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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 13:17
Marianne - Panagiotis Grigoriou - Blogueur associé | Mardi 24 Janvier 2012 à 12:01

 

En pleine crise économique, politique et identitaire, le collectif refait surface. Malgré des schémas qui se répètent. Culture négligée, magouilles financières, intérêts politiques... Panagiotis Grigoriou, blogueur associé de Marianne2, nous raconte un quotidien bouleversé par la finance mais rendu meilleur grâce à un retour aux essentiels.



Les temps nous changent. Hier déjà nous étions si loin. Le corps social blessé se retourne comme il peut. Recroquevillés et vulnérables, nous nous détournons du passé. Nous lui tournons le dos, mais sans bouger. D'ailleurs, nous n'avons plus le choix. Ou plus exactement nous en avons deux : le choix des bancocrates grecs et autres, c'est à dire mourir, ou celui d’inventer au jour le jour, d'abord pour se maintenir en vie, puis pour féconder le long terme.
 
Nous nous découvrons petit à petit sortants de l'ombre. Finalement, nous sommes assez nombreux à ne plus nous sentir à l'aise dans l'ancien sens. Depuis un moment déjà, quand on réfléchit bien. Et pas seulement dans le milieu des lettres et des médias, fort heureusement. Toute notre commune mesure se déplace, et avec elle, la frontière du possible. Comme au Far West. Pour le meilleur ou pour le pire.

Un retour au collectif

Embarquée sur notre « RER grec » jeudi soir, une dame emmenait chez elle les herbes sauvages qu'elle avait ramassé sur le flanc nord-est du mont Hymète : « de quoi compléter nos repas jusqu'à lundi prochain. C'est pour ma famille vous savez, puis mon frère viendra, sa femme aussi. Je les fais à la casserole d'abord… Avant, j'achetais au marché local, mais de nos jours c'est un met offert à ne pas manquer. »
 
En effet, le met nouveau, c'est aussi le retour à la famille ou aux amis. Se retrouver, se sentir protégé, manger. Une récente enquête, publiée par le magazine Epikaira (www.epikaira.gr – 19/01/2012, version imprimée, p. 18), confirme ce revirement. Ainsi l'ostentatoire et la démesure n'ont plus la cote. Il était grand temps. Il vaut mieux mourir sobre et pensif que vivre vorace et potentiellement idiot, selon les derniers dires du simplisme ambiant. Les publicitaires le comprennent bien, car lorsqu'il faut faire vendre on ne badine pas avec les représentations collectives.

La richesse relationnelle

Ainsi, dans une publicité dont tout le monde parle, le héros, vendeur de sandwichs, interroge son client sur les ingrédients à ajouter, à part la saucisse « tout en marquant des buts contre la faim ». C'est un vendeur ambulant, servant sa clientèle depuis un stand posé devant un stade, son enseigne commerciale portant le nom de « thérapeute de la faim ». Il représente aussi l'engouement pour ces formes de restauration bon marché, qu’on ne retrouve pas que devant les stades. Avant la déferlante des Troïkans, les publicitaires utilisaient des plans tournés dans les restaurants, mais ce n'est plus une pratique courante compte tenu du contexte actuel.
 
La vidéo se poursuit par un dialogue assez croustillant. On laisse entendre que le sympathique client n'a plus de relation amoureuse, mais c'est sans doute parce qu'il n'a pas de chance, et ainsi, il reçoit les encouragements du vendeur car « t'en fais pas mon vieux, toi, t'es beau mec ». 

Et peu importe, si on suggère à la fin, d'opter pour l'opérateur de téléphonie qui a produit ce spot, bien que le produit lui même n'apparaisse pas une seule fois dans la pub. Voilà donc pour le renversement des valeurs. Le collectif est à la page, même si les actes ne suivent pas encore fidèlement les paroles.
 
Dans les médias, on s'interroge sur le succès de ce spot publicitaire. Stavros Theodorakis, éditorialiste et journaliste pour les secteurs de la presse écrite et de l’audiovisuel, parle d’une improvisation partielle lors du tournage. D’où le « t'en fais pas mon vieux, toi, t'es beau mec ». Une réplique du vendeur, incarné par Manolis Mavromatakis, un excellent acteur qui se produit au Théâtre national, mais qui par le biais de la publicité, rechercherait à financier son prochain film. « Il suffirait qu'un homme, venu de nulle part, prononce ainsi la phrase-clef qui nous emportera aussi en politique, raflant toute la mise, en dépit des scenarii des formations politiques supposées existantes », écrit Stavros Theodorakis.

Improvisation partielle ou pas, je préfère m'attarder la dernière phrase du vendeur: « je vis dans un rêve, ne me réveillez pas. » Auto-dérision et ironie sont de mise, tandis que le code vestimentaire renvoie à la classe « dominante », dans les faits, la classe populaire. On y suggère alors sobriété, pauvreté (relative, pas miséreuse), malchance et ambiguïté, dans la notion de rêve et dans celle qui sous-entend l'action/inaction (« ne me réveillez pas »). Mais avant tout, ces personnages incarnent l'humour et donc, la richesse. Non pas matérielle, mais relationnelle, valeur sûre finalement, tout comme l'échange, et l'encouragement. Ce qui reste en somme positif, dans un pays ravagé par la bancocratie et par ses propres errements.
 
Un certain individualisme devient alors condamnable, encore que ... En tous cas, nous sommes ailleurs. Dans une optique bien différente de celle d’un passé encore très récent. Agir collectivement, s'entraider et ne plus avoir le droit de rêver sur l'avenir. Voilà que nous nous découvrons enfin membres du club. Non pas celui des « puissants » de la zone euro, comme nos hommes politiques nous le rabâchaient depuis dix ans, mais de l'autre, si grand et ouvert, des 80 % de l'humanité, vivant dans la cité du rêve interdit. Les chiffres utilisés par la presse cette semaine font état de 1700 suicides attribués à la crise depuis 2010. On constate aussi près d’un décès par jour chez les sans domicile fixe ces derniers jours d’hiver. Et ces politiques toujours là.

Montages financiers

Justement, ce personnel politique n'en finit pas d'exister. Et à chaque fois qu'il occupe la scène médiatique c'est pour ajouter de l'exécrable sur l'abime. Ainsi, cette semaine était aussi celle d'un premier déballage à travers les chamailleries entre grands patrons de la presse (Psycharis – quotidien Ta Nea) sur les dessous des montages financiers autour de la dette grecque et autres affaires, présumées profitables à la famille Papandréou. Cette même semaine, la police vient d'arrêter à Salonique 53 personnes, mêlées dans une affaire d'entreprise mafieuse et de blanchiment d'argent. Les prêts non officiels et usuriers à destination d'entrepreneurs, figurent parmi les spécialisations de la structure. Certains de ces entrepreneurs se sont suicidés ou « suicidés » depuis quelques mois déjà.
 
Les arrestations concernent un échantillon représentatif de la déchèterie nationale au service de la bancocratie : responsables régionaux dans la branche bancaire de la baronnie, policiers gradés, hauts responsables aux services anti-fraude du fisc, dirigeants d'équipes de foot et hommes politiques locaux, appartenant au parti de la droite, à celui de l'extrême droite et bien entendu au P.S. (on évoque même un proche de Venizélos – ministre de l'Économie, figurant parmi les inculpés), et enfin, un journaliste-rédacteur à la chaine régionale (et d'État) ET3.
 
Parmi les « victimes » de cette mafia, on découvre l'ancien footballeur de la sélection nationale du Club Atlético de Madrid, Demis Nikolaidis. On apprend par des sources policières relayées dans la presse que le joueur a emprunté en 2010 auprès d'un « entrepreneur » du clan 350.000 euros. Il devait lui rembourser 51.800 euros par mois, le taux initial mensuel étant de 10% puis ramené à 6,5% car le « client » était bon payeur. Finalement, Nikolaidis, a remboursé en quelques mois 620.000 euros, sur les 350.000 empruntés initialement.
 
Nous n'irons pas pleurer sur le sort du footballeur, mais la question que la presse ne pose jamais est par quel mécanisme de « valeur ajoutée » ces montants sont-ils si élevés ? Et s’ils sont si importants, pourquoi donc valoriser ainsi une telle « activité » ? Pourtant, il y a en a toujours qui suivent les « matchs » de foot dans ce pays comme avant.

Répétitions

Finalement, les taux usuriers de nos mafieux n'ont rien d'anormal. Le système banquier tout entier, si sérieux qu'il puisse nous paraître selon les stéréotypes savamment cultivés, « les marchés » autrement dit, pratique exactement les mêmes méthodes, seulement l'échelle est toute autre. Usure alors systémique. Les négociations entre le premier ministre, « guichet automatique », et le siège de son établissement semblent avancer. Les dernières touches sont apportées au tableau d'amortissement des « titres », donc on peut laisser courir une sorte de défaut, supposé maîtrisable vu qu’il a été programmé jusque là. Comme en 1931, lorsque Moody's, conduisait déjà la Grèce au chaos (Régis Soubrouillard – Marianne ).
 
Pendant quatre ans, plusieurs écoles et universités n'ont pas fonctionné, les agents ont été mis à la porte et les soupes populaires se sont généralisées. Mais cela n’a pas suffi. Les services et les infrastructures du pays (réseau de distribution de l'eau, électricité) ont été « acquis » par des « investisseurs » étrangers. Le syndicalisme fût interdit, ainsi que les grèves. Les agents de l'État restants furent privés de la moitié de leur solde. En 1932, le peuple grec savait bien que les gouvernants du pays n'étaient, ni plus ni moins, qu'un corps de politiciens professionnels, dont les intérêts personnels étaient en réalité ceux de leurs patrons, entrepreneurs locaux ou non.
 
Ces derniers étaient les contributeurs directs des politiciens, souvent par le biais de la bourse, comme on pouvait déjà le lire dans la presse de l'époque. Le chômage officiel, de 75.000 personnes en 1928, passe à 237.000 en 1932 (pour 6,5 millions d'habitants). Les prix doublent, et les morts causées par la famine se comptent par milliers. Les jacqueries et autres révoltes spontanées sont violemment réprimées par la police, la gendarmerie et l'armée. De fait, la stratocratie s'impose comme étant le régime le mieux adapté à la situation selon les bancocrates de l'époque. La presse communiste ces années-là qualifie Elefterios Venizélos, premier ministre, de « dictateur ».
 
Le bipartisme ayant échoué, la mise à sac du pays, liée à la faillite de 1932, a entrainé la mécanique finale aboutissant en 1936 à la dictature de Metaxas. Je rappelle qu'a l'époque, le président au conseil des créanciers (aujourd'hui on dit également les « marchés ») était Sir Austen Chamberlain, (« Accords de Locarno » - 1925), demi-frère de Arthur Neville Chamberlain, (« Accords de Munich » – 1938). À terme, ces accords ont contribué à la logique du déclenchement de la seconde guerre mondiale.

« Jardiniers de Salonique »

Car encore chez nous le « dénouement » global 2012 se précise déjà bien, trop bien même. Le « gouvernement » vient de proposer par une loi cadre le transfert de la propriété de tous les biens de l'État, bandes côtières, ressources et monuments compris, vers une supra-structure gérante, liée aux « restructurants » de la dette.
 
En somme, nos « jardiniers de Salonique » cultivant le « tout en un » en politique et « la Troïka pour tous les autres », voilà ce qu'en Grèce on commence designer sous son onomatopée originelle : « bling bling ». A savoir, l'occupation de l'intérieur et celle de l'extérieur, main dans la main. Ce type de jardin n'étant pas qu'une spécialité de Salonique, ni même de la Grèce. On se demande pourtant pourquoi ces affaires sortent en ce moment car en Grèce cette supra-corruption ne tombe pas que du ciel. On se dit alors que le système prend de l'eau et la nuit des longs couteaux. Certains tentent de se repositionner dans le paysage « politique » sous le régime des Troïkan. Apparemment, il n'y en aura pas pour longtemps, ni pour tout le monde. Les petites salades cachent bien les vraies patates chaudes.

Citrons mécaniques

Entre temps, au centre ville d'Athènes, une certaine vie culturelle se poursuit comme elle peut. Un éditeur présente son calendrier 2012, un artiste peintre connu y ayant contribué. On y joue La Berceuse de Gabriel Fauré au piano, s’attardant ainsi un moment sur la vraie vie, pour aussitôt revenir au pays réel de la bancocratie et reprendre nos débats sur la crise. La Berceuse achevée, un ancien président d'université, assurant le réveil général, explicite autour de lui sa version de la sortie de crise, « dans la durée et dans la douleur, depuis cette double occupation que nous subissons », puis les gens s'apprêtent à partir.
 
Mais notre année 2012 de la culture, ne sera pas pour autant sauvée par quelconque calendrier. Je viens d'apprendre que le Centre européen de traduction – Littérature et Sciences Humaines est sur le point d'être fermé par le ministre de la Culture. Cet organisme cogérait notamment les résidences des écrivains en Crète et sur Paros. Liquidation. Il paraît que le mobilier et les ouvrages de la bibliothèque seront mis en vente.
 
Braderie alors. Ce n'est malheureusement pas une surprise par les temps qui courent. Disons pour se consoler que les clémentines Mycéniennes sont à 0,80 euros le kilo et que pour certaines BMW, les plaques ont été déjà déposées. Leurs propriétaires n'arrivent plus à payer taxes et essence. Tête-à-queue. Tandis que les rumeurs sur la blogosphère font état d'un métropolite (non désigné), supposé sous mandat d'arrestation par la police, car « il transportait des armes et 35 millions d'euros dans sa voiture ». « Infos » sans queue ni tète, jusqu'à preuve du contraire.
 
Un autre métropolite, Serafim depuis son Pirée (en vrai cette fois-ci), vient d'adresser une lettre ouverte, d'abord destinée à la secrétaire générale du P.C. grec Aleka Papariga, suivie par deux autres lettres, destinées aux chefs de deux autres partis de gauche, Alexis Tsipras (formation SYRIZA), et Fotis Kouvelis (DIMAR). « Sauvez le pays, empêchez cette ultime phase de trahison des autres partis, l'incinération finale de la Constitution et la perte définitive de notre souveraineté … mais revenez si possible aussi vers Dieu ». Du jamais vu depuis la création du P.C., au Pirée justement, en 1918.
 
En attendant la réponse de la camarade, ce samedi nous irons ramasser les citrons, car les citronniers des jardins communs en bas des immeubles sont bien pleins. Partagés entre locataires, nous en ferons ainsi notre jus d'agrumes pour toute la semaine prochaine. Pendant que « Le Parlement européen veut réduire le gaspillage alimentaire », nous, grands précurseurs, nous sommes déjà à nos … citrons mécaniques. Costa Europa.

Retrouvez Panagiotis Grigoriou sur son blog.

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 13:10

 

Dans le campement des anti-nucléaire à Kasumigaseki

 

Rue89 - Alissa Descotes-Toyosaki journaliste

Publié le 24/01/2012 à 10h59

 

Mitsuro Sudo (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

Devant le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, un vieil homme entre dans une tente. Il a une barbe blanche très touffue et un gros anorak rouge.

En ce matin de janvier à Tokyo, le carrefour de Kasumigaseki est rempli de fonctionnaires qui se hâtent vers les bureaux. « Certains d'entre eux entrent parfois dans notre tente pour nous dire “Courage ! ” avant de regagner leur poste », sourit le vieil homme.

Depuis 124 jours, Mitsuro Sudo, surnommé « Kuma », participe aux sit-in devant les haut lieux du gouvernement japonais pour protester contre la politique menée après Fukushima, accusant le pouvoir de :

  • non-assistance à personne en danger,
  • reconstruction économique dans des zones hautement irradiées,
  • exporter le nucléaire ailleurs en Asie.

« A la fin de l'année, le gouvernement a décrété que la situation à la centrale de Fukushima-Daiichi était sous contrôle. Mais le 1er janvier, il y a eu un séisme de magnitude 7 au large de Fukushima qui a provoqué des dégâts sur le réacteur numéro 4. La nature est vraiment remarquable ! »

Le 2 janvier, l'opérateur Tepco avait annoncé que le niveau d'eau de la piscine de refroidissement du réacteur numéro 4 (où est stocké le combustible usé), avait baissé brusquement, ce que rapporte le Nikkansports.

Kuma se frotte les mains les unes contre les autres pour se réchauffer. Il fait presque 0°C dans la tente comme à l'extérieur. « On attend le passage de l'électricien pour mettre le chauffage », plaisante Etsuji Shimada. Ce quinquagénaire a été chargé de planter la première tente le 11 septembre

« Nous avons choisi ce jour symbolique pour le monde entier et débarqué tout le matériel et la nourriture devant le ministère. Une quinzaine d'agents de sécurité sont arrivés et ont crié : “Qu'est ce que c'est que ce cirque ! ” »

Monsieur Shimada rit encore au souvenir de ce premier jour de sit-in :

« Pendant que je débattais avec la police sur notre droit à occuper ces lieux, mes camarades ont monté la tente en sept minutes ! »

Activiste antinucléaire de longue date, Shimada se félicite de cette initiative qui a permis de réunir et coordonner des actions au niveau de Tokyo.

« Nous avons monté une deuxième tente en novembre pour accueillir des femmes de Fukushima. »

Les femmes peuvent aussi changer l'avenir

La tente voisine est occupée par plusieurs femmes assises sous un « kotatsu », une table chauffante. « Depuis le 1er décembre, nous soutenons l'action “dix mois dix jours” » dit Yukiko Takahashi, une jeune etudiante :

« Au Japon, on dit que les futures mamans accouchent au bout de dix mois et dix jours. C'est une manière de dire que pendant cette période, les femmes peuvent aussi changer l'avenir. »

Yukiko est originaire de la ville de Fukushima mais avoue ne jamais avoir été inquiétée par la centrale nucléaire jusqu'à l'accident :

« Avant le 11 mars, je n'aurais jamais pensé me retrouver un jour à manifester ou faire un sit-in ! »

« Nous organisons des roulements entre nous, et il y a une permanence de nuit aussi pour éviter les incendies », dit une autre femme. Les incendies et autres « vexations », les manifestants et activistes japonais sont habitués à les subir.

 


A Kasumigaseki (Alissa Descotes-Toyosaki)

Yukiko s'en amuse :

« Au début, il y avait toutes les nuits des camions de la droite ultra-nationaliste qui venaient faire du tapage nocturne. Il y avait quatre, parfois huit camions ! Ils mettaient à fond des chants patriotiques en nous insultant. »

Le plus étrange c'est que l'extrême droite se met aussi à tenir des discours antinucléaires. « lls ne supportent pas de voir des tentes dans le quartier ministériel, cela n'est pas conforme à l'image du Japon nationaliste », conclut Yukiko.

Ne pas laisser redémarrer le nucléaire

La prochaine manifestation importante qui réunira les femmes des associations pour protéger les enfants de la radioactivité à Fukushima et dans tout le Japon aura lieu au mois de mars.

Sur les blogs. des mères s'insurgent :

« Nous ne voulons pas passer encore les fêtes de fin année avec la peur au ventre. Le gouvernement fait des “stress tests” et assure que tout est sous contrôle, mais le césium a augmenté dans certaines régions de Fukushima. »

« Il n'y a plus que 6 réacteurs sur 54 encore en marche. Tous les autres sont à l'arrêt, mais ça ne veut pas dire que le gouvernement va les abandonner définitivement », ajoute Kuma san en montrant une banderole : « Nous ne laisserons pas redémarrer le nucléaire ! »

En avril, le Japon fonctionnera sans aucun réacteur nucléaire, du jamais vu depuis l'installation du premier réacteur en 1966. Kuma san raconte :

« Il y a deux jours, un spécialiste allemand des stress tests est venu au Japon et s'est inquiété pour nous. Mais quand il a vu les illuminations de Noël à Tokyo et Osaka, il s'est exclamé : “Mais vous avez de l'électricité en trop ! ” »


A Kasumigaseki (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

Les semaines après le 11 mars, Tokyo vivait sous la menace d'une panne d'électricité généralisée, mais en janvier, aucun foyer ne manque de chauffage. Kuma San ajoute :

« L'énergie provient des centrales thermiques et hydrauliques. Mais l'Etat va chercher par n'importe quel prétexte à remettre en route les centrales. Car le Japon était exportateur, et commence même à construire des centrales au Vietnam ou en Thaïlande.

Pourtant, la Mongolie a réagi après l'accident de Fukushima en refusant que le Japon exporte ses déchets radioactifs dans une décharge provisoire sur son sol. »

Depuis que le Japon a violé l'article 9 de sa constitution en envoyant des forces d'auto-défense à l'étranger, ce sexagénaire a quitté son travail en entreprise pour mieux s'impliquer dans le sort de son pays.

« Je me suis dit que le Japon risquait de revenir comme avant 1945 », dit-il. Activiste mais sans vraiment appartenir à une organisation, Kuma étudie les tournesols et leur capacité d'absorption du césium.

« J'aime la nature et ce qui me plairait vraiment c'est de pouvoir crier tout mon amour aux bureaucrates de Kasumigaseki ! », rit Monsieur Kuma, parodiant le titre d'un roman de Kyoichi Katayama, « un cri d'amour au centre du monde ».

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 13:04

 

Rue89 - Tribune 24/01/2012 à 10h07

Irène Costelian | Docteur en sciences politiques

 

Depuis le 12 janvier, la Roumanie connait une vague de manifestations contre les mesures d'austérités imposées par le FMI et l'Union européenne appliquées par le gouvernement et le président Traian Bàsescu. Ce qui, au début, était un rassemblement d'une centaine de personnes au centre de la capitale roumaine a pris de l'ampleur. Hier soir, on dénombrait près d'un millier de manifestants à Bucarest et quelques centaines dans d'autres villes.

Même si ce n'est pas le plus grand rassemblement que la Roumanie ait connu depuis le début de la crise économique et des mesures d'austérité, c'est la première fois que les manifestations s'accompagnent de violences. Les images diffusées par les médias nationaux et internationaux ressemblent fort à celles venues de Grèce.

 

 

Les manifestations en Roumanie

 

Toutefois, la situation en Roumanie est un peu plus complexe à cause des événements de décembre 1989 qui entraînèrent la chute du régime communiste.

En effet, pour un grand nombre de Roumains, ces manifestations rappellent celles de 1989 et ressemblent aux prémices d'une nouvelle révolution. Cette idée est soutenue par les lieux de rassemblement de la foule qui sont les lieux emblématiques de 1989, notamment la place de l'université à Bucarest.

Pas les mêmes conditions que 2007

Le danger de cette assimilation symbolique est une confusion entre les contestations de 1990, qui visaient le président Ion Iliescu (considéré par les manifestants d'alors comme communiste) qui se termina par l'arrivée des mineurs dans Bucarest et une dissipation sanglante des manifestants avec les raisons qui sous-tendent les manifestations de janvier 2012.

Cette confusion est une des craintes de nombreux politiciens, notamment dans l'ancien parti du président Iliescu, le Parti socialiste démocrate (PSD), puisque pour une partie de l'opinion publique, le PSD serait derrière ces manifestations et voudrait recréer les conditions troublées de décembre 1989 qui aboutirait à un nouveau coup d'Etat déguisé en révolution.

Les manifestants craignent ainsi une nouvelle récupération politique et refusent donc tout dialogue avec la classe dirigeante, peu importe sa couleur. Malgré des slogans similaires, nous sommes donc loin de la situation de 2007 où un référendum avait été organisé sur le thème de la démission du président Bàsescu. C'est la mobilisation des jeunes électeurs qui avait alors sauvé le Président sortant. Aujourd'hui, c'est cette même jeunesse qui s'allie aux manifestants qui remet en cause l'autorité étatique.

Les jeunes rejoignent les manifestants

Malgré les appels à l'ordre de nombreux leaders politiques comme Kelemen Hunor, leader de l'Union démocratique des Magyares de Roumanie, qui rappelait lors d'une conférence de presse que seul le gouvernement pouvait résoudre les problèmes politiques et que la violence menait à l'anarchie, les manifestants ne décolèrent pas.

S'ils sont seulement une poignée réunis au centre de la capitale durant la journée, les manifestants sont rejoints par beaucoup de jeunes la nuit tombée.

Et c'est bien la jeune génération qui est crainte par le pouvoir, dans la mesure où c'est elle qui est le plus touchée par la crise sociale de la Roumanie postcommuniste. C'est elle qui subit le plus les désillusions de la promesse démocratique. Le vrai danger de ces manifestations est une fanatisation de la jeunesse et son embrigadement dans les extrêmes puisqu'autant le Parti social démocrate de l'opposition que le Parti démocrate libéral au pouvoir n'ont apporté de réelles solutions aux préoccupations de la population.

Malgré le fait que la crise touche d'autres pays européens, la situation de la Roumanie pousse toujours ses citoyens à une émigration économique, 23 ans après la chute du communisme. Ces manifestations portent donc en germe la colère de citoyens au bord de l'explosion depuis longtemps.

D'ailleurs de nombreux artistes, surtout dans le monde hip-hop roumain, relayent depuis longtemps l'idée que les citoyens sont un danger pour la classe politique encore très corrompue et qu'il est toujours temps de faire une nouvelle révolution, une vraie cette fois. C'est l'idée qui apparaît dans une chanson du chanteur Grasu XXL au titre prémonitoire de « Revolutie » qui semble déjà être devenu l'hymne de la jeunesse contestataire.

 

 

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 12:57

 

No man's land 24/01/2012 à 12h02
Rue89 - Emilie Brouze | Journaliste
Mis à jour le mardi 24 janvier 2012 à 12h15

 

Frappée par la crise, la Société générale va supprimer 880 postes en France en 2012. Un salarié raconte ce plan social historique de l'intérieur.

 


La tour de la Société générale à La Défense (Emilie Brouze/Rue89)

 

C'est du jamais vu dans l'histoire des banques françaises : en 2012, la Société générale va supprimer 1 500 postes dans sa filiale de financement et d'investissement, dont 880 postes en France. Elle ne distribuera pas non plus de dividendes pour l'année 2011.

Paul (qui témoigne anonymement) est cadre depuis quelques années dans l'une des tours de La Défense (Hauts-de-Seine), pour une société de prestation externe à la Société générale. Il décrit à Rue89 le chamboulement provoqué par cette annonce :

« La transformation est douloureuse. On ne vit pas juste une crise financière mais un virage crucial : la refonte totale du modèle de la banque. »

Elle n'est pas propre à la Société générale : les quatre principaux établissements français (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et Natixis) vont diminuer leur effectif de 11% d'ici à 2013. Ailleurs aussi, les places financières se délestent d'une partie du personnel et renoncent à des pans complets d'activité.

« On ne sait pas qui part, qui reste, qui sera le chef »

Paul raconte que depuis septembre, toutes les embauches sont gelées à La Défense. Une partie du personnel en fin de contrat n'a pas été renouvelée :

« En ce moment, une personne fait le travail de deux et bientôt de trois salariés. Les horaires s'allongent, les bureaux se vident. Dans mon équipe, on était une cinquantaine. Fin décembre, on n'était plus que vingt environ. »

Dans son service, un bureau sur deux n'est plus occupé. Par un communiqué daté du 4 janvier, la Société générale précise que le plan social se fera « sans licenciement économique et sans départ contraint ». En interne, les annonces successives démotivent et angoissent. Il suffit de regarder les visages le matin, assure Paul :

« Chacun essaie de faire ses propres calculs. Tout ça, c'est énormément de stress. On ne sait pas clairement à quoi va ressembler le travail de demain. On ne sait pas qui part. On ne sait pas qui reste. On ne sait pas qui va être le chef. C'est un peu le “no man's land” : on ne sait rien. »

En souriant, il décrit aussi « l'effet inverse » :

« Ce qui est fabuleux c'est que petit à petit, certains relativisent. Les équipes se ressoudent : on boit des verres le soir ou on tire les rois dans les services. Mais je crois que les gens ont hâte de savoir. »

Plan Roméo : « Le mal était fait »

Le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) – plus simplement plan social – sera fixé en avril. Auparavant, la direction avait tâtonné en lançant successivement une « méthode d'évaluation comportementale » (avec des notes de A à E pour chacun) et un (officieux) « plan Roméo ». Deux tollés avortés :

« Dans le fameux plan Roméo, il s'agissait de trouver dans les contrats des internes des taches non faites pour pointer les torts. Une sorte de plan de licenciement déguisé, presque à la tête du client.

On a toujours travaillé dans l'urgence, sans prendre le temps de se poser. Alors forcément, il y a des failles : on accusait des gens alors que l'entreprise avait aussi ses responsabilités.

Ce plan Roméo a failli mal tourner. Il n'a heureusement pas abouti : les syndicats ont stoppé tout ça. Mais moralement, le mal était fait. C'était une pression folle, très difficile à supporter pour des gens qui ont travaillé dur pendant des années. »

« Négligences », « défaillances graves »

A la Société générale, qui emploie 40 000 personnes en France, le plan social annoncé en janvier s'accompagne d'un plan d'économies. Objectif : adapter ses activités à la crise de la dette qui touche la zone euro. La valeur boursière de la banque a été lourdement affectée par les turbulences du marché en 2011.

Paul remonte le temps pour retracer la crise :

« Après la guerre, les marchés financiers ont été libéralisés. Les banques se sont alors éloignées de leur fonction de base : collecter les fonds des particuliers, créer de l'épargne. L'argent coulait à flots. Et puis on a découvert avec la crise qu'il n'était pas illimité. »

A la Société générale, il y a (aussi) eu l'affaire Kerviel. En 2008, ce trader est accusé d'être à l'origine de 4,9 milliards d'euros de pertes. La Commission bancaire a ensuite sanctionné l'établissement pour « carences graves du système de contrôle interne ».

Des têtes sont tombées, dont celle Daniel Bouton, parti en 2009 : malgré l'affaire Kerviel et après que l'entreprise a reçu des milliards d'euros d'aides de l'Etat, l'ex-PDG s'était quand même octroyé des stock-options.

Paul explique que depuis Kerviel, « beaucoup d'argent a été investi pour sécuriser les activités. » Le trader n'a pas été le seul à faire n'importe quoi : en 2011, l'autorité des marchés financiers a sanctionné la Société générale pour « négligences » et « défaillances graves » dans la gestion de l'une de ses filiales pendant la crise.

« La crise a permis de se poser les bonnes questions »

« De cette crise, il faut savoir une chose : il y a ce que voit le grand public et ce qu'il se passe réellement. »

Ce qu'il se passe « réellement », c'est la transformation complète de la banque. Paul explique qu'aujourd'hui, les établissements bancaires ne perdent pas d'argent. Nuance : ils n'en gagnent pas suffisamment pour maintenir leurs activités.

« La crise a enfin permis de se poser les bonnes questions. Ça a été une prise de conscience énorme. On ne peut plus se permettre de gaspiller. Les enjeux sont lourds : contrôler le système et revenir à l'activité première de la banque.

Je n'ai jamais vu autant de publicités en ce moment pour appâter le particulier. Car le particulier, c'est finalement l'activité qui rapporte le plus et qui est la plus stable : on l'avait un peu oublié. »

Pub 2011 de la Société générale : « L'esprit d'équipe »

En interne, la transformation n'est pas si simple car, appuie Paul, « on passe d'un extrême à l'autre » :

« C'est carrément toute une mentalité qu'il faut casser. Il y a une telle inertie dans la banque que le changement est lourd. Je travaille avec des responsables qui pensent encore que l'argent n'a pas de limites... »

MERCI RIVERAINS ! fabache
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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 12:53

Hôpital Sud Francilien : les collectivités ne peuvent plus se passer des PPP

LEMONDE | 23.01.12 | 15h00   •  Mis à jour le 23.01.12 | 17h53

 
 

Avec huit mois de retard, l'hôpital sud-francilien, en lisière de Corbeil-Essonne et Evry, a accueilli ses premiers patients lundi 23 janvier. Avec 1 017 lits, vingt blocs opératoires, une chaufferie au bois, il devient le plus grand hôpital de France, supplantant Georges-Pompidou, à Paris. L'ouverture a dû être repoussée en raison des 8 000 réserves émises lors de la réception, ce qui est classique pour un tel équipement, et des travaux supplémentaires exigés par l'hôpital. Mais ce retard a nourri la polémique sur le choix du contrat de partenariat public-privé (PPP) conclu entre l'établissement public hospitalier et la société Eiffage.

Ce PPP prévoit qu'Eiffage finance et construise l'établissement puis en assure la maintenance pour les trente ans à venir, en contrepartie d'un loyer de 40 millions d'euros, une somme que beaucoup juge exorbitante. A tel point que le président de l'hôpital, le maire PS d'Evry, Manuel Valls, veut dénoncer le contrat.


L'hôpital sud-francilien est devenu le symbole des ratages des PPP, alors que les collectivités et l'Etat semblent ne plus pouvoir s'en passer. L'année 2011 a ainsi été riche en gros contrats puisqu'il en a été conclu pour 6 milliards d'euros, voire 14 milliards d'euros en incluant la future ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux, remportée par Vinci. D'énormes contrats s'annoncent encore en 2012, comme la ligne ferroviaire Nîmes-Montpellier, attribuée à Bouygues, le nouveau palais de justice de Paris, sur le terrain des Batignolles, pour 1 milliard d'euros, également remportée par Bouygues, le plan Campus, qui prévoit la rénovation de douze universités. Sans compter 24 000 nouvelles places de prison d'ici 2017.

>>> Voir le portfolio "PPP: des chantiers pharaoniques à la rentabilité incertaine"

  • Quel est l'intérêt des PPP ?

Cette formule créée par l'ordonnance du 17 juin 2004 permet à une administration ou une collectivité locale de confier à un seul et même opérateur privé le financement, la construction, la maintenance et l'exploitation d'un équipement. En contrepartie de la construction de ces collèges, prisons, stades, lignes à grande vitesse..., le commanditaire public doit payer un loyer pendant des dizaines d'années (jusqu'à cinquante-cinq ans pour les grandes infrastructures). L'opérateur privé est souvent une société créée pour l'occasion, associant un constructeur, un banquier ou un fonds d'investissement et des prestataires, pour la maintenance. Au terme du bail, la personne publique récupère la propriété de l'ouvrage en bon état.

La France a une longue tradition, qui remonte au XIXe siècle, de recours au privé pour ses services publics par le biais des concessions, dans les domaines de l'eau ou des transports. Dans une concession, l'exploitant assume le risque "commercial" et se rémunère surtout auprès des usagers. Ce n'est pas le cas d'un PPP où le loyer payé par le commanditaire de l'ouvrage est sans lien avec son exploitation, rentable ou non.

La mission d'appui aux partenariats public-privé (MAPPP) a, en cinq ans d'activité, recensé 118 contrats de partenariat, pour 11,8 milliards d'euros dont 28 conclus par l'Etat. "Le contrat de partenariat est loin d'être majoritaire, puisqu'il n'a représenté que 6 milliards d'euros en 2011, année record, là où l'investissement public total représente autour de 90 milliards d'euros par an", détaille François Bergère, directeur de la MAPPP.

  • Qui décide du recours au contrat de partenariat ?

Théoriquement, le contrat de partenariat ne peut être utilisé que dans le cas d'un projet complexe, urgent et, depuis 2008, si son bilan coût-avantage est favorable. En réalité, il peut être utilisé quasiment dans tous les cas car il est facile de démontrer qu'un contrat de partenariat est avantageux, quitte à biaiser les données. "J'ai vu des études préalables délibérément faussées pour justifier le recours" aux PPP, se souvient Michel Klopfer, conseiller financier des collectivités locales. "J'ai vu des erreurs grossières sur les frais financiers ou qui attribuaient, sans raison, une économie sur les prestations techniques de 20 % à 25 %, en faveur du privé, poursuit-il. Tous les cabinets, juristes, conseillers financiers ont un intérêt évident aux PPP, qui leur assurent du travail pour des années."

  • Les grands groupes industriels sont-ils favorisés ?

A l'évidence oui, notamment les majors du BTP. Ces groupes sont seuls capables de s'offrir le luxe d'avancer les frais d'études nécessitées par la compétition. Dans le cas de l'opération Balard, du ministère de la défense, surnommée "Pentagone à la française", seules Bouygues, Vinci et Eiffage, ont eu les reins assez solides pour dépenser de 15 à 20 millions d'euros d'études avec le risque de perdre le contrat. L'appel d'offres du nouveau tribunal de Paris ou de la ligne à grande vitesse Nîmes-Montpellier n'a vu que deux concurrents s'affronter : Vinci et Bouygues. Pour le réaménagement du zoo de Vincennes une seule offre a été formulée par le tandem Bouygues-Icade.

Selon nos calculs, sur les plus gros contrats (d'un montant supérieur à 40 millions d'euros recensés depuis 2006), Vinci s'est arrogé 8,9 milliards d'euros (49,8 %) - dont 7,8 milliards pour la seule ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux -, Eiffage, 3,7 milliards d'euros (21 %) et Bouygues 3,8 milliards d'euros (21,4 %). Dans les contrats d'énergie, c'est un autre trio, GDF-Suez, EDF et Veolia qui se partage les marchés.

  • Les PPP engendrent-ils des économies ?

La formule permet de réels gains de temps de chantier et le temps c'est de l'argent ! Selon François Bergère, de la MAPPP, "sur 40 opérations analysées, 90 % ont été livrées à l'heure. Lorsque les délais sont tenus, les coûts le sont en général aussi". Les constructeurs sont intéressés au respect du calendrier car ils ne sont payés qu'à compter de la livraison. La contre-performance de la rénovation, menée par l'Etat, du campus de Jussieu, à Paris, qui s'éternise sur plus de quinze ans et dont le budget a été multiplié par dix, est pain bénit pour les tenants des PPP...

Sur le plan financier, aucune étude n'est encore capable de mesurer les économies réelles sur le long terme. Les frais financiers sont théoriquement moins élevés dans un contrat 100 % public car l'administration peut emprunter à des taux préférentiels. Le privé, lui, contracte des prêts à des taux plus élevés ou investit ses fonds propres avec une exigence de rentabilité entre 10 % et 15 %. Le succès des PPP s'explique donc moins par les économies supposées que par le report de l'investissement : les collectivités n'ont rien à financer avant la livraison.

  • Les PPP constituent-ils une bombe à retardement financière ?

Jusqu'en 2010, ces engagements financiers à long terme, sous forme de loyers, n'étaient pas considérés, au plan comptable, comme une dette, évitant de creuser le déficit apparent de l'Etat ou des collectivités locales - d'où son attrait. Depuis le 1er janvier 2011, les collectivités locales sont obligées de l'inscrire à leur bilan. Le préfet et la chambre régionale des comptes d'Ile-de-France l'ont, par exemple, fermement rappelé à la commune de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). Depuis le 1er janvier 2012, l'Etat est dans la même obligation.

Pour beaucoup d'observateurs, les PPP constituent une charge incompressible qui peut devenir, à l'avenir, difficilement supportable pour les finances publiques. "Ces financements innovants permettent d'échapper à la rigueur budgétaire. Le cumul de ces loyers à payer à très long terme pourrait asphyxier nos finances", s'alarme le sénateur (UMP) Jean Arthuis. "Avec un crédit devenu rare et cher, les projets de PPP devront être sélectionnés avec plus de soin", admet François Bergère.

 

Vinci, Bouygues et Eiffage se partagent 92% des plus gros contrats de partenariats public-privé.

Vinci, Bouygues et Eiffage se partagent 92% des plus gros contrats de partenariats public-privé.Mission d'appui aux partenariats public-privé (MAPPP)Infographie Le Monde

Isabelle Rey-Lefebvre avec Laetitia Clavreul

 


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 12:50

 

LEMONDE | 23.01.12 | 15h03

 
 

Londres Correspondance - C'était censé être la solution qui permettrait au secteur public de faire des investissements à moindre coût et au secteur privé de réaliser des affaires. Lancés pour la première fois en 1992, et accélérés par les gouvernements travaillistes de Tony Blair et Gordon Brown, les partenariats public-privé (PPP) sont très utilisés par les autorités britanniques. Plus de 700 sont en cours au Royaume-Uni, pour des écoles, des hôpitaux, des prisons, des routes...

Vingt ans après, pourtant, le bilan n'est guère brillant. Le remboursement de ces contrats coûte très cher, et leur rentabilité est discutable. En septembre, Andrew Lansley, le ministre de la santé, tirait la sonnette d'alarme : 60 hôpitaux risquaient la faillite financière à cause de remboursements de PFI (public finance initiative, une variante du PPP) trop lourds. Un rapport assassin du comité parlementaire au Trésor le mois précédant dressait les mêmes conclusions catastrophiques. "Le coût moyen du capital d'un PFI est de 8 %, le double des emprunts de l'Etat", écrivait-il. En d'autres termes, le financement d'un projet par le secteur privé coûte deux fois plus cher que par le gouvernement.

 

"MINISTÈRES ACCROS"

Les entreprises qui réalisent les travaux amortissent leurs avances avec des factures très salées : le comité estime qu'il faut en moyenne 1,7 milliard d'euros d'argent public pour rembourser 1 milliard d'euros de PFI.

L'un des exemples les plus saisissants concerne l'hôpital Royal London. Depuis décembre 2011, cet établissement de l'est de Londres a commencé à déménager dans ses nouveaux locaux. Six ans après la signature du PFI, les nouveaux bâtiments en verre bleu ouvrent progressivement, apportant un vent de fraîcheur plus que nécessaire à la structure décrépie.

Quand le contrat a été signé en 2006, l'Etat n'a pratiquement pas mis un centime des 1,2 milliard de livres nécessaires (1,4 milliard d'euros, somme qui comprenait aussi un deuxième hôpital à Londres). L'argent est venu d'un consortium de trois entreprises privées, menées par Innisfree, un groupe spécialisé dans les PPP. Mais avec l'ouverture de l'établissement, l'hôpital doit commencer à rembourser, et il n'arrive pas à faire face.

Dans ces conditions, comment expliquer la multiplication des PPP depuis vingt ans ? Cela permet tout simplement au gouvernement de maquiller ses comptes, puisque les contrats public-privé n'apparaissent pas dans les dettes de l'Etat. "Les PFI permettent d'obtenir quelque chose maintenant et de payer plus tard, accuse Andrew Tyrie, député conservateur et président du comité parlementaire au Trésor. On comprend pourquoi n'importe quel ministère en devient accro. Mais on ne peut pas continuer comme cela, en espérant que la prochaine génération de contribuables paiera l'addition."

Conscient du problème, et pouvant politiquement renvoyer la responsabilité sur son prédécesseur, le gouvernement britannique a lancé en novembre une grande révision des contrats de PFI, pour tenter de trouver un modèle moins cher. Mais les caisses de l'Etat étant vides, il n'est pas question pour autant d'abandonner le concept. Le CBI (patronat) le soulignait dans un rapport en août : "Le Royaume-Uni a sérieusement besoin d'améliorer ses infrastructures (...) et l'investissement devra venir de financements privés." Les PPP ne sont pas prêts de disparaître au Royaume-Uni.

Intérim


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:51

LEMONDE.FR | 24.01.12 | 11h06   •  Mis à jour le 24.01.12 | 11h58

 
 

 

Selon les prévisions économiques, le million d'autoentreprises devrait être atteint le 15 février.

Selon les prévisions économiques, le million d'autoentreprises devrait être atteint le 15 février.AFP/OLIVIER LABAN-MATTEI


A 22 ans, Nathan rêve de s'acheter une voiture, pour pouvoir parcourir plus souvent la centaine de kilomètres qui le séparent de sa fiancée. L'aide financière de ses parents – 400 euros mensuels en plus de son loyer – ne suffit pas à cet étudiant en licence professionnelle de management informatique, installé à Rennes. En mars 2009, trois mois après la création du régime de l'autoentrepreneur par le gouvernement Fillon, Nathan décide donc de monter son "petit business, sans prétention, pour arrondir les fins de mois".

Après "trois clics" sur Internet et trois semaines de délai, le voilà propulsé patron "en toute simplicité". En parallèle de ses cours, il propose dès lors ses services de maintenance et d'installation de matériel informatique. Une activité qu'il pratiquait déjà auparavant "mais au noir, et très irrégulièrement".

Ce tout nouvel entrepreneur répond parfaitement aux objectifs du régime de l'autoentrepreneur : "offrir la possibilité à de nombreux salariés, étudiants, retraités et chômeurs de compléter leurs revenus". Mais, malgré un investissement humain et financier croissant pour faire connaître ses services, il ne voit pas décoller son activité. "Je gagnais en moyenne 150 euros par mois une fois les charges retirées, alors que je travaillais plus de dix heures par semaine". Une fois son diplôme acquis, il est embauché en CDI et laisse de côté son autoentreprise, après un an et demi d'efforts vains.

"TRÈS MAUVAISE SURPRISE"

Malgré le slogan accrocheur du régime de l'autoentrepreneur – "pas de chiffre d'affaire, pas de charge" – Nathan reçoit fin 2010 un courrier qui lui réclame plus de 600 euros, au titre de la cotisation foncière des entreprises (CFE). Cet impôt forfaitaire, qui remplace en partie la taxe professionnelle, vise à financer les collectivités territoriales et varie selon l'implantation géographique. Pour un autoentrepreneur, dont l'entreprise est généralement située à son domicile, elle constitue dans les faits une seconde taxe foncière. Une "très mauvaise surprise" pour le jeune homme, qui s'acquitte de la somme, mais résilie ensuite son statut d'auto-entrepreneur. "J'ai baissé les bras", conclut l'informaticien, partagé entre amertume et "honte" d'avoir renoncé.

En 2007, Nathan avait voté pour Nicolas Sarkozy. "Parce qu'il voulait nous mettre au travail et que moi, je ne demandais que ça", avoue-t-il aujourd'hui, une nuance de gêne dans la voix.  Celui qui représentait "le cœur de cible du sarkozysme" ne sait toujours pas pour qui voter en mai prochain, mais à 25 ans, il n'a toujours pas de voiture.

INDICATEURS EN BAISSE

Comme Nathan, ils sont nombreux à avoir opté pour le régime de l'autoentrepreneur et à avoir déchanté depuis. Un système de charges "bien trop élevées proportionnellement au chiffre d'affaires" pour Raphaël, 22 ans, autoentrepreneur en Haute-Savoie. "Un manque d'encadrement juridique et économique", dénonce pour sa part Sylvain, 31 ans, qui propose en indépendant des formations et du coaching de dirigeants. "Une simplicité apparente, mais derrière, les ennuis s'accumulent", déplore Charlie, 25 ans, domicilié à Anglet.

En 2011, l'Insee a relevé une baisse de 18,9 % des créations de ce statut. Selon les prévisions économiques, le million d'autoentreprises devrait être atteint le 15 février. Un chiffre dont se félicite le gouvernement, mais qui doit tout de même être nuancé, selon Grégoire Leclercq, président de la fédération des autoentrepreneurs. "On recense depuis la création du régime 370 000 résiliations de statut et sur le reste, seuls 50 % des autoentrepreneurs sont considérés comme actifs et dégagent un chiffre d'affaires", affirme Grégoire Leclercq, lui-même autoentrepreneur.

 

 

Dans le secteur du bâtiment, les autoentrepreneurs subissent la pression des artisans qui dénoncent une "concurrence déloyale".

Dans le secteur du bâtiment, les autoentrepreneurs subissent la pression des artisans qui dénoncent une "concurrence déloyale".AFP/MYCHELE DANIAU


PRESSIONS POLITIQUES

Alors qu'il dopait à son lancement le nombre de créations d'entreprises en France, le statut aurait-il depuis perdu son attractivité ? "Nous subissons surtout les attaques répétées au régime, qui le font évoluer dans le mauvais sens", selon Grégoire Leclercq. Depuis sa création, le statut doit composer notamment avec la pression des artisans et des commerçants, qui voient dans l'autoentreprise une "concurrence déloyale, voire du travail au noir déguisé."

Une pression qui tend à s'accélérer, en cette période pré-électorale. Certains candidats envisagent ainsi de limiter la durée du statut, à l'instar de François Hollande. Une proposition "démagogique qui précarise encore un peu plus le régime", pour Grégoire Leclercq. Le signe aussi d'"un certain mépris" affiché par la classe politique, alors que "le régime a tout de même permis à l'Etat de récupérer 600 millions d'euros de recettes fiscales en trois ans." Pour contrer cette offensive, la fédération des autoentrepreneurs a présenté le 18 janvier un livre blanc pour interpeller les parlementaires et les candidats à l'élection présidentielle sur l'intérêt économique et social de ce régime.

>> A lire : Le livre blanc de l'autoentrepreneur

Au cœur de ces propositions, miser sur la "formation et l'accompagnement" des autoentrepreneurs. "Quand on va a la rencontre des autoentrepreneurs, ils nous disent souvent 'c'est terrible, on souffre de solitude'", explique Grégoire Leclercq. "En lançant le régime, on n'était pas préparé en France à former et accompagner toute une nouvelle population d'entrepreneurs", affirme l'ancien gendarme, qui a fait partie des mille premiers autoentrepreneurs français.

"D'UNE PRÉCARITÉ À UNE AUTRE"

Un accompagnement d'autant plus primordial que le régime a été pris d'assaut par de nombreuses personnes "en situation précaire", considérant l'autoentreprise comme une potentielle issue de secours au chômage.

 

 

Le régime de l'autoentreprenariat a été pris d'assaut par de nombreuses personnes "en situation précaire", qui l'ont considéré comme une potentielle issue de secours au chômage.

Le régime de l'autoentreprenariat a été pris d'assaut par de nombreuses personnes "en situation précaire", qui l'ont considéré comme une potentielle issue de secours au chômage.AFP/JEFF PACHOUD


"Gagner quelques centaines d'euros, c'était toujours ça", explique ainsi Sophie, 42 ans, qui a créé l'an dernier en Mayenne une autoentreprise pour se lancer à temps plein dans la vente de bijoux. Grâce à un microcrédit, elle a pu se fournir auprès d'un grossiste et a commencé son activité sur les marchés. "Je vendais pour 500 euros par mois", un "coup de pouce bienvenu" pour cette mère de deux enfants au RSA. Mais le régime d'autoentrepreneur ne permet pas de déduire du chiffre d'affaires les achats et frais de déplacements. "Au final, après les déductions, frais et investissements, je travaillais beaucoup, pour très peu à l'arrivée. Les quelques bénéfices que j'ai tirés de cette affaire m'ont simplement permis de rembourser mon prêt."

Un scénario qu'a souvent pu observer Jean-Paul, entrepreneur à la retraite et bénévole pendant quatre ans à l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADEI), principal opérateur de microcrédit en France. Sa fonction : "redresser les gens qui allaient dans le mur". "Avant 2009, créer son entreprise était une démarche compliquée, cela nécessitait des connaissances commerciales, un investissement théorique, une formation de base en marketing", énumère Jean-Paul, qui délivrait alors des formations "qui faisaient à chaque fois salle comble". Mais le statut d'autoentrepreneur "a donné l'illusion aux gens qu'être entrepreneur était simple et qu'à moindre frais, ils allaient pouvoir s'en sortir. Au bout du compte, la grande majorité passe d'une précarité à une autre."

L'ADEI, qui offre une prime à ses salariés en fonction du nombre de microcrédits réalisés, permet ainsi le lancement de nombreux projets "qui ne sont pas viables". Au moment du départ de Jean-Paul, en 2010, près de 50 % des demandeurs de prêts devaient être refinancés par l'association. A des taux d'intérêts d'environ 15 %.

"L'ÉCHEC D'UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE"

Pour d'autres, le statut constitue également "une aubaine", car il est souvent "la dernière chance de se faire embaucher". A 57 ans, après un licenciement, retrouver un travail était "une mission quasiment impossible" pour Daniel, dessinateur-projeteur en Normandie. En 2009, il se renseigne sur le statut d'autoentrepreneur et bénéficie d'une aide à la création d'entreprise pour se lancer dans l'aventure. Grâce à son réseau, il parvient à réaliser 27 000 euros de chiffre d'affaires en 2010, puis 17 000 euris en 2011. Une baisse qu'il explique par le contexte économique difficile et la "condition précaire du régime", mais il maintient que "ce statut [lui] a évité la mort professionnelle".

Senior comme Daniel, Maryvonne est plus critique. Si elle reconnaît aussi que son statut d'autoentrepreneur lui a permis de continuer à être active, elle dénonce tout de même cette "rustine pour continuer à vivre", qui "montre l'échec d'une politique économique." Et de conculre : "Avec ce régime, on nous a proposé de créer notre propre emploi, parce qu'on n'était pas capables d'en créer à grande échelle ou d'inciter les entreprises à embaucher des seniors. Au final, on travaille et on survit avec pas grand chose, mais pour le gouvernement, ça fait toujours ça de moins sur les listes du Pôle emploi."

Charlotte Chabas


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:47

LEMONDE.FR | 23.01.12 | 18h38   •  Mis à jour le 24.01.12 | 10h02

 
 

Lors de son meeting au Bourget, François Hollande a condamné la "nouvelle aristocratie" des Français situés parmi le 1 % des plus hauts revenus. "Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous", a-t-il dit. Parlant ensuite de "sécession sociale", il a décrit des "quartiers protégés, sécurisés, pour que nul ne vienne déranger".

 

Le séparatisme dénoncé par François Hollande peut être mis en lumière par l'analyse de la répartition de l'ISF ou celle des revenus fiscaux des ménages par commune. Pauvres et riches n'habitent pas les mêmes quartiers, ni les mêmes villes.

Plusieurs sociologues se sont penchés, récemment, sur cette absence de mixité sociale et tentent d'identifier les causes de cet "évitement" entre riches et pauvres, voire très riches et moins riches, de même que les stratégies que les riches emploient pour s'éloigner des moins bien lotis.

 

"GRÉGARISME DE LA BOURGEOISIE"


 

Niveau de l'impôt sur la fortune dans les plus grandes communes de la région parisienne en 2009

Niveau de l'impôt sur la fortune dans les plus grandes communes de la région parisienne en 2009Le Monde.fr - DGI


La répartition des ménages redevables de l'impôt sur la fortune (ISF) illustre le phénomène que Christophe Guilluy nomme "grégarisme de la bourgeoisie" dans son livre, Fractures françaises (François Bourin, 19 euros). On constate que c'est dans les grandes villes que vivent le plus de ménages acquittant l'ISF, ce qui correspond, selon le géographe, à une "bourgeoisie traditionnelle", née avec la révolution industrielle.

 

La Direction générale des finances publiques (DGFiP) met à disposition du public le nombre de redevables de l'ISF par commune. Pour des raisons de confidentialité, les chiffres donnés par la DGFiP ne concernent que les villes de plus de 20 000 habitants, où plus de 50 personnes sont imposables de l'ISF; ils représentent plus de la moitié des contribuables soumis à cet impôt.

 

Le Monde.fr a fait une carte de ces villes, permettant à chacun de trouver près de chez lui le nombre de redevables à l'ISF, ainsi que l'impôt net moyen payé.

*(A VOIR SUR LE SITE DU MONDE en appuyant sur "Ctrl" de votre clavier et cliquer gauche sur la ligne du lien)

Naviguez dans la carte ci-dessous pour découvrir ces villes. Saviez-vous qu'il y avait 53 ménages acquittant l'ISF à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, commune plus connue pour sa cité des Quatre-Mille ? Que les villes où l'ISF moyen net est le plus fort sont Neuilly-sur-Seine, Paris, puis Croix, ville du Nord qui accueille la famille Mulliez ?

Impôt sur la fortune moyen:
entre 2000 et 6 000 euros | entre 6 000 et 11 000 euros | entre 11 000 et 15 000 euros | entre 15 000 et 20 000 euros | plus de 20 000 euros

 

>> voir la carte en plus grand format


"L'ENTRE-SOI" DES PETITS VILLAGES

Plus que l'ISF, continue M. Guilluy, ce sont les niveaux de revenus qui permettent désormais de distinguer de nouveaux territoires "riches". Voulant rompre avec les clichés, il explique que "le grégarisme social ne s'organise pas forcément autour des lotissements sécurisés", fermés par des grilles et parfois surveillés par des entreprises privées.

C'est souvent dans des "petits villages autour des grandes villes" que se concentrent les riches, créant un "nouveau système en prise avec la mondialisation et la métropolisation". Le géographe voit dans ce choix d'investir les villages comme une stratégie d'évitement, notamment de la loi SRU, qui ne concerne que les communes de 3 500 habitants et leur permet donc de garder un "entre-soi".

En région parisienne, l'exemple est assez intéressant. Mis à part les communes connues pour abriter des riches, telles Neuilly-sur-Seine ou le 16e arrondissement de Paris, de nombreuses communes ont des revenus fiscaux par ménage très élevés. Le revenu fiscal des ménages est la somme des ressources mentionnées dans la déclaration des revenus.

Dans la carte réalisée du revenu fiscal des ménages médian pour 2009, vous pouvez voir les villages concernés, petites taches rouge sombre, comme Marnes-la-Coquette ou Le Vésinet dans les Yvelines.

 

 

Le revenu fiscal des ménages médian par commune en région parisienne en 2009

Le revenu fiscal des ménages médian par commune en région parisienne en 2009Le Monde.fr - INSEE


>> Lire à ce sujet "Bienvenue chez les riches", un reportage pour M, le magazine du Monde, à Marnes-la-Coquette

En plus grand format, cette carte montre bien, autour des grandes villes, des agglomérations divisées entre les villes plus ou moins riches (identifiables par les couronnes orange foncé) ainsi que des villes encore plus riches (identifiables par des zones rouge foncé). On peut également noter la présence de villes très riches autour du lac Léman et de l'agglomération genevoise.

 

>> voir la carte en grand format


"SÉPARATISME RÉSIDENTIEL"

"Chacun met son 'pauvre' à distance" : dans Les nouvelles classes moyennes (Seuil, 11,50 euros), Dominique Goux, sociologue, et Eric Maurin, économiste, s'intéressent également aux disparités régionales entre classes. En étudiant le revenu au niveau des zones cadastrales données par l'Insee, les deux auteurs ont découvert ainsi que les ménages les plus riches habitent des zones où ils côtoient deux fois plus de "riches" que de "pauvres". Et que les "très riches" vivent dans des quartiers ou les "riches" sont presque trois fois plus nombreux que les "pauvres". "Les clivages territoriaux sont perceptibles à tous les niveaux de la société", concluent-ils.

La situation est comparable au niveau des classes moyennes. Mme Goux et M. Maurin observent que les mêmes différences sont notables entre les classes moyennes supérieures et les classes moyennes inférieures. Les deux auteurs soulignent que, si le séparatisme en fonction des revenus concerne tout le monde, les riches et les très riches ont plus de ressources pour le mettre en place.

Alexandre Léchenet


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:46

LEMONDE | 24.11.11 | 09h05   •  Mis à jour le 23.01.12 | 18h39

 
 

 

Répartition de la masse totale de patrimoine brut entre les ménages

Répartition de la masse totale de patrimoine brut entre les ménagesLeMonde.fr

 

C'est plus une confirmation qu'une révélation : les inégalités de patrimoine se sont accrues entre 2004 et 2010, et surtout par le haut, autrement dit par l'enrichissement des plus riches. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) l'établit dans sa nouvelle enquête sur le patrimoine des ménages, étendue pour la première fois aux départements d'outre-mer, dont les résultats ont été rendus publics jeudi 24 novembre.

En 2010, le patrimoine brut, c'est-à-dire l'ensemble des actifs détenus par un ménage (biens immobiliers, professionnels, patrimoine financier mais aussi matériel...), détenu par les 10 % les mieux dotés est en moyenne 35 fois plus élevé que celui dont disposent les 50 % de ménages les moins dotés. Ce rapport était de 32 en 2004. Comme les économistes Thomas Piketty et Camille Landais l'ont constaté pour les hauts revenus, les inégalités de patrimoine se creusent par le haut, tirées par les ménages les plus fortunés. L'indice de Gini, qui est une mesure du degré de disparité des patrimoines pour une population donnée, a augmenté de 1,4 % entre 2004 et 2010 mais de 13,9 % pour la population des plus riches, alors même qu'une partie de la période observée par l'Insee correspond à la crise.


 LES 10 % LES PLUS DOTÉS POSSÈDENT 48 % DU PATRIMOINE GLOBAL

Quelques chiffres donnent la mesure de la situation. Début 2010, la moitié des ménages vivant en France déclarent plus de 150 200 euros de patrimoine brut global. Les 10 % de ménages les plus fortunés possèdent au minimum 552 300 euros d'actifs, alors que les 10 % les plus modestes détiennent au maximum 2 700 euros chacun, soit 205 fois moins. Ces inégalités sont beaucoup plus marquées que celles des revenus. Collectivement, les 10 % de ménages les mieux dotés concentrent 48 % de la masse totale de patrimoine brut, les 1 % les mieux dotés en détenant même 17 %, contre seulement 7 % à la moitié des ménages les moins dotés.

Le montant du patrimoine, brut comme net (une fois déduite la charge des remboursements d'emprunts), croît jusqu'à l'âge de 70 ans avant de décroître ensuite. Toutefois, prévient l'Insee, les effets liés à l'âge "sont difficiles à estimer précisément car les niveaux moyens de patrimoine résultent de contextes économiques qui ont différé d'une génération à l'autre". Les Trente Glorieuses n'ayant pas grand-chose à voir, par exemple, avec les années 1990. Au-delà de ces effets, les logiques d'accumulation patrimoniale et d'épargne diffèrent nettement entre salariés et indépendants en activité, elles s'estompent avec la retraite. Entre salariés en activité, les disparités patrimoniales selon la catégorie socioprofessionnelle sont très marquées : le patrimoine médian des cadres est 35 fois supérieur à celui des ouvriers non qualifiés.

Acheter un bien immobilier, a fortiori sa résidence principale, est une étape importante dans la constitution d'un patrimoine. Ainsi les ménages propriétaires de leur résidence principale détiennent un patrimoine brut moyen 8,3 fois plus élevé que celui des locataires et des ménages logés gratuitement.

C'est parmi la frange la plus riche de cette France des propriétaires que se trouvent les redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), dont le rendement s'est envolé avec le boom immobilier.

 

 LES HAUTS PATRIMOINES SE PORTENT TRÈS BIEN

Cette année encore, comme l'ont révélé Les Echos du 21 novembre, l'ISF, même avec 300 000 redevables en moins – ceux qui étaient imposés à la première tranche supprimée en juin – devrait rapporter 4,2 milliards d'euros, soit 10% de plus que ce que le gouvernement prévoyait. Bercy y voit notamment le fruit de sa politique de lutte contre l'évasion fiscale.

Malgré la crise, les hauts patrimoines se portent très bien en France et restent détenus par une minorité d'héritiers, une concentration amplifiée par les allégements fiscaux sur les successions et que la suppression de l'impôt sur la fortune devrait encore aggraver.

Selon l'enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques, diffusée jeudi, les inégalités entre Français en matière de patrimoine se sont fortement accrues entre 2004 et 2010. L'écart entre les 10 % de ménages les plus pauvrement dotés et les 10 % de ménages les plus riches a augmenté de plus de 30 % au cours de la période. Quand les 10 % les mieux lotis possèdent au moins 550 000 euros de patrimoine, les 10 % les moins bien lotis n'ont pas plus de 2 700 euros chacun, soit 205 fois moins. Quant au 1 % des ménages les plus riches, ils détiennent chacun 1,8 million d'euros d'avoirs financiers, immobiliers ou professionnels. "Les inégalités de patrimoine sont beaucoup plus marquées que celles des revenus", reconnaît l'Insee, le revenu disponible des 10 % des ménages les plus modestes étant 4,2 fois moins élevé que celui des 10 % les plus aisés.

 

 "LE PROBLÈME N'EST PAS SON NIVEAU, MAIS SA RÉPARTITION"

Pour Thomas Piketty, spécialiste de la fiscalité et des hauts revenus, cette enquête confirme que "les patrimoines se portent très bien. Il faut revenir à la Belle Epoque pour trouver un niveau aussi élevé". Le patrimoine global des ménages s'élève à près de 10 000 milliards d'euros. Aux yeux de cet économiste proche du Parti socialiste, "le problème n'est pas son niveau, mais sa répartition".

Ainsi, les 10 % les plus riches possèdent à eux seuls la moitié du patrimoine total et ont en moyenne plus de 1 million d'euros chacun. A l'inverse, les 50 % les plus pauvres ont en moyenne 30 000 euros, ce qui correspond à une "voiture et deux, trois mois d'avance sur leur compte en banque". Et s'ils sont propriétaires de leur appartement, ils ont contracté un emprunt, si bien que leur patrimoine net est très faible. Autre enseignement de l'enquête : "Il n'y pas de fuite des patrimoines importants hors de France", souligne M. Piketty.

Une étude récente de la banque Crédit Suisse a d'ailleurs montré que la France comptait plus de millionnaires que n'importe quel pays européen. Pour Thibault Gajdos, du CNRS, cette enquête illustre le rôle déterminant de l'héritage dans la constitution du patrimoine. Ainsi, le patrimoine médian des ménages héritiers est de 241 300 euros, contre 63 100 euros pour les non-héritiers.

A ses yeux, ce n'est donc pas la hausse des prix de l'immobilier qui est responsable de cette "dérive des inégalités", mais "la simple transmission du patrimoine" opposant les héritiers, qui ont pu accéder à la propriété, à ceux qui ne disposent pas d'un patrimoine initial. En outre, relève-t-il, du fait du vieillissement de la population, "on hérite plus vieux". L'héritage ne bénéficie pas à ceux qui en auraient le plus besoin. L'écart entre le patrimoine des 20-29 ans et celui des 60-69 ans est de 1 à 10.

Claire Guélaud


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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:40

 

 

http://perepeinard.over-blog.com/article-les-147-familles-qui-controlent-40-de-la-richesse-mondiale-97690763.html

   

Lundi 23 janvier 2012


Les "200 familles", actionnaires de la Banque de France avant sa nationalisation en 1936 sont encore plus concentrées à l'échelle mondiale...

 

Un des reproches, par ailleurs injuste, qu'on fait à la science est de se désintéresser des problèmes des personnes « normales » pour se concentrer sur des travaux abscons. Une étude de trois chercheurs suisses, experts des systèmes complexes, jette une lumière crue sur notre société en faisant apparaître une concentration démesurée de pouvoir et de richesse.

Dans un article intitulé « Le réseau de contrôle mondial des entreprises » paru le 26 octobre dans la revue en ligne PLoS One, Stefania Vitali, James Glattfelder et Stefano Battiston analysent les relations entre 43 000 multinationales à partir de la base de données économiques Orbis, riche de 30 millions d'entrées. C'est la première étude de ce type par l'ampleur de son objet, le réseau mondial utilisé, et sa méthode (Le Monde Economie du 13 septembre).

Les auteurs schématisent les relations entre les acteurs économiques comme un graphe, c'est-à-dire un ensemble de points avec des liens entre eux. A chaque lien entre le point i et le point j on associe un nombre Wij, qui représente la fraction de j qui est propriété de i. Le réseau global est extrêmement complexe par sa taille (600 000 points, 1 006 987 liens), et parce que les entreprises aiment établir des liens cycliques entre elles : je détiens une partie de ton capital, et toi une partie du mien.

Quelle est la topologie, c'est-à-dire la configuration, de ce réseau d'entreprises ? Les auteurs ont découvert que les entreprises se structurent d'une façon extrêmement hiérarchisée, ce qu'ils appellent une structure en forme de noeud papillon. Au centre se trouve un ensemble très restreint de 1 347 entreprises qui ont chacune des liens, 20 en moyenne, avec les autres membres du club.

Au sein de cette structure, il y a un ensemble encore plus restreint de 147 multinationales qui contrôlent 40 % de toute la valeur produite et presque 100 % d'elles-mêmes. Parmi elles, on trouve essentiellement des banques et des compagnies financières : Barclays, JP Morgan, AXA, UBS, Deutsche Bank, Natixis, etc. Il s'agit d'une sorte de « super-entité » économique, dotée d'un pouvoir immense.


Cette étude, qui fait passer l'analyse du capitalisme contemporain du terrain idéologique à celui de l'analyse scientifique, est typique de ce que la science peut offrir à la société : une étude détaillée, quantifiée et reproductible. Mais comment guérir le patient ? Faut-il réguler cette « super-entité », la laisser faire ou l'empêcher de nuire ? Là, la science s'arrête et c'est à la société de décider sur d'autres critères.


Une autre question qui se pose à la suite de la lecture de cet article est : comment faire de la science un tant soit peu libre ou objective dans un monde dominé par des pouvoirs aussi forts ? En fait, la domination des acteurs économiques sur la science n'est pas un cauchemar à venir mais une réalité. Il suffit de penser aux prétendues études qui avaient démontré l'innocuité du tabac, de l'amiante, du bisphénol A, etc.


Partout où les résultats scientifiques ont des conséquences économiques, une énorme pression sera exercée pour que les conclusions aillent dans un sens plutôt que dans un autre. La seule garantie d'impartialité est que les chercheurs ne soient pas sous la coupe directe ou indirecte de ces pouvoirs et qu'il y ait un contrôle démocratique des chercheurs ainsi que de la société sur la recherche, ses résultats et son financement. Ne laissez pas les chercheurs seuls face aux 147 sociétés !


Marco Zito

Lemonde.fr - 26.11.2011


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