique. La mise en place de ce dispositif de soutien relève de la responsabilité de chaque professeur, qui peut à cet effet se faire seconder par un autre professeur ou tuteur. Le soutien est octroyé sous forme de cours supplémentaires individuels ou par petits groupes de 5 à 6 élèves au plus. Chaque école dispose d’un «School Welfare Group» chargé de planifier et coordonner toutes les activités de soutien au sein de l’école. Le temps réservé à cette activité de soutien dépend des besoins propres à chaque enfant. Les résultats de cette politique sont édifiants: 0,3% seulement des élèves quittent l’école au cours des neuf premières années d’études; il y a 2% de redoublement en Finlande contre 4% en France; près de 97% des élèves poursuivent leurs études jusqu’au bac (44% en bac professionnel). En 2010, 23% des moins de 19 ans, 45% des 20-24 ans et 30% des plus de 25 ans, ont été reçus à l’université. 

3.   Des enseignants qualifiés et responsabilisés

Le métier de professeur en Finlande est très prestigieux. La formation des enseignants est offerte gratuitement par 11 des 14 universités finlandaises et elle est considérée comme l’une des filières professionnelles les plus sélectives du pays. En 2010, sur un total d’environ 16 400 candidats à cette formation, seuls 800 furent acceptés. La sélection des candidats se fait en deux temps: tout d’abord un test écrit national d’aptitude et de connaissances générales, puis dans une seconde étape une épreuve (essai ou interview) organisée par l’université. Le système de formation des enseignants attire les meilleurs étudiants et, à l’opposé de ce que l’on observe en France, le nombre de candidatures annuelles ne fait qu’augmenter.

Tous les professeurs doivent suivre une formation de base jusqu’au niveau bac + 5. Ensuite, il y a 18 mois de formation pédagogique avec stages d’apprentissage organisés par l’université. Bien que la formation des enseignants se fasse dans différentes universités, elle produit des enseignants de qualité relativement uniforme dans tout le pays.

La Finlande met également l’accent sur la formation continue gratuite des professeurs. Celle-ci relève de la responsabilité des employeurs, en général les municipalités, même si la mise de départ provient du budget de l’Etat qui verse chaque année 20 millions d’euros au Conseil national de l’éducation qui ensuite les redistribue aux municipalités. Les accords communaux passés avec les écoles prévoient au minimum trois jours de formation continue par an et par école. Près de 30 000 professeurs (75% du corps enseignant) en bénéficient chaque année (75%).

La formation sélective, exigeante, et continue des enseignants constitue le principal facteur de valorisation du métier de professeur, au moins autant que les salaires (les professeurs finlandais ne sont pas mieux payés que dans la moyenne des pays de l’OCDE, mais néanmoins davantage qu’en France). Valoriser les enseignants permet également de les responsabiliser: cette responsabilisation se reflète dans l’autonomie accordée aux enseignants dans le choix des méthodes pédagogiques et dans l’évaluation pédagogique, sociale ou psychologique des besoins de chaque élève.

La Finlande a bien eu raison de miser sur la qualité des enseignants car celle-ci se révèle être essentielle pour la réussite économique des élèves: une étude récente publiée en 2011 par les économistes Raj Chetty et John N. Friedman (Harvard) et Jonah E. Rockoff (Columbia) tente d’évaluer les résultats d’une politique centrée sur la qualité des enseignants. A partir de données rassemblées aux Etats-Unis sur un million de collégiens de la 9e(équivalent de la troisième en France) au bac, l’étude montre que de bons enseignants non seulement permettent aux élèves d’obtenir de meilleurs résultats aux tests mais également leur donnent de meilleures chances de réussite pour l’avenir.  Avoir un bon professeur en 9e se traduit pour l’élève par un accroissement de 1,25% de chance d’accéder à l’université. Cela représente aussi près de 25 000 dollars de revenus supplémentaires sur toute une vie, soit près de 700 000 dollars au niveau d’une classe de taille moyenne. 

4. Une structure de décision flexible et décentralisée

La politique d’éducation en Finlande repose sur l’interaction et le consensus entre différents niveaux de décision. Au niveau national, les acteurs sont le ministère de l’éducation et le Conseil national de l’éducation. Ce conseil est indépendant du ministère mais les deux instances coordonnent leurs activités. Le Conseil est notamment chargé de la mise en place du curriculum national de base, revu tous les quatre ans, et il surveille sa mise en œuvre. Elaboré par des représentants du syndicat des enseignants, des municipalités, de l’Institut national de la santé, des universités, des municipalités  et des écoles, ce curriculum donne un cadre général aux écoles; il définit les buts et le contenu des programmes scolaires ainsi que les résultats escomptés en fin des 2e, 5e et 9e années scolaires et il détermine le nombre d’heures d’enseignement.

Dans le respect de ce cadre, les municipalités, en accord avec les écoles, sont libres de mettre l’accent sur telle ou telle matière ou d’augmenter leurs heures de cours. Ainsi, au niveau local, les municipalités et les écoles jouent un rôle important dans l’adaptation des curricula aux besoins locaux tout en respectant le cadre de base défini par les instances nationales. Les municipalités sont également responsables du design et de la maintenance des écoles ainsi que de la formation continue des professeurs.

La moitié du budget municipal consacre à l’éducation vient de l’Etat, l’autre moitié des taxes municipales, et l’Etat fixe un montant minima pour le budget municipal. Il est prévu de resserrer le cadre de contrôle financier du gouvernement sur les municipalités dans le domaine de l’éducation dans le but d’inciter les instances locales à consacrer une part plus importante à des programmes scolaires plus ambitieux. 

Exemples de ce qu’il ne faut pas faire

Il est intéressant de comparer la Finlande avec d’autres pays voisins, d’autres pays scandinaves dotés d’un système politique relativement similaire au système finlandais: la Norvège et la Suède. Ces deux pays ont également procédé à des réformes profondes de leurs systèmes éducatifs mais en suivant des directions très différentes, c'est-à-dire en poussant pour davantage d’écoles privées ou en accroissant la concurrence entre établissements. Les résultats ne sont guère probants, avec des classements Pisa qui se sont fortement détériorés pour ces deux pays depuis l’année 2000.

Conclusion

Il ne s’agit évidemment pas pour la France de simplement copier le système finlandais: la Finlande est un petit pays avec une population très homogène: seuls 4,6% des citoyens finlandais sur une population totale de 5,4 millions sont nés à l’étranger. Il n’empêche, l’impressionnante réussite du modèle finlandais et le moindre succès de ses voisins scandinaves, suggèrent quelques lignes de force pour reformer notre propre système éducatif: un système égalitaire qui évite la sélection précoce des élèves; un investissement massif dans le soutien individualisé aux élèves en difficulté dès le primaire; une valorisation du métier d’enseignant avec une formation pédagogique initiale conséquente et ensuite une obligation de formation continue; enfin, un partenariat plus équilibré entre instances pédagogiques nationales, les autorités régionales ou locales, et les établissements scolaires. Telle est la grille de lecture que l’exemple finlandais suggère pour comparer les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle. En particulier, les idées mises en avant par François Hollande, notamment de mettre davantage l’accent sur le primaire et les zones défavorisées, d’accroître les moyens et les effectifs afin d’assurer un meilleur accompagnement individuel des élèves, et de rétablir un véritable système de formation des maîtres, nous paraissent aller dans le bon sens à la lumière de l’expérience finlandaise.

 


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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:23
Marianne - Dimanche 11 Mars 2012 à 05:00

 

Francis Journot - Tribune

 

Allons-nous bientôt sonner le glas de l'industrie française du textile, de la mode et du luxe ? Au moment où toutes les personnalités politiques prétendent vouloir sauver le « made in France », nous assistons paradoxalement à la disparition des derniers sites français de production. Récit d'un déclin industriel et économique par Francis Journot.

 

(Usine textile française - ZEPPELIN/SIPA)
(Usine textile française - ZEPPELIN/SIPA)

Le transfert de notre savoir-faire vers la Chine

Lors d’un débat a propos du « made in France », organisé le 23 janvier 2012, au salon du prêt à porter Paris, Jean Pierre Mocho, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin depuis 12 ans et de l’Union française des industries de l’habillement pendant 6 ans, affirmait : « L'origine des produits reste secondaire pour les acheteurs (...) Le consommateur est plus attaché à sa marque qu'à son lieu de fabrication. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais c'est un constat évident. »
 
Le Député européen et ancien directeur général du CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), Robert Rochefort, avait alors fait remarquer à Jean Pierre Mocho : « La filière a une part de responsabilité dans le problème actuel, vous avez fait perdre au consommateur la perception de la valeur réelle, et symbolique, des produits d'habillement. De fait, le made in France, si vous n'y croyez pas vous-même, ne sert à rien », puis il avait  reproché « l'usage abusif du nom "Paris" comme marque de qualité. »
 
Il convient de souligner que Jean Pierre Mocho était en septembre 2011, le signataire d’un accord de coopération exclusif entre la France et la Chine, prévoyant notamment « la mise en œuvre d’une coopération industrielle, l’échange de stylistes, modélistes, techniciens et plus généralement d’expériences professionnelles et de formations ». En clair, la livraison à la Chine de ce qu’il reste de notre savoir faire !

Le leadership mondial de la mode française et du luxe bientôt menacé

En 2010, le gouvernement a proposé, sans conviction, une charte de bonne conduite entre les griffes de prêt-à-porter et les façonniers, mais les grands groupes du luxe ont évidemment refusé de s’engager sur des quotas  minimum de vêtements « made in France ». Les marques de luxe délocalisent discrètement depuis plusieurs années et  aujourd’hui [la plupart d’entre elles fabriquent déjà une part importante de leur production hors de nos frontières.  ]url:../../Luxe-le-made-in-Italie-ou-France-se-fabrique-a-Canton-et-a-Cracovie_a203164.html
  
Pourtant, en 2009, dans son rapport commandé par le ministère de l’industrie Un plan pour la façon française, Clarisse Perrotti Reille mettait en garde les donneurs d’ordres de la mode et du luxe :
 
« La question du savoir-faire français et de son rayonnement se pose avec une très vive acuité. Il ne faut pas s’y tromper, la façon française et notamment la Haute Façon constitue un enjeu stratégique majeur pour l’économie française. En effet, si par grand malheur, elle devait devenir anecdotique ou pire disparaître, le leadership mondial de la France en matière de mode, de créativité, de luxe en serait graduellement affaibli et, à terme, compromis (...) La filière de la façon comptait 6 000 employés fin 2008 et perd jusqu'à 1 000 emplois par an. »
 
Chaque mois, des façonniers ferment des ateliers et on peut craindre la disparition avant cinq années, de la plupart des 3 000 dernières ouvrières de la filière, alors qu’à son apogée, le secteur du textile habillement employait plus d’1 million de personnes et gênerait encore 2 ou 3 millions d’emplois indirects et induits. 
 
Plusieurs siècles auront été nécessaires pour que la France bâtisse son leadership mondial en matière de mode et confère à Paris son statut de capitale mondiale de la Haute-Couture. Mais quelques années auront suffi aux marques de la mode et du luxe pour compromettre cette réputation et ruiner cet héritage.                  
    
Le salon « made in France » 2012 se tiendra les 28 et 29 mars et regroupera à peine 60 façonniers de l’habillement au lieu de 120 en 2008. On peut craindre que le salon de la Haute Façon 2012 soit l’une des dernières éditions de ce salon de l’excellence du savoir-faire français. 
 
Selon le ministère de l’Économie et des finances, 5 % des vêtements vendus dans l’hexagone sont fabriqués en France. Ce chiffre déjà très bas est pourtant surestimé et la part des achats de vêtements  effectués aujourd’hui par nos concitoyens, pourrait s’avérer encore inférieur.

Le renoncement de Nicolas Sarkozy

Lors de l’annonce de sa candidature, Nicolas Sarkozy nous a fait part de sa résignation face à la mondialisation :
« Le textile ne marche plus car il y a une concurrence effrénée en Inde et ailleurs », mais nous a néanmoins présenté la maroquinerie haut de gamme comme un secteur d’avenir.   
  
Notre président s’est également félicité de son intervention pour former au métier de maroquinière — 93 des 340 salariées licenciées de Lejaby — mais n’a pas semblé regretter le gâchis de la disparition du savoir-faire du dernier fleuron français de la lingerie de luxe.
Cependant, selon Raymond Vacheron, responsable CGT textile : « À Lejaby, les salariées produisent sept soutiens-gorges de l’heure, et sur un soutien-gorge qui se vend 80 euros dans le commerce, seulement 2 euros servent à rémunérer le travail ! ». Même si l’on compte un coût de production plus réaliste de 10  ou 12 euros, on s’aperçoit que la délocalisation n’était pas inéluctable.  
       
Par ailleurs, la maroquinerie haut de gamme qui, selon Nicolas Sarkozy, offre davantage de perspectives d’avenir que le textile, ne fournit qu’une dizaine de milliers d’emplois de production dans l’hexagone et la plupart des articles vendus en France, du bas au haut de gamme, proviennent d’Asie. 
Les marques de maroquinerie fabriquant encore en France, sont rares : parmi les plus fameuses, Hermès, qui emploie 1 700 ouvriers, et Louis Vuitton (Groupe LVMH), dont les articles en toile cirée ornée du célèbre monogramme, génèrent 3 000 ou 4 000  emplois sur les sites de production implantés en France.
 
La concurrence effrénée et déloyale provoquée par le dumping monétaire, social et environnemental de pays en développement, n’est évidemment pas spécifique aux secteurs du textile et de la maroquinerie. Aujourd’hui, aucun secteur n’est épargné et faut-il pour autant renoncer définitivement à produire en France alors que notre déficit commercial a augmenté de 35 % en un an pour atteindre son record avec 70 milliards d’euros en 2011 et que l’on compte 1 million de chômeurs en plus depuis 5 ans ?
Certes non, et il existe des solutions pour [relancer l’industrie manufacturière des biens de consommation]url:../../Comment-creer-un-million-d-emplois-maintenant-_a215221.html , à condition bien sur, d’en avoir la volonté politique. 

L'essor du luxe dans ls pays en développement crée-t-il de l'emploi en France ?

La fabrication des articles de luxe, tant vantée par toutes les personnalités politiques comme l’un des atouts essentiels de la France au même rang que les nouvelles technologies, les produits innovants et les R&D, a été majoritairement délocalisée et ne représente que 25 000 ou 30 000 emplois de production en France. Si l’on rapporte ce chiffre à notre population active de 28 millions de personnes, cela ne représente qu’un chiffre dérisoire d’un emploi pour mille actifs.
Le secteur du luxe réalise un chiffre d’affaires proche de 50 milliards d’euros que se partagent quelques groupes qui créent peu d’emplois en France et contribuent peu à notre économie.

Pour exemple, LVMH, n°1 mondial du luxe, a réalisé en 2011, un chiffre d’affaires de prés de 24 milliards d’euros mais 77 % des 80 000 salariés du groupe sont employés hors de France. Soit, selon nous, moins de 7 000 ou 8 000 emplois manufacturiers dans notre pays.

La responsabilité des professionnels et des politiques

Les lobbies mondialistes qui ont préconisé et accompagné la délocalisation de l’industrie, sont souvent les interlocuteurs privilégiés des gouvernements et cette collaboration contre nature a renforcé la légitimité de ces groupes d’influence.
La reconnaissance providentielle de l’état, a ainsi fourni des moyens supplémentaires à ces inconditionnels partisans de la mondialisation et encore accéléré la délocalisation de l’industrie française.
 
Les dirigeants des organisations professionnelles de la mode et des autres secteurs industriels  portent une lourde responsabilité dans la délocalisation de l’industrie française. Leur efficace lobbying pour la désindustrialisation coûtera des centaines de milliards d’euros à notre pays et la perte d’activité risque d’handicaper notre économie pendant plusieurs décennies.
 
Ces lobbies ont livré les industries patrimoniales à nos concurrents économiques et ainsi provoqué un chômage massif et des déficits publics colossaux.
Complices, nos gouvernements successifs, de droite ou de gauche, ont, au nom du dogme néolibéral du libre-échange, également trahi la confiance de nos concitoyens, ouvriers et consommateurs, en collaborant au démantèlement d’une industrie française patiemment construite et riche d’un savoir-faire appartenant au patrimoine national.

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 13:06

 

Rue89 - Tribune 14/03/2012 à 11h35

Antoine Chopin | Inside Electronic Pipo

Envoyer l'article par emailC'est connu : qu'on fasse une recherche sur Google ou qu'on se serve de réseaux sociaux, nos données personnelles sont collectées, notamment à des fins commerciales.

Les Etats peuvent également s'en servir à des fins judiciaires. A cela, la réponse est souvent la même :

« Peu importe que Facebook ou Google connaissent mes goûts musicaux ou mes opinions ! »

« Je n'ai rien à me reprocher. »

Pourtant, le problème n'est pas là et va beaucoup plus loin : la collecte des données personnelles atteint des proportions très importantes (identité, goûts, opinions, croyances, géolocalisation…), elle est peu régulée et le fichage constant des citoyens met en péril la présomption d'innocence.

Vers un outil de gestion des populations ?

Le décloisonnement de la vie privée : le profilage devient permanent

La collecte de données est passée depuis quelques années à un stade plus avancé de regroupement d'informations en créant des passerelles entre toutes les occupations de l'internaute qui étaient jusque-là cloisonnées. Exemples : les sites équipés de plug-ins Facebook (notamment la connexion avec son compte Facebook et le bouton « J'aime ») et Twitter, ou la géolocalisation dont les smartphones sont équipés.

Cette collecte permanente et vaste de détails anodins aboutit à la création de profils extrêmement précis des utilisateurs : il est non seulement possible de connaître les goûts, tendances politiques et religieuses, relations, achats, occupations d'une personne, mais aussi ses déplacements (virtuels et physiques), ses horaires ou ses modes de transport.

La vie de l'individu moderne, jusqu'ici caractérisée par le cloisonnement tant horaire que spatial de son quotidien, est donc rendue accessible et lisible facilement.

Chez Google, ce décloisonnement vient d'être officialisé par leurs nouvelles politiques de confidentialité : les données personnelles collectées par les différents services de Google seront désormais réunies en une seule base de données. La publicité selon votre géolocalisation exacte (smartphone) sur votre ordinateur, c'est pour bientôt.

Les enjeux d'un profilage constant

Nombreux sont ceux qui, en ayant conscience de ces changements, n'y accordent pas réellement d'importance. Les arguments abondent pour soutenir une telle opinion. Avec deux clichés qui reviennent le plus souvent.

  • Cliché 1. « Mes données enregistrées sur Internet ne sont pas sensibles, peu importe qu'elles soient conservées par tel ou tel organisme. »

Bien au contraire. Une fois un fichier mis en place, il ne reste plus qu'à espérer qu'il ne serve jamais à autre chose que le but initial pour lequel il a été conçu, et c'est un vœu pieu.

On l'a déjà vu avec les fichiers policiers en France : on commence par créer un fichier à but non judiciaire, puis le gouvernement suivant change sa politique et décide de le recouper avec des fichiers policiers. Les informations collectées, jusque là inoffensives, deviennent une arme contre les citoyens.

Or, c'est exactement la même chose avec Facebook : aujourd'hui, les informations dorment tranquillement dans des bases de données mais demain, telle ou telle officine peut très bien faire pression sur le réseau social et mettre la main dessus. Si ce n'est pas déjà fait.

Les possibilités sont d'autant plus importantes que le fichage étatique gagne en vigueur, comme le présage le projet de loi française instaurant un fichier des « gens honnêtes ».

  • Cliché 2. « Les comportements que l'on veut cacher sont forcément des comportements malsains. Les gens honnêtes n'ont pas à avoir peur de la surveillance. »

Cette idée semble avoir la vie dure, et malgré l'histoire chargée qui est la sienne, on la retrouve dans la bouche de presque tous ceux qui se targuent de faire respecter la vie privée. Ainsi selon Eric Schmidt, ancien PDG de Google :

« Si vous avez quelque chose que vous ne voulez pas que les autres sachent, ne le faites pas. »

Cette phrase est une négation de la vie privée, puisqu'elle insinue que toute information que l'on veut garder pour soi est une information immorale ou illégitime.

Or c'est à dans l'essence même de notre régime des libertés de pouvoir choisir d'entretenir sa sphère privée loin des regards intrusifs de ses voisins, de l'Etat ou du monde des affaires. L'argument que les gens honnêtes n'ont rien à craindre d'une surveillance constante a été utilisé presque chaque fois qu'il a fallu faire passer des mesures intrusives pour la vie du citoyen.

Il est d'autant plus immonde qu'il pousse l'individu à censurer son comportement privé au nom d'une prétendue morale collective.

« Regardez-moi » : le paradoxe des réseaux sociaux

Il est cependant évident que cette récupération massive des données n'est pas réalisée de manière autoritaire. C'est en effet tout le paradoxe des réseaux : on voit les usagers adopter successivement des attitudes et des opinions contradictoires.

Tout en protestant contre le non-respect de leur vie privée, les internautes participent joyeusement au décloisonnement de leurs informations personnelles et à leur collecte.

Pour autant, cela signifie-t-il que la protection de la vie privée est un combat qui doit être abandonné sous prétexte que les internautes l'auraient, après tout, bien cherché ?

Certainement pas. Il serait temps de faire enfin appliquer les principes fondamentaux de notre régime des libertés publiques, réaffirmés par le droit européen, mais toujours pas imposés aux organismes comme Facebook ou Google.

Messages privés, courrier électronique... la vie réellement « privée »

Au delà des données à caractère personnel, il faut également s'interroger sur la communication réellement privée – qui n'est destinée à aucun tiers que ce soit, entreprise ou particulier. Comme les messages instantanés, les messages privés, les courriers électroniques ou les conversations audio privées. Comment accepter qu'une entreprise comme Facebook conserve tous les messages privés et tous les e-mails ?

Il y a déjà plusieurs mois, un utilisateur de Facebook a demandé à l'entreprise de lui communiquer toutes les données qu'elle avait conservées sur lui, en vertu de la directive de l'Union européenne à ce sujet. Le résultat est frappant : le fichier PDF rendu contient une quantité astronomique d'informations, dont l'ensemble des messages privés envoyés et reçus, supprimés ou non par l'utilisateur.

Concrètement, cela signifie que tous vos messages privés, notamment, sont conservés dans la base de donnée de Facebook, sans qu'ils puissent être supprimés.

La messagerie instantanée n'est pas épargnée : c'est sur des conversations Skype que reposent par exemple une grande partie des accusations vis-à-vis de Kim « Dotcom » Schmitz. Il n'échappera donc à personne que les communications privées, malgré l'engagement des entreprises, peuvent être consultées grâce aux outils d'espionnage adéquats.

Plus problématique : les historiques de conversation

Il existe ainsi des moyens légaux d'espionner des conversations ou de consulter des e-mails : c'est du moins le cas aux Etats-Unis, où la compagnie Yahoo a même créé un guide pour les autorités publiques expliquant quelles données sont conservées, combien de temps, ainsi que comment y accéder.

Le plus problématique n'est encore pas la possibilité qu'a l'Etat d'espionner des conversations, mais plutôt de consulter des historiques de conversation (par exemple les messages privés conservés sur Facebook). Ces messages privés ne devraient pas être initialement stockés : ils concernent uniquement les citoyens et leurs interlocuteurs.

Un citoyen doit avoir le droit de supprimer ce type de contenu s'il le désire, quelle qu'en soit la raison. Nos courriers, nos messages, nos conversations n'appartiennent ni à Facebook, ni à l'Etat, ni à qui que ce soit d'autre que l'émetteur et le(s) destinataire(s).

L'Union européenne n'est heureusement pas dotée du Patriot Act américain, qui autorise le FBI à exiger l'accès aux données personnelles collectées par des groupes privées, sans supervision judiciaire. Mais le droit en la matière reste flou, incomplet, et a déjà posé problème en raison de l'hégémonie américaine sur Internet.

Pour cette raison, nous pensons que le droit doit être renforcé, à la fois pour limiter la collecte des données personnelles et pour limiter l'utilisation par les Etats de ces données. Le « droit à l'oubli », proposé dans une nouvelle directive européenne, doit également être plus qu'envisagé.

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 13:02
Démission 14/03/2012 à 12h11

Martin Untersinger | Rue89


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Un manifestant tient une pancarte où il est écrit « L'avidité tue » devant les bureaux de Goldman Sachs (Jessica Rinaldi/Reuters)

 

Greg Smith, un haut cadre de la banque d'investissement américaine Goldman Sachs, a annoncé avec fracas sa démission du groupe, en signant une longue tribune dans le New York Times de ce mercredi.

Il déplore la direction prise par la banque sous le mandat de Lloyd Blankfein, PDG de la banque d'investissement américaine, en poste depuis fin mai 2006, qu'il juge « malsaine et destructrice » :

« L'entreprise a tellement changé depuis que je l'ai rejointe après mes études, que je ne peux plus, en mon âme et conscience, m'identifier à ce qu'elle défend. »

Il dénonce notamment la perte de la « culture » de l'entreprise, socle sur laquelle cette banque s'est appuyée, selon lui, depuis sa création en 1869 :

« Cela peut paraître surprenant pour certains, mais la culture a toujours été une composante vitale du succès de Goldman Sachs. Elle inclut le travail d'équipe, l'intégrité, l'humilité et le fait de toujours se comporter correctement vis-à-vis de nos clients. La culture était l'ingrédient secret qui rendait cet endroit fantastique et nous a permis de gagner la confiance de nos clients ces 143 dernières années. »

Pour lui, l'unique but de l'entreprise est devenu le profit, en se détournant de l'intérêt de ses clients :

« J'ai toujours été très fier de conseiller mes clients sur ce que je pensais être bon pour eux, même si cela ramenait moins d'argent à l'entreprise. Cet état d'esprit devient de moins en moins populaire au sein de Goldman Sachs. Je pense vraiment que ce déclin moral de l'entreprise représente la seule et unique menace sérieuse pour sa survie à long-terme. »

Dérives morales

Produits dérivés complexes, clients dénigrés en interne, dérives morales : autant de dévoiements que Greg Smith pointe dans sa tribune :

« Pas une seule minute n'est passée à se demander comment nous pouvons aider nos clients. C'est seulement comment nous pouvons leur soutirer un maximum d'argent. Au cours de ces douze derniers mois, j'ai vu cinq directeurs généraux parler de leurs clients comme des “ marionnettes ”. »

Sur son site, la banque affiche pourtant bien haut ses valeurs :

« L'intérêt de nos clients passe toujours en premier. Notre expérience montre que si nous servons bien nos clients, notre propre succès suit.

L'intégrité et l'honnêteté est au cœur de notre activité. Nous attendons de nos collaborateurs qu'ils appliquent des principes éthiques forts dans tout ce qu'ils font, à la fois dans leur travail pour l'entreprise et dans leur vie personnelle. »

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:57

 

Entretien 14/03/2012 à 12h08

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

 


L'équipe de France féminine de cyclisme à Doha lors du Tour du Qatar 2010, en le 4 février 2010 (Fadi Al-Assaad/Reuters)

 

Devenu le plus gros investisseur du monde, le Qatar est de plus en plus présent en France. Ce mercredi, Les Echos révèlent que Le Qatar a acquis 2% du capital de Total depuis cet été. Le pays devient le troisième actionnaire du groupe derrière les salariés et le milliardaire belge Albert Frère.

Comment expliquer cette stratégie récente de l'émirat et son intérêt pour la France jusque dans des petites villages corréziens, comme l'a raconté Rue89 ?

Directeur de recherche à l'Iris, Karim Emile Bitar, spécialiste du Proche et Moyen-Orient, décrypte les enjeux que représentent ces millions investis par le Qatar en France.

Rue89 : En France, le Qatar investit dans l'immobilier, les grandes et petites entreprises, la culture, le sport... désormais les banlieues. Pourquoi cet engouement pour notre pays ? De quand peut-on le dater ?

Karim Emile Bitar : Des années 80. Une certaine francophilie règne au Qatar depuis cette période. Le père de l'émir actuel était un dilettante qui avait une prédilection pour la Côte d'Azur.

En 1995, lors d'un voyage du père à Genève, le fils l'a déposé et a pris le pouvoir à la faveur d'une révolution de palais. Le père a alors voulu faire jouer un accord de défense entre la France et le Qatar, qui avait été signé un an auparavant. La France a fait la sourde oreille.

Aux yeux du fils, la France avait, par cette attitude, marqué un très bon point. A contrario, le fils ne pardonnera jamais à Hosni Moubarak d'avoir essayé de soutenir son père.

Mais c'est surtout à partir du milieu des années 2000 que l'on peut parler d'engouement pour la France.

  1. « Une politique arabe “bling-bling” »
  2. Profiter de la crise en Europe
  3. « Un Arabe pauvre est un Arabe »
  4. « Le Qatar ne va pas se défaire des Etats-Unis »

Comment qualifierez-vous cette relation ? Est-elle plus étroite depuis l'élection de Nicolas Sarkozy ?

Oui, elle a pris son véritable envol après l'élection de Nicolas Sarkozy.

L'émir du Qatar fut le premier chef d'Etat arabe reçu en France, dès mai 2007. Il venait d'acheter 80 Airbus au prix fort. Par la suite, Nicolas Sarkozy fera lui-même quatre voyages au Qatar.

Avant, des relations s'étaient créées avec lui lors qu'il était encore ministre de l'Intérieur ; la France formait déjà une partie des cadres du Qatar. Jacques Chirac n'avait pas négligé le Qatar, il y avait même fait une dizaine de visites, mais le courant est, semble-t-il, passé beaucoup mieux entre l'émir du Qatar et Nicolas Sarkozy.

Il existe certains points communs dans les tempéraments des deux hommes : ils sont déterminés, énergiques, prennent les choses à bras le corps et veulent que tout aille vite. Ils aiment bien faire des « coups » diplomatiques ou économiques et ne craignent pas de faire preuve d'autoritarisme ou d'un certain bonapartisme.

Le Qatar voulait rapidement élargir son influence sur la scène internationale et était prêt à s'en donner les moyens. Nicolas Sarkozy voulait avoir des relais dans le monde arabe où il était perçu comme pro-israélien. La complémentarité était évidente.

Economiquement, les deux pays avaient énormément à gagner de ce partenariat. Plusieurs grandes entreprises françaises en ont profité. Le Qatar est intervenu comme intermédiaire dans l'affaire des infirmières bulgares, ce qui a permis à Sarkozy d'enregistrer une victoire médiatique.

Sarkozy voulait aussi prendre le contre-pied de Jacques Chirac et réintégrer Bachar el-Assad dans la communauté internationale. Le Qatar va beaucoup aider à ce rapprochement franco-syrien, qui sera couronné par la venue à Paris d'Assad pour le défilé du 14 juillet 2008, aux côtés de Moubarak et de Ben Ali.

Le Qatar interviendra aussi dans beaucoup d'autres dossiers dans lesquels la France avait des intérêts : l'affaire Gilad Shalit, l'aide à l'Autorité palestinienne, les négociations interlibanaises… Enfin, en 2011, la relation est encore montée d'un cran avec la guerre en Libye.

Globalement, si le bilan économique de la relation est bon, le bilan politique est beaucoup plus discutable. Le soutien du Qatar aux milices libyennes fut très problématique puisqu'on voit aujourd'hui qu'elles refusent de désarmer et cherchent à imposer leurs desiderata idéologiques.

En tout état de cause, le Qatar est aujourd'hui devenu pour la France un partenaire stratégique privilégié et incontournable, le pivot d'une nouvelle politique arabe, une politique arabe « bling-bling ».

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:52

LEMONDE.FR avec AFP | 13.03.12 | 21h05

 
 

 

La direction de LaSer Cofinoga, détenu à parts égales par BNP Paribas et Les Galeries Lafayette, a annoncé fin janvier la suppression de 433 postes.

La direction de LaSer Cofinoga, détenu à parts égales par BNP Paribas et Les Galeries Lafayette, a annoncé fin janvier la suppression de 433 postes.AFP/JEAN PIERRE MULLER


Entre 1 000 et 1 500 salariés de LaSer Cofinoga, selon la police et les syndicats, ont manifesté mardi à Mérignac pour réclamer de "véritables" négociations sur le plan qui prévoit 433 suppressions de postes, dont 397 sur le site girondin.

"Nous refusons les licenciements contraints, nous demandons à nos actionnaires des reclassements acceptables, de bonnes conditions de départ et nous réclamons un projet de réindustrialisation et de redynamisation du site de Mérignac", a détaillé Lionel Azougalhi, délégué CFDT (majoritaire), qui appelle la direction à "sortir du bois". A Paris, devant le siège social, une centaine de salariés ont également manifesté à la mi-journée.

"SITUATION DE CRISE ÉCONOMIQUE SANS PRÉCÉDENT"

Une assemblée générale tenue en début d'après-midi a décidé une reprise du travail mercredi sur le site de Mérignac après deux jours de grève. Les salariés doivent se retrouver pour une nouvelle assemblée des salariés mercredi après-midi afin de décider d'autres formes d'action, a indiqué Jean-Louis Gayon, délégué syndical CGT.

La direction de LaSer Cofinoga, détenu à parts égales par BNP Paribas et Les Galeries Lafayette, a annoncé fin janvier la suppression de 433 postes, dont 397 à Mérignac, 44 à Paris, 19 en agences sur rue et deux à Jurançon, dans les Pyrénées-Atlantiques. La direction avait alors expliqué que sa décision était la conséquence d'"une situation de crise économique sans précédent" et d'"évolutions législatives" défavorables au crédit à la consommation.

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:44

 

Le Monde - 13 mars 2012

Contre qui tourner sa colère lorsque son entreprise prend le chemin du dépôt de bilan ? Depuis quelques mois, les délégués syndicaux de l'usine de canapés Green Sofa Dunkerque (122 salariés) ne savent plus trop à qui ils en veulent le plus. A Ikéa, l'unique client depuis plus de dix ans qui va arrêter ses commandes d'ici la fin de l'année pour produire moins cher ailleurs en Europe ? Aux dirigeants de leur entreprise qu'ils soupçonnent de n'avoir pas cherché de nouveaux clients afin de mieux faire payer un plan social à l’État ? Aux candidats à la présidentielle qui parlent de produire en France et qui veulent en réalité juste éviter une fermeture d'usine avant les élections ? "Nous sommes des salariés smicards qui se font avoir", résume Gérard Goubert, le délégué CFDT.

Chauffeuse en cours de fabrication © Karim El Hadj

Environ 280 chauffeuses et 210 canapés sortent chaque jour de l'usine située dans la zone industrielle de Petite-Synthe, à côté de Dunkerque. Mettant en avant la baisse de vente de canapés et "des incidents de qualité répétés", le géant suédois avait annoncé dès septembre 2010 son intention d'arrêter ses commandes à la fin de l'année 2012. Soit "28 mois de préavis" rappelle le groupe dans un communiqué publié après une décision du tribunal de commerce de Lille du 12 janvier reconnaissant la transparence de son retrait de Green Sofa.

Mais pour Patrick Danten, le directeur du site, "ce désengagement s'explique en réalité par une stratégie d'achat visant à réduire tous les coûts. Il faut être lucide, si Ikéa s'en va, c'est parce que nous sommes plus chers que les autres". Une interprétation que confirme Gérard Gaubert. "La Pologne a mis les prix à ras-les pâquerettes, on ne peut pas lutter. Ikéa va vendre polonais parce qu'il gagne deux fois plus sur un canapé produit là-bas. Nous sommes peut-être les derniers Gaulois à se battre sur la production de canapés".

Gérard Gaubert, comme la majorité de ses collègues, gagne le SMIC, soit environ 1100 euros nets par mois (plus 185 euros de prime pour ses vingt-trois ans d'ancienneté). "En Roumanie, le salaire mensuel est deux fois moins élevé, explique-t-il. Dans ces conditions, fabriquer des canapés en France va devenir impossible. La seule chose que nous pouvons faire, c'est devenir une usine d'assemblage.Il faut accepter que la petite-main d’œuvre soit faite à l'étranger." Un constat là aussi partagé par la direction. "On ne peut vendre des produits que si le prix plait au consommateur, souligne Patrick Danten, qui dirige également un site d'assemblage en Roumanie. Ce n'est pas possible de s'aligner sur les produits de grande distribution. Ils ne seront plus fabriqués en France. Pour les produits d'entrée de gamme, on ne sait plus les faire en France. Aujourd'hui, il faut miser sur la réactivité ou sur les produits avec une valeur ajoutée."

Gérard Gaubert, délégué CFDT et Patrick Danten, directeur général de Green Sofa © Karim El Hadj

Green Sofa perd aujourd'hui 20 euros par canapé vendu (soit 170 000 euros par mois) et navigue à vue. "Nous sommes en train de dépenser tout notre cash, nous n'aurons bientôt plus d'argent pour faire fonctionner l'usine", explique Patrick Danten. En raison des "dettes sociales envers l'Etat" que la société est en train d'accumuler, il va bientôt se rendre au tribunal de commerce pour décider de la suite : poursuite de l'activité, cessation de paiement, ou dépôt de bilan. "On est suspendu à nos discussions avec Ikéa. S'ils acceptent une hausse des prix, ça nous donne neuf mois pour travailler." Le directeur se dit par ailleurs optimiste sur l'arrivée d'un nouveau client. "Pendant un an, ils n'ont pas cherché, corrige Gérard Gaubert. Ils voulaient demander à l’État de prendre à sa charge un plan social. Quand notre situation a été médiatisée, ils ont mis les deux pieds sur le frein."

La proximité d'une élection présidentielle où la question du "produire en France" est portée par plusieurs candidats a évidemment joué dans cette médiatisation. La presse régionale a consacré de nombreux articles à la situation de l'usine mais Gérard Gaubert se dit déçu de n'avoir pas eu droit à "la grande médiatisation", "celle qui porte ses fruits", c'est-à-dire un passage sur TF1 ou sur France 2. "Chez Lejaby ou chez Arcelor, à Florange, tout est passé à la télévision", explique-t-il. "Nous n'avons pas été médiatisés parce que nous n'avons pas été des voyous. Nous n'avons pas non plus fait grève pour que des salariés qui ne gagnent déjà que 1100 euros par mois ne perdent pas d'argent."

En septembre, pendant la campagne de la primaire du parti socialiste, François Hollande puis Arnaud Montebourg sont venus à la rencontre des salariés. Marine Le Pen a souhaité faire le déplacement mais Gérard Gaubert s'y est opposé. François Bayrou, lui, lors de son meeting du 19 janvier à Dunkerque, n'a pas souhaité les rencontrer. "Dans son discours au Kursaal , il a dit : 'On ne peut pas sauver tout le monde', raconte le représentant syndical. C'est le premier meeting où je suis parti avant la fin."

Si de nombreux élus locaux, dont le député MRC de la circonscription, Christian Hutin, ont apporté leur soutien aux salariés de Green Sofa, aucun candidat, c'est-à-dire aucune caméra, n'était là lorsqu'ils se sont rendus en bus à Plaisir (Yvelines), au siège d'Ikéa, au mois de février. "Les hommes politiques nous ont baisé. Aucun n'est venu", raconte Gérard Gaubert. Pour lui, le fait que l'entreprise (anciennement Parisot Sièges) soit détenu par Jean-Charles Parisot, cousin de Laurence Parisot, la patronne du Medef, attire les journalistes ("Le lien de parenté est généralement la première question qu'on nous pose") mais peut aussi, lorsque s'ajoute celui d'Ikéa, un important employeur, faire peur à certains responsables politiques.

De toute façon, le représentant syndical ne se fait pas beaucoup d'illusions : "Tant qu'il y aura les élections, on va tenir. Après, il n'y aura plus rien. Demain ou après-demain, on ne parlera plus de nous."

Pointeuse de l'usine Green Sofa © Karim El Hadj

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:39

Le Monde.fr | 13.03.12 | 19h22   •  Mis à jour le 13.03.12 | 19h24

 
 

 

Nicolas Sarkozy en meeting à Villepinte le 11 mars.

Nicolas Sarkozy en meeting à Villepinte le 11 mars.AP/Francois Mori


L'édition européenne du Wall Street Journal a fait du bruit mardi 13 mars en publiant sur son site un éditorial intitulé "Nicolas Le Pen", mettant en cause les récentes prises de position de Nicolas Sarkozy sur l'immigration.

Dans cet article non signé, publié dans la rubrique "Review & Outlook", le Wall Street Journal, quotidien conservateur appartenant au magnat australien Rupert Murdoch, estime que la position du candidat de l'UMP, qui menace de suspendre la participation de la France à l'espace Schengen si celui-ci n'est pas renforcé pour lutter contre l'immigration, est une "sale pensée, non seulement en raison des sales sentiments sur lesquels elle repose, mais aussi en tant que cas d'école d'analphabétisme économique".

Le Wall Street Journal estime en effet que "seule l'immigration peut maintenir une population active assez nombreuse pour supporter la charge grandissante de la dépendance et des retraites".

Supposant que M. Sarkozy "sait déjà cela", l'article se conclut par cette interrogation : "Nous nous demandons si M. Sarkozy sait aussi que c'est l'étalage d'un cynisme comme celui-là qui l'a amené dans la position difficile où il se trouve."

L'éditorial a été aussitôt relayé sur les réseaux sociaux français, notamment par les militants soutenant François Hollande, mais aussi, par exemple, par Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national du Parti socialiste chargé de la sécurité.

Pourtant, le Wall Street Journal se montre également sévère avec la proposition de François Hollande de créer une tranche d'impôt taxant à 75 % les revenus supérieurs à un million d'euros, estimant que cette mesure "pourrait faire quelque chose pour l'émigration, mais rien pour améliorer la santé budgétaire de la France".

"QUI EST LE CANDIDAT DE L'EXTRÊME DROITE, LE PEN OU SARKOZY ?"

Au Parlement européen, mardi matin, les députés de gauche et du centre s'étaient vivement élevés contre les propos tenus par le candidat de l'UMP sur l'espace Schengen. "Dire que la moitié des immigrés doivent quitter la France, s'attaquer au halal, et au même moment, s'attaquer aux autres partenaires en ce qui concerne Schengen ! Je me demande qui en fait est le candidat de l'extrême droite, est-ce que c'est Le Pen ou est-ce que c'est Sarkozy ?", s'était ainsi interrogé Guy Verhofstadt, président du groupe libéral-démocrate et ancien premier ministre belge.

Le Monde.fr


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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:31

 

Le Monde - 13 mars 2012

 

Une fois n'est pas coutume, ce billet ne va pas décrire une découverte publiée récemment dans une revue. Au fil de mes lectures diverses, ces dernières semaines, j'ai ramassé quelques pièces de puzzle et je me suis aperçu qu'elles s'emboîtaient plutôt bien, qu'il y avait comme un idée directrice derrière elles. Cela a commencé à la fin de 2011 à Durban, avec le nouvel échec de la communauté internationale pour se mettre d'accord sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Puis il y a eu cette annonce, fin décembre, de la création par des chercheurs de virus mutants de la grippe aviaire, susceptibles de se transmettre plus facilement entre humains contaminés. Annonce suivie, tout d'abord, d'un débat pour savoir s'il était bien pertinent de publier les méthodes avec lesquelles les biologistes avaient modifié le H5N1, puis de la question plus pragmatique : le terroriste lambda peut-il facilement y parvenir ?

Puis il y a eu une autre annonce, le 12 janvier, plus rituelle celle-là, mais aussi plus discrète : celle du Bulletin of the Atomic Scientists annonçant que l'horloge de la fin du monde qui, depuis 1947, prévient symboliquement l'humanité quand elle fait des pas vers son extinction ou la rassure quand elle prend des mesures pour s'en éloigner, était avancée d'une minute vers minuit. Il est désormais 23h55 à cette horloge et cette progression de la grande aiguille a été justifiée par l'absence de progrès dans la limitation tant de la prolifération nucléaire que des émissions de gaz à effet de serre. Le texte du communiqué précise : "La communauté mondiale pourrait être proche d'un point de non-retour dans ses efforts pour empêcher une catastrophe due aux changements dans l'atmosphère de la Terre. L'Agence internationale de l'énergie prévoit qu'à moins que les sociétés commencent, au cours des cinq prochaines années, à développer des alternatives aux technologies de l'énergie émettant du carbone, le monde est condamné à un climat plus chaud, à une montée du niveau des océans, à la disparition de nations insulaires et à une augmentation de l'acidification des océans." Ce n'est pas sans une certaine ironie qu'une autre information, en lien direct avec celle-ci, est tombée il y a quelques jours et je l'ai donnée, brute de fonderie, dans une de mes sélections hebdomadaires : jamais, au cours des 300 derniers millions d'années, les océans n'ont été aussi acides qu'aujourd'hui. Malgré son importance, la nouvelle n'a pas eu l'air d'émouvoir qui que ce soit...

Au moment même où quantité de livres se publient sur la thématique "2012, année de fin du monde prédite par le calendrier maya" (j'ai été sidéré de voir une table entière d'ouvrages à la FNAC sur ce sujet), les hommes jouant à se faire peur en sachant très bien qu'il s'agit de billevesées, on balaie sous le tapis les vraies raisons de s'inquiéter. D'où la question qui fait le titre de ce billet : l'humanité sous-estime-t-elle le risque de sa propre extinction en ne traitant pas les problèmes qui la menacent ou en risquant de faire tomber des technologies de destruction massive entre des mains mal intentionnées ? Je n'ai évidemment pas la réponse et je laisse à chacun le soin d'y réfléchir, mais je tenais, pour finir ce billet pas comme les autres, à signaler l'interview, dans The Atlantic, du philosophe suédois Nick Bostrom, qui enseigne à l'université d'Oxford, y dirige l'Institut sur le futur de l'humanité et est représenté en photo en haut de cette page.

Avec une formation en physique, en neurosciences et en philosophie des sciences, Nick Bostrom n'a pas forcément le profil-type du philosophe tel qu'on se le figure d'ordinaire. Il a beaucoup travaillé sur le concept de "risque existentiel", au sens d'un scénario-catastrophe conduisant « soit à une destruction totale de toute vie intelligente sur Terre, soit à une paralysie permanente de son potentiel de développement ». Dans cette interview, il ne s'intéresse donc pas aux conséquences, lointaines, du réchauffement climatique, mais, considérant que ce XXIe siècle sera crucial pour l'humanité en raison du développement rapide de technologies nouvelles, aux risques que ces dernières présenteront dans un futur très proche de nous : "A court terme, dit-il, je pense que plusieurs développements dans les domaines de la biotechnologie et de la biologie synthétique sont assez déconcertants. Nous sommes en train d'acquérir la capacité à créer des agents pathogènes modifiés et les plans de plusieurs organismes pathogènes sont dans le domaine public : vous pouvez télécharger sur Internet la séquence génétique du virus de la variole ou de celui de la grippe espagnole. Jusqu'ici, le citoyen ordinaire n'a que leur représentation graphique sur l'écran de son ordinateur, mais nous développons aussi des machines synthétisant l'ADN de plus en plus performantes, qui peuvent prendre un de ces plans numériques et fabriquer de véritables brins d'ARN ou d'ADN. Bientôt, ces machines seront suffisamment puissantes pour recréer ces virus. Donc, vous avez déjà une sorte de risque prévisible et si, ensuite, vous commencez à modifier ces organismes pathogènes de différentes manières, vous voyez apparaître une nouvelle frontière dangereuse. A plus long terme, je pense que l'intelligence artificielle, une fois qu'elle aura acquis des capacités humaines puis surhumaines, nous fera entrer dans une zone de risque majeur. Il y a aussi différentes sortes de contrôle des populations qui m'inquiètent, des choses comme la surveillance et la manipulation psychologique à l'aide de médicaments."

Quand le journaliste qui l'interroge lui demande pourquoi le risque d'un dérapage majeur est estimé à une ou deux chances sur dix au cours du siècle, ce qui est beaucoup, Nick Bostrom a cette réponse : "Je pense que ce qui mène à cela, c'est le sentiment que les humains développent ces outils très puissants (...) et qu'il y a un risque que quelque chose tourne mal. Si vous revenez en arrière avec les armes nucléaires, vous vous apercevez que pour fabriquer une bombe atomique, il vous fallait des matières premières rares comme de l'uranium enrichi ou du plutonium, qui sont très difficiles à se procurer. Mais supposez qu'il y ait eu une technique vous permettant de faire une arme nucléaire en cuisant du sable dans un four à micro-ondes ou quelque chose dans ce genre. Si cela avait été le cas, où en serions-nous maintenant ? On peut présumer qu'une fois cette découverte faite, la civilisation aurait été condamnée. A chaque fois que nous faisons une de ces découvertes, nous mettons notre main dans une grande urne pleine de balles et nous en tirons une nouvelle balle : jusqu'ici, nous avons sorti des balles blanches et des grises, mais peut-être que la prochaine fois, nous tirerons une balle noire, une découverte synonyme de désastre. Pour le moment, nous n'avons pas de bonne façon de remettre la balle dans l'urne si elle ne nous plaît pas. Une fois que la découverte a été publiée, il n'y a aucun moyen de la "dépublier"."

Nick Bostrom n'est absolument pas opposé à la technologie : au contraire, c'est un grand partisan du transhumanisme. Simplement, il milite pour que nous gardions le contrôle. Le contrôle de nos technologies, de notre planète, de notre avenir. Parce que  l'extinction de l'homme n'est pas le seul risque que nous courons. L'autre visage du risque existentiel, c'est la disparition totale des libertés à l'échelle planétaire : "On peut imaginer le scénario d'une dystopie totalitaire mondiale. Encore une fois, c'est lié à la possibilité que nous développions des technologies qui rendront bien plus simple, pour des régimes oppressifs, d'éliminer les dissidents ou de surveiller leurs populations de façon à obtenir une dictature stable, plutôt que celles que nous avons vues au cours de l'histoire et qui ont fini par être renversées." George Orwell et son 1984 ne sont pas bien loin.

Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur Twitter)

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:24

Le Monde.fr | 14.03.12 | 07h22   •  Mis à jour le 14.03.12 | 08h23

 
 

 

Des combattants de l'Armée syrienne libre dans la région d'Idlib, à 13 mars 2012.

Des combattants de l'Armée syrienne libre dans la région d'Idlib, à 13 mars 2012.AFP/Ricardo Garcia Vilanova


En Syrie, où un mouvement de contestation est réprimé dans le sang depuis un an, les détenus sont confrontés "à un monde cauchemardesque de torture systématique", qui ramène le pays des décennies en arrière, écrit Amnesty International mercredi.
 

"L'ampleur de la torture et des mauvais traitements en Syrie a atteint un niveau jamais vu pendant des années et rappelle l'ère sombre des années 1970 et 1980", affirme l'ONG dans un rapport [PDF en anglais] fondé sur le témoignage de survivants qui se sont enfuis en Jordanie.

La situation "est désormais très semblable à celle vécue par les détenus sous l'ancien président Hafez Al-Assad – un monde cauchemardesque de torture systématique", affirme Ann Harrison, du programme d'Amnesty au Moyen-Orient.

Le rapport, publié à la veille du premier anniversaire du début de la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad, le fils de Hafez, fait état de trente et une méthodes de torture et autres mauvais traitements utilisés par les forces de sécurité syriennes et les milices ("chabbiha").
 

"Beaucoup de victimes ont dit qu'elles avaient commencé à être battues lors de leur arrestation", puis les violences se sont intensifiées "à leur arrivée dans le centre de détention", leurs geôliers les frappant alors "avec des bâtons, des crosses de fusil, des fouets, des poings, des câbles", a ajouté Amnesty.

Selon les témoignages recueillis auprès de vingt-cinq anciens détenus, la torture ou les mauvais traitements atteignaient leur paroxysme au moment des interrogatoires. "Plusieurs survivants ont raconté la pratique du 'dulab' [pneu en arabe], durant laquelle la victime est coincée dans un pneu – souvent hissé en hauteur – et battue, parfois avec des câbles ou des bâtons."

D'autres techniques, de plus en plus utilisées, consistent à suspendre le détenu au-dessus du sol et à le frapper, ou à le soumettre à des chocs électriques. L'un des survivants, prénommé Tareq, a raconté à Amnesty comment, alors qu'il était interrogé dans le quartier de Kafr Soussa, à Damas, il avait été forcé d'assister au viol d'un autre prisonnier, Khaled : "L'officier l'a violé contre le mur. Khaled pleurait, en frappant sa tête contre le mur."

Ann Harrison affirme que les témoignages recueillis attestent que des "crimes contre l'humanité" sont commis en Syrie. "Les Syriens responsables de la torture – y compris ceux ayant donné les ordres – doivent n'avoir aucun doute sur le fait qu'ils seront confrontés à la justice", assure-t-elle.

Amnesty a appelé le Conseil de droits de l'homme de l'ONU à étendre le mandat de sa commission d'enquête sur la Syrie, en "renforçant sa capacité de contrôle (...) en vue de poursuites".

 

 

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