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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 22:05

 

 

Source : mediapart.fr

Europe: radiographie d'une social-démocratie à la dérive

|  Par Ludovic Lamant

 

 

Dans un ouvrage ambitieux, trois universitaires cartographient le « désarroi » de ces partis de gouvernement à travers l'Europe : chute de l'électorat, effritement du nombre d'adhérents, relation difficile avec la société civile… Ils insistent sur les effets de la crise, mais aussi sur le « pacte » conclu avec Bruxelles.

Ce sont trois visages d'une social-démocratie mise à mal par la crise financière, qui cherche à se réinventer partout en Europe. En Allemagne, plus de 369.000 militants du SPD ont donné leur feu vert à la formation d'une grande coalition avec la CDU-CSU de la conservatrice Angela Merkel, d'après les résultats de la consultation publiés ce samedi: il devrait y avoir six ministres SPD, sur un total de 14 postes ministériels. En Italie, Matteo Renzi, le maire de Florence, est le grand vainqueur des primaires de la gauche italienne organisées en fin de semaine dernière, avec un programme encore flou, mais qui semble miser sur un nouveau rapprochement du parti démocrate (PD) avec le centre.

Quant à l'Espagne, l'ex-patron du PSOE, José Luis Rodriguez Zapatero, vient de publier un livre dans lequel il regrette, à demi-mot, le tournant vers l'austérité qu'il a engagé, à partir de mai 2010 : « Le dilemme a été de faire ce que jamais je ne pensais devoir faire : prendre des décisions, pour le bien du pays, qui allaient à l'encontre de mes convictions idéologiques. » À l'heure des politiques d'austérité anti-keynésiennes, tandis que la « troisième voie » vantée par Tony Blair a pris un sérieux coup de vieux, y a-t-il encore un avenir pour la social-démocratie sur le continent ?

 

 

Dans un épais manuel, rédigé en anglais, qu'ils co-dirigent aux éditions Palgrave Macmillan, trois universitaires auscultent les évolutions – et les errances – de la social-démocratie au cours des années 2000, dans 27 des 28 États membres de l'Union. Jean-Michel De Waele, professeur de science politique à l'université libre de Bruxelles (ULB), Fabien Escalona, chercheur en science politique à l'IEP de Grenoble et Mathieu Vieira, chercheur en science politique à l'IEP de Lille et à l'ULB, constatent en particulier le « désarroi idéologique » et le « vide stratégique » de ces partis de gouvernement, en Europe de l'Ouest, que la crise de 2008 a encore approfondi. La social-démocratie n'aurait plus « de modèle, d'originalité idéologique ou (…) d'électorat spécifique aisément identifiable », pour reprendre les termes d'un autre chercheur, Stefan Berger.

Assumant un parti pris comparatif et exhaustif (chaque pays a droit à son chapitre), à l'aide de nombreux tableaux compilant des données souvent inédites, les trois auteurs en arrivent à soutenir, notamment, une thèse stimulante, qui n'est pas sans écho avec l'hypothèse formulée dans le pamphlet dirigé par l'économiste Cédric Durand en début d'année (En finir avec l'Europe, La Fabrique) : la social-démocratie aurait été piégée en acceptant de jouer le jeu de l'Europe « ordo-libérale ». Les sociaux-démocrates paieraient aujourd'hui le prix de leur ralliement trop enthousiaste au projet européen. « Le mot d’ordre formulé par François Mitterrand en 1973, “L’Europe sera socialiste ou ne sera pas”, n’a pas résisté à l’épreuve des faits », écrivent-ils.

Afin de rendre compte d'une partie de ces travaux massifs, Fabien Escalona et Mathieu Vieira ont accepté de publier, dans les pages qui suivent, certains des tableaux qui accompagnent leurs recherches et de les commenter. Retour en cinq temps sur une entreprise qui peut servir de boussole, à l'approche des élections européennes.

 

1 - L'effet dévastateur de la crise

Tableau de l'évolution des résultats électoraux des partis sociaux-démocrates sur les périodes 2000-2006 et 2007-2013 :

 


 

Le commentaire de Fabien Escalona et Mathieu Vieira : « En comparant deux périodes équivalentes avant et après l’éclatement de la grande crise économique contemporaine, on observe un recul assez net de la social-démocratie ouest-européenne. Impossible d’incriminer la seule crise, mais au moins on peut constater qu’elle n’a pas créé de sursaut global. On a certes assisté à plusieurs retours dans les exécutifs nationaux, mais dans des conditions souvent médiocres, à la tête de coalitions hétérogènes ou en tant que partenaire minoritaire.

Dans les pays où les sociaux-démocrates étaient au gouvernement au moment de l’éclatement de la crise financière et des dettes souveraines, comme en Grande-Bretagne et en Europe du Sud, les reculs ont été massifs. Cela n’est pas étonnant : dans les années 1930, les rares sociaux-démocrates qui « profitèrent » de la crise et furent innovants eurent en fait du temps pour s’adapter. Ce qui est préoccupant, c’est que six ans après la crise, on ne distingue guère de réponses originales produites et circulant dans les milieux sociaux-démocrates. Les propositions d’eurobonds (mise en commun d'une partie des dettes publiques à l'échelle de la zone euro – ndlr) et de taxe sur les transactions financières ne font pas un nouveau modèle, si tant est que la social-démocratie les défende encore en 2014.

Seuls les socialistes français et les travaillistes irlandais ont su progresser significativement, mais cela risque de n’être que provisoire. Dans les pays dits « du Nord » où la crise a été moins brutale, les sociaux-démocrates sont aussi en recul. Dans ces cas, d’autres facteurs que la crise ont sûrement joué, qui sont à l’œuvre depuis une trentaine d’années, autrement dit depuis le moment où la taille du continent social-démocrate a commencé à s’éroder, à l’instar de celle des grands partis de pouvoir en général.

Cette évolution pose la question de la stratégie d’alliance de la social-démocratie. Si jamais celle-ci veut vraiment s’opposer aux blocs conservateurs qui dominent en Europe, il lui faudra mieux connaître et dialoguer avec ses partenaires à gauche, y compris la famille de gauche radicale, qui a légèrement progressé depuis la crise. »

2 - Les adhérents : moins nombreux, plus vieux

 

Les adhérents sociaux-démocrates en Europe de l'Ouest. ©JMDW, FE, MV. 
Les adhérents sociaux-démocrates en Europe de l'Ouest. ©JMDW, FE, MV.

Le commentaire de Fabien Escalona et Mathieu Vieira : « Un examen des effectifs des partis sociaux-démocrates ouest-européens confirme un constat établi depuis plusieurs années : ils ne sont plus des partis de masse. Seuls les partis allemand, espagnol et italien ont des effectifs supérieurs à 400 000 membres. Les adhérents des principaux partis de la famille sociale-démocrate (à savoir le SPD allemand, le PS français et le Labour britannique) ne représentent même pas 1 % de leurs électorats.

L’un des autres enseignements majeurs de notre ouvrage est que les partis sociaux-démocrates ont dû faire face à une véritable hémorragie militante depuis le début des années 2000. Hormis les partis ayant opté pour l’ouverture aux sympathisants via des primaires (France, Italie, Grèce), la grande majorité des autres formations a perdu près d’un tiers de ses effectifs : -34 % en Suède, -32 % au Portugal, -28 % en Allemagne, -26 % en Autriche…

Outre ce déclin du militantisme, la plupart des études de cas répertoriés dans notre livre indique que la pyramide des âges est déséquilibrée, dans la mesure où le corps militant est majoritairement âgé de plus de 50 ans. À titre d’exemple, 61 % des militants du PS wallon et 47 % des militants du  SPD allemand ont plus de 60 ans. Seul le PS portugais peut s’enorgueillir de compter parmi ses membres près de 24 % de moins de 30 ans.

Tous ces phénomènes s’accompagnent de l’approfondissement d’une autre tendance engagée dans la décennie 1990, à savoir la professionnalisation des appareils partisans. »

3 - Vers une rupture avec les classes populaires ?

Fabien Escalona et Mathieu Vieira : « La “rupture” dont il est souvent question entre classes populaires et sociaux-démocrates doit être nuancée. Dans plusieurs cas à l’Est, leur électorat est largement composé de secteurs désavantagés de la société. À l’Ouest, des fractions encore importantes des couches populaires votent tout de même encore pour eux. Elles sont parfois nouvelles et en ascension démographique, comme les milieux populaires issus de l’immigration : on le remarque en France, mais aussi en Grande-Bretagne.

Cela dit, il est clair que les grands partis sociaux-démocrates ont perdu beaucoup d’électeurs ouvriers ou employés. En France, le désalignement des ouvriers est achevé. Cela fait plusieurs scrutins présidentiels qu’ils ne votent pas plus pour le candidat PS que le reste des votants. En Allemagne, le soutien des employés et ouvriers pour le SPD a décliné parallèlement à son niveau général, et les pertes se calculent en centaines de milliers de voix. En Angleterre, pour chaque électeur de type CSP+ perdu par le Labour entre 1997 et 2010, il en perdait trois parmi les catégories les plus déshéritées.

Il est donc logique d’attendre de ces partis qu’ils performent davantage auprès des milieux populaires. En même temps, il n’est pas anormal que leur électorat se renouvelle. Le capitalisme change, la structure sociale avec, et les forces politiques doivent s’y adapter. Historiquement, le dynamisme des gauches a d’ailleurs reposé sur leur association avec les couches ascendantes de la société. Il aurait été absurde après les années 1970 de camper sur un discours ouvriériste.

Le vrai enjeu consiste en fait à intégrer une large part des classes populaires dans un bloc sociologique majoritaire, partageant un “sens commun” alternatif à celui des droites. C’est tout le sens de la “bataille culturelle” à laquelle appellent des chercheurs comme Gaël Brustier, et qui n’a rien à voir avec les tentations tactiques de “gauchir” les discours, ou au contraire de les conformer à un air du temps jugé conservateur. Ce combat serait vain s’il ne s’accompagnait pas de la refonte d’un projet social-démocrate capable de restaurer la primauté du politique, et d’offrir un progrès humain non dépendant de forts taux de croissance. Une autre condition cruciale serait de renouveler les réseaux partisans au sein de la société, car ils se sont atrophiés et n’incluent pas de nouvelles formes de solidarités et de modes de vie qui se développent à la base. Il s’agit dans ce cas de redessiner une “géographie militante”. »

4 - Le pacte faustien de l'intégration européenne

Fabien Escalona et Mathieu Vieira : « Pour renouveler sa doctrine et mobiliser davantage les milieux populaires, la social-démocratie doit aussi régler le dilemme que lui pose l’UE, à savoir comment mener une politique sociale-démocrate dans un système conservateur. La métaphore que nous utilisons, celle du “pacte faustien”, ne vise pas à condamner mais à comprendre pourquoi les sociaux-démocrates ont embrassé et promu une intégration européenne dont ils s’étaient historiquement plutôt méfiés. Nous suggérons qu’il s’agissait selon eux du prix à payer pour recréer les conditions favorables à un “compromis de classe positif” pour le salariat.

Après l’échec de la dernière expérience de keynésianisme national et le “tournant de la rigueur” français de 1982-83, les sociaux-démocrates jugent que le réformisme passe désormais par le niveau européen. Toutefois, un véritable “euro-keynésianisme” aurait impliqué une véritable stratégie, avec un objectif global et de long terme, en l’occurrence une Europe sociale-démocrate. Or, sans une réflexion a priori sur la faisabilité d’une politique sociale-démocrate dans un cadre institutionnellement conservateur et économiquement néo-libéral, les socialistes ont eux-mêmes participé à légitimer puis à encourager l’approfondissement de ce cadre.

D’une part, ce “pacte faustien” avec l’intégration européenne s’est décliné sur le terrain institutionnel. « Les forces d’opposition à un nouveau régime commencent par refuser mais finissent par l’accepter avec l’espoir de l’utiliser » : ces trois étapes théorisées par Olivier Duhamel pour qualifier le rapport de la gauche française à la Cinquième République s’appliquent parfaitement au ralliement des sociaux-démocrates à l’esprit et aux pratiques des institutions européennes. Si les sociaux-démocrates ont espéré utiliser le niveau européen pour défendre leur projet, le système institutionnel conservateur de l’UE, peu propice à une logique partisane, les en a empêchés. De plus, les sociaux-démocrates n’ont jamais véritablement remis en cause une logique consensuelle taillée sur mesure par les libéraux et les démocrates-chrétiens, et qui ne permet pas une réelle politisation des enjeux européens.

D’autre part, le “pacte faustien” s’est décliné sur le terrain de la politique économique. Loin d’avoir été les spectateurs de l’édification du projet ordo-libéral qui guide aujourd’hui la politique économique de l’UE (avec comme piliers la libre circulation des capitaux, l’indépendance de la BCE et la stabilité des prix), les sociaux-démocrates ont joué le rôle de co-bâtisseurs. Or, la compatibilité d’un programme social-démocrate axé sur la demande avec l’édifice ordo-libéral européen est douteuse. L’adoption d’un “traité social”, promis depuis le milieu des années 1980, n’arrangerait les choses qu’à la marge s’il venait à s’ajouter et à dépendre de des règles existantes qui le contredisent. Ce ne sont pas les dispositifs du TSCG qui risquent de démentir ce diagnostic!

En bref, on se retrouve dans une situation où cette famille politique n’a pas les moyens de changer le système existant, mais n’a pas non plus l’intention de le subvertir. On est donc dans un vide stratégique. »

5 - Une famille social-démocrate fracturée

Les partis sociaux-démocrates en Europe de l'Est. ©JMDW, FE, MV. 
Les partis sociaux-démocrates en Europe de l'Est. ©JMDW, FE, MV.

Le commentaire de Fabien Escalona et Mathieu Vieira : « Notre manuel offre un panorama exhaustif du paysage social-démocrate dans les pays d'Europe centrale et orientale (PECO). Il nous confirme qu’à l’échelle de l’UE, on a plutôt affaire à une famille recomposée, voire artificielle. Certains chercheurs et responsables politiques attendaient beaucoup de transferts d’idées et de pratiques de l’Ouest à l’Est, mais il s’agissait d’une vision naïve et peut-être un peu paternaliste. Le poids de l’histoire ne s’efface pas si vite, et les scènes politiques des PECO sont très différentes de celles des vieilles démocraties consolidées. On peut même se demander si ce n’est pas la destructuration amorcée des systèmes partisans occidentaux qui risque de les rapprocher !

Contrairement au processus d’homogénéisation qui se poursuit à l’Ouest, la branche orientale est caractérisée par sa grande hétérogénéité. Les partis ont des tailles électorales très diverses, allant de plus des 2/5e de l’électorat à la quasi-inexistence. Ces disparités dans l’espace se doublent de disparités dans le temps : en une décennie, les formations polonaise et slovaque sont respectivement passées de plus de 40 à moins de 10 %, et de 13 à 44 % des suffrages. On observe une même hétérogénéité en ce qui concerne la sociologie de ces partis.

En termes programmatiques, les nouveaux enjeux démocratiques dits « post-matérialistes » (libération des femmes, autonomie des styles de vie, écologie politique…) sont largement ignorés par les sociaux-démocrates des PECO, qui sont aussi très orthodoxes sur le plan socio-économique, et doivent gérer d’autres problèmes, comme le rapport aux minorités ethniques ou linguistiques (Roms, russophones…).

Au final, la perspective d’une stratégie européenne commune à tous les sociaux-démocrates, qui irait plus loin qu’une ode aux droits de l’homme et à la justice sociale, apparaît encore lointaine. »

 

Lire aussi

 

 

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 22:32

 

 

Source : politis.fr

 

Par Camille Selosse - Suivre sur twitter - 11 décembre 2013

 Pêche profonde : appel au boycott contre Intermarché

 

 

La fronde s’amplifie contre le chalutage en eaux profondes : des internautes appellent désormais au boycott d’Intermarché.

Il y a quelques semaines, nous rendions compte de l’incroyable succès d’une pétition contre la pêche en eaux profondes. À cette occasion, un coup de projecteur était mis sur cette pratique et ses enjeux.

Aujourd’hui, le sujet rebondit à nouveau après le refus du Parlement européen d’interdire cette pratique. En dépit des 750 000 signatures recueillies pour sa pétition, l’association Bloom n’a en effet pas réussi à obtenir du Parlement l’interdiction de la pêche en eaux profondes. Les parlementaires européens ont voté à 342 voix contre l’interdiction, 326 pour.

Mais la BD de Pénélope Bagieu a suscité un véritable engouement sur Internet et les réseaux sociaux.

On voit aujourd’hui fleurir sur Facebook des groupes appelant au boycott d’Intermarché comme par exemple « Je boycotte Intermarché aussi longtemps qu’ils défonceront les fonds marins ».

L’enseigne était particulièrement pointée du doigt par Bloom et la BD de Pénélope Bagieu, étant la plus impliquée dans ce type de pêche. Entre temps, différents distributeurs (Casino et Carrefour) ont annoncé leur intention de ne plus commercialiser les espèces issues de ce type de pêche.

Intermarché se retrouve donc bien seul. À l’heure où les marques accordent une grande importance à leur image sur le web, ces groupes Facebook risquent de ne pas être appréciés par l’enseigne. Son e-reputation va en prendre un coup. Et cette fois-ci, l’association Bloom n’y est pour rien, les citoyens ont pris les choses en main.

AFP / Frank Perry

 

 

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 19:52

 

Source : marianne.net

 

Les riches peuvent remercier les banques centrales

Vendredi 13 Décembre 2013 à 15:00

 

Michel Santi*

 

Les actions de la Réserve fédérale US, de la Banque d’Angleterre et de la Banque du Japon destinées à relancer les économies de leurs pays respectifs contribuent-elles à accroître les inégalités.

 

Les riches peuvent remercier les banques centrales

Les actions de la Réserve fédérale US, de la Banque d’Angleterre et de la Banque du Japon destinées à relancer les économies de leurs pays respectifs contribuent-elles à accroître les inégalités ? Ces interventions déterminées consistant à inonder leur système de liquidités crées à la faveur de leur planche à billets ont-elles pour effet collatéral d’enrichir davantage les riches, tandis que les pauvres et que la classe moyenne subissent toujours la récession ? De fait, les inégalités, comme les écarts sur le plan des revenus et de la fortune, se sont accentués depuis le déclenchement de la crise, c’est-à-dire depuis 2007.  C’est ainsi qu’une étude conduite par l’économiste Emmanuel Saez de Berkeley a constaté que seul l’extrême sommet de la pyramide de la richesse – soit 1% de la population US – avait bénéficié de la reprise économique américaine entre 2009 et 2011. Les revenus de cette élite a ainsi progressé de 11.2% sur cette période et, ce, pendant que le revenu des 99% restants s’était affaissé de 0.4%. Le schéma est similaire dès lors que l’on étudie l’évolution de la fortune des privés aux Etats-Unis, puisque le Pew Research Center a pour sa part conclu  que les 7% les plus riches avaient pu gonfler leur fortune de 28% entre 2009 et 2011…Pendant que les 93% restants s’étaient appauvris de 4% !


Comment comprendre et expliquer cette explosion des inégalités alors que l’objectif des baisses de taux quantitatives est d’assouplir encore et toujours la politique monétaire, c’est-à-dire de permettre précisément aux ménages et aux entreprises d’accéder plus facilement au crédit ? A travers ses injections mensuelles de 85 milliards de dollars – dont pas moins de 40 milliards sont ouvertement destinés à racheter des obligations et des titres hypothécaires -, la Fed ne tente-t-elle pas en effet de soutenir massivement son marché immobilier ? Et, de fait, sa politique n’est-elle pas couronnée de succès puisque l’indice S&P/Case-Shiller jaugeant le marché immobilier est en progression permanente  depuis le début de l’année 2012, sachant que certains Etats comme la Floride ont bénéficié d’une flambée de leur marché immobilier de plus de 30% ? La crise ayant démarré avec les subprimes dès 2007, la reprise du marché immobilier est donc déterminante pour l’ensemble de l’économie du point de vue de la Fed, lequel se défend et se comprend tout à fait.


Pourtant, l’effondrement des taux hypothécaires américains et des prix immobiliers aura tout au plus permis aux riches d’emprunter moins cher et d’acheter moins cher, c’est-à-dire de s’enrichir davantage. Une année environ après le lancement du programme QE 4 de la Réserve fédérale (consistant à injecter 85 milliards tous les mois), et plus de cinq ans après le premier programme de création monétaire lancé à l’automne 2008, les marchés boursiers et immobiliers se sont considérablement appréciés dans les pays qui se sont lancés dans l’aventure inédite des baisses de taux quantitatives. Avec des retombées incontestablement positives…pour les riches. Autrement dit, pour ceux dont les liquidités ont permis de rafler des actifs et des titres à bon prix, comme pour la classe aisée qui a pu se refinancer à des taux toujours plus avantageux. Car en effet, les banques – dont les standards en matière de crédits sont devenus très stricts – ne prêtent qu’aux riches et, ce, en dépit de taux d’intérêts à des niveaux ridiculement bas. C’est donc le sommet de la pyramide des revenus et de la fortune qui bénéficie de ce coût du crédit à des taux historiquement bas. Seuls en effet des personnages comme Mark Zuckerberg peuvent de nos jours financer leur bien immobilier à 1.05% …


Dans le même ordre d’idées, 10% des familles les plus fortunées aux Etats-Unis sont investies à hauteur de 81% en actions, selon étude de l’Université de New York. Et sont donc à même de profiter pleinement de la hausse spectaculaire des bourses propulsées par les interventions des banques centrales. Alors que cette même étude dévoile que les familles les moins aisées aux Etats-Unis n’investissent que 3.8% de leurs avoirs en actions… Les craintes intuitives se confirment donc puisque cette embellie conjoncturelle ne concerne qu’une infime minorité qui consolide davantage son emprise et sa richesse. Les détenteurs de biens immobiliers et ceux qui sont engagés sur les marchés financiers utilisent donc ces baisses de taux quantitatives comme levier ou comme rampe de lancement pour achever d’opérer à leur seul avantage une redistribution agressive, laissant sur le carreau une proportion immense de leurs concitoyens. Les banques centrales seraient-elles donc aujourd’hui devenues le vecteur des inégalités ? Oui, si l’on en croit Donald Trump – pourtant fort peu suspect d’altruisme – et qui a récemment déclaré sur la chaîne CNBC que « des gens comme moi en bénéficient » (« People like me will benefit from this ») !
 

A quoi sert de contribuer à doubler les valorisations boursières si l’écrasante majorité de la population ne se sent pas – et n’est pas – concernée ? Nos banques centrales sont-elles seulement conscientes que leurs baisses de taux quantitatives (dont je partage la légitimité et l’opportunité) créent néanmoins une reprise à deux vitesses – voire une créature économique hybride – où l’extrême richesse côtoie un océan de précarité ? Que faut-il donc pour nos banques centrales s’intéressent enfin aux pauvres?
 

(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique », « Capitalism without conscience » . Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»  (l’Harmattan).

 

 


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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:44

 

Source : reporterre.net

 

Ecologie

Contre le projet de Ferme des mille vaches, une vidéo détonnante de La vache en colère

Camille Martin (Reporterre)

vendredi 13 décembre 2013

 

 


    Une video contre le projet de Ferme des mille vaches, en Picardie, vient d’être postée sur Internet. S’inspirant du tube de Robin Thicke, Blurred lines, elle met en scène des vaches entrant en révolte contre cette usine agro-industrielle :

    http://www.youtube.com/watch?v=53jimITjYCU&feature=youtube_gdata

    . Contact : La Vache en colère.

    . Dans un communiqué, la campagne Envie de paysans, qui diffuse cette vidéo, indique : "Nous sommes surexcités" .

    Elle annonce : "Toutes les vaches en colère doivent sortir des étables ! Du 6 au 10 janvier, nous vous proposons d’organiser des rassemblements en France devant un maximum de préfectures, sur le même modèle que les actions du 15 novembre dernier à Paris et Abbeville."


    Source : Camille Martin pour Reporterre.

    Photo : La Vache en colère.

    Lire aussi : La Confédération paysanne a pris d’assaut un grand projet agricole inutile.

    ............................
    REPORTERRE
    Le quotidien de l’écologie
    www.reporterre.net

     

     

     

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    13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:31

     

    Source : mediapart.fr

     

    Le plan de carrière emblématique d’une oligarque de Bercy

    |  Par Laurent Mauduit

     

     

     

    Tout juste titularisée dans le grade d'inspectrice générale des finances, Marie-Anne Barbat-Layani devient directrice générale de la Fédération bancaire française. Le parcours de cette haute fonctionnaire révèle la porosité croissante entre l'État et la finance.

    A première vue, l’histoire de Marie-Anne Barbat-Layani est d’une parfaite banalité et ne mérite pas qu’on s’y arrête. Inspectrice générale des finances, elle va en début d’année prochaine quitter Bercy pour rejoindre la Fédération bancaire française. Un chemin que d’innombrables hauts fonctionnaires ont emprunté avant elle, avec des points de chute similaires dans le monde de la finance. Un pantouflage, un de plus, voilà tout ! Et comme il a sûrement été fait dans les règles, après l’approbation de la Commission de déontologie de la fonction publique – qui a vu sa crédibilité entachée depuis le scandale Pérol –, il n’y a aucune raison de s’y attarder.

    Et pourtant si ! Car le parcours de cette haute fonctionnaire est emblématique des mœurs qui sévissent au ministère des finances – les mœurs d’une petite oligarchie parisienne qui tient le haut du pavé dans la haute fonction publique ou dans la vie des affaires, et parfois des deux côtés alternativement, dans un mouvement d’essuie-glace. Ce qui pèse lourdement sur le fonctionnement de l’État, et contribue à la dilution du sens de l’intérêt général sinon même à une confusion entre l’intérêt général et les appétits privés.


     

    Née le 8 mai 1967, Marie-Anne Barbat-Layani fait donc, à ses débuts, un parcours des plus classiques – il est retracé dans son curriculum vitae présenté sur le site de la fédération patronale. Passée par l’École nationale d’administration (1993), elle rejoint aussitôt après la plus influente direction du ministère des finances, celle du Trésor, avant de devenir attaché financier à la représentation de la France auprès de l’Union européenne, à Bruxelles.

    Mais ensuite, son cheminement devient plus intéressant. Elle rejoint alternativement des cabinets ministériels de gauche puis de droite, pour mettre en œuvre des politiques qui sont censées être opposées. En 2000, elle est ainsi conseillère technique auprès de Christian Sautter, qui est alors pour une très courte période ministre des finances. Puis, quelques années plus tard, on la retrouve en 2010-2012 directrice adjointe du cabinet du premier ministre, François Fillon, en charge des questions économiques.

    Avec des hauts fonctionnaires, toujours les mêmes, qui conseillent alternativement la gauche et la droite, allez vous étonner, ensuite, qu’il n’y ait plus guère de différence entre les politiques économiques d’un camp et de l’autre. C’est le propre de l’oligarchie : elle survit à toutes les alternances et peut défendre perpétuellement les mêmes intérêts.

    Mais, de l’époque de Christian Sautter jusqu’à celle de François Fillon, Marie-Anne Barbat-Layani n’est pas restée inoccupée. Entre ces deux fonctions, elle a fait une immersion dans le privé, de 2007 à 2010. Et où cela, précisément ? Dans une grande banque, évidemment. Et cela aussi est évidemment symbolique car, au fil des ans, la direction du Trésor, qui joue un rôle majeur dans la conduite des affaires économiques et financières françaises, est devenue une annexe des grandes banques privées et une caisse de résonance des puissants intérêts du lobby bancaire, lequel lobby se montre en retour généreux et embauche à tour de bras les figures connues de cette même direction. Pendant les trois années qui ont précédé son arrivée à Matignon, Anne Barbat-Layani a donc été directrice générale adjointe de la Fédération nationale du Crédit agricole.

    Et ces allers et retours entre le public et le privé ont aussi valeur de symbole : ils révèlent la porosité qui s’est installée entre l’intérêt général et les affaires privées, conduisant à un mélange des genres étonnant.

    Mais poursuivons. Si le parcours de notre haute fonctionnaire retient l’attention, c’est aussi à cause de la suite de sa carrière. Par un décret du président de la République, Nicolas Sarkozy, en date du 8 mai 2012 – on peut le consulter ici – elle « est nommée inspectrice générale des finances ».

    Cette nomination est légale, certes, mais doublement stupéfiante. Car pour pouvoir être nommée inspectrice générale des finances, une haute fonctionnaire doit avoir au moins 45 ans. Or, dans le cas de Marie-Anne Barbat-Layani, la règle était embarrassante car son 45e anniversaire tombait précisément le 8 mai 2012, soit deux jours après le second tour de l’élection présidentielle qui a vu la victoire de François Hollande sur… Nicolas Sarkozy.

    Cela n’a pourtant pas gêné Nicolas Sarkozy, qui est resté en fonction jusqu’à la cérémonie de passation des pouvoirs, le 15 mai. Loin d’expédier seulement les affaires courantes, il a donc aussi signé quelques décrets avantageant certains de ses proches. Dont celui qui a permis à Marie-Anne Barbat-Layani de faire un grand pas dans sa carrière professionnelle.

    Cette promotion de dernière minute surprend d’autant plus que les postes à l’Inspection générale des finances sont évidemment en nombre limité et que d’autres hauts fonctionnaires avaient peut-être d’importants états de service à faire valoir et voulaient se mettre au service de l’intérêt général pour de longues années.

    Oui, pour de longues années ! Car avec Marie-Anne Barbat-Layani, nous ne sommes toujours pas arrivés au bout de nos surprises. Lorsque l’on devient inspectrice des finances, il faut en effet attendre un an et demi pour devenir définitivement membre titulaire de ce grand corps de l’État. Et ce statut est une formidable protection : c’est la garantie d’un emploi à vie. Quand bien même décide-t-on de « pantoufler » dans le privé, on peut à tout moment revenir à l’Inspection en cas de pépin.

    Or, nommée ric-rac à l’Inspection générale des finances, Marie-Anne Barbat-Layani y est restée pile 18 mois, pour en être titulaire. Par un nouveau décret en date du 15 novembre 2013 (consultable ici) du président de la République, devenu dans l'intervalle François Hollande, elle a donc été titularisée dans le grade d'inspectrice générale des finances à compter du 8 novembre précédent. Mais l'encre de ce décret était à peine sèche que déjà la haute fonctionnaire faisait... ses valises ! Et c’est ainsi que le 10 décembre, la Fédération bancaire française, qui est le quartier général de la finance française, a annoncé par un communiqué (il est ici) que Marie-Anne Barbat-Layani devenait sa nouvelle directrice générale, à compter du 2 janvier 2014. 

    En clair, l’intéressée a juste attendu les délais de convenance, son titre d’inspectrice générale des finances en poche, pour sauter du train en marche et, abandonnant le service de l’intérêt général, passer dans le camp de la finance.

    Tout cela est parfaitement légal. Il n’empêche ! Cela révèle l’extrême porosité que l’État tolère désormais entre la finance et lui-même. Et cela révèle l’emprise de la finance jusqu’au cœur même de l’État. Au diable le service de l’intérêt général ! Un seul précepte désormais commande, celui rendu célèbre par Benjamin Constant quand il a rallié l’empire : « Servons la bonne cause et servons-nous ! »

     

     


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    13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:11

     

    Source :ininegalites.fr

     

    Combien gagnent les élus ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    12 décembre 2013 - Les revenus des élus font souvent l’objet de critiques. Les élus nationaux et les ministres sont très bien payés, mais leur situation instable. Les élus locaux sont quant à eux moins favorisés, ce qui incite au cumul des mandats. Par Noam Leandri, de l’Observatoire des inégalités.


    Les ministres perçoivent depuis mai 2012 un revenu 1,4 fois supérieur au traitement de base moyen (hors primes) des hauts fonctionnaires, soit 7 720,55 euros bruts par mois (contre 14 076 euros en 2009), majoré d’une indemnité de résidence de 3 % et d’une indemnité de fonction de 25 %, soit un total de 9 940,20 euros bruts par mois en 2013. Le traitement du premier ministre est calculé à partir du plus haut traitement que peut percevoir un fonctionnaire, majoré de 5 % pour atteindre 14 910 euros par mois.

    Le salaire des ministres a connu une augmentation de 70 % en 2002, lors de la disparition des fonds secrets mis à leur disposition pour toutes les dépenses qu’ils jugeaient utiles. L’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, s’était, quant à lui, adjugé une augmentation de 170 % en 2008 afin de gagner un peu plus que le premier ministre. L’une des premières décisions prises en mai 2012 par François Hollande en tant que chef de l’État a été de réduire de 30 % le traitement brut mensuel des membres du gouvernement et du président de la République. Alors que le traitement mensuel brut du président de la République représentait 17 mois de Smic en 2009, il équivaut aujourd’hui à 10 mois. De même, le traitement des ministres représente désormais 7 mois de Smic au lieu de 11 en 2009. Les avantages en nature tels que les appartements et les voitures de fonction ne sont pas comptabilisés.

     

      * Tableau en fin d'article

     

    Les parlementaires - députés ou sénateurs - perçoivent une indemnité principale de 7 100 euros bruts par mois (5 149 euros nets) pour compenser la perte de leur revenu professionnel... bien qu’ils aient la possibilité de continuer à exercer, en particulier les professions libérales (avocats, médecins). En plus de cela, ils reçoivent deux indemnités forfaitaires et conséquentes pour couvrir leurs frais liés à leurs déplacements vers leur circonscription électorale, aux vêtements, aux restaurants, à un local dans leur circonscription et à la rémunération de leurs collaborateurs (secrétaire, attaché parlementaire).

    Parmi les avantages en nature non comptabilisés ici, il y a des billets de train et d’avion gratuits.

     

       * Tableau en fin d'article

     

    Enfin, les élus locaux sont indemnisés en fonction de la taille de leur collectivité. Les conseillers municipaux de Paris ont aussi la casquette de conseiller général et cumulent donc deux indemnités. Ce qui est souvent le cas des élus locaux. Le cumul de mandats est toutefois limité à deux, les présidents ou maires ne peuvent diriger une autre collectivité et le total des indemnités perçues ne peut dépasser 8 165 euros, sauf pour les indemnités des établissements inter-collectivités (syndicats de communes, communautés d’agglomération, etc.), sans compter les indemnités de frais de représentation qui peuvent atteindre 2 054 euros par mois pour le maire de Paris.

     

     

       * Tableau en fin d'article

     

     

    Commentaire

    Les indemnités des élus et en particulier des ministres sont avantageuses. Leurs responsabilités sont élevées et leur situation instable. L’argent ne fait pas tout, mais pour recruter des citoyens qualifiés à ces postes, il faut leur proposer un certain niveau de vie [1]. Les revenus que nous présentons, y compris les divers avantages, sont très nettement inférieurs à ceux que peuvent toucher les cadres dirigeants du secteur privé pour des responsabilités parfois bien moindres. Une partie des critiques faites « aux politiques » dans ce domaine constitue une forme de mise en cause de la démocratie elle-même.

    Ceci dit, face au risque de perte d’emploi, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les fonctionnaires sont assurés de retrouver leur emploi une fois leur mandat terminé. Les avocats, médecins et autres professions libérales peuvent continuer d’exercer ou sous-traiter leur activité. En outre, depuis 2009, les députés nommés ministres peuvent retrouver leur siège s’ils ne sont pas maintenus au gouvernement.

    S’ils ne sont pas réélus ou maintenus, les députés bénéficient d’un régime d’indemnités de chômage bien meilleures qu’au Pôle emploi, et les ministres continuent de percevoir leur rémunération pendant six mois. Les élus locaux non reconduits reçoivent une indemnité de fin de mandat qui leur permet de conserver au plus 80 % de leur indemnité pendant un an.

    Il n’est pas étonnant que les hommes politiques cumulent les mandats pour se prémunir du risque de perte de revenus. Toutefois, le cumul d’indemnités électives est plafonné à 8 272 euros brut par mois depuis le 1er juillet 2010, à comparer au salaire mensuel moyen des cadres du privé de 3 963 euros nets en 2010 [2], des cadres dirigeants du privé et des entreprises publiques (8 025 euros nets) [3] ou des cadres d’état-major administratifs, financiers, commerciaux des grandes entreprises de 11 524 euros bruts par mois en 2010 (voir notre article Professions : qui gagne combien ?). Évidemment, le système a ses failles. Le plafond n’intègre pas les indemnités pour frais, ni les indemnités spécifiques aux ministres, ni les indemnités des élus des établissements de coopération intercommunale (syndicats mixtes, communautés d’agglomération, etc.). Bref, toute la transparence mériterait d’être faite à ce sujet, au bénéfice d’ailleurs sans doute des élus eux-mêmes.

     

     

     



     

    Combien gagnent le président de la République et les ministres ?
    Unité : euros

     

    Traitement mensuel brut

    En mois de SMIC *

    Président de la République

    14 910

    10

    Premier ministre

    14 910

    10

    Ministre

    9 940

    7

    Secrétaire d'Etat

    9 443

    7

    * pour un smic mensuel brut de 1 430 euros en 2013. 

    Source : décrets n° 2012-766 du 17 mai 2012 et n° 2012-983 du 23 août 2012 - 2012 

     

     

     

    Combien gagnent les députés et les sénateurs ?
    Montants bruts par mois
    Unité : euros

     

    Député

    Sénateur

    Indemnité parlementaire

    7 100

    7 100

    Indemnité représentative de frais de mandat

    5 770

    6 037

    Crédits pour la rémunération de collaborateurs

    9 504

    7 548

     

    Indemnité des présidents

    nd*

    14 157

    *nd : non disponible 

    Source : Assemblée nationale - Sénat - 2013 

     

     

     

    Combien gagnent les élus locaux ?
    Montants bruts par mois
    Unité : euros

     

    Montant mensuel brut

    Maire de Paris

    8 684

    Maire d'arrondissement parisien

    5 512

    Conseiller de Paris

    4 186

     

    Maire d'une commune de plus de 100 000 habitants

    5 512

    Adjoint au maire d'une commune de plus de 200 000 habitants

    2 756

    Maire d'une commune de 10 000 à 19 999 habitants

    2 470

    Adjoint au maire d'une commune de 10 000 à 19 999 habitants

    1 045

    Maire d'une commune de 1 000 à 3 499 habitants

    1 634

    Maire d'une commune de 500 habitants

    646

    Conseiller municipal

    228

     

    Président de conseil régional ou général

    5 512

    Conseiller régional (+ 3 millions d'habitants)

    2 661

    Conseiller régional (moins de 1 million d'habitants)

    1 520

    Conseiller général (+ de 1,25 million d'habitants)

    2 661

    Conseiller général (moins de 250 000 habitants)

    1 520

     

    Source : Ministère de l'intérieur - circulaire du 19 juillet 2010, Opendata Paris (2013) - 2010 

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    13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 17:58

     

    Source : mediapart.fr

     

    En Espagne, un aéroport bradé aux enchères

    |  Par La rédaction de Mediapart

     

     

    Porté par des élus locaux, des banques et des constructeurs de la région de Madrid, l'aéroport de Ciudad Real, situé au sud de Madrid, est un fiasco financier. L'aéroport, qui a coûté plus d'un milliard d'euros, a été mis aux enchères.

    Construit pendant la période d'euphorie immobilière espagnole, l'aéroport international de Ciudad Real, situé au sud de Madrid, s'avère être un véritable gouffre financier. Depuis deux ans, les élus locaux, les banques et les promoteurs du projet espèrent trouver un repreneur.

    L'aéroport, qui a coûté plus d'un milliard d'euros, est en faillite depuis 2011. Il n'a accueilli qu'une poignée de vols en trois ans d'activité. Confrontés au manque de clients et à des frais d'entretien exorbitants, les banquiers et les politiques ont organisé une vente aux enchères – une première pour un aéroport – en espérant retirer quelques dizaines de millions d'euros de la vente.

    Lire sur le Frankfurter Allgemeine Zeitung

     

     

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    13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 17:47

     

    Source : mediapart.fr

    Tsipras, l'Europe pour se relancer

    |  Par Amélie Poinssot

     

     

     

    De vendredi à dimanche, le Parti de la gauche européenne (PGE), qui regroupe 21 formations de l'UE, est réuni en congrès à Madrid. Le Grec Alexis Tsipras, président de Syriza, devrait y être désigné comme chef de file de la campagne électorale, celui qui sera candidat au nom du parti à la présidence de la Commission.

    De notre correspondante à Athènes.

    Il y a bien eu des craintes au début. « Nous n'avons qu'un Alexis, s'il doit faire le tour de l'Europe, comment va-t-on s'organiser ici ? », raconte Errikos Finalis, membre du comité central de Syriza. Quand le Parti de la gauche européenne a pris sa décision de présenter un candidat pour prendre la présidence de la Commission européenne, malgré ses hésitations de départ, et lorsque les regards se sont portés sur Alexis Tsipras, la première réaction au sein du parti a été la surprise. Mais très vite, elle a laissé place à un calcul. « Cette candidature peut être très porteuse pour le PGE, mais elle peut être très porteuse aussi pour nous, le Syriza, poursuit Errikos Finalis. Car elle signifie qu'Alexis Tsipras a une envergure internationale, qu'il est pris au sérieux à l'extérieur de la Grèce, qu'il peut être une force de proposition : cela va à l'encontre de la propagande menée ici par le gouvernement ! »


    Alexis Tsipras 
    Alexis Tsipras © Reuters

    Natacha Theodorakopoulou, de la section relations internationales du parti, renchérit : « Les partis de la coalition gouvernementale critiquent le manque de vision européenne de Tsipras, son manque d'intérêt pour les institutions de Bruxelles, son manque d'alliances sur le continent... Cette candidature va permettre de prouver le contraire. » Au sein du parti, on est certain que la désignation de Tsipras comme tête de liste aux européennes suscite la panique au sein du gouvernement. On en veut pour preuve la salve de critiques adressées par la droite de Nouvelle Démocratie à l'encontre de Syriza après l'annonce de la candidature de Tsipras, dès lors stigmatisé comme « l'allié de partis anti-euro et anti-eurozone ».

    En réalité, depuis quelques mois, le ton ne cesse de monter entre le gouvernement de coalition (formé par une alliance entre Nouvelle Démocratie et les socialistes du PASOK) et l'opposition de gauche de Syriza. D'un côté, un gouvernement qui, après la défection en juin du petit parti de gauche modérée Dimar, ne fait plus la majorité qu'avec quatre voix au parlement ; de l'autre, le premier parti d'opposition qui ne parvient pas, depuis un an et demi, à faire obstruction. Si l'exécutif est affaibli, il continue de bénéficier du soutien de Bruxelles et de ses partenaires européens et poursuit la politique de sévère austérité à l'œuvre depuis bientôt quatre ans dans le pays. La rue mobilise moins, la dernière grève générale s'est avérée un échec, et tous les passages en force du gouvernement, comme la fermeture brutale de l'audiovisuel public ERT en juin dernier, s'ils ont suscité de vives réactions sur le moment, ont fini par aboutir. « Nous sommes confrontés à une vraie difficulté, confie-t-on en interne. Il y a une défiance envers le monde politique, et le peuple ne se mobilise pas : on a l'impression qu'une fois que les électeurs ont voté, ils estiment qu'il n'y a plus rien à faire et nous laissent agir. Or nous avons besoin des mouvements sociaux... »

    Dans les sondages, Syriza se maintient au coude à coude avec Nouvelle Démocratie, à près de 30 % des intentions de vote, mais politiquement, il a enregistré ces derniers temps quelques échecs. La motion de censure déposée par l'opposition il y a un mois à la suite de l'intervention des forces anti-émeutes pour déloger les derniers occupants de l'ancienne radiotélévision publique n'est pas parvenue à déstabiliser le gouvernement. Ce dernier dispose certes d'une courte majorité, mais elle lui suffit pour entériner tous les projets de loi qu'il souhaite faire passer, comme le nouveau budget d'austérité pour 2014, adopté la semaine passée par 153 voix sur 300. Depuis quelques mois, Syriza ne cesse d'appeler à de nouvelles élections, mais il doit bien se rendre à l'évidence : ce gouvernement que l'on annonçait bancal, fragile et impopulaire, reste en place, et continue de faire passer des mesures socialement dévastatrices.

    C'est dans ce contexte qu'arrivent, en mai, les élections européennes, mais aussi régionales et municipales : trois scrutins que le Syriza s'empresse déjà de « nationaliser », pour capitaliser sur le mécontentement des électeurs. Les européennes tomberont d'ailleurs en même temps que le second tour des régionales et municipales. Fin novembre, à l'occasion de la visite à Athènes de l'Allemande Gabrielle Zimmer, la présidente du groupe parlementaire de la gauche unitaire européenne (GUE), Alexis Tsipras a ainsi déclaré : « Ce gouvernement veut fuir toute élection... Mais il ne pourra pas fuir les élections européennes ! Le résultat de ce scrutin signera la fin du gouvernement Samaras. »

    Si Syriza réitérait le score obtenu lors des dernières législatives, en juin 2012, il pourrait décrocher 7 sièges sur les 22 que compte la Grèce au sein du Parlement européen. Un bond spectaculaire pour la gauche radicale grecque, qui jusqu'à présent n'y occupait qu'un siège, au mieux deux (pendant la législature 1999-2004, sous les couleurs de Synaspismos). Au fond, l'objectif est de décrocher plus de sièges que Nouvelle Démocratie et de creuser l'écart, explique-t-on dans l'entourage de Tsipras.

    Rapport à l'UE

    Et c'est visiblement plus sur les européennes que sur les municipales que Syriza mise pour y parvenir – les grandes mairies du pays étant dans l'immédiat impossibles à décrocher. Or les européennes en Grèce – parmi les plus mobilisatrices du continent, même si la tendance est ici comme ailleurs à la baisse de la participation – recueillent traditionnellement plus de votes favorables aux petites formations politiques. Syriza compte, aussi, sur cet éparpillement des voix défavorable à Nouvelle Démocratie.

    Pour l'équipe dirigeante de Syriza, nulle contradiction, donc, avec les enjeux nationaux dans la candidature de Tsipras à la succession de Barroso. « Les enjeux sont complètement mêlés, explique la députée Rena Dourou, chargée des dossiers européens. Nous avons fait le constat depuis le début, et alors que nous n'étions encore qu'un parti à 4 %, que cette crise n'était pas seulement grecque, mais européenne. Il faut donc y répondre par des solutions communes. » L'une des propositions avancées par Syriza : l'organisation d'une conférence européenne, à l'image de la conférence de Londres de 1953 qui a conduit à l'annulation d'une partie de la dette allemande. « La dette est devenue un levier de pression, un alibi pour appliquer sévèrement le modèle néolibéral. Nous devons trouver un arrangement politique pour en effacer une partie », poursuit la députée. Autre pilier du programme pour ces élections européennes : la refondation des institutions, pour une Europe plus démocratique et plus proche de ses citoyens.

    La question des institutions européennes constitue précisément l'un des points de division au sein de la gauche du continent. Lorsque le PGE a commencé à réfléchir à cette possibilité de proposer un nom à la tête de la Commission, introduite par le traité de Lisbonne, tous n'étaient pas convaincus par l'idée de présenter une candidature à la tête d'une instance aussi peu démocratique que la Commission européenne... Les composantes du PGE ont finalement accordé leurs violons. D'abord parce qu'il aurait été dommage de ne pas participer de plain-pied à la campagne électorale et de rater des occasions de présence médiatique. 

    « Il n'y a pas de raison de laisser le monopole de la parole pendant cette campagne aux forces responsables de la crise », peut-on lire dans le communiqué du PGE publié le 18 octobre, qui tranche sur la question et annonce la candidature de Tsipras. Ensuite, souligne Errikos Finalis : « Si l'on ne joue pas le jeu de cette candidature, alors on ne participe plus à aucune élection ! Car on peut dire la même chose du parlement grec : lui aussi n'est plus qu'une façade actuellement, à qui l'on dicte ce qu'il faut voter... »

    La candidature européenne de Tsipras, s'il peut redynamiser le parti face à ses enjeux nationaux, va certainement permettre aussi de lisser les désaccords internes. Car en matière de politique européenne, la gauche radicale grecque ne parle pas à l'unisson. Le congrès fondateur de juillet dernier avait fait apparaître un important courant au sein de Syriza, rassemblé autour du député Panagiotis Lafazanis, favorable à une sortie de la zone euro. Ce courant a rassemblé plus du quart des voix des membres au moment de l'élection du comité central. Certes, cela n'a pas empêché la candidature de Tsipras d'être validée à l'unanimité moins une voix et deux abstentions, mais il reste que le parti n'a pas résolu la question de son rapport à l'UE et à l'euroscepticisme grandissant chez les électeurs, dans un pays où les institutions européennes sont coresponsables des cures d'austérité à travers leur participation à la Troïka.

    Enfin, Tsipras constitue un atout non négligeable pour le PGE. C'est l'un des acteurs de la gauche européenne les plus connus à l'étranger, et Syriza a réalisé une percée ces deux dernières années sans équivalent sur la scène européenne. « L'image positive de Tsipras va aider les petites formations dans la campagne, elle va leur donner plus de visibilité », veut croire Natacha Theodorakopoulou, qui sera de la délégation du parti à Madrid.

     

    Tsipras le 6 mai 2012 
    Tsipras le 6 mai 2012 © Reuters

    Tous les militants de Syriza qui ont voyagé ces derniers temps en Europe le disent, l'étiquette de Syriza leur vaut un capital de sympathie immédiat dans les milieux de gauche, mais suscite aussi intérêt et curiosité chez leurs adversaires : Syriza est connu. « La Grèce a été le cobaye des politiques d'austérité en Europe : elle peut être aussi le laboratoire de politiques alternatives. C'est là que la candidature de Tsipras prend tout son sens », conclut Rena Dourou.

     

     

     

     

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    12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 20:01

     

    Source : lemonde.fr

     

    Cinq ans après la crise, l'Islande juge toujours ses ex-banquiers

    Le Monde.fr avec AFP | 12.12.2013 à 18h14 • Mis à jour le 12.12.2013 à 18h30

     

     

    Vue de Reykjavik, en avril 2013.

     

    Cinq ans après avoir été balayée par une crise économique qui avait laissé le pays exsangue, l'Islande continue à juger les « Néo-Vikings » de la finance, des responsables du secteur financier accusés d'avoir mené le pays à la faillite. Trois anciens dirigeants de la banque Kaupthing – l'une des trois principales banques islandaises à avoir fait faillite en 2008 – ont été condamnés pour fraude, jeudi 12 décembre.

    Les trois anciens banquiers ont été reconnus coupables par un tribunal de Reykjavik d'avoir enfreint leurs obligations de transparence et d'avoir manipulé le marché boursier. Ils avaient en effet caché qu'un investisseur qatari qui avait acheté 5,1 % de la banque en pleine crise financière l'avait fait avec des sommes qu'elle lui avait prêtées. A l'époque, l'arrivée de cet investisseur, alors que le système bancaire islandais était en pleine déliquescence, avait été saluée par Kaupthing comme un signe de solidité évident. Mais la banque avait fait faillite dès le mois suivant, emportée avec ses consœurs par la panique qu'avait déclenchée l'effondrement de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers.

    L'ancien directeur général, Hreidar Mar Sigurdsson, a été condamné à cinq ans et demi de prison, et l'ancien président, Sigurdur Einarsson, à cinq ans. L'ancien directeur de la filiale luxembourgeoise, Magnus Gumundsson, qui avait joué un rôle clé dans ce prêt, a été condamné à trois ans et demi d'emprisonnement. Une peine de trois ans de prison a également été prononcée contre un actionnaire important, Olafur Olafsson, qui avait donné son assentiment.

     

     « PURGER » LE SECTEUR FINANCIER

    Ce jugement est l'aboutissement du travail d'une commission mise en place en janvier 2009 qui cherche et traduit en justice ceux qui ont joué un rôle dans l'effondrement économique du pays. A la tête de cette commission, l'enquêteur Olafur Hauksson définissait son rôle dans un entretien au Monde.fr en 2012  « D'un côté, il s'agit d'enquêter sur toutes les suspicions de fraudes et délits commis avant 2009, de l'autre, nous engageons nous-mêmes des poursuites en justice contre les présumés coupables. » Une procédure unique au monde, qui a permis selon lui « de montrer à quel point le système bancaire qui avait été mis en place était à mille lieues de ce qu'on imaginait de lui. »

    Lire notre reportage à Reykjavik sur la commission : Comment l'Islande traque ses "Néo-Vikings" de la finance, responsables de la crise

    Dans ce pays de 320 000 habitants, l'idée du gouvernement qui avait mis en place cette commission d'enquête était de « purger » le secteur financier de l'île. Malgré un indéniable redémarrage économique — la croissance y a atteint 3 % sur les trois premiers trimestres 2013 — les Islandais restent profondément marqués par ce 6 octobre 2008, quand le ciel leur est tombé sur la tête. En direct à la télévision nationale, le premier ministre avait conclu ce jour-là son discours en appelant Dieu à « sauver l'Islande ». En moins d'un mois, les trois banques du pays, surendettées à hauteur de 800 % du produit intérieur brut, s'étaient déclarées en faillite, et la couronne s'effondrait sous les yeux médusés de ceux qui avaient cru au « miracle islandais ».

     

     

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    12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 19:17

     

     

    Source : reporterre.net

     

    Ecologie

    Le marché émergent de l’huile de friture pour moteur : gros poissons et petits requins

    Clément Chassot (Le Ravi)

    mercredi 11 décembre 2013

     

     

    La transformation des huiles de friture en carburant ou comme source de chauffage est en plein développement. Mais ce marché émergent oppose partisans des circuits courts et locaux aux gros du business du recyclage.


    Rouler ou se chauffer à l’huile de friture, un doux rêve ? On estime pourtant le gisement de ces huiles alimentaires usagées (HAU) à 120 000 tonnes par an. Si bien que la filière de valorisation de ces déchets très polluants, encore balbutiante selon la DREAL Paca (la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), commence à devenir un réel business.

    Mais tous les acteurs de la filière n’ont pas le même profil, ni les mêmes objectifs de valorisation. Il y a d’abord les « gros » comme Veolia propreté. Une filiale de la multinationale a ouvert en 2009 à Limay (78) une usine dédiée à la transformation des huiles récoltées en biogazole. Grâce à un procédé d’estérification et l’utilisation de produits chimiques, les 20 000 tonnes d’huile récoltées par an un peu partout en France et en Europe ainsi transformées en biocarburant sont mélangées à du gazole classique (à hauteur de 0,35 %).

    Et puis il y a aussi les plus « petits », souvent organisés en association. A l’instar d’Huilebrequin, installée à Mornas (84). Stéphane Bazille, ingénieur informatique par le passé et revenu de Dubaï en 2009 où il était « plutôt costard et V12 », a monté la structure en 2011.

    Dans son hangar, un enchevêtrement de cuves et autres pompes, lui permet de filtrer environ 25 000 litres d’huile par an, collectées entre les différents départements limitrophes du Vaucluse, sans produits chimiques. Sa production est entièrement destinée aux voitures des 300 adhérents de l’association, vendue 0,65 € le litre…

    Flou juridique

    Il n’est pas peu fier de sa Citroën à l’odeur de friture, qui après quelques petites modifications, roule entièrement à l’huile : « la règlementation est floue sur le sujet, il existe une sorte de vide juridique entre les lois européennes, qui encouragent plutôt cette pratique, et la loi française qui l’interdit pour des raisons évidentes de fiscalité… »

    L’huile ne produit, selon lui, que du CO2 de manière neutre, puisqu’il provient d’une matière végétale qui va le réabsorber, tout en ne rejetant pas de particules fines. Ce que conteste Bruno Delavenne, le directeur de l’usine de Limay : « je ne connais pas un motoriste qui recommande cette utilisation. »

    Stéphane Bazille enrage à l’encontre des « grands » de la filière qui achètent l’huile là où son association la récolte sans contrepartie : « Nous ne pouvons plus accueillir d’autres adhérents car nous avons des difficultés à collecter assez d’huile ». Les circuits courts, le développement de l’économie circulaire, plus vertueuse que du simple recyclage, c’est également l’idée que se fait Alain Vigier de son activité.

    A la tête de l’association Oléo déclic à Marseille, lui aussi collecte une fois par semaine les huiles usagées dans une trentaine de restaurants du centre-ville. Avant de travailler avec l’association, la plupart des commerçants se débarrassaient comme ils pouvaient de leurs déchets gras.

    Privilégier le local

    Dans son hangar artisanal qui transpire l’huile, il filtre près de 7000 litres par an. Mais Alain Vigier ne soutient pas une utilisation automobile, plutôt opposé au « tout-bagnole », même s’il lui arrive d’en vendre à des agriculteurs, pour qui l’utilisation est plus tolérée.

    Il tente patiemment de développer différents usages, le chauffage en chaudières, par exemple, qui nécessite des brûleurs adaptés, ou bien l’alimentation de groupes électrogènes lors de festivals. La réglementation sur la combustion est un peu moins contraignante. « Le frein principal au développement de cette activité c’est le flou de la règlementation », souligne Sophie Camard, conseillère régionale Europe écologie – Les verts.

    François-Michel Lambert, député écologiste des Bouches-du-Rhône, préside l’institut de l’économie circulaire. « Transporter des huiles sur des kilomètres est absurde, affirme-t-il. Il faut à tout prix rester dans une logique de territoire et donner aux acteurs locaux les solutions pour que leur activité devienne pérenne. Mais il y a de la place pour tout le monde. La combustion en chaudière semble être la solution la plus optimale pour les HAU. Veolia pourrait très bien exercer ce rôle, comme d’autres, mais ils ne savent pas le faire. »

    Des incitations financières pourraient être déterminantes... « Cette activité nécessite une certaine centralisation pour pouvoir être efficace, rétorque Bruno Delavenne, le directeur de l’usine parisienne. Certes, nos camions font parfois des kilomètres mais nous respectons les exigences de l’Union européenne : le cycle de vie de notre activité, de la collecte jusqu’au réservoir, permet de réduire de 83 % l’émission de gaz à effet de serre par rapport à du gazole classique. » Et par rapport au vélo ? Business is business.

     



    Source Article et dessin publiés dans et transmis amicalement par le Ravi n°112, daté novembre 2013.

    Photo : Stéphane Bazille : Huil’Brequin

    Lire aussi : Rouler sans pétrole, c’est possible

     

     

     

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    Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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