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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 12:50

 

LEMONDE | 23.01.12 | 15h03

 
 

Londres Correspondance - C'était censé être la solution qui permettrait au secteur public de faire des investissements à moindre coût et au secteur privé de réaliser des affaires. Lancés pour la première fois en 1992, et accélérés par les gouvernements travaillistes de Tony Blair et Gordon Brown, les partenariats public-privé (PPP) sont très utilisés par les autorités britanniques. Plus de 700 sont en cours au Royaume-Uni, pour des écoles, des hôpitaux, des prisons, des routes...

Vingt ans après, pourtant, le bilan n'est guère brillant. Le remboursement de ces contrats coûte très cher, et leur rentabilité est discutable. En septembre, Andrew Lansley, le ministre de la santé, tirait la sonnette d'alarme : 60 hôpitaux risquaient la faillite financière à cause de remboursements de PFI (public finance initiative, une variante du PPP) trop lourds. Un rapport assassin du comité parlementaire au Trésor le mois précédant dressait les mêmes conclusions catastrophiques. "Le coût moyen du capital d'un PFI est de 8 %, le double des emprunts de l'Etat", écrivait-il. En d'autres termes, le financement d'un projet par le secteur privé coûte deux fois plus cher que par le gouvernement.

 

"MINISTÈRES ACCROS"

Les entreprises qui réalisent les travaux amortissent leurs avances avec des factures très salées : le comité estime qu'il faut en moyenne 1,7 milliard d'euros d'argent public pour rembourser 1 milliard d'euros de PFI.

L'un des exemples les plus saisissants concerne l'hôpital Royal London. Depuis décembre 2011, cet établissement de l'est de Londres a commencé à déménager dans ses nouveaux locaux. Six ans après la signature du PFI, les nouveaux bâtiments en verre bleu ouvrent progressivement, apportant un vent de fraîcheur plus que nécessaire à la structure décrépie.

Quand le contrat a été signé en 2006, l'Etat n'a pratiquement pas mis un centime des 1,2 milliard de livres nécessaires (1,4 milliard d'euros, somme qui comprenait aussi un deuxième hôpital à Londres). L'argent est venu d'un consortium de trois entreprises privées, menées par Innisfree, un groupe spécialisé dans les PPP. Mais avec l'ouverture de l'établissement, l'hôpital doit commencer à rembourser, et il n'arrive pas à faire face.

Dans ces conditions, comment expliquer la multiplication des PPP depuis vingt ans ? Cela permet tout simplement au gouvernement de maquiller ses comptes, puisque les contrats public-privé n'apparaissent pas dans les dettes de l'Etat. "Les PFI permettent d'obtenir quelque chose maintenant et de payer plus tard, accuse Andrew Tyrie, député conservateur et président du comité parlementaire au Trésor. On comprend pourquoi n'importe quel ministère en devient accro. Mais on ne peut pas continuer comme cela, en espérant que la prochaine génération de contribuables paiera l'addition."

Conscient du problème, et pouvant politiquement renvoyer la responsabilité sur son prédécesseur, le gouvernement britannique a lancé en novembre une grande révision des contrats de PFI, pour tenter de trouver un modèle moins cher. Mais les caisses de l'Etat étant vides, il n'est pas question pour autant d'abandonner le concept. Le CBI (patronat) le soulignait dans un rapport en août : "Le Royaume-Uni a sérieusement besoin d'améliorer ses infrastructures (...) et l'investissement devra venir de financements privés." Les PPP ne sont pas prêts de disparaître au Royaume-Uni.

Intérim


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:51

LEMONDE.FR | 24.01.12 | 11h06   •  Mis à jour le 24.01.12 | 11h58

 
 

 

Selon les prévisions économiques, le million d'autoentreprises devrait être atteint le 15 février.

Selon les prévisions économiques, le million d'autoentreprises devrait être atteint le 15 février.AFP/OLIVIER LABAN-MATTEI


A 22 ans, Nathan rêve de s'acheter une voiture, pour pouvoir parcourir plus souvent la centaine de kilomètres qui le séparent de sa fiancée. L'aide financière de ses parents – 400 euros mensuels en plus de son loyer – ne suffit pas à cet étudiant en licence professionnelle de management informatique, installé à Rennes. En mars 2009, trois mois après la création du régime de l'autoentrepreneur par le gouvernement Fillon, Nathan décide donc de monter son "petit business, sans prétention, pour arrondir les fins de mois".

Après "trois clics" sur Internet et trois semaines de délai, le voilà propulsé patron "en toute simplicité". En parallèle de ses cours, il propose dès lors ses services de maintenance et d'installation de matériel informatique. Une activité qu'il pratiquait déjà auparavant "mais au noir, et très irrégulièrement".

Ce tout nouvel entrepreneur répond parfaitement aux objectifs du régime de l'autoentrepreneur : "offrir la possibilité à de nombreux salariés, étudiants, retraités et chômeurs de compléter leurs revenus". Mais, malgré un investissement humain et financier croissant pour faire connaître ses services, il ne voit pas décoller son activité. "Je gagnais en moyenne 150 euros par mois une fois les charges retirées, alors que je travaillais plus de dix heures par semaine". Une fois son diplôme acquis, il est embauché en CDI et laisse de côté son autoentreprise, après un an et demi d'efforts vains.

"TRÈS MAUVAISE SURPRISE"

Malgré le slogan accrocheur du régime de l'autoentrepreneur – "pas de chiffre d'affaire, pas de charge" – Nathan reçoit fin 2010 un courrier qui lui réclame plus de 600 euros, au titre de la cotisation foncière des entreprises (CFE). Cet impôt forfaitaire, qui remplace en partie la taxe professionnelle, vise à financer les collectivités territoriales et varie selon l'implantation géographique. Pour un autoentrepreneur, dont l'entreprise est généralement située à son domicile, elle constitue dans les faits une seconde taxe foncière. Une "très mauvaise surprise" pour le jeune homme, qui s'acquitte de la somme, mais résilie ensuite son statut d'auto-entrepreneur. "J'ai baissé les bras", conclut l'informaticien, partagé entre amertume et "honte" d'avoir renoncé.

En 2007, Nathan avait voté pour Nicolas Sarkozy. "Parce qu'il voulait nous mettre au travail et que moi, je ne demandais que ça", avoue-t-il aujourd'hui, une nuance de gêne dans la voix.  Celui qui représentait "le cœur de cible du sarkozysme" ne sait toujours pas pour qui voter en mai prochain, mais à 25 ans, il n'a toujours pas de voiture.

INDICATEURS EN BAISSE

Comme Nathan, ils sont nombreux à avoir opté pour le régime de l'autoentrepreneur et à avoir déchanté depuis. Un système de charges "bien trop élevées proportionnellement au chiffre d'affaires" pour Raphaël, 22 ans, autoentrepreneur en Haute-Savoie. "Un manque d'encadrement juridique et économique", dénonce pour sa part Sylvain, 31 ans, qui propose en indépendant des formations et du coaching de dirigeants. "Une simplicité apparente, mais derrière, les ennuis s'accumulent", déplore Charlie, 25 ans, domicilié à Anglet.

En 2011, l'Insee a relevé une baisse de 18,9 % des créations de ce statut. Selon les prévisions économiques, le million d'autoentreprises devrait être atteint le 15 février. Un chiffre dont se félicite le gouvernement, mais qui doit tout de même être nuancé, selon Grégoire Leclercq, président de la fédération des autoentrepreneurs. "On recense depuis la création du régime 370 000 résiliations de statut et sur le reste, seuls 50 % des autoentrepreneurs sont considérés comme actifs et dégagent un chiffre d'affaires", affirme Grégoire Leclercq, lui-même autoentrepreneur.

 

 

Dans le secteur du bâtiment, les autoentrepreneurs subissent la pression des artisans qui dénoncent une "concurrence déloyale".

Dans le secteur du bâtiment, les autoentrepreneurs subissent la pression des artisans qui dénoncent une "concurrence déloyale".AFP/MYCHELE DANIAU


PRESSIONS POLITIQUES

Alors qu'il dopait à son lancement le nombre de créations d'entreprises en France, le statut aurait-il depuis perdu son attractivité ? "Nous subissons surtout les attaques répétées au régime, qui le font évoluer dans le mauvais sens", selon Grégoire Leclercq. Depuis sa création, le statut doit composer notamment avec la pression des artisans et des commerçants, qui voient dans l'autoentreprise une "concurrence déloyale, voire du travail au noir déguisé."

Une pression qui tend à s'accélérer, en cette période pré-électorale. Certains candidats envisagent ainsi de limiter la durée du statut, à l'instar de François Hollande. Une proposition "démagogique qui précarise encore un peu plus le régime", pour Grégoire Leclercq. Le signe aussi d'"un certain mépris" affiché par la classe politique, alors que "le régime a tout de même permis à l'Etat de récupérer 600 millions d'euros de recettes fiscales en trois ans." Pour contrer cette offensive, la fédération des autoentrepreneurs a présenté le 18 janvier un livre blanc pour interpeller les parlementaires et les candidats à l'élection présidentielle sur l'intérêt économique et social de ce régime.

>> A lire : Le livre blanc de l'autoentrepreneur

Au cœur de ces propositions, miser sur la "formation et l'accompagnement" des autoentrepreneurs. "Quand on va a la rencontre des autoentrepreneurs, ils nous disent souvent 'c'est terrible, on souffre de solitude'", explique Grégoire Leclercq. "En lançant le régime, on n'était pas préparé en France à former et accompagner toute une nouvelle population d'entrepreneurs", affirme l'ancien gendarme, qui a fait partie des mille premiers autoentrepreneurs français.

"D'UNE PRÉCARITÉ À UNE AUTRE"

Un accompagnement d'autant plus primordial que le régime a été pris d'assaut par de nombreuses personnes "en situation précaire", considérant l'autoentreprise comme une potentielle issue de secours au chômage.

 

 

Le régime de l'autoentreprenariat a été pris d'assaut par de nombreuses personnes "en situation précaire", qui l'ont considéré comme une potentielle issue de secours au chômage.

Le régime de l'autoentreprenariat a été pris d'assaut par de nombreuses personnes "en situation précaire", qui l'ont considéré comme une potentielle issue de secours au chômage.AFP/JEFF PACHOUD


"Gagner quelques centaines d'euros, c'était toujours ça", explique ainsi Sophie, 42 ans, qui a créé l'an dernier en Mayenne une autoentreprise pour se lancer à temps plein dans la vente de bijoux. Grâce à un microcrédit, elle a pu se fournir auprès d'un grossiste et a commencé son activité sur les marchés. "Je vendais pour 500 euros par mois", un "coup de pouce bienvenu" pour cette mère de deux enfants au RSA. Mais le régime d'autoentrepreneur ne permet pas de déduire du chiffre d'affaires les achats et frais de déplacements. "Au final, après les déductions, frais et investissements, je travaillais beaucoup, pour très peu à l'arrivée. Les quelques bénéfices que j'ai tirés de cette affaire m'ont simplement permis de rembourser mon prêt."

Un scénario qu'a souvent pu observer Jean-Paul, entrepreneur à la retraite et bénévole pendant quatre ans à l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADEI), principal opérateur de microcrédit en France. Sa fonction : "redresser les gens qui allaient dans le mur". "Avant 2009, créer son entreprise était une démarche compliquée, cela nécessitait des connaissances commerciales, un investissement théorique, une formation de base en marketing", énumère Jean-Paul, qui délivrait alors des formations "qui faisaient à chaque fois salle comble". Mais le statut d'autoentrepreneur "a donné l'illusion aux gens qu'être entrepreneur était simple et qu'à moindre frais, ils allaient pouvoir s'en sortir. Au bout du compte, la grande majorité passe d'une précarité à une autre."

L'ADEI, qui offre une prime à ses salariés en fonction du nombre de microcrédits réalisés, permet ainsi le lancement de nombreux projets "qui ne sont pas viables". Au moment du départ de Jean-Paul, en 2010, près de 50 % des demandeurs de prêts devaient être refinancés par l'association. A des taux d'intérêts d'environ 15 %.

"L'ÉCHEC D'UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE"

Pour d'autres, le statut constitue également "une aubaine", car il est souvent "la dernière chance de se faire embaucher". A 57 ans, après un licenciement, retrouver un travail était "une mission quasiment impossible" pour Daniel, dessinateur-projeteur en Normandie. En 2009, il se renseigne sur le statut d'autoentrepreneur et bénéficie d'une aide à la création d'entreprise pour se lancer dans l'aventure. Grâce à son réseau, il parvient à réaliser 27 000 euros de chiffre d'affaires en 2010, puis 17 000 euris en 2011. Une baisse qu'il explique par le contexte économique difficile et la "condition précaire du régime", mais il maintient que "ce statut [lui] a évité la mort professionnelle".

Senior comme Daniel, Maryvonne est plus critique. Si elle reconnaît aussi que son statut d'autoentrepreneur lui a permis de continuer à être active, elle dénonce tout de même cette "rustine pour continuer à vivre", qui "montre l'échec d'une politique économique." Et de conculre : "Avec ce régime, on nous a proposé de créer notre propre emploi, parce qu'on n'était pas capables d'en créer à grande échelle ou d'inciter les entreprises à embaucher des seniors. Au final, on travaille et on survit avec pas grand chose, mais pour le gouvernement, ça fait toujours ça de moins sur les listes du Pôle emploi."

Charlotte Chabas


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:47

LEMONDE.FR | 23.01.12 | 18h38   •  Mis à jour le 24.01.12 | 10h02

 
 

Lors de son meeting au Bourget, François Hollande a condamné la "nouvelle aristocratie" des Français situés parmi le 1 % des plus hauts revenus. "Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous", a-t-il dit. Parlant ensuite de "sécession sociale", il a décrit des "quartiers protégés, sécurisés, pour que nul ne vienne déranger".

 

Le séparatisme dénoncé par François Hollande peut être mis en lumière par l'analyse de la répartition de l'ISF ou celle des revenus fiscaux des ménages par commune. Pauvres et riches n'habitent pas les mêmes quartiers, ni les mêmes villes.

Plusieurs sociologues se sont penchés, récemment, sur cette absence de mixité sociale et tentent d'identifier les causes de cet "évitement" entre riches et pauvres, voire très riches et moins riches, de même que les stratégies que les riches emploient pour s'éloigner des moins bien lotis.

 

"GRÉGARISME DE LA BOURGEOISIE"


 

Niveau de l'impôt sur la fortune dans les plus grandes communes de la région parisienne en 2009

Niveau de l'impôt sur la fortune dans les plus grandes communes de la région parisienne en 2009Le Monde.fr - DGI


La répartition des ménages redevables de l'impôt sur la fortune (ISF) illustre le phénomène que Christophe Guilluy nomme "grégarisme de la bourgeoisie" dans son livre, Fractures françaises (François Bourin, 19 euros). On constate que c'est dans les grandes villes que vivent le plus de ménages acquittant l'ISF, ce qui correspond, selon le géographe, à une "bourgeoisie traditionnelle", née avec la révolution industrielle.

 

La Direction générale des finances publiques (DGFiP) met à disposition du public le nombre de redevables de l'ISF par commune. Pour des raisons de confidentialité, les chiffres donnés par la DGFiP ne concernent que les villes de plus de 20 000 habitants, où plus de 50 personnes sont imposables de l'ISF; ils représentent plus de la moitié des contribuables soumis à cet impôt.

 

Le Monde.fr a fait une carte de ces villes, permettant à chacun de trouver près de chez lui le nombre de redevables à l'ISF, ainsi que l'impôt net moyen payé.

*(A VOIR SUR LE SITE DU MONDE en appuyant sur "Ctrl" de votre clavier et cliquer gauche sur la ligne du lien)

Naviguez dans la carte ci-dessous pour découvrir ces villes. Saviez-vous qu'il y avait 53 ménages acquittant l'ISF à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, commune plus connue pour sa cité des Quatre-Mille ? Que les villes où l'ISF moyen net est le plus fort sont Neuilly-sur-Seine, Paris, puis Croix, ville du Nord qui accueille la famille Mulliez ?

Impôt sur la fortune moyen:
entre 2000 et 6 000 euros | entre 6 000 et 11 000 euros | entre 11 000 et 15 000 euros | entre 15 000 et 20 000 euros | plus de 20 000 euros

 

>> voir la carte en plus grand format


"L'ENTRE-SOI" DES PETITS VILLAGES

Plus que l'ISF, continue M. Guilluy, ce sont les niveaux de revenus qui permettent désormais de distinguer de nouveaux territoires "riches". Voulant rompre avec les clichés, il explique que "le grégarisme social ne s'organise pas forcément autour des lotissements sécurisés", fermés par des grilles et parfois surveillés par des entreprises privées.

C'est souvent dans des "petits villages autour des grandes villes" que se concentrent les riches, créant un "nouveau système en prise avec la mondialisation et la métropolisation". Le géographe voit dans ce choix d'investir les villages comme une stratégie d'évitement, notamment de la loi SRU, qui ne concerne que les communes de 3 500 habitants et leur permet donc de garder un "entre-soi".

En région parisienne, l'exemple est assez intéressant. Mis à part les communes connues pour abriter des riches, telles Neuilly-sur-Seine ou le 16e arrondissement de Paris, de nombreuses communes ont des revenus fiscaux par ménage très élevés. Le revenu fiscal des ménages est la somme des ressources mentionnées dans la déclaration des revenus.

Dans la carte réalisée du revenu fiscal des ménages médian pour 2009, vous pouvez voir les villages concernés, petites taches rouge sombre, comme Marnes-la-Coquette ou Le Vésinet dans les Yvelines.

 

 

Le revenu fiscal des ménages médian par commune en région parisienne en 2009

Le revenu fiscal des ménages médian par commune en région parisienne en 2009Le Monde.fr - INSEE


>> Lire à ce sujet "Bienvenue chez les riches", un reportage pour M, le magazine du Monde, à Marnes-la-Coquette

En plus grand format, cette carte montre bien, autour des grandes villes, des agglomérations divisées entre les villes plus ou moins riches (identifiables par les couronnes orange foncé) ainsi que des villes encore plus riches (identifiables par des zones rouge foncé). On peut également noter la présence de villes très riches autour du lac Léman et de l'agglomération genevoise.

 

>> voir la carte en grand format


"SÉPARATISME RÉSIDENTIEL"

"Chacun met son 'pauvre' à distance" : dans Les nouvelles classes moyennes (Seuil, 11,50 euros), Dominique Goux, sociologue, et Eric Maurin, économiste, s'intéressent également aux disparités régionales entre classes. En étudiant le revenu au niveau des zones cadastrales données par l'Insee, les deux auteurs ont découvert ainsi que les ménages les plus riches habitent des zones où ils côtoient deux fois plus de "riches" que de "pauvres". Et que les "très riches" vivent dans des quartiers ou les "riches" sont presque trois fois plus nombreux que les "pauvres". "Les clivages territoriaux sont perceptibles à tous les niveaux de la société", concluent-ils.

La situation est comparable au niveau des classes moyennes. Mme Goux et M. Maurin observent que les mêmes différences sont notables entre les classes moyennes supérieures et les classes moyennes inférieures. Les deux auteurs soulignent que, si le séparatisme en fonction des revenus concerne tout le monde, les riches et les très riches ont plus de ressources pour le mettre en place.

Alexandre Léchenet


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:46

LEMONDE | 24.11.11 | 09h05   •  Mis à jour le 23.01.12 | 18h39

 
 

 

Répartition de la masse totale de patrimoine brut entre les ménages

Répartition de la masse totale de patrimoine brut entre les ménagesLeMonde.fr

 

C'est plus une confirmation qu'une révélation : les inégalités de patrimoine se sont accrues entre 2004 et 2010, et surtout par le haut, autrement dit par l'enrichissement des plus riches. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) l'établit dans sa nouvelle enquête sur le patrimoine des ménages, étendue pour la première fois aux départements d'outre-mer, dont les résultats ont été rendus publics jeudi 24 novembre.

En 2010, le patrimoine brut, c'est-à-dire l'ensemble des actifs détenus par un ménage (biens immobiliers, professionnels, patrimoine financier mais aussi matériel...), détenu par les 10 % les mieux dotés est en moyenne 35 fois plus élevé que celui dont disposent les 50 % de ménages les moins dotés. Ce rapport était de 32 en 2004. Comme les économistes Thomas Piketty et Camille Landais l'ont constaté pour les hauts revenus, les inégalités de patrimoine se creusent par le haut, tirées par les ménages les plus fortunés. L'indice de Gini, qui est une mesure du degré de disparité des patrimoines pour une population donnée, a augmenté de 1,4 % entre 2004 et 2010 mais de 13,9 % pour la population des plus riches, alors même qu'une partie de la période observée par l'Insee correspond à la crise.


 LES 10 % LES PLUS DOTÉS POSSÈDENT 48 % DU PATRIMOINE GLOBAL

Quelques chiffres donnent la mesure de la situation. Début 2010, la moitié des ménages vivant en France déclarent plus de 150 200 euros de patrimoine brut global. Les 10 % de ménages les plus fortunés possèdent au minimum 552 300 euros d'actifs, alors que les 10 % les plus modestes détiennent au maximum 2 700 euros chacun, soit 205 fois moins. Ces inégalités sont beaucoup plus marquées que celles des revenus. Collectivement, les 10 % de ménages les mieux dotés concentrent 48 % de la masse totale de patrimoine brut, les 1 % les mieux dotés en détenant même 17 %, contre seulement 7 % à la moitié des ménages les moins dotés.

Le montant du patrimoine, brut comme net (une fois déduite la charge des remboursements d'emprunts), croît jusqu'à l'âge de 70 ans avant de décroître ensuite. Toutefois, prévient l'Insee, les effets liés à l'âge "sont difficiles à estimer précisément car les niveaux moyens de patrimoine résultent de contextes économiques qui ont différé d'une génération à l'autre". Les Trente Glorieuses n'ayant pas grand-chose à voir, par exemple, avec les années 1990. Au-delà de ces effets, les logiques d'accumulation patrimoniale et d'épargne diffèrent nettement entre salariés et indépendants en activité, elles s'estompent avec la retraite. Entre salariés en activité, les disparités patrimoniales selon la catégorie socioprofessionnelle sont très marquées : le patrimoine médian des cadres est 35 fois supérieur à celui des ouvriers non qualifiés.

Acheter un bien immobilier, a fortiori sa résidence principale, est une étape importante dans la constitution d'un patrimoine. Ainsi les ménages propriétaires de leur résidence principale détiennent un patrimoine brut moyen 8,3 fois plus élevé que celui des locataires et des ménages logés gratuitement.

C'est parmi la frange la plus riche de cette France des propriétaires que se trouvent les redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), dont le rendement s'est envolé avec le boom immobilier.

 

 LES HAUTS PATRIMOINES SE PORTENT TRÈS BIEN

Cette année encore, comme l'ont révélé Les Echos du 21 novembre, l'ISF, même avec 300 000 redevables en moins – ceux qui étaient imposés à la première tranche supprimée en juin – devrait rapporter 4,2 milliards d'euros, soit 10% de plus que ce que le gouvernement prévoyait. Bercy y voit notamment le fruit de sa politique de lutte contre l'évasion fiscale.

Malgré la crise, les hauts patrimoines se portent très bien en France et restent détenus par une minorité d'héritiers, une concentration amplifiée par les allégements fiscaux sur les successions et que la suppression de l'impôt sur la fortune devrait encore aggraver.

Selon l'enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques, diffusée jeudi, les inégalités entre Français en matière de patrimoine se sont fortement accrues entre 2004 et 2010. L'écart entre les 10 % de ménages les plus pauvrement dotés et les 10 % de ménages les plus riches a augmenté de plus de 30 % au cours de la période. Quand les 10 % les mieux lotis possèdent au moins 550 000 euros de patrimoine, les 10 % les moins bien lotis n'ont pas plus de 2 700 euros chacun, soit 205 fois moins. Quant au 1 % des ménages les plus riches, ils détiennent chacun 1,8 million d'euros d'avoirs financiers, immobiliers ou professionnels. "Les inégalités de patrimoine sont beaucoup plus marquées que celles des revenus", reconnaît l'Insee, le revenu disponible des 10 % des ménages les plus modestes étant 4,2 fois moins élevé que celui des 10 % les plus aisés.

 

 "LE PROBLÈME N'EST PAS SON NIVEAU, MAIS SA RÉPARTITION"

Pour Thomas Piketty, spécialiste de la fiscalité et des hauts revenus, cette enquête confirme que "les patrimoines se portent très bien. Il faut revenir à la Belle Epoque pour trouver un niveau aussi élevé". Le patrimoine global des ménages s'élève à près de 10 000 milliards d'euros. Aux yeux de cet économiste proche du Parti socialiste, "le problème n'est pas son niveau, mais sa répartition".

Ainsi, les 10 % les plus riches possèdent à eux seuls la moitié du patrimoine total et ont en moyenne plus de 1 million d'euros chacun. A l'inverse, les 50 % les plus pauvres ont en moyenne 30 000 euros, ce qui correspond à une "voiture et deux, trois mois d'avance sur leur compte en banque". Et s'ils sont propriétaires de leur appartement, ils ont contracté un emprunt, si bien que leur patrimoine net est très faible. Autre enseignement de l'enquête : "Il n'y pas de fuite des patrimoines importants hors de France", souligne M. Piketty.

Une étude récente de la banque Crédit Suisse a d'ailleurs montré que la France comptait plus de millionnaires que n'importe quel pays européen. Pour Thibault Gajdos, du CNRS, cette enquête illustre le rôle déterminant de l'héritage dans la constitution du patrimoine. Ainsi, le patrimoine médian des ménages héritiers est de 241 300 euros, contre 63 100 euros pour les non-héritiers.

A ses yeux, ce n'est donc pas la hausse des prix de l'immobilier qui est responsable de cette "dérive des inégalités", mais "la simple transmission du patrimoine" opposant les héritiers, qui ont pu accéder à la propriété, à ceux qui ne disposent pas d'un patrimoine initial. En outre, relève-t-il, du fait du vieillissement de la population, "on hérite plus vieux". L'héritage ne bénéficie pas à ceux qui en auraient le plus besoin. L'écart entre le patrimoine des 20-29 ans et celui des 60-69 ans est de 1 à 10.

Claire Guélaud


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:40

 

 

http://perepeinard.over-blog.com/article-les-147-familles-qui-controlent-40-de-la-richesse-mondiale-97690763.html

   

Lundi 23 janvier 2012


Les "200 familles", actionnaires de la Banque de France avant sa nationalisation en 1936 sont encore plus concentrées à l'échelle mondiale...

 

Un des reproches, par ailleurs injuste, qu'on fait à la science est de se désintéresser des problèmes des personnes « normales » pour se concentrer sur des travaux abscons. Une étude de trois chercheurs suisses, experts des systèmes complexes, jette une lumière crue sur notre société en faisant apparaître une concentration démesurée de pouvoir et de richesse.

Dans un article intitulé « Le réseau de contrôle mondial des entreprises » paru le 26 octobre dans la revue en ligne PLoS One, Stefania Vitali, James Glattfelder et Stefano Battiston analysent les relations entre 43 000 multinationales à partir de la base de données économiques Orbis, riche de 30 millions d'entrées. C'est la première étude de ce type par l'ampleur de son objet, le réseau mondial utilisé, et sa méthode (Le Monde Economie du 13 septembre).

Les auteurs schématisent les relations entre les acteurs économiques comme un graphe, c'est-à-dire un ensemble de points avec des liens entre eux. A chaque lien entre le point i et le point j on associe un nombre Wij, qui représente la fraction de j qui est propriété de i. Le réseau global est extrêmement complexe par sa taille (600 000 points, 1 006 987 liens), et parce que les entreprises aiment établir des liens cycliques entre elles : je détiens une partie de ton capital, et toi une partie du mien.

Quelle est la topologie, c'est-à-dire la configuration, de ce réseau d'entreprises ? Les auteurs ont découvert que les entreprises se structurent d'une façon extrêmement hiérarchisée, ce qu'ils appellent une structure en forme de noeud papillon. Au centre se trouve un ensemble très restreint de 1 347 entreprises qui ont chacune des liens, 20 en moyenne, avec les autres membres du club.

Au sein de cette structure, il y a un ensemble encore plus restreint de 147 multinationales qui contrôlent 40 % de toute la valeur produite et presque 100 % d'elles-mêmes. Parmi elles, on trouve essentiellement des banques et des compagnies financières : Barclays, JP Morgan, AXA, UBS, Deutsche Bank, Natixis, etc. Il s'agit d'une sorte de « super-entité » économique, dotée d'un pouvoir immense.


Cette étude, qui fait passer l'analyse du capitalisme contemporain du terrain idéologique à celui de l'analyse scientifique, est typique de ce que la science peut offrir à la société : une étude détaillée, quantifiée et reproductible. Mais comment guérir le patient ? Faut-il réguler cette « super-entité », la laisser faire ou l'empêcher de nuire ? Là, la science s'arrête et c'est à la société de décider sur d'autres critères.


Une autre question qui se pose à la suite de la lecture de cet article est : comment faire de la science un tant soit peu libre ou objective dans un monde dominé par des pouvoirs aussi forts ? En fait, la domination des acteurs économiques sur la science n'est pas un cauchemar à venir mais une réalité. Il suffit de penser aux prétendues études qui avaient démontré l'innocuité du tabac, de l'amiante, du bisphénol A, etc.


Partout où les résultats scientifiques ont des conséquences économiques, une énorme pression sera exercée pour que les conclusions aillent dans un sens plutôt que dans un autre. La seule garantie d'impartialité est que les chercheurs ne soient pas sous la coupe directe ou indirecte de ces pouvoirs et qu'il y ait un contrôle démocratique des chercheurs ainsi que de la société sur la recherche, ses résultats et son financement. Ne laissez pas les chercheurs seuls face aux 147 sociétés !


Marco Zito

Lemonde.fr - 26.11.2011


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:37

Le Week-End du 4 Février

 

#4Fe : Rassemblement National des Indignés à Clermont-Ferrand.


Ce mouvement est nouveau, il fait appel à la solidarité, à l’engagement de chaque citoyen, à sa prise de conscience. Nous protestons principalement contre la dictature
des marchés financiers et pour une réelle démocratie.
Nous appelons donc à une journée d’indignation générale, à Clermont-Ferrand, le 4 février 2012, à partir de 14h, Place de Jaude ( au pied de la statue desaix ), pour
donner un nouveau souffle au mouvement, mais également pour une meilleur coordination entre chaque mouvement français.


Lors de cette journée, ces thèmes seront abordés :
- Préparer les évènements à venir en France / Coordination France.
- Le référendum sur une nouvelle constitution.
- Coordination Internationale.

 

Unissons-nous pour donner plus de force à notre mouvement !!!

 

Infos de Coordination pour venir et une fois sur place:

Départs prévus de : Paris, Bayonne, Saint-Etienne, Niort, Metz, strasbourg
En attente de réponse : Lyon, Montpellier, Bordeaux, Marseille.

Lien de l’évenement Facebook : http://www.facebook.com/events/272711102793244/

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:33

 

 

Le Makhzen (régime) l’a fait nous sommes attristés pour notre camarade AGADIL et ses camarades jugé à 4 ans de prison !!! Ce Jeudi ! après avoir été torturé pendant trois jours en Novembre dernier !

Vous trouvez ci joint notre communiqué à diffuser le plus largement possible !

Comme quoi au Maroc avec avec barbus ou sans barbu la répression est toujours là, les condamnations télécommandées  sont toujrs là …

En d’autres termes et comme disait Lampedusa dans le Guépard  (le livre et le film) : « il faut que tout change pour que rien ne change ».

En ce qui nous concerne à Attac/Cadtm Maroc comme au mouvement du 20 février la lutte continue. Des manifestation se sont organisées ce week end dans plusieurs villes la plus part se sont passé s le calme sauf celle de la ville de Kénitra où le pouvoir a décidé de taper sur les manifestant s causant plusieurs victime dont une femme enceinte (on parle d’avortement mais je ne suis pas sur ) 

Nous comptons sur votre solidarité

salutations de lutte

Pour Attac/Cadtm maroc
Jawad


---------------------------------------------

ATTAC Maroc
Contre la mondialisation libérale
Membre du réseau CADTM

Communiqué

 

32 ans de plomb pour Agadil et ses camarades



Le 19 janvier 2012, la cour d’appel de Safi a prononcé des jugements iniques envers plusieurs militants du mouvement contestataires de Safi (les détenus du 1er août) et les environs. Parmi eux, le camarade Abdeljalil Agadil, membre d’ATTAC/CADTM Maroc et le Mouvement du 20 février (M20), les peines prononcées sont comme suit:
1.    Hicham Tani, A. Agadil, Ali Taâban et El Mehdi Ghiwam: 4 ans de prison ferme
2.    Amine Abou Al Iddam, Omar Martab, Yassine Al Mahili, Abdelkarim Koundi, Abdelkader Al fidadi, Adil Zaid et Amine El Touzani: 2 ans de prisons ferme
3.    Mohamed Assarssar et Boujemaâ: Un an de prison ferme
4.    Miloud Al Habti et Aziz Benchrifa: 4 mois de prison ferme

Ces peines confirment le caractère répressif de l’Etat marocain. La «Justice des riches» a sévit suite à un simulacre de procès. Ces jeunes ont été condamnés car ils ont revendiqué le droit au travail, la liberté et la dignité pour le peuple marocain. Leur participation dans le M20 traduisait ce combat.

Safi, déjà meurtrie par la perte de deux de ses jeunes (Kamal Amari et Mohamed Boudourwa) suite à la répression policière sanglante de 2011, subit les foudres d’un appareil répressif local. L’objectif de ces arrestations et ces condamnations est d’empêcher tout enracinement populaire du M20 à Safi comme ailleurs. Pourtant, ce mouvement populaire a démontré tout au long des 11 mois passés, qu’il n’est pas prêt de s’arrêter tant que le despotisme et la corruption sévissent dans notre pays.

Suite à ce jugement injuste, le Secrétariat national d’ATTAC/CADTM Maroc annonce ce qui suit :

•    La responsabilité de cette mascarade et ces jugements iniques incombe à l’Etat et toutes ses institutions.
•    Le procès d’Agadil et ses camarades est politique et il n’y a rien d’un simple dossier pénal.
•    Nous exigeons la libération immédiate des prisonniers politiques dans les événements du 1er août à Safi.
•    Ceux qui devront être jugés se sont les auteurs de crimes économiques et politiques dans notre pays et non pas ceux qui luttent contre le despotisme et le népotisme.
•    Nous appelons les organisations militantes ici et ailleurs de continuer leurs actions de solidarité avec ces militants et tous les autres prisonniers politiques au Maroc.
•    Ce procès renforce notre conviction que le changement effectif au Maroc passe par l’enterrement de la constitution du régime absolu et la construction d’un régime démocratique.

La solidarité et la pression populaire nous permettrons de libérer nos camarades comme se fut le cas en 2005 avec les détenus dans le procès d’Imini qui ont écopé de 10 ans de prison et le mouvement de solidarité nous a permit d’obtenir leur libération.

Secrétariat national d’ATTAC/CADTM Maroc
20 janvier à Rabat

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 15:56

http://www.autogestion.asso.fr/?p=884

Quatre décennies se sont écoulées depuis les expériences autogestionnaires en Tchécoslovaquie, trente ans depuis le programme de Solidarnosc en Pologne

 

Le contexte tchèque
À Prague, après 20 ans d’un système politique bloqué par une cohabitation entre une vraie droite ultralibérale et une fausse «gauche» sociale-démocrate, toutes deux issues du même moule de la jeune génération de permanents communistes de l’avant-1990, une nouvelle vague d’opposition radicale se lève avec les indignées.
Les uns rejettent en bloc le système actuel, les autres se polarisent sur la dénonciation de la corruption massive qui se chiffre en milliards et qui reste impunie, malgré les dénonciations dans les médias, notamment l’hebdomadaire Respekt et, à un moindre titre, le quotidien Lidové Noviny, tous deux issus de la dissidence de l’avant 1989. 
La tendance la plus modérée, celle du Manifeste du libéralisme radical (sic) animée par des intellectuels et des artistes, existe depuis un an. Ces derniers temps, elle a pris un tour effectivement plus radical en se transformant en un «mouvement civique» appelé «Opinion publique contre la corruption», intitulé qui évoque le nom du mouvement qui impulsa en Slovaquie la révolte de novembre 1989, «Opinion publique contre la violence» organisation sœur du Forum civique tchèque déclarant «la guerre à la corruption et aux corrupteurs». Ils proposent un programme en 15 points qui évoque celui des indignés de Madrid et des quelques soixante autres villes d’Espagne : par exemple, de nouvelles règles de financement des partis politiques, la protection juridique pour ceux qui dénoncent la corruption (en anglais whistleblowers), la publication préalable des contrats d’État sur internet, des lois instaurant un contrôle citoyen sur la fonction publique de même que l’élection directe des maires et des préfets. Une semaine après son lancement 4500 signataires avaient rejoint cette déclaration.
Plus radical est le mouvement ProAlt - c’est à dire, pour l’alternative – qui vient de se constituer autour du manifeste intitulé «On ne peut pas rayer la société d’un trait de plume».
Ce dernier s’en prend aux coupes budgétaires dans le financement des services publics et autres «réformes» à la Sarkozy imposées par un gouvernement de type Fillon (le premier ministre Necas)- Borloo (les ministres d’État John et Schwartzenberg). D’ailleurs, ces réformes se trouvent rejetées à 70% selon les sondages et ce gouvernement n’a plus que 10% d’opinions favorables. Pour ces indignés tchèques, ces mesures témoignent d’une «irresponsabilité envers la société et la nature».
Ils dénoncent une santé à deux vitesses et «le renforcement de l’influence des entreprises privées sur les universités jusque là indépendantes ainsi que sur les systèmes de retraite» et «les attaques contre les lois écologiques». On se croirait au Portugal, en Irlande, en Grèce ou … en France.
Les premiers visés sont les partis tout neufs (TOP 09 et VV) à la Borloo ou Hulot qui se sont fait élire l’an dernier aux légi-slatives et aux municipales et qui se sont alliés pour gouverner au parti de droite ODS qui venait d’être désavoué par les électeurs, privant ainsi les sociaux-démocrates de leur victoire. Très vite, â la manière des démocrates libéraux britanniques, ils ont sombré dans la corruption (surtout VV). Ces «initiatives» s’appuient sur un phénomène parallèle, le surgissement récent et spectaculaire des mouvements sociaux notamment humanitaires (L’Homme dans le besoin), sorte d’Amnesty International tchèque d’origine plus ancienne mais qui monte en flèche, s’occupant par exemple des réfugiés, des sans-papiers, des Roms, de la Tchétchénie, etc. et écologiques (là aussi le pionnier Duha/Arc en Ciel a fait des émules, notamment dans la lutte actuelle, non-violente mais violemment réprimée par la police spéciale, contre la déforestation spéculative dans la forêt de Bohême). On a même vu récemment se créer une Fondation contre la corruption.
Des campagnes massives de protestation contre les élus se développent par internet. ProAlt se développe plus dans les régions que dans la capitale car ce sont elles qui sont le plus durement touchées par les contre-réformes du gouvernement (désertification etc.). Fin mai, ProAlt s’est joint à la plus grande manifestation en République Tchèque depuis 1990, celle des syndicats, opposés à la casse du service public.
Tereza Stockel son animatrice est une sociologue de 34 ans qui a écrit sa thèse sur les mouvements sociaux en France. Elle a déclaré publiquement qu’il fallait passer à la «désobéissance civile envers le gouvernement». Les méthodes sont nouvelles : happenings à la Greenpeace, concerts de sifflets, «minutes de bruit», chahuts dans la rue au passage des corrompus officiels, popularisation des mouvements étrangers dont la lutte des faucheurs volontaires en France, luttes contre le nucléaire et la guerre en Afghanistan, toutes choses absolument nouvelles et scandaleuses pour la culture politique tchèque traditionnellement «respectueuse».
En tout cas, la rupture d’avec le consensus pro-américain et un système politique sans autre gauche que les dinosaures staliniens du Parti communiste de Bohême-Moravie et des sociaux-libéraux dévalués est entamée. Les liens sont renoués avec les altermondialistes et les nouveaux mouvements sociaux occidentaux et français, comme au temps des campagnes pour le désarmement nucléaire des années 1980 et 1990. À nous de construire ensemble une autre Europe, sans en oublier le centre et l’est.
Le mouvement de protestation massive contre les gouvernants politiques et économiques se développe en Europe Centrale et Orientale à un rythme plus rapide encore qu’au printemps dernier.


Dans l’espace ex-Yougoslave
Dans les pays successeurs de la Yougoslavie les reprises d’usine font florès, comme par exemple en Serbie à Zrenjanin, comme on peut le voir dans les livres Les sentiers de l’utopie par John Jordan et Isabelle Frémeaux (Éditions Zones/La Découverte, 2011, 256 pages + DVD). À Sarajevo (Bosnie) comme à Zagreb (Croatie), Belgrade (Serbie) et Skopje (Macédoine) les jeunes occupent la rue, les centres culturels et les théâtres (Skopje) ou encore les universités (Zagreb et Belgrade). Alors que le pouvoir serbe soutient les milices factieuses serbes du nord du Kosovo (à Mitrovica) qui font la chasse aux Albanais, il emploie la manière forte contre les étudiants de Belgrade, solidaires des ouvriers de Zrenjanin. Ils protestent en outre contre l’augmentation astronomique des frais d’inscription et le chômage des diplômés, à l’instar de leurs camarades croates. À Belgrade le mouvement est tout aussi spontané et anti-leaders qu’à New York. Les seuls militants organisés sont ceux de L’Initiative Marx 21, et de l’Initiative anarcho-syndicaliste (1) . Ils réclament aussi la gratuité des études sur critères universitaires et la démocratie directe. Ils fonctionnent par coordinations issues d’assemblées générales quasi quotidiennes, et se consultent par internet. Leurs coordinations sont reconnues et parfois même jouissent d’une aide financière et logistique des syndicats ouvriers. À l’entrée de l’université de Belgrade s’étalent en lettres énormes les mots «BLOCAGE» et «LA CONNAISSANCE N’EST PAS UNE MARCHANDISE».


En Russie
Le mouvement s’y est cristallisé dans la lutte de défense de la forêt de Khimki, dans la banlieue de Moscou (2)  animé en particulier par Evguénia Tchirikova qui fut en juillet l’invitée des Alternatifs et du Comité de Notre-Dame -des-Landes sur le site près de Nantes où Vinci veut, comme à Khimki, exproprier et exploiter indûment. Ce mouvement s’est fondu dans la lutte massive contre Poutine et son régime. Samedi 10 décembre, de 50000 à 80000 personnes défilèrent à Moscou sous les slogans «ANNULEZ LES ÉLECTIONS et «ORGANISEZ-VOUS». Evguénia était – avec l’écrivain Boris Akounine, le rapeur Noize MC et l’ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov – l’une des principales oratrices. Des milliers de gens, comme l’a noté la correspondante à Moscou de l’Observer, se sont mis à se parler et à débattre entre eux, au lieu de seulement écouter, ce qui ne s’était pas vu depuis 1991 (3).
Leurs slogans et banderoles étaient bariolés et artisanaux. À Moscou comme à Saint-Pétersbourg et dans des dizaines d’autres villes, les manifestants portaient des rubans, brassards et bouquets de fleurs blanches, au couleur de leur révolte. On a même vu, grâce à Evguénia, qui a rapporté de Notre-Dame des Landes le slogan «VINCI, DÉGAGE !», un slogan analogue écrit en français «POUTINE, DÉGAGE !» (4).
La aussi, internet a joué, alors que les autres médias sont le monopole de Poutine : c’est la diffusion sur Youtube d’images de fraudes électorales – au siège du parti au pouvoir ainsi que dans un bureau de vote où dès l’ouverture à 8 heures une urne était déjà un tiers pleine – qui a provoqué ce déferlement. En Russie Youtube est utilisé pour diffuser les programmes de la chaîne de télévision indépendante sur internet. Notons que les Russes passent en moyenne deux fois plus de temps que les Occidentaux sur les blogs et réseaux «sociaux». Même si internet n’influence qu’une minorité d’électeurs, les enquêtes d’opinion montrent qu’il joue un rôle surtout auprès des jeunes générations (5) . Le 17, les manifestations ont repris. On en attend de nouvelles le 24, puis, après la pause des fêtes, dès la mi-janvier.


République Tchèque
À Prague aussi, l’Initiative Pro Alt a réuni deux mille personnes le 17 novembre jour anniversaire de la «Révolution de velours» et cela en plein centre de Prague. La jeunesse radicalisée et les travailleurs syndicalistes ont manifesté ensemble, réclamant comme ailleurs la démission des gouvernants, le contrôle sur les banques et la finance. Le philosophe slovène Slavoj Žižek, dont les œuvres sont traduites dans bien des langues, était sur place, revenant du camp des indignés de New York. Il a déclaré à la foule place Venceslas : «Il y a des utopistes qui pensent qu’on peut changer les choses par de modestes réformes», et, faisant allusion au Printemps de Prague de 1968, «Le capitalisme mondialisé à visage humain ne fonctionnera pas davantage» (6) . Il a été ovationné, alors que quelques centaines de mètres plus loin, les leaders sociaux-démocrates Dienstbier et Kavan étaient sifflés par la foule. Un représentant des mineurs a été lui aussi acclamé quand il s’en est pris au nouveau parti de Centre Gauche (Věci Veřejné/ La Chose Publique) qui a été élu pour lutter contre la corruption, et qui aujourd’hui a rejoint les corrompus au pouvoir. Une banderole résumait bien les mouvements actuels :»Politiciens vous voulez faire des économies, arrêtez de voler et il y en aura assez pour tout le monde».

Vladimir Claude Fišera, 23 décembre 2011.

1.Voir V.Fišera « Mouvements pour l’autogestion en Europe du Centre et de l’Est » in coll. Autogestion, hier aujourd’hui, demain, Paris, Syllepse 2010, 700 pages, pp. 456-469.
2. Claude Vancour, Rouge et Vert n°331, 28 septembre 2011.
3. The Observer, 11 décembre 2011.
4. Voir Politis, 15 décembre 2011.
5. Voir Hospodarské Noviny/ Quotidien économique 5 décembre 2011 ; Respekt 7 décembre 2011 et DNES, 8 décembre 2011.
6. Respekt 21-27 novembre 2011.

 

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 15:51

 

 

http://www.occuponsladefense.net/

Après Metz, Quimper, Nantes et Lyon, l’Assemblée Générale de Paris, décide de se lancer dans le processus de référendum pour une constituante ce Dimanche 22 janvier 2012, comme réponse à la question souvent posée « que voulez-vous ? » et à laquelle nous répondons toujours « la démocratie réelle maintenant ! « 

 Nous voulons qu’enfin le peuple lui-même soit décisionnaire.
Ce n’est pas aux gens de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.
Parce que « nos rêves n’entrent pas dans leurs urnes » nous vous appelons, dans  toutes les villes et villages, à participer au référendum pour un processus constituant.
Nos buts seront ceux que chacun  d’entre vous co-élaborera et co-organisera pour :
- écrire une nouvelle constitution
- sortir de l’ancienne politique
- changer de système économique et institutionnel
- mettre en place une démocratie réelle.
Habitants, citoyens, nous vous appelons à ne pas attendre les présidentielles mais àmener d’ores et déjà campagne pour venir au référendum  et répondre à la question :
- Voulez-vous une nouvelle constitution écrite par et pour le peuple ?
Oui? Non? 

Partout,  du 14 au 22 avril et du 28 avril au 6 mai,  dans les villes et les villages, les  quartiers, sur chaque campus, devant chaque entreprise, dans tous les  lieux de passage, faisons fleurir des bureaux de votes, des assemblées, et faisons germer la démocraie.
Des cahiers de « doléances » - propositions, indignations - permettront à ceux qui le souhaitent de contribuer à cette réflexion collective.

Que là où les indignés ne se sont pas encore regroupés, se créent dès maintenant des comités  pour une constituante  : à charge pour eux de commencer déjà leur campagne et d’animer les débats dans les rues, sur les places et, parfois, à l’abri.
Nous avons laissé dormir 1789 dans les Musées. Nous  l’en sortons maintenant pour le changement.
Nous appelons tous ceux qui le souhaitent, à nous  rejoindre et à participer activement au changement démocratique que nos vieilles institutions sontincapables d’entendre.
Que les pouvoirs tremblent car ce peuple, uni, ne sera jamais vaincu !
Nous proposons, à tous ceux qui veulent faire vivre ce projet, de nous réunir à Clermont les 4-5 février et les 7-8 avril à Paris .  Nous y ferons le point avec les villes et les villages, sur l’avancement du référendum et pour préparer l’après référendum.
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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 15:46

 

La finance n’est pas en crise, elle concrétise un Coup d’État européen !
Actualutte - 8 janvier 2012 Écrit par  Samuel Moleaud

Il est désormais courant d’entendre que l’économie mondiale est en crise, et que dans ce contexte de conjoncture difficile, mieux vaut patienter pour s’affairer, que des jours meilleurs fassent briller nos portes-feuilles. Les bourses clôturant en baisse, scrutant les monnaies en dévaluation, la finance en effervescence entraîne avec sa chute le délabrement de l’État. Cette crise serait donc une sorte de trou noir absorbant tout, surtout les capitaux, contre lequel il est impossible de lutter car personne ne l’aurait générée, tant il est inconcevable autant qu’impossible de lutter contre le libre et naturel cours du marché. La crise mondiale, la plus grave depuis les années qui ont précédé les fascismes en Europe, serait une résultante de la mondialisation : puisque le marché est vertueux, cyclique et libre de tout contrôle étatique, il se régulera de lui-même après l’orage bancaire. Quelle naïveté ! Comprendre plutôt qu’il est naturel voire biologiquement intrinsèque à l’Humanité que 99% de la population subissent le dernier pour-cent boursouflé de kilos dollars, qui impose sa loi, affame, tyrannise et tétanise la planète…

 

 

La concupiscence pour l’accumulation des biens matériels est telle dans le comportement des acteurs sociaux, quels qu’ils soient, qu’elle est un leitmotiv, une norme de conduite où l’antisocial devient social : Le pauvre adule son maître bourgeois, il surconsomme, il aspire à vivre comme lui et se ruine pour cela. La classe moyenne précaire, elle, dénigre les pauvres et fait flamber son compte bancaire. La classe moyenne supérieure est celle qui épargne sur les marchés financiers, elle cire les pompes de la classe possédante juste au dessus d’elle. Le pire d’hier devient la normalité d’aujourd’hui, la mémoire se raccourcit et l’espoir s’amenuise. Et oui, le capitalisme marchand a toujours existé, et se maintient dès lors que s’opère une tractation entre deux individus. Il y a toujours une valeur à toute chose, et un prix à l’échange.

 

Depuis 2008, la croissance économique des pays occidentaux est molle voire négative, et c’est en dépit d’une crise incontrôlable que l’on devrait se serrer la ceinture, accepter de fournir plus d’efforts afin d’en finir avec la récession, et aller « chercher la croissance avec les dents s’il le faut. »(1). Le royaume bancaire et l’influence que la finance a pris sur les institutions publiques, ne remontent pas à 2008. L’attribution à toute entreprise de la personnalité morale juridique en 1864 aux États-Unis eût pour conséquence qu’une banque, plus tard une  multinationale put conclure des contrats, assigner l’État ou les personnes physiques en justice, et réaliser des profits énormes. Bientôt, les grandes corporations détournèrent la juridiction des États pour échapper à leur contrôle, elles financèrent les belligérants des grands conflits. Ainsi, les gouvernements avides durent s’associer avec ces nouveaux rois de la finance pour se maintenir dans leur rang. La stratégie fut simple : instaurer le chaos pour en récolter les bénéfices. Une guerre, un putsch, une catastrophe naturelle, une crise, tout est bon pour faire du profit. Sauf que le contrôle de l’appareil étatique est souvent un frein à la concentration accrue des capitaux : dans nombre de pays, il existe un droit du travail qui encadre relativement salariat, patronat et indépendants. Les codes du travail contiennent des articles juridiques qui normalisent les salaires, la liberté d’expression, l’action syndicale, le temps de travail réglementé, les conventions collectives, les contrats. Les constitutions dites démocratiques quant à elles, grossièrement, fixent les relations entre les différents pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) et les citoyens. Des devoirs sont institués, mais aussi des droits sociaux comme ceux de participer à la vie politique (mais pas trop, sinon le peuple peut gouverner en lieu et place de l’élite oligarchique).

 

Ces droits sociaux, que d’autres nomment par « acquis sociaux», cette législation qui fait que les gens ont en théorie droit par exemple à une couverture sociale (famille, santé, vieillesse) en cas de période difficile, à un temps de travail salarié fixé à 39h maximum, à des congés payés, etc., furent obtenus tout au long de la première moitié du 20ème siècle. Mais ils ne furent pas gratuits : pendant toute l’émergence de la classe ouvrière de 1850 à 1970, partout où il y eut des luttes sociales organisées, l’oligarchie capitaliste craignait que les mouvements sociaux ne basculent en insurrection. Le spectre de la révolution socialiste hantait les libéraux, et c’est par la lutte sociale acharnée des travailleurs, que les droits sociaux et libertés fondamentales furent obtenues.

Ces droits sociaux, ou plutôt, les réglementations étatiques, ne sont pas très appréciées des capitalistes car elles freinent leurs profits abyssaux. Lorsque les salariés d’une entreprise bénéficient d’avantages sociaux en tout genre, et voient leurs salaires augmenter, cela ne plaît pas aux néolibéraux. Alors jusque-là, ils s’alliaient avec des gouvernements en accord avec eux, ils imposaient leur idéologie économique, et renversaient les gouvernements socialistes, à l’instar de ce qu’a subi le Chili le 11 septembre 1973. Comme la manœuvre itérative ne peut pas être réitérée trop de fois, sans quoi trop de citoyens en seraient avertis, les spéculateurs se sont mis à attaquer directement les secteurs de l’économie sur les marchés internationaux : l’agriculture, les armes, le social, les télécommunications…tout profit fut bon à prendre. Même sur la souveraineté, ils pouvaient attaquer directement la monnaie des États. Des créanciers détenaient carrément la dette publique d’un État, de sorte qu’ils pouvaient en exiger illico-presto le remboursement. Des agences, constituées d’hommes d’affaires haut placés, s’arrogeaient le droit de décider de la solvabilité ou non d’un pays, et la dégradait ainsi lorsqu’il ne correspondait pas à leurs critères (autrement dit, lorsque l’État ne fut pas assez néolibéral). Les riches contribuables placèrent leurs revenus dans des paradis fiscaux, les grandes entreprises multinationales ne payaient plus leurs impôts à hauteur de ce qu’ils devaient dans le pays du siège social. Petit à petit, l’impôt, devenu proportionnel, reposait uniquement sur les prolétaires des classes moyennes pendant que les classes aisées, elles, pouvaient se payer les honoraires des cabinets de conseil financier pour s’exonérer de leurs impôts. Le travail fut dégradé, des millions de personnes volontaires furent condamnées à la pauvreté par manque d’emplois car leur gouvernement préféra lutter (vainement) contre une inflation criante au lieu de générer une politique sociale de plein emploi. Le marché noir à tickets de rationnement fit bientôt le quotidien des damnés de la Terre. Ainsi, l’objectif ne fut pas de pallier aux crises économiques, mais bien le contraire : organiser une crise permet de garrotter le peuple, mettre des riches sur la paille et d’en enrichir d’autres et de marcher sur les plates bandes des prébendes d’autrui. La concentration du capital permet d’aggraver les contrebalancements des crises, et d’asseoir le pouvoir de la finance sur l’État : c’est la stratégie du coup d’État permanent.

 

Résultat, si l’on pousse l’idéologie à l’extrême, encore cinq-six ans de régression sociale et de mise à sac de l’État, et les services publics vont être complètement démantelés, plus aucune recette fiscale ne rentrera dans les comptes publics. Comme ces services publics ne fonctionneront plus de manière optimale, les gouvernements déclareront qu’ils ne seront plus en mesure d’en assurer le fonctionnement, et que les projets relatifs aux lois de finances doivent ouvrir le capital de toutes les entreprises publiques à la concurrence extérieure : comprendre que Suez, Veolia, Total, Vinci, Danone, Nestlé, General Motors, JP Morgan, Société Générale, BNP Paribas, Natixis, etc., seront les nouveaux dirigeants des institutions à partenariat public-privé : l’État privatisé. Les prix augmenteront drastiquement, la couverture sociale disparaîtra, le temps de travail augmentera peu à peu pendant que les salaires tomberont en flèche comme un château de cartes. Imaginez L’École à Natixis, les universités et la recherche à Veolia, la santé publique à Sanofi, les transports à Veolia, Vinci et Suez… Sur un graphique, le curseur de 2011 se situerait ici. Conscients que les profits pourrait s’accroître, les banques Natixis, Société Générale et BNP Paribas auront carrément fusionné-acquis le Palais Bourbon et du Luxembourg. Les élections se feront rares, ou alors, lorsqu’elles auront lieux, n’auront le droit de se présenter uniquement les membres de conseils d’administrations des entreprises publiques-privées (le terme « public » désignant les seules parts à 5% détenues par l’État).

 

L’idéologie des néolibéraux est à son paroxysme : instaurer un anarchisme libéral affranchi des États-Nations, l’oligarchie pure. Et la crise qui dure depuis 2008 est une aubaine pour les maîtres du monde. L’instabilité économique leur est dangereuse à une époque où l’indignation populaire monte en intensité. Mais pourtant, l’assujettissement des gouvernements à leur doxa, permet de réaliser un putsch monumental en toute impunité. Ce que nous nous apprêtons à vivre en France, en Europe occidentale, ce que vivent déjà les européens du sud, n’est pas une crise financière. C’est un coup d’État de la finance sur l’État. Ou plutôt, une Offre Publique d’Achat (OPA) d’un Empire sur un État. La situation alarmante de la Grèce en 2011 éclaire sur cette vision.

En 2011, 737 personnes morales détiennent 80% des valeurs des entreprises mondiales (2). Cette stratégie est actuellement installée en Europe du Sud, où la troïka (FMI, Banque Centrale, Commission Européenne) a déclaré la guerre à la population.

 

En Grèce, le salaire minimum a été réduit à 600 euros mensuels (3), et les tarif
s ont augmenté de 100% sur la consommation du pétrole et du fuel. Le prix de l’électricité, du gaz et des transports publics ont accusé une hausse de 50%. On ne nous fera plus croire que la concurrence pure et parfaite existe, et qu’elle permet de faire baisser les tarifs. Un tiers des entreprises commerciales auraient fermé leurs portes, et ne seraient plus en mesure de payer les salaires. Les ménages en couple atteignant 2000 euros chacun n’ont désormais que 400 euros d’allocations chômage qui sont versées avec des retards d’un mois à deux. Nombre de fonctionnaires, quand ils sont encore en poste, ne sont plus rémunérés. Pourtant, 97% des fonds alloués par l’Union Européenne et le FMI ont bénéficié aux banques qui encaissent des intérêts colossaux pendant que le service de la dette repose sur des contribuables déjà paupérisés. S’ajoute à cela une part de 40% des jeunes diplômés étant condamnés au chômage structurel, et ceux qui ont la chance de pouvoir travailler voient leurs rétributions s’amenuiser, ou perçoivent au noir les fruits de leur labeur. Éradiqués les acquis sociaux, pulvérisées ont été les recettes fiscales, jeté aux rois de la jungle a été l’État grec.

 

Pendant ce temps, les médias dominants crient à la malhonnêteté des travailleurs grecs qui font du black, plongent l’économie dans le trou noir informel et qui augmenterait la dette publique. Il est vrai que les médias bourgeois seront plus enclins à expliquer le chaos par la fainéantise d’un peuple plutôt que d’évoquer l’avidité des représentants de la troïka. Les milliards qui ont été donnés en échange de ces plans d’ajustement structurels à répétition, sous couvert d’aide massive, ont servi à engraisser les poches des actionnaires et des banquiers, et l’on veut expliquer à l’auditeur européen que le grec, l’espagnol, l’italien, le portugais ou le français ont un comportement vicieux. Petit exemple d’avidité des places boursières : lorsque les banques frôlaient la faillite en 2008, l’Union Européenne s’est attelée lors du G20 à rembourser les mauvaises créances en consentant aux établissements de crédit des prêts à 2% d’intérêt. Quelques années plus tard, ces banques prêtaient à 12% (2009), puis 18% (2011) aux États lorsqu’ils approchaient le défaut de paiement. Expliquer la crise de la dette par la malhonnêteté d’un peuple, est un peu comme expliquer la famine en Afrique par le soleil : empêcher de réfléchir et se tromper d’ennemi. La guerre est déclarée à l’Europe. Et le terrorisme économique colonialiste que vit l’Europe aujourd’hui est le même que celui dont l’Afrique a souffert tout au long du 20ème siècle et dont les stigmates courent encore aujourd’hui d’une manière trop criante : une tiers-mondisation des pays riches au bénéfice de quelques uns.

 

Le constat est simple : la Grèce subit un coup d’État de la finance qui fait son OPA sur les institutions, et ce pays, première victime européenne de tiers-mondisation, est en train de subir ce qui nous attend plus au nord si les dernières vraies élections à venir ne concrétisent pas le souhait de millions d’indignés silencieux en effervescence : changer ce rouage systémique. Résister aux « chocs » économiques. Nous ne sommes plus des veines prêtes à recevoir des injections en seringue d’austérité comme on prescrit des antibiotiques à un simple rhume. Ce ne sont pas aux peuples de payer la bêtise des capitalistes, encore moins d’en payer les dettes, et s’il y a une cure à infliger, elle est à administrer aux classes possédantes, une cure de bien public et commun qui voudrait que tout le monde puisse jouir d’une existence décente. La solution alternative est pourtant simple à appliquer, tant l’action publique pourrait adjoindre la participation de tous à l’altermondialisation de la planète, dans le démantèlement de l’économie néolibérale (réformer le FMI, l’OMC, la Banque Mondiale et l’Euro, empêcher les délocalisations et la mainmise de la bourse sur les institutions publiques), redonner à l’État une justice sociale, une souveraineté économique, sociale, et politique, répartir les richesses de manière équitable. En France, rédiger une sixième constitution qui soit citoyenne, participative et socialiste. Bref, agir et éviter que le pire d’aujourd’hui ne se transforme en calvaire quotidien, en soumission atroce à la dictature totalitaire des marchés financiers et entreprises multinationales.

 

A la suite d’une crise d’ampleur suffisamment conséquente pour qu’elle fasse trembler les Empires et leurs économies, quand l’Homme ne se mue que par la crainte de l’avenir et l’élite dans la peur de vaciller, les opinions se radicalisent et deux idéologies poignent au carrefour des civilisations : à gauche, le socialisme et le fascisme à droite. Nous sommes en 2011, mais se reproduit le spectre de ce qui s’est passé dans les années 1930 en Allemagne avec l’élection d’Adolf Hitler, ou la victoire de Franco en Espagne en 1936 sur les républicains communistes et sur les anarchistes. Dans les années 1930, le fascisme et la guerre ont permit aux entreprises de canaliser la foule et surtout, d’accélérer leurs débouchés économiques (voir le rôle d’IBM dans la Shoah…). L’Humanité est au milieu du « Y » qui sépare la route en deux, mais pour une fois, la résistance n’est peut-être pas restée bloquée au feu rouge. Habituellement, le virage radical à droite est prévisible, en ce que les totalitarismes sont profitables aux oligarchies (suppression des syndicats, de la liberté d’expression, rupture des droits du travail, répression, culte inféodé du chef charismatique, etc.). Mais les peuples de notre époque, possèdent internet pour s’informer, et depuis janvier 2011, la crise mondiale fait aussi prendre conscience que l’idéologie néolibérale ne repose que sur une chose : la propagande de la minorité qui asservit la majorité. Les gens deviennent conscients, résistants, parfois militants autodidactes face à toutes ces inégalités de traitement, et accumulent de la colère silencieuse. Ils n’ont pas fait l’ENA ou Science-Po, mais savent que si leurs factures augmentent, c’est parce que certains actionnaires l’ont décidé arbitrairement du haut d’une tour en verre. Le problème, c’est que demander aux élites de prendre en compte la rage des minorités qui gronde, c’est comme expliquer à un sourd qu’il faut qu’il entende.

 

J’attends ce moment où un enfant se rend compte qu’on se moque de lui, que le Père Noël n’existe pas, sans que les parents perchés dans leur tour d’ivoire, n’aient pu anticiper le déclic cognitif…Déclic qui se fera par les urnes ou avec violence. L’idéologie néolibérale vit ses derniers mois, c’est pour cela que ses tenants accélèrent le processus de libéralisation. La suite n’est plus qu’une question de temps. Nous sommes dans un bolide traçant dans le brouillard sans aucune visibilité. Les élections de 2012, pour ce qui est de la France, promettent peut-être de se montrer les plus intéressantes qui soient depuis 1958. Car chose qui ne s’est jamais produite, c’est la première fois que la gauche (« extrême ») socialiste semble unie et constructive sur un même front, autour d’un projet de société alternatif de taille. Agissons.

 

Samuel Moleaud.

http://sam-articles.over-blog.com

 

1. Selon les déclarations démagogiques d’un ineffable homme (d’affaires) politique un jour de campagne électorale pour la présidence, un homme innommable qui voulut devenir calife à la place du calife. La croissance avec les dents, qu’il y aille, c’est que la croissance, nombre de chômeurs, salariés, étudiants et travailleurs précaires l’attendent toujours… Ils se sont ravagés les dents sur le marché du travail et n’ont plus assez d’indemnités pour payer le dentiste.

2. http://www.bastamag.net/article1719.html.

3.http://www.presseurop.eu/fr/content/article/977471-va-droit-au-genocide-financier.

 

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